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Le Service Public en France: Définition, Histoire Et Enjeux

Le document traite du service public en France, en abordant sa définition, son histoire, ses enjeux et son cadre juridique, tant national qu'européen. Il souligne les évolutions majeures, les crises rencontrées, ainsi que les réformes nécessaires pour maintenir l'efficacité et l'accessibilité des services publics. Enfin, il met en lumière les principes fondamentaux qui régissent le fonctionnement du service public, notamment le principe d'égalité.

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Le Service Public en France: Définition, Histoire Et Enjeux

Le document traite du service public en France, en abordant sa définition, son histoire, ses enjeux et son cadre juridique, tant national qu'européen. Il souligne les évolutions majeures, les crises rencontrées, ainsi que les réformes nécessaires pour maintenir l'efficacité et l'accessibilité des services publics. Enfin, il met en lumière les principes fondamentaux qui régissent le fonctionnement du service public, notamment le principe d'égalité.

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⚖ Le Service Public en France : Dé nition, Histoire et Enjeux

I. 🧩 Dé nition du service public

A. Dé nitions doctrinales

• Didier Truchet : « Personne n’a jamais réussi à donner au SP une dé nition incontestable »
(AJDA, 1982).

• René Chapus : Dé nition retenue majoritairement —


« Le service public est une activité d’intérêt général assurée ou assumée par une personne
publique. »

B. Conditions de reconnaissance d’un SP


1. Activité d’intérêt général
◦ Notion évolutive et politique avant d’être juridique.

◦ Deux conceptions :

▪ Utilitariste (anglo-saxonne) : somme des intérêts particuliers.

▪ Volontariste (française) : l’intérêt général est dé ni par l’État.

2. Lien avec une personne publique


◦ Assurée : régie directe par la personne publique.

◦ Assumée : délégation ou concession, mais maîtrise publique maintenue.

C. Jurisprudence structurante

• CE, 1963, Narcy : trois critères de reconnaissance d’un SP con é à un privé :

1. Mission d’intérêt général

2. Contrôle de l’administration

3. Prérogatives de puissance publique (PPP)

• CE, 2007, APREI : les PPP ne sont plus toujours exigées → faisceau d’indices.

• Arrêts récents :

1. CE, 2010 : les courses de chevaux = SP (promotion de l’élevage)

2. CE, 2023 : les fédérations sportives = SP lorsqu’elles organisent des matchs.

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II. 📚 Historique et doctrine du service public

A. Genèse

• Présent dès l’Ancien Régime (banalités, villes franches).

• Notion af rmée à la IIIe République.

• Léon Duguit : théoricien central — SP = fondement de l’État (opposé à Hauriou).

◦ Appuie sa théorie sur l’arrêt TC, 1873, Blanco : SP = droit spéci que ≠ Code civil.

B. Jurisprudence fondatrice

• CE, 1903, Terrier ; CE, 1910, Thérond ; TC, 1908, Feutry :


Lien entre activité de SP et compétence du juge administratif.

C. Évolutions majeures

• CE, 1912, Porphyroïdes des Vosges : possibilité de gestion privée sans DA.

• TC, 1921, Bac d’Eloka : distinction SPA / SPIC → certains SP relèvent du droit privé.

D. SP et droit administratif

• Aujourd’hui, deux critères du droit administratif : puissance publique et service public.

III. 🇫🇷 Le Service Public dans le bloc de constitutionnalité


français
Même s’il n’existe pas d’article constitutionnel dédié au SP, plusieurs références existent :

A. Texte fondateur : Préambule de 1946 (alinéa 9)

Toute entreprise ayant les caractères d’un SP national ou d’un monopole de fait doit devenir
propriété collective.

→ Justi e les vagues de nationalisations :

• 1936–1937 (Front Populaire)

• 1945–1946 (Sanctions WWII)

• 1982 (Mitterrand)

B. Article 11 de la Constitution de 1958


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• Référendums sur l’organisation des SP : jamais utilisé à ce jour.

C. Article 71-1 : Défenseur des droits

• Peut être saisi pour dysfonctionnement d’un SP.

IV. 🧠 La Sécurité Sociale : un service public structurant

A. Modèles

• Bismarckien : nancé par cotisations (France, Allemagne).

• Beveridgien : nancé par l’impôt (Royaume-Uni).

Création par ordonnance du 4 octobre 1945 (Croizat, De Laroque).

B. Évolution

• Ajout progressif de prestations non-contributives (AAH, minimum vieillesse, CMU…).

• Budget désormais :

◦ 65 % : cotisations

◦ 35 % : impôts

V. 📉 Crises et mutations du service public

A. Crises identi ées

1. Conceptuelle : déclin de l’unité de la notion.

2. Financière : dif culté de nancement du modèle.

3. Organisationnelle : éclatement des modes de gestion.

4. Territoriale : déserti cation rurale, fracture numérique.

B. Réponses institutionnelles

• Maisons France Services (créées post-Gilets Jaunes) : accompagnement administratif dans


chaque canton.

• Schéma départemental d’accessibilité aux SP (loi NOTRe 2015).

• Label SP+ : démarches de qualité et proximité.

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VI. 🌍 Service public et construction européenne

A. Chocs normatifs

• Europe libérale depuis Acte unique (1986).

• Vaste mouvement de libéralisation des monopoles publics (énergie, poste, télécom…).

B. Reconnaissance progressive

• CJCE, 1993, Corbeau ; 1994, Commune d’Almelo : reconnaissance des SIEG (Services
d’Intérêt Économique Général).

◦ Dérogation au droit de la concurrence possible si mission d’intérêt général.

C. Typologie européenne

• SIEG = SPIC français

• SIG / SIGNE : extensions sectorielles

VII. 🧱 Structures juridiques de gestion des SP

A. Entreprises publiques

• EPIC : capital 100 % public, statut public.

• Société Anonyme à capitaux publics : ex. La Poste.

• SPL / SEM / SEMOP : partenariats public/privé locaux.

B. Droit européen et marchés publics

• Notion de quasi-régie (in-house) → dérogation à la mise en concurrence (Arrêt Teckal,


1999).

VIII. 📲 Dématérialisation et enjeux numériques

A. Effets

• Facilite les démarches mais exclut certains publics (illectronisme : 16 %).

• Obligation de poly-accès (CE, 2022, La Cimade).

B. Mesures

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• RGPD, open data, Code des relations entre public et admin. (L112-8 CRPA).

• Déploiement de la bre et amélioration de la couverture.

IX. 📍 Réformes de l'État et aménagement du territoire

A. RGPP (2007, Sarkozy)

• 347 décisions : suppressions de tribunaux, services de proximité, etc.

B. Lois et circulaires

• Loi Pasqua (1995) : zonages territoriaux.

• Loi NOTRe (2015) : schémas départementaux.

• Loi 3DS (2022) : Solidarité territoriale, maisons France Services.

X. 🧭 Enjeux actuels
1. Ef cacité & qualité dans un contexte budgétaire tendu.

2. Maintien de la présence territoriale (surtout en milieu rural).

3. Réformes numériques : poly-accès, inclusion, interopérabilité.

4. Crise de sens : redé nition du SP dans une société mixte public/privé.

📌 Conclusion
Le Service Public reste un pilier du modèle français, mais il est soumis à de multiples tensions :
juridiques, économiques, politiques et sociétales. L’équilibre entre ef cacité, universalité, mixité
sociale, et innovation devient le nouveau dé d’une action publique fragmentée mais essentielle.

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🌍 Le Service Public et la Construction Européenne

I. ⚔ Une histoire en trois temps : confrontation, adaptation,


construction
A. Temps de l’ignorance (1957 – n 1970s)

• Création du marché commun → priorité au développement économique.

• Les services publics (SP), souvent en monopoles nationaux, restent en marge.

• Le droit européen ne s’intéresse pas à ces secteurs.

B. Temps de la confrontation ( n 1970s – 1990s)

• Sous in uence britannique (Thatcher), l’Union européenne impose des principes libéraux.

• Adoption de l’Acte unique européen (1986) → passage au marché unique, avec libre
circulation des biens, personnes, services et capitaux.

• Cible : démantèlement des monopoles publics (électricité, transports, télécoms…).

C. Temps de la construction (depuis 1993)

• Reconnaissance des services d’intérêt général.

• Apparition progressive de concepts juridiques similaires aux notions françaises :

◦ SIEG : Service d’intérêt économique général

◦ SIG : Service d’intérêt général

◦ SIGNE (ou SNEIG) : Service d’intérêt général non économique

II. 🏛 Cadre juridique européen

A. Traités fondateurs

Article 106 TFUE (ex-article 90-2 TCE)

• Les SIEG peuvent déroger au droit de la concurrence si nécessaire à l’accomplissement


de leur mission.

• Trois paragraphes :

1. Égalité devant le droit pour toutes les entreprises publiques.

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2. Tolérance pour les SIEG, dans les limites de la concurrence.

3. Surveillance par la Commission.

⚠ Cet article fonde toute la doctrine européenne sur les services publics dans un cadre
concurrentiel.

Article 14 TFUE (ex-article 16 TCE, Traité d’Amsterdam 1997)

• Fonde le rôle des SIEG dans la cohésion économique et sociale de l’Union.

• L’Union et les États membres doivent garantir le bon fonctionnement de ces services.

Protocole n°26 (annexé au traité de Lisbonne)

• Af rme la compétence nationale pour organiser les SIEG.

• Énonce des principes de qualité, sécurité, accessibilité, universalité, transparence.

• Reconnait la diversité culturelle et les différences nationales dans la conception du SP.

III. ⚖ Jurisprudences fondatrices

A. CJCE, 1993, Corbeau

• Poste belge : monopole partiel reconnu comme SIEG.

• Dérogation à la concurrence autorisée, si elle est nécessaire pour garantir la mission.

B. CJCE, 1994, Commune d’Almelo

• Idem : faisceau d’indices pour quali er un SIEG.

• Reconnaissance du rôle d’intérêt général, même dans un secteur ouvert à la concurrence.

C. CJCE, 2003, Altmark

Critères pour que des aides publiques à un SIEG ne soient pas considérées comme illégales :

1. Mission clairement dé nie par mandat.

2. Paramètres transparents pour calculer la compensation.

3. Pas de surcompensation.

4. Référence à une entreprise bien gérée (benchmark concurrentiel).

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IV. 🧬 Typologie des services publics selon le droit européen

Équivalent en
Notion Dé nition Régime
droit français

Activité économique avec mission Peut déroger à la


SIEG SPIC
d’intérêt général concurrence

SIG / Activité économique avec mission Variable (crèches,


Ex : santé, éducation
SSIG d’intérêt général cantines…)

SIGNE / SPA régalien Hors concurrence


Services purement régaliens ou sociaux
SNEIG (police, justice…) (article 51 TFUE)

📌 Exemple : une crèche municipale est un SPA en droit interne, mais un SIEG au niveau
européen.

V. 📉 Incidences du droit européen sur les services publics


français
A. Remise en cause des monopoles

• Libéralisation de France Télécom (1996 SA, 2004 privatisation).

• Fin des monopoles dans l’énergie, transports ferroviaires, poste, etc.

• Création d'autorités indépendantes (ARCEP, CRE…).

B. Fragmentation du modèle français

• En France : SP = modèle intégré, centralisé.

• En Europe : séparation des fonctions :

◦ Régulation ≠ Gestion ≠ Réglementation

• Exemple : les rails sont gérés par un opérateur unique, mais accessibles à tous les
concurrents (SNCF Réseau).

VI. 📡 Notion de service universel

A. Dé nition

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• Origine : États-Unis, n XIXe siècle (AT&T).

• Objectif : garantir un accès minimal à tous, même sans rentabilité.

• En Europe, devient une obligation minimale dans certains secteurs ouverts à la


concurrence.

B. Domaine d’application

• Poste, télécommunications, énergie…

• Évolue avec le temps :

◦ Plus d'obligation de ligne xe depuis 2021.

◦ Obligation d’un accès abordable à Internet.

En France : transposition via les lois DADDUE (3 déc. 2020 & 21 août 2021).

VII. 📈 Équilibre entre droit européen et modèle français

A. Points de convergence

• Les SIEG assurent une continuité du SP à l’échelle de l’UE.

• La France peut continuer à organiser ses SP, si elle justi e l’intérêt général et respecte la
proportionnalité.

B. Points de tension

• Soumission accrue au droit de la concurrence.

• Déclin de la régie directe face à la concurrence.

• Réduction des marges de manœuvre nancières (compensation encadrée).

VIII. 📌 Conclusion : vers une européanisation des SP


• Le droit européen ne supprime pas les SP, mais les redé nit dans un cadre libéral.

• Reconstruction doctrinale autour des SIEG, SIG, SIGNE.

• Importance croissante de la notion de subsidiarité : chaque État conserve la compétence


d’organisation, sous contrôle de la Commission.

• Le SP devient un mode de régulation parmi d’autres, dans une stratégie mixte public/
privé.

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⚙ Les Principes de Fonctionnement du Service Public

I. 📜 Les trois principes fondamentaux : les lois de Rolland


Apparues dans les années 1930, ces trois principes ont vocation à s’appliquer à tous les services
publics, qu’ils soient nationaux, locaux, régaliens ou économiques (SPA ou SPIC), en régie ou
délégués.

A. ⚖ Le principe d’égalité

• Valeur juridique : PGD + valeur constitutionnelle.

• Jurisprudences :

◦ CE, 1951, Société des concerts du conservatoire : égalité devant le SP.

◦ CE, 1974, Denoyez et Chorques : égalité dans le fonctionnement du SP.

◦ CC, 1973, Taxation d’of ce ; 2001, IVG II : égalité devant la loi et devant le SP.

• Application : tous les usagers doivent être traités de manière équivalente, sauf si :

◦ Une loi le justi e.

◦ Il existe une différence de situation en rapport avec l'objet du service.

◦ Cela répond à un motif d'intérêt général (ex : tari cation sociale).

B. 🔁 Le principe de continuité

• Fondement : garantir la régularité du service dans le temps.

• Jurisprudence fondatrice : CE, 1909, Winkell : refus du droit de grève à l’époque.

• Valeur : constitutionnelle (décisions CC 1979 et 1994) et PGD.

• Adaptation : loi du 31 juillet 1963 réglemente le droit de grève des agents publics.

Applications :

• Services essentiels (police, santé…) : permanence exigée.

• Autres services : obligation de régularité pendant les horaires prévus.

• Droit de grève : aménagé par la jurisprudence Dehaene (1950) : un chef de service peut
restreindre ce droit pour assurer la continuité.

• Théories du droit administratif liées :

◦ Imprévision (CE, 1916, Gaz de Bordeaux) : continuité même en cas d’imprévu.


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◦ Fait du prince : pouvoir de l'administration de modi er unilatéralement un contrat
pour le bon fonctionnement du SP.

C. 🔄 Le principe de mutabilité (adaptabilité)

• Signi e que le SP doit s’adapter aux besoins de la société.

• L'administration peut modi er l'organisation du service (horaires, contenu…).

• Valeur : non constitutionnelle, mais reconnue comme PGD.

• Appui sur des textes récents :

◦ LOLFin 2001 : évaluation des SP.

◦ Charte Marianne, ISO, démarches qualité.

II. 🧭 Vers de nouveaux principes ? Entre af rmation et


dilution
A. Propositions de nouveaux principes

• Accessibilité, transparence, sécurité, ef cacité, responsabilité…

• Évoqués dans :

◦ Circulaire Rocard (1989) : modernisation du SP.

◦ Circulaire Juppé (1995) : réforme des SP.

◦ Protocole n°26 (Traité de Lisbonne) : qualité, sécurité, accessibilité, abordabilité,


droits des usagers.

B. Limites

• Ces principes ne béné cient pas du même statut juridique.

• Ils n’ont pas le caractère intangible des lois de Rolland.

• Certains s’exportent au secteur privé :

◦ Ex : neutralité (article L.1321-1 du Code du travail) issue de la fonction publique.

III. 💸 Gratuité et tari cation des services publics

A. La gratuité : un mythe juridique ?

• Pas un principe de fonctionnement du SP.


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• Ne s’impose que si un texte le prévoit :

◦ Constitution : alinéa 13 du Préambule de 1946 (enseignement public).

◦ Lois spéci ques : ex. loi du 3 mai 1996 pour les SDIS.

• Jurisprudence :

◦ CE et CC con rment que la gratuité n’est pas une obligation générale.

B. Distinction SPA / SPIC et tari cation

Type de Droit
Financement principal Tari cation ?
SP applicable
Possible
SPA Impôt Public
(facultatif)
Prix payé par l’usager
SPIC Obligatoire Privé
(redevance)

• SPIC : autonomie budgétaire → interdiction de subvention par la collectivité (sauf


exception).

• Jurisprudence :

◦ CE, 1921, Bac d’Eloka → naissance des SPIC.

◦ CE, 1956, Union syndicale des industries aéronautiques → critères SPIC : objet,
mode de fonctionnement, nancement.

IV. 🏷 Tari cation sociale et différenciée

A. Tari cation sociale

• Acceptée pour les SP à vocation sociale (école, cantine…).

• Jurisprudence :

◦ CE, 1985, Ville de Tarbes : refus pour un service culturel (musique).

◦ CE, 1997, Nanterre & Gennevilliers : revirement → possible dans certains cas.

B. Tari cation différenciée

• Possible en droit interne : tarifs différents selon revenus, domicile, liens avec la commune.

• Jurisprudence :

◦ CE, 1994, Ville de Dreux : accès prioritaire à un SP local possible pour les usagers
ayant un lien suf santavec la commune.

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◦ CJCE, 2003, Commission c. Italie : tarif en fonction du domicile contraire au droit
européen.

⚠ Interdit au niveau européen → restriction à la libre circulation.

V. 📈 Ef cacité et ef cience : critères modernes

A. Dé nitions

• Ef cacité : atteindre les objectifs xés (résultat).

• Ef cience : obtenir le meilleur résultat avec le moins de ressources possibles (coût/effet).

B. Mise en œuvre

• Évaluation des politiques publiques (LOLF 2001).

• Indicateurs de performance.

• Labels qualité (ISO, Charte Marianne).

📌 Conclusion : une notion encadrée mais en mutation


Les principes de fonctionnement du service public, ancrés historiquement et juridiquement,
continuent d’évoluer sous l’effet :

• Des réformes internes (modernisation, LOLF, différenciation),

• Du droit européen (SIEG, obligation de résultat),

• Et des nouvelles attentes citoyennes (qualité, transparence, accessibilité).

Ils restent le ciment d’un droit administratif français encore fondé sur la primauté du service au
public, mais de plus en plus perméable aux logiques d’ef cacité issues du secteur privé.

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🏗 Les Modes de Gestion du Service Public

I. ⚖ Le libre choix du mode de gestion

A. Principe fondamental

• Consacré par la jurisprudence et la Constitution :

◦ CE, 1er avril 1980, Guanter

◦ CE, 18 mars 1988, Loupias

◦ CE, 6 avril 2007, Commune d’Aix-en-Provence

◦ CC, DC 30 nov. 2006 : principe de libre administration des collectivités territoriales.

Les collectivités territoriales ont le choix entre régie directe et gestion déléguée, sous réserve du
respect du droit européen en matière de concurrence.

II. 🧮 La régie : gestion directe par la personne publique

A. Dé nition

La collectivité assure directement la gestion du SP, sans intermédiaire. Elle en garde la maîtrise
complète : personnel, budget, organisation, équipements.

B. Trois formes locales de régie (article L.2221-1 CGCT)

Type Caractéristiques principales


Régie
Gestion directe, sans autonomie nancière ni personnalité morale.
simple
Régie
Créée par décret de 1926, dotée d’autonomie nancière, souvent pour les SPIC
autonom
(équilibre nancier exigé).
e
Régie
Décret du 26 mai 1955 : autonomie nancière et personnalité morale (souvent
personna
assimilée à un EP). Conseil d’administration mixte : élus + société civile.
lisée

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C. Intérêt pour les collectivités

• Meilleur contrôle du SP.

• Moins attractif pour les SP à fort besoin d’investissement.

• Régie ≠ autarcie : on peut sous-traiter certaines prestations (ex : repas dans une cantine).

III. 🤝 La gestion déléguée : contractualisation

A. Dé nition

La collectivité con e la gestion du SP à un tiers (public, privé, association) tout en gardant la


maîtrise du service ( xe le cahier des charges, contrôle).

Base juridique : Code de la commande publique (articles L. 1410-1 et suivants).

B. Types de gestion déléguée

Forme Description
Concession (au
Le délégataire construit et exploite à ses risques, rémunéré par les usagers.
sens historique)

Régie Rémunération à la fois forfaitaire et par intéressement, versée par la


intéressée collectivité, avec objectifs qualitatifs/quantitatifs.

Affermage (ou Équipement fourni par la collectivité ; gestion assurée par un tiers qui verse une
ahermage) surtaxe à la collectivité (ex : patinoire d’Angers).

IV. 🧾 Délégation de service public (DSP)

A. Dé nition

Contrat par lequel une collectivité con e la gestion d’un SP à un délégataire, dont la
rémunération est substantiellement liée au résultat de l’exploitation.

• Jurisprudence CE, 1997, Million et Marais : compatibilité avec le droit de la concurrence.

• Directive européenne 2014/23/UE : harmonisation des concessions.

B. Caractéristiques de la DSP

• Le délégataire assume un risque d’exploitation.

• Mise en concurrence obligatoire sauf in-house (cf. CJCE, Teckal, 1999).

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• Durée limitée, souvent inférieure à 5 ans (mais peut aller au-delà).

• Obligation de reprise des salariés lors d’un changement de délégataire, sauf création ex
nihilo.

• Étapes longues : étude de besoin, délibération locale, appel à concurrence…

C. Ce qui est non délégable

• Les missions régaliennes : police, justice, armée, hygiène, pouvoirs de police du maire.

• CE, 7 oct. 1986 (avis) : la surveillance des enfants pendant la cantine ne peut être
déléguée(confection/distribution des repas oui, mais pas la surveillance).

V. 🧷 Gestion associative et subvention

A. Délégation à une association

• Possible, très courant pour les SPA à vocation sociale (centres sociaux, théâtre, loisirs…).

• On retrouve souvent le secteur associatif pour les services peu rentables : la subvention
d’équilibre est nécessaire.

B. Différence entre DSP et subvention

Délégation Subvention
Initiative publique Initiative privée
Contrepartie Aucune contrepartie
contractuelle obligatoire
Encadrée juridiquement Discrétionnaire
Encadrement précis IG + liberté + transparence

• Une subvention devient une DSP si elle est assortie d’un cahier des charges strict et de
contreparties précises.

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VI. 🏛 Structures spéci ques : entreprises publiques locales

A. Typologies

Forme Description
SPL (Société Publique Capital 100 % public, gestion in-house, pas de mise en concurrence (arrêt
Locale) Teckal, 1999).
SEM (Société
Capital public + privé → mise en concurrence obligatoire.
d’Économie Mixte)
SEMOP Projet ponctuel, mise en concurrence dès la création.

B. Droit applicable

• Ce sont des sociétés anonymes, soumises au droit privé mais avec nalité d’intérêt
général.

• Article L. 1531-1 du CGCT : exploitation de SPIC ou activités d’intérêt général.

VII. 🧱 La propriété des biens dans les DSP


Type de
Dé nition
bien
Bien de Appartient dès l’origine à la collectivité, revient automatiquement en n de contrat (ex :
retour bâtiment).
Bien de
Biens non indispensables, que la collectivité peut racheter.
reprise
Bien
Appartient au délégataire, il les garde (ex : couches dans une crèche).
propre

VIII. 🔍 Concession vs marché public


Critère Concession (DSP) Marché public
Risque Oui (par le
Non (prix payé par la collectivité)
d’exploitation délégataire)
Rémunération Usagers Collectivité
Objet Gestion d’un SP Réponse à un besoin (travaux, services, fournitures)

La présence d’un risque économique pour le prestataire est le critère déterminant de la DSP.

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📌 Conclusion
Le choix du mode de gestion d’un service public re ète un équilibre entre :

• Souplesse et innovation (DSP, SEM, SEMOP),

• Contrôle et proximité (régie directe, SPL).

Ce choix dépend :

• De la nature du service (SPA/SPIC),

• De sa rentabilité ou non,

• De la stratégie de la collectivité.

La tendance actuelle est à la coexistence de modèles mixtes, adaptés aux réalités locales, avec un
encadrement européen renforcé sur la transparence et la concurrence.

🏛 Réforme de l’État et Service Public : Enjeux


contemporains et mutations

I. 💥 Crises du service public

A. Multiples formes de crise


1. Crise conceptuelle : dilution de la notion de service public.
◦ Fragmentation : cohabitation du SP gestionnaire et du SP régulateur.

◦ Crise de sens liée à la diversité des modes d'action (privatisation partielle, sous-
traitance, dématérialisation).
2. Crise nancière :
◦ Baisse des dotations aux collectivités.

◦ Dif cultés de nancement du modèle social.

3. Crise d’ef cacité :


◦ Sentiment d’inef cacité, bureaucratie trop lourde.

◦ Manque de lisibilité et de simplicité des démarches.

4. Crise territoriale :
◦ Retrait de l’État dans certaines zones.
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◦ Déserti cation des territoires ruraux, sentiment d’abandon (crise des Gilets Jaunes).

5. Crise de l’emploi public :


◦ Recul du statut : 22 % d’agents contractuels, 30 % des nouveaux recrutements.

◦ Loi de 2021 : possibilité pour les agents d’être mis à disposition de l’opérateur privé
en cas de délégation de SPA.

II. 🏗 Réformes de modernisation de l’État

A. Historique

• Années 1970 : premières ré exions (rapport Nora, Rocard).

• 1995 : circulaire Juppé sur la réforme des SP.

• 2007 : Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) sous Sarkozy :

◦ 21 audits, 347 décisions (fermeture de tribunaux, trésoreries, suppressions de


postes).

◦ Accentuation du retrait territorial de l’État.

B. Objectifs

• Amélioration de la performance (ef cacité + ef cience).

• Réduction des coûts.

• Réorganisation territoriale.

• Simpli cation administrative.

C. Critiques

• Perte de proximité avec les usagers.

• Vision managériale contestée.

• Confusion entre modernisation et réduction des moyens.

III. 🧭 Outils de maintien et de recomposition des services


publics
A. Aménagement du territoire

1. Politiques de zonage
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• Loi Pasqua (1995) : première à introduire des dispositifs de revitalisation des territoires
fragiles.

• Zonages différenciés : ZRR (rural), ZUS (urbain), ZFU (franchise), etc.

• Logique de discrimination positive validée par le Conseil Constitutionnel.

2. Schéma départemental d’amélioration de l’accessibilité aux SP

• Créé par la loi NOTRe (2015).

• Élaboration conjointe préfet / président de département.

• Diagnostic + programme d’action sur 6 ans.

B. Maisons France Services (MFS)

Genèse :

• Annoncées par Emmanuel Macron en 2019 après les Gilets Jaunes.

• Créées of ciellement par la loi 3DS (2022).

Objectifs :

• Une MFS par canton.

• Plateforme de services publics mutualisés.

• Accessibilité garantie à moins de 30 min de chez soi.

Fonctionnement :

• Portage local (67 % par des collectivités).

• Accueil polyvalent, numérique + physique.

• Label national attribué sous conditions (horaires, con dentialité, équipements, formation).

IV. 📡 Transformation numérique des services publics

A. Avancées

• Action Publique 2022 : ambition de digitalisation totale.

• 67 % des majeurs ont effectué une démarche en ligne (2021).

• Développement du téléservice, open data, smart city.

B. Problèmes

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• Illectronisme : 16 % des Français en dif culté avec le numérique.

• Fracture numérique territoriale : couverture bre encore incomplète (70 % en zone


rurale).

C. Encadrement juridique

• CE, 3 juin 2022, La Cimade :

◦ Les préfectures doivent maintenir un accès physique pour les publics fragiles.

◦ Droit à un poly-accès (numérique + guichet).

• Code des relations entre le public et l’administration (CRPA), art. L112-8 :

◦ Droit pour tout usager identi é de saisir l’administration par voie électronique.

V. ⚖ Nouvelles politiques publiques et logique de


performance
A. Introduction de la culture de l’évaluation

• LOLF (2001) : Loi organique relative aux lois de nances.

◦ Objectif : passer d’une logique de moyens à une logique de résultats.

◦ Indicateurs de performance.

• Normes ISO, charte Marianne, enquêtes de satisfaction.

B. Dualité ef cacité / ef cience

• Ef cacité : atteinte des objectifs.

• Ef cience : rapport entre résultats et ressources mobilisées.

VI. 🧬 Nouvelle gestion publique et recomposition

A. Nouvelle gestion publique (NGP)

• Inspirée du management privé.

• Logiques :

◦ Performance, contractualisation, benchmarking, etc.

◦ Individualisation des carrières ( n de la grille unique).

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◦ Développement du recours aux agents contractuels.

B. Coexistence public / privé

• Exemple des crèches :

◦ De plus en plus gérées par le privé.

◦ Moins de création de crèches publiques.

◦ On passe d’une logique de gestion directe à une fonction de régulation.

Le SP devient un mode d’action parmi d’autres, non exclusif ni exclusif.

VII. 🧱 Une éthique du service public en débat

A. Valeurs au-delà des principes juridiques

• Valeurs républicaines : liberté, égalité, fraternité.

• Valeurs professionnelles : neutralité, probité, qualité, sécurité.

• Valeurs de gestion : performance, responsabilité, transparence.

B. Redé nition de la mission

• Le SP est vu comme le patrimoine de ceux qui n’en ont pas.

• Essentiel dans les temps de crise (ex. Covid-19, inégalités sociales).

📌 Conclusion : vers un service public repensé


Le service public français reste un pilier de cohésion sociale, mais il est désormais :

• Plus fragmenté,

• Moins exclusivement public,

• Plus tourné vers l’ef cience et la performance,

• Et soumis à un encadrement européen et technologique renforcé.

Les notions de territorialisation, accessibilité, innovation, et mixité public/privé deviennent les


nouveaux repères d’un modèle en recomposition.

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