Remerciements
Remerciements
Mes remerciements vont aussi à tous les enseignants qui ont contribué à notre
formation de licence et master : Mlle Boukazzoula, Mlle Rabhi , Mme Adjroud ,
M Boudouhene, M Bellalem et M Abdellaoui, leurs connaissances et leurs
savoirs nous ont permis de gravir les marches de la recherche.
Bob Marley
TABLE DES MATIERES
Introduction Générale ……………………………………..................……...… ………….10
a. Alternance situationnelle………………………………………………..…21
b. Alternance conversationnelle ou métaphorique ………………………..….22
1. Introduction ………………………………………………………………….…..26
2. Les médias audiovisuels en Algérie …………………………………....................26
2.1- Le paysage audiovisuel algérien de 1950-1990 ……..……....…………….27
2.2- Le paysage audiovisuel algérien de 1990-2013………..…....…………….28
3. Le marché linguistique des medias audiovisuels ……………………………..29
3.1 L’arabe standard ……………………………………….……………….......30
3.2 L’arabe algérien ………………………………………………………….…30
3.3 Le tamazight………………………………………………………………....31
3.4 Le français………………………………………………………………..….31
Commentaire ………. …………………….……………………………………32
5
Partie II : expérimentation, constitution du corpus et analyses des données
Chapitre1 : Méthodologie de recherche et Analyses des données
1. Introduction ……………………………………………………..……………35
o Problématique …………………………………………………..…………….35
o Hypothèses ………………………………………………………..………….37
2. Condition de recueil des données …………………………………...………..37
o Présentation du corpus ……………………………………………...………...38
o Description de l’émission …………………………………………...……….39
o La transcription ……………………………………………………...………..40
o Conventions de transcription…………………………………………...……..40
3. Aperçu sur les deux numéros de l’émission Média Mania …………...………42
o Les langues en présence dans l’émission……………………………..………43
o Les langues alternées par les participants de l’émission………………..….…44
o Application du modèle de Myers-Scotton (langue matrice langue enchâssée)
sur les langues alternées dans l’émission………………………………………..…....46
1. Introduction ………………………………………………………………….……49
Commentaire ……………………………………………………………………..57
A.2- Nom français précédé d’un article défini arabe "l'", "el"……………..….58
6
B. Groupe verbal……………………………………………………………..…..60
C. Adverbe ………………………………………………………………..…....61
Commentaire ………………………………………..……………………………….65
I. Introduction …………………………………………...…..…………………….......67
II. Les fonctions de l’alternance codique
2. Les fonctions de l’alternance codique selon Gumperz…….……………...…...67
a. Les citations et le discours rapporté…………………….……......................…....67
b. La désignation d’un interlocuteur. …………………………......................….69
c. Les interjections……………………………………………....................…....70
d. Les réitérations……………………...…………………………………..….…70
e. La modalisation d’un message. ………………...………….……………..…..72
f. La personnalisation versus objectivation……………………………….…….73
3. Les fonctions de l’alternance codique selon Grosjean…………………….…...74
a. La fonction emblématique et identitaire…………………………………..…..74
b. Le marquage de l’appartenance …………………………………………..…..75
BIBLIOGRAPHIE………………………………………………………...……..89
ANNEXE ……………………………………………………………………………...……..93
PRESENTATION DE CORPUS ……………………………………………………...…...94
RESUME………………………………………………………………………….....……...941
7
LISTE DES TABLEAUX
8
Introduction générale
Introduction Générale
Parmi les travaux menés au sujet de l’alternance codique dans le contexte algérien,
nous citons celui du chercheur Azzeddine Malek 2 qui s’intéressé à l’étude fonctionnelle de
l’alternance codique chez les étudiants de l’Université de Mostaganem. D’après les résultats
obtenues, l’auteur atteste que les déclencheurs de l’alternance relèvent premièrement d’une
défaillance linguistique affectant les usages conversationnels et d’autre part, des contraintes
socio-contextuelles qui motivent l’usage de cette pratique discursive. Le deuxième travail est
celui du sociolinguiste Mohammed Zakaria Ali-Bencherif, qui s’est intéressé à l’étude
de l’alternance codique arabe dialectal/français dans des conversations bilingues de locuteurs
algériens immigrés/non-immigrés. Dans cette étude l’auteur a décrit et analysé les pratiques
langagières de trois locutrices algériennes immigrée/non-immigrées dans un cadre familial en
Algérie d’abord par une analyse macro-sociolinguistique quantitative. Par la suite il a adapté,
1
Taleb Ibrahimi, K. (1996,2004), AsselahRahal, S. (2000,2001),Dourrari, A. (2003) Kara, A, Y. (2004),Miloudi,
I. (2011), Ali Bencharif, M, Z. (2011),Saadi, N. (2012)
2
Azzeddine, M,(2009) : « Éléments d’approche sociolinguistique des déclencheurs de l’alternance codique chez
les étudiantsde l’Université de Mostaganem »,in Synergies Algérie n° 4
10
une approche micro-sociolinguistique qualitative. D’après les résultats obtenus, le chercheur
confirme que l’alternance codique est une façon de parler, qui contribue chez les locutrices,
d’une part au développement du répertoire verbal en interaction et amène à une convergence
codique. D’autre part, elle remplit plusieurs fonctions en tant que stratégie stylistique et
fonctionne comme une ressource permettant de réguler les tours de parole en interaction.
Dans le cadre de notre étude, nous envisageons de comprendre le fonctionnement de
l’alternance codique et dégager les raisons qui amènent les participants à pratiquer cette forme
transcodique au cours de l’émission Media Mania.
Dans le but de réaliser notre enquête, nous avons retenu deux enregistrements de
l’émission Media Mania qui couvrent une durée de 101 minutes.
11
Première partie
Cadre général de l’étude
Définition des concepts
I. Le contact des langues
Avant de parler du contact des langues et des phénomènes qui en résultent, il est utile
de présenter, tout d’abord, une définition globalisante. En effet, selon Dubois & Al, le contact
des langues est «l’événement concret qui provoque le bilinguisme ou en pose les problèmes.
Le contact de langues peut avoir des raisons géographiques : aux limites de deux
communautés linguistiques, les individus peuvent être amenés à circuler et à employer ainsi
leur langue maternelle, tantôt celle de la communauté voisine. C’est là, notamment, le contact
de langues des pays frontaliers… Mais il y a aussi contact de langues quand un individu, se
déplaçant, par exemple, pour des raisons professionnelles, est amené à utiliser à certains
moments une autre langue que la sienne. D’une manière générale, les difficultés nées de la
coexistence dans une région donnée (ou chez un individu) de deux ou plusieurs langues se
résolvent par la commutation ou usage alterné, la substitution ou utilisation exclusive de
l’une des langues après élimination de l’autre ou par amalgame, c'est-à-dire l’introduction
dans des langues de traits appartenant à l’autre…» 1
Une deuxième définition est donnée par Hamers. Pour l’auteure, « le contact des langues
inclut toute situation dans laquelle une présence simultanée de deux langues affecte le
comportement langagier d’un individu » (Hamers, in Moreau, p94). Ainsi, la présence de
deux codes linguistique dans une situation lesquelles peuvent avoir une incidence sur le
comportement langagier des locuteurs est une situation de contact de langues.
Le premier chercheur à avoir utilisé le terme de « contact des langues » est Weinreich
(1953). Selon lui le contact des langues a d'abord lieu chez l'individu. Il oppose, de ce fait, la
notion de contact de langue à celle de bilinguisme dans la mesure où le contact de langues
renvoie à un état individuel (l’usage alternatif de deux langue) alors que le bilinguisme
renvoie à la présence de deux (ou plusieurs langues) dans de la société.
14
complexité et sa multiplicité. Parlant de la situation sociolinguistique en Algérie, Taleb-
Ibrahimi souligne que : « Les locuteurs algériens vivent et évoluent dans une société
multilingue où les langues parlées, écrites, utilisées, en l’occurrence l’arabe dialectal, le
berbère, l’arabe standard et le français, vivent une cohabitation difficile marquée par le
rapport de compétition et de conflit qui lie les deux normes dominantes (l’une par la
constitutionalité de son statut de langue officielle, l’autre étrangère mais légitimée par sa
prééminence dans la vie économique) d’une part, et d’autre part la constante et têtue
stigmatisation des parlers populaires .»2 (Taleb Ibrahimi 1998 : 22). L’auteure note d’abord
que la société algérienne est multilingue dans la mesure où il y existe quatre langues
différentes en usage quotidien par les locuteurs algérien, elle ajoute qu’un rapport de
compétition et de conflit relie les langues en présence en Algérie, en particulier entre l’arabe
standard dit aussi « scolaire » (Dourari, 2003, p8) et le français considéré comme première
langue étrangère par l’Etat algérien.
Le contact entre les quatre langues en présence dans le paysage sociolinguistique
algérien engendre de nombreux phénomènes, tels que le bilinguisme et la diglossie qui
donnent à leur tour lieu à l’apparition des marques transcodiques dans les pratiques
langagières des locuteurs algériens.
2
Taleb-Ibrahimi K. 1998. « De la créativité au quotidien, le comportement langagier des locuteurs algériens ». In
De la didactique des langues à la didactique du plurilinguisme, J. Billiez (dir.), Lidilem, Université de Grenoble
3, pp. 291-298.
15
atteste qu’après des années de scolarisation dans les deux langues, le locuteur algérien ne
domine aucune des deux langues vu les résultats médiocres du système éducatif.
Quant au bilinguisme dans sa forme individuelle, c'est-à-dire les individus qui utilisent le
français et l’arabe avec une égale compétence, selon la chercheure, ce dernier se limiterait à
« une infirme minorité produit de circonstance exceptionnelles »
A la suite de Ferguson (1959), nous entendons par diglossie toutes situations ou coexistent
de deux systèmes linguistiques génétiquement apparentés dans une communauté.
Ferguson souligne que dans une situation de diglossie, nous rencontrons, une variété
prestigieuse dit H,langue des relations formelles et la variété L langue de la vie quotidienne.
La chercheure avance que dans le contexte algérien, la variété L de l’arabe n’est pas
exclusive aux domaines formels, nous pouvons rencontrer par exemple l’usage de l’arabe
dialectal (variété L) dans les discours religieux. Voilà pourquoi elle écrit : « de continuelles
incursions des deux variétés sont observées même dans des situations et types de discours
considérés par [Link] comme étant exclusivement réalisés dans l’une ou l’autre des
variétés » (Taleb Ibrahimi, op, cit, p46)
La deuxième situation de diglossie dégagée par l’auteure se passe entre l’arabe et les
dialectes berbères. Selon elle, « les dialectes berbères, non seulement, subissent une
marginalisation millénaire, et ne bénéficient d’aucune reconnaissance officielle, mais bien
plus, ils sont relégués au rang de dialectes patoisants »dans ce cas, la variété H est l’arabe, en
revanche, les dialectes berbères sont considérés comme la variété L.
Quant à la troisième situation de diglossie qui a été établie par la colonisation entre la langue
arabe et la langue française.
Nous rencontrons une autre description du phénomène de diglossie dans le paysage
sociolinguistique algérien émise par Dourari (2003). Pour lui, le phénomène de diglossie en
Algérie se présente entre les langues maternelles des locuteurs algériens, soit l’arabe algérien
16
et le tamazigh utilisés dans des situations non formelles et dont l’« emploi est restreint
aujourd’hui à la sphère des rapports informels ou domaine L » 3 et l’arabe scolaire et le
français, les langues du « domaine formel dit H » utilisées dans des situations formelles
comme les institutions et les discours politiques
3
Dourrari, A. (2003) : Les malaises de la société algérienne, crise de langue, crise d’identité, Alger, Casbah
17
appel aux règles grammaticales des deux langues. Les auteurs ajoutent « A la différence de
l’emprunt, généralement limité à des unités lexicales, le mélange de codes transfère des
éléments à des unités appartenant à tous les niveaux linguistiques et pouvant aller de l’item
lexical à la phrase entière ;si bien qu’à la limite ,il n’est pas toujours de distinguer le code-
mixing du code- switching »4. Les deux linguistes distinguent d’abord entre l’emprunt qui est
limité à des unités lexicales, et le code-mixing où l’on peut transférer toute les unités
linguistiques sans exception aucune. Ils avancent toutefois qu’il n’est pas toujours aisé de
séparer le code-mixing d’une autre stratégie de bilingue : le code-switching. C’est d’ailleurs à
ce dernier phénomène que nous consacrons la suite de notre exposé.
1. Alternance codique
2.1 Essai de définition
Une série de termes a été proposé par des linguistes et sociolinguistes pour désigner
une variation de code ayant lieu dans un discours ou un énoncé, certains auteurs anglophones
ont repris le terme code-switching, terme inventé par E. Haugen dès 1956, d’autres auteurs
francophone recourent aux concepts d’alternance codique(Gumperz, traduit par Simonin),
alternance des codes(Hamers et Blanc), alternance des langues(Gardner-Chloros) ou
encoremétissage linguistique(Sesep N’sial). Pour notre part, nous retiendrons le terme
employé par Gumperz qui est l’alternance codique tout au long notre étude en lui substituant
par moments, la variante anglaise code-switching.
4
Hamers, J-F & Blanc, M. (1997). Cité par T. Ibrahimi, K. Les algériens et leur(s) langue(s), Ed. ALHKMA
.Alger. p. 114
18
une autre et les énoncés bilingues produits par les locuteurs sont structurés grammaticalement
c'est-à-dire que ces énoncés semblent obéir à une seule et même syntaxe.
La deuxième définition nous est proposée par Hamers et Blanc. Pour eux, « deux
codes (ou plusieurs) sont présents dans le discours, des segments de discours alternent avec
des segments de discours dans une ou plusieurs langues. Un segment (x) appartient
uniquement à la langue (ly), il en va de même pour un segment (y) qui fait partie uniquement
de la langue (lx), un segment peut varier en ordre de grandeur allant d'un mot à un énoncé ou
à un ensemble d'énoncés, en passant par un groupe de mots, une proposition ou une phrase
[…] ».5
Dans cette définition, Hamers et Blanc précisent que l’alternance codique se
manifeste dans le discours lorsque des segments alternent avec d’autres segments et que ces
éléments linguistiques appartiennent à plusieurs langues à la fois. Il nous semble que cette
définition vient compléter celle de Gumperz dans la mesure où, dans un même discours ou
production verbale, nous rencontrons une succession de segments qui appartiennent à des
langues différentes. Les segments alternés peuvent varier entre un mot, énoncé jusqu'à une
phrase.
Dans une perspective linguistique et structurelle, Shana Poplack définit l’alternance
codique comme : « La juxtaposition de phrases ou de fragments de phrases, chacun d'eux est
en accord avec les règles morphologiques et syntaxiques (et éventuellement phonologiques)
de sa langue de provenance. L’alternance de codes peut se produire à différents niveaux de la
structure linguistique (phrastique, intra-phrastique, interjective) » (Poplack, 1980, citée par
Ali Bencharif, 2009 :p48).Poplack montre que le phénomène de l’alternance codique est régi
par des règles syntaxique, morphologique et phonologique de l’une des deux langues. En effet
elle affirme que : « L’alternance peut se produire librement entre deux éléments quelconques
d’une phrase, pourvu qu’ils soient ordonnés de la même façon selon les règles de leurs
grammaires respectives ». Il s’agit de ce que Poplack appelle la contrainte de l’équivalence.
5
Hamers J.F et Blanc M. (1983) : Bilingualité et Bilinguisme, Bruxelles, Mardaga, p. 176
19
Dans cette définition, les auteurs insistent sur la situation de communication qualifiée
de« bilingue », c'est-à-dire une situation où plusieurs codes sont en présence.
Pour notre part, nous reprochons aux définitions proposées par Poplack et Lüdi et
Pydans la mesure où nous pensons d’une part que l’émission Média Mania sur laquelle nous
travaillons est un lieu de circulation de plus d’une langue. Nous pouvons donc avancer qu’il
s’agit d’une situation bilingue dans la mesure où les participants alternent l’arabe algérien et
le français. D’autre part nous pensons que cet usage alternatif dans les productions verbales
des participants se produit à différents niveaux de structures linguistiques, soit dans une
même phrase, ou entre deux prises de paroles, et c’est ce que nous projetons de vérifier.
20
cherchaient à« savoir exactement où, dans la phrase, une alternance d’une langue à
l’autre peut s’effectuer » (Poplackop,cit)
L’alternance codique extra-phrastique apparait lorsque les segments alternés sont des
expressions idiomatiques, des proverbes et dictons. Ces derniers sont insérés dans des
segments monolingues. Ils servent à ponctuer le discours.
Nous reviendrons avec plus de détails et des exemples illustrant de notre corpus les trois
types d’alternance codique, proposées par Poplack dans la partie pratique.
21
font uniquement en langue française sans aucune interférence avec l’arabe dialectal »6, il
avance en expliquant le choix exclusif du français dans la salle de cours « le choix de la
langue approprié (le français pour la circonstance) est déterminé par des contraintes de type
institutionnel concernant l’espace de l’interaction, les contraintes du genre de discours et du
thème de communication, à savoir le genre didactique imposé par le cadre institutionnel ».
Quant à la deuxième situation, le chercheur constate que « le discours est truffé
d’interférences linguistiques arabe/français […] certaines unités en langue arabe s’inséraient
spontanément dans des phrases françaises».(Derradji op, cit)
D’après les résultats cette étude, Derradji confirme que la situation de communication est un
facteur déterminant de l’apparition de l’alternance codique.
6
Queffelec, A. & al. dir (2002) : Le français en Algérie. Lexique et dynamique des langues, Paris, Duculot, p113.
7
Taleb Ibrahimi.K (1997) : Les algériens et leur(s) langue(s), Alger, Ed. Elhikma, p.109
22
- l’alternance codique entre toutes ces variétés dialectales (arabes et berbères) et le
français.
23
En s’inspirant des travaux de Gumperz (1989), Ali Bencharif (2009) qui a travaillé
sur l’alternance codique arabe dialectal/français dans des conversations bilingues de locuteurs
algériens immigrés/non-immigrés, et en s’appuyant sur les fonctions listées par François
Grosjean, a dégagé pour sa part deux autres fonctions, la première dite emblématique et
identitaire, relative essentiellement à l’emploi des formules de salutation ou d’invocation de
Dieu. La deuxième fonction est le marquage d’appartenance. Elle se manifeste par l’emploi
des pronoms qui marquent l’identité et la culture de l’interlocuteur.
Nous nous référons aux deux propositions ci-dessus pour approcher notre corpus et dégager
toutes les fonctions remplies par l’alternance codique apparaissant dans les productions
verbales des intervenants de l’émission Media Mania.
Conclusion partielle
Dans la première partie de ce chapitre nous avons présenté les perspectives théoriques
dans lesquelles s’inscrit notre travail en introduisant les concepts de base qui serviront
d’outils dans notre analyse.
La suite de cette partie portera sur les langues et les medias audiovisuels en Algérie, un bref
aperçu historique où l’on essaiera de cerner l’évolution des medias en Algérie. Nous nous
intéresserons par la suite aux langues en usage dans les télévisions et radios algériennes.
24
Langues et médias audiovisuels
en Algérie
Introduction.
Avant d’aborder l’évolution des médias audiovisuels algériens et les langues qui y sont
en usage, nous devons, tout d’abord donner une définition des médias.
De manière générale, les medias désignent tous les moyens de communication qui
servent à transmettre des informations comme la presse, la radio et la télévision. Selon
Barbier et Lavenir, les médias désignent « tout système de communication permettant à une
société de remplir tout ou partie des trois fonctions essentielles de la conservation, de la
communication à distance des messages et des savoirs, et de la réactualisation des pratiques
culturelles et politiques » (Barbier et Lavenir, 1996, cité par Matanga, 2007)1
Francis Balle 2 (2003 :pp8-12) distingue trois types de médias, à savoir : les médias
autonomes comme les vidéos, magnétophone et baladeurs, les médias de diffusion comme les
radios, les télévisions et les micro-ordinateurs, le dernier type est les médias de
communication, tels que les téléphones.
Dans notre étude nous nous s’intéressons aux médias audiovisuels, particulièrement
la télévision et la radio.
1
Matanga , L.(2007) : La construction imaginaire de la réalité du Congo à travers les
, URL :
médiascongolais ,mémoire de licence [Link]
[Link] (consulté le 15/05/2013)
2
Cité par Abolou,(2010) : « langues, dynamique des medias audiovisuels et aménagement médiato-linguistique
en Afrique francophone », in Glottopol №14.
26
audiovisuels et l’ouverture des champs audiovisuels dans certains pays notamment la Tunisie,
l’Egypte et le Maroc.
Catherine Miller, dans son article intitulé « Langues et médias arabes/arabophone, entre
idéologie convergence dans la globalisation ? » 3 Distingue deux grandes périodes dans
l’évolution des médias arabes. La première période couvre les années qui ont suivi les
indépendances des pays arabes (1950,1990) une période au cours de laquelle les médias ont
été créés par des institutions publiques.
Au cours de la deuxième période qui s’étend de 1990 à 2010, les médias étatiques sont
concurrencés par le secteur privé grâce à l’ouverture des espaces audiovisuels aux capitaux
privés. En effet de nombreuses télévisions et radios privées ont été lancés au cours des vingt
dernières années.
Nous présentons ci-dessous l’évolution qui a connu le paysage audiovisuel algérien.
En essayant d’appliquer le découpage temporel de l’évolution des médias arabes fait par
Catherine Millier sur les medias audiovisuels en contexte algérien, nous avertissons le lecteur
que nous irons au-delà de 2010 pour arriver jusqu’en 2013, vu les changements survenus dans
l’environnement de la radiotélévision algérien au cours de la période 2010-20134
Il est convient de noter que la première télévision algérienne est lancée en 1956, par la
Radiodiffusion-télévision française (RTF) dont « les programmes diffusés étaient importés de
France »5
En somme, dans cette première période (1950,1990), L'ENTV qui sera appelée par la
suite « la télévision algérienne terrestre » 6 a été l'unique chaîne de télévision nationale
algérienne pendant assez longtemps.
3
Miller, C. (2012) : « Langues et médias dans le monde arabe/arabophone. Entre idéologie et marché,
convergences dans la glocalisation? »In, Langues et médias en méditerranée, pp12-24.
4
Nous expliquerons en détail ce changement dans la page suivante
5
Site internet de l’ENTV : URL : [Link] (consulté le 5/5/2013)
27
Pour ce qui est des stations radiophonique marquant cette période, notons «La voix de
l’Algérie combattante», est la première radio algérienne secrète crée pendant la colonisation
française en 1956 par le FLN. Son rôle consistait à mobiliser le peuple algérien pour réclamer
son droit à l’indépendance. Après l’indépendance, trois radios sont mises en service : « la
Chaine 1 » , « la Chaine2 » et « la Chaine3 », avec un volume horaire de diffusion restreint
jusqu'en 1976, année pendant laquelle ces radios vont atteindre 24 heures de diffusion.
En 1994, l’Etat algérien lance une nouvelle chaine télévisée : « Canal Algérie ». Cette
chaîne cible un public particulier, à savoir les Algériens résidant à l’étranger. En 2001 une
troisième chaine télévisée étatique« Algérie3 »a été mis en service. En 2009, le groupe
ENTV est étayé par deux autres chaines publiques : « Algérie 5 » et « Coran TV ».
Ainsi, En 1992 l’espace radiophonique note l’avènement d’une première radio locale
« El Behdja », laquelle avait conquis un nombre assez important d’auditeurs. Dans le cadre du
même programme gouvernemental pour la promotion de la communication de proximité,
6
Traduction personnel de l’arabe.
7
Site internet des médias Algérie, [Link] le 2/06/2013)
8
Le quotidien « l’expression », 6 mars 2013.
9
Le quotidien « l’expression »,7 avril2013.
10
Le site internet de l’Entreprise de Télédiffusion d’Algérie, URL : [Link] (consulté le 5/5/2013)
28
quarante-sept radios locales11réparties sur 47 wilayas, ont été lancées, ce qui fera que toutes
les wilayas du pays auront une radio à leur écoute.
Mis à part les radios locales, l’Etat algérien a lancé la radio « Coran » en 1991, la radio
« Culture » en 1995, la radio « Internationale »en 2007 et une dernière radio musicale « Jil
FM » mise en service à partie de janvier 201212.
Dans le contexte algérien, Ibtissem Chachou 14 (2011 : p160) consacre une partie
entière de sa thèse à la question des langues dans le paysage médiatique algérien, sous le titre
de « Langues et communication médiatique en Algérie ». Dans cette partie, Chachou a
répertorié toutes les langues en usage dans l’espace médiatique algérien en trois catégories :
la langue française, les langues algériennes (arabe algérien et le berbère) et l’arabe
institutionnel.
11
Site internet du ministère de la communication algérien, URL :
[Link] (consulté le 5/5/2013)
12
Site internet de la radio algérienne, URL : [Link] (consulté le 5/5/2013)
13
Titre emprunté à : Abolou, op, cit.
14
Chachou, I. (2011) : Aspects des contacts des langues en contexte publicitaire algérien : Analyse et enquête
sociolinguistiques, thèse de doctorat, s/d Lounici A. Université de Mostaganem. P497.
29
En s’appuyant sur les deux travaux d’Abolou et de Chachou cités ci-dessus, nous
essayerons de décrire les différents idiomes dont disposent les médias audiovisuels algériens.
a. L’arabe standard:
b. L’arabe algérien
Quant à l’arabe algérien (nous empruntons cette appellation à Dourari, 2003 : p8), il
est utile de noter qu’avec l’émergence de l’espace audiovisuel algérien, son utilisation gagne
du terrain dans les chaines télévisées soit étatiques ou privées. Nous pouvons citer à titre
d’exemple trois émissions diffusées sur les chaines publiques« Algérie 3 » et « Canal
Algérie » dans lesquelles la langue de diffusion est l’arabe algérien :« Teqder tarbah » (tu
peux gagner) est une émission de jeux à caractère culturel, ludique et interactif, où des
candidats subissent un épreuve, en vue de gagner des voitures et d’autres cadeaux ;
l’émission culinaire« Moutaet el Maida »15 (plaisir de la table) quant à elle consacrée à la
cuisine dont une passionnée de cuisine réalise des recettes de gâteaux ou des plats en
expliquant en direct la méthode de préparation et l’émission culturelle « Alhan wa chabab »,
(mélodies et jeunesse) émission de divertissement où de jeunes talents de la musique rentrent
en compétition pour devenir des futures stars.
15
Nous avons traduit littéralement les noms d’émissions de l’arabe standard au français
30
Pour ce qui est des chaines privées, plusieurs émissions de variété sont diffusées en arabe
algérien. Certaines proposent même des journaux d’information en arabe algérien, c’est le cas
par exemple d’« El Djazairia. »
Puisque la création des radios locales par le gouvernement algérien avait pour but de
s’intéresser davantage aux problématiques et au vécu des auditeurs de l’ensemble des régions
d’Algérie, il est naturel que la langue du quotidien qui est l’arabe algérien dans la majorité des
régions s’impose comme langue de diffusion dans certaines radios régionales, surtout dans les
émissions interactives qui exigent l’intervention des auditeurs.
c. Le tamazight
Pour ce qui est du tamazight, nous retrouvons cette langue en usage dans une chaine
télévisée« TV 4 » et une radio nationale « Chaine 2 ». De plus, il existe aussi vingt-quatre16
radios locales dans la région de la kabylie, chaouie et mozabite qui diffusent à leur tour des
programmes en deux langues : le berbère avec toutes ses variétés et l’arabe. Cependant,
l’usage de cette langue est très limité dans les chaines télévisées privées.
d. Le français
Bien qu'elle soit considérée comme langue étrangère par l’Etat algérien, la langue française
est « quotidiennement en actes dans l’habitus linguistique algérien » 17 (Sebaa, 2010). Elle a
également une très grande présence dans les médias audiovisuels soit étatiques ou privés. En
effet, « Canal Algérie » est une chaine qui assure en totalité ses programmes en français. Il
existe aussi des émissions diffusées dans les quatre chaines publiques où le français est très
fréquent à l’instar des émissions « Jil chabab » (génération jeunesse) de la chaine « Algérie
3 », l’émission « Hanout maker » (magasin producteur) de la chaine« Télévision algérienne
terrestre ».
Pour les chaines privées algérienne, le français est omniprésent dans plusieurs
émissions, nous pouvons citer les émissions18 « Kahwa hlib » « café lait », émission couvre
l’actualité musicale nationale et internationale de la chaine « ElDjazairia »,l’émission
culturelle « Soufian Show » de la chaine « Echourouk TV» et l’émission destinée à la
communauté algérienne résidant à l’étranger « Jazairiyoun » « algériens » de la chaine
« Ennahar TV ».
16
Site internet du ministère de la communication, op, cit.
17
Sebaa, R. (2012): « la combativité est en train de gagner les autres idiomes »in, El Watan, n°6470.
18
Nous avons retenu trois émissions des sites internet des chaines « Ennahar, Eldjazairia et Echourouk »
31
Le français est la langue de diffusion des radios étatiques « chaine 3 » et
« international », mis à part ces deux radios, l’usage du français alterné avec l’arabe est très
fréquent notamment dans la radio « Jil FM » ainsi que dans plusieurs radios locales.
Commentaire
De toutes les données évoquées ci-dessus, retenons qu’avec la création des radios
locales et les chaines télévisées privées algériennes, un changement linguistique est
déclenché comme l’atteste Chachou : « Aujourd’hui, l’environnement médiatique est moins
cloisonné sur le plan linguistique où on y constate une diversité dans les usages. » (Chachou,
op, cit, p121). En effet, nous pouvons avancer que les chaines et les radios citées plus haut
ont participé plus ou moins activement, à la diffusion et la promotion de l’arabe algérien dans
toutes ses variétés, le français et le tamazight, au détriment de l’arabe institutionnel.
32
Deuxième partie
Expérimentation, constitution du
corpus et analyses des données
Chapitre I
Méthodologie de recherche et
analyse des données
1. Introduction
Les médias audiovisuels, en particulier les radios, sont devenues un terrain d’investigation de
nombreuses études qui s’inscrivent dans une perspective micro-sociolinguistique en contexte
algérien
Comme nous l’avons déjà annoncé dans la partie théorique, notre étude porte sur le mode de
fonctionnement et les motivations de l’alternance codique dans les pratiques langagière des
participants à l’émission Média Mania et s’inscrit dans une perspective descriptive et
qualitative.
o Problématique
Nous avons choisi de travailler sur l’alternance codique dans l’émission Média Mania pour
deux raisons:
- premièrement : étant une auditrice fidèle de la station radiophonique locale Jijel FM,
nous avons remarqué que certains animateurs alternaient les deux langues (arabe
algérien / français) dans leurs échanges avec les auditeurs, un constat qui nous a
amenée à nous montrer curieuse quant aux raisons qui motivent ce métissage
linguistique au sein d’une émission radiophonique locale, ainsi qu’aux facteurs qui
déclenchent l’apparition de cet emploi alternatif de l’arabe algérien et le français.
- Deuxièmement, à notre connaissance, il y a peu d’études consacrées au phénomène
d’alternance codique dans le contexte radiophonique Algérien. Par ce modeste travail
nous souhaitons contribuer aux recherches portant sur la question de l’alternance
codique dans le paysage sociolinguistique Algérien.
Avant d’aborder notre corpus, nous reviendrons sur trois travaux de recherches antérieurs
menés par des sociolinguistes algériens lesquels se sont intéressés de très près à l’alternance
codique en contexte radiophonique algérien, à savoir : Miloudi I (2009), Ghanem Chentli C,
(2010) et Saadi N. (2010).
Dans son étude intitulée« L’alternance codique dans les pratiques langagières des
algériens, cas de l’émission télévisée Saraha Raha »1, Miloudi I., chercheure à l’université de
M’sila, s’est intéressée au fonctionnement de l’alternance codique dans les pratiques
langagière des locuteurs algériens dans l’émission télévisée Saraha Raha(la franchise est
1
Miloudi, I. (2009) : L’alternance codique dans les pratiques langagières des algériens, cas de l’émission
télévisée Saraha Raha », mémoire de magistère, s/d, Bensalah B, université de Msila.
35
quiétude). Après une analyse qualitative du phénomène, elle atteste que le passage de l'arabe
au français et vice versa dans l’émission remplit cinq fonctions qui sont : prise de parole et
désignation d'un interlocuteur, réitération, déficience lexicale en langue de base, déficience
lexicale dans les deux langues, expression d'opinion et de sentiments. Selon l’auteure, le
métissage linguistique entre l’arabe dialectal et le français dans l’émission télévisée Saraha
Raha est régi par trois facteurs qui sont la solidarité entre les membres du groupe, la
déficience lexicale et la quête d’un certain prestige qui n’est pas sans lien avec le statut
privilégié du français en Algérie.
Le deuxième travail retenu est l’étude 2 de Ghanem Chentli Cherifa portant sur la
différence entre les hommes et les femmes quant au recours à l’alternance codique et ce dans
l’émission radiophonique Conseillez-vous de la Chaine 3. A travers cette étude, Ghanem-
Chentli souhaitait vérifier si les hommes et les femmes se comportaient de manière identique
vis-à-vis de l’alternance codique. Le corpus, constitué de productions verbales d’hommes et
de femmes participant à l’émission, a été soumis à une analyse qualitative et quantitative dans
une perspective micro-sociolinguistique. Les résultats obtenus montrent qu’il ya une
différence d’usage de l’alternance codique en rapport avec le sexe du locuteur qui l’emploie,
en effet, les femmes recourent davantage à l’alternance que les hommes.
Le troisième travail consulté est celui de Nabil Saadi. Ce chercheur de l’université de
Bejaia s’est intéressé de très près dans son article 3 intitulé « alternance codique dans une
émission radiophonique »à la dimension fonctionnelle de l’alternance codique dans les
productions verbales non seulement de l’animateur et ses invités mais aussi des auditeurs qui
interviennent au cours de l’émission radiophonique kahoua ou lateye(café ou thé) de la
Chaîne 3, une émission qui s’intéresse à la musique Chaâbi et dont l’objectif est de découvrir
les jeunes talents de ce genre musical. Après une analyse quantitative et qualitative de
l’alternance codique, l’auteur affirme que dans le discours radiophonique algérien l’alternance
codique conversationnelle se caractérise par une mise en contact de trois langues (français,
arabe et amazigh) et est régie par des facteurs linguistique tels que le besoin lexical et les
marqueurs du discours et des facteurs extralinguistique tels que les implicites culturels.
2
Ghanem Chentli, Ch. (2010) : Analyse de discours : l’opposition masculin / féminin à travers une émission
radiophonique d’Alger chaine trois : le cas de l’alternance codique, thèse de magistère. s/d Derradji Y,
université de Constantine.
3
Saadi, N,(2010) :« L’alternance codique dans une émission radiophonique », synergies Algérie ,no10
36
L’auteur montre que l’alternance codique dans l’émission « kahoua ou lateye » remplit trois
fonctions : la répétition, le discours rapporté et l’expressivité.
Partant des résultats obtenus dans ces trois travaux de recherche, nous souhaitons
vérifier en premier lieu si la pratique d’alternance codique est présente dans les emplois
langagiers des participants de l’émission Média Mania, et en deuxième lieu, si elle remplit les
mêmes fonctions dégagées par les trois auteurs et est régie par les mêmes facteurs
linguistiques et extralinguistiques répertoriés dans les travaux évoqués ci-dessus. En vue
d’étudier le phénomène dont il est question, nous nous posons donc les questions suivantes :
comment et pourquoi se manifeste l’alternance codique (arabe algérien /français) au cours des
échanges discursifs dans l’émission Média Mania de la radio locale Jijel Fm ?
o Hypothèses
Afin de répondre à notre problématique, nous émettons trois hypothèses :
A. L’émission Média Mania de la radio locale Jijel FM serait un espace de circulation de
plusieurs langues notamment l’arabe algérien et le français, un espace qui offrirait aux
invités l’opportunité de s’exprimer spontanément.
B. Les thèmes de discussion choisis par l’animateur conditionneraient l’apparition de
l’alternance codique,
C. En troisième lieu, nous supposons que l’usage de l’alternance codique pratiquée par
l’animateur et ses invités serait une stratégie de communication visant à réitérer,
affirmer et expliquer leur message.
.
2. Conditions de recueil des données
Dans la mesure où nous projetons de travailler sur les emplois langagiers dans l’émission
Média Mania, nous avons procédé par la collecte d’enregistrements auprès de la radio Jijel
Fm.
Dans un premier temps, nous avons contacté l’animateur Chekireb Karim à travers son
compte Facebook pour lui expliquer d’abord que dans le cadre de l’élaboration d’un mémoire
de master en langue française où nous allions travailler sur le langage utilisé dans l’émission
Media Mania, nous avions besoin de quelques enregistrements de l’émission.
Après avoir reçu une réponse favorable de la part de l’animateur qui nous a fixé
rendez-vous, nous nous sommes déplacées le 21 novembre 2012 à la radio où nous avons
obtenu cinq numéros de l’émission Média Mania au format audio (Mp3). Un deuxième
37
rendez-vous a été fixé le mois d’avril avec Ali Laouici, l’animateur de l’émission Média
Mania, pour qu’il réponde à nos questions portant sur l’objectif, le principe et les thèmes
traités dans son émission.
La tâche de la collecte des données a été assez facile pour nous dans la mesure où,
d’une part, nous habitons Jijel, et d’autre part, nous avons toujours entretenu de bonnes
relations avec les animateurs et journalistes de la radio de Jijel.
Limitée par le temps, nous avons gardé deux numéros parmi les cinq récupérés. Ces
numéros ont été choisis d’une façon aléatoire, mais nous avons pris en considération le
phénomène de l’alternance codique dans l’émission comme critère de ce choix.
o Présentation du corpus
Le corpus sur lequel nous allons travailler est constitué de deux enregistrements audio
équivalents à 1heure 41 minutes, le premier couvre à 56 ,25 minutes et le deuxième 45.08
minutes de l’émission Média Mania de la station radiophonique Jijel FM. Nous avons opté
pour les numéros 54 et 55 diffusés en direct le 13 et le 20 mars 2012 de 18h30 à 19h30.
4
Maingueneau, D. (1996) : Les termes clés de l'analyse du discours, Paris : seuil
38
- Rida Houcine, directeur de l’association des jeunes talents sportifs à Jijel.
- Ghebghoub Rachid, directeur de l’association cardiovasculaire.
o Description de l’émission
L’émission sur laquelle nous avons choisi de travailler est une émission hebdomadaire
d’expression libre, intitulée Média Mania. Cette émission couvre l’actualité des médias par le
traitement de divers sujets, qui font l’actualité pendant la semaine de diffusion. Elle se
caractérise par le climat convivial qui y règne. Média Mania s’adresse à toutes les catégories
d’auditeurs et reçoit des invités issus de milieux très variés : des sportifs, musiciens,
chanteurs, des directeurs d’associations lesquels débattent autour d’un sujet choisi par
l’animateur.
L’émission est présentée par l’animateur et réalisateur Ali Laouici, animateur bilingue de
la radio Jijel FM, licencié en sciences de l'information et de la communication, réalisateur de
plusieurs émissions depuis le lancement de Jijel FM en 2006, notamment de Média Mania,
lancée depuis plus de trois ans et qui connait un réel succès vu les divers thèmes abordés qui
répondent aux besoins particuliers des auditeurs.
39
o La transcription du corpus
Pour faciliter la lecture du corpus, nous avons choisi une transcription orthographique
non phonétique, nous avons suivi en cela Traverso pour qui« D’une manière générale, on
n’utilise pas de transcription phonétique, trop difficile à lire, mais des transcriptions
orthographique, plus au moins standard et adaptées » (Traverso, Op. Cit)
Nous avons transcrit notre corpus intégralement, en vue d’une exploitation exhaustive des
deux enregistrements.
Il nous semble important de signaler les difficultés que nous avons rencontrées lors de
la transcription de notre corpus. En effet, quelques passages nous ont échappés surtout lorsque
les invités répondaient en même temps à l’animateur. Ces chevauchements de plusieurs voix
nous ont empêchées de décoder certains segments.
40
- Les passages du français sont signalés par la mise en « gras ».
- Nous avons utilisé pour les segments émis en arabe algérien les italiques, une
traduction littérale de ces passages est indiquée entre parenthèses.
- Les participants à l’émission sont indiqués par l’initiale de leurs noms et
prénoms signalés en gras et en majuscules (exemple : Dalichaouch Sami: DS), à
l’exception de l’animateur il est indiqué par A.
- Les passages en anglais sont mis en gras et soulignés par deux traits.
- les termes produits entre le français et l’arabe sont mis en gras et soulignés.
- Afin de faciliter le recours aux textes retenus, nous avons chiffré toutes les
interactions, c’est-à-dire chaque tours de parole correspond à un numéro allant de
« 1 » jusqu’à « 218 » pour le 54e numéro et de « 1» jusqu’à « 510» pour le 55e numéro.
Pour ce qui est de transcription des passages de l’arabe algérien, nous recourons à l’API tel
que présenté dans le Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage. (Dubois, J. &
Al, 1994 : p28).
Le tableau suivant résume les conventions de transcription et les symboles retenus dans le
cadre de notre travail :
Je vais poser la question Les passages du français sont signalés par la mise en forme gras
Jpartisipe les termes produits entre le français et l’arabe ont été mis en gras
et soulignés
∫ħlaʢandkam les segments en arabe algérien écrient à la forme italique
ʢlabaliballi (je sais que) la traduction littérale des passages de l’arabe algérien est
indiquée entre parenthèses
RA : (Rouidi Abdelhakim) Les participants de l’émission sont indiqués par l’initiale de leurs
Noms et prénoms en forme gras et majuscule
The thrill has gone Les passages en anglais ont été soulignés par deux traits et mis
en gras
138. BR/ Tour de parole numéroté
/ pause brève
// pause moyenne
/// pause allongée
↑ indique une intonation montante
41
↓ Indique une intonation descendante.
X pour indiquer les voix non identifiées
: Allongement d’un son
*** suite de syllabes incompressibles
’ Chute d’un son (c’t-à-dire)
euh Les hésitations
- Mot interrompu brutalement par le locuteur
(rire) (tousse) les caractéristiques vocales sont notées entre parenthèses
Le corpus sur lequel se fonde notre étude, correspond à deux enregistrements des
deux numéros 54 et 55 de l’émission Média Mania. Les invités du 54enuméro sont au nombre
de quatre. Il s’agit des directeurs et représentants des associations inscrites dans le secteur de
la santé et du sport de la wilaya de Jijel. Dans ce numéro l’animateur à organisé le débat en
trois parties. Dans la première partie, il a demandé à chacun de ses invités de donner un
aperçu sur l’association à laquelle il adhère, date de création, modalités de fonctionnement et
objectifs à atteindre. Ainsi, chaque invité a eu la possibilité de donner aux auditeurs toutes les
informations concernant le mouvement associatif où il active.
La deuxième partie est consacrée aux problèmes auxquels les invités se trouvent confrontés
quotidiennement. Dans la dernière partie, le débat s’est orienté vers un autre sujet qui est les
élections législatives. Ainsi, l’animateur interroge les directeurs des associations sur leurs
points de vue et attentes concernant les nouveaux élus.
Le 54e numéro comporte 218 tours de parole qui se caractérisent par leur longueur, vu que
les invités prennent assez de temps pour s’exprimer, d’ailleurs nous avons rencontré certaines
interventions qui ont pris 3 à 4 minutes sans qu’il y ait une interruption de la part de
l’animateur.
Quant au deuxième numéro (55) de l’émission Média Mania, l’animateur a choisi un thème
culturel dans la mesure où il a invité quatre membres du groupe musical Clé 13 ainsi que le
chanteur du groupe Majazz, Le débat s’est organisé en trois parties également, séparées par
42
des chansons de Clé 13. Dans la première partie, l’animateur a donné la parole aux membres
du groupe Clé13 pour qu’ils présentent leur groupe, notamment les conditions dans lesquelles
il a vu le jour, parlent de leur style de musique ainsi que leur répertoire. Notons que tous les
membres ont participé à ce débat.
Puisque les invités sont des jeunes étudiants, l’animateur a consacré la deuxième partie de
l’émission pour parler de leurs formations et spécialités. La dernière partie de l’émission
Média Mania était consacrée à une autre rubrique intitulée : « portrait chinois ». Il s’agit de
courtes questions qui exigent des réponses directes. Dix questions ont été posées par
l’animateur à chaque membre du groupe Clé 13, le chanteur du groupe Majazz en a été
épargné dans la mesure où il a déjà été invité dans l’émission où il a répondu à toutes ces
questions.
La rubrique « portrait chinois » contient dix question qui traitent de différents sujet à savoir :
la musique, le cinéma, la cuisine et le tourisme.
Le 55e numéro de l’émission comporte 510 tours de parole assez courts. Ce nombre pourrait
être expliqué par les divers thèmes abordés par l’animateur, le nombre d’invités présents -soit
cinq participants- et les différentes interactions entre les membres du groupe et l’animateur.
Pour ce qui est des langues utilisées dans l’émission Média Mania, Il est important de signaler
que nous avons rencontré dans notre corpus quatre langues en usage. Il s’agit de l’arabe
standard, arabe algérien, le français et l’anglais.
L’usage de l’arabe standard est très limité dans les deux numéros. Nous avons retenu des
passages de l’arabe standard uniquement lorsque l’animateur utilise des formules de politesse
comme « ∫ukranazilan» (70-A, 54e numéro), ou quand il annonce l’appel à la prière (43-A,
54enuméro) ainsi qu’au début et à la fin de l’émission. Nous avons trouvé également deux
passages de l’invité RAM dans le numéro 55 en arabe standard, lorsqu’il a lancé un appel aux
autorités locales pour aider le groupe Clé13.
Les invités de l’émission ainsi que l’animateur utilisent souvent l’arabe algérien comme
langue de base. Nous fiant à notre état de native de la ville de Jijel, nous pouvons avancer
qu’il s’agit plutôt de la variante régionale propre à Jijel.
43
Les participants de l’émission utilisent très fréquemment le français dans leurs interventions,
tantôt exclusivement, comme le cas de certains passages de l’invité RH dans le 54e numéro,
et tantôt ils l’alternent avec l’arabe algérien.
Quant à l’usage l’anglais, il est très limité. Nous le rencontrons dans le numéro 54 de
l’émission où « ok » qui signifie « d'accord »est répété plusieurs fois par l’invité GR. Dans le
55e numéro les membres du groupe clé 13 recourent l’anglais lorsqu’ils citent les titres de
films et chansons anglaises avec une prononciation plus aux moins francisée.
Le tableau suivant explique brièvement les langues utilisées dans notre corpus.
Le symbole (+) indique la présence de la langue et (-) son absence.
Numéro 54 + + + -
Numéro 55 + + + +
En somme, nous pouvons signaler que l’émission Média Mania est un espace de
circulation des langues présentes dans le des participants de l’émission.
5
Tableau emprunté à Kouras S, (2008) : p90.
44
Afin d’illustrer notre propos, nous avons relevé les premiers tours de parole de l’animateur
dans les deux numéros. Les segments en langue française sont mis en gras
Numéro 54
1/A/mustamiʢin lkiram sajdati sadati salamu ʢlajkum wrahmaṭu llahi taʢala wabarakatuh fel
ʢadad ladid hada men hasiṭkam Média Mania (générique) lʢadad hada ʢla kulli ħal
euhon a choisi un autre thème euh huwa euh // lħaraka el amʢawija fi wilajaṭ Jijel mʢana
baʢd dujuf ʢla kuli ħal mʢana Riad Boukiaa raʡisamʢijaṭ elfadjr li marda esaratan msa
lxir ↓
Numéro55
1-A/ mustamiʢina el kiram sajidati sadati salamʢlikam w raħmatu llahi taʢala wabarakatuh
fel ʢadad lajdid hada men ħisaṭkam Média Mania↑ (générique). ʢla kulli ħal lmustamiʢin
djana ljum euh on a choisi un autre euh thème f l’émission taʢna Média Mania nruħo w
nʢawdu nwaliw la musique un thème musical donc euh mʢana fle studio mʢana euh euh
le membre taʢ le groupe Majazz Nedjmedine Djerfi msa lxir.
Les invités à leur tour alternent arabe algérien et français dans leurs interventions mais à
divers degrés, c'est-à-dire qu’ils ne recourent pas à l’alternance codique avec la même
fréquence. Ainsi, nous avons pu observer que certains invités mélangent rarement arabe
algérien et français. C’est le cas par exemple de RH et HB dans le 54enuméro chez qui la
45
proportion de français est davantage plus importante que celle de l’arabe algérien au moment
où BR recourt davantage à l’arabe algérien lors de l’alternance de codes.
En parlant de l’arabe algérien et du français utilisés dans l’émission Média Mania, il nous
semble important de préciser le rôle de chaque langue dans la construction de la phrase
hybride, notamment de l’alternance codique intra-phrastique 6 où les langues sont utilisées
dans le même tour de parole).
Afin de dégager la relation qu’entretiennent les deux systèmes grammaticaux différents, nous
recourons au modèle proposé par Meyers-Scotton (1993) appelé : Matrix Language Frame7.
En se basant sur les structures grammaticales des phrase alternées, l’auteure a pu distinguer
entre une langue matrice « qui détermine les relations syntaxiques et ordonne le cadre
grammatical de l’énoncé mixte » 8 et une langue enchâssée qui « est régie par la langue
matrice »9.
Pour illustrer la terminologie de Myers-Scotton, nous avons relevé des exemples de notre
corpus.
Numéro 54
Nous observons que dans ce tour de parole, la structure grammaticale de base est celle du
français, donc la langue matrice c’est le français et la langue enchâssée c’est l’arabe algérien,
le seul terme inséré en arabe algérien est la préposition de lieu « hnaja fi » en français « ici à
», donc dans cet énoncé la langue qui domine structurellement est le français.
Numéro 55
81-DS / c’est des compositions pratiquement ʢandna à peu près une dizaine
6
Nous reviendrons à ce point en détail dans la page 48.
7
Cité in : Chachou , I : (2011) , p80.
8
Idem
9
Ibid
46
Cet énoncé ressemble à l’exemple précédent (31-A), dont la langue matrice est le français et
l’arabe langue enchâssée.
Ici il s’agit d’un verbe en arabe algérien « ʢandna » qui est intégré dans une structure en
langue française.
36- RH/ je je reprends zamil ṭaʢi Djamel Titi parce qu’il a travaillé pendant dix
ans c’est vrai euh il a fait vraiment un travail considérable
Traduction : je je reprends mon collègue Djamel Titi parce qu’il a travaillé pendant dix ans
c’est vrai euh il a fait vraiment un travail considérable
Dans cet extrait également c’est la langue française qui domine structuralement l’énoncé, un
groupe nominal en arabe algérien est inséré.
Dans ces exemples, nous constatons que la structure de base des phrases est celle de
l’arabe algérien, donc c’est cette dernière qui est la langue matrice et le français est langue
enchâssée
Les exemples pouvant illustrer l’un ou l’autre cas sont nombreux dans notre corpus.
Toutefois, pour des raisons de commodité, nous pouvons tous les évoquer ici. Nous tenterons,
dans ce qui suit, approcher de plus près le phénomène d’alternance codique
47
Analyses des données
1. Introduction
Avant d’entamer notre partie pratique, nous commencerons d’abord par présenter un
tableau récapitulatif des paramètres et des points que nous projetons d’étudier.
Dans la première partie de ce chapitre, nous présentons les trois types d’alternance
codique (intra-phrastique, inter-phrastique et extra-phrastique), illustrés par des exemples
relevés à partir des deux numéros de l’émission Média Mania, accompagnés d’une traduction
en français pour les segments de l’arabe algérien, ensuite, nous affinerons notre approche en
procédant par une analyse morphosyntaxique de l’alternance codique.
Dans la deuxième partie de ce chapitre, nous nous engageons dans une analyse
fonctionnelle de l’alternance codique d’une part, et des facteurs déclencheurs qui en sont à
l’origine.
Le tableau suivant résume les paramètres que nous allons traiter :
Paramètres Catégories
Les langues alternées Arabe algérien / français
Français / arabe algérien
Les types de l’alternance codique L’alternance codique intra-phrastique
L’alternance codique inter-phrastique
L’alternance codique extra-phrastique
49
de négation, de temps et de liaison)
Les fonctions d’alternance codique - Désignation d’un interlocuteur
- Discours rapporté et citation
- La réitération
- Les interjections
- La modalisation d’un message
- Personnalisation vs objectivation du
message
- La fonction emblématique et identitaire
- Le marquage de l’appartenance
L’alternance codique est produite lorsque deux ou plusieurs langues coexistent dans un
même discours, énoncé et parfois une phrase. La plupart des linguistes et sociolinguistes
recourent au modèle élaboré par Poplack (1988), lequel repose sur trois types d’alternances.
Nous leur emboitons le pas en usant du même modèle pour décrire notre corpus.
Il est important de préciser que nous avons relevé seulement quelques les passages jugés les
plus représentatifs de chaque numéro de l’émission Média Mania.
L’alternance codique intra-phrastique est la plus présente dans notre corpus, dans ce qui suit
nous citerons quelque exemples sélectionnés à partir des deux numéros de l’émission Média
Mania.
50
Numéro 54
49 GR/salam ʢlikam n∫akrukam bien sur l daʢwa ṭaʢkam très GR/ paix à vous je vous remercie bien
sur pour votre invitation très sympa
sympa*** nrajʢu l’association ṭaʢna l’association
revenant à notre association c’est
ṭaʢnaaj d l’association ṭaʢkam kamal ṭaʢ lawala l’association de tous les Jijeliens
GR/ ʢla hadi l’ʡasbab li ṭamaʢna mʢabaʢtana GR/ c’est pour ces raisons que nous
61
sommes réunis dans notre association
famʢija ṭaʢna on a fait même des appels à tout le
on a fait même des appels à tout le
monde di jħab jpartisipe lħamdulilah aw
monde qui veut participer Dieu soit
loué, ils sont venu
Numéro 55
51
question DS/ y’en a beaucoup qui m’ont
339 marqué c'est-à-dire justement chacune
DS/ kajanbezaf dimarquawné c'est-à-dire justement kul
ma marqué dans une période de ma
waħda marquatni fi une période men hjati kul waħda fune vie chacune dans ne situation donne
moi une situation je te dis la chanson
situation ʢtene la situation nqulak la chanson (rire)
367 RAM/ waw euh /// brut ʢlabali bali jkarhuh bezaf mais RAM/ waw euh/// brut je sais qu’ils le
j’aime bien (rire détestent beaucoup
459 BMA/ ah euh euh pfff Presque f les cotés kamal c’est BMA/ ah euh pff presque dans tous
les coté c’est mon meilleur film
mon meilleur film
496 A/ oui donc c’est llJean Cameron et dis que le Directeur A/ oui donc c’est ll Jean Cameron et
dis que son directeur des faits
des faits lumières euh taʢu c’est un ilitaʢl film hada lumières euh est un Jijeliens de ce film
À travers les exemples relevés dans les deux numéros, nous remarquons que les
locuteurs passent en divers points du discours de l’arabe algérien au français dans la même
phrase, ils font souvent un va-et-vient entre les deux langues dans la même prise de parole,
mais en respectant toujours la structure de la langue qui est de base soit l’arabe algérien sinon
le français.
52
63 GR/ ʢandna une affaire de 57 malades euh 57 malades GR/ nous avons une affaire
de57malades euh 57 malades
fedmaγi msajlin enregistré dans mon cerveau
64 A/ donc c’est un nombre assez important euh
65 GR/ non il faut pas oublier, il faut
GR/ non il faut pas oublier, il faut pas oublier ya les 57 pas oublier ya les 57 malades qu’on
malades lirana nʢawno fiham est en train de les aider
Nous observons également que l’alternance codique inter-phrastique peut se manifester dans
des phrases complexe (plusieurs phrases successives). C’est le cas des extraits 91 et 122 par
exemple.
Numéro 55
53
DS/ c’est des compositions pratiquement euh peut être
82 DS/ c’est des compositions
ʢandna une dizaine pratiquement euh peut être nous avons
une dizaine
83 A/ quelque titre de chanson dirtuham↑ A/ quelque titres de chanson que vous
84 AMR/ et bein avez fait
Les exemples relevés montrent que l’alternance codique peut se manifester entre des tours de
paroles comme le cas des extraits 462, 463, 464, 465 : l’animateur pose une question,
exclusivement en français à l’invité BMA. Celui-ci répond également en français, ensuite
l’animateur switche vers l’arabe algérien. Là aussi, l’interlocuteur BMA, lui répond en arabe
algérien. Donc ici l’alternance entre l’arabe algérien et le français est produite entre les tours
de paroles de l’animateur et de son invité. Nous rencontrons le même cas dans les extraits
298, 299, 300, 301, ainsi que dans les extraits 16, 17, 18, 19.
54
c. L’alternance codique extra-phrastique
Nous avons rencontré très peu d’alternances codiques extra-phrastiques dans les deux
numéros de l’émission Média Mania. En effet, nous n’avons relevé que trois exemples dans le
55 e numéro.
Numéro 55
Dans les extraits 109 et 488 l’animateur entame son énoncé en français ensuite passe
vers l’arabe algérien en introduisant les expressions idiomatiques « n∫allah » « Si Dieu le
veut » et « ʡallah jbarak » « Dieu vous bénisse ». L’animateur introduit ces expressions dans
la langue où elles s’originent, il ne pense pas non plus à les traduire.
Dans l’extrait 210, l’invité RAM prend la parole en français ensuite il passe vers
l’arabe standard pour annoncer une expression figée « ħamla dat manfaʢa ʢama »,
« Campagne pour l'intérêt général ».
Commentaire
Comme nous observons, les participants de l’émission Média Mania recourent à l’alternance
codique extra-phrastique très rarement, en revanche, ils utilisent l’alternance intra-phrastique
fréquemment, nous rencontrons d’ailleurs le même constat chez Miloudi1.
Quant à Poplack 2 , elle note que les locuteurs dominants en espagnol recourent très
fréquemment à l’alternance extra-phrastique. Selon l’auteure, cette forme nécessite une
compétence très minime dans la seconde langue, alors que ses informateurs avaient de bonnes
compétences bilingues.
Nous rejoignons Poplack, et avançons donc, à la lumière des alternances récoltées, que les
participants aux deux numéros de l’émission choisie ont une bonne compétence bilingue.
1
Voir la partie « cadre méthodologique», chapitre 2.
2
Voir les types d’alternance codique : partie théorique
55
3. Aspects morphosyntaxiques de l’alternance
Dans notre analyse morphosyntaxique, nous focalisons notre attention sur trois
constituants de la phrase, à savoir : le groupe nominal, le groupe verbal et les adverbes.
A. Groupe nominal
Par « groupe nominal », nous entendons : « un ensemble de mots groupés autour d’un
nom, ce nom est appelé le noyau de ce groupe.»3
Nous avons relevé dans notre corpus, deux catégories du groupe nominal, la première
catégorie correspond aux noms précédés d’un déterminant défini ou indéfini en français, la
deuxième catégorie comprend les noms précédés d’un article défini en arabe tel que "l'"et
"el".
A.1 Nom précédé d'un article défini français
L’article peut être défini comme « une sous-catégorie de déterminants […] constituants
obligatoires du syntagme nominal»4
Dans les exemples ci-dessous les participants de l’émission insèrent des syntagmes nominaux
constitués d’un nom et d’un déterminant en langue française puis ils poursuivent leurs
phrases en arabe algérien.
3
Site internet de français en ligne, URL: [Link]
4
Dubois et Al, op,cit p50
56
Les exemples suivants illustrent cette catégorie :
Numéro 54
9- A/ duk naħkiwʢla les difficultés Riad nahadru beaucoup plus ʢla le
bilanṭaʢkam2001 2012
Traduction : on va parler des difficultés Riad, on parle beaucoup plus de votre bilan
2011/2012
Traduction : il y’a d’habitude des gens qui ont des moyens pour renter.
Dans les exemples relevés dans le numero54, nous observons, que les groupes nominaux en
français apparaissent dans un environnement en arabe algérien, c'est-à-dire que les
participants énoncent leurs tours de paroles en arabe algérien puis, ils changent de langue en
insérant des groupes nominaux en français, ensuite, ils concluent en arabe algérien.
Numéro55
11- RAM / donc la création du groupe qultlak ça fait un an men li taxdam le groupe
bda avec Sami et Hakim
Traduction : donc la création du groupe je t’ai dit ça fait un an qu’il a été créé le groupe, il a
commencé avec Sami et Hakim
57
Dans les exemples ci-dessous, nous observons également que les groupes nominaux
apparaissent dans des tours de paroles dont la langue de base est l’arabe algérien.
Numéro 54
136-BR/hdarṭha mʢa les autorités hnaja hdarṭha fel ministère f el 24 décembre
Traduction : je l’ai parlé avec les autorités ici, je l’ai parlé aussi dans le ministère le 24
décembre
27-A/ donc mbaʢdxuje l houcineraħ la fransa l-tennis ħbashna f la wilaya de Jijel
Traduction : donc après mon frère Houcine est parti en France le tennis est arrêté dans la
wilaya de Jijel.
En comparant les deux extraits relevés avec les versions traduites, nous observons que les
articles « l- » et « el » en arabe algérien se substituent aux article en français « le » et « la ».
Numéro55
34-DS /sovatl-buskamalà deux heures du matin
Traduction : elle a sauvé tous le bus à deux heurs du matin.
479- RA/ Xatarma∫ la couleur taʢeuhl-drapeau delazajer
Traduction : parce que la couleur de le drapeau de l’Algérie
478-A/ le vert ↑ ʢla∫ l-vert ↑
456- A/jxaskam l-matériel ba∫ tzid l’h (rire) nhar jwalliʢandkam le matériel
Traduction : il vous manque le matériel pour ajouter le h (rire), le jour ou vous aurez le
matériel
Nous notons que dans l’extrait 136, (BR) utilise l’article arabe « el » devant un nom français
(ministère), dans les extraits (24, 478 456) et (34, 56,479) l’animateur et ses invités utilisent
58
très fréquemment l'article défini de l'arabe algérien (l-) qui se substitue aux articles définis du
français "le" et "la" dans les syntagmes nominaux.
Nous remarquons dans chacun des exemples cités ci-dessus que tous les substantifs précédés
d’un article arabe apparaissent dans un environnement arabe algérien.
En se référant aux travaux de Kahlouche(1999), Kouras (2008, p124) a proposé deux
hypothèses qui expliquent l’origine de la forme « l-», elle note soit : « le /l/ peut être
appréhendé comme une agglutination des morphèmes français « le », « la », « les », une
agglutination qui survient à un stade avancé de l’intégration du substantif emprunté. » ou« le
/l/ se rattache à /el/, modalité « défini » de l’arabe, et laisserait croire que le substantif
français apparaît désormais accompagné d’une modalité de l’arabe. »
A coté de ces deux formes citées, nous remarquons également la présence d’une autre forme
d’article indéfini qui caractérise l’arabe Jijelien (variante régionale de l’arabe algérien) la
forme « ħa »suivie du nom déterminé en français.
Le groupe nominal est signalé en gras.
Numéro 54
59-GR/lukan ∫afu le cardiologue w ʢadalu ħa la coronarographie
Traduction : si il l’a vu le cardiologue et il l’a fait une coronarographie
87-HB/ a fait une assemblée ħal-assembléwa :jneuh euh / je peux dire que j’étais
satisfait.
Traduction : a fait une assemblée une assemblé ou euh euh je peux dire que j’étais satisfait
124-HB/ bi∫ ndiru ħa l’industrie locale delwak
Traduction : pour que nous fassions une industrie locale maintenant.
Numéro55
150- DN/ bon bi∫ dir ħal-albumlazamṭkunsacrèlwakttaʢak
Traduction :pour faire un album il faut que tu consacre votre temps
291-A/ c’est ça donc rajħinnruħol-un autre euh une autre rubrique ħa la rubrique euh
Traduction : c’est ça donc on va aller à une autre euh une autre rubrique une rubrique euh
303-A/lukaniṭ d ħa l-parfum ↑
59
En comparant les exemples relevés avec leurs équivalents en traduction, nous remarquons
que l’article indéfini « ħa » de « l’arabe Jijelien » est suivi de l’article défini en français
« la » et que l’ensemble se substitue à l’article indéfini du français« une ».
De même, l’article indéfini « ħa » de « l’arabe Jijelien » suivi de l’article défini « l- »se
substitue à l’article indéfinis du français « un ».
Cela nous porte à croire que l’article défini français qui apparaît à la suite de l’article indéfini
arabe perd sa valeur déterminative (Kouras, 2008 :p125)
B. Groupe verbal
Dans notre corpus, nous avons rencontré également des syntagmes verbaux constitués du
pronom personnel « je » dans la plupart des cas et d’un verbe conjugué en français.
Certains syntagmes verbaux n’ont pas de complément comme dans les extraits 34, 114,321,
et d’autres ont des compléments en arabe algérien tels que dans les extraits 254 et 321.
Numéro 54
34- RH/ donc ħna je peux dire jaʢni au niveau national nous sommes le seul club la
première association on a mis vraiment une stratégie de communication sur le plan
informatique.
Traduction : donc nous, je peux dire, c'est-à-dire au niveau national nous sommes le seul
club la première association on a mis vraiment une stratégie de communication sur le plan
informatique
73- HB/ msalxir on vous remercie
Numéro 55
254- A/ j’espère tkun doué f l’architecture kima f laγna
60
423- BMA/ euh euh je dirai bleu
515- RAM / Alilou dqiqa j’adore ton émission
Les intervenants annoncent leurs tours de parole en arabe algérien avant d’introduire un
groupe nominal en français tel que dans l’extrait 321, et parfois le groupe nominal en français
introduit au début des interventions est suivi par des segments en arabe algérien tel que dans
les extraits 114et 251.
C. Les Adverbes
Dubois & Al désignent l’adverbe comme «un mot qui accompagne un verbe, un adjectif ou
un autre adverbe pour en modifier ou en préciser le sens. En réalité, l’adverbe étant
invariable, on a classé parmi les adverbes d’autres mots comme oui ou voici, qui ne
correspondent pas à cette définition. »5
Dans les deux numéros choisis de l’émission Média Mania, les participants utilisent les
syntagmes adverbiaux dans la plupart des tours de paroles qu’ils annoncent.
Il est à préciser que les adverbes utilisés par les participants de l’émission appartiennent à
plusieurs sous-catégories notamment les adverbes d’affirmation, de négation, de temps et de
liaison. Nous avons illustré ces quatre catégories par des exemples de notre corpus
Numéro54
174-RH/ certainement xuja Ali mais franchement j’ai hante de soulever évoquer les
problèmes vu l’urgence de la santé publique jaʢni une priorité pour euh la ville.
5
Dubois, J. & Al, op, cit .
61
Traduction : certainement mon frère Ali mais franchement j’ai hante de soulever évoquer les
problèmes vu l’urgence de la santé publique c'est-à-dire une priorité pour euh la ville.
Nous observons que la plupart des adverbes d’affirmation relevés en français, sont suivis par
des segments en arabe algérien.
Numéro55
274- A/ wala justement et puis c’est une très belle branche d’ailleurs voila c’est çaeuh
c’est ce qui nous manque ʢlakulliħalhnaja une ville touristique euh
Traduction : voilàjustement et puis c’est une très belle branche d’ailleurs voila c’est caeuh
c’est ce qui nous manque en tout cas ici une ville touristique euh
346- RAM / ʡah tiens sah le bleu ca fait ça m’inspire, non ça m’inspire vraiment
Traduction : Ah tiens c’est vrai le bleu ça fait ça m’inspire, non ça m’inspire vraiment
[Link] de négation
Numéro 54
Traduction : ces parents lui prennent et lui partent c’est fini y a plus rien il est mort.
Traduction : on voit on critique et on sorte mais on n’écrit pas il faut qu’on crie
Nous ne rencontrons dans notre corpus que ces deux exemples où les adverbes de négation
apparaissent dans des énoncés dont la langue de base est l’arabe algérien
Les adverbes « plus rien » et « ne pas » dans les extraits relevés (59 et 142) jouent le rôle
d’un connecteur entre deux segments produits en arabe algérien.
62
[Link] de temps
Numéro 54
53-GR/ce qu’il faut bien sur premier soin mbaʢd jbaʢtuh l’observation l’observation
deux jours après jkulak aw twafa
Traduction : ce qu’il faut bien sur premier soin après ils l’envoient l’observation,
l’observation deux jours après il te dit il est mort
62- A/ ∫ħal ʢandkam jusqu'à maintenant depuis juillet 2011 wala les malades.
Traduction : combien vous avez jusqu’à maintenant depuis juillet 2011 voilà les malades
76-A/ ħna ʢla kulli ħal rana à l’occupation ṭaʢ les citoyens de la wilaya de Jijel
avant tout.
Traduction : nous en tout cas, nous sommes à l’occupation des citoyens de la wilaya de Jijel
avant tout.
Dans l’extrait 53 l’adverbe de temps apparait à la fin du segment produit en français, dans ce
cas il joue le rôle du déclencheur de l’alternance codique puisque il relie les deux segments en
français et en arabe algérien.
Numéro 55
11-RAM/ c’était des diagnostiques binatham après aw puisque Sami nʢarfu
Traduction : c’était des diagnostiques entre eux après ils sont venus puisque Sami je le
connais.
202- A/ parce que les compétences djalkam jhadru ʢlikam avant tout nʢawad nwalli
le groupe clé 13
Traduction : parce que vos compétences parlent de vous avant tout, je reviens le groupe clé
13
63
D’après ces trois exemples nous observons que les adverbes de temps apparaissent dans un
environnement en arabe algérien.
Les adverbes de liaison sont des connecteurs invariables qui coordonnent deux ou
plusieurs phrases6.
Numéro54
53- GR/ bien sur généralement maʢlabalham∫ mais rani nahdar w nʢawad
Traduction : bien sur généralement ils ne savent pas mais je dis et je répète.
124-HB/ et mon rêve bel xususn ṭaʢi parce que moi je suis conscient wa nhab bladi
Traduction :et mon rêve surtout le mien parce que moi je suis conscient et j’aime mon pays
140-BR/ elle n’est pas inscrite fel centre ṭaʢ laxar hna alors manshaku le centre
Traduction : elle n’est pas inscrite au centre de l’autre nous alors nous n’avons pas besoin du
centre
Numéro55
Traduction : donc c’était euh euh vous avez monté une seule fois
147- DN/ on a tout programmé la fin d’année parce que mʢa lakraja et tout
impossible.
Traduction : on a tout programmé la fin d’année parce que avec les études et tout
impossible.
341-DS/une chanson ↓/// alors les chansons kajan bezaf mais wallah γir sʢiba hadi
la question
6
Emprunté et reformulé à encyclopédie en ligne, URL :
[Link] (consulté le 10/6/2013)
64
Traduction : une chanson alors les chansons y’en a beaucoup mais je le jure que cette
question est difficile
Nous remarquons à travers les exemples cités que les adverbes de liaison apparaissent soit
dans un environnement en arabe algérien tels que les extraits 53, 140 et 341 dans lequel ils
servent à relier deux segments produits en arabe algérien, sinonils apparaissent entre un
segment produit en français et un autre produit en arabe algérien comme le cas des extraits
124 et 147.
Commentaire
Pour résumer, nous pouvons confirmer que l’animateur et les invités présents dans
l’émission Média Mania alternent entre l’arabe et le français à divers niveaux syntaxiques
notamment, au niveau des syntagmes nominaux et verbaux en respectant les structures
syntaxiques et morphologiques des deux langues : il s’agit de la contrainte d’équivalence
énoncée par S. Poplack (1980)
A travers les exemples cités, nous remarquons que lorsque un segment de langue
française est inséré dans une phrase ou énoncé dont la langue de base est l’arabe ou l’inverse,
ce segment remplit les mêmes fonctions syntaxiques qu’un énoncé produit dans une seule
langue.
65
CHAPITRE II
Dans la deuxième partie de ce chapitre, Nous avons dégagé en premiers lieu les fonctions de
l’alternance codique qui apparaissent dans notre corpus, ensuite nous nous sommes intéressée
aux motivations et aux raisons qui amènent les participants de l’émission Média Mania à
alterner l’arabe algérien et le français au cours de leurs interactions.
Il convient de noter que plusieurs chercheurs travaillant sur le code switching ont adopté
une démarche taxinomique qui consiste à établir des listes de fonctions de l’alternance
codique. Citons, à titre d’exemple, les travaux de l’école de Bale-Neuchâtel sur l’alternance
français/castillan chez les immigrants espagnols (Thiam, in Moreau, 1997 : p 32)
Afin de dégager les fonctions que recèle notre corpus, nous nous inspirons d’abord de la liste
proposée par Gumperz où il a proposé six fonctions : les citations et le discours rapporté, la
désignation d’un interlocuteur, les interjections, les réitérations, la modalisation d’un message
et la personnalisation versus objectivation, et nous empruntons deux autres fonctions à Ali
Bencherif proposées par Grosjean (1982).
Certaines phrases sont rapportées par un interlocuteur en utilisant la langue dans laquelle
elles ont été énoncées afin de garder leur originalité. Voici quelques passages qui
contiennent des citations ou des discours rapportés.
La plupart des passages rapportés par les participants de l’émission sont introduits par le
verbe dire en arabe algérien « qalli». Ce dernier constitue souvent « un déclencheur de
l’alternance » (Kouras, 2008 :150)
Numéro 54
14- BR/ jqulak wa∫ bikam ntuma fi Jijel le taux est très élevé ṭaʢ les malades.
Traduction : il vous dit pourquoi à Jijel le taux est très élevé des malades
29.A/ donc hdart ʢla euh/ kultbali tennis ṭabaʢ l-une certaine catégorie sociale.
67
Traduction : donc tu as parlé de euh tu as dit tennis fait partie d’une certaine catégorie
sociale.
138- BR/ jqululi vous avez une petite unité […] jqululi vous recevez les malades
ṭaʢ euh laxarṭaʢ euh Jijel reçoit les médicaments, la chimio hnaja fiJijel.
Traduction : ils me disent vous avez une petite unité […] ils me disent vous recevez les
malades de euh l’autre de euh Jijel reçoit les médicaments, la chimio ici à Jijel.
Dans les extraits 14 et 138, l’invité (BR) relate la discussion qu’il a eue avec les responsables
de la santé en introduisant son énoncé par le verbe dire en arabe algérien « jqululi » « ils
me disent » puis il rapporte l’énoncé de ces responsables en français.
Dans l’extrait (29) L’animateur (A) rapporte l’énoncé qui a déjà été dit par l’invité (RH)
concernant le slogan de l’association.
Numéro 55
15. AMR/ je lui ai proposé gali pourquoi pas on a fait un petit essai.
390. A/une expression taʢ Will Smith qallak le meilleur album de tous les temps.
Dans le segment (15), l’invité (AMR) commence son tour de parole en français puis il passe
vers l’arabe algérien en utilisant le verbe introducteur dire [gali] « il m’a dit », ensuite il
revient au français pour reprendre le discours de son ami Mohamed (le chanteur).
Quant à l’extrait (390) l’animateur (A) reprend l’expression de Will Smith en l’introduisant
par le verbe dire en arabe algérien « qallak » « il t’a dit »
b.2-Citation
Nous avons relevé également des alternances codiques dont la fonction est de citer
un propos célèbre d’un auteur, ou une formule idiomatique.
Numéro 54
Dans cet extrait l’invité (RH) explique le slogan de son club de tennis
68
Numéro 55
402. A/ les enfants peuvent se tremper mais pas nous les hommes / un conseil taʢ
Don Corleone.
211. RAM/ je vais faire un jingle ħamla dat manfaʢa ʢama
Dans l’extrait 402, l’animateur reprend une citation de Don Corleone dans la version
française du film.
Dans l’extrait 211, RAMinitie son tour de parole en français ensuite il passe en arabe standard
pour énoncer une formule idiomatique « ħamla dat manfa ʢaʢama »
Selon Gumperz, la deuxième fonction sert à cibler et designer l'interlocuteur à qui nous nous
adressons en utilisant des formules d’appellations en d’autres langues
Numéro 54
17-A/ nʢawad nwalli ʢand xuje Ahcen Rida msalxir marra uxra donc vous êtes
président de l’association des jeunes talents sportifs de Jijel donc xuje Ahcen wakṭa∫ t
ʡassast hadi lamʢija
Traduction :
Numero55
69
Traduction : je reviens au chanteur Mohamed el Amine
c. Les interjections
A la suite de Gumperz, nous disons que les interjections semblent remplir une fonction
phatique, autrement dit, elles servent à accentuer et maintenir le contact entre l’animateur et
l’invité.
Nous avons pu relever certaines interjections qui apparaissent dans notre corpus.
Numéro 54
67- GR/ ah c’est sur les médicaments kajiw tbarakallah fiham en toute franchisse
87-HB/ heh nous sommes au deuxième mondât
Numéro 55
d. La réitération
Est une fonction paraphrastique, elle consiste à reformuler ou traduire littéralement en
langue L1 d’un message dite en langue L2 ou l’inverse, dans le but d’expliquer et assurer la
transmission du message. Gumperz écrit « il est fréquent qu’un message exprimé d’abord
dans un code soit répété dans un autre, soit littéralement, soit sous une forme quelque peu
modifié »1.
Les exemples suivants illustrent la fonction de réitération (les segments répétés sont mis en
gras)
Numéro 54
142. GR/ un malade mret il est mourant […] Comment les malades du cœur mret b
qabu
1
Gumperz, J.(1989), Sociolinguistique interactionnelle. Approche interprétative, .l’Harmattan, Paris, p.77.
70
Traduction : un malade malade il est mourant […] comment les malades du cœur malade du
cœur
196. GR/ Jijel warda Jijel c’est une fleur avec ses plages avec tous
Traduction : Jijel fleur Jijel c’est une fleur avec ses plages avec tous
Dans l’extrait 171, pour annoncer la fin de l’émission, l’animateur a émis son énoncé en
français puis l’a intégralement répété en arabe algérien afin de s’assurer de la transmission de
son message.
Dans les deux extraits 142 et 196 l’invité GR traduit littéralement en arabe algérien les
segments (fleur, malade, malade du cœur) produits en français
Numéro 55
Dans le numéro 55 la fonction de réitération est principalement utilisée par l’animateur,
surtout quand il interroge ses invités. Dans tous les passages que nous avons sélectionnés, il
énonce ses propos en français puis les répète littéralement en arabe algérien. Cette pratique
peut être perçue comme une stratégie d’animation dont le but est de clarifier et assurer la
transmission / réception des messages. (Les segments répétés sont mis en gras)
476. A/ l’amour lħob kima Ali jaʢtek essaħa
71
Traduction : donc Nedjmedine merci beaucoup merci beaucoup
Numéro 54
20-RH/ oui symbolique jaʢni comparativement aux autres disciplines.
103. A/ c’est un problème sincèrement / c’est un problème qui est posé hnaja fi Jijel
182- GR /tu es tu n’es pas citoyen tu n’es pas ieli tu n’es pas algérien enfin
walakin lorsque on vote on choisit le bon homme le plus normal du monde
Traduction : tu es tu n’es pas citoyen tu n’es pas Jijelien tu n’es pas algérien enfin mais
lorsque on vote on choisit le bonhomme le plus normal du monde
Numéro 55
Traduction : Donc c’était euh euh vous avez montez une seule fois
2
Gumperz, Op. Cit. : 78.
72
67- DS/ wʢawadnataʢ euh euhYoucef Boukhalla enfinʢawadhahuwatanije penseeuh
euh /gnawiBesma
Traduction : Nous avons répété de Youcef Boukhalla enfin lui aussi il l’a répété je pense
euh/ gnawibesma
82-DS / c’est des compositions pratiquement ʢandna à peu prêt une dizaine
Traduction : C’est des compositions pratiquement nous avons à peu prêt une dizaine
Nous pouvons relever dans les exemples ci-dessus que les modalisateur peuvent être des
verbes, noms ou des conjonctions.
Numéro 54
87-HB/ d’association de malade w mʢa xuja Houcine il est aussi sportif que moi
Traduction : D’association de malade et avec mon frère Houcine il est aussi sportif que moi
124- HB/ et monrêve bel xusus nṭaʢi parce que moi je suis conscient
Traduction : Et mon rêve précisément parce que moi je suis conscient
138-BR/ il faut me voir ʡana devant le secrétaire général et le chef de cabinet
Traduction : Il faut me voir moi devant le secrétaire général et le chef de cabinet
GR/ʡana je signe euh je signe balli lazam un service de cardiologie a l’hôpital de Jijel
Traduction : moi je signe euh je signe qu’il faut un service de cardiologie à l’hôpital de Jijel
73
Numéro 55
51- RAM/ une fois on a eu la proposition men ʢand la radio baʢda, moi j’étais absent
tout façon
Traduction : Une fois on a eu la proposition de la radio elle-même, moi j’étais absent tout
façon
463- BMA/ ʡaeuh euhpfffpresque f les cotéskamal c’est mon meilleur film
Traduction : a euh euh presque dans tous lescotés c’est mon meilleur film
105-DN/ʡanamʢa les études w la clinique et tout w mʢa le futur projet c’était moi
Traduction : moi, avec les études et la clinique et tout et avec le futur projet c’était moi
211-RAM/ʡana je vais faire un jingle
Traduction : Moi je vais faire un jingle
A côté des six fonctions proposées par Gumperz, nous ajoutons deux autres fonctions
dégagées par Ali Bencharif (2009 :279) à la suite de Grosjean (1982). La première est dite
emblématique et identitaire et est relative à l’emploi des formules de salutation ou
d’invocation de Dieu, tel que « n∫allah » « si dieu le veut » « wallah » « je le jure »
«lħamdulilah » (Dieu soit loué), etc. Ali Bencherif précise que « Les salutations, les voeux,
les formules de serments ou d’invocation à Dieu sont des formulations figées dans les
habitudes langagières de la communauté maghrébine.», La deuxième fonction est celle de
marquage d’appartenance qui se manifeste par l’emploi des pronoms qui marquent l’identité
et la culture de l’interlocuteur. C’est une fonction qui s’inspire de l’opposition proposée par
Gumperz entre un we code (code nôtre) et un they code (code leur) où la langue utilisée
circonscrit un espace d’appartenance.
Les deux fonctions dégagées par Ali Bencharif (2009 :279) sont présentes dans notre corpus.
En voici l’illustration par le biais d’exemples relevés dans notre corpus.
Numéro 54
74
Traduction :la paix à vous je vous remercie bien sur
138. BR/ wallah makan menha qulṭalham wallah la six cent malades
Traduction : je le jure ce n’est pas vrai je leur dis je le jure que six cent malades
200. GR/ ntalbu n∫allah jarabi ba∫ jʢadi le plus normalement du monde
Traduction : on demande si Dieu le veut pour qu’il passe le plus normalement du monde
Numéro 55
Traduction : c’était prévu que cette semaine si dieu le veut on va aller à Alger
Traduction : c’est une habitude je le jure qu’elle est devenue une habitude
b. Le marquage de l’appartenance
75
Numéro 54
20-RH/ oui symbolique jaʢni comparativement aux autres disciplines ħnac’est lhadaf
ṭaʢna f tennis hada
Traduction : oui symbolique c'est-à-dire comparativement aux autres disciplines nous c’est
notre but dans ce tennis.
Numero55
Comme l’affirme Gumperz lui-même, « une liste de fonctions ne peut expliquer à elle seule
ce que sont les bases de la perception de l’auditeur, ni comment elles affectent le processus
d’interprétation. Il est toujours possible de postuler des facteurs sociaux extralinguistiques ou
des éléments de connaissances sous-jacentes qui déterminent l’occurrence de l’alternance »3,
l’auteur atteste les limites d’une liste de fonction dans la mesure ou elle ne peut pas décrire les
facteurs externes qui motivent l’apparition de l’alternance codique, Selon lui, pour rendre
l’étude des fonctions plus satisfaisante, il faut dégager les facteurs extralinguistiques ou les
éléments qui déterminent le recours à la pratique d’alternance codique .
3
Gumperz, Op. Cit. : 82.
76
III. Les facteurs déclencheurs de l’alternance codique 4
Dans cette dernière partie nous essayons de comprendre les motivations et les raisons
qui déclenchent l’emploi alternatif de l’arabe algérien et le français dans les productions
verbales et les échanges des participants de l’émission Média Mania.
Le recours de l’animateur et ses invités à l’alternance codique dans leurs échanges
verbaux, pourrait être expliqué par de multiples motivations et facteurs qui régissent cette
pratique, notamment le changement des thèmes de discussion, des lacunes dans l’une des
langues alternées, et l’impact du choix de langue de l’animateur sur le choix des invités et
vice versa.
Comme nous l’avons déjà signalé dans la partie théorique, l’émission Média Mania se
caractérise par le traitement de divers thèmes. Afin de vérifier notre hypothèse portant sur le
rapport entre les thèmes de discussion et le changement de codes, nous avons essayé de
dégager les thèmes et les sous-thèmes abordés dans chaque numéro de l’émission et les codes
utilisés par les participants, en d’autres termes, nous cherchons si le recours à l’alternance
codique est lié aux thèmes abordés, s’il existe une corrélation entre les deux sphères.
Il est à noter que le thème général de l’émission Média Mania dans le 54e numéro est
les mouvements associatifs dans la wilaya de Jijel, trois associations du secteur de la santé et
une du secteur sportif étaient présentes à travers leurs directeur et représentants, les
participants ont parlé de l’état du secteur de la santé et aussi les activités sportives à Jijel, dans
la deuxième partie de l’émission, les participants ont discuté d’un autre sujet à savoir les
élections législatives qui ont eu lieu le 10 mai 2012.
Numéro 54
Les invités recourent davantage à l’arabe algérien pour exprimer leurs points de vue
concernant les élections
180-A/ est ce que est ce que jessama kima nkulu on vote ba∫ jiw des élus kima
nqulu dijkadru jxadmu pour le bien ṭaʢ la ville ṭaʢ la wilaya plutôt
4
Titre emprunté à Miloudi I, (2009, p89)
77
Traduction :est-ce que est ce que comme on dit on vote pour qu’ils viennent des élus comme
on dit qui peuvent travailler pour le bien de la ville de la wilaya plutôt
181-GR/ ah voilà voilà mais smahlixuja Ali il faut pas oublier bali le souhait
kamal ṭaʢ lawala madabiham jvotéw madabiham di kajvotéw ma∫i jvotéwʢla la
photo
Traduction : ah voilà voilà mais excuse-moi mon frère Ali il ne faut pas oublier que le
souhait de tous les Jijeliens ils souhaitent qu’ils votent ils souhaitent que les gens qui votent
non pas pour la photo
206- BR/ de ma part ʡana j’insiste les jeunes euh les femmes ṭaʢ jijel hna
jajvotéw majxaliw∫ blassa ʡana personnellement nqulha j’étais sollicité bi∫ nhat
rohi f la listec’est pas le moment hna ma∫i ṭaʢ l’APN xallinaha lamaʢa hna
ʢandna bon ʡana nqulhalak j’ai mon ki∫ nquluha l ll- la couleur djali basah
nṭabbaʢ les parties tabbaʢna laxar duk ʢlabali sijed di kajʢawan l’association
rahnam∫imʢah
Traduction : de ma part moi j’insiste les jeunes euh les femmes de Jijel ici il votent il ne
laissent pas leurs places moi personnellement je l’ai dit j’étais sollicité pour que participe à la
liste c’est pas le moment nous ne sommes pas de l’l’APN on l’ai laissé pour les autres nous ,
nous avons bon moi je l’ai dit j’ai mon comment l’expliquer l ll ma couleur mais je suis les
parties on a suivi l’autre maintenant je sais que le bonhomme qui aide l’association je vais le
suivre
78
36-RH/ je je reprends zamilṭaʢi(mon collègue) Djamel Titi parce qu’il a travaillé
pendant dix ans c’est vrai euh il a fait vraiment un travail considérable c’est une
discipline vraiment très complexe avec des moyens vraiment c't-à-direle niveau
social des euh des jeunes ou des familles il a beaucoup évolué par rapport ya dix
ans derrière
Quant au 55e numéro, nous y rencontrons plusieurs sous-thèmes abordés mis à part le
thème central qui est la naissance du groupe musical clé 13, leur répertoire musical et les
problèmes auxquels ils sont confrontés. Les sous-thèmes traités oscillent entre le cinéma, les
études, et un sous thème culinaire.
Nous avons sélectionné des passages correspondant aux thèmes abordés.
Lorsque l’animateur interroge les membres du groupe sur les études et leurs
spécialités, les réponses étaient comme suit :
234-DS / bein je suis en quatrième année pharmacie.↓
245-RAM /sanna bi∫ jʢarfuni(attendez pour qu’ils me connaissent)les profs taʢi
kisamni(je m’appelle)Ali MounibRjemnaqra fi(j’étudie)Tassoust comptabilité
fiscalité manadxal∫ la(je ne rentre pas au)rattrapage ʡasatida(mes enseignants)
dédicace
250-MAR/ cinquième année architecture
264-RA/ je fais un stage d’hôtellerie
Lorsque l’animateur interroge ses invités dans la rubrique « portrait chinois », s’ils
étaient des films et des acteurs, les participants lui répondent exclusivement en français, en
citant les noms des acteurs ou les titres des films.
79
DS/ oui
402-RAM / euh Russell Crow
464-BMA / un acteur euh Antonio Banderas
502-RA/ l’inspecteur Tahar
L’observation des exemples sélectionnés dans les deux numéros révèle l’importance
de la situation et du contexte dans le choix des deux langues.
Le tableau suivant résume les langues utilisées selon les thèmes de discussions dans les deux
numéros de l’émission
2. Besoin lexical
Nous avons pu observer dans notre corpus que dans un même tour de parole, il arrive
que certains participants fassent appel au français ensuite ils recourent à l’arabe. L’on note
parfois que le passage vers l’arabe algérien dans un énoncé entamé en français est souvent
précédé par des hésitations comme « euh » ou par des pauses. Ces dernières peuvent trouver
leur justification dans le fait que les participants se mettent à la recherche des mots en
français pour compléter leurs énoncés, et lorsqu’ils ne les trouvent pas en français ils
concluent en arabe algérien. Ce phénomène pourrait donc être expliqué par une insuffisance
lexicale en langue française.
Nous avons sectionné quelques extraits pour illustrer ce facteur. Les segments où les
deux langues se combinent signalés en gras.
Numéro 54
51- GR/ les malades li ʢandna généralement des malades di maʢandham aucune
ressource
Traduction : les malades que nous avons généralement des malades qui n’ont pas aucune
ressource
96- A/ l euh l l ∫i li habit nfahmo c’est que vous êtes euh en quelque sorte un trait
d’union euh bin mowatən wel masʡulin
5
Tableau emprunté à Bouadjadja,M,(2012, p 68)
81
Traduction : la chose que je veux la comprendre c’est que vous êtes euh en quelque sorte un
trait d’union entre le citoyen et les responsables
155-A/ est ce que le terrain l l li li / rakam tlaʢbu bih répond aux normes
Traduction : est-ce que le terrain que vous jouez avec répond aux normes
Traduction : bon moi je te dis j’ai mon comment je l’ai dit l ll ma couleur.
Les exemples relevés dans le 54e numéro montrent que lorsque les participants à
l’émission enchainent leurs discours en français, ils trouvent des difficultés à les conclure en
utilisant le français, pour cette raison ils font recours à des segments en arabe algérien pour
combler ce besoin
Numéro 55
13-RAM/ voila euh après quand euh euh ki wallat sérieux hakdaj’ai eu l’idée qult
bein tiens pourquoi pas on ramène un chanteur.
Traduction : voila euh après quand euh euh quand elle est devenue sérieux comme ca j’ai eu
l’idée j’ai dit bein tiens pourquoi pas on ramène un chanteur.
15. RAM/ même on est euh kifa∫ ngulu/ ʢaj∫in mʢa baʢdana toute façon ma∫i
Traduction : même on est euh comment on dit, on vit ensemble toute façon ce n’est pas
61-DS / y a aussi des morceaux qu’on a composé et tout puis c’est lui euh enfin
mbaʢd dhowa daranna les paroles et tout
Traduction : y a aussi des morceaux qu’on a composé et tout puis c’est lui euh enfin après
c’est lui qui nous a écrit les paroles et tout
212 -AMR/ en plus de ca huma li / ils me poussent samma f la musique hadi
Traduction : en plus de ca eux qu’ils me poussent donc à cette musique
Les extraits suivants montrent que lorsque les invités ne trouvent pas les mots qui
leurs manquent en français, ils switchent vers l’arabe algérien, sinon ils reformulent leurs
énoncés en arabe algérien comme le cas de l’extrait (13-RAM)
L’alternance codique dans les exemples que nous avons relevés est précédée par des
petites poses comme le cas de (155-A) et (212-AMR) ou des hésitations par « euh » comme le
cas de (13-RAM), (61-DS)
82
3. L’impact du choix de langue chez l’animateur sur le choix des invités
L’usage alternatif de l’arabe algérien et du français par les invité de l’émission Média
mania pourrait être expliqué par l’impact des productions bilingues de l’animateur sur le
choix de codes des invités. A cet égard, nous avons pu observer que dans certains passages
d’interactions entre l’animateur et ses invités, il y a une tentative d’adaptation aux choix
linguistiques de l’animateur lui-même, une recherche de « convergence ».
Les exemples suivants illustrent ce facteur dans les deux numéros de l’émission.
Numéro 54
9- A/duknaħkiwʢla (on va parler de) les difficultésRiadnahadru(on parle)beaucoup
plus ʢla (sur) le bilanṭaʢkam(votre bilan)2001 2012
10-BR/ voila le bilan justement ʢandna(nous avons) l’assemblée générale
justement c’est une publicitélinaljum(pour nous aujourd’hui)
6
Facteur dégagé par Valdès-Fallis (1978), citée par Zango in « Alternance des langues et stratégies langagières
en milieu d’hétérogénéité culturelle : vers un modèle d’analyse», consulté le 3/06/2013.
83
raisons que nous nous sommes ressemblé dans notre association on a fait même des
appels à tout le monde qui veut participer Dieu soit loué, ils sont venus)
Dans les extraits 10,20 et 32 les invités BR et RH initient leurs tours de parole par la
répétition du dernier segment produit par l’animateur en français, ensuite ils passent à l’arabe
algérien et reviennent parfois au français.
Le même phénomène observé est dans les extraits 61 et 136, seulement la dernière langue
utilisée par l’animateur était l’arabe algérien, de ce fait, les invités ont initié leurs
interventions en arabe algérien.
Numéro55
24-A/ c’est une longue histoire wala mazalat fel ib (rire) (c’est une longue histoire
,voila elle est encore en poche)↑
25-DS/ mazalat fel ib (rires)/ ca fait deux ans whija fel ib(elle est en poche)
53-A/ donc c’était euh euhtlaʢtuune seule fois ↑( donc c’était euh euh vous avez
montez)
54-RAM / une seule fois
84
Nous remarquons le même phénomène dans le 55e numéro de l’émission où les
invités énoncent leurs interventions, en commençant par la dernière langue utilisée par
l’animateur puis ils passent vers l’autre langue, sinon continuent dans la même langue de
l’animateur.
Les invités semblent donc s’adapter aux choix linguistiques de l’animateur. Ils
commencent tous par reprendre la dernière langue employée avant de choisir, à leur tour, leur
langue d’expression.
85
Conclusion générale
CONCLUSION GENARALE
Notre étude nous a permis d’approcher les occurrences de l’alternance codique dans
l’émission radiophonique Media Mania. Nous nous sommes alors penchée sur la question du
fonctionnement et des raisons qui amènent les intervenants au recours à ce phénomène qui est
très fréquent dans les emplois langagiers des locuteurs algériens.
Dans un deuxième temps, nous avons pu relever que le recours des participants à
l’émission Media Mania à l’alternance codique n’est pas uniforme. Ainsi, certains invités
emploient exclusivement le français ou l’arabe algérien dans certains passages, au moment où
d’autres usent des deux langues à la fois, parfois de manière concurrentielle. Cela est dû en
partie, à la diversité des thèmes abordés et débattus.
Le recours au code-switching dans l’émission Média Mania par les participants est
conscient et voulu. En effet, les locuteurs combinent entre l’arabe algérien et le français pour
mieux exprimer leurs idées et faire passer leurs messages.
Le code-switching, stratégie de bilingue, offre aux langues en présence la possibilité de se
mêler afin de circonscrire un espace de discussion qui englobe tous les auditeurs bilingues ou
supposés comme tels.
87
Par ailleurs, l’analyse formelle de l’alternance codique dans notre corpus nous a
amenée à constater d’abord que la forme intra-phrastique est très répandue, alors que
l’alternance codique extra -phrastique est très rare. Ensuite, à attester que lors du recours à
l’alternance codique par les participants, le français se manifeste sous différentes formes dont
les principales catégories sont les groupes nominaux, les groupes verbaux et les adverbes.
En analysant de près les fonctions de l’alternance codique présente dans les tours de
parole des participants, nous retrouvons toutes les fonctions dégagées par Gumperz, à savoir :
les citations, la désignation d’un interlocuteur, les interjections, la réitération, la
modélisation du message, la personnalisation ou l’objectivisation, ainsi que les deux
fonctions : emblématique et marquage d’appartenance suggérés par Ali Bencharif (2009) à la
suite de Grosjean. Ces fonctions se manifestent à divers degrés.
Le passage de l’arabe algérien au français ou l’inverse par les participants de
l’émission est régi par des facteurs linguistiques, entre autres une insuffisance lexicale surtout
en langue française, obligeant les locuteurs de passer à l’arabe algérien pour combler cette
déficience lexicale mais aussi par des facteurs extralinguistiques tels que le changement des
thèmes de discussion et la recherche de convergence par la reprise de la dernière langue
utilisée par son interlocuteur.
Ainsi s’achève notre modeste travail portant sur l’alternance codique dans le discours
radiophonique algérien. Nous souhaiterions rappeler que les résultats obtenus ne peuvent être
exhaustifs. Il serait, de ce fait, fort intéressant de songer à entreprendre d’autres recherches
approfondies sur les langues dans les médias. Il n’en demeure pas moins que notre souhait est
de contribuer, par cette étude, aux travaux portant sur la question de l’alternance codique dans
le paysage sociolinguistique algérien, et plus particulièrement dans le contexte radiophonique
88
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