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Résister Au Plus Fort: Ruses, Mensonges Et Masques: Thème 4

Le thème 4 aborde la ruse, les mensonges et les masques dans la littérature, en mettant l'accent sur la manière dont les personnages moins forts peuvent triompher des plus puissants grâce à l'intelligence et à la ruse. À travers des œuvres médiévales et du XVIIe siècle, les élèves explorent les différentes facettes de la tromperie, tant comiques que morales, tout en développant des compétences d'oralité et de compréhension. Ce parcours inclut des activités théâtrales et des comparaisons entre des personnages rusés, comme Renart et Pathelin, pour illustrer l'évolution de la ruse à travers les âges.

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Résister Au Plus Fort: Ruses, Mensonges Et Masques: Thème 4

Le thème 4 aborde la ruse, les mensonges et les masques dans la littérature, en mettant l'accent sur la manière dont les personnages moins forts peuvent triompher des plus puissants grâce à l'intelligence et à la ruse. À travers des œuvres médiévales et du XVIIe siècle, les élèves explorent les différentes facettes de la tromperie, tant comiques que morales, tout en développant des compétences d'oralité et de compréhension. Ce parcours inclut des activités théâtrales et des comparaisons entre des personnages rusés, comme Renart et Pathelin, pour illustrer l'évolution de la ruse à travers les âges.

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THÈME 4

RÉSISTER AU PLUS FORT : RUSES, MENSONGES ET MASQUES

Comment vaincre les monstres, comment partir à l’aventure et affronter des dangers quand on n’est pas le plus fort ? Décidé-
ment, le programme de 6e invite à trouver les qualités du Petit Poucet… On peut dire que le terrain a été préparé, en quelque
sorte, dès le cycle 3 en primaire, puisque le thème, très large : « se découvrir, s’affirmer dans le rapport aux autres », invitait déjà
à réfléchir à des situations très concrètes du quotidien où il faut être capable de répondre à la loi du plus fort avec des armes
autres que la force et la violence, justement. D’une certaine manière, on peut dire qu’en 6e, la littérature invite à découvrir des
personnages qui, face à des ennemis bien plus puissants qu’eux, vont trouver les artifices pour les vaincre. N’est-ce pas encoura-
geant lorsque, petit élève de 6e, on se dit que les super-héros n’existent pas dans la réalité et qu’il faut miser sur d’autres atouts ?
Mais on pourrait craindre que, traité uniquement sous cet angle, ce thème ne soit redondant avec ce qui précède. Si Ulysse
nous a convaincu des bienfaits de la ruse pour échapper aux colères divines, si les contes nous ont montré que l’on pouvait, par
l’intelligence, se sortir d’un mauvais pas, nous n’avons abordé que l’aspect positif de l’art de la tromperie, comme réponse à la
force brutale.

▶ En littérature, tromper peut faire rire, et c’est bien aussi à se moquer qu’invite le thème proposé, jusque dans ses prolonge-
ments peu conformes avec la morale. Et même plus, on peut dire que l’art de l’artifice, le jeu, l’illusion sur les apparences font
partie intégrante de toute mise en scène et le jeu théâtral nous rend complices de toutes sortes de fourberies dont nous rions
parce que nous ne sommes que spectateurs. Nous avons donc choisi de montrer la ruse sous ses différents aspects – parfois peu
flatteurs pour ceux qui la pratiquent – afin que les élèves comprennent qu’une même qualité peut aussi être un défaut, que les
conséquences d’une attitude peuvent avoir des effets opposés, qu’enfin les trompeurs peuvent être eux-mêmes trompés. Nous
avons construit la progression dans ce thème à partir de deux grandes périodes : le Moyen Âge, où la raillerie populaire s’oppose
aux récits idéalisés de la chevalerie – que l’on abordera en 5e – et le XVIIe siècle, où il vaut mieux se moquer à travers le filtre de la
fable et de la comédie. Deux dossiers accompagnent les parcours proposés pour montrer comment, depuis l’antiquité – longue-
ment abordée dans le thème 1 – il est possible de suivre « l’histoire de la tromperie » à travers les siècles.

▶ Qui se moque au Moyen Âge, de qui rit-on ? De tout le monde, pourrait-on dire, et d’un rire parfois sans pitié : des paysans,
des médecins, des avares, des gens d’église… Renart n’est-il pas lui-même l’incarnation de cet aventurier en quête de nourriture
et qui se moque sans vergogne de ceux qu’il parvient à duper ? Il peut être intéressant ici de faire comprendre aux élèves que la
vie difficile, pour une grande partie de la population au Moyen Âge, poussait à enfreindre parfois les codes de la morale.

▶ Cette figure du renard qui ne cherche qu’à tromper son monde, on la retrouve dans les fables de La Fontaine ou sous l’aspect
de personnages de la commedia dell’arte comme Arlequin. Mais au XVIIe siècle, la dimension satirique est plus affirmée et la
critique des puissants est un des thèmes – masqué lui aussi – de La Fontaine. Tout élève a entendu parler du fabuliste, et peut
même citer quelques titres de fable ; et le fait que Molière s’appelait Jean-Baptiste Poquelin est bien connu de tous. Pourtant
l’œuvre de ces deux auteurs a-t-elle pour eux un sens actuel, imaginent-ils que la vie de ces deux grands écrivains a parfois été
difficile, semée d’embuches, palpitante aussi ? Nous avons donc fait le choix, dans ce dernier thème, de proposer deux parcours
une vie/une œuvre pour que résonnent les dialogues de ces deux metteurs en scène de la comédie humaine.

▶ Car c’est bien la dimension théâtrale de la ruse que nous avons voulu faire comprendre aux élèves. L’artifice du masque – qu’il
soit porté sur le visage des comédiens ou qu’il soit seulement une attitude flatteuse et mensongère –, c’est aussi tout le jeu de
dupes qu’il faut savoir déjouer pour se frayer un chemin vers la vérité. Approfondir la connaissance du théâtre est ici essentiel, les
fables étant elles-mêmes de petites comédies, les pièces de Molière s’inscrivant dans la lignée de la commedia dell’arte. Afin de
permettre aux élèves d’entrer eux-mêmes dans le jeu théâtral, nous leur proposons un atelier d’expression à partir d’une œuvre
contemporaine d’Olivier Py : la ruse se joue, elle se met en scène et les textes de notre époque s’en font aussi l’écho.

Ruser pour se sauver, ruser pour tromper, c’est aussi ruser pour amuser, et le rire, même moqueur, est bien l’arme de l’intelli-
gence. Alors, tous en scène !

104 © Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources


THÈME 4 RÉSISTER AU PLUS FORT : RUSES, MENSONGES ET
MASQUES

PARCOURS UN THÈME La ruse au Moyen Âge


p. 178 à 189

OBJECTIFS ET DÉMARCHE DU PARCOURS


Problématique : Comment la ruse devient-elle une arme qui nous fait rire ?
▶ Pour traiter le dernier thème littéraire de la classe de 6e, ce parcours propose d’étudier la ruse à partir d’œuvres médiévales.
Le Moyen Âge n’est pas au programme d’histoire de 6e et le personnage héroïque du chevalier sera abordé en classe de 5e. Les
élèves découvrent donc ici des genres médiévaux plus populaires – le genre narratif du fabliau et le genre théâtral de la farce, qui
présentent des scènes de vie quotidienne. Les textes de ce parcours montrent des situations de confrontation et de domination
où le faible triomphe du fort et renverse les rôles grâce à la ruse. De plus, bien que l’enjeu puisse être sérieux, une tonalité
comique est souvent présente. La ruse devient un instrument pour triompher d’un plus puissant tout en faisant rire.
▶ Ce parcours est résolument axé sur l’oral. En effet, les textes proposés sont à la fois des textes narratifs transmis oralement,
dans lesquels le narrateur intervient fréquemment, et des textes théâtraux destinés à être joués. Par ailleurs, les mécanismes
de ruse étudiés s’appuient plusieurs fois sur la parole et son pouvoir. Ainsi, de très nombreuses activités d’oralisation des textes
sont proposées, souvent à plusieurs voix, avec des dispositifs qui aident à accéder au sens (en amont) ou qui aident à rendre
compte de sa compréhension (en aval). Cette oralisation rend également tangible la dimension comique de certains de ces
textes, particulièrement les textes théâtraux.
▶ Les élèves entrent dans le parcours avec le fabliau du « Vilain mire », texte narratif long, présenté sous la forme de quatre
extraits suivis (dont un sous forme audio), et étudient un mécanisme de ruse qui se transmet d’un personnage à l’autre pour
aboutir à une situation équilibrée. La découverte du genre théâtral de la farce se fait ensuite à partir de deux extraits de La Farce
de maître Pathelin, qui fonctionnent en miroir grâce à un renversement de situation. Enfin, une place importante est accordée à
un personnage rusé par excellence : Renart. Quatre extraits du Roman de Renart mis en parallèle permettent de faire émerger des
procédés communs à chaque récit de ruse mais aussi faire découvrir comment l’archétype du personnage rusé peut lui-même
être pris à son propre piège. Est enfin proposée une ouverture culturelle diachronique sur le personnage du renard dans des
œuvres artistiques variées. À plusieurs reprises, l’approche des textes médiévaux est facilitée par l’écoute d’un texte ou la lecture
de vignettes de bande dessinée. Enfin, si les enluminures médiévales sont très présentes, l’iconographie s’inscrit également dans
une veine plus contemporaine, afin de montrer aux élèves que ces œuvres continuent d’être lues et que les personnages comme
Renart ou Pathelin sont une source d’inspiration pour des artistes des XXe et XXIe siècles.
▶ Dans ce parcours, les élèves vont apprendre à :
– expliciter par eux-mêmes le « mécanisme » d’une ruse ;
– comprendre une source de comique ;
– proposer une lecture expressive qui rende compte de leur compréhension ;
– inventer un récit oral de ruse ;
– faire des liens entre des œuvres d’époques très différentes, reprenant ou adaptant des personnages rusés médiévaux.

ORGANISATION DU PARCOURS ET CHOIX DES AXES DE LECTURE

1. « Le Vilain Mire » : ruser pour enseigner mettent de voir comment la ruse se met en place et dans quel
but. Comme le premier personnage à ruser finit par se retrou-
ver dans la position de sa victime suite à une inversion des
« Un paysan jaloux »
rôles, la ruse devient un moyen de corriger un défaut et de
« Une dame rusée » devenir meilleur. Le dernier texte, proposé à l’écoute, montre
« Un médecin malgré lui » p. 178-179 ainsi la situation finale du fabliau, stable et aux relations équi-
librées entre les personnages.
● Pistes didactiques
Cette double page présente trois extraits à lire et un extrait ● Proposition d’hypothèse de lecture
audio à écouter, tous issus d’un même fabliau. La lecture suc- Pourquoi les différents personnages sont-ils amenés à ruser et
cessive et l’étude simultanée des trois premiers textes per- quelles conséquences cela a-t-il sur eux ?

© Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources 105


2. La Farce de maître Pathelin : ruser et faire rire ● Proposition d’hypothèse de lecture
Pourquoi peut-on dire que cet épisode est un exemple de
Scène 5 : Pathelin, Guillemette, Le Drapier p. 180 ruse parfaite ?

● Pistes didactiques « Renart et Chantecler le coq » p. 184


Cet extrait de la scène 5 de La Farce de maître Pathelin est ● Pistes didactiques
incontestablement comique grâce aux répliques du faux
Les extraits proposés relatent les deux moments successifs
délire de Pathelin. Les différentes ressources du langage per-
de confrontation entre Renart et le coq Chantecler. Ces deux
mettent d’accréditer la grave maladie du trompeur tout en
passages fonctionnent en écho puisque chaque personnage
faisant rire le public, qui prend ainsi son parti.
s’appuie sur le défaut d’orgueil de son adversaire. L’étude qui
Pour que les élèves saisissent immédiatement la dimension est proposée est donc une comparaison de la ruse des deux
comique de la scène, une lecture en chœur des répliques animaux. Par ailleurs les élèves devraient établir un lien avec
du délire de Pathelin est proposée. Le rythme donné par les la fable de La Fontaine, « Le Corbeau et le Renard », qui est
mains rend plus aisée une diction chorale et contribue ainsi également proposée en écoute. Un travail de comparaison
à fluidifier la lecture de mots inconnus ; la lecture en chœur avec le texte médiéval permet d’exploiter cette ressource
ajoute au comique du texte. numérique en classe. Enfin, comme dans les précédents
● Proposition d’hypothèse de lecture textes du parcours, la parole est déterminante pour la mise en
Comment le langage se fait-il à la fois l’instrument de la ruse œuvre de la ruse puisque c’est par les mots que Renart puis
et du rire ? Chantecler pousse l’autre à la faute. C’est pourquoi la lecture
s’appuie surtout sur les indices de dialogue : verbes de parole,
Scène 10 : Pathelin, Le Berger p. 181 ponctuation expressive et guillemets.
Les extraits proposés étant relativement longs, et les paroles
● Pistes didactiques directement insérées dans le récit, sans tiret de changement
Ce deuxième texte issu de La Farce de maître Pathelin est un de locuteur, l’activité de lecture à voix haute peut se faire
extrait de la dernière scène. Pathelin a formé Agnelet à la ruse après une première lecture silencieuse, ou magistrale du pro-
et il en fait à son tour les frais, pour les mêmes raisons finan- fesseur, et l’étude du texte ; la lecture en fin de séance per-
cières. Les élèves découvrent donc une situation d’« arroseur mettra ainsi aux élèves de montrer par leur lecture expressive
arrosé » où l’instrument de la ruse s’appuie une fois encore sur qu’ils ont compris les enjeux des textes.
le langage. Les deux textes de Pathelin gagneront donc à être
mis en parallèle. ● Hypothèse de lecture
L’entrée par la lecture, avec en particulier un chœur pour les Comment une ruse peut-elle utiliser le défaut d’un adver-
bêlements d’Agnelet, permet, encore une fois, de faire ressen- saire ?
tir aux élèves le comique de la scène, tout en faisant ensuite « Renart et la mésange » p. 186
travailler sur l’intentionnalité d’Agnelet.
● Pistes didactiques
● Proposition d’hypothèse de lecture
Comment le personnage naïf réussit-il à inverser les rôles en Ce dernier extrait du Roman de Renart se démarque quelque
devenant rusé ? peu des précédents ; en effet, la ruse mise en œuvre pour
tromper la mésange ne fonctionne pas, et le goupil n’arrive
pas à ses fins. De plus, Renart se retrouve confronté à un
3. Le Roman de Renart : la ruse au centre du récit adversaire aussi rusé que lui et qui use de stratagèmes inven-
tifs pour vérifier sa sincérité. Il est donc intéressant de faire
« Comment Renart mangea le poisson des charretiers » observer pourquoi et comment le mécanisme de la ruse se
p. 182 grippe.
Le dialogue entre Renart et la mésange occupe la majeure
● Pistes didactiques partie de l’extrait : encore une fois, c’est par les paroles que
Dans ce premier extrait du Roman de Renart, célèbre épisode Renart essaie d’obtenir la confiance de l’oiseau convoité. Une
du vol de poissons, le personnage de Renart montre sa mai- lecture à trois voix, comme proposé dans le manuel, peut se
trise de la ruse. Celle-ci lui permet de manger à sa faim, de faire à l’issue de l’étude du texte. La ponctuation expressive
voler des provisions et de se moquer de l’appât du gain des étant très présente, les élèves devront travailler le ton afin de
charretiers. faire percevoir dans leur lecture l’indignation de la mésange,
Afin d’en faciliter l’approche, l’entrée dans le texte médiéval tout comme l’hypocrisie de Renart.
se fait par la lecture d’une adaptation en bande dessinée. L’étude de ce passage peut également constituer, si le profes-
Celle-ci permet ainsi aux élèves de saisir les grandes étapes seur le souhaite, une évaluation de lecture.
du récit, et par l’écoute du début de l’épisode original. Grâce
à cette écoute, les élèves comprennent dans quelle situation ● Hypothèse de lecture
se trouve personnage principal, mais perçoivent aussi plus Pourquoi la ruse mise en œuvre par Renart ne fonctionne-t-
aisément la dimension orale du récit. Ils construisent ensuite elle pas avec la mésange ?
le sens du passage en tissant des liens entre bande dessinée,
Le renard rusé dans les œuvres d’art p. 187
texte entendu et texte lu.
Autour du texte, plusieurs repères d’histoire littéraire sont ● Pistes didactiques
donnés sur l’œuvre afin de faire comprendre son influence Cette page, orientée fortement vers l’histoire des arts, pro-
majeure. pose un aperçu du personnage du renard rusé dans des
œuvres appartenant à différentes époques (de l’Antiquité

106 © Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources


à nos jours) et à différents arts (la littérature, la musique, le ● Hypothèse de lecture
cinéma). Par comparaison, les élèves peuvent ainsi se rendre Faire comprendre que le personnage du renard est devenu un
compte que ce personnage est devenu un archétype dont les archétype artistique.
principales caractéristiques – la ruse, l’anthropomorphisme –
se retrouvent quelles que soient les œuvres.

CORRIGÉS DES QUESTIONNAIRES ET DES EXERCICES

1. « Le Vilain Mire » : ruser pour enseigner au départ – lui donne cette leçon, en le plaçant à son tour en
position de victime.
« Un paysan jaloux »
« Une dame rusée » 2. La Farce de maître Pathelin : ruser et faire rire
« Un médecin malgré lui » p. 178-179
Scène 5 : Pathelin, Guillemette, Le Drapier p. 180
Comprendre les raisons de ruser
1. Les trois personnages principaux de ce fabliau sont le pay-
Comprendre comment la ruse provoque le rire
san, sa femme et le roi. 1. On ne comprend pas toutes les répliques de Pathelin car
2. Dans le premier extrait, le paysan est jaloux et violent. Il il utilise des mots qui n’existent pas (première réplique) ou
parait également rusé et hypocrite puisque ses excuses ne emprunte des mots à d’autres langues (par exemple, le latin
sont pas sincères. dans la deuxième réplique). Ses phrases n’ont pas de sens
(deuxième réplique).
Les deux premiers traits de caractère devraient faire réagir les
élèves, dans la mesure où il s’agit de caractéristiques intempo- Le drapier ne les comprend pas non plus.
relles d’une situation malheureusement toujours d’actualité. 2. Pathelin utilise le niveau de langue familier (« couille de Lor-
3. raine », « vieille savate » l. 12-13). Le drapier ne se fâche pas car
il croit que Pathelin est malade et délire, qu’il n’est donc pas
Ruse Auteur de la ruse But de la ruse conscient de ce qu’il dit.
Battre sa femme le Le paysan Prévenir l’infidélité En fonction des réactions des élèves qui pensent souvent que les
matin et s’excuser le soir de sa femme mots familiers voire vulgaires sont l’apanage de leur génération,
Faire croire que son mari La femme Faire battre son le professeur pourra préciser si besoin que dans le genre popu-
est médecin et qu’il ne mari pour se venger laire de la farce le recours au langage familier était très fréquent.
pratique la médecine des coups reçus 3. Il est probable que le public rie.
que quand on le bat précédemment On s’appuiera ici sur la réaction des élèves eux-mêmes au
Faire rire la fille du roi Le paysan Ne pas être battu moment de la lecture chorale, puisqu’ils se sont trouvés dans la
position des spectateurs.
4. Le paysan est obligé de se faire passer pour un excellent 4. La ruse de Pathelin a réussi car le drapier s’en va sans deman-
médecin. Sa femme a provoqué cette situation en le présen- der son argent. Il s’excuse auprès de Guillemette d’avoir cru
tant comme médecin aux soldats, mais c’est le paysan lui- que son mari lui avait volé son drap.
même qui est responsable de la ruse de sa femme car c’est Bilan 5. Pathelin parle de manière à ce que l’on ne le com-
lui qui la battait. prenne pas avec des mots inventés, des emprunts à d’autres
5. langues et des phrases qui n’ont pas de sens. Ce procédé
convainc le drapier que Pathelin n’a pas pu le voler et pro-
voque le rire du public.
Ressource numérique AUDIO
▶ Écrire une réplique de farce
Extrait du « Vilain Mire »
À l’issue de l’étude de ce passage, nous proposons une écri-
ture très courte qui demande de réinvestir ce qui a été étudié
Le paysan a beaucoup changé par rapport au début : il est et compris. En effet, les élèves devront reprendre les procédés
joyeux, il respecte et aime sa femme. mis en œuvre par Pathelin pour faire croire à la réalité de son
Bilan 6. La violence et la jalousie sont toujours punies. Le délire. La forme de leur production devra également être celle
paysan l’apprend à ses dépens : sa femme – qui est sa victime d’une réplique de théâtre.

© Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources 107


ACTIVITÉ
Ressource numérique Scène 10 : Pathelin, Le Berger p. 181
La farce
Comprendre une ruse qui renverse les rôles
Les documents présentés dans cette activité 1. La réplique qui prouve qu’Agnelet a décidé de tromper
complémentaire permettent d’approfondir l’étude du Pathelin est la dernière. Il ne bêle plus et cherche à s’enfuir.
genre théâtral de la farce initiée par la lecture des 2. Pathelin se rend probablement compte qu’Agnelet le
extraits de La Farce de maître Pathelin. Ils peuvent trompe car il compare le talent de trompeur d’Agnelet et le
aussi être utilisés comme transition avec le parcours sien lorsqu’il dit « Moi qui croyais être le maître des trompeurs
sur Molière (▶ p. 208 à 219). d’ici et d’ailleurs […] je suis dépassé par un simple berger mal
Farces et mystères décrotté ! » (l. 22-24) Il utilise une phrase exclamative, alors
Par le biais d’iconographies, on découvre sur ce premier que, dans la réplique précédente, il se posait encore des ques-
tions. Enfin, il menace Agnelet d’appeler un sergent pour le
écran la farce et le mystère au Moyen Âge.
châtier (l. 25).
1. La première image montre une scène de vie
3. Agnelet ne dit-il que « Bée ! » pour donner l’impression qu’il
quotidienne car nous voyons une chambre dans une
ne comprend pas et éviter ainsi de payer Pathelin, qui a été
maison, avec un homme dans son lit. son avocat. Pathelin mentionne l’argent que lui doit Agnelet
2. Sur la deuxième image, les spectateurs sont placés dans les répliques des lignes 11-13 et 15-17.
tout autour de la scène dans des tribunes. 4. Les répliques « Bée ! » provoquent le rire du spectateur.
3. C’est l’image de droite qui représente un mystère. On Le professeur s’appuiera ici sur la réaction des élèves eux-mêmes
le comprend grâce au titre, aux personnages religieux pendant la lecture.
visibles au deuxième plan, à la scène de martyr. Bilan 5. Agnelet est particulièrement rusé parce qu’il reprend
Jouer au Moyen Âge la ruse conseillée par Pathelin pour ne pas avoir à le payer.
Le deuxième écran propose une lecture d’image : un Alors que Pathelin avait réussi à tromper le tribunal (avant la
tableau montrant une scène de foire, lieu du théâtre scène 10) et le drapier (page 180), il est à son tour trompé.
populaire médiéval.
▶ Lecture d’image
1. Voir le légendage sur le tableau.
Le dessinateur a placé la tête de Pathelin « à l’envers » et dans
des sens différents dans chacune des cases 1, 3 et 4, alors que
le paysage reste « à l’endroit ». Il nous fait donc comprendre
que Pathelin « perd la tête » et la maitrise de la situation.
Agnelet, au contraire, est dessiné « à l’endroit ».
coulisses
spectateurs 3. Le Roman de Renart : la ruse au centre du récit

scène
« Comment Renart mangea le poisson
spectateurs des charretiers » p. 182
spectateurs ▶ Lire à voix haute
En faisant un récit oral à partir de la bande dessinée, les élèves
sont amenés à reconstituer le fil de l’histoire en associant
texte et images, ainsi qu’en explicitant les éléments sous-
entendus, qui se trouvent « entre les cases ». Ils doivent par
exemple comprendre que Renart fait semblant d’être mort
2. Les personnages présents sont une femme qui se fait (partie 2). Les différences d’interprétations pourront éventuel-
embrasser par un homme et un deuxième homme qui lement faire l’objet d’un débat dans la classe ; les incertitudes
arrive chargé d’un tonneau. pourront n’être levées qu’après l’écoute et la lecture du texte.
3. Les élèves n’ont à produire que très peu de répliques, Entrer dans le texte par la BD
mais celles-ci doivent permettre d’identifier la situation
1. a.
choisie pour les personnages (scène de tromperie par
exemple).
L’héritage de la farce Ressource numérique AUDIO
Le dernier écran propose une lecture comparée de
Extrait du Roman de Renart
la scène 5 de La Farce de maître Pathelin et d’une
scène du Médecin malgré lui, ce qui permet d’étudier
b. Le texte lu correspond aux cases 1 de la bande dessinée.
l’héritage de la farce chez Molière.
Renart n’a plus rien à manger, plus d’argent ou d’objet à tro-
1. Lucinde et Pathelin font semblant d’être malades. quer ; il a aussi des dettes. Tout cela va le pousser à voler.
2. Les deux faux malades inventent un langage, que les
c. Le narrateur intervient au début ; il commence en effet son
autres ne comprennent pas. récit en interpellant l’auditoire (« Messieurs »). On peut donc
3. Lucinde fait la muette pour ne pas épouser un homme penser que Le Roman de Renart était destiné à être raconté à
qu’elle n’aime pas. Comme Pathelin, elle est rusée. voix haute.

108 © Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources


2. a. et b. On peut délimiter le texte de la manière suivante : tient également à ce que Renart ne se tienne pas trop près :
– Renart fait semblant d’être mort. (l. 1-4) → la case 2 « éloigne-toi un peu de moi » (l. 14) et le surveille de près : « il
– Les marchants s’arrêtent et le mettent dans leur charrette, pousse un cri, un œil fermé et l’autre ouvert, car il a très peur
pensant le vendre. (l. 4-17) → l’ensemble des cases 3 de Renart ; il regarde sans cesse de son côté. » (l. 20-21).
– Renart mange et vole des poissons. (l. 18-28) → l’ensemble 2. Renart fait l’éloge de la voix du père de Chantecler pour
des cases 4 toucher la fierté du coq. Renart pousse ainsi Chantecler à lui
– Renart s’enfuit de la charrette. (l. 28-30) → la case 5 montrer que sa voix est au moins aussi belle que celle de son
père. S’il se met à chanter en fermant les yeux, Renart pourra
Étudier l’art de la ruse au Moyen Âge l’attraper.
1. Renart est capable de planifier sa ruse et de faire preuve Extrait 2
d’une grande intelligence. On peut associer cela au fait qu’il 3. Chantecler incite Renart à provoquer les paysans en les nar-
est capable de parler, comme dans la bande dessinée. Aux guant. Ainsi, Renart sera obligé d’ouvrir la bouche pour parler
lignes 24-25, il est qualifié de « Renart, qui avait tant de tours et Chantecler pourra s’enfuir.
dans son sac ». Le narrateur insiste ainsi sur son caractère rusé. Bilan 4
2. Renart utilise l’appât du gain, le désir d’argent des mar- Extrait 1 Extrait 2
chands pour les tromper.
L’opinion des élèves sur le(s) personnage(s) qui a(ont) leur faveur Trompeur Renart Chantecler
est bien sûr libre, c’est leur justification qui est intéressante. Il est Trompé Chantecler Renart
probable qu’ils soient sensibles à la faim de Renart et rejettent la
Trait de caractère orgueil orgueil
vénalité des marchands.
du trompé
3. Renart fait semblant d’être mort pour que les marchands
s’arrêtent afin de l’emporter. Moyen utilisé par La parole est utilisée La parole est utilisée
Il est important que les élèves comprennent le but poursuivi par le trompeur pour pour comparer les voix pour inciter à narguer
ruser du père et du fils. ses adversaires.
Renart en faisant cette action, car il a déjà planifié la réaction
des marchands. Les deux épisodes se ressemblent beaucoup car le trompeur
4. Renart, après avoir mangé, fait des colliers de poissons qu’il utilise le même procédé pour tromper son adversaire, en
emporte. Cela montre qu’il est prévoyant et qu’il pense aussi s’appuyant sur le même défaut d’orgueil. Seule la situation du
à nourrir sa famille. trompeur et du trompé s’inverse entre les deux extraits.
Bilan 5. Dans ce bilan, les élèves devront montrer qu’ils sont ▶ Rendre compte de sa lecture
conscients de la réflexion et des moyens mis en œuvre par Renart
pour arriver à ses fins. Cette activité de titrage permet à chaque élève de montrer de
façon simple et efficace qu’il a compris les enjeux des deux textes.
Renart maitrise l’art de la ruse car, dès qu’il a su que la char-
Il est possible de demander aux élèves de justifier leur choix.
rette transportait du poisson, il a mis en place un stratagème.
En se faisant passer pour mort, il sait qu’il suscitera la convoi- Pour le premier extrait, on peut attendre que les élèves choi-
tise des charretiers et qu’il pourra ainsi se retrouver dans leur sissent une phrase montrant la comparaison que fait Renart
charrette afin de voler les poissons. entre le père et le fils afin de piquer l’orgueil de Chantecler,
comme par exemple « Chanteclin chanta bien autrement »
▶ Activité complémentaire : lecture théâtralisée (l. 23).
Une activité de mise en voix de cet épisode peut compléter le tra- De même dans le deuxième extrait, la phrase devrait montrer
vail de l’oral, au cœur de ce parcours. comment Chantecler pousse Renart à se vanter, comme par
Comme au Moyen-Âge, vous allez réaliser par quatre une exemple : « n’entendez-vous pas les propos injurieux qu’ils
lecture théâtralisée. L’un d’entre vous est le narrateur qui lit vous adressent ? » (l. 8-9).
le récit. Les trois autres élèves jouent Renart et les marchands. ▶ Faire parler un personnage
Pour préparer votre lecture, sélectionnez les phrases que Cette très courte activité d’écriture permet :
vous allez dire. Le narrateur ne devra pas hésiter à s’adresser
– d’expliciter le procédé mis en œuvre dans la ruse puisque
directement au public pour rendre son récit vivant. Les trois Chantecler va devoir expliquer à Renart comment son défaut
acteurs devront aussi raconter l’épisode avec leurs gestes et les l’a perdu.
expressions de leur visage. – de faire travailler la présentation des paroles, en faisant réin-
« Renart et Chantecler le coq » p. 184 vestir les marques des paroles rapportées directement, indi-
quées sur les textes pour faciliter la lecture à voix haute.
▶ Lire à voix haute, extrait 2 ▶ « Le Corbeau et le Renard »
Les élèves peuvent proposer « moqueries » ou « railleries » • La Fontaine s’est inspiré entre autres du Roman de Renart
(s’ils ont recours au dictionnaire) comme synonyme de « quo- pour écrire sa fable car les deux œuvres ont à peu près le
libets ». même couple de personnages, dans la même situation : un
Comprendre une ruse utilisant le point faible de son renard veut tromper un oiseau.
adversaire • Dans la fable, le renard complimente l’oiseau sur sa belle
voix, alors que dans le texte médiéval, il compare les voix du
Extrait 1 père et du fils. Mais dans les deux cas, le renard utilise l’orgueil
1. Chantecler est méfiant à l’égard de Renart, au moins au de l’oiseau pour le tromper.
début. Il lui demande en effet s’il n’est pas en train de lui tendre • Le corbeau de la fable est nettement moins méfiant que le
un piège : « voulez-vous m’attraper par ruse ? » (l. 13-14). Il coq Chantecler : il accepte immédiatement de chanter.

© Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources 109


« Renart et la mésange » p. 186 – illustrer un récit.
Elle a également un objectif méthodologique : créer un dia-
Comprendre l’échec d’une ruse porama, savoir-faire qui peut être utilisé dans de multiples
1. Renart essaie de tromper la mésange par ses paroles, en lui circonstances scolaires.
disant qu’il va fermer les yeux. La réalisation de cette activité suppose que les élèves soient
2. capables de prélever des informations pertinentes par rapport
à leur objectif de récit, tout en les reformulant eux-mêmes. Le
Raison donnée Action Excuse professeur devra donc travailler sur cette reformulation pour
par Renart pour de la de Renart
éviter la dérive du « copier-coller », qui n’est pas l’objectif pour
que la mésange mésange
la partie texte.
n’ait pas peur
L’exposition virtuelle de la BNF proposant plusieurs pages de
Tentative 1 Il va fermer les Elle met de la Il voulait l’édition du XIVe siècle du Roman de Renart numérisées en HD, il
yeux. mousse et des plaisanter. peut être intéressant de montrer aux élèves l’apparence d’un
feuilles sur les manuscrit médiéval : le texte en ancien français, la disposition
moustaches de
en colonnes, les lettrines, les enluminures...
Renart.
Tentative 2 Il va fermer une Elle se contente Renart n’a ▶ Improviser un dialogue
nouvelle fois les de frôler la pas le temps Une activité de création orale conclut ce parcours très axé sur
yeux. gueule du d’en trouver l’oralité.
Renart. une. Afin de créer une ruse intéressante pour l’auditoire, les élèves
La ruse de Renart ne fonctionne pas car il utilise le même devront s’inspirer des textes étudiés et réinvestir les différents
argument les deux fois, alors que la mésange a déjà constaté moyens de ruser rencontrés dans le parcours.
son hypocrisie lors de sa première tentative. Ce travail implique une importante préparation en amont :
3. La mésange est méfiante : dès le début elle se doute que les élèves doivent planifier leur production, sans la rédiger.
Renart veut la tromper et écoute son discours avec circons- Il s’agit en effet d’être capable d’écrire un discours prononcé
pection. Elle n’est donc pas du tout naïve ni crédule. de manière expressive uniquement à partir d’un canevas de
récit.
La mise en relation des adjectifs par les liens d’antonymie pourra
être faite à l’occasion de cette consigne. Ce travail étant à effectuer en binôme, la coopération entre
élèves est indispensable et doit être présentée comme un
Bilan 4. Dans ce passage, Renart ne semble pas un « expert
véritable objectif (domaine 2 du socle commun).
en tromperie », car la mésange a compris son manège et s’est
tout de suite méfiée. Par ailleurs, Renart n’a pas été capable de Selon les moyens techniques dont dispose l’établissement, il
renouveler sa ruse. est envisageable de demander aux élèves d’enregistrer leur
production :
Le renard rusé dans les œuvres d’art p. 187 – sur un ordinateur avec le logiciel gratuit Audacity ;
– sur un module de balladodiffusion (tous les binômes
Comparer des œuvres peuvent alors s’enregistrer simultanément sur une heure de
1. Les œuvres appartiennent à l’Antiquité (fable d’Ésope), au cours) ;
XVIIe siècle (référence à la fable de La Fontaine), au XXe siècle – sur le dictaphone d’un téléphone portable (selon les usages
(œuvres d’Igor Stravinski, de Willy Aractingi et de Roald Dahl) en vigueur dans l’établissement).
et au XXIe siècle (mise en scène d’opéra de Robert Lepage, film
de Wes Anderson). ▶ Activité d’écriture complémentaire
2. Le personnage du renard est plutôt montré comme un Cette troisième activité d’écriture est plus longue et non orali-
humain : il parle (Esope, La Fontaine, I. Stravinski, R. Dahl), il sée. Elle s’appuie sur un extrait du fabliau Le Vilain Mire.
est habillé et se tient sur deux pattes (film de W. Anderson). Voici un passage du fabliau Le paysan devenu médecin. Le pay-
C’est seulement sur le tableau de W. Aractingi qu’il est plus san, faux médecin, a guéri par la ruse la fille du roi et celui-ci
proche d’un animal. l’a convaincu – en le battant – de rester quelques temps à sa
3. Tous ces personnages de renard sont rusés et tentent de cour.
tromper d’autres personnages, animaux ou humains. Ils font Le paysan demeure donc à la cour du roi. On le tond, on le
preuve d’intelligence pour mener à bien leurs ruses (les élèves rase, on le revêt d’une robe écarlate. Il se croyait tiré d’affaire
pourront relever par exemple le surtitre « Le Cerveau » sur lorsque les malades du pays (plus de quatre-vingts, à mon avis)
l’affiche du film). affluèrent chez le roi, chacun détaillant son cas. Le roi appelle
le paysan :
Activités d’expression p. 188-189 « Docteur, dit-il, écoutez-moi : occupez-vous de ces gens-là,
et vite, guérissez-les-moi !
▶ Créer un diaporama pour faire le récit illustré – Pitié, sire, dit le paysan, il y en a trop ! Je n’en saurais venir
de deux ruses à bout, je ne pourrai pas les guérir tous ! »
Cette activité de lecture et d’écriture poursuit plusieurs objec- Le roi appelle deux valets ; chacun d’eux prend un bâton
tifs : car ils ont deviné pourquoi le roi les appelle. Quand le paysan
– lire de nouveaux extraits du Roman de Renart (lecture cur- les voit venir, il se met à trembler : « Pitié, leur cria-t-il, je les
sive) ; guérirai sans tarder. »
– effectuer une recherche documentaire ; « Le paysan devenu médecin » (« Le vilain Mire ») in Fabliaux du
– écrire le résumé d’un récit de ruse ; Moyen Âge, traduit par A. Saint-Roc © Magnard, 2014

110 © Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources


Écris la fin de cet épisode en inventant la ruse que va uti- – Définis le but de la ruse et ses étapes en les numérotant,
liser le paysan pour se sortir de cette situation, alors qu’il sans rédiger.
n’est pas un vrai médecin. – Décide de quelle manière ton texte se finit : le paysan reste-
Préparation au brouillon : t-il avec le roi ou non ? Pourquoi ?
– Fais la liste des contraintes que tu dois respecter pour écrire Rédige ton texte une première fois avant de le corriger et de
une suite : quels personnages ? Où se trouvent-ils ? Narrateur le recopier au propre.
dans l’histoire ou extérieur à l’histoire ? Quel temps verbal ?

BIBLIOGRAPHIE
Fabliaux du Moyen Âge, traduit de l’ancien français par A. Le tome 2 propose la confrontation de Renart avec d’autres
Saint-Roc, © Magnard, 2014 animaux : Tibert le chat, Pinçart le héron et Brun l’ours.
La traduction, proche du texte original, mais fluide, permet JEAN-MARC MATHIS et THIERRY MARTIN, Le Roman de Renart, © Del-
que certains fabliaux puissent être proposés en lecture cur- court, 2007.
sive. Il s’agit d’une adaptation en bande dessinée de différents
La Farce du cuvier et autres farces du Moyen Âge, © Étonnants épisodes. En 6e, les tomes 1 et 2 sont les plus accessibles, le
classiques, Flammarion, 2014. troisième tome demandant une bonne connaissance de la
Cette anthologie propose des textes de théâtre. société médiévale et des romans de chevalerie.
BRUNO HEITZ, Le Roman de Renart, © Éditions Gallimard Jeu- DAVID PRUDHOMME, La Farce de maître Pathelin, © Éditions de
nesse, 2007. l’An 2, 2005.
Il s’agit d’une adaptation en bande dessinée. Il s’agit d’une adaptation en bande dessinée, et avec un dessin
Le tome 1 est une adaptation des récits dans lesquels Ysen- très original, de La Farce de maître Pathelin. Certaines pages
grin est la victime. ont été proposées comme supports pédagogiques dans le
manuel.

DOSSIER Aux origines de la ruse p. 190-191

OBJECTIFS ET DÉMARCHE DU DOSSIER


▶ L’intelligence d’Ulysse est polymorphe. Chez Homère, il est qualifié d’ingénieux (polymètis) et même fertile en ingéniosité
(poikilomètis), d’inventif (polytropos), d’industrieux (polyméchanos : « fertile en expédients »), mais aussi prudent (polyphran) ou
subtil (daiphrona).
▶ Ulysse fait preuve d’une grande faculté d’adaptation face à l’adversité. Il possède une habileté manuelle qui en fait un bon
travailleur du bois, capable de fabriquer un lit (chant XXIII), tailler un pieu (chant IX) ou bâtir un radeau (chant V). Il est capable
de prévoir les situations dangereuses et résiste à son impulsivité. Il est enfin l’homme de toutes les métamorphoses : il masque
son identité, Athéna lui fait prendre d’autres apparences.
▶ Sa parole est subtile. Dans l’Iliade, il est diplomate et orateur, mais cette subtilité est suspecte, ruser n’est pas digne d’un
guerrier et les auteurs tragiques grecs donneront de lui une image de fourbe malfaisant. Même Platon, dans l’Hippias mineur, ou
Dialogue sur le mensonge, l’utilise pour traiter de ce thème.
▶ L’histoire du Cheval de Troie est celle d’une ruse destructrice, un stratagème militaire dont l’objectif est d’obtenir un résultat
immédiat. À travers Ulysse, protégé d’Athéna, agit Métis, mère de la déesse de l’intelligence. La ruse de Pénélope est un
subterfuge qui lui permet de débusquer un éventuel trompeur.
▶ Les textes présentés sont extraits de l’Odyssée (II, 85-128 ; VIII, 486, 492-495, 499-509 ; XIII, 293-295 ; XIX, 137-151 ; XXIII, 183-189,
205-206) et de l’Énéide (II, 234-237, 242-245). L’épisode du Cheval de Troie peut ainsi être étudié selon deux points de vue, celui
des Grecs, puis celui des Troyens.
▶ Cet atelier vise à apporter différentes compétences aux élèves :
– acquérir une culture littéraire par la connaissance d’un épisode majeur ;
– établir des liens entre l’œuvre antique et le jeu théâtral ;
– être capable d’interpréter l’attitude ou le comportement d’un personnage.

© Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources 111


CORRIGÉS DES QUESTIONNAIRES ET DES EXERCICES

1. La ruse pour tromper • Les Troyens sont en proie à une malédiction divine : les dieux
aveuglent ceux qu’ils veulent perdre. Cassandre tentera en
vain aussi de les arrêter.
Homère, Odyssée, chant VIII p. 190
• Ulysse a crevé l’œil du Cyclope, mais l’a aussi trompé en se
▶ Mets-toi à la place de l’artiste présentant sous le nom de Personne.
• L’artiste joue sur les plans et la profondeur de champ : les ▶ Ouvre l’œil
Grecs sont au premier plan dans la partie inférieure, les Métis est cachée sous le siège de Zeus. Elle a été avalée par
Troyens sont au second plan dans la partie médiane de la Zeus, elle n’a plus l’apparence divine des autres dieux, mais
plaque émaillée. elle est toujours présente « en lui ».
• Le personnage poussant le second Grec qui monte à l’échelle
pourrait être Ulysse en train d’encourager ses compagnons à
monter dans le cheval. 2. La ruse pour révéler la vérité
• Le souci du réalisme a peut-être guidé l’artiste. Cependant la
taille du cheval, sa blancheur et le volet de bois qui se soulève Homère, Odyssée, chant XXIII p. 191
dans son flanc montrent que ce n’est pas un animal ordinaire.
▶ Qui se ressemble s’assemble
▶ Un Comédien hors-pair • Ulysse incarne l’habileté manuelle (il a taillé son lit dans un
• Ulysse demande à Démodocos de chanter un épisode olivier) ; Pénélope représente l’intelligence (elle ruse pour
auquel il a lui-même participé. Chez Alcinoos, roi des Phéa- vérifier l’identité de celui qui se prétend Ulysse).
ciens, à ce moment du récit, Ulysse n’a pas encore révélé son • On pourrait utiliser le qualificatif de « prudente ».
identité. Il porte un « masque », il est un étranger naufragé, • Réponse à partir des éléments de la ressource numérique.
accueilli en hôte, mais il hésite encore à se dévoiler. Il le fera
au début du chant IX. ACTIVITÉ
• Ulysse assume la fonction de : Ressource numérique
1. comédien ; Récits de création à travers le monde
2. auteur ;
La ruse de Pénélope (texte et audio)
3. metteur en scène. Pénélope est aussi rusée que son mari, puisque la
Virgile, Énéide, chant II p. 191 ruse de la toile tissée et détissée dure trois ans.
C’est la trahison d’une de ses femmes qui en
▶ Mets-toi à la place des Troyens évente le secret. Antinoos demande à Télémaque
• Énée appelle le cheval « la fatale machine » : c’est un objet de convaincre sa mère de faire le choix d’un mari
fabriqué et une ruse (sens ancien du mot « machine ») qui va parmi les prétendants, sinon ils s’installeront au
sceller le destin de Troie (fatal : « touché par un destin funeste, palais et vivront sur les biens d’Ulysse.
mortel »).

SITOGRAPHIE
Pour en savoir plus sur les images du dossier : – sur John Flaxman, voir sur le site de la BNF le dessin original
– sur les émaux de Limoges et le Maître de l’Énéide qui a servi pour l’illustration de 1878 :
[Link] [Link]
Louvre-Emaux-de-Limoges_2.htm – sur le site du musée d’Aberdeen en Écosse, la fiche en
– sur le site du Louvre, voir la fiche de l’exaleiptron tripode anglais du tableau de John William Waterhouse, Penelope and
attique à figures noires : the Suitors (Pénélope et les Prétendants) :
[Link] [Link]
attique-figures-noires lope-and-the-Suitors

112 © Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources


PARCOURS UNE VIE UNE ŒUVRE Jean de La Fontaine,
sage amuseur p. 192 à 205

OBJECTIFS ET DÉMARCHE DU PARCOURS


Problématique : Comment faire de la ruse le ressort de la fable ?
▶ Ce chapitre s’attache à faire découvrir Jean de La Fontaine sous un angle biographique. Les élèves de 6e ont souvent
l’impression, lorsqu’ils abordent ce poète, de le connaitre déjà très bien. La lecture que nous proposons permet de ne plus
seulement voir les fables comme de petites histoires morales et ludiques, mais de les intégrer dans le contexte qui leur a donné
naissance et de retrouver leur aspect subversif. Chaque fable étudiée sera ainsi mise en relation avec la vie du poète.
▶ Le parcours permet également de situer Jean de la Fontaine dans la continuité de ses prédécesseurs, Bidpay, Ésope, Phèdre.
Une telle filiation suscite des questionnements : qu’est-ce que la tradition littéraire ? Pourquoi s’inspirer de textes plus anciens ?
Qu’est-ce que la création ?
▶ La notion de ruse est particulièrement prégnante dans ce parcours grâce au choix des textes. On observera la forme même
de la fable et le jeu de Jean de la Fontaine avec la versification pour mettre en valeur des passages importants.
▶ L’analyse des fables mènera à des réflexions sur la ruse dont Jean de La Fontaine lui-même doit faire preuve pour exprimer des
opinions ou émettre des jugements. Les élèves s’interrogeront sur les raisons pour lesquelles le poète s’est emparé de ce moyen
d’expression.
▶ Ce parcours vise à permettre aux élèves :
– de découvrir la tradition de la fable ;
– d’observer la structure d’une fable ;
– d’inscrire les fables de Jean de La Fontaine dans un contexte historique ;
– de comprendre la morale d’un texte ;
– de travailler sur l’oralité et la théâtralité ;
– d’analyser des illustrations variées ;
– de défendre des points de vue.

ORGANISATION DU CHAPITRE ET CHOIX DES AXES DE LECTURE


Portraits de Jean de La Fontaine p. 192 2. Le rôle décisif de Nicolas Fouquet
(1658-1663) p. 196
● Pistes didactiques
L’ouverture du chapitre est volontairement aérée. Avant d’en-
● Pistes didactiques
trer dans l’analyse précise des textes, les élèves découvrent
le poète grâce à un portrait et à des citations variées. L’épi- Les élèves découvrent ici la condition de nombreux auteurs
taphe présentée ici a une dimension autobiographique : La du XVIIe siècle ; ils ne vivent pas de droits d’auteur, mais sont
Fontaine se décrit lui-même avec beaucoup d’humour. Elle financés par de grands personnages. L’accent est mis ici sur
permet aux élèves de s’associer à l’auteur, d’éprouver de la le destin de Nicolas Fouquet, protecteur de Jean de La Fon-
sympathie pour lui et de découvrir les textes en étant déjà taine, emprisonné à vie de façon arbitraire par Louis XIV. Une
familier de leur univers. réflexion s’amorce sur le pouvoir absolu et sur la nécessité de
passer par la fable pour dénoncer l’oppression des puissants.
La fable 1 fait allusion de façon presque explicite à Nicolas
1. La quête d’une vocation (1621-1658) p. 194 Fouquet, incarné par un écureuil. La seconde souligne la vio-
lence de l’arbitraire d’un roi, représenté par un lion.
● Pistes didactiques
Cette première double page insiste sur la formation de Jean ● Proposition d’hypothèse de lecture
de La Fontaine et notamment sur son apprentissage du latin Pourquoi Jean de La Fontaine se sert-il de fables pour dénon-
et du grec. Le texte étudié p. 195, « Le Loup et la Cigogne », cer les injustices de son temps ?
est alors comparé à une fable grecque d’Esope et à une fable
latine de Phèdre. 3. Inventer une fable à partir de plusieurs
Les textes grecs et latins ont été enregistrés et permettent illustrations p. 198
d’initier une réflexion sur l’évolution de la langue et sur l’or-
thographe des mots. Cette double page se fonde sur l’analyse d’image et montre
à quel point les fables de Jean de La Fontaine ont inspiré les
● Proposition d’hypothèse de lecture artistes. Les élèves doivent observer les illustrations et imagi-
Comment Jean de La Fontaine s’inspire-t-il de ses prédéces- ner la fable qui les a inspirés. Les réflexions qu’ils ont menées
seurs pour créer un univers propre ? sur les fables en début de chapitre leur permettent de struc-
turer leur texte.

© Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources 113


● Proposition d’hypothèse de lecture ● Proposition d’hypothèse de lecture
Comment imaginer une fable en s’inspirant de plusieurs illus- Quelles leçons les lecteurs peuvent-ils tirer d’une fable ?
trations ?
5. Les dernières années (1693-1695)
4. Le temps des protectrices (1662-1693) p. 200
Cette dernière page met en regard une fable très célèbre et
Ce chapitre insiste sur le rôle historique des femmes dans la souvent connue des élèves, « La Cigale et la Fourmi », avec la
protection et la diffusion des œuvres au XVIIe siècle. Les salons fin de la vie de La Fontaine. Ce dernier se présente comme une
littéraires constituent le lieu par excellence où les auteurs Cigale, un artiste qui « chante », mais n’accumule pas d’argent.
peuvent faire entendre leurs œuvres.
● Proposition d’hypothèse de lecture
L’accent est mis également sur la dimension pédagogique
des fables. La Fontaine, cherchant à devenir le précepteur du Comment Jean de La Fontaine fait-il allusion à la condition
Dauphin, lui dédie son premier recueil de Fables. Les élèves des poètes dans cette fable ?
sont amenés à réfléchir sur la façon dont les fables cherchent
à éduquer.

CORRIGÉS DES QUESTIONNAIRES ET DES EXERCICES


Portraits de Jean de La Fontaine p. 192-193 1. La quête d’une vocation (1621-1658) p. 194
Faire connaissance avec l’auteur Ésope, « Le Loup et le Héron »
Le portrait Phèdre, « Le Loup et la Grue »
1. Les élèves doivent, pour répondre à la question, s’appuyer Jean de La Fontaine,
sur la légende du tableau. Il s’agit d’une toile de Hyacinthe « Le Loup et la cigogne » p. 195
Rigaud, peinte en 1690. La Fontaine vivait donc au XVIIe siècle.
2. Les remarques des élèves peuvent être variées. Ils insis- Établir des liens avec la biographie
teront vraisemblablement sur les cheveux de La Fontaine.
1. Le jeune Jean de La Fontaine ne vivait pas près de la cour
Au XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIII, les hommes com-
du roi. Il a grandi à Château-Thierry, une petite ville au nord-
mencent à porter des perruques. Louis XIV, doté dans sa jeu-
est de Paris. Il fait des études à Paris, mais revient ensuite
nesse d’une abondante chevelure frisée, n’en a porté qu’à par-
dans sa ville natale, où il occupe la même charge que son
tir de 1665, lorsque ses cheveux s’abiment après une violente
père. Rien ne le prédestinait à devenir un grand écrivain de
fièvre. Les perruques d’hommes deviennent alors véritable-
la cour.
ment à la mode : on cherche à imiter le roi. Les plus couteuses
sont faites à partir de véritables cheveux. D’autres sont fabri- 2. Au XVIIe siècle, les élèves étudient avant tout les œuvres
quées à partir de crins de chevaux. latines, et notamment celles des fabulistes. L’Antiquité est en
effet perçue comme un modèle à imiter. Ils connaissent plus
Jean de La Fontaine porte une cravate blanche nouée autour
rarement le grec, mais La Fontaine étudie Homère et Platon. Il
du cou (l’ancêtre de la cravate d’aujourd’hui). Le tissu en est
apprécie également Rabelais et Marot.
plutôt fin. Il a l’air relativement âgé. Les traits de son visage
sont assez durs. Il a les lèvres fines et pincées. Il ne sourit pas Le premier texte p. 194 est écrit en grec, le second en latin. La
mais regarde sur la droite, avec l’air sérieux. Fontaine pouvait les comprendre puisqu’il maitrisait ces deux
langues.
L’épitaphe
3. On incitera les élèves à écouter les textes en grec et en latin
3. L’épitaphe a été écrite par La Fontaine, comme l’indique le
et à les télécharger. Leur observation permet de comprendre
titre : « ÉPITAPHE DE M. DE LA FONTAINE / FAITE PAR LUI-MÊME ». La Fon-
à quel point la langue française en est nourrie.
taine parle de lui-même à la troisième personne dans ce texte.
Il utilise en effet son prénom : « Jean s’en alla comme il était Les élèves pourront facilement repérer certains mots en latin :
venu ». Le texte est surprenant car l’auteur se met à distance lupus, os, devoratum, dolore, gulae, periculosam, medicinam…
et parle de lui comme s’il était déjà mort. Il dresse un bilan de Dans le texte grec, on peut les guider en observant plus par-
sa vie : « Quant à son temps bien sut le dispenser ». ticulièrement les mots qui ont donné des termes médicaux
4. La Fontaine s’attribue deux caractéristiques principales : il en français :
est dépensier et ne cherche pas à économiser (« Jean […] / – τò óστοũν (se prononce « ostoune », contraction de óστέον
Mangea le fonds avec le revenu, / Croyant le bien chose peu [osteone]) : l’os. De là « ostéopathe » = celui qui soigne les os.
nécessaire »), et il est très paresseux (« Quant à son temps bien – ή κεφαλή (se prononce « kéfalè ») : la tête. De là « encé-
sut le dispenser : / Deux parts en fit, dont il soulait passer / phale » (partie du cerveau) ; « encéphalite » (inflammation du
L’une à dormir et l’autre à ne rien faire »). cerveau) ; « bicéphale » = à deux têtes.
5. La Fontaine ne semble alors pas très sérieux. Il se décrit en – τò στóμα, στóματος (se prononce « stoma », nominatif ;
insistant sur de petits défauts, l’insouciance et la paresse. Ces « stomatos », génitif ) : la bouche. De là « stomatologue » =
défauts, cependant, peuvent le rendre sympathique aux yeux chirurgien spécialisé dans le visage, la bouche, les dents.
du lecteur. Sa nonchalance plait. – ó φάρυγξ, φάρυγγος (se prononce « pharungx », « pharung-
gos ») : le gosier. De là « pharynx » = conduit situé à l’arrière
de la bouche. C’est le carrefour entre les voies respiratoires et
les voies digestives.

114 © Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources


On pourra aussi comparer λύκος (« lukos ») et Lupus : les deux du faîte, / Plus l’orage te trouve en butte à tous ses coups » (v.
mots ont la même origine indo-européenne. 7-8). Le Renard lui reproche d’avoir voulu grimper trop haut.
On observera que le mot « loup » en Français prend un « p » 5. a. L’Écureuil fait penser à Nicolas Fouquet. En effet, le blason
car il est issu du latin « lupus ». de N. Fouquet comporte un écureuil, et sa devise, « Jusqu’où
4. La Fontaine s’inspire de ses prédécesseurs pour raconter sa ne montera-t-il pas ? », fait songer à l’attitude du personnage
fable. Il utilise l’expression « dit-on » (v. 3) pour indiquer que de la fable, qui cherchait à « s’approch[er] du faîte » (v. 7).
l’histoire est déjà connue. Comme N. Fouquet, qui a subi les foudres de Louis XIV, l’Écu-
5. a. Ésope vivait entre les VIIe et VIe siècles avant J.-C. Il a ins- reuil de la fable doit faire face à de grandes difficultés.
piré Phèdre, qui vivait entre le premier siècle avant J.-C. et le b. Dans la fable, l’orage s’apaise, et l’Écureuil voit sa situation
premier siècle après. La Fontaine, au XVIIe siècle, reprend leurs s’améliorer : « l’ire du Ciel à l’Écureuil pardonne » (v. 15). Dans
deux fables. les faits, Louis XIV n’a jamais pardonné à Nicolas Fouquet – qui
b. Dans sa fable, La Fontaine supprime la morale, alors qu’elle est resté emprisonné toute sa vie. La Fontaine nourrit cepen-
était présente chez Ésope et Phèdre. La violence du loup est dant l’espoir que son protecteur soit un jour libéré.
d’autant plus mise en valeur. La fable se termine sur une injus- 6. Cette fable n’a été publiée qu’après la mort de La Fontaine
tice criante, qui parle d’elle-même. Le lecteur devine la morale parce qu’elle évoquait trop explicitement la situation de Nico-
de façon implicite. las Fouquet et mettait en cause Louis XIV en le comparant à
6. Il y a deux types de vers dans cette fables : des octosyllabes un orage injuste. La Fontaine aurait subi des représailles.
(8 syllabes) et des alexandrins (12 syllabes). Fable 2
7. Les illustrations 4, 5, 6 et 7 décrivent toutes le moment où 7. a. Le titre donne l’impression que les quatre animaux
la Cigogne se décide à intervenir et à retirer l’os du gosier du s’entendent bien, dans la mesure où ils vivent « en société ».
loup. L’observation des différentes images doit mener à l’ex- Cependant, les trois animaux herbivores sont réunis ensemble
pression d’un point de vue argumenté. – « La Génisse, la Chèvre et la Brebis » – tandis que le Lion est
Bilan 8. Les fables d’Ésope et de Phèdre comportent des évoqué un peu à part. Ce déséquilibre dans le titre laisse pré-
morales. Celle d’Ésope est à la fin : « La fable montre que la sager des tensions.
plus grande marque de reconnaissance qu’on puisse attendre b. Lorsque les quatre animaux veulent se partager une proie,
d’un gredin, c’est qu’il vous épargne un nouvel outrage. » le Lion la découpe en quatre, puis s’approprie progressive-
Celle de Phèdre est au début : « Attendre d’un scélérat le juste ment les quatre parts. Le découpage est donc profondément
prix d’un service, / C’est commettre deux erreurs : d’abord, on injuste.
aide un vaurien, / Puis on se trouve incapable d’en réchapper 8. Les vers les plus courts du poème sont ceux qui expriment
sans dommages ». La Fontaine a choisi de ne pas écrire de la revendication du Lion. Ce dernier estime que son pouvoir
morale explicite. Le premier vers ressemble à une vérité géné- est incontestable : « C’est que je m’appelle Lion : / À cela l’on
rale, mais il ne s’agit pas réellement d’une morale : « Les loups n’a rien à dire » (v. 12-13). Les vers mettent en valeur l’arbi-
mangent gloutonnement » (v. 1). traire de sa position. Le dernier vers, très court, est particuliè-
Comme Phèdre, La Fontaine a décidé de terminer sa fable par rement violent : « Je l’étranglerai tout d’abord » (v. 18).
les mots du Loup : il met ainsi en évidence leur profonde vio- 9. La fin de la fable se compose des paroles du lion et se ter-
lence. mine sur une menace : « Si quelqu’une de vous touche à la
quatrième, / Je l’étranglerai tout d’abord ». L’injustice pro-
2. Le rôle décisif de Nicolas Fouquet fonde du Lion frappe alors le lecteur. Rien ne vient compenser
cette violence.
(1658-1663) p. 196
10. Le Lion fait penser à Louis XIV : comme lui, il prend des
décisions arbitraires qui ne peuvent pas être contestées
« Le Renard et l’Écureuil » puisqu’il a le pouvoir entre les mains.
« La Génisse, la Chèvre, et la Brebis, en société Bilan 11. La question peut entrainer un débat, même si la
avec le Lion » p. 197 façon dont elle est formulée ne laisse que peu de doutes sur
la réponse à donner. Certains élèves pourront dire qu’ils consi-
Établir des liens avec la biographie dèrent que ces fables sont destinées à des enfants ; en effet,
1. Louis XIV et Nicolas Fouquet sont tous deux richement elles mettent en scène des animaux. D’autres, cependant,
vêtus. Ils ont des jabots de dentelle délicate. Louis XIV a des pourront indiquer que La Fontaine fait vraiment référence à la
traits un peu moins fins que ceux de N. Fouquet. Il a le regard situation politique de son époque, et que les adultes peuvent
décidé, alors que N. Fouquet semble plus inquiet. aussi, grâce à elle, réfléchir aux injustices de la société dans
2. Les élèves doivent exprimer l’idée que Nicolas Fouquet a laquelle ils évoluent.
certainement fait l’erreur de trop mettre en avant ses richesses Le professeur pourra donc amener les élèves à dépasser leur
et sa puissance. Sa devise elle-même, Quo non ascendet ?, sou- impression première en analysant le rôle politique de ces
ligne le désir d’ascension de sa famille. fables.
3. Jean de La Fontaine, étant le protégé de Nicolas Fouquet,
en veut certainement à Louis XIV d’avoir emprisonné son 3. Inventer une fable à partir de plusieurs
protecteur. La Fontaine doit considérer que Louis XIV agit de illustrations p. 198
façon arbitraire.
▶ Lecture d’images
Fable 1
1. On reconnait nettement des paons sur les images, mais
4. L’Écureuil subit un orage et ne peut pas vraiment s’en proté- aussi un oiseau plus petit.
ger car il se trouve en haut d’un arbre : « Plus tu t’es approché
2. Le petit oiseau cherche visiblement à se vêtir des plumes
de paon. Sans doute a-t-il envie d’être aussi beau que le paon.

© Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources 115


3. Les paons semblent lui être hostiles. On le voit assez nette- 4. Dans la dédicace au Dauphin, Jean de La Fontaine indique
ment sur les images 1, 2, 3 et 4. Ils lui donnent des coups de que ses fables sont destinées à tout le monde : « Ce qu’ils
bec ou le font fuir. Sur l’image 3, l’un des paons tient même disent s’adresse à tous tant que nous sommes » (v. 5).
dans son bec l’une des plumes du petit oiseau. 5. Les élèves peuvent proposer plusieurs réponses à cette
Ce travail sera complété par la lecture à voix haute des fables question, à partir du moment où ils justifient leur point de
des élèves et l’écoute de celle de La Fontaine « Le Geai paré des vue. Deux vers seront vraisemblablement choisis. Le premier,
plumes du Paon » (fable 9, livre IV), qui est la source des illustra- « Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons » (v. 4),
tions présentées ici (cf. lienmini). insiste sur le fait que La Fontaine se sert d’animaux, auxquels
il prête le langage, pour construire ses fables. Ce vers a une
ACTIVITÉ dimension comique dans la mesure où les poissons sont
Ressource numérique muets – comme le montre l’expression « muet comme une
carpe ». Le second, plus pertinent sans doute, « Je me sers
Les Fables de La Fontaine
d’animaux pour instruire les hommes » (v. 6), montre les deux
1. • Il ne s’agit pas ici de savoir si les élèves ont raconté aspects d’une fable traditionnelle : elle amuse le lecteur grâce
exactement la même chose, ce qui semble difficile, aux animaux, mais elle cherche également à l’instruire et à le
mais il sera intéressant de voir ceux qui ont compris : faire réfléchir sur une morale.
– que le geai était plus petit et moins beau que le paon ; Bilan 6. La Fontaine adresse son recueil à un enfant de huit
– qu’il prenait les plumes qui n’étaient pas à lui pour ans, mais il s’adresse à lui avec un profond respect, même
faire croire que c’était bien son plumage ; s’il le tutoie. Il le flatte en lui rappelant sa condition de roi :
– que les paons et les geais le chassent ensuite comme « ILLUSTRE REJETON D’UN PRINCE aimé des Cieux, / Sur qui
un imposteur. le Monde entier a maintenant les yeux » (v. 7-8). Les lettres
• La fin de la fable, très concise, est complexe. On peut capitales mettent en valeur le titre du Dauphin.
expliquer les deux vers : Les élèves sont amenés à réfléchir sur cette façon de s’expri-
« Il est assez de geais à deux pieds comme lui, mer. Certains estimeront qu’il est normal d’utiliser ces termes
Qui se parent souvent des plumes d’autrui », parce qu’ils se placeront dans la perspective de l’époque de La
Fontaine. D’autres ouvriront le débat en indiquant qu’il n’est
la notion de « plagiat » n’étant pas nécessaire ici.
pas logique qu’un adulte soit dans cette position vis-à-vis
2. Dans les trois fables, une idée principale est à retenir :
d’un enfant de huit ans. Le débat peut amener à discuter sur
il ne faut pas se prendre pour ce que l’on n’est pas. la position que doivent adopter les courtisans dans un régime
On pourra demander aux élèves, une fois qu’ils auront de Monarchie absolue et, au contraire, sur l’égalité qui doit
expliqué oralement ce qu’ils ont compris, de formuler, régner entre les citoyens dans une République.
en une phrase, par écrit, ce qui pourrait constituer
la morale commune aux trois fables, comme proposé « Le Lion et le Rat »
ci-dessus. « Le Laboureur et ses enfants » p. 201

Éduquer un futur roi


▶ Inventer une fable Fable 1
Avant que les élèves se lancent dans l’écriture, on insistera 1. Le lion, aux vers 13 et 14, est pris au piège : « Ce Lion fut pris
sur le fait qu’ils doivent avoir à l’esprit une morale : ils doivent dans des rets, / Dont ses rugissements ne le purent défaire ».
savoir s’ils dénoncent l’attitude de l’oiseau ou celle des paons. Dans ces deux vers, la consonne « r » est très souvent répétée,
Ils doivent aussi donner un caractère à chacun d’entre eux comme pour souligner le bruit qu’est censé produire l’animal
pour rendre leur fable plus vivante. affolé. Il s’agit d’une allitération.
On peut leur rappeler que Jean de La Fontaine aime insérer 2. Au début de la fable, le rat n’est pas particulièrement mis
des dialogues. en valeur. Il s’agit d’un rat parmi d’autres, comme l’indique la
présence de l’article indéfini : « Un Rat » (v. 6). À la fin de la
4. Le temps des protectrices (1662-1693) p. 200 fable, en revanche, le personnage est évoqué avec beaucoup
de respect : « Sire Rat » (v. 15). Le rat est désormais valorisé.
C’est lui qui, à ce moment-là de l’histoire, détient le véritable
Éléments de biographie de Jean de La Fontaine p. 200 pouvoir.
Comprendre la biographie 3. Il y a curieusement ici plusieurs morales. Les deux premiers
vers en constituent une : « Il faut, autant qu’on peut, obliger
1. Après avoir perdu la protection de Nicolas Fouquet, Jean de tout le monde : / On a souvent besoin d’un plus petit que soi ».
La Fontaine est aidé par la duchesse de Bouillon, et obtient, Les derniers également : « Patience et longueur de temps /
grâce à elle, l’appui de la duchesse d’Orléans. Lorsque cette Font plus que force ni que rage » (v. 17-18). Les deux leçons ne
dernière meurt, il est recueilli par Mme de La Sablière. se recoupent pas. La première insiste sur le fait qu’il faut savoir
2. Les fables de La Fontaine ont du succès et il est reçu en rendre service, et la seconde souligne que la force n’est pas la
1684 à l’Académie-Française – fondée en 1635 par Richelieu. valeur la plus importante. La Fontaine se plait à orienter la lec-
3. Les personnes qui protègent La Fontaine sont souvent des ture dans des directions différentes. On comprend ainsi que
femmes appartenant à la noblesse. Elles tiennent des salons ses fables sont très riches : chacun peut y trouver une morale
littéraires où elles reçoivent la bonne société. Elles participent à sa convenance.
ainsi à la diffusion des œuvres du poète. Elles financent éga- Fable 2
lement sa création. 4. Pour que ses enfants labourent bien le champ, le laboureur
leur fait croire qu’un trésor s’y cache. Les enfants retournent
alors toute la terre, et sans s’en rendre compte, font leur tra-

116 © Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources


vail. Certains élèves pourront dire que le père a eu tort car il a 1. L’image est constituée de plusieurs cases qui encadrent le
menti à ses enfants ; d’autres indiqueront qu’en leur mentant, texte de la fable et en illustrent les différentes étapes. Certains
il leur a donné une leçon et leur a montré que le travail est gros plans, de forme arrondie, montrent le Chevreau, person-
toujours récompensé. nage principal de l’histoire.
5. Une grande partie de la fable est occupée par les mots L’image du haut montre la Chèvre disant au revoir à son Che-
du père. Cela permet de donner beaucoup de poids à ses vreau : « La bique […] / Ferma sa porte au loquet » (v. 1-3).
paroles. Elles semblent très importantes. Elles ont en réalité L’image de forme ronde montre le Chevreau écoutant le Loup
un sens métaphorique. Le trésor que les enfants trouveront à travers la porte. Il semble très méfiant : « Le Biquet soupçon-
dans le champ n’est pas constitué de pièces d’or, mais est issu neux par la fente regarde » (v. 19).
de leur travail et de leurs efforts. L’image immédiatement en dessous montre le loup cher-
Bilan 6. Une fois de plus, la question mérite débat. La plupart chant à convaincre le chevreau de lui ouvrir : « Il demande
des élèves choisiront sans doute la première fable, « Le Lion et qu’on ouvre » (v. 17).
le Rat », notamment parce que le Lion peut facilement être lu La dernière image montre le loup désappointé : « Celui-ci […]
comme une référence au roi. La Fontaine montre au Dauphin / Comme il était venu s’en retourna chez soi » (v. 23-24).
que même un roi qui semble très puissant doit faire attention à 2. L’image en rouge met fortement en valeur le Chevreau. Il
ses sujets. Cela ne peut que lui être bénéfique. La seconde fable semble satisfait de lui. L’illustration ne correspond pas néces-
est plus éloignée de l’univers du Dauphin. En revanche, elle met sairement à un vers particulier de la fable, mais souligne la
en scène une leçon donnée par un homme âgé à ses enfants. victoire du personnage.
En ce sens, elle a une dimension pédagogique évidente.
▶ Illustrer une fable
▶ Lecture d’image (p. 200)
Le but de cet exercice est de susciter une lecture active chez
Le Lion n’est visible, dans cette image, que par son ombre. les élèves. La perspective de la construction de l’affiche leur
Située au-dessus du rat, très imposante, elle laisse croire que permettra de bien déterminer les différentes étapes des
le personnage est plus puissant. Le Rat, lui, est recroquevillé, fables qu’ils reliront.
penché sur la cordelette qu’il ronge. Il semble plus fragile. En
réalité, à ce moment-là de la fable, il est devenu très puissant
puisqu’il sauve le Lion. Ici, l’ombre du Lion rappelle à quel 5. Les dernières années (1693-1695)
point il pourrait être menaçant s’il n’était pas retenu prisonnier.
Établir des liens avec la biographie
▶ Lecture d’image (p. 201)
1. Les vers employés ici comportent sept syllabes : ce sont des
Le Rat s’est caché dans la couronne du Lion. Cette cachette est heptasyllabes. Ils ne sont pas employés couramment par Jean
intéressante car elle révèle que le Lion a perdu son pouvoir de La Fontaine, ou du moins pas avec autant d’occurrences.
– sa couronne est à terre – et que c’est désormais le Rat qui
2. Les rimes sont suivies (ou plates) au début de la fable :
s’en est emparé. L’illustration rejoint alors la morale de la fable,
« chanté » / « été » / « dépourvue » / « venue ». Elles deviennent
« Patience et longueur de temps / Font plus que force ni que
embrassées à partir du moment où la fourmi prend la parole :
rage » (v. 17-18) : le petit Rat est beaucoup plus puissant que
« La Fourmi n’est pas prêteuse : / C’est là son moindre défaut.
le Lion, malgré sa force physique.
« Que faisiez-vous au temps chaud ? / Dit-elle à cette emprun-
« Le Loup, la Chèvre et le Chevreau » p. 202 teuse » (v. 15-18). Le schéma se brise, la musique des rimes
suivies change à partir du moment où la Fourmi détruit les
▶ Graine de savoir espoirs de la Cigale.
L’expression « Montrer patte blanche » signifie « inspirer 3. Les élèves pourront exprimer plusieurs opinions. La plu-
confiance, témoigner de son honnêteté ». part diront que la Fourmi n’est pas agréable et qu’elle aurait
dû rendre service à sa voisine. D’autres pourront avancer que
▶ Comprendre la force de la ruse la Cigale aurait dû être plus prévoyante.
1. Pour que son petit soit en sécurité, la Chèvre lui demande 4. La morale de la fable n’est pas exprimée parce que c’est au
de n’ouvrir la porte que si le mot de passe suivant est pro- lecteur de l’inventer.
noncé : « Foin, du Loup et de sa race ! » (v. 8). 5. Selon l’opinion qu’ils auront évoquée auparavant, les élèves
2. Pour tromper le Chevreau, le Loup décide de prononcer pourront proposer plusieurs morales : « il faut savoir être pré-
la formule et de se faire passer pour quelqu’un d’autre : « il voyant », « on ne peut jamais compter sur les autres », « on ne
contrefait son ton, / Et d’une voix papelarde / Il demande peut compter que sur soi », « il faut aider les autres »…
qu’on ouvre, en disant : « Foin du Loup ! »« (v. 15-17). Cela fait 6. La mort de Mme de la Sablière met La Fontaine en difficulté
penser à l’histoire du Petit Chaperon rouge ; dans ce conte, le financière ; en effet, elle finançait ses œuvres et lui versait une
loup imitait la voix de la petite fille pour que la grand-mère lui pension.
ouvre la porte.
Bilan 7. La Fontaine, comme la Cigale, est un artiste. Il n’a
3. Les deux derniers vers constituent la morale de la fable. Ils jamais cherché à économiser. Il le dit d’ailleurs dans son épi-
cherchent à donner une leçon au lecteur en rappelant qu’on taphe (▶ p. 193). Lorsque ses protecteurs disparaissent, il se
n’est jamais trop prudent. trouve dans une situation financière délicate et doit trouver
Bilan 4. L’animal le plus rusé, dans la fable, est le petit Che- de l’aide.
vreau, puisqu’il trouve une ruse pour contrer celle du Loup.
Il n’est pas convaincu de l’identité de celui qui lui demande ▶ Lecture d’image
d’ouvrir la porte. Il lui ordonne donc de montrer sa patte… Le 1. Les images sont tirées d’une mise en scène de théâtre. Des
Loup ne peut le faire sans être aussitôt démasqué. comédiens, en effet, incarnent des animaux. Ils se trouvent
sur une scène. On devine que la lumière vient des projecteurs.
▶ Lecture d’image

© Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources 117


2. La comédienne en vert incarne la Cigale ; celle en noir joue 2. Pour préparer la lecture, les élèves doivent faire un certain
le rôle de la Fourmi. nombre d’observations :
3. Le personnage de la Cigale est vêtu de façon élégante. On Le poète a un ton neutre au début du poème. Il se contente
devine des paillettes sur son costume. La comédienne exa- de présenter le personnage : « Sur la branche d’un arbre était
gère ses mouvements, sourit et est très expressive. La Fourmi, en sentinelle / Un vieux Coq adroit et matois ». À la fin, le
à l’inverse, est très rigide. Elle se tient très droite. Son costume poète montre davantage sa complicité avec le personnage :
est tout en noir, comme si elle était en deuil. Son masque « notre vieux Coq ».
semble menaçant. La première réplique du Renard est très hypocrite. Il se montre
très amical à l’égard du Coq pour mieux pouvoir le dévo-
Activités d’expression p. 205 rer : « descends, que je t’embrasse ». Sa deuxième réplique
est beaucoup plus courte. Le Renard semble prononcer les
L’encadré « Récapitulons » permet de revenir sur le rôle de la paroles en s’enfuyant : « Adieu ». Il croit en effet qu’il va se faire
ruse dans les fables. Très souvent, elle a une dimension sub- poursuivre par deux Lévriers.
versive et sert d’arme aux plus faibles. Le Coq est faussement attendri au début de sa réplique. Il
La fable présentée en-dessous met aux prises deux person- commence vraiment à se moquer du Renard lorsqu’il évoque
nages qui s’affrontent par le langage et la ruse. Les élèves les Lévriers. En effet, il cherche à le menacer.
doivent en proposer une mise en scène en jouant les diffé- 3. Pour rendre la mise en scène très vivante, les élèves doivent
rents personnages. L’oralisation de la fable permet de mieux imaginer la disposition de l’espace. Le Coq doit être un peu
comprendre les intentions des animaux et de mettre en en hauteur par rapport au Renard. Ils doivent regarder dans
valeur leurs ruses grâce au ton de la voix. la même direction lorsqu’il est fait mention des Lévriers. Le
▶ Jouer une fable conteur, lui, doit regarder la classe lorsqu’il raconte l’histoire.
1. Avant que les élèves apprennent la fable, il peut être utile
de reprendre avec eux sa lecture en vérifiant s’ils prononcent
correctement les vers.

DOSSIER Les masques au théâtre p. 206-207

OBJECTIFS ET DÉMARCHE DU DOSSIER


▶ Les masques sont présents dans la plupart des cultures humaines. Ils ont une fonction rituelle, culturelle, sociale ou esthétique
et s’emploient souvent dans des temps très spécifiques, célébrations ou fêtes. Par tradition, ils sont fabriqués en matières
naturelles (bois, cuir, écorce...), souvent retenues pour leur rigidité. Mais, pour mieux épouser la forme du visage ou pour des
facilités d’emploi, aujourd’hui les matières se sont multipliées : velours, satin, carton, plastique... Quelle que soit leur fonction
– rituelle ou théâtrale –, les masques ont tous une dimension esthétique, même lorsqu’ils cherchent à faire peur. On peut penser,
par exemple, à la délicatesse des masques du théâtre Nô au Japon.
▶ Celui qui porte un masque cache son propre visage pour faire apparaitre une autre figure, celle d’un dieu, d’un ancêtre ou
simplement d’un rôle. Le masque a la faculté de faire entrer en communion avec d’autres esprits dans des moments ritualisés,
mais il a aussi le pouvoir de laisser sortir, sous le couvert de l’anonymat, les pulsions refrénées dans la vie quotidienne.
C’est dans le théâtre grec que cette double dimension de communion, mais aussi de libération des passions a pu naitre, car l’art
dramatique est né sous l’égide de Dionysos, dieu des excès du vin. Le masque de théâtre antique a une fonction dramaturgique.
Un catalogue antique dresse la liste d’une cinquantaine de masques différents selon les types de rôles : hommes/ femmes,
jeunes/vieux, dieux/humains, libres/esclaves... Chaque masque pouvait être accompagné d’une perruque spécifique et
d’éléments de jeu scéniques particuliers. Pour ces raisons, le masque permettait d’identifier rapidement un personnage,
accentuait la visibilité de l’acteur, jouait peut-être un rôle sonore – néanmoins ce point est discuté –, donnait la possibilité à un
seul acteur d’incarner plusieurs rôles et à un homme d’incarner une femme.
▶ Aujourd’hui, nous avons une vision faussée du masque grec, car il était fabriqué en matières périssables (cuir, bois, par
exemple) et nous n’en avons que des représentations figées dans les sculptures, les mosaïques ou les objets en terre cuite.
Très présent dans le théâtre antique, le masque a retrouvé une vigueur dans le développement de la comédie à l’italienne, la
commedia dell’arte, dont les troupes ont commencé à sillonner la France dès la fin du XVIe siècle. Ce théâtre s’est maintenu jusqu’à
la Révolution. En France, cet art s’est progressivement éloigné de l’accessoire qui a survécu dans le cirque parfois.
Pourtant nous connaissons encore le masque, car, depuis le Moyen Âge, il est associé à ces moments de fête débridée du
carnaval. Le masque sert de déguisement à qui veut cacher son identité pour jouer des tours pendables à autrui et faire rire aux
dépens des malheureuses victimes.
▶ Ce dossier, à travers un ensemble de jeux et devinettes, vise autant à apporter à l’élève des connaissances historiques sur le
masque et la commedia del’arte qu’à les faire réfléchir sur l’expression de leurs propres émotions et leur représentation d’eux-mêmes
face à autrui. Il invite également à penser le métier d’acteur et l’importance que ce dernier tient dans les sociétés, depuis l’Antiquité.

118 © Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources


CORRIGÉS DES QUESTIONNAIRES ET DES EXERCICES

1. Le masque : un accessoire Le masque couleur terre de droite est un masque de comé-


die ; le personnage inspire le rire par son visage déformé. La
indispensable p. 206
couronne de lierre et les baies en font une figure dionysiaque.
▶ Devinette ▶ Imagine ton masque grec
Le personnage de Zorro (« le renard » en espagnol) est un des Ce travail créatif et ludique est précédé d’une recherche sur
avatars les plus connus du vengeur masqué. Beaucoup des des auteurs comiques, tels Aristophane, Ménandre, Plaute
personnages développés par les comics américains portent et Térence, ou tragiques tels Eschyle, Sophocle, Euripide ou
aussi un masque, car, en général, ils ont une double vie. Sénèque. Les élèves peuvent constater la différence sociale
des personnages selon le genre théâtral : gens du peuple
▶ Petite enquête étymologique
dans la comédie, personnages nobles ou mythologiques
• Le terme hupocritès a donné hypocrite, hypocrisie ; persona a dans la tragédie. La phase de réalisation concrète ne doit pas
donné personne, personnage, (im)personnel, personnifier, per- demander d’effort : un dessin sert de projet exposé à la classe,
sonnification. puis le masque est réalisé en carton fin, avec des collages ou
Le masque, en général, masque/cache la vérité. du coloriage, et il tient avec de l’élastique de mercerie, par
• L’expression « tomber le masque » signifie : cesser de feindre, exemple. Par paires, les élèves doivent imaginer un court dia-
montrer son véritable visage. Il est souvent utilisé de manière logue d’une dizaine de répliques, sketch qu’ils joueront en
péjorative, dans le sens : dévoiler ses mauvaises intentions. portant les masques réalisés.
« Démasquer quelqu’un » signifie : révéler l’imposture ou les
mensonges de quelqu’un, rendre public son véritable carac- 3. Quand le masque sème la confusion
tère.
▶ Mets-toi à la place de l’acteur ▶ Mets-toi à la place de l’acteur
Le masque a l’inconvénient d’être pesant, mais aussi peu • Le masque de la commedia dell’arte est plus léger, fabriqué
expressif (il n’a qu’une seule expression). L’acteur antique ne en cuir plutôt qu’en plâtre ; c’est surtout un demi-masque qui
doit pas sa gloire à son physique, mais à l’émotion qu’il est permet l’expressivité de la bouche et du bas du visage.
capable de faire passer. • La petite taille des yeux restreint le champ de vision, l’acteur
doit tourner complètement la tête pour voir dans leur axe.
Cela doit lui rendre les déplacements plus difficiles.
2. Ce que révèlent les masques p. 206-207
• Le tableau montre la grande diversité des attitudes phy-
siques des personnages : certains dansent, d’autres prennent
▶ Énigme
des poses, d’autres ont des gestes déclamatoires. L’ensemble
Dans les comédies antiques, les esclaves étaient en général donne l’impression d’une sorte de farandole dans laquelle
roux. Cette couleur a été celle du diable au Moyen Âge. tous les comédiens sont en mouvement : leurs pieds, pour la
▶ Mets-toi dans la peau d’un spectateur plupart, ne touchent pas le sol et leurs appuis sont très variés.
• Cette mascarade fait penser à un carnaval ou à un bal
Le masque blanc de gauche est un masque tragique aux traits
masqué.
féminins, il cherche à inspirer la compassion.

SITOGRAPHIE
Sur le sujet des masques, on peut se référer à de nombreux La mosaïque des musées capitolins de Rome
sites, dont voici quelques exemples. – site du musée du Capitole (Rome) :
Les masques africains [Link]/collezioni/percorsi_per_sale/palazzo_
– site du musée du Quai Branly - Jacques Chirac : nuovo/sala_delle_colombe/mosaico_con_maschere_sce-
[Link] niche
– site du musée Dapper, entièrement consacré à l’art africain : – voir aussi un dossier du Louvre sur le thème général du
[Link] masque :
– voir aussi l’atelier d’André Breton dont on connait le gout [Link]/sites/default/files/presse/fichiers/pdf/louvre-
pour les masques africains : [Link]
[Link]/association_atelier_andre_breton# La commedia dell’arte
Les masques antiques On pourra feuilleter l’ouvrage classique de Maurice Sand, fils
Les représentations étant nombreuses, on peut proposer une de George Sand, Masques et Bouffons : comédie italienne :
activité de recherche en ciblant les Muses du théâtre : Tha- [Link]
lie, muse de la comédie, et Melpomène, muse de la tragédie. Les masques du théâtre Nô japonais
Chacune portant souvent un masque à la main, les élèves Sur le site de ressources Index Grafik :
peuvent constituer une galerie de masques en cherchant indexgrafi[Link]/les-masques-du-theatre-no/
diverses images des déesses.

© Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources 119


Molière,
PARCOURS UNE VIE UNE ŒUVRE

toujours en scène ! p. 208 à 219

OBJECTIFS ET DÉMARCHE DU PARCOURS


Problématique : Comment jouer avec la tradition de la commedia dell’arte ?
▶ Comme pour le chapitre consacré à La Fontaine, nous avons choisi ici d’aborder l’œuvre de Molière en nous attachant à sa
biographie. Ce parti pris permet aux élèves de réinscrire ses pièces dans son époque tout en découvrant les enjeux de la position
d’un dramaturge protégé du Roi au XVIIe siècle. Les élèves ont en effet souvent des difficultés à situer une œuvre du passé dans
une chronologie pertinente – tout ce qui est ancien se rapportant souvent, dans leur esprit, au Moyen Âge. Nous cherchons ici à
structurer leur vision historique de la littérature. Les notices biographiques leur permettent de comprendre la tradition théâtrale
du XVIIe siècle, le rôle de Louis XIV auprès des artistes et la difficulté de produire une œuvre subversive à la Cour. Des extraits vidéo
(▶ p. 210 et p. 217) aident à imaginer la vie et les représentations théâtrales à l’époque de Molière. Enfin, le travail sur le costume
incite les élèves à faire des recherches sur les vêtements portés au XVIIe siècle.
▶ Malgré la dimension historique et biographique mise en avant dans ce chapitre, nous avons choisi des textes accessibles à
des élèves de 6e. Les œuvres qui ont fait scandale – Tartuffe notamment – sont évoquées dans la biographie de Molière, mais
ne sont pas étudiées en tant que telles dans les extraits proposés. Nous avons privilégié les pièces en prose, plus facilement
abordables en fin de cycle 3.
▶ L’accent est également mis, dans ce parcours, sur la question de la ruse. Au programme de 6e, elle constitue un angle
d’approche particulièrement pertinent pour étudier l’œuvre de Molière. Ses pièces sont en effet souvent fondées sur les ruses
des valets pour tromper leurs maitres. Ce schéma récurrent se fonde sur une tradition populaire, celle de la commedia dell’arte.
Nous abordons beaucoup ce genre dans notre parcours, en insistant sur les différents types de comiques qui traversent les
pièces de Molière. Les élèves pourront ainsi percevoir une évolution dans l’œuvre du dramaturge, qui écrit des farces populaires
avant de construire des comédies-ballets en collaboration avec Lully notamment.
▶ Nous cherchons par ailleurs à rendre les élèves sensibles à la notion de représentation théâtrale. Les questionnaires les incitent
sans cesse à se poser la question du public et de la double énonciation théâtrale – même si le terme technique, complexe, n’est
pas prononcé : comment le public réagit-il ? Que sait-il de plus que les personnages qui sont trahis ? Qu’est-ce qui provoque
le rire ? Les analyses de mises en scène permettent de comparer le jeu des acteurs et d’affiner le jugement des élèves sur
l’interprétation d’un texte et sa représentation.
▶ Ce chapitre vise à permettre aux élèves :
– de découvrir la tradition de la commedia dell’arte ;
– d’approfondir leur connaissance d’un contexte historique ;
– de tisser des liens entre une œuvre et l’époque dans laquelle elle s’inscrit ;
– de comprendre les différents types de comiques qui structurent une comédie ;
– de s’initier au vocabulaire du théâtre ;
– de réfléchir à l’aspect subversif d’une œuvre ;
– de se poser la question du public dans une œuvre théâtrale ;
– de travailler sur ce qui fait sens dans une représentation théâtrale (costumes, jeu des comédiens, lumière, décos…) ;
– d’interpréter un texte de théâtre en réfléchissant à sa mise en scène ;
– de défendre un point de vue esthétique.

ORGANISATION DU PARCOURS ET CHOIX DES AXES DE LECTURE


Portraits de Molière p. 208-209 1. Une vocation précoce (1622-1643) p. 210 à 213
● Pistes didactiques ● Pistes didactiques
L’ouverture du parcours permet de rendre les élèves actifs Ces deux doubles pages permettent d’aborder la tradition de
dans la découverte de l’auteur. Ils cherchent des indices sur la commedia dell’arte, à laquelle Molière a été initié très jeune.
Molière en s’appuyant sur des supports variés (musique, La biographie de Molière met en avant les influences qui ont
portrait, gravures, citations). Par la seule observation, ils marqué son œuvre. Les textes étudiés, tirés des Fourberies de
apprennent ainsi que Molière est un auteur de théâtre du XVIIe Scapin, montrent à quel point le dramaturge s’inspire, même
siècle qui cherche à faire rire la Cour du Roi Louis XIV. Ils sont tardivement, des schémas du théâtre populaire découvert
conscients de la difficulté de cette tâche et comprennent à dans sa jeunesse.
quel point il est nécessaire pour Molière de flatter le Roi. Ils
L’analyse du texte 1 met l’accent sur la reprise par Molière des
perçoivent déjà l’importance de la musique dans les pièces
personnages-types de la commedia dell’arte, tandis que celle
du dramaturge.
du texte 2 fait découvrir aux élèves les différents types de
comiques employés par le dramaturge.
Les élèves s’initient également au vocabulaire du théâtre.

120 © Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources


Le lien Internet proposé page 212 permet de comparer deux de certaines catégories sociales. Les deux textes étudiés, tous
mises en scène de l’extrait étudié. deux composés alors que le dramaturge écrivait pour Louis
XIV, ridiculisent les médecins et les bourgeois qui rêvent
● Proposition d’hypothèse de lecture d’être anoblis.
Comment la tradition de la commedia dell’arte a-t-elle influen- Un extrait musical permet de découvrir le genre de la comé-
cée le théâtre de Molière ? die-ballet, que Louis XIV appréciait particulièrement. On peut
rappeler aux élèves que Louis XIV était un très bon danseur et
2. Les débuts d’un auteur de théâtre se produisait régulièrement dans des ballets de Cour. Il a ainsi
(1643-1658) p. 214-215 incarné Apollon et Neptune en dansant dans une comédie-
ballet de Molière, Les Amants magnifiques.
● Pistes didactiques ● Proposition d’hypothèse de lecture
L’accent est mis ici sur les difficultés de Molière à survivre lors Comment le théâtre permet-il de se moquer d’une partie de
de la fondation de sa troupe, l’Illustre Théâtre, puis sur l’écri- la société ?
ture de ses premières pièces, des farces. L’extrait étudié est tiré
du Médecin volant. Il permet d’approfondir les connaissances
des élèves sur les ressorts traditionnels du théâtre populaire, 4. La fin de Molière (1673) p. 218
les jeux de scène et les déguisements.
● Pistes didactiques
● Proposition d’hypothèse de lecture Nous avons choisi d’insister, en fin de parcours, sur la mort
Comment le comique nait-il des différents jeux de scène ? de Molière dans la mesure où cette dernière est devenue un
mythe dans la tradition littéraire. L’analyse du texte 6 montre
3. Succès et scandales (1660-1672) p. 216-217 à quel point l’écriture permet de mettre à distance une expé-
rience vécue : les élèves découvrent que la maladie de Molière
● Pistes didactiques l’a amené à écrire une de ses pièces les plus comiques, Le
Les indications biographiques de cette double page insistent Malade imaginaire.
sur les succès de Molière, mais aussi sur les difficultés qu’il ● Proposition d’hypothèse de lecture
rencontre à cause des ennemis qu’il se crée en se moquant Comment Molière s’inspire-t-il de sa vie pour écrire ?

CORRIGÉS DES QUESTIONNAIRES ET DES EXERCICES


Portraits de Molière p. 208-209 Louis XIV. Il a gardé son chapeau. Le public est composé de la
Cour, bien distincte du Roi. Les hommes doivent se découvrir
Faire connaissance avec l’auteur devant lui.
Le portrait et la gravure La musique
1. Molière est représenté à sa table de travail. Il est négligem- 4. Voici les paroles prononcées dans l’extrait musical proposé :
ment vêtu d’une chemise blanche ample et d’un déshabillé « Unissons-nous tous trois d’une ardeur sans seconde / Pour
rouge assez riche. Il semble pris sur le vif dans l’intimité de donner du plaisir au plus grand Roi du monde ». Ce sont le bal-
la création. Il est assez jeune et semble en bonne santé. Il let, la musique et la comédie qui s’expriment. Ils cherchent à
tient sa plume d’une main et a l’autre main appuyée contre satisfaire le « plus grand Roi du monde », c’est-à-dire Louis XIV.
son visage. Son regard est ailleurs. Il semble rêveur, comme Cette ritournelle se situe au début de la pièce. Il s’agit pour
s’il réfléchissait à ce qu’il allait écrire. Il a l’air sérieux, mais pas Molière de faire œuvre de courtisan, c’est-à-dire de flatter le
triste. Sa bouche est très légèrement entrouverte comme s’il Roi et de s’attirer sa bienveillance.
allait se mettre à sourire. Les citations
2. La gravure permet de se rendre compte que Molière écrit 5. Molière cherche à susciter le rire chez les spectateurs :
pour le théâtre. On voit en effet des comédiens sur une scène « c’est une étrange entreprise que celle de faire rire les hon-
et un public qui les observe. nêtes gens ».
3. L’espace où se joue la pièce est très richement orné. Il s’agit 6. Cependant, cet objectif est difficile à atteindre car il se dit
des jardins du château de Versailles d’après la légende de la impressionné par la noblesse de son public : « pensez-vous
gravure, mais l’architecture visible donne l’impression que la que ce soit une petite affaire que […] d’entreprendre de faire
scène se passe à l’intérieur : les jardins sont donc conçus pour rire des personnes qui nous impriment le respect et ne rient
que l’on puisse y jouer en plein air. La scène est très large et que quand ils veulent ? »
très profonde. Cinq lustres y sont suspendus. Le décor de la
scène est le même que celui de la salle : on y voit des statues 1. Une vocation précoce (1622-1643) p. 210 à 213
et des bas-reliefs. Un fronton avec des fleurs de lys, insignes
royaux, surplombe la scène. Juste devant la scène légèrement
Les Fourberies de Scapin (I, 2) p. 211
surélevée se trouvent de très nombreux musiciens. On devine
le chef d’orchestre au milieu. La pièce de Molière était accom- Comprendre la biographie
pagnée par de la musique. Le public, quant à lui, est disposé
en arc de cercle autour de la scène. Les spectateurs sont 1. Molière a beaucoup été influencé par la commedia dell’arte.
richement vêtus. Les hommes ne portent pas de chapeau. 2. a. L’extrait tiré du film d’Ariane Mnouchkine montre Jean-
Trois fauteuils sont disposés devant la scène. Au milieu trône Baptiste Poquelin enfant, accompagné de son grand-père et

© Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources 121


d’un de ses frères ; ils assistent à un spectacle de commedia premier, le serviteur et le vieillard. Le serviteur, Scapin, semble
dell’arte. Jean-Baptiste est le jeune enfant bouclé dont on voit très rusé.
qu’il a pleuré peu de temps auparavant. Dans le film, il vient
de perdre sa mère et son grand-père cherche à changer les Les Fourberies de Scapin (III, 2) p. 212
idées aux enfants. On voit dans l’extrait le visage de Molière
changer au fur et à mesure du spectacle : triste et sérieux au Comprendre l’influence des farces et de la commedia
départ, il se met à rire à la fin. Il est intéressant que l’un des dell’arte
personnages sur scène incarne la mort : le théâtre permet de 1. Les passages en italique renseignent sur le jeu des comé-
tourner en dérision et de mettre à distance ce qui est doulou- diens. Ils permettent de comprendre l’attitude qu’adoptent
reux dans la vraie vie. les personnages. Ces passages ne doivent pas être prononcés.
b. Les comédiens jouent ici de façon très excessive. Leurs Ce sont des didascalies.
gestes sont exagérés et leur jeu est très physique. Ils cherchent 2. Voici la traduction des passages où Scapin fait croire qu’il
à faire rire le public populaire grâce au comique de gestes. discute avec un étranger :
c. Les comédiens prononcent très peu de paroles, ou elles – l. 11-13 : « Quoi ? Je n’aurai pas l’avantage de tuer ce Géronte,
sont déformées. Ils bégaient, prononcent des mots incompré- et quelqu’un par charité ne m’enseignera pas où il est ? »
hensibles. – l. 15-16 : « Je te baille un louis, et tu m’enseignes où peut
3. Dans cet extrait, le public est très enthousiaste. Il est cap- être Géronte. »
tivé et rit beaucoup. – l. 17-18 : « Oui, mordieu ! Je le cherche. Je veux, cadédis, le
Bilan 4. Jean-Baptiste n’a pas répondu aux attentes de son faire mourir sous les coups de bâton. »
père car il a préféré se consacrer très jeune au théâtre, à l’âge – l. 20 : « Est-ce que tu es des amis de ce Géronte ? »
de 21 ans, alors qu’il était initialement destiné à poursuivre le – l. 21-23 : « Ah ! Cadédis, tu es de ses amis, à la bonne heure.
métier de son père et à devenir tapissier du Roi. […] Tiens. Voilà ce que je te baille pour lui. »
▶ Mène l’enquête ! – l. 24 : « Adieu. »
Ce travail doit se situer de préférence dans le prolongement 3. La plupart des élèves indiqueront que Scapin est un bon
de l’analyse du texte 1. comédien. En effet, à lui tout seul, il est capable de prendre en
1. Le personnage à gauche est masqué. Il s’agit d’Arlequin : il charge un dialogue de deux personnes en imitant un accent
en a la tenue traditionnelle. Le personnage à droite, masqué étranger. Il peut également faire croire à une bagarre. Le per-
lui aussi, est Pantalone, le vieillard. On le devine parce qu’il a sonnage de Géronte tombe dans le piège très rapidement :
les cheveux gris. Les deux personnages du milieu ne portent Scapin est donc un très bon imitateur.
pas de masque : il s’agit de Lelio et d’Isabella. Bilan 4. Molière s’inspire de la commedia dell’arte car cette
2. Le personnage de Molière, Octave, ressemble beaucoup à scène se fonde en grande partie sur les comiques de gestes
Lelio (Ottavio). Son nom en est proche. Le père d’Octave, plus et de mots. Scapin frappe Géronte en faisant mine de se
âgé, ressemble à Pantalone. Quant à Scapin, il fait penser à défendre dans une altercation. Le personnage du valet, Sca-
Arlequin : il est le serviteur du jeune premier. pin, est très rusé et se joue d’un vieillard, Géronte, en le ridi-
culisant.
Reconnaitre les sources d’inspiration de Molière
▶ Comparer des mises en scène
1. Scapin vouvoie Octave : « Qu’est-ce, Seigneur Octave,
qu’avez-vous ? » (l. 1). Octave, lui, tutoie Scapin : « N’as-tu
rien appris de ce qui me regarde ? » (l. 6). On comprend alors Ressource numérique VIDÉO
qu’Octave est d’un rang supérieur à celui de Scapin, qui n’est
que son domestique. • Extraits des Fourberies de Scapin (mises en scène
2. Octave semble jeune puisque son père a de l’influence sur de Jacques Échantillon et de Colette Roumanoff)
lui et veut l’obliger à se marier : « Mon père arrive avec le sei-
gneur Géronte, et ils veulent me marier » (l. 8).
Il sera plus pertinent d’introduire la comparaison des deux
3. On ne sait pas encore pourquoi Octave ne veut pas se
mises en scène après avoir étudié la scène en profondeur avec
marier selon la volonté de son père, mais les élèves peuvent
les élèves.
formuler des hypothèses. Certains diront sans doute qu’il
n’aime pas celle que son père lui destine. D’autres, en s’inspi- Toutes les opinions des élèves seront acceptées, à partir du
rant du schéma de la commedia dell’arte, comprendront que moment où elles sont motivées.
le père cherche à s’opposer aux amours de son fils : il est donc Certains préfèreront la version de Jacques Échantillon. Le
probable qu’Octave soit déjà amoureux de quelqu’un. choix de faire apparaitre les jambes de Géronte à travers le sac
4. Octave demande à Scapin d’inventer une ruse pour évi- produit un effet comique. Sa perruque également. Le comé-
ter d’avoir à se marier : « Ah ! Scapin, si tu pouvais trouver dien qui incarne Scapin marque visuellement la différence
quelque invention, forger quelque machine, pour me tirer de entre le personnage du spadassin et son propre rôle. Lorsqu’il
la peine où je suis, je croirais t’être redevable de plus que de change de voix, il change de place, ce qui rend la scène très
la vie » (l. 14-17). facile à suivre. Il regarde souvent le sac dans lequel se cache
Géronte, comme pour vérifier l’effet de ses paroles sur lui.
5. Voici le champ lexical de l’intelligence utilisé par Scapin :
« génie » (l. 21), « esprit » (l. 22), « ingénieuses » (l. 23), « four- D’autres préfèreront la version de la compagnie Roumanoff.
beries » (l. 24), « habile ouvrier » (l. 26). Scapin parait très Les couleurs des costumes sont vives. La mise en scène est
conscient de son intelligence et de sa capacité à fomenter des plus réaliste.
ruses.
Bilan 6. Le début de cette pièce semble s’inspirer de la com-
media dell’arte. On y trouve des personnages types : le jeune

122 © Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources


▶ Graine de savoir 4. Bilan Dans une farce, les personnages les plus intelligents
La phrase surlignée en jaune est liée au comique de situation : sont souvent les valets. C’est le cas ici. Sganarelle manipule
le fait que Géronte doit cacher dans un sac pour échapper à Gorgibus et Gros-René le comprend. Tandis que le maitre,
de faux ennemis est ridicule et suscite le rire. Gorgibus, est absolument crédule, Sganarelle et Gros-René
font preuve, chacun à leur manière, de finesse et d’intelli-
La phrase surlignée en vert correspond au comique de mots.
gence.
Scapin imite un accent en insistant sur certaines syllabes.
La phrase surlignée en rose renvoie au comique de gestes :
Scapin donne de véritables coups de bâton sur le sac dans 3. Succès et scandales (1660-1672) p. 216-217
lequel se cache Géronte.
Comprendre la biographie
2. Les débuts d’un auteur de théâtre 1. Molière a un nouveau collaborateur, Lully. Ce dernier est
(1643-1658) p. 214-215 musicien du Roi. Il a contribué au développement des comé-
dies-ballets. Molière en écrivait les textes et Lully en compo-
Comprendre la biographie sait la musique, qui servait à accompagner des danses et des
1. La signature de Molière se trouve sous la première. Il a signé intermèdes.
de son vrai nom, Jean-Baptiste Poquelin. On reconnait les 2. Molière a plusieurs ennemis : les comédiens du Roi, les
signatures de J. Béjart (Joseph Béjart, frère de Madeleine), M. médecins, les marquis de la Cour et le parti dévot. Les comé-
Béjart (Madeleine Béjart, la grande complice de Molière, qui diens sont jaloux de son succès, les médecins et les marquis
a incarné de nombreux rôles dans ses pièces) et Geneviève n’aiment pas être tournés en ridicule. Les dévots, quant à eux,
Béjart (dite aussi Mlle Hervé, sœur de Joseph et de Madeleine). reprochent à Molière de ne pas respecter les traditions et la
À noter que le contrat de fondation de la troupe a été signé religion telle qu’ils la conçoivent.
en présence de Marie Hervé, la mère de Joseph, Madeleine et Bilan 3. Molière, malgré tout, parvient à faire jouer ses pièces
Geneviève Béjart. grâce au soutien du Roi.
2. La nouvelle signature de Molière se fonde sur son pseudo-
nyme, mais il conserve devant les initiales de son vrai nom :
Le Médecin malgré lui p. 216
J. B. P. Le Bourgeois gentilhomme p. 217
3. Lorsque la troupe de l’Illustre Théâtre joue à Paris, Molière
Étudier des scènes de ruse et de moquerie
se met en difficulté financière. Les salles à louer sont chères et
les spectacles ne suffisent pas à faire vivre la troupe. En pro- Texte 4
vince, Molière appartient à une troupe financée par un duc. Sa 1. Le personnage de Lucas s’exprime de façon familière.
situation est donc beaucoup plus rassurante. Molière lui prête un parler paysan. Il prononce mal certains
Bilan 4. En partant en province, Molière apprend beaucoup. mots et mange une partie des syllabes : « V’s n’êtes pas méde-
Il est au contact de comédiens expérimentés. Il se met à écrire cin ? » (l. 20). Il utilise un vocabulaire familier : « confessez à la
des pièces adaptées à la troupe. Celle-ci commence à se faire franquette » (l. 14-15). Il pousse des exclamations entremêlées
connaitre, au point que les comédiens peuvent jouer devant de jurons : « Hé ! tétigué ! » (l. 14). Tout cela doit produire le rire
le Roi. Molière est alors devenu le chef de la troupe. L’échec chez le public.
de l’Illustre Théâtre lui a permis de se former et de devenir un 2. Valère s’exprime de façon très respectueuse lorsqu’il
véritable dramaturge. s’adresse à Sganarelle : « Monsieur, ne veuillez point nier les
choses davantage » (l. 5-6). Il semble éprouver de l’admiration
Le Médecin volant (scène 15) p. 215 pour lui et insiste sur son statut de « grand médecin » (l. 2).
3. Sganarelle ne comprend pas pourquoi Valère s’adresse à
Découvrir les ressorts comiques de la farce lui avec tant de respect. Il lui répond un peu brutalement :
1. Les élèves devront représenter une maison, celle de Gor- « Médecin vous-même […] » (l. 3). Il n’accepte de dire qu’il est
gibus, et un espace devant. Sganarelle se trouve à la fenêtre médecin que lorsque Valère et Lucas décident de le frapper.
de la maison, tandis que Gorgibus et Gros-René se trouvent 4. Lorsque Valère parle bas, on peut imaginer qu’il s’adresse
dehors. Le schéma aidera les élèves à mieux comprendre les à Lucas et qu’il se concerte avec lui pour commenter la situa-
enjeux de la scène, assez complexe si on ne saisit pas où se tion. Il pourrait aussi s’adresser au public, comme dans un
trouvent les personnages. aparté.
2. Sganarelle fait croire à Gorgibus qu’il est dans la même 5. Molière se moque ici des médecins, puisqu’il laisse entendre
pièce que son frère jumeau – qui n’existe pas en réalité. Vêtu que n’importe qui peut se faire passer pour un des leurs. Il fait
en médecin, il se place à la fenêtre et fait mine de parler à son même penser que ce n’est pas un métier qui demande de
frère à l’intérieur. Lorsque Gorgibus lui dit qu’il veut aussi voir grandes compétences.
son frère, il se change très rapidement et apparait à la fenêtre,
habillé en valet. Enfin, lorsque Gorgibus indique qu’il veut
Texte 5
voir les deux frères ensemble, il reste habillé en valet, mais fait
apparaitre à la fenêtre un chapeau et une fraise de médecin : 6. Comme Valère pour Sganarelle, Monsieur Jourdain est plein
Gorgibus croit ainsi voir deux personnages. de respect pour le personnage du Grand Turc. Il s’adresse à lui
avec beaucoup d’égards : « Je suis très humble serviteur de
3. Le spectateur se réjouit vraisemblablement de cette scène
Son Altesse Turque » (l. 5).
et rit des ruses de Sganarelle. Il croit que Gorgibus peut le
confondre, et s’amuse de voir que Sganarelle déjoue ses 7. Covielle fait croire à Monsieur Jourdain qu’un simple mot,
plans. Molière joue ici avec le suspense. Le spectateur peut « Bel-men », signifie une phrase complète en français : « Il dit
rire aussi de la rage que doit ressentir Gros-René. Ce dernier, que vous alliez vite avec lui vous préparer pour la cérémonie,
en effet, veut à tout prix démasquer Scapin, or il n’y parvient afin de voir ensuite votre fille, et de conclure le mariage »
jamais. (l. 14-15). Lorsque Monsieur Jourdain s’en étonne, il continue

© Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources 123


à mentir, se moquant ainsi de la crédulité de son interlocu- théâtre français. On parle de « la langue de Molière » pour qua-
teur : « la langue turque est comme cela, elle dit beaucoup en lifier le français. Un tombeau lui a été dédié, au XIXe siècle, dans
peu de paroles » (l. 17-18). le cimetière du Père Lachaise. Devenu un véritable mythe, il
Bilan 8. Dans la scène tirée du Médecin malgré lui, le comique suscite la curiosité : on peut voir le fauteuil du Malade imagi-
de mots est présent : Lucas mange les mots et a des défauts naire à la Comédie-Française, par exemple.
de prononciation. Il répète tout ce que dit Valère à sa manière.
On peut parler de comique de situation également : le fait que
Le Malade imaginaire p. 218
Valère et Lucas sont persuadés que Sganarelle est médecin
Découvrir le personnage d’Argan, malade imaginaire
et qu’il faut le frapper pour qu’il l’avoue suscite le rire. Enfin,
le comique de gestes fait son apparition à la fin de la scène, (p. 218)
lorsque Valère et Lucas frappent Sganarelle. Entrer dans la lecture. b. Le personnage d’Argan semble très
La scène du Bourgeois gentilhomme se fonde également sur colérique et se croit persécuté. Il s’inquiète et s’agite de plus
du comique de situation : Monsieur Jourdain est ridicule en plus lorsqu’il se rend compte que personne ne répond à
puisqu’il croit avoir affaire au Grand Turc et qu’il ne reconnait ses appels.
pas Cléonte déguisé. Le jeu autour de la traduction du turc 1. Argan est un malade imaginaire, c’est-à-dire un hypocon-
– ou de ce qui est censé y ressembler – introduit le comique driaque. En effet, il s’inquiète beaucoup de sa santé et a l’air
de mots. très crédule lorsque Toinette pose un diagnostic. Il dresse une
liste de tous les maux qu’il rencontre parfois. La liste, éten-
▶ Étudier une mise en scène due, semble inquiétante, alors qu’en réalité, ce qu’il évoque
est assez banal. Tout le monde ressent en effet des « douleurs
de tête » (l. 11) ou des « douleurs dans le ventre » (l. 21) à un
Ressource numérique VIDÉO
moment ou à un autre. C’est l’effet de liste qui souligne l’hypo-
• Extrait du Bourgeois Gentilhomme (mise en condrie du personnage.
scène de Benjamin Lazare) 2. a. Plusieurs réponses peuvent être acceptées si elles
sont justifiées. Les élèves diront vraisemblablement que les
répliques de Toinette sont comiques. La servante ne fait que
La mise en scène de Benjamin Lazare cherche à reconstituer répéter le même diagnostic – tout viendrait du poumon –,
ce que pouvait être une représentation théâtrale au XVIIe siècle. même si les douleurs évoquées par le malade en sont très
La scène est éclairée grâce à des bougies disposées à l’avant- éloignées.
scène. Les comédiens sont vêtus comme à l’époque de b. On peut imaginer que Toinette prend un ton péremptoire :
Molière. Ils sont très maquillés et ont un jeu appuyé. Ils font elle semble très sûre d’elle et un peu autoritaire. Ses répliques
de grands gestes. Le personnage de Covielle, notamment, sont très courtes et n’appellent pas de contradiction.
apporte une touche de comique dans sa façon de se déplacer
3. Le public est vraisemblablement conquis par le comique de
et de s’appuyer sur son bâton.
la scène et rit de la façon dont Toinette ridiculise Argan.
Tous cherchent à imiter la prononciation de l’époque. Les « r »,
Bilan 4. Le fait que Molière a incarné le rôle d’Argan avant de
notamment, sont roulés. Les « oi » sont prononcés « oué ».
mourir est très émouvant. Il imagine un personnage hypocon-
▶ Graine de savoir (p. 217) driaque, qui ne serait pas vraiment malade, alors que lui l’était
réellement. Toinette se moque d’Argan en lui faisant croire
que tous ses maux viennent d’une maladie des poumons ;
Ressource numérique AUDIO Molière, lui, souffrait vraiment d’une affection aux poumons.
Tout se passe comme si Molière avait mis à distance sa propre
• Extrait de La Marche pour la cérémonie des maladie en faisant rire le public.
Turcs (composée par Jean-Baptiste Lully)
Activités d’expression p. 219
La musique de Lully parait assez solennelle. Elle a une dimen-
sion militaire. Il s’agit en effet d’une marche. Le rythme de la Cette dernière page permet de revisiter tout le parcours et
marche militaire est accentué par la présence des cuivres et de fixer, dans l’esprit des élèves, les grandes notions propres
des percussions, tambours et tambourins. au théâtre de Molière. Ils sont amenés à trouver les schémas
Elle est en même temps assez joyeuse, lumineuse et triom- récurrents qui unissent tous les extraits proposés (valets rusés
phale. La mélodie est entrainante. et manipulateurs, maitres trompés, amoureux transis…).
Ils réfléchissent ensuite à la question de la mise en scène et de
l’interprétation d’une œuvre en découvrant un métier, celui
4. La fin de Molière (1673) p. 218 de costumier. La dernière activité leur permet de relire un
extrait déjà analysé et de proposer un costume adapté pour
Comprendre la biographie le personnage. Ce type de travail fait comprendre à quel point
1. Molière est mis en difficulté par le privilège accordé par le théâtre est avant tout écrit pour être incarné et porté sur la
le Roi à Lully : seul ce dernier pourrait faire entendre de la scène. Il prépare à l’atelier d’expression théâtrale, situé immé-
musique avec un grand nombre de musiciens dans un spec- diatement après dans le manuel (▶ Mettre en scène et jouer,
tacle de théâtre. Cela pose problème à Molière car il a écrit p. 220 à 227).
de nombreuses comédies-ballets, qui sont conçues avec un
accompagnement musical.
Bilan 2. Molière avait de nombreux ennemis, même s’il plai-
sait au Roi et à une partie de la Cour. Célèbre de son vivant, il
est devenu, après sa mort, l’incarnation du grand auteur de

124 © Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources


▶ Établir un classement
Cette question permet aux élèves de revisiter le chapitre en
donnant un sens et une cohérence aux textes qu’ils ont abor-
dés. Voici le classement que nous proposons :
Valets
Maitres trompés Jeunes amoureux
ou servantes
– Géronte (texte 2, – Scapin (textes 1 et – Octave (texte 1, Les
Les Fourberies de 2, Les Fourberies de Fourberies de Scapin
Scapin ▶ p. 212) Scapin ▶ p. 211-212) ▶ p. 211)
– Gorgibus (texte 3, – Sganarelle (texte – Cléonte (texte
Le Médecin volant 3, Le Médecin volant 5, Le Bourgeois
▶ p. 215) ▶ p. 215) gentilhomme
– Monsieur Jourdain – Gros-René (texte ▶ p. 217)
(texte 5, Le Bourgeois 3, Le Médecin volant
gentilhomme ▶p. 217) ▶ p. 215)
– Argan (texte 6, – Covielle (texte
Le Malade imaginaire 5, Le Bourgeois
▶ p. 218) gentilhomme
▶ p. 217)
– Toinette (texte 6, Le
Malade imaginaire
▶ p. 218)

▶ Comprendre un métier : rencontre avec


la costumière Pascale Bordet

inquiétantes pour un public d’aujourd’hui. On voit une


Ressource numérique INTERVIEW
photographie de ce costume de médecin à la page 218.
Pascale Bordet (créatrice de costume) La blouse est blanche, comme aujourd’hui, mais la
a. Pascale Bordet explique qu’elle aime travailler avec forme du costume est plus ancienne et fait songer à celle
Michel Bouquet parce qu’elle « connai[t] bien son corps des robes noires des médecins au XVIIe siècle. La blouse
[et] sa façon de jouer ». Leur collaboration est ancienne : est large et enveloppe tout le corps du personnage. Il
elle a conçu ses costumes pour de nombreuses pièces de porte une charlotte blanche et des lunettes d’aviateur,
Molière. Une relation de confiance s’établit, à tel point ce qui lui confère un aspect décalé et presque fou. Par
que Michel Bouquet ne souhaiterait pas jouer sans porter ce costume, Pascale Bordet réunit plusieurs époques.
un costume élaboré par Pascale Bordet. La costumière Elle actualise le costume des médecins de Molière tout
cherche à « revisiter le personnage pour recréer un en faisant malgré tout allusion au XVIIe siècle.
Molière qu’on n’aurait pas vu ». Par ses costumes, elle c. Les élèves pourront formuler plusieurs opinions. La
souligne certains traits de caractère des personnages majorité d’entre eux dira sans doute que le costume donne
et va dans le même sens que Michel Bouquet quand il au personnage du Malade imaginaire une apparence
cherche à les incarner. un peu ridicule. Il est vêtu d’une sorte de longue robe
Lorsqu’elle a présenté ses maquettes au comédien et de chambre fleurie, qui fait penser à des rideaux. Cela
que cela lui convient, elle conçoit le costume et fait épaissit le personnage et le rend massif sur scène. Le
des essayages. Pascale Bordet indique que ces derniers malade imaginaire est enveloppé de ses vêtements comme
sont importants pour Michel Bouquet : ils lui permettent il est envahi par la peur d’être malade. Son bonnet de nuit
de s’approprier le costume et l’aident à imaginer son rouge, assorti à la couleur de la robe de chambre, accentue
personnage. Il les porte ensuite en répétition pour le ridicule du personnage. Il est en sous-vêtements sous
vérifier s’il s’y sent à l’aise lorsqu’il joue. la robe de chambre et porte des chaussettes violettes
b. Pascale Bordet constate que Molière traverse les rayées : elles ne vont pas avec le reste du costume et
siècles et peut être mis en scène de façon très différente. soulignent l’aspect négligé du personnage. Enfin, il porte
Elle cherche, quant à elle, à « le revisiter avec un œil des chaussons – des charentaises, visiblement. Il y a un
contemporain pour qu’il parle plus aisément à un public contraste entre la pompe et la magnificence de la vaste
moderne ». Elle joue avec les tissus, les couleurs et les robe de chambre, qui peut faire penser à un manteau
formes du costume. Elle explique que les médecins, à de Roi, et le caractère intime des sous-vêtements, des
l’époque de Molière, étaient vêtus de noir, mais qu’elle chaussettes et des chaussons.
a voulu leur proposer des costumes blancs ; en effet, Grâce à son costume, le personnage a une allure à la
aujourd’hui, tout le corps médical est vêtu de blouses fois puissante – il est massif sur scène et semble porter
blanches. Selon elle, les blouses blanches sont plus un manteau d’apparat – et ridicule.

© Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources 125


▶ Imaginer un costume Ils peuvent imaginer des vêtements trop petits pour le per-
Les élèves doivent imaginer un costume en s’appuyant sur les sonnage : cela accentuerait son ridicule et montrerait qu’il
commentaires de Pascale Bordet et sa façon de travailler. Il est n’est pas fait pour porter le costume d’un gentilhomme. Il
nécessaire de réentendre toute l’interview de la costumière. pourrait, au contraire, porter des vêtements très amples, qui
souligneraient son désir de paraitre plus qu’il n’est. Enfin, on
Conseils de mise en œuvre peut imaginer des vêtements trop riches, avec des couleurs
1. Le texte 5 p. 217 met en scène Monsieur Jourdain au trop criardes, ou n’allant pas ensemble : cherchant à tout prix
moment où il est fasciné par la visite d’un personnage qu’il à paraitre noble, le bourgeois gentilhomme ne maitrise peut-
croit être le Grand Turc. être pas tous les codes du milieu auquel il voudrait appartenir.
2. Monsieur Jourdain est un homme qui voudrait paraitre Il peut être dans l’excès, et par là même, toucher au ridicule.
noble. Il est bourgeois mais aimerait devenir gentilhomme. Il Quel que soit leur costume, les élèves doivent l’expliquer :
est attiré par ce qui brille. Molière se moque de ce désir de la nécessité de justifier les oblige à vraiment réfléchir à leurs
parvenir et de ressembler à ce qu’il n’est pas. Pour rencontrer choix et à leur donner du sens.
le Grand Turc, il a certainement mis ses plus beaux vêtements.
3. Les idées de costume peuvent être très variées. On peut
concevoir une séance de recherche au CDI sur les vêtements
du XVIIe siècle (pourpoints, fraises, hauts de chausse, bas, etc.)
pour que les élèves s’en inspirent et les réinventent.

ATELIER D’EXPRESSION

Mettre en scène et jouer p. 220 à 227

OBJECTIFS ET DÉMARCHE DE L’ATELIER


▶ Cet atelier fait découvrir aux élèves une pièce de théâtre contemporaine, La jeune fille, le Diable et le moulin, d’Olivier Py.
Elle complète le panorama théâtral présenté dans les deux parcours précédents, qui portent sur la farce médiévale et Molière.
Dans cette œuvre, le thème de la ruse est présent et, comme nous y invitent les programmes, elle permet de s’interroger sur les
« valeurs mises en jeu ». En effet, elle montre une confrontation entre le bien et le mal et témoigne d’une possible résilience. La
ruse est utilisée à la fois par un personnage négatif et par un personnage positif. Adaptée d’un conte des frères Grimm, La jeune
fille sans mains, cette pièce peut parfaitement s’articuler avec l’étude de personnages monstrueux dans les contes. Le texte du
conte est disponible en intégralité dans les ressources numériques du manuel.
▶ Le jeu est omniprésent dans l’atelier car il permet d’approfondir la compréhension de l’œuvre, qui se fait ainsi au-delà de
l’étude seule du texte. Le jeu théâtral ne doit donc pas être perçu comme un aboutissement, un produit fini et plus ou moins
parfait (exception faite de la réalisation finale qui sera plus élaborée), mais comme un moyen de comprendre le sens du texte
et de rendre compte de sa compréhension. Les élèves, par leur pratique, découvrent alors que le théâtre est à envisager comme
un art du spectacle vivant. C’est pourquoi les supports d’analyse de mises en scène sont variés : photographies, enregistrements
sonores de passages joués par des comédiens, extraits musicaux. L’auteur de la pièce étant également comédien et metteur
en scène, il nous a semblé intéressant de faire connaitre et de donner à voir ses choix de mise en scène à travers ses dessins
préparatoires.
▶ À chaque page, les activités de pratique théâtrale ont été pensées pour permettre à l’enseignant de gérer un groupe classe,
tout en mettant chaque élève en activité. Cet atelier fait donc travailler le plus possible les élèves en petits groupes (d’où les
consignes au pluriel). En plus d’être particulièrement pertinent pour l’étude du genre théâtral, cela permet de faire travailler
des compétences des domaines 1 et 2 du socle commun : « s’exprimer en utilisant les langages des arts et du corps » et « faire
acquérir la capacité à coopérer en développant le travail en groupe et le travail collaboratif ».
▶ L’atelier commence par créer chez les élèves un horizon d’attente pour qu’ils élaborent des hypothèses de lecture. Il propose
ensuite une sélection d’extraits donnés dans l’ordre chronologique. Il est possible, comme proposé dans le manuel, de faire lire
les scènes entre les extraits. À la lecture de chaque passage est associée l’étude d’un élément de mise en scène : interaction
personnages-décor, jeu, choix des décors, choix des musiques. Une courte activité de mise en scène, « À vous de jouer », permet
le réinvestissement de ce qui a été compris de la pièce et de tous les éléments signifiants d’une représentation théâtrale. Au fil
de chaque page, les élèves gardent trace de leurs choix de jeu dans un carnet de mise en scène afin d’enrichir leur réalisation
finale. Celle-ci leur demande de réinvestir tout ce qu’ils ont compris de la pièce et d’utiliser, de manière signifiante, les dispositifs
théâtraux expérimentés.
▶ Il sera plus efficace de ne pas changer la composition des groupes sur tout l’atelier car une confiance, une expertise commune
se créent au fil des séances.
▶ Il est préférable que tous les groupes présentent leur production des activités « À vous de jouer ». Le fait que les élèves ne
passent pas seuls lève généralement les réticences. Les consignes demandent systématiquement de prévoir un accessoire ou un
élément de costume, ce qui aide les élèves à entrer dans le rôle qu’ils doivent jouer : il leur est ainsi plus facile d’être un autre.

126 © Magnard, 2016 – Jardin des Lettres 6e – Livre Ressources


CORRIGÉS DES QUESTIONNAIRES ET DES EXERCICES
Pour entrer dans la pièce p. 220 1. Animer les personnages et le décor
Les élèves entrent dans la pièce en observant une affiche de
la compagnie Voix Public. Ce support va leur permettre de Scène 1 : Le Père, le Diable p. 221
formuler des hypothèses sur les personnages de la pièce et L’atelier débute par l’ouverture de la pièce qui met en scène,
surtout sur les rapports et les tensions qui définissent leur dans un premier temps, le père seul, puis le diable apparait.
relation. Ces hypothèses sont amenées à être revues, complé- La question du monologue au théâtre et de la double énon-
tées, réfutées au fil de la découverte de l’œuvre. ciation peut donc être envisagée. Dans ce début, c’est la forêt
Toutes les questions proposées ici n’amènent pas à une réponse – le décor – qui annonce l’évènement tragique : l’arrivée du
unique. Elles prennent soin de demander un avis personnel aux diable. Il est donc intéressant d’analyser la forme spécifique
élèves qui doivent « prendre le risque » d’avoir une opinion. du texte de théâtre et les relations entre les personnages et
Aussi les éléments ci-dessous ne sont-ils que des indications. le décor.
• On peut supposer que les élèves vont rattacher les mains à
la jeune fille ou au diable, deux personnages présents dans Comprendre
le titre. Après la lecture de l’encadré « Pour situer la pièce », 1. Ce qui est destiné à être dit par les acteurs est en « caractère
où il est précisé que le conte La jeune fille sans mains a inspiré droit », en romain. Ce qui est destiné à être joué ou vu est en
Olivier Py, la première hypothèse devrait être retenue. italique, parfois entre parenthèses.
• La séparation représentée sur l’affiche peut vouloir dire que la On pourra faire remarquer que la troisième typographie (la
jeune fille s’oppose au diable et au moulin. Il est possible que majuscule) indique le nom des personnages lors de leur prise
les élèves pensent que le diable est responsable des mains de parole.
coupées. Le vert peut être associé à la nature, aux plantes, à 2. On peut accueillir diverses hypothèses, mais la plus pro-
ce qui est vivant ; le noir connote la mort, le mal, la tristesse. bable est que le père s’adresse à lui-même, comme si on nous
donnait à entendre ses pensées.
ACTIVITÉ
Ressource numérique 3. L’arrivée du danger est annoncée par le silence : les oiseaux
La Jeune Fille, le Diable et le moulin : se taisent (l. 8-9).
du conte à la pièce 4. Le diable utilise la deuxième personne du singulier, il tutoie
le père ; le père utilise la deuxième personne du pluriel, il
Cette activité propose plusieurs supports complémen-
vouvoie le diable. Cela donne l’impression que le diable est
taires. L’un est le texte du conte des frères Grimm, qui
supérieur.
permet de travailler sur l’adaptation et les spécificités du
5. Là encore, les élèves doivent formuler des hypothèses, dis-
texte théâtral. L’autre présente Olivier Py à travers ses cuter, écouter l’opinion d’autrui (sans pour autant tenir des
différents métiers liés au théâtre. Ces ressources peuvent propos infondés). Il est néanmoins possible de faire réfléchir
être exploitées en ouverture d’atelier, en prolongement les élèves sur la notion de manipulation : le diable manipule
ou en lecture cursive (pour le texte de Grimm). le père comme le marionnettiste manipule la marionnette. Il
Le conte des frères Grimm – Un début de conte est intéressant de relever que la marionnette est plus petite
1. Un meunier, sa femme, leur fille et un vieil homme que l’acteur.
sont les personnages présents ou mentionnées au début ▶ Créer son carnet de mise en scène
du conte des frères Grimm.
Les indications qui suivent ne sont que des suggestions de
2. Le pacte, l’échange entre le vieil homme et le
réponses.
meunier lance l’action.
• Si les arbres étaient animés, ils pourraient faire un mouve-
3. Cette question ouverte appelle l’expression personnelle ment d’encerclement ou se rapprocher pour réduire l’espace
et argumentée des élèves. du père.
Adapter un conte pour le théâtre – Texte de conte, texte • Le diable pourrait utiliser les arbres pour se cacher. Les arbres
théâtral pourraient se déplacer en même temps que lui.
1. Dans le premier texte, il n’y a que le récit, sans
parole. Dans le second, il y a le nom des personnages ▶ À vous de jouer
qui parlent, leurs paroles, des didascalies en italique et Les consignes de cette activité visent à faire du décor un véritable
entre parenthèses. acteur participant à l’intrigue et par là-même, à faire prendre
2. La vieille mère chez Grimm devient le jardinier dans conscience aux élèves qu’il est possible de jouer sans parler.
le texte d’Olivier Py. ▶ Grammaire pour dire et pour écrire
3. Olivier Py a conservé l’action générale mais a inventé 1. Les mots interrogatifs sont « qui » (l. 11 ; 15 et 20) et « où »
le détail de certains gestes et toutes les paroles des (l. 18). On trouve l’inversion verbe-sujet dans la phrase : « Qui
personnages. êtes-vous ? » (l. 15).
Du texte à la représentation – Le théâtre spectacle vivant 2. Ces sentiments montrent l’inquiétude du père face à une
1. Sur le manuscrit, il y a des indications de jeu (« Le temps situation, l’arrivée d’un danger qu’il ne connait pas.
passe »), de décor (dessin), de musique et de lumière. 3. On va utiliser l’intonation b.
2. Image de gauche : metteur en scène ; image au
centre en haut : directeur de festival ; image au centre
en bas : comédien ; image de droite : auteur.

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2. Traduire une intention par les gestes 1. Le décor 5 représente un moulin (scène 2). Le décor 6
représente un poirier (scène 4 dans un verger, l’arbre étant ici
Scène 3 : Le Diable, le Père, la Jeune Fille p. 222 une métonymie). Le décor 7 représente un champ de bataille
(scène 11).
Cet extrait de la scène 3 est le pendant de la première scène :
comme son père, la jeune fille est confrontée au diable, mais 2. Plutôt qu’une réponse univoque, c’est la capacité à justifier
elle va trouver des moyens de lui résister, sans lui parler. Il son opinion qu’il faut faire travailler et encourager chez les
parait donc important d’orienter la lecture du texte et le jeu élèves. Pour aller dans le sens du peu de réalisme, on pourra
théâtral sur les gestes. si besoin faire observer les techniques utilisées par les déco-
rateurs : ailes du moulin en lumière, projection lumineuse
▶ Exprimer son point de vue d’épées…
L’attitude du père extrêmement lâche et violente devrait faire 3. On pourra valoriser les propositions des élèves qui ne sont
réagir les élèves : il sera intéressant de leur laisser un espace pas purement figuratives mais qui jouent sur la symbolique
d’expression sur ce personnage, qui peut par ailleurs être mis en des objets (un moulinet à vent que tient la jeune fille pour le
relation avec les monstres de contes. moulin…), des couleurs (le noir et le rouge pour le champ de
bataille…)
Comprendre
1. La jeune fille trace un cercle de craie, se lave les mains, ▶ Créer son carnet de mise en scène – À vous de
pleure sur ses mains. L’eau repousse le diable car elle repré- jouer p. 224
sente la pureté, ce qui n’est pas sali, souillé ; elle peut ainsi La réplique de l’ange proposée pour le jeu est celle qui corres-
enlever le mal que veut faire le diable. C’est donc la jeune fille pond à la photographie 6. La préparation de la mise en scène
qui l’emporte. demande explicitement de proposer des symboles pour
2. La jeune fille est placée plus haut que le diable pour mon- représenter le décor : une poire, des feuilles… Lors du jeu, il
trer sa supériorité sur lui puisqu’il ne peut pas l’emmener. Oli- faudra une bonne écoute et une bonne interaction entre le
vier Py a dessiné des racines d’arbre à la place de ses pieds. récitant et les acteurs muets afin qu’ils jouent « en chœur ».
Cela annonce la hache que le père va utiliser pour couper les
mains, comme s’il coupait les branches d’un arbre. 4. Choisir une musique pour accompagner le texte
Cette thématique de la nature, de l’arbre irrigue toute la pièce et
est très visible sur les manuscrits illustrés de l’auteur. Il est donc Scène 10 : Le Jardinier, Le Diable
particulièrement intéressant de la faire identifier aux élèves au Scène 11 : Le Diable, Le Prince
début de l’étude pour qui la repèrent seuls ensuite.
Scène 13 : Le Jardinier, Le Diable p. 225
3. La jeune fille est en blanc pour symboliser la pureté, l’inno-
cence. Le diable est en rouge pour montrer la violence, le sang. Les trois courts extraits proposés portent sur la lettre et sa cir-
4. culation comme fil conducteur. Encore une fois, le diable use
de ruses pour détruire la jeune fille devenue princesse et sa
Ressource numérique AUDIO nouvelle famille ; mais celles-ci sont contrecarrées par le per-
sonnage éminemment symbolique du jardinier. C’est pour-
Extrait de La Jeune Fille, le Diable et le moulin : quoi l’évolution de la tonalité entre la scène 10 et la scène 13
scène 3 est étudiée par le biais de la musique.
▶ Comprendre
La fin de la scène est proposée en écoute active. Il s’agit de faire
1. La formulation d’une opinion personnelle permet de
entendre la suite mais en se concentrant sur le personnage de la
faire réfléchir sur ce nouveau personnage qu’est le jardinier.
jeune fille.
Elle permet également de vérifier que les élèves ont saisi les
Le trait de caractère mis en évidence est la détermination, la valeurs qu’incarne le diable.
force morale.
2. Pour compléter le tableau, les élèves doivent s’appuyer sur
▶ Créer son carnet de mise en scène – À vous de jouer les extraits et le paratexte.
Le dispositif mis en place ici est plusieurs fois repris dans l’ate- 1re lettre 2e lettre 3e lettre 4e lettre
lier : un même personnage est joué par plusieurs acteurs. Dans
Qui écrit ? Le jardinier Le diable Le prince Le diable
cette activité, chacun représente un moment de la scène.
Comme le jeu est muet, il est possible d’insister sur la « qua- À qui ? Au prince Au prince À la Au jardinier
lité » des gestes qui remplacent la parole : ceux de la jeune princesse
fille, mais aussi ceux du diable. La lettre arrive- non oui non oui
t-elle à son
3. Choisir un décor destinataire ?
3. Le jardinier s’oppose aux ruses du diable quand, dans la
▶ Lecture d’image p. 224 lettre, celui-ci lui demande de tuer l’enfant.
Cette page propose une activité de comparaison d’images 4. Le métier du jardinier est de faire pousser les plantes : il est
pour faire percevoir aux élèves les intentions d’un décor. Les associé à la vie, il donc est légitime qu’il annonce une nais-
décors présentés sont assez peu réalistes, et représentent sance.
trois lieux et donc trois moments de la pièce.

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1. Le prince comprend que le diable a intercepté et changé
Ressource numérique AUDIO ses lettres et celles du jardinier, et que le jardinier a sauvé son
enfant et sa femme.
Extraits :
2. Le prince ne reconnait pas sa femme car il ne l’a pas vue
– Boléro, de Maurice Ravel (1928) ;
depuis sept ans et elle n’a plus les mains coupées. Comme
– Mars, de Gustav Holst (1914) ; preuve de son identité, elle lui montre les mains en argent
– Spirituals for string choir and orchestra, de Morton Gould qu’il lui avait offertes. Cela peut rappeler aux élèves la chaus-
(1941) ; sure de Cendrillon, la bague de Peau d’Âne qui sont des objets
– Dans l’antre du roi de la montagne, d’Edvard Grieg pour la permettant la reconnaissance malgré l’apparence.
pièce de théâtre Peer Gynt (1866). 3. On est dans l’univers du merveilleux car les mains de la
jeune fille ont repoussé, comme un arbre ou une plante.
Il peut être intéressant de tisser le lien avec le personnage du
5. Au moment de l’écoute, les élèves sont libres de faire les jardinier et les pieds-racines (p. 223). Il est également possible
associations d’idées de leur choix. La mise en relation avec les d’exploiter ici l’activité complémentaire, proposée en ouverture
extraits sera l’occasion d’échanges et de justification d’une de l’atelier, et notamment le texte intégral du conte de Grimm.
opinion personnelle. Ainsi le rythme du Boléro peut évo- 4. Dans cette scène, la forêt peut sembler peu accueillante :
quer des roulements de tambour du champ de bataille de la c’est un « labyrinthe sans lumière » (l. 4), mais elle est finale-
scène 11, mais la clarinette peut faire songer à la décision du ment un refuge pour le prince comme elle l’a été pour la prin-
jardinier dans la scène 13. cesse. Elle ne fait donc pas peur comme la forêt silencieuse de
la première scène, où le diable arrivait.
▶ Créer son carnet de mise en scène – À vous de jouer
5. Olivier Py a représenté la forêt par une toile de décor dans
Les élèves doivent mettre en scène le moment de bascule- le fond de la scène et par un buisson placé sur le devant.
ment, où le jardinier s’élève contre la demande de meurtre.
Le choix des extraits musicaux permet de montrer leur bonne ▶ 5 minutes avec Olivier Py
compréhension de la réplique. La diction en chœur ajoute un
effet dramatique très intéressant et bien perceptible par les
élèves, qui pourront lire ou réciter le texte, au choix du pro- Ressource numérique INTERVIEW

fesseur.
Olivier Py (dramaturge et metteur en scène)
La première partie de l’interview permet aux élèves de
5. Établir une fiche de mise en scène et jouer connaitre les raisons des choix de mise en scène d’O. Py,
dont ils auront pu observer plusieurs photographies.
Scène 16 : Le Prince, La Princesse, L’Enfant p. 226 Elle peut donc leur permettre de concevoir les leurs de
La fin de la pièce clôt l’atelier, et sert de support à la réalisation manière réfléchie et justifiée. La deuxième partie aborde
finale des élèves. Celle-ci vise à faire réinvestir aux élèves ce la thématique de la végétation. Son écoute peut donc
qu’ils ont compris de la pièce et tous les aspects de mise en être proposée en fin d’étude, lorsque les élèves auront
scène, de jeu et de diction qu’ils ont découverts et expérimen- eux-mêmes repéré sa présence dans toute la pièce.
tés. Leur carnet de mise en scène, complété au fil de l’atelier,
pourra leur donner des pistes.
▶ Comprendre ▶ Activité finale
La fiche de mise en scène doit être à ce moment-là l’objet d’un
vrai travail car elle est le témoin de la réflexion menée dans
Ressource numérique AUDIO chaque groupe. On peut donc aussi demander aux élèves d’y
expliciter leurs choix. Cette fiche peut ainsi servir de lien entre
Extrait de La Jeune Fille, le Diable et le moulin : le travail de préparation du groupe en amont et la réception
scène 15 par la classe et le professeur en aval.

SITOGRAPHIE, BIBLIOGRAPHIE ET FILMOGRAPHIE


http ://[Link]/piece-demontee/piece/[Link] ?id= Contes de Grimm, mise en scène d’Olivier Py, réalisation de
jeune-fille-avignon Vitold Krysinsky, distribution Copat, 2006
On y trouve un dossier pédagogique sur la pièce, proposé par Il s’agit d’une captation de la pièce lorsqu’elle a été jouée au
le CRDP de Paris. théâtre du Rond-Point, dans la mise en scène de l’auteur.
CHANTAL DULIBINE et BERNARD GROSJEAN, Coups de théâtre en
classe entière, au collège et au lycée, Scérén-CRDP Académie
de Créteil, © collection Argos Démarches, 2004
Cet ouvrage didactique propose une mine de dispositifs pour
aborder le théâtre par le jeu, dans un contexte de classe.

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