Découverte D'un Univers Poétique Et Dialogues Entre Les Arts
Découverte D'un Univers Poétique Et Dialogues Entre Les Arts
Objectif général :
Découvrir une œuvre poétique, celle de René Guy Cadou par l’étude de quelques poèmes
Faire dialoguer entre elles différentes formes artistiques à partir de thèmes communs ou
proches et plus particulièrement mettre en parallèle R G Cadou et M Chagall
Objectifs d’apprentissage :
Conforter ses connaissances sur certains éléments de syntaxe et sur des procédés
d’écriture
Mettre en voix
Les pronoms personnels ; des temps de l’indicatif (présent, temps du passé, futur) ;
l’énonciation ; la ponctuation ; les points de vue ; persuader ; le lyrisme ; le romantisme.
Avant de commencer l’étude il convient d’avoir remis aux élèves les poèmes qui seront
étudiés, de demander que chacun présente (travail individuel) le poème qu’il préfère et
qu’il réponde à quelques questions :
La séquence
Il conviendra de faire des réadaptations, des choix selon la classe et les objectifs
travaillés.
Δ Il n’est nullement question de faire autant de séances que celles proposées ci-dessous
mais il conviendra de choisir un axe d’étude (la poésie engagé, la poésie amoureuse… et
de découvrir l’œuvre poétique de René Guy Cadou en sélectionnant quelques textes.
Chaque étude de poème donnera lieu à des lectures expressives des élèves
(au préalable l’enseignant aura lu chacun de ces textes)
Un travail en amont aura été fait sur les critères d’une lecture expressive. Les textes
seront lus en début de séance par les élèves avec une évaluation (non notée) à l’aide de
la grille d’évaluation élaborée, de préférence, avec eux.
Séance 11 : « La nuit surtout », Le diable et son train 1947-1948, en parallèle avec Champ
de blé aux corbeaux, Vincent Van Gogh, 1890
Correction de l’évaluation
Séance 1 : 1 heure
Lors du premier cours on fera une mise en commun des travaux des élèves, on écoutera
les différentes propositions, les élèves pourront corriger, modifier, étoffer leur point de
vue.
Il y a là un double objectif :
Rappel avec les élèves de ce qu’il convient d’observer lorsqu’on étudie un poème
L’annexe 1 peut aider à l’élaboration d’une fiche qui sera co construite entre les élèves et
l’enseignant.
Fiche relativement simple qui guidera les futures études, elle reprendra par exemple :
L’auteur : nom
Le thème :
Les procédés utilisés pour évoquer le thème : les champs lexicaux dominants, les
procédés d’écriture repérés, la musicalité (allitérations, assonances, répétitions)
La structure du poème : la forme, les vers mais aussi la construction interne à savoir
les échos, les oppositions…
Voir fiche un peu plus complète en annexe 1, fiche qui peut être complétée au fur et à
mesure des travaux effectués.
TOI
Tu es une grande plaine parcourue de chevaux
Un port de mer tout entouré de myosotis
Et la rivière où le nageur descend
A la poursuite de son image
Tu es l’algue marine et la plante sauvage
Comme l’arnica
Tu es pleine de poissons dans ta chevelure
Tu es une belle figure
Plus belle que toi-même
Tu es celle que j’aime
Davantage que le pain
Et davantage que mes mains étendues
Sur chaque versant des collines
Tu es la petite voisine
Du trèfle et la compagne du lézard
Tu t’ensoleilles sur les pierres
Et tu es toujours sur ma joue
Si je pense à ta voix je pense au monastère
A neuf heures du soir quand les voix se répondent
Si je pense à ta bouche il me vient à la bouche
Ce goût de lait de fruits de feuilles traversées
Par les tendres ruisseaux de sève végétale
Et si je pense à toi c’est qu’il faut bien choisir
Entre avenir et souvenir.
Un poème extrait de : Hélène et le règne du végétal, poème qui sera mis en lien avec un
autre poème d’amour « Hélène » et le tableau : les mariés de la tour Eiffel de Chagall.
Ce sera l’occasion d’aborder la poésie amoureuse chez R G Cadou (on pourra voir ce qu’il
emprunte à la poésie courtoise) mais voir aussi comment le sentiment amoureux peut
s’exprimer dans une autre forme artistique, ici la peinture.
Classe entière :
Qu’évoque le poème ?
Que comprenez-vous ?
Travaux de groupes
Un poème d’amour où la femme aimée est au centre du texte, elle est plus importante
que les sentiments du poète ce qui est conforté par la présence des nombreux pronoms
personnels à la seconde personne : « tu » (8) ; « ta » (3) ; « toi » (2) ; « t’ » soit 14 indices
de présence de la femme aimée pour 6 indices du je qui désigne le poète.
Il faut montrer aux élèves que l’utilisation des pronoms est au service du sens, il s’agit là
de démontrer que le travail de l’écrivain est d’utiliser les ressources de la langue selon
ce qu’il veut partager, évoquer.
Le poète fait une véritable déclaration à la femme aimée laquelle est mise en valeur par
l’anaphore « tu es », ; cette reprise indique que la femme aimée est tout pour lui. Importance
de cette femme pour le poète tant pour les sentiments ressentis que pour la création
artistique puisqu’elle devient sa muse. Le poète est comme en contemplation devant celle
qu’il attend depuis toujours puis viennent les énumérations introduites par « tu es » qui
cherchent à approcher ce qu’est cette femme ; comme s’il n’y avait pas de mots assez forts
pour la décrire celle dont la seule présence modifie le paysage du poète. Depuis cette
rencontre ce que vit le poète est un paysage fait d’abondances : « grande plaine parcourue de
chevaux » ; « la rivière », « pleine de poissons » … nul doute que c’est là la métaphore du
paysage intérieur d’un homme comblé. Cette femme est associée à une nature généreuse à
laquelle il ne manque rien (allusion à la présence des animaux, des végétaux), un paysage
riche et coloré aux couleurs discrètes (myosotis, l’algue, soleil). La femme est un élément
indispensable à la vie du poète, sa présence est effacée comme l’indiquent les éléments de
comparaison avec le myosotis, le trèfle, le lézard, elle est à ses côtés sans l’encombrer.
Relevé de ce qui fait le lyrisme du texte : point ou rappel sur les éléments de ce registre
présents dans le poème
Par poésie lyrique on désignait les chants dans lesquels les écrivains accompagnés d’une
lyre exprimaient des sentiments personnels. La musicalité est ici retranscrite par les
anaphores « tu es », par les allitérations en i et en é, les assonances en e qui portent une
douce musicalité et favorisent la confession. Le lyrisme est ici bien plus qu’un
épanchement personnel puisqu’il montre combien le sentiment amoureux peut favoriser
une ouverture sur le monde, une découverte de d’autres sensations jusque-là inconnues.
Il s’agit par une expérience personnelle de donner à lire, à entendre et pourquoi pas
ressentir des sentiments universels.
Poésie qui rappelle la poésie courtoise dans laquelle la femme aimée est primordiale et
l’amant lui est dévoué. On peut lire aux élèves un extrait d’un lai de Marie de France ou
un poème du XVI qui reprend ce thème de l’amour courtois et relever les parallèles avec
le poème de René Guy Cadou.
La femme aimée est présentée comme quelqu’un d’exceptionnel (voir les images liées à
la nature) elle est à la fois la « plaine », « un port de mer » ; « la rivière » et elle est d’une
présence feutrée : allusion aux » myosotis » petite fleur fragile du printemps, à
l’ « arnica » petite fleur jaune des montagnes, fleur aux vertus thérapeutiques qui calme
les douleurs.
C’est presqu’une invitation au voyage ; la femme aimée permet un périple tant en plaine,
qu’en montagne, qu’au bord de la mer, un voyage qui comble toutes les attentes.
L’arrivée de cette femme bouleverse l’univers intérieur du poète. Cette femme est avant
tout la muse du poète. Son pouvoir est immense puisqu’elle renouvelle l’inspiration
poétique de son auteur. C’est en ce sens qu’elle reste une femme irréelle sans véritable
description physique.
HELENE
Je t'atteindrai Hélène
À travers les prairies
À travers les matins de gel et de lumière
Sous la peau des vergers
Dans la cage de pierre
Où ton épaule fait son nid
Que pouvez-vous dire sur l’énonciation : repérage des indices. Qu’est-ce que ces indices
révèlent des relations entre les personnes ?
Quels sont les champs lexicaux dominants ? Quel est l’effet produit ?
Faire un point sur le rythme, les rimes tout ce qui concourt à la musicalité du texte.
Sur les thèmes abordés dans ces deux premiers poèmes de Cadou et en observant le
tableau de Chagall, utilisez les mots, couleurs, éléments des poèmes ou du tableau et
notez sur un papier
1. une phrase interrogative sous la forme : qu’est-ce que + sujet
Cette activité permet aux élèves d’explorer les possibilités du langage de jouer avec les
mots, d’explorer leur capacité à suggérer, à faire naître des images. Elle permet aussi
d’approcher le fait qu’on créé à partir d’écrits antérieurs ; que les thèmes explorés
restent souvent les mêmes ; la création consiste bien plus en l’utilisation très
personnelle des mots, plus largement à un langage spécifique à chaque écrivain.
Revenir sur le registre lyrique (vérifier les acquis du cours précédent) ; le poème se
présente comme une confession dans laquelle l’auteur exprime la puissance du
sentiment amoureux. Puissance qui s’exprime par la réunion des trois périodes
temporelles : futur, présent et passé.
Travail sur ce qui fait la musicalité du texte ; les rimes quelques peu surprenantes tantôt
embrassées, tantôt suivies, elles ne sont pas régulières sur une même strophe comme
pour marquer l’émoi, le trouble amoureux. Les assonances en [é] de la dernière strophe
comme l’écho de l’appel à cette femme aimée. Les allitérations en [m] ajoutées aux
assonance en [ɑ̃] donnent une douce mélodie en harmonie avec la thématique de la
rencontre amoureuse.
Faire un point sur les rimes et tout ce qui concourt à la musicalité d’une poésie.
Evocation d’un amour fusionnel, la seconde moitié, celle que le poète a toujours
cherchée : « sans t’avoir jamais vue je t’appelais déjà ». Un amour presque vital : « et tu
étais l’auberge aux portes du village », une fois cette femme rencontrée , elle et le poète
forment une seule et même unité.
Présence du végétal et du minéral parfois personnalisé « les herbes les gibiers les
fleuves me répondent ». Image d’une nature vivante. ; omniprésence de cette nature. La
description est celle d’un paradis qui protégera leur amour. Le Règne végétal est un
monde inconnu, parfois étrange, un monde que le poète tente de décrypter au même
titre que l’amour est un univers fait d’inconnu.
La date à laquelle le texte a été écrit(1944) peut permettre de comprendre l’impression
d’urgence, de précipitation comme pour profiter de ce qui est offert à un moment où
l’existence est menacée. La nature offre une protection que le contexte ne permet pas.
Marc Chagall, les mariés de la tour Eiffel, 1938, 150 X 136,5, Centre Pompidou, Paris
Au préalable ou en fin de séance avec les élèves, il serait important de faire une fiche
méthodologique sur l’étude d’un tableau (voir annexe 2 pour aider à l’élaboration d’une
fiche construite avec les élèves.)
Groupe 1 : Qu’est ce qui compose ce tableau ; quel sont les éléments présents ?
Ce qui est important est que les élèves voient que chaque artiste a des moyens qui lui
sont propres pour exprimer ce qu’il veut dire sur une même thématique, ici le sentiment
amoureux.
En prolongement, hors cours, demander aux élèves de trouver un autre tableau de Marc
Chagall qui reprend un des éléments du tableau (personnage, instrument de musique,
village, animal…. Le tableau choisi donnera lieu à l’exercice d’écriture suivant :
A l’aide du tableau écrivez deux quatrains en rimes embrassées. Le 1er quatrain décrira
des éléments du tableau, le second exprimera les sentiments véhiculés par l’œuvre
picturale. Utilisez des métaphores et des comparaisons.
Les travaux des élèves seront présentés aux camarades lors de la séance 5
Un tableau qui évoque le bonheur, la sérénité, une scène apaisante qui par l’explosion de
couleurs, par les représentations presque enfantines des animaux dégage une
atmosphère d’irrationalité, de rêve, un univers qui pourrait aussi s’apparenter à celui du
cirque.
Ce qui le rapproche des poèmes de Chagall est la thématique puisque le tableau évoque
le bonheur du couple.
Au premier plan, on voit un jeune marié et son épouse qui volent devant un coq. A côté
d’eux, un personnage assis sur le volatile joue du violon.
Un grand arbre remplit la droite de la peinture ; une petite ville apparaît au loin.
On voit aussi une femme nue, un garçon qui lit ; une fée, et une créature avec la tête
d’une vache et le corps d’une contrebasse. On aperçoit également un facteur.
Les couleurs du tableau sont le bleu, le rouge, le jaune, le blanc ; certaines couleurs se
fondent les unes dans les autres (du bleu au violet) ; le peintre joue sur les contrastes de
couleurs : le rouge et le jaune attirent le regard. Le monde dans lequel vit le peintre est
instable (rappeler la situation qui est celle de l’Europe en 1938) c’est peut- être ce qui le
pousse à créer un univers particulier, un autre monde qui n’est pas totalement étranger
à celui de l’artiste.
Le lieu est indiqué par le titre mais rien nous permet de reconnaître la ville de Paris
puisque la tour Eiffel n’est pas visible en intégralité, par contre on aperçoit un village
constitué de quelques maison. Si on ajoute le violon, la chèvre, le coq, tous ces éléments
qui sont souvent présents dans la peinture de Chagall rappellent le petit village russe
dont il est originaire. La religion juive est présente avec le violon, instrument
traditionnel de la musique hébraïque ; dans le village de son enfance, le peintre a
souvent entendu cet instrument utilisé pour tous les moments importants de la vie dans
On retrouve des animaux souvent présents dans les œuvres de Chagall : l’âne, la chèvre,
le coq. On peut travailler sur la symbolique de ces animaux et sur le conte.
Il est intéressant de faire noter aux élèves que les artistes puisent leur inspiration aussi
dans les expériences de leur vie.
Tout comme Cadou, le peintre évoque dans de nombreux tableaux son amour pour Bella
Rosenfeld qui sera son épouse. Le tableau montre un couple heureux uni par une
certaine tendresse comme en témoigne le geste de l’époux. La fantaisie, les instruments
de musique tout concourt à donner l’image d’une ambiance festive, un moment de vie
heureux. Parlant de sa rencontre avec Bella Chagall dira : « C’est comme si elle me
connaissait depuis longtemps, comme si elle savait tout de mon enfance, de mon
présent, de mon avenir, comme si elle veillait sur moi ; je sentis que c’était elle ma
femme […]. Je suis entré dans une maison nouvelle et j’en suis inséparable. »
Un tableau qui témoigne d’une tranche de vie du peintre qui nous mène de Vitebsk à
Paris. Le parcours est jalonné d’éléments des deux cultures russe et française mais si
nous regardons la gravité des visages, le tableau rappelle que le peintre vit une période
historique difficile.
Séance 5 : découverte des tableaux de Chagall, écoute des travaux écrits des élèves
Repérage dans les tableaux des éléments propres à l’univers artistique de Chagall (ce qui
complète le travail de la séance 4)
Selon le temps que l’on pense consacrer à la poésie : on peut choisir de faire travailler
une partie de la classe sur ce poème tandis que l’autre travaillera sur Lettre à des amis
perdus (puisque ce sont 2 poèmes sur la même thématique)
L’étude portera sur ce qu’est la poésie engagée et sur les moyens utilisés par l’auteur
pour argumenter.
Le poète en poste dans un village proche de Chateaubriant assiste à l’arrivée des corps
de trois des fusillés de Chateaubriant. Cette exécution a été faite en représailles à la mort
d’un soldat allemand tué par les Résistants, au total 27 Français seront exécutés.
Le titre du recueil est significatif, il peut renvoyer à l’exécution alors que les prisonniers
sont fusillés mais la poitrine est aussi le siège de l’organe vital qu’est le cœur symbole à
la fois des vies enlevées mais aussi le symbole de courage de tous ceux qui ont combattu
(cf l’expression avoir du cœur).
Les premiers vers nous présentent l’exécution avec la vision de ces hommes alignés qui
attendent la mort.
Cette vision est d’abord celle d’ un témoin extérieur à la scène puis très vite l’auteur se
glisse dans l’esprit de deux suppliciés, en adoptant le point de vue interne.
Faire un rappel sur les points de vue. Le poète égrène des souvenirs qui auraient pu
être les leurs au moment de leur mort. « L’un d’eux pense » on relève que le présent
donne ici plus d’intensité à la scène comme si le lecteur était lui-même placé en position
de témoin direct. L’évocation de ce souvenir de jeunesse qui ne semble pas si loin
suggère la jeunesse de ces hommes. Un autre condamné se remémore ses amis. les
souvenirs renvoient à une réelle simplicité d’ hommes ordinaires qui ressemblent à bien
des lecteurs… L’intention de l’auteur est à la fois de souligner l’injustice et la barbarie de
l’exécution, le courage de ces hommes et de les rendre proches de chaque lecteur.
Dans le vers : « qui est un monument d’amour » le mot monument renvoie au souvenir
qui restera lié à cet événement. Il s’agit de ne jamais oublier ce courage, ce sacrifice afin
que ces suppliciés ne soient pas morts pour rien.
Il y a chez ces hommes tels que les décrit Cadou non de la haine ou un désir de
vengeance mais bien plus le regret de ne pas être compris des ennemis. C’est aussi une
façon de dénoncer l’inhumanité des hommes en temps de guerre : « le bruit énorme des
paroles » la place de l’adjectif qui oblige à une coupure dans la diction évoque qu’en
temps de guerre l’ordre des choses est bouleversé. Pour le poète ces martyrs courageux
et sans haine sont ceux qui inspirent respect et admiration ce sont eux qui élèvent
l’humanité à son plus haut rang ; même dans l’épreuve ils sont restés unis d’ailleurs le
poète les désigne : « ils » ou « une trentaine » ; ils sont presque une seule et même unité.
Le poète termine en indiquant que le sacrifice n’a pas été vain puisqu’il a permis la
liberté d’un pays.
Qu’est-ce que ce tableau rappelle de la vie du peintre ? (retour sur ce qui a été travaillé)
Contexte : Après l’instauration en France des lois antisémites, Marc Chagall a été obligé
de s’exiler aux Etats Unis. Trois de ses toiles ont été confisquées par les nazis qui les ont
présentées dans l’exposition intitulée : l’art dégénéré
La description du tableau : la mère tient un enfant serré contre elle et fuit une terre
dévastée. Les maisons sont incendiées, le sang qui témoigne des morts occupe tout le
premier plan. En haut à gauche des soldats continuent à avancer. On voit un homme
mort, avec une position qui rappelle celle du Christ qui évoque la souffrance infligée aux
hommes. On peut ajouter que les victimes ici sont des civils.
Au premier plan un homme part (ligne de fuite sur la gauche) avec un balluchon
ensanglanté, il fuit les massacres.
Le village évoqué est celui de Vitebsk, village que Chagall a quitté pour fuir les
persécutions contre les Juifs. Tout comme il a été obligé de quitter la France pour les
mêmes raisons. La mère emporte avec elle son enfant pour le sauver de la guerre. Les
couleurs du ciel tourmenté indiquent que le chemin de cette femme sera long et que le
danger menace. Le cheval a peur et se cabre, le coq ne sait pas très bien où se placer. Sur
la toile règne un grand désordre, une sorte de chaos généralisé.
Il s’agit ici de dénoncer les horreurs de la guerre mais aussi les persécutions contre le
peuple juif qui obligent tant d’hommes à s’exiler. Exil qui s’est maintes fois répété dans
la vie du peintre.
Chagall et Cadou, deux hommes qui ont fait de leur compagne leur muse, deux hommes
qui ont vécu la guerre. Des sources d’inspiration communes, des thématiques, des
messages qui se rapprochent.
Séance 7 : autre proposition : étude du tableau de Francisco Goya, El Tres de Mayo, 1814
D’autres tableaux et une affiche sur le même thème sont présentés, ce qui permet un
choix.
Exercice d’écriture : prenez un événement marquant de l’Histoire, écrivez une lettre qui
débutera par Lettre à …. Vous mentionnerez votre destinataire puis vous évoquerez
l’événement dans un premier paragraphe puis les leçons à en tirer dans un second
paragraphe.
Contexte
Situer cet événement dans le cadre des conquêtes de pays européens par Napoléon.
Dans la nuit du 2 au 3 mai 1808 les soldats français de l’armée de Napoléon qui est alors
en Espagne, - en représailles à la révolte du 2 mai- exécutent les combattants espagnols
faits prisonniers au cours de l’insurrection de Madrid. Les Espagnols se révoltaient alors
contre l’occupation de leur pays par les troupes françaises ; de nombreux madrilènes
seront exécutés en plusieurs endroits de la ville.
Le sujet du tableau relate l’épisode de cette nuit de massacres. Il s’agit d’une peinture
historique réalisée en 1814 par F Goya.
Le peintre par cette toile dénonce les exactions de la guerre notamment ces hommes
désarmés froidement abattus par des soldats.
Les hommes exécutés sont anonymes, ils ont la sympathie et l’admiration de leur auteur
qui dénoncent ces massacres. Dans les deux cas il s’agit pour un peuple de se libérer
d’une armée qui a envahi son pays.
Selon la classe on pourra faire un point sur la peinture romantique : les thèmes, les
couleurs…
Quels sont les sentiments de l’auteur ? Relevez ce qui dans la musicalité renvoie à ces
sentiments. (réinvestir les connaissances et les apports de la séance 3)
Aborder la poésie engagée et collectivement avec les élèves, réfléchir à ce qu’elle peut
apporter.
Poursuivre en demandant si c’est le seul rôle de la poésie ; laisser les élèves réfléchir à
pourquoi des lecteurs lisent-ils des poèmes tels que « Toi » ou « Hélène »
L’impression laissée est celle d’une grande tristesse, les procédés d’écriture liés au
lyrisme ainsi que les sonorités allongées en [en], [ai] ; [in/ain] en sont l’expression. Le
poème se présente sous forme d’une complainte. La régularité des octosyllabes aux
rimes embrassées ajoutent à cette complainte la douleur lancinante des amis perdus
dans de cruelles conditions. La guerre est présente à travers le mot : « obus » et les
métaphores : « loups » ; « trous noirs dans les ailes »
La lettre, parce qu’elle est une énonciation particulière, permet l’expression des
sentiments. Faire le relevé de ce qui marque les émotions du poète.
Nous trouvons de nombreuses occurrences de la première personne : « je » ; « mes » ;
« J’ » ; « mon » mais aussi de la seconde personne puisque par ce poème –lettre l’auteur
s’adresse aux disparus par un « vous » qui est ici un vous pluriel.
Amis perdus « aucun d’eux n’est revenu » ; « votre ami perdu » justifient le titre.
Le poème utilise la langue poétique « la langue bleue », la langue colorée de ces mots qui
permettent maintes évocations. La poésie est cette langue particulière qui transforme
le langage de la communication en une langue qui modifie l’usage ordinaire des mots.
Elle permet de faire revivre les absents, par une conversation imaginaire avec ceux qui
ne sont plus ; elle participe au devoir de mémoire pour continuer à faire exister ces
hommes disparus lors de la seconde guerre mondiale.
Le poète a peur que le temps qui passe emporte le souvenir de ces hommes vers
l’oubli ;on perçoit cette crainte à travers les expressions : « la vague et le soleil de juin
ont englouti votre visage » ; « maintenant j’ai peur de l’automne et des soirées d’hiver
sans vous », en quelques vers nous passons de juin à l’hiver signe que le temps s’écoule
inexorablement. Une des fonctions de la poésie est aussi de figer les souvenirs.
Séance 9 : Chaque élève aura appris par cœur le poème qu’il préfère et il motivera son
choix.
Justification du choix
On peut choisir de faire travailler les élèves sur la bande annonce ou un extrait ou
l’affiche du film Joyeux noël de Christian Carion
L’affiche
Exercice : une soirée thématique est organisée avec pour thème la seconde guerre
mondiale, vous ferez une affiche qui annoncera la manifestation et qui suggérera le
message que vous voulez faire passer lors de cette manifestation.
Le film relate un épisode de la première guerre mondiale inspiré de faits réels et peu
relatés si ce n’est ces dernières années.
Sur cette affiche on peut voir au premier plan deux mains qui se serrent, on remarque
aux costumes que ce sont des soldats de deux camps adverses. La poignée de main
semble franche voire amicale puisque le personnage de gauche pose son autre main sur
celle du soldat adverse.
Au deuxième plan, on remarque des soldats Français, Ecossais et Allemands puis une
foule qui semble avancer paisiblement. Tout dans cette affiche donne l’impression d’une
trêve et plus encore d’un moment partagé entre des soldats ennemis.
Vision surprenante qui indique que de part et d’autre des deux camps il y a des hommes
qui se trouvent là par la force des choses mais que ce sont des hommes qui se
ressemblent.
La phrase d’accroche située en haut de l’affiche indique qu’il s’agit d’une histoire, d’un
temps de vie d’homme dans les tranchées qui a réellement eu lieu, une sorte de
parenthèse dans la grande Histoire qui a préféré ignorer cet épisode. Il a fallu du temps
pour que puissent se dire ces choses car les morts, les massacres de part et d’autre, les
horreurs de la guerre ne permettaient pas que l’on puisse avoir une quelconque
sympathie pour l’ennemi.
Montrez qu’il s’agit là d’une confession personnelle et interrogez-vous sur ce que ressent
le poète ?
Par quels procédés le poète montre-t-il son angoisse face au temps qui passe ? Citez 2
procédés d’écriture et analysez l’effet produit .
Par quels procédés le poète indique-t-il que pour lui, la mort s’apparente au vide ? Citez
2 procédés d’écriture et analysez l’effet produit .
L’impression laissée est celle d’une grande tristesse mêlée de colère d’être obligé de
quitter ce monde, d’être assujetti au temps qui passe ; le texte témoigne du regret de
l’homme mortel qui devra céder sa place. Un poème qui permet d’exprimer la peur de la
mort face à la maladie, toutefois la force de ce texte est de très vite dépasser cette
angoisse pour céder la place à une description exceptionnelle et originale de la vie.
Une fois ces deux questions travaillées par les élèves, donner quelques indications
biographiques aideront à comprendre l’ intensité du texte puisqu’au moment où il l’ écrit
Cadou n’a plus que quelques mois à vivre et il le sait.
Les verbes de perception sont importants et contribuent aux mêmes effets : tant que le
le poète a des sentiments, des envies, des perceptions c’est que la vie est toujours là mais
tout ceci lui échappe déjà d’où une anticipation qui indique sa lucidité. En effet l’auteur
nous dit qu’il ne « [connaîtra] jamais [les hommes] qui battront les cartes ».
Pourtant il ne capitule pas c’est comme si l’instinct de survie était plus fort que tout,
aussi dans un sursaut nous dit-il « je veux fuir » mais quoi ? Pas la vie, il y est trop
attaché alors fuir cette réalité de celui qui va partir et qui le sait ? Le lecteur est témoin
de ses pensées, de ses angoisses, cette plongée dans son univers intérieur offre un
lyrisme singulier, une perception personnelle du monde dans un moment de vie bien
particulier. Ici le lyrisme nous livre des émotions et une détresse qui ne peuvent que
nous toucher. L’auteur refuse de quitter ainsi la vie et c’est pour cela que les verbes de
perception ainsi que le champ lexical du corps ont une telle importance : certes la vie est
fragile mais elle mérite qu’on s’y raccroche et tous ces petits riens prouvent au poète
qu’il est encore vivant.
L’angoisse est traduite par les interrogations, par les phrases nominales, par les
répétitions.
La nature est abondamment représentée dans ce texte mais il s’agit d’une nature
évoquée à un moment particulier : la nuit, en hiver (il est fait allusion au gel) or l’hiver
est une saison de mort. En même temps, la vie est omniprésente dans ce poème nous
relevons les indices : «œufs dans la haie », image qui symbolise le printemps. Cette
évocation de la nature permet au pète de se remémorer de nombreux petits gestes qui
ont l’air de rien et qui pourtant symbolisent la vie. Lui qui sait vers où il va, sait bien que
« ne plus avoir ce tremblement de la main », ne plus avoir « d’envie plus d’orgueil [plus
de départs à jeun pour d’obscures rencontres] est son futur. Désormais sa seule bouée
de sauvetage est de tenter coûte que coûte de s’attacher à des lambeaux d’existence.
Comme il a conscience de la fuite du temps alors autant se raccrocher à ce qu’il reste.
La nuit c’est l’ombre c’est l’inconnu, comme une sorte de petite mort.
La nuit symbolise l’angoisse, le jour, l’espoir d’une vie qui n’est pas encore achevée « les
lunes » ; « les lampions » ; « la lucarne » ; l’ »étoile » ; autant de lumières fragiles mais ces
sources de vie si petites soient-elles retiennent le poète.
C’est comme si cette situation permettait à René Guy Cadou d’être visionnaire, « la nuit
surtout [il] ne rêve pas [il] voit » ; cruelle destinée pour lui que d’avoir une telle lucidité
et d’imaginer un avenir qui va se dérouler sans lui. Il va disparaître alors que des « lunes
et des siècles passeront », mais cette mort qui est déjà en lui rappelle la condition de
mortel de tous. Ce que le poème indique c’est la condition éphémère de l’homme devant
l’éternité du cycle de vie et de la nature.
Ce qui frappe c’est l’absence de toute présence humaine. Les couleurs sombres, les
corbeaux ajoutent à une atmosphère lugubre. Les chemins qui se rejoignent et semblent
mener à une impasse comme pour indiquer qu’il n’y a pas d’issue possible.
Le noir est présent dans le tableau par les corbeaux et par le ciel lourd. Tout est
tourmenté dans cette toile. Le style au couteau ajoute à la dureté de l’évocation mais là
encore il y a un sursaut car le geste est énergique, le décor est planté mais dans les
moindres détails et il y a le blé symbole de vie dans les campagnes. La simplicité
apparente du tableau renforce l’impression de vide.
Champ de blé aux corbeaux, Vincent Van Gogh, 1890, Huile sur toile de 1890, 103 X 50
Aller simple
Salvador Dali, Construction molle aux haricots bouillis, 1936, huile sur toile, 100 X 99
Le premier vers utilise un procédé d’écriture, lequel ? Quel est l’effet produit par cette
figure de style ?
L’homme est de passage sur cette terre, quelle est la figure de style qui reprend cette
idée ? Nommez- la et expliquez l’effet produit.
Dans ce poème l’auteur mêle sa propre mort avec une mort plus généralisée qui a eu
cours lors de la seconde guerre mondiale, relevez ce qui dans ce texte rappelle cet
épisode historique.
Éléments de correction
Le thème de ce poème est la mort à venir du poète ; le vers « ce sera comme un arrêt brutal »
repris deux fois en est la métaphore. Les négations « pas », l’adverbe « rien » ajoutent à l’idée de
l’absence ainsi que des mots comme l’adjectif « ultimes », les verbes « s’effacera » ; « aura tout
emporté ». Le poète explore toutes les ressources de la langue pour dire l’absence.
On retrouve à la fois le regret mais aussi une colère contenue de devoir disparaître ; pour le
poète sa condition de mortel lui est difficilement supportable d’autant qu’après sa disparition
« le train repartira et le souvenir de cet arrêt s’effacera ».
Le titre aller simple, l’idée du voyage dont on ne revient pas ajoute à ce désespoir.
La comparaison du premier vers dit cette impossibilité à mettre en mots la mort, c’est comme si
par la comparaison le poète tentait d’approcher ce qui est difficilement concevable.
Le temps utilisé est essentiellement le futur qui contribue à confirmer la proximité de la mort et
d’en faire quelque chose d’irrémédiable. La vie continue pour tout ce que le poète a pu
approcher : la partie de carte reprendra, les lampes éclaireront mais de lui « rien ne
subsistera ».
La métaphore filée du voyage traverse le texte avec le »train », le « voyageur », les « ultimes
voyages », « bagage ». On pourrait donner 2 significations souvent reprises dans la littérature :
l’homme est de passage sur terre. La seconde signification peut renvoyer à ce que vient de vivre
Cadou puisque ce texte est écrit peu d’années après la seconde guerre mondiale : l’idée que le
destin des hommes peut très vite basculer au gré des événements historiques est présente dans
ce poème .
Annexe 1 :
L’origine du texte
L’auteur : qui est-il ? (nom, profession…)?
Quelle est la source du texte (roman, article de presse…)
Le texte dans le temps et l’espace : à quelle date le texte a-t-il été écrit ? Nationalité de
l’auteur.
Trois temps dans toute étude de texte : de quoi le texte parle-t-il ? Comment ? Pourquoi ?
Mais avant tout partir des représentations des élèves en leur demandant de justifier
c’est ce qui leur permettra de confirmer ou de rectifier leur analyse.
Quel est le but de l'auteur en écrivant ce texte ? Divertir, raconter une histoire ? Plaire ?
Dénoncer quelque chose ? Faire réfléchir le lecteur ?
Annexe 2
Mais avant tout partir des représentations des élèves en leur demandant de justifier
c’est ce qui leur permettra de confirmer ou de rectifier leur analyse.
Décrire le référent c’est à dire ce qui est montré sur l’image. Le tableau est-il réel ou
imaginaire, figuratif ou non figuratif ?
Analyse du sujet :
A quel genre l’œuvre appartient-elle : nature morte, portrait, paysage, scène de guerre,
sujet historique…
Quel mode de représentation l’artiste a-t-il choisi ? Veut-il donner l’illusion de la réalité ?
Reproduit-il un aspect du réel ou en fait-il une interprétation ?
Image et culture :
Une image s’inscrit dans une époque particulière dont elle respecte généralement les
codes de représentation et dans laquelle elle peut aussi renouveler ces codes et affirmer
sa singularité.
Parce que chaque image porte en elle les traces de la culture de son époque, il importe
de se poser les questions essentielles sur le contexte et les conditions de sa réalisation. Il
faut s’interroger sur le moment et le lieu dans lesquels l’image apparaît.
Image et espace :
Les couleurs attirent l’œil. Elles sont chaudes (jaunes, orangé, orange, rouge) ou froides
(proches du vert et du bleu). Par convention, les couleurs permettent d’identifier la
réalité mais les couleurs ont aussi des valeurs symboliques très fortes, le rouge peut
connoter le sang, la vie, l’érotisme, la violence…
La lumière peut aussi faire l’objet d’une observation : d’où vient-elle ? Qu’éclaire-t-elle ?
Que cache-t-elle ?
Le regard est naturellement attiré par des points forts de l’image : taches de couleurs,
zones de lumière, d’obscurité…
Les lignes de fuite qui convergent vers un point jouent aussi un rôle essentiel pour
accentuer une impression de profondeur, de perspective.
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