École Supérieure de Génie Civil ESGC-VAK
Master 2B
RAPPORT DE VISITE TECHNIQUE Binôme :
Centrale Hydroélectrique de Nangbéto GAMAVO Euphorie
& Station de Traitement d'Eau Potable SOGLO Francis
Fleuve Mono — Togo / Bénin
Visite du 12 février 2026
Année académique : 2025-2026
Introduction
Depuis sa création en 1968, la Communauté Électrique du Bénin (CEB) est un
organisme interétatique faisant référence au Golfe du Bénin encore appelé
océan atlantique agissant pour le compte des gouvernements du Bénin et du
Togo. Sa mission principale est de promouvoir la mise en valeur du potentiel
hydroélectrique du fleuve Mono, qui sert de frontière naturelle entre les deux
pays. Face à la croissance continue de la demande en énergie électrique dans la
sous-région ouest-africaine, les autorités des deux pays ont décidé de construire
une centrale hydroélectrique sur ce fleuve.
Les études techniques et économiques menées dans les années 1970 ont abouti
au choix du site de Nangbéto pour la réalisation du premier barrage commun
entre le Togo et le Bénin. Inauguré officiellement le 5 mai 1988 par les autorités
des deux pays, l'aménagement hydroélectrique de Nangbéto est équipé de deux
turbines Kaplan d'une puissance unitaire de 32,8 MW, pour un productible
annuel de 150 GWh. Depuis sa mise en service en septembre 1987, il constitue
un pilier fondamental de l'approvisionnement électrique de la région.
Dans le cadre de notre formation de master en Génie Civil à l'École Supérieure
de Génie Civil ESGC VAK, nous avons effectué le 12 février 2026 une visite
technique complète de cet aménagement. Cette sortie pédagogique nous a
permis de découvrir non seulement les installations de production
hydroélectrique, mais également la station de traitement d'eau potable adjacente.
Le déroulement de la visite a été soigneusement organisé pour permettre aux
apprenants de découvrir progressivement les différentes installations, guidés par
les techniciens et ingénieurs de la CEB.
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1. Présentation et Historique du Barrage de Nangbéto
A. Historique et contexte
Le site de Nangbéto a été identifié dès 1947 par le service fédéral de « l'Afrique
occidentale française » comme un site potentiellement favorable à la
construction d'un barrage hydroélectrique. Ce n'est cependant qu'en 1979 que
les études de faisabilité ont été entreprises de manière approfondie, conduisant à
l'élaboration du projet d'exécution. Ces études ont permis de confirmer le
potentiel du site, notamment la hauteur de chute disponible, le débit moyen du
fleuve Mono et les caractéristiques géologiques des fondations.
Les travaux de construction ont été lancés en 1984 et ont duré trois (3) ans au
lieu des cinq (5) ans initialement prévus, une prouesse pour un ouvrage d'une
telle ampleur en Afrique de l'Ouest. En outre, ces travaux ont été réalisés par les
allemands. L'exploitation industrielle de l'usine a débuté en septembre 1987, et
la date officielle d'inauguration est le 5 mai 1988. Le projet a été financé
principalement par la Banque Mondiale et la Banque Africaine de
Développement. En 2029, des travaux de rénovation ont été lancés et financés
par les allemands grâce à un financement de près de 25,5 milliards de francs
CFA.
Image 1 : La pierre inaugurale du barrage de Nangbéto.
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Source : GAMAVO Euphorie
B. Objectifs du projet
L'aménagement de Nangbéto a été conçu pour répondre à plusieurs objectifs
complémentaires, reflétant une approche intégrée de la gestion des ressources
en eau :
La production d'électricité : l'objectif initial était de produire 150 millions
de kWh par an, suffisants pour satisfaire les besoins en énergie électrique
à moyen terme du Bénin et du Togo ;
La régularisation du cours du fleuve Mono : avant la construction du
barrage, les crues annuelles du fleuve causaient d'importants dommages
aux populations riveraines, notamment à Athiémé au Bénin et à Yoto au
Togo. La retenue permet désormais d'écrêter ces crues et de réguler les
débits ;
La retenue permet le développement de la pêche et l'irrigation de plusieurs
milliers d’hectares de périmètres agricoles ;
L'alimentation en eau potable des populations : l'eau du réservoir est
traitée dans la station adjacente pour être distribuée aux habitants de la
région.
C. Composantes du projet
Le projet comprend plusieurs composantes majeures qui ont nécessité des
investissements importants en génie civil et en équipements électromécaniques :
Les ouvrages de génie civil que sont : le barrage principal, les digues de
fermeture latérales, évacuateur de crues, prise d'eau ;
Les équipements électromécaniques tels que les turbines, les alternateurs,
les transformateurs et l’appareillage haute tension ;
Le réseau de transport de l'énergie que sont les lignes haute tension reliant
la centrale aux réseaux nationaux du Togo et du Bénin ;
La relocalisation des populations : les villages situés dans la zone de
retenue ont dû être déplacés pour des raisons de sécurité ;
La maîtrise d'ouvrage, la formation du personnel, et l'ingénierie et contrôle
des travaux.
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2. Principes de Fonctionnement d'un Barrage Hydroélectrique
A. Les énergies mises en jeu
Le fonctionnement d'une centrale hydroélectrique repose sur la conversion
successive de différentes formes d'énergie. Chaque étape de cette chaîne de
conversion correspond à une transformation physique précise, régie par les lois
fondamentales de la thermodynamique et de la mécanique des fluides. Quatre
formes d'énergie interviennent successivement :
L'énergie hydraulique ou potentielle (Ep = mgh) : c'est l'énergie contenue
dans la masse d'eau retenue en amont du barrage. Elle est due au poids de
l'eau et à sa hauteur par rapport à la turbine. Plus la retenue est haute et
plus le débit est important, plus cette énergie est grande. À Nangbéto, la
hauteur de chute nominale est de 30 m ;
L'énergie cinétique (Ec = ½mv²) : lorsque l'eau est libérée par les vannes
et s'écoule à travers la conduite forcée (galerie d'amenée), elle accélère et
sa pression diminue. L'énergie potentielle se transforme en énergie
cinétique. La vitesse de l'eau à l'entrée de la turbine est considérable ;
L'énergie mécanique : l'eau sous pression et en mouvement frappe les
pales de la turbine, lui transmettant son énergie cinétique. La turbine entre
en rotation et transforme l'énergie cinétique du fluide en énergie
mécanique de rotation (couple moteur). C'est le rôle central de la turbine
Kaplan à Nangbéto ;
L'énergie électrique : l'arbre de la turbine est directement couplé au rotor
de l'alternateur. La rotation du rotor dans le champ magnétique du stator
génère un courant électrique alternatif par induction électromagnétique.
Le transformateur élève ensuite la tension pour le transport sur les lignes
haute tension.
B. Formule de puissance et choix du site
La puissance théorique d'une installation hydroélectrique est calculée par la
formule fondamentale suivante, dérivée de l'énergie potentielle :
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Ep = mgh → P = Ep / t = δVgh / t → P = δQgh
Où : δ = densité de l'eau (1 000 kg/m³),
Q = débit volumique (m³/s),
g = accélération gravitationnelle (9,81 m/s²),
h = hauteur de chute nette (m).
En tenant compte du rendement global de l'installation (turbine + alternateur +
transformateur, généralement entre 85 % et 92 %), la puissance réelle produite
est légèrement inférieure à la puissance théorique.
Le choix d'un site pour une centrale hydroélectrique repose sur deux paramètres
fondamentaux : la hauteur de chute disponible (h) et le débit du cours d'eau (Q).
Ces deux paramètres conditionnent directement la puissance installable. Un bon
site doit également offrir des fondations géologiques solides, une topographie
favorable à la création d'une retenue, et un accès au réseau électrique existant.
3. Types de Barrages
Un barrage est un ouvrage d'art qui barre une vallée ou un cours d'eau afin de
créer une retenue d'eau artificielle et de surélever le niveau du plan d'eau. Il en
existe de nombreuses variantes, classées selon leur matériau de construction,
leur mode de résistance à la poussée hydrostatique, et leur morphologie. On
distingue principalement deux grandes familles.
A. Barrages en béton ou maçonnerie
Ces ouvrages sont construits en béton massif ou armé, parfois en maçonnerie de
pierres. Ils présentent l'avantage d'une grande résistance mécanique et d'une
faible perméabilité intrinsèque. Plusieurs types existent :
Barrage poids : c'est le type le plus courant. Il résiste à la poussée de l'eau
uniquement par son poids propre, sans nécessiter d'appuis latéraux sur les
rives. Sa section transversale est typiquement triangulaire, plus large à la
base qu'au sommet. Des drainages sont réalisés dans les fondations pour
limiter les sous-pressions qui pourraient déstabiliser l'ouvrage. Exemple :
le barrage de Bissorte (France), hauteur 66 m, longueur 545 m, épaisseur
42 m, construit entre 1931 et 1935 ;
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Barrage voûte : grâce à sa forme courbée en plan (voûte simple ou double
courbure), ce type de barrage reporte la poussée de l'eau latéralement vers
les rives rocheuses. Il utilise nettement moins de béton qu'un barrage
poids, mais nécessite des appuis rocheux solides en rive. Il est réservé aux
gorges étroites à parois rocheuses;
Barrage à contreforts : constitué d'un voile mince côté amont qui reporte
la poussée de l'eau sur des contreforts en béton placés côté aval. Cette
solution utilise moins de béton que le barrage poids, mais nécessite plus
d'armatures et de coffrage ;
Barrage à voûtes multiples : combinaison du barrage voûte et du barrage à
contreforts. Les voûtes reportent la pression sur les contreforts. Ce type est
rare et réservé à des sites spécifiques.
B. Barrages en remblais (terre et enrochements)
Les barrages en remblais sont des ouvrages massifs construits avec des
matériaux locaux (terre, argile, latérite, enrochement). Ils représentent la grande
majorité des barrages construits dans le monde, notamment en Afrique, car ils
sont économiques et ne nécessitent pas de matériaux importés. Leurs
caractéristiques principales sont une grande emprise au sol, de faibles
contraintes sur les fondations, et la possibilité de construire sur des fondations
déformables. On distingue :
Barrage homogène : constitué entièrement d'un seul matériau terreux
compacté (argile, latérite). Un système de drainage est installé dans la
partie aval pour évacuer les eaux d'infiltration, et la partie amont est
protégée mécaniquement contre l'érosion par les vagues ;
Barrage à noyau (cas de Nangbéto) : l'étanchéité est assurée par un noyau
central en matériau argileux-latéritique imperméable. De part et d'autre du
noyau, des filtres (matériaux de granulométrie intermédiaire) et des
recharges en enrochement assurent la stabilité mécanique. Les filtres ont
un rôle essentiel : ils empêchent les particules fines du noyau d'être
emportées par les eaux d'infiltration (phénomène de renard hydraulique ou
piping) ;
Barrage à masque amont : lorsque la réalisation d'un noyau imperméable
n'est pas possible (absence de matériaux argileux sur site), l'étanchéité est
assurée par un masque placé en face amont, réalisé en béton, béton
bitumineux, ou membrane géosynthétique ;
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Barrage en enrochements : le corps du barrage est constitué de blocs de
rochers qui assurent la stabilité par leur poids, tandis que l'étanchéité est
garantie par un masque amont ou un noyau argileux central.
Retenons que le barrage de Nangbéto est un barrage poids et en
enrochement muni d’un noyau étanche et hétérogène.
C. Les ouvrages annexes d'un barrage
Tout barrage est accompagné d'ouvrages annexes indispensables à son
exploitation et à sa sécurité. Ces ouvrages sont dimensionnés pour gérer les
débits extrêmes et permettre l'entretien de l'installation :
L'évacuateur de crues : c'est l'ouvrage de sécurité le plus important du
barrage. Il permet d'évacuer les débits de crue qui dépassent la capacité de
remplissage de la retenue, sans mettre en danger l'ouvrage. Pour les
barrages en remblai (comme Nangbéto), le déversement sur la crête est
strictement interdit car il provoquerait l'érosion et la rupture. Le barrage
de Nangbéto dispose de quatre conduites d'évacuation équipés de vannes
treuils, suivis d'un saut de ski et d'une fosse de dissipation d'énergie ;
L'ouvrage de vidange : dispositif permettant de baisser rapidement le
niveau de la retenue en dehors des crues, pour permettre l'inspection du
barrage par l'amont ou l'entretien. Il est constitué d'une conduite traversant
le barrage à sa base, équipée de vannes amont et aval. Il peut également
servir à chasser les sédiments accumulés au fond de la retenue ;
L'ouvrage de restitution : il assure le débit réservé (débit minimum
biologique) à l'aval du barrage, garantissant ainsi la vie aquatique dans le
cours d'eau en aval.
4. Les Turbines Hydrauliques
A. Définition et principe général
Une turbine hydraulique est un moteur hydraulique rotatif qui convertit l'énergie
d'un fluide en mouvement (eau) en énergie mécanique de rotation. Elle est
constituée d'un rotor (la roue) portant des aubes ou des pales, sur lesquelles l'eau
exerce une force qui met la roue en rotation. L'arbre de la turbine est
directement couplé au rotor de l'alternateur. Le choix du type de turbine dépend
essentiellement de la hauteur de chute disponible et du débit à turbiner.
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On distingue deux grandes catégories de turbines selon leur mode de
fonctionnement hydraulique : les turbines à action (ou à impulsion), dans
lesquelles l'eau agit sur les aubes uniquement par sa vitesse, sans pression, et les
turbines à réaction, dans lesquelles l'eau agit à la fois par sa vitesse et par sa
pression sur les pales, le rotor étant entièrement immergé.
B. La turbine Pelton (action — hautes chutes)
La turbine Pelton est utilisée pour les très hautes chutes (généralement
supérieures à 300 m) et les faibles débits. C'est une turbine à action : l'eau arrive
sous forme d'un ou plusieurs jets à grande vitesse (produits par des injecteurs
appelés buses), qui frappent des godets (augets) en forme de double cuillère
disposés en couronne sur la roue. L'eau cède son énergie cinétique aux augets et
ressort pratiquement sans vitesse. La roue tourne dans l'air, sans être immergée.
Ce type de turbine offre d'excellents rendements pour les chutes alpines et peut
être utilisé dans des centrales souterraines.
Image 2 : Turbine Pelton
Source : Power point de CEB
C. La turbine Francis (réaction — chutes moyennes)
La turbine Francis est la turbine la plus répandue dans le monde. Elle est
adaptée aux chutes moyennes (de 20 à 300 m environ) et aux débits moyens.
C'est une turbine à réaction de type radial-axial à axe vertical. L'eau entre
radialement par toute la périphérie de la roue, guidée par un distributeur
(directrices réglables) enroulé autour de la roue dans une bâche spirale (volute).
Elle traverse le rotor de l'extérieur vers l'intérieur en exerçant une pression sur
les aubes, puis ressort axialement vers le bas dans un aspirateur (tube en forme
de coude évasé) qui permet de récupérer une partie de l'énergie cinétique
résiduelle de l'eau.
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D. La turbine Kaplan (réaction — basses chutes) — Cas de
Nangbéto / turbine à hélice
La turbine Kaplan est la turbine choisie pour Nangbéto, en raison de la faible
hauteur de chute (30 m) et du débit important du fleuve Mono. C'est une turbine
à réaction de type axial à axe vertical, dont la principale caractéristique est la
possibilité de régler l'angle d'inclinaison des pales (comme les pales d'une hélice
de bateau). Ce réglage permet d'adapter en permanence le débit traversant la
turbine au débit disponible de la rivière, optimisant ainsi le rendement en toutes
saisons.
L'eau arrive latéralement depuis la bâche spirale, est distribuée uniformément
autour de la roue par le distributeur (directrices), puis traverse axialement la
roue de haut en bas. Elle ressort vers le bas dans l'aspirateur, tube divergent qui
ralentit l'eau et récupère une pression résiduelle. Une variante horizontale de la
turbine Kaplan est la turbine Bulb (ou turbine tube), dans laquelle la turbine et
l'alternateur sont logés dans un caisson immergé en forme de bulbe, placé
horizontalement dans la conduite d'eau. À Nangbéto, chaque groupe est équipé
d'une roue à 5 pales réglables, d'une puissance de 32,8 MW, couplée
directement à un alternateur.
Image 3 : Turbine Kaplan
Source : Power point de CEB
La turbine à hélice est similaire à la turbine Kaplan mais avec des pales fixes
(non réglables). Elle est utilisée pour les très faibles hauteurs de chute (jusqu'à
15 m) lorsque le débit est relativement constant. Son rendement optimal est
atteint pour un débit et une chute donnés, ce qui en limite l'usage aux sites où
ces paramètres varient peu.
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5. Les Grandes parties de l'aménagement de Nangbéto
L'aménagement hydroélectrique de Nangbéto est essentiellement composé de
trois grandes parties fonctionnelles, chacune jouant un rôle précis dans la chaîne
de production et de distribution de l'énergie électrique.
A. Le poste haute tension et les lignes d'évacuation
Le poste haute tension est l'interface entre la centrale de production et le réseau
de transport national. À la sortie des alternateurs, l'électricité est produite à une
tension relativement basse (typiquement 11 à 15 kV). Elle doit être élevée à une
tension très haute (63 kV ou 161 kV) pour être transportée sur de longues
distances avec un minimum de pertes par effet Joule. Cette élévation de tension
est assurée par des transformateurs de puissance.
Le poste comprend également des appareils de coupure (disjoncteurs,
sectionneurs), de protection et de mesure permettant de contrôler et de protéger
le réseau. À partir du poste de Nangbéto, des lignes haute tension acheminent
l'électricité vers les réseaux nationaux du Togo et du Bénin, alimentant ainsi les
villes et les industries des deux pays.
Planche 4 : Lignes hautes tension de la centrale électrique de Nangbéto
Source : GAMAVO Euphorie
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B. La centrale électrique (bâtiment de l'usine)
Le bâtiment de l'usine est le cœur de la centrale. Il abrite l'ensemble des
équipements de production et de contrôle. Construit en béton armé, il est situé
au pied du barrage côté aval. À Nangbéto, l'usine abrite deux groupes turbo-
alternateurs identiques, ainsi que tous les équipements auxiliaires indispensables
à leur fonctionnement.
Les turbines et alternateurs
Chaque groupe est composé d'une turbine Kaplan à axe vertical avec 5 pales
orientables, couplée directement à un alternateur triphasé. L'eau arrive dans la
turbine par la bâche spirale (volute métallique en forme de spirale entourant la
roue), qui distribue uniformément le débit sur toute la périphérie du distributeur.
Après avoir traversé la roue et cédé son énergie, l'eau s'écoule vers l'aval par le
tube aspirateur, puis par le canal de fuite. L'arbre vertical commun relie la
turbine (en bas) à l'alternateur (en haut). Le rotor de l'alternateur, solidaire de
l'arbre, tourne dans le champ magnétique créé par le stator, induisant ainsi un
courant électrique alternatif triphasé.
Image 5 : L'alternateur couplé à la turbine Kaplan
Source : SOGLO Francis
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Le tableau de commande (salle de contrôle)
La salle de commande est le cerveau de la centrale. Elle regroupe l'ensemble des
instruments de surveillance, de mesure et de commande permettant de piloter
les groupes turbo-alternateurs à distance. Des capteurs mesurent en permanence
la vitesse de rotation des turbines, la température des paliers et des
enroulements, les débits, pressions et niveaux d'eau, ainsi que les paramètres
électriques (tension, intensité, puissance, fréquence). En cas d'anomalie, des
systèmes de protection automatique déclenchent l'arrêt d'urgence du groupe.
Le groupe de secours
Un groupe électrogène de secours (machine thermique de type diesel, d'une
puissance de 320 kW) est installé dans l'usine. Il prend automatiquement le
relais en cas d'absence de tension sur le réseau électrique, alimentant les
équipements prioritaires de la centrale (éclairage de sécurité, systèmes de
commande, pompes auxiliaires). Son démarreur est pneumatique : une bouteille
d'air comprimé à 7 bars assure le démarrage automatique du moteur diesel dès
que la coupure de courant est détectée.
Le système hydraulique et de lubrification
Les vannes de régulation du débit d'eau dans les turbines sont actionnées par un
système hydraulique sous haute pression. Un accumulateur d'huile sous pression
(64 bars) fournit l'énergie hydraulique nécessaire à l'actionnement rapide des
directrices et des pales des turbines. Un bac à huile assure le stockage et la
filtration de l'huile. Ce système garantit la rapidité et la précision du réglage,
même en cas de coupure électrique.
Le circuit de lutte contre l'incendie
En cas d'incendie dans le local alternateur, un système automatique d'extinction
au gaz carbonique (CO₂) est déclenché. Des bouteilles de CO₂ sont disposées
sur un circuit équipé de détecteurs de fumée et de chaleur. En cas d'alerte, le gaz
est injecté automatiquement dans le local, étouffant l'incendie sans endommager
les équipements électriques (contrairement à l'eau qui conduirait l'électricité).
Le personnel doit évacuer le local avant le déclenchement du système.
Le système de pompage d'eau brute
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L'eau brute prélevée dans la retenue sert non seulement à produire de
l'électricité, mais aussi à alimenter la station de traitement. Une nouvelle
installation de pompage a remplacé l'ancienne : elle comprend deux pompes de
50 m³/h et trois pompes de 250 m³/h, soit une capacité de pompage totale de 850
m³/h, permettant d'alimenter en continu la station de traitement d'eau potable.
C. Le barrage et la retenue d'eau
Le barrage de Nangbéto est un barrage en remblai constitué d'un noyau central
en matériau argileux-latéritique, assurant l'étanchéité, entouré de recharges en
enrochement assurant la stabilité. Des filtres inverses de part et d'autre du noyau
empêchent la migration des particules fines. L'aménagement comprend trois
éléments distincts :
La digue principale : corps principal du barrage, en travers du fleuve
Mono ;
La digue latérale droite (environ 3 km) : réalisée par aménagement de la
colline existante avec enrochement ; son amont a servi à la fois de zone
d'emprunt et de verrou géologique ;
La digue latérale gauche (environ 1 km) : réalisée par apport de terre
compactée.
Image 6: Digue à la centrale électrique de Nangbéto
Source : GAMAVO Euphorie
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L'ensemble de ces éléments forme la cuvette qui retient environ 2 milliards de
m³ d'eau. La surveillance des digues de fermeture se fait par repères de
nivellement et piézomètres. Les données hydrologiques et caractéristiques de la
retenue sont les suivantes :
Superficie du bassin versant : 15 680 km² ;
Apport moyen annuel : 88,5 m³/s ;
Niveau normal de la retenue : 144,00 m.s.m ;
Niveau minimal d'exploitation : 130,00 m.s.m ;
Niveau des plus hautes eaux : 146,80 m.s.m ;
Chute nominale : 30 m ;
Chute maximale : 31,2 m ;
Chute minimale : 16 m ;
Volume total à retenue normale : 1 715 000 000 m³ ;
Volume à niveau 130 : 250 000 000 m³ ;
Volume utile: 1 465 000 000 m³;
Surface de la retenue normale : 180 km².
Image 7 : Vue de l'amont du barrage — la retenue
Source : GAMAVO Euphorie
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Image 8 : Vue de l'aval du barrage
Source : GAMAVO Euphorie
D. L'évacuateur de crues
L'évacuateur de crues est l'ouvrage de sécurité capital du barrage. Il est conçu
pour évacuer le débit de la crue de projet sans que le niveau de la retenue ne
dépasse le niveau de sécurité (146,80 m.s.m). Son dimensionnement est basé sur
l'analyse statistique des débits de crue historiques du fleuve Mono, avec une
période de retour très longue (souvent 1 000 ou 10 000 ans).
Le barrage mobile de Nangbéto comprend 4 conduits (passes) déversantes,
équipés chacun d'une vanne de manœuvre (treuil). L'une des 4 vannes est à
volet, permettant une évacuation plus fine. En aval des vannes, un saut de ski
(coursier incliné à lèvre relevée) projette l'eau en l'air, éloignant le point
d'impact du pied du barrage. L'énergie cinétique du jet est dissipée dans une
fosse de dissipation aménagée en aval, protégeant ainsi le pied du barrage
contre l'affouillement. Caractéristiques : hauteur des vannes 11,52 m, largeur
des passes 10,60 m, débit maximal évacuable 4 464 m³/s.
6. Surveillance et Auscultation du Barrage
La surveillance d'un barrage en exploitation est une activité permanente et
rigoureuse. Le génie civil a pour rôle de connaître à tout moment ce qui se passe
à l'intérieur et à l'extérieur de l'ouvrage. L'auscultation est la discipline
scientifique qui encadre cette surveillance : elle repose sur la mesure et
l'interprétation de phénomènes physiques (déformations, pressions, débits
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d'infiltration) pour établir un diagnostic sur le comportement de l'ouvrage et
détecter toute évolution anormale.
En ce qui concerne les incertitudes de mesure, elles sont faites par l’EDF qui
envoie ensuite un rapport et des recommandations à la centrale de Nangbéto.
A. Comportement hydraulique
Le comportement hydraulique d'un barrage concerne tout ce qui est lié à
l'écoulement de l'eau à travers ou autour de l'ouvrage : infiltrations,
perméabilité, fuites, pressions interstitielles. C'est le premier danger à surveiller
sur un barrage en remblai, car l'eau infiltrée peut progressivement éroder le
matériau constitutif de l'ouvrage (phénomène de renard hydraulique ou piping),
conduisant à la rupture. Les instruments utilisés sont :
Capteurs de pression interstitielle (cellules de pression) : installés dans le
corps de la digue principale, ils mesurent la pression de l'eau dans les
pores du remblai. Une pression interstitielle excessive signalerait une
saturation anormale du remblai, signe d'un problème d'infiltration ;
Tassomètres : mesurent les tassements verticaux du remblai. À Nangbéto,
ils sont peu utilisés aujourd'hui car le remblai est stabilisé depuis
longtemps ;
Drains de fondation (forages) : réalisés sous le barrage pour capter les
eaux d'infiltration et les évacuer de manière contrôlée, réduisant ainsi la
sous-pression qui s'exerce sur la fondation. La pression résiduelle est
mesurée par manomètre à l’amont;
Piézomètres et points de résurgence : à l'aval du pied de la digue, des
canaux et bassins de mesure collectent les eaux d'infiltration qui
ressurgissent. Le débit de ces résurgences est mesuré périodiquement ; une
augmentation soudaine serait un signal d'alarme.
B. Comportement mécanique
Le comportement mécanique concerne les déformations et les mouvements de
l'ouvrage sous l'effet des charges qui s'exercent sur lui : poids propre, pression
hydrostatique, variations thermiques, séismes éventuels. Ces déformations sont
normales dans certaines limites, mais une évolution anormale peut signaler un
problème structurel sérieux. Les instruments de surveillance sont :
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Repères de nivellement et triangulation géodésique : des bornes en béton
armé sont implantées sur la crête et les talus du barrage, ainsi que sur les
rives. Leur position est mesurée périodiquement par nivellement de
précision et par topographie (triangulation), permettant de détecter tout
déplacement vertical (tassement, soulèvement) ou horizontal
(glissement) ;
Pendule : comme un fil à plomb, il permet de mesurer les déplacements
horizontaux de l'ouvrage. Fixé à la partie supérieure, il indique l'ouverture
des joints entre les plots de béton sous l'effet de la pression hydrostatique.
Un cisaillement ou un rejet anormal des joints serait révélateur d'un
mouvement de l'ouvrage ;
Mesure de sous-pression : par manomètre à l'amont, elle permet de
vérifier l'efficacité du drainage et de s'assurer que la sous-pression reste
dans les limites admissibles pour la stabilité de l'ouvrage.
C. Risques, pathologies et causes de rupture
La sécurité des barrages est un enjeu majeur car leur rupture peut avoir des
conséquences catastrophiques pour les populations situées à l'aval. L'analyse
des accidents historiques montre que les causes de rupture se répartissent
statistiquement ainsi :
Environ 80 % des ruptures surviennent lors de la construction ou du
premier remplissage : elles sont dues à des fautes de conception (calculs
insuffisants), une mauvaise mise en œuvre des matériaux (compactage
insuffisant, mauvais choix des matériaux), ou un site mal étudié (géologie
défaillante, failles non détectées) ;
Environ 30 % des ruptures sont dues à l'insuffisance des évacuateurs de
crues : le débit de crue dépasse la capacité de l'évacuateur, provoquant un
déversement sur la crête du barrage en remblai et son érosion rapide ;
Environ 20 % des ruptures sont liées à une surveillance insuffisante : un
barrage mal suivi et mal inspecté peut présenter des défaillances
progressives qui, si elles avaient été détectées à temps, auraient pu être
corrigées.
Ainsi, le barrage hydroélectrique de Nangbéto en saison sèche est inspecté
deux fois le mois et en saison pluvieuse la surveillance est encore plus
rigoureuse et répétitives.
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Les principales pathologies et risques observés sur les barrages en remblai sont
les suivants : érosions internes (piping) développées progressivement dans le
corps ou la fondation du barrage ; glissements de terrain des talus en cas de
saturation excessive ; risque de surverse en cas de crue dépassant la capacité de
l'évacuateur (à Nangbéto, le niveau ne doit jamais dépasser 144 m en
exploitation normale) ; développement de végétation ligneuse sur les talus (les
racines créent des chemins préférentiels d'infiltration et rendent l'inspection
visuelle difficile) ; présence d'animaux fouisseurs (rongeurs, fourmilières) dont
les terriers fragilisent le remblai ; affaissements locaux dus à un mauvais
compactage initial.
7. Station de Traitement d'Eau Potable
La visite s'est prolongée vers la station de traitement d'eau potable associée à
l'aménagement de Nangbéto, gérée par Veolia Water Technologies. Cette
installation exploite l'eau stockée dans la retenue du barrage pour produire de
l'eau potable destinée aux populations riveraines. Le traitement de l'eau brute en
eau potable est un processus complexe qui mobilise des phénomènes physiques,
chimiques et biologiques successifs. La filière de traitement se décompose en
plusieurs étapes séquentielles, dont chacune contribue à améliorer la qualité de
l'eau.
A. Prise d'eau brute et vannes de contrôle
La première étape consiste à prélever l'eau brute dans la retenue du barrage.
Cette prise d'eau est réalisée à une profondeur choisie pour éviter les eaux de
surface (riches en algues et matières organiques) et les eaux de fond (pauvres en
oxygène et riches en manganèse et fer). Des grilles grossières (dégrilleurs)
filtrent les corps flottants les plus volumineux (branches, végétaux, déchets)
avant que l'eau n'entre dans la filière de traitement.
Le débit d'eau prélevé est régulé par des vannes à glissière manœuvrées par un
volant de commande. Ces vannes permettent d'ajuster précisément le débit
entrant dans la station en fonction de la demande en eau potable et d'isoler les
différents ouvrages de traitement pour leur entretien ou leur nettoyage. Les
canaux en béton armé qui guident l'eau entre les ouvrages sont dimensionnés
pour un écoulement gravitaire, limitant ainsi la consommation d'énergie de la
station.
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Image 9 : Vanne à glissière de contrôle du débit d'eau brute
Source : MESSOUNA Oussamat
B. Surveillance piézométrique des ouvrages
La station de traitement dispose également de piézomètres (tubes cylindriques
en acier ou en PVC, installés dans des forages verticaux) pour surveiller le
niveau de la nappe phréatique locale et les pressions interstitielles dans les
remblais ou fondations des ouvrages. Ces instruments permettent de détecter
d'éventuelles infiltrations sous les bassins en béton ou les canaux, qui pourraient
indiquer des fissures ou des défauts d'étanchéité.
La lecture des piézomètres est réalisée régulièrement à l'aide d'une sonde
électrique (pige) abaissée dans le tube jusqu'à ce qu'elle touche la surface de
l'eau, déclenchant un signal sonore ou lumineux. La profondeur de la surface de
l'eau par rapport à la tête du tube donne directement le niveau piézométrique.
Ces mesures sont consignées dans un registre et comparées aux valeurs de
référence pour détecter toute évolution anormale.
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Image 10 : Piézomètre (forage de surveillance) sur le site de la station
Source : MESSOUNA Oussamat
C. Coagulation, floculation et décantation
L'eau brute prélevée dans la retenue contient des matières en suspension
(argiles, limons, matières organiques, micro-organismes) qui lui donnent une
turbidité élevée et une couleur brun-orangé. Ces particules sont généralement
trop fines pour sédimenter spontanément dans un délai raisonnable. Les étapes
de coagulation, floculation et décantation ont pour objectif de les agglomérer et
de les éliminer.
La coagulation consiste à ajouter un réactif chimique (coagulant) à l'eau brute
sous agitation rapide. Le plus couramment utilisé est le sulfate d'aluminium
(Al₂(SO₄) ₃), ou son équivalent, le chlorure ferrique (FeCl₃). Ces réactifs, en se
dissolvant, libèrent des ions chargés positivement qui neutralisent les charges
négatives des particules en suspension, permettant à ces dernières de se
rapprocher. La floculation, réalisée sous agitation douce et prolongée, consiste à
agglomérer ces particules déstabilisées en flocons de plus en plus gros (les
flocs), suffisamment lourds pour sédimenter.
Les bassins de décantation (sédimentation) permettent à ces flocs de se déposer
au fond sous l'effet de la gravité. L'eau clarifiée (eau décantée) surnage et
déborde vers l'étape suivante par des lames déversantes, tandis que les boues
accumulées au fond (les flocs sédimentés) sont périodiquement extraites et
évacuées vers des lits de séchage.
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Image 11 : Bassins de floculation et de décantation en béton armé
Source : MESSOUNA Oussamat
D. Filtration sur sable rapide
Après la décantation, l'eau pré-clarifiée contient encore des particules fines
(flocs résiduels, bactéries, microparticules) qui n'ont pas sédimenté. L'étape de
filtration a pour but d'éliminer ces résidus en faisant passer l'eau à travers un lit
de matériaux filtrants. La station de Nangbéto utilise des filtres à sable rapides,
reconnaissables à leurs caissons métalliques équipés de toits ouvrants.
Chaque filtre est constitué d'une couche de sable siliceux (granulométrie
soigneusement calibrée, généralement 0,5 à 1,2 mm) reposant sur une couche de
gravier support. L'eau s'écoule de haut en bas à travers le lit filtrant par gravité,
les particules fines étant retenues dans les interstices du sable par tamisage,
adsorption et floculation in situ. Avec le temps, le lit filtrant se colmate
progressivement, ce qui nécessite un nettoyage périodique : le contre-lavage.
Cette opération consiste à envoyer de l'eau (et parfois de l'air) en sens inverse
(de bas en haut) à grande vitesse pour décolmater le sable et entraîner les
impuretés vers le drain de surface. L'eau de contre-lavage, chargée en boues, est
évacuée vers les lits de séchage.
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Image 12: Vue d'ensemble des filtres à sable rapides (toits ouverts)
Source : MESSOUNA Oussamat
Image 13: Détail latéral des filtres à sable (vue des caissons)
Source : MESSOUNA Oussamat
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Image 14 : Intérieur d'un filtre — lames déversantes et collecteurs de surface
Source : MESSOUNA Oussamat
E. Désinfection
L'eau filtrée est quasiment débarrassée de ses matières en suspension, mais peut
encore contenir des micro-organismes pathogènes (bactéries, virus,
protozoaires) indétectables à l'œil nu. L'étape de désinfection vise à les éliminer
ou les inactiver, rendant l'eau microbiologiquement sûre pour la consommation
humaine. La méthode la plus utilisée dans le monde, et vraisemblablement à
Nangbéto, est la chloration : addition d'une faible dose de chlore (sous forme de
chlore gazeux, d'hypochlorite de sodium ou de calcium) dans l'eau filtrée.
Le chlore est un oxydant puissant qui détruit les micro-organismes en attaquant
leur membrane cellulaire. La dose de chlore est soigneusement calculée pour
garantir une concentration résiduelle de chlore libre à la sortie de la station
(indicateur de l'efficacité de la désinfection) et au bout de la distribution (pour
protéger l'eau pendant son transport dans les canalisations). Un dosage
insuffisant compromettrait la sécurité sanitaire ; un dosage excessif produirait
des sous-produits de chloration indésirables (trihalométhanes) et donnerait un
goût désagréable à l'eau.
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F. Stockage et distribution
L'eau traitée et désinfectée est stockée dans un grand réservoir métallique
cylindrique, visible depuis la station. Ce réservoir joue plusieurs rôles essentiels
dans le fonctionnement du réseau de distribution : il constitue une réserve
tampon qui compense les variations de consommation entre les heures creuses
(nuit) et les heures de pointe (matin et soir) ; il maintient une pression constante
dans le réseau de distribution grâce à la hauteur d'eau qu'il contient (la pression
au point de livraison est proportionnelle à la hauteur de la surface libre dans le
réservoir par rapport à ce point) ; et il représente une réserve de sécurité en cas
d'arrêt temporaire de la station (maintenance, panne).
Les réservoirs métalliques de ce type sont préfabriqués en panneaux d'acier
boulonnés sur site, ce qui facilite leur transport et leur montage dans des zones
d'accès difficile. Ils sont revêtus intérieurement d'un enduit alimentaire (résine
époxy ou analogue) pour éviter la corrosion et garantir la qualité sanitaire de
l'eau stockée. Un système de surverse et de trop-plein empêche tout
débordement.
Planche 15 : Réservoir de stockage d'eau potable traitée (château d'eau —
Veolia)
Source : MESSOUNA Oussamat
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[Link]éma récapitulatif de la filière de traitement
L'ensemble de la filière de traitement de la station de Nangbéto peut être résumé
selon la chaîne logique suivante, chaque étape s'enchaînant naturellement à la
précédente :
1. Prise d'eau brute dans la retenue du barrage, avec dégrillage grossier pour
éliminer les corps flottants ;
2. Régulation du débit par les vannes à glissière et acheminement gravitaire
vers les bassins ;
3. Coagulation (ajout de sulfate d'aluminium sous agitation rapide) pour
déstabiliser les particules colloïdales ;
4. Floculation (agitation douce) pour agglomérer les particules déstabilisées
en flocs sédimentables ;
5. Décantation dans les bassins en béton : sédimentation des flocs au fond,
extraction périodique des boues ;
6. Filtration sur sable rapide : passage de l'eau à travers le lit de sable,
élimination des particules fines résiduelles, contre-lavage périodique du
filtre ;
7. Désinfection par chloration : addition de chlore pour éliminer les micro-
organismes pathogènes et maintenir un résiduel actif dans le réseau ;
8. Stockage dans le château d'eau métallique → distribution gravitaire vers
les abonnés via le réseau de canalisations.
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Conclusion
La visite de l'aménagement hydroélectrique de Nangbéto et de la station de
traitement d'eau potable associée a constitué une expérience pédagogique
particulièrement riche et instructive. Elle nous a permis d'établir un lien concret
entre les connaissances théoriques acquises en cours de barrage et d'hydraulique
et leurs applications industrielles réelles sur le terrain.
Concernant la centrale hydroélectrique, nous avons pu comprendre de manière
approfondie la chaîne de conversion énergétique, depuis l'énergie potentielle de
l'eau retenue jusqu'à l'énergie électrique injectée dans le réseau haute tension.
Nous avons observé les turbines Kaplan à 5 pales réglables, les alternateurs, la
salle de commande automatisée, le groupe de secours diesel et les systèmes
auxiliaires (hydraulique, lutte contre l'incendie, pompage). La visite du barrage
nous a également sensibilisés à l'importance de la surveillance continue des
ouvrages géotechniques et aux risques associés à leur défaillance.
La découverte de la station de traitement d'eau potable a complété notre
compréhension du cycle de l'eau dans cet aménagement. Nous avons appris à
identifier et à expliquer chaque étape de la filière de potabilisation : coagulation,
floculation, décantation, filtration sur sable et désinfection par chloration. Cette
chaîne de traitement illustre parfaitement l'articulation entre génie civil (bassins,
canaux, filtres), génie chimique (réactifs, désinfection) et génie des procédés
(régulation des débits, contrôle de la qualité).
Cette sortie pédagogique a renforcé notre vocation d'ingénieurs du génie civil,
en nous montrant l'impact concret que peuvent avoir nos futures réalisations sur
la vie quotidienne des populations. Elle nous a également rappelé l'importance
de la rigueur dans la conception, la construction et la surveillance des ouvrages
hydrauliques, dont la défaillance peut avoir des conséquences humaines et
environnementales dramatiques. Nous exprimons notre sincère gratitude aux
organisateurs de la visite ainsi qu'au personnel de la CEB pour leur accueil
chaleureux, leur disponibilité et la qualité de leurs explications.
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