tout se répète
Je ne suis pas différent
de ton ex
EBOOK BY
MVK
Introduction
Je ne suis pas différent de ton ex !
Du haut de ma vingtaine, j’ai partagé des bouts de vie
avec quelques personnes.
Les ethnies changeaient, les nationalités changeaient…
mais, au fond, les histoires restaient les mêmes.
Certains débuts frappaient plus fort, certaines fins
étaient douces, d’autres violentes.
Pourtant, les schémas revenaient toujours :
Presque, les mêmes commencements, presque les mêmes
conclusions.
1
À force, j’ai fini par remarquer un truc : tout se répète.
Les mots, les gestes, les intentions, même les promesses…
Chaque relation suit la même chronologie, juste racontée par un
nouveau corps.
Et c’est là que j’ai compris : ce ne sont pas les personnes qui
changent, c’est seulement la façon dont on veut y croire.
Je préfère être honnête.
Dans ce livre, vous plongerez dans une vision simple : celle d’un
Miveck qui observe les relations comme un cycle.
On croit toujours que le changement viendra des autres.
En réalité, il commence par soi.
Alors, avant de vouloir changer de partenaire, demandez-vous si
vous avez changé vous-même.
2
Février 2025, dans la nuit du 12, je n’arrivais pas à trouver le
sommeil, tourmenté par mon envie de percer dans le monde de
la musique.
Je venais de sortir mon projet centré sur les femmes noires,
intitulé Dark and Lovelee.
En manque de stratégie et de visibilité, je décide alors de
scroller sur Instagram.
Là, je tombe sur le profil d’une jeune fille assez jolie et je décide
de lui envoyer un DM.
J’envoie un message assez énigmatique :
« Je peux te poser une question ? »
Simple, intriguant… je savais qu’elle allait répondre.
Puis je m’endors.
Le lendemain, elle me répond :
« Oui. »
Et là, tout s’enchaîne.
La conversation était tellement fluide que je ne savais même
plus où ça avait commencé.
3
On parlait depuis quelques semaines maintenant : pas assez pour
se connaître vraiment, trop pour rester en surface.
Pendant que j’essayais d’aller en profondeur, cette jolie demoiselle
d’origine nigériane et togolaise qui brillait comme un ciel étoilé d’un
Rolls-Royce Cullinan.
Figé par son charisme et l’odeur de son parfum, elle flottait
comme une feuille de sakura sur un lac d’Okinawa.
Ce soir-là, j’ai décidé de la voir de manière simple et directe, elle
était autant enthousiaste que moi.
On s’est retrouvés dans un bar près du Louvre, le Musset, le genre
d’endroit où les murs ont plus de personnalité que les clients.
Au milieu d’une phrase, elle m’a regardé et m’a dit :
— Tu es différent de mon ex.
J’ai souri.
Pas pour valider, pas pour séduire, mais pour gagner du temps.
4
Parce que dans ma tête, la question tournait déjà : Différent en
quoi, exactement ?
On a continué la conversation comme si de rien n’était.
Le date s’est super bien passé, même trop bien, le genre de
soirée où l’on ne calcule plus l’heure.
La nourriture, l’ambiance, le cadre… tout était parfait.
Son regard était tellement doux et enivrant qu’il m’avait fait
oublier ma journée de travail.
Puis on s’est dirigés vers nos véhicules respectifs, un petit câlin
pour se dire au revoir.
Pendant que je roulais sur l’A6, en rentrant chez moi, sa phrase
m’est revenue.
Pour ceux qui connaissent l’A6, cette route interminable te
force à réfléchir la nuit, tellement le trafic est fluide.
Le 91 est tellement loin de Paris qu’on a le temps d’analyser
toute sa vie entre deux sorties.
Et cette nuit-là, c’est cette phrase qui a résonné :
En quoi je suis différent ?
5
Moi aussi, j’ai eu des ex.
La dernière était partie dans les bras d’un autre parce que
financièrement je n’étais pas stable.
J’avais 21 ans.
Bien évidemment, elle était revenue, cette fameuse ex je pensais
qu’elle était revenue non pas parce qu’elle m’avait retrouvé, mais
parce qu’elle n’avait pas trouvé ce qu’elle cherchait ailleurs.
Personnellement, je ne la trouvais pas différente de mes ex,
j’étais surtout face à un nouveau visage, une autre réalité, du
moins, c’est comme ça que je voyais les choses.
Quand je suis arrivé, j’ai reçu le message classique :
« Tu es bien rentré ? »
Un message banal, celui qu’on envoie quand un date se passe
bien, et parfois même quand il se passe mal, juste par politesse.
Mais ce soir-là, ce n’était pas le message qui comptait, c’était la
question derrière : Pourquoi elle m’a dit ça ? Pourquoi “différent
de son ex” ?.
6
Cette question m’a suivi pendant plusieurs jours, au travail,
même chez moi, devant mon évier, pendant que je faisais la
vaisselle.
C’était comme si j’étais hanté par l’idée de trouver une réponse,
pourquoi “différent de son ex” ? Et plus j’y pensais, plus une
vérité me frappait : je ne suis peut-être pas si différent de son
ex.
Au début d’une relation, on suit tous le même scénario : on se
découvre, on s’observe, on se promet des choses.
Alors j’ai commencé à me poser une succession de questions,
presque mécaniquement, comme si mon cerveau voulait
remonter à la source.
Et la première idée qui m’est revenue est que, au début d’une
relation, on se fait toujours les mêmes promesses.
7
CHAPITRE 1 — Les mêmes promesses et les mêmes
choses
8
On se promet l’honnêteté.
On se promet de ne pas se mentir.
On se promet de construire quelque chose de solide, quelque
chose de vrai.
Mais j’ai fini par comprendre une chose : les promesses naissent
souvent d’une insécurité.
Nos promesses sont souvent basées sur des illusions, pas sur
des réalités.
On promet parce qu’on a besoin de se rassurer soi-même ou
parce qu’on veut rassurer l’autre, pas parce que la promesse va
réellement changer quoi que ce soit.
Et de cette réflexion-là, une phrase s’est imposée à moi, simple
mais profonde :
Une promesse, c’est une part de lumière que tu donnes à
quelqu’un qui en manque.
9
Et par la suite, en y réfléchissant, je me suis dit quelque chose de
simple et brutal :
je vais refaire les mêmes promesses que son ex, et sûrement les
mêmes erreurs.
Les mêmes intentions, peut-être même les mêmes projets, les
mêmes fous rires et les mêmes débuts.
Parce que c’est comme ça que fonctionnent les relations : on
répète les gestes qui semblent universels.
Suite à ça, je me suis dit que si je restais bloqué sur cette première
question
« les promesses » je n’aurais jamais la réponse, je ne saurais pas
en quoi je suis différent.
J’ai décidé de la revoir une deuxième fois.
10
La fois d’après, on est allés au Grand Caffè Convivium manger.
Un petit dîner intéressant, simple, pas trop cher.
Parfait pour ma poche et parfait pour un deuxième rendez-vous, où
on a juste besoin d’être face à face.
Le date s’est super bien passé, comme prévu.
En sortant du restaurant, j’ai décidé de rentrer en RER, pas envie de
prendre la voiture.
J’avais besoin d’être entouré, de regarder les gens, de sentir la ville
vivre, car je suis souvent dans ma voiture et je ne vois pas assez de
monde.
C’est très rare, et Paris la nuit, c’est un autre monde, une autre
atmosphère.
Et pendant qu’on marchait, je lui ai posé des questions qui l’ont
amenée, doucement, à parler de son ex.
11
C’était volontaire, j’avais besoin de comprendre.
Mais tout ce qu’elle disait me ramenait à la même conclusion :
je ne voyais toujours pas en quoi j’étais différent.
Rien.
Pas une phrase.
Pas un comportement.
Arrrrhh… dans ma tête, les choses se mélangeaient.
Ce jour-là, je n’ai pas eu de réponse à ma question, mais j’ai eu au
moins une certitude :
au début d’une histoire, on rejoue tous la même scène.
Vient le moment de se séparer, mais j’avais encore envie de
rester avec elle.
Je lui propose un tour des grands monuments de Paris en
Cooltra, des mini-scooters disponibles dans Paris.
Elle était d’accord.
12
Je réserve le scooter le plus proche et c’était parti.
Son afro dans le vent elle avait peur, donc elle s’accrochait à moi
très fort.
Je venais de manger, elle m’avait obligé à rentrer mon ventre de
tonton congolais, à l’époque.
Le tour terminé, elle prend le RER A, et moi le RER D.
J’étais à neuf arrêts de chez moi, c’était sûr que j’allais réfléchir.
Arrivé à Ris-Orangis, je prends ma voiture que j’avais laissée à la
gare et je rentre.
Elle m’avait déjà envoyé un Snapchat pour savoir si j’étais bien
rentré je lui réponds, puis je m’endors directement tellement j’étais
fatigué.
Le lendemain, elle m’a proposé un dîner chez elle après le travail j’ai
accepté.
Pas pour le repas, mais parce qu’on savait tous les deux qu’on allait
franchir un cap.
Elle avait cuisiné, ça sentait bon, la lumière était tamisée, et il y avait
ce silence… ce silence qui dit que la suite est déjà écrite.
13
Après avoir mangé, on s’est posés sur son canapé.
Au début, c’était léger :
des blagues, quelques regards trop longs… puis son genou contre
le mien.
Et là, tout s’est enchaîné.
Je l’ai tirée doucement vers moi.
Elle s’est assise sur mes jambes, ses mains autour de ma nuque
ses lèvres cherchaient les miennes, et son corps parlait avant ses
mots.
14
Quand on s’est levés pour aller vers sa chambre, on n’a même pas
eu besoin de se parler.
C’était instinctif.
Dans le lit, nos corps se sont trouvés tout de suite ses mains
glissaient sur mon dos, ma bouche sur son cou, et elle répondait à
chacun de mes gestes.
On a bougé ensemble, sans hésitation, comme si on savait déjà
comment l’autre fonctionnait.
Et c’est justement là que la pensée est venue, presque froide : en
quoi j’étais différent de son ex ?
Parce que, soyons honnêtes, ces positions-là, elle les avait déjà
faites.
Cette manière qu’elle avait de me serrer, quelqu’un avant moi
l’avait sûrement connue.
Ce souffle court dans son oreille, cette façon qu’elle avait de
basculer son bassin quand elle commençait à perdre le contrôle…
rien de tout ça n’était une exclusivité.
15
Oui, le moment était intense, vrai, sincère même.
Mais le sexe reste le sexe :
deux corps qui se cherchent, qui se prennent, qui se lâchent, la
mécanique est la même, la montée est la même.
Alors qu’est-ce qui ferait de moi un homme différent
Clairement pas ça.
C’était logique, au fond.
Si les débuts se ressemblent, c’est parce que les gens se
ressemblent quand ils commencent quelque chose.
On n’a encore rien vécu avec l’autre, alors on parle avec nos peurs,
nos envies, nos manques.
On balance des promesses qu’on pense pouvoir tenir, qu’on veut
tenir… pas forcément celles qu’on tiendra réellement.
Et c’est là que je me suis rendu compte d’un truc :
si on répète tous les mêmes scènes au début, alors la réponse à
ma question ne pouvait ni venir de moi, ni de son ex.
Elle ne peut venir que d’elle c’était autre chose, quelque chose de
plus profond.
Ce n’était pas moi versus lui, mais elle versus elle-même.
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Chapitre 2 — Toi vs toi-même
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C’est ce jour-là que j’ai commencé à comprendre un truc
dérangeant : la vraie comparaison n’a jamais été entre deux hommes.
Elle commence toujours entre toi et la version de toi que tu
prétends être.
La relation avait évolué, on se parlait beaucoup, on se voyait souvent.
Et comme j’avais besoin de m’évader, je lui ai proposé un week-end à
Barcelone.
Sur un coup de tête, une petite folie.
J’appelle ça le one life : une seule vie, plusieurs destinations, pour me
ressourcer.
Elle a dit oui sans hésiter.
Là-bas, tout était parfait : ses tenues, son make-up, notre énergie.
On avait dîné près de notre hôtel, « Marina Badalona », habillés
comme si le monde devait nous regarder.
Après le restaurant, on a marché sur la plage.
Une longue marche, le genre qui te force à parler vrai, parce que la
nuit ne ment pas.
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Et c’est là que j’ai commencé à creuser dans son passé.
Pas par curiosité, mais pour comprendre ce qu’elle fuyait.
Plus elle parlait, plus je voyais un truc évident : elle ne me comparait
pas à son ex.
Elle se comparait à la version d’elle qu’elle n’avait jamais réussi à être
avec lui.
C’était ça, le toi versus toi-même.
Pas une histoire de deux hommes.
Une histoire d’une femme qui essayait encore de gagner un combat
intérieur qu’elle avait perdu avant même que j’arrive.
Ce n’était pas une histoire d’amour qu’elle essayait de sauver, mais
une histoire d’elle-même qu’elle n’avait jamais vraiment écrite.
Elle était face à deux versions d’elle : celle qui n’avait peur de rien et
celle qui avait peur de tout.
D’un côté, la femme confiante, apprêtée, maquillage parfait, celle qui
marchait avec moi sur la plage comme si elle avait toutes les
réponses.
19
De l’autre, la petite timide qui avait grandi en fermant sa bouche,
dans une famille où on t’apprend à respecter avant de t’exprimer, à
obéir avant de ressentir.
On connaît tous ces familles africaines où parler, c’est manquer de
respect, où dire ce qu’on pense, c’est s’attirer des remarques, où tu
apprends plus vite à te taire qu’à comprendre tes émotions.
Et cette petite fille-là… celle qui n’a pas eu le droit de dire « j’ai peur»,
« je suis triste », « je ne comprends pas », elle était toujours là.
Une petite fille qui avait encaissé des agressions, des déceptions,
des silences, des hommes qui ont laissé des traces sans jamais
laisser d’explications.
Elle ne me parlait pas pour me plaire.
Elle parlait pour savoir qui elle devait être.
Cette petite fille demandait juste une chose : qu’on la fixe sur la
version qu’elle devait choisir pour avancer.
20
La femme forte ou la femme blessée.
La version qui avance ou celle qui survit.
Et c’est là que j’ai compris : ce n’était pas à moi de trancher.
Son combat n’était pas entre son ex et moi, mais entre elle et elle-
même.
Tout le monde a deux versions en lui.
Il y a l’alter ego, celui qui doute, celui qui te retient, celui qui t’invente
des scénarios pour t’empêcher d’avancer.
C’est la voix qui te dit “attention”, “prends ton temps”, “et si ça se
passe mal”.
Et il y a le mode automatique.
Celui qui se réveille quand t’es dos au mur.
Celui qui arrête de parler et qui agit.
Celui qui entre en survie et qui trouve toujours une solution, même
quand tu pensais être au bout.
21
Napoléon Hill parlait de “l’autre-soi”.
Moi, je l’appelle juste le mode automatique, parce que c’est ce qui
reste quand t’as plus rien à perdre, plus rien à prouver, plus rien à
cacher.
C’est ta vraie nature.
La version de toi qui ne tremble pas.
Et je me suis demandé : comment elle pouvait avancer si c’est
toujours l’alter ego qui décidait à sa place ?
La petite fille timide qui se tait.
La version qui a peur.
La version qui analyse trop.
Sauf que la vie elle se construit, pas avec celle-là.
La vie avance quand c’est le mode automatique qui prend le relais.
Le mode où tu ne te poses pas mille questions.
Le mode où tu affrontes, même si tu ne te sens pas prêt.
22
Le mode où tu fais parce que ne rien faire te détruit encore plus.
On est rentré à Paris deux jours plus tard.
Fin du soleil, fin de la plage, fin des discussions à cœur ouvert.
Retour au travail, aux mails, au métro.
Chacun sa réalité, chacun son quotidien.
Et c’est souvent quand tu rentres de quelque chose d’intense que tu
vois ce qui reste vraiment.
Pas les photos, pas les souvenirs.
Mais les questions.
Et moi, j’en avais une pour elle.
Simple, directe, et pourtant lourde :
« Est-ce que tu te connais, toi-même ? »
Pas « qu’est-ce que tu veux ? », pas « qu’est-ce que tu cherches ? »
Non.
Est-ce que tu sais qui tu es ?
Parce que c’est ça, au fond.
23
Qu’est-ce que c’est être une femme ?
Qu’est-ce que c’est être la femme que t’es aujourd’hui ?
Pas la femme que ta famille t’a demandé d’être.
Pas la femme que tes ex ont façonnée.
Pas la femme que les autres ont blessée.
La femme que toi, tu choisis d’être.
Et je voyais déjà que la question la bousculait.
Parce que personne ne la lui avait posée comme ça.
Le combat intérieur qu’elle vivait à Barcelone, il ne s’était pas arrêté à
l’aéroport.
Il l’avait suivie jusque dans son salon, jusque dans ses routines,
jusque dans ses silences.
Et moi, je n’étais pas là pour lui donner une réponse.
Juste pour lui montrer que la prochaine étape, ce n’était pas moi.
Ce n’était pas nous.
C’était elle.
Parce que le toi versus toi-même, ça commence toujours par une
question simple :
est-ce que tu te connais vraiment ?
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j’ai compris que tout le reste, l’amour, les promesses, les envies ne
pouvait exister que si elle trouvait d’abord la réponse à celle-là.
Et la vérité, c’est que nous aussi, les hommes, on affronte ce
combat-là.
On a notre version blessée, notre version lucide, notre version qui
survit.
On ne le dit pas, mais on le vit.
Moi, je me suis déjà laissé glisser en mode automatique.
Pas par facilité, mais parce qu’il y a des moments où lutter aggrave
tout.
Les stoïciens disent qu’on ne peut pas battre ce qu’on ne contrôle
pas, alors tu lâches prise, comme quand tu te laisses porter par un
courant trop fort.
Tu attends de croiser un rocher, un appui, quelque chose qui te
permet de remonter.
Et c’est souvent là que tu te retrouves vraiment.
Parce que la vie, c’est ça : des rivières interminables, des épreuves qui
reviennent, et toi, qui apprends à respirer au milieu de tout ça.
25
Après tout ce qu’on avait vécu à Barcelone les nuits, les discussions,
les questions que je l’avais poussée à se poser j’ai choisi de prendre
mes distances.
Pas par stratégie, pas pour jouer, juste parce que je connais la fin des
histoires qui reposent sur du vide.
Elle ne s’était pas trouvée elle-même, donc elle ne pouvait rien me
proposer.
Sa jauge était à sec.
La mienne était pleine.
Forcément, ça créait un décalage.
Et le désintérêt, chez moi, il n’arrive jamais doucement : il tombe d’un
coup, brutalement.
Pourtant, même en m’éloignant, je sentais encore sa présence.
Elle essayait.
Elle restait là.
Mais on savait tous les deux qu’il y avait un truc qui ne collait pas.
26
Chapitre 3 — L’amour par défaut
27
C’est un amour transmis comme un vieux meuble : abîmé, bancal,
mais qu’on garde quand même, parce qu’on ne connaît rien d’autre.
Et le plus troublant, c’est qu’on a tous grandi avec ce type d’amour-là.
Un amour déjà téléguidé, déjà préprogrammé, déjà « installé » dans
notre système émotionnel avant même qu’on sache ce que c’est
qu’aimer.
Comme si quelqu’un, quelque part, avait posé un logiciel par défaut
dans nos gènes :
ce que tu dois supporter,
ce que tu dois accepter,
ce que tu dois appeler « normal ».
C’est un amour transmis de génération en génération, presque comme
un virus silencieux.
Pas un virus qui te rend malade d’un coup, non.
Un virus qui s’infiltre lentement, qui s’installe, qui se mélange à ton
identité, jusqu’à ce que tu ne fasses plus la différence entre ce que tu
ressens vraiment et ce qu’on t’a appris à ressentir.
28
On ne choisit pas cet amour-là.
On naît dedans.
On l’imite sans le questionner.
On le reproduit comme un réflexe.
C’est un amour qui traverse les décennies sans jamais évoluer.
Chaque famille, chaque couple, chaque histoire ajoute juste une
couche de poussière supplémentaire au vieux meuble, mais
personne ne le jette.
Personne ne le répare vraiment dans notre communauté.
On le garde parce qu’on ne connaît rien d’autre, et parce que ceux
qui nous l’ont transmis n’ont jamais connu mieux non plus.
Alors on le fait prospérer.
On le perpétue.
On l’entretient comme s’il était un héritage sacré, alors qu’en réalité, il
nous limite.
Il nous emprisonne.
Il gâche.
29
Il gâche notre manière de recevoir, notre manière de donner, notre
manière de comprendre ce qu’est réellement un amour construit,
choisi, conscient.
Et le pire ?
C’est que cet amour par défaut se glisse dans nos relations sans qu’on
s’en rende compte.
Il se colle à notre manière de parler, de réagir, de rester, de partir.
Il s’invite dans nos gestes, dans nos silences, dans nos attentes, il
fabrique des histoires bancales qui ne sont pas bancales à cause des
personnes… mais à cause du modèle.
On vit dans un amour hérité, et on croit que c’est le nôtre.
La distance que j’ai mise entre nous n’était pas pour fuir.
Pas pour être méchant.
Juste parce qu’intérieurement, j’étais déjà ailleurs.
Je me suis remis dans ma vie, dans mes projets, dans mon quotidien, et
elle… elle continuait d’envoyer des messages.
Un premier.
Je le vois, mais je laisse.
Pas par stratégie.
Par sincérité : j’étais occupé.
Je n’étais plus là.
Puis un deuxième message, plus insistant.
30
Et c’est là que j’ai senti quelque chose : la distance que j’avais créée,
celle que je ne formulais pas, elle se voyait déjà.
Pour elle, ça ressemblait à du ghosting.
Et c’est vrai que, de l’extérieur, ça y ressemblait.
Mais moi, je savais que ce n’était pas ça, c’était juste le résultat
logique de ce qu’on vivait :
un amour par défaut pour lequel je n’avais plus la force de
m’impliquer.
Alors j’ai décidé de la voir une dernière fois.
Mais elle ne le savait pas.
Quand elle est arrivée, ça se voyait dans son regard.
Elle avait mille questions qui se bousculaient.
On s’assoit, et à peine le temps de respirer qu’elle me lâche :
— Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi tu ne me donnes plus de
nouvelles ?
— T’as changé.
T’es devenu distant.
— Avant, tu étais là, tu répondais vite… c’est quoi ? Qu’est-ce qui t’est
arrivé ?
Je la regarde un moment.
Pas dans le jugement.
Dans la lucidité.
31
Puis je lui dis doucement :
— Tu m’as sorti une phrase, le premier jour où on est sortis manger.
Elle se fige.
Elle fouille dans sa mémoire.
— Non… je ne m’en souviens pas.
Alors je continue :
— Ce jour-là, tu m’as dit une phrase.
— Une phrase qui, moi, ne m’a pas quitté.
— J’y ai pensé tout le long… tout le temps qu’on s’est côtoyés.
Elle me regarde, surprise, presque nerveuse.
— Quelle phrase ?
Je respire un instant, et je lui dis :
— Tu m’as dit que j’étais différent de ton ex.
Silence.
Pas un silence de malaise.
32
— Oui, je te l’avais dit.
Parce que je le pensais.
Et c’est là que je lâche enfin :
— Justement.
Cette phrase, elle n’a jamais fait sens.
Et j’ai fini par comprendre pourquoi.
Elle fronce les sourcils.
Je sens qu’elle se prépare à entendre quelque chose qu’elle n’a jamais
voulu analyser en elle-même.
Je lui dis la vérité.
— Tu sais pourquoi je ne suis pas différent de ton ex ?
Elle reste immobile.
J’enchaîne.
— En réalité, je ne suis pas différent de ton ex parce que, dans ta façon
d’aimer… il n’y a pas de place pour la différence.
— Tu poses les gens dans une histoire déjà écrite.
— Et moi, j’ai juste compris que je n’avais pas envie de rejouer le
même rôle que ton ex.
33
Je termine ma phrase.
Elle ne bouge pas.
Elle ne parle pas.
Elle reste là, immobile, comme si elle ne savait pas si elle devait
répondre ou respirer.
Moi, je n’attendais rien.
Je n’étais pas là pour un débat, ni pour une explication de cinq pages.
J’avais dit ce que j’avais à dire.
Alors j’ai juste lâché :
— « Viens, je te raccompagne. »
On est sortis du restaurant, le Paradis du Fruit à Bercy Village.
Je m’étais garé pas loin.
Le trajet jusqu’en bas de chez elle… silencieux.
Juste un fond sonore d’un morceau de Booba, Saga.
Je ne sais pas si elle ne comprenait pas ma phrase,ou si elle ne voulait
pas la comprendre, c’est toujours comme ça quand une vérité
dépasse le cadre émotionnel : les gens se taisent.
On confond le choc et le calme.
34
Arrivés devant son immeuble, au 13 rue Jean-Jaurès à Bondy, elle m’a
regardé comme si elle attendait un dernier mot, un signe, un truc.
Je n’ai rien rajouté, parce que j’avais tout dit.
Elle est montée.
Je suis resté quelques minutes.
Pourquoi ? Je ne sais pas.
J’étais peut-être en train de faire mon deuil, ou de regretter ma
décision, le fait de tout couper entre elle et moi.
Elle est montée et observait ma voiture depuis sa fenêtre.
Je décide enfin de prendre la route et de rentrer chez moi, après
vingt minutes à réfléchir en bas de chez elle.
Même si j’étais maître de mes émotions, j’ai quand même ressenti
cette frustration au fond de moi.
Après ça, la vie a suivi son cours.
Les jours se sont empilés, puis les mois.
Et moi, j’ai continué mes projets, mes déplacements, mes silences.
Je n’y ai plus pensé.
35
Un an plus tard.
Pas trois mois.
Un an entier.
J’étais en train de préparer mon voyage pour Lisbonne, avec un
nouveau visage, un nouveau corps, une nouvelle personne tout
simplement.
J’allais revivre ce que j’avais vécu il y a un an, encore une fois, et en
mieux.
Parce que là, j’étais dans une illusion créée par Dieu, ou le créateur, je
ne sais pas comment on l’appelle.
Du moins, j’avais l’impression que le ciel l’avait mise sur ma route.
Les valises ouvertes.
Le portable qui charge.
La musique qui tourne.
Et c’est à ce moment-là qu’elle a réapparu.
Un message.
36
Sorti de nulle part.
Une notification que je n’attendais pas.
Comme si elle avait mis un an à réaliser ce que j’avais réellement dit
ce soir-là.
Elle :
Miveck, je crois que…
Un silence immédiat.
La musique s’arrête subitement, ou peut-être que c’était juste dans
ma tête, mais en voyant le message, le temps se fige.
Trente secondes.
Peut-être plus.
Je ne sais plus.
Mon enthousiasme à l’idée de voyager est plus fort que l’envie de lire
ce message venu du passé.
Plutôt : venu d’un être du passé.
Je reprends mes esprits.
Je ferme ma valise.
J’enfile mes chaussures.
37
Je descends.
Le Uber m’attend.
D’habitude, c’est Jerry qui me dépose à l’aéroport, mon pote.
Avec lui, j’aurais pu partager ce qui venait de refaire surface, avoir son
avis.
On se connaît depuis tellement d’années que son opinion a toujours
eu un poids dans mon cerveau, même si, au fond, j’ai toujours pris la
mienne.
Mais ce jour-là, il travaillait.
Une deuxième notification jaillit.
Je souffle.
Je parle à voix haute, persuadé, encore une fois, que je ne fais que
penser.
« Encore elle…
Purée.
Je répondrai plus tard, j’ai déjà vu son message. »
Uber— Vous avez dit quoi, monsieur ?
Je sursaute.
Surpris, parce que je pensais être resté dans ma tête.
Je réponds, gêné, avec un grand faux sourire :
— Non, non, non, monsieur.
Je ne parlais pas à vous. 38
Puis une idée me traverse l’esprit, pourquoi ne pas discuter avec lui ?
avoir son point de vue.
Ou au moins sa voix, pour remplir le trajet.
Je lui demande depuis combien de temps il fait ce métier.
Uber — Quatre ans, mon fils.
C’est un super métier… mais relou des fois.
Je savais que lancer un Uber dans une conversation rendait toujours
le trajet plus intéressant, et surtout, ça me laissait l’espace pour
réfléchir.
J’aime écouter les gens parler, ça me permet de m’isoler dans ma
tête.
De rentrer dans mon monde intérieur, et de faire le point sur tout ce
qui m’arrive.
Pendant que je lui parlais, je réfléchissais.
C’était le principe, tenir la conversation pour pouvoir m’échapper
ailleurs.
Alors je fais ce que je sais faire, la technique de l’entonnoir.
Comme en commerce.
je commence par des questions simples.
En surface.
Le métier.
Le quotidien. Les horaires.
39
Puis, petit à petit, je glisse vers le personnel.
Je lui demande s’il y a quelqu’un dans sa vie.
Il me répond que non.
Que la vie ne lui a pas vraiment donné cette chance-là.
Que, de nos jours, l’engagement est devenu compliqué.
Qu’on tombe sur des gens instables.
Je souriais, car y a même pas un an de cela, je pensais comme lui.
On arrive vers Juvisy-sur-Orge, en direction d’Orly, la Nationale 7.
Mon téléphone sonne.
Je me dis : j’espère que ce n’est pas elle.
Pas le passé.
Pas cette personne revenue de nulle part.
Je regarde l’écran.
Ce n’était pas elle.
C’était la nouvelle personne, celle qui partageait ma vie à ce
moment-là le présent.
On n’était pas officiellement en couple, mais on agissait comme si
on l’était.
Ce nouveau corps.
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Je décroche, un peu agacé.
Elle me demande où j’en suis exactement.
Si je vais être en retard.
Pourquoi je ne suis pas encore à Orly, en même temps qu’elle.
Je lui réponds que non.
Que je suis déjà dans l’Uber.
Que j’arrive.
Qu’elle sait très bien que ce n’est pas Jerry qui me dépose
aujourd’hui.
Que je serai à l’heure.
Elle me dit :
Ok. Dis-moi quand t’es là.
Je raccroche.
Je demande gentiment à l’Uber de ralentir, de ne pas rouler trop vite.
Pourquoi, je sais pas.
Une intuition comme si je voulais rater ce vol, j’avais plus envie de
partir, mais je ne savais pas pourquoi.
En approchant de l’aéroport, une question me traverse l’esprit.
Est-ce que je contacte le passé avant d’arriver ?
Est-ce que je réponds à son message ?
Je suis encore dans l’hésitation.
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On arrive à Orly.
Je descends.
Je récupère ma valise dans le coffre.
Je remercie le chauffeur pour le trajet et la conversation que j’avais
totalement arrêtée de suivre, comme une vidéo de pluie sur YouTube
ou une série Netflix que tu lances à trois heures du matin juste pour
t’endormir.
Je me dirige vers le terminal 1, avec cette boule au ventre apparue
d’un coup.
J’y suis déjà.
Trop tard pour annuler.
Alors je me rassure.
je me dis que, finalement, pourquoi pas.
Pourquoi pas y aller.
Ça peut être bien.
Ça va bien se passer.
Elle m’envoie sa position.
Des messages, des détails.
Elle me dit où elle se trouve, près de l’embarquement.
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Je la rejoins rapidement.
Je connais Orly par cœur.
Quand j’arrive, elle me fait un gros câlin.
Contente de me voir.
Je suis content aussi.
Mais la boule est toujours là.
Pourquoi ?
Je ne sais pas.
Une intuition, peut-être.
On avance.
On s’enregistre.
On passe les contrôles.
Et là, je réalise.
Mon parfum.
Mon Tom Ford.
Oublié sur la commode, chez moi, pendant que je faisais ma valise.
L’image me revient maintenant.
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Elle me dit, un peu frustrée :
Tu peux toujours en prendre un de l’autre côté, dans les magasins.
Je lui réponds :
Va t’asseoir devant, près de l’embarquement.
J’arrive, je te rejoins.
Je pars choisir un parfum.
Je fais la queue.
Et soudain, une impression.
Une silhouette.
Quelque chose de familier.
Je regarde mieux.
C’est elle,le passé.
Elle est devant moi, à la caisse, en train de payer.
Tout devient clair.
Cette boule au ventre.
Cette intuition.
Comme si mon corps m’avait prévenu.
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Les secondes passent.
Je me demande à quel moment elle va se retourner.
Est-ce que je fais semblant de chercher un autre parfum ? est-ce
que j’attends qu’elle finisse et qu’elle parte ?
À l’intérieur, c’est le chaos.
Des milliers de réactions.
Mais à l’extérieur, rien ne se voit.
Je me retourne.
Quelqu’un est derrière moi.
Impossible de faire demi-tour.
Je suis le prochain.
caissière — Oui, monsieur.
La caissière me regarde.
Elle( le passé) se retourne.
— Miveck.
Je réponds :
— Qu’est-ce que tu fais là ?
Elle ( le passé) me dit :
— Toi, qu’est-ce que tu fais là ?
— Je voyage, tout simplement.
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Avant qu’elle n’ajoute quoi que ce soit, un homme arrive, il la prend
par la taille.
Je comprends immédiatement.
Son nouveau mec.
elle- Bébou, on y va ? je la regarde, surpris.
Elle me dit :
Bon bah… salut.
N’oublie pas de regarder ton téléphone.
Effectivement, je n’avais toujours pas répondu à ses messages.
Mais si elle avait quelqu’un dans sa vie, alors pourquoi m’avait-elle
écrit ?
La question me traverse l’esprit comme un vertige.
J’étais perturbé, figé, presque.
Pendant qu’ils s’éloignaient, elle et lui, j’ai tendu l’oreille sans m’en
rendre compte.
J’ai réussi à capter quelques mots de leur conversation.
L’homme qui était venu la récupérer lui a demandé qui j’étais.
Elle a dû dire que j’étais un ami.
Forcément.
La scène m’a coupé du monde.
À tel point que je n’entendais même plus la caissière qui me
demandait de régler mon parfum.
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Je suis resté là, immobile, le regard perdu, avant de revenir à moi
brutalement.
J’ai payé vite, sans prendre le ticket, comme si rester une seconde
de plus pouvait tout faire dérailler.
Je rejoins le présent
À l’embarquement, je remarque que tout avait déjà commencé.
elle (le présent ) — C’est bon, t’as tout ce qu’il faut ?
Je réponds à peine.
Un air évasif, la tête baissée, le téléphone entre les mains.
Je fais semblant de scroller, alors qu’en réalité je me demande si je
dois répondre à un message venu d’un autre temps.
Un message du passé.
Vient notre tour de monter dans l’avion.
Je lève la tête.
Le passé était là.
Devant moi.
Accompagné de son partenaire.
On prenait le même vol.
La même direction.
Quel hasard.
Ou plutôt… quel message la vie essayait de me faire passer ?
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Pourquoi maintenant ?
Ça faisait plus d’un an que je ne l’avais pas croisée.
Elle, en revanche, n’avait pas l’air surprise.
Pas du tout, même.
Elle semblait… satisfaite.
Comme si cette rencontre était prévue.
Acceptée.
On monte dans l’avion.
Chacun s’assoit à sa place, comme si de rien n’était.
Comme si l’univers ne venait pas de me poser une question en pleine
figure.
Je m’empresse de lui envoyer un message, j’en reçois d’autres, mais je
les ignore totalement.
Il n’y a qu’elle qui existe à ce moment-là.
Qu’est-ce que tu fais là dans l’avion ?
Pourquoi tu…
Je ne pouvais pas l’appeler.
Elle était assise à côté de lui.
À côté de l’homme qui partageait désormais sa vie.
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Moi :
Durant tout le vol, on s’est écrit.
Message après message.
Comme si le temps, là-haut, ne servait qu’à ça.
Elle a fini par répondre à la question que je lui avais posée, celle qui
me tournait dans la tête depuis l’embarquement :
Qu’est-ce que tu fais là dans cet avion ?
Est-ce que tu l’as fait exprès ?
elle ( le passé )— Mais non, Miveck.
Je voyage comme tout le monde.
C’est un hasard.
Un pur hasard.
Un pur hasard.
Je relis la phrase plusieurs fois.
En même temps, je me dis que ce n’est pas un film.
On n’est pas dans une scène écrite à l’avance.
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Comment aurait-elle pu deviner que je voyagerais à ce moment
précis ? À cette heure-là ? Sur ce vol-là ?
À côté de moi, celle qui partageait le siège observait mon silence le
présent.
Mon regard figé sur l’écran.
Mes pouces qui bougeaient trop vite.
elle ( le présent ) — Ça va ?
— Oui, t’inquiète, y a rien.
Elle me regarde une seconde de plus, puis lâche, presque sans
réfléchir :
elle — T’es tendu.
Elle avait raison.
J’étais tendu.
Et elle ne pouvait pas savoir pourquoi, elle ne savait pas que dans cet
avion, il y avait quelqu’un du passé.
Une ex, ou un ex-flirt.
Une histoire intense, confuse, marquante.
Une de celles qu’on croit rangées, mais qui savent encore frapper à la
porte quand elles veulent.
Les messages continuaient.
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Je lui demande pourquoi Lisbonne.
Elle me répond simplement :
Elle ( le passé ) — Je suis accompagnée.
On parlera quand on arrive.
Cette phrase me laisse immobile.
Toujours figé.
Pas inquiet, non.
Perturbé.
Profondément.
Alors je décide de ne rien faire, de garder mon calme.
D’attendre.
De laisser les choses venir, sans forcer, sans provoquer.
À l’arrivée à Lisbonne, chacun descend de son côté.
Le flux des passagers nous avale.
On se perd de vue dans l’aéroport, naturellement, presque trop
facilement.
Je me dirige directement vers l’agence de location.
Les gestes sont mécaniques.
Puis l’hôtel.
La routine reprend ses droits.
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Je me répète que ce n’était qu’un hasard.
Rien de plus.
Je l’ai quand même aperçue, de loin.
Elle, avec son mec, de l’autre côté du hall.
Nos trajectoires ne se sont pas croisées.
On a pris des chemins différents, comme deux lignes qui refusent
de se toucher une nouvelle fois.
Et c’est là que je me dis que peut-être…
Oui, peut-être que tout ça n’était vraiment qu’un hasard.
On s’arrête là.
On laisse retomber.
On essaie de mettre au clair.
Le séjour venait à peine de commencer.
Et il ne fallait pas l’oublier : je suis pas venu seul.
Arrivés à l’hôtel, on s’installe.
Tout est clean.
L’endroit est calme, lumineux, presque trop parfait.
J’avais déjà tout prévu : un petit dîner, une ambiance simple, sans
pression.
Elle ( le présent ), de son côté, avait prévu une activité — du jet-ski sur
la plage.
Le genre de programme qui donne l’impression que tout est sous
contrôle.
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Le séjour continue.
Tout se passe bien.
Et c’est ça qui est étrange.
Parce qu’en parallèle, le passé s’éteint.
Plus de réponses.
Les messages que j’avais envoyés restent là, suspendus, sans accusé
de réception émotionnel.
Comme si ce lien n’avait existé que dans ma tête.
Comme si l’avion avait été la fin d’un chapitre.
Alors je fais ce que je sais faire : je vis le présent, avec le présent
Je profite du séjour avec elle ( le présent ).
Avec ma…
Avec celle qui est là.
Mon nouveau partenaire, même si je ne le dis pas encore comme ça à
voix haute.
On sort, on mange on dîne.
On rentre à l’hôtel.
On rigole, on s’amuse.
Les journées passent vite.
Les nuits aussi.
Trois jours déjà.
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La troisième nuit, je ne dors pas.
Je regarde un documentaire sur l’Afrique encore comme souvent
quand mon esprit refuse de se taire.
Les images défilent, mais je ne regarde pas vraiment.
Et puis mon téléphone vibre.
Un message.
Une adresse.
C’est elle.
Elle le passé— Passe me chercher à l’hôtel.
Je t’attends.
Elle le passé — Je descends dans 16 minutes.
Je relis.
Une fois.
Deux fois.
Je ne comprends pas.
Elle est accompagnée.
Moi aussi.
On n’est pas censés se voir.
Pas comme ça.
Pas au milieu de la nuit.
Je me pose mille questions à la seconde.
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Comment elle peut descendre comme ça ?
Pourquoi maintenant ?
Pourquoi moi ?
Et surtout :
à quoi ça sert d’y aller ?
Dans ma tête, cette histoire était déjà terminée.
Classée.
Rangée.
J’avais tiré un trait.
Du moins, je le croyais.
Je reste assis quelques secondes.
Puis je me lève.
Sans vraiment décider.
J’enfile un ensemble rapidement.
Pas élégant, pas réfléchi.
Juste assez pour sortir.
Je descends au parking de l’hôtel.
Le silence est lourd.
Lisbonne dort.
Ou fait semblant.
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Je démarre.
Je roule.
Je vais la chercher.
Quand je m’arrête devant l’hôtel qu’elle m’a envoyé, je la vois.
Elle est là.
Debout.
Comme si ces trois jours n’avaient rien changé.
Comme si le temps avait fait une pause pour nous attendre.
Je la récupère.
Et là…
Tout commence vraiment.
Elle monte dans la voiture sans dire un mot.
Pas de sourire, pas d’excuse.
Juste un regard bref, comme si tout était déjà compris.
La portière se ferme doucement.
Le bruit résonne plus fort que prévu.
Je démarre.
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Chapitre 4
Héritage : amour cassé
je comprend que l'amour ne suffit pas toujours à effacer les peurs, mais
que la présence silencieuse est parfois le plus grand des remèdes.
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