Institut de Formation en Sciences Pédagogiques et en
Administratives et Universitaires (ISPAU)
Master Recherche et Intervention en Psychologie
RAPPORT DE FIN DE STAGE DE RESPONSABILITÉ
Stage effectué au One Stop Center de Kara · 02 mars 2026 — 02 juin 2026
Présenté par
PANASSO Koumé-Abalo Isidore
Étudiant en Master 2 — Recherche et Intervention en Psychologie
Période 02 mars 2026 — 02 juin 2026
Durée effective 560 heures de travail effectif
One Stop Center de Kara — Quartier Tomdé,
Lieu
Kara
Mme KANTATI-DJANGUENNANE
Responsable terrain
Mimfantibé — Assistante Sociale d’Etat
Année académique 2025 – 2026
SOMMAIRE
Liste des sigles et abréviations.....................................................03
Remerciements.............................................................................04
Introduction..................................................................................05
Chapitre I — Présentation du cadre de stage........................06
I. Description du cadre de stage...........................................06
A. Description générale.................................................06
B. Prestations et horaires de service..............................07
II. Structure du cadre de stage...............................................09
A. Unités ou services du centre.....................................09
B. Unités fonctionnelles ou décisionnelles...................10
Chapitre II — Activités et tâches effectuées..........................12
I. Activités de responsabilité dans les services....................12
A. Prise de contact et intégration institutionnelle.........12
B. Fil évolutif des prises en charge cliniques................13
C. Activités administratives et de coordination............15
D. Activités communautaires et de sensibilisation.......16
II. Étude de cas clinique partielle..........................................17
Chapitre III — Bilan du stage.................................................18
I. Connaissances acquises....................................................18
II. Difficultés rencontrées......................................................19
III. Suggestions..........................................................................
Conclusion....................................................................................20
LISTE DES SIGLES ET ABRÉVIATIONS
Sigle Signification
AGR Activités Génératrices de Revenus
ATBEF Association Togolaise pour le Bien-Être Familial
CAT Conduite À Tenir
CHR Centre Hospitalier Régional
Association des Jeunes pour le Développement et l’Epanouissement
CREUSET
Intégral des Populations
DP Délégué de Préfecture
DR Directeur Régional
DSM-5 Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5e édition
EBG État Général Bon
ENFAS École Nationale de Formation des Assistants Sociaux
FSPI Fonds Spécial pour les Projets Innovants
GIZ Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit
Institut de Formation en Sciences Pédagogiques et en Administration
ISPAU
Universitaire
OSC One Stop Center
PTSD Post-Traumatique Stress Disorder (Trouble de Stress Post-Traumatique)
REFED Réseau des Femmes pour le Développement Durable
TCC Thérapie Cognitive et Comportementale
UNFPA Fonds des Nations Unies pour la Population
VAD Visite À Domicile
VBG Violence(s) Basée(s) sur le Genre
REMERCIEMENTS
Il est de notre devoir qu'à l'ébauche de ces écrits, nous nous acquittions de la dette de reconnaissance
que nous avons contractée envers toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, par leur soutien,
leur confiance ou leur bienveillance, ont rendu possible la réalisation de ce stage et la rédaction du
présent rapport.
Tout d'abord, nous exprimons notre profonde gratitude au Vice-Président du l’Université de Kara,
Directeur de l'ISPAU le Professeur TCHABLE Boussanlégue, dont l'autorité et l'engagement
institutionnel ont permis et encadré la réalisation de ce stage. C'est sous l'égide de son institution que
nous avons été formés et orientés vers cette expérience fondatrice.
Ensuite, nous remercions de tout cœur Madame KANTATI-DJANGUENANE Minfantibé,
Responsable du One Stop Center de Kara, pour son accueil empreint de chaleur et de
professionnalisme, sa patience inébranlable et ses judicieux conseils. C'est précisément grâce à sa
confiance, confiance accordée sans réserve à un étudiant en formation, que nous avons pu nous
accomplir pleinement et en toute responsabilité dans nos missions cliniques. Sa rigueur
professionnelle, doublée d'une humanité sincère et communicative, a été pour nous, tout au long de
ces trois mois, un repère constant et une source d'inspiration.
Nous sommes également profondément reconnaissants envers Monsieur KOMBATE, Adjoint au
Responsable et Juriste, que nous avons eu le privilège de côtoyer au quotidien. Dans les moments les
plus délicats, ces conseils avisés, sa disponibilité et sa précieuse collaboration a nourri notre
réflexion et affermi notre pratique.
Nous voudrions aussi exprimer notre vive reconnaissance à l'ensemble des personnes gravitant
autour du One Stop Center agents permanents, prestataires rattachés, partenaires institutionnels qui
nous ont apporté leur appui moral et intellectuel tout au long de notre séjour.
Enfin, nous témoignons notre gratitude profonde à toute l'équipe pédagogique de l'ISPAU de
l'Université de Kara, qui nous a accompagné et guidé tout au long de cette formation.
À toutes et à tous, nous disons simplement, mais du fond du cœur : merci.
INTRODUCTION
Il est des expériences qui ne se contentent pas de former, elles transforment. Le stage de
responsabilité, tel qu'il est conçu dans le cursus de Master 2 en Psychologie Clinique et
Psychopathologie, est de celles-là. Moment charnière de la formation, il constitue l'espace où la
théorie éprouve sa valeur au contact de la réalité clinique, où le savoir académique se confronte à la
complexité irréductible de l'humain souffrant. C'est dans cet entre-deux fertile que se forge
véritablement l'identité professionnelle du psychologue clinicien.
C'est dans cette perspective que nous avons effectué un stage de responsabilité de trois (3) mois, du
02 mars au 02 juin 2026, soit cinq cent soixante (560) heures effectives de travail, au sein du One
Stop Center de Kara. Cette structure étatique, inaugurée le 11 juin 2024 et placée sous la tutelle du
Ministère des Solidarités, du Genre, des Familles et de la Protection des Enfants, est dédiée à
l'accueil, l'écoute, l'accompagnement et la prise en charge intégrée des victimes de Violence Basée
sur le Genre. Elle est implantée dans l'enceinte du Centre Hospitalier Régional de Kara, au quartier
Tomdé.
Durant cette période, nous avons exercé en pleine responsabilité clinique, assurant l'intégralité des
prises en charge psychologiques du centre. De la consultation individuelle à la séance thérapeutique,
de l'entretien clinique approfondi à la visite à domicile, des actions de sensibilisation communautaire
aux rencontres institutionnelles régionales, notre engagement a été total, quotidien et résolument
humaniste.
Le présent rapport s'articule en trois chapitres. Le premier présente le cadre institutionnel du stage.
Le deuxième expose les activités effectuées, complété par une étude de cas clinique partielle. Le
troisième dresse un bilan réflexif : connaissances acquises, difficultés rencontrées et suggestions.
Chapitre Premier
Présentation du cadre de stage
I. Présentation du cadre de stage
A. Description générale
Parler du One Stop Center de Kara, c'est d'abord parler d'une volonté politique et d'un idéal
humaniste traduit en acte. Structure étatique dédiée à l'accueil, à l'écoute et à la prise en charge
intégrée des victimes de Violence Basée sur le Genre, ce centre incarne la conviction que la réponse
à la violence ne saurait être fragmentée : elle doit être globale, coordonnée et centrée sur la dignité de
la personne.
Inauguré le 11 juin 2024, le One Stop Center de Kara est le deuxième du genre à voir le jour sur le
territoire togolais, après celui de Lomé, ouvert en décembre 2021. Un troisième centre a depuis été
inauguré à Dapaong, le 03 décembre 2025, portant à trois le nombre de ces structures opérationnelles
et témoignant de la volonté de l'État togolais d'étendre ce dispositif à l'ensemble des régions du pays.
Le centre est stratégiquement implanté dans l'enceinte du Centre Hospitalier Régional de Kara, au
quartier Tomdé, à proximité immédiate de l'Hôpital Sino-Togolais. Ce choix d'implantation procède
d'une logique de complémentarité et de synergie institutionnelle, permettant une articulation rapide
entre prise en charge psychosociale et soins médicaux dispensés par le CHR voisin.
Fiche d'identité
Dénomination One Stop Center de Kara
Centre intégré d'écoute, d'accompagnement et de prise en charge
Nature
des victimes de VBG
Statut Structure étatique
Ministère des Solidarités, du Genre, des Familles et de la
Tutelle
Protection des Enfants (Direction Régionale de Kara)
Localisation Quartier Tomdé, enceinte du CHR de Kara, Togo
Date d'inauguration 11 juin 2024
Rang national 2e One Stop Center du Togo 3
Ambassade de France (FSPI), UNFPA, Amnesty International,
Partenaires internationaux
GIZ
Partenaires nationaux ATBEF, CREUSET TOGO, REFED
B. Prestations et horaires de service
La philosophie du One Stop Center repose sur une idée simple mais décisive dans sa mise en œuvre :
faire en sorte que la victime n'ait à frapper qu'une seule porte pour accéder à l'ensemble des services
dont elle a besoin. Ce principe du guichet unique vise à éviter les parcours institutionnels fragmentés,
sources d'épuisement et de revictimisation secondaire.
Domaine Prestations offertes
Écoute active, counseling, consultation et expertise psychologique,
Psychologique thérapies (soutien, motivationnelle), suivi PTSD, psychoéducation,
groupes de parole
Conseils juridiques, médiation, référencement, homologation de PV,
Juridique facilitation des démarches administratives, accès aux droits et à la
justice
Soutien moral, médiation familiale, sécurisation, enquête sociale,
Social VAD, assistance médicale, réinsertion sociale et scolaire, orientation,
conciliation
Appui financier et matériel, conseils en AGR, orientation vers les
Économique et matériel
institutions financières et de formation, réinsertion professionnelle
Le centre entretient des liens fonctionnels étroits avec l'ensemble des structures étatiques de la région
: tribunal, maison d'arrêt, commissariat, gendarmerie, services de santé. Ces relations prennent la
forme de liaisons internes pour les services de même nature, et de référencements externes pour les
domaines d'intervention différents.
Horaires de service
Matin 07h00 — 12h00
Pause déjeuner 12h00 — 14h30 (non comptabilisée)
Après-midi 14h30 — 17h30
Journée effective 8 heures · 40 heures par semaine
II. Structure du cadre de stage
A. Unités ou services du centre
Le One Stop Center de Kara est organisé autour de trois services principaux, fonctionnant en
interaction permanente dans une logique de complémentarité au service de la personne accueillie.
Service Psychologique : écoute clinique, évaluation psychologique, thérapies
individuelles, suivi PTSD, psychoéducation et groupes de parole.
Juridique : conseils juridiques, médiation, référencement judiciaire, homologation de PV
et facilitation des démarches administratives.
Service d'Assistance Sociale : médiation familiale, enquêtes sociales, VAD, réinsertion
sociale et scolaire, orientation vers les structures partenaires.
Il convient de souligner que les services du centre ne sont pas encore au complet au moment de notre
stage. Une sage-femme et un psychologue clinicien en exercice sont rattachés au centre et peuvent
intervenir ponctuellement. Cette organisation flexible témoigne de la dynamique d'expansion
progressive du centre.
B. Unités fonctionnelles ou décisionnelles du centre
Si la structure hiérarchique du One Stop Center s'inscrit dans les standards organisationnels
classiques, ce qui en fait la singularité est la manière dont cette hiérarchie est vécue au quotidien :
non comme un rapport de subordination rigide, mais comme un cadre de coordination bienveillante,
où chaque membre se sent responsabilisé et associé aux décisions.
Direction Régionale
Ministère des Solidarités, du Genre, des Familles et de la Protection des Enfants
↓
Responsable du centre
Mme KANTATI Fantibé — Assistante Sociale
↓
Adjoint au Responsable
M. KOMBATE — Juriste
↓
Collaborateurs M. AKAKPO (Juriste)
Stagiaires
PANASSO K.-A. Isidore (Stagiaire Psychologie, M2)
KOMBATE Thérèse Stagiaire Auxiliaire de vie Social (Licence
Professionnelle)
Cette hiérarchie est traversée au quotidien par une culture du dialogue et de la concertation. Chaque
décision d'envergure fait l'objet d'une concertation d'équipe. Cette dynamique collégiale, impulsée
par la Responsable, constitue l'un des atouts majeurs du centre.
Chapitre Deuxième
Activités et tâches effectuées
I. Activités de responsabilité dans les services
Il est des stages où l'on observe. Il en est d'autres où l'on agit. Le stage de responsabilité que nous
avons effectué au One Stop Center de Kara appartient résolument à la seconde catégorie. En tant
qu'étudiant en fin de formation de Master 2, nous avons assumé l'intégralité des responsabilités
cliniques du service psychologique, gérant de manière autonome les demandes de prise en charge qui
nous étaient adressées.
A. Prise de contact et intégration institutionnelle
Notre stage a débuté le 02 mars 2026 par une réception à la Direction Régionale des Solidarités, du
Genre, de la Famille et de la Protection de l'Enfance. Un bureau nous a été aménagé pour notre
occupation en qualité de psychologue en formation, avant notre affectation officielle au One Stop
Center à l'issue d'une rencontre avec le Directeur Régional et ses collaborateurs.
Le lendemain, nous avons été reçus au centre par Madame KANTATI et Monsieur KOMBATE. La
prise de contact a porté sur la présentation des services, des offres du centre et de notre espace de
travail. Une séance d'information sur le programme fonctionnel nous a permis de prendre nos
marques rapidement. Dès ce premier jour, nous avons reçu d'anciens cas suivis par le centre —
introduction directe à la réalité du terrain.
B. Fil évolutif des prises en charge cliniques
Au cours de ces trois mois de stage, nous avons assuré en pleine responsabilité l'ensemble des prises
en charge psychologiques du centre, avec une file active de quatre (4) à cinq (5) consultations par
semaine en moyenne. Le public accueilli incluait des victimes et des auteurs de VBG, témoignant
d'une approche systémique qui reconnaît la nécessité d'intervenir à tous les niveaux pour espérer un
changement durable.
Ce qui suit est une synthèse anonymisée du fil évolutif de notre pratique clinique, organisée autour
des axes thématiques qui ont structuré notre expérience de terrain.
B.1. Violences conjugales et situations de couple en crise
La majorité des situations accueillies relevaient de violences conjugales à composantes multiples :
violences physiques (coups, étranglements, morsures), violences psychologiques (insultes,
humiliations, menaces de mort), répudiation et isolement. Ces situations présentaient généralement
un tableau complexe où la dimension traumatique côtoyait des enjeux pratiques immédiats —
pension alimentaire, garde des enfants, déménagement, reconnaissance familiale.
Cliniquement, notre intervention auprès de ces victimes a mobilisé principalement la thérapie de
soutien, le counseling et la psychoéducation, avec un travail systématique de validation émotionnelle
et de restauration des ressources personnelles. Plusieurs dossiers ont nécessité une coordination
étroite avec le service juridique pour des référencements vers le Procureur, le juge des enfants ou la
gendarmerie. Le suivi de certains couples a également impliqué des séances conjointes centrées sur
la gestion émotionnelle et le self-control du mis en cause.
L'évolution clinique observée a été variable. Sur certains dossiers suivis sur la durée, nous avons noté
des progrès significatifs : assouplissement des mécanismes de défense, amélioration de la régulation
émotionnelle, prise de distance progressive vis-à-vis de la relation violente. D'autres situations, plus
complexes, ont nécessité des ajustements constants, notamment face aux récidives et aux pressions
extérieures, familiales, économiques ou culturelles, qui fragilisaient les acquis thérapeutiques.
B.2. Situations de violence à forte composante traumatique
Plusieurs cas accueillis présentaient un tableau psychotraumatiques franc, appelant une prise en
charge plus spécialisée. Parmi ces situations, on peut relever des cas de viols, conjugaux ou
extrafamiliaux, accompagnés de manifestations somatiques, de culpabilité intense, de troubles du
comportement et d'une désorganisation émotionnelle marquée. L'état d'urgence a par ailleurs été
activé à plusieurs reprises face à des victimes présentant des blessures physiques nécessitant une
orientation médicale immédiate avant toute intervention psychologique.
Notre intervention dans ces situations a conjugué une approche de soutien immédiat, stabilisation,
écoute contenante, psychoéducation sur les réactions traumatiques normales, et un travail progressif
de reconstruction, mené dans le respect du rythme de chaque personne. Les visites à domicile ont
constitué dans ce cadre un outil précieux, permettant d'évaluer le contexte de vie réel des victimes et
d'ajuster les interventions en conséquence.
B.3. Vulnérabilité familiale et souffrance de l'enfant
Plusieurs situations ont mis en lumière la transmission intergénérationnelle des souffrances liées aux
VBG. Parmi celles-ci, une consultation notable : une adolescente de quatorze ans présentant une
baisse de performances scolaires consécutive à un transfert de la conflictualité parentale sur le cadre
familial. L'intervention proposée a articulé un soutien psychologique individuel avec un travail
d'alliance thérapeutique élargi à la mère.
Ces situations ont confirmé la nécessité, dans une structure comme le One Stop Center, de ne pas
réduire la prise en charge à la victime directe, mais d'embrasser l'ensemble du système familial dans
lequel s'inscrit la violence.
B.4. Processus de reconstruction et de réinsertion
Plusieurs victimes suivies sur la durée sont entrées, au fil du stage, dans une phase de reconstruction
active : démarches judiciaires pour obtenir la garde d'enfants, obtention de pensions alimentaires,
réintégration d'un environnement de vie sécurisé, reprise d'activités sociales et professionnelles.
Accompagner ces processus, longs, fragiles et souvent semés d’embûches, a été l'une des dimensions
les plus formatrices et les plus humainement riches de notre expérience clinique.
L'évaluation des ressources personnelles des victimes, leurs compétences, leurs réseaux de soutien,
leurs engagements professionnels et communautaires, a constitué un axe central de notre démarche,
conformément à une approche clinique résolument centrée sur les forces plutôt que sur les seuls
déficits.
C. Activités administratives et de coordination
Parallèlement à notre pratique clinique, nous avons assuré la rédaction quotidienne des rapports
d'activités, consignant avec rigueur l'ensemble des interventions effectuées. Cette discipline
rédactionnelle, loin d'être une contrainte, s'est révélée être un outil précieux de traçabilité clinique et
de réflexivité professionnelle.
Nous avons participé aux réunions de coordination pluridisciplinaire, espaces de concertation où se
construisent, dans le dialogue, les décisions cliniques les plus complexes. La rencontre trimestrielle
régionale des 01 et 02 avril 2026, réunissant l'ensemble des Délégués de Préfecture et chefs de
centre, a constitué une expérience institutionnelle majeure : présentations thématiques par division,
amendements collectifs et création d'une cellule de résolution tactique.
D. Activités communautaires et de sensibilisation
Notre engagement au One Stop Center n'a pas été exclusivement clinique. Nous avons pris part à
plusieurs actions de sensibilisation, s'inscrivant pour l'essentiel dans le cadre du Programme du 8
mars, coordonné en partenariat avec le CHR de Kara.
Date Lieu Thème / Objet
Avortements clandestins : risques sanitaires
03 mars 2026 Lycée II de Kara
et conséquences psychologiques
Sensibilisation et consultations gratuites sur
04 mars 2026 CHR de Kara
le cancer du sein
Dépistage du cancer du sein et du col de
05 mars 2026 CHR de Kara
l'utérus
Rencontre trimestrielle : bilan, rôles des
02 avril 2026 Direction Régionale
acteurs, cartographie préfectorale
VAD : évaluation contextuelle, soutien de
Plusieurs dates Domiciles des victimes
proximité, suivi thérapeutique
Chapitre Troisième
Bilan du stage
I. Connaissances acquises
Ce stage de responsabilité a constitué un creuset d'apprentissages dont la richesse dépasse ce que
nous aurions pu anticiper. Sur le plan clinique d'abord, nous avons consolidé et approfondi notre
maîtrise de l'entretien clinique dans des contextes de haute intensité émotionnelle situations de crise,
états traumatiques aigus, conflits conjugaux complexes. La confrontation régulière à la diversité des
tableaux cliniques présentés nous a conduits à affiner notre capacité de formulation, d'évaluation et
de décision thérapeutique.
Nous avons également développé une compréhension concrète du travail pluridisciplinaire.
Travailler au quotidien aux côtés d'une assistante sociale et de juristes nous a appris que la prise en
charge efficace des victimes de VBG exige une coordination rigoureuse, un langage partagé et une
confiance mutuelle entre des disciplines qui, par nature, approchent la même réalité humaine sous
des angles différents. Cette expérience a profondément enrichi notre conception du rôle du
psychologue clinicien au sein d'une équipe.
Sur le plan institutionnel, notre participation à la rencontre trimestrielle régionale nous a offert une
vision d'ensemble du dispositif de protection sociale dans la région de Kara ses forces, ses maillons,
ses zones de tension enrichissant significativement notre compréhension des déterminants structurels
de la vulnérabilité des personnes que nous accompagnons.
Enfin, et peut-être plus fondamentalement, ce stage nous a conduit à forger une posture clinique plus
mûre : plus attentive à la dimension culturelle et contextuelle de la souffrance, plus humble face à la
complexité des situations humaines, et plus fermement ancrée dans le respect inconditionnel de la
dignité et de l'autonomie de chaque personne accueillie.
II. Difficultés rencontrées
Toute expérience de terrain authentique confronte à des obstacles. En témoigner avec lucidité est, à
notre sens, une marque de maturité clinique autant qu'une exigence académique. Les difficultés
rencontrées au cours de ce stage relèvent de plusieurs registres distincts, mais souvent intriqués.
A. Difficultés d'ordre émotionnel et clinique
La confrontation répétée à des situations de grande souffrance viols, violences graves, enfants pris e
dans des conflits conjugaux a imposé un travail constant sur notre propre vécu intérieur, sur la
gestion du contre-transfert et sur la nécessité de maintenir une juste distance clinique sans jamais
basculer dans l'indifférence. Ce travail de régulation personnelle, silencieux mais exigeant, n'a pas
toujours trouvé les espaces de supervision dont il aurait eu besoin.
Par ailleurs, la gestion des urgences victimes présentant des blessures physiques nécessitant une
orientation médicale immédiate, états de détresse psychologique aiguë a régulièrement désorganisé
le programme de la journée et exigé une capacité d'adaptation et de hiérarchisation des priorités que
seul le terrain est véritablement en mesure de forger.
B. Difficultés structurelles et organisationnelles
Le centre, encore en phase de consolidation au moment de notre stage, ne dispose pas encore de tous
les professionnels prévus dans son organigramme. L'absence d'un psychologue clinicien titulaire et
d'une sage-femme permanente a parfois créé des situations où la charge de travail dépassait ce qu'un
seul stagiaire pouvait assumer sereinement, sans risque de dilution de la qualité de la prise en charge.
Une autre lacune structurelle, particulièrement visible au quotidien, concerne l'absence d'agents de
sécurité et d'agents d'entretien des locaux. Cette réalité n'est pas sans conséquence. Dans une
structure qui reçoit des victimes de violence, parfois confrontées à leurs agresseurs dans le cadre de
médiations ou de conciliations, l'absence de personnel de sécurité constitue une vulnérabilité réelle
pour les victimes comme pour les professionnels. L'entretien des espaces d'accueil et de consultation,
qui conditionne directement la qualité du cadre thérapeutique et la dignité ressentie par les personnes
accueillies, repose quant à lui sur la seule bonne volonté des agents en poste, bien au-delà de leurs
attributions premières.
C. Difficultés d'ordre financier
La difficulté la plus structurante que nous ayons observée au cours de ce stage est sans doute d'ordre
financier. Le One Stop Center de Kara ne dispose d'aucun fonds propre, d'aucune caisse d'appui aux
victimes ni d'aucun mécanisme de financement d'urgence permettant de répondre aux besoins
immédiats des personnes accueillies.
Cette absence a des conséquences directes et concrètes sur la qualité de la prise en charge. Plusieurs
situations l'ont illustré de manière saisissante : une victime nécessitant une prise en charge médicale
urgente sans les moyens de se la procurer ; une personne en situation de rupture totale, sans
ressources, pour laquelle le centre n'était en mesure de mobiliser aucun appui matériel ; des
victimes .
Il est difficile, dans ces conditions, de parler pleinement de prise en charge holistique et intégrée. La
dimension matérielle et financière de la vulnérabilité des victimes de VBG ne peut être dissociée de
leur dimension psychologique et juridique. L'absence d'un fonds d'urgence constitue, à notre sens, un
maillon manquant fondamental dans la chaîne de prise en charge du centre.
III. Suggestions
Fort de cette expérience et animé par le souci d'une prise en charge toujours plus efficace, digne et
humaine, nous formulons les suggestions suivantes, articulées autour des difficultés identifiées.
A. À l'endroit du One Stop Center de Kara
En premier lieu, nous suggérons d'accélérer le processus de recrutement des postes encore vacants,
psychologue clinicien et sage-femme permanente, afin de garantir une prise en charge complète et
continue, sans reposer sur la seule présence des stagiaires.
En deuxième lieu, nous recommandons vivement le recrutement d'au moins un agent de sécurité et
d'un agent d'entretien des locaux. La sécurisation des espaces d'accueil est une condition non
négociable pour garantir la protection des victimes et la sérénité du cadre thérapeutique. L'entretien
régulier des locaux participe de cette même exigence de dignité, celle que toute personne accueillie
est en droit d'attendre d'une structure qui se veut un espace de protection et de reconstruction.
En troisième lieu, et c'est sans doute la suggestion la plus urgente au regard des réalités observées,
nous recommandons fortement la création d'un fonds d'urgence ou d'une caisse d'appui aux victimes.
Ce fonds, même modeste dans un premier temps, permettrait de financer des prises en charge
médicales d'urgence, des besoins alimentaires et matériels immédiats, ou encore un hébergement
temporaire pour les victimes en situation de rupture totale. Sans cet outil, la prise en charge
holistique que le centre ambitionne d'offrir demeure incomplète sur l'un de ses axes les plus
déterminants.
B. À l'endroit de l'ISPAU et de l'Université de Kara
Nous suggérons d'intégrer dans le cursus de formation des modules spécifiquement dédiés à la
clinique des VBG, à la gestion des situations de crise et au travail pluridisciplinaire, autant de
compétences dont la nécessité s'est imposée avec acuité sur le terrain. Une convention de partenariat
formalisée entre l'ISPAU et le One Stop Center renforcerait par ailleurs la cohérence entre formation
théorique et pratique de terrain, au bénéfice des futurs stagiaires comme des structures d'accueil.
C. À l'endroit des partenaires institutionnels et financiers
Nous invitons les partenaires financiers du centre Ambassade de France, UNFPA, et autres à
intégrer dans leurs prochains financements une ligne budgétaire dédiée au fonctionnement d'un fonds
d'urgence pour les victimes, ainsi qu'aux charges de fonctionnement courant du centre, notamment la
sécurité et l'entretien des locaux. Ces postes, souvent négligés dans les projets de financement
institutionnel, conditionnent pourtant directement la dignité et la sécurité de l'espace d'accueil.
Nous suggérons également d'explorer, avec les autorités administratives et les forces de sécurité
locales, les modalités d'une présence ou d'une disponibilité sécuritaire au profit du centre que ce soit
par le détachement ponctuel d'un agent ou par tout autre dispositif adapté afin de garantir la
protection physique de toutes les personnes qui y sont accueillies.
CONCLUSION
Notre passage de trois mois au sein du One Stop Center de Kara est, sans nul doute, de celles-là.
En nous confiant la pleine responsabilité clinique du service psychologique d'une structure dédiée à
la prise en charge des victimes de Violence Basée sur le Genre, ce stage nous a placé au cœur d'une
réalité humaine d'une intensité et d'une complexité rares. Nous y avons découvert ce que signifie
réellement être psychologue clinicien : non pas simplement appliquer des techniques thérapeutiques,
mais être présent, véritablement présent, à la souffrance de l'autre, avec toute l'écoute, l'éthique et
l'humanité que cela exige.
Au fil des consultations, des séances thérapeutiques, des visites à domicile et des réunions de
coordination institutionnelle, nous avons forgé une posture clinique que nulle salle de cours n'aurait
pu nous offrir seule : celle d'un praticien ancré dans le réel, sensible aux déterminants sociaux et
culturels de la souffrance psychique, et convaincu que la dignité de chaque personne accueillie
constitue le fondement indépassable de tout acte clinique.
Le One Stop Center de Kara, par la qualité de son équipe, la cohérence de son approche intégrée et la
pertinence de son ancrage institutionnel, représente un modèle de réponse structurée et humaine aux
violences basées sur le genre. Nous espérons que les observations et suggestions consignées dans ce
rapport contribueront, si modestement soit-il, à l'amélioration continue de ses services.
Ce stage nous a confirmé, avec une force que les mots peinent à contenir, que nous avons choisi la
bonne voie. Et cette conviction, forgée au contact des victimes, de leurs silences comme de leurs
paroles, de leurs résistances comme de leurs élans vers la guérison, est peut-être le plus précieux de
tous les apprentissages que nous rapportons de cette expérience.