CONCENTRATION PAR FLOTTATION AU
KAX AVEC SULFURATION
SUPERFICIELLE D’UN MINERAI OXYDE
CUPROCOBALTIFERE CAS DE LA MINE
DE KAMOTO COPPER COMPANY (KCC)
KOLWEZI
INTRODUCTION
Le procédé de flottation est parmi les procédés de concentration des minerais les plus utilisés
depuis sa première introduction commerciale dans le Broken Hill en 1905.
La transition vers une économie mondiale axée sur les technologies avancées et durables a
intensifié la demande en métaux stratégiques tels que le cuivre et le cobalt.
Ces deux éléments, essentiels dans des secteurs comme les énergies renouvelables et
l’électronique, sont principalement extraits de gisements miniers spécifiques.
Cependant les minerais oxydés cuprocobaltifère, bien que riches en ces métaux, posent des
défis majeurs en raison de leur natures complexes et de leur faible réactivité dans les procédés
conventionnels de séparation.
Au sein de ce cadre, la flottation est la méthode de choix pour la séparation et la valorisation
de matériaux minéraux. Ainsi, la sulfuration superficielle, qui consiste à recouvrir les
particules de minerai d’une couche de sulfure, émerge comme une solution prometteuse. Cette
approche permet d’améliorer la flottabilité des minerais jusqu’alors récalcitrants en favorisant
une séparation plus efficace lors du processus de flottation.
L’utilisation de KAX, un réactif spécifique, qui présente des avantages considérables. En
facilitant l’adhésion des particules sulfureuses aux bulles d’air, KAX optimise la récupération
du cuivre et du cobalt, permettant ainsi de maximiser la performance de la flottation.
Dans ce contexte, la kamoto Copper company(KCC), située à Kolwezi en république
démocratique du Congo, illustre les avancées techniques dans l’exploitation de ces minerais
complexes et démontre comment des méthodes innovantes peuvent transformer les défis en
opportunités.
Depuis ses débuts en 1948, cette entreprise a joué un rôle central dans l’exploitation des
ressources minières du pays, modernisant continuellement ses infrastructures pour répondre
aux défis techniques et environnementaux.
Ce mémoire a pour objectif d’exploiter les mécanismes de concentration par flottation au
KAX avec sulfuration superficielle pour les minerais oxydés cuprocobaltifère. A travers
une analyse détaillée des méthodes appliquées chez KCC, nous examinerons l’efficacité de
cette approche et ses implications sur la valorisation des ressources minérales. Proposant des
solutions viables pour maximiser la récupération tout en minimisant l’impact
environnemental. En soulevant les enjeux techniques et économiques associées, cette
recherche vise également à contribuer à une meilleure compréhension de la durabilité dans
l’exploitation minière.
Hormis l’introduction et la conclusion, ce travail sera reparti en deux grandes parties dont la
première partie parlera des considérations théoriques sur la concentration par flottation au
KAX avec sulfuration superficielle d’un minerai oxydé cuprocobaltifère et la deuxième partie
présentera les résultats d’analyse obtenue au laboratoire.
PREMIRE PARTIE : CONSIDERATION THEORIQUE
CHAPITRE 1. GENERALITES SUR LA FLOTTATION
Dans ce chapitre, nous parlerons tout d’abord de la définition de la flottation, en expliquant
son rôle comme procédé de séparation basé sur les propriétés de la surface des minéraux.
Ensuite, nous aborderons les principes fondamentaux qui régissent ce procédé, notamment
les interactions physico-chimiques entre les particules et les bulles d’air y compris les
objectifs de la flottation. Nous présenterons également une perspective historique sur
l’évolution de la flottation, depuis ses origines jusqu’à son adoption comme technique clé
dans l’industrie minière, mettant en lumière son application dans le traitement des minerais
complexes, dans le contexte de la République Démocratique du Congo. Une attention sera
portée aux minerais oxydés cuprocobaltifère, à leurs particularités minéralogiques et aux défis
qu’ils posent pour leur traitement en flottation. Nous approfondirons le concept de sulfuration
superficielle, en présentant ses techniques courantes et son rôle crucial dans l’amélioration de
la réactivité des surfaces minérales avec les collecteurs. Par ailleurs, les facteurs influençant
l’efficacité de la flottation, tels que le pH, le dosage des réactifs et la granulométrie, seront
analysés pour comprendre leur impact sur le rendement.
Nous décrirons par la suite les étapes principales du processus de flottation, telles que le
conditionnement, l’introduction des réactifs, la génération des bulles et la collecte des
minéraux concentrés. Les différents types de flottation, comme la flottation directe et inverse,
seront expliqués en mettant en lumière leur pertinence en fonction des caractéristiques des
minerais à traiter. Une attention particulière sera accordée aux réactifs utilisés, tels que les
collecteurs, les moussants, les modificateurs et bien tant d’autres, afin de mieux comprendre
leur rôle crucial dans l’optimisation du procédé. Par la suite, nous explorerons les applications
industrielles de la flottation et nous discuterons de ses avantages, tels que son efficacité et sa
sélectivité, ainsi que de ses limitations, notamment son sensibilité aux paramètres
opérationnels comme le pH et la granulométrie.
Enfin, ce chapitre se conclura par une présentation du cadre d’étude de la Kamoto Copper
Company(KCC), en détaillant ses caractéristiques géologiques et minéralogiques ainsi que
son rôle dans l’industrie minière.
1.1. DEFINITION DE LA FLOTTATION
La flottation est une technique de séparation fondée sur les propriétés hydrophobes et
hydrophiles des surfaces des particules à séparer.
Ces propriétés peuvent naturellement ou stimulés à l’aide d’un réactif approprié qui est ajouté
à la pulpe dans une cellule de flottation.
Cette séparation est basée sur les propriétés de surface et des interfaces des phases (solide-
liquide-gaz) ayant lieu dans la cellule de flottation.
1.2. PRINCIPES FONDAMENTAUX ET OBJECTIFS DE LA FLOTTATION
1.2.1. PRINCIPE DE LA FLOTTATION
Le principe de la flottation consiste à injecter de l’air finement divisé dans une pulpe
constitué d’un mélange d’eau et des grains de particules préalablement broyés jusqu’à
un certain degré de finesse, compatible avec le procédé de flottation. On forme des
agrégats stables entre les bulles d’air et un ou plusieurs solides choisis et on recueille
ces agrégats dans une mousse sous forme d’écumes à la surface de la pulpe. Le plus
souvent, les solides choisis adhérent aux bulles d’air grâce à l’intervention des réactifs
chimiques particuliers, les collecteurs qui sont capables de rendre sélectivement ces
minéraux hydrophobes et aérophiles (Ek et Masson, 1973).
La flottation à la mousse est donc un phénomène de surface qui réunit trois conditions
essentielles suivantes :
Obtention des bulles d’air stables pouvant former une mousse ;
Adhésion des minéraux utiles aux bulles d’air ;
Non adhésion aux bulles des minéraux que l’on ne veut pas flotter et mouillage
de ces derniers par l’eau.
Figure 1.1 Schéma de fixation des particules aux bulles
d'air
Etant donné que l’étude des paramètres qui régissent la flottation est complexe, le principe du
procédé est simple : il consiste à séparer, après broyage, des particules minérales de diverses
natures, en suspension dans une pulpe. Les particules à concentrer sont amenés à la surface
du liquide par des bulles d’air et retenues un certain temps, dans les écumes ainsi formés pour
favoriser leur séparation.
La flottation est donc une technique de la minéralurgie qui sépare les minéraux hydrophiles de
minéraux hydrophobes. Les minéraux hydrophobes adhérent aux bulles de gaz et remontent à
la surface du réacteur, le plus souvent grâce à l’intervention des réactifs chimiques dont les
collecteurs (Corneille et Masson, 1973).
1.2.2. OBJECIF DE LA FLOTTATION
La flottation est un procédé qui suit l’exploitation d’un minerai et sa fragmentation. La
flottation précède les opérations d’épaississement et de séchage des concentrés et permet de
séparer les minéraux de valeur de a gangue comme peut le faire un procédé de séparation
gravimétrique ou tout autre technique.
L’objectif de la flottation est donc celui de concentrer un minéral de valeur, souvent en faible
concentration dans un minerai traité, tout en maintenant un rendement optimum. La
problématique industrielle, qui représente le défi de l’ingénieur chimiste ou métallurgiste, est
de déterminer les conditions opératoires qui vont permettre d’obtenir des résultats en
récupération et en teneur qui maximisent le rendement économique de l’usine.
1.3. MECANISME DE LA FLOTTATION
Le comportement d’un minéral en présence de deux phases (gaz et liquide) est caractérisé par
l’angle de contact mesuré au travers du liquide entre la tangente dans le plan diamétrale au
point de contact des trois phases aux lignes de séparation liquide-gaz et solide-liquide
(Bouchard, 2001).
Lorsqu’une bulle et une particule solide, toutes deux en suspension dans une solution aqueuse,
entrent en contact l’une avec l’autre, la courbe délimitée aux frontières de trois interfaces
s’appelle système de solide-liquide-gaz.
Les propriétés du système, soit l’angle de contact et l’adhésion, sont très importantes en
flottation. Et le comportement de ce système permet de déterminer la flottabilité d’une espèce
minérale. Une fois que la collision et l’attachement ont été accomplis, l’agrégat bulle-
particule ainsi produit ne doit pas se dégager. Pour cela un certain équilibre entre les
différentes interfaces ci-après doit s’établir :
Interface solide-gaz ;
Interface solide-liquide ; et
Interface liquide-gaz
Considérons un système bulle-particules en suspension dans une solution aqueuse comme
montre la figure 1.2.
Figure 1. 2. angle de contact système solide-liquide-gaz
Avec :
γ SG : tension à l’interface solide-gaz
γ SL : tension superficielle à l’interface solide-liquide
γ LG : tension superficielle à l’interface liquide-gaz
Ɵ : angle de contact pour les phases gaz et liquide sur la surface du solide
Les forces de tension développées aux trois interfaces (γ SG, γ SL, γ LG) déterminent un
angle de contact entre la surface de la particule et celle de la bulle.
En considérant un axe de projection X nous avons à l’équilibre :
γ SG + γ SL + γ LG = 0
Apres projection des trois vecteurs sur l’axe X, on trouve :
γ SG = γ SL + γ LGcos Ɵ
1.4. LA FLOTTABILITE
D’une manière générale, les minéraux ne flottent pas naturellement ; la flottabilité naturelle
des minéraux est conditionnée par l’hydrophobicité du minéral. Du point de vue de
l’hydrophobicité naturelle des minéraux flottables (Bouchard et Al, 2005), on distingue :
Les minéraux non polaires, dont la surface de ces minéraux se caractérise par des liens
moléculaires faibles, incapables d’établir des liens avec les ions de l’eau
(hydrophobes) ; et
Les minéraux polaires, ayant des liens ioniques ou covalents forts, leur surface réagit
donc vivement avec les ions H+ et OH-, naturellement hydrophiles ; ils nécessitent des
réactifs chimiques pour devenir hydrophobes.
Tableau 1.1. Quelques minéraux et leur degré de polarité
DEGRE DE POLARITE COMPOSITION EXEMPLE
éléments natifs graphite, souffre, diamant,…
NON POLAIRE
autres éléments Talc, molybdénite,…
sulfures galène, chalcopyrite, sphalérite
FAIBLEMENT POLAIRE
métaux natifs Or, platine, argent, cuivre
PEU POLAIRE sulfures Barytine, gypse, anhydrite
Carbonates, phosphates Malachite, azurite, sidérite, calcite
MOYENNEMENT POLAIRE
sels non solubles fluorine
FORTEMENT POLAIRE oxydes Hématite, magnite, limonite, ruti
TRES FORTEMENT
silicates Quartz, feldspath, pyroxène
POLAIRE
1.5. REACTIFS DE FLOTTATION
Pour pouvoir réaliser les trois conditions essentielles de la flottation, il est important de faire
intervenir les réactifs spécifiques. Ces réactifs rendent possible le mécanisme de flottation
suivant leurs fonctions. Parmi les réactifs utilisés en flottation, nous trouvons : les collecteurs,
les moussants et les agents modifiants (Masson, 1973).
1.6.1. LES COLLECTEURS
Le collecteur est le réactif le plus important en flottation pour les raisons suivantes : d’abord,
c’est le réactif le plus sélectif ; c’est-à-dire qu’il est absorbé à l’interface d’un minéral ou d’un
seul groupe de minéraux. En plus, un processus de flottation sont généralement plus adaptées
au collecteur qu’au dosage des autres réactifs (Mushongoma S., 2012).
Les collecteurs sont des composés organiques hétéro-polarisés qui en s’adsorbant sur la
surface d’un minéral naturellement non flottable rendent sa surface hydrophobe et aérophile,
le rendant ainsi flottable. Le collecteur comporte deux groupes bien distincts qui déterminent
principalement leur mode d'action. Ces groupes sont :
- Un groupe polaire généralement ionisé ou ionisable qui est absorbé à la surface du minéral à
flotter. Ce groupe a toujours tendance à se dissoudre dans l’eau (groupe hydrophile) ;
- Un groupe hydrocarboné (chaîne hydrocarbonée) qui possède le caractère hydrophobe. Ce
dernier compose des chaines -CH₂- ; étant non polaire, il ne peut ni se solubiliser ni se
dissoudre dans l’eau. Le plus souvent ce groupe est un radical alkyle.
[Link]. La chimie de collecteurs
Le groupe d’accrochage du collecteur doit posséder une affinité marquée pour le minéral, une
affinité qui peut être chimique, électrique ou mixte. Ce groupe a toujours tendance à se
dissoudre dans l’eau. Même si dans certains cas, la réaction d’accrochage se reproduit au
niveau de la molécule non dissociée plutôt que sur l’ion, il est cependant presque toujours
nécessaire qu’intervienne une certaine dissociation en ions. Celle-ci n’est souvent que
partielle et en raison des interactions intermoléculaires, elle est en fonction de la longueur de
la chaine hydrocarbonée. Il doit donc exister un rapport entre le groupe polaire et le groupe
non polaire.
Si la chimie hydrocarbonée st trop courte, l’énergie de dissociation du groupe polaire est
suffisante pour amener en solution toute la molécule. Et par conséquent, le pouvoir collectif
est nul. Par contre, si la chaine hydrocarbonée est trop longue, la solubilité du réactif est très
faible et la quantité des molécules en solution est suffisante pour flotter le minéral. Le nombre
optimum d’atomes de carbone de la chaine dépend donc de la nature du groupe polaire.
La dissolution dans l’eau de la molécule hétéro-polaire du réactif libère deux ions très
différents : l’un est un cation ou u anion très simple (Na⁺, Cl⁻...), tandis que l’autre comporte
à la fois le groupe polaire ionisé et le groupe hydrocarboné non polaire. Comme c’est ce
dernier ion intervient dans le processus de flottation, il est appelé : ion effectif ; et suivant le
signe de de sa charge électrique, le collecteur est anionique ou cationique. L’ion présent à la
surface du minéral et auquel s’accroche l’ion effectif du collecteur et de signe contraire à
celui-ci est appelé : ion fixateur (Kalenga, N. 2013).
[Link]. Types de collecteurs
Les collecteurs sont divisés en trois grandes catégories :
Les collecteurs non ioniques ;
Les collecteurs ioniques ;
Et les collecteurs cationiques.
Le gisement de Kipushi a été exploité par flottation par la Compagnie Minière du Sud
Katanga (C.M.S.K. en sigle) ; il est actuellement cédé par la Générale des Carriers et des
Mines (Gécamines en sigle) à C.D.M.
Ce gisement cuprocobaltifère dont les travaux de prospection ont démarré en 1907 comprend
les minerais frais en place et différents remblais classés selon leur nature, à savoir des
sulfures, des oxydes et des mixtes.
Suite à l’épuisement de couches oxydées après plusieurs années d’exploitation, l’exploitation
va se poursuivre avec les sulfures, il devient de ce fait impératif de lancer des recherches afin
de réajuster certains paramètres de flottation, pour le traitement des sulfures, au nouveau
Concentrateur de Kipushi qui jadis traitait uniquement les oxydes.
La série d’études initiée sur la flottation des sulfures par C.M.S.K. est encore d’actualité pour
la firme C.D.M. qui envisage la construction d’un concentrateur et une usine métallurgique
sur le site de Kipushi.