SNPS
SNPS
Sigles et acronymes ii
Introduction 1
1 Diagnostic et priorités 4
1.1 Conceptualisation de la protection sociale 4
1.2 Profil des risques et vulnérabilités 6
1.3 Priorités de renforcement de la protection sociale 14
2 Fondement, principes, vision, objectifs et axes stratégiques 18
2.1 Fondement 18
2.2 Vision 19
2.3 Principes directeurs 19
2.4 Objectifs 21
2.5 Axes et orientations stratégiques 22
3 Axe 1 : Amélioration du niveau de vie des plus pauvres 26
3.1 Travaux à Haute Intensité de Main d’Œuvre (THIMO) 26
3.2 Transferts sociaux aux personnes ou ménages en situation de haute vulnérabilité 29
3.3 Accompagnement social des personnes vulnérables vers des opportunités d’autonomisation30
4 Axe 2 : Amélioration de l’accès aux services sociaux de base et de l’investissement dans le
capital humain 32
4.1 Mesures d’amélioration de la scolarisation, du statut nutritionnel et de réduction de la
déperdition scolaire 32
4.2 Exemption ciblée du paiement des actes médicaux dans les établissements sanitaires 35
4.3 Mesures d’amélioration de l’accès des pauvres à l’eau et à l’assainissement 37
5 Axe 3 : Accompagnement des groupes vulnérables dans la prévention et la réponse aux
risques d’abus, violences, exploitation, discrimination et exclusion 39
5.1 Mesures d’action sociale de base : prévention des risques et promotion de l’inclusion sociale40
5.2 Mesures de protection spécialisée : prise en charge et promotion 42
5.3 Renforcement du cadre juridique et institutionnel de l’action sociale 44
6 Axe 4 : Atteinte progressive de niveaux plus élevés de protection sociale 47
6.1 Consolidation des systèmes de sécurité sociale dans le secteur formel 47
6.2 Extension de la sécurité sociale au secteur informel 49
6.3 Mise en place et développement de la Couverture Maladie Universelle (CMU) 49
7 Mise en œuvre de la Stratégie 52
7.1 Coordination 52
7.2 Développement institutionnel et renforcement des capacités 54
7.3 Mesures complémentaires 56
7.4 Planification, suivi et évaluation 57
7.5 Financement 58
i
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Sigles et acronymes
iii
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Introduction
Les populations de la Côte d’Ivoire ont subi de plein fouet l’impact des chocs
économiques et politiques successifs qui ont secoué le pays pendant environ trois
décennies. Déjà avant la crise postélectorale de 2010-2011, l’incidence de la pauvreté avait
déjà augmenté, passant de 10% en 1985 à 49% en 2008, selon l’Institut National de la
Statistique.
Bien que la situation se soit stabilisée depuis la fin de la crise, permettant le retour progressif
des populations déplacées à leurs lieux d’origine et une reprise des activités économiques,
une large partie de la population se trouve toujours dans une situation de vulnérabilité aiguë,
sans moyens à court terme de s’en sortir ou de faire face à de nouveaux chocs ou aux aléas
de la vie.
La protection sociale ne peut pas toute seule accomplir ces objectifs. Elle accompagne les
politiques de promotion de la croissance, de l’emploi, de la fiscalité, de protection
environnementale et de promotion de la paix et de la bonne gouvernance. En effet, le
Gouvernement de Côte d’Ivoire reconnaît que les dispositifs de protection sociale devraient
jouer un rôle crucial dans l’autonomisation des couches les plus pauvres de la population, le
renforcement de la capacité des ménages à gérer les risques sociaux, le développement du
capital humain, la redistribution des fruits de la croissance, le renforcement de la cohésion
sociale et la consolidation de la paix. De ce fait, un cercle vertueux de développement
économique et social pourrait s’enclencher.
Par l’adoption de cette Stratégie, le Gouvernement de Côte d’Ivoire s’inscrit dans les
grandes orientations adoptées au niveau international par les Nations Unies et au
niveau régional par l’Union Africaine. En avril 2009, le Système des Nations Unies a
proposé un « socle de protection sociale » comme une des composantes de la réponse à la
crise mondiale et a demandé à chaque pays de définir son propre socle pour assurer une
sécurité élémentaire du revenu des couches les plus vulnérables et pour assurer l’accès des
1
Stratégie Nationale de Protection Sociale
populations aux services essentiels.1 Cette approche a été adoptée, en juin 2012, comme
nouvelle «norme» (recommandation no 202 sur les socles de protection sociale) par la
Conférence internationale du Travail, représentant les 183 États-membres de l’OIT, dont la
Côte d’Ivoire.
1. Diagnostic et priorités
1
Nations Unies, The global financial crisis and its impact on the work of the UN system, UN System
Chief Executive Board for Coordination, avril 2009.
2
La Sécurité Sociale pour Tous : La Stratégie de l’Organisation Internationale du Travail, Résolution
et conclusions concernant la discussion récurrente sur la protection sociale (sécurité sociale),
adoptées lors de la 100ième session de la Conférence Internationale du Travail, 2011
3
Cadre de Développement de la Stratégie Nationale de Protection Sociale en Côte d’Ivoire, Tome 1 :
« Etat des lieux, défis et perspectives de renforcement de la protection sociale » ; Tome 2 : « Une
première analyse du rôle, de l’impact, des coûts et de la faisabilité de diverses options de
programmes de transferts sociaux monétaires ». Rapports d’Oxford Policy Management pour le
Ministère d’Etat Ministère de l’Emploi, des Affaires Sociales et de la Solidarité, Abidjan, janvier 2012.
2
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Des plans d’actions pluriannuels et budgétisés seront élaborés pour la mise en œuvre de
cette Stratégie. La Stratégie elle-même sera revue après l’évaluation de la première phase
d’opérationnalisation.
3
Stratégie Nationale de Protection Sociale
1 Diagnostic et priorités
1.1 Conceptualisation de la protection sociale
Cette Stratégie définit la protection sociale comme l’ensemble des mesures publiques
et privées (ayant une mission d’intérêt public) qui visent à réduire la vulnérabilité des
populations aux risques et à l’impact des chocs, à éviter l’emploi de stratégies
d’adaptation néfastes et à garantir des niveaux minima de dignité humaine.
La vulnérabilité est l’incapacité plus ou moins grande d’un individu, d’un ménage ou d’une
couche de la population à faire face à un risque. La nature et le degré de vulnérabilité
dépendent des types de risques ainsi que des capacités des ménages et des individus, qui
peuvent varier sur plusieurs dimensions : le statut économique du ménage (revenus, actifs,
épargne, etc.), la résidence géographique (proximité des services publics et des marchés, et
vulnérabilité aux risques climatiques), le genre, les étapes du cycle de la vie (les enfants et
les personnes âgées ayant des vulnérabilités spécifiques à leurs niveaux respectifs
d’immaturité et d’invalidité), le niveau d’instruction et de connaissance, les maladies
chroniques, les handicaps, etc..
L’importance de la notion de capacité (l’inverse ici de vulnérabilité) est mise en relief dans
les approches soutenues par cette Stratégie, qui vont au-delà de la simple notion de
«protection», de «prise en charge» ou (dans le cas de l’assurance sociale) de partage et de
lissage des risques. Ces approches mettent un accent fort sur la prévention et sur la
«promotion», c’est-à-dire le renforcement des capacités des ménages et individus les plus
vulnérables dans une perspective d’autonomisation et de construction de leur résilience aux
risques afin qu’ils puissent progressivement se prendre en charge et sortir de leur situation
de vulnérabilité sur une base durable. Il s’agit notamment de la promotion des revenus et de
la capacité productive des plus pauvres, ainsi que de la promotion de leur investissement
dans le capital humain (notamment des enfants) dans une perspective de rupture du cycle
de pauvreté intergénérationnelle.
4
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Assurance sociale
L’assurance sociale est de nature contributive et est souvent liée à l’emploi, à travers
le paiement de cotisations par les employés et/ou leurs employeurs, bien qu’elle puisse
aussi prendre la forme de systèmes nationaux d’assurance plus larges, souvent
subventionnés par l’Etat, notamment dans le cas de l’assurance maladie. Ces systèmes
permettent de protéger les personnes contre les risques et les vicissitudes de la vie et
prennent généralement la forme de mécanismes de partage et lissage des risques, avec des
dérogations potentielles de paiement ou de subventionnement des primes pour les pauvres.
Transferts sociaux
Les transferts sociaux, aussi connus comme l’assistance sociale ou l’aide sociale,
sont des régimes non contributifs. Ils incluent des transferts sociaux octroyés directement
aux ménages ou individus (en espèces ou en nature), soit sans contrepartie soit contre des
obligations de travail ou des conditionnalités concernant l’utilisation des services sociaux de
base dans une optique de renforcement du capital humain. Il y a aussi des transferts
implicites ou indirects sous forme de subventions à la consommation et de mesures de
gratuité dans les secteurs sociaux. Selon les cas, ces transferts visent à réduire la pauvreté
et la vulnérabilité, à accroître l’accès aux services sociaux de base et/ou à assurer un
minimum de bien-être économique.
Législation protectrice
La codification des droits sociaux est la base indispensable de tout système de protection
sociale. Le droit des personnes à la protection contre les risques doit faire l’objet d’une
législation appropriée, et il faut des mécanismes pour assurer l’application effective de ce
5
Stratégie Nationale de Protection Sociale
cadre juridique protecteur. La législation protectrice s’attaque aussi aux déséquilibres des
pouvoirs qui créent ou maintiennent la vulnérabilité de personnes ou groupes marginalisés,
notamment par des mesures antidiscriminatoires.
Parmi les risques les plus graves auxquels fait face la population figurent la baisse des
revenus, l’insécurité alimentaire, la mortalité, la malnutrition, la maladie et le manque d’accès
aux services sanitaires, à l’eau et à l’assainissement, la non scolarisation (et l’abandon
scolaire précoce), et les violences, abus et situations d’exploitation.
Les risques de baisse de revenu et d’insécurité alimentaire sont amplifiés par les
grands chocs covariants. Frappée par des crises économiques et politiques depuis les
années 80, la Côte d’Ivoire est depuis 2011 en cours de reconstruction et de relance
économique. Cependant, ce processus reste fragile et le pays pourrait aussi être affecté par
l’évolution de la crise économique mondiale, qui entre depuis fin 2011 dans une nouvelle
phase d’incertitude et de ralentissement de la croissance mondiale. Ces chocs peuvent se
traduire par la réduction des recettes des cultures de rente des petits producteurs agricoles
(cacao, café et coton), par la réduction des transferts privés en provenance de l’extérieur et
par les impacts indirects d’une diminution des flux d’aide au développement. Les chocs
climatiques (inondations et sécheresses), liés en partie à un processus séculaire de
réchauffement mondial, risquent aussi de diminuer les récoltes, notamment dans les zones
arides des savanes, où l’insécurité alimentaire est élevée pendant la période de soudure.
Une partie importante des non-pauvres se trouvent proches du seuil de pauvreté et
présentent le risque de basculer dans la pauvreté en cas de nouveaux chocs.
6
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Le risque de mortalité reste élevé, notamment pour les enfants de moins de cinq ans
et les femmes enceintes, malgré des tendances à la baisse qui restent loin d’être
suffisantes pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) en ses
points 4 et 5. Selon les résultats préliminaires de l’Enquête Démographique et de Santé
(EDS) III de 2011-2012, le taux de mortalité infanto-juvénile s’est réduit à 108 décès pour
1000 naissances vivantes (en moyenne pour la période 2007-2012). Bien que ce taux se
situe légèrement en dessous de la moyenne d’Afrique subsaharienne (121 en 2010 selon
l’UNICEF), il reste très inquiétant que plus d’un enfant sur dix n’atteigne pas l’âge de 5 ans.
La mortalité maternelle est de 543 décès pour 100 000 naissances vivantes, selon l’EIS de
2005 ; ce qui signifie que toutes les trois heures on déplore deux décès maternels.
En outre, le risque de malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans met en
danger leur survie et leur développement. Dans l’ensemble, 28% des enfants souffrent de
malnutrition chronique (retard de croissance) et 11,5% de sa forme sévère, selon les
données préliminaires de l’EDS III. Une proportion très élevée d’enfants de moins de 5 ans
(75%) et de femmes (54%) souffre d’anémie.
Les risques sanitaires, qui sont aggravés par la malnutrition et les conditions de vie
insalubres (surtout la mauvaise qualité de l’eau et les faiblesses d’assainissement),
sous-tendent les risques de mortalité des enfants de moins de cinq ans. Le paludisme,
les infections respiratoires aiguës (IRA) et les maladies diarrhéiques constituent les plus
grands risques pour les enfants de cette tranche d’âge. Les taux d’utilisation des services
sanitaires sont faibles, même si l’EDS III en 2011-2012 a montré une amélioration,
vraisemblablement due à la politique de gratuité des services sanitaires pour les enfants de
moins de 5 ans, par rapport aux données de l’enquête MICS menées en 2006, lorsque ces
services étaient payants. Néanmoins, en 2011-2012, un traitement médical n’a été
recherché auprès des services de santé que pour 38% des enfants de moins de 5 ans avec
des symptômes d’IRA et 34% de ceux avec la fièvre.
La non-scolarisation et l’abandon scolaire précoce sont des risques sérieux pour les
enfants, surtout dans les ménages pauvres, ayant comme conséquence des niveaux faibles
de développement du capital humain. L’enquête MICS de 2006 a révélé que 30% des
enfants d’âge scolaire ne sont jamais allés à l’école. En outre, il y a une forte déperdition tout
au long de l’enseignement primaire, qui aboutit à un taux d’accès en dernière année de
seulement 46%. Autrement dit, plus d’un enfant sur deux ne bénéficie pas d’un
enseignement primaire complet et sera probablement analphabète à l’âge adulte. Seuls 34%
ont accès au secondaire où les taux de déperdition restent élevés.
7
Stratégie Nationale de Protection Sociale
La plupart des risques sociaux affectent davantage les plus pauvres. Par exemple, le
risque de mortalité infanto-juvénile est 1,5 fois plus élevé dans les deux premiers quintiles
(les plus pauvres) que dans le cinquième quintile (le plus riche). Le risque de malnutrition
chronique (retard de croissance) reste à des niveaux élevés dans les trois premiers quintiles,
ne diminuant plus abruptement qu’à partir du quatrième quintile. Les enfants les plus
pauvres sont plus souvent malades que les enfants les plus riches et ont une probabilité
beaucoup plus faible de recevoir un traitement approprié. Dans le cas du paludisme, qui
représente la première cause de mortalité infanto-juvénile, seulement 20% des enfants du
premier quintile reçoivent des médicaments antipaludéens, soit environ la moitié de la
proportion correspondante dans le cinquième quintile (41%), selon les données de la MICS
de 2006. Moins de 30% des femmes du premier quintile accouchent dans des
établissements sanitaires ou avec assistance qualifiée, contre plus de 90 % des femmes du
cinquième quintile (voir Tableau 1.1). Il y a également de fortes disparités, selon les niveaux
de richesse, en ce qui concerne l’accès aux sources d’eau améliorées et l’utilisation
d’installations sanitaires appropriées.
Tableau 1.1 Risques sociaux par quintile (Q) de bien-être économique, 2006
Rapport
Q1 Q2 Q3 Q4 Q5 Q1/Q5
Risque de mortalité (décès pour 1000 naissances vivantes)
Taux de mortalité infanto-juvénile 150 146 121 111 100 1,50
Risque de malnutrition (enfants < 5 ans, modérée et sévère)
Retard de croissance (taille pour âge) 41,9 39,6 34,6 26,3 21,1 1,99
Risques sanitaires (%)
Enfants de 12 à 23 mois sans aucune vaccination 9,6 9,9 4,2 2,6 0,9 10,67
Enfants < 5 ans ayant de la fièvre 30,0 29,7 25,5 21,3 20,7 1,45
Traitement antipaludéen (enfants < 5 ans fiévreux) 19,8 20,7 31,3 27,1 41,1 0,48
Accouchement assisté par personnel qualifié 28,5 40,3 58,7 78,9 94,6 0,30
Accès à des sources d’eau améliorées 51,0 64,4 74,9 91,3 98,2 0,52
Utilisation d’installations sanitaires appropriées 18,0 32,1 61,7 83,0 90,5 0,20
Risques scolaires (%)
Taux net de scolarisation primaire 35,4 49,8 54,9 64,4 80,5 0,44
Autres risques (%)
Enfants de 5 à 14 ans qui travaillent 52,1 43,9 38,7 21,7 13,7 3,80
Enfants < 5 ans enregistrés à l'état civil 28,7 40,7 56,1 77,4 88,5 0,32
Source : MICS 2006 (Institut National de la Statistique et UNICEF, 2007).
8
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Les pauvres sont beaucoup plus nombreux en milieu rural, dans les zones du Nord,
de l’Ouest avec des risques sociaux plus importants. Les pauvres vivent principalement
en milieu rural, même si les taux de chômage et de pauvreté ont augmenté rapidement en
milieu urbain ces dernières années. Ils exercent principalement dans le secteur agricole
informel. Ils ont été fortement affectés par la chute des prix des cultures depuis les années
80 et, dans certaines zones, par les conflits politiques, ethniques et fonciers. Selon l’ENV
2008, l’incidence de pauvreté est deux fois plus élevée (62,5%) en milieu rural qu’en milieu
urbain (29,5%) et en termes absolus trois quarts des pauvres (75,4%) vivent en milieu rural.
La profondeur de la pauvreté y est aussi beaucoup plus importante (24,5% par rapport à
9,1% en ville). Les risques de mortalité, de malnutrition, de manque d’accès aux services
sanitaires, de privations en assainissement et dans l’accès à l’eau, de non scolarisation et de
travail des enfants sont tous plus importants en milieu rural. L’analyse de la répartition
géographique de la pauvreté monétaire et des risques sociaux montre aussi que ces
problèmes sont particulièrement graves dans quelques régions du Nord et de l’Ouest du
pays (voir le Tableau 1.2). Les victimes de la guerre et les ex-combattants sont dans une
situation particulièrement précaire, surtout dans quelques zones de l’Ouest.
Naissances enregistrées,
Taux net de scolarisation
Mortalité infanto-juvénile,
Traitement antipaludéen,
Profondeur de pauvreté
Malnutrition chronique,
Installations sanitaires
par personnel qualifié,
2006 (enfants < 5 ans
naissances vivantes)
appropriées, 2006
améliorées, 2006
2006 (pour 1000
Sources d’eau
primaire, 2006
(5-14 ans)
fiévreux)
(2008)
(2008)
2006
Région
Centre 56,0 20,3 130 32,9 34,6 42,8 78,9 42,8 58,1 44,2 59,0
Centre Est 53,7 20,4 130 30,3 30.6 75,4 71,9 80,9 56,1 31,3 75,9
Centre Nord 57,0 24,2 83 28,9 38,5 42,5 70,9 35,0 47,7 44,0 41,4
Centre Ouest 63,0 24,3 169 33,0 17.2 53,9 80,5 64,7 68,6 23,6 56,3
Nord 77,3 36,1 130 38,2 27.1 63,2 84,0 40,6 26,5 53,4 40,7
Nord Est 54,7 20,9 160 46,6 10,7 30,5 69,7 31,1 40,0 51,0 41,3
Nord Ouest 57,9 25,6 96 34,5 26.4 23,4 57,6 59,2 31,6 51,6 23,5
Ouest 63,2 25,1 111 33,6 21.4 28,9 62,7 53,9 47,6 46,7 23,3
Sud 44,6 14,7 129 35,6 29.2 65,8 71,4 51,1 66,4 26,6 66,8
Sud Ouest 45,5 13,3 156 41,1 24,2 55,4 63,7 47,0 50,5 35,9 52,3
Abidjan 21,0 5,6 103 21,7 32,0 97,4 98,7 94,1 73,1 14,9 87,2
National 48,9 18,2 125 34,0 25,9 56,8 76,0 57,0 55,1 35,3 54,9
Les relations inégales de genre rendent les femmes globalement plus vulnérables que
les hommes. La subordination de la femme, les discriminations et le lourd fardeau du rôle
reproductif de la femme mettent les femmes dans une situation globalement
désavantageuse par rapport aux hommes et les rendent plus vulnérables à toute une série
de risques : la non-scolarisation ou l’abandon scolaire ; les discriminations dans l’emploi ;
l’excision ; les violences conjugales ; les abus sexuels et l’exploitation sexuelle. Par
exemple, les risques plus élevés de non scolarisation chez les filles se montrent par un ratio
9
Stratégie Nationale de Protection Sociale
filles/garçons qui descend progressivement de 0,87 à l’entrée au primaire (CP1) jusqu’à 0,43
à l’achèvement du secondaire, selon les données de la MICS de 2006. La Politique
Nationale de l’Emploi signale que 78% des femmes perçoivent un revenu inférieur au SMIG
contre 62% des hommes.
10
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Une gratuité ciblée est actuellement mise en œuvre dans le secteur de la santé à titre
provisoire, et n’a pas été accompagnée par des mesures adéquates au niveau de
l’offre et de la qualité des services sanitaires. La plupart des services sanitaires sont
payants, constituant ainsi une barrière à l’accès, surtout pour les ménages pauvres. Après
une courte période de gratuité généralisée entre avril 2011 et février 2012, la gratuité est
actuellement ciblée, principalement aux enfants de moins de 5 ans et aux femmes enceintes
(en reconnaissance de l’importance des risques de mortalité infanto-juvénile et maternelle) à
titre provisoire, avant leur intégration dans la CMU. Parallèlement, d’autres services
spécifiques sont prestés à titre gratuit, notamment les vaccinations du Programme Elargi de
Vaccination (PEV), le traitement antirétroviral du SIDA et (partiellement) le traitement de la
tuberculose. En pratique, la gratuité ciblée ne garantit pas actuellement l’accès aux services
compte tenu des faiblesses structurelles au niveau de l’offre, notamment un des plus faibles
taux de dépenses publiques de santé en pourcentage du PIB en Afrique de l’Ouest, la faible
part du niveau primaire dans le financement du système, les ruptures de stocks de
médicaments et la mauvaise répartition du personnel de santé fortement concentré dans les
villes et surtout à Abidjan. Par ailleurs, cette gratuité ciblée ne comporte pas de mécanisme
visant les individus en situation (temporaire ou chronique) de vulnérabilité sanitaire aiguë et
dont le nombre est en forte expansion, du fait de la persistance de la crise économique et de
la dégradation des mécanismes traditionnels et informels de protection sociale.
11
Stratégie Nationale de Protection Sociale
gratuité ciblée, depuis février 2012, aux enfants d’accompagnement de la gratuité ciblée au niveau de l’offre et de la
de < 5 ans et aux femmes enceintes, au qualité des services pour faire face à la demande (problèmes de
traitement du paludisme et aux urgences financement, de ressources humaines et d’approvisionnement en
médico-chirurgicales dans les premières 48 médicaments) ; absence de mesures visant l’accès aux soins des
heures ; gratuité des vaccinations PEV et du personnes extrêmement pauvres en situation de vulnérabilité sanitaire
traitement du SIDA et de la tuberculose aiguë
• Mesures visant l’accès à l’eau et • Mesures visant l’accès à l’eau et l’assainissement : prix plus élevés
l’assainissement : politique de tarification pour les pauvres s’approvisionnant en eau auprès des bornes fontaines
sociale et subventionnement des branchements et des revendeurs privés en milieu périurbain et des systèmes
pour les petits consommateurs en milieu d’hydraulique villageoise améliorée (HVA) en milieu rural ; manque de
urbain ; gratuité de l’eau dans les petits villages mesures pour rendre plus accessible l’installation de latrines améliorées
• Services d’action sociale : réseau de centres • Services d’action sociale : faible couverture de nombreuses familles
sociaux et d’autres structures d’actions sociales et individus vivant dans des situations à haut risque ; manque d’un
de base (283 en 2010) ; grand nombre d’ONG système d’action sociale intégré et cohérent ; distorsion des priorités,
(avec financements des PTF) ; cadre de verticalisation des programmes et difficultés de pérennisation dans un
travailleurs sociaux (formés à l’INFS) ; et 3 contexte de forte dépendance à l’aide extérieure ; manque de contrôle
larges programmes pour la prise en charge des et faible qualité des structures d’accueil
OEV du fait du VIH/SIDA, la lutte contre les • Général : faible niveau de financement de la protection sociale hors
violences basées sur le genre et la lutte contre bourses et subventionnement de la CGRAE (4% des dépenses
la traite et le travail des enfants publiques courantes hors personnel en 2010) ; chevauchements de
• Général : existence de structures spécialisées mandats (ministères, collectivités locales, ONG), centralisation et faible
de formation (INFS et IM2S) coordination ; forte concentration des ressources humaines à Abidjan ;
faibles systèmes d’information et de suivi et évaluation
Opportunités Menaces
• Assurance sociale : réforme paramétrique de • Assurance sociale : risques importants d’obstacles à une couverture
la CGRAE ; renforcement de la CNPS et projet large de la population par la CMU (sans fort subventionnement public et
d’extension aux travailleurs indépendants; mise système d’exemption de paiement à large échelle) en raison de la faible
en place de régimes complémentaires ; mise en capacité contributive et des difficultés administratives à mobiliser les
place de la CMU adhésions et les cotisations dans le secteur informel ; risque (sans mise
• Transferts sociaux : fort potentiel des THIMO en œuvre de réformes) d’aggravation du déficit structurel de la CGRAE,
comme instrument privilégié de hausse du mettant en danger sa survie ou nécessitant des subventions étatiques
niveau de vie des ménages pauvres ayant une de plus en plus importantes
capacité de travail sous-employée, y compris • Mesures visant l’accès aux soins de santé : danger d’abolir la
en période de soudure en milieu rural gratuité ciblée aux enfants de < 5 ans et aux femmes enceintes sans la
• Services d’action sociale : proposition de mise en place d’un système d’assurance qui couvre les populations
restructuration des services d’action sociale pauvres à large échelle ; défis importants posés par le ciblage socio-
• Général : renforcement de la coordination économique des ménages les plus pauvres.
intersectorielle (création du groupe de travail • Général : conflits institutionnels, faible financement de la Stratégie
interministériel sur la protection sociale)
La politique sociale appliquée dans le secteur de l’eau et de l’assainissement
contribue peu à améliorer l’accès des populations pauvres. La politique de tarification
sociale et le subventionnement des branchements au réseau de la Société de Distribution
d’Eau de Côte d’Ivoire (SODECI), en faveur des petits consommateurs urbains, bénéficient
principalement à la classe moyenne. Le coût du branchement, même subventionné, reste
hors de portée pour les ménages pauvres urbains. Ceux-ci s’approvisionnent soit auprès des
bornes fontaines où les tarifs sont deux fois plus élevés que celui de la tranche sociale de la
SODECI, soit auprès de revendeurs privés encore plus chers. Les coûts sont également plus
élevés dans les villages, notamment ceux servis par les systèmes d’hydraulique villageoise
améliorée (HVA), où d’autres problèmes au niveau du fonctionnement des systèmes
(entretien des pompes, gestion défaillante etc.) limitent aussi l’accès dans la pratique.
12
Stratégie Nationale de Protection Sociale
enseignements, qui incite aux abandons scolaires), ainsi que le refus de l’inscription à
l’enseignement secondaire d’enfants dépourvus d’actes de naissance.
Des mesures ont été prises par le Ministère de l’Education Nationale et de l’Enseignement
Technique pour s’assurer que le manque d’acte de naissance, dont la possession est
devenue très faible ces dernières années, ne constitue plus une barrière à la scolarisation
dans le cycle primaire.
Les cantines scolaires sont fonctionnelles dans la moitié des écoles primaires, mais
pas durant toute l’année scolaire. Mises à part les mesures de gratuité, les cantines
scolaires sont l’instrument principal de promotion de la scolarisation (et de la rétention) au
niveau de la demande. Les cantines scolaires contribuent en particulier à la scolarisation de
la jeune fille, de son maintien dans le système éducatif, à l’amélioration des rendements
scolaires, à la réduction des carences alimentaires et à l’amélioration du niveau de revenu
des ménages par l’effet de transfert que constitue la ration alimentaire fournie à l’enfant. En
2010-2011, les cantines étaient présentes dans 53% des écoles primaires mais quelquefois
ne couvraient qu’un faible nombre de jours scolaires et d’élèves.
Les mesures prises pour assurer la scolarisation des enfants handicapés restent très
faibles : le manque criard de places dans les établissements d’éducation spécialisée pour
les enfants ayant des handicaps sévères, et les difficultés de mise en œuvre effective de
l’éducation intégratrice (dans les écoles ordinaires) des enfants ayant des handicaps
modérés.
Les transferts sociaux directs aux ménages vulnérables sont quasi inexistants. Les
«secours sociaux» existent depuis les années 60 sous forme d’aides d’urgence ou de nature
ponctuelle en faveur d’une toute petite minorité de personnes en situation de besoin extrême
(220 bénéficiaires en 2011). La Côte d’Ivoire n’a pas encore développé de programmes de
transferts sociaux réguliers et à large échelle comme les allocations familiales (hors des
régimes de sécurité sociale liés à l’emploi dans le secteur formel), les pensions sociales de
vieillesse non contributives (comme en Afrique australe) ou les transferts en espèces pour
les ménages très pauvres, qui sont devenus un instrument très efficace de lutte contre la
pauvreté et de promotion du développement du capital humain en Amérique Latine et dans
d’autres régions du monde. D’autres transferts existent, notamment sous forme de
distribution de rations alimentaires aux personnes déplacées, aux enfants et femmes
enceintes malnutris et aux patients du SIDA sous traitement ARV, mais sont tous de nature
ponctuelle et dans la majorité des cas sont mis en œuvre à très petite échelle.
13
Stratégie Nationale de Protection Sociale
faibles pour de nombreuses raisons, parmi lesquelles : la diversité des types de risques ; la
grande variété d’acteurs étatiques et non étatiques engagés (centres sociaux du ministère
chargé des Affaires Sociales, services sociaux d’autres ministères et des collectivités
locales, ONG et confessions religieuses) ; l’absence de cadre politique cohérent pour
orienter et prioriser les actions ; le faible niveau de coordination inter et intra sectorielle ;
l’insuffisance des ressources financières ; la dépendance à l’aide extérieure ; et les difficultés
d’assurer la pérennisation des programmes et projets. L’action sociale est caractérisée par
un grand nombre de petits projets éparpillés, mal coordonnés et limités dans le temps et
dans l’espace. Les opportunités de financement extérieur incitent les acteurs à consacrer la
plupart de leurs capacités à des programmes ponctuels qui sont en général verticaux et
cloisonnés, se focalisant sur un nombre réduit de problèmes (en particulier la prise en
charge des OEV du fait du VIH/SIDA, la lutte contre les violences basées sur le genre et la
lutte contre la traite et le travail des enfants) au lieu de construire un système plus intégré
d’action sociale qui réponde de manière équilibrée à la large gamme des besoins de
protection.
14
Stratégie Nationale de Protection Sociale
faible capacité contributive et sa dispersion dans un secteur informel peu structuré rend
difficile la mise en œuvre effective de régimes contributifs universels (gestion des adhésions
et recouvrement des cotisations), à moins d’être dans le cadre d’un système d’exemption à
large échelle, telle une politique de gratuité au sein d’un cadre assurantiel, comme prévu
dans la CMU.
Les crises économiques et politiques successives ont laissé une partie importante de
la population dans un état de vulnérabilité économique sévère avec très peu de
capacités pour faire face aux risques sans recourir à des stratégies d’adaptation qui
réduiraient davantage leur capital (humain et productif) et rendraient encore plus difficile leur
sortie du cycle vicieux de la pauvreté et des privations. Le facteur économique (la pauvreté
monétaire) est prédominant comme source de vulnérabilité, même si celui-ci est
accompagné ou renforcé par d’autres facteurs, tels que le lieu de résidence, le genre et le
niveau de capital humain. La pauvreté est le principal facteur d’insécurité alimentaire et est
fortement corrélée aux risques sociaux. En effet , les plus pauvres ont des probabilités
beaucoup plus élevées que celles des plus riches en matière de malnutrition, de maladies et
de non-utilisation des services sanitaires, de mortalité infanto-juvénile, de manque d’accès à
des sources d’eau et installations d’assainissement adéquates, de non-scolarisation ou
d’abandon scolaire, et de fléaux sociaux comme le travail des enfants. Les analyses
montrent que, dans la plupart des cas, le niveau de bien-être (ou de richesse) économique
des ménages est un facteur de vulnérabilité à ces risques plus important que la région de
résidence ou le genre.
Il est ainsi primordial de donner une place beaucoup plus importante que dans le
passé à des instruments de protection sociale qui contribuent à renverser les
tendances d’appauvrissement et d’empirement de l’insécurité alimentaire et à briser le
cycle de pauvreté chronique. Il s’agit de privilégier une approche promotionnelle de la
protection sociale qui stabilise et augmente les revenus des plus pauvres, notamment par
des opportunités d’emploi à travers des THIMO (conformément à la Politique Nationale de
l’Emploi) et par des transferts sociaux directs aux ménages sans capacité de travail. Ces
types de programme facilitent indirectement l’accès des plus pauvres aux services sociaux
de base et contribuent à l’amélioration de la nutrition, tout en leur permettant aussi de
s’initier à l’épargne .Ces programmes leur permet également d’avoir accès aux services de
micro-finance et d’augmenter leur productivité, et ainsi progressivement d’améliorer leur
niveau de vie sur une base durable.
15
Stratégie Nationale de Protection Sociale
L’amélioration du niveau de vie des ménages les plus pauvres (Axe 1) constitue une
stratégie indirecte dans ce sens, à travers ses effets de revenu sur la nutrition et l’accès
aux services. Cependant, des mesures sectorielles de protection sociale devraient aussi
jouer un rôle clef.
Il est ainsi question de consolider la gratuité des services sociaux de base, notamment
des services sanitaires pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes (compte
tenu des risques de mortalité élevés dans ces catégories de la population), et pour
l’enseignement de base. Cet axe prévoit aussi le renforcement des incitations à la
scolarisation, notamment par les cantines scolaires, et des mesures pour rendre plus
abordable l’accès des pauvres à l’eau potable et à l’assainissement. Ces mesures au niveau
de la demande des services sociaux de base devront aller de pair avec l’amélioration de
l’offre des services.
Le système de protection sociale est appelé à donner des réponses à ces risques, et à
d’autres risques largement répandus mais plutôt ancrés dans les relations sociales
(notamment de genre) et les pratiques culturelles : risques d’excision, de mariage
précoce, de violences conjugales et d’exploitation sexuelle, maltraitance des veuves,
exclusion sociale et discriminations envers les personnes handicapées parmi tant d’autres.
La réduction de ces risques requiert un travail social soutenu auprès des communautés et
des familles, incluant des actions préventives (campagnes de sensibilisation etc.) et des
interventions de prise en charge et de réinsertion sociale et familiale des victimes.
16
Stratégie Nationale de Protection Sociale
En ce qui concerne le renforcement des capacités, les besoins les plus importants incluent
le développement des capacités de planification, de systèmes de gestion d’information et
des dispositifs de suivi et évaluation. Il en est de même pour le renforcement des ressources
humaines, notamment dans le cas des travailleurs sociaux, par une meilleure répartition
géographique et l’amélioration de la formation des cadres (réforme des formations initiales et
programmes de recyclage ou formation continue).
17
Stratégie Nationale de Protection Sociale
La Stratégie Nationale de Protection Sociale se fonde tout d’abord sur les dispositions
constitutionnelles et les priorités nationales énoncées dans le Plan National de
Développement. La Constitution du 1er août 2000 proclame, dans son préambule, son
adhésion aux droits et libertés tels que définis dans la Déclaration Universelle des Droits de
l'Homme de 1948 et dans la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples de
1981, qui incluent la reconnaissance du droit à la sécurité sociale et plus largement aux
droits sociaux de protection des personnes. En outre, l’article 87 de la Constitution stipule
que les conventions internationales ratifiées par la Côte d’Ivoire ont une autorité supérieure à
celle des lois nationales. Plus spécifiquement, les articles 6 et 7 assurent respectivement la
protection des enfants, des personnes âgées et des personnes handicapées et l’accès égal
à la santé, à l'éducation, à la culture, à l'information, à la formation professionnelle et à
l'emploi de tous les citoyens.
La Stratégie Nationale de Protection Sociale répond tout particulièrement à deux des cinq
orientations stratégiques du PND : l’orientation stratégique 2 sur la répartition équitable des
fruits de la croissance, et l’orientation stratégique 3, relatif à l’accès équitable à des
services sociaux de qualité pour les populations, en particulier les femmes, les jeunes, les
enfants et autres groupes vulnérables.
Dans son volet spécifique sur la protection sociale, le PND vise comme impact «les
populations, notamment les groupes vulnérables, sont protégés au plan social et juridique».
Il prévoit un système de protection sociale qui soit géré de manière participative,
transparente et efficace, qui améliore l’accès des groupes vulnérables aux services d'action
sociale et assure une protection adéquate pour les groupes vulnérables. Le PND met en
relief tout particulièrement la promotion de l’emploi, notamment au moyen des THIMO, le
renforcement de la gratuité de l’enseignement et son extension jusqu’au premier cycle du
secondaire, le développement des cantines scolaires et la mise en place de la CMU.
18
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Dans son articulation du concept d’un socle de protection sociale, le BIT a proposé
une approche bidimensionnelle, qui priorise un socle de base tout en construisant
progressivement un système de protection sociale plus complet. C’est dans ce sens
que la Conférence Internationale du Travail, dans sa 101ème session en 2012, a affirmé que
les stratégies nationales d’extension de la protection sociale devraient :
«a) accorder la priorité à la mise en œuvre des socles de protection sociale en tant
que point de départ pour les pays qui n’ont pas un niveau minimal de garanties de
sécurité sociale et comme élément fondamental de leurs systèmes nationaux de
sécurité sociale ;
b) chercher à assurer des niveaux plus élevés de protection au plus grand nombre
possible de personnes et aussi rapidement que possible, reflétant les capacités
économiques et budgétaires»
La présente Stratégie reflète cette double approche. Elle définit, d’un côté, un socle
national de protection sociale à construire sous forme de paquet minimal de prestations de
protection sociale qui s’adressent aux besoins les plus prioritaires, et, de l’autre côté, les
mesures supplémentaires qui établiront graduellement un système de protection sociale plus
large, selon les capacités contributives des populations, les ressources publiques et les
capacités institutionnelles.
2.2 Vision
La Stratégie s’articule autour de la vision suivante :
«La Côte d’Ivoire est une nation solidaire, d’équité et de bien-être social ayant un
système de protection sociale qui protège les populations, notamment les couches
sociales les plus vulnérables, contre les risques économiques et sociaux et qui
renforce leur capacité à se prendre en charge sur une base autonome et durable».
19
Stratégie Nationale de Protection Sociale
• Une approche basée sur les droits humains universels, et notamment le droit à
la protection sociale, et le principe d’équité dans le cadre d’un véritable contrat
social entre l’Etat et les citoyens ;
• Le principe de solidarité, qui est fortement enraciné dans les cultures ivoiriennes et
qui exprime l’idée que la société et tout particulièrement ceux qui se trouvent dans
une situation plus aisée ou avantageuse ont l’obligation d’apporter un appui aux plus
pauvres, aux malades et aux victimes de chocs, catastrophes et violations des droits,
notamment par des mécanismes de redistribution au moyen de la fiscalité et des
finances publiques ;
20
Stratégie Nationale de Protection Sociale
2.4 Objectifs
L’objectif général de la Stratégie Nationale de Protection Sociale est de construire
progressivement un système de protection sociale qui renforce les capacités des ménages
et individus les plus vulnérables et qui permet aux populations de mieux gérer les risques.
La Stratégie répond aux priorités identifiées dans le diagnostic par cinq objectifs
spécifiques :
2. Construire à terme un système plus complet fournissant des niveaux plus élevés de
protection sociale qui offre progressivement une couverture à des couches de plus
en plus large de la population.
Les trois premiers objectifs se réfèrent aux priorités du socle national de protection
sociale. La construction du socle, dans un contexte de capacités et de ressources limitées,
requiert une forte priorisation des mesures de protection sociale les plus élémentaires qui
s’adressent aux risques et vulnérabilités les plus graves.
21
Stratégie Nationale de Protection Sociale
concerne ainsi le renforcement et l’extension des systèmes contributifs. Il est reconnu que, à
court et moyen terme, les bénéficiaires seront majoritairement des ménages plus aisés, en
raison des contraintes déjà évoquées ci-dessus, malgré des efforts importants pour élargir la
couverture au monde rural et au secteur informel.
Les grandes orientations stratégiques des axes sont brièvement présentées ci-dessous (et
résumées dans le Tableau 2.1), tandis que le contenu détaillé des axes est développé dans
le Chapitre 3 .
Les revenus des ménages les plus pauvres seront stabilisés et augmentés, notamment par
des mesures de promotion de l’emploi, y compris l’expansion des THIMO à une échelle
beaucoup plus large que par le passé. Les THIMO deviendront une option de choix pour
stabiliser les revenus des pauvres en milieu rural pendant la période de soudure, notamment
dans les zones les plus touchées par une insécurité alimentaire saisonnière, tout en
contribuant à la création d’actifs économiques et sociaux et à la protection
environnementale. En milieu urbain, les THIMO créeront des emplois à plus long terme,
notamment en faveur des jeunes chômeurs, et incluront des volets de formation, promotion
de l’épargne et facilitation de l’accès à la micro-finance pour favoriser l’insertion économique
et l’autonomisation à long terme. Une attention particulière sera accordée à la mise en place
d’un programme de transferts sociaux monétaires aux ménages sans capacité de travail.
Il est à noter que l’axe 1 contribuera aussi à l’atteinte de l’objectif 2 par ses impacts indirects
sur la nutrition (à travers une meilleure sécurité alimentaire et la diversification des aliments)
et sur l’accès aux services sociaux de base (par ses effets de revenu). Les programmes
seront aussi soutenus par l’action sociale de base (information et référencement).
Cet axe inclut une large gamme de mesures pour réduire les barrières d’accès aux services
sociaux de base, permettre un meilleur investissement dans le capital humain, afin d’assurer
les droits sociaux, notamment des plus pauvres, et ainsi contribuer à briser le cercle vicieux
de la pauvreté chronique.
22
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Pour augmenter les taux de scolarisation et réduire les risques d’abandon scolaire, en
particulier des filles, la gratuité de l’enseignement primaire sera consolidée et renforcée,
notamment par une meilleure mise en œuvre des transferts compensatoires aux écoles, et
sera étendue au premier cycle du secondaire. Les cantines scolaires seront renforcées
comme instrument d’incitation à la fréquentation scolaire. Des mesures seront aussi prises
pour assurer l’accès des enfants portant des handicaps à l’enseignement, de préférence par
l’intégration dans l’enseignement ordinaire.
Dans le secteur de la santé, l’exemption ciblée du paiement des services sanitaires pour les
enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes sera maintenue et renforcée, compte
tenu de la haute priorité accordée à l’augmentation de l’utilisation des services sanitaires par
ces catégories vulnérables de la population en vue de la réduction de la mortalité infanto-
juvénile et maternelle. Ces programmes d’exemption seront intégrés à terme dans la CMU
probablement sous la forme d’exemptions catégorielles de primes. L’exemption devrait être
étendue aux ménages les plus pauvres, après identification.
Des mesures de protection sociale sont aussi proposées pour rendre plus accessibles aux
plus pauvres les sources d’eau améliorées et les moyens d’assainissement, ce qui est
crucial pour l’amélioration de la santé, notamment des enfants.
Il est à noter que, dans tous ces domaines, les actions de protection sociale qui visent
l’amélioration de l’accès aux services, du côté de la demande, doivent aller de pair avec des
mesures de renforcement de l’offre et de la qualité des services. Sinon, l’accroissement de la
demande se heurtera inéluctablement à des barrières relatives à la disponibilité des services
ou minera davantage leur qualité.
La SNPS promouvra une approche qui renforce à la fois la prévention des risques, la prise
en charge des victimes et la promotion de solutions durables, notamment par le
renforcement de la communauté, de la famille et la promotion de la réinsertion sociale et
familiale. Une meilleure prévention requiert des campagnes de sensibilisation à large échelle
et une détection précoce des risques par les travailleurs sociaux, à travers un renforcement
de l’animation sociale au niveau communautaire. La prise en charge de victimes d’abus, de
violences et d’exploitation sera étroitement liée à des mesures d’accompagnement des
familles et des communautés, à travers une collaboration étroite entre les différents acteurs
impliqués (sécurité, action sociale, justice, santé, éducation). Cet accompagnement aura une
dimension promotionnelle, à savoir, selon les cas, la promotion de la réinsertion familiale (la
prise en charge institutionnelle n’étant qu’une mesure d’exception et temporaire) et la
référence des personnes prises en charge à des services complémentaires (services
sociaux de base et services favorisant l’autonomisation tels que l’accès à la formation, à la
micro-finance et aux THIMO).
La construction progressive d’un système plus complet de protection sociale vise à renforcer
la protection contre les aléas de la vie par la consolidation et l’élargissement des systèmes
de protection sociale contributive, actuellement limités à une minorité dans le secteur formel
de l’économie. Cet axe se focalise sur la consolidation des acquis des caisses de sécurité
sociale (au moyen de la mise en œuvre de réformes paramétriques, notamment dans le cas
23
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Ces mesures, qui seront abordées de manière plus détaillée dans le Chapitre 4, sont
incontournables pour assurer la mise en œuvre effective des quatre axes. Elles incluent, tout
d’abord, des mesures pour rendre plus cohérente l’architecture institutionnelle de la
protection sociale : la rationalisation des mandats, le renforcement des mécanismes de
coordination, une meilleure déconcentration et le transfert de compétences aux communes.
Il s’agit ensuite d’investir dans le renforcement des capacités, notamment pour la mise en
place de systèmes de gestion d’information et des dispositifs de suivi et évaluation, et pour
le renforcement des ressources humaines, surtout par une meilleure répartition
géographique. Il est enfin question de renforcer le financement de la protection sociale,
compte tenu du rôle important qu’elle devrait jouer dans la lutte contre la pauvreté et la
vulnérabilité. L’augmentation du volume de financement, rendue possible par la croissance
des recettes publiques et une plus grande priorisation de la protection sociale dans les
allocations budgétaires, s’accompagnera par une meilleure efficience des dépenses,
notamment par l’élimination de programmes mal ciblés et du besoin de financement du
déficit de la CGRAE.
24
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Objectif général : Construire un système de protection sociale qui renforce les capacités des
ménages et individus les plus vulnérables et qui permet aux populations de mieux gérer les
risques
Dimensions Axes Objectifs Orientations stratégiques
stratégiques spécifiques
Augmentation des revenus des plus
pauvres, notamment par l’expansion des
Améliorer le niveau THIMO et (à étudier dans le cadre d’une
Axe 1 de vie des plus réforme des secours sociaux) la mise en
pauvres place de transferts sociaux monétaires
ciblés aux plus pauvres sans capacité de
travail
Gratuité des services sanitaires pour
Construction enfants de < 5 ans et femmes enceintes (à
Améliorer l’accès
d’un socle de terme dans le cadre de la CMU) ; gratuité
aux services
protection de l’enseignement obligatoire, suppression
sociaux de base et
sociale Axe 2 d’autres obstacles à la scolarisation et
l’investissement
constitué de renforcement des cantines scolaires ;
dans le capital
dispositifs de mesures pour améliorer l’accès financier
humain
base relatifs des populations pauvres à l’eau et à
aux risques et l’assainissement
vulnérabilités Accompagner les
les plus graves groupes Restructuration des services d’action
vulnérables dans sociale pour le renforcement des actions de
la prévention et la prévention des risques (campagnes de
réponse aux sensibilisation etc.), de prise en charge des
Axe 3
risques d’abus, personnes en vulnérabilité aiguë ou
violences, victimes d’abus, et de promotion de
exploitation, solutions durables (réinsertion sociale et
discrimination et familiale)
exclusion
Consolidation des systèmes de sécurité
sociale actuels pour le secteur formel par
Construction
Atteindre des réformes paramétriques et
progressive
progressivement institutionnelles et le développement de
d’un système
Axe 4 des niveaux plus régimes de pension complémentaires ;
de protection
élevés de extension de la sécurité sociale au secteur
sociale plus
protection sociale informel par la CNPS ; mise en place et
complet
expansion progressive de la couverture
sanitaire de la population par la CMU
Réformes institutionnelles (rationalisation
des mandats, décentralisation et
déconcentration) ; renforcement de la
Renforcer le cadre coordination inter et intra sectorielle ;
Renforcement du cadre développement de systèmes de gestion
institutionnel, les
institutionnel, des capacités d’information et de suivi et évaluation des
capacités
administratives et du programmes ; renforcement des ressources
administratives et le
financement du système de humaines (meilleure répartition,
financement de la
protection sociale
protection sociale renforcement de la formation initiale et
continue) ; augmentation et meilleure
efficience des dépenses publiques de
protection sociale
25
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Le défi principal est celui de transformer l’approche THIMO, jusqu’ici mis en œuvre à
très petite échelle, en vrai programme national avec des impacts larges en termes
d’emplois et de réduction de la vulnérabilité.
4
Politique Nationale de l’Emploi, Tome 1: Diagnostic et Orientations de Politiques, avril 2012, page
88.
26
Stratégie Nationale de Protection Sociale
bénéficier de ces programmes aux cotés des ex-combattants afin de ne pas mettre
en relief leur ancien statut et de promouvoir leur intégration sociale ;
Pour les deux premières catégories, les emplois THIMO seront conçus comme des
emplois «tremplin», fournissant des embauches temporaires (en moyenne de 6 mois) qui
donnent aux bénéficiaires l’expérience de travail, augmentent leur employabilité (notamment
par la formation sur le chantier) et dans certains cas leur permettent, par la promotion de
l’épargne et de l’accès à la micro-finance, de se lancer par la suite dans des activités
génératrices de revenus (AGR). Les programmes HIMO devraient introduire des incitations à
l’épargne, par exemple en requérant l’ouverture de comptes d’épargne dans les institutions
de micro-finance (IMF), et accompagner les ouvriers en vue de faciliter leur accès aux
opportunités de formation et de microcrédit.
Pour les populations rurales les emplois créés en période de soudure seront de
nature cyclique, conçus pour sauvegarder les revenus des ménages bénéficiaires pendant
une période saisonnière d’insécurité alimentaire allant de 2 à 6 mois par an, selon les zones.
27
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Les travaux réalisés par l’approche THIMO apporteront ainsi des bénéfices pour le
développement économique et social au niveau des communautés, contribuant ainsi à
la réduction de la pauvreté à long terme, notamment en termes de désenclavement rural,
de protection environnementale (d’importance primordiale dans les zones arides du Nord
mais pertinentes même dans les zones humides) et d’amélioration des conditions
d’assainissement et de santé publique. Les opportunités de mise en œuvre efficiente et
rentable de l’approche THIMO sont aussi vastes que les besoins en termes de création
d’emplois – les principales contraintes étant celles de la disponibilité des ressources
financières et des capacités de gestion.
Les méthodes de ciblage seront raffinées afin de prioriser les plus pauvres et
vulnérables. Par la nature des travaux, seulement les pauvres sont intéressés aux emplois
THIMO, ce qui permet, au moins en partie, un ciblage par auto-sélection. Néanmoins, dans
un contexte de chômage/sous-emploi structurel et de pauvreté de masse, le nombre de
postulants continuera à dépasser largement l’offre de ces emplois temporaires, nécessitant
des mécanismes supplémentaires de ciblage.
Les droits sociaux des employés THIMO seront protégés, notamment en termes de
sûreté au travail et d’assurance sociale, malgré le besoin d’alléger les dispositions du
Code du Travail pour les rendre plus adaptées aux besoins particuliers des emplois
temporaires créés par l’approche THIMO. Les modalités exactes seront définies
ultérieurement. En ce qui concerne les salaires, ceux-ci devront être suffisamment élevés
pour avoir des impacts significatifs en termes de protection sociale (réduction de la pauvreté
monétaire et de l’insécurité alimentaire), tout en évitant d’introduire des distorsions dans le
marché du travail ou d’inciter les populations rurales d’abandonner les travaux agricoles ; et
devront être payés de manière régulière, afin d’assurer pleinement leur fonction protection
sociale.
28
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Il s’agit surtout de clarifier les objectifs assignés à ces secours et d’ériger des
dispositifs adaptés aux besoins clairement définis. Les objectifs des actuels secours
sociaux sont ambigus (dépassant dans la pratique ceux mentionnés dans le décret no 67-
524) et manquent de cohérence, répondant à la fois aux besoins d’urgence et ponctuels (y
compris dans les situations de catastrophe), aux besoins de «caractère durable» (c’est-à-
dire aux besoins de personnes en situation de vulnérabilité chronique), aux besoins d’aide
médicale (ou d’appareillage pour les personnes handicapées), aux besoins d’aide scolaire et
aux besoins d’appui pour la mise en place d’AGR. Ces divers types de besoins sont de
natures très différentes et requièrent ainsi différents types de réponses dans le cadre de
programmes ayant des objectifs clairement définis. Les lignes directrices de cette réforme
sont définies dans les paragraphes suivants.
Les aides médicales, les appareillages et les certificats d’incapacité seront pris en
compte dans le cadre de la CMU au lieu du dispositif des secours sociaux. La mise en
place d’un mécanisme d’aides médicales en faveur des personnes en situation de pauvreté
extrême (ou d’«indigence») est incluse dans le cadre de la Couverture Maladie Universelle
(CMU) à travers son Régime d’Assistance Médicale (RAM) non contributive (voir Axes 2 et
4). Les modalités de mise en œuvre, y compris le mécanisme de ciblage, restent à définir. Le
RAM sera appelé également de prendre en charge la prestation de services médicaux
spécialisés, y compris les aides techniques et autres appareillages, aux personnes
handicapées, compte tenu des vulnérabilités accentuées et des besoins spécifiques de cette
catégorie de la population. Ce dispositif de gratuité en faveur des personnes handicapées
inclura l’établissement de certificats d’incapacité.5
5
Ces certificats, qui sont requis pour avoir accès à certains programmes, coûtent 35 000 FCFA à
l’heure actuelle et sont hors de portée de la majorité de ces personnes particulièrement vulnérables.
29
Stratégie Nationale de Protection Sociale
pour donner une réponse efficace et continue aux besoins des ménages hautement
vulnérables qui sont incapables de bénéficier des programmes THIMO. Payés sur une base
régulière et prévisible, les transferts permettraient à ces ménages de faire face à leurs
besoins primaires (alimentation, santé, éducation, logement, eau et assainissement) sur une
base durable tant que continue leur situation de précarité extrême. Les impacts positifs
attendus au niveau des enfants vivant dans ces ménages (amélioration de la nutrition, de la
scolarisation et de l’accès aux soins de santé, entre autres) contribueraient au
développement du capital humain (voir aussi l’Axe 2 de la SNPS) et ainsi à la réduction des
risques de pauvreté à l’âge adulte. L’opportunité d’introduire un élément de conditionnalité
relative au comportement des bénéficiaires, comme moyen possible d’augmenter l’impact
sur le développement humain, sera étudiée ultérieurement. Une attention particulière sera
donnée aux méthodes de ciblage, qui pourraient s’appliquer à la fois aux travaux HIMO, aux
aides médicales de la RAM et aux transferts sociaux monétaires (voir aussi Chapitre 7).
Des transferts en nature seront utilisés à la place de transferts en espèces dans des
contextes spécifiques justifiant une telle approche. Les transferts seront effectués de
préférence en espèces (y compris dans le cas des travaux HIMO) au lieu de transferts en
nature (vivres par exemple), compte tenu du fait que les transferts en espèces donnent aux
bénéficiaires une meilleure flexibilité (et responsabilité) de gestion de leurs dépenses pour
répondre à leurs besoins divers et aussi pour éviter les distorsions des marchés locaux qui
peuvent être induites par la distribution de vivres à large échelle (réduction des incitations
aux producteurs agro-alimentaires locaux). Cependant, les transferts alimentaires se
justifient dans quelques cas spécifiques, à savoir :
6
Les aides humanitaires sont des transferts, mais pas forcement de nature protection sociale, compte
tenu de leur nature ponctuelle en réponse aux crises et désastres (voir F. Ellis, S. Devereux et P.
White, Social Protection in Africa, Edward Elgar Publishing, Cheltenham, Royaume-Uni, 2009, page
9).
30
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Des programmes de formation spéciale seront mis en œuvre pour des groupes
vulnérables spécifiques. Il s’agit notamment de continuer les appuis à la formation
qualifiante des personnes handicapées à travers le Projet d’Accès et d’Appui des Personnes
Handicapées à la Formation Professionnelle (PAAPHFP) de l’Agence Nationale de la
Formation Professionnelle (AGEFOP). Par ailleurs, le Projet de Formation par Apprentissage
(PFA) de l’AGEFOP continuera à appuyer la formation-insertion des jeunes déscolarisés.
Les Instituts de Formation et d’Education Féminine (IFEF) du Ministère de la Solidarité, de la
Famille, de la Femme et de l’Enfant (MSFFE) offriront également des opportunités de
formation aux filles déscolarisées, non scolarisées et analphabètes.
31
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Les actions comprises dans cet axe incluent ainsi des mesures qui visent à améliorer
l’accès, notamment financier, des ménages aux services de l’enseignement de base, aux
services sanitaires les plus essentiels, à l’eau et à l’assainissement.
Cependant, il ne faut pas perdre de vue l’importance de mesures qui s’adressent aux
barrières du côté de la demande. Il y a tout d’abord la problématique des frais directs et
indirects de la scolarisation, qui pèsent surtout sur les ménages les plus pauvres et
expliquent en grande partie les écarts importants dans les taux de scolarisation entre les
quintiles (voir Tableau 1.1). On ne doit pas ignorer non plus les facteurs socioculturels qui,
liés aux contraintes financières au niveau des ménages, conduisent aux taux plus faibles de
scolarisation des filles, ou les multiples obstacles (socioculturels et de capacité
d’encadrement) qui entravent la scolarisation des enfants en situation de handicap. Des
mesures sont aussi requises pour s’adresser aux obstacles qui se présentent (notamment
au niveau secondaire) en raison du faible taux de possession d’actes de naissance.
32
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Des mesures seront prises pour améliorer les subventions aux COGES et ainsi la mise
en œuvre effective de la gratuité. Ces mesures incluront (i) l’extension des subventions
pour couvrir la totalité des écoles primaires et préscolaires publiques (et éventuellement les
écoles publiques du premier cycle du secondaire), (ii) la réforme des circuits de
décaissement des crédits budgétaires afin d’assurer le décaissement complet et opportun
des subventions, et (iii) le renforcement de la gestion financière au niveau des écoles.
7
Selon les données de la MICS de 2006, environ un quart des élèves qui atteignent la dernière classe
de l’enseignement primaire (CM2) ne fait pas la transition à l’enseignement secondaire.
8
Cependant, ces indicateurs pourraient être améliorés, notamment par l’utilisation du taux net de
scolarisation primaire et des indices de pauvreté monétaire. La pertinence du taux de malnutrition
chronique chez les enfants d’âge préscolaire (0-59 mois) comme indicateur pour le ciblage
géographique des cantines scolaires est discutable.
9
La zone de priorité 1 comprend les régions du Bafing, des Savanes et du Moyen Cavally. La zone de
priorité 2 comprend les régions du Denguelé, du Worodougou, de la Vallée du Bandama, des 18
montages et du Bas Sassandra. La zone de priorité 3 comprend les régions du Fromager et du
Zanzan et la zone de priorité 4 comprend le Haut Sassandra, la Marahoué, les Lacs, le N’zi Comé, le
Moyen Comoé, le Sud Bandama, les Lagunes, l’Agnéby et le Sud Comoé.
33
Stratégie Nationale de Protection Sociale
enfants. A cet effet, un Paquet d’Activités Essentielles en Nutrition (PAEN) pour cette cible a
été élaboré et doit être mis en œuvre pour aboutir à la labellisation des écoles amies de la
nutrition. Il s’agit notamment du dépistage de la malnutrition, du déparasitage, de la
fortification domestique, de l’éducation nutritionnelle et de la sensibilisation pour le manger-
bouger. En outre, pour permettre aux élèves de bénéficier de tous les avantages
nutritionnels au niveau des cantines scolaires, il est essentiel de former les rationnaires et
communautés mobilisées autour des cantines (cantinières, gérants, conseillers, et femmes
des groupements) aux bonnes pratiques nutritionnelles et à l’hygiène alimentaire. Le concept
des écoles amies de la nutrition doit être promu en vue de développer les programmes
intégrés d’éducation nutritionnelle dans les zones déjà ciblées dans la Stratégie Nationale
d’Alimentation Scolaire.
Des bourses alimentaires seront attribuées aux enfants des familles les plus
démunies. Cette mesure bénéficiera à environ 5% des rationnaires les plus pauvres. Il sera
nécessaire d’établir des mécanismes efficients de ciblage, qui risquent de poser des
difficultés sérieuses, surtout dans les zones de priorité 1 à 3 où les taux d’insécurité
alimentaire dépassent largement le seuil de 5%.12
10
Actuellement de 25 FCFA par jour, cette contribution sera portée à 50 FCFA en milieu rural et à 100
FCFA en milieu urbain dans les zones 2, 3 et 4.
11
Paragraphe 4.9, Stratégie Nationale d’Alimentation Scolaire en Côte d’Ivoire, Direction Nationale
des Cantines Scolaires, Ministère de l’Education Nationale, avril 2012.
12
Dans les sept régions concernées, ce taux a varié de 13,2 à 29,9% selon des chiffres de 2009 cités
dans la Stratégie Nationale d’Alimentation Scolaire (voir paragraphe 2.21).
34
Stratégie Nationale de Protection Sociale
une des réponses du MENET sera d’établir des collèges de proximité, notamment dans les
zones ayant les niveaux de scolarisation des filles les plus faibles, pour éviter que les filles
aient besoin de quitter leurs villages pour entrer en sixième. Au niveau CM du primaire, des
rations sèches seront fournies aux filles à emporter à la maison dans des zones manifestant
de fortes disparités de scolarisation selon le genre.
Des actions supplémentaires seront prises pour éviter que le manque d’actes de
naissance exacerbe l’abandon scolaire. Malgré la prise de mesures d’urgence
(ordonnance no 2011-258 du 28 septembre 2011, prorogé d’un an en septembre 2012) pour
faciliter l’enregistrement des enfants nés pendant les années de crise (voir Section 7), le
taux de possession d’actes de naissance reste encore faible, en raison de l’affaiblissement
des services de l’état-civil, créant des barrières administratives à la scolarisation et à la
rétention scolaire. L’Inspection de l’Enseignement Primaire suit la mise en œuvre de la
décision prise en 2011 de ne plus refuser l’inscription des enfants au CP1. Des attestations
administratives d’identité scolaire sont émises comme documents alternatifs. Il sera poursuivi
la recherche de mesures supplémentaires pour éviter que le manque d’extraits d’actes de
naissance ne constitue pas un goulot d’étranglement pour l’accès aux examens de fin du
primaire (CEPE) et pour l’inscription au niveau secondaire, et ainsi pour relever le taux de
transition primaire-secondaire.
35
Stratégie Nationale de Protection Sociale
la mesure. Les détails des modalités d’exemption pourront au besoin être précisés par des
circulaires ultérieures.
Mis à part leurs impacts attendus sur la santé des couches vulnérables, toutes ces
mesures visent également à protéger le revenu des ménages concernés via une
réduction de leurs dépenses de santé et une accélération de la prise en charge dans les
établissements sanitaires publics et conventionnés. Ces mesures visent à réduire l’incidence
des dépenses catastrophiques de santé, au niveau des ménages, et à contribuer à
rééquilibrer la composition des dépenses totales de santé, qui, selon les comptes nationaux
de la santé de 2008, sont dominées par les dépenses des ménages (69% par rapport à 17%
pour l’Etat et 13% pour les PTF).
36
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Plusieurs mesures ayant un impact sur la disponibilité et la qualité des soins reçus par la
population cible sont en cours ou sont prévues. Elles intègrent notamment : l’amélioration de
l’approvisionnement public en médicaments au niveau national (réforme de la Pharmacie de
Santé Publique engagée en 2012) ; des mesures financières et non-financières renforçant le
professionnalisme et la motivation des agents de santé ; l’harmonisation et la standardisation
des protocoles thérapeutiques et des examens complémentaires (examens biologiques et
radiologiques) ; le rééquipement des infrastructures sanitaires, notamment en matériel
d’évacuation et la régulation des tarifs pour les usagers non-éligibles aux mesures
d’exemption.
Quatrièmement, la gratuité des frais hospitaliers sera étendue à l’alimentation pour les
enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes et post-accouchement, afin d’éviter le
départ précoce des hôpitaux en raison des coûts ; ce qui est particulièrement important pour
diminuer la mortalité maternelle et néonatale et la mortalité chez les enfants atteints de
malnutrition aiguë sévère ou de paludisme grave.
37
Stratégie Nationale de Protection Sociale
chers. Le Gouvernement étudiera des pistes de solution à cette situation inéquitable qui
pénalise les plus pauvres:
1. Une première option est de mettre en place un système de préfinancement des coûts
d’abonnement, par un fonds d’appui aux branchements des ménages, lié à un
mécanisme d’épargne auprès des Institutions de Micro-Finance (IMF) et de
remboursement progressif au fonds d’appui.13
Les niveaux très faibles d’accès à l’assainissement, qui posent de graves menaces à
la santé, notamment des enfants, s’expliquent à la fois par des facteurs socioculturels
et financiers. Le manque de responsabilisation des populations dans l’amélioration de
l’assainissement est vu comme la principale contrainte et a conduit à une politique
(«assainissement total piloté par la communauté») qui met l’accent sur la responsabilisation
des communautés afin d’appuyer un changement durable de comportements. Le succès de
cette approche en Côte d’Ivoire et ailleurs fait espérer que du progrès dans l’utilisation des
installations améliorées, surtout en milieu rural, est possible. Néanmoins, cette approche
devrait être accompagnée par des mesures comme le ‘ Marketing d’Assainissement’, qui
vise à rendre disponible, a un prix abordable, des produits d’assainissement et d’ hygiène
(dalles de latrines, mais aussi le savon).
13
Voir T. Gagne, A. Koffo, R.B. Ohinico et I.S. Doh « Etude de la capacité des ménages pauvres à
bénéficier des services d’eau potable », Bioterre, Rev. Inter. Sci de la Vie et de la Terre, no spécial,
2002.
38
Stratégie Nationale de Protection Sociale
L’action sociale est une composante essentielle de la protection sociale. Elle se définit
comme l’ensemble des dispositifs législatifs et règlementaires de même que des actions
conçues, planifiées et mises en œuvre avec le concours de travailleurs sociaux en vue de la
prévention de ces risques, de la résolution des problèmes qui découlent de la matérialisation
de ceux-ci et de la promotion de solutions durables, notamment par le renforcement des
capacités.
39
Stratégie Nationale de Protection Sociale
transferts sociaux, THIMO, etc.), l’action sociale réduira les risques d’exclusion sociale et
renforcera les mesures envisagées par les autres axes de la SNPS.
La SNPS intègre les cadres de référence déjà fournis par plusieurs documents de
politique (approuvés ou en cours d'approbation) traitant de la protection de diverses
catégories de population en situation de vulnérabilité aiguë. Ces documents incluent le
projet de Politique Nationale de Protection de l’Enfant, la Stratégie Nationale de Lutte contre
les Violences basées sur le Genre, le Plan National d’Action contre la Traite et les Pires
Formes de Travail des Enfants, le Document de Politique Nationale pour les Soins et
Soutien aux Orphelins et autres Enfants rendus Vulnérables du fait du VIH/SIDA, le Plan
Stratégique National de Prise en Charge des OEV, la Déclaration de Politique Nationale en
faveur des Personnes Handicapées, le Plan Stratégique National de Réadaptation à Base
Communautaire et les documents de base pour la Politique Nationale en faveur des
Personnes Agées. Ce cadre politique sera davantage renforcé par des propositions,
actuellement en cours de formulation, pour une restructuration des services d’action sociale.
L’action sociale de base vise tout d’abord à réduire les risques sociaux au moyen de
la conscientisation et la sensibilisation des communautés et des institutions. Il s’agit
de sensibiliser les populations à travers les institutions sociales au niveau communautaire
(écoles, centres de santé, etc.), les groupes socioprofessionnels (magistrats, enseignants,
personnel sanitaire, police, gendarmes, etc.) en contact direct avec les personnes en
situation de haut risque, et aussi d’exploiter le potentiel considérable d’information et
d’enseignement des médias à l’égard du grand public. Il faut une communication sociale
40
Stratégie Nationale de Protection Sociale
visant le changement des perceptions et des attitudes afin de réduire les pratiques néfastes,
d’augmenter la capacité d’indignation face aux abus et de promouvoir la connaissance des
voies de secours et de recours, de même que les procédures de référence à la loi (par
exemple, l’obligation de porter secours et de dénoncer tout acte de violence ou d’abus).
Cette communication s’appuiera principalement sur les médias, notamment, les radios
communautaires, les affichages et la télévision ; elle sera également élargie à une forte
implication des responsables politiques, des institutions de la République (y compris le
Parlement), et des réseaux de professionnels et de la société civile (ONG, confessions
religieuses, associations, etc.).
Par conséquent, l’action sociale de base mettra en place des actions efficaces d’information
et de sensibilisation des communautés sur les pratiques positives de la vie familiale et
communautaire et sur les impacts négatifs de certaines pratiques habituelles et/ou
traditionnelles. Elle vise à renforcer le tissu familial, à améliorer le soin des enfants et à
assurer le respect de la femme, de la personne âgée et de la personne porteuse de
handicap. Elle ciblera chacune des normes ou pratiques communautaires néfastes,
acceptées ou tolérées notamment les Mutilations Génitales Féminines (MGF), la
maltraitance des veuves, le mariage précoce, les châtiments corporels, les violences
conjugales, les pires formes de travail des enfants, les discriminations et négligences envers
les personnes handicapées ou âgées, et toutes les autres formes d’abus, de violence, et
d’exclusion sociale.
L’action sociale de base a une mission d’importance primordiale dans la prévention de toute
forme de violence, abus et exploitation qui touche les enfants, compte tenu de la
vulnérabilité accentuée qui découle de leur situation d’immaturité physique et psychosociale
et de leur état de dépendance sur les adultes. Par ses actions de sensibilisation, le travail
social conduira à l’émergence endogène d’un environnement propice à la protection
communautaire des individus contre les risques cités ci-dessus, y compris ceux basés sur le
genre ou ancrés dans les cultures.
Il s’agira également de renforcer les services d’action sociale de base dans leur rôle
d'écoute et de conseil auprès des familles afin qu’elles identifient les facteurs de risque
de manière précoce et développent une communication interpersonnelle préventive auprès
des ménages et personnes exposées à ces risques.
41
Stratégie Nationale de Protection Sociale
L’action sociale de base comprend aussi un volet d’animation communautaire qui vise
le renforcement de l’organisation communautaire. Il s’agit d’accompagner les groupes
cibles dans la recherche de solutions innovantes aux problèmes ressentis/vécus par les
communautés, sur le renforcement des capacités d’initiative, et sur la dynamisation des
compétences et des potentialités des populations. L’animation communautaire va au-delà de
la mission d’information et de sensibilisation décrite ci-dessus. Elle utilise des méthodes de
mobilisation des communautés qui puissent déboucher sur des actions concrètes de petite
envergure, complémentaires aux mesures plus amples de développement par les grands
projets. Ces initiatives répondent ponctuellement à des besoins pressants des communautés
en ce qui concerne leur cadre de vie (entretien des espaces communs, installation et gestion
de petites infrastructures et équipements, organisation d’espaces de loisirs et activités
sportives pour les enfants, organisation de groupes de jeunes) et leur capacité économique.
Les travailleurs sociaux facilitent l’accès éventuel à des aides techniques et financières.
Les services d’action sociale de base devront aussi répondre aux demandes
ponctuelles d’aide. Les individus et les familles confrontées à des situations
problématiques du fait de contingences ou fragilité accrue devront pouvoir s’adresser
aux services d’action sociale pour une réponse adaptée. Le système facilitera l’accès
aux services sociaux de base et aux programmes de protection sociale. Les travailleurs
sociaux auront la mission de fonctionner au sein des communautés en tant que promoteurs
et facilitateurs de l’accès des personnes aux services sociaux (voir l’Axe 2) et aux
prestations de protection sociale (notamment celles de l’Axe 1), par l’accompagnement des
personnes dans les démarches à suivre et la référence organisée aux services et
programmes disponibles. Il est fondamental que les services d’action sociale entretiennent
des relations étroites avec les services disponibles dans une localité donnée et facilitent la
constitution d’un réseau de «ressources locales» qui fonctionnent de manière articulée et
dont ils sont le pivot central.
Dans les régions peu couvertes par les services de l’action sociale de base, les
interventions proposées seront relayées par les associations et ONG accréditées et
par les services sociaux des collectivités locales, dont il sera indispensable de renforcer
les capacités techniques et opérationnelles.
42
Stratégie Nationale de Protection Sociale
adaptée à chaque victime jusqu’à sa réhabilitation. Ils devront ainsi selon les besoins,
faciliter l’accès des victimes aux services compétents de la santé et de la justice d’une part,
et référencer les victimes en voie de réhabilitation vers les services d’action sociale de base
au niveau communautaire, d’autre part. Il est également crucial de mettre en œuvre des
mesures de promotion visant à sortir ces personnes de leur situation de vulnérabilité aiguë
sur une base durable. Les processus d’assistance aux victimes d’abus visent à assurer la
suppression des risques/dangers et leur ré/insertion familiale et sociale dans des conditions
de sécurité et de bien-être et ce dans la durée. Selon les cas, elles seront aussi orientées
vers des programmes de soutien économique et/ou de formation.
Etant donné la faible capacité des victimes de saisir les structures compétentes pour
accéder aux services appropriés de protection, il importe que des dispositions idoines soient
prises pour encourager le public à signaler à la justice les cas rencontrés, constatés ou
portés à la connaissance, puis susciter l’auto-saisine systématique des juridictions
compétentes. Les cas suivis doivent être documentés par les acteurs assurant la prise en
charge des victimes.
Tout cas de violation met en scène une situation particulière qui doit être d’abord
reconnue en tant que problématique d’ordre social. A la suite de tout signalement ou
détection, les travailleurs sociaux chargés de la protection spécialisée ont l’obligation de
s’occuper du cas. Tout cas de protection spécialisée donne lieu à l’ouverture d’un processus
de prise en charge/accompagnement qui ne parviendra à son terme qu’avec la mise hors de
danger, la stabilisation émotionnelle et la normalisation des conditions de vie de la personne.
L’outil central de la gestion des cas de protection spécialisée est la médiation familiale, qui
se propose de reconstituer les liens et une dynamique familiale saine.
43
Stratégie Nationale de Protection Sociale
minimum pour la prise en charge médicale, y compris les antirétroviraux (ARV) et les kits de
prophylaxie post-exposition (PEP kit) dans les centres de prise en charge des personnes
vivant avec le VIH. Mais ce matériel n’est pas toujours disponible dans ces structures de
référence. Le test VIH et les ARV sont dispensés gratuitement alors que les autres
composantes du kit notamment le test de grossesse, le traitement des IST et les examens
médicaux requis sont à la charge de la victime et souvent ne sont pas accessibles (voir aussi
l’Axe 2). D’autres volets des standards minimaux de prise en charge médicale restent à
développer.
44
Stratégie Nationale de Protection Sociale
améliorations à l’ensemble des moyens nécessaires à une mise en œuvre efficace des
interventions auprès des populations.
Une réglementation de l’action sociale devrait établir un système unifié qui ait la
fonction de gestion de la protection sociale non contributive. Elle devrait fixer un niveau
de base pour la couverture des programmes et services de la protection sociale non
contributive, définir des mesures à même de garantir l’accès aux plus vulnérables et assurer
l’articulation avec les autres secteurs impliqués dans les politiques sociales (voir aussi la
Section 4).
Il est important de disposer d’une politique globale d’action sociale. Cette Politique
fixerait les priorités assignées à l’action sociale et ferait état des choix stratégiques et de
modulation de la réponse en fonction du contexte. La Politique devrait promouvoir une
approche intégrée et systématiser les politiques catégorielles (personnes âgées, personnes
porteuses de handicaps) et politiques spécialisées (protection de l’enfant, lutte contre les
violences basées sur le genre).
Le cadre institutionnel de l’action sociale devrait être unifié. Les programmes, structures
et services d’action sociale devraient être organisés de manière à former un ensemble
unique et intégré, géré par un département ministériel unique, soutenu par la définition et la
répartition des fonctions, interconnecté par des liens fonctionnels et articulé avec les autres
secteurs des politiques sociales. Une charte de bonne gouvernance devrait orienter la
gestion, la pratique et la mise en œuvre de l’action sociale. Le système national de
protection de l’enfant sera conçu comme un secteur d’action sociale spécialisée, coordonné
par les structures de l’action sociale et fonctionnant en étroite collaboration avec les
structures concernées au sein des secteurs de la sécurité, de la justice, de la santé et de
l’éducation.
45
Stratégie Nationale de Protection Sociale
46
Stratégie Nationale de Protection Sociale
15
Ordonnance no 2012-303 du 4 avril 2012 portant organisation des régimes de pensions gérés par la
CGRAE et décret no 2012-365 du 18 avril 2012 fixant les modalités d’application de l’ordonnance no
2012-303.
16
De 57 à 60 ans pour les personnels civils des catégories D à A, grade A3, et de 60 à 65 ans pour
les personnels civils de la catégorie A, grades A4 à A7.
47
Stratégie Nationale de Protection Sociale
D’autres mesures sont envisagées par la CNPS pour renforcer les prestations
familiales et la branche des accidents de travail et des maladies professionnelles. Les
montants des prestations familiales sont restés inchangés depuis plus de 40 ans et sont
devenus très modiques.19 Il faudra prendre en compte l’évolution du coût de la vie tout en
assurant la cohérence des valeurs des allocations familiales (de la CNPS et de la CGRAE)
par rapport aux montants d’éventuels transferts sociaux aux familles pauvres (voir Axe 1). La
CNPS envisage aussi une réflexion sur l’opportunité d’introduire une allocation de scolarité.
La branche des accidents de travail et des maladies professionnelles fera l’objet d’une
réforme pour prendre en compte le volet réinsertion professionnelle.
17
Décret no 2012-367 du 18 avril 2012 portant création de l’institution de prévoyance sociale
dénommée « Institution de Prévoyance Sociale Caisse Générale de Retraite des Agents de l’Etat »,
en abrégé IPS/CGRAE.
18
Ordonnance no 2012-03 du 11 janvier 2012.
19
1500 FCFA par mois par enfant dans le cas des allocations familiales. Le salaire soumis à
cotisation de la branche des prestations familiales est plafonné à 70 000 FCFA par mois.
48
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Ce régime sera suffisamment souple pour prendre en compte les spécificités des
diverses populations cibles potentielles. Le régime adaptera ses prestations et les taux
de cotisation aux différents niveaux de capacité contributive, qui varieront énormément selon
la nature des occupations des adhérents. Une option à l’étude est la mise en place d’un
régime complémentaire, notamment pour les professionnels indépendants à forte capacité
contributive, à côté d’un régime de base accessible à des couches plus larges. Il sera aussi
opportun d’établir divers mécanismes institutionnels, en partenariat avec des associations,
des coopératives agricoles et d’autres structures représentatives, afin de promouvoir les
adhésions et faciliter la collecte des cotisations.
Le RGB cible les assurés sociaux actuellement couverts par les régimes légaux de
prévoyance sociale (employés du secteur formel et fonctionnaires publics) et vise à
s’étendre progressivement à d’autres populations du secteur informel regroupés en
coopératives (notamment les agriculteurs des secteurs du café et du cacao) ou en d’autres
formes de fédération ou de mutuelle. Dans sa version actuelle, il devrait fonctionner via une
prime d’assurance unique fixée à 1000 FCFA par personne et par mois, donnant accès à un
paquet de services unique. Ce paquet est à définir plus précisément mais inclura les frais
ambulatoires, hospitaliers et de médicaments, après paiement d’un ticket modérateur.
20
Voir Groupe de travail CMU, «Projet d’instauration d’un système de Couverture Maladie Universelle.
Stratégie de mise en œuvre» MEMEASS, Abidjan, 12 décembre 2011.
49
Stratégie Nationale de Protection Sociale
césarienne) et aux soins curatifs. Une extension est prévue aux maladies spécifiques à
certaines régions (ulcère de Buruli, onchocercose, bilharziose, trypanosomiase). Le
financement devrait provenir principalement de l’Etat, comme sous le système d’exemption
ciblée actuel.
50
Stratégie Nationale de Protection Sociale
21
Pour promouvoir le bon fonctionnement des mutuelles, un projet de décret prévoit l’établissement
de l’Agence Ivoirienne de Régulation de la Mutualité Sociale (AIRMS), conformément à la
règlementation de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (Règlement
n° 07/2009/CM/UEMOA portant règlementation de la mutualité sociale au sein de l’UEMOA). L’AIRMS
aura pour mission d’instruire les dossiers d’agrément des mutuelles sociales, de tenir un registre
national d’immatriculation et d’assurer le suivi et le contrôle des mutuelles agréées.
51
Stratégie Nationale de Protection Sociale
7.1 Coordination
Une Plateforme nationale de coordination de la protection sociale sera établie pour
orienter et suivre le processus de mise en œuvre de la SNPS et pour promouvoir les
synergies entre ses différentes composantes. Cette plateforme aura trois niveaux d’organes,
comme il est montré dans la Figure 7.1 : le Comité Interministériel de la Protection Sociale
(CIPS) au niveau politique, des comités techniques pour chacun des quatre axes de la
Stratégie, et un Secrétariat Exécutif.
52
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Présidence
Primature
Emploi, Affaires
Sociales et Plan et
Formation Développement
Professionnelle
Education
Nationale et Santé et Lutte Economie et Budget
Enseignement contre le SIDA Finances
Technique
Secrétariat
Exécutif
53
Stratégie Nationale de Protection Sociale
• La gestion d’une base de données sur la protection sociale mise en place pour
faciliter le processus de suivi et évaluation ;
Dans certains cas, comme celui de la CMU, il s’agira de la mise en place de nouvelles
institutions. Il sera nécessaire de créer juridiquement la Caisse Nationale d’Assurance
Maladie (CNAM), d’établir son siège, de recruter et former son personnel et de concevoir et
installer tous ces systèmes de gestion (notamment pour le conventionnement des
prestataires des services sanitaires, la gestion des adhésions et des cotisations, la gestion
des remboursements des factures des prestataires, le contrôle des risques, la gestion
financière, etc.). Les études techniques définiront plus exactement ces besoins, ainsi que le
cadre institutionnel du RAM et les rôles exacts qui seront joués par les organismes de
gestion déléguée (OGD).
L’opportunité de créer une institution spécialisée pour la gestion des THIMO fera
l’objet d’une étude, comme il a été mentionné dans l’Axe 1, compte tenu de la technicité du
champ d’action concerné et le besoin d’assurer les capacités techniques requises pour une
gestion efficiente des THIMO, même si des fonctions spécifiques sont déléguées à d’autres
opérateurs (Ministères, collectivités territoriales, ONG, PME, etc.).
54
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Dans d’autres cas, notamment celui de l’action sociale, il est plutôt question de
clarifier les mandats institutionnels afin de définir clairement les responsabilités et
d’éviter des chevauchements inutiles et coûteux. Le système d’action sociale est
actuellement à cheval entre le Ministère en charge des Affaires Sociales et celui en charge
de la Solidarité, de la Famille, de la Femmes et de l’Enfant (et leurs respectives structures
déconcentrées) et les collectivités territoriales (communes, etc.) qui ont commencé à
développer des services d’action sociale en parallèle avec ceux des deux Ministères. Par
ailleurs, d’autres services d’action sociale plus spécialisés ont surgi de manière
indépendante dans des secteurs tels que l’éducation, la santé, la justice et la police.
Plusieurs programmes requièrent le ciblage socioéconomique des bénéficiaires. Il s’agit surtout des
secours sociaux (et d’un éventuel programme de transferts en espèces à plus large échelle), des
bourses alimentaires aux élèves les plus démunis dans les écoles primaires, et des exemptions de
paiement (de primes et tickets modérateurs) en faveur des personnes extrêmement pauvres dans le
cadre du RAM. Le ciblage socioéconomique pourrait aussi intervenir en complément de l’auto-ciblage
pratiqué par les programmes THIMO. Au lieu de mettre en place des mécanismes parallèles dans
chaque secteur pour le ciblage des bénéficiaires de ces divers programmes, qui serait coûteux et
inefficient, un mécanisme conjoint sera établi à la suite d’études techniques. Cette approche permettra
d’employer des techniques rigoureuses pour l’identification des bénéficiaires (et la reconfirmation
périodique de leur éligibilité) afin de minimiser les erreurs d’exclusion et d’inclusion.
Ce mécanisme commun de ciblage sera lié à des procédures conjointes pour l’enregistrement des
bénéficiaires des programmes concernés, la gestion informatisée des données sur ces bénéficiaires
et leur référencement d’un programme à un autre. Un tel fichier conjoint permettra de doter chaque
bénéficiaire d’un numéro unique et de lui livrer une carte électronique qui identifie à quels
programmes il est éligible et qui sera accepté dans chaque service concerné. Ce système informatisé
d’enregistrement et d’identification devra être étroitement lié à la réforme du système d’état civil et à
l’amélioration de l’enregistrement des naissances.
La création d’un tel système conduira à d’importants gains en efficience au niveau de la gestion des
programmes, tout en réduisant les coûts d’opportunité (temps passé dans des procédures parallèles)
pour les bénéficiaires. Il requerra une forte coopération entre les différentes structures
gouvernementales concernées.
En outre, il faut relever le défi d’assurer une bonne articulation entre toutes ces
structures. Le manque de clarté sur les rôles respectifs des différents acteurs et les
faiblesses en matière de coordination au niveau local exigent une réforme institutionnelle
profonde qui établit des mandats clairs et met en place des mécanismes institutionnalisés de
coordination opérationnelle, y compris des procédures de référencement des «clients» du
système entre les différents services concernés.
55
Stratégie Nationale de Protection Sociale
Par les actions qu’ils prennent pour faciliter l’accès des personnes vulnérables (bénéficiaires
des programmes de l’axe 1 et/ou des services spécialisés de l’axe 3) aux services sociaux
de base, ils joueront aussi un rôle clé dans la mise en œuvre de l’axe 2. L’accompagnement
social sera pluridimensionnel, allant de la facilitation de l’enregistrement des naissances à
des démarches pour assurer que les enfants non scolarisés de ménages démunis aient
accès à l’école et reçoivent des bourses alimentaires. Ils prendront les mesures nécessaires,
et selon des procédures à définir, pour garantir l’enregistrement de ces ménages démunis
auprès du RAM afin de jouir de la gratuité des services sanitaires. Et ils accompagneront ces
ménages vers les Institutions de Micro-Finance pour l’ouverture de comptes d’épargne et
l’accès aux opportunités de financement d’AGR dans le but de promouvoir leur
autonomisation.
56
Stratégie Nationale de Protection Sociale
• le rééquilibrage des dépenses en faveur des soins de santé primaire et des urgences
obstétricales, principalement dans les Établissements Sanitaires de Premier Contact
(ESPC) et les hôpitaux de première référence;
Le système d’état civil devra faire l’objet d’une réforme radicale. Les faibles taux de
possession d’extraits d’actes de naissance et d’autres documents donnant preuve d’identité
constituent un des goulots d’étranglement potentiellement les plus sérieux pour la mise en
œuvre effective de la SNPS. Ce problème contribue à l’abandon scolaire (voir la Section
3.2.1), nécessitant l’adoption de mesures d’urgence souples, et risque de créer d’énormes
difficultés pour la mise en œuvre de certains programmes de protection sociale tels que les
transferts sociaux.
Le taux d’enregistrement des naissances (chez les enfants de moins de 5 ans) a diminué de
71,8% en 2000 à 54,9% en 2006, selon la MICS. Dans les zones du Centre, du Nord et de
l’Ouest, ces taux se sont réduits de plus de moitié pendant cette période en raison du conflit.
Beaucoup de fichiers, qui ne sont pas informatisés, ont été perdus ou détruits. Des
campagnes ponctuelles de promotion de l’enregistrement des naissances peuvent apporter
des améliorations à peine partielles et de courte durée à un système qui a besoin d’une
réforme profonde. Cette réforme prendra entre autres en compte l’informatisation, la mise en
place d’un fichier national unique, une meilleure proximité du service aux populations
(notamment par l’utilisation de la technologie de téléphonie mobile pour l’enregistrement), un
cadre institutionnel simplifié, unifié et centralisé, la diminution du rôle du Ministère de la
Justice et la suppression du besoin de jugements supplétifs pour l’enregistrement tardif, qui
est très couteux, constitue une barrière importante pour les populations pauvres et n’apporte
aucun bénéfice.22
22
Voir “A Post-Conflict Civil Registration Strategy for Cote d’Ivoire”, Civil Registration Centre for
Development, La Haye, rapport pour UNICEF, Abidjan.
57
Stratégie Nationale de Protection Sociale
La SNPS fera l’objet d’un suivi régulier, afin d’aider la gestion de ces composantes et la
prise de mesures correctives en cas de difficultés rencontrées dans la mise en œuvre. Au
niveau de chaque composante de la Stratégie, les structures directement responsables
(Ministères, agences, etc.) seront responsables du suivi interne de leurs propres
programmes. Les comités techniques et le CIPS entameront chaque année un processus de
passage en revue des progrès accomplis, sur la base d’un rapport produit par le Secrétariat
Permanent.
Un système intégré de gestion d’information sur la protection sociale sera établi par le
Secrétariat Permanent. A cette fin, les données nécessaires pour le suivi de la mise en
œuvre de la SNPS seront envoyées régulièrement par les institutions responsables des
programmes au Secrétariat Exécutif. Ces données seront répertoriées et analysées dans les
rapports de suivi annuels produits par le Secrétariat Exécutif pour envoi aux quatre comités
techniques thématiques et ensuite au CIPS pour examen et approbation (voir la Section 4.1).
Des évaluations externes auront lieu périodiquement afin d’apprendre des leçons plus
profonds sur la mise en œuvre et les résultats accomplis, d’assurer la transparence dans
l’utilisation des fonds publics et de justifier la prise de décision sur l’évolution future de la
Stratégie.
7.5 Financement
Les budgets de la mise en œuvre de la SNPS, ainsi que les sources de financement,
seront définis dans les plans d’actions. De manière générale, l’objectif de cette Stratégie
de construire progressivement un système plus fort de protection sociale implique une
expansion du financement de la protection sociale, qui a été historiquement faible comme
dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne.
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Stratégie Nationale de Protection Sociale
L’allocation des dépenses donnera priorité aux programmes et mesures qui font
partie du socle de protection sociale en raison du fait que ceux-ci se focalisent sur les
risques et vulnérabilités les plus graves. Ces programmes et mesures sont aussi de nature
non contributives et donc dépendent du financement public. Compte tenu des contraintes
budgétaires, il serait peu justifiable de diriger des ressources publiques, au moins dans le
court ou moyen terme, vers le subventionnement des systèmes contributifs qui bénéficieront
essentiellement aux ménages les plus aisés dans le secteur formel. En ce qui concerne la
CMU, cette approche signifie que les ressources publiques seront dirigées vers le
financement de l’exemption des cotisations pour les groupes cibles prioritaires (enfants de
moins de 5 ans, femmes enceintes, personnes âgées et handicapées, et ménages en
pauvreté extrême) plutôt que vers le subventionnement général des primes.
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