Chapitre 4
Bases mathématiques de la
mécanique quantique
Espace ξ des fonctions d’onde d’une particule 226
Dans les chapitres précédents, nous avons montré l’existence de la dualité
onde-corpuscule, aussi bien pour le rayonnement que pour les particules. Pour
ces dernières nous avons pu dégager quatre exigences essentielles :
- L’existence d’une fonction d’onde dont le carré de l’amplitude représente
la probabilité de présence de la particule en chaque point de l’espace.
- L’existence d’une sorte de “Principe fondamental de la mécanique
quantique” qui est l’équation de Schrödinger dont les solutions sont justement
les fonctions d’onde de la particule.
- L’existence d’une incertitude sur la mesure des grandeurs physiques qui
est régie par le principe d’incertitude de Heisenberg.
- Enfin la quantification d’un certain nombre de grandeurs physiques telles
que l’énergie, dont le spectre peut être discret.
Ces considérations montrent l’importance jouée par la fonction d’onde
en physique quantique et il est donc nécessaire d’étudier les propriétés
mathématiques de l’espace des fonctions d’onde et des opérateurs agissant
sur ces fonctions à l’intérieur de cet espace.
Toutefois, nous ne prétendons pas présenter ici un formalisme mathématique
complet et rigoureux, mais regrouper les diverses notions utiles en mécanique
quantique telles que la notion de représentations, la notation de Dirac et
l’algèbre des opérateurs.
Pour simplifier davantage le formalisme on se limitera à un espace à une
dimension, les résultats obtenus se généraliseront aisément dans R3 .
1. ESPACE ξ DES FONCTIONS D’ONDE D’UNE PARTICULE 227
1. Espace ξ des fonctions d’onde d’une particule
L’espace des fonctions d’onde d’une particuleest un espace de fonctions
2
de carrés sommables car nous avons vu que |ψ| d3 r est toujours une
quantité finie et égale à l’unité puisqu’elle représente la probabilité totale de
trouver la particule dans l’espace. Cet espace qu’on note £2 est un espace
de Hilbert et est de dimension infinie, car une fonction est déterminée par une
infinité de coordonnées qui sont les valeurs prises par cette fonction pour les
diverses valeurs de la variable. Toutefois, d’un point de vue physique £2 est
trop vaste car les fonctions d’onde doivent être non seulement partout définies,
continues et indéfiniment dérivables mais surtout à support borné pour que la
particule se trouve dans une région finie de l’espace. On se limitera donc à
l’espace ξ qui contient de pareilles fonctions et qui est un sous-espace de
l’espace £2 de Hilbert.
1.1. Structure de ξ
1.1.1. Définition :
ξ est un espace vectoriel formé des fonctions de carré sommable. Ainsi
si les fonctions Ψ1 (x) et Ψ2 (x) appartiennent à ξ et si λ1 et λ2 sont deux
Espace des fonctions d’onde d’une particule 228
nombres complexes quelconques alors la fonction Ψ(x) donnée par :
Ψ(x) = λ1 Ψ1 (x) + λ2 Ψ2 (x) (4.1)
appartient également à ξ .
2
Pour le montrer, il suffit de développer |Ψ(x)| :
|Ψ(x)|2 = |λ1 |2 |Ψ1 (x)|2 + |λ2 |2 |Ψ2 (x)|2 +
(4.2)
λ∗1 λ2 Ψ∗1 (x)Ψ2 (x) + λ1 λ∗2 Ψ1 (x)Ψ∗2 (x)
Comme, d’après l’inégalité de Schwarz on a :
+∞ +∞
+∞
Ψ Ψ dx ≤ |Ψ |2
dx |Ψ2 |2 dx (4.3)
1 2 1
∞− −∞ −∞
+∞
alors |Ψ(x)|2 dx qui est inférieure à une intégrale convergente, est elle
∞−
même convergente et Ψ(x) est une fonction de carré sommable et appartient
à ξ .
1.1.2. Produit scalaire
On définit le produit scalaire dans ξ d’une fonction φ(x) par une fonction
Ψ(x) par le nombre complexe noté φ | ψ et valant :
+∞
φ | ψ = φ∗ (x)ψ(x)dx (4.4)
−∞
Espace des fonctions d’onde d’une particule 229
Les propriétés de ce produit scalaire sont :
φ | ψ = ψ | φ (4.5)
φ | λ1 ψ1 + λ2 ψ2 = λ1 φ | ψ1 + λ2 φ | ψ2 (4.6)
λ1 φ1 + λ2 φ2 | ψ = λ∗1 φ1 | ψ + λ∗2 φ2 | ψ (4.7)
φ | ψ = 0 (4.8)
Cette dernière relation implique que les deux fonctions φ et ψ sont orthogo-
nales.
ψ |
ψ est un réel positif qui est nul si et seulement si ψ = 0, sa racine
positive ψ | ψ est appelée norme de ψ .
1.2. Base orthonormée complète discrète de ξ
1.2.1. Définition
Soit un ensemble dénombrable de fonctions de carré sommable {ui (x)}
(i = 1, 2, ...n, ...).
- Cet ensemble est orthonormé si :
ui | uj = u∗i (x) uj (x) dx = δij (4.9)
où δij est le symbole de Kronecker.
Espace des fonctions d’onde d’une particule 230
- Il est complet si toute fonction ψ(x) peut être développée d’une façon
unique suivant les ui (x) :
ψ (x) = ci ui (x) (4.10)
i
Les coefficients ci sont appelés composantes de ψ(x) sur les ui (x).
Les fonctions ui (x) satisfaisant les conditions (4.9) et (4.10) forment alors
une base orthonormée complète discrète.
1.2.2. Composantes de Ψ(x)
On a d’après (4.4), (4.9) et (4.10) :
uj | ψ = u∗j (x)ψ(x)dx = ci uj (x) | ui (x) = ci δij = cj
i i
(4.11)
La composante ci de ψ(x) sur les fonctions ui (x) est donc égale au produit
scalaire de ψ(x) par ui (x) soit :
ci = ui | ψ = u∗i (x)ψ(x)dx (4.12)
Espace des fonctions d’onde d’une particule 231
1.2.3. Expression du produit scalaire et de la norme
Soient Ψ(x) et Φ(x) deux fonctions dont les développements s’écrivent :
Ψ(x) = ci ui (x) (4.13)
i
Φ(x) = bj uj (x) (4.14)
j
Le produit scalaire Φ | Ψ s’écrit alors :
Φ | Ψ = b∗j ci
u∗j (x)ui (x)dx
i
j (4.15)
= b∗j ci δij = b∗i ci
i j i
soit :
Φ| Ψ = b∗i ci (4.16)
i
Ce qui donne pour le carré de la norme de la fonction Ψ(x) :
2
Ψ| Ψ = | ci | (4.17)
i
Espace des fonctions d’onde d’une particule 232
1.2.4. Relation de fermeture
On a :
Ψ(x) = ci ui (x) = ui | Ψ ui (x) = [ u∗i (x )Ψ(x´)dx´] ui (x)
i i i
(4.18)
En admettant qu’on peut intervertir et dx , il vient :
i
Ψ(x) = [ ui (x)ui (x´)]Ψ(x´)dx´= F (x, x )Ψ(x´)dx´
∗
(4.19)
i
Cette écriture de Ψ(x) est caractéristique de la fonction de Dirac δ(x − x ) (cf.
EP4.17) :
Ψ(x) = δ(x − x )Ψ(x )dx (4.20)
Ψ(x) étant quelconque, on en déduit alors :
ui (x)u∗i (x´) = δ(x − x´) (4.21)
i
La relation (4.21) est appelée relation de fermeture. Elle traduit mathématiquement
le caractère complet du système {ui } qui constitue une base orthonormée
complète.
Espace des fonctions d’onde d’une particule 233
1.3. Base orthonormée complète continue de ξ
1.3.1. Définition
Une base orthonormée complète continue est constituée d’un ensemble
de fonctions vα (x) repérées par un indice α variant de façon continue et
satisfaisant aux deux relations suivantes :
vα∗ (x)vβ (x)dx = δ(α − β) : Relation d’orthogonalité (4.22)
vα (x)vα∗ (x )dα = δ(x − x ) : Relation de fermeture (4.23)
On remarque que pour β = α, la fonction vα (x) n’est pas de carré
sommable et n’appartient donc pas à ξ . Elle peut néanmoins servir de base
pour les vecteurs de ξ .
1.3.2. Composantes de Ψ(x)
Considérons le produit scalaire cα = vα | ψ, il vaut d’après (4.4) :
cα = vα | ψ = vα∗ (x)Ψ(x)dx (4.24)
Espace des fonctions d’onde d’une particule 234
Calculons l’intégrale :
dα cα vα (x) = dα dx´vα∗ (x´)Ψ(x´) vα (x) (4.25)
En admettant qu’il est possible d’intervertir l’ordre d’intégration il vient :
∗
dα cα vα (x) = dx´ [dα vα (x)vα (x´)] Ψ(x´) = dx´δ(x − x´)Ψ(x´)
(4.26)
Comme : dx´δ(x − x´)Ψ(x´) = Ψ(x) on a alors
Ψ(x) = dα cα vα (x) (4.27)
cα apparaı̂t donc comme la composante de Ψ(x) sur vα (x), ce qui généralise
le résultat obtenu pour la base discrète et on a :
cα = vα | Ψ (4.28)
Espace des fonctions d’onde d’une particule 235
1.3.3. Expression du produit scalaire et de la norme
Soient deux fonctions Ψ(x) et Φ(x) dont les développements sont :
Ψ(x) = dα cα vα (x) (4.29)
Φ(x) = dα´bα vα (x) (4.30)
Le produit scalaire s’écrit :
+∞
∗
Φ | Ψ = Φ (x)Ψ(x)dx = dα´dα dx b∗α´ cα vα∗´(x)vα (x)
−∞
(4.31)
En admettant qu’on peut intervertir l’ordre d’intégration, il vient :
Φ | Ψ = dα´dα b∗α´cα vα∗´(x)vα (x)dx
(4.32)
= dα´dα b∗α´cα δ(α − α´)
= dα b∗α cα
Espace des fonctions d’onde d’une particule 236
soit :
Φ | Ψ = dα b∗α cα (4.33)
et on obtient pour le carré de la norme de la fonction Ψ(x) :
Ψ | Ψ = dα |cα |2 (4.34)
On remarque que toutes les formules relatives à la base discrète se
généralisent par les règles de correspondance suivantes :
i ←→ α
←→ dα
i
δij ←→ δ(α − α´)
1.3.4. Exemples de fonctions vα (x)
[Link]. Les fonctions delta :
C’est l’ensemble des fonctions localisées aux différents points x0 :
vx0 (x) = δ(x − x0 ) (4.35)
Espace des fonctions d’onde d’une particule 237
x0 est une abscisse qui joue le rôle de α et qui varie de −∞ à +∞.
Les vx0 (x) vérifient les relations d’orthogonalité et de fermeture, on a en
effet :
dx vx∗0 (x) vx0 (x) = δ(x − x0 )δ(x − x´0 )dx = δ(x0 − x´0 ) (4.36)
dx0 vx0 (x) vx∗0 (x´) = δ(x − x0 )δ(x´− x0 )dx0 = δ(x − x´) (4.37)
Les vx0 (x) forment donc une base orthonormée complète continue et toute
fonction Ψ(x) se développe de façon unique suivant les vx0 (x) :
Ψ(x) = dx0 cx0 vx0 (x) (4.38)
avec :
cx0 = vx0 (x) | Ψ(x) = δ(x − x0 )Ψ(x)dx = Ψ(x0 ) (4.39)
de sorte que :
Ψ(x) = Ψ(x0 )δ(x − x0 )dx0 (4.40)
C’est un résultat bien connu (cf. EP4.17) qui exprime que toute fonction Ψ(x)
peut être considérée comme une superposition linéaire de fonctions δ(x−x0 ),
Espace des fonctions d’onde d’une particule 238
centrées aux divers points x0, le coefficient multipliant la fonction δ(x − x0 )
centrée au point x0 étant la valeur de ψ(x) en x0 .
On écrit souvent pour alléger le formalisme :
Ψ(x) = x | Ψ (4.41)
C’est la représentation {x}.
[Link]. Les ondes planes :
C’est l’ensemble des fonctions définies par.
1
vp (x) = √ eipx/ (4.42)
2π
p est une composante de l’impulsion qui joue le rôle de α et qui varie de −∞
à +∞.
Les vp (x) vérifient les relations d’orthogonalité et de fermeture. on a en
effet :
1 1
dxvp∗ (x)vp´(x)
= e i(p´−p)x/
dx = ei(p´−p)u du
2π 2π
= δ(p − p´) (4.43)
∗ 1 i(x−x´)p/ 1
dpvp (x)vp (x´) = e dp = ei(x−x´)k dk
2π 2π
= δ(x − x´) (4.44)
Espace des fonctions d’onde d’une particule 239
x p
où u = et k = ; le résultat des intégrales découlant des transformées de
Fourier des fonctions de Dirac.
Les vp (x) forment donc une base orthonormée complète continue et toute
fonction Ψ(x) se développe de façon unique suivant les vp (x) :
Ψ(x) = dp cp vp (x) (4.45)
avec :
1
cp = vp | Ψ = √ e−ipx/Ψ(x)dx = Ψ̄(p) (4.46)
2π
Ψ̄(p) n’est autre que la transformée de Fourier de Ψ(x), de sorte qu’on a :
Ψ(x) = dp Ψ̄(p) vp (x) (4.47)
On retrouve donc le résultat bien connu des transformées de Fourier (cf.
EP2.15) : toute fonction Ψ(x) peut être considérée comme une superposition
linéaire d’ondes planes, le coefficient multipliant l’onde plane étant la trans-
formée de Fourier Ψ̄(p) de Ψ(x)
On écrit souvent pour simplifier le formalisme :
Ψ̄(p) = p | Ψ (4.48)
C’est la représentation {p}.
2. NOTION DE REPRÉSENTATION - NOTATIONS DE DIRAC 240
2. Notion de représentation - Notations de Dirac
2.1. Définition
Choisir une représentation c’est se donner une base orthonormée complète
(discrète ou continue) suivant laquelle se décompose chaque fonction de ξ .
Ainsi une même fonction peut être représentée par plusieurs ensembles
de coordonnées (Ci ,Ψ(x0 ), Ψ̄(p) ;...). Pour s’affranchir de la base on peut,
comme en géométrie euclidienne, représenter l’état quantique de la particule
par un vecteur appartenant à un espace vectoriel qu’on appelle espace des
états de la particule et qu’on peut confondre avec ξ .
On notera |Ψ ce vecteur et on l’appellera vecteur “ket” : C’est la notation
de Dirac dont on verra la commodité tout au long de ce cours.
2.2. Vecteurs “kets” et vecteurs “bras”
On représente le vecteur ket |Ψ dans une base donnée en rangeant ses
coordonnées verticalement sous la forme d’une matrice à une colonne et à
Notion de représentation - Notations de Dirac 241
plusieurs lignes :
c1 Ψ(x) Ψ̄(p)
c2 Ψ(x´) Ψ̄(p´)
|Ψ = .. = .. = .. (4.49)
. . .
ci Ψ(xi ) Ψ̄(pi )
A chaque vecteur ket |Ψ on associe un nouvel être noté Ψ|qu’on appelle
vecteur bra. Ses coordonnées dans une représentation donnée sont les
complexes conjugués des coordonnées de |Ψ dans la même représentation :
On les range horizontalement sous forme d’une matrice à une ligne et à
plusieurs colonnes.
Ψ| = |c∗1 c∗2 ... c∗i ... | = |... Ψ∗ (x) ... Ψ∗ (x´) ... Ψ∗ (xi )|
= |... Ψ̄∗ (p) ... Ψ̄∗ (p´) ... Ψ̄∗ (pi )... | (4.50)
L’ensemble des vecteurs bras constitue un espace qu’on note ξ ∗ et qu’on
appelle espace dual de ξ .
2.3. Correspondance entre ket et bra
A tout ket correspond un bra et la correspondance est antilinéaire :
|Ψ = λ1 |Ψ1 + λ2 |Ψ2 =⇒ Ψ| = λ∗1 Ψ1 | + λ∗2 Ψ2 | (4.51)
Notion de représentation - Notations de Dirac 242
Comme |λΨ = λ |Ψ alors λΨ| = λ∗ Ψ|.
Cette correspondance est à la base des propriétés du produit scalaire
défini précédemment.
A tout bra ne correspond pas nécessairement un ket, car de façon générale
l’espace dual ξ ∗ de ξ ne lui est pas isomorphe.
3. OPÉRATEURS LINÉAIRES 243
3. Opérateurs linéaires
3.1. Définition
Un opérateur linéaire A fait correspondre à tout ket |Ψ appartenant à ξ un
autre ket |Ψ appartenant à ξ . La correspondance étant linéaire :
|Ψ = A |Ψ (4.52)
A(λ1 |Ψ1 + λ2 |Ψ2 ) = λ1 A |Ψ1 + λ2 A |Ψ2 (4.53)
Exemples :
Opérateur X : Ψ(x) −→ xΨ(x)
∂
Opérateur P : Ψ(x) −→ Ψ(x)
i ∂x
Opérateur π : Ψ(x) −→ Ψ(−x)
L’action de chacun de ces opérateurs étant définie dans la représentation {x}.
Opérateurs linéaires 244
3.2. Produit de deux opérateurs - Commutateur
Le produit de deux opérateurs linéaires A et B , noté AB est défini de la
façon suivante :
(AB) |Ψ = A(B |Ψ) (4.54)
B agit d’abord, A ensuite.
En général, le produit AB est différent du produit BA.
On définit le commutateur de A et B qu’on note [A, B] par l’opérateur :
[A, B] = AB − BA (4.55)
Si [A, B] = 0, on dit que les deux opérateurs commutent.
Exemple : Commutateur : [X, P ]
Dans la représentation {x} on a :
dΨ dΨ
XP Ψ = x = x
i dx i dx
d dΨ
PX Ψ = (xΨ) = x + Ψ (4.56)
i dx i dx i
(XP − P X) Ψ = − Ψ = iΨ
i
Opérateurs linéaires 245
Ψ étant quelconque, on aura :
[X, P] = i (4.57)
3.3. Représentation d’un opérateur par une matrice
On appelle éléments de matrice de l’opérateur A dans la base ortho-
normée complète discrète {ui } les nombres complexes Aij tels que :
+∞
Aij = ui | A |uj = u∗i (x)[A uj (x)]dx (4.58)
−∞
Si on connaı̂t les coordonnées ci de |Ψ, on peut en déduire les coordonnées
ci de |Ψ = A |Ψ.
En effet on a :
|Ψ = ci |ui
i
(4.59)
|Ψ = ci |ui
i
Opérateurs linéaires 246
et
cj = uj | Ψ = uj | ci A |ui
i
(4.60)
= uj | A |ui ci = Aji ci
i i
soit :
ci = Aij cj (4.61)
j
L’équation |Ψ = A |Ψ s’écrit donc sous la forme matricielle suivante :
c1
A11 A12 ................ A1j c1
A21 A22 ................ A2j c2
c2
.. = .. .. .. .. (4.62)
. . . . .
ci Ai1 Ai2 ................ Aij ci
Le même formalisme peut se concevoir dans la base continue {vα } ; on aura
en effet :
Aαα´ = vα | A |vα et cα = dα´Aαα´cα´ (4.63)
Opérateurs linéaires 247
On définit également l’élément de matrice de A entre Φ| et |Ψ, c’est le
scalaire :
Φ| A |Ψ = b∗i Aij cj (4.64)
i j
On aura de même pour la base continue {vα } :
Φ| A |Ψ = dαdα´b∗α Aαα´cα´ (4.65)
3.4. Exemple d’opérateur linéaire : Le projecteur
On appelle projecteur sur l’état normé |Ψ l’opérateur PΨ défini par :
PΨ = |Ψ Ψ| (4.66)
PΨ est bien un opérateur, car dans une base donnée, il est représenté par une
matrice. On a en effet dans la base {ui } :
c1 c 1 c ∗ c 1 c ∗ · · · c1 c ∗ · · ·
1 2 i
c2 c 2 c ∗ c 2 c ∗ · · · c2 c ∗ · · ·
∗ ∗ 1 2
c1 c2 · · · c∗i = ..
i
PΨ = .. .. .. .. .. (4.67)
. . . . . .
ci ci c∗1 ci c∗2 · · · · · · ci c∗i
Opérateurs linéaires 248
Faisons agir PΨ sur un ket |Φ quelconque, on a :
PΨ |Φ = |Ψ Ψ | Φ = λ |Ψ avec λ = Ψ | Φ (4.68)
L’interprétation géométrique de PΨ est donc la suivante :
PΨ agissant sur un ket |Φ donne un ket proportionnel à |Ψ, le coefficient
de proportionnalité étant le produit scalaire Ψ | Φ c’est à dire la projection
de |Φ sur |Ψ : PΨ est donc l’opérateur projection orthogonale sur le ket |Ψ.
On a aussi :
(PΨ )2 = PΨ PΨ = |Ψ Ψ | Ψ Ψ| = |Ψ Ψ| = PΨ (4.69)
Projeter deux fois de suite sur un vecteur donné est équivalent à projeter une
seule fois.
3.5. Relation de fermeture
Considérons dans la base orthonormée complète discrète {ui }, l’opérateur
P{ui } défini par :
P{ui } = |ui ui | (4.70)
i
Faisons agir cet opérateur sur un ket |Ψ, on obtient :
P{ui } |Ψ = |ui ui | Ψ = ci |ui = |Ψ (4.71)
i i
Opérateurs linéaires 249
On a donc quelque soit |Ψ :
P{ui } = |ui ui | = 1 (4.72)
i
La même démarche conduite dans une base orthonormée complète continue
{vα } donne :
P{vα } = dα |vα vα | = 1 (4.73)
Les relations (4.70) et (4.71) sont connues sous le nom de “Relations de
Fermeture” ou de “UN de Dirac”.
L’interprétation géométrique de P{ui } est la suivante :
P{ui } est le projecteur sur l’espace ξ sous-tendu par les |ui . Comme la
base {|ui } est complète, ξ n’est autre que ξ , et projeter sur ξ est équivalent
à appliquer l’opérateur unité. Il en est de même pour P{vα } .
3.6. Application de la relation de fermeture : changement
de base
Il s’agit de déterminer les composantes d’un vecteur, les éléments de
matrice d’un opérateur ou la forme de certaines expressions mathématiques
dans un changement de base. Pour simplifier on considère qu’on passe d’une
Opérateurs linéaires 250
base orthonormée discrète {|ui } à une base orthonormée discrète {|w }
telle que :
ui | w = Si et donc w | ui = Si∗
Les relations de fermeture s’écrivent dans les deux bases :
P{ui } = |ui ui | = 1 (4.74)
i
P{w } = |w w | = 1 (4.75)
a)- Transformation des composantes d’un vecteur :
Soit le vecteur |Ψ :
Dans la base {|ui } ses coordonnées sont : ci = ui | Ψ
Dans la base {|w } ses coordonnées sont : b = w | Ψ
Opérateurs linéaires 251
On a dans la base {w } :
b = w | Ψ
= w | P{ui } |Ψ
= w | |ui ui | Ψ (4.76)
i
= w | ui ui | Ψ
i
soit :
b = Si∗ ci (4.77)
i
b)- Transformation des éléments de matrice d’un opérateur A :
Dans la base {ui } les éléments de matrice de A sont : Aij = ui | A |uj .
Dans la base {w } les éléments de matrice de A sont : Am =
w | A |wm .
Opérateurs linéaires 252
On a dans la base {w } :
Am = w | A |wm
= w | P{ui } A P{uj } |wm
(4.78)
= w | ui ui | A |uj uj | wm
i j
soit :
Am = Si∗ Aij Sjm (4.79)
i j
c)- Invariance de la trace d’un opérateur A dans un changement de
base :
Dans la base {ui }, on a :
(T rA){ui } = ui | A |ui (4.80)
i
Dans la base {w }, on a
(T rA){w } = w | A |w (4.81)
Opérateurs linéaires 253
En utilisant la relation de fermeture il vient :
ui | A |ui = ui | |w w | A |ui
i i
= ui | w w | A |ui
i
= w | A |ui ui | w (4.82)
i
= w | A| |ui ui | w
i
= w | A |w
soit :
(T rA){ui } = (T rA){wi } (4.83)
4. OPÉRATEURS ADJOINTS 254
4. Opérateurs adjoints
4.1. Définitions
a)- Deux opérateurs A et A+ sont dits adjoints si les matrices qui les
représentent dans une base donnée {ui } sont adjointes l’une de l’autre, c’est
à dire si l’on a :
uj | A+ |ui = ui | A |uj ∗ (4.84)
Cette définition se généralise pour deux kets |Ψ et |Φ quelconques :
Φ| A+ |Ψ = Ψ| A |Φ∗ (4.85)
b)- Une autre définition de l’opérateur A+ adjoint de A est :
|Ψ´ = A |Ψ ⇐⇒ Ψ´| = Ψ| A+ (4.86)
En effet :
ui | Ψ´ = ui | A |uj uj | Ψ (4.87)
j
En prenant l’expression conjuguée de ui | Ψ´ il vient :
Ψ´| ui = Ψ | uj uj | A+ |ui = Ψ| A+ |ui (4.88)
j
Opérateurs adjoints 255
|ui étant quelconque on a alors : Ψ´| = Ψ| A+ ce qui revient à écrire :
AΨ| = Ψ| A+ (4.89)
4.2. Propriétés
En utilisant les définitions précédentes on montre aisément que :
(A+ )+ = A (4.90)
(A + B)+ = A+ + B + (4.91)
(λA)+ = λ∗ A+ (4.92)
(AB)+ = B + A+ (4.93)
Cette dernière propriété se démontre en écrivant que |Ψ = AB |Ψ et
en posant |Φ = B |Ψ il vient alors :
|Ψ = A |Φ ce qui implique que Ψ | = φ| A+
soit :
Ψ | = Ψ| B + A+ = Ψ| (AB)+ (4.94)
4.3. Règles de conjugaison
Pour obtenir l’expression conjuguée d’une expression donnée il faut :
Opérateurs adjoints 256
- Renverser l’ordre des termes.
- Remplacer ket par bra et réciproquement.
- Prendre le complexe conjugué des constantes.
- Remplacer les opérateurs par leurs adjoints.
Ainsi par exemple, l’expression conjuguée de λ AB |Ψ est λ∗ Ψ| B + A+ .
5. OPÉRATEURS HERMITIQUES 257
5. Opérateurs hermitiques
5.1. Définitions
Un opérateur A est hermitique s’il est égal à son adjoint c’est à dire si :
A = A+ . Il s’ensuit que les éléments de matrice de A dans une représentation
donnée {ui } sont tels que :
Aij = A∗ji (4.95)
et plus généralement pour deux kets |Ψ et |Φ quelconques :
Ψ | A | Φ = Φ | A | Ψ∗ (4.96)
En utilisant (4.89) on peut également écrire :
AΦ | Ψ = Φ | AΨ (4.97)
5.2. Exemples : Opérateurs PΨ , X, P
Pour PΨ = |Ψ Ψ|, la démonstration est immédiate, on a en effet :
PΨ+ = |Ψ Ψ| = PΨ (4.98)
Opérateurs hermitiques 258
Pour X et P on peut montrer facilement qu’en se plaçant dans la représentation
{x} on a :
Φ | XΨ = XΦ | Ψ (4.99)
Φ | P Ψ = P Φ | Ψ (4.100)
5.3. Remarque
Le produit de deux opérateurs hermitiques n’est hermitique que si A et B
commutent :
En effet :
(AB)+ = B + A+ = BA (4.101)
BA n’est égal à AB que si [A, B] = 0
6. VECTEURS PROPRES ET VALEURS PROPRES D’UN OPÉRATEUR259
6. Vecteurs propres et valeurs propres d’un opérateur
6.1. Définition
On dit que |φn est vecteur propre ou ket propre de l’opérateur A avec la
valeur propre an si :
A |φn = an |φn (4.102)
6.2. Remarques
1- En multipliant les deux membres de l’égalité (4.102) par le scalaire
b, on voit que b |φn est aussi ket propre de A avec la valeur propre an . Si
|φn est normé à l’unité, il est donc fixé à un facteur de phase près et on
ne considérera pas comme différents deux kets normés correspondant à la
même valeur propre et ne différant que par une phase eiθ . (|φn ∝ eiθ |φn )
2- an est dite valeur propre dégénérée s’il lui correspond au moins deux
vecteurs propres normés différents : un indice supplémentaire α est alors
nécessaire pour distinguer les divers kets propres correspondant à an :
A |φαn = an |φαn (4.103)
L’ensemble des |φαn sous-tend un sous-espace ξn appelé sous-espace de
dégénérescence de la valeur propre an .
Vecteurs propres et valeurs propres d’un opérateur 260
3- A |un = an |un implique que un | A+ = a∗n un |.
Ainsi, si |un est ket propre de A avec la valeur propre an , un | est bra
propre de A+ avec la valeur propre a∗n .
6.3. Equation caractéristique
Pour déterminer les valeurs propres λ d’un opérateur A, il faut chercher
s’il existe des vecteurs |Ψ tel que :
A |Ψ = λ |Ψ (4.104)
La projection de cette égalité sur une base orthonormée {|ui } donne :
ui | A |Ψ = λ ui | Ψ = λci (4.105)
En insérant le projecteur P {uj } entre A et |Ψ on obtient :
ui | A |uj uj | Ψ = ui | A |uj uj | Ψ = Aij cj (4.106)
j j j
soit :
Aij cj = λci (4.107)
j
Vecteurs propres et valeurs propres d’un opérateur 261
ou encore
(Aij − λδij )cj = 0 (4.108)
j
On aura un système d’équations linéaires homogènes qui admet une
solution différente de zéro si et seulement si le déterminant correspondant
est nul, soit :
det(A − λI) = 0 (4.109)
c’est à dire :
A11 − λ A12 ··· A1n
A21 A22 − λ · · · A2n
.. .. .. .. =0 (4.110)
. . . .
An1 ··· ··· Ann − λ
L’équation de degré n en λ, obtenue en annulant le déterminant est
appelée équation caractéristique. Ses racines λ sont les valeurs propres
de l’opérateur A.
Vecteurs propres et valeurs propres d’un opérateur 262
6.4. Vecteurs propres et valeurs propres d’un opérateur
hermitique
6.4.1. Les valeurs propres d’un opérateur hermitique sont réelles
En effet si on a :
A |φn = an |φn (4.111)
alors :
φn | A+ = a∗n φn | (4.112)
En projetant les équations (4.111) et (4.112) sur |φn il vient :
φn | A |φn = an φn | φn = an (4.113)
et
φn | A+ |φn = a∗n φn | φn = a∗n (4.114)
Comme A = A+ , on obtient d’après (4.113) et (4.114) :
an = a∗n
an est donc une valeur propre réelle et par conséquent :
φn | A = an φn | (4.115)
Ce qui montre que, si |φn est ket propre de A avec la valeur propre an ,
φn | est bra propre de A avec la même valeur propre an .
Vecteurs propres et valeurs propres d’un opérateur 263
6.4.2. Deux vecteurs propres correspondant à des valeurs propres
différentes sont orthogonaux.
Soient deux vecteurs propres |φn et |φm de A correspondant aux valeurs
propres différentes an et am :
On a :
A |φn = an |φn (4.116)
et
φm | A = am φm | (4.117)
En multipliant (4.116) par φm | à gauche et (4.117) par |φn à droite, on
obtient :
φm | A |φn = an φm | φn (4.118)
et
φm | A |φn = am φm | φn (4.119)
En retranchant membre à membre les équations (4.118) et (4.119), on trouve :
(an − am ) φm | φn = 0 (4.120)
Comme am = an alors : φm | φn = 0 et |φn et |φm sont orthogonaux.
Vecteurs propres et valeurs propres d’un opérateur 264
6.4.3. Système orthonormé de vecteurs propres
Soient {|φαn } les vecteurs propres normés d’un opérateur hermitique A.
D’après précédemment :
si n = n , on a φαn´´ | φαn = 0 (4.121)
Dans le sous-espace de dégénérescence ξn associée à la valeur propre an
on peut toujours choisir les |φαn orthonormés de sorte qu’on a :
φαn´ | φαn = δαα´ (4.122)
En combinant (4.121) et (4.122) on obtient en définitive :
φαn´´ | φαn = δnn´δαα´ (4.123)
On dit alors que les {|φαn } forment un système orthonormé de vecteurs
propres.
7. OBSERVABLES 265
7. Observables
7.1. Définition
Une observable est un opérateur hermitique dont le système de vecteurs
propres {|uαn } est non seulement orthonormé mais complet ; c’est à dire
qu’on a toujours :
uαn´´ | uαn = δnn´δαα´ (4.124)
|uαn uαn | = 1 (4.125)
n α
Les {|uαn } peuvent alors servir de base dans l’étude du système
considéré.
7.2. Exemples d’observables :
7.2.1. Le projecteur :
Le projecteur PΨ = |Ψ Ψ| est hermitique et on a : PΨ2 = PΨ : les valeurs
propres λ de PΨ sont réelles et sont données par :
λ2 = λ, soit λ = 1 ou λ = 0
Observables 266
La valeur propre λ = 1 est simple et lui correspond le vecteur propre
|Ψ1 alors que λ = 0 est dégénérée et lui correspond l’ensemble des vecteurs
orthonormés sous-tendant le sous-espace orthogonal à |Ψ1 . Les vecteurs
propres de PΨ forment donc un système complet et PΨ est une observable.
7.2.2. Opérateur X :
Il est hermitique et son équation aux valeurs propres s’écrit en représentation
{x} :
x ϕx (x) = x´ϕx (x) (4.126)
ϕx étant la fonction propre correspondant à la valeur propre x´.
Comme on a (cf. EP4.17) :
x δ(x − x´) = x´δ(x − x´) (4.127)
donc :
ϕx´(x) = δ(x − x´) (4.128)
δ(x − x´) est donc fonction propre de l’opérateur X avec la valeur propre x´.
On sait que l’ensemble des fonctions δ(x − x´) centrées aux divers points
x´constitue une base orthonormée continue. L’opérateur X est donc bien une
observable.
Observables 267
En notation de Dirac nous avons appelé |x´ le ket correspondant à la
fonction δ(x − x ) centrée au point x´, l’équation aux valeurs propres peut
s’écrire donc :
x |x´ = x´ |x´ (4.129)
Les relations d’othogonalité et de fermeture pour la base {|x} s’écrivent :
x | x = δ(x − x´) (4.130)
dx |x x| = 1 (4.131)
7.2.3. Opérateur P :
P est hermitique et son équation aux valeurs propres dans la représentation
{x}est :
d
ϕp (x) = p ϕp (x) (4.132)
i dx
ϕp (x) est la fonction propre de P correspondant à la valeur propre p .
La solution de l’équation est :
ip x
ϕp´(x) = A exp( ) (4.133)
Observables 268
A est un coefficient de normalisation et nous avons montré que si :
1
A = √ alors l’ensemble des ϕp (x) constitue une base orthonormée
2π
complète. L’opérateur P est donc bien une observable.
En notation de Dirac |p´ est le ket qui correspond à la fonction ϕp (x),
l’équation aux valeurs propres s’écrit :
p |p´ = p´|p´ (4.134)
Les relations d’orthogonalités et de fermeture s’écrivent dans la base {|p} :
p | p = δ(p − p´) (4.135)
dp |p p| = 1 (4.136)
7.3. Observables qui commutent
7.3.1. Théorème 1
“Si deux observables A et B commutent, on peut toujours trouver un
système de vecteurs propres communs et réciproquement”.
Observables 269
Soit |φαn un ket propre de A avec la valeur propre an ,
A |φαn = an |φαn (4.137)
Comme A et B commutent, il vient :
AB |φαn = BA |φαn = an B |φαn (4.138)
soit :
A(B |φαn ) = an (B |φαn ) (4.139)
B |φαn est donc ket propre de A avec la même valeur propre an .
On distingue alors deux cas :
* an est une valeur propre non dégénérée :
Dans ce cas |φαn et B |φαn ne peuvent différer que par un facteur
multiplicatif, l’indice α n’est plus nécessaire et on a :
B |φn = bn |φn (4.140)
|φn qui est ket propre de A avec la valeur propre an est aussi ket propre
de B avec une valeur propre bn généralement différente de an .
Observables 270
* an est une valeur propre dégénérée :
Dans ce cas B |φαn appartient au sous-espace de dégénérescence ξn
les {|φn }. ξn est donc invariant sous l’action de B .
α
sous-tendu β par
Soit χn,m les vecteurs propres de B , de valeur propre bm contenus dans
ξn . On a :
B χβn,m = bm χβn,m (4.141)
L’indice β distingue les différents vecteurs propres correspondant à bm lorsque
cette derni ère est dégénérée.
χβn,m est ket propre de B avec la valeur propre bm , comme il appartient
à ξn il est également ket propre de A avec la valeur propre an : il est donc ket
propre commun à A et B .
7.3.2. Théorème 2
“Si deux observables A et B commutent, l’élément de matrice de B entre
deux vecteurs propres de A, de valeurs propres différentes est nul” .
Soient {|φαn } les kets propres de A sous-tendant ξn .
[A, B] = 0 implique que φα n | [A, B] |φn = 0.
α
C’est à dire :α
n | AB |φn − φn | BA |φn = 0
φα α α α
(4.142)
Observables 271
ou encore :
an φα
n | B |φn − an φn | B |φn = 0
α α α
(4.143)
soit :
(an − an ) φα
n | B |φn = 0
α
(4.144)
comme an = an , alors : φα
n | B |φn = 0
α
7.4. Généralisation
Une observable A, a en général un spectre en partie discret (an ) et en
partie continue ( aυ ) on admettra les relations d’orthogonalité et de fermeture
suivante.
un | un = δnn (4.145)
uυ | uυ = δ(υ − υ ) (4.146)
uυ | uυ = 0 (4.147)
|un un | + |uυ uυ | dυ = 1 (4.148)
Observables 272
7.5. Ensemble complet d’observables qui commutent
Soit une observable A et une base de ξ formée des vecteurs propres
{|uαn } de A. Si aucune des valeurs propres de A n’est dégénérée, les divers
vecteurs de base peuvent être repérés par la valeur propre an et l’indice α
dans |uαn est inutile. Dans ce cas tous les sous-espaces propres ξn associés
à an sont de dimension 1 et la donnée de la valeur propre an détermine de
manière unique le vecteur propre correspondant |un . Il existe donc une seule
base de ξ formée avec des vecteurs propres de A et on dit que l’observable
A constitue à elle seule un ensemble complet d’observables qui commutent
(E.C.O.C.) dans ξ .
Si au contraire certaines valeurs propres de A sont dégénérées (il suffit
qu’une le soit) la donnée de an ne suffit plus à caractériser un seul vecteur
de base puisque les sous-espaces propres ξn sont de dimension supérieure
à 1. Dans ce cas la base des vecteurs propres de A n’est pas unique et A ne
constitue plus à lui seul un E.C.O.C.
Considérons alors une autre observable B qui commute avec A et
construisons une base orthonormée de vecteurs propres communs à A et
B en résolvant l’équation aux valeurs propres de B à l’intérieur de chaque
sous-espace ξn .
Si dans ξn , toutes les valeurs propres bm de B sont non dégénérées la
donnée du couple (an , bm ) spécifie complètement le vecteur propre commun
à A et B : ces vecteurs propres constituent alors une base unique et on dit
Observables 273
que A et B forment un E.C.O.C.
Si par contre bm est dégénérée, l’ensemble des χβn,m sous-tend un sous-
espace ξm de ξn tel que tout vecteur de ξm est vecteur propre commun de A
et B avec les valeurs propres an et bm , mais au couple (an , bm ) correspond
plusieurs vecteurs propres et la base formée par ces vecteurs n’est pas
unique. On cherche alors une autre observable C commutant avec A et B
et on diagonalise C à l’intérieur de ξm . Si toutes les valeurs propres cp de
C à l’intérieur de ξm sont non dégénérées, la donnée du triplet (an , bm , cp )
spécifie complètement le vecteur propre commun unique, sinon on prendra
une quatrième observable D....
En conclusion :
Une suite A, B , C , ... d’observables forment un E.C.O.C, si ces obser-
vables commutent 2 à 2 et si chaque vecteur propre de leur système de base
commun est défini de façon unique par la donnée des valeurs propres an , bm ,
cp ,... correspondantes de A, B , C , ...
8. OPÉRATEURS UNITAIRES 274
8. Opérateurs unitaires
8.1. Définition
Un opérateur U est unitaire si son inverse U −1 est égal à son adjoint :
U U + = U +U = 1 (4.149)
8.2. Transformation sur les vecteurs
Le transformé |ϕ1 d’un ket |ϕ1 par une transformation unitaire associée
à l’opérateur U est défini par :
|ϕ1 = U |ϕ1 (4.150)
Si |ϕ2 est le transformé de |ϕ2 par U on a aussi :
|ϕ2 = U |ϕ2 (4.151)
On a alors pour les vecteurs bras :
ϕ´1 | = ϕ1 | U + (4.152)
ϕ´2 | = ϕ2 | U + (4.153)
Opérateurs unitaires 275
On en déduit que :
ϕ´1 | ϕ´1 = ϕ1 | U + U |ϕ1 = ϕ1 | ϕ1 (4.154)
ϕ2 | ϕ1 = ϕ2 | U + U |ϕ1 = ϕ2 | ϕ1 (4.155)
Une transformation unitaire conserve donc la norme et le produit scalaire.
8.3. Transformation sur les opérateurs
8.3.1. Définition
Soit l’équation :
|Ψ = A |ϕ (4.156)
Il s’agit de déterminer l’opérateur A tel que :
|Ψ = A |ϕ (4.157)
où |Ψ et |ϕ sont respectivement les vecteurs transformés de |Ψ et |ϕ par
la transformation unitaire associée à l’opérateur U on a :
|Ψ = U |Ψ (4.158)
|ϕ = U |ϕ (4.159)
Opérateurs unitaires 276
Les équations (4.157), (4.158) et (4.159) donnent :
U |Ψ = A U |ϕ (4.160)
En multipliant à gauche les deux membres par U + , on obtient :
U + U |Ψ = U + A U |ϕ (4.161)
soit :
|Ψ = U + A U |ϕ = A |ϕ (4.162)
ce qui donne :
A = U + A U (4.163)
ou encore :
A = U A U + (4.164)
8.3.2. Propriétés :
* Si A est hermitique A l’est aussi
* Les valeurs propres de A sont celles de A, car l’équation aux valeurs
propres A |ϕ = λ |ϕ se transforme en A |ϕ = λ |ϕ
Opérateurs unitaires 277
* Le produit de deux transformations unitaires U et V est une transforma-
tion unitaire.
En effet comme : U U + = U + U = 1 et V V + = V + V = 1
il vient :
(U V )(U V )+ = U V V + U + = 1 (4.165)
* Les éléments de matrice de U dans une base orthonormée discrète
{|vi } sont tels que :
Ui∗ Uj = δij (4.166)
En effet on a :
vi U + U vj = vi | vj = δij (4.167)
En insérant la relation de fermeture entre U et U + , on a :
vi |U + U | vj = vi |U + | v v |U | vj
= Ui+ Uj (4.168)
= Ui∗ Uj
Opérateurs unitaires 278
soit :
Ui∗ Uj = δij (4.169)
Ce qui montre que :
Lorsqu’une matrice est unitaire, la somme des produits des éléments d’une
colonne par les complexes conjugués des éléments d’une autre colonne est
nulle si les deux colonnes sont différentes et égale à un dans le cas contraire.
8.4. Opérateur unitaire infinitésimal
On considère un opérateur unitaire U (ε) fonction d’une variable réelle et
infiniment petite ε et tel que U (ε) tend vers l’opérateur unité lorsque cette
variable tend vers 0.
On peut alors développer U (ε) en puissance de ε :
U (ε) = 1 + εG + ε2 G2 + · · · (4.170)
on a alors :
U (ε)+ = 1 + εG+ + · · · (4.171)
et
U (ε)U (ε)+ = U (ε)+ U (ε) = 1 + ε(G + G+ ) + · · · (4.172)
Opérateurs unitaires 279
Comme U (ε) est unitaire, on a au premier ordre :
G + G+ = 0 (4.173)
c’est à dire :
G = −G+ (4.174)
On dit que l’opérateur G est antihermitique et on peut poser : F = iG où F
est un opérateur hermitique.
L’opérateur unitaire infinitésimal prend alors la forme suivante :
U (ε) = 1 − iεF (4.175)
La transformation A´d’un opérateur A est alors :
A´= U (ε)AU (ε)+ = A − iε[F, A] (4.176)
soit encore :
A´− A = −iε[F, A] (4.177)
9. PRODUIT TENSORIEL D’ESPACES D’ÉTATS 280
9. Produit tensoriel d’espaces d’états
C’est une opération très utile qui va nous permettre de généraliser les no-
tions présentées sur l’espace à une dimension ξx à l’espace à trois dimensions
ξr d’une particule. Elle nous permettra également d’étudier l’espace des états
orbitaux ou de spins de deux particules et d’incorporer en général, dans un
même formalisme, la partie orbitale et la partie spin décrivant l’état quantique
d’une même particule.
9.1. Définition
Soit un espace ξ1 de dimension n1 sous-tendu par les vecteurs de base
|ui (1) (i = 1, ..., n1 ) dont le vecteur le plus général est désigné |ϕ(1) et
un espace ξ2 de dimension n2 sous-tendu par les vecteurs de base |v (2)
( = 1, ..., n2 ) et de vecteur général |χ(2).
On appelle produit tensoriel de ξ1 par ξ2 , l’espace vectoriel ξ à n1 .n2
dimensions, noté :
ξ = ξ1 ⊗ ξ2 (4.178)
et tel que à tout couple de vecteurs |ϕ(1) appartenant à ξ1 et |χ(2)
appartenant à ξ2 on peut faire correspondre un vecteur |Ψ de ξ noté |Ψ =
|ϕ(1) ⊗ |χ(2) qu’on appelle produit tensoriel de |ϕ(1) et |χ(2).
Pour simplifier, on note aussi : |Ψ = |ϕ(1)χ(2)
Produit tensoriel d’espaces d’états 281
9.2. Propriétés
Le produit tensoriel satisfait aux propriétés suivantes :
1- Il est associatif par rapport à la multiplication par un scalaire :
λ [|ϕ(1) ⊗ |χ(2)] = [λ |ϕ(1)] ⊗ |χ(2)
(4.179)
= |ϕ(1) ⊗ [λ |χ(2)]
2- Il est distributif par rapport à l’addition vectorielle :
|ϕ(1) ⊗ [λ1 |χ1 (2) + λ2 |χ2 (2)] =
λ1 |ϕ(1) ⊗ |χ1 (2) + λ2 |ϕ(1) ⊗ |χ2 (2)
3- L’ensemble des vecteurs {|ui (1) ⊗ |v (2)} constitue une base
orthonormée dans ξ . En effet on a :
[ui (1)| ⊗ v (2)|] [|uj (1) ⊗ |vm (2)] =
(4.180)
ui (1) | uj (1) v (2) | vm (2) = δij δm
Produit tensoriel d’espaces d’états 282
9.3. Composantes d’un vecteur produit
Soient ai et b les composantes de |ϕ(1) et de |χ(2) respectivement
dans les bases {|ui (1)} et {|v (2)}. On a :
|ϕ(1) = ai |ui (1) et |χ(2) = b |v (2) (4.181)
i
D’après les propriétés précédentes on aura :
|Ψ = |ϕ(1) ⊗ |χ(2) = ai b |ui (1) ⊗ |v (2) (4.182)
i
Les composantes d’un vecteur produit tensoriel sont donc les produits des
composantes des deux vecteurs du produit.
9.4. Produit scalaire dans ξ
Soient les vecteurs :
|Ψ = |ϕ(1) ⊗ |χ(2)
(4.183)
|Ψ´ = |ϕ´(1) ⊗ |χ´(2)
On définit leur produit scalaire par :
Ψ | Ψ´ = ϕ(1) | ϕ´(1) χ(2) | χ´(2) (4.184)
Produit tensoriel d’espaces d’états 283
9.5. Prolongement dans ξ d’un opérateur agissant dans
ξ1 ou ξ2
Soit A(1) un opérateur agissant dans ξ1 . On lui associe un opérateur Ã(1)
agissant dans ξ, défini de la manière suivante :
Ã(1)[|ϕ(1) ⊗ |χ(2)] = [A(1) |ϕ(1)] ⊗ |χ(2) (4.185)
Ã(1) est appelé prolongement de A(1) dans ξ .
On définit de façon analogue le prolongement B̃(2) d’un opérateur B(2)
agissant initialement dans ξ2 .
9.6. Produit tensoriel de deux opérateurs A(1) et B(2)
Soient A(1) et B(2) deux opérateurs agissant dans ξ1 et ξ2 . On appelle
produit tensoriel de ces deux opérateurs qu’on note A(1) ⊗ B(2) un opérateur
agissant dans l’espace produit et défini ainsi :
[A(1) ⊗ B(2)][|ϕ(1) ⊗ |χ(2)] =
[A(1) |ϕ(1)] ⊗ [B(2) |χ(2)]
Lorsque A(1) ⊗ B(2) agit sur un vecteur produit, chaque opérateur du produit
agit sur le vecteur du produit appartenant à l’espace dans lequel il agit.
Produit tensoriel d’espaces d’états 284
On vérifie facilement que :
Ã(1) = A(1) ⊗ I(2) (4.186)
B̃(2) = I(1) ⊗ B(2) (4.187)
où I(1) et I(2) sont les opérateurs identités respectivement dans ξ1 et ξ2 .
On note aussi pour simplifier :
A(1) ⊗ B(2) = A(1)B(2) (4.188)
9.7. Etats propres et valeurs propres de Ã(1)
On a :
A(1) |ϕn (1) = an |ϕn (1) (4.189)
Ã(1)[|ϕn (1) ⊗ |χ(2)] = [A(1) |ϕn (1)] ⊗ |χ(2)
(4.190)
= an [|ϕn (1) ⊗ |χ(2)]
|ϕn (1) ⊗ |χ(2) est donc état propre de Ã(1) avec la valeur propre an .
De même :
Ã(1)[|ϕn (1) ⊗ |v (2)] = an [|ϕn (1) ⊗ |v (2)] (4.191)
Produit tensoriel d’espaces d’états 285
Les |v (2) formant une base orthonormée dans ξ2 , on voit qu’il existe au
moins n2 vecteurs orthogonaux |ϕn (1) ⊗ |v (2) ( = 1,..., n2 ) qui sont
états propres de Ã(1) avec la valeur propre an . Ainsi, même si an n’est pas
dégénérée pour A(1) dans ξ1 , elle est dégénérée au moins n2 fois pour
Ã(1) dans l’espace ξ .
9.8. États propres et Valeurs propres de Ã(1) + B̃(2)
On a :
A(1) |ϕn (1) = an |ϕn (1) (4.192)
B(2) |χm (2) = bm |χm (2) (4.193)
On a d’après précédemment il vient :
Ã(1)[|ϕn (1) ⊗ |χm (2)] = an [|ϕn (1) ⊗ |χm (2)] (4.194)
B̃(2)[|ϕn (1) ⊗ |χm (2)] = bm [|ϕn (1) ⊗ |χm (2)] (4.195)
On en déduit que :
[Ã(1) + B̃(2)][|ϕn (1) ⊗ |χm (2)] = (an + bm )[|ϕn (1) ⊗ |χm (2)]
(4.196)
Les états propres de Ã(1) + B̃(2) sont les produits tensoriels d’un
état propre de A(1) par un état propre de B ( 2) et les valeurs propres de
Produit tensoriel d’espaces d’états 286
Ã(1) + B̃(2) sont la somme des valeurs propres correspondantes de A(1) et
B(2).