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LAN
39877
A
COURS D'ÉTUDES SCIENTIFIQUES
Rédigé d'après les Programmes officiels des Lycées
prescrits pour les examens du Baccalauréat
Par MM. LANGLEBERT et CATALAN.
MANUEL
DE MÉCANIQUE
Par E. CATALAN
AGRÉGÉ DE L'UNIVERSITÉ DE FRANCE, DOCTEUR ÉS SCIENCES,
PROFESSEUR D'ANALYSE A L'UNIVERSITÉ DE LIÈGE .
DOUZIÈME ÉDITION
Ornée de gravures dans le texte.
PARIS
IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE CLASSIQUES
MAISON JULES DELALAIN ET FILS
DELALAIN FRÈRES, Successeurs
56, RUE DES ÉCOLES.
39877
A
MANUEL
DU BACCALAURÉAT ÉS SCIENCES
MÉCANIQUE .
On trouve à la même Librairie :
Manuel du Baccalauréat ès Sciences , rédigé d'après les
programmes officiels des lycées prescrits pour les examens du
Baccalauréat, par MM. J. Langlebert, professeur de sciences phy-
siques et naturelles à Paris, et E. Catalan, agrégé de l'Université
de France , professeur à l'Université de Liège ; 2 gros vol . in-12,
divisés en 8 parties, avec gravures dans le texte et planches
gravées .
Chaque partie se vend séparément pour chaque degré de Bacca-
lauréat et pour chaque classe des lycées .
Première Partie , Manuel d'Arithmétique et d'Algèbre ,
rédigé d'après les programmes officiels , par M. E. Catalan :
9º édition; 1 vol. in-12.
Deuxième Partie , Manuel de Géométrie , suivi de notions
sur quelques courbes, rédigé d'après les programmes officiels ,
par M. E. Catalan : 8º édition; 1 vol. in-12, avec 230 gra-
vures dans le texte .
Troisième Partie, Manuel de Trigonométrie rectiligne et
de Géométrie descriptive, rédigé d'après les programmes
officiels , par M. E. Catalan : 8º édition; 1 vol. in-12, avec
30 gravures dans le texte et planches gravées.
Quatrième Partie , Manuel de Cosmographie , rédigé d'a-
près les programmes officiels, par M. E. Catalan : 12ª édi-
tion, entièrement refondue et mise au courant des plus récentes
découvertes : 1 vol. in- 12, avec de nombreuses gravures dans
le texte et planches gravées .
Cinquième Partie, Manuel de Mécanique, rédigé d'après les
programmes officiels , par M. E. Catalan : 12 édition; 1 vol.
in- 12, avec 80 gravures dans le texte .
Sixième Partie , Manuel de Physique , rédigé d'après les pro-
grammes officiels , par M. J. Langlebert : 29ª édition ; 1 fort
vol . in-12, avec 292 gravures dans le texte.
Septième Partie, Manuel de Chimie , rédigé d'après les pro-
grammes officiels , par M. J. Langlebert : 30° édition ; 1 fort
vol . in- 12, avec 143 gravures dans le texte .
Huitième Partie , Manuel d'Histoire Naturelle , rédigé
d'après les programmes officiels3,, par M. J. Langlebert : 37º édi-
tion; 1 fort vol. in- 12, avec 490 gravures dans le texte .
Pour la Partie littéraire , consulter le Manuel du Baccalauréat
ès Lettres , par MM. E. Lefranc et G. Jeannin .
Les éditeurs se réservent le droit de traduction .
L
MANUEL.m'[Link] 39877
A
DE MÉCANIQUE
15
Rédigé d'après les Programmes officiels des Lycées
prescrits pour les examens du Baccalauréat
Par E. CATALAN
AGRÉGÉ DE L'UNIVERSITÉ DE FRANCE, DOCTEUR ÉS SCIENCES,
PROFESSEUR D'ANALYSE A L'UNIVERSITÉ DE LIÈGE .
DOUZIÈME ÉDITION
Ornée de gravures dans le texte.
ROYALE DE
PRESUPARTS es esmul
IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE CLASSIQUES
MAISON JULES DELALAIN ET FILS
DELALAIN FRÈRES, Successeurs
56, RUE DES ÉCOLES.
Aux termes d'un décret en date du 27 novembre 1864,
l'examen du Baccalauréat ès Sciences complet porte sur les
matières enseignées dans la classe de mathématiques élémen-
taires des lycées . L'examen du Baccalauréat ès Sciences res-
treint pour la partie mathématique continue, jusqu'à nouvel
ordre , d'être subi dans les conditions existantes et avec les
anciens programmes .
Toute contrefaçon sera poursuivie conformément aux lois;
tous les exemplaires sont revétus de notre griffe .
Delalainfrères
1880.
MÉCANIQUE .
PROGRAMME D'ENSEIGNEMENT DES LYCÉES.
Les numéros renvoient aux paragraphes où la question est traitée.
CLASSE DE MATHÉMATIQUES ÉLÉMENTAIRES .
Éléments de statique.
Notions sur les forces, 5-9.- Conditions d'égalité de deux forces, 10.
Leur évaluation numérique, 10. Comparaison des forces aux
poids à l'aide du dynamomètre, 11 , 12.
On admet que deux forces égales et contraires, appliquées à deux points
liés par une droite invariable de longueur, et agissant dans la direc-
tion de cette droite, se font équilibre, 21. Translation du point
d'application d'une force en un point quelconque de sa direction,
qu'on suppose lié invariablement au premier, 29.
Composition de deux forces appliquées à un même point, 30-42.-Théo-
rème des moments par rapport à un point pris dans le plan des
forces, 49-51 .
Composition d'un nombre quelconque de forces appliquées à un même
point, 43-49. Conditions d'équilibre, 52, 53.
-
Composition de deux forces parallèles, 58, 59. Couple, 60.
-
Composition d'un nombre quelconque de forces parallèles, 61 , 62.
Centre des forces parallèles, 63.
Centre de gravité ; sa recherche dans quelques cas simples : triangle et
pyramide, 71-80.
Composition d'un système quelconque de forces appliquées à un corps
solide, 54.- Leur réduction à deux forces, dont l'une est appliquée
à un point pris à volonté, 56.---Condition générale de l'équilibre, 57.
Des machines simples.
Levier, 81-85 . — Condition générale d'équilibre du levier, 86 , 87. -
Relation entre la puissance et la résistance, 88, 89.
Des balances , 90. Balance ordinaire , balance romaine, bascule du
commerce, 91-95.
Poulie, 101. -Équilibre de la poulie fixe, 105, 106.- Équilibre de la
poulie mobile, 107, 108. Moufles , 109-112.
5. Mécanique. e a.
VI PROGRAMME DES LYCEES .
Treuil, 113-115. - Condition générale d'équilibre du treuil, 116.-Re-
lation entre la puissance et la résistance, 116.
Plan incliné, 117-119 .-Équilibre d'un corps placé sur un plan incliné,
120, 121 .
Éléments de cinématique et de dynamique .
Mouvement rectiligne uniforme, 124-129 . - Vitesse, 125, 126.
Mouvement rectiligne varié, 130.-Vitesse moyenne, 131.- Vitesse à
un instant quelconque, 132, 133.
Mouvement rectiligne uniformément varié, 135. Accélération, 144.
De l'accélération à un instant quelconque dans le mouvement rectiligne
varié, 145.
Composition de deux mouvements simultanés rectilignes, uniformes ou
uniformément variés, 154-156.
Mouvement de rotation uniforme autour d'un axe fixe, 146-153.-Vi-
tesse angulaire, 172-175.
Loide l'inertie, 150.
Loi du mouvement relatif¹, 186, 187. On en déduit qu'une force
constante, agissant sur un point matériel qui part du repos ou qui
est animé d'une vitesse initiale de même direction que la force, lui im-
prime unmouvement uniformémentvarié, 177-180.-Réciproque, 181 .
Deux forces constantes sont proportionnelles aux accélérations qu'elles
produisent, en agissant séparément sur un même point matériel qui
part du repos, ou qui est animé d'une vitesse initiale de même direc-
tion que la force 188, 189.
De la masse, 190. Sa mesure au moyen du poids, 191, 192 .
Notions sur le travail des forces.
Ce qu'on appelle travail d'une force constante appliquée à un point dont
le déplacement est rectiligne, 196-207. - Unité de travail, 208-210.
Faire voir que dans les machines simples, à l'état de mouvement uni-
forme, et sollicitées uniquement par une puissance et une résistance,
le travail moteur est égal au travail résistant2 , 217.
Influence des résistances dites passives, 213.-Dans la pratique, le tra-
vail moteur est toujours plus grand que le travail résistant utile,
221.
(Dix-huit leçons environ.)
1. On admet ces deuxlois comme résultats de l'expérience.
2. Dans le cas de la poulie mobile, on supposera les cordons paral-
lèles.
TABLE DES MATIÈRES .
Les numéros renvoient aux pages.
CHAPITRE I. - Notions préliminaires . - Notions sur les forces. - Ef-
fets des forces . Forces égales . Leur évaluation numérique. Com-
paraison des forces aux poids. Définition de la Mécanique. - De
la mesure du temps. Page1
CHAP. II . - Composition et équilibre des forces . Effets produits
par deux forces. Translation du point d'application. - Composi-
tion de forces dirigées suivant une même droite.- Parallélogramme
des forces . Résultante d'un nombre quelconque de forces appli-
quées à un même point. Parallélipipède des forces. Moment
d'une force. Théorème de Varignon . Conditions de l'équi-
libre d'un point matériel . - Composition et équilibre de forces quel-
conques. 11
CHAP . III . Composition des forces parallèles. De la pesanteur.-
Centres de gravité. Détermination des centres de gravité. 30
CHAP. IV. - Des machines simples . Des machines . - Du levier.-
Des balances . Équilibre d'un cordon. Des poulies . Poulie
fixe.- Poulie mobile. Des moufles. Du treuil.-Duplan incliné. 40
CHAP. V. - De la cinématique. Mouvement uniforme. Mouve-
ment varié. Mouvement uniformément varié. Accélération dans
le mouvement varié. Mouvement de rotation. - Composition des
mouvements. Composition de deux mouvements rectilignes uni-
formes. Composition de deux mouvements uniformes , l'un recti-
ligne, l'autre circulaire. Composition de deux mouvements circu-
laires uniformes. - Composition des vitesses. -
Des mouvements
apparents . 61
CHAP . VI . - De l'inertie. - Production du mouvement par les forces.
- Comparaison des forces constantes. 87
VIII TABLE DES MATIERES .
CHAP . VII. - Notions sur le travail des forces . - Préliminaires . -
Définition du travail. - Travail d'une force quelconque. - Travail
d'un système de forces. Unité de travail. Du mouvement uni-
forme des machines . Principe de la transmission du travail.
Impossibilité du mouvement perpétuel . - Rendement des machines .
-Remarques générales sur l'emploi des machines. 98
APPENDICE. - Problèmes sur le mouvement des corps pesants. 115
MÉCANIQUE .
INTRODUCTION.
CHAPITRE I.
Notions préliminaires (1-4) . Notions sur les forces (5-9) . - Condi-
tions d'égalité de deux forces (10) .- Leur évaluation numérique(10).
Comparaison des forces aux poids à l'aide du dynamomètre (11 ,
12).
Notions préliminaires .
1. On a vu, dans la Physique, que les corps peuvent être
considérés comme des assemblages de parties très-petites, de
forme invariable, physiquement indivisibles, appelés atomes
ou molécules * : on donne aussi, à ces rudiments des corps, le
nom de points matériels .
2. Il paraît impossible de définir, d'une manière satisfai-
sante, soit le temps, soit l'espace. Malgré cette impossibilité,
on conçoit clairement que tout corps occupe dans l'espace, à
chaque instant, un lieu déterminé, cacitor
3. Si ce lieu est invariable, au moins pendant un certain
temps, et si chacune des parties du corps participe à cette in-
variabilité, le corps est dit en repos ; dans le cas contraire,
on dit qu'il est en mouvement . En d'autres termes :
Un corps est en repos si chacune de ses parties occupe un
licu invariable; il est en mouvement si quelqu'une de ses par-
ties occupe, successivement, divers lieux dans l'espace.
4. Remarques. - I. Le repos et le mouvement, tels que
nous venons de les considérer, sont appelés repos absolu et
mouvement absolu. Mais, comme l'espace est infini, nous ne
pouvons juger de la position occupée par un corps qu'en le
* La distinction entre les atomes et les molécules, bonne quand on
étudie les corps au point de vue de la Physique et de la Chimie , est
inutile en Mécanique.
1. V. Sciences. 1
2 MÉCANIQUE .
rapportant à d'autres corps ou à nous-mêmes ; tous les mou-
vements que nous observons sont donc des mouvements
relatifs . A plus forte raison, nous ne pouvons connaître que
le repos relatif. Quand nous affirmons qu'un meuble, placé
dans une chambre, est en repos , nous voulons exprimer seu-
lement que ce meuble ne change pas de situation à l'égard des
parois de la chambre : en réalité, le meuble, aussi bien que la
chambre , participe au mouvement de rotation de la Terre , à
son mouvement de translation autour du Soleil et au mouve-
ment de translation du système solaire * . Le repos absolu est
donc peut-être une simple abstraction .
II. Pour qu'un corps soit en repos, même en repos relatif,
il ne suffit pas que sa surface extérieure conserve une posi-
tion invariable ; il faut encore que chacune de ses parties soit
immobile. On conçoit , en effet, qu'une sphère dont le centre
serait fixe , et qui, par conséquent, semblerait en repos , pour-
rait cependant avoir des mouvements plus ou moins compli-
qués.
III . L'idée de mouvement entraîne celle de continuité : on
ne comprendrait pas qu'un point matériel eût occupé deux
positions différentes A et B, sans avoir décrit, dans l'espace,
une certaine ligne terminée par A et par B. Cette ligne est
ce qu'on appelle la trajectoire du point.
Notions sur les forces .
5. On appelle force, la cause étrangère, quelle qu'elle soit,
qui modifie ou qui tend à modifier l'état de repos ou de mouve-
ment d'un corps **.
Ainsi , la pesanteur est une force, parce qu'elle tend sans
cesse à faire mouvoir les corps vers le centre de la Terre ; le
petit effort musculaire que j'exerce pour faire courir ma plume
sur le papier, est une force ; l'affinité, en vertu de laquelle
deux gaz mis en présence se combinent, est une force ; la ten-
* Voyez la Cosmographie.
**
« Puisqu'un corps, en vertu de sa nature, conserve le même état,
tant de mouvement que de repos, et qu'il n'en saurait être détourné
que par des causes externes , il s'ensuit que , pour qu'un corps change
d'état , il faut qu'il y soit forcé par quelque cause étrangère.... De là
vient qu'on donne à cette cause le nom de force. » (Euler, Lettres à
une princesse d'Allemagne. )
1.
MECANIQUE . 3
sion de la vapeur, qui fait mouvoir les pistons d'une locomo-
tive, est une force , etc.
6. Quand un corps se meut, ou qu'il tend à se mouvoir,
il en est de même pour tous les points matériels qui le compo-
sent; on doit donc admettre que chacun d'eux est sollicité par
une force. Cela posé, on considère, dans une force quelconque :
1º Le point d'application : c'est celui sur lequel agit la force ;
2º La direction : c'est la droite suivant laquelle le point
d'application, supposé en repos et entièrement libre, commen-
cerait à se mouvoir ;
3º L'intensité : c'est le rapport de la force donnée à la force
prise pour unité. Nous reviendrons , tout à l'heure , sur cette
définition .
7. Une force, quelle qu'en soit l'intensité, emploie tou-
jours un certain temps pour imprimer une vitesse à un corps
en repos. Quand on donne un coup de marteau sur la tête
d'un clou, les surfaces des deux corps restent en contact pen-
dant un temps très-court, mais cependant fini. C'est pendant
ce temps que le marteau chasse le clou *.
Effets des forces.
8. Les forces produisent des effets très-variés : tantôt elles
accélèrent le mouvement du corps auquel elles sont appli-
quées ; tantôt elles le ralentissent ; tantôt enfin elles se neutra-
lisent réciproquement, de manière à ne pas modifier l'état de
repos ou de mouvement du corps considéré. Dans ce dernier
cas, on dit que les forces se font équilibre, ou que l'une quel-
conque d'entre elles fait équilibre à toutes les autres, par l'in-
termédiaire du corps.m
9. Remarque . — L'idée d'équilibre n'entraîne pas néces-
sairement celle de repos : quand on dit que des forces, appli-
quées à un point matériel,se font équilibre, cela signifie que
ces forces ne modifient pas l'état du point.
*Autrefois on partageait les forces en forces continues et en forces
instantanées. Cette classification a été abandonnée. Aujourd'hui , les
physiciens et les géomètres sont d'accord sur ce principe : il n'y a
pas force absolument instantané[Link]ón
defor
Langtoy хвов ash
4 MECANIQUE.
Forces égales . Leur évaluation numérique. Comparaison des forces
aux poids.
40. On dit que deux forces sont égales lorsque, étant placées
dans les mêmes circonstances, elles produisent les mémes effets .
Pour éclaircir cette définition , considérons un appareil
formé d'une verge d'acier AB, encastrée, par l'une de ses
extrémités, dans un mur CD. Si, à l'autre extrémité B, nous
suspendons un poids P, de 12 kilogrammes, par exemple, la
verge s'infléchira, et prendra une nouvelle position d'équi-
libre AB' . Cela posé, enlevons le poids C
P, et, en supposant que la tigeAB soit
redevenue rectiligne , exerçons en B, A B
avec la main , une pression de plus
en plus grande , jusqu'à ce que la B
verge prenne de nouveau la figure AB' .
Acemoment, la pression produisant le
même effet que le poids P, nous dirons
qu'elle est égale à P. P
Cet exemple suffit pour faire com- D
prendre ce que l'on doit entendre par
ane pression, une traction, un effort, de 12 kilogrammes , de
100 kilogrammes, de 1000 kilogrammes, etc.
asatukong 2016 293 13
11. L'expérience que nous venons d'indiquer se fait plus
convenablement au moyen du dynamomètre . On donne géné-
ralement ce nom à tous les instruments destinés à comparer
les forces aux poids. L'un des plus simples et des plus parfaits
se compose de deux verges d'acier ab, cd, réunies à leurs
extrémités par deux pièces de fer ac, bd. Deux lames e, f,
fixées au milieu des deux verges et munies de crochets, per-
mettent de suspendre le dynamomètre et d'y appliquer la
force que l'on veut évaluer.
Pour graduer l'instrument,
b
on suspend en f, successi- a m
vement, des poids égaux à
1 , 2, 3, ... kilogrammes , et C d
l'on marque, sur une tige
placée dans l'axe vertical ef,
l'écartement correspondant
des deux verges.
MÉCANIQUE. 5
Au moyen de cet instrument, ou de ceux qui sont construits
sur le même principe , on peut évaluer en kilogrammes les
forces de traction, de pression , etc., non-seulement pendant
le repos ou à l'état statique , mais encore pendant le mou-
vement, comme dans le tirage des voitures .
12. Des explications précédentes , il résulte que l'unité
de force est le kilogramme. Malheureusement , elle n'est
pas tout à fait constante. En effet , comme on le verra
bientôt , la force appelée pesanteur va en diminuant du
pôle à l'équateur : le cylindre de fonte ou de laiton ,
auquel on a donné le nom de kilogramme, est moins forte-
ment attiré vers le centre de la Terre à l'équateur qu'aux
pôles ; ce poids d'un kilogramme , suspendu à un dynamo-
mètre ou à une simple verge horizontale (10) , produirait
donc une inflexion de l'appareil plus grande en Laponie qu'à
Paris. Autrement dit, le poids accusé par l'instrument, sup-
posé d'un kilogramme à Paris, serait de plus d'un kilogramme
en Laponie et de moins d'un kilogramme à Panama. Mais
comme la différence est très-faible , elle est tout à fait négli-
geable dans les applications .
Définition de la Mécanique.
13. La Mécanique est la science de l'équilibre et du mouve-
ment . On la divise en Statique et en Dynamique.
La Statique a pour objet l'équilibre des forces ; et la
Dynamique, la détermination des mouvements qu'elles peu-
vent produire *.
De la mesure du temps.
14. Bien qu'on ne puisse pas définir le temps (2) , il est facile
de concevoir des temps égaux, et, par suite, d'arriver à la
notion de la mesure du temps .
Supposons , en effet, que des corps A, B, C, D, ... identiques
de forme, de composition, de volume, etc., soient successi-
vement mis en mouvement, dans des circonstances identiques ,
à cela près que le mouvement de B commence quand cesse
celui de A, que le mouvement de C commence quand cesse
* Nous avons déjà fait observer que l'équilibre ne suppose pas le
repos (9) ; par conséquent , ces diverses définitions , généralement
adoptées, ne sont pas tout à fait [Link]
6 MÉCANIQUE.
celui de B, etc .: les temps pendant lesquels s'exécutent ces
mouvements successifs sont dits égaux entre eux.
Pour fixer les idées, admettons que les corps A, B, C, ...
soient des sphères pesantes , égales entre elles, suspendues
par des fils égaux, également inclinés sur la verticale. Si nous
abandonnons à l'action de la pesanteur la sphère A, le fil qui
la soutenait se rapprochera de la verticale pour s'en écarter
ensuite ; quand il aura effectué une oscillation complète , c'est-
à-dire quand il cessera de s'écarter de la verticale , aban-
donnons à l'action de la pesanteur la sphère B : la durée de
l'oscillation de celle-ci sera égale à la durée de la première
oscillation. En continuant de la même manière, on voit que les
sphères A , B, C, D, ... exécutent leurs oscillations consécutives
dans des temps égaux, et que les temps pendant lesquels s'ef-
fectuent deux, trois, quatre, ... oscillations, sont doubles, tri-
ples, quadruples, ... de la durée d'une seule oscillation.
45. Chacun des appareils dont nous venons de donner l'idée
est ce qu'on appelle un pendule. Si le corps pesant est réduit
à unpoint matériel , et que le fil de suspension soit inextensible
et sans pesanteur, l'appareil, qui devient alors purement idéal,
prend le nom de pendule simple : un pendule simple est donc un
point matériel pesant, suspendu à l'extrémité inférieure d'un
fil inextensible et sans pesanteur, dont l'autre extrémité est
fixe. On appelle, en général , pendule composé, tout corps so-
lide pesant qui oscille autour d'un axe horizontal fixe.
16. Que le pendule soit simple ou composé, ses oscillations
s'exécutent dans des temps égaux, c'est-à-dire qu'elles sont
isochrones * . Il n'est donc pas nécessaire, pour mesurer un
temps quelconque, d'employer, comme nous l'avions supposé
tout à l'heure, plusieurs pendules A, B, C, D, ... oscillant suc-
cessivement ; il suffit de compter le nombre des oscillations
exécutées , pendant ce temps , par un pendule unique.
17. On sait** que, depuis les plus anciennes observations, la
durée du jour sidéral n'a pas varié d'une manière appréciable ;
cette durée pourrait donc être prise comme unité de temps ;
et, pour évaluer les fractions, on compterait le nombre des
* Cette proposition n'est pas vraie d'une manière absolue : par suite
de la résistance de l'air, des frottements, etc., l'amplitude des oscilla-
tions diminue de plus en plus , et le pendule finit par s'arrêter.
nographie..
** Voyez la Cosmographie
MÉCANIQUE. 7
oscillations effectuées par un pendule quelconque, pendant le
temps qu'il s'agirait d'évaluer et pendant un jour sidéral.
Néanmoins , on a trouvé plus commode de prendre pour unité
le jour solaire moyen, et de le partager en 86 400 secondes
sexagésimales . En même temps, on a adopté pour pendule-
étalon celui qui exécute son oscillation en une seconde, ou qui
bat 86 400 oscillations en un jour solaire moyen .
18. Si l'amplitude des oscillations est très-petite , la longueur
I du pendule simple, la durée t d'une oscillation complète (ex-
primée en secondes sexagésimales) , la gravité g * , et le rapport
π de la circonférence au diamètre, sont liés par l'équation
**
t= π
V g
19. D'après cette formule, l'une des plus importantes de la
Physique et de la Mécanique, la longueur du pendule à se-
condes a pour expression :
g 9,80896
1= 0,993855.
π2 (3,1415926... )2
Réciproquement, si l'observation a donné la longueur du
pendule à secondes, on pourra obtenir la valeur de la gravité,
puisque, d'après l'équation précédente, g= Ιπ2.
20. La formule nº 18 conduit à plusieurs lois remarquables :
1º En un même lieu, les durées des oscillations de deux pen-
dules sont proportionnelles aux racines carrées des longueurs
des pendules ,
2º En un méme lieu , les longueurs de deux pendules sont
inversement proportionnelles aux carrés des nombres d'oscilla-
tions exécutées, dans le même temps, par les deux pendules ;
* Voyez plus loin.
** Si le lecteur avait quelque peine à comprendre pourquoi tre-
présente un nombre de secondes , il lui suffirait de remarquer que
g= 9,80896' , représente la vitesse acquise , au bout d'une seconde
par un corps tombant dans le vide, sous l'action de la pesanteur, et à
ſa latitude de Paris. Si on voulait que la formule donnât un temps
exprimé en heures ou en jours, on devrait remplacer g par la vitesse
correspondant à une heure ou à un jour.
1. La plupart des auteurs donnent , au lieu de cette valeur, g 9,8088 . Le
nombre que nous avons adopté est extrait de la Mécanique de Poisson.
8 MÉCANIQUE.
3º Les intensités de la pesanteur *, en deux lieux différents,
sont proportionnelles aux longueurs des pendules qui battent les
secondes en ces deux lieux.
Eneffet :
1º Si t'est la durée de l'oscillation d'un pendule de longueur
l', on aura
t'=π -;
g
donc
t νι
=
2º Soient n, n' les nombres d'oscillations exécutées , dans
un même temps T, par deux pendules de longueurs l, l' ; de
manière que
Tnt= n't' .
On aura
n² t² = n'2 t'2 ,
ou
12 n'2
= -
22
Mais
t2 ι
2
donc
ι n'2**
1n2
* On verra plus tard que la constante g, en un lieu quelconque,
est proportionnelle à la pesanteur; elle peut donc lui servir de mesure.
** Pour faire comprendre l'utilité de cette formule, supposons qu'un
astronome , après avoir fait osciller un pendule dont la longueur
l= 1,950 , ait trouvé , pour la moyenne du nombre des oscillations
exécutées par ce pendule en un jour moyen , n = 61682, et qu'il se
propose de calculer la longueur du pendule à secondes. A cause de
n= 86 400, la formule donnera
61 682 2
86400
=
0,993 855.
C'est ainsi que Borda, lors de l'établissement du système métrique ,
obtint cette dernière valeur, d'où il conclut g= 9,808 96.
MÉCANIQUE. 9
3º Les deux pendules exécutant leurs oscillations en une
seconde , on a
l'
π
V= V
g
π
d'où
1*
Résumé.
Les corps sont composés de parties très-petites', appelées atomes ou
molécules .
Tout corps occupe dans l'espace , à chaque instant , un lieu déter-
miné.
Un corps est en repos ou en mouvement , suivant qu'une de ses
parties , au moins , est en repos ou en mouvement.
L'expérience ne fait connaître que des mouvements relatifs ou des
repos relatifs.
Le repos absolu est peut-être une abstraction .
L'idée de mouvement entraîne celle de continuité.
On appelle force la cause étrangère qui modifie ou qui tend à mo-
difier l'état de repos ou de mouvement d'un corps .
On considère , dans une force quelconque : 1° le point d'applica-
tion ; 2º la direction ; 3º l'intensité .
Il n'y a pas de force absolument instantanée.
Lorsque des forces, appliquées à un corps , n'en modifient pas l'état ,
on dit qu'elles se font équilibre.
L'idée d'équilibre n'entraîne pas nécessairement celle de repos .
Deux forces sont dites égales , lorsque , placées dans les mêmes cir-
constances , elles produisent les mêmes effets.
Les dynamomètres sont des instruments destinés à comparer les
forces aux poids.
L'unité de force est le kilogramme. Cette unité n'est pas absolument
constante.
La Mécanique est la science de l'équilibre et du mouvement. On la
divise en Statique et en Dynamique.
* On a vu, dans la Cosmographie, que les longueurs l', l" du pen-
dule, à l'équateur et en Laponie , sont à la longueur I du pendule, à
Paris,dans les rapports 0,99669 et 1,00127. Les valeurs correspon-
dantes de la gravité sont donc (en négligeant la force centrifuge) :
g' = g × 0,99669, g"= g × 1,00137.
Ainsi la pesanteur est plus petite à l'équateur qu'à Paris , et plus
petite à Paris qu'en Laponie; d'où l'on conclut quela Terre est aplatie
aux pôles et renflée à l'équateur.
L
10 MÉCANIQUE .
Lorsque des mouvements identiques se reproduisent sans interrup-
tion , les temps correspondants sont dits égaux entre eux , et le temps
total est dit double , triple , etc., de celui pendant lequel a lien le pre-
mier mouvement.
On appelle pendule simple un point matériel pesant, suspendu à l'ex-
trémité inférieure d'un fil inextensible et sans pesanteur , dont l'autre
extrémité est fixe .
Les oscillations d'un pendule sont, en général , sensiblement iso-
chrones .
L'unité de temps est le jour solaire moyen. Le pendule-étalon est
celui qui bat 86 400 oscillations en un jour solaire moyen..
Quand l'amplitude des oscillations est fort petite , la formule qui en
donne la durée est
ι
t= π
g
En un même lieu , les durées des oscillations de deux pendules sont
proportionnelles aux racines carrées des longueurs des pendules.
En un même lieu , les longueurs de deux pendules sont inversement
proportionnelles aux carrés des nombres d'oscillations .
Les intensités de la pesanteur, en deux lieux différents , sont pro-
portionnelles aux longueurs des pendules à secondes.
MÉCANIQUE . 11
ÉLÉMENTS DE STATIQUE.
CHAPITRE II.
Composition et équilibre des forces .
On admet que deux forces égales et contraires, appliquées à deux
points liés par une droite invariable de longueur , et agissant dans
la direction de cette droite , se font équilibre (21) . Translation du
point d'application d'une force en un point quelconque de sa di-
rection , qu'on suppose lié invariablement au premier (29). - Com-
position de deux forces appliquées à un même point (30-42) .
Théorème des moments par rapport à un point pris dans le plan
des forces ( 49-51 ) . - Composition d'un nombre quelconque de
forces appliquées à un même point (43-49) . - Conditions d'équilibre
(52-53).- Composition d'un système quelconque de forces appliquées
à un corps solide (54). - Leur réduction à deux forces, dont l'une
est appliquée à un point pris à volonté (56) . Condition générale
de l'équilibre (57) .
Effets produits par deux forces.
21. 1re DEMANDE *. 1 ° Deux forces P, Q, égales et direc-
tement opposées, appliquées à un point matériel m, se font
équilibre;
2º RÉCIPROQUEMENT : Si deux forces P, Q, appliquées à
un corps solide , se font équilibre , elles sont égales et directe-
ment opposées **
1º Sipar exemple un corps solidem, dedimensionstrès-petites,
repose sur un plan horizontal***, et qu'il soit sollicité, suivant
ce plan , par deux forces P,
Q, directement opposées ,
égales chacune à 40 kilo-
grammes (10) , il ne prendra
aucun mouvement .
* On appelle demande ou postulatum une proposition presque évi-
dente, que l'on admet sans démonstration.
** Cette réciproque est un cas particulier du principe de l'égalité
entre l'action et la réaction , découvert par Newton.
*** Afin que l'on puisse faire abstraction de la pesanteur.
12 MÉCANIQUE.
2º Quand j'appuie ma main sur une table, il se développe,
dans celle-ci , une résistance égale et contraire à la pres-
sion exercée : cette résistance se traduit par une sensation
d'autant plus pénible, que l'effort est plus [Link] encore,
quand un cheval traîne une voiture, il éprouve une résistance
au mouvement , égale et contraire à l'effort qu'il développe.
Pour se convaincre de ce dernier point, il suffit d'établir,
entre le cheval et la voiture, une corde portant un dynamo-
mètre à chacune de ses extrémités : on trouve que les indica-
tions des deux instruments sont égales, au moins quand le
mouvement est uniforme ; par conséquent, la corde est solli-
citée par deux forces égales et contraires .
22. 2ª DEMANDE. -Un point matériel en repos, sollicité par
deux forces P, Q, non directement opposées, commence à. se
mouvoir dans l'angle PmQ formé par les directions des forces.
m
23. Remarque . Cette proposition sup-
pose que le point matériel est entièrement
libre; ce qui veut dire qu'il est isolé dans
l'espace , et que , abstraction faite des
forces P, Q , rien n'en détermine ou n'en P
géne le mouvement. 2
24. Résultante. Soit ma la direction sui- S
vant laquelle le point m commencerait à se A
mouvoir, sous l'action simultanée des forces
P, Q. Pour le maintenir en repos , il fau-
drait y appliquer une certaine force S , di- m
rectement opposée à ma. Cette force S ferait
donc équilibre aux forces P, Q; ou, ce qui
est équivalent, les forces P, Q font équilibre
la
à la force unique S.
Soit maintenant R une force égale et di- P
V
rectement opposée à S; la force R , qui R
fait aussi équilibre à la force S (21 ), peut
donc tenir lieu des forces P, Q : pour indiquer ce résultat, on
dit que la force R est la résultante des forces P, Q. Inverse-
ment, celles-ci sont les composantes de R.
En général, on appelle résultante de plusieurs forces F, F' ,
F', une force unique produisant le méme effet que les com-
...
posantes F, F' , F' , ...
MECANIQUE . 13
25. Remarque. - Des forces données n'ont pas toujours une
résultante.
Par exemple, deux forces P, Q, non dirigées dans un méme
plan, n'ont pas de résultante *.
26. 3º DEMANDE. -
La résultante de deux
forces égales P, Q, non directement opposées,
appliquées à un point matériel m , est dirigée
suivant la bissectrice de l'angle PmQ formé par
les directions de P, Q.
27. 4º DEMANDE.- Deux forces P, Q, égales et directement
↑
P
opposées , appliquées aux extrémités A, B d'une droite rigide,
se font équilibre .
R
Ce principe, généralisation de la première demande (21 ),
doit être regardé comme un résultat de l'expérience : il ne
paraît pas susceptible A B
d'unevéritabledémons- 2 e
tration.
Translation du point d'application.
28. THÉORÈME. On peut transporter le point d'application
d'une force en un point quelconque de la direction de la
force, pourvu que le second point soit invariablement lié au
premier.
Soit , pour fixer les idées, la force F appliquée en un
point A appartenant à la
surface du corps solide M
M; je dis que cette force F B
A
peut être supposée appli- F
F
quée au point B, situé à
l'intérieur du corps, sur
le prolongement de FA.
Pour le faire voir, imaginons, en B, deux forces égales à F,
l'une F' dirigée suivant BA , l'autre F" opposée à F' : ces deux
forces auxiliaires, étant égales et directement opposées, se font
équilibre (21 ). D'un autre côté, les forces F, F' se font égale-
ment équilibre (27) : si nous les supprimons, ce qui ne change
en rien l'état du corps , il restera la force F' appliquée en B.
Cette dernière force peut donc tenir lieu de la force F, appli-
quée en A. C'est ce qu'il fallait démontrer.
* La démonstration de cette proposition, quoique assez simple, n'est
pas de nature à être donnée ici. at of a mara75 134
14 MÉCANIQUE ..
Composition de forces dirigées suivant une même droite.
29. THÉORÈME I. - Deux forces P, Q, dirigées suivant une
méme droite et agissant dans le même sens, ont une résultante
égale à leur somme, dirigée suivant la méme droite, et qui agit
dans le sens des deux composantes .
Au moyen du théorème précédent, on peut toujours ad-
mettre que les forces données ont même point d'application.
Cela étant, supposons qu'une même force f puisse être con-
tenue p fois dans Pet q fois dans Q* . Le point m est sollicité
par p + q forces égales à f, agissant toutes de la même ma-
nière : les choses se passent donc comme si le point était
sollicité par une force unique, égale à (p + q ) f, ou égale à
P+ Q.
30. THÉORÈME II. - Deux forces P, Q, dirigées suivant
une méme droite et agissant en sens contraires, ont une résul-
tante égale à leur différence, dirigée suivant la même droite, et
qui agit dans le sens de la plus grande composante.
Soit P > Q. On peut regarder la force P comme la résul-
tante de deux forces, Q' = Qet P - Q' , agissant dans le même
sens que P (29). La première composante Q' détruit la force
Q (27) : il reste donc , comme résultante des forces données,
la composante P - Q' = P - Q, qui agit dans le même sens
que P.
34. THÉORÈME III . - Tant de forces que l'on voudra, diri-
gées suivant une même droite, ont une résultante égale à leur
somme algébrique, dirigée suivant la même droite, et agissant
dans le sens des composantes dont la somme arithmétique est
la plus grande.
Pour fixer les idées, supposons qu'il y ait trois forces,
P, P' , P' agissant de gauche à droite, et deux forces , Q, Q' ,
agissant de droite à gauche.
* Quand on dit qu'une force f est contenue n fois dans une autre
force F, on veut exprimer que celle-ci équivaut à n forces égales à la
première. Or, on conçoit qu'en descendant à une force f suffisamment
petite, il soit toujours possible d'arriver à un sous-multiple commun
de deux forces quelconques P, Q, sinon exactement, du moins avecune
approximation plus que suffisante. Par exemple , si l'on veut comparer
la force de traction d'un homme à celle d'un cheval, on pourra essayer
d'abord, comme terme de comparaison, la force d'un enfant. Admet-
tons que l'expérience apprenne qu'un homme est plus fort que 3 enfants
réunis et plus faible que 4 : l'unité essayée étant trop grande, on aura
recours , par exemple, à la force d'un jeune chien; et ainsi de suite.
MÉCANIQUE. 15
Aux forces P, P' , on peut substituer une force unique r,
égale à P+ P' , et agissant de gauche à droite (29). De même,
aux forces r, P', on peut substituer une force unique R', égale
àr + P' , ou égale à P + P' + P" . Cette force R' , résultante
de P, P' , P' (24), agit aussi de gauche à droite. Semblable-
ment, les forces Q, Q' ont une résultante R', égale à Q + Q' ,
et qui agit de droite à gauche.
Le système donné est donc déjà remplacé par les forces
R' , R' . Mais celles-ci ont une résultante R, égale à R' - R' ,
ou égale à R' - R' , suivant que R' est supérieure ou infé-
rieure à R' (31). Pour abréger, on écrit, dans les deux cas,
R = P + P'P' - Q - Q' .
D'ailleurs, cette résultante unique R, prise positivement,
agit dans le même sens que les composantes dont la somme
arithmétique est la plus grande.
32. Remarque.- Si cette somme algébrique est nulle, c'est-
à-dire si la somme arithmétique des forces qui agissent dans
un sens , est égale à la somme arithmétique des forces qui
agissent en sens contraire, il y a équilibre.
Parallélogramme des forces.
33. THÉORÈME I.-La résultante R (24) de deux forces P, Q,
appliquées à un point matériel m, est représentée, EN DIRECTION,
par la diagonale mC du parallélogramme construit sur les
droites mA, mB qui représentent, en grandeur et en direction,
les composantes .
D'après la troisième demande
(26) , ce théorème fondamental
est vrai dans le cas où les com-
olumes
posantes P, Q sont égales. En
effet, à cause de mA = mB , le B لا
parallélogramme mACB se ré-
duit alors à un losange , dans
C
lequel la diagonale mC est la
bissectrice de l'angle AmB.
Pour passer au cas général, veel ani anaemmery
nous nous appuierons sur la constatem glacier
proposition suivante : selesai 40 no tene
-qu'o inicjat isq reais ezeng elle emios 34 11 neleneb esang
16 MÉCANIQUE.
34. LEMME. - Si le théorème I est vrai dans le cas d'une
force P et d'une force Q, et s'il est vrai aussi dans le cas de la
force Pet d'une force Q' , il subsiste pour le cas de la force Pet
de la force Q + Q' .
Supposons que, dans le parallélogramme mAC'B' , les lon-
gueurs mA , mB, BB' soient proportionnelles aux forces P, Q,
Q' : il s'agit de composer ( 24 )
la force P, représentée par mA , m
A
-P
avec la force Q + Q' repré-
sentée par mB' .
Remarquons d'abord que B
G
D
cette seconde force , appliquée
en m, peut être décomposée
en une force Q, aussi appliquée B
C
en met représentée par mB, et
en une force Q' , appliquée en B 9+Q'
S
et représentée par BB' : en E
effet , on suppose les points m,
B, B' liés invariablement.
D'après la première hypothèse, la résultante S des forces
P, Q est dirigée suivant la diagonale mC du parallélogramme
mACB. Transportons en C (28) le point d'application de cette
résultante partielle S ; et, cela étant fait, décomposons cette
même force S, appliquée en C, comme elle était décomposée
tout à l'heure : les nouvelles composantes P₁= P, Q₁= Q
seront dirigées, l'une suivant le prolongement CD de BC, l'autre
suivant CC'. En effet, les angles SCD, SCC' sont égaux, res-
pectivement , à CmA , CmB .
Acause de cette première décomposition, le système des
forces Pet Q + Q' , appliquées en m, est remplacé par le sys-
tème des deux forces P1, Q1, appliquées en C, et de la force
Q' , non encore employée, et représentée par BB' .
Avant d'aller plus loin, remarquons que la force P₁ peut être
remplacée par une force P₂=P₁= P, appliquée en B et repré-
sentée par BC ; et que la force Q₁ peut être remplacée par une
force Q₂= Q₁= Q, appliquée en C' et dirigée suivant le pro-
longement C'E de AC' .
D'après la seconde hypothèse, la résultante S' des forces
P , Q', est dirigée suivant la diagonale BC' du parallélo-
gramme BCC'B' . Ainsi, le système des forces Pet Q + Q'est
remplacé, maintenant, par le système des forces Q₂ = Qet S',
appliquées en C' . La résultante R des deux premières forces
passe donc en C'. Et comme elle passe aussi par le point d'ap-
MECANIQUE 17
plication m, elle est dirigée suivant la diagonale mC' du paral-
lélogramme mAC'B' . Le lemme est donc démontré.
311 A
B
35. Revenons maintenant au
cas de deux forces quelconques
P, Q , appliquées à un point ma-
tériel m , et respectivement re-
présentées par les droites mA ,
mB : il s'agit de démontrer que la B
G
résultante R est représentée , en
direction , par la diagonale mC du
R
parallélogramme MACB.
Supposons , comme ci-dessus (29), qu'une même force f
puisse être contenue p fois dans Pet q fois dans Q. Le théo-
rème étant vrai pour le cas où les composantes se réduiraient,
l'une et l'autre, à f, subsiste pour le cas de la force f et d'une
force 2f. Étant vrai dans ces deux premiers cas , il subsiste
pour le cas de la force f et d'une force 3f; et ainsi de suite.
Ainsi déjà, le théorème I est démontré pour le cas de la force
fet d'une force of Q. Par suite , il subsiste lorsque les
composantes sont Q et 2f; puis quand elles deviennent Q et
3f; etc. Enfin , il est démontré pour le cas où les forces
données sont Qet pf=P.
36. THÉORÈME II. - La résultante R de deux forces P, Q,
appliquées à un point matériel m, est représentée, EN GRAN-
DEUR, par la diagonale mC du parallélogramme construit sur
les droites mA, mB qui représentent, en grandeur et en direc-
tion, les composantes.
Soit R' une force égale et directement opposée àR : ilya
équilibre entre les forces P, Q, R' (24) . Par conséquent, la
forcePest égale et directement opposée à la résultante P' de Q
etdeR' .
R
"
C
m
. A
P
C
B
2
18 MECANIQUE .
Par le point B, menons BA' parallèle à Cm ; puis, par le
point A' où BA' coupe le prolongement de mA, menons A'C'
parallèle à Bm : je dis que mC' représente, en grandeur, la
force R' .
En effet, si cette force était représentée par une droite mC
différente de mC', la diagonale mA" du parallélogramme mBA'C'
ne coïnciderait pas, en direction , avec P' , contrairement au
théorème I.
A cause des parallélogrammes mC'A'B, MA'BC, on a
R' = mC'BA ' = Cm = R .
Ainsi, la diagonale mC' , qui représente la résultante R en
direction, la représente aussi en grandeur. C'est ce qu'il fallait
démontrer.
37. En résumant les théorèmes I, II, on a donc la propo-
sition suivante , connue sous le nom de théorème ou de règle
du parallélogramme des forces :
La résultante R de deux forces P, Q, appliquées à un point
matériel m , est représentée, en grandeur et en direction, par la
diagonale du parallélogramme construit sur les droites qui
représentent, en grandeur et en direction, les composantes.
38. Remarques . — I. On a
MC < mA + AC, MC > MA - AC,
ou
R < P+ Q, R > P- Q.
Ainsi, la résultante est plus petite que la somme des deux
composantes, et plus grande que leur différence.
II. Si l'angle des composantes diminue jusqu'à zéro , le
point A est situé entre les points m, C; et alors
R = P + Q.
Ainsi , deux forces dirigées suivant la même droite, et agis-
sant dans le même sens , ont une résultante égale à leur
somme (29) .
III . Semblablement , deux forces inégales , dirigées suivant la
même droite, et agissant en sens contraires, ont une résultante
égale à leur différence (30).
MÉCANIQUE . 19
39. Autres relations entre la résultante et tes deux compo-
santes .- Soient P, Q deux forces appliquées à un point ma-
tériel m ; soit R leur résultante :
1º Chacune des trois forces est proportionnelle au sinus de
l'angle formé par les directions des deux autres ; ;
2º Les distances MG , MH d'un point M de la résultante,aux
directions des composantes , sont en raison inverse des inten-
sités de ces composantes .
Eneffet :
1º Le triangle mBC donne
BC mB mC
sinBmC sin mCB sin mBC ,
Q
R
C
ou, en remplaçant les côtés B
par les forces auxquelles ils H
M
sont proportionnels,
m P
G A
P Q R *
sin(Q,R) sin(P,R) sin(P,Q)
2º Les triangles rectangles MGm, MHm donnent
MG sin (P,R)
ΜΗ sin (Q,R) ' -
ou, en vertu de la proportion précédente ,
MG
ΜΗ P
40. Remarque. -
La recherche de la résultante R des
forces P, Q équivaut à la résolution du parallélogramme
mACB, ou , simplement , à la résolution du triangle mBC,
dans lequel on connaît deux côtés et l'angle compris. Ce
triangle donne **
mC² = mB² + BC - 2 mB . BC cos mBC ;
* Il est à peine besoin de faire observer que la notation sin (Q,R)
représente le sinus de l'angle formé par la direction de Q avec la
direction de R; etc.
** Voyez la Trigonométrie.
20 MÉCANIQUE.
ou, en remplaçant les lignes par les forces qu'elles représen-
tent, et enfaisant attention que mBC est le supplément de BmA :
R2= P2 + Q² + 2 PQ cos (P, Q) . (1)
La résultante étant ainsi déterminée en grandeur *, on la
détermine en direction par les proportions
P Q R
(2)
sin (Q, R) sin (P,R) sin (P,Q)
Si les composantes P, Q sont rectangulaires , les relations
(1) et (2) se simplifient ; elles donnent
R = VP2 + Q2 , (3)
P= R cos (P, R) , Q = R cos (Q,R) . (4)
Résultante d'un nombre quelconque de forces appliquées
à un même point.
41. Soient, pour fixer les idées, quatre forces F, F', F', F''',
appliquées à un pointm, et représentées par les droites mA,
MA' , MA' , mA''. ....
Si, par la règle du parallélogramme, on réduit les forces F,
F' à une force unique S, le système des quatre forces données
sera remplacé par le système des trois forces S , F', F''' .
Demême, en composant S avec F" , et en cherchant la résul-
tante S' de ces deux
forces , on réduit le N
système primitif au
système des forces S',
M
F'"'". Enfin une nou-
velle application du A
théorème fait con-
naître la résultante B
R des forces F , F' ,
F' , F''' . B"
R
* La formule (1) donne pour R deux valeurs , égales et de signes
contraires ; mais on doit adopter seulement la valeur positive de cette
inconnue , attendu que l'intensité d'une force ne peut étre négative.
Quand on affecte une force du double signe , on a égard , tout à la
fois , à la grandeur de cette force et aux deux sens opposés dans les-
quels elle peut agir. Ici, il n'y a pas d'ambiguïté : la résultante R agit
de m vers C.
MÉCANIQUE. 21
42. Remarque.-Au lieu de construire, successivement, les
parallélogrammes dont mB, mB' , ... sont les diagonales , on
peut se contenter de mener AB égale et parallèle à mA' ; puis
BB' égale et parallèle à mA' , etc.: la droite mB'' , qui ferme
le contour polygonal mABB' ... , représente la résultante. On a
donc le théorème suivant :
La résultante d'un nombre quelconque de forces appliquées
à un même point est représentée, en grandeur et en direction,
par le dernier côté d'un polygone fermé ayant ses autres côtés
égaux et parallèles à ceux qui représentent les composantes ,
en grandeur et en direction .
43. Remarque.-Étant donnée une forceR, on peut toujours,
d'une infinité de manières , la décomposer en d'autres forces
dont les directions passent par le point d'application de R *.
Parallélipipède des forces.
44. Considérons le cas où les forces se réduisent à trois ,
non situées dans un même plan; la construction générale
indiquée ci-dessus (41) donne lieu à la proposition suivante,
connue sous le nom de Théorème du Parallélipipède des forces :
La résultante de trois forces appliquées à un méme point,
et non situées dans un même plan, est représentée, en grandeur
et en direction, par la diagonale du parallélipipède construit sur
les droites qui représentent les composantes, en grandeur et en
direction .
(Я ) 200 11 X
45. Si les directions des composantes X, Y, Z, sont per-
pendiculaires deux à deux,
et que les intensités de ces C E R
forcessoientreprésentées par G
OA, OB, OC, il est facile DA
de calculer, non-seulement
l'intensité de la résultante R,
représentée par la diagonale 0 X
OG du parallélipipède rec-
tangle OABCG, mais encore ) B F
800
les angles formés par R avec
les composantes.
-nob anoitustik sal la ufaidiatorri tas notizoqmasih at 8010
* Cet énoncé est soumis à deux restrictions : 1º si les directions
données sont dans un même plan, dans lequel ne soit pas située la
22 MÉCANIQUE .
1° Si l'on mène GA, cette droite sera perpendiculaire à OA,
attendu que le plan EAF est perpendiculaire à cette dernière
droite; par conséquent, dans le triangle rectangle OAG :
OG = OA + AG².
Mais, dans le triangle AFG , rectangle en F :
2 -2
AG =AF +FG ;
donc, à cause de AF = OB, et de FG= OC :
-2 -2 2 2
OG² = OA +OB² +OC² .
Remplaçons les longueurs par les forces qu'elles repré-
sentent ; nous aurons , au lieu de la dernière égalité ,
R2 = X2 + Y2 + Z2 . (1)
Ainsi , quand trois forces appliquées à un même point sont
rectangulaires deux à deux, le carré de la résultante est égal à
la somme des carrés des composantes .
2º Le triangle rectangle OAG, déjà considéré, donne
OA= OG cos AOG,
ou
X = R cos (X,R) . (2)
On trouverait, semblablement,
Y = R cos (Y,R), (3)
Z = R cos (Z,R) . (4)
On conclut, des trois dernières relations , les cosinus des
angles formés par les composantes avec la résultante :
X Y Z
cos (X,R) = R' cos (YR) ='R' cos (Z,R)=
R
force R, la décomposition est impossible ; 2° si les directions don-
nées se réduisent à deux, situées dans un même plan avec la force
R, la décomposition est possible, mais d'une seule manière.
MÉCANIQUE. 23
46. Remarque. -
Si l'on remplace , dans l'égalité (1 ),
X, Y, Z par leurs valeurs, on obtient, en supprimant le fac-
teur commun R
cos² (X,R) + cos² (Y,R) + cos² (Z,R) = 4.0- э
Ainsi , la somme des carrés des cosinus des angles que fait une
droite avec trois axes rectangulaires quelconques, est égale à
l'unité. Cette relation très-simple est d'un usage continuel dans
certaines parties des Mathématiques.
Moment d'une force. - Théorème de Varignon.
47. Moment d'une force. Le moment d'une force , par
rapport à un point O, est le produit de l'intensité de la force
par la distance comprise entre la direction de la force et le
point.
Le point O est appelé centre des moments .
48. THÉORÈME . -
Le moment de la résultante R de deux
forces concourantes F, F' , par rapport à un point O situé dans
leur plan, est égal à la somme des moments des composantes
(Théorème de Varignon) .
m
D
C
P
H
C
AT
G P
Les distances OC, OC', OD étant désignées par p, p' , r, il
faut démontrer queen of arch plombano dia a impelloo
Rr = Fp + F'p' .
24 MÉCANIQUE .
Cette égalité revient à
[Link] = [Link] + [Link]' :
celle-ci exprime que le triangle OmB est équivalent à la somme
des triangles OmA , OmA' . Ces trois triangles ayant même
base Om, sont entre eux comme leurs hauteurs BH , AG ,
A'G' ; donc l'égalité (1) se réduit à
BH = AG + A'G' .
Mais , I étant le centre du parallélogramme, BH= 2II' ; et,
d'après un théorème connu ,
II' = (AG + A'G') ;
donc enfin
BH = AG + A'G' .
49. Remarque. - Si le centre O tombait dans l'angle for-
mé par les directions mA, mA' , ou dans l'angle formé par
leurs prolongements, le triangle OmB serait égal à la diffé-
rence des triangles OmA , OmA' , en sorte que le moment de
la résultante serait égal à la différence des moments des com-
posantes . Pour n'avoir pas à modifier l'énoncé du théorème,
on regarde le moment d'une force comme positif ou comme
négatif, suivant que cette force tend à faire tourner la droite
Om dans un sens ou dans l'autre, autour du centre des mo-
ments .
50. COROLLAIRE. - Si le centre des moments appartient à
la direction de la résultante, les moments des composantes sont
égaux et de signes contraires ; et réciproquement.
1º En effet, lorsque le point O est situé sur mB, on a r = 0 ;
donc l'égalité (1) devient Fp + F'p' = 0 , ou
Fp =- F'p' .
20 Si Fp =- F'p', l'égalité (1) se réduit à Rr = 0 ; et, comme
=-
le premier facteur R est supposé différent de zéro, le second
facteur r est nécessairement nul ; donc le point O est situé
sur mB .
51. Remarque. — La première propriété ne diffère pas de
celle qui a été démontrée dans le n° 39 (20). En effet, de la
proportion
MÉCANIQUE. 25
MGQ
MHP'
on conclut
-P. MG + Q. MH = 0 .
Mais, si l'on convient de regarder comme positifle moment
de la force Q, et comme négatif le moment de la force P *,
on a
-P. MG = moment de P, Q. MH = moment de Q ;
donc
mom. P + mom . Q= 0 .
Conditions de l'équilibre d'un point matériel.
52. Avant de chercher les conditions de l'équilibre de plu-
sieurs forces appliquées à un point matériel, nous rappellerons
quelques propositions :
1º On dit que des forces se font équilibre, quand elles se
neutralisent réciproquement, de manière à ne pas modifier
l'état de repos ou de mouvement du corps qu'elles sollici-
tent (8) ;
2º Pour que deux forces, appliquées à un corps solide entiè-
rement libre**, se fassent équilibre, il faut et il suffit qu'elles
soient égales et directement opposées (21 , 27) ; ne respons torq
४१
3º Plusieurs forces F , F' , AF
F' ,.... appliquées à un points
matériel m , se réduisent , en m
général, à une force unique R A"
C
représentée, en grandeur et en
direction , par le dernier côté
02
d
mD d'un polygone fermé ayant
ses autres côtés égaux et paral-
lèles aux droites qui représentent "" DO REND
les composantes, en grandeur et m
en direction (42) .
* Ces conventions sont les plus habituelles.
** Un corps est dit entièrement libre dans l'espace, quand rien ne
s'oppose au mouvement que tendent à lui imprimer les forces qui y
sont appliquées .
e 2
26 MÉCANIQUE.
53. De ces principes, on conclut le théorème suivant :
Pour que plusieurs forces F, F' , F " , ..., appliquées à un point
matériel m, se fassent équilibre, il faut et il suffit que le poly-
gone dont les côtés sont égaux et parallèles aux droites qui les
représentent, soit fermé.
Eneffet :
4° Si, comme dans la figure du numéro précédent, le po-
lygone MABCD est ouvert , les forces F, F' , F" , F''' ont une
résultante R, représentée par la droite mD qui ferme le poly-
gone;
2º Si, au contraire , le polygone mABCDm est fermé, son
dernier côté Dm, prolongé d'une longueur égale, représente la
force Fiv, laquelle est égale Fiv
et directement opposée à AV F
la résultante R des autres A
forces F , F' , F' , F' ' : car
cette résultante serait re- A"
m F
présentée par mD. Les C
deux forces FIV, R se font B
donc équilibre , ou, ce qui
est équivalent, il y a équili- A
bre entre toutes les forces D
F, F' , F' , F''' , Fiv. F/// F
54. Il résulte , de cette dernière démonstration , que l'on
peut énoncer en ces termes la proposition précédente :
Pour que plusieurs forces, appliquées à un point matériel,
se fassent équilibre, il faut et il suffit que l'une quelconque d'en-
tre elles soit égale et directement opposée à la résultante de
toutes les autres * .
55. Enfin, on peut dire encore que :
Des forces, appliquées à un point matériel, se font équilibre
si leur résultante est nulle **.
En effet, quand le dernier sommet du polygone des forces
s'approche indéfiniment du point d'application, la résultante
diminue jusqu'à zéro.
* Cette proposition, qui est également vraie pour des forces dirigées
d'une manière quelconque, est souvent regardée comme un axiome.
** C'est-à-dire si la droite qui devrait la représenter se réduit au
point d'application.
MÉCANIQUE. 27
Composition et équilibre de forces quelconques .
56. THÉORÈME. Tant de forces que l'on voudra , F, F', F' , ... ,
appliquées à un corps solide M, peuvent toujours étre rempla-
cées par deux forces S, T, dont l'une passe en un point A, pris
arbitrairement dans le corps .
Indépendamment du point A, prenons deux points B, C dans
l'intérieur du corps, et joignons A, B, C aux points d'applica-
tion de toutes les forces données . Soit, pour fixer les idées , m
le point d'application de la force F. Nous pouvons décom-
poser F en trois forces dirigées suivant mA, mB, mС (43) .
Si nous opérons de même
pour F' , F" , ... nous obtien- F
drons trois groupes de for- F
ces concourantes ; et, sans
rien changer à l'état du
m
m T
corps , nous pourrons rem-
placer ces trois groupes par " m"
trois résultantes partielles C
D
P, Q, R, respectivement ap- R
-0
pliquées en A, B, C*. Ainsi B
déjà, toutes les forces don- A q
nées peuvent être réduites à
P
trois forces passant par trois
S
points pris arbitrairement
dans le corps.
Pour opérer une nouvelle réduction, considérons l'intersec-
tion AD des plans ABQ, ACR ; ou, si ces plans se confondent,
menons ladroite AD de manière qu'elle rencontre les directions
des forces Q, R. Dans les deux cas, tirons les droites DB, DC.
La force Q, située dans le plan ABD, peut être décomposée en
deux forces q, q' , dirigées, l'une suivant BA, l'autre suivant
BD. De même, la force R peut être remplacée par une force r
dirigée suivant CA et par une force r' dirigée suivant CD.
Les forces concourantes P, q, r ont, en général , une résul-
tante unique S passant en A ; de même, les forces concou-
rantes q' , r' ont une résultante unique T passant en D. Ces
deux forces S, T, dont la première est appliquée au point A pris
* S'il arrivait que les forces du premier groupe se fissent équilibre,
on aurait à considérer seulement les forces qui concourent soit en B,
soit en C; et ainsi de suite.
28 MÉCANIQUE.
arbitrairement dans le corps solide, peuvent donc tenir lieu
des forces F, F' , F' , ... C'est ce qu'il fallait démontrer.
57. Corollaire.- Pour que les forces F, F' , F , ... se fassent
équilibre, il faut et il suffit que les forces S, T soient égales et
directement opposées * .
Résumé.
Deux forces égales et directement opposées , appliquées à un point
matériel, se font équilibre ; et réciproquement.
Un point matériel en repos , sollicité par deux forces P, Q non direc-
tement opposées , commence à se mouvoir dans l'angle formé par les
directions des forces.
La force R, qui produirait le même effet que les forces P, Q, est la
résultante de celles-ci .
En général, on appelle résultante de plusieurs forces F, F', F" , ....
une force unique produisant le même effet que F, F' , F" , ....
Des forces données n'ont pas toujours une résultante.
La résultante de deux forces égales , P , Q , non directement oppo-
sées, appliquées à un point matériel, est dirigée suivant la bissectrice
de l'angle formé par les directions de P, Q.
Deux forces égales et directement opposées , appliquées aux extré-
mités d'une droite rigide, se font équilibre.
On peut transporter le point d'application d'une force en un point
quelconque de la direction de la force, pourvu que le second point soit
invariablement lié au premier.
Deux forces , dirigées suivant une même droite et agissant dans le
même sens, ont une résultante égale à leur somme, dirigée suivant la
même droite, et qui agit dans le sens des deux composantes.
Deux forces , dirigées suivant une même droite et agissant en sens
contraires, ont une résultante égale à leur différence, dirigée suivant la
même droite , et qui agit dans le sens de la plus grande composante.
Tant de forces que l'on voudra , dirigées suivant une même droite ,
ont une résultante égale à leur somme algébrique , dirigée suivant la
même droite, et agissant dans le sens des composantes dont la somme
arithmétique est la plus grande.
Si cette somme algébrique est nulle, il y a équilibre.
La résultante de deux forces appliquées à un point matériel est repré-
sentée , en grandeur et en direction , par la diagonale du parallélo-
gramme construit sur les droites qui représentent , en grandeur et en
direction, les deux composantes.
* Il n'y a pas d'autre manière de répondre à cette question du Pro-
gramme : Condition générale de l'équilibre. Pour les équations
de l'équilibre, le lecteur peut consulter l'ouvrage intitulé : Manuel des
candidats à l'École polytechnique ( tome II, page 248).
MÉCANIQUE . 29
Soient P, Q, R les composantes et la résultante :
1º Chacune des trois forces est proportionnelle au sinus de l'angle
formé par les directions des deux autres ;
2. Les distances d'un point de la résultante aux directions des com-
posantes sont en raison inverse des intensités de celles-ci.
La recherche de la résultante de deux forces équivaut à la résolution
d'un triangle.
La résultante d'un nombre quelconque de forces appliquées à un
même point est représentée , en grandeur et en direction, par le der-
nier côté d'un polygone fermé ayant ses autres côtés égaux et parallèles
aux droites qui représentent les composantes , en grandeur et en di-
rection.
Étant donnée une force R , on peut , d'une infinité de manières, la
décomposer en d'autres forces dont les directions passent par le point
d'application de R.
La résultante de trois forces appliquées à un même point, et non si-
tuées dans un même plan, est représentée, en grandeur et en direction,
par la diagonale du parallélipipède construit sur les droites qui repré-
sentent les composantes, en grandeur et en direction .
Si les composantes sont rectangulaires deux à deux , la somme de
leurs carrés est égale au carré de la résultante.
Le moment d'une force , par rapport à un point , est le produit de
l'intensité de la force par la distance comprise entre la direction de la
force et le point.
Le moment de la résultante de deux forces concourantes , par rap-
port à un point situé dans leur plan , est égal à la somme algébrique
des moments des composantes.
Pour que plusieurs forces , appliquées à un point matériel, se fassent
équilibre , il faut et il suffit que l'une quelconque d'entre elles soit
égale et directement opposée à la résultante de toutes les autres.
Tant de forces que l'on voudra, F , F', F",.... appliquées à un corps
solide , peuvent toujours être remplacées par deux forces S , T, dont
l'une passe en un point A, pris arbitrairement dans le corps.
Pour que les forces F, F' , F", .... se fassent équilibre, il faut et il suffit
que les forces S, T soient égales et directement opposées.
2.000
2.
30 MÉCANIQUE .
CHAPITRE III.
Composition de deux forces parallèles (58, 59). - Couple (60). -
Composition d'un nombre quelconque de forces parallèles (61, 62).-
Centre des forces parallèles (63). - Centre de gravité ; sa recherche
dans quelques cas simples : triangle et pyramide (71-80).
Composition des forces parallèles.
58. THÉORÈME I. Deux forces parallèles et de méme sens,
appliquées en deux points d'un corps solide, ont une résultante
parallèle à leur direction commune, agissant dans le même
sens, et égale à leur somme. De plus, la direction de cette résul-
tante partage la droite qui joint les points d'application des
composantes, en deux segments additifs , inversement propor-
tionnels à ces composantes .
Sans changer l'é-
tat du corps , nous M
0
N
pouvons appliquer,
aux points A, B ,
deux forces f, f',
égales et directe- f< G A B H
f'
ment opposées (27) . C
Soient AG, BH les E K
droites égales qui
I D
représentent ces
forces auxiliaires ,
et AD , BE celles
S
qui représentent les F R
forces données.
Les forces F, f, appliquées en A, ont une résultante S repré-
sentée par AI. De même, les forces F', f' se composent en une
force S', représentée par BK. Soit O le point de concours des
directions IA, KB * : les forces S, S' peuvent être supposées
appliquées en ce point** (28). Cela étant, menons MON pa-
* Ce point existe , parce que la somme des angles IAB, ABK est
comprise entre 2d et 4d.
** En rendant suffisamment petites les forces f, f', on peut rappro-
procher le point O, autant qu'on le voudra, de la droite AB. Par con-
séquent, il est permis de supposer que ce point appartient au corps
solide; ce qui est nécessaire pour justifier l'emploi du lemme.
MÉCANIQUE . 31
rallèle à AB, OC parallèle à AD ; puis décomposons, suivant
ces deux directions, chacune des résultantes partielles S, S' .
Nous trouverons, comme tout à l'heure, les forces f, f' , égales
et directement opposées, et les forces F, F' , dirigées cette fois
suivant OC. Par conséquent, la première partie du théorème
est démontrée.
Pour vérifier la seconde, il suffit d'observer que les triangles
IAD, AOC, KBE, BOC sont semblables deux à deux. Donc
AD ID BE KE
OC AC OCBC
puis, à cause de ID = KE :
1 ADCBC
BEAC'
c'est-à-dire
CASEF BC
FAC
59. THÉORÈME II. Deux forces F, F' parallèles, inégales et
de sens contraires, appliquées en deux points A, B d'un corps
solide, ont une résultante R parallèle à chacune d'elles , agis-
sant dans le sens de la plus grande, et
égale à leur différence. De plus, la direc- R' F
tion de cette résultante partage la droite
AB, qui joint les points d'application des
composantes , en deux segments sous- A
B
tractifs AC , BC , inversement propor- C-
tionnels à ces composantes . baston- su
Prenons, sur le prolongement de AB, 10doanq
et du côté de la plus grande des deux כני
forces, le point C déterminé par la pro-
RF
portion
ou, ce qui est équivalent, par la proportion
AC F'
(2)
ABOR-F
Appliquons ensuite, en C, deux forces R, R', directement
opposées , parallèles aux forces F, F', et égales à F- F' :
32 MÉCANIQUE.
l'état du corps ne sera pas changé (21) . Mais , d'après le
théorème précédent, les forces F', R' ont une résultante égale
etdirectement opposée à F : les trois forces F', R' , F se font
donc équilibre. Si nous les supprimons, il ne restera plus, au
lieu des forces données, que la force unique R : celle-ci est
donc la résultante de Fet de F' .
60. Remarque. Si les forces F, F' devenaient égales ,
elles n'auraient pas de résultante, puisque la relation (2) don-
nerait pour AC une valeur infinie. De plus, ces deux forces ne
pourraient se faire équilibre (52, 2º). On a donné à un pareil
système de deux forces égales, parallèles, de sens contraires,
non directement opposées, la dénomination de couple.
61. THÉORÈME III. Tant de forces parallèles que l'on vou-
dra, appliquées en différents points d'un corps solide , et
agissant dans le méme sens, ont une résultante parallèle à
chacune d'elles, agissant dans le sens des composantes, et
égale à leur somme.
Soient, pour fixer les idées, quatre forces F, F', F', F''' ,
appliquées en A, A', A' , A'' . Les forces F, F' , parallèles et
de même sens, ont une résultante r c'
AC
dont on obtiendra un point C en par-
A
tageant la droite AA' de manière que 0
ACF %
A'CF A
r
De même, la résultante r' des forces F"
r, F' , ou des forces F, F' , F' partage
la droite CA' en un point C' déter- F PR
miné par la proportion
CC' F
A'Cr F!!!
Enfin , la résultante R des forces r', F'"", c'est-à-dire la
résultante des quatre forces proposées, passe en un point O
qui divise C'A''' en parties inversement proportionnelles à
r'et F'" .
D'ailleurs ,
r = F + F' , r' = r + F", R= r' + F'"' ;
donc
dineas anon
MECANIQUE . 33
62. Remarques.- I. Les points C, C' , C' , ... sont déterminés
par les points d'application des forces F, F' , F" et par les
....
rapports de ces forces. Conséquemment, si l'on fait tourner
les forces F, F' , F" , ... autour de leurs points d'application, sup-
posés fixes , de manière que ces forces conservent leur parallé-
lisme et leurs rapports, les résultantes de tous ces systèmes de
forces passeront constamment par un point fixe О.
II. Ce point fixe est appelé centre des forces parallèles.
III. Si toutes les forces F, F' , F" , ... sont égales entre elles,
leur centre ne diffère pas du centre des moyennes distances
des points A , A΄, Α΄ , ...*.
IV. En même temps, les proportions ci-dessus deviennent
AC CC' 1 C'O 1
=1 ,
A'C A'C'2 ' AO-3
Ainsi le point C est le milieu de AA' ; le point C' est situé
au tiers de CA' , à partir de C; le point O est situé au quart
de C'A''' , à partir de C' , etc.
63. Au moyen des théorèmes précédents, on pourra tou-
jours effectuer la composition d'un nombre quelconque de
forces parallèles, agissant, les unes dans un sens, les autres
dans le sens opposé. En effet, on peut d'abord chercher la ré-
sultante R₁ des forces appartenant au premier groupe (61 ) ,
et la résultante R₂ de celles qui appartiennent à l'autre groupe .
Cela posé, trois cas principaux peuvent se présenter :
1º Si les résultantes partielles R1 , R2 sont inégales, elles se
composent en une seule force R : les forces proposées peuvent
avoir une résultante unique.
2º Si les résultantes R1, R, sont égales et directement oppo-
sées, elles se détruisent : les forces proposées peuvent se faire
équilibre.
3º Enfin, si les résultantes R₁, R. sont égales et non directe-
ment opposées, elles constituent un couple : les forces propo-
sées peuvent se réduire à un couple.
* Voyez l'ouvrage intitulé Théorèmes et Problèmes de Géométrie
élémentaire, cinquième édition.
34 MÉCANIQUE .
64. Remarque.- Dans le cas où des forces parallèles ont
une résultante unique R, celle-ci est égale à l'excès de la
somme des forces qui agissent dans un sens, sur la somme
des forces qui agissent dans le sens opposé. En effet, F, F',
F" , ... étant les premières forces, et F1, F1, F1 , ... étant les
dernières, on a
R₁ = F + F' + F' + ... ,
R2 = F1 + F1 + F1 + ...,
R = R₁ - R,;
donc R = F + F + F' + ... (F₁ +F₁' + ...) .
On peut dire encore que la résultante est égale à la somme
algébrique des composantes (31 ) .
De la pesanteur.
65. La pesanteur est la cause en vertu de laquelle les corps
tendent à tomber à la surface de la Terre *. On lui donne aussi
le nom de gravité. Elle est un cas particulier de la gravitation
universelle **, découverte par Newton.
66. Le poids d'un corps sollicité par la pesanteur est la
pression exercée par ce corps sur l'obstacle qui l'empêche de
tomber. Cette pression est égale et directement opposée à la
résistance de l'obstacle. Pour soutenir, à bras tendu, un poids
de 5 kilogrammes, on est obligé de développer un effort mus-
culaire : cet effort équivaut à 5 kilogrammes ,
67. Remarque. Les expressions pesanteur et poids ne
doivent pas être confondues : la pesanteur est la cause géné-
rale , la force qui fait tomber tous les corps ; le poids est la
portion de cette force appliquée à un corps déterminé***.
*
« Tous les corps, tant solides que fluides, tombent en bas dès qu'ils
ne sont plus soutenus. Quand je tiens une pierre dans la main et que
je la lache, elle tombe à terre et tomberait encore plus loin s'il y avait
un trou dans la terre. Dans le temps même que j'écris ceci, mon pa-
pier tomberait à terre s'il n'était soutenu par ma table. La même chose
arrive à tous les corps que nous connaissons ; il n'en est aucun qui ne
tombe à terre dès qu'il n'est plus soutenu ou arrêté. La cause de ce
phénomène ou de ce penchant qui se trouve dans tous les corps est
nommée leur gravité ou leur pesanteur. » (Euler, Lettres à une prin-
cesse d'Allemagne.)
** Voyez la Cosmographie .
*** Pour éviter toute ambiguïté, on devrait peut-être employer exclu-
sivement le mot de pesanteur pour désigner, non la cause en vertu de
propriété qu'ils ont de tendre
laquelle les corps tombent, mais bienla pro
MÉCANIQUE. 35
68. Verticale. - Quand un corps pesant est suspendu, à
l'état de repos, à l'extrémité d'un fil très-délié, il y a équilibre
entre le poids du corps et la résistance que le fil oppose à la
rupture (21) : la direction du poids, ou la verticale du lieu ,
est donc celle du fil. C'est ce qu'on exprime en disant : la ver-
ticale d'un lieu est indiquée par le fil à plomb .
69. On démontre , dans la Mécanique rationnelle , que la
verticale d'un lieu est normale à la surface des eaux tranquilles .
D'ailleurs, la figure de la Terre est celle d'un ellipsoïde aplati,
très-peu différent d'une sphère. Conséquemment, la verticale
d'un lieu quelconque passe, à fort peu près, par le centre de la
Terre.
70. Chute des corps pesants . -
Dans le vide , les corps
légers tombent aussi rapidement que les corps lourds . Dans
l'air, il n'en est plus de même une pièce de monnaie tombe
beaucoup plus vite qu'une rondelle de papier ayant le dia-
mètre de la pièce. La raison de cette différence de vitesse est
facile à saisir : la résistance de l'air, s'exerçant de la même
manière sur les deux corps, est relativement plus grande sur
celui qui pèse le moins : elle doit donc ralentir le mouvement
de celui-ci bien plus que le mouvement de l'autre.
Centres de gravité.
71. Nous avons vu (62, II) que, pour tout système de forces
parallèles , il existe un centre par lequel passe constamment la
direction de la résultante, lorsque les composantes tournent
autour de leurs points d'application. Par conséquent , si l'on
considère un corps quelconque comme un assemblage de
molécules, et si l'on fait attention que les poids de ces molé-
cules sont des forces sensiblement parallèles , on conclura
qu'il existe un point unique par lequel passe constamment la
direction du poids , quand on tourne le corps dans diverses
positions à l'égard de la verticale. Ce point est le centre de
à tomber. Euler, dont l'opinion doit avoir tant d'autorité, dit expres-
sément, dans l'ouvrage cité : « Quand on dit que tous les corps sont
graves, on entend qu'ils ont un penchant à tomber, et qu'ils tombe-
ront tous en effet dès qu'on ôteră ce qui les a soutenus jusqu'ici. » II
est bien vrai qu'immédiatement avant cette phrase, le grand géomètre
appelle gravité ou pesanteur la cause de ce penchant qui se trouve
dans tous les corps ; mais c'est peut-être là, ou une très-légère inad-
vertance, ou un sacrifice à l'opinion commune. 53 Pradip
36 MÉCANIQUE .
gravité du corps. Ce centre n'est pas nécessairement dans
l'intérieur du corps * .
72. Remarque. - Quand le centre de gravité est situé à
l'intérieur du corps, on peut supposer le poids de celui-ci ap-
pliqué en ce centre; de sorte que, dans ce cas, le centre de
gravité est le point d'application du poids du corps .
Détermination des centres de gravité.
73. Méthode pratique . Pour obtenir, expérimentalement,
la position du centre de gravité G d'un corps solide M, il suffit
de suspendre le corps, au moyend'un fil, successivement dans
deux situations différentes A, B. Sil'on prolonge, par la pensée,
les directions ab , a'b' du fil, elles se rencontreront au centre
de gravité cherché.
En effet, dans chacune des positions d'équilibre du corps,
la direction du fil passe par le centre de gravité (68).
la
a B
A
G
G
M
b
५
74. Dans le cas d'un corps homogène, c'est-à-dire composé
de molécules toutes égales entre elles, et régulièrement distri-
buées, la détermination du centre de gravité n'est plus qu'un
problème de géométrie, dont la solution générale ne peut être
indiquée dans un ouvrage élémentaire. On la simplifie cepen-
dant quelquefois, en s'appuyant sur les principes suivants.
75. THÉORÈME I. Si un corps homogène M a un centre de
figure O, ce point est le centre de gravité du corps .
Onappelle centre de figure un point O qui divise en deux
parties égales toutes les cordes, telles que aa' , terminées à la
surface du corps .
* Par exemple, le centre de gravité d'une mince capsule ou hémi-
sphère de platine est situé, à très-peu près, au milieu du rayon perpen-
diculaire à la base.
MÉCANIQUE . 37
Cela posé, à chaque molécule ou point matériel m corres-
pond, sur la corde aOa' passant en ce point, une autre molécule
m' symétrique de lapremière relativement au centreO. Sidonc,
comme nous l'avons supposé, les deux
molécules ont des poids égaux , le centre a
1
de gravité du système est le point O. Les M
m
poids de toutes les molécules du corps,
prises deux à deux , sont donc appli- 0
quées en ce même point, lequel, consé- m
'
quemment, est le centre de gravité du a
corps.
76. THÉORÈME II. Si les centres de gravité de plusieurs
corps sont dans un plan, le centre de gravité du système est
dans ce plan.
En effet , d'après le théorème sur la composition d'un sys-
tème de forces parallèles (64) , si les points d'application de
ces forces sont dans un même plan, le point d'application de
la résultante est aussi dans ce plan.
77. Corollaire. Si les centres de gravité de plusieurs corps
sont sur une droite, le centre de gravité du système est sur
cette droite.
78. THÉORÈME III. Si un corps homogène renferme un plan
diamétral, le centre de gravité du corps est dans ce plan.
Soit en effet XY un plan diametral du corps, c'est-à- dire
un plan qui divise en deux parties égales toutes les cordes ab,
a'b' , a'b' , terminées à la surface et parallèles à une même di-
rection. A chaque molécule ou point matériel m correspond,
sur la corde ab passant en ce point, une autre molécule m',
symétrique de la première par rapport au milieu c de ab.
Le centre de gravité du système (m, m') est en c (75). Par
suite , le centre de gravité de la file ab de molécules sera
également en c, c'est-à-dire dans le planXY ; ce plan contient
donc le centre de gravité du corps (76) .
79. Corollaire. - Si un corps homogène renferme un plan
de symétrie, le centre de gravité est dans ce plan.
80. Les conséquences des théorèmes précédents sont fort
nombreuses; nous en citerons quelques-unes , laissant au
lecteur le soin de développer les démonstrations.
5. Biécanique. 63
38 MÉCANIQUE .
1º Sphère. Parallélipipède. Cylindre droit ou oblique. Dans
chacun de ces corps, le centre de gravité coïncide avec le
centre de figure (75) .
2º Cercle. Parallélogramme. Polygone régulier. Ligne droite*.
Le centre de chacune de ces figures est également le centre
de gravité de la figure.
A
3º Triangle. Le centre de gravité d'un
triangle ABC est situé à l'intersection de
c
' B
deux quelconques des droites AA', BB' ,
CC', menées d'un sommet au milieu du
G
côté opposé (78) . B C
A
4º Prisme triangulaire. Le centre de gravité d'un prisme
triangulaire est situé au milieu de la droite qui joint les cen-
tres de gravité des deux bases (78, 79).
5º Tétraèdre . Le centre de gravité d'un tétraèdre est situé
à la rencontre des droites qui joignent les milieux de deux
arêtes opposées (79) .
Résumé.
Deux forces parallèles et de même sens , appliquées en deux points
d'un corps solide , ont une résultante parallèle à leur direction com-
mune , agissant dans le même sens, et égale à leur somme. De plus , la
direction de cette résultante partage la droite qui joint les points d'ap-
plication des composantes, en deux segments additifs, inversement pro-
portionnels à ces composantes.
Deux forces parallèles , inégales et de sens contraires , appliquées en
deux points d'un corps solide , ont une résultante parallèle à chacune
d'elles, agissant dans le sens de la plus grande, et égale à leur diffé-
rence. De plus, la direction de cette résultante partage la droite qui
joint les points d'application des composantes, en deux segments sous-
tractifs , inversement proportionnels à ces composantes.
On appelle couple le système de deux forces égales , parallèles , de
sens contraires , non directement opposées.
Tant de forces parallèles que l'on voudra , appliquées en différents
points d'un corps solide, et agissant dans le même sens, ont une résul-
tante parallèle à chacune d'elles, agissant dans le sens des composantes,
et égale à leur somme.
* Ce qu'on appelle un cercle pesant est un cylindre excessivement
mince : de même, un parallélogramme pesant est un parallélipipède
dont la hauteur est sensiblement nulle, etc.
2.
MÉCANIQUE . 30
Si l'on fait tourner les forces autour de leurs points d'application ,
supposés fixes , de manière que ces forces conservent leur parallélisme
et leurs rapports, les résultantes de tous ces systèmes de forces passent
constamment par un point fixe , appelé centre des forces parallèles.
La composition de forces parallèles agissant, les unes dans un sens ,
les autres dans le sens opposé, présente trois cas :
1º Les forces données peuvent avoir une résultante unique; 2° elles
peuvent se faire équilibre ; 3º elles peuvent se réduire à un couple.
La pesanteur est la cause en vertu de laquelle les corps tendent à
tomber; elle est un cas particulier de la gravitation universelle.
Le poids d'un corps est la pression qu'il exerce sur l'obstacle qui l'em-
pêche de tomber.
La verticale d'un lieu est indiquée par le fil à plomb : elle passe, à
fort peu près, par le centre de la Terre.
Dans le vide, les corps légers tombent aussi rapidement que les corps
lourds.
Le centre de gravité d'un corps est le point par lequel passe con-
stamment la direction du poids du corps. Ordinairement, le centre de
gravité est le point d'application de cette force.
Pour déterminer, expérimentalement, la position du centre de gravité
d'un corps, on suspend celui-ci dans deux situations différentes.
Si un corps homogène a un centre de figure , ce point est le centre de
gravité du corps .
Si les centres de gravité de plusieurs corps sont dans un plan , le
centre de gravité du système est dans ce plan.
Si les centres de gravité de plusieurs corps sont sur une droite , le
centre de gravité du système est sur cette droite.
Si un corps homogène renferme un plan diametral, le centre de gra-
vité du corps est dans ce plan .
Si un corps homogène renferme un plan de symétrie , le centre de
gravité est dans ce plan.
Le centre de gravité d'un triangle est situé à l'intersection de deux
quelconques des droites menées d'un sommet au milieu du côté op-
posé.
Le centre de gravité d'un prisme triangulaire est situé au milieu de
la droite qui joint les centres de gravité des deux bases.
Le centre de gravité d'un tétraèdre est situé à la rencontre des
droites qui joignent les milieux de deux arêtes opposées.
de
es,
ent
ède
40 MÉCANIQUE .
CHAPITRE IV.
Des machines simples.
Levier (81-85). Condition générale d'équilibre du levier (86, 87) .-
Relation entre la puissance et la résistance ( 88,89 ) . - Des ba-
lances (90). Balance ordinaire , balance romaine , bascule du
commerce (91-95) .-Poulie (101).--Équilibre de la poulie fixe (105,
106).-Équilibre de la poulie mobile ( 107, 108).-Moufles (109-112).
-Treuil (113-115) .-Condition générale d'équilibre du treuil (116).
- Relation entre la puissance et la résistance (116). Plan incliné
(117-119). - Équilibre d'un corps placé sur un plan incliné (120,
121).
Des machines .
84. On donne généralement le nom de machine à tout sys-
tème dans lequel les mouvements des diverses parties sont génés
par des obstacles : une locomotive est une machine, parce que
les pistons, les balanciers, les bielles qu'elle renferme, au lieu
d'être entièrement libres, ne peuvent se mouvoir que d'une
certaine manière .
82. Quandle système se réduit à un seul corps solide, gêné
par un seul obstacle, il prend le nom de machine simple. Les
organes ou les éléments d'une machine composée quelconque
sont toujours des machines simples .
83. On ne compte que trois machines simples : le levier, le
tour et le plan incliné. Dans la première, l'obstacle est unpoint
fixe, autour duquel le corps solide peut tourner dans tous les
sens . Dans la deuxième , l'obstacle est un axe fixe, autour du-
quel le corps peut également prendre un mouvement de rota-
tion . Enfin, dans la troisième machine simple, l'obstacle est
un plan fixe, sur lequel le corps peut glisser *.
* Il y a cette différence entre les trois machines simples, que, dans
les deux premières, le point fixe et l'axe fixe font habituellement partie
du corps , tandis que , dans la troisième , le plan fixe est extérieur au
corps. On conçoit, en effet, que si un corps solide renfermait un plan
fixe, ou seulement trois points fixes, non en ligne droite, il ne pour-
rait prendre aucun mouvement.
MECANIQUE. 41
Du levier.
84. Considéré dans toute sa généralité, le levier est un corps
solide, mobile autour d'un point fixe. Dans la pratique, on
donne spécialement le nom de levier à une barre rigide, droite
ou courbe , reposant sur un point fixe, ou tournant autour
d'un axe fixe. Ordinairement, les forces données, appliquées
au levier, se réduisent à deux : l'une est la puissance ; l'autre,
à laquelle il s'agit de faire équilibre, prend le nom de résis-
tance. En outre, le levier est sollicité par son poids : si cette
force n'est pas négligeable, on fait en sorte que son point
d'application , c'est-à-dire le centre de gravité du levier,
coïncide avec le point fixe.
85. Quand le point fixe est situé entre les points d'appli-
cation des deux forces , le levier est dit du premier genre. Il
est du deuxième genre si lepoint d'application de la résistance
tombe entre le point fixe et le point d'application de la puis-
sance . Enfin, dans le levier du troisième genre, le point d'ap-
A
A
D
plication de la puissance est situé entre l'autre point d'appli-
cation et le point fixe. La balance ordinaire et la balance
romaine sont des leviers dupremier genre; les leviers des tail-
leurs de pierre appartiennent au deuxième genre ; les pédales
peuvent être considérées comme des leviers du troisième
genre.
86. Condition générale d'équilibre. - Soit un levier ABC,
sollicité par un nombre quelconque de forces F, F', F", .....
Toutes ces forces peuvent être remplacées par deux forces
S, T, dont l'une (S par exemple) passe par le point fixe C (56) .
Cette résultante partielle S est détruite par la résistance du
42 MÉCANIQUE .
point fixe C, résistance que l'on suppose indéfinie. Quant à la
seconde résultante partielle T, si elle ne passe pas en C, elle
fera tourner le levier
autour de ce point. Il A C B
faut donc, pour l'équi-
libre, que les forces S,
T concourent au point
fixe . Mais alors elles se
réduisent à une force
unique R , résultante
de F, F' , F' , ..... Ona
donc ce théorème :
Il faut et il suffit, pour l'équilibre du levier, que les forces
F, F' , F' , ..... appliquées à ce corps *, aient une résultante
unique R, dont la direction passe par le point fixe.
87. Remarque .- Cette résultante R représente la pression
exercée sur le point fixe.
88. Relation entre lapuissance et la résistance. Supposons,
comme ci-dessus (84) , que les forces F, F', F" , .. se réduisent à
la puissance P, appliquée B'
A
'
en A, et à la résistance Q , P 9
appliquée en B. Pour que A
B
ces deux forces aient une C
résultante R , appliquée en
C , il faut qu'elles soient Q
dans un même plan , pas-
P
sant en ce point. Ainsi :
1º La puissance et la résistance doivent être situées dans un
même plan passant par le point fixe.
Ce n'est pas tout : d'après le théorème de Varignon (50) , les
moments des forces P, Q, par rapport au point C, doivent
être égaux et de signes contraires . Si l'on appelle bras de le-
vier de Pet de Q les distances CA' = p, CB' = q, on peut
donc énoncer ainsi les deux dernières conditions de l'équi-
libre:
2º La puissance et la résistance doivent tendre à faire tourner
le levier en sens contraires;
3º La puissance et la résistance doivent être en raison inverse
de leurs bras de levier .
* Parmi ces forces, on doit compter le poids du levier (84).
MÉCANIQUE. 43
89. Remarque.- Dans le levier du deuxième genre , sup-
posé rectiligne pour plus de simplicité , le bras de levier de
la puissance est plus grand que l'autre bras de levier. Donc,
P
à cause de = 2, la puissance est moindre que la résistance.
Qp' P
Le contraire a lieu dans le levier du troisième genre .
Des balances .
90. Les balances sont des leviers destinés à mesurer les
poids des corps. On en compte trois espèces principales : la
balance ordinaire, la romaine et la balance-bascule.
91. Balance ordinaire. - C'est un levier du premier genre,
aux extrémités duquel sont appliqués deux poids P, Q. D'après
les usages auxquels la balance est destinée, ces poids doivent
être égaux quand l'équilibre est établi , c'est-à-dire quand le
fléau AB reste horizontal. En représentant par R le poids de la
balance , par rla dis- A P C B
tance de son centre de A
gravité G à la verticale G
passant par le point
d'appui C , et par p , q
les bras de levier des
poids P, Q, nous aurons P
१
(86,48) :
P (p - q) + Rr = 0 *.
Cette équation, qui doit subsister pour toutes les valeurs de
P **, se décompose en
p-q r= 0 ***.
* Afin de nous conformer au Programme, nous avons démontré le
théorème de Varignon, seulement pour le cas de deux forces concou-
rantes; mais il est beaucoup plus général. (Voyez le Manuel des can-
didats à l'École polytechnique , tome II , p. 228. ) Dans la question
actuelle, nous admettons que ce théorème subsiste dans le cas de trois
forces parallèles P, Q , R , situées dans un même plan.
** Du moins entre certaines limites.
*** En effet, si le poids Pest remplacé par un nouveau poids P', on
a encore
P' ( pq ) + Rr = 0 ;
et , par conséquent ,
(P- P' ) (p - q) = 0.
Le facteur P- P' est différent de zéro ; donc p - q= 0; etc.
44 MECANIQUE.
Donc, pour la justesse de la balance, il faut que : 1º les
deux bras du fléau soient égaux ; 2° le centre de gravité de la
balance soit dans la verticale passant par le point d'appui.
92. Remarque. - Quand la balance est fausse, on peut dé-
terminer le poids P d'un corps, soit par la méthode des doubles
pesées, due à Borda *, soit en prenant la moyenne proportion-
nelle entre les poids a, b nécessaires pour faire équilibre au
corps , successivement placé dans les deux plateaux. En effet,
de
Pp=aq , Pq=bp,
on conclut
P2= ab,
ou
P=Vab.
93. Romaine. Cette balance est un levier du premier
-
genre, à bras inégaux. On suspend à l'extrémité du petit bras
BA le corps dont on veut déterminer le poids P, après quoi
l'on fait équilibre à P au moyen d'un poids constant D, mobile
le long du grand bras
de levier BC. Si l'appa-
reil a été gradué à l'a-
vance, la division où
s'arrête D indique la
valeur de P.
Pour graduer la ro- B
maine , on suspend au
crochet A des poids
de 4 kilog. , 2 kilog. , D
3 kilog. , etc. , et l'on
marque les positions
correspondantes du cur- E. P.
seur D, nécessaires pour
l'équilibre.
94. Balance-bascule. Cetappareil, appelé aussi balance
-
de Quintenz, du nom de l'inventeur, est principalement em-
ployé dans les usines et dans les chemins de fer, où l'on a
souvent besoin d'évaluer des poids considérables.
* Voir la Physique.ый канально
MECANIQUE . 45
CR
B
E G
P F
PEROT
M N
Un tablier AB , supportant le colis X, repose, par un cou-
teau K , sur un levier du troisième genre PQR , tournant au-
tour du point fixe L. Le tablier AB fait corps , au moyen
d'une pièce BC, avec une fourche DE * , invariablement liée à
une traverse horizontale F. Un levier du premier genre, ROS,
mobile autour d'un point d'appui O, est muni , à l'une de ses
extrémités, d'un plateau propre à recevoir des poids marqués,
tandis que le second bras soutient l'autre levier PQR. Enfin,
la traverse Fest suspendue , par deux tringles GH , HI et un
crochet H , au levier ROS.
Il résulte, de ces dispositions, que le tablier AB repose sur
le couteau K et la traverse F, et que ces deux supports sont
mobiles avec ROS **. 10
95. Soient , en projection horizontale, L, K, R, I, O, S les
points d'appui ou de suspension, et soit g le pied de la ver-
ticale passantpar le centre de gravité du poids inconnu X***.
Le poids X peut être décomposé en deux forces X', X" appli-
quées aux points K, I****. Les valeurs de ces composantes
sont, respectivement ,
人
L K R IO S
9
* La fourche, vue ici en projection verticale, est composée de deux
tiges formant un angle constant, dont le sommet est en E.
** Dans cette description, nécessairement très-sommaire, nous omet-
tons divers détails , inutiles dans la théorie de la machine.
*** En réalité, les choses ne se passent pas aussi simplement que nous
le supposons ici : par exemple , le point g peut être situé en dehors
de la droite RS; le point fixe L devrait être remplacé par un
axe fixe ; etc. L'explication complète de la balance-bascule exigerait
diverses théories préliminaires , auxquelles n'ont probablement pas
songé les rédacteurs du Programme.
**** On suppose les points G, I situés sur la même verticale.
3.
46 MÉCANIQUE.
X' = x . X" = X.9gK (1)
KI' KI
La composante X' tend à faire baisser le levier PQR :
pour en détruire l'effet , appliquons au point Q une force F,
dirigée de Q vers R, et déterminée par la condition (88)
X'.LK [Link]. (2)
En même temps , pour ne rien changer à l'état de la ma-
chine , appliquons au point R une seconde force F, égale et
directement opposée à la première. Le levier ROS est alors
sollicité par les puissances X" , F. Soit la résistance qui
détruit ces deux forces , c'est- à-dire le poids marqué qui fait
équilibre au poids inconnu X ; nous aurons encore
X" . OI + F. OR = π . OS . (3)
Au moyen des égalités (1) et (2), celle-ci devient
X LK
OR = π . ΟS .
[ [Link]+ [Link]]
ΟΙ (
4)
Supposons la balance construite de manière que
LK ΟΙ
LROR'; (5)
alors l'égalité (4) se réduit à
X
Mais
KI ( gK + gl ) OIΟΙ = π. OS.
gK + gI = KI ;
on a donc, simplement ,
Χ . ΟΙ = π . OS,
ou
X OS
π ΟΙ
(6)
Ainsi, quand la condition (5) est vérifiée, le poids inconnu
est au poids marqué dans un rapport constant .
1
Ordinairement, la distance OI est 40 du bras de levier
OS; donc
Χ= 10π* .
* En combinant le principe de la balance-bascule avec celui de la
MECANIQUE. 47
Équilibre d'un cordon * .
96. Les cordons ou cordes qui entrent dans la composi-
tion de certaines machines sont regardés comme des tiges
flexibles , inextensibles et sans poids . Un cordon AB , quelle
qu'en soit la forme , doit donc être considéré comme une
chaîne formée d'éléments recti-
lignes et rigides , Am , mm' , B
m'm' , ... , mobiles autour de
leurs extrémités communes .
97. Équilibre d'un cordon rectiligne. -
De la définition
précédente, jointe au théorème de la page 13, résulte immé-
diatement cette proposition :
P A C B 이
Quand un cordon rectiligne AB est sollicité , à ses extré-
mités , par deux forces P , Q , directement opposées , il faut et
il suffit, pour l'équilibre, que ces forces soient égales .
98. Tension d'un cordon. - L'action d'une force P , appli-
quée à l'extrémité A d'un cordon rectiligne AB , et agissant
dans la direction du cordon , se transmet donc en chacun de
ses points C comme si la droite était rigide ; et , si l'on vient
à enlever la partie CA du cordon , on devra , pour maintenir
en équilibre l'autre partie CB, appliquer en C , dans la direc-
tion CA, une force T égale à P. Cette force T est ce qu'on ap-
pelle la tension du cordon .
Si
99. Équilibre d'un cordon passant dans un anneau.
le cordon BAC; auquel sont appliquées des forces P, Q, tra-
verse un anneau mobile A sollicité par une force R, il faut,
pour l'équilibre : 1 ° que le prolongement de la direction DA
divise , en deux parties égales , l'angle BAC ; 2° que les deux
forces P, Q soient égales .
Pour essayer de démontrer ce théorème , remarquons
d'abord que l'équilibre ne sera pas troublé si l'on fixe deux
romaine (93) , M. Béranger a construit une bascule-romaine dont
l'usage commence à se répandre. Cet appareil n'exige pas , comme la
balance-bascule, l'emploi de poids marqués.
* Les notions contenues dans ce paragraphe nous semblent néces-
saires pour établir, d'une manière satisfaisante , les conditions d'équi-
libre de la poulie.
48 MECANIQUE.
R
points B, C du cordon. L'anneau A,
auquel est appliquée la force R, se D
mouvra donc sur une surface de ré-
volution * ayant pour section méri- A
dienne l'ellipse dont les foyers se
raient les points B , C , et dans
laquelle BA + AC serait la longueur
B
du grand axe **. La normale à l'el- C
D
lipse , et par suite à l'ellipsoïde de
révolution *** , est la bissectrice AD
de l'angle BAC : la direction de R, P
prolongée , doit donc coïncider avec
AD' **** ; ce qui exige que les com- C
B
posantes P, Q soient égales.
A D
400. Équilibre d'un cordon pas-
sant sur un polygone ABC... - En T
considérant successivement chacun
des sommets, on trouve encore que
les forces P, Q, appliquées aux extré- P
mités du cordon, doivent étre égales.
Des poulies.
101. On appelle poulie, un cylindre Abo MS N
circulaire ABCD, de hauteur AB très- ..................
petite, mobile autour d'un axe , et AEB
dont la surface latérale est creuséeMOD
de manière à recevoir une corde EF
qui sert à faire tourner la poulie. Le G H
plus souvent , l'axe solide GH , qui K
traverse la poulie, pénètre, au moyen L P
de deux tourillons GI , HK, dans une
chape ou monture LMNP; quelque-
D
fois aussi , les tourillons reposent sur C
des coussinets . Enfin, l'axe GA peut brode'b
faire corps avec la poulie, ou en être
indépendant. F
* Voyez la Géométrie.
**
Voyez la Géométrie (Appendice) .
***
****
Voyez le Traité élémentaire de Géométrie descriptive.
Nous admettons ce principe, presque évident: Si une force, ap-
MECANIQUE . 49
Poulie fixe .
102. Poulie fixe.- La poulie est dite fixe lorsque la chape est
établie à demeure ou
seulement accrochée
à un anneau scellé
dans un mur. Dans ce
cas , les espaces dé-
crits par deux points
quelconques de la
corde , supposée tou-
jours tendue, sont évi-
demment égaux entre
eux . Par exemple, si
A la machine est desti-
née à tirer de l'eau
d'un puits, le seau B
s'élève , à chaque in-
stant, d'une quantité
égale au chemin par-
B couru par la main ap-
pliquée en A.
Poulie mobile.
103. Dans la poulie mobile, l'undes deux brins AB de la corde
est attaché en un point A : avec la main, on soulève l'autre
brin CD. La chape EF, au lieu de supporter l'axe, est accro-
chée au fardeau M que l'on se propose d'amener à une cer-
taine hauteur.
Si les deux brins sont parallèles, le chemin parcouru par
l'extrémité libre de la corde est double du chemin parcouru par
le fardeau. En effet , quand l'axe de la poulie s'élève d'une
quantité II'h, chacune des deux tangentes AB, CD diminue
de la même quantité; donc, par compensation, la main appli-
quée en D doit s'élever de 2h .
104. Comme il est incommode d'exercer un effort de bas
en haut , on joint souvent, à la poulie mobile m , une poulie
fixe f, ainsi que le montre la figure. Dans ce système, le che-
pliquée en un point d'une surface, est détruite par la résistance de
la surface, elle est normale à la surface.
50 MÉCANIQUE .
min parcouru par le fardeau est encore la moitié de celui que
parcourt la main de l'homme .
A
A
D
G D
'
I
B' C'
m
C B
B C
F
H
F
105. Équilibre de la poulie fixe. - Soit la poulie CAB, sur
laquelle s'enroule un cordon GAIBH , sollicité par les forces
P, Q, dont les directions sont tangentielles à la circonférence.
1º L'équilibre ayant lieu , il ne sera pas troublé si l'on rend
lapoulieimmobile* ; mais alors P= Q(100). Ainsi, quand l'équi-
libre a lieu , la puissance P 10
est égale à la résistance Q.
2º Si P diffère de Q , la Σ
poulie tournera dans un
B
sens ou dans l'autre . En
effet, s'il n'en est pas ainsi,
solidifions la partie AIB de G
C
la corde, de manière qu'elle E
fasse corps avec la poulie.
La machine ne diffère plus
d'un levier dans lequel les
bras CA, CB sont égaux.
Mais , d'après l'hypothèse , R
on aurait
[Link].
* Ce moyen de démonstration est souvent employé en Statique..
MÉCANIQUE. 51
(
Ainsi, la condition d'équilibre du levier (88) ne serait pas
vérifiée. L'égalité P= Q est donc nécessaire et suffisante.
106. Pression exercée sur l'axe. -Les forces égales P, Q,
que l'on peut supposer représentées par les tangentes égales
AD, BD, ont une résultante R, dirigée suivant DC , et repré-
sentée par la diagonale du losange DAEB (37). Cette résul-
tante est, abstraction faite du poids de la poulie , la pression
exercée sur l'axe.
Pour évaluer R, menons les rayons AC, BC et la droite AB,
sous- tendante de l'arc embrassé par la corde : les triangles
isoscèles DAE , ACB sont semblables, comme ayant les côtés
respectivement perpendiculaires ; donc
DE AB
DAAC'
ou
R S
P r
Ainsi , lapression exercée sur l'axe est à l'une desforceségales
appliquées à la poulie, comme la sous-tendante de l'arc em-
brassé par la corde est au rayon de la poulie.
107. Équilibre de la poulie mobile.- On peut faire abs-
traction du point fixe C, si l'on suppose le cordon CA sollicité
par une force T, directement opposée à CA. Cela posé , dans
l'état d'équilibre de la poulie :
1º La tension T doit étre P
égale à la puissance P; 2º la
résistance Q est égale à la C D
résultante des forces égales
T, P.
De cette seconde condi-
tion, on déduit (406) la re- B
lation suivante :
La puissance est à la ré-
sistance , comme le rayon
de la poulie est à la sous-
tendante de l'arc embrassé
par la corde.
108. Remarque. Quand les deux cordons AC, BD sont
parallèles, la puissance est la moitié de la résistance.
52 MÉCANIQUE.
Des moufles.
109. Une moufle est un système de poulies assemblées dans
une même chape, et montées, soit sur des axes séparés, comme
le montre la figure ci-jointe, soit sur un
même axe. Ordinairement, on emploie à
la fois une moufle fixe ab et une moufle
mobile cd. Une corde, dont l'extrémité A a
est libre , embrasse successivement, par
la moitié, les poulies BC, DE, FG, ... MN , C
B
et vient s'attacher en P à la partie infé-
rieure de la chape fixe ab . Le fardeau R,
qu'il s'agit d'élever, est accroché à la
chape mobile. F
110. Si l'on appelle cordon chacune des L
parties de la corde servant à soutenir la
moufle mobile, et si l'on suppose tous les
cordons parallèles , on pourra dire que :
Le chemin parcouru par l'extrémité li-
C
bre de la corde est égal au chemin par-
couru par le fardeau, multiplié par le
M
nombre des cordons .
H
En effet, quand le fardeau R s'élève
d'une longueurh, chacun des cordons , ou A
plutôt chacune des tangentes CD, EF, ...
NP, diminue de h; donc, à cause de l'in- E D
variabilité de la grandeur totale de la
d
corde, la main placée enA doit descendre
de nh, n étant le nombre des cordons.
Dans l'exemple représenté sur la figure,
l'extrémité libre A devrait descendre de
6 décimètres , pour que le fardeau s'éle- RAN
vât de 4 décimètre.
144. Au lieu de placer, les unes au-dessous des autres , les
poulies composant chaque moufle, on peut, ainsi que nous
l'avons déjà dit, les monter sur un même axe. Dans ce cas, la
corde, attachée en Pà la chape fixe, passe au-dessous d'une
première poulie mobile, puis au-dessus d'une première poulie
fixe, et ainsi de suite , jusqu'à ce qu'elle se détache, en A ,
de la dernière poulie fixe. Le rapport entre le chemin par
MECANIQUE . 53
couru par le fardeau R et la main A est encore le même que
dans la disposition précédente.
P
C
B
P
M
A E D
R
R
112. Condition d'équilibre .- Remarquons d'abord que la
corde ABC... NP ne renfermant aucun nœud ni aucun point
fixe *, l'effet de la puissance F doit se transmettre , sans alté-
ration ** , dans toute l'étendue de la corde; en sorte qu'un
point quelconque de celle-ci est sollicité par deux forces
égales à F, et directement opposées : chacune de ces forces
* A l'exception, bien entendu, du point P.
** On fait abstraction du frottement, de la roideur des cordes, etc.
MÉCANIQUE.
est ce qu'on appelle la tension de la corde (98) . D'un autre
côté, si les cordons EF, DC , IK, ... sont parallèles à l'axe cá
de la chape mobile, on peut regarder chacune des poulies
ED, IH, MN comme sollicitée par deux forces égales à F, et
parallèles entre elles : la résultante de toutes ces forces est
donc égale à nF , n étant le nombre des cordons * . Par consé-
quent, la condition de l'équilibre est
R
F=-.
n
Du treuil .
113. Le treuil se compose , essentiellement, d'un cylindre ,
en bois ou en fer, tournant autour de son axe de figure ,
lequel est ordinairement horizontal. Pour que le mouvement
de rotation soit possible , on termine le cylindre par deux
C
C e
Ε.
* Dans le cas représenté par la figure, n = 6 .
MÉCANIQUE. 55
tourillons reposant entre des coussinets. Une corde, dont l'une
des extrémités est fixée au cylindre , s'enroule autour de la
surface cylindrique, et supporte, par son autre extrémité, le
fardeau à élever. Ces dispositions sont communes à tous les
treuils ; mais, suivant qu'il s'agit de l'exploitation d'une car-
rière ou du curage d'un puits, les moyensd'imprimer le mou-
vement à la machine diffèrent beaucoup.
114. Treuil des carriers.-Perpendiculairement à l'axe AB
est fixée une roue CD, d'environ 5 mètres de diamètre, dont la
circonférence porte des échelons e, e, e, ... sur lesquels mon-
tent les ouvriers, qui agissent seulement par leurpoids.
Cette machine est fort en usage dans les environs de Paris .
115. Treuil des puits.- Dans cet appareil , de dimensions
beaucoup plus petites quele treuil des carriers, le mouvement
est imprimé au moyen de deux manivelles m. Presque tou-
jours, le manche de la manivelle est un petit cylindre creux,
dans lequel passe le côté horizontal de la tige coudée abc.
Cette disposition, très-commode pour l'ouvrier qui tourne la
manivelle, a aussi pour effet de diminuer les frottements.
a
m
.
C C
a
56 MÉCANIQUE.
116. Condition d'équilibre. Prenons pour exemple le
-
treuil des carriers (443) , et supposons la puissance Pappli-
quée tangentiellement à la roue. En
assimilant le treuil à un levier*, on a
[Link] , C
B A
ου
P CB
=
QCA
YP
D
Ainsi, la puissance est au poids du
fardeau , comme le rayon du cylindre
est au rayon de la roue. 2
Du plan incliné.
147. Soit un prisme droit ABCA'B'C' , ayant pour base un
triangle rectangle ABC. Si ce c'
prisme repose , par sa face F
ABB'A' , sur un plan hori-
zontal , la face BCB'C', per- F
B
A
pendiculaire à la première ,
est verticale , et la troi- c E
sième face ACA'C' forme ce
qu'on appelle un plan in- E
cliné**.
A
Les droites AB , BC , AC в
sont , respectivement, la base, la hauteur et la longueur du
plan incliné : d'ailleurs, cette dernière droite, étant perpendi-
culaire à la trace horizontale AA' , est la ligne deplus grande
pente du plan. Il en est de même pour toutes les droites EF,
E'F' , parallèles à CA.
118. Si un corps pesant repose sur un plan incliné, et si la
matière qui compose celui-ci est assez résistante***, le corps
*
On justifie ce mode de démonstration (peu rigoureux, du reste),
en supposant quele cordon BD fasse corps avec le cylindre.
**
***
C'est-à-dire, incliné à l'horizon .
Par matière composant le plan incliné , on doit entendre, évi-
demment, celle qui constitue le prisme dont le plan forme une face.
MÉCANIQUE. 57
ne pourra que glisser sur le plan, en sorte que la présence de
celui-ci empêche le corps de tomber suivant la verticale :
l'appareil dont nous nous occupons satisfait donc à la défini-
tion générale des machines (81). De plus, il consiste en un
seul obstacle : la machine est donc simple (83).
119. Il est facile de comparer les espaces parcourus par le
corps solide, dans le sens de la longueur, dans le sens de la
base, et dans le sens de la hauteur du plan.
En effet, supposonsqu'un pointquelconqueMducorps solide
ait décrit la droite MM' , parallèle à la c
ligne de plus grande pente du plan. M
Menons MP parallèle à BC et M'P
parallèle à AB. Les triangles MPM' , P M
CBA , évidemment équiangles entre
eux , sont semblables ; c'est- à-dire
B
que A
MM' M'P MP
AC AB BC
Ainsi, quand un corps solide se meut parallèlement à la ligne
de plus grande pente d'un plan incline, les espaces décrits par
un point quelconque du corps, dans le sens de la longueur,
de la base et de la hauteur du plan, sont proportionnels à ces
trois droites .
120. Équilibre d'un corps retenu sur un plan incliné.- Soit
un corps solide M, dont le poids est P, retenu, par une puis-
sance F, sur un plan incliné CA. Afin F
R
de ramener la recherche des condi-
tionsd'équilibre à ce qu'elles seraient C
یو
si le corps solide était entièrement C
libre, introduisons une force incon-
nue R, normale ou perpendiculaire M
au plan (99) ; cette force auxiliaire
est ce que l'on appelle la résistance i
du plan : elle est égale et directe- B A
ment opposée à la pression exercée
par le corps M *. Pour qu'il y ait
équilibre entre P, F, R, il faut d'a- P
* Ainsi que cela est déjà arrivé , nous sommes oblige d'admettre
divers principes qui auraient besoin d'être longuement développés.
58 MÉCANIQUE.
bord que ces trois forces soient dans un même plan, et que
leurs directions passent par un même point. Or, le poids P est
une force verticale, appliquée au centre de gravité G du corps;
donc, à cause de la direction de R, la puissance F doit être
contenue dans le plan vertical passant par le centre de gravité G
et par la ligne de plus grande pente CA.
Ce n'est pas tout : si l'on mène, par le point G, une paral-
lèle C'A' à CA, et que l'on décompose F, R, P suivant la direc-
tion C'A' et suivant la direction perpendiculaire, on aura :
F cos (F, GC') = P cos (P, GA') , (1)
F sin (F, GC') + R = Psin (P, GA') . (2)
Soit a l'angle formé par F avec AC, et soit i l'inclinaison du
plan, c'est-à-dire l'angle CAB : l'égalité (1) devient
F cosa = P sin i,
ou
sin i
F= P (3)
Cosa
Ainsi :
La force F, nécessaire pour retenir le poids P sur un plan
incliné, est proportionnelle au sinus de l'inclinaison du plan,
et inversement proportionnelle au cosinus de l'angle formé par
la direction de cette force avec la ligne de plus grande pente
duplan .
121. Remarques . I. L'égalité (2) détermine la pression R
exercée sur le plan incliné.
II . D'après l'égalité (3), la puissance Fest la plus petite
possible si cos a = 1 , c'est-à-dire si la direction de F est pa-
rallèle à la ligne de plus grande pente.
III. Le triangle rectangle ABC donne
BC
sini=
AC
Donc, en supposant toujours a = 0 ,
BC
F= P .
AC'
ou
FBC
PAC (
4)
MÉCANIQUE . 59
Ce résultat peut s'énoncer ainsi :
Dans le cas le plus favorable, la puissance F est au poids P,
comme la hauteur du plan est à sa longueur.
Résumé .
Une machine est un système dans lequel les mouvements des diverses
parties sont gênés par des obstacles .
Un corps solide, gêné par un seul obstacle, est une machine simple
On compte trois machines simples : le levier, le tour et le plan in-
cliné.
Le levier est un corps solide, mobile autour d'un point fixe. Ordinai-
rement cette machine se réduit à une barre rigide, reposant sur un
point fixe, ou tournant autour d'un axe fixe .
S'il n'y a que deux forces appliquées au levier, l'une prend le nom de
puissance, l'autre celui de résistance.
Suivant la position du point d'appui à l'égard de la puissance et de
la résistance , le levier est dit du premier, du deuxième ou du troisième
genre.
Il faut et il suffit, pour l'équilibre du levier, que les forces qui y
sont appliquées aient une résultante unique, dont la direction passe par
lepoint fixe.
Dans le cas où ces forces se réduisent à deux, on peut énoncer ainsi
les conditions de l'équilibre :
1° La puissance et la résistance doivent être situées dans un même
plan passant par le point fixe ;
2° La puissance et la résistance doivent tendre à faire tourner le le-
vier en sens contraires ;
3º La puissance et la résistance doivent être en raison inverse de
leurs bras de levier .
Les balances sont des leviers destinés à peser les corps . On les par-
tage en trois classes : la balance ordinaire, la romaine et la balance-
bascule.
Pour la justesse de la balance ordinaire, il faut que : 1° les deux
bras du fléau soient égaux ; 2° le centre de gravité de la balance soit
dans la verticale passant par le point d'appui.
La romaine est un levier du premier genre, à bras inégaux.
Pour graduer la romaine, on suspend, au crochet qui la termine, des
poids de 1, 2, 3, ..... kilogrammes, et l'on marque les positions cor-
respondantes du curseur, nécessaires pour l'équilibre.
Dans la balance-bascule, si les dimensions satisfont à une certaine
relation, le poids du colis est décuple du poids marqué.
Un cordon est considéré comme une chaîne formée d'éléments recti-
lignes et rigides, mobiles autour de leurs extrémités communes.
Quand un cordon est sollicité, à ses extrémités , par deux forces di-
rectement opposées, il faut et il suffit, pour l'équilibre, que ces forces
soient égales. La tension d'un cordon AB, en un point quelconque m.
60 MÉCANIQUE .
est la force qui serait nécessaire pour maintenir en équilibre la partie
mB, si la partie ma était supprimée.
Si le cordon BAC, auquel sont appliquées des forces P, Q, traverse
un anneau mobile A sollicité par une force R, il faut, pour l'équilibre,
que la direction de R, prolongée, divise en deux parties égales l'angle
BAC, et que les forces P, Q soient égales.
Si un cordon, sollicité par des forces P, Q , passe sur un polygone,
il faut encore, pour l'équilibre, que les forces P, Q soient égales .
On appelle poulie un cylindre circulaire, de hauteur très-petite, mo-
bile autour d'un axe, et dont la surface latérale est creusée de manière
à recevoir une corde qui sert à faire tourner la machine.
Une poulie peut être fixe ou mobile.
Dans la poulie fixe, supposée circulaire, il faut et il suffit, pour l'é-
quilibre, que la puissance soit égale à la résistance.
La pression exercée sur l'axe est à l'une des forces égales appliquées
à la poulie, comme la sous-tendante de l'arc embrassé par la corde est
au rayon de la poulie.
Dans la poulie mobile, la puissance est à la résistance, comme le
rayon est à la sous-tendante de l'arc embrassé par la corde.
Quand les deux cordons sont parallèles , la puissance est la moitié de
la résistance.
Une moufle est un système de poulies assemblées dans une même
chape, et sollicitées par une puissance et une résistance.
1
Quand la moufle est en équilibre , la puissance est le n de la rési-
stance, n étant le nombre des cordons , supposés parallèles.
Le treuil se compose essentiellement d'un cylindre en bois ou en fer,
tournant autour de son axe de figure.
En assimilant le treuil à un levier, on trouve que, pour l'équilibre,
la puissance est à la résistance, comme le rayon du cylindre est au rayon
de la roue ou de la manivelle.
Quand un corps solide se meut parallèlement à la ligne de plus grande
pente d'un plan incliné, les espaces décrits par un point quelconque du
corps, dans le sens de la longueur, de la base et de la hauteur du plan,
sont proportionnels à ces trois droites .
Si un poids Pest maintenu en équilibre,sur un plan incliné,par une
force F : 1 ° cette force F est contenue dans le plan vertical mené par
le centre de gravité de P, parallèlement à la ligne de plus grande pente ;
2º la force Fest proportionnelle au sinus de l'inclinaison du plan, et
inversement proportionnelle au cosinus de l'angle formé par la direc-
tion de cette force avec la ligne de plus grande pente.
Pour une même valeur de P, la force Fest la plus petite possible
quand elle est parallèle à la ligne de plus grande pente.
Dans ce cas, la puissance Fest au poids P, comme la hauteur du
plan est à sa longueur.
MÉCANIQUE. 61
ÉLEMENTS DE CINÉMATIQUE ET DE DYNAMIQUE .
CHAPITRE V.
De la cinématique (122). - Mouvement rectiligne uniforme (124-129) .
-Vitesse (125, 126). - Mouvement rectiligne varié (130).- Vitesse
moyenne (131). Vitesse à un instant quelconque (132, 133).— -
Mouvement rectiligne uniformément varié (135). Accélération
(
144). De l'accélération à un instant quelconque dans le mou-
vement rectiligne varié (145). Composition de deux mouve-
ments simultanés rectilignes , uniformes on uniformément variés
(154-156). - ΜMouvement de rotation uniforme autour d'un axe fixe
(146-153). Vitesse angulaire (150).
De la cinématique .
122. Définition .- La Cinématique est la science du mouve-
ment considéré indépendamment des causes qui le produisent * .
123. On a vu (4) que l'on appelle trajectoire d'un point
matériel , la ligne décrite par ce point dans l'espace. Sui-
vant que la trajectoire est droite ou courbe , le mouvement
est dit rectiligne ou curviligne.
Mouvement uniforme.
124. Au lieu de considérer, dans le mouvement d'un point
matériel, la nature de la trajectoire, on peut étudier la relation
qui existe entre l'espace parcouru par le mobile et le temps
employé à le parcourir. Cette relation est la plus simple
possible quand le mobile décrit des espaces égaux dans des
temps égaux, auquel cas le mouvement est dit uniforme.
* Cette définition diffère peu de celle qu'a proposée l'illustre Ampère,
= à qui est dù le mot Cinématique. Logiquement, la cinématique devrait
précéder la statique. Il y a quelques années , lorsqu'il s'agissait de ré-
■ former l'enseignement des sciences , les auteurs du Programme, rom-
pant avec les idées qui avaient cours, imposèrent aux professeurs et
aux élèves l'obligation de suivre cet ordre : Cinématique, Dynamique,
Statique. Pourquoi
quoi donc, aujourd'hui, renverser ce qu'on a déclaré
excellent, et que l'on avait si péniblement édifié ?
e4
62 MÉCANIQUE.
125. Vitesse . Il résulte, de cette définition du mouvement
uniforme , que si le mobile a parcouru un certain espace
dans un temps donné , il parcourra un espace double , triple,
quadruple, ... dans un temps double, triple, quadruple ... : au-
trement dit, les espaces parcourus sont proportionnels aux
temps . Par suite, si l'on divise l'espace parcouru , quel qu'il
soit, par le temps employé à le parcourir, on devra trouver un
quotient constant : ce quotient , évidemment égal à l'espace
parcouru dans l'unité de temps, est ce qu'on appelle la vitesse
du mobile .
126. Si , comme on le suppose habituellement (9), l'unité de
temps est la seconde sexagésimale, on aura, pour valeur de la
vitesse , dans un mouvement uniforme quelconque, l'espace
parcouru par le mobile en une seconde.
127. Formule du mouvement .-Il nous est bien facile, ac-
tuellement , d'obtenir la formule du mouvement uniforme ,
c'est-à-dire la relation entre l'espace et le temps . En effet,
X Y
0 A B M
C
A
Σ 0 Y
B
C M
soient XY la trajectoire du point matériel M ; O l'origine des
espaces, c'est-à-dire le point fixe à partir duquel sont comptées
les distances ; A la position du mobile à l'origine des temps * ;
si nous appelons a la distance OA , et si nous désignons par b
chacun des espaces égaux AB , BC, ... parcourus dans l'unité de
temps , nous aurons, pour expression de la distance x à laquelle
sera le mobile M, au bout d'un nombre quelconque t d'unités
de temps,
= a + bt . (1)
128. Remarques.- I. Dans cette formule, b, espace parcouru
dans l'unité de temps, est la vitesse.
* Ordinairement A est le lieu de départ du mobile ; mais cela n'est
pas nécessaire,
MÉCANIQUE. 63
II. Si l'on supposait que le mobile fût partidu point A, xne
représenterait plus un espace parcouru : pour rendre la for-
mule plus générale, il vaut mieux admettre que le point mа-
tériel M se meut, depuis un temps indéfini, sur la trajectoire XY,
et qu'il a passé en A à l'origine des temps .
III. L'équation (1) a été obtenue en supposant que le mou-
vement avait lieu dans le sens indiqué par la flèche ; s'il avait
lieu en sens contraire, la formule propre à le représenter ne
différerait de la première que par le changement de ben-b.
On peut donc employer cette formule (1) dans tous les cas,
pourvu que l'on convienne de regarder une vitesse comme
positive ou comme négative, suivant que le mouvement a lieu
dans un sens ou dans le sens opposé.
129. Si l'origine des espaces correspond à l'origine des
temps, a = o , et l'équation (1) se réduit à
X bt. (2)
Dans cette nouvelle formule, æ représente véritablementl'es-
pace parcouru pendant le temps t * ; aussi la vitesse b a-t- elle
X
pour expression t
Mouvement varié.
130. Un mouvement varié est celui qui n'est ni uniforme, ni
composé de mouvements uniformes . Il est évident que, pour
une même trajectoire, on peut imaginer une infinité de mou-
vements variés : chacun d'eux sera déterminé quand on don-
nera la relation qui existe entre l'espace et le temps (124). Par
5 exemple :
x= t2-3t+ 2 , (1)
1+ t
(2)
1 +12'
x= sint, (3)
n
sont les formules d'autant de mouvements, très-différents les
uns des autres. En effet, on reconnaît sans peine que :
* C'est-à-dire , pendant un temps dont le rapport à l'unité est
représenté par t.
64 MECANIQUE .
1º Dans le mouvement déterminé par la formule (1), le
temps t variant de -00 à 70∞ , l'espace x varie de +∞
à , et de- à 400;
2º Dans la seconde formule ,
1-2
t variant de- à - (1 + √2) , x varie de 0 à 2
2;
1-√2
t variant de - (1 + √2) à -1 , x varie de 2
à 0;
t variant de-1 à 12-1 ,
+2 2,
xvarie de 0 à 1 ;
t variant de √2-1 à+ ∞ ,
x varie de 1+√2 à 0*.
2
3º Le mouvement représenté par la formule (3) est périodi-
que , c'est-à-dire que si l'on fait croîtret de - ∞ à 08 ,
l'espace x, toujours compris entre +1 et -1 , repassera in-
définiment par les mêmes valeurs : cette formule indique
done un mouvement de va-et-vient, analogue à celui d'un fac-
tionnaire.
134. Vitesse moyenne . - On a vu, plus haut, ce qu'on ap-
pelle vitesse dans un mouvement uniforme. Pour arriver à la
définition de la vitesse dans un mouvement varié quelconque,
nous considérerons d'abord la vitesse moyenne dans un mou-
vement composé de mouvements uniformes ; et, à cet effet ,
nous nous proposerons la question suivante :
Un mobile a parcouru, successivement,
La partie AA, de la trajectoire, avec une vitesse constante v ,
AA2 U1-
-
A2A3 21
An-1An Vn
;
quelle serait la vitesse V d'un second mobile qui parcourrait,
d'un mouvement uniforme, la trajectoire AA , de manière à
+ Y
A A1 A2 A3 An-1 An
• La discussion des formules (1) et (2) est toute semblable à celle
que l'on rencontre dans les questions de maximum et de minimum.
(Voyez l'Algèbre. )
MECANIQUE. 65
rencontrer le premier mobile aux extrémités A, An, de cette
ligne ?
Soient t, t₁ , ta, .... t les temps employés par le premier mo-
bile à parcourir les espaces AA1, A2A3, .... An-1A,. La formule
dunº 429 donne, puisque les mouvements sont uniformes :
AA₁ = vt, A1A2 = 11 , ... An-1An = Untn.
D'un autre côté, le second mobile doit parcourir uniformé-
ment l'espace AA , dans un temps égal à t + 4 + ....
+t ;
la vitesse V de son mouvement a donc pour valeur
AAn
V ;
t+ta + .... +tn
ou, ce qui est équivalent ,
V
Ut+ V1 + V2t2 + .... +Unin
t+ t + .... + tn
On reconnaît, dans le second membre, une expression ana-
logue à celle que donnerait la règle de société ou plutôt la règle
des moyennes * . La vitesse moyenne V, dans un mouvement
composé de mouvements uniformes , est donc égale à la moyenne
des vitesses .
132. Vitesse.- Considérons à présent un mouvement varié
quelconque, et soientA, B, les positions occupées par le mobile
M B
X A Y
au bout des temps t, t + 0. Si l'on divise la distance AB = k,
c'est-à-dire l'accroissement de l'espace, par 0, ou par l'accrois-
sement du temps , on aura la vitesse moyenne relative à la par-
tie AB de la trajectoire. Cette vitesse est celle d'un mobile
auxiliaire m qui, partant du point A en même temps que le
mobile M , arriverait avec celui-ci en B, après avoir parcouru
uniformément la ligne AB. On comprend, sans qu'il soit né-
cessaire d'insister sur ce point, que le mouvement du mobile
auxiliaire différera d'autant moins du mouvement de l'autre
mobile, que l'intervalle sera plus petit. Pour cette raison, on
*
Voyez l'Arithmétique.
4.
66 MÉCANIQUE.
appelle vitesse du mobile M, au bout du temps t, la limite vers
k
laquelle tend sa vitesse moyenne , lorsque les accroisse-
ments de l'espace et du temps tendent vers zéro .
433. La nature de cet ouvrage ne nous permet pas de dé-
montrer que cette limite existe toujours : nous nous contente-
rons de le vérifier sur les trois exemples considérés plus haut.
1° Soitdonc
x= t2-3t + 2 .
Nous aurons successivement :
x+ k = (t + 0)2-3 (t + 0) +2 ;
k= 2t0 + 02—30 ;
k
-=vitesse
0 moyenne =2t+ 0-3 ;
limite de k0 = v = 2t - 3 .
20 x = 1+
1+1t2) x+k = 1+
1 + 1+ 0
(t+ t) 2' ;
1 +1+ 0 1 + t_0 (1 + 12)- (2 10 + 02) (1 +1).;
k
1+ (1 + 0) 2 1+2 [ 1+ (1 + 0 ) ²] (1 + t²)
k 1 + t2-(21 + 0) (1 + 1)
0 [1+ (1 + 0) 2 ] (1 + 12)
k 1-2t - t2
lim. = v =
(1 + 12 ) 2
30 x = sin t ; x + k = sin (t + 0) ;
ksin (t + 0) - sint = 2sin10 cos (t +10) *;
ksin
0 0
cos (t + 1 );
2
* Voyez la Trigonométrie.
MÉCANIQUE . 67
k
lim. = v = COs t.
이
Ainsi, dans les trois mouvements considérés , déterminés
par les relations
1+ t
t2 3t + 2 , x= x = sin t,
1 +t2'
les vitesses sont, respectivement,
1-2t- t2
υ 2t 3, υ , v = cos t * .
(1 + t2)2
134. Diverses espèces de mouvements .- Un mouvement est
dit accéléré ou retardé, suivant que sa vitesse augmente ou
diminue avec le temps. Dans le premier des trois exemples
précédents, le mouvement est sans cesse accéléré, parce que
la quantité 2t- 3 augmente avect. La discussion du deuxième
exemple montre que, le temps croissant de -0∞ à +0∞, le
mouvement est d'abord retardé, puis accéléré, puis de nouveau
retardé, puis enfin accéléré. Quant à la formule v = cos t, elle
montre clairement que le mouvement est périodique, ce que
nous savions déjà (130, 30) .
Mouvement uniformément varié.
135. Après le mouvement uniforme, représenté (127) par les
formules
x= a + bt, (1) v= b , (2)
le cas le plus aisé à étudier est celui du mouvement uni-
formément varié, dans lequel la relation entre la vitesse et le
temps est
v= b + ct, (3)
* Les lecteurs à qui les théories algébriques sont familières ont pu
remarquer que les trois dernières fonctions sont les dérivées des trois
premières : en effet, la vitesse, dans un mouvement quelconque, est
égale à la dérivée de l'espace par rapport au temps. (Voyez le
Manuel des candidats à l'Ecole polytechnique.)
68 MECANIQUE .
betcétant des constantes données *. De ces deux quantités ,
la première, égale à la valeur de v correspondant à t = 0,
est appelée, pour cette raison, vitesse initiale ; l'autre est l'ac-
célération , c'est-à-dire la quantité dont la vitesse augmente ou
diminue dans l'unité de temps .
136. Remarques. - I. Quand la vitesse augmente avec le
temps, c'est-à-dire quand l'accélération c est positive, le mou-
vement est dit uniformément accéléré; dans le cas contraire,
il est uniformément retardé viajes
II . Soient to , t₁ deux valeurs de t, et vo, v₁ les valeurs cor-
respondantes de v . On a, par la formule (3),
v - voc (t - to),
ou
01- Vo
c=
t₁ - to
Ainsi , dans tout mouvement uniformément varié, l'accélé-
ration est égale à l'accroissement de la vitesse, divisé par l'ac-
croissement du temps .
137. Pour découvrir, en partant de la formule (3), la relation
entre l'espace et le temps , rappelons-nous qu'en supposant
x= t2-3t+ 2, nous avons trouvé, pour l'expression de la
vitesse, v= 2t- 3 (133) . Cette formule étant un cas particulier
de l'équation (3) , il y a lieu de croire que la relation cherchée
sera
x = x + ẞt + rt² ;
α, β, γ, étant des constantes. En effet, cette dernière équation
donne, par le calcul ordinaire (133),
v = β + 2yt;
et, pour identifier cette valeur avec b + ct, il suffit de prendre
β= b, y= c. La relation entre l'espace et le temps, dans le
mouvement uniformément varié, est donc
x = a + bt + ct² . (4)**
* Ces constantes n'ont aucune relation avec celles qui entrent dans
les équations (1) et (2).
** Dans cette formule , nous avons écrit , pour plus de régularité ,
a au lieu de a.
MÉCANIQUE . 69
138. Nous avons déjà défini les constantes b et c . Quant à la
constante a, elle est évidemment égale à l'arc de trajectoire
compris entre la position initiale du mobile et l'origine des es-
paces .
139. Si, comme nous l'avons déjà supposé à propos du mou-
vement uniforme, on compte les espaces à partir de cette po-
sition initiale, a= 0, et la formule (4) devient
x= bt + ct² . (5)
440. Admettons , en outre, que la vitesse initiale b soit nulle :
les équations (4) et (3) se réduiront à
x= ct², (A) v = ct. (B)
Ces dernières formules mettent en évidence les propriétés
suivantes, qui appartiennent à tout mouvement uniformément
accéléré * , quand l'origine des espaces se confond avec la
position initiale du mobile, et que celui-ci n'a pas de vitesse
initiale :
1º La vitesse acquise est proportionnelle au temps ;
2º L'espace parcouru est proportionnel au carré du temps;
3º La vitesse acquise à la fin de la première unité de
temps est double de l'espace parcouru pendant cette unité de
temps .
Pour vérifier cette troisième loi , il suffit d'observer que, si
l'on fait t = 1 dans les formules (B), (A) , elles donnent
v= c, 2x= c.
141. Les lois que nous venons d'énoncer sont celles qui pré-
sident au mouvement des corps pesants ou corps graves , tom-
bant dans le vide, sans vitesse initiale. La constante c, relative
à ce cas naturel , est le nombre g = 9,80896 (18) . En adoptant
ce résultat de l'expérience, nous pouvons dire que : un corps
tombant librement dans le vide, sans vitesse initiale, parcourt,
dans la première seconde de sa chute, un espace égal à 4m, 90448 ;
sa vitesse, à la fin de ce temps, est égale à 9m,80896 ** .
* Il est toujours permis de supposer que le mouvement auquel se
rapportent ces deux formules est accéléré : en effet, on peut compter
les espaces dans le sens de ce mouvement ,et alors la constante cest
positive.
** Ces nombres se rapportent à des observations faites au niveau de
la mer, à la latitude de Paris.
70 MÉCANIQUE.
De plus, si h représente la hauteur d'où le corps est tombé,
on aura , au lieu des formules (A), (B) :
h= gt², (C) υ = gt. (D)
442. En éliminant t entre ces deux équations, on trouve
02
h= (E)
2g'
ou
v=√2gh . (F)
Cette dernière formule donne la vitesse V DUE à la hauteur h :
on voit que la vitesse DUE croît proportionnellement à la racine
carrée du nombre qui représente la hauteur. Ainsi , quand les
espaces parcourus par le corps tombant croissent comme les
nombres 1 , 4, 9, 16 , 25, .... les vitesses acquises croissent comme
les nombres 1 , 2, 3, 4, 5;.... c'est-à-dire qu'elles sont propor-
tionnelles aux temps employés à parcourir ces espaces (140).
443. Les relations (A) ou (C) donnent lieu à cette autre re-
marque : les espaces que parcourt le corps pesant, en des temps
consécutifs tous égaux entre eux, croissent comme les nombres
1 , 3, 5, 7, 9.
En effet, d'après ces deux formules, les espaces parcourus
à la fin de
1, 2, 3, 4, 5, 6, ....unitésde temps,
sont proportionnels à
1, 4, 9, 46, 25 , 36 .... ;
donc les espaces parcourus pendant
la tre, la 2e, la 3e, la 40, ....
unité de temps,
1
sont entre eux comme
1,4-4,9-4 , 46-9 , ... ,
ou comme
4, 3 5, 7, ......
MÉCANIQUE . 71
Accélération dans le mouvement varié.
144. Accélération moyenne . - Soient, dans un mouvement
rectiligne quelconque, vo, v₁ les vitesses du point matériel,
U1
au bout des temps to , t₁ : le rapport ta-to' qui mesurerait
l'accélération si le mouvement était uniformément varié
(136, II) , est ce qu'on appelle l'accélération moyenne pendant
le temps t₁ - to.
145. Accélération . - De même que la considération de la
vitesse moyenne (131) conduit à l'expression genérale de la
vitesse (132) , la définition précédente va nous servir à expli-
quer en quoi consiste l'accélération d'un mouvement rectiligne
quelconque.
A cet effet , soient v la vitesse au bout du temps t, et
h
v + h la vitesse au bout du temps t + 0; de manière que
représente l'accélération moyenne pendant l'accroissement 6 du
h
temps t. Si o dimiminue indéfiniment , le rapport -
0 tend vers
une limite w (132) : cette limite est l'accélération au bout du
temps t *.
Mouvement de rotation.
146. On dit qu'un corps solide est animé d'un mouvement de
rotation autour d'un axe, quand tous ses points décrivent des
circonférences situées dans des plans perpendiculaires à l'axe,
et ayant leurs centres sur cet axe.
La nature et les arts nous présentent de nombreux exemples
de ce genre de mouvement : ainsi, la Terre tourne autour de
son axe ; les planètes, les satellites, le Soleil même ont des axes
de rotation ; d'un autre côté, les roues des carriers , les mani-
velles , les meules servant à écraser le grain, etc., sont des
corps solides qui ne peuvent que tourner autour d'un axe.
* L'explication complète de l'accélération dans le mouvement
varié, rectiligne, suppose le calcul différentiel, ou au moins la théorie
des dérivées. (Voir le Manuel des candidats à l'École polytechnique.)
72 MÉCANIQUE.
147. Toutes les fois qu'un corps solide X
renferme deux points fixes A, B, le seul
mouvement qu'il puisse prendre est un A
mouvement de rotation autour de la droite
qui les joint. Soit M un point quelconque
du corps . Si nous abaissons MP perpen- P
diculaire à AB, le point P, appartenant
M
à la droite AB dont les extrémités sont м
fixes , est pareillement fixe. Il résulte
de là que la droite MP, continuellement
perpendiculaire à AB en un même point
P, engendre un plan perpendiculaire à B
l'axe XY, et que le point M décrit, dans
ce plan, une circonférence MM' ayant P Y
pour centre.
148. Quand un corps solide tourne autour d'un axe, tous ses
points décrivent, en même temps , des arcs semblables .
Soient MM' , mm' les arcs décrits, dans un temps quelconque
t, par deux points M, m appartenant
au corps solide ; soient P, ples cen- X
tres de ces arcs . Par les points
P
m, m', menons les parallèles mn, n
'
m'n' à l'axe XY, et soient n, n' les
points où elles percent le plan MPM' . и n M
Les angles mpm' , nPn' sont égaux,
comme ayant leurs côtés parallèles
et dirigés dans le même sens ; d'ail-
p
leurs , l'angle MPM', en prenant la
position nPn' , n'a pas changé de m
grandeur. Donc
m
angle mpm' = angle MPM' . Y
C'est ce qu'il fallait démontrer *.
149. Les vitesses des différents points du corps tournant
sont proportionnelles aux rayons des circonférences qu'ils
décrivent.
D'après la démonstration précédente, il suffit de considérer
* Voyez la Géométrie
MÉCANIQUE . 73
deux points situés dans un même plan per-
pendiculaire à l'axe, et même deux points X
appartenant à une perpendiculaire AP à
l'axe. P
a
Soient donc M, m, les positions qu'oc- m
m
a
cupent ces points au bout du temps t; M
soient M' , m' , celles qu'ils occupent au
bout du temps t + 0 , après que le corps м'
a tourné du petit angle MPM' + a *; ap-
pelons V, v les vitesses des deux points, à
la première époque, et R, r les rayonsPM, Y
Pm. Par la définition de la vitesse (132) ,
MM' Ra =
α
V= lim . lim . R lim .
0 0
De même
α
v = rlim .
donc
VR
vr
150. Vitesse angulaire.- Considérons, sur le rayon MP, le
point a dont la distance au centre P est égale à l'unité de lon- >
α
gueur ; la vitessewde ce point sera précisément égale à lim.:
cette quantité w est ce que l'on appelle la vitesse angulaire **
du corps solide, au bout du temps t. Ainsi, la vitesse angu-
laire, dans un mouvement de rotation quelconque, est la vitesse
des points situés à une distance de l'axe égale à l'unité de lon-
gueur.
151. La vitesse d'un point quelconque est égale à la vitesse
angulaire, multipliée par la distance de l'axe au point.
En effet, nous avons trouve
α
=
V Rlim. =Rω.
0
* Le nombre a n'est, à proprement parler, que la mesure de l'angle
PMP' : c'est l'arc correspondant à cet angle , dans le cercle de
rayon 1. (Trigonométrie, nº 4.)
** Ou plutôt, vitesse de rotation.
5. Mécanique. e 5
74 MÉCANIQUE .
452. La vitesse angulaire étant un élément commun à tous
les points du corps tournant, il s'ensuit que si elle est connue
à chaque instant, le mouvement du corps sera parfaitement
déterminé. Quand cette vitesse angulaire est constante, c'est-
à-dire indépendante du temps, les vitesses des différents points
du corps ne dépendent plus que de leurs distances à l'axe :
on dit alors que le mouvement de rotation est uniforme .
453. Dans ce dernier cas , qui est réalisé par notre globe , la
vitesse angulaire est souvent estimée par le nombre de tours
que fait le corps autour de l'axe, dans l'unité de temps. Ainsi ,
la vitesse de rotation de la Terre est de 4 tour en un jour si-
déral ; dans les moulins à farine, la meule courante fait envi-
ron 115 tours par minute ; certaines scies circulaires, em-
ployées dans la fabrication des railsde chemins de fer, font
jusqu'à 850 tours par minute. Enfin, dans une expérience
imaginée par l'illustre Arago, M. Breguet est parvenu à faire
décrire, à un petit miroir métallique, 2000 tours par seconde !
Dans ces divers exemples, les valeurs de la vitesse angulaire w,
telle qu'elle a été définie plus haut, seraient respectivement,
2π 2π . 445 2π . 850
86463 ** 60
,
60
, 2π . 2000 ;
ou, à peu près ,
ω = 0,000 072 , ω = 12,04 , ω = 44,5, ω = 6 283 .
Composition des mouvements .
454. Ainsi que nous l'avons dit (4), on juge qu'un corps
M est en mouvement dans l'espace, quand il change de situa-
tion à l'égard de différents corps A, B, C, ... supposés fixes . Si
cette fixité était réelle, le mouvement relatif de M ne différe-
rait pas de son mouvement absolu. Mais, en général , les choses
ne se passent pas ainsi, et le mouvement absolu du corps M
est une combinaison de son mouvement relatif et du mouve-
ment des corps A, B, C, ...
Remarquons tout de suite que si , au lieu du mouvement ab-
solu du système A, B, C, ... , on considérait son mouvement à
l'égard d'un second système A', B' , C' , ..., la composition des
deux mouvements donnerait, non le mouvement absolu de M,
* Le jour sidéral équivaut à 86163 secondes sexagésimales.
3.
MÉCANIQUE. 75
mais le mouvement de ce corps relativement au système A',
B' , C', .... pris comme point de repère. Si on voulait aller plus
loin, on auraità composer ce mouvement relatifavec le mouve-
ment, absolu ou relatif, des corps A', B', C' ; et ainsi de suite.
Par exemple, si une bille roule sur le pont d'un bateau,
tandis que celui-ci est emporté par le courant d'une rivière,
la composition de ces deux mouvements élémentaires donnera
le mouvement de la bille par rapport au rivage . Il resterait,
pour déterminer la trajectoire de la bille relativement au sys-
tème solaire, supposé fixe, à composer les deux premiers mou-
vements avec la rotation et la translation de la Terre .
155. L'exemple précédent prouve que les compositions de
mouvements peuvent toujours être ramenées à la question
suivante :
Connaissant le mouvement d'un corps M, par rapport à dif-
férents corps A, B, C, ... , connaissant, en outre, le mouvement
du système de ces derniers corps, trouver le mouvement absolu
deM.
La solution générale de ce problème reposant sur des con-
sidérations géométriques assez épineuses, nous nous conten-
terons de traiter quelques cas particuliers très-simples.
Composition de deux mouvements rectilignes uniformes.
156. Un point matériel parcourt, avec une vitesse constante,
une droite donnée , tandis que celle-ci a un mouvement de
translation rectiligne et uniforme. Quel est le mouvement
absolu du point *?
Soient AB et A les positions initiales de la droite et du point ;
soient CD et M leurs positions au bout du temps quelconque t;
soient enfin C'D' et M' leurs po-
sitions au bout du temps quel-
conque t'. Le mouvement de la м'
droite donnée étant un mouve- c' D'
ment de translation rectiligne , C D
AB, CD, C'D' sont parallèles, et M
at leurs extrémités A, C, C' sont
at en ligne droite. De plus, ce mou-
de vement de translation est uni- A B
-forme : donc (124)
* Pour réaliser cette hypothèse , on pourrait faire glisser un anneau
le long d'une tringle, tandis que l'on ferait mouvoir celle-ci.
76 MECANIQUE.
AC t
AC' t
D'un autre côté , le mouvement relatif du point est uni-
forme : donc
CM t
C'M'
Ces deux proportions donnent
AC CM
AC' C'M'
Imaginons les droites AM, AM' : elles déterminent deux
triangles ACM, AC'M', semblables comme ayant un angle égal
compris entre côtés proportionnels ; donc les angles CAM,
C'A'M' sont égaux ; et AMM' est une ligne droite. De plus,
AM AC
AMAC
ou, par ce qui précède,
AM t
AM' t'
Ainsi , le mouvement absolu du point matériel est rectiligne
et uniforme . En résumé :
Le mouvement RÉSULTANT de deux mouvements rectilignes et
uniformes est également rectiligne et uniforme.
MÉCANIQUE. 77
Composition de deux mouvements uniformes, l'un rectiligne,
l'autre circulaire.
457. Un point matériel parcourt,
avec une vitesse constante, une circon-
férence donnée, tandis que le centre de B
celle- ci a un mouvement rectiligne uni-
forme. Quel est le mouvement absolu 11
du point ?
D
Soient AC et C les positions initiales 1 10
de la circonférence et du point ; soient
OM et M leurs positions au bout du k 9
temps quelconque t; soit enfin B la po-
sition du centre de la circonférence au h
80
moment où le point mobile accomplit 9
sa révolution . Puisque les deux mou-
7
vements composants sont uniformes,
on a, en appelant R le rayon OM : 6
AO arc EM
5 M
AB 2πR
0
Ainsi, à chaque instant, le rayon OM
fait, avec la direction OA, un angle pro- 3
d
portionnel à cette droite. Cette propriété E
définit la trajectoire CMkD . 2
6
Pourconstruirecette ligne parpoints, 7
5
ondivise, en un même nombre de par- 8 1
C
ties égales, la droite AB etle cercle CA; 4
puis, par les points de division de AB, 9 3
on mène les droites 16, 2c, 3d, ... res- A
b
pectivement égales et parallèles aux 10 2
rayons A1 , A2 , A3, ... ; après quoi l'on
11 1
fait passer un trait continu par les C
points C, b, c, d....
158. Remarque.-Si le cercle et la droite n'étaient pas situés
dans un mêmeplan, la trajectoire CMKD deviendrait une courbe
à double courbure. Dans le cas particulier où le cercle semou-
vrait perpendiculairement à la droite, le point M décrirait une
hélice. Nous laissons au lecteur le soin de démontrer cette
propriété, qui est presque évidente.
78 MÉCANIQUE.
Composition de deux mouvements circulaires uniformes,
159. Un point matériel parcourt, avec une vitesse con-
stante, une circonférence donnée, tandis que le centre de celle-ci
décrit uniformément une seconde circonférence. Quel est le mou-
vement absolu du point ?
Ce cas est à peu près réalisé dans le mouvement de la Lune
autour de la Terre : il donne lieu à une construction qui ne
diffère de la précédente que par le changement de la droite
AOB en une circonférence AOB. On trouve ainsi, pour trajec-
toire du point, la courbe CcMkD.
15 12
16
11
17 10
18 9
h
k
8
19
20 7
B
f
6
21
M
22
5
6
23 7 5
0
24 4
8 d
3
23
C
2
460. On peut démontrer que la trajectoire du point M est une
épicycloïde , c'est-à-dire la ligne engendrée par un point qui
serait lié à un cercle roulant sur un cercle fixe.
MÉCANIQUE . 79
Composition des vitesses.
161. Reprenons l'exemple qui nous a servi à démontrer la
composition de deux mouvements rectilignes uniformes, et
cherchons comment la vitesse du mouvement résultant est liée
aux vitesses des mouvements composants .
Soit, au bout de la première unité de temps, m la position
du point matériel sur sa trajectoire rectiligne AMM', de telle
sorte que Am représente la vitesse du mouvement résultant.
Menons mF parallèle à la droite
mobile AB , et me parallèle à la C
M'
D
trajectoire ACC' du point A : les
deux côtés AE , AF du parallé- C
D
logramme AEmF représente- M
ront, respectivement, la vitesse F
m
du point matériel , relativement A
B
à AB , et la vitesse de cette E
droite*.
Ainsi , la vitesse du mouvement rectiligne uniforme résultant
de deux autres mouvements rectilignes uniformes est repré-
sentée, en grandeur et en direction, par la diagonale du paral-
lélogramme construit sur les droites qui représentent, en gram-
deur et en direction, les vitesses des mouvements composants.
Cette proposition fondamentale est connue sous le nom de
théorème du parallélogramme des vitesses : on voit qu'elle est
complètement analogue au théorème du parallélogramme des
forces. La même analogie (ou plutôt la même identité) s'ob-
serve dans les propositions suivantes, comparées à celles que
nous avons démonréées précédemment.
162. Remarques .- I. Si l'on convient d'appeler vitesses com-
posantes les vitesses des mouvements auxquels participe le
point m, et vitesse résultante, la vitesse de son mouvement.
effectif, on pourra simplifier ainsi l'énoncé précédent :
La vitesse résultante de deux vitesses données est représentée,
en grandeur et en direction, par la diagonale du parallélo-
gramme construit sur les droites qui représentent, en grandeur
et en direction, les vitesses composantes.
* Cette dernière vitesse a été désignée, par Coriolis, sous le nom de
vitesse d'entraînement : c'est la vitesse avec laquelle est entraîné le
système auquel appartient le point matériel m. Les vitesses repré-
sentées par Am et AE sont, l'une, la vitesse absolue du point, l'autre,
sa vitesse relative .
80 MÉCANIQUE .
II. On doit bien se garder de croire qu'un point matériel
peut être animé de plusieurs vitesses simultanées : décrivant
une seule trajectoire , il possède une seule vitesse.
163. Polygone des vitesses.- Nous avons vu (154) qu'après
avoir cherché le mouvement composé résultant de deux mou-
vements simples, on peut combiner ce mouvement résultant
avec un troisième mouvement simple ; et ainsi de suite. De
même , après avoir réduit deux vitesses à une seule, au moyen
de la règle précédente, on peut composer, avec cette vitesse
résultante , une troisième vitesse donnée ; et ainsi de suite.
L'application de cette règle permet donc de trouver la résul-
tante d'un nombre quelconque de vitesses. Il est facile de
voir (41 ) que cette recherche se réduit, dans tous les cas, à la
construction géométrique résultant du théorème suivant :
La résultante d'un nombre quelconque de vitesses est repré-
sentée , en grandeur et en direction , par le dernier côté d'un
polygone fermé dont les autres côtés sont égaux et parallèles
aux droites qui représentent les vitesses composantes, en gran-
deur et en direction .
164. Parallélipipède des vitesses. - En particulier :
La vitesse résultante de trois vitesses non situées dans un
méme plan est représentée, en grandeur et en direction, par
la diagonale du parallelipipède construit sur les droites qui
représentent , en grandeur et en direction , les vitesses compo-
santes .
465. Au lieu de chercher la résultante de plusieurs vitesses,
on peut se proposer de décomposer une vitesse donnée, c'est-à-
dire de trouver des vitesses dont elle soit la résultante. En gé-
néral, ce problème est indéterminé.
Pour le faire voir, proposons- 2 E
nous dedécomposerune vitesse C
représentée par OM , en trois
M
vitesses dirigées suivant les D
arêtes ΟΧ, ΟΥ, OZ d'un angle
A
trièdre ayant le point O pour 0
X
sommet. Si nous menons par
le point M, supposé intérieur
à l'angle trièdre, les trois plans B F
MA , MB, MC, respectivement
parallèles à YOΖ, ΖΟΧ , ΧΟΥ , Y
MÉCANIQUE . 81
les arêtes OA, OB, OC du parallélipipède MABC représen-
teront, en direction et en grandeur, les vitesses cherchées.
D'ailleurs les directions ΟΧ , ΟΥ, OZ n'étant assujetties qu'à
la condition de former un angle trièdre dont aucune face ne
passe par le point M, il s'ensuit que la décomposition proposée
est possible d'une infinité de manières . C'est ce qu'il s'agissait
de vérifier .
166. Remarque. - Les théorèmes sur la composition et
la décomposition des vitesses offrent une complète analogie
avec ceux qui se rapportent à la composition et à la décom-
position des forces (nos 37 et suivants) : on passe des premiers
énoncés aux seconds, en remplaçant le mot vitesse par le mot
force*.
Des mouvements apparents .
167. Nous avons montré (156) comment on peut trouver le
mouvement absolu d'un corps M, connaissant son mouvement
relatif, et le mouvementabsoludu corps A auquel Mest rapporté**.
Au lieu de ce problème, on peut se proposer celui-ci, dont la
solution renferme toute la théorie des mouvements appa-
rents :
Connaissant les mouvements absolus de deux corps M et A,
trouver le mouvement relatif de M.
Ce problème étant inverse du précédent, on le résoudra
par les mêmes principes , appliqués dans un autre ordre.
C'est ce que les exemples suivants vont mettre hors de
doute.
168. PROBLÈME. Un point matériel se meut sur une droite CD,
avec une vitesse constante. Quel est son mouvement à l'égard
d'un observateur qui se meut sur une droite EF, avec une vi-
tesse constante?
Soient Met A, M' et A' , M' et A', ... les positions correspon-
dantes des deux mobiles, au bout des temps 0 , t, 2t, 3t, ... Si
l'observateur n'a pas conscience de son mouvement propre,
il lui semblera qu'il est immobile en A, et que le point ma-
tériel occupe , successivement , les positions M, m', m' , ...
* Il y a plus : on peut déduire la première théorie de la seconde,
ou réciproquement, suivant le point de vue où l'on se place.
** Pour plus de simplicité , nous supposons les corps A, B, C, ...
réduits à un seul .
5.
82 MÉCANIQUE.
MTV D
déterminées par les pa- F
rallélogrammes AA'M'm' , M
AA'M'm' , ... *. La ligne M"
GH est donc la trajectoire M
м
'
AIV
apparente du point. D'ail- GM m
' m m" H
111
A
leurs , les mouvements C
A"
donnés étant uniformes ,
A
nous aurons , à cause des
A
parallélogrammes,
N E
MM' MM' MM''
M'm' M'm' M'''m'''
et
Mm' m'm' = m'm''' ....
Ainsi , le mouvement apparent du point matériel est recti-
ligne et uniforme.
169. Remarques. - I. Le mouvement absolu du point maté-
riel peut, évidemment, être regardé comme un mouvement
composé (154) résultant de son mouvement apparent, et d'un
autre mouvement rectiligne et uniforme, commun à tous les
points de la trajectoire apparente GH et égal au mouvement
de l'observateur : le mouvement apparent d'un corps n'est
donc que son mouvement relatif, l'observateur étant pris pour
point de repère.
II. Menons la droite MN égale et parallèle à Av A, et ache-
vons le parallélogramme MNm Mi : la droite GH en sera
la diagonale. Par conséquent,
Pour trouver le mouvement apparent d'un point matériel, il
suffit de composer son mouvement absolu avec un mouvement
égal et contraire à celui de l'observateur, ou, en termes plus
simples :
Pour trouver le mouvement apparentd'un point matériel, on
imprime, à ce point et à l'observateur, un mouvement commun,
égal et contraire à celui de l'observateur.
*
Quand l'observateur est arrivé en A' , il voit le point dans la di-
rection A'M' . On doit donc, pour avoir la position apparente du point,
l'observateur étant supposé fixe, mener Am' égale et parallèle à A'M' :
c'est ce que réalise le parallélogramme AA'M'm'.
MÉCANIQUE . 83
III. La composition des vitesses ne différant pas de la com-
position des mouvements, au moins quand ceux-ci sont recti-
lignes et uniformes, il s'ensuit que :
Le vitesse apparente d'un point matériel est la résultante de
sa vitesse absolue et d'une vitesse égale et parallèle à celle
de l'observateur, mais dirigée en sens contraire.
170. Problème . Trouver le mouvement apparent d'un point
fixe S à l'égard d'un observateur T qui décrirait une ellipse
ayant ce point pour foyer * .
Si l'observateur se croit immobile en T, le point fixe S lui
semblera décrire une courbe Ss's' ... que l'on obtient en me-
nant Ts' égale et parallèle à T'S, Ts' égale et parallèle à T'S,
et ainsi de suite. Il est facile de voir que les deux courbes sont
symétriques par rapport au milieu I de ST. Par suite, la tra-
jectoire apparente est une ellipse égale à la première. En
outre, la vitesse apparente du point fixe est, à chaque instant,
égale et parallèle à la vitesse réelle de l'observateur, mais elle
est dirigée en sens contraire de celle-ci**.
B
T"
C
S T' SIV
TIV s J
T
D
US
174. Laconsidération des mouvements apparents peut servir
àrendre compte d'une foule de phénomènes. Nous en indique-
rons quelques-uns.
1° Quand on est sur un bateau à vapeur ou sur un chemin
de fer, on croit voir courir les maisons et les arbres : cela
tient, évidemment, à ce que la vitesse apparente de ces objets
est égale et contraire à celle du bateau ou du train.
* Ce problème est celui du mouvement apparent du Soleil. (Voyez
la Cosmographie.)
** Cet énoncé ne serait pas clair, si nous n'admettions la proposition
suivante :
La direction de la vitesse est, à chaque instant , tangente à la
trajectoire.
84 MÉCANIQUE .
2º Si deux trains A, B, dont les vitesses sont a, b, marchent
dans le même sens, sur deux voies parallèles, la vitesse appa-
rente de B, pour les voyageurs appartenant à l'autre train,
est b - a : suivant que cette différence est positive, nulle ou
négative , B paraît avancer, stationner ou reculer. Si cette
différence est assez faible, les voyageurs des deux trains pour-
ront se voir et se parler, lors même que les vitesses a, b se-
raient très-grandes .
3º Quand les deux trains marchent en sens contraire, la vi-
tesse apparente du convoi B devient b + a : les phénomènes
apparents sont les mêmes que si un train C, animé de la vitesse
b + a, passait devant un observateur immobile. On comprend
dès lors la difficulté qu'éprouvent les voyageurs placés dans
l'un des trains à voir nettement les autres voyageurs. On com-
prend aussi pourquoi la rencontre de deux convois, lancés à
grande vitesse, a toujours des suites si terribles .
4º On a vu, dans la Cosmographie, que la preuve la plus
décisive du mouvement de translation de la Terre , c'est-à-dire
l'aberration des étoiles, est un mouvement apparent. On a vu
aussi que lesphénomènes du mouvement diurne sont de simples
apparences , dues au mouvement de rotation de la Terre, etc.
Résumé .
La Cinématique est la science du mouvement considéré indépendam-
ment des causes qui le produisent.
Le mouvement est dit uniforme quand le point mobile décrit des es-
paces égaux dans des temps égaux.
Lorsque le mouvement est uniforme, on appelle vitesse l'espace par-
couru dans l'unité de temps .
Un mouvement varié est celui qui n'est ni uniforme ni composé de
mouvements uniformes .
La trajectoire étant connue, le mouvement est déterminé si l'on
donne la relation qui existe entre l'espace et le temps.
La vitesse moyenne, dans un mouvement composé de mouvements
uniformes, est égale à la moyenne des vitesses.
En général, on appelle vitesse du mobile, au bout du temps t, la
limite vers laquelle tend la vitesse moyenne,lorsque les accroissements
de l'espace et du temps tendent vers zéro.
Un mouvement est dit accéléré ou retardé, selon que sa vitesse
augmente ou diminue avec le temps .
Si la vitesse augmente ou diminue de quantités égales dans des temps
égaux, on dit que le mouvement est uniformément varié.
Dans tout mouvement rectiligne, uniformément varié, l'accélération est
égale à l'accroissement de la vitesse, divisé par l'accroissement du temps.
MÉCANIQUE . 85
Si l'on compte les temps à partir de la position initiale du mobile, et
si la vitesse initiale est nulle, les formules du mouvement uniformément
accéléré sont :
1
v= ct.
x=2ct²,
Ces formules prouvent les trois lois suivantes :
1º La vitesse acquise est proportionnelle au temps ;
2° L'espace parcouru est proportionnel au carré du temps ;
3º La vitesse acquise à la fin de la première unité de temps est
double de l'espace parcouru pendant cette unité de temps .
Ces lois sont celles qui président au mouvement des corps pesants
tombant librement dans le vide .
Dans le cas de la pesanteur , la valeur de la constante cest
g= 9,80896.
En même temps, l'expression de la vitesse due à la hauteur hest
v = √2gh.
Dans tout mouvement varié (mais rectiligne), l'accélération au bout
V1 - V
du temps test la limite vers laquelle tend l'accélération moyenne t -t
lorsque les accroissements v₁ - vet t₁ - t tendent vers zéro .
On dit qu'un corps solide est animé d'un mouvement de rotation au-
tour d'un axe, quand tous ses points décrivent des circonférences si-
tuées dans des plans perpendiculaires à l'axe, et ayant leurs centres sur
cet axe.
Toutes les fois qu'un corps solide renferme deux points fixes, le seul
mouvement qu'il puisse prendre est un mouvement de rotation autour
de la droite qui les joint.
Quand un corps solide tourne autour d'un axe, tous ses points décri-
vent, en même temps, des arcs semblables.
Les vitesses des différents points sont proportionnelles aux rayons
des circonférences qu'ils décrivent.
La vitesse angulaire, dans un mouvement de rotation quelconque, est
la vitesse des points situés à une distance de l'axe égale à l'unité de
distance.
La vitesse d'un point quelconque est égale à la vitesse angulaire,
multipliée par la distance de l'axe au point.
Quand la vitesse angulaire est constante, le mouvement de rotation
est uniforme .
Si un corps M change de situation par rapport à divers corps A, B,
C, .... , son mouvement absolu est une combinaison de son mouvement
relatif et du mouvement des corps A, B , C, .....
La composition des mouvements peut toujours être réduite à la com-
position de deux mouvements .
Le mouvement résultant de deux mouvements rectilignes et uni-
formes est également rectiligne et uniforme.
La vitesse du mouvement rectiligne uniforme, résultant de deux mou-
vements rectilignes uniformes , est représentée, en grandeur et en di
86 MÉCANIQUE .
rection, par la diagonale du parallélogramme construit sur les droites
qui représentent, en grandeur et en direction, les vitesses des mouve-
ments composants.
Plus généralement, la résultante d'un nombre quelconque de vitesses
est représentée, en grandeur et en direction, par le dernier côté d'un
polygone fermé dont les autres côtés sont égaux et parallèles aux droites
qui représentent les vitesses composantes, en grandeur et en direction.
En particulier, la vitesse résultante de trois vitesses non situées dans
un même plan est représentée, en grandeur et en direction, par la
diagonale du parallélipipède construit sur les droites qui représentent,
en grandeur et en direction, les vitesses composantes.
On peut se proposer de décomposer une vitesse donnée. En général,
ce problème est indéterminé.
Connaissant les mouvements absolus de deux corps, on peut se pro-
poser de trouver le mouvement apparent de l'un d'eux ( par rapport à
l'autre) .
Lorsque les deux premiers mouvements sont rectilignes et uniformes,
le troisième est rectiligne et uniforme.
Le mouvement apparent d'un corps n'est que son mouvement relatif,
l'observateur étant pris pour point de repère.
Pour trouver le mouvement apparent d'un point matériel, on imprime,
à ce point et à l'observateur, un mouvement commun, égal et contraire
à celui de l'observateur .
La vitesse apparente d'un point matériel est la résultante de sa vitesse
absolue et d'une vitesse égale et parallèle à celle de l'observateur, mais
dirigée en sens contraire.
La considération des mouvements apparents peut servir à rendre
compte d'une foule de phénomènes .
L
MÉCANIQUE. 87
CHAPITRE VI.
Loi de l'inertie (172-175) .- Loi des mouvements relatifs * (186, 187).-
On en déduit qu'une force constante, agissant sur un point matériel qui
part du repos ou qui est animé d'une vitesse initiale de même direc-
tion que la force , lui imprime un mouvement uniformément varié
(177-180). - Réciproque (181) .- Deux forces constantes sont pro-
portionnelles aux accélérations qu'elles produisent, en agissant sépa-
rément sur un même point matériel qui part du repos , ou qui est
animé d'une vitesse initiale de même direction que la force (188, 189) .
De la masse (190). Sa mesure au moyen du poids (191, 192) .
De l'inertie .
172. PRINCIPE FONDAMENTAL . Un corps ne peut modifier, de
soi-même, son état de repos ou de mouvement.
Une expérience de tous les instants met hors de doute la
première partie de cette proposition. Par exemple, si j'ai posé
un livre sur ma table, il y restera jusqu'à ce qu'une cause
étrangère quelconque lui fasse occuper un autre lieu .
La seconde partie du principe n'est pas aussi évidente. On
pourrait même être tenté de croire que les corps ont une pro-
pension naturelle à modifier leur état de mouvement. Ainsi,
quand on fait rouler les billes sur un billard, leurs vitesses res-
pectives diminuent de plus en plus, et bientôt elles s'arrêtent.
Ainsi encore, quand on lance une pierre, on reconnaît qu'au
lieu de se mouvoir indéfiniment dans la direction qu'on lui
avait imprimée, elle décrit dans l'air une trajectoire à peu près
parabolique, et finit par rencontrer la surface de la Terre .
Avec un peu d'attention, on se convainc que ces altérations
de mouvement sont constamment dues à des causes étran-
géres au mobile. Dans le cas de la bille, ces causes étrangères
sont le frottement sur le drap qui recouvre le billard, et aussi
la résistance de l'air ; dans le cas de la pierre lancée, la direc-
tion et la grandeur de la vitesse sont, à chaque instant, modi-
fiées par la résistance de l'air et l'attraction de la Terre .
En effet, si le drap du billard est de plus en plus fin , si même
on le remplace, d'abord par une plaque de marbre, ensuite par
une glace, on reconnaît que le temps au bout duquel la bille
* On admet ces deux lois comme résultats de l'expérience.
88 MÉCANIQUE .
s'arrête croît de plus en plus, la vitesse d'impulsion restant
la même. S'il était possible de jouer dans le vide *, ce temps
serait beaucoup plus long.
D'un autre côté, une balle de plomb, lancée horizontale-
ment par la main d'un homme, va tomber plus loin que si elle
était lancée par la main d'un enfant ; et, si elle est mise en
mouvement au moyen d'un pistolet ou d'un fusil , elle va tom-
ber bien plus loin encore. Ainsi , plus la vitesse initiale est
grande, plus le mouvement tend à étre rectiligne et uni-
forme. Ce résultat se comprend sans peine, si l'on admet
que les causes d'altération sont celles que nous avons dites ;
il serait tout à fait inexplicable, si l'on prétendait qu'elles
sont inhérentes à la balle.
173. D'après ces considérations, nous admettrons les deux
propositions suivantes, qui ne sont que le développement du
principe fondamental, et qui servent de base à la Mécanique :
1º Un corps en repos demeure éternellement en repos, à
moins qu'il ne soit mis en mouvement par quelque cause étran-
gère ;
2º Un corps en mouvement conserve éternellement ce mouve-
ment avec la méme direction et la méme vitesse, à moins qu'il
ne soit troublé par quelque cause étrangère.
174. Cette propriété en vertu de laquelle tout corps persiste
dans son état, que ce soit l'état de repos ou de mouvement,
est ce qu'on appelle l'inertie de la matière, ou simplement
l'inertie**
475. L'inertie peut servir à expliquer divers phénomènes.
1º Lorsqu'on frappe le manche d'un outil contre un corps
fixe, l'outil s'enfonce dans le manche : cela tient à ce que son
mouvement continue après que celui du manche a cessé ;
2º Réciproquement, si l'on frappe sur le manche, l'outil,
en vertu de l'inertie, reste en repos ou se meut lentement,
et s'enfonce dans le manche ;
*
**
Voyez la Physique.
• Ce terme d'inertie a d'abord été introduit dans la philosophie
par ceux qui soutenaient que tout corps avait un penchant pour le
repos. Ils envisageaient les corps comme des hommes paresseux ,
qui préfèrent le repos au travail, et attribuaient aux corps une horreur
pour le mouvement, semblable à celle que les hommes paresseux ont
pour le travail, le terme d'inertie signifiant à peu près la même chose
que celui de paresse. » ( Euler, Lettres à une princesse d'Allemagne.)
MÉCANIQUE . 89
3º Si une balle de plomb est lancée, avec une arme à feu ,
contre un carreau de vitre suspendu par une ficelle, elle y fait
une ouverture circulaire ; on attribue ce phénomène à l'iner-
tie de la partie du carreau qui n'est pas rencontrée par la balle ;
4° Au moment où on lâche les deux fils d'une fronde, la
pierre, en vertu de son inertie, s'échappe suivant la tangente
au cercle qu'elle décrivait ;
5° Lorsqu'un cheval lancé au galop vient à s'arrêter brus-
quement, il peut arriver que le cavalier, encore animé de la
vitesse qu'il partageait avec sa monture, soit lancé par-dessus
la tête de l'animal ;
6° Quand on saute d'un wagon tandis que le train est en
marche , on s'expose à être jeté sur le sol dans le sens du
mouvement du train, parce qu'à l'instant où les pieds sont
arrêtés par leur contact avec le sol, le corps possède encore
une partie de sa vitesse primitive . Il y a plus : si cette vitesse
est considérable, le choc des pieds contre le sol peut, en se
transmettant au cerveau, déterminer la mort .
Production du mouvement par les forces.
176. PRINCIPE EXPÉRIMENTAL. Une force agit sur un point
matériel en mouvement comme elle agirait s'il était en repos .
Il est difficile d'expliquer, a priori, le sens exact et la
portée de cette proposition, qui constitue un véritable postu-
latum de mécanique, ou une demande. L'application suivante
servira à la faire comprendre, au moins dans un cas parti-
culier.
477. THÉORÈME. Une force constante F, appliquée à un
point matériel m en repos , lui imprime un mouvement recti-
ligne uniformément accéléré.
m m m
p" B
A P
Pour fixer les idées, admettons que le point matériel m soit
une parcelle de fer, et que la force F soit un aimant, supposé
concentré en son pôle P. Si l'aimant restait en repos, l'inten-
sité de la force attractive F croîtrait rapidement à mesure que
la distance mP diminuerait. Pour qu'il n'en soit pas ainsi,
c'est-à-dire pour que la force soit constante, aussi bien en in-
tensité qu'en direction , faisons reculer le pôle P le long de la
droite AmPB, à mesure que la parcelle de fer avance, de ma
90 MÉCANIQUE.
nière à rendre invariable la distance entre le point attirant et
le point attiré . Soient, au bout d'un temps quelconque 0, m'
et P' les positions de ces deux points , et ẞ leur vitesse com-
mune, c'est-à-dire la vitesse acquise par le point matériel,
sous l'influence de la force F. Si , à partir de ce temps 0, on
supprimait brusquement celle - ci, en enlevant l'aimant, ou en
le neutralisant par un aimant égal et de polarité contraire, le
mouvement du point matériel deviendrait, à l'instant même ,
rectiligne et uniforme (173, 2°) . Mais , puisque nous n'avons
rien changé aux positions respectives de l'aimant et de la mo-
lécule de fer, celle-ci sera animée, à la fin du temps 20, de la
vitesse ẞ qu'elle a conservée en vertu de son inertie, et de la
vitesse ẞ que l'aimant lui a fait acquérir, conformément au
principe précédent, pendant le deuxième intervalle de temps 0 :
sa vitesse totale sera donc 23. De même, à la fin du temps 30,
la vitesse du point matériel se composera de 2ẞ, augmentée
de la vitesse ẞ due à l'action de la force F, pendant le troi-
sième intervalle de temps 0. En continuant de la même ma-
nière, on voit qu'à la fin du temps no, la vitesse sera deve-
nue nß. Le mouvement que nous considérons est donc tel, que
la vitesse acquise par le mobile croît proportionnellement au
temps : c'est-à-dire qu'il est uniformément accéléré (140) .
178. Remarque. - Si l'on remplace no par t, on aura, pour
expression de la vitesse,
t
υ= ηβ = β ;
ou, en appelant b le rapport deβὰ θ :
v = bt.
Cette formule est précisément celle du mouvement uniformé-
ment varié (140) , en supposant que le mobile n'ait pas eu de
vitesse initiale .
179. Reprenons l'exemple ci-dessus, et supposons que la
parcelle de fer, au moment où elle est exposée à l'action de
l'aimant, soit déjà animée d'une vitesse initiale a. Supposons,
de plus, que la force F agisse dans la direction de cette vitesse
initiale. Alors, si nous répétons les raisonnements précédents,
nous trouverons que la vitesse du mobile, au bout du temps t,
est donnée par la formule
v = a + bt.
MÉCANIQUE. 91
Conséquemment, une force constante F, appliquée à un point
matériel animé d'un mouvement rectiligne uniforme, et agis-
sant suivant la droite que décrit cepoint, lui imprime un mou-
vement uniformément varié.
180. Remarque. - Le mouvement est uniformément accéléré
ou uniformément retardé, suivant que la force, supposée attrac-
tive, agit dans le sens de la vitesse primitive ou dans le sens
directement opposé.
181. THÉORÈME. Siun point matériel est animé d'un mouve-
ment rectiligne uniformément varié, il est soumis à l'action
d'une force constante .
Pour démontrer cette proposition, réciproque de la précé-
dente , il suffit de faire les remarques suivantes :
1º Le mouvement considéré , n'étant pas rectiligne uniforme,
est dû à une force qui agit actuellement sur le mobile (173,2°);
2º Quand une force n'agit pas dans le sens de la vitesse
initiale, ou dans le sens de la vitesse à un instant déterminé,
le mouvement n'est pas rectiligne ;
3º Lors même qu'une force serait, à chaque instant, dirigée
dans le sens de la vitesse initiale du mobile , si elle n'est pas
constante en intensité, les accroissements de vitesse , corres-
pondant à des temps égaux, seraient inégaux; donc le mou-
vement produit par cette force ne serait pas uniformément
varié.
182. PRINCIPE EXPÉRIMENTAL. Si plusieurs forces sontappli-
quées à un point matériel, chacune agit comme si les autres
n'existaient pas .
Pour faire comprendre, au moins dans un cas très-simple,
l'énoncé de ce principe général, nous l'appliquerons à la dé-
monstrationdu théorème suivant, analogue au parallélogramme
des vitesses ( 161 ).
183. Deux forces F, F' , constantes en grandeur et en direc-
tion, appliquées à un point matérielm en repos, lui impriment
un mouvement rectiligne uniformément accéléré, résultant des
mouvements rectilignes uniformément accélérés dus aux deux
forces prises isolément.
Supposons que les forces F, F' soient des attractions éma-
nant de deux centres placés à l'infini, l'un dans la direction
92 MÉCANIQUE.
mF, l'autre dans la direction mF' * ; soient a, b, c, ... les posi-
tions que prendrait le point matériel au bout de une, deux,
trois, ... unités de temps, si la force F' n'existait pas ; soient,
semblablement, a', b', c', ... les positionsoccupées parle mobile
aux mêmes époques, si la force F était supprimée. D'après ce
que nous avons supposé sur les deux forces, leurs directions
sont parallèles à mF et mF', quelle que soit la position du
point matériel. Or, le principe énoncé ci-dessus signifie sim-
plement que, sous l'action simultanée des deux forces, le mou-
vement du point, estimé parallèlement à la direction de l'une
d'elles, est indépendant de l'autre. Il faut donc, pour obtenir
lespositions effectives du mobile au bout des temps considé-
rés, achever les parallélogrammes maAa' , mbBb', mcCc', .... On
conclut decette construction, absolument comme dans le n° 456:
1º que la trajectoiremABC... est rectiligne ; 2º que les espaces
mA, MB, mC, ... croissentcomme les carrés des temps ; 3º que
l'accélération RÉSULTANTE est représentée, en grandeur et en di-
rection, par la diagonale du parallélogramme construit sur les
droites qui représentent, en grandeur et en direction, les accélé-
rations COMPOSANTES .
m a b C
a F
'
b B
c C
484. Remarque. -Lorsque plusieurs forces constantes sont
appliquées à un point matériel, dans la direction de la vitesse
initiale , l'accélération du mouvement uniformément varié
résultant est égale à la somme algébrique des accélérations des
mouvements composants .
185. Après le cas, difficilement observable, de deux forces
constantes agissant sur un point matériel en repos, considé-
* Cette hypothèse serait à peu près réalisée dans le cas d'un aéro-
lithe sollicité par la Terre et par la Lune. Seulement l'infini est mis
ici à la place de très-loin.
MÉCANIQUE . 93
rons le mouvementdéterminé par une force constanteF, agis-
sant sur un point m animé d'une vitesse initiale non dirigée
suivant la force ; et supposons en- d K
core le centre d'attraction placé a
bc
à l'infini . m
A
mKétant la direction de la vi- al
tesse initiale, soient a, b, c, d, ...
B
les positions qu'occuperait lemo- '
b
bile après une , deux , trois, ...
unités de temps, si la force F
C
était supprimée, et a', b' , c' , d' , ...
celles qu'il aurait occupées s'il c'f
n'avait pas eu de vitesse ini-
tiale. Le principe énoncé ci-dessus
(176) signifie que le mouvement
du mobile , estimé parallèlement D
à la vitesse initiale , est indé- d
pendant de la force F, et vice
versa. La trajectoire mABC...
se construit donc aisément par
points, au moyen des parallélo-
grammes mala' , mbBb' *..... F
186. Loi des mouvements relatifs . - Le principe expéri-
mental de l'indépendance des effets des forces, et sa corrélation
avec le principe géométrique de la composition des mouve-
ments , ont été découverts par Galilée. La loi à laquelle le
conduisit l'étude attentive des divers phénomènes de mouve-
ment peut être ainsi formulée : Les mouvements relatifs de
plusieurs corps ne sont pas altérés, quand on imprime à tout
le système un mouvement commun de translation.
187. Les faits suivants peuvent servir à prouver la loi de
Galilée :
1° Supposons qu'un matelot laisse tomber une balle du haut
d'unmât, tandis que le vaisseau est en mouvement.
Avant que le matelot eût lâché la balle, celle-ci participait
au mouvement du vaisseau, mouvement que nous supposons
rectiligne et uniforme. Par conséquent, si elle n'était sollicitée
* Cette trajectoire est une parabole , parce que les carrés des
ORDONNÉES ma , mb , mc, ... sont proportionnels aux ABSCISSES cor-
respondantes ma', mb' , mc', ....
94 MÉCANIQUE.
par la pesanteur, la balle, placée d'abord en a, parcourrait
uniformément ladroite horizontale ab'c'd' , en vertu de l'inertie.
a b
' c
' d'
B
b
C C
d D
m m m" m!!!
D'un autre côté, si le bâtiment était en repos, le mobile tom-
berait le long du mât am, en parcourant des espaces propor-
tionnels aux carrés des temps (140) . La composition de ces
deux mouvements donne,comme dans laquestionprécédente,
la trajectoire véritable aBCD... , laquelle est une parabole.
Mais comme le vaisseau continue à se mouvoir avec sa vitesse
primitive, il s'ensuit que les positions successives b'm' , c'm',
d'm''', ... du mât, concordent avec les positions B, C, D, ... de
la balle : celle-ci tombe donc au pied du mát. C'est ce que les
Coperniciens niaient, et que Galilée démontra.
2º A cause des grandes dimensions de la Terre, les points
de sa surface, situés en un même lieu, peuvent être regardés
comme ayant des vitesses égales et parallèles. Conséquem-
ment, les efforts musculaires que nous exerçons pour agir
d'une manière quelconque, soit isolément, soit collectivement,
ne diffèrent pas de ce qu'ils auraient été si notre planète fût
restée en repos dans l'univers .
3º Dans un bateau qui suit, sans secousse, le cours d'une
rivière, on peut écrire , jouer au billard, etc. , absolument
comme sur la terre ferme .
4° L'air contenu dans un wagon fermé a souvent, par rap-
port à l'air extérieur, une vitesse relative de 60 kilomètres par
heure.Néanmoins, le mouvement de cette colonne d'air n'in-
flue ni sur la direction du fil à plomb, ni sur les oscillations
d'unpendule qui serait placé dans l'intérieur du wagon.
5º Si un voyageurqui parcourt, sur un chemin de fer, envi-
MECANIQUE . 95
ron 10 mètres par seconde, lance verticalement, à une hau-
teur de 6 mètres , un corps quelconque , sa main pourra rece-
voir le projectile, quoique, pendant les 2 secondes qu'auront
duré l'ascension et la descente, elle ait été transportée à
20 mètres du point de départ.
Comparaison des forces constantes .
188. Deux forces constantes F , F' , appliquées successivement
à un méme point matériel m , dans la direction de sa vitesse
initiale, sont entre elles comme les accélérations w , w' qu'elles
produisent.
Supposons qu'une même force f puisse être contenue n fois
dans F et n' fois dans F' *. Cette force f, appliquée au point
matériel m , lui imprimerait un mouvement uniformément va-
rié (177) : soit vi'accélération du mouvement, c'est-à-dire l'aug-
mentation de vitesse dans l'unité de temps. Des forces égales à
2f, 3f, ... appliquées au même point, donneraient lieu à des
mouvements de même nature, dont les accélérations seraient
2υ, 3υ, ... (182) . Dès lors, puisque
F= nf, F'=n'f,
on doit avoir
w = ηυ, ω' = η'ν ;
d'où
F W (1)
F'w'
189. Remarque. - Si le point matériel m n'a pas de vitesse
initiale, les forces F , F' sont entre elles comme les vitesses v , v'
qu'elles produisent dans des temps égaux.
En effet, les formules
v= wt, v' =w't,
donnent
υ W
;
w
d'où, à cause de la proportion ci-dessus,
F V
F υ
Voir la note de la page 14.
96 MÉCANIQUE.
De la masse.
190. La relation fondamentale (1 ) donne
F F'
puis, si l'on considère successivement des forces F, F', F",...
en nombre quelconque :
F F' F" (2)
...
W w' w
"
Ainsi , quand un méme corps est sollicité successivement par
diverses forces constantes, si l'on divise le nombre qui repré-
sente la force par le nombre qui représente l'accélération cor-
respondante , on obtient un quotient constant.
Ce quotient est ce qu'on appelle la masse du corps.
191. Considérons le cas particulier où un corps, du poids
de p kilogrammes, serait abandonné librement à l'action de
la pesanteur, dans le vide : il prendra un mouvement unifor-
mément varié, dont l'accélération, évaluée en mètres, sera le
nombre g = 9,80896. Nous aurons donc, en appelant m la
masse du corps, et en observant que la force qui le sollicite
est précisément son poids :
210
(3)
=m ,
g
ou
p =mg. (
4)
Donc la masse d'un corps est le quotient de son poids p par la
gravité g .
192. Remarque . Dans les relations (3) ou (4), supposons
m = 1 ; nous aurons
p = g= 9,80896 .
Ainsi , la masse prise pour unité est celle d'un corps qui
pèse 9 808,96 grammes .
MÉCANIQUE . 97
Résumé.
Un corps ne peut modifier, de soi-même, son état de repos ou de
mouvement.
Plus la vitesse initiale est grande, plus le mouvement tend à être
rectiligne et uniforme.
La propriété en vertu de laquelle tout corps persiste dans son état,
est l'inertie de la matière, ou simplement l'inertie.
L'inertie explique divers phénomènes.
Une force agit sur un point matériel en mouvement, comme elle
agirait s'il était en repos.
Une force constante, appliquée à un point matériel en repos, lui im-
prime un mouvement rectiligne uniformément accéléré.-La réciproque
est vraie.
Si plusieurs forces sont appliquées à un point matériel, chacune agit
comme si les autres n'existaient pas.
Deux forces, constantes en grandeur et en direction, appliquées à un
point matériel en repos, lui impriment un mouvement rectiligne unifor-
mément accéléré, résultant des mouvements rectilignes, uniformément
accélérés , dus aux deux forces prises isolément.
Une force constante, appliquée à un point matériel animé d'une vi-
tesse non dirigée suivant la force, détermine une trajectoire para-
bolique.
Les mouvements relatifs de plusieurs corps ne sont pas altérés, quand
on imprime à tout le système un mouvement commun de translation.
Deux forces constantes F, F' , appliquées successivement à un même
point matériel m, dans la direction de la vitesse initiale, sont entre elles
comme les accélérations w, w' correspondantes.
Si le point m n'a pas de vitesse initiale, les forces F, F' sont entre
elles comme les vitesses v , v' qu'elles produisent dans des temps
égaux.
La masse d'un corps est le quotient du nombre qui représente la force
constante appliquée au corps, par le nombre qui représente l'accéléra-
tion correspondante.
La masse prise pour unité est celle d'un corps qui pèse 9808,96
grammes
e 6
98 MECANIQUE.
CHAPITRE VII.
Notions sur le travail des forces.
Ce qu'on appelle travail d'une force constante appliquée à un point
dont le déplacement est rectiligne (196-207). Unité de travail
(208-210). Faire voir que, dans les machines simples, à l'état de
mouvement uniforme, et sollicitées uniquement par une puissance
et une résistance , le travail moteur est égal au travail résistant *
(217). Influence des résistances dites passives (213). — Dans
la pratique, le travail moteur est toujours plus grand que le travail
résistant utile (221).
Préliminaires .
193. Objet principal des forces .--Les forces dont l'industrie
fait usage ont toujours pour objet, non-seulement de vaincre
certaines résistances, mais encore et surtout, de faire mouvoir
les corps au moyen desquels ces résistances se manifestent.
Ainsi , dans les constructions, la force musculaire de l'homme
et des animaux est employée à souleveret transporter des far-
deaux, à pousser des brouettes, à scier de la pierre ou du
bois ; dans les moulins à eau , la pesanteur, par l'intermédiaire
d'une roue à palettes, fait tourner la meule et écrase le blé ;
dans les locomotives, la force élastique de lavapeur d'eau dé-
truit le frottement qui s'exerce entre les roues et les rails, et,
par suite, fait marcher le convoi , etc. Dans ces exemples, et
dans tous ceux que l'on peut imaginer, l'effet utile produit se
compose constamment d'une résistance vaincue et d'un point
d'application déplacé.
194. Forces perdues . - D'après cela, une force à laquelle
aucune résistance ne s'oppose, ou une force qui ne produit pas
de mouvement, ne peut être d'aucune utilité dansla pratique :
on lui donne le nom deforce perdue. Il est facile de justifier
cette expression : un ouvrier qui pousserait un mur solidement
établi, ou qui ferait tourner, à vide, une manivelle , n'aurait
droit à aucun salaire, parce que sa force musculaire serait,
dans le langage habituel ou dans le langage scientifique, abso-
lument perdue.
* Dans le cas de la poulie mobile , on supposera les cordons paral-
lèles.
MÉCANIQUE . 99
195. Puisqu'une force n'est utile que si elle fait mouvoir
lepoint d'application d'une résistance, le loyer d'un moteur,
animé ou inanimé, doit dépendre de ces deux éléments : in-
tensité de la résistance, espace décrit par son point d'applica-
tion. On va voir que, dans la plupart des cas, il est propor-
tionnel à leur produit.
Considérons l'exemple très-simple d'un manœuvre hissant
un bloc de pierre au moyen d'une poulie. Pour que le bloc se
meuve uniformément, il suffit (102) que l'effort musculaire dé-
veloppé par l'ouvrier soit égal au poids P du fardeau. D'un
autre côté, le temps pendant lequel cet effort doit être soutenu
croît comme la hauteur h à laquelle la pierre doit être amenée.
On voit donc que le travail exécuté doit être supposé propor-
tionnel au produit Ph, puisqu'il en serait ainsi du salaire.
Définition du travail .
196. Forceconstante ; mouvement rectiligne.-Soit un point
matériel m décrivant une droite AB, sous l'action d'une force
constante F, dirigée suivant AB. Dans ce cas, on appelle tra-
vail dynamique (ou simplement travail) de la force F, le pro-
duit T du nombre F qui représente l'intensité de celle-ci, par
le nombre e qui représente l'espace mm' parcouru par le point
d'application m. Par exemple, le
travail T d'un poids P, tombant _ F
verticalement d'une hauteur h , m m
est
T= CP= Ph .
197. Si la force F, constante en longueur et en direction, est
oblique à la droite AB suivant laquelle se meut son point
d'application m, le travail de cette force est le produit du
nombre e qui représente
l'espace mm' parcouru par F"
le point d'application, par F
le nombre F' qui repré- E C
sente la force F ESTIMÉE
suivant cette droite mm' . eP
Il est aisé de voir que ια D
cette définition s'accorde A- m e m
' B
avec la première.
Supposons, en effet, que m soit un anneau dans lequel passe
une tige fixe AB. Décomposons F en une force F' dirigée
100 MÉCANIQUE.
suivant AB, et en une force F' perpendiculaire à AB. On peut
admettre que cette dernière composante est détruite par la
résistance de la tige, ou qu'elle rentre dans la catégorie des
forces perdues (194) .
L'effet de la force F se réduisant à celui de la composante F' ,
il y a donc lieu d'appeler travail de F le produit e F' , que nous
savons être le travail de F' .
198. Remarques . - I. La composante F' a pour valeur
F cos a (40) . D'un autre côté , si l'on abaisse m'p perpendicu-
laire à mC, on a, pour l'espace estimé suivant la direction
de la force, e' = e cos a. Conséquemment, le travail de Fest
susceptible des trois formes suivantes :
CF= F'e, EF=Fecosa, CF = Fe'.
II. La deuxième formule conduit à cette définition, qui com-
prend les deux premières : Le travail d'une force constante,
agissant sur un point qui se meut en ligne droite, est le produit
de la force par le chemin parcouru et par le cosinus de l'angle
que fait la direction de la force avec celle du chemin .
III. Les facteurs F, e étant supposés positifs ,le produit
Fe cos a est positif ou négatif suivant que l'angle a est aigu ou
obtus. Dans le premier cas, la force F accélère le mouvement;
dans le second, elle le ralentit.
IV. Si l'angle a est droit, coS a = 0, et CF = 0 ; ce qui
doit être (194) .
499. Le travail est dit moteur ou résistant, suivant que la
force agit dans le sens du mouvement ou dans le sens opposé.
Ainsi quand un corps a été lancé verticalement de bas en haut,
le travail de la pesanteur est résistant pendant que le corps
s'élève ; il devient moteur dès que le corps descend. Les rai-
sons de ces dénominations sont évidentes .
200. Remarque.- Le travail est moteur ou résistant suivant
qu'il est positif ou négatif.
MÉCANIQUE. 101
Travail d'une force quelconque.
201. Travail élémentaire d'une force quelconque. - Soit à
présent une force quelconque F, agissant sur un point dont la
trajectoire est ABC. Soient
F
m, m', deux positions de ce
point , assez rapprochées
pour que le petit arc mm'
puisse être regardé comme A
Mem B
C
confondu avec sa corde, et
que la force F ait pu être supposée constante, en grandeur et
en direction, pendant le temps employé à décrire mm' . On
appelle travail élémentaire de la force F, conformément à
la définition ci-dessus, le produit du nombre e qui représente
l'élément de chemin, par le nombre F cos a qui représente
la force F estimée suivant cet élément *, ou, en termes plus
simples :
Le travail élémentaire d'une force est le produit de l'élément
de chemin par la projection de la force sur cet élément **.
202. Travail total. - La somme des travaux élémentaires
d'une force variable F, ou plutôt la limite vers laquelle tend
cette somme quand l'élément & diminue jusqu'àzéro, est cequ'on
appelle travail total de cette force. Ainsi, en supposant que le
point matériel se soit transporté de m en M dans le temps 0,
de manière à occuper successivement les positions m, m' ,
m' , ... , on aura , en F
appelant F, F' , F" , ... "
les intensités corres-
pondantes de la force,
et a, a' , a" , ... les an-
mem'e'm" M
gles Fmm' , F'm'm" , B
F=lim. (Fe cosa + F's' cos a' + F" ε" cosa" + ...).
EF=
* Cette considération du travail élémentaire d'une force , due à un
savant géomètre, nous semble manquer de netteté. Il serait très-facile
de définir le travail total par sa dérivée relative au temps. En effet ,
on peut démontrer que cette dérivée est égale à Fv cosa , v étant la
vitesse au bout du temps t.
** Dans cet énoncé, il est sous-entendu que l'on aura égard au sens
dans lequel la force agit et au sens du mouvement. Suivant que l'angle
formé par ces deux directions est aigu ou obtus , le travail est positif
ou négatif.
6.
102 MÉCANIQUE .
203. Corollaires . - I. Une force constamment perpendicu-
laire à l'élément de chemin parcouru par son point d'applica-
tion ne produit aucun travail .
En effet, cos a = 0 , cos a' = 0, etc. *.
II. Si la force est constante, et qu'elle soit dirigée, à chaque
instant, suivant la tangente à la trajectoire, le travail déve-
loppé est égal au produit de la force par l'arc qu'a décrit le
point d'application. En effet,
EF
F = lim. (Fe + Γε' + Fε" + ...)
=
Flim . (ε + ε' + ε" + ....)
Fe.
III. En particulier, le travail d'une force constante, appli-
quée tangentiellement à la circonférence d'une roue, est égal au
produit de la force par l'arc parcouru.
* Il semblerait, d'après cela, qu'un manœuvre chargé d'un far-
deau et marchant sur un terrain horizontal n'aurait droit à aucun
salaire ; ce qui serait évidemment absurde. D'un autre côté, la plupart
des praticiens évaluent à 97 kilogrammètres par seconde le travail
produit par un homme marchant sur un terrain horizontal sans
fardeau . Voici comment un illustre géomètre explique ce paradoxe et
cette contradiction :
(
Quand un homme transporte son propre poids, que j'appellerai II,
àune hauteur verticale h au-dessus de son point de départ, la quantité
de travail produite est IIh ...; mais cette quantité donnerait une idée
très- imparfaite des efforts musculaires qui ont été faits et de la
force que cet homme a développée. Il serait difficile d'en obtenir une
mesure exacte ; on peut seulement faire voir qu'elle doit surpasser ,
souvent de beaucoup , la quantité précédente , qui serait nulle si la
hauteur h était zéro, quoique , certainement , il y ait une quantité
de travail mécanique correspondante à la marche d'un homme sur
un plan horizontal.
« Dans cette marche, je suppose que l'homme ait d'abord le pied
gauche en avant du pied droit; son centre de gravité est alors abaissé,
au-dessous de sa position naturelle , d'une quantité que je désignerai
par ɛ. En s'appuyant sur son pied gauche et s'aidant du frottement de
ce pied contre le sol, l'homme ramène son pied droit au niveau du pied
gauche, puis le pied droit devance le pied gauche et va se poser sur le
sol; ce qui fait un pas entier, composé de deux parties. Or, dans la
première partie, l'homme soulève son centre de gravité de la hauteur ɛ,
êt produit par là une quantité de travail égale à Iɛ ; il imprime , au
même instant, à ce point une vitesse horizontale, que je désignerai par
a, à la fin du premier demi-pas ; ce qui répond à une autre quantité de
travail IIa, en appelant a la hauteur due à la vitesse a.
α
Je supposerai aussi que le second demi-pas a lieu en vertu de
la vitesse acquise à la fin du premier et du poids du corps qui retombe
sur le sol , de manière que , pendant le second demi -pas , l'homme
MECANIQUE. 103
Travail d'un système de forces.
204. THÉORÈME. Le travail élémentaire de la résultante de
plusieurs forces appliquées à un point matériel, est égal à la
somme des travaux des composantes .
Pour composer des forces F, F', F' , ... en nombre quel-
conque, appliquées à un point matériel, on peut chercher la
résultante r de F et de F' , puis la résultante r' der et de F' ; et
F
ainsi de suite. D'après
A
cela, il suffit de dé-
montrer la proposition C R
dans le cas de deux
forces F , F' , repré- A
-Y
sentées par les côtés x- m т'в
mA, mB du parallélo-
gramme MACB. B
F
Soit XY la droite que décrit, au moins pendant un temps
très-court, le point d'application m : cette droite n'est pas né-
cessairement dans le plan du allélogramme. Si nous abais-
sons sur XY les perpendiculaires AA', BB', CC' , nous aurons,
pour les travaux élémentaires de F, de F' , et de la résultanteR:
mm' . mC' , mm' . mA' , mm' mB' .•
Il s'agit donc de vérifier l'égalité
mm' . mC' = mm' . mA' + mm' . mB',
ou seulement celle-ci :
mC' = mA' +mB' .
n'exerce plus aucun effort , et que les vitesses verticale et horizontale,
dont son centre de gravité se trouve encore animé à la fin du pas
entier, soient détruites par le choc et le frottement de son pied droit
contre le sol. Dans cette hypothèse, la quantité de travail de l'homme
pendant le pas entier sera.... II (ε + α) .
« Il suit de là que , dans un nombre'n de pas égaux , la quantité de
travail d'un homme ou d'un animal , portant un fardeau et marchant
sur une route horizontale , aura pour valeur nK (ɛ + a), en désignant
par K son poids II , augmenté de celui du fardeau. Si le poids total a
été élevé verticalement à une hauteur h au-dessus du point de départ,
il faudra ajouter Kh à la quantité nΚ (ε + a) . » (Poisson , Traité de
Mécanique.)
Sans altérer le sens, nous avons modifié le texte en quelques points,
afin d'abréger.
104 MECANIQUE .
Or, les projections mB' , A'C' des deux droites mB, AC, égales
et parallèles, sont égales *. La relation précédente se réduisant
à l'identité mC' = mA' + A'C' , le théorème est démontré .
205. Remarque. - Le théorème subsiste dans le cas où les
forces deviennent parallèles .
206. THÉORÈME . Quand des forces F, F' , F" , ... appliquées
à un corps solide, se font équilibre, la somme de leurs travaux
élémentaires est constamment nulle.
Reportons-nous au théorème et à la figure de la page 27,
c'est-à-dire , substituons d'abord , au système proposé, trois
résultantes partielles P, Q, R, appliquées en trois pointsA , B, C,
et remplaçons ensuite ces forces P, Q, R par deux nouvelles
forces S, T. Cela posé :
1º Le travail élémentaire de la force F est égal à la somme
des travaux de ses composantes suivant mA, ТВ, тС.
2º Par suite, la somme des travaux élémentaires de toutes
les forces F , F' , F" , ... est égale, soit à la somme des travaux
élémentaires des trois forces P, Q, R, soit à la somme des tra-
vaux élémentaires des deux forces S, T.
3º Quand deux forces f, f' sont égales et directement oppo-
sées, la somme de leurs travaux élémentaires est nulle, car
le binôme ſe cos a + f'e cos a' se réduit à
fe [cos a + cos (π- α)] = 0 .
207. Remarques . - I. Si , à chaque instant, la somme des
travaux élémentaires de toutes les forces proposées est égale à
zéro , il en sera de même pour la somme des travaux totaux.
Ainsi,
CF + CF' + EF' + ... = CS + CT = 0 .
II. Le théorème précédent renferme le principe de la trans-
mission du travail , que nous démontrerons tout à l'heure.
Unité de travail .
▲ 208. Kilogrammètre . - La relation entre la force F, l'es-
pace e et le travail Test, comme on vientde le voir,
T= Fe.
* Pour abréger , nous admettons ce petit théorème de géométrie,
dont la démonstration ne présente aucune difficulté.
MÉCANIQUE. 105
Si l'onprend F = 1 , e = 4 , on aura T = 1. Or, l'unité de
force est le kilogramme, l'unité d'espace est le mètre ; par
- conséquent, le travail pris pour unité est celui qui est néces-
saire pour élever un kilogramme à un mètre de hauteur . Cette
unité est appelée kilogrammètre. On la représente par 4km.
Quand une force de 60 kilogrammes fait parcourir 3m, 5 au
point d'application, le travail de cette force est
(60 × 3,5) kilogrammètres = 240km .
209. Cheval-vapeur. Le travail d'une force, tel qu'il vient
d'être défini, est indépendant du temps pendant lequel agitla
force. Dans les applications, il n'est plus permis de faire abs-
traction de cet élément ; on conçoit, au contraire, que plus le
temps pendant lequel le travail aura été produit sera court,
plus le moteur employé devra être payé. On prend ordinaire-
ment, pour unité de puissance dynamique, un travail de 75km
effectué en une seconde. Cette unité , pour une raison qu'il
n'estpas nécessaire d'indiquer ici, est ce qu'on appelle cheval-
vapeur.
Si une machine a élevé 2 400 kilogrammes à une hauteur de
30 mètres en 48 secondes, elle a produit, pendant ce temps ,
un travail de (2 400 × 30) kilogrammètres. Son travail serait
2 400 × 30
donc, en une seconde, 48
kilogrammètres = 4500km .
4500
Conséquemment , cette machine équivaut à 20 che-
75
vaux-vapeur. C'est ce qu'on exprime ordinairement en disant
que la machine a une force de 20 chevaux *.
En général , si un moteurest capable d'élever, en n secondes ,
un poids de P kilogrammes à une hauteurde h mètres, laforce,
ou plutôt la puissance dynamique de ce moteur,évaluée en che-
vaux-vapeur, sera
Ph T
D=
75n 75n
210. Remarque. - Un cheval-vapeur équivaut à peu près à
5,5 chevaux effectifs ;c'est-à-dire qu'il faudrait environ 55 che-
vaux pour élever, en une seconde, un poids de 750 kilogrammes
à un mètre de hauteur .
* Le mot force n'a plus ici sa signification habituelle; pour éviter
toute ambiguïté, on devrait dire : une machine de la puissance dyna-
mique de 20 chevaux-vapeur.
106 MÉCANIQUE.
Du mouvement uniforme des machines.
214. Quand une machine part de l'état de repos, les parties
qui la composent se meuvent d'abord avec lenteur, puis de
plus en plus rapidement, etla vitesse de chacune atteint bientôt
un certain maximum qu'elle ne peut dépasser, parce que les
forces motrices dont on dispose sont nécessairement finies *.
Arrivé à cet état régulier, l'appareil peut être considéré, à un
instant quelconque, comme un système de corps qui se mou-
vraient en vertu seulement de leur inertie. Les forces appli-
quées à la machine se font donc équilibre, et, par conséquent,
la somme de leurs travaux est constamment nulle (206).
212. Ces forces peuvent être réparties en trois groupes :
1º les puissances ou forces motrices ; 2º les résistances exté-
rieures ou résistances principales ; 3º les résistances intérieures
ou résistances passives .
Nous venons de parler des forces motrices et des résis-
tances principales. Quant aux résistances passives, elles sont
ordinairement de quatre espèces : 1º la roideur des cordes ;
2º les frottements ; 3º les chocs qui déforment les pièces ou
ébranlent le sol ; 4º la résistance des milieux dans lesquels
fonctionne la machine.
213. Remarque. Ces résistances passives, qui peuvent,
dans certains cas, se réduire au frottement des pièces les unes
sur les autres, naissent aussitôt que la machine commence à
se mouvoir, et persistent pendant toute la durée du mouve-
ment. Si donc on peut se représenter une machine à laquelle
ne seraient appliquées, après la mise en train, ni forces mo-
trices, ni résistances principales, on ne doit jamais faire ab-
straction des résistances passives, sous peine d'arriver à des
conclusions très-éloignées de la vérité. C'est pour avoir ignoré
cet axiome de la théorie des machines : il n'y a pas de mou-
vement sans frottement, que bien des personnes ont perdu
leur temps à chercher le mouvement perpétuel .
* Cette proposition est une conséquence du principe des forces
vives, principe dont nous ne pouvons parler ici.
MECANIQUE. 107
Principe de la transmission du travail.
244. Une force motrice tend à accélérer la vitesse de son
point d'application : le travail de cette force est donc positif
(200) . Au contraire, les résistances, soit extérieures , soit pas-
sives , produisent des travaux négatifs . D'après cela, si l'on
représente par Tm la somme des travaux des forces motrices
appliquées à une machine, par -Tret -Tp les sommes des
travaux dus aux résistances principales et aux résistances pas-
sives, on aura, pour toute la durée du mouvement uniforme
de la machine, ou pour une partie quelconque de ce temps :
Tm - Tr - Tp = 0 . (1)
En effet, cette équation exprime qu'il y a équilibre entre
toutes les forces appliquées à la machine (206) .
245. Le mouvement de la machine étant uniforme, la pres-
sion exercée, de dedans en dehors, en un point quelconque de
l'outil, est égale et contraire à la résistance qu'éprouve ce
point de la part du corps sur lequel agit la machine . Il résulte
de là que le travail résistant principal -Tr est égal et de
signe contraire au travail produit par l'outil ; ce dernier, que
l'on appelle travail utile, est donc exprimé par Tr. Or, l'équa-
tion (1 ) équivaut à
Tr = Tm-Tp . (2)
Ainsi , dans toute machine à l'état uniforme, le travail utile
est égal au travail moteur, diminué du travail dû aux résis-
tances passives.
216. S'il était possible de supprimer complétement ces der-
nières résistances , le travail utile serait égal au travail moteur,
en sorte que la machine transmettrait intégralement, à l'outil,
le travail des forces appliquées au récepteur ; mais, comme
ces résistances existent par cela seul que la machine agit (213),
on a nécessairement :
Tr<Tm. (3)
Ainsi , le travail utile est toujours moindre que le travail
moteur.
108 MÉCANIQUE .
217. Dans le cas des machines simples, il est facile de véri-
fier que, abstraction faite des résistances passives, le travail
moteur est égal au travail résistant :
1° Soit , comme dans le n° 88, un levier ACB sollicité par
une puissance P et une résistance Q, situées dans un même
plan passant par le point fixe C. Nous avons trouvé la con-
dition d'équilibre :
=
Pp Qq. (1)
Si le levier tourne d'un petit angle w autour d'un axe pas-
sant en C, et perpendiculaire au plan dont il vient d'être
question, les extrémités A' , B' des bras du levier décriront
des arcs a, ẞ déterminés par les relations (154 ) ,
α= ρω, β =qw.
En vertu de ces valeurs, l'équation (1) devient
Pa= Qβ.
Or, Pa est le travail élémentaire de la puissance. De même
Pẞ est , en valeur absolue, le travail élémentaire de la résis-
tance; donc enfin
Tm= Tr .
2º Dans la poulie mobile , si les
cordons AB , CD sont parallèles , on A
a (108)
1 D
P= -R. (2)
1
'
C'
Mais, si le point d'application de P B
descend d'une longueur h , le point
h
d'application de R s'élève de 2 (103 ) ;
B C
donc
h
EP = Ph , ER = R . F
ou, à cause de l'égalité (1),
CP= CR. M
MÉCANIQUE. 109
3. Soit une puissance P, appliquée à un corps M dont le
poids est R, posé sur un plan incliné ABC. Pour plus de sim-
plicité , supposons que la force P soit
parallèle à la ligne de plus grande P
G
pente CA , et que le corps se meuve ,
parallèlement à CA , avec une vitesse A
constante.
D M
Si , en une seconde , par exemple ,
le centre de gravité G est venu en G',
il se sera élevé d'une hauteur G'D dé-
terminée par la proportion (119) B
G'D AB
GG' AC' R
D'ailleurs, E.P = [Link]' ,
et, abstraction faite du signe ,
Ск=R.G'D.
Mais, pour qu'il y ait équilibre, on doit avoir (124)
PAB
RAC'
ou
PG'D
,
RGG
ou encore
[Link]' R. G'D. (3)
Il résulte, de cette égalité,
CP= CR.
Impossibilité du mouvement perpétuel.
248. Dans le cas où l'outil ne rencontrerait aucune résis-
tance, et où, conséquemment, la machine ne produirait aucun
effet utile, l'équation (1 ) donnerait
Tm=Tp. (4)
5. Mécanique. e7
110 MÉCANIQUE .
Ainsi , pour entretenir le mouvement d'une pareille machine,
on devrait y appliquer un moteur capable de faire équilibre, à
chaque instant, aux résistances passives . Il n'est donc pas pos-
sible d'imaginer un appareil dont le mouvement soit continu,
et qui n'exige pas, de temps à autre, l'action d'une force
motrice extérieure. En d'autres termes, ainsi que le faisait
pressentir la remarque du n° 213 , il ne peut y avoir de mouve-
ment perpétuel .
219. Remarque. - Les corps célestes semblent échapper à
cette loi : c'est peut-être parce qu'ils se meuvent dans des
espaces dépourvus de matière pondérable. En effet , la pré-
sence d'un milieu résistant suffirait pour accélérer peu à peu
la vitesse d'une planète et pour diminuer les dimensions de
son orbite ; en sorte que, dans la suite des siècles, la planète
finirait par se précipiter sur le Soleil .
220. Si le mouvement perpétuel n'est pas réalisable, à plus
forte raison est-il impossible , au moyen d'une machine, de
multiplier le travail moteur . Dire qu'une machine produit de la
force, c'est proférer un non-sens .
Rendement des machines.
Tr
221. L'inégalité (3) revient à Tm < 1 : le rapport du travail
utile au travail moteur est toujours inférieur à l'unité. A cause
Tr
de
Tm
=1 Tr,'
Tm il est clair que moins il y a de résis-
Tr
tances passives, plus ce rapport m
, appelé rendement de la
machine, s'approche de l'unité. Dans les meilleures machines,
3
le rendement est à peu près égal à
Remarques générales sur l'emploi des machines.
222. Les machines étudiées dans ce numéro peuvent servir
à mettre en évidence un principe d'une grande importance
dans l'industrie. Ce principe, qui rentre dans celui de la trans-
mission du travail, s'énonce ainsi : ce que l'on gagne en force,
on le perd en vitesse.
4.
MÉCANIQUE. 111
Supposons , par exemple, qu'au moyen d'un effort P équi-
valent à 100 kilogrammes, exercé à l'extrémité B d'un levier
du premier genre, on veuille soulever un poids Q suspendu à
l'autre extrémité. Suivant que ce poids sera de 1000 , de 10 000,
de 100 000 kilogrammes,le rapport des bras de levier AB, AC
devra être un peu supérieur à
4000 40 000 100 000 *
,
400' 400 400
c'est-à-dire à 40, 400, 4 000 .
L'emploi de cette machine permet donc de vaincre une
résistance très-grande, au moyen d'une puissance comparati-
vement très-petite. Mais ce que l'on aura gagné en force, on
l'aura perdu en vitesse. En effet, soit B'C' la position du levier
au bout d'un certain temps : les arcs semblables BB' , CC'
donnent
BB' AB
CC' AC
c
A B
B
'
Q
P
AB
Ainsi le rapport AC étant 40, 400, 4000, le rapport des espaces
CC' , BB' parcourus, dans le même temps, par les points d'ap-
plication de la résistance et de la puissance, c'est-à-dire le rap-
port des vitesses de ces deux points, serait
4 1 1
:
40'400' 1000
AB F
* Si le rapport AC était précisément égal à P' il y aurait équilibre
le poids Q, au lieu d'être soulevé, pourrait rester en repos .
112 MÉCANIQUE
pendant que le point B descendrait de un mètre, le point C
monterait de om, 1 , ou de om, 01 , ou de om, 001 .
La vérification du principe dont il s'agit se ferait aussi fa-
cilement sur le treuil , sur le plan incliné, sur la vis , etc. *.
Résumé .
L'objet principal d'une force est de faire mouvoir le corps auquel cette
force est appliquée. L'effet utile produit se compose d'une résistance
vaincue et d'un point d'application déplacé.
Une force à laquelle aucune résistance ne s'oppose, ou qui ne pro-
duit pas de mouvement, s'appelle force perdue.
Le loyer d'un moteur dépend de l'intensité de la résistance, et de
l'espace décrit par le point d'application,
Si un point matériel m décrit une droite, sous l'action d'une force
constante F, on appelle travail de F le produit du nombre qui repré-
sente l'intensité de celle-ci, par le nombre qui représente l'espace mm'
parcouru par m .
* On raconte qu'après avoir inventé le levier, Archimède s'écria :
Donnez-moi un point d'appui , et je soulèverai le monde ! En ad-
mettant que le monde d'Archimède fût la Terre , et que le géomètre
de Syracuse eût eu à sa disposition une force de un million de kilo-
grammes , agissant à l'extrémité d'un bras de levier de cent mètres ,
les valeurs de P, Q , p seront
Q 1082 841 000 × 5,44 × (10000)3 × 1000 *,
P =1000 000 ,
p= 100.
Donc, pour l'équilibre,
1 000 000
q= 100
1 082 841 000 × 5,44 × 1000 × 1000
1
1 082 841 000 × 5,44 × 10000
1
Cette longueur est environ 500 000 000 de l'épaisseur des fils employés
1
dans les réticules de lunettes, épaisseur qui est elle-même de mil-
1200
limètre. Ainsi, pendant que le point d'application de la puissance em-
ployée par Archimède aurait parcouru 100 mètres, l'autre extrémitédu
levier se serait déplacée d'une quantité probablement bien inférieure
aux dimensions des molécules des corps !
Le volume de la terre est d'environ 1082 841 000 myriamètres cubes ; son
poids spécifique moyen est 5,44 ; le poids d'un mètre cube d'eau égale 1000 kilo-
grammes , etc.
MÉCANIQUE. 113
Le travail d'une force constante, agissant sur un point qui se meut
en ligne droite, est le produit de la force par le chemin parcouru et
par le cosinus de l'angle que fait la direction de la force avec celle du
chemin .
Le travail est dit moteur ou résistant, suivant que la force agit dans
le sens du mouvement ou dans le sens opposé .
Le travail élémentaire d'une force quelconque est le produit de l'élé-
ment de chemin par la projection de la force sur cet élément.
Le travail total d'une force est la limite vers laquelle tend la somme
de ses travaux élémentaires .
Si la force est constante, et qu'elle soit dirigée, à chaque instant,
suivant la tangente à la trajectoire, le travail total est le produit de la
force par le chemin .
Le travail élémentaire de la résultante de plusieurs forces appliquées
àunpointmatériel est égal à la somme des travaux des composantes.
Quand des forces, appliquées à un corps solide, se font équilibre, la
somme de leurs travaux élémentaires est constamment nulle .
Le travail pris pour unité est celui qui est nécessaire pour élever un
kilogramme à un mètre de hauteur. On lui donne le nom de kilogram-
mètre.
On appelle cheval-vapeur un travail de 75km effectué en une se-
conde.
Quand lesdiverses parties d'une machine se meuvent uniformément,
la somme de leurs travaux élémentaires est nulle .
Dans toute machine à l'état uniforme, le travail utile est égal au tra-
vail moteur, diminué du travail dù aux résistances passives .
Le travail utile est toujours moindre que le travail moteur. Dans
3
les meilleures machines, le rendement est à peu près
Dans le cas des machines simples, il est facile de vérifier que, ab-
straction faite des résistances passives, e travail moteur est égal au
travail résistant .
Le mouvement perpétuel est impossible.
Ce que l'on gagne en force, on le perd en vitesse .
APPENDICE .
Problèmes sur le mouvement des corps pesants.
PROBLÈME I. Un corps, abandonné à l'action de la pesanteur,
tombe d'une hauteur de 66* mètres . On demande : 1º quelle
sera la durée de sa chute; 2° quelle sera sa vitesse quand il
atteindra le sol .
Les formules
h =
gt2,
2
v=
Vagh,
trouvées dans le n° 141 donnent immédiatement
432
t=
9,80896
-= 3,6684 , υ =√132.9,80896-35,983 .
Ainsi , dans l'exemple proposé, le corps tomberait pendant
environ 3,7 secondes , et il atteindrait le sol avec une vitesse
d'à peu près 36 mètres par seconde.
PROBLÈME II. Un projectile est lancé verticalement, de bas en
haut, avec une vitesse initiale a. On demande : 1º à quelle
hauteur il parviendra; 2º après combien de temps il reviendra
au point de départ.
La force qui sollicite le projectile est son poids ; elle agit en
sens contraire de la vitesse initiale : le mouvement ascendant
du projectile est donc un mouvement uniformément retardé
(179), dont les équations sont
v= a - gt, (1)
1
x= at - gt2. (2)
2
* Cette hauteur est celle des tours de Notre -Dame, à Paris.
116 MÉCANIQUE .
Quand le mobile s'arrête, v = 0 ; par conséquent, la hauteur
h à laquelle il parvient est déterminée par les deux équations
1
0= a - gt, h =at -2gt².
Elles donnent, par l'élimination de t,
1 a2 (3)
h
2g
On conclut, de cette valeur de h, a = √2gh, en sorte que la
vitesse initiale a est égale à la vitesse due à la hauteur h. Au-
trement dit, la hauteur à laquelle s'élève le projectile, en vertu
de sa vitesse initiale a , est égale à la hauteur d'où il devrait
tomber pour acquérir cette vitesse a .
Le temps Tque le mobile emploie à revenir au point de dé-
part est le double du temps pendant lequelil s'élève ; par con-
séquent,
2a (4)
T=
g
Remarque. - La propriété que nous venons de démontrer
peut être énoncée en termes plus généraux : Un mobile sol-
licité seulement par la pesanteur reprend la méme vitesse quand
il repasse au même point * .
PROBLÈME III . A n secondes d'intervalle , et dans la même
direction verticale, on a lancé deux projectiles dont la vitesse
initiale commune est a . On demande quel temps emploiera le se-
cond projectile pour atteindre le premier .
Première solution . - Représentons part le nombre de se-
condes cherché. Al'instant de la rencontre, le premier projec-
a
tile se mouvait depuis n + t secondes. Or, il avait employé g
secondes pour atteindre le point culminant (Prob . II) ; par
conséquent, son mouvement descendant duraitdepuis un temps
* Cette proposition est elle-même un cas particulier du théorème
connu sous le nom de principe des forces vives. (Voyez le Manuel
des candidats à l'École polytechnique.)
MÉCANIQUE. 117
a
marqué par n + t "; l'espace qu'il avait parcouru en tom-
g
bant est donc égal à
2
1
g (n +t-9)
৩
।
D'un autre côté, l'espace parcouru par le second mobile ,
1
pendant le temps t, est at 2
gt² . Et comme la somme de ces
1 a2
deux espaces est égale à 2 , l'inconnue t satisfait à l'équa-
tion du premier degré :
2
1 a 1 1 a2
(n + 1 ) + at -
In + t
g
gt2 = 2g
On trouve
a 1
t n.
g 2
Seconde solution . D'après la remarque précédente, les deux
projectiles, quand ils se rencontrent, ont des vitesses égales
et contraires. Or, la vitesse du premier est gn + t (n + 1 -
);
celle du second est agt : donc
9(n + t- 9) =a-gt;
d'où
a
t n,
g 2
comme ci-dessus .
2a
Remarque. Sin est plus grand que -, ontrouvepour t
g
une valeur négative ; d'où l'on peut inférer que le problème
2a
est impossible. En effet, -
g
représente le temps T que le pre-
mierprojectile emploiepourrevenir au pointde départ (Prob. II);
donc, pour que les mobiles puissent se rencontrer, on doit
2a
supposer n <
g
118 MÉCANIQUE.
PROBLÈME IV. Quelles sont les circonstances principales du
mouvement d'un projectile dont la vitesse initiale a fait un
angle a avec l'horizon ?
4º O étant la position initiale du projectile, soient Oy la ver-
ticale passant par ce point, et Ox l'horizontale menée, de ce
T
même point , dans le
Y
plan vertical Toy pas-
A
sant par la direction
OT de la vitesse ini-
tiale . Comme la seule
D
force qui agit sur le
projectile est la pesan-
α
teur, on doit admettre
P C
B
-x qu'il ne sortira pas du
plan vertical xOy
Cela posé, le mouvement effectif du mobile peut être dé-
composé endeux autres mouvements plus simples (185) : l'un,
parallèle à Ox, est dû seulement à la composante horizontale
de la vitesse a , l'autre, parallèle à Oy, ne diffère pas du mou-
vement d'un projectile lancé de bas en haut avec une vitesse
a sin a (Prob . II).
Par conséquent, si nous désignons par æ et y les espaces
parcourus au bout du temps t*, dans ces deux mouvements,
nous aurons
x= at cos a, (1)
1
Y = at sind It2 (2)
2
2º La hauteur AC à laquelle s'élève le projectile est déter-
minée (Prob . II) par la formule
1 (a sin a)2 a2
h sina . (3)
2 g 2g
Pour interpréter plus aisément ce résultat, supposons que
a soit la vitesse due à une certaine hauteur H, demanière que
a2
H
2g; alors
h=H sin²a. (
4)
*
x = OP et y = PM sont ce qu'on appelle les coordonnées de la
position M du projectile.
MÉCANIQUE. 119
Comme sina est moindre que l'unité, on voit que la hau-
teur à laquelle s'élève le projectile est toujours inférieure à celle
qui correspond à la vitesse initiale. Il n'y a d'exception que
a2
pour a = 90°, auquel cash = H =
2g
3º La portée du jet, c'est-à-dire la distance OB à laquelle
le projectile va rencontrer de nouveau l'axe Ox, est la valeur
de x qui correspond à y = 0. Or, l'équation (2) donne pour
cette valeur de y, et en rejetant t = 0,
2a sina
t= ;
g
par conséquent, 2
OB= sin a cos a,
g
ou
OB = 2H sin 2 a . (5)
On conclut, de cette valeur, que la portée est la plus
grande possible, quand le projectile est lancé sous l'inclinaison
de 45° ; elle est alors égale à deux fois la hauteur correspon-
dant à la vitesse initiale, ou à quatre fois la hauteur à laquelle
s'élève le projectile *.
4º On peut se demander sous quelle inclinaison il faut lan-
cer le projectile, afin qu'il atteigne un but D, dont les coordon-
nées xet y sont connues . Pour résoudre cette question , on doit
éliminer t entre les équations (1 ), (2), et résoudre par rapport
à a l'équation résultante . On obtient d'abord
y=xtga ;
2a2cos2a'
1
puis , en remplaçanta par 2gH, et cos²a par1 +tg2a :
x²tg2a- 4Hx tga + 4Hy + x² = 0. (
6)
Cette équation donne
1
tga= [2H ± √4H²- 4Hy-x²] . (7)
A cause de
1
hH sin² 45° = H.
2
120 MÉCANIQUE.
Quand les coordonnéesxetydu point Dsatisfont à l'inégalité
4H2> 4Hy + x², (8)
les deux valeurs de tg a sont réelles et inégales ; par consé-
quent : pour une même vitesse initiale du projectile, il existe
en général deux directions de cette vitesse qui permettent d'at-
teindre un but donné .
Ces directions se réduisent à une seule, déterminée par
2H
tga= ,
quand
4H² = 4Hy + x² . (9)
Enfin, si les coordonnées x, y et la hauteur H satisfont à la
relation
4H24Hy + x² , (10)
il est impossible que le projectile passe par le point donné D.
5º L'équation (6) , qui est cellede la trajectoire du projectile,
représente une parabole OAB ayant AC pour axe et A pour
sommet. Si , dans cette équation, on fait varier l'angle a, on
obtiendra une infinité de paraboles OAB, OA'B' , OA'B' , tan-
gentes à une autre parabole EFG , représentée par l'équa-
tion (9) . Si le but D est intérieur à cette dernière courbe,
le projectile pourra évidemment l'atteindre, soit en décrivant
la parabole OAB, soit en décrivant la parabole ODA' . Quand
le but est sur l'enveloppe, en I, par exemple, il n'existe
qu'une seule direction suivant laquelle on puisse lancer le pro-
jectile. Enfin, quand le but est extérieur à EFG, le projectile
Y ne peut plus
l'atteindre . Ces
dernières cir-
F
A constances sont
D
I exprimées algé-
Al briquement par
E
G
X
lesrelations (8),
0 B B B
(9), (10).
MÉCANIQUE . 121
PROBLÈMEV. Sachant que l'attraction exercée par une sphère,
sur un point extérieur, est la méme que si la masse de la sphère
était concentrée en son centre* , on demande de calculer :
1º Le rapport des poids d'une méme masse, à la surface de
Jupiter et à la surface de la Terre ;
2º La valeur de la gravité, à la surface de Jupiter;
3º La longueur du pendule qui battrait les secondes sur cette
planète.
1º D'après la loi de la gravitation universelle **, les attrac-
tions exercées sur une molécule m, par deux points matériels
A,B, sont proportionnelles aux masses M, M'de ces deux points,
et inversement proportionnelles aux carrés des distancesmA ,
mB. Il résulte de là, et de la propriété indiquéedans l'énoncé,
que si une même masse m était transportée successivement
sur la Terre et sur Jupiter, les poids p, p', accusés par undyna-
momètre auquel cette masse serait suspendue (94), satisfe-
raient à la relation :
P' Μ' r2
P M ,
r, r' étant les rayons de la Terre et de Jupiter.
Or,
Μ' 354 936 r 1 ***
=
, ;
M 4050 r' 44,225
donc
p' 354 936 1
p 4050 (11,225)2
Effectuant par logarithmes, on trouve
P
'
= 2,6828 .
P
Ainsi, le poids d'un kilogramme, transporté de la Terre sur
Jupiter, tendrait le dynamomètre jusqu'au point correspon-
dant à 26828,8.
2º Les poids p, p' sont entre eux comme les accélérations
* Voyez les Traités de Mécanique rationnelle.
** Voyez la Cosmographie.
*** Cosmographie.
122 MÉCANIQUE .
correspondantes g, g' * . Par conséquent, la gravité à la sur-
face de Jupiter a pour expression :
g' g . 2,6828 ;
ou , à cause deg = 9m , 80896 :
g' 26m, 3155 .
3º Les longueurs l, l' de deux pendules qui battraient
les secondes à Paris et sur Jupiter sont proportionnelles à
getg' (12) .
Donc
1' = 1 . 2,6828 ;
et comme l 0m,993 855 ,
l' = 2m, 66634 **.
=
p_p
* Parce que m
g g
** Le lecteur sera peut- être étonné de ce que le rapport ne soit
p
pas plus grand ; mais il lui suffira de faire attention que, si la masse
de Jupiter était égale à celle de la Terre, l'attraction, à la surface de la
première planète, serait 128 fois moindre qu'à la surface de la seconde.
Au lieu de supposer la masse m transportée successivement sur la
Terre et sur Jupiter, on pourrait considérer un corps également distant
des deux centres d'attraction; et alors on trouverait
p' 354936 338.
P 1.050
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SANTANGELO Noël