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Etude D'euphorbiaceae Utilisées en Médecine Empirique en Nouvelle-Calédonie

L'étude d'Edouard Hnawia se concentre sur l'utilisation des Euphorbiaceae en médecine traditionnelle en Nouvelle-Calédonie, explorant les pratiques ethnopharmacologiques et les propriétés pharmacologiques de ces plantes. Le document aborde également les méthodes de récolte et d'analyse des plantes, ainsi que les résultats des enquêtes de terrain et des études chimiques. L'ethnopharmacologie est présentée comme une approche interdisciplinaire reliant l'homme et le végétal, avec un accent sur l'importance des connaissances traditionnelles dans le traitement des maladies.

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Etude D'euphorbiaceae Utilisées en Médecine Empirique en Nouvelle-Calédonie

L'étude d'Edouard Hnawia se concentre sur l'utilisation des Euphorbiaceae en médecine traditionnelle en Nouvelle-Calédonie, explorant les pratiques ethnopharmacologiques et les propriétés pharmacologiques de ces plantes. Le document aborde également les méthodes de récolte et d'analyse des plantes, ainsi que les résultats des enquêtes de terrain et des études chimiques. L'ethnopharmacologie est présentée comme une approche interdisciplinaire reliant l'homme et le végétal, avec un accent sur l'importance des connaissances traditionnelles dans le traitement des maladies.

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Etude d’Euphorbiaceae utilisées en médecine empirique en

Nouvelle-Calédonie
Edouard Hnawia

To cite this version:


Edouard Hnawia. Etude d’Euphorbiaceae utilisées en médecine empirique en Nouvelle-Calédonie. Chimie.
Institut national polytechnique de Toulouse (INPT), 1990. Français. ⟨NNT : ⟩. ⟨tel-04977142⟩

HAL Id: tel-04977142


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Submitted on 5 Mar 2025

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N° d'ordre : 323

THE SE

présentée

pour obtenir

LE TITRE DE DOCTEUR DE L'INSTITUT NATIONAL POLYTECHNIQUE


DE TOULOUSE
SPECIALITE : Traitement des matières premières végétales.

par

[Link] HNA~A

Etuc:te c:t ':EupkoT&iœcea,e utitisées en méc:teci,ne


emptrique en N ouveUe-Cœté[Link],e.

Soutenue le 30 Mars 1990 devant le Jury composé de:

M. A. GASET, Professeur à l'E.N.S.C. de Toulouse Président

J.P. RIFFAUD, Chargé de Recherche, Laboratoires


DEBAT~ Garches )
P. POTIER, Professeur au Museum National d'Histoire Naturelle)
Directeur de l'l.C.S.N. du C.N.R.S. de Gif/Yvette ) Membres
Membre de l'Institut )
Mlle M. RIVIERE, Professeur à l'U.P.S. de Toulouse )
Mme D. BOURRET, Chargée de Recherche, O.R.S.T.O.M. Paris )
M. T. SEVENET, Directeur de Recherche, l.C.S.N.- C.N.R.S. de
cnf{Yvette )
2
PLAN DE THESE

INTRODUCTION.

CHAPITRE I : PHARMACOPEE TRADITIONNELLE MELA-


NESIENNE.

I. L'ETHNOPHARMACOLOGIE. CRITERE DE RECOLTE DE


PLANTES BIOLOGIQUEMENT ACTIVES.
A - Critères de récolte.
B - Définition de l'ethnophannacologie.

TI . ETHNOPHARMACOLOGIE EN NOUVELLE CALEDONIE.


A - La Nouvelle Calédonie et sa végétation.
B - Organisation sociale des Mélanésiens.
C - Conception mélanésienne de la maladie.
D- Les "médecins" mélanésiens.
E - Les maladies naturelles et magico-sociales.
F - Méthodes de préparation et administration des médicaments.
G - Posologie.
H - Catégories pharmacologiques mélanésiennes.

ffi. TRAVAUX PERSONNELS : ASPECTS ETHNOPHARMACO-


LOGIOUE ET BOTANIQUE : ENQUETES DE TERRAIN.
A - Aspect ethnophannacologique : la famille des Euphorbiaceae et le genre
Macaranga.
B - Aspect botanique.
1- les Euphorbiaceae.
2- le genre Macaranga.
C - Enquêtes de terrrain.
D - Résultats et commentaires.

CHAPITRE Il : ETUDES PHARMACOLOGIQUES MENEES SUR


LES EUPHORBIACEAE SELECTIONNEES.

I. BUTS ET OBJECTIFS.

TI TESTS PRELIMINAIRES.
A - Fonction physiologique explorée.
B - Résultats et commentaires.
3

ill. LIMITES DES CRITERES ETHNOPHARMACOLOGIOUES.


A - Interprétation des enquêtes. Etiologie.
B - La démarche expérimentale.

N . ETUDE PHARMACOLOGIQUE DE MACARANGA


YEDELIANA.
A- Exploration de l'effet sur le système cardio-vasculaire.
B - Résultats et commentaires.

CHAPITRE fil : ETUDES CHIMIQUES.

I . RAPPELS BffiLIOGRAPHIOUES.
A - Généralités sur les flavonoïdes.
B - Constituants chimiques des Euphorbiaceae.
C - Composition chimique de Macaranga.

II . TESTS PHYTOCHIMIOUES PRELIMINAIRES.


A - Matériel végétal utilisé.
B - Essais préliminaires.
C - Résultats et commentaires.

III . ETUDE CHIMIQUE DE MACARANGA YEDELIANA Mü[Link].


A - Extraction de Macaranga vedeliana Mü[Link].
B - Extrait hexanique.
C - Extrait méthanolique.

CONCLUSION.

PARTIE EXPERIMENTALE.

BIBLIOGRAPHIE.
TABLE DES MA TIERES.
4

CHAPITRE 1

PHARMACOPEE TRADITIONNELLE
MELANESIENNE.
5

I- L'ETHNOPHARMACOLOGIE. CRITERE DE RECOLTE DE


PLANTES BIOLOGIQUEMENT ACTIVES.

A- CRITERES DE RE COLTE.

La recherche de plantes d' intérêt thérapeutique s'effectue classiquement selon deux


démarches principales : la chimiotaxonomie et l'ethnopharmacologie. Une troisième, la
pharmacotaxonomie, procède des deux précédentes à la fois.

Chimiotaxonornie : La méthode consiste à rechercher des genres ou des familles botaniques


susceptibles de contenir certaines substances chimiques actives.

Parce qu'on sait que les Apocynaceae contiennent des alcaloïdes à propriétés biologiques
intéressantes, on passera au crible cette famille. Les plantes sont récoltées. Des tests préliminaires
d'identification de substances naturelles (le test de Mayer pour les alcaloïdes, l'indice mousse pour
les saponines, etc... ) sont réalisés sur des extraits frais ou secs.

Enfm, selon les résultats, des échantillons sont préparés pour l'analyse pharmacologique.

Pharmacotaxonomie : à partir de données bibliographiques sur l'activité biologique de


certaines plantes ou de certaines substances, on recherche d'autres drogues par comparaison ou par
analogie. Ainsi les Annonaceae sont-elles susceptibles de contenir des alcaloïdes à noyau
aporphinique capables d'agir, comme l'apomorphine, sur le comportement suivant un mécanisme
dopaminergique. Les espèces intéressantes sont récoltées, extraites puis testées.

Ou encore, la résine de Podophylle (Podophyllum peltatum L), Berberidaceae utilisée


pour le traitement des papillomes, possède également une action purgative par irritation de la
muqueuse intestinale (6). A partir de ces données, la recherche dans d'autres plantes purgatives
drastiques d'éventuelles propriétés antitumorales, aboutit à l'isolement des cucurbitacines par
exemple de Anagallis arvensis L.(7) ou de Gratifolia officinalis L. (8).

Ethnopharmacologie: la méthode se fonde sur l'utilisation de plantes en médecine populaire


(drogues utilisées par les guérisseurs). Les plantes sont classées selon leurs vertus thérapeutiques.
Par exemple, telle plante ou tel groupe de plantes est utilisé dans telle pharmacopée, pour traiter telle
maladie. Après recoupement, en particulier statistique, ces plantes sont alors récoltées, extraites au
laboratoire puis testées pour confirmer ou infirmer les indications données par les spécialistes
traditionnels. Après cela, on effectue la détermination structurale du ou des principes actifs. Dans ce
cas les enquêtes sont d'un grand intérêt car leurs indications restreignent le champ des possibilités et
permettent d'orienter les essais pharmacologiques.

Ainsi, la Reine des Prés (Spiraea ulmaria L.) de la famille des Rosaceae, est connue pour
ses propriétés astringentes, diurétiques, antirhumatismales depuis très longtemps.
6

La racine de Valériane (Valeriana officinalis L.) appartenant à la famille des


V alerianaceae, est employée comme antispasmodique et neuro-sédative. Des recherches
phytochimiques établissent le bien-fondé de ces thérapeutiques :

-le salicylate de méthyle antirhumatismal a été isolé de la Reine des Prés, de même que le
salicoside des écorces de Saule. Cette recherche a conduit à la synthèse de l'acide acétylsalicylique
(Aspirine®), l'un des analgésiques-antiinflammatoires le plus utilisé dans le monde.

-des valépotriates à action tranquillisante sont isolés de la Valériane (9), et du Centranthe


(10).

Cette approche fait également appel à l'observation de certaines pratiques ancestrales


(utilisation de poison de flèches). Ainsi, l'étude de Strophanthus gratus (originaire d'Afrique),
plante utilisée par les indigènes comme poison des flèches, a conduit à l'isolement d'hétérosides
cardiotoniques tels que l'ouabaïne. De même, l'étude des curares a abouti à la découverte et à
l'emploi en thérapeutique de la D-tubocurarine.

Cette méthode relève de plusieurs disciplines : ethnologie, sociologie, botanique, biologie,


chimie...

C'est dans cette voie-là que nous nous sommes engagés pour mener l'étude d'une famille de
plantes de Nouvelle Calédonie :Les Euphorbiaceae.

B - DEFINITION DE L'ETHNOPHARMACOLOGIE.

L'ethnopharmacologie est une démarche scientifique, à la fois autonome et


interdisciplinaire, dont le champ embrasse l'Histoire des civilisations passées ou actuelles sous
l'angle des interrelations de l'Homme et du végétal.

La pharmacopée traditionnelle est le produit de l'expérience humaine au contact de la


nature. Presque uniquement composée à base de plantes qui sont généralement indigènes, souvent
introduites, parfois cultivées, elle dépend étroitement de la région naturelle où elle est pratiquée. Dans
son exercice, elle est inséparable de la structure sociale, de la psychologie et des concepts religieux
du peuple qui l'a élaborée. A ce titre elle est partie intégrante de la médecine traditionnelle.

La médecine traditionnelle est l'ensemble des connaissances et des pratiques,


explicables ou non, utilisées pour le diagnostic, la prévention ou l'élimination d'une maladie
physique, mentale ou à caractère psychosociologique. Ces connaissances et ces pratiques sont
reliées aux expériences antérieures et aux observ"ations transmises de génération en génération,
verbalement ou par écrit

Une des critiques les plus souvent fàites à l'encontre de la médecine traditionnelle, est
son manque de précision. Effectivement les diagnostics sont souvent imprécis : un trouble au niveau
de l'estomac peut signifier, soit une indigestion, soit un ulcère ou même un cancer.
7

Ces imprécisions sont dues en grande partie au fait que la pathologie de certaines maladies
n'est pas connue des tradipraticiens. Ces derniers essayent de soigner les symptômes plutôt que la
maladie, ce qui peut quelquefois entraîner des complications. Le manque de précision se retrouve
aussi au niveau des dosages.

Une autre critique imponante est le manque de preuves scientifiques de l'efficacité de


la médecine traditionnelle. De plus, son aspect occulte de sorcellerie la dessert auprès de la médecine
occidentale. Les médecines occidentale et traditionnelle ont le même objectif, mais difîerent dans leur
concept de la cause de la maladie, leur approche de cette dernière, ainsi que dans les méthodes
utilisées. Le concept de base en médecine occidentale est centré sur des résultats expérimentaux; la
maladie est considérée comme causée par des agents pathologiques. En médecine traditionnelle,
l'homme est considéré comme une entité somatique et spirituelle, le traitement tend donc à rétablir cet
équilibre rompu par la maladie.

Ainsi perçue, l'ethnopharmacologie trouve dans le Pacifique et notamment en


Nouvelle-Calédonie, un terrain de choix, où les Mélanésiens ont utilisé et utilisent encore l'élément
végétal, particulièrement bien représenté sous ces latitudes et dont l'endémisme a été favorisé par la
position insulaire de l'archipel (11).

ll-ETHNOPHARMACOLOGIE EN NOUVELLE CALEDONIE.

A- LA NOUVELLE CALEDONIE Er SA VEGETATION.

1 · Généralités.

La Nouvelle Calédonie a été découverte en 1774 par le Capitaine James Cook,


mais elle a été peu visitée jusqu'en 1840. Les dangereux récifs qui entourent la Grande Terre
obligeaient les trafiquants de bois de santal, les pêcheurs de biches de mer et les chasseurs de
baleines, alors nombreux dans le Pacifique, à ne pas s'approcher des côtes.

Depuis 1840, on assiste à l'arrivée successive des catéchistes protestants


polynésiens, des missionnaires anglais et des maristes français et de plus en plus de marchands de
santal (Santalum austrocaledonicum), essence qui abondait sur les rivages, et de trafiquants
anglais. Ce n'est que le 24 septembre 1853, que la prise de possession solennelle de la Nouvelle
Calédonie fut décrétée par Napoléon m. Elle est depuis restée Territoire français d'Outre Mer.

Située dans le Sud-Ouest du Pacifique, la Nouvelle Calédonie et ses


Dépendances fait partie d'un groupe d'îles comprenant la Mélanésie, le Vanuatu, les Salomons, les
Fidji et la Nouvelle-Guinée. Elle est bordée au nord par la Micronésie, et à l'est par la Polynésie.
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LA NOUVELLE-CALEJ)ONIE ET LES [Link] LOYAU1ES .

. CARTE il:

LA NOUVELLE-CALEDoNIE DANS LE MONDE.


8

L'archipel néo-calédonien c'est-à-dire la Nouvelle Calédonie et ses Dépendances (carte n° 1)


d'une superficie de 19.103,05 km2 est constitué par:
- la Grande Terre
- les Des Loyautés (Maré,Tiga, Lifou, Ouvéa)
- l'De des Pins et l'archipel des Belep.

La Nouvelle Calédonie se trouve dans l'Hémisphère Sud, entre le tropique du


Capricorne et l'Equateur, dans la zone chaude, appelée zone intertropicale.

L'océan Pacifique isole de toutes parts l'archipel néo-calédonien. Son voisin le


plus proche, le Vanuatu, est à 500 km. Les côtes autraliennes et néo-zélandaises à 1500 km; le Japon
est à 7000 km et le rivage américain à 10 000 km. Enfin par-delà le Pacifique, la Métropole, presque
à l'antipode du plus lointain territoire français, est à 20 ()()()km (carte n° m.
L'isolement est un trait dominant de la géographie de la Nouvelle Calédonie qui
a marqué fortement sa végétation, sa faune, ses habitants et son activité économique. La Nouvelle
Calédonie est un creuset où sont fondus les éléments de population les plus divers : Mélanésiens,
Européens, Polynésiens, Vietnamiens, Indonésiens, Antillais, Japonais, Chinois, Arabes. Cette
population cosmopolite (155.000 habitants) est dominée par deux groupes ethniques numériquement
importants: Les Européens et les Autochtones (Mélanésiens de Nouvelle Calédonie). Leur nombre
est sensiblement le même.

La Nouvelle Calédonie est privilégiée par ses ressources minières naturelles (le
nickel, le chrome, le cobalt). Elle est actuellement le 3ème producteur de nickel. La richesse de son
lagon, la beauté de ses paysages et son mode de vie font de la Nouvelle Calédonie un pôle
d'attraction touristique. L'agriculture, l'élevage et la pêche sont des secteurs appelés à se développer.

Situé près du Tropique, l'archipel néo-calédonien a une température moyenne


annuelle de 23,5° .Le mois le plus chaud est le mois de février, le moins chaud est le mois d'août,
mais l'écart est faible ( 6° seulement).

La pluviométrie est irrégulière, la saison la plus humide va de décembre à


mars, et la plus sèche s'étend de septembre à novembre. La côte Est, exposée à l'alizé, est plus
humide que la côte Ouest située à l'abri du vent.

Les sols calédoniens sont composés d'une grande variété de matériaux qui se
traduit dans les paysages par des formes de reliefs différents. Les basaltes provenant d'éruptions
volcaniques recouvrent une grande partie de la Côte Ouest. Les péridotites et les serpentines se
trouvent essentiellement dans le Sud, et dans certains massifs montagneux. On les désigne sous le
nom de terrains miniers car le nickel et le chrome proviennent de ces roches.

Sur le reste de l'île, du Nord au Centre, on rencontre des matériaux d'origine


sédimentaires qui ont donné les roches métamorphiques tels que les schistes, les micaschistes et les
gneiss.
9

Le relief des Iles Loyautés, totalement différent de la Grande Terre, est


constitué principalement par des édifices coralliens soulevés. Cependant, on trouve aussi quelques
zones calcaires très anciennes sur la Grande Terre (Hienghène, Koumac ).

2 - Types de végétation rencontrés. /

D'après Sarlin et de nombreux botanistes calédoniens (12), on peut distinguer


cinq formations végétales, en fonction de l'altitude :

a - La zone littorale à flore océanienne caractérisée par des formations /


végétales spécialisées par une adaptation particulière. Elle est précédée par une forêt de palétuviers
(ou mangrove), là où le rivage est marécageux. Le bourao (Hibiscus tiJiaceus), le bois de fer
(Casuarina equisetifolia) et le pandanus (Pandanus odoratissimus) y dominent. Mais le pin
colonnaire (Araucaria cookii) est incontestablement par sa taille (60 rn) l'arbre le plus remarquable '7
de cette forêt.

b - La savane à niaoulis de 0 à 400 rn : C'est la formation la plus --.. . ._


étendue, elle couvre presque entièrement le quart nord du pays et domine la Côte Ouest. Elle est
composée surtout de Poaceae (Graminées) et de niaoulis, l'arbre calédonien par excellence.

c - La forêt de moyenne altitude qui couvre les pentes bien arrosées des
massifs (la forêt humide) de 400 à 1000 m. Comme toutes les forêts tropicales, elle est peuplée par
un assez grand nombre d'espèces. On y rencontre le kaori (Agathis lanceolata), le houp
<")
(Montrouziera sp.), le tamanou (Calophyllum sp.), le pin colonnaire des montagnes et bien
d'autres essences désignées sous le nom de hêtres et de chênes. Ils dominent un sous-bois de
fougères arborescentes, de petits palmiers abritant eux-mêmes des orchidées et des mousses. Dans
ces peuplements on trouve notamment le bancoulier (Aleurites moluccana).

d - La forêt sèche de Conifères sur les pentes desséchées par le vent de


1000 à 1500 rn est plus clairsemée que la forêt humide. Elle est principalement constituée de
résineux. On trouve des Myrtaceae, des Saxifragaceae, des Araliaceae, des Epacridaceae et des
Sapindaceae. /

e- Le maquis situé en dessous de cinq cents mètres. C'est la formation


la plus originale de la Nouvelle-Calédonie, les espèces qui la composent sont nombreuses et souvent
de couleurs vives. Le sol rouge est constitué d'une sorte de latérite qui couvre les péridotites et les
serpentines.
10

B - ORGANISATION SOCIALE DES ?vŒLANESIENS.

Pour mener à bien une recherche sur les pharmacopées traditionelles comme celle des
Mélanésiens, il est nécessaire de pénétrer leur système de pensée et leur univers pour mieux
comprendre :

- leur organisation sociale.

- leur conception de la maladie.


/

-Le rôle du guérisseur, du voyant ... etc.


1

1 - Le Mélanésien et la société.

La société mélanésienne est structurée selon une hiérarchie bien défmie, et régie par un
ensemble de lois sociales (la coutume). La coutume est avant tout une discipline sociale. Elle régit la
vie en société, le savoir-vivre. Dispensée à travers l'éducation, elle fait la spécificité du Mélanésien
(13).

Le clan (groupement de familles), cellule de base de cette organisation, est dirigé par
un chef de clan (généralement le plus ancien car le plus sage).

L'ensemble est uni par des relations entre les clans groupés autour d'une chefferie.
Des liens bilatéraux clans-chefferie donnent à cette structure une parfaite rigidité.

Chaque clan existe par sa fonction sociale vis à vis de la chefferie (clan pêcheur, clan
terrien,etc ... ).

En particulier, le clan sorcier a le pouvoir "d'emboucaner" (empoisonner):

1- pour défendre la chefferie contre toute intrusion étrangère.

2- pour faire respecter les lois sociales. Ce pouvoir se transmet de père en fils et le
clan est ainsi entouré d'un grand secret.

L' organisation sociale mélanésienne est fondée sur une vision n~n_ r~?_onne~le du
monde : le mythe. Pour le Mélanésien le monde des vivants se limite à ce qui est observable : "le
visible". Au-delà des montagnes, au-delà des horizons se meut déjà le domaine des dieux : )<
(
"l'invisible". Le Mélanésien se confond avec la nature laquelle intègre totalement sa personne. Il
ignore son existence, mais la discerne à travers tout ce qui l'entoure (végétaux, animaux, etc ... ).
11

y, 2- Le Mélanésien et Je milieu environnant.

Au sein de cette organisation, le Mélanésien vit en permanente osmose avec


l'extérieur. Il pense son corps comme faisant partie de l'univers qui l'entoure et s'y trouvant en état
de communication constante, un peu comme une éponge dans le milieu marin (14).

Son corps communique avec le monde extérieur par de nombreux orifices naturels ou
virtuels (fontanelles, oreilles, yeux, narines, pointe du sternum, deux pointes sous l'aisselle, le
nombril); l'anus et les orifices urogénitaux évacuent les maladies, la bouche servant à ingérer ou à
évacuer (paroles, vomissements). On rencontre cette notion de communication dans les médecines
traditionnelles extrême-orientales.

Ces notions d'anatomie mélanésienne permettent d'expliquer certaines maladies


comme l'épilepsie (15) et les remèdes associés.

Cette vie osmotique se matérialise aussi par une croyance à certaines divinités : les
totems représentés par un lézard, un serpent, un requin etc ...Le totem est une représentation vivante
de l'ancêtre, et il est par ailleurs à la base de la stratification de la société mélanésienne. Le totem est
la référence du clan, il permet l'unification et la liaison de tous ses membres. En somme, le totem est
"chose dieu" (16).

Les Mélanésiens vénèrent ces dieux qui, en échange, assurent aux clans la protection
et le bien être. Le non-respect du totem par un membre du clan ou un autre peut entraîner pour lui un
châtiment de la part de ce dernier sous la forme d'une maladie, de· la mort ou de malchance.

C- CONCEPTION MELANESIENNE DE LA MALADIE.

1 - Définition de la maladie.

Pour un Mélanésien, la maladie est un phénomène complexe, évolutif, fonction du


contexte personnel, familial et social.

Le Mélanésien n'a pas la notion de virus, ni de microbes, ni de leurs rôles dans les
infections et les maladies. En fait, il soigne d'abord les symptômes tout en recherchant les causes qui
ont amené ces symptômes. Ces causes n'ont pas forcément un fondement biologique.

Quant à la plante médicinale , elle n'est que le "véhicule" de la puissance (17). Le


thérapeute, qui détient cette puissance, peut l'insuffler aux plantes leur conférant ainsi les venus dont
il est dépositaire.

Cette puissance est généralement transmise par un ascendant direct.


12

2 - Causes de la maladie.

Quand un Mélanésien tombe malade, il recherche immédiatement l'origine de ses maux


dans les causes suivantes.

- 'Temboucanement" : C'est un empoisonnement par une personne qui l'envie pour sa


réussite ou pour sa chance, ou par vengeance consécutive à une querelle.

- la violation des endroits tabous.


..

Dans chaque tribu, il existe des lieux dits "tabous" (sacrés). Il est interdit d'y fouler le
sol sous peine d'être atteint d'une maladie incurable.

Ainsi à Lifou, une femme enceinte qui viole un tel lieu donnera naissance à un enfant
atteint mentalement. Ces enfants sont appelés" NEKOI DRO" ("enfants de la terre").

-la violation de l'ordre social hiérarchique.


Dans la hiérarchie coutumière, chaque clan a une position précise. Par exemple,
certains clans ne peuvent pas manger à la table du grand chef. La profanation de cette règle, peut
entraîner des maladies (plaies incurables, ventres qui gonflent).

TI ne faut pas confondre les intoxications alimentaires avec une ascite. La qualité de la
nourriture est bonne, la maladie vient de la violation de l'interdit.

-le manque de respect envers les "vieux" ou des personnes respectables d'après leur
rang dans la coutume (exemple l'oncle maternel).

Le fautif est maudit:" Ton clan sera atteint de telle maladie". Si la malédiction n'est pas
levée, la descendance sera atteinte aussi, jusqu'à l'extinction du clan.

Ces causes, parmi d'autres, montrent dans quel état d'esprit psychologique, le malade
mélanésien envisage et assume sa maladie.

D- "LES MEDECINS " rvŒLANESIENS.

Les premiers réflexes du malade ou de son entourage seront de dérouler le film de sa


vie. Où ai-je été ce matin? Avec qui ai- je mangé? Avec qui ai-je eu des rapports? Sont-ils bons ou
nol)? Sa tête est parcourue par mille questions. TI n'aura de repos que s'il arrive à situer la cause de sa
maladie.

S'il n'arrive pas, on procède autrement. Le malade lui-même ou son entourage,


consulte alors le voyant en faisant une offrande coutumière. Ce dernier ausculte le patient avec
l'appui :
13

- d'un interrogatoire ./

- de procédés magiques ./

- en récitant sa généalogie.

Ensuite le voyant donne son diagnostic et décide de l'état de la maladie :

- S'il a compétence pour soigner la maladie diagnostiquée, il peut commencer le


traitement proprement dit.

-Sinon il envoie le malade à un guérisseur.


Les voyants sont toujours des guérisseurs, mais pas l'inverse. Ces deux personnalités
----- ·- -- . .
appartiennent en général à des clans terriens et l'endroit où ils vivent est indiqué par des chemins
-· - . _/
coutumiers (18).

E- LES MALADIES NAUJRELLES ET MAGICO-SOCIALES.


"Peu de maladies sont naturelles pour un Mélanésien. La cause des différents maux est
toujours l'oeuvre de forces maléfiques ou de divinités punitives, même la mort. Les accidents fatals
(de voitures, d'avions etc ... ) sont, eux-mêmes, considérés comme la conséquence d'un mauvais /
vouloir adverse" (19).

Le recours aux médecins ou aux possesseurs de médicaments traditionnels, soit aux


deux tour à tour, montre le dilemme angoissant de l'origine de la maladie chez un Mélanésien. On
peut classer les maladies de la façon suivante :

1 - Maladies ordinaires dites naturelles (20).

Se rattachent à cette catégorie, les troubles urogénitaux, les mauvais états


digestifs, les abcès, les blessures, les mal_adies vénériennes et les parasitoses (21).

Les remèdes sont connus de tous et ne nécessitent pas généralement


l'intervention de spécialistes. Ce sont en général les femmes qui administrent les médicaments
(infusions de feuilles, sirops de racines, applications locales de feuilles).

Elles transmettent leurs connaissances à une fille du clan, choisie pour ses
qualités humaines, à la fin de ses jours.

n faut souligner cependant que le patient, atteint d'une maladie naturelle, n'en
n'est vraiment convaincu que par l'amélioration rapide de ses symptômes après le traitement
européen ou indigène, faute de quoi il consultera le sorcier.
Stade initiatique 1 (Remèdes) Sad 0 0 0 0 (Remèdes)
-----1•~ t e m1tJatique 2 -------~..,.~ Stade initiatique 3
Vie placentaire Passage 1 Accouchement ~ Passage 2 Sevrage
- Le nourisson est en contact
avec les vivants
-Dépendance (allaitement)
(Remèdes)
Passage3

(Remèdes)
Stade initiatique 5 ~------- Stade initiatique 4
Monde adulte passage 4 Puberté

Tableau 1
Les différents stades de la vie chez un Mélanésien.
14

2 - Maladies physiologiques.
Des états physiologiques tels : la grossesse, la puberté, la fragilité d'un
nouveau-né, sont des états normaux pour un Occidental, mais sont nommés" ~ ladies" par un
M~l!l?ésien. Ainsi , selon le tableau 1, le passage d'un stade de la vie à un autre, est une période
· ..
incertaine qu'il faut protéger contre les puissances maléfiques. TI faut des re_!!!~des pour fa~_giter ces
"passages".
Chaque stade nécessite l'intervention d'un thérapeute traditionnel spécialisé. ,·

3 - Maladies totémiques.

Elles touchent ceux ou celles qui ont enfreint, volontairement ou non, les lois
sociales (17). Elles se manifestent par des états maladifs longs dont l'issue n'est pas forcément fatale.

Cette partie de la médecine traditionnelle mélanésienne est difficile à pénétrer


car elle touche à des domaines encore réservés d'une part, et elle se réfère d'autre part à un système
de compréhension de l'univers totalement différent, qui est la pensée magique.

Ainsi la "maladie du Lézard", totem du Nord de la Nouvelle- Calédonie, se


manifeste par des éruptions cutanées allant du Prurit (vive démangeaison) au cancer de la peau.

Quand le totem offensé est découvert, le patient est adressé à son possesseur
qui seul, peut guérir les maux infligés.

Le diagnostic est effectué par un devin selon divers procédés :

-palpation

-examen d'oracles (feuilles, fourmis, etc ...)

- songe révélateur.

Des troubles mal définis, physiques (maux de tête) ou psychiques-sont le fait


dç totems non respectés.

Le traitement est long, entrecoupé par des bains purifiants et neutralisants (18)
à intervalles réguliers. Les remèdes employés sont souvent en composition tels que Acronychia
laevis (Rutaceae) en mélange avec Agathis moorei (kaori, Gymnosperme) et Glochidion
caledonicum (Euphorbiaceae) (19).

Si le mal persiste à toute médication il s'agit alors d'une pratique de sorcellerie


ou d'emboucanement (empoisonnement).

4 - Maladies par emboucanement.

"Emboucaner" quelqu'un, c'est lui jeter un mauvais sort, celui-ci prenant la


forme de maladies ou d'évènements malheureux successifs.

1J
15

Le "boucan", entraîne une maladie réelle ou imaginaire, induite ou provoquée


par le sorcier à des fins nuisibles.
Le sorcier utilise trois procédés d'envoûtement :

- taper des feuilles sur une pierre au rythme de paroles ésotériques et sacrées.

- utiliser la fumée de végétaux comme vecteur de l'imprécation (souhait de


malheur pour quelqu'un).

- manipuler des plantes accompagnées de paroles.

n existe souvent un support matériel associé à ces trois méthodes :


- dissimuler un "paquet magique" sur le passage de la victime.
- glisser un poison à action lente dans son alimentation.
L'action du boucan est longue et oppressante. Ces magies "criminelles"
agissent le plus souvent au niveau psychologique.
Dans ce cas, le rôle du guérisseur réside dans l'art et l'habilité de redonner
confiance en soi-même et goût à la vie au moyen d'un véritable exorcisme.

n arrive parfois que l'emboucaneur devienne la victime de ses propres


pratiques et sombre dans la démence.

F- METHODES DE PREPARATION ET D'ADMINISTRATION DES


1v1EDICAMENTS.

En fonction de sa spécialité, chaque thérapeute a sa technique de préparation du


médicament. Dans ce paragraphe, nous tenterons de décrire l'ensemble des modes de préparation que
nous avons notés au cours de nos investigations dans tout l'archipel néo-calédonien, sous les deux
aspects classiques externe et interne. Ces différentes méthodes sont générales à la Mélanésie (21).

1 - Usage externe.

Plusieurs modes d'administration par voie externe sont couramment employés


par les "médecins" mélanésiens.

Les frictions, cataplasmes, crachotements (pulvérisations), bains ou lavages,


inhalations et fumigations, applications et instillations représentent incontestablement les formes les
plus employées pour faire pénétrer les médicaments sous l'épiderme.

a- Frictions.

La plante entière (ou les feuilles) est froissée entre les mains à froid ou
après un bref passage au dessus d'une flamme, puis frictionnée sur la région douloureuse dans les
cas de courbatures ou d'hématomes.
16

b- Pulvérisations (crachotements).

Le guérisseur mâche la partie de la plante à utiliser, puis projette le


mâchon en soufflant sur la partie du corps malade.

Quelquefois, le liquide pulvérisé est ensuite étalé sur la peau comme


une onction, en complément de traitement. Cette technique est employée, ainsi que les massages,
dans le cas des contusions et des plaies.

c- Cataplasmes.
Les feuilles et l'écorce de tronc ou de racine sont les parties
communément utilisées soit à froid soit légèrement chauffées. Le cataplasme appliqué sur la partie à
traiter est souvent maintenu par un bout de tissu en guise de bandage. Le pansement est remplacé
tous les deux jours, après un lavage de la zone malade par l'eau de mer ou par un décocté de la
plante.

d- Lavages et bains. Inhalations et fumigations.

On laisse tremper la plante (ou ses parties) écrasée dans une bassine
d'eau froide ou chaude quelques temps auparavant (généralement une heure). Le malade utilise ce
décocté sous forme de bain ou de lavage de la partie à traiter.

Ce mode d'administration est employé couramment en cas de


dermatoses ou d'eczémas.

Pour les plantes fébrifuges, la technique consiste à prendre un bain de


vapeur. La plante est jetée dans l'eau chauffée par l'addition de pierres portées au rouge. Une
couverture ou une natte est employée pour couvrir le malade qui a entre ses jambes la bassine
contenant les ingrédients.

Les Mélanésiens disent que cela sert à faire "sortir la fièvre".

e- Applications.

L'application de la plante sur la partie malade suffit quelquefois.

f- Instillations.

Afin d'obtenir une action rapide et directe sur les muqueuses nasales,
oculaires et pulmonaires dans le cas d'ophtalmies et d'affections des bronches, le suc ou la sève de la
plante est instillé directement soit dans l'oeil, l'oreille ou le nez à l'aide d'une feuille de Piperaceae
roulée en forme de cornet. Les otites sont toujours soignées de cette façon.
17

2 - Usage interne.

L'administration des médicaments par voie interne est toujours orale. La


méthode consiste à faire absorber au malade les médicaments simples ou composés.

a- A froid.

Les composants de la recette sont soigneusement écrasés grâce à un


pilon, puis laissés macérer dans une noix de coco avec une mesure d'eau. Le macérat est bu tel quel.

Quelquefois les organ~s végétaux sont mêlés à la noix de coco râpée ou


à la nourriture, puis avalés.

Le plus souvent les organes sont longuement mâchés, puis le jus est
avalé, quelquefois le tout

b- A chaud.

Les ingrédients de la recette sont placés soit dans une casserole, soit
dans une noix de coco évidée ou dans un entre-noeud de bambou (récipient traditionnel) avec de
l'eau, puis laiss~s infuser dans de l'eau bouillante. La préparation une fois refroidie est donnée à
boire au patient.

Quelquefois on y rajoute une mesure d'eau si celle-ci est très concentrée.

Très souvent aussi, les ingrédients sont placés dans des feuilles de Piper
austrocaledonicum ou de bananier, celles-ci sont repliées pour former une bourse que l'on place
dans des cendres préalablement chauffées. Le contenu est mélangé avec un peu d'eau, le macérat est
bu.

De temps à autre, le contenu est pressé dans un bout de tissu, le jus qui
s'écoule est récueilli dans un verre, puis donné à boire.

G- POSOLOGIE.

Les guérisseurs mélanésiens sont munis de moyens qui leur permettent de réaliser les
différentes formes galéniques et d'administrer les médicaments, mais ils ignorent les poids et les
mesures, chose capitale dans la préparation et la posologie.

Les indications pondérales concernant les drogues font défaut. Seules sont données
des indications portant sur les longueurs, les quantités et les volumes.

Les quantités sont données "en poignée" pour les feuilles, "en largeur de main ou de
doigt" pour les écorces et les racines.
18
~

Pour les boissons, l'unité de volume est la noix de coco évidée et, de plus en plus, le \
verre.

H- CATEGORIES PHARMACOLOGIQUES "MELANESIENNES.

La médecine traditionnelle mélanésienne utilise des Simples. Dans les temps anciens,
quelques espèces animales ont joué leur rôle dans la pharmacopée indigène. Les ordonnances
contenant ces substances animales ont disparu depuis du Territoire (23).

Les plantes néo-calédoniennes agissent sur :


-les voies digestives (diarrhée, dysenterie)
-les voies urinaires (troubles uro-génitaux, diurétiques, maladies vénèriennes)
-les dermatoses infectées (lèpre), infections diverses
- les envoûtements
-les inflammations (contusions, goutte, rhumatismes etc ..)

.< ll existe aussi des plantes fébrifuges, abortives, utilisées en obstétrique, des plantes
ichtyotoxiques et toxiques en général.
Ces indications sont ici formulées selon la terminologie médicale européenne.
Parmi les plantes utilisées en Nouvelle Calédonie par les Mélanésiens, pour "soigner
les coups", contre les "douleurs" et les blessures, un certain nombre appartiennent à la famille des
Euphorbiaceae.

ill-TRAVAUX PERSONNELS : ASPECfS ETIINOPHARMACO-


LOGIQUE ET BOTANIQUE : ENQUETES DE TERRAIN.

A- ASPECTETHNOPHARMACOLOGIQUE: LA FAMILLE DES


EUPHORBIACEAE ET LE GENRE MACARANGA.

Les Euphorbiaceae présentent une grande variabilité morphologique. Un grand


nombre des espèces qui composent cette famille a des propriétés médicinales intéressantes (24).

Utilisées dans le traitement de nombreux symptômes en Afrique de l'Ouest


(25), 46% d'entre elles posséderaient des propriétés purgatives, 28% seraient antidiarrhéiques et
antidysentériques. Certains genres en Arabie Saoudite auraient des vertus analgésiques et
galactogènes (26).

Une revue ethnobotanique des plantes utilisées dans la pharmacopée


thailandaise a révélé des propriétés anti-inflammatoires, antiasthmatiques et hypotensives de certaines
Euphorbiaceae (27).
19

En Nouvelle Calédonie, comme la plupart des plantes utilisées à des fins


curatives, les Euphorbiaceae recensées lors des enquêtes ethnophannacologiques, se retrouvenC '
essentiellement à proximité des endroits habités (18).

Les réserves de plantes médicinales sont essentiellement dans les forêts


primaires, secondaires plus ou moins dégradées, les savanes arborées, les bords de rivière et la
mangrove. La flore des terrains miniers ne paraît pas être utilisée dans la pharmacopée mélanésienne,
à cause du caractère inhospitalier de ces régions, au sol impropre à la culture, au manque d'eau et de
gibier.

n faut également citer les plantes médicinales cultivées. Ces plantes sont mieux
connues des Mélanésiens et leur usage est important. Certaines plantes sont utilisées dans la
phannacopée traditionnelle par les Mélanésiens comme agents antiintlammatoires.

Le latex de Croton insulare est utilisé dans le traitement des algies dentaires
et des gingivites. Cette plante est aussi employée comme vermifuge (vers intestinaux),
antidysentérique, contre des infections cutanées (eczémas, dermatoses), des maladies vénériennes
(blennorragie, syphilis), contre la goutte. Le genre Macaranga, auquel nous nous sommes
particulièrement intéressés, comprend aussi des plantes utilisées empiriquement, non seulement en
Nouvelle Calédonie, mais aussi dans d'autres pays.

LE GENRE MACARANGA.

Le genre Macaranga est utilisé dans la médecine empirique africaine pour ses
propriétés apéritives et antianémiques (28):
- M. broteri Müll. Arg. entre dans la préparation de poudre magique et
comme antidote contre les morsures de serpent (29).

- Le décocté d'écorces de M. heterophylla Müll. Arg. est connu comme


remède contre la toux (béchique).

- L'infusion de feuilles de M. heudelotti Baill. avec l'écorce de Citrus


aurantifolia est employée contre la blennorragie (30).

- M. hurifolia Beille aurait des vertus diurétiques, le décocté de racines


servirait à soigner les oedèmes de femmes enceintes (28, 29). La plante entière est utilisée dans les
affections gastrointestinales (28, 29) et l'écorce serait purgative.

- M. spinosa est cité comme médicament de la dysenterie et de la toux (28).

En Nouvelle Calédonie, on rencontre cinq espèces de Macaranga. Deux


d'entre elles sont connues pour leurs utilisations médicinales :
20

L'infusion des feuilles de M. alchornoides Pax, petit arbre des forêts sur
péridotites, a des effets antidysentériques et béchiques (1).

Les enquêtes ethnopharmacologiques que nous avons effectuées sur le terrain


ont montré que les Mélanésiens se servent de Macaranga vedeliana comme agent
antiinflammatoire. Les feuilles sont utilisées dans le traitement des rhumatismes, de la goutte et des
maux de gorge (angines), généralement sous-forme de cataplasme. La râpure d'écorces de jeunes
parties (pétioles et racines) est appliquée localement sur la région douloureuse. Certains informateurs
nous ont affirmé l'emploi de cette plante dans le cas des règles pour arrêter la menstruation ou parfois
comme antifertilisants.

B - ASPECf BOTANIQUE.

1- Les Euphorbiaceae.

a- Caractères botaniques généraux.

Les Euphorbiaceae constituent une famille cosmopolite à prédominance


tropicale et subtropicale. Avec plus de 10 000 espèces et plus de 300 genres, cette vaste famille, très
hétérogène quant à l'organisation morphologique, est difficile à caractériser.

Cepèndant, pour la majorité des genres, les Euphorbiaceae peuvent se


reconnaître par

- leurs fleurs unisexuées

-leur ovaire triloculaire à placentation axile

- leur fruit qui est une capsule à déhiscence triple appelée TRICOQUE d'où le
nom donné à l'ordre.

Ce sont des herbes flottantes, des herbes vivaces, des herbes annuelles, des
arbustes de port très divers, les rameaux peuvent être aplatis en forme de feuilles (cladodes), des
plantes cactiformes en cierge ou en sphère, des arbres.
Les feuilles sont de forme et de position très diverses, alternes ou opposées.

Le limbe est soit entier, soit diversement découpé. Il est souvent palmatilobé
(Jatropha) ou même palmé (Hevea). Les feuilles peuvent être très réduites, voire absentes. Les
stipules fréquentes sont parfois remplacées par des glandes ou des épines (31).

Les fleurs, typiquement unisexuées sont généralement groupées en


inflorescence de type cyme (unipare, multipare, grappes de cymes). Les inflorescences mâles et
femelles sont rarement portées par des pieds différents, espèces dioïques, mais le plus souvent
groupées sur le même pied, espèces monoïques (32).

Le evnécée est formé de trois caroelles soudés en un ovaire supère à trois


21
loges. Chaque loge renferme un seul ovule. n y a deux ovules par loge chez les Phyllanthoideae.

Le fruit est une capsule, dite tricoque, à déhiscence triple. A maturité, il se


divise en trois coques, par déhiscence septicide et septifrage, puis chaque coque s'ouvre suivant la
nervure dorsale par une fente loculicide. Le fruit se réduit à une bicoque chez les Mercuriales. n est
très rare d'observer des fruits charnus : baies ou drupes (Securinega).

b- Position systématique.

Créée en 1789 par A.L. de Jussieu, la famille des Euphorbiaceae se place dans
la classification actuelle parmi la classe des Dicotylédones, la sous-classe des Dialypétales, la série
des Thalamiflores et l'ordre desTricoques ou des Euphorbiales. L'ordre des Tricoques comprend,
selon les auteurs un nombre variable de familles. Gaussen H. et Coll.(33) se limitent à la grande
famille des Euphorbiaceae, la position des familles généralement jointes étant aléatoire.

En 1924, Pax F.(34) considéra les Euphorbiaceae comme d'origine


polyphylétique avec une partie de leurs ancêtres parmi les Malvales. Hutchinson J. proposa une
origine à partir de quatre ordres minimun : Bixales, Tiliales, Malvales, Célastrales et peut-être
Sapindales (35). Croizat L., en 1940, souligna l'affinité avec les Malvales-Sterculiaceae en particulier
(36). La parenté phylogénétique entre les Euphorbiaceae et d'autres familles a suscité des
controverses (37). Baillon H.(38), en 1958, imagina une parenté tétraédrique entre les
Euphorbiaceae, les Malvales, les Géraniales-Rutales et les Rhamnales. Dans leur "Traité de
Botanique", ·chadefaud M. et Emberger L.(31) précisent en outre que les Euphorbiaceae, du fait de
leur hétérogénéité, devront sans doute être ultérieurement dissociées en familles distinctes, dont
certaines ne seront peut-être pas des Tricoques . L'existence de ces hypothèses montre que l'origine
des Tricoques, probablement polyphylétique, reste incertaine. La connaissance des structures
moléculaires et des métabolites secondaires, permettra peut-être d'éclaicir la question.

c- Eléments de taxogénétique.

Les critères de classification des Euphorbiaceae n'ont cessé de varier depuis les
premières divisions en sous-familles établies par [Link] Jussieu en 1824.

C'est à Webster G.L. que nous empruntons cette classification, la plus récente
à notre connaissance (39). Cet auteur a divisé la famille des Euphorbiaceae en 52 tribus, 5 sous-
familles, réparties en deux ensembles en fonction du nombre d'ovules, de la présence ou de
l'absence de latex, du nombre de chromosomes.

1)- Le premier ensemble est constitué par deux sous-familles:

* les Phyllanthoideae et les Oldfieldioideae qui se distinguent par les


caractères suivants : présence de 2 ovules par loge, absence de liber interne et de latex blanc, nombre
de chromosomes: x=12, 13

Appartiennent à cet ensemble les genres suivants :


22

- Phyllanthus (600 espèces principalement tropicales et subtropicales), genre


remarquable par ses adaptations : axe feuillé simulant la feuille composée-pennée,
herbe flottante de type Salvinia (Phyllanthus fluitans en Amérique du Sud).

- Poranthera (10 espèces, Australie), c'est un genre à port éricoïde.

- Bridelia (60 espèces paléotropicales).

- Drypetes (200 espèces tropicales).

- Baccaurea (80 espèces, Inde-Malaisie, Polynésie).

- Hymenocardia (5 espèces, Afrique, Asie, Indonésie) a été élevé au rang d'une


famille d'Urticales, dont le fruit est une samare rappellant celui du genre Ulmus.

- Uapaca (50 espèces, Africano-Malgaches), également élevé au rang de famille.

- Androstachys (5 espèces, Afrique orientale et Madagascar), genre extraordinaire


par l'organisation des feuilles; il correspond actuellement à la famille des Andro-
stachydaceae.

2)- Le deuxième ensemble comprend trois sous-familles caractérisées par : des


loges uniovulées, un latex souvent présent, des feuilles avec des glandes pétiolaires ou limbaires, un
albumen abondant, un nombre de chromosomes X= 8, 9, 10 et 11. Appartiennent à cet ensemble les
sous-familles suivantes :

* Les Acalyphoideae.

- Acalypha (40 espèces tropicales et subtropicales).

- Ricinus (1 espèce Ricinus communis L.; Afrique et Asie tropicales).

- Mercurialis (8 espèces dont 4 en France).

- Macaranga (250 espèces de l'Afrique tropicale au Pacifique).

- Dalechampia (100 espèces, pays chauds), genre à inflorescences très


complexes.

*Les Euphorbioideae.

- Euphorbia (200 espèces cosmopolites), herbes ou arbres dont la plupart


sont des espèces xérophiles souvent à port de cactus, parfois des géophytes à
tubercules.
23

- Mabea (50 espèces, Amérique centrale), latex toxique, gynécée 6-9


loculaire.

- Hura, le sablier (2 espèces, Amérique du centre et du sud) dont le fruit éclate


violemment en crépitant et projette les graines.

- Anthostema (3 espèces Africano-Malgaches) remarquable par


l'inflorescence complexe, la fleur mâle unistaminée, périanthée.

* Les Crotonoideae.
-Croton (800 espèces tropicales et subtropicales).

- Givotia (3 espèces, Afrique de l'Est, Madagascar, Sri Lanka et Sud de


L'Inde).

- Jatropha (170 espèces, principalement tropicales et subtropicales).

- Manihot (170 espèces, Amérique tropicale, Sud-Ouest de l'Amérique du


Nord).

d- Utilisations.

Les Euphorbiaceae renferment un assez grand nombre de plantes importantes


du point de vue économique. Elles fournissent : (40)

- du caoutchouc (Hevea sp. source naturelle principale ).

- des colorants (Mallotus philippinensis Müll. Arg. donne une matière


colorante).

-du bois de construction (Hippomane)

-des fibres (Ricinus communis L. utilisé pour la préparation du Rilsan®).

- des tubercules alimentaires (Manihot utilissima Pohl. a des racines


tubérifiées très riches en amidon avec lesquelles on prépare le tapioca).

- des huiles alimentaires industrielles ou médicinales (Aleurites cordata


Mü[Link].; Ricinus communis L.; Croton tiglium L. Jatropha sp.).

- des médicaments :

* l'huile de ricin, inscrite à la Pharmacopée Française, a des propriétés


purgatives.
nom de genre Nombre d'espèces Sous-familles Pourcentage
Homalanthus 3 Euphorbioideae 4,81
Excoecaria 1
Neoguillauminia 1
Euphorbia 5
Phyllanthus 112 Phyllanthoideae 57,21
Antidesma 1
Dr!petes 1
Glochidion 2
Breynia 1
Cleisthanthus 1
Bischoffia 1
Cocconerion 2 Crotonoideae 13,46
Baloghia 13
Myricanthe 1
Fontainea 1
Aleurites 2
Croton 2
Al phan dia 2
Scagea 2
Codiaeum 3
Mallotus 1 Acalyphoideae 16,83
Acalypha 3
Bocquillonia 13
Cleidion 12
Claoxylon 1
Ma caran ga 5
Longetia 1 Oldfieldioideae 7,70
Austrobuxus 15

Tableau II

Classification des Euphorbiaceae.


24

* les poils secréteurs et tecteurs des capsules de Kamala contiennent


une substance rouge brique purgative.

* l'huile des graines de Croton tiglium L., autrefois employée


comme révulsif (usage externe) et comme purgatif drastique (usage interne) est considérée comme
une drogue dangereuse. Les graines sèches sont utilisées en homéopathie (41).

- des plantes ornementales (Euphorbia pulcherrima [Link] connue pour


ses bractées rouges très décoratives (Poinsettia).

e- LES EUPHORBIACEAE DE NOUVELLE CALÉDONIE.

La flore néocalédonienne compte 3138 espèces soit 2348 espèces endémiques


(74,8%), réparties en 165 familles dont 5 endémiques. Les Euphorbiaceae en Nouvelle Calédonie
sont représentées par 5 sous-familles, 28 genres (tableau n°II) et 208 espèces soit 6,6% de la flore
calédonienne.

Le genre Phyllanthus représente à lui tout seul 57,2% des espèces


appartenant à la familte des Euphorbiaceae et 3,57% de l'ensemble de la flore néocalédonienne(42).

La plupart des espèces sont endémiques. Leur étude du point de vue


taxonomique est encore incomplète, en ce qui concerne leurs propriétés médicinales, il reste
beaucoup à faire.

Beaucoup de Crotonoideae renferment des poisons plus ou moins violents


(toxalbumines), des hétérosides cyanogénétiques, en particulier dans leurs graines.

Un grand nombre d'entre elles sont des plantes à laticifères, les latex blancs
(Euphorbia, Excoecaria) ou rouges (Macaranga, Baloghia, Fontainea), souvent irritants ou
très toxiques (Excoecaria).

Les Phyllanthoideae ne secrètent pas de latex.

Sur 28 genres, 6 sont endémiques. Le genre Macaranga, quant à lui, est


présent en Nouvelle Calédonie, mais également dans d'autres parties du monde.

2- Le genre Macaranga.

Le genre Macaranga appartient à la sous-famille des Acalyphoideae


caractérisée par un ovaire à loges 1-ovulées, des marges foliaires souvent dentées, des fleurs apétales
et des sépales valvaires dans le bouton.

Le genre Macaranga est représenté par des arbres ou des arbustes avec un
latex souvent coloré. Les feuilles sont alternes, munies de stipules souvent peltés et abondamment
glanduleuses. Les plantes sont dioïques, rarement monoïques. Les inflorescences sont axillaires ou
portées sur des branches défoliées. en forme de ~rrappe ou de panicule avec des bractées.
25

Les fleurs sont apétales, avec des sépales valvés dans le bourgeon; le disque
est absent. Les fleurs staminées sont très petites et groupées. On dénombre 1 à 30 étamines et des
anthères 3 à 4 loculées. Les fleurs pistillées sont quelquefois solidaires de l'axe de l'inflorescence.
L'ovaire a 1 à 6 loges uniovulées.

Le fruit est une capsule, souvent en forme de murex ou de tubercule. Les


graines ont une carapace charnue.

L'espèce type est : Macaranga mauritania Boyer ex Müll. Arg.

Le genre Macaranga comprend environ trois cents espèces en Afrique


tropicale, Madagascar, Indomalaisie et Pacifique.

En Nouvelle-Calédonie, on compte cinq espèces faisant partie du genre


Macaranga: M. coriacea, M. vieillardii, M. corymbosa, M. alchornoides et M.
vedeliana.

Macaranga vedeliana (Baillon) Müll. Arg. est une espèce endémique. C'est
un arbuste de 1 à 5m commun dans les forêts littorales, se trouvant dans les groupements ligneux
secondaires assez loin de la mer (lles Loyautés). Le latex est rouge et les tiges sont pubescentes et
glandulaires. Les marges foliaires sont ovales. La face supérieure des feuilles est pubescente à
maturité, la face inférieure très pubescente et glandulaire. On compte 6 à 10 veines secondaires de
chaque côté de la nervure centrale. Les pétioles mesurent environ 4 à 26 cm et les stipules sont
légèrement persistantes.

Les plantes sont dioïques avec des inflorescences non ramifiées très
pubescentes. L'axe staminé mesure jusqu'à 52 cm de long. L'axe pistillé est long de 18 cm avec
quelques fleurs portant deux bractées opposées au-dessous des fleurs.

Les fleurs staminées ont un bourgeon de 1mm de diamètre, un calice 3-lobé


glandulaire et 7 à 10 étamines. Les fleurs pistillées ont un calice 4-lobé, un ovaire à 2loges et des
stigmates allant jusqu'à 4mm de long.

Macaranga vedeliana a été successivement dénommé Acalypha


vedeliana Baillon, puis Mappa vedeliana (Baillon) Müll. Arg. et enfin Macaranga porrecta
S. Moore.

C- ENQUETES DE TERRAIN.

Des premières enquêtes ethnopharmacologiques (1, 2, 43), ont été antérieurement


menées par Rageau, Nothis, Lenormand, et assez récemment par Bourret sur les plantes utilisées en
médecine empirique par les Mélanésiens en Npuvelle Calédonie (3,4).
26

Compte tenu de ces études pré-existantes et qui ne sont pas encore toutes publiées et
dans le cadre d'une collaboration ORSTOM-CNRS, une liste de treize plantes appartenant à la famille
des Euphorbiaceae a été arrêtée et a fait l'objet de notre étude :

- Acalypha grandis Bentham

- Acalypha neocaledonica Baillon

- Aleurites moluccana L. Wild.

- Baloghia lucida Endl.

- Cleidion spicitlorum Müll.-Arg.

- Codiaeum variegatum BI.

-Croton insulare Baillon

- Glochidion billardieri Baillon

- Glochidion glaucus Mü[Link].

- Macaranga vedeliana Müll. Arg.

- Phyllanthus bourgeoisii Baillon

- Phyllanthus amarus Schumacher & Thorning

- Phyllanthus persimilis Baillon

Dans un premier temps, un travail de reconnaissance et d'identification des espèces dans leur
milieu naturel s'est avéré nécessaire et utile. De nombreuses sorties sur le terrain ont permis de les
repérer dans leur biotope.

Au cours de cette étape de familiarisation, un échantillon de chacune des treize plantes a été
récolté, mis sous presse, puis séché. Ainsi, s'est constitué un herbier de référence. Les caractères de
chacune de ces plantes ont été soigneusement notés : port, époque de floraison et de fructification,
nature et disposition des feuilles et des fleurs etc ...

Certains organes, en particulier les fleurs et les fruits, sont collectés, puis disséqués sous la
loupe binoculaire. Avec les clefs de reconnaissance botanique et les échantillons types conservés a
l'Herbier du Centre ORSTOM de Nouméa, nous avons pu déterminer avec précision les treize
plantes avec le concours des botanistes du Centre. Cette étape est primordiale pour éviter de courir
des risques d'erreur d'identification. A cette étape, nous avons entrepris le travail de terrain
proprement dit. Les informations pré-existantes ont été d'abord reprises pour les approfondir, les
confmner ou les infmner.
27

Le questionnaire de base est relativement simple. Le guérisseur doit répondre si telle ou telle
plante, dont on possède le nom vernaculaire, fa_~! p~e du lot de celles qu'il utilise, si la plante est
utilisée seule ou en mélange. On note également la façon dont il prépare ses médicaments, la manière
dont se déroule la consultation, la nature de la maladie à traiter, le type de diagnostic donné [Link]
indications notées avec précaution, une promenade sur le terrain avec l'informateur est alors
entreprise. Ce dernier indique la plante dans son environnement, explique comment il procède pour la
reconnaître. Un échantillon est récolté, rapporté au laboratoire, puis comparé avec l'échantillon de
référence. Cette démarche rigoureuse permet d'éviter toute confusion possible de la part de
l'enquêteur ou de l'informateur sur la désignation de la plante en question.

En second lieu, nous avons élargi notre champ de prospection pour avoir un recueil complet
sur un échantillonnage le plus diversifié possible, pour faire des recoupements ultérieurs. TI était donc
impératif de ne pas se limiter à une aire géographique restreinte, mais d'enquêter sur l'ensemble de
l'archipel néo-calédonien. D'autre part, si la plupart des ordonnances ont été fournies par des
guérisseurs mélanésiens, il existe dans le Territoire des minorités ethniques (Vietnamiens,
Wallisiens, Vanuatains, Tahitiens, Indosésiens ... ) venues au cours d'immigrations successives avec
leurs apports culturels et qui ont joué des rôles différents mais complémentaires dans cette médecine
traditionnelle.

L'introduction de nouvelles espèces végétales telles que le goyavier ou le manguier ont


contribué à alimenter le catalogue des plantes médicinales autochtones. Il était intéressant d'enquêter
auprès de ces minorités.

D- RESULTATS ET COMMENTAIRES.

- Acalypha grandis Bentham.:

Certains usages sont identiques avec ceux relevés pour Acalypha neocaledonica.

Dans la "maladie du Lézard", totem du Nord de la Nouvelle-Calédonie, caractérisée


par de vives éruptions cutanées et de démangeaisons, la plante est utilisée en décoction prescrite sous
forme de breuvage. Le traitement est entrecoupé par des bains à intervalles réguliers. Une infusion
de feuilles et de fleurs est employée en gargarismes en cas d'algies dentaires et de gingivites pour
atténuer l'inflammation.
Un paquet constitué par deux feuilles de la plante , deux de Maba fasciculosa et quatre de
Psychotria sp. est indiqué aux personnes souffrant d'hématomes. Le tout est mâché, puis avalé.
Un massage à base des mêmes ingrédients est parfois nécessaire. On a relevé un usage
emménagogue pour cette espèce. Mais les indications sont restées fragmentaires.

Une recette comprenant des feuilles de la plante et celles de Micromelum minutum


est conseillée aux femmes arrivant au terme de leur grossesse pour faciliter un bon accouchement et
fortifier le foetus. A la naissance, on donne au nouveau-né un décocté de cette préparation, soit une
cuillère à café par jour et pendant une semaine.
28

- Acalypha neocaledonica Baillon :

De la sous-famille des Acalyphoideae, cette espèce a des jeunes tiges abondamment


pubescentes avec des feuilles villeuses aux bords en dents de scie. Ce sont des arbustes de un à
quatre mètres de hauteur, qui poussent dans les forêts côtières aux sols bruns calciques (Iles
Loyautés).

Des tiges d'Euphorbia pancheri enveloppées par deux feuilles d'Acalypha


neocaledonica avec celles de Dianella sp. sont mâchées et le jus est ingurgité par une personne
atteinte de contusions. De jeunes pétioles auparavant broyés sont mixés avec des feuilles de
Cordyline sp., de Codiaeum variegatum et de Breynia disticha , puis laissés infuser avant
d'être administrés à des patients souffrant de céphalée ou de migraine.

Des feuilles de Strobilopanax sp., de Delarbrea collina et de Piper


austrocaledonicum sont empaquetées par deux feuilles d'Acalypha neocaledonica. Le tout est
"masticoté", puis avalé pour soulager la douleur lors des fractures des membres et des contusions
internes graves. Une autre ordonnance à base de feuilles de Geniostoma sarasini, de Jasminum
didymum, de Xylosma sp. et d'Acalypha neocaledonica a été mentionnée comme anti-
inflammatoire. On mâche bien le tout et on pulvérise le mâchon sur la partie douloureuse en
effectuant un massage très léger.

Un autre traitement constitué de feuilles d'Acalypha neocaledonica, de Dianella


sp. et de racines d'Achyranthes aspera est utilisé comme précédemment sur des abcès ou des
blessures légères et superficielles comme cicatrisant. Pour provoquer le retour des règles après un
retard anormal, deux à trois feuilles de Breynia disticha enrobées dans celles d'Acalypha
neocaledonica, généralement une ou deux; l'ensemble est absorbé après l'avoir bien mâché. De
même que des feuilles de Claoxylon insularum et de Psychotria collina en mélange avec
celles d'Acalypha neocaledonica auraient les mêmes effets que la prescription précédente.

Pour "remettre un foetus en mouvement" et faciliter un accouchement chez une


parturiente, on lui administre une macération composée de feuilles de Glochidion glaucus,
d' Acalypha neocaledonica et d'écorces de Breynia disticha. Les tiges et les feuilles froissées
entre les mains, appliquées sur le crâne calment les maux de tête et soulagent les céphalées. L'écorce
en macération avec Bidens pilosa a une action tonique et fortifiante. Les feuilles macérées une
journée entière donnent une potion réputée antiinflammatoire pour des personnes souffrant de
rhumatismes articulaires et de goutte.

- Aleurites moluccana (L.) Wield.:

Communénement connue sous le nom de bancoulier, cette espèce fait partie de la sou~\
famille des Crotonoideae. Elle pousse dans les forêts secondaires dans la zone de transition schistes-
péridotites. Ce sont des arbres de six à vingt mètres de haut, aux tiges recouvertes de poils en étoiles
avec un latex peu abondant. Les fruits sont charnus et sphériques.
29

Les noix grillées servent de peinture et de pommade pour enduire la peau lors des
festivités ou en cas de guerre. L'écorce macérée avec lpomea sp. et Erythrina sp. a des propriétés
diurétiques. Cette ordonnance est prescrite pour traiter les maladies vénériennes telles que la
blennoragie, et le diabète. Dans ce cas, un second traitement à base de Ficus sp., Erythrina
pyramidalis ou Agathea sp. est donné à la fin du précédent. Contre les rhumes, les bronchites et
les oppressions de poitrine, l'écorce lixiviée est donnée à boire. Une préparation à base d'écorces
cuites puis infusées seule ou en association avec Ficus habrophylla est administrée aux personnes
souffrant d'adénites.

Dans la maladie " du Lézard", la plante est mélangée avec des feuilles de Piper
austrocaledonicum. Le traitement dure cinq jours, puis une seconde recette à base de
Xylocarpus sp. est alors prescrite.

- Cleidion spiciflorum Müll. Arg.

C'est un arbre à feuilles dentelées et opposées, dont le fruit possède un pédoncule de


cinq centimètres de longueur. Il appartient à la sous-famille des Acalyphoideae et pousse sur des tufs
volcaniques sur calcaire au Vanuatu (ex Nouvelles Hébrides).

L'écorce macérée, est administrée en bains contre les courbatures. L'écorce


enveloppée dans une feuille, lixiviée, est donnée à boire pour soigner la grippe, et apaiser les
douleurs aux articulations L'écorce râpée, macérée avec Hybanthus caledonicus ou
Gymnospora hybanthifolia est administrée aux jeunes filles à la suite de l'apparition des
premières règles menstruelles.

- Codiaeum variegatum BI.


\
C'est une plante ornementale, cultivée à cause de la grande variété de coloris de ses 1
feuilles, et qui appartient à la sous-famille des Crotonoideae. Les horticulteurs l'appellent
communément "Croton". Il pousse préférentiellement dans des endroits où le sol est calcaire.

Aux personnes atteintes de goutte ou de rhumatismes caractérisés par "des jambes


lourdes et qui gonflent", une préparation à base de feuilles est prescrite, accompagnée d'une
alimentation sans sel, ni matières grasses. Le mâchon est projetté sur la partie douloureuse. Le jus de
l'extrémité des feuilles macérées est donné à boire, entrecoupé par des lavages de la partie à traiter,
particulièrement les genoux. Quatre feuilles, dont on a prélevé les parties distales, sont écrasées,
pilées avec des feuilles de Kalanchoe sp., Cheiranthes distans et Adiantum sp. Le tout est
additionné d'une mesure d'eau (noix de coco évidée), puis donné à ingurgiter aux malades grippés et
qui souffrent de maux de tête.

Une macération de feuilles broyées est ordonnée aux enfants pour sécher les boutons
et les croûtes. Cette potion, associée avec Calophyllum sp., est employée contre certaines
infections notamment sur des plaies qui cicatrisent difficilement. La plante a été signalée comme
abortive, contraceptive, emménagogue et inductrice de l'accouchement.
30

Dans les cas de maladies magico-sociales et notamment "la maladie du serpent" (totem
de la Côte Est) caractérisée par des démangeaisons et des suintements, l'espèce est utilisée en
association avec Cymbopogon citratus, Davalia solida et Microsorium sp. Cette plante est
également employée dans les cas de sorcellerie. L'extrémité des feuilles finement mâchées est
soufflée sur le patient pour éloigner l'esprit malsain. Une décoction en mélange avec Ficus prolixa
est donnée ensuite à boire.

-Croton insulare Baillon.:

L'espèce appartient à la sous-famille des Crotonoideae, et se rencontre dans les maquis


miniers sur péridotites sur la Grande Terre, mais aussi sur les terrains calcaires aux lles Loyautés. Ce
sont des arbustes à fleurs odorantes, au latex translucide peu abondant.

On l'utilise contre les maux de dents et les gingivites. Lors d'une inflammation, le
latex recueilli est mis en contact directement sur la dent cariée ou douloureuse, quelquefois une
infusion à base d'écorces de tronc râpées est administrée pour des bains de bouche. Cette même
préparation est utilisée pour désinfecter les plaies et aide à leur cicatrisation. Parfois, on pulvérise la
partie enflammée par un mâchon de feuilles préalablement mastiquées par le tradipraticien. Pour
soigner des contusions diverses et résorber certains hématomes un paquet de feuilles {environ dix)
est donné à manger. Une macération de feuilles vertes est absorbée en cas de céphalée avec des
frictions du crâne. Les feuilles jaune·s sont réchauffées, puis appliquées en cataplasme sur les
dern1atoses et les eczémas.

Dans les maladies totémiques ou par emboucanement, les branches effeuillées sont
longuement mâchées, puis crachotées sur l'ensemble du corps en commençant par la tête. Cinq
feuilles par enfant ou huit pour un adulte sont auparavant cueillies de la main droite et jetées au pied
de l'arbre. L'espèce a été également signalée pour ses actions abortive et contraceptive, et pour son
utilisation dans le traitement des complications du post partum.

- Glochidion billardieri Baillon

Ce sont des arbres ou des arbustes de la sous-famille des Phyllanthoideae, dont les
fruits ont quatre à huit lobes avec des graines à carapace rouge. On les rencontre principalement sur
les terrains calcaires à la lisière des forêts secondaires.

Le jus des feuilles mâchées a une action vermifuge sur les vers intestinaux. Le mâchon
de feuilles jaunes avec de la noix de coco râpée est pulvérisé sur les abcès et les furoncles. L'infusion
de feuilles est donnée comme analgésique contre des gingivites mais aussi pour traiter des mycoses
buccales chez les jeunes enfants, essentiellement le muguet. Sur des blessures légères, le jus de
feuilles mâchées est crachoté sur la plaie pour favoriser sa cicatrisation.

Dans les maladies dites surnaturelles, quatre branchettes sont mises en macération
dans une bouteille avec quatre de Rhamnella vitiensis. Le macérat est bu pendant cinq jours.
31

De très jeunes feuilles sont données sous forme de sirop aux parturientes au début de
l'accouchement pour faciliter l'éjection du placenta.

On utilise parfois l'écorce râpée. Une recette à base de branchettes est administrée aux
femmes à huit mois de leur grossesse pour faciliter l'accouchement

Certaines indications rapportées sont identiques avec les données receuillies sur
Glochidion glaucus.

- Glochidion glaucus Mü[Link].:

Cest une espèce endémique limitée aux zones sédimentaires sur sols calciques, bruns
et humifères, et qui appartient à la sous-famille des Phyllanthoideae. Les arbres de dix mètres de
hauteur, ont des feuilles très larges et des fruits très petits et non lobés.

Les feuilles en tisane, ou l'écorce râpée en macération, possède une action contre la
fièvre. Cette ordonnance est prescrite aussi aux enfants ayant la diarrhée.

Une dizaine de feuilles "marquées par le diable" (légèrement jaunies), associées à deux
feuilles de Breynia disticha, redonnent la mobilité à un foetus qui ne bouge plus au terme d'une
grossesse. Cette recette est également ordonnée aux épileptiques avec des adjuvants non précisés.

Cette plante aurait aussi un effet desséchant sur des oedèmes ("peaux remplies
d'eau"), mais le traitement n'a pas été révélé.

- Macaranga vedeliana Mü[Link].:

L'espèce est constituée par des arbustes ou arbres d'une quinzaine de mètres de haut,
appartenant à la sous-famille des Acalyphoideae. Les tiges sont pubescentes et glandulaires et les
fleurs rouges sont recouvertes de poils. Ils poussent habituellement dans des forêts côtières sur des
terrasses coralliennes soulevées aux Iles Loyautés.

Les personnes atteintes de goutte sont soignées par des pétioles et des feuilles ou des
racines mâchées enveloppées dans une feuille. Les feuilles sont mâchées, puis le jus est avalé par les
personnes souffrant de rhumatismes. Une préparation d'écorces de racines râpées est aussi
administrée par voie orale.

Les feuilles sont également données sous forme d'infusion aux malades se plaignant
de maux de gorge ou d'angines. Du bois en mélange avec des feuilles est mis à macérer dans une
bouteille. Le macérat est donné à boire pendant trois à quatre jours. Cette préparation rend stérile les
femmes ayant trop d'enfants et arrête le flux menstruel dans les cas d'écoulement prolongé
anormaux.
32

- Phyllanthus amarus Schununacher & Thoming.:

C'est une plante herbacée ou subligneuse de trente huit centimètres de haut,


entièrement glabre, appartenant à la sous-famille des Phyllanthoideae. C'est une espèce anthropophile
existant partout, assez commune. Elle croît de préférence sur des tufs volcaniques sur des sols
calcaires au Vanuatu (ex Nouvelles Hébrides).

La plante entière est utilisée en macération, contre les rhumatismes. Le jus de la plante
infusée ou mâchée a des propriétés antidysentériques.

- Phyllanthus bourgeoisii Baillon.:

La plante appartient à la sous-famille des Phyllanthoideae. C'est une espèce qui croît
dans des terrains schisto-gréseux, le long des berges. Arbustes de 1-2 mètres, souvent multicaules et
entièrement glabres, ils ont des feuilles alternes.

Utilisés comme calmant dans les gingivites, les fruits sont pilés, puis mis à macérer.
Le jus est donné en gargarismes. En association avec Acronychia laevis, la plante aurait des
propriétés fébrifuges.

En forme de crevette, cette espèce est utilisée par les gens habitant le long des rivières
pour attirer les crevettes au fond des nasses.

- Phyllantbus persimilis Baillon.:

Ce sont des sous-arbrisseaux dressés dépassant rarement un mètre, très ramifiés à la


base et possédant des feuilles alternes, distiques. lls poussent sur les terrains miniers ultrabasiques.

Sous forme de décoction, en association avec Dianella solida, Ficus aspera,


Oxalis corniculata, Brassica oleracea, Maesa novocaledonica, le décocté, donné aux
jeunes enfants, est fortifiant. Une autre technique consiste à enrouler les ingrédients dans une feuille
de bananier, la bourse est cuite dans des cendres chaudes. L'ensemble est ensuite additionné d'eau
puis le jus est donné aux enfants.

Aux malades souffrant de ganglions gonflés, on administre la plante entière, mâchée puis
avalée.

Dans toutes les indications recueillies, on voit qu'avec la plante principale, plusieurs plantes
sont souvent ajoutées pour constituer le médicament. Leur rôle exact n'est pas élucidé, mais on
mesure la difficulté pour l'enquêteur d'attribuer à tel ou tel constituant du mélange (ou tous ensemble)
les activités mentionnées et/ou vérifiées.

Après ce travail de terrain mené en Nouvelle Calédonie, il importait de procéder à la


vérification en laboratoire des renseignements obtenus auprès des Mélanésiens.
33

CHAPITRE II

ETUDES PHARMACOLOGIQUES
MENEES SUR LES EUPHORBIACEAE
SELECTIONNEES
34

1- BUTS ET OBJECTIFS.

L'objectif de ce travail est, compte tenu des indications précédemment recueillies dans la
médecine populaire mélanésienne :

- de corroborer les informations fournies avec les analyses de laboratoire (tests


pharmacologiques).

- et ultérieurement, en fonction du résultat des essais pharmacologiques, d'élucider la


structure des principes actifs, qui pourront être, s'ils s'avèrent intéressants, le point de départ d'une
étude clinique, aboutissant à la mise au point de médicaments utiles, non plus seulement pour les
Mélanésiens mais aussi pour le monde en général.

Dans le domaine de l'étude des plantes médicinales, la recherche d'une activité


pharmacologique doit toujours précéder l'étude chimique.

Lorsque la recherche de terrain utilise l'approche ethnopharmacologique, il devient impératif


de confirmer ou d'infirmer les renseignements obtenus.

Des extraits de plantes, des produits issus de la chimie de synthèse ou de la biochimie


subissent un premier criblage pharmacologique grossier pour détecter une éventuelle activité
biologique. Les tests réalisés en série, doivent être rapides, peu coûteux en animaux. Les produits
doivent être solubles dans l'eau ou dans le liquide physiologique inene sur le plan pharmacologique,
pour les injections par voie intraveineuse et dans les essais "in vitro".

Après ce premier criblage, les produits intéressants sont alors testés sur animaux entiers et
sur des modèles expérimentaux plus élaborés : c'est l'étape de la pharmacologie spécialisée. Le ou les
principes actifs subissent alors des études de toxicologie, de pharmacocinétique et d'analyse
galénique.

Dans le cadre d'une collaboration avec les laboratoires DEBAT, des extraits totaux
hydroalcooliques des treize Euphorbiaceae précédemment citées, ont fait l'objet d'une analyse
pharmacologique générale.

Au terme de ces essais préliminaires, l'espèce Macaranga vedeliana Mü[Link]. a été


retenue pour des études plus approfondies dans le domaine cardio-vasculaire.

II- TESTS PRELIMINAIRES.

A- FONCTION PHYSIOLOGIQUE EXPLOREE.

Le criblage pharmacologique général a été réalisé sur le plan :

-de la toxicité (dose maximum tolérée sur Souris)


CODE* Genre-Espèce Organes prélevés Lieu de récolte

HNA6 Acalypha grandis F. Lifou


Il Il
HNA7 E.T.
HNA8 Acalypha neocaledonica F. Il

Il Il
HNA9 E.T.
HNAlO Aleurites moluccana E.T Dumbéa
HNA4 Baloghia Iucida F. Baie Tina
Il Il
HNA5 E.T
HNA22 Cleidion spiciflorum F. Vanuatu
Il
HNA23 Il
E.T.
HNA 11 Codieaum variegatum F. Lifou
Il
HNA12 Il
E.T
HNAl Croton insulare F. Thio (péridotites)
HNA2 Il
F. Ouen Toro (calcaire)
Il
HNA3 Il
E.T.
HNA13 Glochidion billardieri F. Lifou
Il Il
HNA14 E.T.
Il
HNA15 Glochidion glaucus F.
Il
HNA16 Il
E.T.
Il
HNA17 Macaranga vedeliana F.
Il Il
HNA18 E.T.
HNA21 Phyllanthus amarus P.E. Vanuatu
HNA19 Phyllanthus bourgeoisii P.E. Hou ailou
HNA20 Phyllanthus persimilis P.E. Poy a
F: Feuilles E.T: Ecorces de tronc P.E.: Plante entière.
* En règle générale ,les extraits destinés à l'analyse pharmacologique sont affectés
d'un numéro de code HNA pour Hnawia (voir tableau IV).

Tableau ID

Les Euphorbiaceae récoltées et testées.


35

- des activités sur le système nerveux central ( effets tranquillisants,


anticonvulsivants)

-de l'activité "analgésique anti-inflammatoire"( test de l'abcès à la


carraghénine de la patte du Rat, test de Koster)

- des activités sur le système cardio-vasculaire

-de l'activité sur le muscle lisse (organe isolé :iléon)

-de l'activité antibactérienne (gennes G+ et G-)

B- RESULTATS ET COMMENTAIRES.

1 - Etude pharmacologique systématique.

Le bilan des études pharmacologiques systématiques, réalisées sur


l'ensemble des extraits hydroalcooliques (tableau ill), est présenté dans le tableau IV.

De l'ensemble de ces résultats, il faut signaler :

-L'absence de toxicité aigue des extraits à 2 [Link]-1 par voie orale chez la Souris. Les
extraits ont été testés à 500 [Link]-1 par voie orale (dose maximale).

- Dans le domaine du système nerveux central, certaines activités ont pu être mises en
évidence. Ainsi, l'extrait HNA 2 (extrait de feuilles de Croton insulare) présente une faible action
tranquillisante. Aucun des extraits ne s'est révélé anticonvulsivant vis-à-vis des crises induites par le
.pentétrazol. De même, aucun n'a exercé de protection dans l'hypoxie hypobare.

-Dans le domaine "antiinflammatoire-analgésique" aucun extrait n'a présenté d'action


vis-à-vis des crampes abdominales induites par l'acide acétique chez la Souris et sur l'oedème
provoqué par la carraghénine.

- Au niveau cardio-vasculaire, seul un nombre réduit d'extraits a pu être testé en


fonction de leur solubilité en milieu aqueux (à 20 [Link]- 1 par voie intra-veineuse).

Les extraits HNA 7, 8, 10 et 17 provoquent une hypotension marquée accompagnée la plupart


du temps d'une baisse de la fréquence cardiaque. Parmi ceux-ci, l'extrait HNA 17 correspondant à
Macaranga vedeliana a été choisi pour une étude approfondie. L'extrait HNA 23, provenant de
Cleidion spiciflorum se singularise en induisant à dose élevée une forte hypertension (+ 43%) et
une forte bradycardie (- 63% ).
- Sur l'iléon de Cobaye, il faut retenir l'action contracturante des extraits HNA 5 et 20. Vis-à-
vis des agents spasmogènes seul l'extrait HNA 10 a une activité de type spasmolytique à 0,5 et
[Link]- 1. Mais cet effet s'exerce de façon aspécifique aussi bien vis-à-vis de l'histamine, du
carbachol, de la sérotonine que du chlorure de baryum.
N°HNA 1 Toxicité Motricité Anxio- Anti- Anticho- Anti- Anti- Anal- Antiinflam- Anti- Cardio- Déon
2g.Krr1 lvtioue déoressif linentiaue convusif hvnoxioue gésiaue mato ire bacEérien vasculaire Co bave

1 0% - - - - - - - !+ - - non tes té
2 0% - Î+ - - - - - - - - non tes é
3 0% - - - - - - - - + non testé non tes é
4 0% - - - - - - - - - - non tes é
5 0% - - - - - - - - - - Î+
6 0% - - - J,+ - - - !+/- - - non tes té
7 0% - - - - - - - !+/- - !pa !fe non tes :é
8 0% - - - - - - - - - !pa non tes é
9 0% - - - - - - - - - - non tes :é
10 0% - - - J-+ - - - - + !pa !fe Î+
11 0% - - - - - - - !+/- - - non tes té
12 0% - - - - !+/- - - - - - -
13 0% - - - - !+/- - - - - non testé -
14 0% - - - - J-+/- - - - - non testé -
15 0% - - - - - - - - - non testé non tes té
16 0% - - - - - - - J-+/- - non testé non tes té
17 0% - - - - - - - - + !pa!fc non tes té
18 0% - - - - - - - !+/- - non testé -
19 0% - - - - - - - J-+/- - - -
20 0% - - - - - - - !+/- +/- non testé Î+
21 0% - - - - - - - !+/- - - non tes é
22 0% - - - - - - - - - - -
23 0% - - - - - - - - - !pa Îfc non tes :é
Hypertens.
~forte dose

pa : pression artérielle fe : fréq ue~ce cardiaque + : actif - : inactif


Tableau TV
Résultats des études phannacologiques générales.
36

- En microbiologie, les extraits HNA 3 et HNA 17 se sont révélés actifs sur le


Staphyloccocus aureus avec des CMI (concentration minimale inhibitrice) comprises entre 0,08
et 0,4 [Link] 1. Par contre, aucun extrait n'est efficace sur Escherichia coli et Candida
albicans.

2 - Etudes approfondies.

a· Sur Ci!ion I.e Co6aye.

La nature de la contraction induite par les extraits HNA 5 et HNA 20 a été


recherchée par l'emploi d'inhibiteurs spécifiques:

- Mépyramine pour l'histamine

- Atropine pour l'acétyl-choline

- Papavérine pour une action musculotrope.

La contraction induite par HNA 5 n~ pu être approfondie car elle était


d'amplitude très faible, fugace et non reproductible. La contraction provoquée par l'extrait HNA 20
est inhibée par la mépyramine et la papavérine. La contraction révèle donc un mécanisme de type
histaminergique au moins partiellement

6- J'lu niveau cartiio-vascufaire.

L'action hypotensive des extraits HNA 7, 8, 10, 17 a été étudiée pour la mise
en évidence d'une éventuelle relation effet/dose. Cet effet apparaît dès la dose de 5 [Link]-1 (voire
2,5 [Link]·l) et il est généralement dose-dépendant. Injecté à 0,625 -1,25 - 2,5 et 5 [Link]-1, l'extrait
HNA 23 provoque une hypotension importante, principalement sur la pression diastolique. Aux
mêmes doses, la fréquence cardiaque n'est que peu modifiée. Lors de l'essai préliminaire, cet extrait
s'était révélé hypotenseur à 20 [Link]- 1. Son action tensionnelle paraît donc complexe.

c- !Micro6iofogie.

Les extraits HNA 3, 17 ont fait l'objet d'une étude sur une gamme élargie de
germes gram positif. Les résultats montrent que les extraits sont actifs pour des concentrations
relativement élevées, comprises entre 0,08 et 0,4 [Link] 1.

De ces travaux, il faut retenir :

-l'absence de toxicité des extraits à 2 [Link]' 1 chez la Souris.

- Aucun des extraits ne présente un profil psychopharmacologique caractéristique


d'une action de type sédatif ou stimulant, au sens le plus large des tennes.
37

- Les activités relevées : anxiolytique, anti-hypoxique. sont réelles mais de faible amplitude,
peu reproductibles et non fonction de la dose administrée.
-Aucun extrait n'a montré d'activité anti-inflammatoire significative associée à un effet
analgésique. Il n y a donc pas confirmation des informations d'usage empirique ou bien la traduction
des symptômes décrits par l'informateur ne correspond pas à un effet douloureux ou inflammatoire.

- Au niveau cardia-vasculaire, plusieurs extraits essayés sont hypotenseurs. Cet effet est
fonction de la dose administrée par voie veineuse. L'effet est particulièrement net avec les extraits
RNA 7, 8, 10 et 17. C'est l'extrait RNA 17 de Macaranga vedeliana qui sera choisi pour l'étude
chimique en raison de son activité hypotensive nette. L'extrait HNA 23 présente la particularité d'être
hypotenseur à faible dose, puis hypertenseur à concentration plus élevée.

- Sur l'iléon de Cobaye, deux types d'action ont été mis en évidence : ainsi les extraits HNA
5 et 20 provoquent une contraction peu ou pas spécifique. L'extrait HNA 10, au contraire, possède
une activité relaxante s'exerçant préférentiellement vis-à-vis de l'histamine et du carbachol.

- En microbiologie les différents extraits ont été testés pour leur activité sur des germes
Gram+ (plusieurs souches de Streptocoques et de Staphylocoques et [Link]) et sur des germes
Gram- ([Link]). L'activité antifongique sur C. albicans a également été recherchée. La méthode
utilisée pour le criblage est l'essai d'inhibition par microdilution en milieu liquide. Aucun extrait n'a
révélé d'activité antibactérienne ou antifongique significative nécessitant une étude ultérieure.

ill- LIMITES DES CRITERES ETIINOPHARMACOLOGIQUES.

A - INTERPRETATION DES E NQUETES. ETIOLOOIE.

Les tradipraticiens possédent des notions d'anatomie, mais malheureusement parfois


insuffisantes pour effectuer des diagnostics précis. Un trouble au niveau de l'estomac peut signifier
une indigestion, un ulcère et même un cancer. Cela peut rendre quelquefois l'interprétation des
données empiriques très délicate.
Les indications recueillies auprès des guérisseurs sont formulées par l'enquêteur dans la
terminologie européenne. Ces transcriptions ne correspondent pas forcément à la vision et à la
conception de la [Link] médecine empirique, ce qui pose bien souvent le problème d'étiologie.

Cela est d'autant plus difficile que les concepts des médecines occidentale et traditionnelle
sont entièrement différents. Le premier veut guérir en essayant de combattre les agents
physiopathologiques responsables du dysfonctionnement, alors que le second s'intéresse aux
symptômes pour les enrayer. Les méthodes utilisées et les remèdes associés ne sont pas toujours
identiques.
Enfin , le problème de communication et de langage entre l'enquêteur et l'informateur n'est
pas négligeable. Très souvent, il faut une tierce personne pour traduire les informations, le guérisseur
ne s'exprimant pas toujours dans la langue de l'enquêteur.
38

B- LA DEMARCHE EXPERIMENTALE.

1- Tests tous azimuts et coût élevé.

La démarche ethnopharmacologique pourrait permettre d'orienter les essais


pharmacologiques au laboratoire. Cependant les indications recueillies obligent à faire un grand
nombre de relevés sur un échantillonnage le plus large possible pour faire des recoupements
ultérieurs. En effet , une seule et même plante est souvent utilisée pour des usages très variés.

De plus, les enquêtes montrent que la plupart des ordonnances sont complexes.
On emploie couramment une combinaison de plusieurs plantes, et il serait hasardeux de définir des
actions pharmacologiques individuelles.

Cela contraint le chercheur à faire des tests tous azimuts. De tels essais se
révèlent toujours coûteux et limitent trop souvent leur diversité et leur multiplicité.

2- Emploi de l'animal comme réactif.

Les essais au laboratoire utilisent des animaux tels que le Rat, la Souris, le
Cobaye etc... comme réactifs pour confirmer ou infmner une indication de terrain.

Le décalage entre l'activité décelée chez l'Homme et celle enregistrée chez


l'animal peut parfois prêter à des interprétations de résultats trop hâtives et à des conclusions
prématurées.

3- Solubilité des extraits végétaux. Complexité des mélanges.

Pour effectuer des tests, le critère de solubilité des extraits est impératif. On
emploie parfois des excipients autres que l'eau, solvant unique utilisé par les médecins traditionnels
dans leurs préparations (infusions, macérats etc...), tels que le diméthylsulfoxide ou le Tween qui
possèdent des activités intrinsèques. Ceci peut induire une erreur dans le commentaire des résultats.

Généralement, on donne à l'analyse pharmacologique, non pas une substance


pure ou prépuriflée, mais une mixture qui peut être difficilement soluble, donc impossible à tester.

On doit donc sélectionner les extraits, avec le risque de ne pas observer le


résultat attendu.

4- Doses et posologie.

Comme nous l'avons évoqué précédemment, le manque de précisions au


niveau des dosages et de la posologie a souvent été un reproche fait à l'encontre de la médecine
traditionnelle.
39

Les tradipraticiens utilisent couramment comme unité de volume la noix de


coco évidée ou l'entrenoeud de bambou et les quantités sont données en "poignée de main" ou
"largeur de doigt".

Les prises de médicaments sont répétitives, deux à trois fois par semaine, ou
plusieurs fois par jour. L'effet d'accoutumance de l'organisme à la plante pourrait être à l'origine de
l'activité observée par le guérisseur.

Dans la pratique, au laboratoire, une dose fixée arbitrairement est injectée ou


donnée à ingérer à l'animal. Cela peut expliquer le niveau faible d'activité noté ou même simplement
l'absence de réponse.

5- Niveau d'activité faible ou stable en cours de fractionnement.

Une mixture peut se révéler active après un premier criblage, mais au fur et à
mesure du fractionnement et de la purification de l'extrait, on peut obtenir des niveaux de réponses
faibles et parfois même nuls.

~s composés, agissant en synergie, peuvent devenir totalement inactifs en les


dissociant de leur environnement dans la mixture. Les substances ont pu aussi être décomposées au
cours du fractionnement.

Ces différentes limites des critères de la démarche ethnopharmacologique, bien


qu'elle soit originale, montrent qu'elle ne doit pas être séparée des autres méthodes
(chimiotaxonomie, pharmacotaxonomie) dans la recherche de substances naturelles utiles.

Enfin, une fois l'enquête ethnobotanique terminée, on se posera encore la


question suivante :

Quel type d'extrait faut-il préparer et quel modèle pharmacologique est le plus
adéquat pour confirmer ou infirmer l'indication ethnopharmacologique?

IV. ETUDE PHARMACOLOGIQUE DE MACARANGA


YEDELIANA.

Macaranga vedeliana Mü[Link] utilisé dans la médecine populaire, par les


Mélanésiens pour soigner "les coups", supprimer la sensation de douleur quand "on a mal là ou là".

Cette activité que nous avons présumée analgésique et antiinflammatoire n'a pas pu être
vérifiée au laboratoire sur les modèles de l'oedème à la carraghénine de la patte postérieure du Rat
(test de Jansen) et des contractions abdominales induites par l'acide acétique chez la Souris (test de
Koster).
Extrait Concentration Véhicule Pression syst pression diast [Link]
* * **
HNA 17 20mg/ml Tween 1% -32%- -53% -9%
A 20mg/ml eau -26% -46% -13%
B 20mg/ml Tween 1% -14% -40% -8%
At 20mg/ml eau -13% -29% -6%
Az 20mg/ml eau -36% -38% -4%
A3 Insoluble eau - - -
Acétylcholine lOJ,Lg/ml eau -20% -62% -4%
Noradrénaline 3 [Link]/ml eau +30% +46% +5%
Isoprénaline 5 [Link]/ml eau -25% -63% +5%

syst.: Systolique, diast.: Diastolique, fr. card.: Fréquence cardiaque.


* Les pressions systolique et diastolique sont en % par rapport à la pression de base.
** La fréquence cardiaque est exprimée en % par rapport à la fréquence de base
Tableau V

Etude de l'activité de Macaranga vedeliana sur le système cardiovasculaire chez le Rat.


40

Par contre le criblage pharmacologique préliminaire, au niveau cardio-vasculaire, a montré


que l'extrait HNA 17 (feuilles de Macaranga vedeliana Mü[Link].) est hypotenseur. Injecté par
voie intraveineuse à la dose de 20 [Link]-1 sous un volume de [Link]-1, l'extrait HNA 17 provoque
une chute de la pression artérielle égale ou supérieure à 40 p. cent de la valeur initiale et une
diminution de la fréquence cardiaque.

Cet effet apparait à la dose de 2,5 [Link]-let cette action est dose dépendante.

Compte tenu de ces premiers résultats, nous avons donc retenu cette plante pour une étude
pharmacologique et chimique poussée.

A- EXPLORATION DE L'EFFET SUR LE SYSTErvtE CARDIO-VASCULAIRE.

Dans une première étape, l'extrait HNA 17 a été divisé en quatre sous-extraits : A, B et C
correspondant à des extractions différentes par des solvants de polarité croissante. L'action des ces
échantillons sur la pression artérielle et la fréquence cardiaque a été mesurée chez le Rat anesthésié.

Les extraits méthanolique A et aqueux B conservent, de manière à peu près équivalente,


l'activité hypotensive du produit parent (HNA 17) dans les mêmes conditions opératoires. L'extrait
hexanique C n'a pu être testé car il est insoluble dans l'eau ou dans un liquide physiologique neutre
sur le plan pharmacologique.

Pour des raisons de temps et parce que le niveau de réponse obtenu ne justifiait pas une
étude plus poussée, nous avons choisi de pousuivre notre étude uniquement sur l' extrait
méthanolique A.

L'extrait méthanolique A a été, à son tour, fractionné par chromatographie sur colonne de
silice en phase inverse. Les trois échantillons At. A2 et A3 que nous avons obtenus ont été soumis à
l'analyse pharmacologique. Les résultats sont reportés dans le tableau V.

B- COMMENTAIRES ET DISCUSSION.

!-Pression artérielle et fréquence de base.

La pression artérielle systolique et diastolique chez le Rat avec l'anesthésique utilisé


(uréthane en solution aqueuse) est respectivement de 130 mmHg et de 90 mmHg.

Le rythme cardiaque est d'environ 480 battements par minute.

2- Activité des extraits A1, A2 et A3.

Dans un premier temps,nous avons effectué des essais de solubilité des extraits A1. A2 et A3
dans l'eau et dans le Tween 80 à 1% en solution aqueuse. Seuls les extraits At et A2 sont solubles.
L'extrait A3 n'est pas testé car il est insoluble.
41

On prépare donc des solutions à 20 mg/ml de chaque extrait. On injecte par voie
intraveineuse dans la veine jugulaire, 0.1 ml par 100 g. On enregistre la pression artérielle et la
fréquence cardiaque.

L'extrait Az conserve l'activité hypotensive de l'extrait parent (HNA 17). Une bradycardie
est observée par rapport à l'extrait A1. Cette activité reste tout de même fugace.

Cependant, il faut être vigilant quant à l'interprétation de ces résultats, tant que l'activité A3
n'est pas connue.

Des produits de référence (acétylcholine, noradrénaline et isoprénaline) sont également testés


pour mieux apprécier une action hypo ou hypertensive et une bradycardie ou une tachycardie .

L'extrait parent (HNA 17), à la dose de 20 mg/ml, de même que les sous-
extraits dérivés, ont une action hypotensive proche de celle de l'acétylcholine à la
dose de 10 [Link]/ml.

Ainsi, parmi les trois extraits testés, seul l'extrait Az conserve de manière quasi-identique
l'activité hypotensive de l'extrait parent (HNA 17), accompagnée d'une dimunition de la fréquence
cardiaque. L'extrait A1 possède une légère action.

Ces résultats nous guideront dans la suite de notre étude dans le fractionnement et la
purification de ces deux extraits, bien que l'activité de l'extrait A3 n'ait pu être mesurée.

Cependant ces premiers résultats demeurent insuffisants par eux-mêmes. Il aurait été
souhaitable de poursuivre une telle étude sur d'autres modèles expérimentaux (rats hypertendus par
exemple) afm de déterminer le réel intérêt thérapeutique de tels extraits dans la recherche de nouvelles
substances médicamenteuses.

Avec les informations obtenues par cette analyse pharmacologique, notre travail de recherche
s'est alors orienté vers l'étude chimique de la plante, et plus particulièrement de l'extrait
méthanolique.
42

CHAPITRE III

ETUDES CHIMIQUES
phénylalanine

OH
1 H3c-e
~O ~ 3'

=!H, 'oH 11--D-OH


C~
HO
/CH3 6'
HO-C HO·C/
Il Il
0 0 Chalcone-flavanone
3 unités acétate unité p-coumarique isomérase
Chalcone

3'

5' HO
6' -2H
Chalcone flavanone
oxydase

Flavanone Flavone
Tableau ...YI
Formation du squelette flavonique
43

I -RAPPELS BIBLIOGRAPHIQUES.

A- GENERALITES SUR LES FLA VONOIDES.

L'étude de Macaranga vedeliana Müll. Arg. a conduit à l'isolement de


plusieurs flavones, dont deux sont nouvelles. C'est pourquoi, avant de rappeler les études chimiques
déjà effectuées dans la famille des Euphorbiaceae, et plus particulièrement dans le genre
Macaranga, il a semblé utile de rappeler brièvement l'état de nos connaissances sur les flavones.

Les flavonoïdes forment une famille de composés phénoliques colorés et


naturels où dominent le jaune (flavone du nom latinjlavus), le rouge ou le bleu (anthocyanes), dont
la structure dérive du squelette flavonique 1.

3'

L'origine biogénétique de ces composés phénoliques est connue et a pu être


élucidée grâce à l'utilisation de précurseurs marqués (44, 45).
L'identification et la caractérisation de ces dérivés flavoniques correspondant à
différents types structuraux ont été facilitées par l'utilisation de méthodes spectrales (IR, UV, RMN
lH, RMN 13C) et chromatographiques.
Les propriétés biologiques des flavonoïdes sont assez variées. On ne connait
pas encore de corrélation directe entre la structure de ces molécules et leur activité.
L'utilisation de dérivés de flavones en thérapeutique est actuellement réservée à
quelques domaines particuliers, par exemple la microcirculation veineuse.

1- Biogénèse des flavonoïdes (Tableau VI).

Les flavonoïdes ont un squelette C6-C3-Qi. Les expériences effectuées en vue


de déterminer l'origine biogénétique de ces composés, ont montré que les acides de la série du
phényl-propane (acide cinnamique) sont les précurseurs du noyau B. L'acide cinnamique provient
lui-même de la désamination de la phénylalanine. Le noyau A provient de la condensation de trois
chaînes acétyles. La biosynthèse des flavonoïdes s'effectue en trois étapes :

-formation d'une chalcone-flavone conduisant au squelette flavonique (46).

- hydroxylation ou méthylation de la flavone.


oxydation 0-glycosylntion
Cludcon~avanone Flavone Flavone-0-glycosides

1
C-glycosylatioo

Chalcone/flavanone oxydation . 0 -glycosylation


C-glycosides Flavone-C-glycostdes Flavone-C~glycosyl
-0-glycostdes
Tableau yu
Biogénèse de la glycosylation des flavonoïdes

3'

4'

~
2. : Flavone R= H Flavanone Isofiavone
(phényl-2 chromone)
l : Flavonol R= OH
R'
R"

Rz

2 1 .a
Chalcone Anthocyane
Flavanne
(phényl-2 chromanne)
44

- formation éventuelle de l'hétéroside.

L'hydroxylation en 4' de la flavone intervient donc avant la formation du


squelette C6-C3-C6·

La méthylation des dihydoxy 3', 4' flavonoïdes est catalysée par des enzymes
de typeS adénosyl-L-méthionine 3'-0-méthyltransférase beaucoup plus tardivement sur la molécule
C6-C3-C6.

Les hétérosides sont formés ensuite par C-glycosylation ou 0-glycosylation à


la fm de la biogénèse (46)(tableau Vll).

2- Différents types structuraux.

a· f})érivés flavonüpus.

Les flavonoïdes sont des composés hétérocycliques oxygénés qui dérivent de la chromone
(benzo y-pyrone). Les flavonoïdes naturels comportent différents types structuraux (flavone,
flavonol, biflavone etc ...) dont chacun se distingue par les modifications : fonctions phénols parfois
méthylées et diverses substitutions des noyaux. On distingue:

- la flavone 2 elle-même

- les flavonols l caractérisés par un hydroxyle en position 3

-les flavanones ~qui se distinguent par l'absence de la double liaison en 2-3


dans le cycle pyrone.

- les isoflavones 5. dont le noyau B est porté par le carbone en position 3.

La flavone elle-même, n'a jamais été isolée des plantes. Par contre, on trouve fréquemment
ses dérivés hydroxylés tels que le chrysol ( dihydroxy 5-7- flavone), l'apigénine (trihydroxy 5-7-4'-
flavone), la lutéoline (tétrahydroxy 5-7-3'-4'-flavone).
Les flavonols fréquemment rencontrés sont le quercétol (pentahydroxy 3-5-7-3'-4'-flavone)
et le kaempférol (tétrahydroxy 3-5-7-4'-flavone).
Le terme flavonoïde englobe également :
-les chalcones .Q (isomères des flavanones avec ouverture du cycle pyrone).
-les dérivés du phényl-2 chromanne ou flavanne 1 (catéchines et leucoanthocyanes).
-les dérivés du phényl-2 benzopyrylium .8. (anthocyanes).
OH
OH

2: ~= H R2= glycosyl: ll: Rs= glucosyl R 7 = ~= R 3= ~·=H :


,r~lucosyllutéoline Virex:ine
10: R 1= 0-galactosyl R,.= H: ll: ~= glucosyl R8= R7= R3.:: R4.:: H :
3-Galactosyl Quercétinë lsovitex:ine
ll: R8= glucosyl R,= ~= R4.:: H R3.:: OH
Oi:ientine
,!!: ~= glucosyl R7= R8= R4'=H R3'=0H:
lsoorientine

OH

1.5.
Cupressufiavone
45

On observe fréquemment la substitution des noyaux aromatiques A et B par des


groupes de type -OH, -OCH3, 0-glycosyl, C-glycosyl. Le noyau A est substitué habituellement en 5
et en 7. n est rarement monosubstitué, mais plutôt polysubstitué. Quelquefois, il peut être prénylé ou
glycosylé. Le noyau B, dans la majorité des cas, est substitué par une fonction oxygénée (en para),
par deux (en méta et para) ou par trois (une en para et deux en méta).

b- Les hétérosides flavoniques.

La partie osidique comporte un ou plusieurs oses :


- glucose, rhamnose, xylose ...
- rutinose.
- gentiotriose, sophorotriose...

La partie osidique peut être liée à la flavone par une liaison éther (0-
hétéroside) ou par une liaison C-C (C-hétéroside).

* Les 0-hétérosides.

La liaison entre la génine et le sucre se fait, de préférence, par


l'hydroxyle en 7 chez les flavones (7-glucosyl lutéoline .2. par exemple) et flavanones, et par
l'hydroxyle en 3 chez les flavonols (3-galactosyl quercétine .lQ par exemple).

Ces flavonosides sont, de loin, les plus fréquents.

*Les C-hétérosides.

La liaison s'établit souvent entre le carbone anomérique de l'ose


(généralement le glucose) et le carbone 8 ou 6 de la génine. La vitexine 11. l'isovitexine 12,
l'orientine 13 et l'isoorientine 14 sont les exemples les plus répandus de C-hétérosides.

Les C-hétérosid:es se distinguent des 0-hétérosides par leur résistance à


l'hydrolyse acide. En réalité, elles ne sont pas totalement inertes et ce traitement peut donner lieu à
une transposition de type Wessely-Moser (47, 48) entre les carbones en position 6 et 8. L'hydrolyse
acide provoque un réarrangement par ouverture du cycle y-pyrone au niveau de la liaison éther et
passage par un intermédiaire 13-dicétonique, chez les flavones trisubstituées en position 5, 6, 7 et 5,
7, 8 dont l'hydroxyle en position 5 est libre

c- Les biflavonoïdes.
Chez les biflavonoïdes, le mode de liaison des deux monomères est
généralement :
- carbone-carbone: 8-6, 8-8, 8-4', 8-3, 6-4'.
-carbone-oxygène: 6-0-3'.
On peut citer par exemple l'amentoflavone ou la cupressuflavone 15.
46

3- Distribution, localisation et rôles .(49).

Les flavonoïdes sont largement distribués dans le règne végétal, où ils existent le plus
souvent sous forme d'hétérosides solubles. Quasiment absents chez les Algues, ils apparaissent chez
les Bryophytes. lls sont présents chez les Fougères et les Gymnospermes, mais leur variété
structurale est faible. Par contre, chez les Angiospermes, ils sont très largement représentés et leur
diversité structurale est maximale.

Ds sont particulièrement abondants dans certaines familles : Polygonaceae, Rutaceae,


Fabaceae, Mimosaceae, Caesalpiniaceae, Apiaceae, Astéraceae.

lls sont présents dans tous les organes, mais surtout dans les organes jeunes : feuilles
et boutons floraux. On les trouve dissous dans les vacuoles à l'état d'hétérosides, ou comme
constituants de certains plastes particuliers, les chromoplastes. La lumière intervient dans leur
formation.

Le rôle physiologique des flavonoïdes est mal connu. En raison de leur structure
polyphénolique, ils pourraient jouer un rôle dans les chaînes ~·oxydo-réduction et modifier certaines
réactions concernant la croissance, la respiration et la morphogénèse. Ainsi le kaempférol active
l'auxine-oxydase tandis que le quercétoll'inhibe.

Les flavonoïdes sont capables de se fixer sur certaines protéines et enzymes à cause de
leurs groupes phénols et de modifier ainsi les équilibres enzymatiques. Ils interviendraient à
différents stades du développement, notamment lors de la germination.

Les flavonoïdes, dont l'absorption UV est importante, protègent la plante vis-à-vis des
rayonnements nocifs.

Les flavonoïdes du "bois de coeur" interviendraient contre les parasites des arbres
grâce à leurs propriétés fongicides.

4 - Identification et caractérisation des flavonoïdes.

L'élucidation structurale des flavonoïdes repose sur un ensemble de méthodes


chromatographiques et spectrales mises au point par plusieurs équipes et des techniques générales
d'étude (hydrolyse acide, acétylation et méthylation).

T. Mabry et coll. ont résumé les contributions les plus significatives apportées
à ces problèmes de séparation et d'identification (50-52).
47
a- !Métfwtfes cfiromatograpliiques.

La fluorescence en lumière U.V. à 365 nm donne d'éventuelles


informations sur la position des substituants, tandis que la mise au point de révélateurs spécifiques,
outre les réactifs comme le chlorure d'aluminium et le réactif citroborique , a permis des progrès
significatifs dans l'analyse en CCM.

Ainsi le mélange diphényl-borate d'amino-éthanol PEG 4000 (53),


réactif de Neu, apporte des informations sur la nature des principales génines flavoniques et les
hétérosides correspondants.

D'autres réactifs sont aussi employés (54):

- réactif à la benzidine bis-azotée (55).

- réactif de Benedict (55).

- réactif à l'acide sulfurique (H2S04 50%).

6- !Métfwâts spectrales.

• Spectrométrie âa6sorption 'll.o/.(50).

Le spectre d'une flavone en solution dans le méthanol présente deux bandes


caractéristiques :

- une bande 1, due au chromophore cinnamoyle B, située entre 320 et 360 nm.

- une bande Il, due au chromophore benzoyle A, située entre 240 et 270 nm.

Le spectre obtenu est spécifique de la flavone, la présence de sucres ne modifiant pas


les spectres UV.

L' utilisation de réactifs de complexation et d'ionisation permet de localiser les


hydroxyles libres :

Détermination de la substitution de l'hydroxyle en 5 : l'addition du


chlorure d'aluminium donne un déplacement bathochrome de l'ordre de 45 nm de la bande 1, qui se
dédouble en deux pics ou inflexions, et également un déplacement bathochrome de la bande Il,
lorsque l'hydroxyle en 5 est libre. Ce réactif complexe irréversiblement le groupe formé par le
carbonyle en 4 et l'hydroxyle en 5. L'addition d'HCI ne provoque aucun effet hypsochrome par
rapport au spectre en présence de AlC13 seul.
48

Détermination du système orthodihydroxylé : Le chlorure d'aluminium


complexe également les groupements orthodihydroxylés. Les bandes I et ll se dédoublent, avec effet
bathochrome. L'addition d'acide chlorhydrique différencie ce système du système ~-hydroxy­
cétonique. En effet, il provoque un déplacement hypsochrome de 30 à 40 nm pour la bande I
comparativement à celui du spectre, réalisé en présence de AlCl3 seul.

L'acide borique en présence d'acétate de sodium forme avec les


groupements orthodihydroxylés (en 3' et 4') des complexes qui provoquent un déplacement
bathochrome de la bande I de 12 à 30 nm. Si le spectre obtenu est voisin de celui de la substance en
solution dans le méthanol, on peut conclure à l'absence d'hydroxyle en ortho.

Détermination de la substitution par l'hydroxyle en 7 :

L'acétate de sodium est une base faible qui n'ionise que les groupes
hydroxyles les plus aci~es, dont l'hydroxyle en position 7. L'ionisation de cet hydroxyle affecte
principalement la bande ll avec un déplacement bathochrome de 5 à 20 nm. Ce déplacement ne se
produit pas quand le carbone en position 7 n'est pas substitué par un hydroxyle.

Détermination de la substitution par l'hydroxyle en position 4':

La soude 0.1N ou le méthylate de sodium ionise tous les groupements


hydroxylés sur les noyaux flavoniques. Cependant un déplacement bathochrome de la bande I de
l'ordre de 40 à 65 nm sans baisse d'intensité est le signe de la présence d'un groupement hydroxylé
en position 4'.

• Spectrométrie âa6sorption infrarouge.

Elle fournit peu de renseignements. Cependant certaines bandes sont


caractéristiques :

-vers 3400 cm-1, bande d'absorption des hydroxyles.

- 1645-1650 cm-1, bande de vibration de la double liaison du carbonyle.

- 910-1100 cm-1, bande de vibration des liaisons C-0 de l'ose.

Utilisée en 1964 par Horowitz et Gentili (56) pour élucider la structure


de la vitexine 11 et l'isovitexine 12, elle a été le point de départ de l'identification des flavonoïdes.

Ces composés sont très souvent peu solubles dans les solvants usuels.
Les spectres sont habituellement faits dans le DMSO. La dérivation de ces substances par acétylation
ou triméthylsilylation permet de réaliser des spectres dans les solvants de types CDCI3 ou CC4.
49

• Spectrométrie 1(.9tl9{. 13c (52).

Cette méthode a été mise en oeuvre récemment pour l'élucidation


structurale de ces dérivés de flavone. De nombreux renseignements sont fournis par cette technique,
notamment sur la position de glycosylation de la flavone.

• Spectrométrie tfe masse.

La combinaison de plusieurs techniques (l'impact électronique lE, le


bombardement par atomes rapides FAB et l'ionisation chimique IC) permet d'aider à identifier de
telles structures. En effet, les flavonoïdes donnent un type de fragmentation spécifique selon un
schéma caractéristique du type structural (51).

c- Moaifications cmmique.s.

• !J{ytfro([Link] acitfe.

Sous l'effet de l'acide chlorhydrique lN à la température de 100°c


pendant une heure, les liaisons 0-C entre les molécules de sucre et de l'aglycone sont rompues. Les
liaisons C-C ne sont pas scindées.

Cette technique permet de différencier les 0-hétérosides des C-


hétérosides, mais aussi d'identifier le sucre et l'aglycone dans les 0-hétérosides.

L'étude du spectre U.V. de la partie non sucrée permet de déterminer


le point d'ancrage du sucre libéré après hydrolyse.

• acétyfation, métliyfation.

L'acétylation pyridinée ou la perméthylation par l'iodure de méthyle


en présence d'hydrure de sodium permettent d'obtenir des dérivés moins polaires, plus aisés à
identifier.

5- Propriétés des flavones.

a- jiu niveau [Link].

Les flavonoïdes naturels présentent des actions biochimiques


caractéristiques (57), qui peuvent expliquer en partie leur mode d'action sur certains processus
biologiques, bien qu'à l'heure actuelle, on ne connaisse pas encore de relations claires entre la
structure et l'activité de ces composés :
- Ils ont une grande affinité de liaison avec les polymères
biologiques et les métaux lourds. Ils peuvent être ainsi inhibiteurs d'un certain nombre d'enzymes.
- Ils catalysent de nombreux transports d'électrons. Ils
interfèrent, par exemple avec des systèmes enzymatiques comme les oxydoréductases et l'aldose
réductase et s'oxydent facilement avec ouverture du noyau y-pyrone.
Phospholipase A2
Phospholipides ~ ACIDE ARACIDDONIQUE

5-lipoxygénase
Cyclooxygénase
5-HPETE

/ Endoperoxydes
PGG2 et PGH2 ..... PROSTAGLANDINES

L TIIROMBOXANE A,

PROSTACYCLINES

Tableau VIII
Cascade arachidonique
50
- lls exercent un "effet scavenger" (effet de capture) sur les
radicaux libres (anion superoxide 02··, radical hydroxyle OH) engendrés dans certains processus
pathologiques (inflammation, hypoxie, irradiation).
- lls peuvent également contrarier la formation des radicaux
libres, parce qu'ils sont capables de se lier aux métaux lourds qui catalysent la formation de ces
radicaux.

6- .91.u niveau 6wCogique (58a, 59a).

• Perméa6ilité mem6ranaire.

Les flavonoïdes agissent sur la perméabilité membranaire en


inhibant les enzymes régulant les flux ioniques transmembranaires. Ceci pourrait expliquer leur
action sur la perméabilité membranaire.

Sur les membranes synthétiques, les flavonoïdes agissent


comme les antibiotiques en créant des pores dans la membrane. Cette hypothèse pourrait expliquer
l'activité antifongique et bactéricide de ces composés.

• Cascatk arachidonique, inflammation, aUergie et


agrégation pfaqtuttaire.

Produit de l'hydrolyse par la phospholipase A2 de certains


phospholipides membranaires, l'acide arachidonique peut conduire, selon les enzymes impliquées,
soit aux leucotriènes, soit aux prostaglandines, au thromboxane et à la prostacycline. L'équilibre
entre ces métabolites joue un rôle primordial dans l'inflammation, l'agrégation plaquettaire, l'allergie
et la vasodilatation.

Les transformations de l'acide arachidonique sont résumées


dans le tableau vm.
Certains dérivés de flavones inhibent la cyclooxygénase
(apigénine, chrysine), d'autres sont de très bons inhibiteurs des lipoxygénases (baïcaléine,
naringénine) (60) d'autres enfin inhibent les deux types d'enzymes (quercétine, kaempferol,
catéchine). Ces dérivés exercent ainsi leur activité anti-inflammatoire (61, 62) en bloquant la
biosynthèse de molécules comme les prostaglandines, les leucotriènes, le thromboxane et la
prostacycline qui sont impliquées dans les processus inflammatoires.

Les phénomènes inflammatoires sont très complexes et peuvent


être schématisés par trois types de réaction :

§- La réaction vasculaire qui se caractérise par une augmentation


du débit sanguin local, une vasodilatation artériolaire, une augmentation de la perméabilité au niveau
des veinules et l'installation d'un oedème au niveau du tissu enflammé.
51

Ce phénomène met en oeuvre un certain nombre de médiateurs


comme l'histamine, la bradykinine et des dérivés oxygénés de l'acide arachidonique tels les
leucotriènes et les prostaglandines.

§- L'infiltration cellulaire qui met en jeu l'activité chimiotactique


des leucotriènes et des prostaglandines vis-à-vis des polynucléaires neutrophiles dans la région
enflammée, provoquant ainsi une hyperalgésie.

§- La modification des tissus intersticiels qui fait intervenir la


fibrine puis les leucocytes dans l'isolement du foyer inflamn~.atoire et la réparation des tissus lésés.

- L'allergie : le SRS- A est un mélange de leucotriènes jouant un


rôle majeur dans les réactions allergiques. Les dérivés flavoniques du type quercétine, rutine,
baïcaléine, baïcaline, inhibent la 5-lipoxygénase qui catalyse la formation des leucotriènes. Bloquant
la production de SRS-A, elles exercent un effet anti-allergique.

- Analgésie : dans le cas d'une céphalée, les prostaglandines et


les leucotriènes exercent une action sur les fibres lisses en induisant des crampes et une hyperalgésie.
Les flavonoïdes en bloquant la formation de ces produits par inhibition des enzymes de leur
biosynthèse, provoquent une relaxation des muscles lisses et donc une action analgésique.

- Agrégation plaquettaire : les plaquettes possédent une enzyme


la thromboxane synthétase, qui transforme le PGH2 en thromboxane A2 (TXA2). Celui-ci provoque
l'agrégation plaquettaire et une vasoconstriction par contraction des cellules musculaires lisses. Les
flavonoïdes, en bloquant la cyclooxygénase qui catalyse la formation du thromboxane et en inhibant
la phosphodiestérase qui hydrolyse l'AMP cyclique, perturbent l'état d'équilibre de la paroi
vasculaire (58b, 63).

• .9Lctivité antiulcéreuse.

Des flavonoïdes tels la quercétine, la myricétine et la glucosyl-8-


gossypétine, ont des propriétés antiulcéreuses. Cela a pu être mis en évidence dans le test de l'ulcère
provoqué chez le Rat par la phénylbutazone, employée comme substance de référence dans le test
d'inflammation.

• Infection virak.(59b)

Les flavonoïdes empêchent la fusion du manteau viral avec la


membrane de la cellule hôte, en inhibant la phospholipase A2 responsable de ce processus de fusion.

• 9-{épatoprotection.

Le tétrachlorure de carbone ou la D-galactosamine induisent une


cytotoxicité chez des hépatocytes de Rat en culture. Un certain nombre de catéchines antagonisent
l'action de ces oroduits (64).
52

• Ce{{ufe candreuse (65).

Des expériences ont montré que la concentration intracellulaire


de phosphate inorganique, dans des cellules cancéreuses en culture, est élevée.

La concentration de phosphate inorganique redevient normale,


après incubation de ces cellules avec des flavonoïdes.

L'effet de ces derniers est dû à une inhibition de la kinase qui


intervient dans la phosphorylation des acides aminés contenus dans les pompes membranaires (Na+-
K+) qui régulent les flux ioniques de part et d'autre de la cellule.

• [Link].

Une étude d'une vingtaine de flavonosides isolés de Citrus iyo, a


montré que le 6, 8-di-C-glucosyl apigénine provoque une baisse de la pression artérielle du Rat à la
dose 0,3 à 1 mg/lOOg, après injection par voie intraveineuse (66, 67).

6- Drogues à flavonoïdes employées en thérapeutique (68).

- Le rutoside est proposé dans le traitement de l'insuffisance


veineuse, ou prescrit dans les insuffisances cérébrales en association avec d'autres composés.

- Mélange de naringoside, hespéridoside, diosmoside,


eriodyctioside, les citroflavonoïdes, sous-produits de l'industrie des jus de fruits, sont employés
avec d'autres protecteurs vasculaires ou la vitamine C.

- La silymarine est un hépatoprotecteur; elle antagonise les effets


toxiques de l'amanitine, de l'éthanol et du tétrachlorure de carbone vis-à-vis des hépatocytes.

L'essentiel de ces indications se situe dans le domaine capillaro-


veineux.

En thérapeutique, l'usage des flavonoïdes dans le traitement des


maladies est encore limité et des études plus poussées sur leurs effets biologiques restent nécessaires.

B - CONSTITUANTS CHIMIQUES DES EUPHORBIACEAE.

Certains genres de cette famille (69) ont fait l'objet d'études


chimiques avançées en particulier les genres Croton, Euphorbia et Phyllanthus, Alchornea,
Jatropha etc ...
L9

-11
Phorbol R1=R2=R3=H Ingénol R1=RrR3=R4=H
Esters de phorbol Esters d'ingénol

0 0

n
PlaunolA PlaunolB

o- ~o
0- j
,,. ···~

/.
0
HO -
R H
2.l
2Q. Oblongifoliol
Sondérianol R=CH20H
53

Cleistanthus, Macaranga et autres ont été moins étudiés.

Nous ne ferons, dans cette revue bibliographique, que


mentionner les principales structures moléculaires identifiées en précisant si possible leurs origines et
leurs activités pharmacologiques si celles-ci sont données dans la littérature.

1- Composés terpéniques.

Beaucoup de diterpènes ont été isolés de la famille des


Euphorbiaceae dont :

- Le phorbol16 a une activité tumorigène chez la Souris,


et les esters de phorbol qui ont une action irritante et antileucémique. Ces composés ont été trouvés
dans les genres Croton et Euphorbia (70, 71, 72).

- L' ingénol 17 et les esters d'ingénol caractérisés dans


Euphorbia kamerunica et Euphorbia broteri (73, 74).

- Les plaunols l l et 18a A, B, ... identifiés chez


Croton sublyratus Jaq, doués de propriétés ulcéreuses (75, 76).

- La sondérianine 19, diterpène de type clérodane, isolée


de Croton sonderianus Mü[Link] (77).

- Le sondérianol 20 , diterpène de type cleisthane (77)


ayant une action sur Staphyloccocus aureus.

- L'oblongifoliol ll. et le désoxy-oblongifoliol , des


diterpènes pimaranes issus de Croton oblongifolius Roxb (78).

De nombreux triterpènes ont également été identifiés chez les


Euphorbiaceae:

- La taraxérone, le taraxérol et leurs dérivés acétylés de


Croton caudatus Geisel (79), le lupéol, la friedéline et dérivés, l'a. et la ~-amyrine.

Plusieurs stérols tels que l'a. et le ~ sitotérol ont été également


isolés de plusieurs espèces.
0 0
.21. 2l
Crotosparine Crotosparinine
R=R 1=H R=R 1=H

10
0

s
6

.2i ~
Taspine Sécurinine

OH
OH
HO
HO

HO 0
21 : R=H Quercéline OH 0
Va: R=galactose Quercétine-3 galactoside 2.8.
27b : R=Rhamnosylglucoside Quen:étine-3 rhamnosylglucoside Rutoside

.-----.':'r'"--CH2

H~O
OH H
OH
H HO H
HO OH H OH 12.
~ Scopolétine
Rutinose (6-méthoxy-7 hydroxy coumarine)
54

2- Composés alcaloïdiques.

Un certain nombre d'alcaloïdes ont été caractérisés dans cette


famille, principalement dans le genre Croton (69):

-la crotosparine 22, un agent hypotenseur (80, 81).

-la crotosparinine 2l (80, 81).

- la glaucine ~ à action .cicatrisante (82).

- la taspine 25. ,un anti-inflammatoire (82, 83).

Quelques alcaloïdes ont été également isolés dans le genre


Pbyllantbus dont la sécurinine 26 qui possède une action antagoniste du GABA au niveau de ses
récepteurs, jouant donc un rôle dans la transmission nerveuse.(84, 85).

3- Composés flavoniques et coumariniques.

Un certain nombre de dérivés flavoniques ont été identifiés:

- Les dérivés de la quercétine 27, 27a, 27b dans le genre Croton


(86).

- Un certain nombre de flavones, en particulier les chroménoflavones


dans le genre Macaranga (87).

- Le rutoside 2..8.. la gossypétine, les dérivés de l'apigénine ainsi que


des biflavonoïdes comme la cupressuflavone dans d'autres genres (86).

Des composés coumariniques ont été aussi découverts dans les


genres Croton et Macaranga. Il s'agit de la scopolétine 29, de la bergénine et de ses dérivés.

C - COMPOSITION CHIMlOUE DE MACARANGA.

Le genre Macaranga a été peu étudié chimiquement. Cependant


quelques espèces ont fait l'objet de recherches systématiques. Des composés terpéniques et
flavoniques ont été isolés.
QH 11
· lS
·~16 .,,
0

OPhAc
Ok
JQ .ll
Macaranganol 6-20 épo:xy-lathyrol-5,10
diacétate-3 phénylacétate

.32. Jl : R1=R:z=R3=H Bergénine


Cyclopeltenyl acétate J3a: R 1=R2=CH3 , R3=H Bergénine di-0-méthyl ether
~: R 1=R2=R3=CH3 Bergénine tri-0-méthyl ether

OMe

OMe

34
2'-Hydro:xy 3', 4', 5', 6', 3, 4
Hexaméthoxy chalcone
55

1- Macaranga tanarius Mü[Link].

L'étude de la fraction éther de pétrole des tiges broyées de cette


plante a permis d'identifier deux diterpènes :Le macaranganol 30 et le 6-20 époxy-lathyrol-5, 10
diacétate-3 phénylacétate .ll (88, 89). D'autres composés tels que la friedéline, les a et ~-amyrines,
la ~-amyrone, le sitostérol, l'acide ellagique et ses dérivés (89) ont été isolés de cette même plante.

2- Macaranga peltata Müll.

Les composés ci-dessus, isolés dans M. tanarius Mü[Link],


ont été aussi identifiés dans cette espèce (90), en plus d'un certain nombre de composés terpéniques
(91) tels que la taraxérone et le 3-épitaraxérol, le lupéol, la bétuline, l'acide ursolique, un triterpène
tétracyclique .l2. : le 24- méthyl-21-nor- 625-cyclopeltenyl acétate (91), des composés
coumariniques, tels que la bergénine .ll et ses dérivés méthylés 33a et .3..3.h (90).et une chalcone, la
2'-hydroxy 3',4',5',6',3,4 hexaméthoxy chalcone 34 a été isolée de cette espèce (92).

3- Macaranga indica Wight.

L'extrait acétonique de feuilles séchées de cette plante contient:

- deux chroménoflavones (macaflavones 1 et II .3..5, et 35a) (87).

- 6, 7-diméthoxy-3', 4'- méthylène dioxyflavanone .3.Q (93).

- Le sumatrol (un dérivé prénylé d'isoflavone) 31, (93).

-Le 7-methyltectorigénine .3..8,, (93).

4- Autres espèces.

D'autres plantes ont fait l'objet de recherches systématiques, et


notamment l'espèce Macaranga carolinensis Volk (94). On a retrouvé les mêmes composés
diterpéniques et triterpéniques déjà signalés dans [Link] Mü[Link]. (88, 89).
OH
~co

OH

0 0
~
li : Macaflavone 1 R=OH 6 1 7-diméthoxy-3',4'-méthylène
lill : Macaflavone II R=H dioxyfiavanone

OH
.l8.
.31. 7-méthyltectorigénine
Sumatrol
56

ll- TESTS PHYTOCHIMIOUES PRELIMINAIRES.

A- MATERIEL U'ITI...ISE.

Les treize plantes appartenant à la famille des Euphorbiaceae et


utilisées en médecine empirique par les Mélanésiens comme antiinflammatoires et analgésiques, ont
fait l'objet de tests phytochimiques préalables et d'un criblage pharmacologique général.

Par la suite, l'espèce Macaranga vedeliana Mü[Link]. a été


retenue pour une étude chimique ultérieure en raison de son activité hypotensive chez le Rat .

B- ESSAIS PRELIMINAIRES.

Ces tests ont été réalisés à partir d'un infusé à 5% de plante entière ou
d'organes (feuilles, écorces) séchés puis broyés. Ces premiers essais sont nécessaires dans la mesure
où ils permettent d'orienter les études chimiques ultérieures. Les techniques utilisées s'inspirent de
celles décrites par Paris et Nothis (2).

1- Recherche de saponosides.

Elle se fait sur un infusé de la drogue en déterminant l'indice mousse.

2- Recherche de flavannes.

Elle repose sur l'apparition d'une coloration rouge en milieu acide en


présence de vanilline.

3- Recherche de flavonoïdes.

La présence de flavonoïdes est mise en évidence par la réaction à la


cyanidine (coloration rouge à orangé en milieu chlorhydrique avec du magnésium).

4- Recherche de tanins.

La présence de tanins est révélée par l'apparition d'un précipité après


addition d'une solution de gélatine ou d'une coloration bleu noir en présence d'une solution de
perchlorure de fer à 1%.
5- Recherche de quinones.

Les quinones libres sont mises en évidence par l'apparition d'une


coloration rouge en milieu basique. Les quinones combinées sont révélées de la même façon après
hydrolyse acide.
GENRES ESPECES Ore:. Sao Flav Tan . ÛLlin. Ster. Ale

Croton insulare F. - ++ + - - -
E.T. - + + - - -
Baloghia lu ci da F. - ++ ++ - - -
E.T. - ++ + - - -
Acalypha grandis F. + - ++ - - -
E.T. + ++ ++ - - ++
Acalypha neocaledonic. F. + + ++ - - -
E.T. + + ++ - - ++
Aleurites moluccana E.T. + ++ ++ - - -
Cleidion spiciflorum F. ++ - ++ - ++ -
E.T. ++ - ++ + ++ -
Codiaeum variegatum F. - - - - ++ -
E.T. - ++ ++ - ++ -
Glochidion billardieri F. ++ ++ ++ - - -
E.T. ++ ++ ++ - -
Glochidion glaucus F. + ++ ++ - - -
E.T. - ++ ++ - - -
Macaranga vedeliana F. ++ ++ ++ + - -
E.T. ++ ++ ++ + - -
Phyllanthus amarus P.E - - ++ ++ - -
Phyllanthus bourgeoisi P.E. + + ++ - - -
Phyllanthus persimilis P.E. - ++ ++ - ++ -

Sap: Saponines, Flav: Flavonoïdes, Tan: Tanins, Quin: Quinones, Ster: Stérols,

Ale: Alcaloïdes. Org.: Organes. F: Feuilles, E.T: Ecorces de tronc, P.E: Plante entière.

Tableau IX

Tests préliminaires d'identification de substances naturelles sur les Euphorbiaceae récoltées.


R'R' CH3 R HO
CH3 ~: R'= CH3 , R=H
J2i : R'R"= H, R= aOH
~: R'= H, R= CH3
J2lz: R'R"= 0, R= H

41a: 24S
ill : 24R

22

HO
58

ffi- ETUDE CHIMIQUE DE MACARANGA YEDELIANA.

Cette espèce a fait l'objet d'une étude chimique approfondie en raison d'une part de son
activité hypotensive lors de l'analyse pharmacologique générale, et d'autre part, du caractère
endémique de sa présence en Nouvelle Calédonie,et de l'absence d'une étude systématique. Les
feuilles de Macaranga vedeliana Mü[Link]. ont été récoltées près de Traput, Lifou , lles Loyautés,
Nouvelle Calédonie, en Janvier 1987.

Elles ont été ensuite séchées sous un courant d'air chaud à la température de 55°C au
Laboratoire des Plantes Médicinales du C.N.R.S. à Montravel, Nouméa.

A- EXTRACTION DE MACARANGA YEDELIANA Mü[Link].

La poudre végétale broyée (2,750 kg) a été extraite successivemment


dans un percolateur de type Soxhlet métallique par l'hexane, le méthanol et l'eau pour donner trois
extraits avec des rendements respectifs de 5,6%, 5,6% et 5,8%.

Le temps imparti pour cette recherche n'ayant permis qu'une étude


partielle de cette plante, seuls les extraits hexanique et méthanolique ont pu être étudiés.

B- EXTRAIT HEXANIQUE.

L'extrait hexanique a été fractionné sur colonne de silice neutre sous


moyenne pression et les fractions obtenues ont ensuite été purifiées sur plaques préparatives de gel de
silice. L'analyse de chacun des composés séparés par chromatographie gazeuse couplée à la masse
(CG-SM) a permis l'identification des triterpènes et stérols suivants:

- D: A-Friedooleanan-7a-ol (Friedelan-7a-ol) [M= 428,C3oH52Û] .J.2il

- D: A-Friedooleanan-3-one (Friedeline) [M= 426, C3oHsoO] 39b

- a-amyrine (Urs-12-en-3~-ol) [M= 426, C3oHsoO] ~

- ~-amyrine (Olean-12-en-3~-ol) [M= 426, C3oHscPl ~

- y-sitostérol (24 S)-stigmasta-5-en-3~-ol) [M= 414, C29Hsoü] 41a

- ~-sitostérol (24 R)-stigmasta-5-en~3~-ol) [M= 414, C29HscP] 41b


59

- stigmastérol (Stigmasta-5,22-dien-3~-ol) [M= 412, C29l4sO] 42

Ces substances banales ont été déjà isolées dans la famille des Euphorbiaceae, et en
particulier dans le genre Macaranga.

C- EXTRAIT MEmANOLIOUE.

Dans un premier temps l'extrait méthanolique possédant une nette activité hypotensive a été
dessalé par chromatographie sur une colonne de silice RPts (éluant : eau) jusqu'à obtenir une fraction
dépourvue d'ions chlorures (réaction au nitrate d'argent).
L'extrait obtenu (15g) a été ensuite fractionné par chromatographie liquide préparative à
haute performance (colonne AJodal). Les fractions obtenues (A', B', C', D'etE') ont été purifiées
par diverses techniques, certaines des plus polaires ayant été soumises à une acétylation ou à une
méthylation (Tableau X).
Extrait méthanolique (15g.)


Chromatographie sur colonne de silice RP 18
Eluant : gradient Me0H-H 20

A
i
B' 1. i
D'

i i i
Acide gallique1l 7-glucosyl apigén.ine44 7-glucosyllutéoline .41
i
V édélianine .51 Lutéoline 51
7-glucosyl acacétine 45 3-glucosyl quercétine 49 Macarangine j]_
Düsoprény1-
kaempferol QQ

Tableau X.
Fractionnement de l'extrait méthanolique de Macaranga vedeliana.

1- ACIDE GALLIQUE iJ. (95, 96).

Ce produit cristallisant sous forme d'aiguilles blanches dans le


méthanol présente un spectre de masse possédant un ion moléculaire à rn/z 170 et un fragment à rn/z
126 (M-44), caractéristique d'une fonction acide.
60

Le spectre RMN du proton montre un singulet à 6.90 ppm (2H, s,

Ces informations spectrales permettent d'attribuer au composé 43la


structure de l'acide trihydroxybenzoïque.

La comparaison des données physiques et chromatographiques avec


un échantillon d'acide gallique a permis de confrrmer sa structure.

OH

Glu-0

OH

OH OH 0
43 44
Acide gallique 7-Glucosyl Apigénine

2- 7-GLUCOSYL APIGENINE ,U.(96, 97, 50, 51, 52).

Ce produit polaire présente en CCM une fluorescence jaune en


lumière UV à 366 nm, avant et après vaporisation par NH3. Celle-ci devient orange avec le réactif de
Neu.

Le spectre UV dans le méthanol présente deux bandes à 268nm (II) et


333nm (I). Les modifications du spectre UV avec les réactifs d'ionisation et de complexation (A1Cl3
(LU 1=53nm), NaOAc (L\Â. IT=Onm), NaOMe (L\Â. 1=50nm)), correspondent à une structure de type
flavonique hydroxylée en 5 et substituée en 7.

Après hydrolyse acide on obtient deux produits : l'apigénine et le


glucose.

Le composé 44 est ensuite comparé à la 7-glucosyl apigénine témoin:


les caractéristiques spectrales, physiques et chromatographiques sont en tous points identiques.

3- 7-GLUCOSYL ACACETINE ~(50, 51, 52).

Le 7-Glucosyl acacétine a été caractérisé sous sa forme tétraacétylée


1Q .

Le spectre de masse du produit acétylé présente un ion moléculaire


M+ à m/z 614 et des fragments à m/z 331 et 284 correspondant respectivement à un sucre peracétylé
et à l'acacétine.
61

L'analyse des spectres de RMN du proton permet de proposer pour


ce composé la structure de glucoside d'acacétine.

Les modifications du spectre UV en présence de AlCl3 indiquent que


le sucre est en position 7.

Le traitement en milieu acide du composé fournit un sucre identifié en


CG/SM comme le glucose acétylé.

L'ensemble de ces données permet d'attribuer au composé .4,i la


structure de 7-glucosyl acacétine acétylée.

RO

0
45 : R= Glucose
~ : R= Glucose tétraacétylé

4- 7-GLUCOSYL LUTEOLINE fi(97,98, 50, 51, 52).

La 7-glucosyllutéoline a été caractérisée sous sa forme méthylée 48.

Le spectre de masse du produit présente un ion moléculaire M+ à m/z


546. On retrouve ensuite les fragments m/z 386 et 218 correspondant respectivement à la lutéoline et
au sucre perméthylé.

La structure du composé 48 a été attribuée après comparaison


chromatographique et spectrale avec un échantillon authentique de 7-glucosyllutéoline perméthylée.

5- 3-GLUCOSYL QUERCETINE ~.(99, 50, 51, 52).

La 3-glucosyl quercétine 49 a été isolée sous sa forme méthylée jQ.

Le spectre de masse du composé 50 donne un ion moléculaire M+ à


m/z 576, suivi des fragments à m/z 358 et 218 traduisant la présence d'une génine et d'un sucre
perméthylé.

Le spectre de RMN du proton (CDCl3, 200 MHz) du produit


perméthylé suggère une structure de flavone glycosylée avec:
62

- 8 groupes méthyles à 3,00-4,00 ppm,

- 1 proton anomérique à 5,66 ppm indiquant la présence du sucre en


position 3,

- 5 protons aromatiques à 6,33-7,86 ppm <H2·. H5', fi6•, Hg et fi6)


L'ensemble de ces données permet de donner au composé ~ la
structure de 3-glucosyl quercétine.

Cette identification est confirmée par comparaison des données


spectrales et des constantes physiques du composé avec celles de la littérature, puis par
chromatographie sur couche mince de silice du composé et d'un échantillon authentique
perméthylé.

~: R 1=H; R2=Glu 12.: R1=H; R2=Glu


~: R 1=CH3; R2 =Glu perméthylé 50: R 1=CH3 ; R2=Glu perméthylé
.ll: R 1=R2=H

6- LUTEOLINE .sl (95, 97, 98, 50, 51, 521

Ce composé présente une fluorescence violette foncée sous lumière


UV à 366nm. Celle-ci passe au jaune après exposition aux vapeurs de NH3 ou par le réactif de Neu.

Le spectre UV dans le méthanol montre deux bandes dédoublées


caractéristiques d'un squelette flavonique:

-bande 1 : 348 et 290 nm (épaulement),

-bande II : 266 et 254 nm (épaulement),.

Les modifications du spectre en présence de AlCl3 (~ÀI= 70nm),


AlCl3+HCl (~Â.I= 37nm), NaOAc (~Â.II= 15nm) et NaOMe (~Â.I= 52nm), montrent que les
fonctions hydroxyles en position 5, 7, 3', 4' sont libres.
63

Le spectre de masse en impact électronique présente un ion


moléculaire M+ à m/z 286 et des fragments à rn/z 228, 152, 153 et 124 caractéristiques.

Le spectre RMN du proton montre un ensemble de 6 protons


aromatiques entre 6,20 et 7,90 ppm.

Toutes ces données permettent d'envisager pour le composé i l la


structure de la lutéoline qui a été confirmée après comparaison avec un échantillon authentique.

7- VEDELIANINE ,Sl.

Ce composé répondant à la formule brute : C29H36Ü6, a été isolé


avec un rendement de 1,33% de l'extrait méthanolique; [a.]22o= +37°2 (MeOH, c=2,88).

Le spectre d'absorption en UV dans l'éthanol présente deux bandes


d'absorption maximales à 330 nm (32000) et 225 nm (26500).

Son spectre IR montre des bandes d'absorption à 3300, 2860, 1620


et 1600 cm-1.

Le spectre de masse en impact électronique montre les fragments à


m/z 480 (M+, 100%), 435 (M- C4H7, 5%), 325 (10%), 268 (30%), 250 (10%), 137 (10%), 69
(10%).

L'analyse du spectre de RMN du proton ((CD30D ou CsDsN), 200


MHz) ainsi que l'étude des corrélations des déplacements chimiques lH-lH (COSY) a permis de
déterminer les groupements et les enchaînements suivants :

* -CH-CH2- : 1,75 (lH, dd, 1=12 et 5Hz) et 2,72 ppm (2H, m)

* -CHOH-CHOH-CH2-: 3,30 (1H, d, J=3Hz), 4,16 (1H, d large,


J=3Hz), 2,00 et 2,37 ppm (2H, 2dd, J= 14 et 2Hz, J= 14 et 3Hz)

* =CH-CH2- : 5,24 (lH, t, J=7Hz) et 3,30 ppm (2H, d, J=7Hz),


* 5 -CH3 : 1,15 (2s), 1,45 (ls), 1,65 (1s) et 1,78 ppm (1s),
* 6 -CH : 6,80-6,40 ppm (m).
c c
39.01 1 128.75 11
78.72 2 127.34 2' * Les valeurs signalées sont proposées
71.69 3 141.83 3' pour la structure rn et peuvent être
44.50 4 105.93 4' permutées pour les structures 1, II et N.
78.00 4a 157.07 5'
146:81 * 5 115.87 6'
111.00* 6 157.07 7'
130.74* 7 105.93 8'
120.53* 8 23.28 9'
124.13 Sa 124.46 10'
23.76 9 131.25 11'
48.57 9a 25.91 12'
137.56 lOa 17.91 13'

:::~~~ ;~
___ __J_ __ _________ j__ _::::::: ___ J_ _____::: ___ _
Tableau XI

Spectre de RMN 13C (CD30D) de la védélianine.


64

Ces données permettent de suggérer l'une des quatre structures


suivantes:

1: R 1=R3=H, R2=0H, R4=A


il: R 1=R3=H, R2=A, R4=0H

ill: R2=R4=H, R 1=0H, R3=A

IV: R2=R4 =H, R 1=A, R3=0H

OH

13'

A= 1~ 8'
2'

La molécule aurait deux parties structurales :

- une tricyclique

- l'autre phénolique disubstituée par deux chaînes latérales dont l'une

est du type isoprényle.

L'étude des spectres de RMN du carbone 13 et les expériences de


corrélation 1H-13C et 1H-13C longue distance renseignent sur les déplacements chimiques de chaque
carbone (Tableau XI ) :

Afin de confirmer et de choisir une des quatre structures proposées,


des modifications chimiques ont été entreprises :

Acétylation :

L'acétylation pyridinée du produit .51 donne un composé de masse


690.

Son spectre de RMN du proton (CDCl3, 200 :MHz) montre 5


groupements acétyles entre 2,10-2,30 ppm correspodant à deux hydroxyles aliphatiques vicinaux
acétylés à 2,10 ppm et trois hydroxyles aromatiques acétylés à 2,30 ppm.

Ceci confirme bien l'existence de cinq hydroxyles dans le composé


de départ.
65

Cyclisation en milieu acide :

En présence d'eau acide, le composé 52 conduit à un dérivé 53 de


masse moléculaire 480. L'analyse du spectre de RMN du proton par rapport au produit de départ
montre:

*la dispariti.o n du proton éthylénique de la chaîne isoprényle à 5,24 ppm,

* l'apparition d'un nouveau signal à 2,00 ppm correspondant à deux protons méthyléniques,

* une meilleure résolution des protons aromatiques permettant de distinguer :

- 3 protons aromatiques en position ortho d'un phénol, à 6,97, 7,03 et 7,13 ppm (s élargi)
-2 protons éthyléniques à 7,37 et 7,30 ppm (2d, J= 16Hz),

- 1 proton aromatique isolé à 7,47 ppm (s élargi).

Hvdrogénation :

L'hydrogénation catalytique de 52 conduit à un composé de poids


moléculaire m/z 484. Sur le spectre·de RMN du proton, on observe la disparition des trois protons
éthyléniques en C-1', C-2'et C-10'.

L'étude du spectre de masse (Tableau XII) permet de


càractériser les fragments suivants:

Relro

Diels-AldCI"

m/z328
m/z 484 (100%) (32%)

l j
m/z 291 (60%)
)j" CH/

! -H20 mtz 135 (30%)

m/z 273 (29%) ., m/z 255 (67%)


-H20

Tableau XII
Fragmentation de masse en lE du composé hydrogéné.

L'étude du spectre de masse du composé hydrogéné en impact


électronique montre bien l'existence des deux parties structurales de la molécule.
66

A ce stade de l'élucidation structurale il reste cependant trois


ambiguïtés :

l-Ia stéréochimie des alcools secondaires en position 2 et 3.

2- la stéréochimie du méthyle 11 et du proton 9a.

3- la position de substitution sur la partie tricyclique par le fragment A. L'ensemble des


premières données nous laissait suggérer quatre possibilités de substitution.

La stéréochimie des alcools secondaires 2 et 3 :

L'analyse du spectre de RMN du proton du composé 52 montre que :

- le proton 3 est équatorial à cause des constantes de couplage faibles avec le méthylène 4.
Donc l'hydroxyle 3 est axial.

-l'hydroxyle 2 peut-être axial ou équatorial.

Selon les données de la littérature (100) les triterpènes possédant deux hydroxyles en
position trans vicinaux montrent que les protons portés par les mêmes carbones ont des déplacements
chimiques équivalents. Dans le cas contraire, les déplacements chimiques sont différents.

Pour le composé 52 les protons 2 et 3 ont des déplacements chimiques différents


respectivement à 3,30 ppm et à 4,73 ppm. On a donc proposé, par analogie, une stéréochimie cis
pour les alcools secondaires 2 et 3

La stéréochimie du méthyle 11 et du oroton 9a :

Les données bibliographiques montrent que la condensation du géraniol sur l'olivétol en


présence d'acide p-toluène sulfonique dans le chlorure de méthylène conduit à un composé trans
stable.

On peut supposer que le méthyle 11 et le proton 9a du composé 52 ont les mêmes


configurations que celles du dérivé trans, d'une part pour des raisons biogénétiques, et d'autre part
parceque les expériences de NOE réalisées sur le composé~ n'ont pas permis de voir de corrélations
entre le méthyle 11 et le proton 9a.

La position de substitution oar le fragment A :


Le spectre de RMN du proton du produit cyclisé_22 dans la pyridine a montré quatre protons
aromatiques mieux résolus dont :
- 3H en ortho d'un phénol entre 6,93-7,13 ppm
- et lH moins blindé à 7,47 ppm avec une constante de couplage de 3Hz correspondant à un
couplage méta.
2'

l'
13 12 12'

~ : Védélianine 13'

OH

OH
HO

OH

HO
67

De plus les déplacements chimiques des carbones correspondant au groupement stilbène du


composé 52 (Tableau Xl) sont similaires à ceux de la Rhaponticine ~ extraite de la Rhubarbe,
Rheum rhaponticum L. Polygonaceae (101).

Parmi les quatre hypothèses de départ, seule la substitution en position 7 par le fragment A
rép6nd à ces conditions.

Ce composé 52, dénommé védélianine, proviendrait d'un dérivé


hydroxylé du stilbène possédant une chaîne géranyle comme le composé 55 (102). Celui-ci subirait
une double cyclisation intramoléculaire, comme cela a été déjà mentionné lors de la condensation du
géraniol avec l'olivétol pour donner le composé 56 (103).

C'est la première fois, à notre connaissance, qu'un système 2,3-diol,


1,1, 4a-triméthyl, hexahydro xanthène est décrit.

8- MACARANGINE i l (104) •

Ce composé, amorphe, représente 0,26% de l'extrait méthanolique et


répond à la formule brute : C25 H26Û6·

Son spectre IR (KBr) montre des bandes à 3400-3200 cm-1 dues à la


présence de groupements hydroxyles, une bande à 1650 cm-1 attribuable à un carbonyle.

Les fluorescences observées sous lumière UV à 366 nm, avant et


après pulvérisation par NH3 sont jaunes. Elles deviennent ensuite vertes avec le réactif de Neu (53).
Le spectre UV dans le méthanol est caractéristique d'un squelette flavonique. ll présente :

-une bande 1 à 367 et 327 nm (épaulement)


- une bande II à 269 et 251 nm (épaulement).

En présence de AlClJ, on observe un fort déplacement bathochrome


de la bande 1 (~Â. 1= 61 nm). Si on ajoute HCI, aucun effet hypsochrome n'est observé par rapport
au spectre précédent, indiquant que l'hydroxyle en position 5 est libre et qu'il n'y a pas de système
orthodihydroxylé.
L'addition de méthylate de sodium (NaOMe) entraîne un déplacement
bathochrome de la bande 1 (~Â. 1= 46 nm), suggérant la présence d'un hydroxyle libre en 4'.
L'addition de NaOAc conduisant à un faible déplacement bathochrome de la bande II (~Â. Il= 5 nm),
indique que l'hydroxyle en position 7 est libre.
Ces données permettent de suggérer que le composé 57 possède un
squelette de type flavonol hydroxylé en 4'et est donc un analogue du kaempférol ~(50).
c 57 a 58 b c ~a 59C
_____ .., _______
------------------ ------------------ ------·---------- --------- --------------
2 146,00 146,80 l" 22,11 22,70
3 135,61 135,60 2" 123,64 124,20
4 177,25 175,90 3" 136,97 135,50
5 160,35 160,70 4" 16,26 16,70
6 112,32 98,20 5" 40,64 41,00
7 163,10 163,90 6" 27,72 27,90
8 93,70 93,50 7'' 125,46 125,70
9 156,13 156,20 8" 131,95 132,10
10 104,28 103,10 9" 17,85 18,20
l' 123,90 121,70 10" 25,75 26,30
2' 130,55 129,50
3' 116,26 115,50
4' 159,04 159,20
5' 116,26 115,50
6' 130,55 129,50

Tableau X U1

Spectres de RMN 13C du composé 57, du kaempférol ~et de la sophoraflavanone 59


Les déplacements chimiques sont mesurés dans a) CD30D, b) DMS0-<16, c) CD3COCD3.
OH
1
~-

OH

8"
l l : Macarangine
10"

OH

HO

10"
68

Le spectre de RMN du proton (CD30D, 200 MHz) présente les


signaux suivants :
-un système AB de 4 protons à 8,10 (2H, d, J= 8Hz, Ht et Il(;•) et 6,90 ppm (2H,d, J=
8Hz, H3• et Hs•) correspondant au noyau B substitué en 4',
-un singulet à 6,43 ppm (1H, Hg ou Il(;),
- deux triplets à 5,25 (1H, J= 7Hz, Hz") et 5,08 ppm ( 1H, J=7Hz, HT·) correspondant à
deux protons oléfiniques,
- un massif à 3,30 ppm (masqué par le signal de CD30D),
- un massif de 4 protons à 2,00 ppm ,
- 3 singulets correspondants à trois groupes méthyles à 1,80, 1,63 et 1,57ppm.

Le spectre de RMN dans la pyridine permet d'observer le doublet à


3,80 ppm (2H, J=7Hz) correspondant au massif à 3,30 ppm du spectre précédent.

Ces données suggèrent la présence d'un groupement géranyle ou


néryle en position 6 ou 8 du Kaempférol.

L'examen du spectre de RMN 13c montre également de grandes


similitudes avec le kaempférol 58 (52), les seules différences étant le déblindage du signal
correspondant au carbone C-6 ( 98, 20 ppm pour le kaempférol et 112,32 ppm pour le composé S1J.
ainsi que la présence des signaux d'une chaîne géranyle ou néryle. La substitution du C-6 par une
chaîne géranyle est finalement attribuée en comparant les déplacements chimiques du composé j]_
d'une part avec ceux du géraniol et du nérol (105) et d'autre part avec ceux de la [Link] A
59 (106) (Tableau Xill).

Le spectre de masse en impact électronique présente un pic


moléculaire à m/z(%) 422 [M+, 22%)] et les fragments suivants : 353 [ 82%], 299 [100%], 286
[10%], 165 [2%], 147 [3%], 121 [45%], 93 [ 8%], 69 %], 41 [65%].
69

L'interprétation de la fragmentation de la molécule est donnée dans le tableau XIV suivant :

~· OH

HO

m/z=422

-~Hu
m/z 353 (82%)
-C4~_/

j rn* 211,85
/ m • 253,2

OH ____ _.~-c~OH
~+
- -CO m/z93

m/z 121 (45%)

m/z 299(1 00%) - H 20.,. m/z 147


+H2 C C.:::::o
H
At
m/z 165(6%)
rn* : ion metastable

Tableau XIV
Fragmentation de masse en lE de la macarangine.

L'ensemble de ces données permet d'attribuer au composé 51.. la structure du 6-[(E)-3",8"-


diméthyl-2",7" octadienyl] kaempférol que nous avons dénommé Macarangine. A notre
connaissance, c'est la première fois que ce flavonol est décrit

OH

HO

OH
8" .6Q
10" 51 Macarangine 3'6 -Diisoprényl kaempférol
70

9 • 3',6- DIISOPRENYL KAEMPFEROL ü.


Ce composé minoritaire répond à la formule brute : C2sH2606.

Le spectre IR dans KBr indique la présence d'hydroxyles vers 3200-


3400 cm-1 et de fonction carbonyle à 1650 cm-1.

Les fluorescences observées sous lumière UV à 366 nm, avant et


après pulvérisation par NH3 sont jaunes. Elles deviennent ensuite vertes avec le réactif de Neu.

Le spectre UV dans le méthanol est caractéristique d'un squelette


flavonique :

-bande 1 à 368 et 336 nm (épaulement)

-bande II à 268 et 253 nm (épaulement).

Les modifications des spectres UV par addition de AlCl3, NaOMe ou


NaOAc sont similaires à celles obtenues avec la macarangine 51: M 1= 62 nm avec AlCI3, M 1= 53
nm avec NaOMe et !:::.'A. II= 5 nm avec NaOAc. Ces données nous permettent de proposer pour ce
composé une structure de type kaempférol.

Le spectre de masse en impact électronique montre des


fragments à m/z(%) 422 [M+, 72%], 379 [M+- C3H7, 79%], 367 [M+- C4H7, 100%], 323 [379-
C4H8, 57%], 311 [367- C4Hs, 21 %], 189 [HOCnH12CO+, 15%], 176 [CsH403CO, 14%], 133
[189- C4Hs. 14%], 69[29%], 41 [29%]. L'analyse des fragments du spectre de masse permet de
voir qu'il existe deux chaînes prényles sur chacun des noyaux A et B. L'ion m/z 176 atteste la
présence d'une chaîne sur le noyau A et les fragments m/z 189 et 133 indiquent une seconde chaîne
sur le noyau B.

Le spectre de RMN du proton montre des déplacements chimiques (ô


ppm) à 8,06 (1H, s, H2•), 7,93 (1H, d, J= 5Hz, H6•), 6,89 (1H, d, J= 5Hz, Hs•),6,46 (1H, s,
Hg), 5,39 et 5,26 ( 2H, 2t, J= 7 Hz, CH2-CH=C x 2), 3,30-3,50 (4H, rn, Ar-CH.z.-CH= x 2),
1,77, 1,76, 1,75 et 1,69 (4s,4-CH3 ).

Le déplacement chimique ô 6,46 est identique à celui du proton porté


par le Cs de la macarangine ll. Donc une des chaînes prényles est fixée en position 6. Les
déplacements chimiques (attribués par comparaison avec ceux du kaempférol 58 (107) et les
constantes de couplages des protons aromatiques du cycle B (2H à 8,06 et 7,93 ppm avec J =5Hz et
un proton à 6,89 ppm) permettent de fixer la seconde chaîne prényle en position 3'(108,109).

L'ensemble de toutes ces données spectrales nous permet de


proposer pour le composé 60 la structure du 3,6-diisoprényl kaempférol.

C'est la première fois, à notre connaissance, que ce produit est décrit.


71

Ainsi, à la suite des résultats positifs obtenus sur le système cardiovasculaire lors de
l'analyse phannacologique de l'extrait méthanolique de feuilles de Macaranga vedeliana, nous
nous sommes intéressés, hormis l'identification de quelques composés banaux de l'extrait
hexanique, aux constituants polaires de l'extrait méthanolique. La très grande polarité de ces

composés a rendu leur purification longue et difficile. L'extrait est majoritairement composé de

flavones. Certaines sont connues, d'autres comme la macarangine et le diisoprényl kaempférol sont
nouvelles. Un autre composé est lui aussi nouveau, la védélianine, que l'on peut considérer comme

un dérivé prénylé du stilbène, type de composé rare dans le règne végétal. Il existe dans la plante
d'autres composés qu'il n'a pas été possible, par manque de temps, de purifier et d'identifier. ll sera

souhaitable de pouvoir continuer l'inventaire des substances chimiques contenues dans cette plante

et, avec l'appui de la pharmacologie, d'identifier le ou les composés responsables de l'activité


hypotensive.
72

CONCLUSION

Une série d'Euphorbiaceae utilisées en médecine empirique par les populations rurales de
Nouvelle Calédonie, principalement les Mélanésiens, a été choisie dans le cadre de cette recherche en
raison de l'usage local de ces plantes, "pour soigner les coups, les blessures", contre les douleurs.

Le criblage pharmacologique large d'extraits hydroalcooliques de ces plantes n'a pas mis en
évidence d'activité significative dans le domaine antiinflammatoire. Par contre, plusieurs d'entre elles
révèlent une très nette activité hypotensive. L'une de ces plantes, endémique de la Nouvelle
Calédonie, Macaranga vedeliana Müll. Arg., a été sélectionnée pour en étudier la composition
chimique.

La purification de l'extrait méthanolique des feuilles de la plante, qui se révélait hypotenseur,


a conduit à l'isolement de nombreuses flavones dont certaines sont nouvelles telles la macarangine. le
di-isoprényl kaempférol. et d'un dérivé du xanthène, la védélianine. Bien que des essais
pharmacologiques plus approfondis sur les substances pures n'aient pu être pratiqués, on peut penser
que ce groupe de substances est peut-être responsable de l'activité hypotensive de l'extrait total.

Cette étude, menée systématiquement en fonction d'informations soigneusement recoupées


sur les usages empiriques de certaines plantes par les Mélanésiens en Nouvelle Calédonie, n'a pas
permis de confirmer les indications de terrain. Par contre elle a mis en évidence une activité de
l'extrait hydroalcoolique sur la circulation chez l'an~al.

On peut remarquer que ce travail a fait appel à des disciplines très différentes, et à un
investissement très important de tous ceux qui y ont participé : enquêtes soigneusement recoupées
effectuées avec l'ORSTOM sur le terrain auprès des tribus mélanésiennes en Nouvelle Calédonie,
criblage pharmacologique étendu mené aux Laboratoires DEBAT, séparations chimiques et
identifications menées au CNRS.

On voit bien qu'il est difficile de pratiquer un tel criblage sur de nombreuses plantes et sur un
registre étendu. Telle est une limite très importante de cette méthode de recherche. Ainsi le chercheur
doit-il faire preuve d'une grande prudence dans l'utilisation du critère ethnopharmacologique comme
moyen de sélection. L'interprétation des informations est évidemment le point délicat du travail de
l'enquêteur. La traduction de l'information recueillie en terme d'essai pharmacologique sur animal,
est une autre difficulté.

C'est en observant les usages immémoriaux de certaines plantes que des drogues comme la
digitaline, la cocaïne, la morphine, la quinine et, plus récemment, l'artemisinine en Chine, les
guggulstérones en Inde, et tant d'autres, ont constitué autant de médicaments pour la santé de tous.
L'emploi possible dans l'avenir de méthodes biologiques plus fines, praticables in vitro (récepteurs,
enzymes ... ), et l'interface obligatoire entre chercheur de terrain, chimiste et biologiste, permettront de
mieux explorer l'approche très féconde de l'ethnopharmacologie.
73

PARTIE EXPERIMENTALE.

!-PHARMACOPEE [Link] DE TERRAIN.

A- DEMARCHE ADOPTEE. RESUME DES ENQUETES SOUS FORME DE


FICHES.

Treize plantes de la flore autochtone néocalédonienne,


appartenant à la famille des Euphorbiaceae, ont fait l'objet d'études botaniques et d'enquêtes auprès
des guérisseurs mélanésiens.

Dans un premier temps, un échantillon de chacune de ces treize plantes a été


récolté, mis sous presse, puis séché. Ainsi, s'est constitué un herbier de référence. Les caractères de
chacune de ces plantes ont été soigneusement notés : port, époque de floraison et de fructification,
nature et disposition des feuilles et des fleurs etc ... Certains organes, en particulier les fleurs et les
fruits, sont collectés, puis disséqués sous la loupe binoculaire. Avec les clefs de reconnaissance
botanique et les échantillons types conservés à l'Herbier du Centre ORSTOM de Nouméa, nous
avons pu déterminer avec précision les treize plantes avec le concours des botanistes du Centre.
Dans un deuxième temps, le travail de terrain proprement dit a été entrepris.
Les informations pré-existantes ont été d'abord reprises pour les approfondir, les confmner ou les
infirmer.
Le questionnaire de base est relativement simple. Le guérisseur doit répondre
si telle ou telle plante, dont on possède le nom vernaculaire, fait partie du lot de celles qu'il utilise, si
la plante est utilisée seule ou en mélange. On note également la façon dont il prépare ses
médicaments, la manière dont se déroule la consultation, la nature de la maladie à traiter, le type de
diagnostic donné etc ..Les indications notées avec précaution, une promenade sur le terrain avec
l'informateur est alors entreprise. Ce dernier indique la plante dans son environnement, explique
comment il procède pour la reconnaître. Un échantillon est récolté, rapporté au laboratoire, puis
comparé avec l'échantillon de référence.

L'ensemble de toutes ces investigations et résultats est consigné sous forme de


fiches.
74
HNAWIA 29

Famille EUPHORBIACEAE
Sous-famille Acalyphoideae
Genre et espèce Acalypha grandis Bentham.
Noms vernaculaires TIIULUMAT WIE (Lifou), DIMII (Pouembout, Touho),
MAHAl (Ouvéa)
Datederécolte 25.01.1987
Lieu de récolte Centrale Enercal deWaihmenë, Wé (Lifou)
Stade végétatif Arbuste en fleurs
Nature du terrain Roche mère calcaire
Habitat. Ecologie Sol brun calcique humifère
Description som- Arbuste de 2 à 50 rn de haut. Jeunes tiges presque
maire blanches, pubescentes, éventuellement glabres.
Pétioles blanchâtres pubescents. Inflorescences unisexuées,
axillaires, spiciformes.
Utilisations Algies dentaires, gingivites. Anticéphalalgique.
Contre les hématomes internes et externes. Facilite l'accouchement
Démangeaisons. Enveloppe de médicaments. Goutte. Fonction de
plâtre.
Remarques Echantillon en herbier

HNAWlA 28

Famille EUPHORBIACEAE
Sous-famille Acalyphoideae
Genre et espèce Acalypha neocaledonica Baillon.
Noms vernaculaires TIIULUMAT MADRA (Lifou), OMAKALO (Ile des Pins)
AMAKALE KUTHE (Maré), OHUMO~O (Ouvéa)
Datederécolte 25.01.1987
Lieu de récolte Centrale Enercal de Waihmenë,Wé (Lifou)
Stade végétatif Arbuste en fleurs
Nature du terrain Roche mère calcaire, sol brun calcique' humifère
Habitat Ecologie Forêt côtière
Description sommai Arbuste de 1 à 4 rn de haut. Jeunes tiges
abondamment recouvertes par une pubescence
large et étendue. Face inférieure des feuilles vileuses
avec bords en dent de scie.
Utilisations Céphalées. Contusions. Emménagogue. Déclenche l'accouchement.
Calme la douleur. Cicatrisant. Retient une fausse couche.
Enveloppe de médicaments. Dé[Link]èvre (maux de tête)
Remarques Echantillon en herbier
75

HNAWIA 39

Famille EUPHORBIACEAE
Sous-famille Acalyphoïdeae
Genre et espèce Cleidion spiciflorum Müll. Arg.
Noms vernaculaires
Date de récolte 16.03.1987.
Lieu de récolte nes Banks-Vanuatu
Stade végétatif Arbre en fleurs
Nature du terrain calcaire
Habitat Ecologie tufs volcaniques sur calcaire
Description sommaire Arbre à feuilles dentelées opposées. Fruit
avec pédoncule de 5cm de longueur.
Fleurs blanches petites en épis
Utilisations Ecorce écrasée, macérée, bains contre les courbatures.
Remarques Echantillon en herbier

HNAWIA 27

Famille EUPHORBIACEAE
Sous-famille Acalyphoïdeae
Genre et espèce Macaranga vedeliana Müll. Arg.
Noms vernaculaires APIWA (Lifou ), BEC (Maré), HWIIP (Hienghène ),
WHYIAP (Koumac )
Date de récolte 25.01.1987
Lieu de récolte Entre Wé et Traput (Lifou)
Stade végétatif Arbuste en fleurs
Habitat - Ecologie Forêt côtière (roche mère calcaire). Sur terrasses
coralliennes soulevées
Description sommaire Arbuste ou arbre de 1 à 5 m. Latex. Tiges pubescentes
glandulaires. Fleur rouge recouverte de poils
(espèce à petioles rouges)
Utilisations Arrête la menstruation. Rend stérile. Angines. Antirhumatismal.
Goutte.
Remarques Echantillon en herbier
76

HNAWIA 33

Famille EUPHORBIACEAE
Sous-famille Crotonoïdeae
Genre et espèce Aleurites moluccana L. Wild.
Noms vernaculaires XUNU (Thio), JEM (Oubatche), TENG (Pouembout),
WAGUM (lle des Pins), TAI (Paacie, Goa).
Date de récolte 05.02.1987.
Lieu de récolte DUMBEA-Route du barrage. Ancienne mine des
Travaux Publics.
Stade végétatif Arbre en fruits.
Nature du terrain Zone de transition schistes péridotites.
Habitat Ecologie Forêt secondaire.
Description sommair Arbre de 6 à 20m de haut et latex pas évident.
Tiges recouvertes de poils en étoiles.
Fruit charnu, sphérique, 3.5 cm d'épaisseur. Arbre
de forêt de basse à moyenne altitude. Le bois est
exploité sous le nom de bancoulier.
Utilisations Diurétique. Syphilis. Diabète. Adénites dues au froid.
Bronchite et Oppression de poitrine. Peinture de guerre.
Remarques Echantillon en herbier

HNAWIA 31

Famille EUPHORBIACEAE
Sous- famille Crotonoiâeae
Genre et espèce Codiaeum variegatum BI.
Noms vernaculaires NYIPI-SOMA (Lifou), ARUK (Canala ), SHADRIDRI (Maré)
Date de récolte 25.01.1987
Lieu de récolte Luecila (Lifou)
Stade végétatif Plante en fleurs
Nature du terrain Calcaire
Habitat. Ecologie Plaque récifale corallienne soulevée
Description sommaire Plante ornementale cultivée à cause de la grande
variété de ses feuilles. Variété aux feuilles larges avec
une nervure centrale jaune communément appelée
"Croton"par les horticuteurs
Utilisations Sèche les croûtes et boutons. Carie des os. Fébrifuge, maux de tête.
Infections diverses. Goutte.
Remarques Echantillon en herbier
77

HNAWIA 1

Famille EUPHORBIACEAE
Sous-famille Crotonoïdeae
Genre et espèce Croton insulare Baillon.
Noms vernaculaires HNEJ (Lifou), HUGENET (Ouvéa),
TEGNYE (Ile des Pins )
Date de récolte 28.11.1986
Lieu de récolte Thio
Stade végétatif Arbre en fleurs
Nature du terrain Péridotites.
Habitat. Ecologie se rencontre aussi bien sur maquis miniers que sur calcaires
Description sommaire Arbuste de 3 m. Fleurs jaunes claires odorantes.
Latex pas évident
Utilisations Dermatoses infectées, eczémas. Céphalée, méningite. Contusions.
Cicatrisant. Analgésique (maux de dents).
Remarques Echantillon d'herbier

HNAWIA 15

Famille EUPHORBIACEAE
Sous-famille Crotonoïdeae
Genre et espèce Baloghia lucida Endl.
Noms vernaculaires CEKURA (Hienghène), COWAmi (Touho), MADRA
(Lifou)
Date de récolte 26.11.1986
Lieu de récolte Baie de Tina Nouméa
Stade végétatif Arbre en fleurs
Nature du terrain Schistes
Habitat. Ecologie Forêt sclérophylle relique.
Description sommair Arbuste de 3 à 8 m. Feuilles opposées avec écailles
Plantes monoïques ou dioïques. Inflorescences
unisexuées ou bi-sexuées en grappes. Latex translucide.
Utilisations Dé[Link]. Emménagogue. Règles douloureuses.
Antidysentérique.
Remarques Echantillon d' herbier
78

HNAWlA 34

Famille EUPHORBIACEAE
Sous-famille Phyllanthoïdeae
Genre et espèce Glochidion billardieri Baillon.
Noms vernaculaires INAWAD (Touho), HMANA (Ouvéa)
CEMALA(Wayaget), HMENEPE (Lifou).
Date de récolte 15.02.1987.
Lieu de récolte Centrale Enercal de Waihmenë,Wé (Lifou).
Stade végétatif Arbre en fleurs et en fruits.
Nature du terrain Roche mère calcaire.
Habitat Ecologie Sol brun calcique humifère
Lisière de forêt
Description sommaire Arbre ou arbuste de 1 à 15m de haut
Fruit visiblement 4 à 8 lobes avec graine à
carapace rouge. Inflorescences staminées et pistillées mêlées.
Utilisations Cicatrisant. Infections de la bouche. Constipation. Vers intestinaux.
Appendicite. Furoncles. Facilite l'accouchement (rejet du placenta).
Maux de dent (calmant).
Remarques Echantillon en herbier.

HNAWIA 30

Famille EUPHORBIACEAE
Sous-famille Phyllanthoïdeae
Genre et espèce Glochidion glaucus Müll. Arg.
Noms vernaculaires HMENE (Lifou ), ETUTU (Paacie,Tchamba)
Datederécolte 15.02.1987
Lieu de récolte Centrale Enercal de Waihmenë,Wé (Lifou)
Stade végétatif Arbuste en fruits et en fleurs
Nature du terrain Calcaire. Sol brun calcique humifère.
Habitat. Ecologie Espèce endémique limitée aux zones sédimentaires
des lles Loyautés et de la Grande-Terre
Description sommaire Arbre de 2 à 10 rn de haut. Feuilles très larges,
fruits relativement petits et non lobés, servent à
le distinguer de G. Billardieri Baillon.
Utilisations Antidiarrhéique. Epilepsie. Fébrifuge. Redonne la mobilité à un
foetus qui ne bouge plus en fin de grossesse. Oedèmes (peau
gonflée d'eau).
Remarques Echantillon d'herbier
79

HNAWIA 38

Famille EUPHORBIACEAE
Sous-famille Phyllanthoïdeae
Genre et espèce Phyllanthus amarus Schumacher &Thornning.
Nom vernaculaire
Date de récolte 16.03.1987
Lieu de récolte nes BANKS Vanuatu
Nature du terrain calcaires
Habitat. Ecologie Tufs volcaniques sur calcaires
Stade végétatif
Description somm · Plante herbacée ou subligneuse de 38 cm de haut. entièrement
glabre Plante anthropophile commune
Utilisations Antirhumatismal.
Remarques Echantillon en herbier.

HNAWIA 32

Famille EUPHORBIACEAE
Sous-famille Phyllanthoïdeae
Genre et espèce Phyllanthus bourgeoisii Baillon.
Noms vernaculaires UGOO (Paacie), MAGALA (Touho), HIXULA (Hienghene)
Date de récolte 05.02.1987
Lieu de récolte Chutes de Bâ, Houailou
Stade végétatif Arbuste en fruits
Nature du terrain Schisto-gréseux
Description sommaire Arbuste 0,5 à 2,5 m souvent multicaule entièrement
glabre. Feuilles alternes. Espèce strictement ripicole
croissant le long des berges.
Utilisations Fébrifuge. Arbuste en forme de crevette, attire les crevettes.
Remarques Echantillon en herbier.
80

HNAWIA 37

Famille EUPHORBIACEAE
Sous-famille Phyllanthoïdeae
Genre et espèce Phyllanthus persimilis Baillon.
Noms vernaculaires YENNI (lle des Pins) NEMAKI (Houailou)
Date de récolte 14 .02 .1987
Lieu de récolte POYA. Mine de Saint-Louis
Stade végétatif
Nature du terrain Péridotites. Maquis sur terrain ultrabasique.
Station à plus de 500 rn d'altitude
Description sommaire Sous-arbrisseau dressé dépassant rarement 0,6 rn, très
ramifié dès la base. Feuilles alternes, distiques.
Utilisations Ganglions gonflés. Fortifiant.
Remarques Echantillon en herbier.

B- TESTS PRELIMINAIRES D'IDENTIFICATION DE SUBSTANCES


NA TURELLES.(2)

Les tests sont pratiqués sur un infusé à 5% de poudre de plante séchée et broyée.

1- Recherche de saponosides.

Le tube contenant 2 ml d'infusé filtré est agité pendant 20". On mesure immédiatemment et
après 20' la hauteur de la colonne de mousse.
Si la hauteur de la colonne de mousse est supérieure ou égale à 3 cm, on peut conclure que la
plante contient des saponines.

2- Recherche de flavannes.

1- Le tube précédent est porté au bain-marie pendant 1h. On ajoute ensuite quelques gouttes
d'une solution de HCl à 5% (conserver un peu de solution mère avant addition de HCl pour
comparer).
La réaction est positive si on obtient une coloration rouge. On note + à +++ en fonction de
l'intensité de la coloration.
81
2- Sur une bande de papier Whatman, on verse une goutte de l'infusé. Sécher, puis verser
une goutte de vanilline chlorydrique 10%.
La réaction est positive si on l'obtient une tache rouge. On note + à +++ selon l'intensité de
la coloration.

3- Recherche de pigments flavoniques.

Le tube ayant servi à rechercher les flavannes est refroidi, puis on ajoute 2ml d'éther. On
l'agite fortement pendant 20", puis on tranvase la fraction éthérée à l'aide d'une pipette Pasteur dans
un tube à essai contenant 5ml d'eau distillée. Le tube est porté au bain-marie pour évaporer l'éther.
On introduit ensuite : - 5 ml d'alcool chlorhydrique (33% H20, 33% HCl concentré, 33%
C2HsOH distillé)
-2 ml d'alcool isoamylique
- tournure de magnésium.
A l'arrêt de l'effervescence, on observe la coloration de la phase isoamylique que l'on note
de jaune à rouge.

4- Recherche de tanins.

a· $[Link] à (a géfatine salie.


Dans trois tubes à hémolyse contenant quelques millilitres d'infusé, on ajoute une à deux
gouttes d'une solution de gélatine salée et on note l'apparition de précipité.

b· $[Link] au perc!Uorure de fer à 196.


Dans trois autres tubes à hémolyse contenant quelques millilitres d'infusé, on ajoute
quelques gouttes d'une solution de perchlorure de Fer à 1%, et on note la coloration.

5- Recherche de quinones.

- Dans trois tubes à hémolyse contenant quelques millilitres d'infusé, on introduit quelques
gouttes d'une solution de potasse à 4%. La réaction est positive si on obtient une coloration rouge.
- Dans un bécher contenant 2 g de poudre végétale, on ajoute 4 à 5 gouttes de HCl 5% pour
humidifier la poudre. On mélange avec une spatule en verre et on attend 30'. On ajoute après 20 ml
d'éther éthylique, puis on attend de nouveau 2h. On filtre la solution dans 2 séries de tubes à
hémolyse.
Dans la première série de tubes , on ajoute quelques gouttes d'une solution de potasse
à 4%. La réaction est positive si la coloration est rouge.
Dans la deuxième série de tubes, on introduit quelques millilitres d'alcool 95° et
quelques gouttes d'acétate de nickel. La réaction est positive si la coloration est rouge.
82
6- Recherche de stérols.

Dans un bécher contenant 2 g de poudre végétale, on ajoute 20 ml d'ether éthylique, puis on


attend 2 heures. La solution est ensuite filtrée et placée dans deux verres de montre.
- Premier verre de montre : après évaporation de l'éther, on verse une goutte de H2S04
concentré, et on note immédiatement la coloration de jaune à vert.
-Deuxième verre de montre: Réaction de Liebermann-Burchard: après évaporation de
l'éther, on ajoute une goutte d'anhydride acétique. On mélange avec le résidu à l'aide d'une spatule et
on ajoute une goutte de H2S04 concentré.
On note, immédiatement et après 20', la coloration. La réaction est positive si on obtient le
passage du mauve au vert.

7- Recherche d'alcaloïdes.

Dans un mortier contenant 1 g de poudre végétale et un peu de sable, on ajoute 10 à 20 ml de


HCl 5% . Le tout est broyé, puis filtré sur deux tubes à hémolyse.
- Premier tube :
On _ajoute quelques gouttes de réactif de Mayer. On note + à +++ en cas de louche ou de
précipité.
- Deuxième tube :
On ajoute quelques gouttes de réactif de Draggendorf. On note + à +++ en cas de louche ou
de précipité brun.
Dans les deux cas, on vérifie si le précipité est soluble ou non dans l'alcool 95°C.
83
II- ANALYSES PHARMACOLOGIQUES.

A- PREPARATION DES EXTRAITS.

1- Pour le criblage pharmacologique général.

Un ensemble d'extraits hydroalcooliques de feuilles ou d'écorces séchées puis broyées


des treize Euphorbiaceae a été préparé pour l'analyse pharmacologique générale.
100 à SOg de poudre (matériel végétal broyé)
+ 400ml d'alcool60°C

- chauffage à 35-40°
-agitation magnétique (1/2 à1heure)
- fùtration (fùtre Durieux)

~---- ~-------..,
Filtrat 1 ..

1
Résidu 1
+ 200 ml d'alcool 60°C
- chauffage à 35-40°C
-agitation magnétique (1/2 à 1 heure)
-fùtration (fùtre Durieux)
Bltrat 2 ~--------------.~

Résjdu 2
+ 200 ml d'alcool 60°C
- chauffage à 35-40°C
-agitation magnétique (112 à 1 heure)
-fùtration (fùtre Durieux)
Filtrat 3
----~
Résidu 3
(à jeter)

Le filtrat total (1 + 2 + 3) est ensuite concentré sous vide pour éliminer l'alcool, puis
lyophilisé pendant 48 heures.
2 à 5 g d'extrait sont soumis à un criblage pharmacologique grossier par les laboratoires
DEBAT.

2- Pour l'activité cardia-vasculaire.

Dans un premier temps, les feuilles de Macaranga vedeliana séchées, puis broyées sont
extraites par des solvants de polarité croissante. On obtient trois sous- extraits A, B et C
correspondant successivement aux extraits hexanique, méthanolique et aqueux. Ces sous-extraits sont
soumis à l'analyse pharmacologique dans le domaine cardio-vasculaire.
84
L'extrait méthanolique, ayant donné une activité hypotensive significative, celui-ci a été
fractionné, à son tour, par chromatographie liquide à haute performance sur colonne Axxial.
On obtient trois sous-extraits A1, Azet A3, soumis à leur tour à l'analyse pharmacologique
dans le domaine cardio-vasculaire.

B- TESTS PHARMACOLOGIQUES.

1- Animaux.

Les essais phannacologiques ont été pratiqués par administration


orale des extraits à des souris mâles OF1 d'un poids moyen de 20 g pour évaluer leur toxicité, leur
action sur le système nerveux central, ou à des rats femelles Sprague-Dawley OFA d'un poids moyen
de 120 g pour mesurer l'activité anti-inflammatoire. Ces animaux proviennent de l'élevage IFFA-
CREOO.
L'action au niveau cardio-vasculaire a été étudiée, après
administration par voie intraveineuse chez le Rat mâle Sprague-Dawley d'un poids moyen de 250 g.
Les études sur organes isolés ont été réalisés sur iléon de
Cobaye (élevage COBLABO-LAP).

2-Pharmacologie.

a- %~ité aigüe.

Les extraits ont été administés à des lots de 5 souris à la


dose maximale de [Link]-I. La symptomatologie d'intoxication et l'éventuelle mortalité ont été
enregistrées pendant une période de huit jours.

6- 'Effet sur fa motricité spontanée ([Link]ètrie}.

Trente minutes après l'administration des produits, les souris sont placées par groupe de 2
dans une enceinte. Leurs déplacements soin objectivés par une cellule photo-électrique pendant une
période de 10 minutes. La comparaison avec des témoins permet de mettre en évidence une
stimulation motrice ou, au contraire, une diminution des phases d'activité (110).
Substances de référence :
-Amphétamine 15 [Link]·l
- chlorpromazine 10 [Link]-1.
85
c- ktion awdo(ytique {Test tfes 4 pfaques).

Dans cet essai, les souris sont soumises à un stimulus


punitif chaque fois qu'elles explorent l'enceinte où elles se trouvent placées pour la première fois
(111, 112,113). L'appareil des "4 plaques" est constitué d'une boîte munie d'un couvercle
transparent et dont le sol est constitué par 4 plaques d'acier distantes de quelques millimètres,
connectées deux à deux en diagonale. Ces plaques sont reliées à un générateur de courant continu.
Une activité anxiolytique se manifeste par une
augmentation du comportement explorateur malgré le stimulus douloureux lors du passage d'une
plaque à une autre.

Substance de référence :
- Méprobamate 100 [Link]-1.

a- ktion anti-tfipressive :Test à (a réserpine (114).


Parmi les nombreux symptômes induits par la réserpine,
on étudie les modifications du ptosis, de l'hypothermie et de l'akinésie sous l'effet des substances à
expérimenter. La réserpine est injectée par voie intrapéritonéale à la dose de 4 [Link]-1, 30 minutes
avant l'administration d'es substances à l'étude. Cinq heures après, le ptosis est apprécié selon une
échelle arbitraire de 0 à 4 selon le degré d'ouverture des paupières. L'hypothermie est mesurée par
l'intermédiaire d'une sonde rectale. Enfin, un animal est considéré comme akinétique s'il ne peut se
déplacer d'au moins sa propre longueur.

Substance de référence :
- Nialamide 7,5 [Link]-1.

e- Jlctivité anti-cfw!inergique : tiest à Co;[Link]émorine (115,


116).

L'injection d'oxotrémorine, produit parasympatho-


mimétique, provoque des tremblements d'origine centrale. Trente minutes après l'administration par
voie orale des extraits, l'oxotrémorine est injectée par voie intrapéritonéale à la dose de 0,5 [Link]-1.
Quatre vingt dix minutes après, l'intensité des tremblements est appréciée selon une cotation arbitraire
de 0 à 10.
Substance de référence :
- Atropine 5 [Link]-1.
86
f- Convu!sion.s au. penté[Link]( (117).

Le pentétrazol induit des crises convulsives caractérisées


par la succession de myoclonies, dè convulsions cloniques et toniques s'achevant par la mort de la
souris. Trente minutes après l'administration orale d'un produit, les souris reçoivent par voie i.p le
pentétrazol (125 [Link]-1). Les animaux sont placés dans des cages individuelles et ils sont observés
pendant 30 minutes suivant l'injection de pentétrazol. Les protections vis-à-vis des crises cloniques,
toniques et de l'effet léthal du pentétrazol sont notées.
Produit de référence :
- Diazépam 1 [Link]-1.

a· Jktion anti-liypo:dque : !J{ypoi(fr. liypo6are (118).


Trente minutes après l'administration des produits, les
souris sont placées dans une enceinte où est réalisé une dépression barométrique de 600 mm Hg en 30
secondes. Dans ces conditions, les animaux meurent en 90 secondes environ, la mortalité étant
appréciée par l'arrêt respiratoire. Ce temps de survie peut être prolongé par des produits capables
d'augmenter la capacité d'oxygénation cérébrale.

Substance de référence :
-Extrait de Ginkgo biloba (Tanakan®) 200 [Link]-1.

fi . .>tctivité. anafoé.sique : ~J'est ae 'l(oster (119).

L'injection intra-péritonéale d'acide acétique (180 [Link]-1) chez la Souris provoque une
irritation douloureuse qui déclenche des contractions abdominales et un étirement des pattes
postérieures. Les substances anti-nociceptives peuvent réduire le nombre de ces manifestations de
[Link] animaux sont placés dans des boîtes individuelles transparentes et ils sont observés
pendant 5 minutes après l'injection d'acide acétique.
Substance de référence :
-Acide acétylsalicylique: 200 [Link]-1.

i· .>tction anti·infCammatoire : 'Test ae [Link] .

L'administration des extraits étudiés et de la substance de


référence est effectuée trente minutes après l'injection sous-plantaire de l'agent phlogogène (0,1 nù de
solution de carraghénine à 1% ). 3heures après administration de carraghénine, temps choisi comme le
plus significatif, l'inflammation est appréciée par mesure pléthysmographique du volume de la patte
injectée (120, 121).
Produit de référence :
-Acide acétylsalicylique: 200 [Link]-1.
87

j· :;tction au niveau [Link] (122).

L'effet des extraits sur la pression artérielle et/ou la


fréquence cardiaque a été recherché chez le Rat anesthésié à l'uréthane. La pression artérielle est
mesurée par cathétérisme de la carotide gauche, au moyen d'un capteur de pression. Le rythme
cardiaque est enregistré en continu par un cardiotachymètre à partir du signal de la pression
carotidienne. Les variations de pression et de fréquence cardiaque ont été mesurées pendant les 60
minutes qui suivent l'injection du produit à l'étude. Elles sont exprimées en pourcentage de variation
des valeurs initiales avant produit.

K.: :;tctivité sur ilion ck Co6aye (123).

L'action propre des différents extraits en milieu aqueux et


leurs effets inhibiteurs de contractions induites par divers agents (histamine, carbachol, BaCh,
sérotonine) ont été étudiés sur iléon de Cobaye. Après sacrifice de l'animal, l'organe est prélevé et
placé dans une cuve à organes contenant une solution nutritive de Tyrode. Les contractions de
l'organe sont enregistrées via un capteur de force. L'action propre contracturante a été recherchée en
introduisant 0,5 à 1 [Link]-1 de la solution à étudier dans la cuve, au contact de l'iléon. L'effet est
mesuré pendant 2 minutes. L'activité anti-spasmodique a été étudiée en injectant préalablement la
substance étudiée à l'agent contracturant. Un effet spasmolytique se traduit par une inhibition des
contractions induites par l'agent agoniste considéré.

3- Microbiologie.

Les extraits de plantes ont été mis en solution dans de l'éthanol


pur, puis incorporés à un milieu gélosé. Puis celui-ci est ensemencé par les souches suivantes :
- Escherichia coli 54,8
- Staphylococcus aureus A.238 (Londres)
-Candida albicans 1180.
La gamme de dilution (de raison 2) s'étale entre 12,5 et 0,05
[Link]-1. Les résultats sont exprimés par la C.M.I. (Concentration Minimun Inhibitrice) en [Link]-1.
88

III- ETUDE CHJMIOUE DE MACARANGA VEDELIANA


Mü[Link].

A- METHODES GENERALES.

*Les chromatographies analytiques sur couche mince (CCM) ont été effectuées sur
plaque de silice Kieselgel 60 F254 Art. 5719 Merck. L'observation en lumière UV est faite à deux
longueurs d'onde (254 et 366 nm). Les produits sont révélés par les réactifs suivants :
-Réactif à l'anisaldéhyde : (124, 125).
anisaldéhyde : 0,5ml
acide acétique :50ml
acide sulfurique concentré : 1 ml
Vaporiser la plaque CCM, puis la chauffer quelques minutes.C'est un réactif
des sucres, des stéroïdes et des terpènes.

- Réactif au mo1ybdate d'ammonium :

molybdate d'ammonium : 100 g


H20/fl2S04 concentré: 1000 ml
Vaporiser la plaque CCM, puis la chauffer quelques minutes. C'est un réactif
qui révèle tous les composés organiques.

-Trichlorure d'aluminium : (126).

AlCl3 :2 g
alcool à 95°c : 100 ml
Noter les fluorescences sous UV à ondes longues avant et après pulvérisation.
Ce réactif est un révélateur des flavonoïdes.

-Vapeurs d'amoniac: (127).

Placer la plaque CCM au-dessus d'une cuve contennant une solution


d'ammoniaque. On note les fluorescences sous UV à ondes longues: C'est un révélateur des
flavonoïdes.
- Réactif de Neu : (53).

Diphénylborate amino-2 éthyle : 1 mg


Méthanol : 100 ml
PEG- 4000
On note les fluorescences sous UV à ondes longues, immédiatement après
vaporisation de la plaque CCM, puis une demi-heure plus tard Certaines fluorescences apparaissent·
89
lentement, d'autres se modifient. Ce réactif est spécifique des flavonoïdes .

*Les chromatographies préparatives sur couche épaisse (CCE) ont été réalisées sur
plaque de silice Kieselgel60 PF254 An. 7747 Merck.

*Les chromatographies préparatives sous moyenne pression (0,3 à 0,5 bars) ont été
exécutées sur colonne de :
- silice Kieselgel60H An.7736 Merck
- silice RSil C1s HL 35 JJ.m
- Lobar Chronoprep RP1g (40-63 JJ.m) Art. 10625 Merck.

*Les spectres en lumière infrarouge (IR) ont été réalisés sur un spectrophotomètre
Nicolet FIT-IR 205. Les bandes d'absorption principales sont exprimées en cm-1.

*Les spectres en lumière ultra-violette (UV) sont enregistrés sur un spectrophotomètre


Perkin-Elmer Lambda 5 UVNisible. Les échantillons sont en solution dans le méthanol et sont placés
dans une cuve en quartz de trajet optique de 1 cm.

*Les pouvoirs rotatoires [a.o] ont été mesurés sur un polarimètre Perkin-Elmer 241
pour la raie D du sodium. Les concentrations sont exprimées en gJ 100 ml.

*Les spectres de masse (SM) ont été effectués sur des appareils de type :
- AEI MS- 50 pour l'impact électronique (IE)
- AEI MS- 9 pour l'ionisation chimique (IC)
-RF MS- 80 pour le bombardement atomique (FAB).

*Les spectres de RMN lH ont été réalisés sur des appareils Bruker de type WP200SY
(Calculateur Aspect 2000), AC200 (Calculateur Aspect 3000) et WM400. Les déplacements
chimiques (0) sont exprimés en ppm par rapport au tétraméthyl silane (TMS) comme référence
interne. J est la constante de couplage exprimée en Hz. Les abréviations s, d, t, dd, rn désignent
respectivement singulet, doublet, triplet, doublet dédoublé et multiplet.

*Les spectres de RMN 13C sont enregistrés sur les appareils Bruker de type
WP200SY (Calculateur Aspect 2000), AC200 (Calculateur Aspect 3000) à la fréquence de 50,2
MHz. Les déplacements chimiques sont exprimés en ppm.

B- MATERIEL VEGETAL.

Les feuilles de Macaranga vedeliana Mü[Link] été récoltées près de Traput,


Lifou , Iles Loyautés, Nouvelle Calédonie en Janvier 1987. Elles ont été ensuite séchées sous un
courant d'air chaud à la température de 55°C au Laboratoire des Plantes Médicinales du C.N.R.S. à
Montravel, Nouméa; puis broyées.
90

Un échantillon de cette espèce (Hnawia 27) est conservé, comme référence, à l'Herbier
du Centre O.R.S.T.O.M. de Nouméa.

C- EXTRACfiON SEQUENTIELLE.

La poudre obtenue, soit 2,750 Kg provenant des feuilles fraîches, a été extraite
successivement par des solvants de polarité croissante (hexane, méthanol, eau) dans un soxhlet
métallique, à l'Institut de Chimie des Suostances Naturelles du C.N.R.S. de Gif/Yvette.
Chaque extrait est ensuite concentré sous vide, puis évaporé à sec au rotavapor et enfin
pesé.

Soxhlet
+ 2,750 Kg de poudre végétale
+ 30 1 d'hexane

t=24h

+ 30 1de méthanol
"
Marc séché Extrait hexanique
p= 154,4 g R= 5,6%

t= 12h

'
Marc séché
+ 301 d'eau
Extrait méthanolique
p= 155,7g R= 5,6%

t= 12 h

Marcàjeter Extrait aqueux


p= 160 gR= 5,8%

Extraction séquentielle des feuilles de Macaranga vedeliana

D- FRACTIONNEMENT DE L'EXTRAIT HEXANIQUE.

Avant de détailler la méthodologie de purification des différents composés contenus


dans cet extrait hexanique, il a semblé utile de présenter en premier lieu le principe de la
91
chromatographie gazeuse couplée à la masse (CG/SM).
En effet, toute la détermination et l'élucidation de la sttucture chimique des différents
produits de cet extrait repose sur cette méthode spectrale.

1- Principe de la chromatographie gazeuse couplée à la masse :


CG/SM.(128)

a- L'apparei{[age.
L'appareil utilisé est constitué de trois parties :
-un appareil de chromatographie gazeuse (Varian 3400 GC) équipé d'une colonne
capillaire.
- celui ci est relié par une ligne de transfert direct à un spectromètre de masse (Finnigan
MAT INCOS 50) comprenant une chambre d'ionisation à 70 e-v connectée à un spectromètre de
masse quadripolaire. Le quadripôle est un véritable sélecteur d'ions fait de quatre barres de section
circulaire, générateur de champ électrique. A la sortie de la source, les ions sont collectés par ce filtre
de masse en fonction de la tension appliquée entre ces quatre barres. Ils sont ensuite dirigés vers un
multiplicateur d'électrons, puis vers un électromètre qui permet de quantifier le courant ionique (RIC)
résultant de la fragmentation de la molécule.
- un enregistreur couplé à un système informatique permet de transformer chaque RIC
en spectre de masse.

6- Mesures.

L'échantillon, dissous dans un solvant, est injecté sur la colonne


capillaire. Les substances éluées une par une, en fonction de leur temps de rétention, passent
directement dans le spectromètre de masse. Les spectres de masse sont obtenus après conversion de
chaque RIC.

c- 'Banque tfe Mnnùs.

L'ordinateur contient une banque de données de plus de 40 000 spectres


de masse de produits (indexés dans les Chemical Abstracts) dont 3 000 composés naturels. Pour
chaque spectre de masse obtenu, 16 pics importants sont sélectionnés pour les comparer aux
différents spectres de la banque. L'ordinateur sélectionne ensuite cinq spectres les plus proches
possibles de celui de la substance selon trois indices : la Pureté, le FIT et le RFIT.
- la Pureté mesure les différences entre les spectres de la substance inconnue et de la
bibliothèque.
- le FIT mesure jusqu'à quel degré le spectre de la bibliothèque est inclus dans le
spectre de la substance inconnue.
- le RFIT mesure jusqu'à quel degré le spectre de la substance inconnue est inclus dans
le spectre de la bibliothèque.
92

a- f})[Link] âapp{ications et avantages tfe cette tedi.nû:[Link].


Les systèmes couplés CG/SM fournissent des spectres identifiables
avec des quantités de produit injecté dans le chromatographe de l'ordre du nanogramme. La
fragmentographie consiste à n'échantillonner que quelques masses dans le spectre correspondant à
des fragments caractéristiques d'une substance à détecter. Les systèmes CG/SM quadripoles voient
leurs applications en pharmacologie, toxicologie, biochimie, pollution de l'air et de l'eau.

2- Chromatographie de l'extrait hexanique.

6,5 g d'extrait ont été chrom':ltographiés sur une colonne (diamètre intérieur 45
mm) de silice sous moyenne pression dans (hexane : 95-acétate d'éthyle : 5) à (hexane: 80-acétate
d'éthyle : 20). On obtient quatre fractions A, B, C, D. Les fractions B, C, et D ont été ensuite traitées
sur plaque préparative de silice dans différents systèmes solvants pour obtenir divers composés.
Le fractionnement de l'extrait hexanique est résumé sur le schéma suivant :
6,5 g d'extrait hexanique

, ,
Fractions : A B c D
(2,48 g)
(1,38 g) (1,19 g) (1,35 g)

Composés : l
.32a
l2h
l l
.4Qa
~
fu
ill
42

Fractionnement de l'extrait hexanique

3- Purification et identification des différents composés.

FRACTIONB:

500 mg de cette fraction ont été chromatographiés sur plaque préparative de


silice dans CHCl3: 98-MeOH: 2. On obtient un composé majoritaire, monotache sur CCM. Après
injection en CG/SM, on a identifié le Friedelan-7a. ol (fu) comme composé majeur et mis en
évidence une impureté comme étant le Friedeline (39b ).
93

FRACTIONC:
300 mg de cette fraction ont été chromatographiés sur plaque préparative de
silice dans acétate d'éthyle: 20-hexane: 80.
On obtient 100 mg d'un mélange de deux produits identifiés en CG/SM qui
sont:
- cx-amyrine ~)
- ~-amyrine ~ -

FRACTIOND:
400 mg de cette fraction ont été chromatographiés sur plaque préparative de
silice dans CHCh : 90-Acétone : 10. On obtient 150 mg d'un mélange de trois produits identifiés en
CG/SM qui sont :
- y-sitostérol (fu)
- ~-sitostérol (m)
- stigmastérol @2).

E- FRACTIONNE?vŒNT DE L'EXTRAIT ME'J!-IANOLIQUE.

Dans un premier temps, on a procédé au dessalage de cet extrait, en utilisant le test


d'identification des chlorures pour suivre la manipulation.

1- Dessalage de l'extrait méthanolique sur colonne de silice RPts·

a· Principe du test âitfentification tfes cfiforures.


La réaction repose sur l'aptitude du nitrate d'argent à donner en milieu acide
nitrique, un sel d'argent insoluble dans l'eau avec les chlorures éventuellement présents dans la
solution étudiée.
Tube à hémolyse
+ qq mg d'extrait méthanolique
+ 1 à 2 ml d'acide nitrique
à5%
1) chauffer légèrement
au bain-marie (2 à 41
2) fdtrer sur coton hydrophile

Précipité fdtrat

j + qq gouttes de
t AgNÜJ aqueux à 8%
Précipité
deAgCl

On obtient un précipité insoluble dans l'eau. Cela confirme la présence de NaCl dans cet
94
extrait
6- 'lJessafage ae Ce;c,trait métlianofique.

30 g de cet extrait ont été déposés au sommet d'une colonne (diamètre intérieur de 45
mm) de silice RP1s (140 g), puis élués par l'eau jusqu'à obtenir une fraction qui donne une réaction
négative au test d'identification des chlorures.
On récupère la fraction ne contenant plus de sels en éluant par le méthanol.

30 g d'extrait méthanolique

Eluants : 1) H 20
2)MeOH

2)MeOH l)H:P

Fz Ft
p=20gR=67% p= 10gR=33%

Seule la fraction F 1 donne un test des chlorures positif.

2- Fractionnement de l'extrait méthanolique dessalé (F2) par


chromatographie liquide préparative à haute performance (Appareil Modulprep
Gradient Axxial).

a- Principe tfe {a cofonne JVc?cjal.

Les nouvelles colonnes Axxial de chromatographie liquide préparative à haute


performance sont équipées d'une tête d'injection et sont remplies par compression axiale à l'aide d'un
vérin pneumatique. Les circuits d'injection et d'alimentation du solvant sont séparés.
La technique de compression axiale du support évite l'apparition des volumes morts et
élimine les phénomènes de diffusion. Elle procure une grande homogénéité de tassement et par
conséquent une haute efficacité et une bonne reproductibilité des séparations. Le support peut, par
extrusion et régénération, être utilisé plusieurs fois.

6- fractionnement ae Ce;c,trait métlianofique aessa!é ('h}.

20 g d' extrait méthanolique dessalé (F2)sont dissous dans 300 ml d'un mélange H20 :
60-MeOH: 40. L'insoluble (5 g) est filtré afin d'injecter une solution limpide. L'élution est réalisée
par un gradient H20 : 60-MeOH : 40 jusqu'à MeOH pur en 90 minutes avec un débit de 100 ml/mn.
La collecte des fractions est suivie à l'aide d'un détecteur UV à Â.=400 nm. Les fractions ainsi
collectées sont regroupées suivant leur polarité, évaporées à sec, puis pesées.
95

Le fractionnement de l'extrait méthanolique est résumé dans le schéma suivant.


Exttait méthanolique dessalé (15 g)

Colonne axxial
800 g de silice <; 8 (15-35pn)
Pression d'élution 11 bars

~ ~

Fractions: A' B' C' D' E'


6,03 g 3,22 g 2,91 g 1,11 g 1,651

j
Produits isolés : Acide gaUique ~
l
7-Glucosyl Apigénine~
j
7-Glucosyl Lutéoline .{l
l
Védélianine ~ L utéoli
l
(1 , 1'
(1,93%) (1 ,33%)
(2,66%) (1,72%)
7-Glucosyl Acaeétine ~ 3-Giucosyl Quercétine ~ Macarangine S1
(1,99%) (0,35%) (0;1.67%)
Diisoprényl kaempférol ~
(0,033%)

* Les rendements des différents composés obtenus sont calculés par rapport à l'extrait
méthanolique dessalé (F2).

c- Purification et itkntification ries différents composés.

ACIDE GALLIQUE ,U.

La fraction A' a été dissoute dans H20 : 90-MeOH : 10, filtrée, puis
injectée sur la même colonne que précédemment. L'élution est réalisée par un gradient H20 : 90-
MeOH: 10 jusqu'à 100% MeOH en 50 minutes. On obtient trois fractions A't, A'2 et A'3.
La fraction A't est à nouveau chromatographiée sur une colonne de
silice greffée RPts (colonne Lobar B) dans le mélange H20: 90-MeOH: 10. On obtient 400 mg
d'aCide gallique pur. La pureté du composé 43 est contrôlée par CLHP (colonne NOVOPAK Cts.
MeOH : lO-H20 : 90, temps de rétention 2 minutes).

7-GLUCOSYL APIGENINE ii.

1 g de la fraction B' est chromatographiée sur une colonne de silice et


élué par le mélange CHCl3 : 55-MeOH: 35-H20: 5. On obtient, après [Link] sur plaque
préparative de silice dans CHCl3: 80-MeOH: 20, 80 mg de 7-Glucosyl apigénine.
96

RMN lH CCD30D. 200 MHz):


7,90 (2H, d, 1=9 Hz, H2•, H6•); 6,95 (2H, d, 1=9 Hz, H3', Hs•); 6,80
(1H, d, 1=2 Hz, Hg); 6,66 (1H, s, H3); 6,50 (1H, d, 1=2 Hz, H6); 5,10 (1H, d, 1= 8 Hz, proton
anomérique); 3,95 (rn); 3,70 (rn), 3,6 à 3,2.

Masse CIE): m/z 270, 242, 176, 153, 147, 120, 9L

UV CMeOID : (Voir page 57)

Ce composé correspond bien à la 7-Glucosyl apigénine décrite dans la


littérature (95, 96, 48, 49, 50). De plus, il présente les mêmes caractéristiques chromatographiques
qu'un échantillon commercial de référence. Son temps de rétention est de 4, 13 minutes sur colonne
NOVO-PACK C1g dans le mélange MeOH: 45-H20 : 55 à 5% d'acide acétique avec un débit de 1,5
ml/mn.

7-GLUCOSYL ACACETINE ~.

Ce produit a été isolé et caractérisé sous sa forme tétraacétylée 46.

Acétylation :

Dans un ballon de 100 ml, on introduit 900 mg de la fraction B', 10 ml de


pyridine et 10 ml d'anhydride acétique. Le tout est agité pendant une nuit. La fraction acétylée est
extraite par le chlorure de méthylène (3 x 100 ml) L'extrait chlorométhylénique concentré puis
évaporé à sec, est ensuite chromatographié sur colonne de silice sous moyenne pression avec un
gradient de chlorure de méthylène - méthanol 10%. On obtient plusieurs fractions dont l'une donnera
115 mg de 7-Glucosyl acacétine tétraacétylée.
RMN lH CCDCl3_, 200 MHz) :

7,89 (2H, d, 1=8 Hz, H2•, H6•); 7,00 (2H, d, 1=8 Hz, H3•, Hs·); 6,76 (1H, s
élargi, Hg); 6,66 (lH, s, H3); 6,46 (1H, s, H6); 5,40 à 4,00 ( H glucosyl acétylé); 3,90 (3H, s,
OCH3); 2,10 à 2,00 ( 4s, 4COCH3).

Masse CIE) : m/z 614 (M+), 331 (sucre acétylé), 284 (M+- sucre
acétylé), 271, 169, 151, 132.
UV Cnm) : (MeOH, 320, 267); (NaOMe, 288, 370); (AICl3,
380, 320, 298, 278); (NaOAc, 320, 267).
IR CCHCl~l: 1740 cm-1.
97

Hydrolyse acide :

10 mg du dérivé tétraacétylé 46 sont portés à reflux pendant 1


heure dans une solution d'[Link] obtient 5 mg d'un produit correspondant à l'acacétine témoin
(CLHP: colonne BONDAPAK Cts (30 cm), solvant MeOH: 70-H20: 30 à 5% d'acide acétique,
débit 2 ml/mn, temps de rétention 5,30 minutes).
Le sucre obtenu, après hydrolyse acide, est de nouveau acétylé
dans les mêmes conditions opératoires, puis caractérisé en CG/SM comme étant le glucose.

7-GLUCOSYL LUTEOLINE i l et 3-GLUCOSYL


QUERCETINE ~.

Ces deux produits ont été isolés et caractérisés sous forme de leurs dérivés
perméthylés 48 (7-Glucosyllutéoline perméthylée) et 50 (3-Glucosyl quercétine perméthylée).

Méthvlation :
Dans un bicol de 100 ml on introduit successivement :
- 1 g d'hydrure de sodium préalablement lavé a l'hexane et séché sous courant
d'argon
- 800 mg de la fraction C' dissoute dans 10 ml de diméthylformanùde sec
- 10 ml d'iodure de méthyle.
Après agitation, l'ensemble est maintenu sous atmosphère d'argon pendant une
nuit, à l'abri de la lumière. La fraction perméthylée est extraite par le chloroforme (3 x 100 ml).
L'extrait chloroformique (807 mg) concentré est évaporé à sec, puis chromatographié sur une colonne
de silice avec du chlorure de méthylène, puis du chlorure de méthylène à 10% de méthanol.15
fractions (C't à C'15) sont séparées. Deux produits majoritaires sont ensuite purifiés:

La 7-Giucosy! !utéoline perméthylée 48

La fraction C'11 (118 mg) est purifiée par plaque préparative de silice dans le
sytème CH2C12: 98-MeOH: 2 pour donner la 7-Glucosyllutéoline 48.

RMN lH CCDCI3. 200 MHz): ë) 7,56 (1H, dd, J=4 et 1Hz, H2•); 7,37 (lH, s,
H6'); 6,98 (1H, d, J=4 Hz, Hs•); 6,73 (1H,s, H3 et 1H, d, J=1 Hz, Hg); 6,53 (1H, d, J=1 Hz, H6);
5,00 (1H, d, J=4 Hz, proton anomérique); 4,00 (6H, 2s, 3 OCH3); 3,70 (6H, 2s, 2 OCH3); 3,60
(3H, s, OCH3); 3,40 (3H, s, OCH3).

Masse (ffi) : m/z 546 (M+); 328 (lutéoline perméthylée); 299 , 218 (glucose
perméthylé), 187, 155, 127, 111, 101.
98

Le produit perméthylé 48 est comparé en CCM avec la 7-Glucosyllutéoline


témoin perméthylée. Les spectres de RMN du proton et de masse du composé 48 et de l'échantillon
authentique perméthylé sont également identiques. L'hydrolyse acide du produit 48 dans les
conditions habituelles a donné effectivement la lutéoline et le glucose.

La 3-Giucosyl guercétjne oermétbylée 50.

La fraction C'10 (60 mg) est purifiée sur plaque préparative de silice dans le
système CH2Cl2: 90-MeOH: 10, puis dans le mélange CHCl3: 5-ACOET: !-Acétone: 4 pour
donner 18 mg du 3-glucosyl quercétine perméthylée 50.

RMN lH( CDCl3, 200 MHz) : i1 8,00 (lH, d, 1=1 Hz, H2•); 7,66 (lH, dd,
1=4 et 1 Hz, lit;·); 6,96 (lH, d, 1=4 Hz, Hs·); 6,50 (lH, d, 1=1 Hz, Hg); 6,30 (lH, d, 1= 1 Hz, H6);
5,63 (lH, d, 1=4 Hz, proton anomérique); 4,00 (3H,s); 3,98 (6H,s); 3,90 (3H, s); 3,66 (3H, s);
3,63 (3H, s); 3,50 (3H, s); 3,10 (3H, s).

~(lE):

576 (M+); 545; 358 (M+- glucose perméthylé); 329; 312; 218 (glucose
perméthylé); 187; 155; 111; 101; 45. Ce produit perméthylé a été comparé par CCM et par RMN lH
au témoin perméthylé (Isoquercetine) et se révèle en tous points identiques.

LUTEOLINE .s.l..

500 mg de la fraction E' sont purifiés sur plaque préparative de silice


dans le mélange CHCh: 90-MeOH: 10. On obtient 50 mg d'un produit pur de Rf= 0,27, la lutéoline
(voir caractéristiques spectrales p 59-60).

Le composé 51 a été coinjecté en CLHP avec un échantillon authentique


sur colonne NOV<;lPAK Ct8· Le mélange est élué au bout de 3 minutes sous forme d'un seul pic, par
le mélange MeOH : 50-H20 : 50 -AcOH : 10, sous un débit de 0,8 ml/mn.

VEDELIANINE S,l,.

La fraction D' est chromatographiée sur une colonne de silice dans


AcOEt: 90-MeOH : 10, sous moyenne pression. On obtient trois fraction D't, D'2 et D'3.
500 mg de la fraction D'2 sont purifiés sur plaque préparative de silice
dans le mélange CHC13:90-MeOH: 10 pour donner 200 mg d'un produit pur, la védélianine ~(voir
caractéristiques spectrales et physiques p 60-61).
99

Acétylarion :
Dans un ballon, on introduit 10 mg de védélianine, lml de pyridine et 1
ml d'anhydride acétique. L'ensemble est laissé sous agitation magnétique, à température ambiante,
pendant une nuit. Après arrêt de la réaction et extraction de la fraction acétylée par le chlorure de
méthylène, l'extrait obtenu est alors purifié par chromatographie sur plaque préparative de silice dans
CH2Ch : 98- MeOH : 2.
On obtient un_produit aux caractéristiques spectrales suivantes :

RMN lH (CD30D, 200 MHz) :a 7,03 (1H, s élargi); 7,00 (2H, s);
6,97 (lH, s élargi); 6,90 (1H, d, J=16 Hz); 6,86 (lH, d, J=16 Hz); 5,50 (1H, d épais, J=3 Hz);
5,00 (1H, t, J=7 Hz); 4,73 (lH, d, J=4 Hz); 3,15 (2H, d, J=7 Hz); 2,08 (2H, d, J=9 Hz); 2,30 (9H,
3s, 3xCH3C0); 2,10 (6H, 2s, 2xCH3CO); 1,90 (lH, t, J=9 Hz); 1,73 (3H, s); 1,66 (3H, s); 1,36
(3H, s); 1,13 (3H, s); 1,00 (3H, s).

Masse (IE): m/z 690 (M+, 52%); 648 (10%); 528 (8%); 408 (8%); 365
(10%); 323 (12%); 310 (12%); 268 (10%); 149 (20%); 137 (20%); 120 (22%); 69 (23%); 43
(100%).

Cyclisarion en milieu acide :


Dans un ballon, on introduit 10 mg de produit~ dans 0,1 ml de MeOH
et 1,5 ml de HCl lN. Le tout est laissé à reflux pendant 3 heures. L'ensemble est refroidi, puis
évaporé à sec. Après purification par chromatographie sur plaque de silice préparative dans CH2Cl2 :
90- MeOH: 10, on obtient 5 mg d'un composé .5,3..

RMN lH li._(CDsN, 200 MHz) :a 7,47 (lH, s élargi); 7,37 (1H, d,


J=16 Hz); 7,30 (1H, d, J=16 Hz); 7,13 (1H, s élargi); 7,03 (lH, s élargi); 6,97 (1H, s élargi); 4,50
(1H, s élargi); 3,50 (1H, s élargi); 3,00 (2H s); 2,83 (2H, rn); 2,36 (lH, d, J=14 Hz); 2,00 (1H, d,
J=14 Hz); 1,80 (1H, d élargi, J= 14Hz); 1,73 (2H, rn); 1,66 (-3f!,s); 1,36 (3H, s); 1,30 (6H, s);
1,25 (3H, s).

Masse (IE)53 :m/z 480 (M+, 100%); 306 (18%); 268 (20%); 250
(10%); 222 (10%); 137 (10%); 91 (10%).

Hydrogénation catalvrique :
A 25 mg de produit ~ dans 2 ml de MeOH, on ajoute une pointe de
spatule de Pd/C. Le tout est agité sous atmosphère d'hydrogène pendant une nuit. On filtre, puis on
évapore à sec. On obtient 22 mg d'un produit pur ayant un Rf identique à celui du produit de départ
(Rf=0,3) dans le système éluant CH2Cl2: 90-MeOH: 10, mais la fluorescence est différente.
100

RMN lH du composé hydrogéné (CD30D, 200 MHz) : d 6,46 (lH, d,


1=1,5 Hz); 6,36 (lH, d, 1=1,5 Hz); 6,13 (2H, s); 4,13 (lH, d élargi, 1=3 Hz); 3,66 (1H, rn); 3,56
(1H, rn); 2,63 (rn); 2,30 (1H, dd, 1=14 et 3 Hz); 1,90 (1H, dd, 1=14 et 2 Hz); 1,70 (2H, rn); 1,53
(2H, rn); 1,36 (3H, s); 1,10 (6H, s) 0,90 (6H, d, 1=7 Hz).

Masse (lE) du composé hydrogéné : m/z 484 (M+, 100% ); 328 (32% );
291 (60%); 273 (29%); 255 (67%); 137 (53%); 135 (30%).

MACARANGINE S1. et DIISOPRENYL-KAEMPFEROL ü_.

La fraction D'3 (200 mg) est purifiée sur plaque préparative de silice
dans CHCl3 : 90-MeOH : 10 pour donner 40 mg d'un produit majoritaire (macarangine 2:) et 5 mg
d'un composé minoritaire (diisoprényl-kaempférol Q.Q). L'ensemble des données spectrales et
physiques de ces deux nouveaux composés est donné dans la pattie théorique (voir p 63-66).
101

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115

TABLE DES MA TIERES.

INTRODUCTION. 1

CHAPITRE I: PHARMACOPEE TRADITIONNELLE MELANESIENNE. 4

1 . L'ETHNOPHARMACOLOGIE. CRITERE DE RECOLTE DE PLANTES

BIOLOGIQUEMENT ACITVES. 4
A - Critères de récolte. 4
B - Défmition de l'ethnopharmacologie. 5

II . ETIINOPHARMACOLOGIE EN NOUVELLE-CALEDONIE. 6
A - La Nouvelle-Calédonie et sa végétation. 6
B - Organisation sociale des Mélanésiens. 8
C - Conception mélanésienne de la maladie. 10
D- Les "médecins" mélanésiens. 11
E - Les maladies naturelles et magico-sociales. 11
F - Méthodes de préparation et administration des médicaments. 14
G - Posologie. 16
H - Catégories pharmacologiques mélanésiennes. 16

Ill. TRAVAUX PERSONNELS : ASPECfS ETHNOPHARMACOLOGTQUE


ET BOTANIQUE: ENQUETES DE TERRAIN. 17
A - Aspect ethnopharmacologique : la famille des Euphorbiaceae et le genre . 17
Macaranga
B - Aspect botanique. 18
-les Euphorbiaceae. 18
- le genre Macaranga. 22
C - Enquêtes de terrrain. 23
D - Résultats et commentaires. 25

CHAPITRE II: ETUDES PHARMACOLOGIQUES MENEES SUR

LES EUPHORBIACEAE SELECTIONNEES. 31


1 . BUTS ET OBJECTIFS. 31

II . TESTS PRELIMINAIRES. 32
116

A - Fonction physiologique explorée. 32


B - Résultats et commentaires. 32

ill . LIMITES DES CRITERES ETHNOPHARMACOLOOIOUES. 34


A - Interprétation des enquêtes. Etiologie. 34

B - La démarche expérimentale. 35

IV. ETUDE PHARMACOLOGIQUE DE MACARANGA YEDELIANA. 37

A- Exploration de l'effet sur le système cardio-vasculaire. 37

B - Résultats et commentaires. 38

CHAPITRE III: ETUDES CHIMIQUES. 39

I. RAPPELS BIBLIOGRAPHIQUES. 39
A - Généralités sur les flavonoïdes. 39
B - Constituants chimiques des Euphorbiaceae. 48
C - Composition chimique de Macaranga. 51

II . TESTS PHYTOCHIMIQUES PRELIMINAIRES. 52


A - Matériel végétal utilisé. 52
B - Essais préliminaires. 52
C - Résultats et commentaires. 53

[Link] CHIMIQUE DE MACARANGA VEDELIANA


Mü[Link]. 54
A - Extraction de Macaranga vedeliana Mü[Link]. 54
B - Extrait hexanique. 55
C - Extrait méthanolique. 55
CONCLUSION. 68
PARTIE EXPERIMENTALE. 69
BIBLIOGRAPHIE. 95
TABLE DES MATIERES. 109

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