Erythropoiese
Erythropoiese
1. Siège de l'érythropoïèse
Le siège principal de l'érythropoïèse se modifie au cours de l'évolution ontogénique (développement de
l'individu depuis la fécondation jusqu'à la naissance).
b. Période postnatale
Après la naissance, l'érythropoïèse est exclusivement médullaire. Elle occupe initialement un large
territoire (os longs et os plats). Avec la croissance, elle se réduit par involution adipeuse progressive et se
localise essentiellement, après la puberté, au niveau des os plats (sternum, côtes, bassin, vertèbres,
crâne) et des épiphyses proximales des os longs.
En cas de besoin accru (anémies chroniques sévères), une érythropoïèse extramédullaire peut reprendre
dans le foie et la rate.
2. Mécanismes de l'érythropoïèse
a. Différenciation
C'est le phénomène par lequel des cellules souches d'aspect semblable acquièrent des propriétés
différentes et désormais irréversibles. La différenciation érythroïde s'initie à partir de la cellule souche
hématopoïétique pluripotente (CSH) et se poursuit selon un schéma hiérarchique strict.
Les grandes étapes de différenciation sont :
• CSH (cellule souche pluripotente) → BFU-E (Burst Forming Unit-Erythroid) → CFU-E (Colony
Forming Unit-Erythroid) → Proérythroblaste.
• L'engagement vers la lignée érythroïde est irréversible à partir du stade BFU-E.
b. Maturation
La maturation correspond aux transformations morphologiques et biochimiques progressives qui
permettent à la cellule d'acquérir les propriétés fonctionnelles du globule rouge adulte. Elle se traduit
par :
• La condensation progressive de la chromatine nucléaire.
• La diminution du rapport nucléo-cytoplasmique (N/C).
• La synthèse croissante d'hémoglobine dans le cytoplasme.
• L'expulsion finale du noyau.
c. Multiplication (Amplification)
Une cellule souche déterminée se divise pour donner deux cellules filles : c'est le phénomène
d'amplification. À titre d'exemple, un proérythroblaste donne théoriquement 16 érythrocytes après 4
divisions mitotiques successives.
La maturation et l'amplification ont lieu simultanément dans les cellules capables de mitose
(proérythroblaste, érythroblaste basophile et polychromatophile). L'érythroblaste acidophile a perdu
cette capacité.
3. Stades morphologiques de la maturation érythroïde
c.1 – Proérythroblaste
Cellule la plus jeune de la lignée érythroïde reconnaissable en microscopie optique.
• Taille : 20 – 25 µm.
• Rapport N/C : élevé.
• Noyau : rond, central, chromatine très fine et homogène, présence de 1 à 2 nucléoles.
• Cytoplasme : basophile (bleu foncé) avec une zone périnucléaire claire (= zone de Golgi).
Érythrocyte (GR) 7–9 Absent Rose, dépression centrale Durée de vie 120
jours
Tableau 1. Caractéristiques morphologiques des stades de maturation érythroïde
IV. Étude Dynamique : Cinétique de l'érythropoïèse
Au cours de l'érythropoïèse, les érythroblastes se divisent tout en subissant une maturation avec
synthèse progressive d'hémoglobine. Ces phénomènes s'organisent en trois compartiments fonctionnels
successifs.
2. Compartiment de multiplication
Il s'étend du proérythroblaste jusqu'à l'érythroblaste polychromatophile. Caractéristiques :
• 1 proérythroblaste → théoriquement 16 globules rouges (4 divisions successives).
• 10% des érythroblastes subissent une érythropoïèse inefficace (destruction intramédullaire =
érythropoïèse inefficace).
• L'érythroblaste acidophile ne se divise plus.
3. Compartiment de maturation
Il débute à l'érythroblaste acidophile et se termine avec l'érythrocyte mature. Les événements clés sont :
• Augmentation progressive de l'acidophilie du cytoplasme (synthèse croissante d'hémoglobine).
• Expulsion du noyau pycnotique (énucléation).
• Réticulocyte : 24h dans la moelle osseuse → 48h dans le sang périphérique.
• Durée totale de l'érythropoïèse : 6 à 7 jours.
A. Facteurs endogènes
1. Érythropoïétine (EPO)
L'érythropoïétine est le facteur de croissance protéique spécifique de la lignée érythroïde. C'est le
régulateur hormonal le plus important de l'érythropoïèse.
• Structure : glycoprotéine de 165 acides aminés (PM ≈ 34 kDa), codée par un gène situé sur le
chromosome 7q11-q22.
• Origine : sécrétée à 90% par le rein (cellules endothéliales des capillaires péritubulaires et
cellules de l'interstitium intertubulaire), et à 10% par le foie (hépatocytes).
• Mécanisme de contrôle : la synthèse est contrôlée par la pression partielle en oxygène tissulaire
via le facteur HIF-1α (Hypoxia-Inducible Factor). En cas d'hypoxie : stimulation forte de la
synthèse d'EPO. En normoxie : inhibition.
• Mécanisme d'action : liaison à son récepteur spécifique (EPOR) sur les cellules cibles →
activation de la voie JAK2/STAT5 → prolifération, différenciation et survie des progéniteurs
érythroïdes.
• Cibles principales : CFU-E (la plus sensible à l'EPO), BFU-E tardif, érythroblastes précoces.
• Applications cliniques : utilisation thérapeutique de l'EPO recombinante (rHuEPO, darbépoïétine)
dans les anémies de l'insuffisance rénale chronique, anémies des chimiothérapies.
2. Autres hormones
• Hormones thyroïdiennes : stimulent l'érythropoïèse en augmentant la consommation tissulaire
en oxygène → hypoxie relative → augmentation de la sécrétion d'EPO.
• Androgènes (testostérone) : stimulent directement la production d'EPO rénale et agissent sur les
cellules souches → effets érythropoïétiques plus marqués chez l'homme.
• Facteurs inhibiteurs : les œstrogènes, le TNFα, l'IFNγ, l'IL-4 et le TGFβ exercent un effet
suppresseur sur l'érythropoïèse.
3. Vitamine B6
La vitamine B6 (pyridoxal phosphate) est coenzyme de l'ALA-synthétase (δ-aminolévulinate synthétase),
première enzyme de la voie de biosynthèse de l'hème. Elle facilite également la libération du fer de ses
réserves (ferritine).
4. Protéines
Les protéines sont indispensables à la synthèse des chaînes de globine (α, β, γ, δ). Une dénutrition
protéique sévère peut compromettre l'érythropoïèse.
Tableau récapitulatif des facteurs de régulation :
Facteur Mécanisme d'action Effet sur l'érythropoïèse
EPO (Érythropoïétine) Liaison aux récepteurs spécifiques sur Stimulation prolifération et maturation
BFU-E et CFU-E; activation JAK2/STAT5 des progéniteurs érythroïdes
IL-3, GM-CSF, SCF Action sur les progéniteurs pluripotents Prolifération des précurseurs précoces
et BFU-E
Vit. B12 / Acide folique Synthèse de l'ADN (thymidylate Carence → anémie mégaloblastique
synthétase)
Tableau 2. Principaux facteurs de régulation de l'érythropoïèse
1. Méthodes périphériques
a. Formule Numération Sanguine (FNS / NFS)
Examen de première intention, évalue les paramètres érythrocytaires :
• Numération des globules rouges (GR) : valeurs normales 4,5–5,5 × 10¹²/L (homme) ; 4–5 × 10¹²/L
(femme).
• Hémoglobine (Hb) : 13–17 g/dL (homme) ; 12–16 g/dL (femme).
• Hématocrite (Ht) : 40–54% (homme) ; 37–47% (femme).
• Volume Globulaire Moyen (VGM) : 80–100 fL → normo/micro/macrocytose.
• Concentration en Hémoglobine Corpusculaire Moyenne (CCHM) : 32–36 g/dL →
normo/hypochromie.
2. Méthodes médullaires
• Frottis médullaires (myélogramme) : analyse morphologique des précurseurs érythroïdes sur
ponction sternale ou iliaque. Évalue la richesse, la répartition des lignées et les anomalies de
maturation.
• Biopsie ostéo-médullaire (BOM) : analyse histologique de l'architecture médullaire,
indispensable en cas de moelle pauvre ou fibrosée.
• Microscopie électronique : étude des composants ultrastructuraux des précurseurs érythroïdes à
chaque stade de maturation.
3. Méthodes spécialisées
• Méthodes isotopiques (Chrome 51 – ⁵¹Cr) : marquage des globules rouges pour mesurer la durée
de vie érythrocytaire (normale : 120 jours) et explorer les anémies hémolytiques.
• Cultures de progéniteurs érythroïdes (BFU-E, CFU-E) : en milieu semi-solide (méthylcellulose),
pour évaluer les capacités prolifératives des cellules souches érythroïdes.
• Cytométrie en flux : immunophénotypage des précurseurs érythroïdes, quantification des
réticulocytes.
• Biologie moléculaire : analyse des mutations (gènes de la globine, JAK2, CALR) dans les
syndromes myéloprolifératifs et hémoglobinopathies.
Figure 12. Myélogramme : aspect normal avec différents stades érythroblastiques
VII. Conclusion
L'érythropoïèse est un processus hématopoïétique fondamental, finement orchestré par des
mécanismes cellulaires, moléculaires et hormonaux complexes. De la cellule souche pluripotente jusqu'à
l'érythrocyte mature, chaque étape de différenciation et de maturation est précisément contrôlée.
L'érythropoïétine occupe une place centrale dans cette régulation, en réponse aux variations de la
pression en oxygène tissulaire. Les facteurs nutritionnels (fer, vitamines B12, B9, B6) et les autres
hormones complètent ce système de régulation.
La compréhension de ces mécanismes est indispensable pour :
• Interpréter les anomalies de l'hémogramme.
• Comprendre la physiopathologie des anémies (ferriprive, mégaloblastique, hémolytique,
aplasique).
• Développer des thérapeutiques ciblées (EPO recombinante, chélateurs du fer, agents stimulant
l'érythropoïèse).
Les perspectives actuelles incluent la thérapie génique pour les hémoglobinopathies (drépanocytose,
thalassémies), ouvrant une nouvelle ère dans le traitement des pathologies érythroïdes.