Récit ou discours
Déontiques
Focalisation
Modalité d’énonciation ; types de phrases
Négation totale ou partiel
L’emphase
Modalités d’énoncés : affectif ; axiologique ; épistémique ; volitif ; déontique ; aléthique
Nom, adjectifs, verbes, adverbes,
L’énoncé dans l’extrait des Caves du Vatican, d’André Gide est un récit car le temps de verbe varie entre
le passé simple (« éprirent » l.1), l’imparfait (« célébraient » l.8) le plus-que parfait de l’indicatif (« s’était
déclaré » l.4-5) et le plus-que-parfait de subjonctif («n’eût été » l.5), ce qui correspondent au temps
précis de l’action dans le passé et à la description de l’action dont la durée reste indéterminée. De plus,
la narration est à la 3ème personne. Les indicateurs spatio-temporels sont cependant à la fois
indépendants du moment de l’énonciation et positionnés par rapport à la situation d’énonciation
immédiate. L’adverbe « d’abord l.3», aussi bien que d’autres marques de temps et de lieu : « soirée du
dimanche », « le même soir » et « certain jour » effacent la trace du locuteur dans le récit. En revanche,
le complément de temps « en ce moment » l.26, positionne le moment de l’énonciation par rapport au
récit et porte ainsi la fonction déictique. La même fonction ont les adverbes : « aussitôt », « devant »,
« ensuite » et « puis ». De même manière, la présence des déterminants démonstratifs marque le
positionnement du narrateur par rapport à l’énoncé : « cette naissante passion » l.2, « ces petites
soirées » l.6 (mais non « ces deux noms » l. 21, car le déterminant démonstratif renvoie ici à un fragment
antérieur du texte : « Arnica Blafaphas, Arnica Fleurissoire »). Les traces d’allocutaire sont absentes dans
l’énoncé dans la mesure où, non seulement les pronoms personnels sont à la 3ème personne (« elle » l.12,
« ils » l.9), mais aussi les déterminants possessifs correspondent à la 3ème personne (« son propre nom »
l.26). Les phrases sont majoritairement déclaratives, sauf une : « Amédée ne venait-il pas de l’appeler
Arnica, en accentuant la pénultième de son nom qui lui parut italienne ? » l.22-24, qui est une phrase
interrogative, rhétorique. Les propositions « Arnica Blafaphas ?... Arnica Fleurissoire ? » ne sont pas des
phrases interrogatives, car elles se trouvent à l’intérieur d’une phrase déclarative terminée par un point
à la fin.
Le verbe « éprirent » dans la première phrase, démontre la perception subjective, affective de
l’énonciateur. L’adjectif « fatal », étant aussi de nature affective désigne la modalité affective d’énoncé,
qui s’interagit avec une modalité épistémique, car le présentatif « c’est » (ici au passé) montre la
certitude de l’énonciateur. Dans la deuxième phrase, on observe la présence des termes affectifs :
« admirable » et « passion », aussi bien que d’un verbe exprimant un jugement de vérité :
« s’avouèrent » et de négation restrictive « ne fit que », ce qui renforcent l’implication du narrateur et sa
certitude concernant le resserrement du lien d’amitié entre les deux personnages. La modalité est donc
mixte, qui, avec une domination de la modalité épistémique se coexiste avec une modalité affective.
Dans la troisième phrase, l’adjectif évaluatif, axiologique « grand » montre la présence du narrateur, qui
en adoptant l’adverbe « certes » et la négation restrictive « ne…non plus que » marque la certitude de
l’auteur. Le pronom indéfini « aucun », qui exprime la quantité nulle, avec un adverbe de temps
« jamais » témoigne la certitude de l’énonciateur et porte une valeur épistémique. Dans la même
phrase les termes évaluatifs « flamme » et « petit », démontrent la présence d’une modalité évaluative
qui n’est pourtant pas aussi forte que la modalité épistémique. La certitude du narrateur a donc une
valeur dominante dans la phrase. Les noms axiologiques d’éthique : « grâce » et « décence » dans la
phrase suivante, témoignent l’évaluation de personnage en termes des qualités morales, ce qui indique
une modalité évaluative, axiologique. Dans la sixième phrase, le verbe « convinrent » l.9 au passé simple,
place l’énoncé dans le cadre d’un fait établi, traduit la certitude de l’auteur et présente une modalité
épistémique. Dans une phrase suivante, avec une modalité épistémique (« remercia le ciel »), s’interagit
une modalité évaluative. Le narrateur, pour qualifier les amoureux, dans la phrase suivante emploie un
nom de connotation ironique - « soupirants ». Par la modalité axiologique, il démontre ainsi sa vision
ironique des sentiments amoureux de Fleurissoire et de Blafaphas. Dans une phrase suivante, la locution
adverbiale « à vrai dire », aussi bien que la négation restrictive « ne…que », le pronom indéfini
« personne » et l’adverbe « jamais », non seulement positionnent le narrateur par rapport à l’énoncé,
mais aussi expriment le haut niveau de certitude, qui fait que la modalité adoptée dans la phrase est
épistémique. Dans la dixième phrase, le locuteur compare le sentiment que d’Arnica commence à
ressentir à l’ivresse (« s’enivra »l.14), à la perte de raison et à l’abandon aux plaisirs. L’énonciateur prend
ainsi une position ironique, voire satirique vis-à-vis de la satisfaction ressentie par une personnage
féminine. Par l’adaptation du nom de connotation ironique « prétendant », le même effet est provoqué.
Ainsi, dans cette phrase où la modalité affective domine, on constate nettement la prise d’une position
ironique du narrateur face aux comportements des amoureux. L’adverbe « longuement » l.16, l’adjectif
superlatif « moindres » l.17 évaluent l’engagement et la motivation des hommes à s’emparer du cœur
de la femme. En employant le terme « Blafafoires » pour désigner les amis d’enfance, le narrateur prend
une position moqueuse. La femme de l’autre côté, qui « soigneusement » et « inlassablement » écrit sur
des bouts de papier, est aussi représentée comme très engagée dans le processus apparemment très
arbitraire de sélection de son partenaire. L’adverbe évaluatif « brusquement », et l’adjectif indéfini
« certain » qui montre la nature aléatoire du choix de la femme, témoignent une attitude sarcastique du
locuteur, qui, en adoptant la modalité affective se moque du comportement des jeunes gens. Enfin, la
locution adverbiale « sans doute », montre la certitude du locuteur qui lui fait considérer avec certitude
le rôle définitif de l’ambiance romantique pour la femme dans le choix de son futur mari.
Par conséquent, les termes évaluatifs « soupirants », « prétendants », « s’enivra », longuement »,
« soigneusement », brusquement », « inconsidérément », « aussitôt » qui renvoient au champ lexical du
romantisme excessif et grandiloquant, aussi bien qu’à la rapidité dans la prise de décision et donc à
l’aveuglement passionnel que le personnage féminin témoigne. Ainsi le narrateur ironise sur le
comportement des personnages et porte une visée satirique vis-à-vis de leur folie amoureuse et de la
nature du choix aléatoire du compagnon.
Récit ; temps de verbe : l’imparfait, passé simple, plus-que parfait de l’indicatif (« s’était déclaré ») et
subjonctif («n’eût été ») ; 3ème personne
Déictiques : « en ce moment » - le complément de temps : la coïncidence (caractéristique au récit ou au
discours uniquement ?)
Indication de lieu et de temps : aussitôt déictique ; d’abord ; soirée du dimanche ; le même soir ; devant
(déictique), ensuite (déictique), certain jour, puis déictique
Les pronoms personnels et les adjectifs possessifs de 3ème personne (son nom ; elle, ils)
Les déterminants démonstratifs : « cette naissante passion », « ces petites soirées », mais non « ces
deux noms » car ils renvoient à un fragment antérieur du texte (« Arnica Blafaphas, Arnica Fleurissoire »)
Focalisation omnisciente les commentaires et une prise de position par rapport à l’information formelle
Les modalités d’énonciation : toutes les modalités d’énonciation sont déclaratives, sauf une : « Amédée
ne venait-il pas de l’appeler Arnica, en accentuant la pénultième de son nom qui lui parut italienne ? ».
Les propositions « Arnica Blafaphas ?... Arnica Fleurissoire ? » ne sont pas des phrases interrogatives, car
elles sont les propositions à l’intérieur d’une phrase et ne déterminent la nature de la modalité de
l’énonciation de la phrase.
Les modalités d’énoncé : affective : « éprirent », un verbe renvoie à une perception affective propre aux
sujets de l’action ; épistémique par l’emploie de présentative « c’est » qui démontre la nature d’un fait
auquel il renvoie : (s’éprendre de Fleurissoire et de Blafaphas d’Arnica) « fatal », ce qui étant un adjectif
affectif positionne l’auteur par rapport au contenu. De même manière on distingue :
Adjectifs : « admirable », « naissante » (évaluatif), « grands motifs » (évaluatif), « petites soirées »
(évaluatif), « incapable » (évaluatif), « riche » (évaluatif), « capable » (évaluatif) ;
Noms : « passion » (évaluative), « flemme » (affectif), « décence » et « grâce » (affectifs), « amour »
(affectif), « surprise » et « simplicité » (évaluatif), « soupirant » affectif, « hommage » évaluatif,
« progrès » évaluatif, « atrocité » évaluatif
Verbes : s’avouèrent – jugement de vérité – épistémique, convinrent – épistémique, ne penchait –
affectif, lui parut – affective, perception subjective, était apparu – affective,
Adverbes : « certes » - épistémique, à vrai dire – épistémique – un commentaire du locuteur sur son
énoncé, longuement – évaluatif, doucement – affectif, soigneusement – évaluatif, brusquement –
évaluatif, inconsidérément – évaluatif, sans doute – épistémique
Les Caves du Vatican sont selon Gide une « sotie », farce du Moyen Âge, dont la visée satirique allie
humour et critique sociale. Dans cet extrait, le narrateur explique comment Mile Arnica Péterat est
devenue Mme Fleurissoire.
Amédée Fleurissoire et Gaston Blafaphas s'éprirent ensemble d'Arnica; c'était fatal. Chose
admirable, cette naissante passion, qu'aussitôt l'un à l'autre ils s'avouèrent, loin de les diviser, ne fit que
resserrer leur couture. Et certes Arnica ne leur donna d'abord, à l'un non plus qu'à l'autre, de grands
motifs de jalousie. Aucun d'eux du reste ne s'était déclaré; et jamais Arnica n'eût été supposer leur
flamme, malgré le tremblement de leur voix lorsque, à ces petites soirées du dimanche chez Mme
Semène dont ils étaient les familiers, elle leur offrait le sirop, la verveine ou la camomille. Et tous deux,
s'en retournant le soir, célébraient sa décence et sa grâce, s'inquiétaient de sa pâleur, s'enhardissaient...
5 phrases
Ils convinrent de se déclarer l'un et l'autre le même soir, ensemble, puis de s'abandonner à son choix.
Arnica, toute neuve devant l'amour, remercia le ciel dans la surprise et la simplicité de son cœur. Elle
pria les deux soupirants de lui laisser le temps de réfléchir.
3 Phrases
À vrai dire elle ne penchait non plus vers l'un que vers l'autre, et ne s'intéressait à eux que parce qu'eux
s'intéressaient à elle, alors qu'elle avait résigné l'espoir d'intéresser jamais personne. Six semaines
durant, perplexe de plus en plus, elle s'enivra doucement des hommages de ses prétendants parallèles.
Et tandis que dans leurs promenades nocturnes, supputant mutuellement leurs progrès, les Blafafoires
se racontaient longuement l'un à l'autre, sans détours, les moindres mots, les regards, les sourires dont
elle les avait gratifiés, Arnica, retirée dans sa chambre, écrivait sur des bouts de papier qu'elle brûlait
soigneusement ensuite à la flamme de sa bougie, et répétait inlassablement tour à tour : Arnica
Blafaphas ?... Arnica Fleurissoire ? incapable de décider entre l'atrocité de ces deux noms.
3 Phrases
Puis brusquement, certain jour de sauterie, elle avait choisi Fleurissoire ; Amédée ne venait-il pas de
l'appeler Arnica, en accentuant la pénultième de son nom d'une manière qui lui parut italienne?
(inconsidérément du reste, et sans doute entraîné par 25 le piano de Mlle Semène qui rythmait
l'atmosphère en ce moment), et ce nom d'Arnica, son propre nom, aussitôt lui était apparu riche d'une
musique imprévue, capable lui aussi d'exprimer poésie, amour...
2 phrases