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Ivanic

Le document examine l'impact de la libéralisation des échanges agricoles sur la sécurité alimentaire, soulignant que les prix des produits alimentaires restent élevés malgré une baisse récente. Il propose que les gouvernements adoptent des mesures commerciales pour stimuler la production intérieure et améliorer l'accès à la nourriture pour les pauvres. À long terme, la sécurité alimentaire dépend de l'augmentation des revenus des pauvres et de l'amélioration de la productivité agricole.

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Le document examine l'impact de la libéralisation des échanges agricoles sur la sécurité alimentaire, soulignant que les prix des produits alimentaires restent élevés malgré une baisse récente. Il propose que les gouvernements adoptent des mesures commerciales pour stimuler la production intérieure et améliorer l'accès à la nourriture pour les pauvres. À long terme, la sécurité alimentaire dépend de l'augmentation des revenus des pauvres et de l'amélioration de la productivité agricole.

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Assurer la

sécurité alimentaire
Entrepôt de blé près d’Al Qamishli, en Syrie.

Maros Ivanic et Will Martin

A Il faudrait
près une hausse vertigineuse à la moins partiellement, de la libéralisation
fin de 2007 et au début de 2008, des échanges agricoles mondiaux, qui a en-
les prix des principaux produits couragé le remplacement de la production compléter
agricoles restent nettement su-
périeurs à leur niveau moyen des dernières
nationale d’aliments de base par des cultures
d’exportation à plus haute valeur ajoutée.
la politique
décennies, malgré les baisses récentes. Pour Pour renforcer la sécurité alimentaire en commerciale
de nombreux experts, des facteurs comme la
nouvelle demande de produits alimentaires
s’assurant que la population soit nourrie,
les autorités devraient-elles adopter des
par d’autres
axée sur la production de biocarburants mesures commerciales et autres pour sti- mesures
maintiendront les prix élevés. Ce serait une
mauvaise nouvelle pour les pauvres et quasi
muler la production intérieure et accroître
l’autosuffisance?
pour rendre
pauvres, qui consacrent une grande part de Selon le lauréat du prix Nobel Amartya la nourriture
leurs revenus à l’alimentation de base. Selon Sen, sécurité alimentaire n’est pas synonyme accessible
nos estimations, les hausses de prix enregis- d’autosuffisance. Elle ne dépend pas du lieu
trées de 2005 au premier trimestre de 2008 de production des aliments, mais de leur ac- à tous
ont accru de plus de 100 millions le nombre cessibilité (Sen, 1981). L’analyse des grandes
de pauvres, tout en améliorant la situation des famines du XXe siècle montre que l’insécurité
vendeurs nets de denrées alimentaires (Ivanic alimentaire peut sévir malgré l’abondance de
and Martin, 2008). nourriture dans un pays. De plus, les autorités
D’après certains spécialistes et décideurs, peuvent améliorer la sécurité en permettant
la cherté de la nourriture et les pénuries des importations alimentaires pour éviter la
dans certains pays pauvres résultent, au hausse des prix.

Finances & Développement Décembre 2008   37


Author: Ivanic, 11/5/08
Proof

La politique commerciale, nationale et mondiale, influe Graphique 1


sur la sécurité alimentaire, mais n’est que l’un des moyens de Un phénomène durable?
déterminer l’accès des pauvres à l’alimentation. Au moment Les prix des principaux aliments de base ont fortement
où le monde tente de relancer les négociations pour réduire les augmenté à la fin de 2007 et au début de 2008.
obstacles aux échanges, nous examinons la sécurité alimentaire (dollars par tonne)
à court et à moyen terme dans les pays en développement ainsi 1.000
que ses liens avec la politique commerciale. 900
800
Sécurité alimentaire à court terme 700
600
L’inaccessibilité, même temporaire, de l’alimentation consti- 500
tue une grave menace pour les pauvres, qui ne peuvent Blé
400
Riz
guère réduire leurs autres dépenses quand l’alimentation 300
s’enchérit, et qui n’ont souvent ni épargne, ni possibilité 200
100
de s’endetter pour traverser une crise. À court terme, les Maïs
0
gouvernements ont le choix entre trois options principales : 1988 90 92 94 96 98 2000 02 04 06 08
établir un dispositif de protection sociale, intervenir pour Source : Banque mondiale, base de données sur les cours des produits de base.
réduire les prix alimentaires et assurer l’approvisionnement
en stockant.
contribué à la flambée des cours mondiaux. On pourrait les
supprimer ou les assouplir pour atténuer les tensions sur les
«L’amélioration durable de la prix. En avril 2008, quand l’Ukraine a annoncé l’allégement
sécurité alimentaire dépend du contrôle des exportations, le prix du blé a immédiatement
reculé de 18 % (Chauffour, 2008).
largement de la progression Les stocks publics permettent de pallier une insécurité
alimentaire à court terme, mais ils sont coûteux et difficiles
soutenue du revenu réel à gérer. L’incertitude est générale quant au niveau des stocks
requis et aux prélèvements à faire à tout moment. De plus,
des pauvres.» la gestion des stocks peut être déstabilisante si, comme cela
semble avoir été le cas en 2008, les autorités essaient d’en
constituer ou de les accroître quand les prix sont élevés. Le
Les mesures sociales — aide alimentaire d’urgence ou plus important est que l’existence de stocks ne suffit pas à
transferts aux pauvres — peuvent en principe cibler les plus garantir la sécurité alimentaire, qui est conditionnée par
nécessiteux. Elles ont donc moins d’effets secondaires que les l’accès des pauvres à la nourriture, que l’on utilise ou non
mesures visant à baisser les prix pour tous et elles peuvent les stocks publics.
être efficaces, que les difficultés proviennent ou non des prix
alimentaires. En revanche, les mesures de réduction de ces Sécurité alimentaire à long terme
prix sont souvent inefficaces face à de nombreux problèmes L’amélioration durable de la sécurité alimentaire dépend
de sécurité alimentaire, notamment ceux qui résultent du largement de la progression soutenue du revenu réel des
recul de la production agricole en cas de sécheresse. pauvres. Pour y parvenir, il faudrait appliquer des poli-
Les actions visant à diminuer les prix alimentaires internes, tiques de développement relevant la productivité de leurs
comme les taxes à l’exportation ou la baisse des droits à actifs. Une vaste libéralisation des échanges peut accroître
l’importation, sont faciles à appliquer. Suite à l’envolée la productivité et les revenus en assurant un bon ciblage des
mondiale des prix des aliments de base, fin 2007 et début investissements et en favorisant le changement technologique.
2008 (graphique 1), quelque 45 % des pays en développement Mais elle doit s’accompagner d’une stratégie de développe-
ont réduit les droits de douane et/ou les taxes à la consom- ment — consistant à créer un cadre juridique adéquat et à
mation, tandis que près de 30 % ont imposé des restrictions, investir dans des biens publics comme la recherche–déve-
notamment fiscales, sur les exportations alimentaires (Wodon loppement, la santé, les infrastructures, l’éducation et une
and Zaman, 2008). Mais ces actions peuvent avoir des effets protection sociale de base pour aider les ménages défavorisés
inattendus. Ainsi, une restriction d’exportation qui abaisse à surmonter les chocs. L’investissement dans la recherche et
le prix interne du riz fait aussi diminuer la production et le développement en milieu rural est très rentable et peut
augmenter la demande en période de pénurie, pénalise les accroître le revenu des agriculteurs tout en réduisant les
riziculteurs pauvres et favorise les consommateurs aisés. prix à la consommation.
Les politiques visant à isoler le marché alimentaire national La libéralisation commerciale au niveau national peut
de l’évolution des prix mondiaux tendent aussi à favoriser souvent abaisser les prix intérieurs, sauf quand elle comporte
la montée des prix qu’elles cherchent à enrayer. Les restric- une réduction des taxes à l’exportation ou des subventions à
tions imposées aux exportateurs fin 2007 et début 2008 ont l’importation. Les effets d’une libéralisation mondiale sur un

38 Finances & Développement Décembre 2008


pays donné sont plus complexes. Ils dépendent de l’incidence mondiaux entraînerait des hausses de prix très limitées par
nette de facteurs qui se compensent : hausses des prix mondiaux rapport aux années récentes : de 2 à 7 % pour les aliments
et réduction des barrières commerciales nationales. de base (Anderson, Martin et van der Mensbrugghe, 2006).
Dans le passé, les pays en développement taxaient leur La question cruciale est donc de savoir si l’effet de la baisse
agriculture au profit des zones urbaines, imposant davan- des prix due aux réductions tarifaires des pays en dévelop-
tage les exportations que les importations pour contenir les pement dépasse celui de la hausse attribuable au relèvement
prix. Mais, cela a changé au cours des 50 dernières années, des cours mondiaux.
selon un rapport récent de la Banque mondiale. Alors que les Selon le modèle d’analyse du commerce mondial utilisé par
importations en concurrence avec la production intérieure Hertel et al. (2008), le recul des prix à l’importation dû à une
étaient très peu subventionnées dans les années 50, la protec- libéralisation intégrale dépasse l’effet de la hausse des cours
mondiaux, entraînant une baisse globale de 1 % des prix ali-
mentaires dans les pays en développement (graphique 2). C’est
«La réforme des échanges pourquoi Hertel et ses collègues concluent que la libéralisation
mondiale des produits agricoles visés par l’OMC diminuerait
agricoles dans les pays en la pauvreté dans 14 des 15 pays étudiés.
développement peut améliorer la Les éléments du puzzle
sécurité alimentaire en réduisant La réforme des échanges agricoles dans les pays en dévelop-
pement peut améliorer la sécurité alimentaire en réduisant
le coût et en assurant l’accès des le coût et en assurant l’accès des pauvres à la nourriture. La
libéralisation mondiale a des effets plus complexes, car elle
pauvres à la nourriture.» accroît les prix internationaux en stimulant la demande d’im-
portations et en supprimant les subventions à l’exportation.
Notre analyse montre qu’en moyenne la réforme du commerce
tion moyenne avoisine désormais les 30 %. En revanche, les
mondial réduirait légèrement le prix des aliments de base dans
produits exportables, naguère lourdement taxés, se vendent
les pays pauvres et, partant, la pauvreté dans le monde.
maintenant à peu près aux cours mondiaux (Anderson, à
Il faudrait instaurer et préserver un système commercial
paraître). On peut donc se demander si la libéralisation des
ouvert, mais cela ne suffit pas pour réaliser la sécurité alimen-
aliments de base dans les pays en développement est à l’ori-
taire. À court terme, la libéralisation doit s’accompagner de
gine du problème actuel de sécurité alimentaire, puisque leur
mesures sociales protégeant les plus pauvres de chocs comme la
protection est en hausse et non l’inverse.
hausse des cours internationaux des céréales. À plus long terme,
Impact de la réforme des échanges mondiaux la solution réside dans une amélioration de la productivité qui
ferait augmenter le revenu des familles pauvres. n
Sachant que la réforme du commerce mondial devrait
renchérir les prix alimentaires, ce qui pourrait aggraver
Maros Ivanic est consultant et Will Martin économiste princi-
la pauvreté, elle risque de réduire la sécurité alimentaire
pal au Groupe de recherche sur le développement de la Banque
des pauvres dans les pays en développement. Les baisses
Author: Martn, 11/5/08 mondiale.
tarifaires dans le monde stimulent la demande,
Proof et donc les
prix, des aliments de base sur les marchés internationaux.
Bibliographie :
Selon la plupart des études, la réforme des échanges agricoles
Anderson, Kym, ed. (forthcoming), Distortions to Agricultural
Incentives: A Global Perspective, 1955 to 2007 (Palgrave Macmillan and
World Bank).­
Graphique 2
———, Will Martin, and Dominique van der Mensbrugghe, 2006,
Réduire les prix
“Distortions to World Trade: Impacts on Agricultural Markets and
L’achèvement de la réforme des échanges agricoles Incomes,” Review of Agricultural Economics, Vol. 28(2), p. 168–94.­
réduirait de 1 % en moyenne les prix des aliments de base Chauffour, Jean-Pierre, 2008, “Global Food Price Crisis: Trade Policy
dans les pays en développement. Origins and Options,” Trade Note 34 (Washington: World Bank).­
(variation en pourcentage de l’indice des prix alimentaires) Hertel, Thomas, Roman Keeney, Maros Ivanic, and Alan Winters, 2008,
1.0 “Why Isn’t the Doha Development Agenda More Poverty Friendly?” GTAP
0.5 Working Paper 37 (West Lafayette, Indiana: Purdue University).­
0 Ivanic, Maros, and Will Martin, 2008, “Implications of Higher
–0,5 Global Food Prices for Poverty in Low-income Countries,” Agricultural
–1,0 Economics, Vol. 39, p. 405–16.­
–1,5 Sen, Amartya, 1981, “Poverty and Famines: An Essay on Entitlement
–2,0 and Deprivation” (Oxford: Clarendon Press).­
Wodon, Quentin, and Hassan Zaman, 2008, “Rising Food Prices in
–2,5
Total Droits d’impor- Subventions à Appui intérieur Sub-Saharan Africa: Poverty Impact and Policy Responses,” World Bank
tation l’exportation Policy Research Working Paper No. 4738 (Washington: World Bank).­
Source : calculs des auteurs.

Finances & Développement Décembre 2008   39

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