Physique-Chimie 1: Vie Et Mort D'un Photon
Physique-Chimie 1: Vie Et Mort D'un Photon
2019
MP
4 heures Calculatrice autorisée
Vie et mort d’un photon
Dans la plupart des expériences, la mesure de la présence d’un photon se fait par absorption, c’est-à-dire par
destruction du photon : un œil ou une caméra CCD détruisent les photons incidents en les absorbant. De
nombreux travaux ont toutefois permis de réaliser des mesures quantiques non destructives (QND, quantum
non-demolition measurement). Ainsi, à la fin du xxe siècle, la présence d’un photon a pu être détectée sans que
celui-ci ne soit détruit, ouvrant la porte à des mesures successives de l’état du même photon.
L’équipe de Serge Haroche de l’École Normale Supérieure de Paris a en particulier utilisé ses connaissances en
électrodynamique quantique en cavité (CQED, cavity quantum electrodynamics) pour mesurer sans le détruire
l’état d’un seul
252photon piégé.
Photons in aPour
box la première fois, l’apparition et la disparition du même photon ont pu être
observées en direct.
O
L'1
L1
L2
B
R1 S
!
C
R2
D
S'
I.A – Préliminaires
Q 1. Donner la structure électronique du Rubidium (𝑍 = 37) dans son état fondamental. Entourer le ou
les électron(s) de valence. À quelle famille cet élément appartient-il ?
Considérons un atome polyélectronique contenant 𝑍 électrons. Le noyau sera considéré comme ponctuel et fixe
en 𝑂. On s’intéresse à l’électron de la couche électronique la plus énergétique que l’on repère en coordonnées
sphériques. L’énergie potentielle électrostatique de cet électron est de la forme
𝑍(𝑟)𝑞
𝑈 (𝑟) = −
𝑟
𝑒2
où l’on a posé 𝑞 = avec 𝜀0 la permittivité diélectrique du vide. La fonction 𝑍(𝑟) est positive et vérifie
4𝜋𝜀0
𝑍(𝑟 → 0) = 𝑍 et 𝑍(𝑟 → +∞) = 1.
Q 2. Justifier le signe de 𝑈 (𝑟).
Q 3. Interpréter physiquement les valeurs limites de la fonction 𝑍(𝑟) en 𝑟 → 0 et 𝑟 → +∞.
Q 4. On cherche un ordre de grandeur de la taille typique 𝑎0 de l’atome. On estime que 𝑎0 est de la forme
𝑎0 = ℏ𝛼 𝑞 𝛽 𝑚𝛾𝑒 où 𝑚𝑒 est la masse de l’électron. Établir soigneusement que 𝛼 = 2, 𝛽 = −1 et 𝛾 = −1. La grandeur
𝑎0 est appelée rayon de l’atome de Bohr, calculer sa valeur numérique.
∂Ψ ℏ2 𝑞
iℏ =− ΔΨ − Ψ
∂𝑡 2𝑚𝑒 𝑟
𝑑2 ℓ(ℓ + 1) 2
( 2
− + − 𝜖) 𝑢(𝜌) = 0 (I.2)
𝑑 𝜌 𝜌2 𝜌
en posant 𝜌 = 𝑟/𝑎0 et 𝜖 = −ℰ/ℰ0 , avec ℰ0 une constante que l’on exprimera en fonction de 𝑎0 et de 𝑞. Quelle
est la valeur numérique de ℰ0 en électron-volts ?
𝑠4
𝑠3
𝑠2
𝑠1
𝑠0
𝑂 𝑑 𝑧
Vide
miroir de gauche miroir de droite
Figure 2 Cavité plane
On se place dans l’approximation scalaire. L’intensité est définie comme 𝐼 = 𝑠 𝑠∗ où 𝑠 est l’amplitude complexe
de la vibration. Une onde 𝑠0 (𝑧, 𝑡) = 𝑆0 exp(i(𝜔𝑡 − 𝑘𝑧)) se propage dans la cavité (𝑆0 est un réel positif). Elle
subit des réflexions multiples dans la cavité. On note 𝑠1 (𝑧, 𝑡) l’onde réfléchie sur le miroir de droite, 𝑠2 (𝑧, 𝑡)
l’onde réfléchie sur le miroir de gauche et de manière générale 𝑠𝑛 (𝑧, 𝑡) l’onde ayant subi 𝑛 réflexions.
Q 28. On se place en un point d’abscisse 𝑧 à l’intérieur de la cavité. Exprimer 𝑠1 (𝑧, 𝑡) en fonction de 𝑠0 (𝑧, 𝑡).
Q 29. Exprimer 𝑠2 (𝑧, 𝑡) en fonction de 𝑠0 (𝑧, 𝑡) ainsi que 𝑠3 (𝑧, 𝑡) en fonction de 𝑠1 (𝑧, 𝑡). On fera intervenir la
grandeur Φ = 4𝜋𝑑/𝜆0 .
Q 30. Simplifier alors l’expression de la somme cohérente des amplitudes complexes des ondes se propa-
+∞
geant dans le sens des 𝑧 croissants : 𝑠+ (𝑧, 𝑡) = ∑ 𝑠2𝑝 (𝑧, 𝑡). De même pour la somme cohérente des amplitudes
𝑝=0
+∞
complexes des ondes se propageant dans le sens des 𝑧 décroissants : 𝑠− (𝑧, 𝑡) = ∑ 𝑠2𝑝+1 (𝑧, 𝑡).
𝑝=0
On admet que l’intensité maximale 𝐼max de l’onde totale 𝑠+ (𝑧, 𝑡) + 𝑠− (𝑧, 𝑡) au niveau d’un de ses ventres dépend
de Φ selon l’expression
𝐼𝑀
𝐼max = (II.1)
1 + 𝑀 sin2 (Φ/2)
4𝑅
avec 𝐼𝑀 une constante et 𝑀 = , où 𝑅 = 𝑟𝑀
2
. La dépendance en Φ de 𝐼max est tracée en figure 3.
(1 − 𝑅)2
𝐼max
𝐼𝑀
2
0
−4𝜋 −3𝜋 −2𝜋 −𝜋 0 𝜋 2𝜋 3𝜋 4𝜋
Phase Φ
Figure 3 Tracé de 𝐼max en fonction de Φ
Nous cherchons maintenant à retrouver l’ordre de grandeur de cette durée 𝜏 en adoptant un point de vue
corpusculaire. À chaque réflexion, la probabilité que le photon franchisse le miroir et sorte de la cavité est
𝑇 = 1 − 𝑅.
Q 34. Déterminer la durée de vie moyenne du photon dans la cavité en fonction de 𝑐, 𝑑 et 𝑅.
Q 35. Que doit valoir 1 − 𝑅 pour avoir une durée de vie du photon de 100 ms ? Commenter.
Q 36. On recouvre en pratique les miroirs d’un supraconducteur de résistance électrique nulle. Pourquoi ?
𝑎
𝑑 = 26,6 mm
𝑂 𝑑 𝑧
Vide
miroir de gauche miroir de droite
𝜃
Q 37. Estimer la durée 𝜏diff au bout de laquelle l’intensité restant dans la cavité est divisée d’un facteur
1000 par rapport à l’intensité initiale pour un photon de fréquence 51,1 GHz. Commenter ce résultat.
𝑅𝑀 𝑀
𝑎 𝑎
𝑂 𝑟
𝑧 𝑧
𝑑′
Figure 5 Photographie des miroirs sphériques, Schéma d’un miroir sphérique, Schéma de la cavité
𝑤0 𝑟2 2𝜋𝑧 𝜆 𝑧 𝜋𝑟2
𝑠(𝑀 , 𝑡) = 𝑠0 exp (− 2 ) cos ( − arctan ( 0 2 ) + + 𝜑) exp(i𝜔𝑡) (II.2)
𝑤(𝑧) 𝑤 (𝑧) 𝜆0 𝜋𝑤0
⏟⏟⏟⏟⏟⏟⏟⏟⏟⏟⏟⏟⏟⏟⏟⏟⏟⏟⏟ 𝜆0 𝑅𝑔 (𝑧)
Φ(𝑟, 𝑧)
2
𝜆0 𝑧
où 𝑤(𝑧) = 𝑤0 √1 + ( ) est le rayon typique du faisceau au niveau de l’abscisse 𝑧 dans le plan perpendicu-
𝜋𝑤02
laire à (𝑂𝑧), 𝑤0 est une constante appelée col du faisceau (waist en anglais), 𝑅𝑔 (𝑧) est le rayon de courbure des sur-
2 √
1 𝜋𝑤02 √
√ 𝜆0 √ 𝑑′ 𝑑′
faces d’onde : 𝑅𝑔 (𝑧) = 𝑧 + ( ) et 𝜑 est une phase constante. On admet que 𝑤0 = (𝑅𝑀 − ).
𝑧 𝜆0 ⎷𝜋 2 2
Q 38. Calculer 𝑤0 pour une fréquence de 51,1 GHz.
Q 39. Au niveau de l’axe (𝑂𝑧) (𝑟 = 0), on souhaite que la structure d’onde stationnaire présente un nœud
au niveau de chaque miroir et 𝑝 ventres avec en particulier un ventre au niveau de 𝑂. En déduire, en fonction
de 𝑝, la variation en valeur absolue de Φ(𝑟 = 0, 𝑧) entre 𝑧 = 0 et 𝑧 = 𝑑′/2. Que vaut 𝑝 pour une fréquence de
l’onde de 51,1 GHz ?
Q 40. En faisant l’analogie avec la corde de Melde, estimer l’ordre de grandeur de la taille d’un fuseau.
Faire l’application numérique et commenter sachant que le jet atomique traverse la cavité en son centre et a un
diamètre de 0,7 mm.
𝐶cav 𝐶at
𝐿 𝐿
𝑖cav 𝑖at
𝑀
Figure 6 Circuit équivalent au sys-
tème {photon + atome}
𝑛 = 51, 1 photon
ℏ𝜔at
𝑛 = 51, 0 photon
ℏ𝛿
𝑛 = 50, 1 photon
ℏ𝜔at
ℏ𝜔cav
𝑛 = 50, 0 photon
Afin de détecter la présence ou non d’un photon dans la cavité, on crée un atome de Rydberg initialement dans
l’état 𝑛 = 50, comme indiqué en introduction de ce sujet et illustré dans la figure 1. Une impulsion micro-onde
place l’atome dans une superposition des états 𝑛 = 50 et 𝑛 = 51. Les deux états quantiques acquièrent un
déphasage Φat = Δ𝜔at 𝑡cav où 𝑡cav est la durée d’interaction entre l’atome et la cavité. Comme nous venons de le
voir, ce déphasage dépend de la présence ou non d’un photon dans la cavité. Une deuxième impulsion micro-onde
en sortie de cavité fait interférer ces deux états quantiques. On règle les impulsions micro-ondes de manière à ce
que l’atome se retrouve dans l’état 𝑛 = 50 en l’absence de photon dans la cavité et dans l’état 𝑛 = 51 en présence
d’un photon dans la cavité. On détecte alors l’état de l’atome à l’aide du dispositif étudié en sous-partie I.D.
L’état de l’atome renseigne sur la présence d’un photon dans la cavité sans pour autant avoir détruit celui-ci.
Il est alors possible d’envoyer plusieurs atomes à la suite comme indiqué sur la figure 8 : une détection dans
𝑛 = 50 est représentée par un trait bleu vers le bas, une détection dans 𝑛 = 51 par un trait rouge vers le haut.
Dans cette mesure, un photon (d’origine thermique) est apparu dans la cavité à 1,1 ms et a disparu à 1,5 ms.
Il a ainsi été capturé pendant 0,4 ms. Pendant cette durée, il a parcouru une distance de 1,2 × 105 km, soit
l’équivalent de 4 fois la circonférence de la Terre !
Données et formulaire
𝑧 𝑒𝑟⃗
𝑀 𝑒𝜑⃗
𝜃
𝑒𝜃⃗
𝑟
𝑦
𝑂
𝜑
𝑥
Figure 9 Base sphérique
d𝑉 = 𝑟2 sin 𝜃 d𝑟 d𝜃 d𝜑
Opérateur gradient en coordonnées sphériques
⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ∂𝑓 1 ∂𝑓 1 ∂𝑓
grad 𝑓 = 𝑒𝑟⃗ + 𝑒𝜃⃗ + 𝑒⃗
∂𝑟 𝑟 ∂𝜃 𝑟 sin 𝜃 ∂𝜑 𝜑
Opérateur laplacien d’un scalaire en coordonnées sphériques
1 ∂ 2 ∂𝑓 1 ∂ ∂𝑓 1 ∂2 𝑓
Δ𝑓 = (𝑟 ) + (sin 𝜃 ) +
𝑟2 ∂𝑟 ∂𝑟 𝑟2 sin 𝜃 ∂𝜃 ∂𝜃 𝑟2 sin2 𝜃 ∂𝜑2
Ec
E (u.a.)
Figure 10 Variation de d𝑁 /d𝑡 en fonction de 𝐸
(unité arbitraire)
Fig. 2.9: Signal d’ionisation obtenu avec des atomes préparés dans le niveau |52c ⟩.
Le champ critique, ou champ d’ionisation, 𝐸𝑐 , est la valeur du champ électrique pour laquelle le signal d’ionisation
estAu
le plus
coursélevé.
d’une expérience on soumet un ensemble d’atomes à un champ électrique E(t)
Présentation du détecteur
On cherche à déterminer si l’atome de Rydberg étudié est dans l’état 𝑛 = 50 ou 𝑛 = 51.
Un des deux détecteurs utilisés dans l’expérience est présenté en figure 11. Les atomes de Rydberg pénètrent dans
la zone d’ionisation, entre les électrodes parallélépipédiques 𝑎 et 𝑏. L’électron arraché à l’atome traverse alors
l’électrode 𝑏 qui est percée d’un diaphragme de 6 mm de diamètre. Il entre dans la zone de focalisation, constituée
d’une succession d’électrodes (électrodes 𝑐 à 𝑒), avant de parvenir au multiplicateur d’électrons (ME) situé juste
derrière l’électrode 𝑓. Le multiplicateur d’électrons permet, à partir d’un électron incident, d’obtenir un courant
électrique mesurable. On peut ainsi relever l’instant où l’électron parvient au multiplicateur d’électrons. On
négligera la durée mise par l’électron pour franchir la zone de focalisation.
La zone d’ionisation (figure 11) pourra être assimilée à un condensateur plan (l’effet du trou dans l’électrode 𝑏
sur le champ électrostatique sera négligé, de même que l’influence de la zone de focalisation). L’électrode 𝑏 est
portée à un potentiel 𝑉𝑏 = 32 V fixe. L’électrode 𝑎 est portée à un potentiel 𝑉𝑎 (𝑡) ajustable.
Tout électron arraché à un atome se trouvant devant le diaphragme parvient au multiplicateur d’électrons.
Réglage du détecteur
On prend comme origine des temps l’instant où l’atome est excité dans l’état de Rydberg circulaire, au niveau
de la boîte 𝐵 de la figure 1.
Protocole 1
« On prépare un atome de vitesse fixée et on commence par repérer à quel instant précis 𝑡𝑐 l’atome ainsi
préparé est au centre du diaphragme. Pour cela on applique [à 𝑉𝑎 (𝑡)] une rampe d’ionisation très raide qui
permet d’ioniser instantanément tous les niveaux dans lesquels pourrait se trouver l’atome. Lorsqu’on balaye le
déclenchement de cette rampe dans le temps, on obtient un électron si l’atome se trouve dans le diaphragme et
rien sinon. » Pour chaque instant 𝑡 de déclenchement de la rampe, on réitère l’expérience avec le même nombre
𝑁 d’atomes. On relève pour chaque instant 𝑡 le nombre d’atomes 𝑁𝑒 ionisés. Le résultat est présenté en figure 12.
2mm a faisceau
4mm
atomique
2mm
b Eg
V(t)
a
16mm
c E (t)
Ee
Vb
te tg
91.5mm
d
50mm
Fig. 2.11: Zone d’ionisation de l’ensemble 1 (mode de détection résolu
Zone de focalisation
Principe de la détection
À l’aide de l’étalonnage effectué dans le procotole 2, on se fixe un instant 𝑡𝑙 qui délimite la frontière entre les
2 états de Rydberg : un électron qui parviendra au multiplicateur d’électrons avant 𝑡𝑙 sera attribué à l’un des
deux états de Rydberg, un électron qui parviendra au multiplicateur d’électrons après 𝑡𝑙 sera attribué à l’autre
état de Rydberg.
• • • FIN • • •