Open Access
Case report
Association de neuroleptiques atypiques avec les anticonvulsivants et syndrome malin
(à propos de deux cas)
Fadoua Oueriagli Nabih1,&, Abdeslam Benali1, Imane adali1, Fatiha Manoudi1, Fatima Asri 1
1
Service de Psychiatrie, Hôpital Militaire Avicenne, Equipe de Recherche pour la Santé Mentale, Université Caddi Ayyad, Marrakech, Maroc
&
Corresponding author: Fadoua Oueriagli Nabih, Service de Psychiatrie, Hôpital Militaire Avicenne, Equipe de Recherche pour la Santé Mentale,
Université Caddi Ayyad, Marrakech, Maroc
Key words: Amisulpride, carbamazepine, syndrome malin, olanzapine-valproate de sodium
Received: 22/06/2014 - Accepted: 04/07/2014 - Published: 16/07/2014
Abstract
Le syndrome malin des neuroleptiques (SMN) est une complication rare mais grave du traitement par les neuroleptiques, pouvant engager le
pronostic vital. Les auteurs rapportent deux observations, la première d'une jeune patiente de 18 ans, suivie pour une épilepsie partielle temporale,
sous carbamazépine (800mg/jour) depuis 13 ans, et qui a développé un SMN après introduction d'amisulpride (600 mg/jour). La deuxième
observation d'un jeune patient de 28 ans sous valproate sodium (750mg/jour) depuis 10 ans et qui a présenté un SMN après association
d'olanzapine (20mg/jour). Les cliniciens doivent être vigilants par rapport au risque d'induction d'un SMN après introduction de neuroleptiques
atypiques chez des patients traités pendant une longue durée avec des anticonvulsivants.
Pan African Medical Journal. 2014; 18:220 doi:10.11604/pamj.2014.18.220.4868
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© Fadoua Oueriagli Nabih et al. The Pan African Medical Journal - ISSN 1937-8688. This is an Open Access article distributed under the terms of the Creative Commons
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Introduction normale, l'examen cytobactériologique des urines (ECBU) et les
hémocultures se sont avères négatifs. L'étude du liquide
céphalorachidien était normale. La radiographie thoracique et L'IRM
Le syndrome malin des neuroleptiques (SMN), décrit en 1960 par
cérébrale étaient sans particularités. Le diagnostic d'un SMN a été
Delay et al. [1] sous le nom de syndrome akinétique hypertonique,
posé après avoir éliminé une étiologie infectieuse, métabolique ou
représente un accident rare, mais redoutable pouvant engager le
neurologique. Après réhydratation parentérale, traitement
pronostic vital. Si la relation du SMN avec les neuroleptiques
antipyrétique et traitement anti dopaminergique (bromocriptine à
classiques est une donnée acquise, plusieurs auteurs ont aussi
doses progressives jusqu'à 20mg/j), l'évolution était favorable au
rapporté des cas de SMN faisant suite à l'association de
bout d'une semaine.
neuroleptiques atypiques et d'autres médicaments tels les
anticonvulsivants. Nous en rapportons deux cas de SMN suite à
l'association de neuroleptique atypique et d'anticonvulsivant.
Discussion
Patient et observation Le syndrome malin des neuroleptiques (SMN) est une complication
rare du traitement par les neuroleptiques avec une incidence
estimée entre 0,02 et 3,23% [1]. Le SMN est dû à un blocage du
Première observation
système dopaminergique. IL se constitue en 1 à 3 jours et la
Il s'agissait d'une jeune patiente de 18 ans, suivie pour une
symptomatologie évolue en deux phases associant des signes de
épilepsie partielle temporale, sous carbamazépine 800 mg / j depuis
dérèglement neurovégétatif central à des signes d'imprégnation
l'âge de 04 ans. Elle était admise au service de psychiatrie pour
neuroleptique. Le diagnostic du SMN est parfois difficile en raison
troubles de comportements, la patiente avait présenté une
des variations cliniques et de l'absence de marqueurs biologiques
instabilité psychomotrice, un délire de persécution et mystico-
spécifiques. Selon les critères DSM V, le diagnostic du SMN est
religieux et des hallucinations auditives, sans troubles de la
retenu chez un patient après introduction d'un traitement
conscience. Elle avait été mise sous un neuroleptique atypique
dopaminergique si présence des critères suivants: Une élévation de
(Amisulpride 600mg /j) et un anxiolytique benzodiazépinique
la température >38°C ; Une rigidité musculaire sévère ; Des
(temesta 7,5mg/j). 72 heures après, la patiente avait développé une
troubles de la conscience allant de la confusion au coma; Signes
symptomatologie faite d'une obnubilation de la conscience, une
para cliniques d'atteinte musculaire: une élévation de l'activité
hypersudation, une hypertonie plastique surtout aux membres
créatine kinase plasmatique (CK) supérieur à 04 fois la normale ;
supérieurs, un tremblement des extrémités et une hypersudation. Il
Troubles du système nerveux sympathiques avec présence d'au
n'y avait pas de déficit moteur et la motricité oculaire était
moins deux signes: (Tension artérielle labile (changement de la
conservée. Sur le plan général, elle était tachycarde, la tension
diastolique ≥20 mmHg ou changement de la systolique ≥25 mmHg
artérielle était à 90/50 mm Hg. La température était à 37°C. Devant
pendant <24 heures) ; Tension artérielle élevée ; Dysphagie ;
ce tableau clinique, nous avions évoqué le diagnostic de syndrome
Incontinence urinaire.) ; Hyper métabolisme (tachypnée ou
malin des neuroleptiques même en absence de fièvre. Le traitement
tachycardie) ; Absence de causes infectieuses, toxiques,
neuroleptique fut arrêté et La malade avait été adressée au service
métaboliques et neurologique.
de réanimation en urgence. La NFS, La VS et l'ionogramme étaient
Dans notre observation, nous avons retenu le diagnostic de SMN
normaux. La créatine phosphokinase (CPK) était très élevée 2389
devant l'association d'une rigidité extra pyramidale, des signes d'un
mu/ l. L'électroencéphalogramme (EEG) avait montré un tracé
dérèglement neurovégétatif, des troubles de la conscience et le taux
normal. L'IRM encéphalique avec protocole d'épilepsie était
élevé des enzymes musculaires (CK) même en l'absence de fièvre.
normale. La malade avait été réhydratée par voie parentérale et
En effet, à côté des tableaux cliniques classiques, des tableaux
mise sous bromocriptine (à doses progressives jusqu'à 20mg/j),
incomplets ont été décrits. Thase et Shostak [2] avaient rapporté
associé à un anxiolytique benzodiazépinique. L'évolution était
l'observation d'un patient présentant un tableau de rhabdomyolyse
favorable, avec une régression de l'hypertonie au bout d'une
avec un taux sanguin de CK élevé et une hypertonie
semaine et normalisation des CPK au bout de 03 semaines. La
extrapyramidale sans fièvre. Pope et al [3], considéraient dans leur
symptomatologie psychiatrique avait disparu progressivement sous
travail l'hyperthermie comme un critère diagnostique majeur du
sismothérapie.
SMN, mais 11 de leurs patients avaient une température inférieure à
Deuxième observation
38°C. Angelopoulos et al [4] avait rapporté un cas de SMN sans
Patient de 28 ans, suivi pour un trouble bipolaire, sous valproate de
fiévre secondaire à l'association d'amisulpride et d'oxcarbazepine.
sodium à raison de 750 mg/jour depuis 10 ans, qui a été hospitalisé
Le SMN peut survenir à tout âge et toucher les deux sexes avec une
dans le service de psychiatrie pour un troisième accès maniaque.
légère prédominance masculine. Toutes les catégories de
Une étiologie organique du syndrome maniaque a été éliminée
neuroleptiques sont concernées : incisifs, doux, retards et même
d'emblée : la NFS et l'ionogramme sanguin complet étaient
atypiques. En effet, plusieurs cas de SMN ont été décrits dans la
normaux, la recherche des toxiques dans les urines était négative et
littérature en rapport avec des neuroleptiques atypiques tel la
l'IRM cérébrale était sans particularité. Le patient a été mis sous
risperidone, la clozapine, l'olanzapine et la quetiapine[5]. Certains
olanzapine à raison de 20 mg/jour et la posologie du valproate de
facteurs prédisposent plus à cette complication comme les
sodium à été augmenté à 2g/jour progressivement. Un mois après
antécédents neurologiques (confusion, agitation, épilepsie') et les
le début du traitement, le patient a développé un tableau fait d'une
troubles hémodynamiques (déshydratation ou hyponatrémie) [6]
rigidité musculaire, un tremblement de repos des extrémités, une
.Certaines interactions médicamenteuses peuvent augmenter le
hypersudation, des troubles de la déglutition et des troubles de la
risque de survenue d'un SMN, c'est le cas de l'association
conscience. Il n'avait pas de déficit moteur et la motricité oculaire
d'anticonvulsivants et de neuroleptiques atypiques [7]. Plusieurs cas
était conservée. Sur le plan général, la tension artérielle était à
ont été décrits dans la littérature, c'est le cas de Nisijima et al. [8]
103/68 mm Hg, la fréquence cardiaque à 140/min et la température
qui rapportent l'observation d'un patient traité par amisulpride
à 39°C. Le traitement neuroleptique fut arrêté et Le malade avait
pendant 30 ans et qui a développé un SMN après introduction de la
été adressé au service de réanimation en urgence Aucun foyer
carbamazépine à raison de 400 mg/jour. Angelopoulos et al [4]
infectieux n'a été retrouvé à l'examen clinique. Le bilan biologique
décrivent un cas de SMN après association d'oxcarbazepine et de
réalisé a montré une augmentation de l'activité créatine kinase (CK)
neuroleptiques. Filice Et al. [9] rapportent le cas d'un patient qui a
plasmatique: 1 289 U/l, la concentration plasmatique de la CRP était
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développé un SMN après introduction d'olanzapine (20 mg/jour) et 5. Khaldi S, Kornreich C, Choubani Z, Gourevitch R. Neuroleptic
de divalproate de sodium (500mg/jour). Dans la première malignant syndrome and atypical antipsychotics: a brief review.
observation, on peut suggérer que le jeune âge, les antécédents L'encéphale. 2008 Dec; 34(6):618-24. PubMed | Google
d'épilepsie et l'association d'amisulpride et de la carbamazépine sont Scholar
des facteurs de risque qui ont favorisé la survenue du SMN. Pour la
deuxième observation, l'introduction de l'olanzapine chez un patient 6. Patra BN, Khandelwal SK, Sood M. Olanzapine induced
traité pendant longtemps par du valproate de sodium a augmenté le neuroleptic malignant syndrome. Indian J Pharmacol. 2013
risque de survenue du SMN. Jan-Feb; 45(1):98-9. PubMed | Google Scholar
Concernant la prise en charge, la première mesure à prendre est
l'arrêt du traitement neuroleptique. Le traitement symptomatique 7. Kontaxakis VP, Havaki-Kontaxaki BJ, Christodoulou NG.
repose sur la réhydratation par voie parentérale, l'abaissement de la Olanzapine - associated neuroleptic malignant syndrome.
température centrale, la préservation de la fonction rénale, Progress in Neuro-Psychopharmacology, Biological Pschiatry.
l'assistance cardiorespiratoire et la prévention des complications de 2002 ; 26:897-902. PubMed | Google Scholar
décubitus [10]. Le traitement spécifique est basé sur la
bromocriptine, agoniste dopaminergique, administrée par voie orale 8. Nisijima K, Kusakabe Y, Ohtuka K, Ishiguro T. Addition of
et à doses fractionnées (7,5 à 60mg/j). Des substances carbamazepine to long- term treatment with neuroleptics may
myorelaxantes telles que le dantroène ou les benzodiazépines sont induce neuroleptic malignant syndrome. Biological Psychiatry.
utilisées. Le SMN reste une complication mortelle dans 5 à 25 % des 1998; 44(9): 930-1. PubMed | Google Scholar
cas, une évolution favorable peut se voir si le patient est pris en
charge le plutôt possible. 9. Filice GA, McDougall BC, Ercan-Fang N, Billington CJ.
Neuroleptic malignant syndrome associated with olanzapine.
Ann Pharmacother. 1998 Nov; 32(11):1158-
Conclusion . PubMed | Google Scholar
10. Hanna J, Dannel V, Saviuc P. Hyperthermie du syndrome
Le SMN est une complication rare mais grave du traitement par les
malin des neuroleptiques du syndrome sérotoninergique, ou
neuroleptiques. C'est une urgence diagnostique et thérapeutique.
liée a l'ecstasy : approche thérapeutique. Réanimation. 2001;
Des associations médicamenteuses peuvent augmenter le risque de
10 : 412-417. PubMed | Google Scholar
survenue du SMN, c'est le cas de l'association de neuroleptiques
atypiques et des anticonvulsivants.
Conflits
Les auteurs ne déclarent aucun conflit d’intérêts.
Contributions des auteurs
Tous les auteurs ont lu et approuvé la version finale du manuscrit.
Références
1. Sachdev PS. A rating scale for neuroleptic malignant syndrome.
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