Installation des condensateurs
L'appareillage et les mesures de protection nécessaires dans l'installation des condensateurs de puissance varient
suivant que l'on a choisi la compensation individuelle, la compensation par groupe ou la compensation centrale.
Les recommandations de l'ASE pour l'emploi des condensateurs de grande puissance destinés à améliorer les cos
j, d'installations à basse tension (Publ. N° 3011, 1964 — 4008, 1965), donnent à ce sujet un certain nombre de
renseignements et l'on pourra toujours s'y référer en cas de doute.
Compensation individuelle
Elle consiste à connecter directement aux bornes de chaque moteur, le condensateur nécessaire. Son principal
avantage réside dans la simplicité du montage
Compensation d'un moteur en triangle
et dans le fait que, la puissance réactive étant produite sur place, les lignes d'alimentation sont déchargées sur toute
leur longueur du transport de courant réactif. En revanche, elle exige autant de condensateurs qu'il y a de
moteurs à compenser et chaque fois qu'une machine est déclenchée, son condensateur reste inutilisé. Le schéma
d'installation est des plus simple et ne comporte normalement aucun appareil supplémentaire. Le condensateur est
enclenché et déclenché par le même interrupteur que le moteur et après les déclenchements, il se décharge
immédiatement à travers les enroulements de ce dernier (fig. 20 et 21). L'interrupteur doit être tripolaire, car
l'interruption d'une phase d'un groupe moteur-condensateur, peut provoquer des surtensions. Le relais thermique
qui protège le moteur doit être adapté à la nouvelle valeur (plus faible) du courant de ligne.
Moteur à démarrage étoile-triangle
Si l'on connecte un condensateur triphasé aux bornes XYZ qui forment le point neutre pendant le démarrage
en étoile (fig. 22), il peut arriver qu'au moment de l'ouverture du neutre, le condensateur soit en série avec
les enroulements du moteur et entre en résonance avec lui. Si l'on connecte le condensateur aux bornes UVW (fig.
23), on risque de provoquer des phénomènes d'auto-excitation pendant le déclenchement, lorsqu'on met à
nouveau le moteur en étoile, tout en le séparant du réseau. En effet certains interrupteurs n'ouvrent pas le
neutre lors du déclenchement, ou bien l'ouvrent après que le moteur ait été séparé du réseau. Il y a donc un
instant pendant lequel le moteur déclenché et connecté en étoile, tourne, entraîné par sa force vive, en ayant à
ses bornes un condensateur assez grand pour le faire fonctionner en générateur, ce qui n'est pas le cas tant que le
moteur est couplé en triangle. Afin d'éviter ces inconvénients les Condensateurs Fribourg S.A. livrent pour les
moteurs à démarrage étoile-triangle des appareils à six bornes, permettant de brancher un condensateur
monophasé directement sur chaque phase du moteur. Le condensateur est alors mis en étoile ou en triangle en
même temps que le moteur (fig. 24, 25).
Auto-excitation
Des phénomènes d'auto-excitation accidentelle peuvent se produire dans des machines synchrones ou
asynchrones connectées à des condensateurs, mais séparées du réseau électrique. Si par exemple un disjoncteur
principal s'ouvre et qu'un moteur continue à tourner quelque temps, entraîné par sa force vive, ce moteur pourra
trouver dans les condensateurs le courant magnétisant nécessaire à son excitation; dans ce cas la tension aux
bornes de la machine n'étant plus fixée par le réseau, elle dépend de la courbe de magnétisation (courbe à
vide de la machine) et de la valeur de la capacité (fig. 26). De plus, si la capacité est très grande, on aura
pour une certaine vitesse, plus petite que la vitesse normale, un phénomène de résonance entre le
condensateur et la self-inductance
Courbe de magnétisation d'un moteur et 2 courbes de condensateurs.
de la machine; cette résonance provoque des surtensions capables de perforer le condensateur, de détériorer le
moteur et d'électrocuter le personnel qui suppose que le courant étant coupé il n'y a plus de tension aux bornes
du moteur. Ce cas se présente lorsqu'une batterie de condensateurs compense un groupe de machines dont une
seule se trouve en service; lors d'un déclenchement du disjoncteur de groupe, le moteur reste connecté la batterie
et en s'arrêtant, passe forcément par le nombre de tours critiques. Une batterie de condensateurs ne doit donc
jamais pouvoir rester connectée aux bornes d'un moteur séparé du réseau. C'est pourquoi l'on munira les
condensateurs compensant un groupe de machines, d'un disjoncteur particulier avec relais à tension nulle. Dans
le cas d'une compensation individuelle, le condensateur reste toujours connecté au moteur et il faudra pour éviter
tout danger limiter la puissance du condensateur à une valeur qui en kvar ne dépasse pas 30 à 40 °/o de la
puissance du moteur en kW.
Compensation par groupes
Dans ce système, la batterie de condensateurs compense tout une série de moteurs et l'on peut alors tenir compte
du fait que les machines ne sont généralement pas toutes en service simultanément; cette utilisation incomplète
des machines permet de faire la compensation en économisant, suivant les cas, jusqu'à 50 % de l'énergie
réactive.
Compensation d'un groupe de moteurs
En général, il vaut mieux, pour éviter tout risque d'auto-excitation, brancher le condensateur par l'intermédiaire
d'un interrupteur particulier avec relais à tension nulle.
Compensation centrale
Pour les installations importantes, la compensation centrale est certainement la plus économique et, c'est aussi
celle qui est la plus utilisée. Chez les consommateurs on connecte généralement les condensateurs du côté de la
basse tension, pour des raisons purement économiques. En effet, si le prix de revient des condensateurs pour une
puissance donnée est un peu plus avantageux à 8000 V qu'à 380 V, le matériel de couplage coûte beaucoup plus
cher en haute tension et c'est ce point qui est déterminant pour le coût de l'installation.
La compensation en haute tension est donc plutôt utilisée par les distributeurs dans les sous-stations. Si une
batterie centrale est enclenchée alors que seule une partie des machines est en marche, la puissance réactive
fournie par les condensateurs est trop élevée
et le déphasage devient capacitif; il faut absolument éviter cela, car lorsque d'autres machines seront mises en
service, on risque d'avoir pendant un certain temps, avant que le déphasage devienne inductif, des phénomènes de
résonance provoquant de dangereuses surintensités. Il faut donc en général subdiviser la batterie en échelons que
l'on enclenche suivant les besoins en énergie. Ces enclenchements peuvent se faire à la main ou à l'aide d'horloges
lorsque les conditions d'exploitation sont tout à fait régulières (on veillera en tous cas à ne pas enclencher les
condensateurs avant les moteurs). Cependant, en général, on a avantage à installer une batterie automatique qui
permet de compenser constamment la puissance réactive, quelles que soient ses variations, sans jamais risquer de
passer par la résonance.
L'appareillage d'une batterie automatique comprend un régulateur qui commande la mise sous tension des
différents échelons de la batterie. Le nombre des contacteurs et l'importance de l'appareillage dépendent de
l'échelonnement choisi. Plus le nombre d'échelons est grand, plus le réglage est fin et plus le prix de
l'installation est élevé. On utilise de nos jours presque exclusivement une division régulière en échelons égaux.
Fig. 28 - Schéma d'une installation automatique à 6 échelons
Si par exemple la puissance totale à installer est de 300 kvars et que l'on veut un réglage de 25 en 25, il faudra
12 échelons semblables.
Le régulateur est simplement un genre de wattmètre qui enclenche ou déclenche les différents échelons suivant
qu'il y a trop peu ou trop de capacité en service. On voit que le réglage automatique assure une compensation
parfaite et exclue tout risque de déphasage capacitif (fig. 28).
Mesures de protection (ASE, Publ. N ° 185 f)
Les condensateurs doivent comme les autres appareils être protégés contre les surtensions et les surintensités et
d'autre part le réseau doit être mis à l'abri des effets des courts-circuits qui pourraient accidentellement se
développer dans les condensateurs.
Surtensions
Contre les surtensions de manoeuvre, les condensateurs sont protégés comme les autres appareils, par le fait
qu'ils sont dimensionnés de façon à supporte: sans dommage des surtensions passagères de 2,5 fois leur
tension nominale; quant aux surtensions externes entre phases, elles seront amorties par la capacité elle-même.
Surintensités
La protection contre les surintensités est plus délicate et ne peut être assurée simplement par des fusibles. En effet
le courant d'enclenchement pouvant atteindre jusqu'à six fois le courant nominal, les fusibles doivent être
dimensionnés de telle sorte que lorsqu'ils agissent le diélectrique est déjà perforé. Le fusible sert dans ce cas à
éliminer l'élément défectueux et à empêcher de plus gros dégâts tels que détérioration de la cuve et surtensions
dans les éléments voisins.
Pour les condensateurs à haute tension montés en étoile, on peut utiliser un système de protection réagissant
au déplacement du point neutre que provoque la détérioration d'un élément. Ce système permet de déclencher
un condensateur avant même que les éléments connectés en série avec un élément défectueux soient perforés
à leur tour.
Résistance de décharge
Un condensateur déclenché reste chargé à la tension qu'il avait au moment de la coupure et s'il est de bonne
qualité, il conserve pendant plusieurs jours une charge dangereuse pour le personnel. C'est pour cela que les
Condensateurs Fribourg S.A. munissent leurs appareils de résistances de décharge (fig. 29), sauf dans les cas
où les condensateurs, étant connectés directement au moteur, peuvent se décharger à travers les enroulements de
celui-ci. Les résistances de décharge garantissent qu'une minute après le déclenchement la tension tombe en
dessous de 50 volts. Ces résistances
Fig. 29
Condensateur triphasé muni de résistances de décharge.
sont d'autant plus nécessaires que dans un condensateur déchargé en court-circuit, il reste des charges dites
résiduelles qui produisent assez rapidement une tension dangereuse.
Les résistances de décharge éliminent ces charges au fur et à mesure qu'elles apparaissent et permettent de
manipuler sans danger un condensateur déclenché depuis une minute.
Réamorçage
Le déclenchement d'un condensateur soumis à une tension alternative doit se faire très rapidement parce que le
condensateur restant chargé, une tension apparaît entre les contacts qui s'éloignent, tension qui atteint le double
de la valeur de crête du réseau. Ceci s'explique par le fait que la tension alternative du réseau restant appliquée
au disjoncteur, un centième de seconde après la coupure du courant un des deux contacts qui se touchaient a
changé de polarité alors que l'autre, celui qui est relié au condensateur, garde la polarité qu'il avait au
déclenchement. Si la distance des contacts n'est pas assez grande, il se produit un réamorçage et la différence de
tension étant élevée, le courant est très intense; il peut alors se produire des oscillations qui en s'amplifiant
deviennent très dangereuses pour le condensateur et peuvent même empêcher la coupure de se faire. En basse
tension, il suffit d'utiliser des contacteurs à ressort, dont la vitesse de coupure est indépendante de l'opérateur. En
haute tension les méthodes qui évitent les réamorçages varient suivant le cas. On utilisera soit des disjoncteurs
extrêmement rapides, soit des disjoncteurs à contacts intermédiaires, qui intercalent une résistance dans le
circuit avant de le couper.
Remarques au sujet de l'appareillage
Contacteurs:
Les appareils utilisés pour la mise sous tension des condensateurs doivent être suffisamment dimensionnés
pour pouvoir supporter les surintensités d'enclenchement qui atteignent couramment 6 fois l'intensité
normale. D'autre part, ils doivent être manoeuvrés très rapidement autant pour éviter le réamorçage à la
coupure que la formation de perles à la mise sous tension. En effet, lors de la charge d'un condensateur, si
la résistance de contact des machoires est élevée, l'énergie dissipée dans ces résistances est une partie
2
appréciable de l'énergie de charge du condensateur 1/2 CU . Il est donc indispensable d'utiliser des
contacteurs dans lesquels la vitesse d'enclenchement est très grande et indépendante de l'opérateur.
Blocage des fréquences musicales
Actuellement, les réseaux d'installations de télécommande à distance permettent d'envoyer à chaque
consommateur des signaux dont la fréquence varie, suivant le système, de 150 à 2000 Hz. Ces impulsions
agissent sur des récepteurs qui commandent les enclenchements et déclenchements désirés et ils doivent
garder en tous points du réseau une tension ou une intensité suffisante. Or les condensateurs laissent
passer le courant d'autant mieux que la fréquence est plus
élevée (l'impédance diminue: z = 1/Cw) et ils constituent presque un court-circuit pour les fréquences
musicales; ils peuvent alors soit provoquer des chutes de tensions assez fortes pour empêcher les récepteurs
voisins de fonctionner, soit obliger le générateur de fréquence à fournir une énergie exagérée. Pour
empêcher au moins partiellement le courant à fréquence musicale de passer par les condensateurs, l'on
utilise des bobines de self branchées en série avec le condensateur ou formant avec lui un circuit-bouchon.
Exemples:
Fig. 30.
Exemples de circuits-bouchon pour le blocage de fréquences
musicales.
Le calcul des valeurs à adopter pour ces bobines de self doit tenir compte de plusieurs facteurs. Pour
que la self soit efficace, il faut que le point de résonance série, se trouve à une fréquence plus basse que
la fréquence musicale à bloquer. D'autre part cette résonance série doit être assez éloignée de la
fréquence du réseau, 50 Hz, et de ses harmoniques, sinon les courants à 150 ou 250 Hz peuvent atteindre
en permanence des valeurs capables de surchauffer dangereusement les bobines de self et même les
condensateurs. Il faut enfin tenir compte de la surtension que provoque dans le condensateur la mise
en série de la bobine de self. Cette surtension est admissible jusqu'à 5 %; au delà de cette valeur on
ne peut l'admettre sans avoir pris l'avis du fabricant de condensateurs. Ces différents points ont été
examinés par l'Association suisse des électriciens qui a publié des directives pour le blocage des
fréquences musicales dans les condensateurs de puissance.