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DTS Final

Le document présente une narration introspective d'Adam, qui lutte avec son estime de soi et ses aspirations à travers ses interactions avec Ridwan et la découverte d'un journal intime d'une poétesse anonyme. Adam se sent attiré par les mots de l'auteure, qui évoquent des thèmes de souffrance et de beauté, et il se lance dans une quête pour la retrouver. La ville fictive de Kounia, où se déroule l'histoire, est décrite comme un lieu d'inspiration poétique, mais aussi de compétition et de critique.

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DTS Final

Le document présente une narration introspective d'Adam, qui lutte avec son estime de soi et ses aspirations à travers ses interactions avec Ridwan et la découverte d'un journal intime d'une poétesse anonyme. Adam se sent attiré par les mots de l'auteure, qui évoquent des thèmes de souffrance et de beauté, et il se lance dans une quête pour la retrouver. La ville fictive de Kounia, où se déroule l'histoire, est décrite comme un lieu d'inspiration poétique, mais aussi de compétition et de critique.

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1

Derrière ton silence

Écrit par

Saïdou Baragé Abdoul Aziz


et
Soro Karitia Fatima Ange

2
Toute reproduction, représentation, diffusion, ou mise à disposition du public de cet ouvrage, sans
autorisation préalable de l’auteur ou de ses ayants droit, constitue une contrefaçon.
La contrefaçon inclut notamment la reproduction intégrale ou partielle d’un livre sans autorisation, la
diffusion d’exemplaires contrefaits, la mise en circulation de copies d’un livre contrefait à des fins de
distribution, de vente, ou de location, ainsi que la publicité, la détention, ou l’importation de copies
contrefaites d’un livre.
Les sanctions pour contrefaçon peuvent inclure des peines d’emprisonnement et des amendes, ainsi que
la confiscation et la destruction des exemplaires contrefaits.

© Éditions AG, +212 772688846, Maroc, avril 2023


Tous droits réservés

3
Chapitre 1 : le trésor

Adam
Très jeune, je ne savais pas que les
opinions des autres ne devraient pas définir
notre valeur en tant qu’individu. Nous sommes
tous uniques et précieux, avec nos propres
talents, expériences et contributions à apporter
au monde. Je ne savais pas que la valeur d’une
personne ne dépend pas de ce que les autres
disent ou pensent d’elle.
Ridwan me donnait parfois des raisons de
me suicider. Face à lui, j’étais un moins que
rien. Il maniait mon estime comme bon lui
semblait. Il pouvait gonfler, réduire ou
supprimer complètement mon enthousiasme.
Voyez, ce jour-là, il essayait de me stimuler.
– Nous devons prendre des risques et sortir
de notre zone de confort pour atteindre nos
objectifs, dit-il en pivotant le talon.

4
Il s’en allait une main fourrée dans la poche, la
tête haute.
Lui, c’est un voyou. Il n’avait rien
accompli dans sa vie, mais se prenait pour une
vedette depuis que son nom avait été
mentionné dans le journal local. Faute aux
personnes qui alimentaient sa vanité en le
montrant du doigt dès qu’il se pointât au parc
de l’amitié. Et, c’était incroyable de voir à quel
point les médias s’affolaient pour si peu. Ils le
glorifiaient comme s’il était l’un des grands
poètes de la ville.
Je marchais lentement en taquinant du pied
une boulette de papier froissé et laissant mes
pensées vagabonder librement dans les
archipels lointains. Je me sentais étrangement
vide et insatisfait. J’avais envie de faire
quelque chose de ma vie. Voyager, apprendre
une langue étrangère. Je ne savais pas, mais je
savais que je méritais mieux que ce quotidien
ennuyeux. Ridwan ne valait pas mieux que
moi. Parfois, on n’est jamais assis à la place

5
qu’on mérite. Et si j’avais fait des choix
différents ? Et si j’avais choisi de quitter
Kounia1 et vivre dans une autre ville, est-ce
que je serais plus joyeux ?
Mais Ridwan dira que la joie c’est en soi
qu’on la trouve, pas ailleurs. Il voulait toujours
me persuader que j’étais à l’origine de mon
propre malheur.
Quoique, à Kounia, il fait bon vivre. Il est
clair que je n’échangerais rien contre ma ville
natale avec sa douce brise printanière qui
caressait le visage et son parc, un sentier
verdoyant qui soustrait les gens de chez eux.
Ils venaient joncher les herbes, parfois toute la
journée sans retourner dans leurs maisons.
J’y passais énormément de temps moi
aussi, seul avec mes questionnements
entremêlés, parfois avec Ridwan motivateur un
jour, cafard un autre jour. Un gros cafard qui
se fait bien voir.

1
Kounia : ville imaginaire située au Niger sur les rives du fleuve. Son nom est un mélange de « Kouto » et
« Niamey ».

6
Piqué de la pointe du pied, ma boulette de
papier bondit sur un livre qui semblait être
abandonné sur l’herbe. Je vins le saisir
immédiatement et je m’aperçus en train de
dissimuler quelque chose qui ne m’appartenait
pas. À l’aveuglette, je le balayai d’une pincée
de regards. C’était un cahier de notes aux
pages usées et jaunies par le temps. Je le
camouflai, puis, tel un raton laveur, je
m’éloignai pour m’asseoir sur un banc à
l’ombre des arbres. Ce n’était qu’un cahier
rempli de textes, mais j’avais l’étrange
sensation de tenir une information
compromettante, un secret du siècle, un
trésor... une réponse à tous mes
questionnements. Ou peut-être tout cela à la
fois.
Toutefois, le parc de l’amitié ne regorge
pas de surprises. Il est l’oubliette par mégarde,
souvent le receveur de rebuts que les balayeurs
peinent à débarrasser entièrement.

7
Cependant, ce manuscrit était tout sauf
anodin. Lorsque j’ouvris les pages, je
découvris un monde insoupçonné. Tout était
écrit avec une écriture soignée et délicate.
J’étais immédiatement captivé, fasciné par les
mots qui semblaient jaillir de l’âme de son
auteur. Je me suis perdu dans les mots, absorbé
par la beauté de chaque ligne. Les poèmes
étaient intimes et profonds, les slams étaient
puissants et captivants, les pensées étaient
réfléchies et révélatrices, laissant entrevoir les
tourments de leur auteur. J’ai senti mon cœur
battre plus vite. Un esprit furtif et
mélancolique m’avait choisi pour me confier
une partie de son âme à travers ses écrits.
Je connaissais les voix des talentueux
poètes de Kounia même à travers leurs écrits.
Je suis peut-être dans l’exagération, mais ils
nous servaient au menu un constant lyrisme
familier depuis des années ; l’amour, la beauté,
l’existence, la nature et tout ce qui dénote un
sentiment de paix et d’harmonie. C’est ce qui
caractérise Kounia, cette ville élégante.
8
Comme si les dieux l’ont épuré de toutes les
détresses du monde. Comme si les Yan kô2
sont immunisés de tous les malheurs qui
peuvent frappés un individu. Comme si nous
n’avions pas des peurs, des inquiétudes.
Je n’ai pas reconnu la voix jaillissant de ce
journal. Elle était raffinée, délatrice, mais
curieusement paisible. Cela suffisait pour
mettre un genre à son auteur qui était, sans
conteste, féminin, en dépit des accords des
adjectifs et participes.
Les poétesses étaient rares à Kounia. Larba
était la seule référence. Institutrice et auteure
d’un livre, elle s’était fait connaître grâce à ses
poésies poignantes qui mettent en avant les
femmes dans la société. Cependant, elle était
devenue discrète pour des raisons qu’on
ignorait. Ses prestations se limitaient de plus
en plus aux jours spéciaux, notamment la
journée de la femme tous les 8 mars.
Autrement, il arrive qu’on entende son nom un
2
Les habitants de Kounia s’appellent Yan kô. « Yan » vient de la langue Haoussa pour désigner l’appartenance au
pluriel. « Kô » est le diminutif de Kounia.

9
jour ordinaire, en fin du spectacle, dans la
bouche de ceux qui l’ont vu. Elle venait en
soum-soum à la place publique, percluse dans
sa discrétion, admirant un talent local, un fils
ou un neveu l’ayant invité.
La place publique était un lieu de poésie,
où les jeunes poètes se réunissaient chaque
samedi soir pour partager leurs créativités. Les
Yan kô étaient connus pour leur amour de la
poésie, et la place de poésie était un endroit où
ils pouvaient s’exprimer librement.
Pendant que je me délectais de cette œuvre
rarissime avec le cœur qui battait la chamade,
j’aperçus Ridwan qui se ramenait avec des
potes. Il était le centre d’attention, le meneur
de la bande de quatre garçons qui ne
tarderaient pas à arriver à moi. Je rabattis
immédiatement les bords du journal et le
glissai sous ma jambe. Je vis l’un des garçons
pousser un rire moqueur en s’adressant à
Ridwan qui échangea quelques paroles tout en
soutenant mon regard.

10
Je crois qu’ils m’ont vu et si je ne m’y
prends pas, je risque de me faire confisquer
« mon » journal. Je me sentais déjà propriétaire
de cette œuvre, gardien des pensées qu’elle
exprimait. J’étais intimement lié à cet auteur
qui m’avait choisi comme confident au
détriment de tous.
– Qu’est-ce que tu caches ? me dit Ridwan
lorsqu’il arriva.
– Rien du tout, lui répondis-je.
Il se pencha sur moi et tendit une main furtive
qui extirpa le journal sous moi.
– Qu’est-ce que c’est ? Tu n’avais rien de
tel tout à l’heure.
– Il ne veut pas que tu lui piques ses idées,
dit l’un des garçons.
Tous les quatre se mirent à rigoler.
– Les grandes idées s’expriment devant le
public, pas dans un torchon.
Il dit cela en agitant le journal. Ses potes
étaient comblés. Leur rire prit tout le parc.
11
– Tu viens à la place de poésie demain soir,
n’est-ce pas ?
– Oui.
– Bien, j’ai hâte de voir ce que tu as à
offrir.
Je hochai la tête. Il savait que j’étais un simple
spectateur qui n’a que des acclamations et
beaucoup de temps libre à offrir.
– N’oublie pas, sans courage on ne peut
rien atteindre de grand, dit Ridwan en me
tendant gentiment le journal.
Ils s’éloignèrent en bavardant.
Je me sentais stupide d’avoir été pris en
flagrant délit, mais j’étais soulagé de leur
départ. J’avais eu si peur que Ridwan me
prenne ce précieux trésor sans que je puisse
apprendre davantage sur lui. J’avais eu peur
qu’il se moque de moi ou pire, qu’il se moque
de l’auteur en question.
Je regardai autour de moi, m’assurant que
personne d’autre n’avait vu ce qui venait de se
12
passer, puis je retournai à mes lectures, perdant
de nouveau la notion du temps.
Le journal en tête pendant des heures, le
reste de la journée passa sans que je m’en
aperçoive.

13
Chapitre 2 : La quête

Le lendemain, l’esprit encore en ébullition


à cause de ma découverte, je me rendis au parc
dans l’espoir de rencontrer la fille, l’auteure.
J’étais convaincu de pouvoir la reconnaître à
première vue. J’étais certain de pouvoir
reconnaître sa voix rien qu’à travers ses mots
dont je m’étais imprégné la tonalité. Il suffit
qu’elle dît mot pour que je la désigne du
premier coup, entre mille. Cependant, il y eut
un mot inquiétant. « Handicap ». Il y eut cette
phrase : « Ce handicap qui m’a presque ôté la
vie ». Je m’étais arrêté net sur cette phrase.
Que pouvait-elle signifier ? Était-elle atteinte
d’un handicap physique ou mental ? Était-ce
un handicap temporaire ou permanent ?
Mon esprit se mit à imaginer toutes sortes de
scénarios. Puis, je me ressaisis et décidai de ne
pas me laisser influencer par mes suppositions.
Après tout, je ne connaissais rien de cette fille,

14
à part ce qu’elle avait bien voulu écrire dans
son journal intime.
Je me mis en quête de la trouver dans le
parc, scrutant chaque visage avec attention,
écoutant chaque conversation à la recherche de
sa voix, examinant chaque personne essayant
de détecter la moindre anomalie qui pourrait
indiquer une personne en situation de
handicap.
Il était midi et déjà le parc se vidait de son
petit monde. La place de poésie était à cinq
minutes de marche et de petits cortèges se
formèrent pour s’y rendre. Moi j’étais là, le
journal en main, l’œil examinateur, tel un
guide touristique à l’aéroport, armé de sa
pancarte à la recherche d’un hôte qu’il ne
connaît pas.
Je ne connaissais pas la fille que je
cherchais, ou du moins, les indices qu’elle
m’avait laissés n’étaient pas assez simples.
Dans ses écrits, aucun passage ne mentionnait
son nom. Naturellement, elle avait peut-être
15
choisi de rester anonyme pour éviter d’attirer
l’attention sur elle-même. Néanmoins, elle
citait le nom de son amie Sara. Je ne m’en
rapportais pas à cet indice. Kounia a vu naître
plusieurs bébés baptisés Sara pendant les deux
décennies.
Elle citait également l’écrivain Yasmina
Khadra lorsqu’il disait que la vie est un
combat de tous les instants, mais c’est dans
l’adversité que l’on révèle sa force intérieure.
Je croyais entendre Ridwan quand il me
faisait la morale. Mais contrairement à lui,
Yasmina Khadra3 est un écrivain prolifique et
populaire, connu pour ses romans qui
explorent la condition humaine.
L’absence d’indices ne me déconcerta pas.
Je suivis la foule jusqu’à la place de poésie qui
commençait à réunir ses fidèles. Si mon
auteure était passionnée de l’écriture, elle
devait venir à la place de poésie régulièrement
pour y trouver de l’inspiration.
3
De son vrai nom Mohammed Moulessehoul, il est un officier de l’armée et écrivain algérien. Yasmina Khadra
est son nom de plume pour préserver son identité.

16
Située au cœur de Kounia, cette place était
l’un des meilleurs endroits de la ville. De son
peuple passionné, elle était inspirante et
respirait la créativité. Mais, cela ne signifie pas
que tout le monde était tolérant à la créativité.
Les critiques pleuvaient, la compétitivité y
régnait, les plus éloquents faisaient la loi,
l’excellence y trônait. Néanmoins,
l’atmosphère y était paisible et détendue.
Au centre de la place se trouvait une petite
estrade en bois, où les poètes prenaient la
parole. Quant aux spectateurs, ils s’assoyaient
sur des bancs en pierre, ou sur l’herbe, pour
écouter. Lorsqu’un poète favori se dressa sur
l’estrade, la foule de spectateurs hérissait la
place, créant des barrières qui obstruaient la
vue. Ainsi, il serait impossible de rester assis
entre ce grand public constitué d’étudiants,
professeurs, artistes, écrivains, hommes et des
femmes de tous âges. Il y avait également des
vendeurs ambulants qui proposaient des
boissons chaudes et des pâtisseries pour les
spectateurs. Un peu plus tard, quand le
17
spectacle commence, ils oubliaient leur
engagement en se confondant avec les autres.
Au fil des heures, de petits groupes se
formèrent. D’aucuns révisaient leur texte
depuis leur carnet de notes, d’autres récitaient
de mémoire. Les voix qui dominaient la place
provenaient souvent de ce dernier groupe qui
se plaisait de lire par cœur, à voix haute et
passionnée. Les spectateurs s’y mêlaient. Leur
bruit se transformait de clameurs
d’encouragement en une véritable célébration
d’avant spectacle. Tout cela mêlé à la musique
de fond qui, d’ailleurs, était trop élevée ce
soir-là.
Je faufilais dans la foule pour trouver mon
auteure. C’est alors que je me trouvai nez à
nez face à Malik, mon cousin.
– Salut, dis-je.
– Salut, tu répètes ? demanda-t-il en
s’écriant.
– Non.

18
– Tu as des notes entre les mains, tu vas
monter sur scène aujourd’hui ?
– Non, pas du tout.
– Fais voir ?
– Ce n’est pas à moi, je cherche son auteur.
– Quoi ? Je n’entends pas.
– Je cherche une fille. Dis-je près de son
oreille.
– Qui ?
– Sara.
– Laquelle ?
– Non !
– Non ?
– Non, elle ne s’appelle pas Sara. Je ne
connais pas son nom.
– Alors qui est Sara ?
– Sa meilleure amie.
Je m’éloignai à un endroit où la musique
était moins forte. Malik me suivit.

19
– Tu disais quoi ?
– Je cherche le propriétaire de ce journal.
– Tu l’as ramassé ?
– Oui.
– Elle est sûrement en train de le chercher.
Attends.
Quand Malik a dit cela, il a couru vers
l’estrade pour se hisser dessus, au-devant de
tout le monde.
« Votre attention s’il vous plait, s’écria-t-il.
Je cherche une fille nommée Sara. Si Sara est
parmi nous, qu’elle se manifeste ! »
Il bondit à terre et revint vers moi en courant,
le sourire large.
– On va la retrouver, tu vas voir.
J’étais embarrassé, ne sachant pas si je
devais rester affronter les yeux qu’il avait
attirés sur nous ou si je ferais mieux de fuir.
Finalement, ma décision de rester l’emporta
sur l’autre.

20
Je n’aimais pas attirer l’attention,
contrairement aux gens que je côtoyais
quotidiennement. Malik était un garçon
proactif et déterminé. Il aimait les devants et
suscitait l’attention malgré le profil bas dont il
se contentait. Nos chemins s’étaient séparés
lorsque nous étions adolescents. Il fut élevé
entre mes frères et sœurs au côté de ma mère
qui était la sœur de son père. Nous avions
partagé le même lit jusqu’à nos 15 ans.
Maintenant, on ne se croisait que dans des
lieux publics.
– Elle va venir à nous, tu vas voir.
– Son nom ce n’est pas Sara, je te l’ai déjà
dit.
– Cela revient aux mêmes choses. Si on
trouve son amie, on lui remet le truc.
– Je n’ai pas demandé ton aide.
– Je sais, dit-il en fixant la pointe de ses
chaussures. Je tiens à m’excuser pour mon
comportement la dernière fois. J’ai eu tort de

21
te parler de cette manière, je le regrette
profondément.
– Ce n’est pas la première fois que
j’entends ce genre de propos à mon sujet. Tu
n’as pas inventé ces paroles, tu n’as fait que
les répéter.
– Je comprends que tu sois blessé par mes
paroles et je m’en excuse. Mais je veux que tu
saches que je ne suis pas de cet avis,
sincèrement. Je crois que tu vaux bien plus que
ce que certains peuvent dire de toi. J’aimerais
que tu me pardonnes.
Je pardonne sans être sollicité. Je suis
capable de voir au-delà des erreurs et des
fautes des autres et de reconnaître leur
humanité. Malik n’avait pas eu besoin de
s’excuser. Mon mutisme et mon indifférence
face à ses récriminations l’ont simplement plié
et forcé à revenir mendier mon pardon. En
effet, une semaine plus tôt, dans une dispute
légère à propos de mon incapacité à agir,
Malik avait retroussé les manches contre moi
22
et tenu des propos humiliants à mon encontre.
Assurément, Ridwan qui était à l’origine de
cette dispute l’avait incité à me manquer du
respect.
– Fais voir, fit-il.
Je lui cédai le journal, ses pupilles se
dilatèrent. Un sourire persistant l’illumina. Il
savait qu’il avait eu mon pardon.
Maintenant, il feuilletait le journal. Ses
sourcils se retroussaient au fur et à mesure
qu’il tournait les pages, d’un rythme cadencé.
Il se figea sur une page de droite.
– Tu es sûr que ce n’est pas le manuscrit
des premiers jets inédits de Larba que tu viens
de découvrir ? dit-il les yeux écarquillés
d’excitation.
– Je ne pense pas que ce soit à Larba,
même si le style y ressemble beaucoup. Ces
poèmes ont l’air d’appartenir à un jeune.
Larba était une figure singulière, qui ne
semblait pas appartenir tout à fait à son

23
époque. Malgré son âge avancé, elle dégageait
une énergie vive et une présence remarquable.
Son visage arborait une expression sévère qui
pouvait intimider, mais ses yeux, d’un marron
intense, brillaient d’une lueur bienveillante qui
révélait une personnalité profonde et
chaleureuse.
Cette femme exceptionnelle, devenue une
légende vivante pour ses poèmes poignants et
son engagement en faveur des droits des
femmes, était en réalité la mère de Ridwan. Ce
dernier avait grandi au sein d’un
environnement familial marqué par l’art et la
culture, mais aussi par la forte personnalité de
sa mère, dont il était extrêmement fier.
– Écoute ce passage, me dit Malik en
rabattant la page de gauche pour pouvoir tenir
le journal en une portée.
La femme, une fleur dans notre jardin
Un poème fait de mille « je t’aime ».
La femme, une présence en toutes choses.

24
Elle donne vie, un enfant, une famille.
Être femme c’est…
– Arrête, tu n’as pas le droit de lire les
choses qui ne t’appartiennent pas, lui dis-je
subitement.
– Tu entends cette expression de soi ? Ce
ton poétique et rythmé, propre à Larba ?
– Ne t’emballe pas trop, ce n’est pas Larba.
– Comment le sais-tu ? Tu as donc lu ce
qui ne t’appartient pas ?!
Quelque temps après s’être adressé à la
foule, Malik ne reçut personne. Pendant ce
temps, les poètes en herbe ont commencé à
ouvrir le bal. Il me proposa alors de monter sur
scène pour lire un extrait du journal. De cette
façon, l’auteure reconnaîtrait ses écrits et se
manifesterait.
– Ça n’en vaut plus la peine, lui avais-je
répondu. Elle n’a peut-être plus besoin de ce
truc. Elle l’a peut-être délaissé de son plein
gré.
25
26
Chapitre 3 : Égarée dans l’agitation

Alice
J’ai fouillé partout, mais aucune piste.
Aucun signe. Je l’ai mal contrôlé, mon trésor.
Je l’ai abandonné à la merci des curieux, je ne
le retrouvais plus.
Dans ma quête, je scrutais éperdument les
gens autour de moi. Toute pensive, mon
attention se figea sur leurs mains. Mes pas
suivaient les leurs de près, perdant ainsi la
notion de l’espace.
Un instant après, une douce main au
niveau de mon épaule me tira d’une profonde
hypnose. Je repris mes esprits, et, au-delà de
mes attentes, je me découvris à la place de la
poésie, face à Sara qui me tendait une main
chaleureuse. Je la lui serrai, la tête ailleurs,
examinant ce monde, cette grande affluence
telle des fourmis autour du sucre. C’est ça les
samedis soir à la place de poésie.

27
J’y allais, mais pas dans cet état. J’y allais
plutôt consciente, déterminée.
– Coucou Alice au pays des merveilles tu
vas bien ? dit Sara.
Je lui revins, avec un geste de la tête et un
sourire pour lui montrer que tout allait bien.
– Je t’ai appelé tu étais injoignable. Je suis
passé chez toi, mais tu n’y étais pas.
Puis, la machine à question se mit en route.
Elle me parlait sans arrêt, des questions sans
cesse, d’une voix forte, pour s’assurer que tout
allait vraiment bien et que j’arrivais à
appréhender ce qu’elle prononçait. Sara
confondait souvent ma mutité. Elle pensait
qu’il faut s’égosiller pour que je puisse
entendre le son de la voix.
– Tu vas bien ? T’es sûre ? Ne me mens
pas, dis-moi tout. La famille se porte bien ?
Comment se porte ton oncle ? J’ai vu ta tante.
Tu arrives à être heureuse ? Elle ne te fatigue
pas trop j’espère ?

28
Nous avions échangé comme d’ordinaire, à
notre façon, avant qu’elle prenne congé de
moi.
Sara n’avait pas une vie ennuyeuse comme
la mienne. Elle ne disposait pas du temps
même pour elle. Elle était active et
s’impliquait pleinement dans les affaires
académiques. Les garçons lui couraient après
et les filles voulaient faire partie de son camp.
Pendant ce temps même, sitôt qu’elle se fut
éclipsée, je vis un jeune homme monter sur
scène demander l’attention de tous. On croyait
voir l’animateur du spectacle de la poésie,
mais à ma grande surprise, il sollicita Sara,
mon amie. Elle n’y était pas et j’ai su que je
devais disparaître, moi aussi, car ce bal de
poésie promettait malheureusement de sortir
de l’usage, rien qu’à mon atterrissage, là,
inconsciente. En temps normal, je prenais goût
à toute cette agitation. Elle m’inspirait même.
D’elle jaillissaient mes écrits, mon journal, qui
m’était désormais introuvable.

29
Je faussai donc compagnie à l’ambiance de
la place de poésie pour regagner ma maison,
en longeant le parc de l’amitié. Cet endroit est
un lieu de rencontre pour les habitants de la
ville, où les enfants jouaient et les familles
pique-niquaient le week-end. Le parc était
bordé d’arbres majestueux et de fleurs
colorées, créant une oasis de verdure dans
cette ville animée. Kounia n’avait rien à envier
à la capitale Niamey. Située sur les rives du
fleuve Niger, elle était connue pour son
architecture unique et ses rues animées. Ses
habitants, majoritairement Haoussa, avaient un
sens de la patrie démesuré. Ils étaient fiers de
leur ville et de son riche patrimoine culturel.
Au cœur de la ville se dressait une grande
mosquée, un symbole de l’importance de la
religion dans la vie des habitants de Kounia.
La mosquée était construite en pierre et avait
un dôme en forme de bulbe qui se dressait
fièrement dans le ciel.

30
Enfin arrivée chez moi, je me retrouvai
face à ma tante qui m’attendait de pied ferme.
Elle m’observa de haut en bas avec son regard
froid et critique, cherchant la moindre faille.
– Où étais-tu passée ? me lança-t-elle d’un
ton sec.
Je fis signe que je cherchais mon journal.
Elle leva les yeux au ciel avant de répondre
d’un ton sarcastique :
– Encore cette obsession de journal, je me
demande ce que tu peux bien écrire dedans.
Je ne pris pas la peine de répondre et me
dirigeai directement vers ma chambre. Je
sentais la présence rassurante de l’oncle
Moussa qui arpentait la maison avec le
cliquetis de ses clés.
Je vins m’asseoir sur mon lit, pris une
grande inspiration et fermai les yeux. Je laissai
mes pensées vagabonder, se transporter loin de
cette maison. Loin de Kounia.

31
Je pensai à Yamoussoukro (les choses
qu’on retrouve)
Je pensai à Sara, à ses projets ambitieux et
à sa vie sociale trépidante. Je me demandai
comment c’était de pouvoir parler librement,
de pouvoir chanter et rire sans avoir à se
soucier du regard des autres. J’avais presque
oublié ce sentiment.
Pendant ces moments de réflexion, l’oncle
Moussa toqua à ma porte. Je me précipitai sur
la pointe des pieds pour couvrir mon linge
abandonné sur le lit avant de laisser paraître la
moindre présence. Il toqua de nouveau, c’est
alors que je partis lui ouvrir.
L’oncle Moussa, j’étais propriétaire
indépendante dans son territoire. Il n’avait
jamais posé son pied dans ma chambre même
pour des raisons obligeantes. Contrairement à
sa femme, il prenait tout le temps qu’il faudrait
pour me solliciter à l’extérieur, devant ma
porte, à défaut de me brusquer à l’intérieur.

32
Pour éviter qu’on se croise sur le chemin des
toilettes externes, oncle avait démoli une
chambre de ses fils pour agrandir la mienne
afin de pouvoir m’aménager une salle de bain.
« Je vais sortir », me dit-il lorsque
j’entrouvris la porte.
Je lui souhaitai bonne chance, il me
remercia.
Au début, l’oncle Moussa peinait à
comprendre mon langage. Il faisait recours à
son épouse qui, mieux que quiconque,
comprenait jusqu’à mes moindres mimes.
Désormais, il paraissait compréhensif et plus à
l’aise.
– Ta mère a appelé, elle s’inquiète
beaucoup, je veux que tu lui expliques toi-
même que tu te portes bien.
J’approuvai de la tête, il reprit :
– Et si y a quelque chose qui ne va pas, tu
me le dis tout de suite.
Je lui fis comprendre que tout allait bien.
33
– Tiens, fit-il en me tendant un chargeur.
Ne laisse pas tes matériels branchés à la prise
quand tu n’utilises pas. Ça fait deux chargeurs
que tu brûles en deux semaines.
L’oncle Moussa était indulgent bien qu’il
pouvait se montrer rigoureux dans la plupart
des temps. Il prit congé de moi et en quelques
instants seulement, sa voiture ronronna et le
bruit se consuma progressivement. Maintenant
qu’il est parti, sa femme a retrouvé son
autorité sur moi.

34
Chapitre 4 : Un pas vers l’inconnu

Adam
Je me suis réveillé ce matin avec un sourire
aux lèvres, même si ma quête pour rencontrer
mon auteure avait été vaine jusqu’à présent. Je
ne savais même pas pourquoi ça me tenait à
cœur de la rencontrer. C’était comme si j’avais
une responsabilité envers elle, un devoir de
protéger ses mots. Mais ce qui est sûr, ce
besoin de la rencontrer ne se construisait pas
sur une motivation éventuelle de
reconnaissance ou de récompense. J’ai grandi
dans un environnement où l’honnêteté et
l’intégrité étaient valorisées. Donc cela
pourrait être simplement un désir de faire la
bonne chose et de rendre à autrui ce qui lui
appartient.
J’ai sauté hors de mon lit et pieds nus, je
suis parti ouvrir les rideaux de ma fenêtre,
accueillant la lumière vive du soleil qui
inondait ma chambre. L’air de Kounia était
35
frais et pur, comme si la nature elle-même
respirait avec moi, m’insufflant de l’énergie
pour affronter la journée.
Je revins m’asseoir et tout à coup, mon
jeune frère apparut. Sa mine austère m’apprit
qu’il se préparait pour l’école.
– Tu n’as pas vu ma chaussette ? dit-il en
sondant ma chambre.
– Tu l’as mise où ?
– Si j’avais cette information, je ne t’aurais
pas demandé.
– Hey ça va, on se calme.
Abdoul c’est mon jeune frère. Les gens
disaient qu’on se ressemblait comme deux
gouttes d’eau. Lui, prétendait être plus beau
que moi. De ses 11 ans, Abdoul avait un fort
caractère qu’on reconnaissait pour celui de ma
mère.
Quand on parle du loup, on voit sa queue,
dit-on. En quelques secondes, ma mère se

36
pointa. Je crois qu’elle suivait de près mon
frère depuis le début.
– Tu l’as vu ? dit-elle en direction
d’Abdoul.
– Sa chaussette n’est pas ici, dis-je.
– Toi tu ne pars pas à la fac ? me demanda
ma mère.
– Non, je n’ai pas cours toute la semaine.
Ma mère secoua la tête, comme pour me
dire que je devais m’activer si je voulais
réussir mes études. Mais je savais qu’elle
comprenait ma passion pour la littérature, et
elle ne me pressait pas trop pour que je suive
le chemin traditionnel de l’éducation.
Abdoul, quant à lui, avait maintenant
retrouvé sa chaussette et se dirigeait vers la
porte. Mais avant de partir, il se tourna vers
moi avec un sourire moqueur.
– Chômeur ! me lança-t-il avant de
disparaître.

37
– Oui, va à l’école et tout de suite,
rétorquai-je.
Même s’il pouvait être agaçant parfois,
j’aimais mon petit frère.
Une fois qu’ils furent partis, je pris un
moment pour réfléchir à ma journée. Je savais
que je devais me mettre au travail à un
moment donné, mais pour l’instant, je voulais
profiter de la tranquillité de ma chambre et me
perdre dans mes livres. Je voulais oublier le
journal et me concentrer sur d’autres choses.
Après avoir pris mon petit déjeuner, je me
plongeai alors dans un roman d’aventures,
laissant le monde extérieur disparaître, et
bientôt je fus transporté dans un autre univers.
C’était exactement ce dont j’avais besoin, mais
ce voyage fantasque fut immédiatement
interrompu. Malik était rentré et il me
cherchait.
– J’ai retrouvé la fille, me dit-il, les bras
croisés et les jambes légèrement écartées.
– Assieds-toi. Où l’as-tu rencontré ?
38
– Je ne l’ai pas encore rencontré, mais j’ai
eu son amie au téléphone. Elle m’a contacté et
m’a donné un rendez-vous ce soir au parc. Tu
dois m’accompagner.
– Il existe beaucoup de filles qui
s’appellent Sara, qu’est-ce qui te fait dire que
c’est celle que je cherche ?
– On va le savoir de toute façon.
Malgré ma réticence à l’idée de sortir de
ma chambre et de quitter mon livre, j’ai
accepté d’accompagner Malik à la rencontre.
Le soir venu, la fille nous rejoignit sur un
banc où l’on a attendu pendant une demi-
heure. Elle était arrivée sûre d’elle, marchant
avec une certaine légèreté et grâce. Je l’ai vu
sourire à ceux qu’elle croisait dans le parc,
comme si elle y venait souvent. Cependant, je
ne la voyais que pour la première fois.
– C’est qui Malik entre vous ? dit-elle
quelques minutes plus tard.
– C’est moi. Lui c’est mon cousin Adam.

39
– Vous m’avez fait venir, mais vous restez
silencieux, dit-elle.
Sans délai, je lui tendis le journal qu’elle
examina sans l’avoir touché. Je l’invitai à le
prendre.
– C’est le journal d’Alice, dit-elle en
caressant l’objet d’un air suspicieux.
– Alice c’est ton amie ? demanda Malik.
– Oui et c’est son journal. Comment
l’avez-vous trouvé ?
Maintenant, elle était sûre. Elle tournait les
pages.
– Il a été abandonné ici et je tenais à
rencontrer le propriétaire. Où je pourrais la
voir ?
– Je ne sais pas si Alice aimerait rencontrer
quelqu’un. Donnez-le-moi, je le lui rendrai,
elle doit être en train de le chercher.
– Non, je veux la rencontrer en personne,
dis-je.

40
Alice
Ma vie était souvent remplie de silence.
J’étais habituée à un certain isolement, mais ce
jour-là, j’ai reçu un appel de Sara, qui m’avait
demandé de la rejoindre urgemment au parc de
la ville. Son ton était si grave que j’ai su que
quelque chose ne tournait pas rond.
Je m’étais précipitée au parc, le cœur
battant la chamade. J’essayais de me rassurer
en me disant que tout irait bien, mais je ne
pouvais pas m’empêcher d’avoir peur. Sara
était assise sur un banc, l’air inquiet. Elle m’a
souri faiblement et m’a tendu un bouquin.
C’était mon journal. Je poussai un rire joyeux,
mais bref, et arracha un bout de papier pour lui
exprimer mes remerciements. Mon esprit
bouillonnait de questions que je ne pouvais
communiquer que par écrit. Mais je n’avais
rien pour écrire. Sara n’était pas familière avec
la langue des signes. Elle interprétait mal les
explications complexes et préférait la langue
écrite.

41
Pour autant, j’optai pour un geste simple
pour lui demander comment elle a retrouvé
mon journal. Le signe interrogatif consiste
souvent en un mouvement de sourcil levé
accompagné d’un regard interrogateur. Elle
avait vite saisi et m’avait répondu : « Deux
garçons l’ont ramassé ici au parc. Ils m’ont
rencontré pour que je te le rende ».
Par la suite, je joignis les mains devant ma
poitrine, paumes tournées vers le haut, puis
j’inclinai légèrement la tête vers l’avant.
– Non, tu n’as pas à me remercier, dit-elle.
C’est mille fois rien. Je t’ai fait venir ici parce
que ta tante ne m’apprécie pas trop.
Je désapprouvai ses propos avec un geste
de la tête qu’elle a vite compris.
– Si ! elle me prend pour une mauvaise
fréquentation.

Adam

42
La rencontre avec l’amie d’Alice, on la
comprendra tout de suite.
Lorsque j’ai demandé à voir Alice en
personne, Sara a paru perplexe. Elle jeta un
coup d’œil rapide à Malik, puis à moi.
– Pourquoi voulez-vous la rencontrer ?
demanda-t-elle.
Nous avons lu son journal, nous avons
l’impression de la connaître et nous voudrions
en savoir plus sur elle, dit Malik.
La fille sourit légèrement, puis referma le
journal avant de le mettre dans son sac à main.
– Je suis désolée, je ne peux pas vous aider.
Alice est une amie très discrète et elle ne se
confie pas facilement. Elle ne voudrait
probablement pas que des étrangers la
contactent.
– Nous ne sommes pas des étrangers, nous
sommes...

43
– Toi on s’est déjà vu à la place de poésie,
dit-elle en soutenant le regard de Malik qui
n’avait pas fini sa phrase.
– Oui, c’est possible si tu y vas souvent.
– Toi tu es nouveau dans le coin ? me
demanda-t-elle par la suite.
– Non, pas du tout, répondis-je.
La fille hésita un instant, puis elle soupira.
– Bon, je vais lui parler de vous. Si elle est
intéressée, je vous contacterai.
– Franchement ?! dit Malik en secouant la
tête avec un soupir désolant.
Il ne rajouta plus mot.
Nous échangeâmes nos numéros de
téléphone et nous partîmes chacun de notre
côté. Sur le chemin de retour, Malik
bougonnait. Ça se voyait qu’il en avait marre,
même s’il voulait me montrer son soutien.

44
Chapitre 5 : Telle une île isolée

Les jours passèrent sans nouvelles. J’avais


commencé à penser que nous ne la
rencontrerions jamais, cette Alice. Je me mis à
penser que son handicap était à l’origine de sa
réclusion. Elle menait une vie d’ermite, loin
des tendances sociales, loin des rencontres.
Son journal était empreint d’une tristesse
lorsqu’elle racontait ceci :
Refuge de mon cœur, cher journal,
Encore une fois je me confie à toi,
Espérant que tu vas bien, sans mal,
Car moi, ma vie est devenue dure et sans
joie.
Dans ce monde injuste, je peine à survivre,
Mon handicap me fait souffrir,
Il a presque ôté ma vie, dans un moment de
détresse.
Je suis l’objet de moqueries, de railleries,

45
Des propos vexatoires qui ne cessent de me
dénigrer,
On me prend pour une sorcière, une
anomalie,
Ma mère aurait dû m’avorter, me faire
disparaître, disent-ils
Et que je serais morte depuis le fœtus,
j’aurais eu plus de valeur
Dans cette vie où les mots sont si durs,
Les mots qui hantent jour et nuit,
Mais je garde espoir, je suis plus que mon
handicap,
Je mérite un monde où la bienveillance et
la compassion prévalent, sans trac.
Quel était ce handicap qui la rendait si
méprisante et infréquentable ? Était-elle
borgne ? Avait-elle perdu l’usage d’une jambe,
d’un bras, d’un membre important ? Ça devait
être grave.
Mon esprit bourdonnait de questions.

46
Un soir, un appel inattendu me tira d’un
rêve compliqué. Sara appelait.
– Bonsoir, je ne dérange pas ? dit-elle.
– Non, répondis-je.
Ma voix engourdie me renvoyait un écho
grave dans la tête.
Le téléphone pesait une tonne sur mon oreille.
Je l’aplatis alors sur le matelas en activant le
haut-parleur.
– D’accord. C’est à propos d’Alice, elle a
accepté de te voir.
Je devins subitement lucide. Je me mis sur
mon séant et repris le téléphone.
– Par contre elle ne veut pas que tu viennes
là où elle habite. Elle m’a dit de t’indiquer
l’adresse de son école.
– D’accord, dis-je en extrayant sur la table
de mon lit un cahier dans lequel j’arrachai un
bout de papier. Je m’armai d’un stylo et
attendis l’arrivée des informations.
– Tu es déjà allé à FSJK ?
47
– Oui, c’est non loin de ma fac. Cinq
minutes de marche… je pense. Ou dix
minutes… je n’en sais plus, mais ce n’est pas
loin de ma fac.
– Elle fréquente la FSJK. Elle a dit qu’à
onze heures, tu la trouveras aux alentours.
– Et… comment la retrouver parmi tant de
monde qu’il y aura ?
– Son nom est peu courant à Kounia. Dès
que tu demandes « Alice », on te la montrera.
Mais je t’en supplie, sois respectueux et
indulgent avec elle.
– D’accord. Elle n’a pas laissé un numéro
de téléphone ?
Elle prit du temps avant de répondre et
j’avais eu l’impression qu’elle ne me faisait
pas confiance.
– Si elle avait accepté de me voir,
j’imagine que prendre son numéro n’est pas un
souci, repris-je.
– Vaut mieux que tu la vois en personne.
48
Elle raccrocha. Je froissai le bout de papier
et le laissa tomber. Je me laissai choir sur le
matelas, également. Je n’avais plus sommeil.
Cette Sara en savait plus qu’elle n’en disait sur
Alice. Elle était protectrice vis-à-vis d’elle et
cela commençait à m’agacer.
Laissez-moi vous citer Alice quand elle
mentionne Sara dans sa vie :
Telle une île isolée,
Tel l’arbre le plus isolé du monde,
Telle une rivière abandonnée,
Ils m’ont abandonné à mon triste sort.
On m’a évitée pour ma différence,
Et ignorée pour mon existence.
Personne ne me demande mon point de
vue,
Car ils estiment qu’une personne comme
moi n’a pas d’avis à donner.
Mon cœur crie son désespoir,
Mon âme crie à l’aide,
49
Mon esprit crie injustice,
L’injustice cruelle de ce monde,
Ce monde qui ne voit pas la beauté,
Qui ne sait pas apprécier la particularité.
Mais Sara, une charmante jeune fille,
Par son intelligence et sa beauté, brille,
Elle m’a acceptée, malgré mon handicap,
Et cela a été pour moi, un grand pas
Malgré sa rareté autour de moi.
Nous échangeons peu, mais c’est précieux.
Le lendemain, j’improvisai ma tenue et
partis à la rencontre d’Alice.
La Faculté des Sciences Juridiques de
Kounia, communément appelée FSJK, est un
édifice flamboyant situé, non loin de la grande
mosquée. Cette faculté est renommée pour sa
riche histoire et son enseignement de qualité
supérieure en matière de droit. Son nom et sa
renommée s’étendent bien au-delà des
frontières de la ville.
50
À onze heures, la faculté battait son plein.
Elle était noire de monde. C’était une heure de
descente pour certains et de récréation pour
d’autres.
Je devais demander son nom plusieurs fois
avant qu’un garçon me conduisît chez un
groupe d’étudiants qui connaissaient Alice.
– Alice ? dit l’un d’eux en rigolant.
– Essaie de l’appeler sur son téléphone, dit
une fille qui se retenait de rire.
Un instant après, elle s’éclata de rire en
entrainant tout le groupe dans un fou rire qui
me mit mal à l’aise. Je ne comprenais pas ce
qui était drôle. Je saisis alors leur apparence
vestimentaire et la comparai avec la mienne.
On a souvent critiqué ma manière de
m’habiller, mais là, j’étais présentable, ce
n’était pas le problème. En y repensant bien,
on comprend qu’ils se moquaient d’Alice.
– Ne les prend pas au sérieux, viens je te
montre son coin, me dit-on.

51
On m’accompagna dans la cour où Alice
était percluse sur un banc, loin de l’agitation
de la faculté. Je m’approchai vers elle sans me
soucier de l’interrompre dans sa lecture, parce
qu’elle devait être en train de m’attendre. En
effet, elle avait le visage effacé dans un livre
qu’elle tenait fermement de deux mains.
– Bonjour ! lui dis-je.
Elle releva la tête, l’air surpris.
– Tu dois être Alice, moi je m’appelle
Adam, dis-je en lui tendant la main.
Je crois qu’elle m’a serré la main. Je ne me
rappelle plus. En ce moment-là, mon esprit
s’est perdu en errant dans la contemplation de
son visage.
Ce sont ses yeux qui m’ont trainé dans cet
état altéré de conscience, dans lequel je perdis
toute notion. Alice avait de grands yeux
perçants et magiques capables d’hypnotiser
ceux qui croisent son regard.

52
Lorsqu’elle relâcha ma main — en partant
du principe qu’elle l’a vraiment serré —, elle
esquissa un sourire maladroit qui vint ajouter
une touche de douceur et de sensibilité à sa
beauté.
Lorsque Alice reposa ses yeux sur son
livre, je repris mes esprits et me trouvai une
place à côté d’elle.
– On ne dit pas bonjour ? fis-je pour
détendre l’atmosphère.
Elle me lança un regard bref accompagné d’un
sourire qui s’était envolé aussitôt apparu.
– Tu lis quoi ? Ça a l’air captivant.
Elle tourna la page du livre qu’elle avait en
main et me le montra. C’était un recueil de
poèmes de Rumi, un poète soufi persan du
XIIIe siècle.
– J’ai déjà lu cet auteur, mais je n’ai jamais
lu un livre où il fait l’éloge du silence et
l’importance de garder son silence face à un
inconnu.

53
Je voulais amuser Alice pour qu’elle sorte
de son silence, mais mes mots ne faisaient que
la froisser. Je me tus un instant pour reprendre
de plus belle :
– Moi aussi je suis timide, mais pas à ce
point. Bon, on reprend. Je vais essayer de me
présenter de manière polie et juste.
Je me levai, m’éloignai de cinq pas, puis
revins vers elle.
– Salam aleikum ! Vous devez être Alice.
J’ai attendu la réponse d’Alice qui n’est
jamais venue. Je me découvris en train de
jouer une scène de théâtre désastreuse et
déplaisante.
Je revins m’asseoir, le regard déporté.
J’étais déçu et confus à la fois. Je ne
comprenais pas pourquoi elle ne disait pas un
seul mot. Et si ce n’était pas elle ? Elle devait
me prendre pour un cinglé. Et si c’était elle,
mais que Sara ne lui avait vraiment pas
informé de ma venue ? Elle devait me prendre

54
pour ces provocateurs qui la harcelaient à
l’école.
Malgré son refus, je tentai une autre
approche.
– Je suis la personne qui a retrouvé ton
journal. J’ai été fasciné par ce que tu écris et je
te trouve très douée dans tes expressions.
Elle ferma subitement son livre, le fourra
dans le sac et se leva. Elle est partie ainsi,
j’étais resté sur le banc, ébahi.

Alice
Le jour-là, voici ce qui s’est passé. Assise
sur le terrain de sport, je lisais le recueil de
poèmes de Rumi. Le soleil caressait mon
visage et les bruits lointains des étudiants
parvenaient à mes oreilles. Figée sur mon
banc, mon esprit était ailleurs. Je voulais me
plonger dans ma lecture, mais les pensées
concernant ce jeune homme m’envahissaient.

55
Sara m’avait dit qu’il était insistant, qu’il
voulait me rencontrer à tout prix.
Mais pourquoi ? Sara semblait pourtant lui
faire confiance, elle qui était prévenante en ce
qui concerne mes interactions avec les autres,
elle qui pouvait facilement se montrer distante
avec les inconnus pour éviter de devenir trop
vulnérable.
« J’espère qu’elle lui a expliqué ma
situation », pensai-je.
Il était onze heures, et si ce garçon avait
respecté notre rendez-vous, il ne tarderait pas à
venir. Quelques minutes plus tard, j’aperçus de
loin un jeune homme qui semblait perdu. À
mesure qu’il se rapprochait, son chemin se
dressait de plus en plus dans ma direction. Ça
devait être lui, me dis-je.
Je me penchais rapidement sur mon livre
pour éviter qu’il se doute de quelque chose.
Mon cœur battait fort, j’étais nerveuse. Peu
d’instants seulement, une ombre m’éclipsa le
soleil. Il était arrivé.
56
– Bonjour, dit-il en me tendant la main. Tu
dois être Alice, moi je m’appelle Adam.
Je lui serrai la main, il me fixait avec un
sans-gêne flagrant. Je me plongeai dans mon
livre en espérant qu’il trouve un autre moyen
de communiquer.
Je l’ai su assis sur le banc à côté de moi
lorsqu’il m’a posé cette question :
– On ne dit pas bonjour ?
Et ce fut le drame. Je compris que Sara ne
lui avait rien dit à propos de mon handicap. Je
réalisai qu’il voulait absolument que je
réponde à ses salutations. J’étais là, face à lui,
spectatrice de son monologue.
J’avais envie de lui expliquer ma situation,
de lui dire « Arrête tout, je ne pourrai jamais te
répondre par la bouche, seulement par mes
gestes ou mes écrits, je suis muette ».
Mais c’était vraiment difficile pour moi,
car j’avais peur de sa réaction, peur qu’il me

57
dise des choses méchantes, peur de lui avouer
la vérité.
– Tu lis quoi ? Ça a l’air captivant, dit-il.
Je lui montrai la couverture du livre et le
laissa lire. Il connaissait l’auteur selon ses
dires, mais ignorait un de ses poèmes où il
parlait du silence. Pour me faire parler, le
jeune homme s’était livré à des extravagances.
Il se levait, repartait et revenait, l’air
maladroit. Puis quelques instants après, il me
dit :
– Je suis la personne qui a retrouvé ton
journal. J’ai été fasciné par ce que tu écris et je
te trouve très douée dans tes expressions.
J’ai ressenti un mélange de bonheur et
d’anhédonie4. L’ambiance devenait de plus en
plus pesante et insupportable pour moi. Je ne
pouvais plus rester. L’instant que le garçon est
revenu s’asseoir, j’ai rangé mon livre et je suis
partie.

4
Anhédonie : incapacité à éprouver du plaisir dans des situations ordinaires.

58
59
Chapitre 6 : Une rencontre passionnante

Adam
L’attitude d’Alice a bouleversé ma journée
entière. J’étais dans un état second, à la
frontière entre la déception et la confusion. Il
est vrai que son caractère réservé peut rendre
difficile l’établissement d’un contact, mais je
croyais être suffisamment attentionné et
agréable pour être accepté par quelqu’un
comme elle. En outre, cette fille n’avait aucun
complexe physique apparent. Pas le moins
qu’on puisse voir. Et, je l’ai observé
lorsqu’elle partait. Elle n’avait aucun défaut
dans sa démarche, aucune proéminence5
visible. Au contraire, elle marchait
gracieusement, avec fluidité.
Il était 23 heures, je ne pouvais pas me
coucher sans recontacter Sara. Elle seule
pouvait fondre la boule qui me nouait le
ventre.
5
Quelque chose qui dépasse

60
Je m’emparai de mon téléphone et cherchai
ma dernière communication avec Sara. Je
lançai l’appel en espérant qu’elle réponde
malgré l’heure tardive. Après quelques
sonneries, Sara décrocha finalement.
– Allô ? dit-elle d’une voix endormie.
– C’est moi, j’ai besoin de ton aide.
– Qu’est-ce qui se passe ? demanda Sara,
soudainement plus alerte.
– Est-ce que tu peux me donner les
nouvelles d’Alice ? Elle est partie sans que je
puisse m’entretenir avec elle.
– Oh, je vois, répondit Sara, compatissante.
Elle va bien, mais elle est en train de traverser
une période difficile en ce moment.
– Elle a quoi ?
– Pardon ?
– Pourquoi est-elle partie soudainement
sans me dire un seul mot ? Tu m’as pourtant
dit qu’elle était d’accord pour qu’on se voie.
– Elle ne peut pas te parler.
61
– Pour quelle raison ?
– Elle est muette, elle ne peut pas parler.
Voilà tout.
Je me souviendrai toujours de ce moment,
de ce long silence qui s’était installé lorsque
Sara avait prononcé ces paroles.
Mes pensées devinrent confuses, mon
esprit tourmenté. Je ne savais pas comment
réagir. Le silence se prolongea à un point où la
situation était devenue inconfortable. De
l’autre côté de la ligne, Sara n’en faisait rien
pour y remédier.
J’ai raccroché l’appel par la suite. Je me
suis senti encore plus mal qu’avant. J’avais
peur qu’Alice ne pardonne jamais mon
comportement vis-à-vis d’elle.
Il est clair que je ne pouvais pas savoir ce
qu’elle traversait.
Deux jours plus tard, un samedi, Ridwan
me convia à sa performance. Pour son dernier
poème devenu viral, son nom fut entendu dans

62
les journaux nigériens de grandes publications.
Le fils de Larba est un excellent poète, il a de
qui tenir. Dès lors, il était devenu le parrain
des jeunes poètes. Il prodiguait des conseils
d’écriture, participait aux débats publics et
s’assoyait au jury pour l’évaluation des poètes.
Aujourd’hui, il sera sur scène.
Le soir venu, je me rendis à la place de
poésie. La majorité écrasante de spectateurs
m’avait devancé. Ridwan avait déjà pris la
parole lorsque j’étais arrivé. Il a tenu un
discours dont j’ai raté la grande partie. En
soutenant mon regard dans la foule, il acheva
avec ceci : « Souvenez-vous, le courage, on ne
naît pas avec. Il se cultive par la pratique. Plus
vous travaillerez à développer ces qualités,
plus vous serez à même de surmonter les défis
de la vie et de réaliser vos rêves les plus chers.
À présent, place à la poésie. »
Puis il y eut un tonnerre
d’applaudissements mêlé à des cris

63
d’encouragement. Je déglutis une grosse salive
et feignis d’applaudir.
Pour tout vous dire, je n’approuvais pas le
talent et le succès de Ridwan. Il soutirait les
textes de sa mère pour venir nous les exposer
sans vergogne. Pas une seule fois, je l’ai
surpris en train de retenir en mémoire les
poésies signées de Larba. Je ne comptais pas le
dénoncer, encore moins le dénigrer auprès de
ses admirateurs, car tôt ou tard, la vérité
triomphe toujours.
Il y a eu ce soir trois textes de Ridwan
fortement acclamé. J’étais là debout, attendant
la fin de ces incommensurables paroles. Le
thème ne m’enchantait pas, j’y étais resté pour
le respect de mon ami qui ne cessait
d’entretenir le contact visuel avec moi.
Cependant, mon corps était présent, mon esprit
ailleurs. Mon esprit, à vrai dire, était en quête
d’Alice. Je la cherchais depuis que j’étais
arrivé.

64
Après le passage de Ridwan, je déguerpis
du spectacle. Les poètes se succédaient, moi,
j’examinais les visages à la recherche de ma
poète, Alice.
Maintenant, voici Malik qui venait, tout en
sueur, la tête coiffée d’une casquette décorée
d’un insigne distinctif des organisateurs du
spectacle de poésie.
– Te voilà enfin, me dit-il.
– Comme si tu me cherchais.
– Je te cherchais en effet. J’ai vu Sara avec
une de ses amies. Je pense que c’est la fille
que tu cherchais. Elles sont de l’autre côté.
Malik me conduisit jusqu’à elles et
m’abandonna. C’était bien Alice en compagnie
de Sara. Lorsque je suis arrivé, on se salua
avec des paroles, sauf Alice. Je lui fis signe de
la main avec un sourire mal cadré. Elle
acquiesça de la tête.

65
– Alice, il sait tout, tu peux le saluer avec
des signes, comme tu le fais avec moi. Dit
Sara, l’air sympathique.
– Non, ce n’est pas nécessaire, répondis-je.
– Bon, je vous laisse, dit Sara. Alice si tu
as besoin de quoi que ce soit n’hésite pas à
m’écrire, je ne serai pas loin.
Alice rechigna, Sara lui fit signe que tout
irait bien. Cette dernière prit congé de nous.
Désormais, j’étais seul face à Alice dont les
yeux refusaient de rencontrer les miens.
Lorsqu’elle releva la tête pour me regarder,
mes poils se hérissèrent, mon cœur palpita.
J’avais peur de récidiver, de ne pas pouvoir
gérer la communication avec elle. Je craignais
de la mettre mal à l’aise, encore une fois.
Sachant qu’elle pouvait entendre, j’ai
cherché ma voix la plus sobre, la plus claire
possible pour l’inviter à prendre place sur le
banc, loin de la foule.
– Je suis impressionné par ta façon de
surmonter les défis que tu rencontres. Tu es
66
une personne courageuse, lui dis-je après
qu’on s’était assis.
Elle fit un signe de ses mains avec une
légère inclinaison de la tête. J’ai tout de suite
eu l’impression de l’avoir entendu dire
« merci ». C’était la première fois que l’on me
parle de cette façon, mais le geste d’Alice
avait l’air si naturel qu’il m’avait semblé
familier, comme si j’avais parlé la langue des
signes toute ma vie.
Bon, oui. Le signe n’était pas assez complexe
pour justifier mon exclamation, mais il avait
piqué ma curiosité.
– Tu as un langage corporel si expressif, je
suis émerveillé.
Elle sourit et reprit le même signe.
– Ça veut dire « merci » ? demandai-je en
souriant.
Elle acquiesça de la tête. Bien que court,
son sourire était éclatant et contagieux.
J’insiste vraiment sur les yeux d’Alice. Ils sont

67
grands et lumineux avec des cils noirs et épais.
Elle portait un voile et une robe ample et
longue, tombant jusqu’à ses chevilles, avec des
manches jusqu’aux poignets. Son
accoutrement était de couleur neutre, sans
motifs ni ornements superflus.
– Comment dis-tu « je t’en prie » ?
Elle fit un geste de la main. Un signe
extrêmement poli. Je l’imitai, elle esquissa un
sourire large.
– Je tiens à m’excuser pour l’autre jour, je
me suis mal comporté à ton égard, dis-je.
Puis je voyais Alice extirper un cahier et
un stylo dans son sac à main. Tête baissée, elle
aligna quelques mots et me les montra. Il était
écrit : « Tu ne pouvais pas savoir ».
– Ton amie ne voulait rien me dire, elle a
une part de responsabilité dans mes mauvais
agissements.
Elle s’empara de son cahier et griffonna de
nouveau.

68
« Vous n’êtes pour rien tous les deux »
Je dodelinai la tête en créant un contact
visuel avec elle. En quelques instants
seulement, elle avait capté mon esprit dans une
véritable hypnose agréable. Je ne l’ai pas vu
écrire les mots qu’elle agitait vigoureusement
sous mes yeux pour me faire revenir à moi-
même. Lorsque je revins, je lis sur son cahier :
« vous n’êtes pour rien tous les deux ».
Ce n’était pas ce qu’elle venait d’écrire. Un
peu plus bas, je lis : « Tu es pardonnée ».

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Chapitre 7 : Au-delà des apparences

Sara était revenue me priver d’Alice.


Néanmoins, nous avons pu échanger nos
numéros de téléphone. Pendant le temps qu’on
a passé ensemble, je me suis découvert le don
de comprendre au-delà des mots. Avec le
consentement d’Alice, je m’étais donné le défi
de deviner la signification de chaque signe
qu’elle faisait. Cela l’amusait. J’étais heureux
de la voir prendre son aise avec moi. Nous
avons fait de sa maladie un moyen de se
divertir.
Elle performait avec grâce et délicatesse.
Elle utilisait ses mains et ses expressions
faciales de manière poétique et émotionnelle.
Ses mouvements étaient fluides et précis,
révélant une grande maîtrise.
Je l’ai interrompu pour lui demander
depuis quand elle pratiquait cette forme de
communication. Elle m’a montré trois doigts,
j’ai compris trois ans.
70
– Comment tu dis « une année » ? lui
demandai-je.
Elle réfléchit un instant, puis pointa un
doigt vers le haut de l’autre main en
positionnant la paume vers le bas. Elle
s’arrêta, s’excusa, me fit comprendre qu’elle
s’était trompée et reprit le même geste auquel
elle rajouta un mouvement circulaire avec le
doigt tout en descendant le long de la main.
J’ai remarqué également que chaque signe
est accompagné d’une expression du visage
qui apporte une richesse supplémentaire à sa
communication. Ses sourcils se soulevaient
pour exprimer l’étonnement, ses yeux
s’écarquillaient pour montrer l’excitation, et
son sourire chaleureux montrait la joie.
Plus tard la nuit, je reçois un message
d’Alice disant : « J’ai passé un bon moment,
j’espère te revoir un jour ».
À partir de là, la conversation semblait ne
jamais vouloir se terminer. Alice avait un sens
de l’humour subtil et des réflexions pertinentes
71
sur de nombreux sujets. J’ai découvert derrière
son silence une personne profondément
aimable. J’ai découvert à travers ses messages
une fille énergique, déterminée et pleine
d’ambitions. Cette nuit-là, j’ai appris à
apprécier la particularité d’Alice, bien loin des
stéréotypes auxquels on l’associait. J’ai vu
Alice différemment. Pour moi, désormais,
Alice n’était pas muette. Elle était simplement
une personne qui a choisi de garder son
silence, de s’exprimer autrement dans un
monde qui peut être injuste.
Alice m’a avoué qu’elle rêvait de naviguer
sur l’eau, mais la peur de se noyer la
contrariait. Je l’ai donc invitée à
m’accompagner, un samedi, pour traverser le
fleuve Niger à bord d’une pirogue. Après avoir
pris son courage à deux mains, elle m’a suivi,
prête à découvrir de nouveaux horizons. Nous
avons été guidés par un pisteur qui nous a
permis de découvrir les magnifiques paysages
environnants, les pêcheurs qui s’affairaient à

72
leur tâche, ainsi que la faune et la flore qui
habitent les rives du fleuve.
Alice adorait passer son temps au parc bien
que je n’aie jamais remarqué sa présence.
Après tout, cela relève d’une grande évidence.
Elle avait un amour pour les coins les plus
calmes et isolés. Elle peut être là sans jamais
être là. Le dimanche matin, j’ai remarqué
Alice aussitôt mon arrivée au parc. Elle
m’accueillit avec émerveillement.
– Bonjour Alice, dis-je.
Elle délocalisa son cartable pour que je
prenne place sur le banc, à côté d’elle. Elle
ferma son cahier qu’elle tenait et me fixa avec
une mine joyeuse. D’un geste simpliste, je
compris son « bonjour » auquel je répondis. Le
sourire d’Alice au coin de la bouche était
persistant lorsqu’elle m’a montré le cahier.
– Tu écris des poèmes ? lui demandai-je.
Elle acquiesça de la tête pour répondre
affirmatif. Je pris le cahier.

73
– L’autre journal n’a plus de pages vierges,
tu as dû le balancer dans les paperasses,
j’imagine. Si la réponse est oui, tu dois le
repêcher, car son contenu a du potentiel.
– Je l’ai laissé à la maison, dit Alice avec
son langage de signe que je parvenais à
décoder.
– Je peux lire ça ? lui demandai-je.
– Oui, dit-elle en gesticulant, accompagné
d’un froissement de sourcil et un sourire de
mauvais goût comme pour me dire que son
texte n’est pas assez bon.
– Veux-tu m’apprendre à écrire comme
toi ?
Elle secoua la tête de gauche à droite en
souriant. Puis je commençai à lire son texte
qui parlait de la poésie.
Poésie, cet art qui nous transporte dans un
autre univers,
Un univers où il n’y a ni feu, ni sang, ni
malheur,
74
Un univers où règnent l’amour et la
douceur, où les feuilles sont vertes,
Et les fleurs jacinthes blanches, un univers
parfait sans fausse note.
Aimerais-tu m’accompagner, alors viens
pour qu’on slame, qu’on déclame, oui, viens
qu’on dévoile
Dévoiler ces vers cachés au fin fond de la
savane,
Ces rimes cachées derrière les montagnes,
Viens qu’on dévoile cette douceur qui
habite ton cœur,
Viens qu’on retranscrive le passé, qu’on
soutienne le présent, pour un futur plus
rayonnant.
Viens avec ton cœur,
Et surtout, viens seul.
– C’est impressionnant, j’ai l’impression
que ce poème s’adresse à moi.

75
Puis je voyais Alice écrire dans la marche
de la feuille. Je lis à haute voix : « Mon texte
s’adresse à tous ceux qui veulent se lancer
dans la poésie. Toi as-tu déjà écrit ? »
Puis je lui répondis :
– Oui, j’écris souvent, mais je suis très nul.
– L’écriture est avant tout une forme
d’expression personnelle et tu as le droit de
laisser libre cours à ta créativité sans craindre
le jugement des autres, écrivit Alice.
– Tu as raison, lui répondis-je. Mais c’est
plus facile à dire qu’à faire.
– Tu n’as jamais fait l’estrade de la poésie,
non plus.
– Je n’aime pas me montrer devant les
gens, ce n’est pas le meilleur moment. Quand
ce moment viendra, je monterai sur scène,
répondis-je en évitant le regard d’Alice qui
devenait de plus en plus mélancolique.
– Il n’y a pas de bon moment. Prends un
moment et fais en sorte qu’il soit le bon.
76
Lorsque j’ai lu les propos d’Alice, un
brusque frisson m’a saisi. Je me suis mis à
imaginer qu’elle avait peut-être la flamme de
monter sur scène pour déclamer ses œuvres,
mais que sa maladie la contraignait.
Après hésitation, j’ai posé la question à
Alice et sa réponse qui s’en est suivie m’a
bouleversé au plus profond de mon âme.

77
Chapitre 8 : Un rêve brisé

Alice m’a écrit qu’elle a tant rêvé partager


sa passion avec tous les autres poètes de
Kounia, mais la peur de ne pas être comprise,
de ne pas pouvoir transmettre son message
avec les signes la retenait. Cette crainte la
hantait sans relâche, l’empêchant de prendre sa
place parmi ses semblables, et le poussant à
vouloir arrêter d’écrire. Alice aurait aimé
ressembler à Larba, lui succéder, assurer la
continuité des femmes poètes et, pourquoi pas,
défendre vivement les droits de la femme en
général.
C’est ainsi que, un mois plus tard, j’ai
décidé de voyager à Niamey pour apprendre la
langue des signes. J’ai consacré du temps et de
l’énergie à apprendre cette langue fascinante,
m’immergeant complètement dans la culture
des sourds et des malentendants.
Je revins à Kounia après deux mois
d’apprentissage intensif. Ces mois furent durs
78
pour diverses raisons, hormis le cadre
d’apprentissage. D’un côté, mon abandon
scolaire m’eut coûté deux modules à
reprendre, de l’autre, ma mère m’eut fortement
réprimandé pour ce voyage entrepris sans
raison. En effet, ni elle ni Alice n’était au
courant du motif de mon voyage si soudain.
Ces mois furent également bénéfiques.
J’avais une étrange sensation d’être épanoui et
enrichis par le fait d’avoir exploré de
nouvelles cultures et de nouveaux horizons.
J’avais changé d’air, j’avais fait le plein
d’énergie, de nouvelles idées.
Un soir, j’annonçai mon retour à Alice qui
s’était précipité pour me rencontrer au parc.
– Salut, dit-elle en signant.
Je lui répondis avec le signe.
Les yeux brillants, le sourire aux lèvres,
elle tira un bout de papier accompagné d’un
stylo.

79
– Alice, dis-je en lui prenant les mains
contenant ses moyens de communication.
Son sourire s’envola, elle ne voulait pas
croiser mon regard. Puis, en douceur, elle
retira ses mains des miennes tout en daignant
me laisser ses affaires.
– Tu n’as plus besoin d’écrire pour
t’adresser à moi, tu peux me parler à ta façon,
je saurai te comprendre clairement. C’est
promis, dis-je.
– Comment ce sera possible ? questionna-t-
elle en gesticulant.
– Tu verras de toi-même.
– D’accord. Je voulais simplement te dire
que je suis contente que tu sois là.
– Je suis content de te revoir aussi.
– As-tu des membres de ta famille à
Niamey ?
– Oui, mon oncle, le père de Malik, vit
avec sa petite famille à Niamey. J’ai passé mon
séjour sous leur toit.
80
– Tu as aimé la vie là-bas ?
– La capitale ne me scie pas, elle est
beaucoup trop agitée. On s’expose à rencontrer
ceux qu’on ne cherche pas. Je me suis adapté
quand même.
– Tu as fait de belles rencontres ?
Les sourcils soulevés, la bouche bée,
conjuguée à un sourire joyeux, Alice tendait
les oreilles à l’affût de mes réponses. Ses yeux
examinateurs tentaient de recueillir mes
moindres erreurs de compréhension des signes.
Mais, j’étais avisé. Je m’étais rendu compte
que le niveau de langage d’Alice n’était pas
aussi avancé que je l’imaginais. Il me suffit
d’un minimum de concentration pour le
comprendre.
Cependant, le visage d’Alice s’illuminait à
mesure que je choisissais les bonnes réponses
pour ses mouvements. Notre communication
était désormais plus profonde et plus riche que
jamais. Sans que je le lui dise, Alice a compris
le but de mon voyage à Niamey. Elle n’en
81
revenait pas. Elle m’a expliqué qu’elle était
profondément touchée par mon geste et qu’elle
ne m’oublierait jamais.
Puis il y eut ce moment où j’ai abordé un
sujet sensible qui va avoir un tournant décisif
dans ma vie tout entière :
– Tu m’as dit que tu pratiques la langue des
signes depuis trois ans. Comment
communiquais-tu avant ? Ne savais-tu
qu’écrire ?
Elle fit un geste que je n’étais pas sûr
d’avoir bien assimilé. Elle reproduisit le même
geste avec cette fois-ci des expressions du
visage à l’appui. Je ne voulais pas le
comprendre, encore moins le croire. Le sourire
angoissant d’Alice lorsqu’elle a pris son stylo
pour écrire m’a profondément attristé.
« J’étais normal », avait-elle écrit.
Puis les mauvaises nouvelles
s’enchainèrent. L’encre de son stylo déversait
les tristes mots, sans arrêt, retranscrivant le
sombre passé d’Alice.
82
Alice m’a appris qu’elle n’avait aucune
déficience physique jusqu’à ses 18 ans. Elle
était une enfant normale, puis une adolescente,
tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Alice était
de Yamoussoukro du côté de son père. Sa mère
était Nigérienne vivant en Côte d’Ivoire. Alice
était tombée amoureuse de ma ville à ses 17
ans et sa passion pour la poésie l’a poussé à
rester chez son oncle pour poursuivre ses
études de droit à Kounia, où elle espérait un
jour, en parallèle de ses études, devenir une
poétesse qui se fait entendre par sa voix et ses
mots.
C’est alors que sa tante, qui était l’épouse
de l’oncle, une femme cruelle et peu
bienveillante envers Alice, a brisé ce rêve. Le
rêve d’Alice s’est envolé en éclats. Désormais
elle n’était que l’ombre de sa propre ambition.
Qu’est-ce qui s’est vraiment passé ? Alice
ne me l’avait pas raconté sur le moment.
C’était plus tard que j’ai appris la tragédie
ayant occasionné ce handicap d’Alice. Un jour,

83
alors qu’elles se trouvaient seules à la maison,
Alice et sa tante ont eu une dispute acerbe au
sujet d’un désaccord mineur. Les choses ont
rapidement dégénéré et la tante, submergée par
la colère, a pris un gourdin et a battu Alice.
Cette dernière fut sévèrement touchée au cou
et s’était effondrée, sous le choc et la douleur.
Plus tard, les analyses médicales révèlent que
la gorge d’Alice a été brisée, et ce fut la fin
pour elle. Elle avait perdu sa voix,
littéralement et métaphoriquement.

84
Chapitre 9 : Alice est joie

J’étais dévasté d’apprendre ce sort tragique


que la vie avait réservé à Alice, mais je savais
que je devais être là pour elle. Tous les soirs,
nous nous asseyions au parc. Nous discutions,
écrivions et partagions nos différents textes. Je
lisais mes textes et ceux d’Alice avec un ton
qui la laissait bouche bée, admirative. Selon
elle, j’avais une voix mélodieuse qui donnait
vie à chaque poème que je récitais. Mes cordes
vocales mettaient l’accent sur les émotions et
les nuances de chaque vers avec une habileté
et une sensibilité remarquables.
Alice me priait de m’y remettre à écrire
régulièrement. Pour cela, elle avait même eu
l’idée de lancer des défis d’écriture entre nous.
La règle est simple. À partir d’un mot ou d’une
phrase imposée par une personne, l’autre
personne écrira un poème en 15 minutes, en
réitérant la donnée dans des formulations

85
variées de phrases. Au terme de ce temps
imparti, le défieur évaluera le travail du défié.
Ce soir-là encore, le jeu était lancé et Alice
m’a mis au défi d’écrire un poème. Quant à
l’instruction, elle était claire, mais pas si
simple : le poème doit débuter avec la phrase
« J’aime », tout simplement.
– Je dois parler des choses que j’aime ? lui
demandais-je.
– Tu es libre, signait-elle.
Pour ma part, je l’ai défié à commencer
son poème avec un terme que j’avais
complètement improvisé : « je suis la joie ».
Séance tenante, Alice me présenta son
poème, avec une mine douteuse et un sourire
peureux qui trahissait son sang-froid ; elle
n’avait pas confiance en son travail, mais
m’invita tout de même à le lire d’une voix
portante.
Je suis la joie,
Sur le Niger, j’ai vogué,
86
Ma pirogue glisse en douceur, en beauté,
Au rythme de l’eau dorée,
Au rythme des vagues qui chantent,
Dans un voyage qui enchante.
Les rives verdoyantes s’affichent,
Les oiseaux multicolores se nourrissent,
Les arbres majestueux se hérissent,
Et mon cœur est joie, je suis la joie, je suis
en quête
Les pêcheurs jettent leurs filets et
attendent,
Le soleil caresse mon visage,
Le vent transporte mes pensées,
Et je me sens libre, je suis fortune.
Je suis la joie,
Je suis une sirène, libre et fière,
Naviguant sur les flots avec une âme
légère.
Je suis en osmose avec ce fleuve sacré,
87
Une épopée intemporelle, un rêve éveillé.
Tels étaient les vers d’Alice. À travers ses
descriptions évocatrices et stimulantes, j’ai
revécu fidèlement notre balade à bord de la
pirogue sur le fleuve Niger.
– C’est à toi, montre-moi ce que tu as fait,
fit-elle en pivotant sa tête afin de l’ajuster à
mon cahier que je tenais devant moi.
– Je dois d’abord évaluer ton travail, Alice.
– Tu me donnes combien ?
– La note habituelle.
Elle afficha une grimace comme pour me
dire que la note n’était pas à la hauteur de ses
attentes.
– Puisque tu as respecté la consigne, je te
rajoute un point, ça te fera huit sur dix.
Elle s’auto-ovationna en me remerciant.
– Fais voir ton travail, signa-t-elle.
– Non, lui dis-je. Je t’invite demain à cette
même place pour te le faire écouter. Il est assez

88
médiocre, j’aurai le temps de le retravailler.
Oui, je sais, c’est de la triche.
Le lendemain, jour de poésie à Kounia,
Alice et moi nous acheminâmes directement à
la place de poésie. Comme d’habitude, les
fidèles spectateurs de la soirée étaient au
rendez-vous. En parallèle, les organisateurs
réclamaient de l’ordre, parmi eux, Malik qui
esquissa un clin d’œil discret pour me montrer
son soutien. Alice et moi, nous étions côte à
côte, silencieux dans cette foule animée. Très
animée.
– Tu y viens depuis longtemps ? lui
demandai-je pour briser le silence.
– Oui.
– Ça t’inspire, j’imagine.
J’ai compris dans le regard d’Alice qu’elle
ne voulait pas continuer à s’exprimer en
faisant des gestes dans ce grand public. Je me
tus alors et feignis de suivre, comme tout le
monde. L’estrade ne tarderait pas à recevoir un
poète.
89
Dans le même instant, Ridwan grimpa sur
scène, mania le micro, le testa par des allô et
sortit de sa poche la liste des poètes inscrits
pour donner du spectacle.
– Mesdames et Messieurs, nous avons une
surprise pour vous ce soir ! Nous accueillons
sur scène une personne qui nous a rejoints de
façon impromptue.
– Oh, vraiment ? Qui est-ce ? dit le public.
– Eh bien, pour être honnête, vous ne la
connaissez pas très bien, parce qu’elle n’a
jamais fait du spectacle. Mais nous sommes
ravis de l’accueillir ici. Faisons un chaleureux
applaudissement pour Djibo Adam !
C’était mon nom, en effet.
– Adam, dit Ridwan en me dévisageant,
viens nous rejoindre sur scène et fais-nous
découvrir ce que tu as préparé pour nous ce
soir !

90
Alice se tourna vers moi, l’air surpris. Elle
n’était au courant de rien, je ne l’eus pas
informée.
– Attends-moi ici, lui dis-je.
Je me hâtai vers l’estrade. Mon cœur
s’accélérait, j’avais subitement eu un frisson
qui m’a traversé de la tête jusqu’au pied. Je
commençai à trembler, mon ventre se serra,
une sueur froide s’empara de moi, j’avais à
présent envie de vomir.
J’arrivai sur l’estrade complètement
assailli. Je ne pouvais pas tenir sur mes
jambes. Pourtant, la veille, lorsque j’ai
demandé à Ridwan d’inscrire mon nom sur la
feuille des intervenants, je l’ai convaincu que
je pourrais y faire face. J’avais au préalable
imaginé la scène, mais je me rendis compte
qu’elle était bien plus stressante que ce qu’elle
m’en avait eu l’air.
Heureusement, Alice était là. Je ne l’ai pas
quittée des yeux. Je l’ai vu joindre les mains
en un geste de foi, les yeux portés vers le ciel,
91
plein d’émoi, comme si elle priait pour moi. Je
pense qu’Alice a prié pour moi. Ensuite,
lorsque nos regards se sont croisés, elle a agité
son poing fermé, les lèvres serrées, pour me
montrer son encouragement.
Dans ce geste simple et profondément vrai,
mon âme s’est ouverte, dans un souffle secret.
Ma peur s’est envolée dans les ténèbres
éternelles.
– Bonjour, dis-je.
– Bonjour, fit le public. Avance vers le
micro !
J’avançai d’un pas et repris.
– Bonjour. Merci de m’avoir accueilli. Ce
poème que je vais vous lire est adressé à toutes
les personnes qui écrivent, mais qui n’arrivent
pas à faire entendre leur voix, pour une raison
ou une autre. Il est surtout adressé en
particulier à une personne que j’admire
beaucoup.

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Je me raclai discrètement la gorge pour
m’assurer que ma voix sonnerait clairement
lorsque je prendrais la parole, puis je
commençai à lire sur ma feuille entre mes
mains qui ne parvenaient pas à dissiper leur
tremblement :
J’aime.
J’aime te voir, devant tous ces regards,
J’aime te regarder, me perdre dans tes
yeux,
Tu es belle, tu es forte, tu es la reine,
Ta plume s’envole, tes pensées s’exposent,
Et tu fais vibrer les cœurs, rien que pour
toi,

Tu fais vibrer mon cœur,


Avec ta voix si douce et si silencieuse.
Ta voix perceptible pour ceux qui savent
écouter,
Ceux qui savent apprécier la particularité.
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J’aime t’écouter, quand tu t’isoles pour te
confier J’aime entendre ta voix,
Celle qui parle avec tant de foi.
Celle qui parle sans son.

Tu as un don, celui de toucher les âmes,


Ta poésie, ton slam, ton art, sont comme un
tableau
Qui reflète la dure réalité de notre
condition
Et qui fait écho à nos maux.

Tout cela m’emplit le cœur, me met à part.

Tu es si brillante, si talentueuse,
Et moi je suis là, à tes côtés, admirateur,
heureux,

94
Et moi, je suis là, silencieux, dans ton
ombre attirante,
Nous sommes différents, mais si proches,
Notre complicité soudaine, si belle, en
roche.

Alors, continue à écrire sans relâche,


Je serai toujours là, à t’écouter sans te
nuire,
Je serai ton public, ton ami,
Et ensemble, nous continuerons de nous
épanouir, en eux.
Puis un lourd silence pesa sur la place de
poésie. Le temps se figea pendant un long
moment, et, comme par magie, j’entendis la
voix de Malik qui criait « Ouais, c’est ça ! ».
Puis les applaudissements se levèrent
partiellement, petit à petit, pour grandir en un
tonnerre grandiose.

95
« C’est trop bien, on aime ! », « Tu es
fort ! », « Encore, un autre poème ! », « On en
veut encore ! »
Le public se relâcha.
Je déguerpis rapidement de la scène et
rejoignis Alice qui était retrouvée par Malik et
Sara.
– Tu l’as fait ! s’écria Malik en tapant sa
poitrine contre la mienne.
– Elle a pleuré de joie, me chuchota Sara
en désignant Alice.
Alice cachait ses yeux imbibés de larmes.
Je m’approchai vers elle et lui pris la main.
– Ça va Alice ?
Elle ne me répondit pas. Son amie vint lui
soulever la tête pour la consoler. C’est ainsi
qu’elles partirent toutes les deux.

96
Chapitre 10 : La voix d’Alice

Après, Alice m’a fait part de sa profonde


gratitude. Nous avions fait ample
connaissance. Notre amitié a été renforcée au
fil de nos petites séances d’écriture au parc.
Nous marchions souvent en forêt, écartant les
buissons tout en chantant les poèmes qu’Alice
me présentait. Elle écrivait avec une passion
inépuisable, et je prenais plaisir à donner vie à
ses mots en les lisant à voix haute. Je ne lisais
pas seulement pour Alice, je lisais pour nous
deux, pour moi aussi.
Un samedi, jour de poésie et le grand jour
de l’année, la place accueillit le ministre de la
Culture, le ministre de l’Éducation et les
professeurs de l’école. La vedette Larba ainsi
que certains poètes nigériens ne manquaient
pas à l’appel, sans oublier le parrain,
l’organisateur de cet événement, le maire de

97
Kounia. Le thème de la soirée était « La voix
de la jeunesse ».
Sans te surprendre, toi lecteur, j’ai fait
recours à l’autorité de Ridwan et la diplomatie
de Malik pour m’immiscer dans les
intervenants de cette soirée. L’inscription était
sélective et les places étaient limitées, seuls les
noms des poètes connus et approuvés étaient
tirés. Normalement. Moi, je n’étais personne,
mais je portais en moi un besoin irrésistible de
faire connaître au monde les écrits d’Alice.
Le spectacle débuta et les poètes se
succédaient sur scène. Puis vint mon tour. Je
dégainai ma feuille et montai rapidement sur
l’estrade. Ma gorge était sèche et mon cœur
s’accélérait en voyant tous les regards qui
s’étaient braqués sur moi. Pourtant, je n’ai plus
ressenti cette angoisse lorsque j’ai essayé de
me situer. J’ai vu les invités d’honneur assis en
première rangée, vêtus de leurs costards et
cravates. Plus loin, je repérai ma mère qui
agitait fièrement le bras pour me saluer. Je ne

98
l’avais pas informée, Malik l’avait sûrement
fait. Il était là avec elle, accompagné d’Alice,
Sara et mon petit frère Abdoul.
« Ce soir, j’ai un poème très spécial à vous
lire, dis-je en tenant le journal d’Alice devant
moi. C’est un poème d’une jeune auteure qui
m’a fait don de ses pensées et de ses émotions
les plus profondes. Elle ne veut pas que son
nom soit connu, mais elle veut que ses mots
soient entendus. Toutefois, j’ai pris la décision
de vous la présenter sur scène. »
Puis Malik montra le chemin à Alice. Mais,
elle ne voulait pas me rejoindre. Alors, je
bondis à terre et vins empoigner sa main.
– Tu n’as rien à craindre, lui dis-je.
– Suis-le, dit ma mère en guise
d’encouragement.
– Vas-y Alice, dit Sara.
– Alice, dis-je, tu m’as toujours dit qu’il
n’existe pas de bon moment, mais qu’il faut

99
prendre un moment et faire en sorte qu’il soit
le bon.
Je revins sur scène avec Alice.
« Chères dames, chers messieurs, Alice
était une âme passionnée et talentueuse, qui
rêvait depuis toujours de devenir poète et de
partager ses œuvres à travers sa voix. Bien que
suite à un terrible accident, Alice se soit
retrouvée muette, cela ne signifie pas que ses
rêves se soient évaporés en illusion. Alice est
toujours une poète, tout comme les autres
poètes présents ici ce soir, et elle mérite toute
votre attention, car elle a une parole à
prononcer. Mesdames et Messieurs, laissez-
moi être la voix d’Alice. Ce poème est dédié à
la femme qu’elle est, ainsi qu’à toutes les
femmes présentes ici, pour les honorer. »
Alice était à côté de moi.
Sans plus tarder, j’ai commencé à lire.
La femme, une fleur dans notre jardin
Un poème fait de mille « je t’aime ».

100
La femme, une présence en toutes choses.
Elle donne vie, un enfant, une famille.
Être femme c’est un honneur,
Être femme c’est un bonheur,
Être femme c’est également un labeur.
Aimer une femme en douceur c’est
reconnaître en elle une mère.
Célébrer la femme est un hommage,
Oui, un hommage à toutes ses femmes qui
se battent sous le soleil et sous la pluie,
Toutes celles qui ne cessent de donner le
meilleur d’elles.
Célébrer la femme est un message,
Pour rappeler que nous sommes tous
égaux en droit et en dignité,
Pour honorer ces femmes et filles du
monde,
Pour écouter, féliciter leurs idées, leurs
innovations, leurs sens du leadership qui
rendent notre monde meilleur.
101
À la fin de ma performance, les
applaudissements éclatèrent. Je vis Alice
sourire timidement, les larmes aux yeux. Les
officiels présents, dont le maire de la ville,
vinrent sur scène pour nous féliciter et
exprimer à Alice leur admiration pour son
courage et son talent. Elle, qui était
habituellement réservée, rayonnait devant son
idole Larba qui l’a prise dans une étreinte
chaleureuse. Elle était entourée de fierté, de
soutien et de reconnaissance. Ma mère, Malik,
Sara et Abdoul étaient tous là, les yeux
brillants d’émotion, applaudissant avec
enthousiasme.
Les médias locaux s’emparèrent de
l’histoire d’Alice, une poète muette dont les
mots avaient ému tout un public. Elle reçut de
nombreux messages d’encouragement et
d’admiration.
Au fil du temps, Alice et moi sommes
devenus de plus en plus proches. Notre amour
pour la poésie et notre admiration mutuelle

102
pour nos talents respectifs nous avaient
rapprochés. J’ai tiré mon inspiration en Alice,
j’ai surmonté mes peurs grâce à elle. J’ai
continué à la soutenir, à lire ses textes en
public, à performer à ses côtés. Avec le temps,
nos poèmes s’étaient améliorés. Nos mots
étaient devenus plus puissants, plus percutants.
Deux ans après, nous avions décidé de
devenir éditeurs indépendants spécialisés dans
la publication de recueils de poésie. Avec
l’aide de nos parents et certains professeurs
qui connaissaient le domaine de l’édition, nous
avons créé notre propre maison d’édition, et
nous nous sommes lancés dans la découverte
et la promotion de nouveaux talents poétiques.
Nous organisions des événements littéraires et
développions des partenariats avec des
librairies indépendantes pour promouvoir les
recueils de poésie publiés par la maison
d’édition.
Finalement, dans la même année, Alice et
moi avions effectué un voyage de courtoisie en

103
Côte d’Ivoire où j’ai fait la connaissance de
ses parents. Nous sommes revenus à Kounia
un mois plus tard.
Un vendredi, après un laborieux travail, on
se rendit à notre seconde maison, le parc pour
se détendre. Alice et moi discutâmes jusqu’au
soir. Le soleil se couchait peu à peu en
peignant l’horizon de couleurs chaudes et
dorées. La brise du soir rendait le parc frais et
humide. Alice devenait frileuse et souhaitait
rentrer. Nous décidâmes de faire le chemin
ensemble. Je marchais à ses côtés, doucement.
Le parc s’était vidé, le silence y régnait. Je me
sentais incroyablement serein, et à ce moment-
là rien ne comptait pour moi, rien ne pouvait
troubler ma sérénité. Comme si Alice et moi
étions seuls dans ce vaste univers. Et il y eut la
main d’Alice qui vint effleurer la mienne, puis
nos doigts s’entrelacèrent. Nous marchions, à
pas de tortue, main dans la main. Alice sourit
timidement à chaque fois que nos regards se
croisaient. Le moment est venu, me dis-je.

104
Je relâchai la main d’Alice, elle se retourna
vers moi pendant que je m’agenouillais devant
elle.
– Alice, ma muse, ma joie, ma vie. Depuis
le moment où je t’ai rencontrée, ma vie a été
comblée de bonheur. Tu as été ma source
d’inspiration, ma lumière dans les moments
sombres, ma raison de croire en moi-même.
Je sortis une bague de ma poche et la
présentai à Alice.
– Voudrais-tu être ma muse pour toujours,
et accepter de m’épouser ?
Elle mit du temps pour comprendre ce qui
se passait. Ensuite, les yeux écarquillés de
surprise et les joues rougissantes, elle posa sa
main sur sa bouche. Je vis soudainement Alice
me tourner le dos.
– Et si tu n’es pas prête à…
Alice se retourna et me sauta dessus. Je me
redressai et la serrai fort contre moi.

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– Je te promets de toujours te soutenir, de
te chérir et de te protéger. Je suis reconnaissant
de chaque moment que nous avons passé
ensemble, et je suis impatient de construire un
avenir rempli d’amour et de poésie avec toi,
dis-je.
Alice sanglotait dans mon cou comme un
petit enfant.
Elle me relâcha, puis posa délicatement sa
main sur ma joue, les larmes aux yeux.
– Je suis tellement reconnaissante de
t’avoir dans ma vie, dit-elle en signant.
Je me mets à genoux à nouveau pour
prendre la main d’Alice dans la mienne.
– Alice, j’ai sollicité l’approbation de tes
parents et j’ai reçu leur accord et leur
bénédiction. Maintenant la décision ne tient
qu’à toi. Veux-tu être ma femme et partager le
reste de notre vie ensemble, main dans la
main, cœur contre cœur ?

106
Elle acquiesça vivement de la tête, ses
yeux droits dans les miens.
Je pris délicatement la bague de la boîte et
la glissai doucement à l’annulaire d’Alice.
Cette dernière jeta un coup d’œil rapide à son
doigt, puis elle m’enlaça avec tendresse.
À ce moment-là, je vis Malik et Sara
comme venus du ciel.
– Alice on a de la compagnie.
Nous nous séparâmes et accueillîmes nos
deux amis qui arrivèrent avec une humeur
joyeuse.
– Félicitations ! me dit Malik avec un ton
le plus sérieux du monde.
Sara vint tout à coup s’agripper contre lui
en lui enserrant le bras tout autour.
– Félicitations les amoureux, dit-elle.
– Merci, dis-je en même temps qu’Alice
avec son signe.
Malik posa son bras autour des épaules de
Sara qui le dévorait du regard.
107
– Et… tous les deux… vous…
– Oui, Malik et moi on sort ensemble, me
dit subitement Sara.
Deux mois après, Alice et moi nous
sommes mariés entourés de nos proches, dans
une cérémonie intime et poétique.
Peu de temps après notre mariage, j’ai aidé
Alice à naviguer dans le processus tribunal
afin qu’elle obtienne justice pour les actes
cruels de sa tante. Cette dernière a été tenue
responsable de ses actions et a été condamnée
à payer une somme d’argent à Alice pour
compenser le préjudice causé.
Bien que cela n’ait pas effacé la douleur et
les cicatrices d’Alice, cela lui a permis de faire
un pas vers la guérison et de se sentir entendue
et comprise.

Alice
Parce que l’amour, c’est la connexion de
l’esprit.
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Parce que l’amour, c’est au-delà du physique.
Parce que l’amour, c’est des hauts et des bas.
Parce que je ne pourrais parler d’amour,
d’humour, d’affection, d’attention, de patience,
et même de romance, sans parler de toi.
Tu sais, si l’on a l’habitude de dire que sans la
lumière il n’y aura pas de jour, moi je dis et
j’affirme que sans toi il n’y aura pas de moi.
Tu m’as permis de me sentir spécial quand
j’étais bizarre.
Tu as permis que je m’aime afin d’aimer
également mon entourage.
Tu as été ma lumière dans le noir.
Mon guide sur le chemin.
Mon réconfort dans la difficulté.
Ma force dans la faiblesse.
Tu sais quoi ? Sans ta présence dans ma vie, je
serais une personne en manque, oui, je serais
une personne vide.

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C’est pour cela que j’ai décidé de faire de toi
ma réussite, car pour moi la réussite est une
histoire sans fin.
L’amour qui dure dans le temps accepte les
défauts.
Et si nous sommes ici aujourd’hui, c’est parce
que nous avons, dans notre combat, tracé un
chemin, un caractère, une personnalité.
Je t’aime et je t’aimerai toute ma vie, mon
AMOUR.

Fin

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