Formes bilinéaires, dualité et formes quadratiques MAAYANE Fatima
Exercice 7 : Soit E un espace vectoriel de dimension finie sur K (car(K) ̸= 2) et
f ∈ Ls (E; K) une forme bilinéaire non dégénérée.
1. Pour tout K-endomorphisme u ∈ L(E), montrer que l’application x 7→ f (u(x), y)
est, pour tout y ∈ E, une forme linéaire sur E.
2. En déduire qu’il existe un unique z ∈ E tel que (∀x ∈ E) f (u(x), y) = f (x, z).
On définit ainsi l’application y 7→ z, notée u∗ , appelée adjointe de u par rapport à
f.
3. Montrer que u∗ ∈ L(E) et que (u∗ )∗ = u.
4. Supposons que tout élément de K soit un carré. Si A est la matrice de u dans une
base orthonormale, montrer que la matrice de u∗ dans cette base est t A.
5. Montrer que l’involution u 7→ u∗ est un automorphisme de L(E) et que (u ◦ v)∗ =
v ∗ ◦ u∗ .
Solution de l’Exercice
Contexte général. On travaille dans un espace vectoriel E de dimension finie muni
d’une forme bilinéaire symétrique non dégénérée f . L’idée centrale est de construire, pour
tout endomorphisme u, un endomorphisme u∗ tel que
f (u(x), y) = f (x, u∗ (y)) ∀ x, y ∈ E.
Question 1 — Linéarité de x 7→ f (u(x), y)
Soit y ∈ E fixé. Posons φy : x 7→ f (u(x), y). Pour x1 , x2 ∈ E et λ ∈ K :
u lin. f bilin.
φy (x1 +λx2 ) = f (u(x1 + λx2 ), y) = f (u(x1 ) + λu(x2 ), y) = f (u(x1 ), y)+λf (u(x2 ), y).
Donc φy est linéaire : c’est un élément de E ∗ .
Question 2 — Existence et unicité de u∗ (y)
Outil clé. Comme f est non dégénérée, l’application
Φ : E −→ E ∗ , z 7−→ f ( · , z)
est un isomorphisme.
D’après la question 1, x 7→ f (u(x), y) appartient à E ∗ . Comme Φ est bijectif, il existe
un unique z ∈ E tel que
f ( · , z) = f (u( · ), y), c’est-à-dire ∀x ∈ E, f (u(x), y) = f (x, z).
On pose u∗ (y) := z. Par définition :
f (u(x), y) = f (x, u∗ (y)) ∀ x, y ∈ E.
Question 3 — u∗ est linéaire et (u∗ )∗ = u
Linéarité de u∗ . Soient y1 , y2 ∈ E, λ ∈ K. Par bilinéarité de f et définition de u∗ :
f (x, u∗ (y1 + λy2 )) = f (u(x), y1 + λy2 )
= f (u(x), y1 ) + λf (u(x), y2 )
= f (x, u∗ (y1 )) + λf (x, u∗ (y2 ))
= f (x, u∗ (y1 ) + λu∗ (y2 )) .
2
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Comme f est non dégénérée : u∗ (y1 + λy2 ) = u∗ (y1 ) + λu∗ (y2 ). Donc u∗ ∈ L(E).
Involution : (u∗ )∗ = u. Par définition de l’adjoint de u∗ et symétrie de f :
f (u∗ (x), y) = f (y, u∗ (x)) = f (u(y), x) = f (x, u(y)).
D’autre part, par définition de (u∗ )∗ : f (u∗ (x), y) = f (x, (u∗ )∗ (y)). Donc f (x, (u∗ )∗ (y)) =
f (x, u(y)) pour tout x, d’où
(u∗ )∗ = u.
Question 4 — Matrice de u∗ dans une base orthonormale
Soit (e1 , .P
. . , en ) une base orthonormale : f (ei , ej ) = δij . Posons A = Mat(u), de sorte
que u(ej ) = i aij ei .
Calcul de aij . En appliquant f ( · , ei ) à u(ej ) :
f (u(ej ), ei ) = aij .
Calcul de bji (coefficients de u∗ ). Par définition de u∗ :
f (u(ej ), ei ) = f (ej , u∗ (ei )).
Si u∗ (ei ) = alors f (ej , u∗ (ei )) = bji . Donc aij = bji , soit :
P
k bki ek ,
Mat(u∗ ) = tMat(u).
Question 5 — Automorphisme de L(E) et (u ◦ v)∗ = v ∗ ◦ u∗
Linéarité. Pour α, β ∈ K, u, v ∈ L(E) :
f ((αu + βv)(x), y) = αf (u(x), y) + βf (v(x), y)
= αf (x, u∗ (y)) + βf (x, v ∗ (y)) = f (x, (αu∗ + βv ∗ )(y)) .
Donc (αu + βv)∗ = αu∗ + βv ∗ .
Bijectivité. Comme (u∗ )∗ = u, l’involution u 7→ u∗ est sa propre inverse : elle est
bijective. C’est donc un automorphisme de L(E).
Règle du produit. Pour tous x, y ∈ E, on passe en deux étapes :
u→u∗ v→v ∗
f ((u ◦ v)(x), y) = f (v(x), u∗ (y)) = f (x, v ∗ (u∗ (y))) = f (x, (v ∗ ◦ u∗ )(y)) .
Par unicité de l’adjoint :
(u ◦ v)∗ = v ∗ ◦ u∗ .
L’ordre s’inverse, comme pour la transposée de matrices.
Exercice 8 : Soit E un espace vectoriel de dimension finie et f une forme bilinéaire
non dégénérée. Montrer que les propriétés suivantes sont équivalentes :
(1) u = u∗
(2) f (u(x), y) = f (x, u(y)) pour tous x, y ∈ E
(3) La matrice de u dans une base orthonormale est symétrique.
3
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Solution de l’Exercice
Objectif. Montrer le cycle d’équivalences (1) ⇔ (2) ⇔ (3).
(1) ⇔ (2) — Via la définition de l’adjoint
Par définition de u∗ , on a pour tous x, y ∈ E :
f (u(x), y) = f (x, u∗ (y)).
(1) ⇒ (2) Si u = u∗ , on remplace u∗ par u : f (u(x), y) = f (x, u∗ (y)) = f (x, u(y)). Donc (2)
est vérifiée.
(2) ⇒ (1) Supposons f (u(x), y) = f (x, u(y)) pour tous x, y. On sait aussi f (u(x), y) = f (x, u∗ (y))
par définition. Donc f (x, u(y)) = f (x, u∗ (y)) pour tout x. Comme f est non dégé-
nérée : u(y) = u∗ (y) pour tout y, soit u = u∗ .
(2) ⇒ (3) — Calcul matriciel dans une base orthonormale P
Soit (e1 , . . . , en ) une base orthonormale : f (ei , ej ) = δij . Posons u(ej ) = i aij ei , de
sorte que A = (aij ) = Mat(u).
Extraction du coefficient aij . En appliquant f ( · , ei ) :
!
X X
f (u(ej ), ei ) = f akj ek , ei = akj f (ek , ei ) = aij .
| {z }
k k δki
Utilisation de l’hypothèse (2).
(2)
aij = f (u(ej ), ei ) = f (ej , u(ei )) = aji .
Donc aij = aji : la matrice A est symétrique.
(3) ⇒ (2) — Retour via la transposée
D’après l’exercice 7, question 4, dans une base orthonormale :
Mat(u∗ ) = tMat(u).
Si la matrice de u est symétrique, alors t A = A, donc Mat(u∗ ) = Mat(u), d’où u∗ = u.
On conclut par (1) ⇔ (2) que (2) est satisfaite.
Résumé intuitif. Un endomorphisme u est dit symétrique (ou auto-adjoint) lorsqu’on
peut faire passer u d’un côté à l’autre de f sans changer le résultat. Dans une base
orthonormale, cela correspond exactement à avoir une matrice symétrique.
Exercice 9 : Soit E = R2 [X] l’espace des polynômes de degré ≤ 2, muni de la forme
bilinéaire Z 1
f (P, Q) = P (x)Q(x) dx.
0
1. Écrire la matrice de f par rapport à la base (1, X, X 2 ). Montrer que f est non
dégénérée.
2. Soit ∆ l’endomorphisme de dérivation : ∆(P ) = P ′ . Déterminer l’adjoint ∆∗ de ∆
relativement à f .
3. Soit φ l’endomorphisme défini par [φ(P )](X) = P (−X). Déterminer l’adjoint φ∗
relativement à f .
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Solution de l’Exercice
Rappel de la formule clé. Dans une base quelconque de matrice de Gram A, la
matrice de l’adjoint d’un endomorphisme de matrice M est :
M ∗ = A−1 t M A.
Question 1 — Matrice de f et non dégénérescence
R1 1
On calcule Aij = f (ei , ej ) = 0 xi+j−2 dx = pour la base (e1 , e2 , e3 ) =
i+j−1
(1, X, X 2 ) :
1 1 1 1 1
f (1, 1) = 1, f (1, X) = , f (1, X 2 ) = , f (X, X) = , f (X, X 2 ) = , f (X 2 , X 2 ) = .
2 3 3 4 5
La matrice de Hilbert d’ordre 3 est donc :
1 1
1
2 3
1 1 1
A= .
2 3 4
1 1 1
3 4 5
Par la règle de Sarrus :
1
det A = ̸= 0.
2160
Donc A est inversible et f est non dégénérée.
Son inverse est :
9 −36 30
A−1 = −36 192 −180 .
30 −180 180
Question 2 — Adjoint de ∆
Matrice de ∆. On dérive chaque vecteur de base et on exprime le résultat dans
(1, X, X 2 ) :
∆(1) = 0 = 0·1+0·X+0·X 2 , ∆(X) = 1 = 1·1+0·X+0·X 2 , ∆(X 2 ) = 2X = 0·1+2·X+0·X 2 .
Rappel : la j-ième colonne de M contient les coordonnées de ∆(ej ).
0 1 0
M= 0 0 2 .
0 0 0
Calcul de M ∗ = A−1 t M A.
Étape 1 — Transposée :
0 0 0
t
M = 1 0 0 .
0 2 0
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Étape 2 — Produit t M · A :
0 0 0
t
M · A = 1 12 31 .
1 23 21
Étape 3 — Produit A−1 · (t M · A) :
Ligne 1 :
(−36)(1) + (30)(1) = −6, (−36) 21 + (30) 23 = 2, (−36) 13 + (30) 12 = 3.
Ligne 2 :
(192)(1) + (−180)(1) = 12, (192) 12 + (−180) 23 = −24, (192) 13 + (−180) 12 = −26.
Ligne 3 :
(−180)(1) + (180)(1) = 0, (−180) 12 + (180) 23 = 30, (−180) 13 + (180) 12 = 30.
−6 2 3
M ∗ = 12 −24 −26 .
0 30 30
Expression concrète de ∆∗ . Pour P (X) = a0 + a1 X + a2 X 2 :
[∆∗ (P )] (X) = (−6a0 + 2a1 + 3a2 ) + (12a0 − 24a1 − 26a2 ) X + 30(a1 + a2 ) X 2 .
Remarque. ∆ abaisse le degré des polynômes, mais son adjoint ∆∗ envoie R2 [X] dans
lui-même : il n’abaisse pas le degré.
Question 3 — Adjoint de φ
Matrice de φ. On évalue φ(P )(X) = P (−X) sur la base :
φ(1) = 1, φ(X) = −X, φ(X 2 ) = X 2 .
Les colonnes de N sont les coordonnées de ces images :
1 0 0
N = 0 −1 0 (matrice symétrique, donc t N = N ).
0 0 1
Calcul de N ∗ = A−1 t N A = A−1 N A.
Étape 1 — Produit N · A :
1 1
1 2 3
N A = − 21 − 13 − 14 .
1 1 1
3 4 5
Étape 2 — Produit A−1 · (N A) :
Ligne 1 :
9(1) + (−36)(− 12 ) + 30( 13 ) = 9 + 18 + 10 = 37, . . . = 24, . . . = 18.
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Ligne 2 :
(−36)(1) + 192(− 12 ) + (−180)( 31 ) = −36 − 96 − 60 = −192, . . . = −127, . . . = −96.
Ligne 3 :
30(1) + (−180)(− 21 ) + 180( 13 ) = 30 + 90 + 60 = 180, . . . = 120, . . . = 91.
37 24 18
N ∗ = −192 −127 −96 .
180 120 91
Expression concrète de φ∗ . Pour P (X) = a0 + a1 X + a2 X 2 :
[φ∗ (P )] (X) = (37a0 +24a1 +18a2 )−(192a0 +127a1 +96a2 ) X +(180a0 +120a1 +91a2 ) X 2 .
Remarque. Bien que φ soit une application d’aspect simple (P (X) 7→ P (−X)), son
adjoint φ∗ par rapport à f est complexe. Cela illustre que la symétrie d’un endomorphisme
dépend fortement de la forme bilinéaire choisie : N ∗ ̸= N , donc φ n’est pas auto-adjoint.