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Dissertation

La dissertation explore l'œuvre d'Arthur Rimbaud, en particulier Les Cahiers de Douai, comme une quête d'émancipation poétique et de révolte contre les normes sociales et politiques de son époque. Rimbaud y exprime des thèmes tels que la liberté, la critique de la bourgeoisie, et une nouvelle vision du monde à travers une écriture novatrice et provocatrice. Son approche poétique, qui mélange sensations et réflexions sur la société, annonce une rupture avec la tradition littéraire et inspire des générations futures de poètes.

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La dissertation explore l'œuvre d'Arthur Rimbaud, en particulier Les Cahiers de Douai, comme une quête d'émancipation poétique et de révolte contre les normes sociales et politiques de son époque. Rimbaud y exprime des thèmes tels que la liberté, la critique de la bourgeoisie, et une nouvelle vision du monde à travers une écriture novatrice et provocatrice. Son approche poétique, qui mélange sensations et réflexions sur la société, annonce une rupture avec la tradition littéraire et inspire des générations futures de poètes.

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Dissertation

Introduction

➢ Le jeune Arthur Rimbaud exaspéré par l'ordre étouffant de sa ville natale, Charleville-Mézières,
décide de partir sur les routes. Il écrit « Sensations » au futur: « jirai loin, bien loin ». C'est-à-dire,
plus loin que les autres poètes. Quelques mois plus tard, il parle déjà de cette expérience au passé
dans « Ma Bohème ». Ses fugues ont définitivement changé sa poésie et son regard sur le monde.
Les Cahiers de Douai, rédigés dans cet intervalle, représentent bien à la fois une aventure créative
et l'histoire d'une émancipation, c'est-à-dire, d'une conquête de liberté et d'indépendance.

➢ Écrits en 1870 par un poète adolescent, Les Cahiers de Douai révèlent déjà le génie précoce
d’Arthur Rimbaud. À travers ces poèmes de jeunesse, Rimbaud bouleverse la poésie
traditionnelle par une écriture intense, provocatrice et profondément novatrice. Bien qu’il
s’inspire encore de formes traditionnelles, Rimbaud y développe des thèmes essentiels tels que la
liberté, la révolte ou encore la recherche d’une nouvelle vision du monde. Ainsi, Les Cahiers de
Douai témoignent de l’émergence d’une poésie en rupture avec les normes établies.

➢ “Ľhomme au semelles de vents” ; c’est ainsi que Verlaine surnomme R. La métaphore associe
d’emblée le poète au voyage et a son gout pour l’ailleurs. C’est lors d’une fugue,alors adolescent,
que R depose une liasse de poèmes à l’éditeur Demeny, poemes qui deviendront CDD.

➢ « Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées », écrit Rimbaud dans « Ma bohème »,
affirmant ainsi son désir de voyage et l'idéalisation d'une vie d'errance. Âgé de 16-17 ans au
moment de l'écriture du Cahier de Douai, Rimbaud s'inscrit dans un paysage poétique qui
cherche à s'émanciper du monde tel qu'il est offert par le Second Empire et la IIIe République. Ne
se reconnaissant pas dans l'univers bourgeois, il connaît, par ses fugues, l'exaltation de l'errance et
rend compte de son désir de liberté.

REFORMULATION DU SUJET +PROBLEMATIQUE + PLAN

Themes :

1. Éveils des sens


▪ 1er emoins amoureux – sensualité-synesthésies- initiation amoureuse fantasmée
«les reparties de Nina » « Première soirée »+ heritage hugolien donc l’éveil du
sentiment amoureux dans « sensations »

2. Visée poétique
▪ Rimbaud évoque l’univers militaire de la guerre Franco Prussiene
« Le Mal » « Le dormeur du val »
▪ Hugo représente pr R un monde incontournable de contestation politique surtout
contre le II eme empire et Naps « rages de Cesars » « L’eclatante victoire de
Sarrebrück »
3. Critique de la bourgeoisie
▪ R critique sous une plume satirique la bourgeoisie de la société « A la musique »
▪ Il raille la bourgeoisie et dresse portrait d’une elite.

4. Intertextualité
▪ Il opere un voyage dans la littérature: « Ophelie » inspirée par Hamlet de Shakespear
▪ « le Bal des pendus » , réécriture de « La ballade des pendus » de Francois villion.

5. La nature
▪ Bienveillante protectrice – rencontre sensuelle avec le monde – figure feminine
« Soleil et Chair » « sensations »

6. La liberté
▪ Ode a la liberté
▪ Allusion aux voyages
▪ Eloge de la revolution « Morts de 92 »

7. La religion
▪ R critique un dieu passif dans «Le Mal »

8. Créativité poétique
RIMBAUD S’EMANCIPE POUR CREER
▪ Il invente de nouvelles formes poétiques = libere la poesie des contraintes de la
versification
▪ Créer un objet poétique ( la poesie d’objet inspirée par Baudelaire « le buffet »)
▪ Joue avec les mots
▪ Adpote le prosaïsme (Le prosaïsme chez Rimbaud est une technique de modernisation
poétique consistant à introduire un vocabulaire familier, trivial ou concret (prose) au sein
du vers traditionnel, brisant ainsi les codes du lyrisme classique)
La révolte dans CDD

Il - Une triple révolte

La révolte du poète est dirigée contre toutes formes d'autorité.

1 - Contre les classes sociales dominantes : il méprise


• Les bourgeois→ « A la musique » : « Ce sont des rentiers à lorgnons », « des épiciers retraités »
• les aristocrates de l'Ancien régime qui méprisent les pauvres → « Le forgeron », « Les effarés »

2- Contre le second empire : il accuse Napoléon III d'être responsable :


• de la suppression de la liberté → « Rages de césars »
• de la guerre de 1870 et ses souffrances - «Le mal », « Le dormeur du val », « Morts de quatre-vingt-
douze »

3- Contre Dieu et la religion : la religion, incarnation de l'ordre moral, est attaquée par Rimbaud. Pour lui :
• la religion = un instrument de soumission poussant les gens à se mettre « à genoux »-. « Le Forgeron »
• la prière = hypocrisie → « le châtiment de Tartuffe » : plus « Tartufe » se masturbe, plus il prie
• Dieu = indifférent face à la souffrance humaine → « Le mal »

II Les raisons de la révolte

La révolte de Rimbaud s'explique par :

1 - une quête constante de liberté :


• il veut être libre et indépendant : heureux que dans l'errance → « Au Cabaret-vert », « La Maline », « Ma
Bohème »
• il rejette tout lien familial ou sentimentaux : C'est un marginal « débraillé comme un étudiant « A la
musique »

2 - Une exigence de lucidité :


• il détecte les intentions des autres et ne se laisse pas tromper par les apparences → « A la musique », «
La Maline »
• il sait aussi analyser ses propres sentiments → « Roman »
• cette lucidité lui permet de ne pas se laisser prendre par la propagande guerrière de l’empire.

3- La volonté de vivre ses désirs et ses rêves :


• il ne veut pas d'une vie bourgeoise étriquée et confortable
• il veut une vie pleine de rêves et de passion : il exprime sa sensualité-- « Première soirée », « Ma
Bohème », « Rêvé pour hiver »

III Les modes d'expression de la révolte

Rimbaud utilise 3 procédés pour exprimer sa révolte:

1- La satire et la caricature (argumentation directe) :

• il se moque et ridiculise les bourgeois et les puissants comme Napoléon III et Dieu-- « A la musique »,
«Rages de Césars ». « Le Mal », L'empereur « s'en va raide, sur son dada » : « L'éclatante Victoire
de Sarrebrük »

2- Le réquisitoire (argumentation directe) :


• il prononce un discours contre la monarchie en s'adressant à Louis XVI et exalte les grands principes
révolutionnaires de 1789 → « Le Forgeron »
• il condamne la monarchie et de manière indirecte le Second Empire

3- Le pathétique (argumentation indirecte)


• il dénonce implicitement les horreurs de la guerre en jouant sur l'émotion et le contraste : son silence vaut
condamnation → « Le Dormeur du val »
• il pousse un cri de révolte contre la misère → « Les effarés »

Conclusion : La poésie contestataire n'est pas nouvelle, mais Rimbaud lui apporte une intensité et une
radicalité qui inspireront des poètes comme René Char.

L’emancipation Poetique
Introduction :
▪ Echapper à la famille et aux idéologies → ouverture vers la liberté pour créer et vivre autrement et mieux
▪ Rimbaud aspire à voir et à penser le monde différemment de ce qu'il est
▪ Poésie : quête de la vraie vie + moyen d'action pour transformer le réel

I. La poésie : un art de vivre

1. Privilégier les sensations :


- Poèmes basés sur des expériences vécues : Sensation, À la musique, Roman, Au Cabaret-Vert, La
Maline.-sensations = rôle majeur.
- Fugues dans la Nature => Communication directe et complicité avec la Nature => multitude de sensations
=> il se sent libre et en paix dans la nature : « J'irai dans les sentiers » Sensation, Ma Bohême.
Importance des couleurs et des parfums => sensations : Au Cabaret-Vert, « les tilleuls sentent bon »
Roman.

2. Savourer l'instant présent :


- Sensations => donne une saveur particulière à l'instant vécu : « heureux comme avec une femme »,
Sensation
- Moment présent = bonheur : « du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse d'ail » Au Cabaret-Vert.

3. Retrouver l'innocence du désir :


- Sensualité et désir : « Ô splendeur de la chair » Soleil et chair, À la musique, Première soirée.
- Désir présenté comme innocent, libéré des contraintes sociales : Roman.

II. La poésie : une manière de penser le monde

1. Revenir aux origines du monde :


- Retrauver la beauté des origines du monde : Soleil et chair.
- Nostalgie de l'âge dor : avant les christianisme, l'Homme vivait heureux et libre. « Je regrette les temps
de l'antique jeunesse » Soleil et chair.

2. Se projeter dans l'avenir : poésie optimiste:


- Nostalgie du passé ouvrant sur un futur possible heureux = libération des superstitions => le monde
retrouvera son unité originelle : « Si les temps revenaient, les temps qui sont venus » Soleil et chair.
- Poésie de Rimbaud = appel à l'action pour un monde meilleur.

3. Redécouvrir la grande loi de l'existence :


- Redonner à l'amour so place centrale : « L'Amour, voila la grande foi » Le Forgeron.
- Nature personnifiée et aimante- remplace la religion et l'amour éprouvé pour une femme : Le Mal, Le
Dormeur du val, Sensation.
- Vision utopique d'un monde harmonieux, où l'amour réunit : Soleil et chair.

III. La poésie : un moyen d'action


1. Dénoncer les injustices :
- Rimbaud dénonce les injustices comme la faim (Les Effarés) ou la guerre (Le Mal).
- Poésie engagée pour éveiller les consciences et changer les choses.

2. Mise en accusation des puissants :


o Accusation des bourgeois et des classes dominantes, détenteurs du pouvoir politique et économique
(Rimbaud est de gauche): « On ne veut pas de nous dans les boulangeries » Le Forgeron, À la musique.
o Critique de Napoléon III , voleur de liberté et fauteur de guerre (Rages de Césars )
o Critique de Dieu : indifférent à la souffrance humaine (Le Mal)

3. L'arme du langage :
- Rimbaud choisit les mots et la poésie comme moyen d'action plutôt que la violence ou la politique → pouvoir des
mots et du langage — les mots jouent sur les émotions et la réflexion, aidant à changer la manière de penser du
lecteur.
• Le langage devient une arme pour transformer la société

Conclusion : Pour Rimbaud, la poésie n'est pas seulement un art, mais une façon de vivre et de penser le
monde. Cest aussi une arme pour dénoncer les injustices et imaginer un monde meilleur.
L'émancipation par la poésie = plus grande émancipation de Rimbaud.

vers une nouvelle écriture poétique

CEuvre d'émancipation, les Cahiers de Douai respectent la tradition et les codes de la poésie de leur époque, tout en
les transgressant. Rimbaud s’essaie à une nouvelle écriture poétique, qu'il ne s'est pas encore totalement
appropriée. Mais certaines de ses caractéristiques apparaissent déjà.

I Une langue libre :


La langue poétique a longtemps été et reste parfois encore une langue soutenue, voire savante. Les poèmes «
Soleil et chair» et « Le Forgeron», riches en références mythologiques et historiques, en sont des exemples.
De cette tradition, Rimbaud s'émancipe. Il n'est certes pas le premier à le faire. Victor Hugo (1802-1885) se vantait
déjà d'avoir « mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire»'. Mais Rimbaud va plus loin que tous ses prédécesseurs.
Interjections et onomatopées voisinent avec des mots crus ou grossiers et un vocabulaire du quotidien.

➢ Des interjections et des onomatopées : « Hurrah » dans Bal des pendus.


➢ Des mots crus ou grossiers : « anus » dans Vénus Anadyomène.
➢ Un vocabulaire du quotidien + expressions populaires : « jambon » , « ail » dans Au Cabaret Vert, «tirer
par la cravate » dans Bal des pendus.

Il • Une versification rebelle


L'alexandrin est le vers le plus fréquent dans les Cahiers de Douai. Depuis le xvie siècle, il est considéré comme
le vers par excellence. Rimbaud en hérite. Mais l'usage particulier qu'il en fait le conduit à bousculer la tradition en
disloquant les rythmes, en multipliant les rejets et contre-rejets et en inventant des rimes inattendues ou
audacieuses.
➢ La dislocation du rythme : il brise la régularité de l'alexandrin (ex : 4+8 syllabes au lieu de 6+6) « Rages de
Césars » v1
➢ Une multiplication des rejets et contre-rejets → dans Le dormeur du val : 4 rejets pour 14 vers.
➢ Des rimes audacieuses ou faciles et inattendues → provocation avec des rimes comme « anus » et
« Vénus » dans Venus Anadyomene
III • Des sonnets indisciplinés
Sur les vingt-deux poèmes que comptent les Cahiers de Douai, douze sont des sonnets. Cette forme fixe de
quatorze vers comporte obligatoirement deux quatrains et deux tercets. Les règles qui codifient le sonnet sont
nombreuses. Rimbaud est loin de les respecter. Certains de ses sonnets sont libertins, d'autres sont
hétérométriques.

Dans Cahiers de Douai : 12 poèmes sur 22 : sonnets → Rimbaud ne respecte pas tjs les règles :
➢ Des sonnets libertins qui transgressent les règles : les quatrains et les tercets ne sont pas tjs indépendants
grammaticalement comme ils le devraient l'être. La Maline
➢ Des sonnets hétérométriques :mélange de vers courts et longs dans un même sonnet. Rêvé pour l'hiver.
V1l4
➢ Des jeux de rimes non traditionnels : Rimbaud invente des schémas de rimes non conventionnels (ex : rime
unique dans Vénus Anadyomène. Rimes en (ou) : goût – surtout – loupe .

Conclusion
L'écriture des Cahiers de Douai est ainsi une écriture de transition qui deviendra véritablement
révolutionnaire dans les deux autres recueils du Poète, Une saison en enfer (1873) et les Illuminations (1886).

ARGUMENTS+ SOUS PARTIES

Notes sur les lettres du voyant

La théorie du voyant est le concept central de l’esthétique de Rimbaud , formulée en mai 1871 dans deux
lettres célèbres. La première à georges izambard le 13 mai et la deuxième à Paul Demeny le 15 mai 1871. Voici les
piliers de cette doctrine poétique :
❖ le dérèglement de tous les sens : pour devenir voyant R prône un «long immense et raisonné dérèglement
de tous les sens.» Il s’agit de tester tous les formes d’amour, de souffrance et de folie pour atteindre
l’inconnu.
❖ Quête de l’inconnu. Cette méthode vise à découvrir l’inconnu , à explorer des territoires inconnus par
l’imagination et la perception poétique.
❖ «Je est un autre» R rejette la poésie subjection classique. Il affirme que le poète ne crée pas consciemment,
mais il est le canal d’une force qui le dépasse.
❖ le poète,«voleur de feu», : inspiré par le mythede Promethée, le poète voyant a pour mission de la portée
des visions d’un monde caché.
❖ Conc; R salut Baudelaire, comme le « premier voyant , roi des poètes, un vrai dieu ». Dès l’Antiquité, le
poète est considéré comme propriété par l’intermédiaire des muses . Hugo à son tour souhaite que le poète
guide la foule. R s’inscrit dans cette lignée et la renouvelle de manière puissante. À l’instar de Baudelaire,
la poésie rimbauldienne a pour fonction le déchiffrement du monde.

Sous parties + arguments ;


Voyance + dérèglements des sens

La voyance est un genre de CDD, ou Rimbaud n’est pas encore le théoricien du


« dereglement des sens». Mais il voit déjà le monde autrement que par les
autres. Cette voyance se manifeste par une vision fisionnelle avec la nature . Le
poète ne decritil pas seulement la nature ; il s’y fond ; c’est ainsi qu’il se montre
comme poète voyant qui annonce le futur , non révélé par les autres. Il s’érige
alors en poète à vision inédite, poète prométhéen, voleur du feu. «Sensations», il
entre dedans la nature physiquement et sensoriellement. Le monde ordinaire
devient une vision poétique. « Ma Bohème» : La simple fugue devient magique.
« Petit Poucet rêveur » se dirige dans la forêt. Il transforme la misère « la
bohème »
en aventure poétique et «Lercance » en quête initialique. Le reel est transfiguré
par l’imagination : le regard de poste change la nature du monde.
Voir ce qui est caché :
. « Dormeur du Val»: Tout semble paisible, puis la vision bascule, le poète
révèle brutalement l’horreur de la guerre et la mort dissimulée sous la beauté du
paysage.
-Une sensibilité déjà déréglée :
- Une hypersensibilité aux couleurs (impressionisme), aux sons, aux sensations
- Tendance à mélanger réel et imaginaire .
Ainsi, Rimbaud s’annonce-il comme futer voyant, comme explorateur de
l’Invisible.

Emancipation poetique;
- Rimbaud se libère également des fortes contraintes rythmiques structurant la prosodie. Il
pousse ainsi encore plus loin la révolution poétique initiée par Victor Hugo qui voulait, on s’en
souvient, « mettre un bonnet rouge à l’alexandrin ». Cet alexandrin même, mètre par excellence
du classicisme poétique, Rimbaud le déconstruit en usant de trois outils prosodiques principaux,
qu’il n’invente pas mais dont il systématise, volontairement à outrance, l’usage : l’enjambement
(par exemple dans « Le Dormeur du Val », le rejet (par exemple, dans « Le Mal » au dernier
tercet), enfin le contre-rejet (par exemple dans « Ma Bohême »).
• Dernier aspect de cette émancipation poétique, Rimbaud entend n’éviter aucun sujet dans sa
poésie, il y célèbre notamment de manière novatrice une sensualité heureuse, qui passe par une
redécouverte de la puissance de la nature. Citons ici « Roman » qui dévoile une expérience
amoureuse, source de sensations inédites pour le jeune homme : « On n’est pas sérieux, quand on
a dix-sept ans ». Ou encore « Sensation » qui exprime le plaisir irremplaçable que procure la
nature.
Cette sensualité s’oppose à la froideur de la ville, symbole par excellence de la bêtise bourgeoise

Une rev poetique en germes

Peu de temps après les Cahiers de Douai, dès mai 1871, Rimbaud adresse à ses amis Georges
Izambard et Paul Demeny deux lettres dites du « voyant » où il évoque l’exercice poétique
commé« un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens ». Ce renouveau de la
sensibilité’s’amorçait déjà dans les Cahiers de Douai, notamment dans « Ma Bohême » où les
cinq sens sont aussi bien convoqués que perturbés dans leur saisie du monde.
• Une saison en enfer (1873), mais surtout les Illuminations, un recueil de poèmes en prose
composé en 1874 et paru en 1886, achèvent cette révolution poétique annoncée dans les lettres
du « voyant ». Rimbaud y révèle un langage poétique totalement nouveau, des « visions
hallucinées » où chaque mot dévoile des évocations étranges pour « changer la vie ». Le poème «
Aube » des Illuminations en offre un témoignage saisissant : un monde nouveau, insolite,
imaginaire et féerique naît, sans logique ni réalisme.

Liberté
La biographie de Rimbaud nous apprend qu’il ne supporte plus la pesanteur du foyer familial
dominé par sa mère bigote ainsi que l’étroitesse de Charleville, la ville de province dans laquelle
il réside. Rimbaud préfère fuir et fugue à plusieurs reprises. La liberté que réclame donc en
premier lieu le poète est la liberté d’aller et venir à sa guise : n’était-ce d’ailleurs pas l’une des
libertés fondamentales réclamées par les Révolutionnaires français de 1789 dont le souvenir est
toujours vivace en Rimbaud comme en témoigne le poème « Le Forgeron » ?

• De nombreux poèmes des Cahiers de Douai mettent en scène la figure du poète en train de
marcher, d’« aller ». Ce verbe apparaît dès le premier vers, célèbre, du poème « Sensation » : « j’irai
dans les sentiers ». On le retrouve dans « Ma Bohême », qui relate une expédition nocturne à travers
champs : « Je m’en allais ».
• Le poète se déplace fréquemment à Charleville, dans sa ville et dans la campagne
environnante. Dans « Roman », il va sous les tilleuls verts de la promenade », avec Nina, il gagne
« la ravine puis les grands bois » (« Les Reparties de Nina »).
• Cette envie d’aller et venir à sa guise se concrétise surtout par des fugues tout au long de
l’année 1870, lesquelles sont évoquées dans plusieurs des poèmes du recueil écrit la même année :
par exemple, dans « Rêvé pour l’hiver » ou « Au Cabaret-Vert » : « Depuis huit jours, j’avais déchiré
mes bottines / Aux cailloux des chemins. ».
• Influencé par Rimbaud en qui il voit un modèle d’émancipation, le poète René Char lui
rendra hommage en 1948 dans son texte « Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! » (Fureur et
mystère) et louera son goût de la liberté, sa capacité à fuir, à s’émanciper de sa « famille ardennaise
un peu folle » et à « [l’] éparpiller au vent du large ».

Triple emancipation

• Sur le plan social, tout d’abord. Pour Rimbaud qui vit au quotidien avec sa mère au sein de
cette bourgeoisie de province qu’il exècre, cette contestation est absolument nécessaire. Nombre de
poèmes attaquent les travers bourgeois, en dénoncent la bêtise et les ridiculisent. « À la musique »
met ainsi en lumière la bassesse matérialiste et l’étroitesse d’esprit des bourgeois.

• Sur le plan politique, Rimbaud fait l’éloge de l’esprit républicain dont il loue la pureté et la
force dans « Le Forgeron ». Dans le sillage de Victor Hugo, le poète conteste le régime politique de
la France de son époque. Ainsi, « Morts de Quatre-vingt-douze » fait écho au poème « Aux morts
du 4 décembre » (Les Châtiments, 1953) de Victor Hugo qui fustige le régime arbitraire de Napoléon
III. Les poèmes de Rimbaud dénoncent à leur tour la tyrannie de l’Empereur et sa cohorte de choix
politiques désastreux :
« Rages de Césars » brosse un portrait acide de Napoléon III tandis que « L’Éclatante Victoire de
Sarrebrück » dénonce la propagande mensongère du régime. Lors de la guerre franco-prussienne,
Rimbaud s’indigne également de la privation de liberté et du massacre de tant de soldats pour
satisfaire le narcissisme d’un souverain. « Le Dormeur du val », en particulier, s’insurge contre les
atrocités de la guerre.

• La révolte rimbaldienne concerne aussi la religion. Dans cette seconde moitié de XIXe siècle
marquée par un anticléricalisme grandissant, il n’est guère surprenant de voir le jeune Rimbaud,
épris d’émancipation, s’inscrire en faux contre le christianisme. Il en dénonce la cupidité dans « Le
Mal ». Il en appelle avec force à une libération de l’homme qui doit impérativement passer par sa
réconciliation avec la Nature. C’est celle qu’il invoque particulièrement dans « Soleil et chair » où
revenant sur l’histoire de l’humanité, il souligne combien l’homme écoutait avec sagesse une Nature
protectrice et bienveillante.

I. L’intention d’aller « loin, bien loin » fait référence explicitement aux motifs de la promenade
et de
l’errance présents dans le recueil :
• mobiliser ici la dimension autobiographique de l’œuvre et convoquer les références aux
fugues dont témoignent le
Cahier de Douai. Nombreux sont les marqueurs spatio-temporels qui permettent de situer
l’écriture des poèmes par
rapport aux fugues de l’année 1870. « À la Musique » est écrit « place de la gare, à Charleville »,
« Rêvé pour l’hiver » « en wagon » le 7 octobre ; Rimbaud erre « depuis huit jours », «
déchir[ant] [s]es bottines aux cailloux des chemins» dans « Au Cabaret-Vert ».
• Le Cahier de Douai présente ainsi la figure du poète vagabond : les verbes de mouvement
(au premier rang desquels « aller », qui évoque tantôt l’errance passée dans « Ma bohème
», tantôt la promesse d’une fugue à venir dans « Sensation », « Les Reparties de Nina », «
Rêvé pour l’hiver ») et le champ lexical du voyage y sont récurrents. Le poète se présente
pauvre, dans le dénuement, « comme un bohémien », avec ses attributs (« mon paletot »,
« culotte » avec « un large trou », « mes souliers blessés »…)
• De nombreux poèmes rendent compte avec poésie d’une errance dans la nature : le poète
fuit « la place taillée en mesquines pelouses » pour se perdre sur les « sentiers » et les «
chemins », éclairés par les « étoiles ».
II. Le voyage du poète peut aussi être perçu comme un chemin intérieur, de l’ordre de
l’exploration de soi :
• Le recueil exprime la découverte des premiers émois amoureux de « Première soirée », à
« Ma Bohème » : sensualité et érotisme parcourent son écriture et témoignent de
l’exploration par le poète adolescent de son propre désir. Le corps féminin et ses apparats
y apparaissent à plusieurs reprises et éveillent les baisers du poète « brûlé de belles
fièvres » (« À la Musique »).
• Le poète prend ses distances avec l’étouffante société bourgeoise pour mieux se trouver,
pour s’épanouir dans un rapport harmonieux au monde : la fugue lui permet de se
connecter à ses sensations et de rechercher un état de plénitude (« Sensation »).
• Aller loin, pour mieux revenir ? On peut se demander si le mouvement est la condition
pour trouver son « moi » poétique. La forme circulaire de « Roman », dont la dernière
strophe reprend la première, invite à envisager cet aller- retour : l’escapade dans la
nature, la rencontre amoureuse ne sont que des occasions de mieux revenir à l’écriture
poétique.
Chemin faisant, il est aussi à la recherche de son écriture poétique singulière, « égren[ant] dans
[s]a course des rimes» (« Ma Bohème »).
III. Le poète est un jeune homme qui porte un regard insolent audacieux sur la société du Second
Empire ; aussi il peut aller loin dans ses propos :- Il critique la société bourgeoise et ses valeurs :
Charleville est caricaturée sans complaisance dans « À la musique » et l’injustice sociale est
soulignée par le contraste entre le peuple bourgeois qui y est représenté et les pauvres enfants qui
apparaissent ensuite dans « Les Effarés ».
• Rimbaud remet en question la religion et ses codes moraux (« Le Châtiment de Tartufe
»), avec lesquels contraste la grivoiserie de certains poèmes. Il formule de vives attaques
à l’égard de la religion (« Le Mal ») : « Il est un Dieu qui rit aux nappes damassées / Des
autels ».
• Rimbaud critique enfin la politique de Napoléon III et dénonce les horreurs de la guerre
en utilisant toutes les virtualités de sa palette poétique, de la satire irrévérencieuse («
Rages de César », « L’Éclatante victoire de Sarrebrück») au tableau pathétique (« Le
Dormeur du Val »). Pour ce faire, il nous invite ponctuellement à voyager dans le temps,
à nous éloigner dans le passé pour mieux commenter le présent (« Le Forgeron »).
IV. Rimbaud ouvre sa voie vers le renouvellement des codes poétiques :
• Il fait place dans sa poésie à des détails prosaïques (tels « des tartines de beurre et du
jambon qui fût à moitié froid » dans « Au Cabaret-Vert »), notamment dans sa
représentation des corps (l’anus de « Venus anadyomène », les «tétons énormes » dans «
Au CabaretVert »), et convoque alternativement un lexique recherché proche du Parnasse
(« Soleil et chair ») et un vocabulaire enfantin ou familier (« Les Reparties de Nina »).
• Il joue avec un héritage mythologique (« Soleil et chair », « Venus anadyomène ») et
littéraire (Shakespeare, Hugo, Villon, Molière) qu’il s’approprie pour faire œuvre
nouvelle. Entre imitation et rupture, le jeune poète cherche sa voix singulière et prend des
libertés, renversant ici la représentation de la figure de Vénus déesse de la beauté ou
proposant une réécriture satirique de la « Ballade des pendus ».
• Il se permet enfin des infractions aux formes poétiques traditionnelles : s’il use souvent
de l’alexandrin et du sonnet, c’est pour mieux en éprouver les limites. Le déplacement de
la césure, les nombreux enjambements, rejets et contre- rejets, l’usage ponctuel de
strophes irrégulières en déstructurent le rythme et témoignent de la quête de liberté de
l’auteur.
• Néanmoins le projet exprimé au futur dans « Sensation » reste encore inaccompli ;
Rimbaud est sur la voie d’une émancipation poétique qui se concrétisera avec plus de
force dans la suite de son œuvre. On valorisera une copie qui voit dans le Cahier de
Douai un tremplin vers l’émancipation véritable qui se réalisera ultérieurement (le «
poète voyant »), et mobilise en ce sens des références à d’autres œuvres de Rimbaud.
Les poemes de CDD:
-

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