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Cours 11

Ce document traite de la sociolinguistique, en se concentrant sur les théories sociales et les méthodes d'aménagement linguistique. Il explore l'évolution des concepts de planification et d'aménagement linguistique, ainsi que les interventions sociolinguistiques nécessaires pour réguler l'usage des langues dans des contextes de contact linguistique. Enfin, il souligne l'importance des politiques linguistiques et de l'État dans la gestion des relations interlinguistiques.
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Cours 11

Ce document traite de la sociolinguistique, en se concentrant sur les théories sociales et les méthodes d'aménagement linguistique. Il explore l'évolution des concepts de planification et d'aménagement linguistique, ainsi que les interventions sociolinguistiques nécessaires pour réguler l'usage des langues dans des contextes de contact linguistique. Enfin, il souligne l'importance des politiques linguistiques et de l'État dans la gestion des relations interlinguistiques.
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Introduction

En sachant que la Sociolinguistique est une discipline qui étudie le rapport entre la langue

et la société, dans ce travail, nous allons aborder quelques aspects lies à la société et aussi au
domaine de recherche en sociolinguistique. On parle, tout simplement, des théories sociales
et méthodes sociolinguistique, qui sont des éléments dont on va nous focaliser.

Ce travail a comme objectif principal identifier les théories sociales et les méthodes
sociolinguistiques, et aussi de les distinguer et des les comprendre.

Ce travail a été possible sa réalisation grâce a quelques recherche bibliographique et a partir


d’une lecture exploratoire dans les manuels sur l’internet.

Dans la Structure du travail, on va diviser en deux parties selon les deux sujets dont on va
aborder. Dans la première partie, on va aborder les théories sociales et à la deuxième partie
on va aborder les différentes méthodes sociolinguistiques.

Objectif général

Nous allons comprendre pourquoi une situation de contact de langues est dynamique.
L’importance sociale des langues en contact évolue avec le temps. Cette évolution peut être
contrôlée par des décisions explicites ou non.
Cours 11 : Aménagement et Planification linguistiques

Naissance du concept et de la politique de l’aménagement linguistique

Lorsque le terme ‘‘language planning’’ apparaît dans un texte fondateur d’Einar Haugen en
1959, il est utilisé pour présenter les efforts de standardisation linguistique menés en
Norvège. Le terme anglais est traduit par planification linguistique qui fait référence
essentiellement à cette époque à un type d’intervention sur le système linguistique et à une
discussion des problèmes de standardisation du code lui-même. À la fin des années 60, la
notion de language planning est reprise et élargie à tout type d’intervention pour régler des
problèmes sociolinguistiques (Rubin, Das Gupta, Jernudd, Fishman). Dans ce même courant,
apparaît la notion de politique linguistique.

En Amérique du Nord, principalement au Québec, le terme language planning est d’abord


traduit par planification linguistique. Mais ce terme est remplacé dans les années 70 par le
terme aménagement linguistique sous l’influence du linguiste Jean-Claude Corbeil, qui
participe alors très activement à la rédaction de la Charte de la langue française (1977) et à la
mise en oeuvre d’un plan d’aménagement linguistique québécois. Le terme aménagement
linguistique n’est pas choisi par simple caprice, puisqu’il a l’avantage de ne pas faire
uniquement référence à l’intervention planificatrice et extérieure de l’État. En retenant le
concept d’aménagement de préférence à celui de planification, l’école québécoise adopte une
perspective sociolinguistique qui reconnaît qu’une démarche d’aménagement linguistique
s’inscrit de fait à l’intérieur du jeu des forces sociales, qui façonne les objectifs des membres
d’une communauté et qui conditionne en définitive le succès de l’intervention
sociolinguistique. Le terme a d’ailleurs été adopté largement au sein de la francophonie.

Diverses appellations synonymes sont également utilisées sur d’autres territoires


géographiques. Les Catalans ont recours au terme normalisation. Il s’agit pour eux de
normaliser (au sens de « rendre normal ») l’utilisation du catalan dans les divers domaines de
la vie sociale. Pour les sociolinguistes catalans, la notion de conflit linguistique est
fondamentale. Il y a conflit Linguistique lorsque deux langues nettement séparées par leurs
fonctions sociales (situation diglossique) s’affrontent, l’une comme politiquement et
socialement dominante et l’autre comme politiquement et socialement dominée. Il n’y a que
deux seules issues possibles à cette situation conflictuelle : la substitution dans le cas où la
langue dominante fait disparaître l’autre langue ou la normalisation dans le cas où la langue
dominée entre dans un processus de réappropriation des fonctions sociales qu’elle a perdues.
Certains sociolinguistes français, en particulier ceux de l’Université de Rouen (J.-B.
Marcellesi et L. Guespin), substituent aux termes d’aménagement linguistique, de
planification linguistique et même de politique linguistique celui de glottopolitique qu’ils
définissent comme « toute action de gestion de l’interaction langagière où intervient la
société » (Problèmes de glottopolitique, 1985).

Il est difficile de dégager une théorie générale unifiée en aménagement linguistique. Selon les
territoires géographiques, les cadres théoriques et les typologies s’appuient sur des concepts
clés et sur des principes à partir desquels les diverses stratégies d’intervention sont
esquissées. Même si tous les pays ont une politique linguistique, ils ne gèrent pas cette
question des rapports interlinguistiques, pas plus qu’ils ne les maîtrisent socialement, de la
même façon ni au moyen des mêmes instruments sociaux, juridiques et politiques. Un plan
d’aménagement linguistique n’est pas transposable d’un territoire à l’autre.

Adopter l’hébreu comme langue nationale, par exemple, n’est pas avant tout un acte
linguistique mais un geste politique. Il importait pour les Juifs de mettre fin à la dispersion
géographique et de faire renaître l’hébreu. Ainsi, dans l’État d’Israël, l’intervention
sociolinguistique vise d’abord à moderniser la langue du culte pour qu’elle devienne un
instrument de communication dans tous les domaines de l’activité sociale. En tout premier
lieu, il s’agissait donc de codifier la langue, de consigner l’ensemble des mots dans des outils
linguistiques de référence (dictionnaires, grammaires, vocabulaires spécialisés, etc.)
jusqu’alors inexistants. Ces actions ne garantissent pas l’utilisation et la diffusion d’une
langue, mais elles sont des préalables si l’on veut parvenir à rehausser son statut
socioéconomique et faire en sorte qu’elle devienne un moyen d’expression des réalités
culturelles, techniques, économiques et sociales.

Pour d’autres communautés, il suffira d’entreprendre des actions qui visent à consolider une
langue qui possède déjà un statut socioéconomique assez élevé. Ainsi, il est de plus en plus
question de donner le statut de langue officielle à l’anglais aux États-Unis. Cette décision
politique viserait à protéger la langue officielle des menaces pressenties de l’implantation de
l’espagnol dans certaines régions. En France, puisque la langue française possède également
un statut social élevé et que la tradition centralisatrice favorisait l’homogénéité, la politique
linguistique est davantage axée sur la promotion et l’enrichissement de la langue elle-même.

Au Québec, la situation sociolinguistique étant inscrite dans un processus historique


particulier, les stratégies d’aménagement touchent simultanément plusieurs domaines
d’intervention qui se rattachent tant à l’aménagement des fonctions sociales qu’à
l’organisation du système linguistique. Mais toutes ces stratégies, qui ont trait à la fois au
développement, à l’enrichissement et à la diffusion du français au sein de l’espace social, ont
un même objectif : le rehaussement du statut social de la langue française au Québec. Les
mesures adoptées sont également plus coercitives puisque l’intervention est destinée à
corriger une situation sociolinguistique inégalitaire pour faire en sorte que le français se
réapproprie les fonctions sociales qu’il avait perdues au profit de l’anglais.

• Une définition de l’aménagement linguistique

La conscience de la diversité linguistique et de l’influence de plus en plus marquée des


pratiques langagières sur les sociétés a incité, très tôt, les collectivités à recourir à des outils
d’organisation ou d’accommodement sociolinguistiques, non seulement pour s’approprier ou
maîtriser l’usage de leurs propres langues ou variétés de langues, mais aussi pour tenter
d’ajuster les relations interlinguistiques entre les groupes et les individus qui utilisaient des
langues différentes à l’intérieur d’un espace social donné. La coexistence de groupes
linguistiques sur un même territoire géographique est une réalité sociale qui s’est maintenant
répandue et qui pose des problèmes sociolinguistiques de plus en plus épineux. Aujourd’hui,
l’accroissement du plurilinguisme et de la concurrence linguistique au sein du territoire
mondial délimite de nouveaux espaces linguistiques transnationaux, où l’on observe des
tentatives officielles pour aménager les rapports entre les langues (ex. : politique linguistique
de l’Europe, mesures linguistiques au sein de la francophonie). Les situations et les
dynamiques sociolinguistiques sont de plus en plus diversifiées à l’intérieur de nos sociétés
modernes et elles obligent l’État à intervenir (souvent par des politiques ou des lois
linguistiques) pour tenter d’aménager les rapports entre les groupes linguistiques en présence
au sein d’un territoire géopolitique donné.

La définition de l’aménagement linguistique n’a pas fait l’objet d’un consensus chez les
théoriciens. En fait, les multiples emplois terminologiques attestent une importante
différence de perspective selon les collectivités. On remarque également que
l’expression aménagement linguistique véhicule l’ambiguïté du terme linguistique qui
peut se référer tant à la langue-système qu’à l’usage de la langue qui est une pratique
effective. Ainsi, il serait facile de classer les pratiques d’aménagement linguistique en
séparant celles qui touchent le système linguistique de celles qui portent sur son usage. C’est
ce que la plupart des théoriciens et des praticiens ont fait. Mais une définition cohérente se
doit d’articuler ces deux composantes en fonction d’un objectif fondamental et plus général
qui est la régulation de l’usage des langues, c’est-à-dire des pratiques langagières à l’intérieur
d’un espace social donné. Il importe également de prendre conscience que les pratiques
d’aménagement linguistique ne relèvent pas uniquement de l’intervention sociolinguistique
consciente et volontaire de certains acteurs sociaux, mais également des phénomènes
d’autorégulation sociolinguistiques qui résultent des pratiques sociales (institutionnelles et
individuelles) sans qu’il y ait une intervention externe sur l’usage des langues. C’est dans
cette perspective que nous avons retenu une définition très générale de l’aménagement
linguistique qui peut couvrir l’ensemble de ces composantes : « organisation des situations
sociolinguistiques qui résulte de l’autorégulation et de la régulation externe de l’usage des
langues au sein d’un espace social donné » (Loubier, 2002).

11.1. Définition d’aménagement linguistique

La réflexion sur le concept d'aménagement des langues est relativement récente. Heinz Kloss
a été l'un des premiers à en poser les fondements, en 1969, par la distinction restée à ce jour
opératoire entre language corpus planning et language status planning.

Qu’est-ce que c’est l’aménagement linguistique? C’est une réglementation de l’usage des
langues à l’intérieur d’un espace social donné.

Définition 2

Organisation de situations sociolinguistiques où sont en contact langues différentes ;

Cette organisation résulte de deux types d’actions :

1. Régulation externe : les acteurs sociaux interviennent de manière consciente et


volontaire ;

2. Régulation interne ou autorégulation : les pratiques sociales se manifestent par des


systèmes d’autorégulation de l’usage des langues.

Tout cela se passe dans un espace social donné, précis, dans lequel deux groupes sociaux
cohabitent et utilisent des langues différentes.

Exemples : politiques linguistiques d’état

Lois et décrets
Règlements linguistiques

Aménagement lexical-graphique-phonétique-grammatical

QUI ?:

Individus – groupes – associations État

• L’intervention sociolinguistique

L’intervention sociolinguistique se définit comme l’« ensemble des pratiques d’aménagement


linguistique exercées par tout acteur social (institutionnel ou individuel) en vue d’influencer
délibérément l’évolution d’une situation sociolinguistique donnée ». Exemples : politiques
linguistiques d’États ou d’entreprises, lois, décrets, règlements linguistiques, programmes
officiels d’aménagement lexical, graphique, phonétique, grammatical, etc. Les pratiques
d’aménagement linguistique englobent les actions de plusieurs acteurs sociaux (individus,
associations, groupes, organisations, institutions sociales). L’intervention sociolinguistique
n’est donc pas exclusive à l’État, même si ce type de pratique a des retombées importantes
sur les situations sociolinguistiques.

S’il est facile d’observer que, au cours de l’histoire, les langues les plus répandues se sont
imposées par la voie de la conquête et de l’impérialisme, on constate également que la
disparition de plusieurs langues n’est pas attribuable uniquement à des mesures de répression
de la part des décideurs politiques. Souvent, on n’imposait pas la langue du pouvoir au
peuple, on la lui offrait comme un instrument d’ascension sociale, comme un moyen
d’accéder à la culture, à l’instruction, à la connaissance et au pouvoir politique (Mackey,
1976). Ces stratégies d’aménagement linguistique par défaut ou d’aménagement linguistique
planifié sont d’ailleurs encore très vivantes aujourd’hui.

Une politique linguistique se traduit donc par un ensemble de décisions qui peuvent se
prendre à plusieurs niveaux de l’organisation sociale : État, entreprise, organisation, groupe,
etc. Elle se réfère à l’« ensemble des orientations, implicites ou explicites, prises par une
autorité politique, ou par d’autres acteurs sociaux, ayant pour but ou pour effet de régir
l’usage des langues au sein d’espace social donné ».

Une politique linguistique peut donc être implicite ou avoir une fonction symbolique. Ainsi
un État peut déclarer une langue officielle et n’avoir aucun moyen à sa disposition pour
mettre cette politique en application. Ou encore, il peut juger qu’il n’est pas nécessaire
d’avoir recours à une législation

linguistique particulière, ni même utile de mettre en oeuvre une panoplie de stratégies et de


moyens, si l’ensemble des facteurs socioéconomiques favorise l’implantation de la langue
qu’il désire voir s’imposer.

Une politique linguistique peut également s’appuyer sur un état de fait. D’une certaine
manière, tout État endosse une politique linguistique, même en n’intervenant pas
officiellement sur l’usage de la langue ou des langues sur son territoire. Dans ce dernier cas,
il fait un choix implicite d’une langue comme instrument et comme moyen d’expression
d’une collectivité. Cette langue, souvent à l’exclusion d’autres langues, devient ainsi la
langue de la justice, de l’armée, de l’enseignement public, de l’ensemble des communications
officielles sans que l’État ait besoin d’intervenir. Mais la reconnaissance du statu quo
s’exerce nécessairement en faveur du groupe linguistique dominant, de celui qui occupe la
meilleure position sociale, économique et politique. Les politiques linguistiques qui
s’appuient sur des choix implicites ont des conséquences tout aussi importantes au sein des
sociétés que celles qui sont établies à partir de choix conscients et dans le but avoué de
réglementer l’usage des langues ou les comportements linguistiques. La stratégie « par
omission » est courante et elle peut être tout aussi efficace que n’importe quelle loi
linguistique. Elle peut même mener à la disparition de communautés linguistiques. Une
langue ignorée par l’État est souvent par le fait même exclue du domaine public et confinée à
la sphère culturelle ou privée. Cette situation n’est pas rare. C’est le sort qui est réservé aux
langues de faible puissance socioéconomique à l’échelle mondiale.

À partir du moment où il y a coexistence linguistique à l’intérieur d’un territoire géopolitique


donné, il y a inévitablement une tendance pour les groupes en présence à vouloir s’approprier
l’espace social, tant géographique que politique ou économique. L’État peut donc décider
d’intervenir pour tenter de rétablir le rapport des forces entre les groupes linguistiques, pour
éviter qu’un groupe linguistique ne s’approprie toutes les fonctions socioéconomiques ou
pour maintenir ce que l’on nomme souvent la « paix linguistique » ou la « cohésion sociale ».
En définitive, c’est l’État qui a le pouvoir de privilégier telle culture, telle langue ou tel
groupe social lorsqu’il est confronté à des situations où la complexité des rapports
interlinguistiques l’oblige à intervenir pour « aménager » les différences.

Une politique linguistique peut aussi se traduire formellement dans une « législation
linguistique » qui recouvre l’« ensemble de dispositions juridiques officielles prises par une
autorité politique pour régir l’usage des langues au sein d’espace social donné ». Il peut s’agir
de règlements, de décrets ou d’une loi linguistique particulière, comme la Charte de la langue
française au Québec. Une « loi linguistique », quant à elle, est une « loi qui édicte des droits
ou des obligations qui régissent l’usage des langues au sein d’un espace social donné ». En
résumé, l’intervention de l’État peut recouvrir toute la panoplie des

actions possibles qui peuvent prendre place à l’intérieur de deux stratégies extrêmes :
l’imposition et l’interdiction d’une langue.

POLITIQUE LINGUISTIQUE

Ensemble des orientations, implicites ou explicites, prises par une autorité politique, ou par
d’autres acteurs sociaux, ayant pour but ou pour effet de régir (régler, gouverner) l’usage des

langues au sein d’un espace social donné.

POLITIQUE LINGUISTIQUE SUR UN ETAT DE FAIT :

L’État choisit de ne pas intervenir sur l’usage d’une langue au

détriment d’une autre ; cette première langue deviendra

la langue de la justice la langue de l’enseignement la langue des communications officielles

Carla De Benedictis

Quand il y a coexistence linguistique à l’intérieur d’un territoire géopolitique


Alors il y a tendance à vouloir s’approprier l’espace social, économique, géographique,
politique.

L’État peut intervenir pour rétablir les rapports afin de maintenir la cohésion sociale.
[Link]

La “planification” du corpus concerne toute intervention sur la forme de la langue (système


d'écriture, graphie, lexique, etc.).

La “planification” du statut relève, elle, d'un autre niveau, qui est celui du statut donné à une
langue, qu'il soit constitutionnel, législatif, réglementaire ou autre.

Kloss ajoute à cet endroit que le corpus planning est affaire de spécialistes de la langue, et le
statut, des “politiciens et bureaucrates”. Quoi qu'il en soit, le plan interne et le plan externe
sont étroitement liés l'un à l'autre, et plusieurs théoriciens développeront ce que Einar
Haugen, l'un des plus prestigieux d'entre eux, se référant à Kloss, nommera une happy
distinction. Il convient cependant d'ajouter que la traduction de language planning,
expression qui se retrouve couramment dans la littérature américaine, pose en elle-même un
problème. Il a souvent été question de “planification linguistique”.

L'aménagement linguistique est le domaine qui étudie la réglementation des langues par des
États (les pays, les provinces ou les Etats) ou des organismes officiels. Il comporte deux
volets: la réglementation du code (Académie française et l'Office de la langue française du
Québec par exemple) et la gestion du statut des langues dans l'État (langues officielles et
nationales).

Une langue officielle constitue la langue de fonctionnement d'un gouvernement. Elle est
choisie sur des bases politiques et diplomatiques. Le choix est habituellement dirigé
partiellement par les langues parlées dans l'État, mais ce n'est pas toujours le cas comme on
peut l'observer dans plusieurs États d'Afrique.

Un autre exemple qui illustre le principe annoncé plus haut est celui du Mali où le français est
langue officielle alors qu'elle est parlée par moins de 50% de la population (le bambara est la
langue la plus parlée et la langue nationale). Les langues officielles peuvent aussi être
choisies pour des raisons historiques ou pour harmoniser les contacts entre communautés
linguistiques.

La langue officielle favorise aussi les contacts diplomatiques avec les pays partageant la
langue officielle. La langue officielle doit être distinguée de la langue nationale, qui est la
langue de contact entre l'État et ses habitants. Alors que le gouvernement fonctionne dans la
ou les langues officielles, la ou les langues nationales sont les langues de communication
avec le peuple. Le choix de la langue nationale est aussi un choix politique mais son
importance est plus grande à l'intérieur de l'État qu'à l'extérieur. Le Canada a deux langues
officielles, mais pas de langue nationale.

Les États peuvent intervenir linguistiquement de plusieurs façons. Voici une liste de moyens
d'intervention linguistique adoptés par certains pays:

Non-intervention: le gouvernement ne prend pas position quant à la langue et laisse l'usage


gouverner. L'Australie et le Paraguay ont des politiques de non-intervention ;

Assimilation: le gouvernement décide d'établir une politique linguistique qui a pour but
d'absorber les minorités linguistiques dans la masse majoritaire. La Chine, l'Indonésie et le
Brésil pratique l'assimilation;

Séparation territoriale: le pays est divisé selon les groupes linguistiques et chaque subdivision
assume une certaine autonomie politique. La Suisse, la Belgique, L'Inde et le Cameroun sont
divisés de la sorte ;

Bilinguisme institutionnel: Le gouvernement fonctionne dans une ou plusieurs langues


prédéterminées. Le Canada, Haïti et la Finlande sont de bons exemples de ce type de
politique ;

Autonomie régionale: Il arrive que la population d'une portion isolée d'un pays utilise une
langue différente des habitants du reste du pays. Le gouvernement central accorde alors
parfois une certaine autonomie quant à la gestion de la langue. Porto Rico (États-Unis), le
Groënland (Danemark) et les îles d'Aland (Finlande) ;

Récupération linguistique: Le gouvernement des pays colonisés décide parfois de reprendre


comme langue officielle une langue ancestrale. C'est ce qu'ont fait les gouvernements de
l'Algérie et du Madagascar, du Mozambique, etc.
Plusieurs pays ont choisi de maintenir plus d'une langue officielle. Ces pays sont dits
"bilingues" s'il s'y parle deux langues et "plurilingues" s'il s'y parle plus de deux langues.
Mais le niveau de service associé aux langues officielles et aux langues nationales varie
grandement. Certains pays plurilingues garantissent des niveaux de service presque égaux
aux langues du pays (comme le Canada et le Pakistan). D'autres offrent très peu de services
autrement que dans la langue dominante (la Papouasie-Nouvelle Guinée et Singapour par
exemple).

11.2. Définition des politiques linguistiques

On appelle Politique Linguistique un ensemble des choix conscients concernant les rapports
entre langue(s) et vie sociale, et d’une politique linguistique, le passage à l’acte en quelque
sorte. N’importe quel groupe peut élaborer une politique linguistique : on peut aussi imaginer
qu’une diaspora (les chopi, les nyanjas, les ndaus …) se réunissent en congrès pour décéder
d’une politique linguistique. Mais dans le domaine aussi important que les rapports entre
langue et vie sociale, seul l’Etat a le pouvoir et les moyens de passer au stade de la
planification, de mettre en pratique ses choix politiques. C’est pourquoi, sans exclure donc la
possibilité de politiques linguistiques qui transcendent les frontières (c’est par exemple le cas
de la francophonie) ni celle de politique linguistique concernant des entités plus petite que
l’Etat (sur les langues régionales par exemple) nous allons essentiellement présenter des
exemples de politiques linguistiques nationales.

11.3. Deux gestions du plurilinguisme : l’in vivo et l’in vitro

Lorsque l’on considère le nombre de langues qui existent à la surface du globe, on peut avoir
l’impression que toutes les conditions sont réunies pour que les hommes ne se comprennent
pas. Pourtant, malgré ce que certains considèrent comme la malédiction de Babel, la
multiplication des langues, la communication fonctionne partout. C’est qu’il y a deux types
de gestions du plurilinguisme : l’une qui procède des pratiques sociales et l’autre de
l’intervention sur ces pratiques. Le premier, que nous appellerons in vivo, concerne donc la
façon dont les gens, confrontés quotidiennement à des problèmes de communication, les
résolvent. Nous en avons vu plusieurs exemples dans les chapitres précédents.

Ainsi ce que nous avons appelé les « langues approximatives » (les pidgins), ou encore les
langues véhiculaires sont-elles typiquement le produit d’une gestion in vivo du
plurilinguisme. Dans les deux en effet la communication est assurée grâce à la « création »
d’une langue et cette création ne doit rien à une décision officielle, à un décret ou à une loi,
elle est simplement le produit d’une pratique.

Cette pratique ne résout d’ailleurs pas seulement les problèmes du plurilinguisme. Ainsi,
chaque jour, dans toutes les langues du monde, des mots nouveaux apparaissent, pour
désigner des choses (objets ou concepts) que la langue ne désignait pas encore. Cette
néologie spontanée a été particulièrement active à l’époque coloniale dans les langues
africaines pour désigner des réalités comme école, électricité, voiture, etc. En effet, les
sociétés colonisées étaient confrontés à des technologies (la voiture, le train, l’avion…) à des
fonctions structures (l’administration, l’hôpital…) ou à des fonctions dont une population met
à profit sa compétence linguistique pour forger des mots nouveaux désignations des notions
nouvelles.

Mais il est une autre approche des problèmes du plurilinguisme ou de la néologie, celle du
pouvoir. C’est la gestion In vitro : dans leurs laboratoires des linguistes analysent les
situations et les langues, les décrivent, font des hypothèses sur l’avenir des situations, des
propositions pour régler les problèmes, puis les politiques étudient ces hypothèses et ces
propositions, font le choix, les appliquent. Nous verrons ci-dessous plusieurs exemples de
cette gestion, mais il faut tout d’abord souligner que c es deux approches sont extrêmement
différentes et que leurs rapports peuvent parfois être conflictuels, si les choix in vitro
prennent le contre-pied de la gestion in vivo ou des sentiments linguistiques des locuteurs.

Ainsi il sera difficile d’imposer à un peuple une langue nationale dont il ne veut pas, ou dont
il pense qu’elle n’est pas une langue, mais un dialecte, etc. Il serait également peu cohérent
de chercher à imposer pour cette fonction une langue minoritaire s’il existe déjà une langue
véhiculaire largement utilisée. La politique linguistique pose donc tout à la fois des
problèmes de contrôle démocratique (ne pas laisser faire n’importe quoi par les « décideurs »)
et d’interaction entre l’analyse des situations que le pouvoir et celle, souvent intuitive, du
peuple.

SynthèseL’évolution du rapport entre les langues qui partagent le même espace géographique
dans une pé riode donnée peut être souhaitée institutionnellement ou conséquence des
pratiques sociaux spontanées. Dans le premier le cas, on parle de gestion in vitro et dans le
second, de gestion in vivo.
ExerciceEtudiez la politique linguistique d’un des pays de la ré[Link] les causes
historiques de la marginalisation des langues bantu au Mozambique.

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