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Mémoire Sur Le Jeux Politique Communautaire en CI

Ce document explore comment le jeu politique communautaire en Côte d'Ivoire structure la compétition pour le pouvoir, en mettant en lumière les dynamiques d'appartenance, d'identité et de légitimation de l'État. Il souligne que les appartenances communautaires, loin d'être des données figées, sont des constructions politiques qui influencent les stratégies des élites et les comportements électoraux. L'étude vise à comprendre les mécanismes de polarisation et à identifier les conditions permettant à la pluralité communautaire de devenir un élément ordinaire de la vie sociale et démocratique.

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Mémoire Sur Le Jeux Politique Communautaire en CI

Ce document explore comment le jeu politique communautaire en Côte d'Ivoire structure la compétition pour le pouvoir, en mettant en lumière les dynamiques d'appartenance, d'identité et de légitimation de l'État. Il souligne que les appartenances communautaires, loin d'être des données figées, sont des constructions politiques qui influencent les stratégies des élites et les comportements électoraux. L'étude vise à comprendre les mécanismes de polarisation et à identifier les conditions permettant à la pluralité communautaire de devenir un élément ordinaire de la vie sociale et démocratique.

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INTRODUCTION

Dans la sociologie politique contemporaine, il est devenu difficile de penser la


compétition pour le pouvoir sans prendre au sérieux ce qui, dans l’espace
public, « fait communauté » : les appartenances (réelles ou construites), les
récits d’origine, les hiérarchies symboliques et les frontières du « nous ». Loin
d’être un simple décor culturel, l’imaginaire communautaire peut devenir une
ressource politique à part entière : il sert à mobiliser, à coaliser, à exclure, à
légitimer—parfois à violence ouverte—et à organiser la distribution des biens
publics. Cette intuition s’impose avec une acuité particulière en Côte d’Ivoire,
où l’histoire politique récente montre que la lutte pour l’État s’est souvent
jouée aussi dans la lutte pour définir qui est « pleinement » Ivoirien, qui «
appartient », qui « vient d’ailleurs », et qui peut, au nom de quel groupe,
prétendre parler au nom de la nation. Les débats autour de l’ivoirité ont
précisément révélé cette articulation explosive entre citoyenneté, nationalisme
et ethnonationalisme, en faisant de la « définition du national » un enjeu de
conquête du pouvoir autant qu’un instrument de sélection des concurrents
politiques¹.Cette dynamique s’est notamment cristallisée lors des séquences
électorales de la fin des années 1990 et des années 2000, où la définition
juridique et politique de l’« Ivoirien » est devenue un enjeu central de
disqualification et de sélection des concurrents politiques, contribuant à
reconfigurer durablement les lignes de clivage partisan et social.

Or, si l’on admet—à la suite de Dahl—que la démocratie n’est pas seulement


un mécanisme électoral mais un régime où l’opposition est
institutionnellement possible et socialement tolérée², alors la question
ivoirienne devient immédiatement plus rugueuse : que vaut la compétition
politique lorsque ses lignes de fracture ne sont pas seulement idéologiques ou
programmatiques, mais communautaires—c’est-à-dire adossées à des
appartenances vécues, à des mémoires, et à des inégalités perçues comme
collectives ? La compétition électorale et partisane peut alors se transformer
en jeu politique communautaire, au sens où les acteurs (partis, leaders,
entrepreneurs de mobilisation, organisations de jeunesse, réseaux locaux)
tendent à cadrer l’accès au pouvoir comme un affrontement entre
communautés rivales, chacune cherchant à sécuriser des positions, des
protections et des ressources. Ce jeu n’est pas nécessairement « archaïque »
: il peut être profondément moderne, médiatique, urbain, et stratégiquement
rationnel. L’étude de la « jeunesse patriotique » et de ses rhétoriques
ultranationalistes a par exemple montré comment la mobilisation
communautaire peut devenir une technologie politique, structurée, encadrée,
et utile au pouvoir comme à ses adversaires³.En Côte d’Ivoire, cette logique a
été observable dans la structuration des soutiens électoraux autour de
registres ethnorégionaux et nationaux concurrents, notamment lors des
élections présidentielles de 2000 et de 2010, où les appartenances réelles ou
supposées des candidats et de leurs électorats ont souvent pesé davantage
que les clivages programmatiques.

Dans le cas ivoirien, le communautaire s’enracine aussi dans une économie


politique et sociale très concrète : celle des migrations internes et régionales,
de la « frontière » agricole, et des tensions foncières entre « autochtones » et
« allochtones/allogènes ». L’enjeu de la terre—et plus largement des droits,
du travail, de la propriété, de l’accès aux opportunités—alimente des
catégories de classement social qui se politisent, se juridicisent et se
moraliseront au fil du temps. Les analyses sur les politiques foncières et les
transferts de droits dans les zones de plantation ont bien montré comment la
question de l’“étranger” et de l’“autochtone” est devenue un langage politique
autant qu’un problème de droit et de gouvernance locale⁴. Dans cette
perspective, l’autochtonie n’est pas une simple description anthropologique ;
elle peut fonctionner comme une grammaire d’inclusion/exclusion, permettant
de définir qui « a droit »—et sur quel fondement—à la citoyenneté
substantielle, à la reconnaissance et à la protection⁵. Et lorsque ces lignes
d’appartenance recoupent des inégalités collectives (économiques,
éducatives, territoriales), elles peuvent fournir un puissant carburant à la
mobilisation, comme l’ont suggéré les travaux sur les « inégalités horizontales
» et leurs effets sur les dynamiques de violence politique⁶.Ces tensions se
sont particulièrement exprimées dans les régions de forte immigration
agricole, notamment dans l’Ouest et le Sud-Ouest du pays, où la question
foncière a progressivement été politisée à travers l’opposition entre «
autochtones » et « allogènes », transformant des arrangements locaux de
coexistence en enjeux nationaux de citoyenneté et de légitimité politique.

Il faut dès lors éviter deux simplifications symétriques. La première


consisterait à réduire le communautaire à une « manipulation » purement
cynique, comme si les identités n’étaient que des masques interchangeables.
La seconde serait de naturaliser les communautés—comme si elles existaient
hors de l’histoire, hors de l’État, hors des stratégies partisanes—et d’en faire
des essences éternelles. Entre ces deux extrêmes, ce mémoire propose de
prendre le jeu politique communautaire comme un processus : un ensemble
de pratiques et de représentations par lesquelles des acteurs transforment
des appartenances (ethniques, régionales, religieuses,
autochtones/allogènes, nationales) en ressources de compétition pour l’accès
à l’État. Cette approche rejoint l’idée, souvent rappelée en anthropologie
politique, que la crise et la violence ne sont pas mécaniquement produites par
la diversité, mais par l’alignement instable de plusieurs facteurs (griefs,
opportunités, entrepreneurs de mobilisation, configurations locales,
conjonctures nationales)⁷.
Le terme de jeu politique est employé ici dans une acception issue de la
sociologie politique et de l’analyse stratégique du pouvoir. Il renvoie à la
politique envisagée comme un espace structuré de rapports de force, dans
lequel des acteurs — partis, leaders, organisations, réseaux — s’affrontent,
coopèrent et négocient selon des règles à la fois formelles (institutions, droit,
procédures électorales) et informelles (alliances, clientélisme, usages,
rapports de loyauté). Dans cette perspective, le politique ne se réduit pas à la
seule compétition électorale, mais constitue un champ de luttes pour l’accès
aux ressources rares que sont le pouvoir, la légitimité et la capacité de
représentation, au sens que Pierre Bourdieu donne au champ politique
comme espace autonome de concurrence entre agents inégalement dotés en
capitaux symboliques, organisationnels et sociaux. Cette approche rejoint
également l’analyse de Michel Crozier et Erhard Friedberg, pour qui l’action
politique s’inscrit dans des systèmes d’action concrets, où les acteurs jouent
stratégiquement avec les contraintes et les zones d’incertitude afin de
maximiser leurs marges de manœuvre. Le « jeu politique » désigne ainsi
l’ensemble des stratégies, interactions et calculs par lesquels les acteurs
cherchent à conquérir, conserver ou influencer l’exercice du pouvoir.

L’adjectif communautaire est quant à lui entendu ici non dans un sens
essentialiste ou culturaliste, mais comme une construction politique des
appartenances. Il désigne le processus par lequel des identités collectives —
ethniques, régionales, religieuses, nationales ou autochtones/allogènes —
sont sélectionnées, activées et mobilisées par des acteurs politiques afin de
structurer la compétition pour le pouvoir. Dans cette perspective, les
communautés ne sont pas appréhendées comme des entités naturelles ou
immuables, mais comme des référents sociaux et symboliques dont les
frontières sont historiquement et politiquement produites. Cette approche
s’inscrit dans le prolongement des travaux de Fredrik Barth, qui montrent que
l’ethnicité se définit moins par des contenus culturels que par la gestion des
frontières d’appartenance, ainsi que dans ceux de Peter Geschiere, pour qui
les politiques de l’autochtonie traduisent des luttes pour la définition du « nous
» légitime dans des contextes de compétition politique accrue. Le
communautaire renvoie ainsi à une ressource politique susceptible de
produire de la mobilisation, de la coalition, de l’exclusion ou de la
disqualification, et dont l’usage dépend des configurations institutionnelles,
des enjeux matériels et des stratégies des acteurs.

Dès lors, l’objet de recherche peut être formulé ainsi : comment le jeu
politique communautaire structure-t-il, en Côte d’Ivoire, la compétition pour le
pouvoir, la formation des coalitions, et la légitimation de l’État—et avec quels
effets sur la conflictualité politique et la cohésion nationale ? En d’autres
termes, il s’agit d’étudier le communautaire non comme un simple « facteur »
parmi d’autres, mais comme une logique qui peut (I) orienter les stratégies
des élites et des organisations partisanes, (II) reconfigurer la participation
politique et le comportement électoral, et (III) produire des effets d’exclusion,
de polarisation ou—à l’inverse—de recomposition et de pacification selon les
périodes et les dispositifs institutionnels.

À titre d’hypothèses de travail (provisoires), trois propositions guideront


l’enquête. Premièrement, le jeu politique communautaire tend à s’intensifier
lorsque la concurrence pour l’accès à l’État devient plus ouverte, mais que les
règles d’arbitrage (institutions, confiance électorale, justice, administration)
restent contestées : l’identité devient alors une assurance politique, un
raccourci de mobilisation, et parfois une arme de disqualification.
Deuxièmement, cette intensification est plus probable là où des enjeux
matériels localisés (terre, emploi, accès aux services, urbanité, frontières de la
migration) se traduisent en catégories politiques d’appartenance, notamment
via les oppositions autochtone/étranger⁴⁵. Troisièmement, loin d’être un
destin, ce jeu peut être infléchi par la construction de coalitions «
transversales » et par des arrangements politiques qui neutralisent, au moins
partiellement, les incitations à la surenchère identitaire—ce que montrent, par
contraste, les analyses de la compétition électorale et des coalitions ethno-
régionales dans les années 1990⁸.

Méthodologiquement, ce mémoire s’inscrit dans une démarche qualitative à


dominante socio-historique, articulant trois niveaux d’analyse. Au niveau
macro, il s’agira de replacer le jeu communautaire dans la trajectoire de l’État
ivoirien et de ses modes de gouvernement, en tenant compte des logiques de
distribution, de réseaux et de captation des ressources qui structurent les
États africains contemporains⁹. Au niveau méso, l’étude portera sur les
organisations et entrepreneurs de mobilisation (partis, mouvements,
jeunesses politiques, associations, réseaux locaux), en observant comment ils
fabriquent et stabilisent des catégories de « nous » et de « eux ». Au niveau
micro, enfin, l’enquête prêtera attention aux réceptions sociales : perceptions
d’injustice, expériences quotidiennes de l’appartenance, et rationalités
électorales ordinaires. Le corpus mobilisera, d’une part, des discours
politiques (allocutions, communiqués, archives partisanes, presse), et d’autre
part des travaux académiques de référence sur l’ivoirité, l’autochtonie et la
conflictualité ivoirienne¹⁴⁵⁷. Lorsque cela sera possible, des entretiens semi-
directifs (acteurs politiques, militants, leaders associatifs, observateurs)
viendront compléter l’analyse, afin d’éviter une lecture exclusivement « par le
haut » du phénomène.

Ainsi délimité, le thème « Le jeu politique communautaire en Côte d’Ivoire »


ne vise pas à essentialiser la société ivoirienne, mais à comprendre comment
—dans certaines séquences historiques—la compétition politique s’est laissée
gouverner par une grammaire d’appartenance, et comment cette grammaire
produit des effets institutionnels, sociaux et symboliques durables. Dans un
contexte où les débats identitaires resurgissent périodiquement dans
l’actualité politique nationale, l’enjeu scientifique est aussi un enjeu civique :
comprendre les mécanismes de polarisation, et identifier les conditions sous
lesquelles la pluralité communautaire peut cesser d’être un instrument de
guerre politique pour redevenir une donnée ordinaire de la vie sociale et
démocratique¹⁰.

Dès lors, l’étude sera organisée en deux parties : une première consacrée à la
genèse, aux acteurs et aux instruments du jeu politique communautaire
(construction des catégories, entrepreneurs, ressources, dispositifs de
mobilisation) ; une seconde portant sur ses effets et recompositions
(coalitions, conflictualité, légitimation de l’État, et perspectives de
dépassement par des mécanismes institutionnels et sociaux).

PARTIE I – LA FABRICATION DU JEU POLITIQUE


COMMUNAUTAIRE : GENÈSES, ACTEURS ET
RESSOURCES

L’analyse du jeu politique communautaire en Côte d’Ivoire invite à dépasser


toute lecture naturalisante des appartenances collectives pour en restituer les
conditions concrètes de production et d’activation. Le communautaire ne
constitue ni un héritage figé ni une donnée spontanée de la vie politique ; il
résulte au contraire d’un ensemble de processus historiques, sociaux et
institutionnels par lesquels certaines catégories d’appartenance ont été
construites, stabilisées puis investies politiquement. Comprendre cette
fabrication suppose dès lors de revenir sur les trajectoires qui ont permis au
communautaire de s’imposer comme une ressource centrale de la compétition
politique, avant d’en identifier les acteurs et les mécanismes de mobilisation.

Dans cette perspective, le chapitre 1, intitulé « La genèse historique et


socio-politique du communautaire comme ressource politique », est
consacré à l’analyse des conditions de formation du communautaire en Côte
d’Ivoire. Il met en lumière le rôle des héritages coloniaux, des dynamiques
migratoires et de la construction de l’État dans la production et la politisation
des catégories d’appartenance.
Le chapitre 2, intitulé « Les acteurs et les mécanismes du jeu politique
communautaire », s’attache quant à lui à l’étude des entrepreneurs politiques
du communautaire et des ressources mobilisées dans ce jeu. Il analyse les
stratégies, les dispositifs et les instruments à travers lesquels les
appartenances communautaires sont activées et transformées en leviers de
pouvoir dans la compétition politique ivoirienne.

CHAPITRE 1 – LA GENÈSE HISTORIQUE ET SOCIO-


POLITIQUE DU COMMUNAUTAIRE COMME
RESSOURCE POLITIQUE

Plutôt que de considérer le communautaire comme une évidence


sociologique, il convient d’en restituer la formation progressive et les
conditions de sa politisation. En Côte d’Ivoire, les appartenances collectives
se sont constituées dans des cadres historiques marqués par la colonisation,
les dynamiques migratoires et l’économie de plantation, avant d’être investies
d’une signification politique croissante au fur et à mesure que la compétition
pour le pouvoir s’intensifiait. Le communautaire apparaît ainsi comme le
produit d’un processus socio-politique au terme duquel des catégories
d’identification, initialement situées dans la sphère sociale, sont devenues des
ressources stratégiques mobilisables dans le champ politique.

À cette fin, la Section 1, intitulée « Héritages coloniaux, migrations et


production des catégories d’appartenance », revient sur les conditions
historiques et sociales de fabrication des appartenances, en mettant en
lumière le rôle des politiques coloniales de territorialisation des identités, des
migrations internes et régionales, ainsi que de l’économie de plantation dans
la cristallisation de clivages progressivement politisables. La Section 2,
intitulée « L’État ivoirien et la politisation du communautaire dans la
compétition pour le pouvoir », analyse ensuite la manière dont la
construction étatique et les débats autour de la nation et de la citoyenneté —
notamment à travers l’ivoirité — ont contribué à intégrer ces catégories
d’appartenance au cœur des stratégies de légitimation et de disqualification
politique, tout en participant à la fragilisation de l’idéal d’un État impartial.

Section 1 – Héritages coloniaux, migrations et


production des catégories d’appartenance
La formation des catégories d’appartenance en Côte d’Ivoire s’inscrit dans
une histoire longue, façonnée par la colonisation et par de profondes
transformations sociales liées aux dynamiques migratoires. L’administration
coloniale a joué un rôle déterminant dans la production d’identités
administrées et territorialisées, en classifiant les populations et en inscrivant
les appartenances dans des cadres spatiaux et juridiques précis. Ces
constructions institutionnelles ont contribué à stabiliser des catégories
d’identification collectives appelées à structurer durablement les rapports
sociaux, bien au-delà de la période coloniale.

Le paragraphe 1, intitulé « La construction coloniale des identités


administrées et territorialisées », revient ainsi sur les mécanismes par
lesquels le pouvoir colonial a produit et fixé des catégories d’appartenance à
des fins de gouvernance. Le paragraphe 2, « Migrations internes et
régionales, économie de plantation et cristallisation des clivages »,
analyse ensuite l’impact des mobilités humaines et des logiques économiques
sur la recomposition de ces appartenances, en montrant comment les
migrations et l’économie de plantation ont transformé des relations de
coexistence sociale en clivages progressivement politisables.

PARAGRAPHE 1 – La construction coloniale des


identités administrées et territorialisées

L’administration coloniale n’a pas seulement exercé une domination politique


et économique ; elle a également profondément reconfiguré les modes
d’identification des populations en Côte d’Ivoire. À travers des dispositifs
juridiques, administratifs et territoriaux, le pouvoir colonial a procédé à une
mise en ordre des sociétés locales, en produisant des catégories
d’appartenance fonctionnelles à la gouvernance impériale. Ces catégories,
loin d’être neutres, ont contribué à fixer des identités collectives et à inscrire
les appartenances dans des cadres spatiaux précis, dont les effets se
prolongent bien au-delà de la période coloniale.

D’une part, il convient d’examiner les mécanismes par lesquels


l’administration coloniale a classifié et hiérarchisé les populations à travers
des catégories administratives et juridiques, participant ainsi à la fabrication
d’identités institutionnellement reconnues (A – Les logiques de
classification et d’administration des populations). D’autre part, l’analyse
doit porter sur les politiques de territorialisation mises en œuvre par le pouvoir
colonial, qui ont contribué à associer durablement les appartenances
collectives à des espaces définis, préparant le terrain à des revendications
ultérieures liées à l’autochtonie et au foncier (B – La territorialisation
coloniale des appartenances et ses effets durables).

A – Les logiques coloniales de classification et


d’administration des populations
B – La territorialisation coloniale des appartenances et la
fixation des identités collectives

PARAGRAPHE 2 – Migrations internes et régionales,


économie de plantation et cristallisation des clivages
communautaires

La structuration des appartenances communautaires en Côte d’Ivoire ne


résulte pas uniquement des classifications administratives héritées de la
période coloniale ; elle s’est également nourrie de profondes transformations
sociales liées aux dynamiques migratoires et à l’essor de l’économie de
plantation. Les mobilités internes et régionales, en redistribuant les
populations sur le territoire, ont intensifié les interactions entre groupes aux
statuts différenciés, tandis que l’organisation économique fondée sur l’accès à
la terre et au travail agricole a contribué à rendre ces différences socialement
saillantes. Dans ce contexte, des rapports de coexistence initialement
pragmatiques ont progressivement laissé place à des clivages durables,
susceptibles d’être investis politiquement.

Il convient d’abord d’analyser le rôle des migrations internes et régionales


dans la recomposition des rapports sociaux et des appartenances, en
montrant comment la mobilité des populations a contribué à redéfinir les
équilibres locaux et les perceptions de l’altérité (A – Dynamiques
migratoires et recomposition des appartenances sociales). Il importe
ensuite d’examiner la manière dont l’économie de plantation, en articulant
travail, terre et statuts différenciés, a favorisé la cristallisation de clivages
communautaires durables, préparant leur politisation ultérieure (B –
Économie de plantation et fixation des clivages communautaires).

A – Dynamiques migratoires et recomposition des


appartenances sociales
B – L’économie de plantation comme facteur de cristallisation
des clivages communautaires

Section 2 – L’État ivoirien et la politisation du


communautaire dans la compétition pour le pouvoir

La politisation du communautaire en Côte d’Ivoire ne peut être dissociée des


modalités concrètes de construction de l’État et de définition de la
citoyenneté. À mesure que la compétition pour le pouvoir s’intensifie, les
catégories d’appartenance héritées de l’histoire sociale sont progressivement
intégrées aux logiques de légitimation politique, devenant des instruments de
différenciation, d’inclusion ou d’exclusion. Le communautaire cesse alors
d’être seulement un cadre d’identification sociale pour s’imposer comme un
langage politique structurant, mobilisé dans les luttes pour l’accès aux
ressources étatiques et au pouvoir.

Le paragraphe 1, intitulé « Nation, citoyenneté et exclusion politique : la


montée de l’ivoirité », analyse la manière dont les débats sur l’identité
nationale et la citoyenneté ont contribué à institutionnaliser certaines
frontières communautaires, en transformant l’appartenance en critère de
légitimité politique. Le paragraphe 2, « Le communautaire comme langage
de légitimation et de disqualification politique », s’attache ensuite à
montrer comment ces catégories ont été mobilisées par les acteurs politiques
dans la compétition pour le pouvoir, participant à la communautarisation du
débat public et à la fragilisation de l’idéal d’un État impartial.
PARAGRAPHE 1 – Nation, citoyenneté et exclusion
politique : la montée de l’ivoirité

La politisation du communautaire en Côte d’Ivoire s’est opérée de manière


particulièrement visible à travers les débats relatifs à la nation et à la
citoyenneté. À partir des années 1990, ces notions, initialement pensées
comme des principes juridiques et politiques inclusifs, ont été
progressivement investies par des logiques de démarcation et d’exclusion. La
montée de l’ivoirité marque ainsi un moment charnière au cours duquel
l’appartenance nationale devient un enjeu central de la compétition politique,
transformant la citoyenneté en ressource et en instrument de sélection
politique.

Il s’agira d’abord de revenir sur les conditions d’émergence et


d’institutionnalisation de l’ivoirité, en analysant la manière dont les discours et
dispositifs juridiques relatifs à la nation et à la citoyenneté ont redéfini les
frontières de l’appartenance politique (A – L’ivoirité comme construction
politico-idéologique de la nation). Il conviendra ensuite d’examiner les
effets de cette redéfinition sur la compétition pour le pouvoir, en montrant
comment l’ivoirité a contribué à produire des mécanismes d’exclusion
politique et à légitimer des pratiques de disqualification fondées sur l’origine et
l’appartenance (B – Citoyenneté, exclusion et reconfiguration des
frontières du politique).

A – L’ivoirité comme construction politico-idéologique de la


nation
B – Citoyenneté, exclusion politique et redéfinition des
frontières de l’appartenance

PARAGRAPHE 2 – Le communautaire comme langage


de légitimation et de disqualification politique

Au-delà des débats juridiques et idéologiques sur la nation et la citoyenneté,


le communautaire s’impose progressivement en Côte d’Ivoire comme un
véritable langage politique. Les appartenances collectives ne se contentent
plus de structurer les identités sociales : elles deviennent des instruments
discursifs et pratiques mobilisés par les acteurs pour se légitimer, disqualifier
l’adversaire et redéfinir les rapports de force au sein du champ politique. Le
communautaire fonctionne alors comme un registre de justification du pouvoir,
mais aussi comme un outil de délégitimation, contribuant à la
communautarisation du débat public.

L’analyse conduit, dans un premier temps, à examiner la manière dont les


références communautaires sont mobilisées comme ressources de
légitimation politique, en permettant aux acteurs de se présenter comme les
représentants authentiques de groupes supposés homogènes (A – Le
communautaire comme ressource de légitimation du pouvoir politique).
Dans un second temps, il convient de montrer comment ces mêmes
références servent de supports à la disqualification politique, en alimentant
des logiques d’exclusion symbolique et de stigmatisation de l’altérité (B –
Disqualification politique, stigmatisation communautaire et
fragmentation du débat public).

A – Le communautaire comme ressource de légitimation du


pouvoir politique
B – Disqualification politique, stigmatisation communautaire et
fragmentation du débat public

CHAPITRE 2 – LES ACTEURS ET LES MÉCANISMES


DU JEU POLITIQUE COMMUNAUTAIRE
Une fois mises en évidence les conditions historiques et étatiques de la
politisation du communautaire, il devient nécessaire d’identifier les acteurs qui
participent concrètement à son activation ainsi que les mécanismes par
lesquels il est mobilisé dans la compétition politique. Le jeu politique
communautaire ne se déploie pas de manière spontanée : il repose sur
l’intervention d’acteurs capables de transformer des appartenances collectives
en ressources stratégiques, et sur des dispositifs précis permettant leur
diffusion, leur légitimation et leur efficacité politique.
Le chapitre 2 se propose ainsi d’analyser les logiques d’action au cœur du jeu
politique communautaire. La Section 1, intitulée « Les entrepreneurs
politiques du communautaire », est consacrée à l’étude des acteurs —
partis, leaders, mouvements militants et médias — qui jouent un rôle central
dans la mobilisation et l’encadrement des appartenances communautaires. La
Section 2, intitulée « Les ressources du jeu communautaire », s’attache
quant à elle à l’analyse des leviers mobilisés dans ce jeu, en mettant en
lumière la manière dont le vote, la mémoire, la peur, l’autochtonie ou encore
le foncier sont transformés en capitaux politiques au service des stratégies de
pouvoir.

Section 1 – Les entrepreneurs politiques du


communautaire
La mobilisation politique du communautaire ne s’opère pas de manière diffuse
ou spontanée ; elle repose sur l’action d’acteurs spécifiques capables de
transformer des appartenances sociales en ressources stratégiques. Dans le
champ politique ivoirien, ces entrepreneurs du communautaire interviennent à
différents niveaux de la compétition politique, en articulant leadership,
organisation militante et production de discours identitaires. Leur rôle est
central dans la structuration du jeu politique communautaire, en ce qu’ils
donnent une forme, une cohérence et une efficacité politique aux référents
communautaires.

Le paragraphe 1, intitulé « Partis politiques et leadership communautaire


», analyse la manière dont les formations partisanes et leurs leaders
investissent les appartenances communautaires afin de structurer leur base
politique, consolider leur légitimité et encadrer la mobilisation électorale. Le
paragraphe 2, « Jeunesses politiques, mouvements militants et
mobilisation identitaire », examine ensuite le rôle des organisations
militantes et des jeunesses politiques dans la diffusion, l’entretien et parfois la
radicalisation des référents communautaires, contribuant ainsi à
l’enracinement du communautaire dans les pratiques ordinaires de la
compétition politique.

PARAGRAPHE 1 – Partis politiques et leadership


communautaire
L’inscription du communautaire dans la compétition politique ivoirienne passe
avant tout par l’action structurante des partis politiques et de leurs dirigeants.
En tant qu’organisations centrales du champ politique, les partis constituent
des espaces privilégiés de mise en forme et de canalisation des
appartenances collectives, tandis que les leaders jouent un rôle décisif dans
l’incarnation et la traduction politique de ces référents communautaires. Le
leadership apparaît ainsi comme un vecteur essentiel de médiation entre
identités sociales et stratégies partisanes.

L’analyse conduit d’abord à s’intéresser aux stratégies par lesquelles les


partis politiques intègrent les référents communautaires dans leur organisation
et leur discours, afin de consolider des bases électorales différenciées (A –
Stratégies partisanes et mobilisation des appartenances
communautaires). Elle invite ensuite à examiner la figure du leader comme
entrepreneur politique du communautaire, capable d’incarner, de
personnaliser et de légitimer ces appartenances dans la compétition pour le
pouvoir (B – Leadership politique et personnalisation du
communautaire).

A – Stratégies partisanes et mobilisation des appartenances


communautaires
B – Leadership politique et personnalisation du
communautaire

PARAGRAPHE 2 – Jeunesses politiques, mouvements


militants et mobilisation identitaire

Si les partis politiques et leurs leaders jouent un rôle central dans


l’institutionnalisation du communautaire, la diffusion et l’intensification de ces
logiques reposent également sur des acteurs militants situés à l’interface
entre les organisations politiques et les bases sociales. Les jeunesses
politiques et les mouvements militants constituent à cet égard des relais
essentiels de la mobilisation identitaire, en assurant la circulation des
référents communautaires dans les espaces locaux, les mobilisations de rue
et les dynamiques électorales. Leur action contribue à ancrer le
communautaire dans les pratiques ordinaires de la compétition politique, tout
en participant parfois à sa radicalisation.

Il importe, dans un premier temps, d’analyser le rôle des jeunesses politiques


comme courroies de transmission des discours communautaires, en montrant
comment elles participent à la socialisation politique et à la mobilisation
identitaire des jeunes générations (A – Jeunesses politiques et
socialisation communautaire). Il convient, dans un second temps,
d’examiner l’action des mouvements militants et associatifs, qui investissent
l’espace public et les mobilisations collectives pour transformer les
appartenances communautaires en causes politiques, contribuant ainsi à la
polarisation du jeu politique (B – Mouvements militants, action collective et
radicalisation identitaire).

A – Jeunesses politiques et socialisation communautaire

B – Mouvements militants, action collective et radicalisation


identitaire

Section 2 – Les ressources du jeu communautaire


Le jeu politique communautaire ne se réduit pas à l’action de ses
entrepreneurs ; il repose également sur un ensemble de ressources
spécifiques qui en assurent l’efficacité et la durabilité. Ces ressources, à la
fois symboliques, matérielles et émotionnelles, permettent aux acteurs
politiques de transformer les appartenances collectives en leviers concrets de
mobilisation, de légitimation et de conquête du pouvoir. Le communautaire
fonctionne ainsi comme un capital politique, mobilisable selon les contextes et
les configurations de la compétition politique ivoirienne.

Le paragraphe 1, intitulé « Le vote communautaire comme capital


électoral », analyse la manière dont les appartenances collectives sont
traduites en comportements électoraux relativement stabilisés, constituant
une ressource stratégique dans les logiques de conquête et de conservation
du pouvoir. Le paragraphe 2, « La mémoire, la peur et le ressentiment
comme ressources politiques », examine ensuite la mobilisation de
registres émotionnels et mémoriels dans le jeu communautaire, en montrant
comment ces dimensions contribuent à renforcer la cohésion interne des
groupes tout en accentuant la polarisation politique.

PARAGRAPHE 1 – Le vote communautaire comme


capital électoral
Dans la compétition politique ivoirienne, le vote ne constitue pas seulement
l’expression d’un choix individuel fondé sur des programmes ou des
préférences idéologiques ; il s’inscrit également dans des logiques
d’appartenance collective qui lui confèrent une portée stratégique. Le vote
communautaire apparaît ainsi comme une ressource électorale centrale,
susceptible d’être mobilisée, consolidée et parfois instrumentalisée par les
acteurs politiques. En transformant les appartenances sociales en
comportements électoraux relativement prévisibles, le communautaire devient
un capital politique décisif dans les stratégies de conquête et de conservation
du pouvoir.

L’analyse invite, d’une part, à examiner les mécanismes par lesquels les
appartenances communautaires se traduisent en comportements électoraux
différenciés, révélant des formes de loyauté politique structurées (A –
Logiques d’alignement communautaire et comportements électoraux).
Elle conduit, d’autre part, à s’intéresser aux usages stratégiques de ce capital
électoral par les acteurs politiques, en montrant comment le vote
communautaire est intégré aux calculs partisans et aux stratégies électorales
(B – Exploitation stratégique du vote communautaire dans la
compétition politique).

A – Logiques d’alignement communautaire et comportements


électoraux

B – Exploitation stratégique du vote communautaire dans la


compétition politique
PARAGRAPHE 2 – La mémoire, la peur et le
ressentiment comme ressources politiques

Au-delà des ressources électorales stricto sensu, le jeu politique


communautaire s’appuie largement sur des registres symboliques et
émotionnels qui contribuent à structurer durablement les comportements
politiques. La mémoire collective, la peur et le ressentiment constituent à cet
égard des ressources puissantes, mobilisables par les acteurs pour renforcer
la cohésion interne des groupes, légitimer des revendications politiques et
orienter les perceptions de l’altérité. Ces dimensions affectives, loin d’être
accessoires, jouent un rôle central dans la consolidation et la reproduction des
logiques communautaires au sein de la compétition politique ivoirienne.

Il s’agit, dans un premier temps, d’analyser la mobilisation de la mémoire


collective — notamment celle des crises politiques et des violences passées
— comme instrument de légitimation et de mobilisation communautaire (A –
Mémoire collective et construction de récits politiques
communautarisés). Il convient, dans un second temps, d’examiner la
manière dont la peur et le ressentiment sont activés comme leviers de
mobilisation politique, en contribuant à la polarisation des rapports sociaux et
à la radicalisation des clivages communautaires (B – Peur, ressentiment et
mobilisation émotionnelle dans le jeu communautaire).

A – Mémoire collective et construction de récits politiques


communautarisés

B – Peur, ressentiment et mobilisation émotionnelle dans le jeu


communautaire

PARTIE II – LES EFFETS DU JEU POLITIQUE


COMMUNAUTAIRE : CONFLICTUALITÉ,
RECOMPOSITIONS ET LIMITES

Après avoir mis en évidence les conditions de fabrication et d’activation du jeu


politique communautaire, il convient d’en analyser les effets sur le
fonctionnement du système politique ivoirien et sur la cohésion sociale. Loin
d’être un simple registre discursif, le communautaire produit des
conséquences tangibles sur la compétition démocratique, la structuration des
alliances, les comportements électoraux et la stabilité politique. Toutefois, ces
effets ne sont ni uniformes ni mécaniquement violents : ils varient selon les
contextes, les configurations institutionnelles et les stratégies des acteurs.

Le chapitre 1, intitulé « Le jeu politique communautaire comme facteur de


polarisation et d’instabilité », examine les dynamiques de conflictualité
générées par la mobilisation communautaire, en mettant en lumière ses effets
sur la radicalisation politique, les processus électoraux et la cohésion
nationale. Le chapitre 2, intitulé « Dépassements, recompositions et
perspectives du jeu politique communautaire », analyse ensuite les
tentatives de régulation et de dépassement de ces logiques, ainsi que les
conditions politiques et institutionnelles susceptibles de favoriser une
reconfiguration durable du jeu politique ivoirien.

CHAPITRE 1 – LE JEU POLITIQUE COMMUNAUTAIRE


COMME FACTEUR DE POLARISATION ET
D’INSTABILITÉ

Lorsque le communautaire devient une ressource centrale de la compétition


politique, il tend à reconfigurer en profondeur les modalités de confrontation
entre acteurs. En Côte d’Ivoire, la mobilisation des appartenances collectives
a contribué à durcir les clivages politiques, à transformer les logiques
électorales et à fragiliser les mécanismes de régulation démocratique. Le jeu
politique communautaire apparaît ainsi comme un facteur structurant de la
polarisation politique, susceptible, dans certaines configurations, de nourrir
des dynamiques d’instabilité et de conflictualité.

Le chapitre 1 se propose d’analyser ces effets en s’intéressant aux formes


prises par la radicalisation politique et à leurs conséquences sur la
compétition démocratique. La Section 1, intitulée « Radicalisation politique
et dégradation de la compétition démocratique », examine la manière dont
la mobilisation communautaire contribue à affaiblir le débat programmatique,
à exacerber les tensions électorales et à légitimer certaines formes de
violence politique. La Section 2, intitulée « Le communautaire et la
fragilisation de la cohésion nationale », analyse ensuite les effets sociaux
et politiques de ces dynamiques, en mettant en lumière l’érosion de la
citoyenneté inclusive, la communautarisation de l’accès aux ressources et la
fragmentation du lien national.

Section 1 – Radicalisation politique et dégradation de la


compétition démocratique

L’un des effets majeurs du jeu politique communautaire réside dans la


transformation des modalités ordinaires de la compétition démocratique. À
mesure que les appartenances collectives sont mobilisées comme ressources
politiques centrales, le débat public tend à se déplacer des enjeux
programmatiques vers des logiques d’identification et de confrontation
communautaire. Cette évolution favorise la radicalisation des positions
politiques, fragilise les mécanismes de régulation institutionnelle et contribue à
une dégradation progressive de la compétition démocratique.

Le paragraphe 1, intitulé « Polarisation communautaire et affaiblissement


du débat programmatique », analyse la manière dont la centralité des
appartenances communautaires réduit l’espace du débat politique fondé sur
les projets et les politiques publiques. Le paragraphe 2, « Élections,
contestations et conflictualité politique », examine ensuite les effets de
cette polarisation sur les processus électoraux, en mettant en lumière la
montée des tensions, des contestations et des formes de conflictualité qui
accompagnent la mobilisation communautaire dans les périodes électorales.

PARAGRAPHE 1 – Polarisation communautaire et


affaiblissement du débat programmatique

La montée en puissance du jeu politique communautaire tend à reconfigurer


les termes mêmes de la confrontation politique. Lorsque l’appartenance
devient un critère central de mobilisation et de positionnement, le débat public
se trouve progressivement détourné des enjeux programmatiques et des
projets de société au profit de logiques d’alignement identitaire. La
compétition politique s’organise alors moins autour de propositions politiques
alternatives que de la défense ou de la contestation de frontières
communautaires, contribuant à une polarisation durable du champ politique.

L’analyse conduit, en premier lieu, à montrer comment la mobilisation


communautaire favorise un recentrage du débat politique sur les
appartenances plutôt que sur les programmes, affaiblissant ainsi la
confrontation rationnelle des projets et des politiques publiques (A – La
substitution du clivage programmatique par le clivage communautaire).
Elle permet, en second lieu, d’examiner les effets de cette polarisation sur le
fonctionnement du champ politique, en mettant en lumière la rigidification des
positions, la difficulté du compromis et l’appauvrissement du débat
démocratique (B – Polarisation identitaire et appauvrissement de la
délibération démocratique).

A – La substitution du clivage programmatique par le clivage


communautaire

B – Polarisation identitaire et appauvrissement de la


délibération démocratique

PARAGRAPHE 2 – Élections, contestations et


conflictualité politique

Les périodes électorales constituent des moments privilégiés d’observation


des effets du jeu politique communautaire sur la stabilité du système politique.
En Côte d’Ivoire, la mobilisation des appartenances collectives tend à
s’intensifier lors des compétitions électorales, transformant ces séquences en
arènes de confrontation où les enjeux de pouvoir se superposent aux logiques
identitaires. Cette configuration favorise la montée des contestations, la
remise en cause des résultats électoraux et, dans certains cas, le recours à
des formes de conflictualité politique plus ou moins ouvertes.

Il convient, d’une part, d’analyser la manière dont les élections deviennent des
moments de cristallisation des tensions communautaires, en accentuant la
défiance entre acteurs politiques et groupes sociaux (A – Les élections
comme catalyseurs de la conflictualité communautaire). Il s’agit, d’autre
part, d’examiner les formes prises par les contestations politiques et leurs
prolongements conflictuels, en montrant comment la mobilisation
communautaire contribue à fragiliser les mécanismes de régulation électorale
et à légitimer certaines pratiques de confrontation politique (B –
Contestations électorales, violences politiques et fragilisation de l’ordre
démocratique).

A – Les élections comme catalyseurs de la conflictualité


communautaire

B – Contestations électorales, violences politiques et


fragilisation de l’ordre démocratique

Section 2 – Le communautaire et la fragilisation de la


cohésion nationale
Au-delà de ses effets sur la compétition politique et les processus électoraux,
le jeu politique communautaire produit des conséquences plus profondes et
durables sur le tissu social et le sentiment d’appartenance nationale. En
structurant l’accès aux ressources, aux institutions et à la reconnaissance
politique autour de lignes communautaires, il contribue à affaiblir les
fondements d’une citoyenneté inclusive et à fragmenter le lien national. La
cohésion sociale s’en trouve fragilisée, non seulement par la multiplication des
clivages identitaires, mais aussi par l’érosion progressive de la confiance
entre les groupes et envers l’État.

Le paragraphe 1, intitulé « Érosion de la citoyenneté inclusive », analyse la


manière dont la communautarisation du politique remet en cause l’universalité
de la citoyenneté, en instaurant des hiérarchies implicites d’appartenance et
de légitimité politique. Le paragraphe 2, « Communautarisation de l’accès
aux ressources et aux institutions », examine ensuite comment ces
logiques identitaires influencent la distribution des ressources publiques et
l’accès aux institutions, alimentant des dynamiques de méfiance, de repli
identitaire et de fragmentation sociale.
PARAGRAPHE 1 – Érosion de la citoyenneté inclusive
La montée du jeu politique communautaire remet progressivement en cause
l’idéal d’une citoyenneté fondée sur l’égalité des droits et l’appartenance
nationale commune. Lorsque les appartenances communautaires deviennent
des critères implicites de reconnaissance politique, la citoyenneté tend à
perdre son caractère universel pour se fragmenter en statuts différenciés.
Cette évolution affecte non seulement les représentations de l’appartenance
nationale, mais aussi les pratiques concrètes de participation politique et
d’accès à la légitimité publique.

L’analyse invite, dans un premier temps, à examiner la manière dont la


centralité du communautaire contribue à redéfinir les frontières symboliques
de la citoyenneté, en instaurant des hiérarchies d’appartenance et des formes
d’inclusion sélective (A – Redéfinition communautaire des frontières de la
citoyenneté). Elle conduit, dans un second temps, à analyser les effets de
ces dynamiques sur les pratiques politiques et sociales, en montrant comment
l’érosion de la citoyenneté inclusive alimente des sentiments d’exclusion, de
défiance et de désengagement politique (B – Inégalités d’appartenance et
fragilisation du lien civique).

A – Redéfinition communautaire des frontières de la


citoyenneté

B – Inégalités d’appartenance et fragilisation du lien civique

PARAGRAPHE 2 – Communautarisation de l’accès aux


ressources et aux institutions
L’affaiblissement de la citoyenneté inclusive s’accompagne souvent d’une
reconfiguration des modalités d’accès aux ressources publiques et aux
institutions étatiques. Lorsque le jeu politique communautaire s’impose
comme principe structurant de la compétition pour le pouvoir, les
appartenances collectives tendent à devenir des critères implicites d’allocation
des ressources, de reconnaissance institutionnelle et d’accès aux positions de
pouvoir. Cette dynamique contribue à renforcer les perceptions d’injustice et à
institutionnaliser des logiques de favoritisme communautaire.
Il s’agit, d’une part, d’analyser la manière dont la communautarisation du
politique influe sur la distribution des ressources publiques et sur l’accès aux
services et aux institutions, en favorisant des mécanismes d’inclusion
différenciée (A – Accès communautarisé aux ressources publiques et
logiques de favoritisme). Il convient, d’autre part, d’examiner les effets de
ces pratiques sur les représentations de l’État et la confiance institutionnelle,
en montrant comment la perception d’un État partial alimente les replis
identitaires et la fragmentation du lien social (B – Défiance institutionnelle et
fragmentation sociale).

CHAPITRE 2 – DÉPASSEMENTS, RECOMPOSITIONS


ET PERSPECTIVES DU JEU POLITIQUE
COMMUNAUTAIRE

Si le jeu politique communautaire a produit des effets de polarisation et de


fragilisation de la cohésion nationale, il ne saurait être appréhendé comme un
phénomène figé ou irréversible. Les configurations politiques, institutionnelles
et sociales dans lesquelles il s’inscrit sont évolutives, laissant place à des
tentatives de régulation, de contournement ou de recomposition des logiques
communautaires. L’analyse de ces dynamiques permet de dépasser une
lecture strictement conflictualiste du communautaire pour en saisir les
transformations possibles.

Le chapitre 2 se propose ainsi d’examiner les conditions dans lesquelles le jeu


politique communautaire peut être contenu, reconfiguré ou partiellement
dépassé. La Section 1, intitulée « Les tentatives de neutralisation du
communautaire », analyse les stratégies mises en œuvre par les acteurs
politiques, les institutions et la société civile pour limiter la centralité des
appartenances communautaires dans la compétition politique. La Section 2,
intitulée « Vers une reconfiguration du jeu politique ivoirien », s’attache
ensuite à identifier les facteurs politiques et institutionnels susceptibles de
favoriser une transformation durable du jeu communautaire, entre résilience
des logiques identitaires et recompositions du champ politique.

Section 1 – Les tentatives de neutralisation du


communautaire
Face aux effets polarisants du jeu politique communautaire, divers acteurs ont
cherché à en contenir l’influence et à en limiter la centralité dans la
compétition politique. Ces tentatives de neutralisation ne visent pas
nécessairement à faire disparaître les appartenances communautaires, mais
plutôt à en réduire la capacité de structuration exclusive du champ politique.
Elles s’inscrivent dans des registres variés, allant des stratégies partisanes de
coalition aux réformes institutionnelles, en passant par les interventions de la
société civile et des médiations sociales.

Le paragraphe 1, intitulé « Coalitions trans communautaires et compromis


politiques », analyse les stratégies mises en œuvre par les acteurs politiques
pour dépasser les clivages identitaires à travers des alliances et des
arrangements fondés sur des logiques transversales. Le paragraphe 2, «
Réformes institutionnelles, discours d’unité nationale et médiations
sociales », examine ensuite les dispositifs institutionnels et discursifs
mobilisés pour promouvoir une représentation inclusive de la nation et
contenir la politisation du communautaire, en évaluant leurs portées et leurs
limites.

PARAGRAPHE 1 – Coalitions trans communautaires et


compromis politiques
La neutralisation partielle du jeu politique communautaire passe, en premier
lieu, par la capacité des acteurs politiques à construire des alliances qui
transcendent les clivages identitaires. Dans le contexte ivoirien, les coalitions
trans communautaires et les compromis politiques apparaissent comme des
instruments pragmatiques visant à réduire la centralité des appartenances
dans la compétition pour le pouvoir. Sans abolir les identités collectives, ces
arrangements cherchent à en relativiser le poids en les intégrant dans des
configurations politiques plus larges, fondées sur des équilibres stratégiques
et des intérêts partagés.

L’analyse conduit, d’une part, à examiner les logiques de formation et de


fonctionnement des coalitions trans communautaires, en montrant comment
elles permettent de recomposer les alliances politiques au-delà des
appartenances identitaires (A – Logiques de coalition et dépassement des
clivages communautaires). Elle amène, d’autre part, à s’intéresser aux
compromis politiques qui accompagnent ces coalitions, en analysant leur rôle
dans la stabilisation du jeu politique ainsi que leurs limites face à la
persistance des logiques communautaires (B – Compromis politiques,
régulation du conflit et limites du dépassement communautaire).

A – Logiques de coalition et dépassement des clivages


communautaires

B – Compromis politiques, régulation du conflit et limites du


dépassement communautaire

PARAGRAPHE 2 – Réformes institutionnelles, discours


d’unité nationale et médiations sociales

Au-delà des arrangements politiques entre élites, la neutralisation du jeu


communautaire s’appuie également sur des dispositifs institutionnels et
symboliques visant à encadrer durablement la compétition politique. Les
réformes institutionnelles, les discours officiels d’unité nationale et les
mécanismes de médiation sociale constituent autant de tentatives pour
réaffirmer des principes d’inclusion, restaurer la confiance collective et limiter
la mobilisation politique des appartenances communautaires. Ces instruments
cherchent à redonner à l’État un rôle d’arbitre impartial, tout en favorisant des
formes de régulation non violentes des conflits.

Il convient, dans un premier temps, d’analyser les réformes institutionnelles et


les discours d’unité nationale comme outils de reconfiguration du cadre
politique, en évaluant leur capacité à contenir la politisation du communautaire
et à promouvoir une citoyenneté inclusive (A – Réformes institutionnelles et
rhétoriques de l’unité nationale). Il s’agit, dans un second temps,
d’examiner le rôle des médiations sociales — qu’elles soient communautaires,
religieuses ou issues de la société civile — dans la prévention des conflits et
la gestion des tensions identitaires, en mettant en lumière leurs apports mais
aussi leurs limites (B – Médiations sociales, régulation des tensions et
limites de l’apaisement communautaire).
A – Réformes institutionnelles et rhétoriques de l’unité
nationale

B – Médiations sociales, régulation des tensions et limites de


l’apaisement communautaire

Section 2 – Vers une reconfiguration du jeu politique


ivoirien

L’analyse des tentatives de neutralisation du communautaire invite à


s’interroger sur les possibilités de transformation durable du jeu politique
ivoirien. Loin d’annoncer la disparition des appartenances collectives, ces
dynamiques suggèrent plutôt une recomposition progressive des modalités de
leur mobilisation politique. Le communautaire apparaît alors comme une
variable fluctuante, dont la centralité dépend étroitement des contextes
institutionnels, des stratégies des acteurs et des conjonctures politiques.

Le paragraphe 1, intitulé « Le communautaire comme variable


contextuelle du jeu politique », examine les conditions dans lesquelles les
appartenances communautaires tendent à perdre leur caractère structurant au
profit d’autres clivages politiques, sans pour autant disparaître du champ
politique. Le paragraphe 2, « Conditions politiques et institutionnelles
d’un dépassement durable du jeu communautaire », analyse ensuite les
facteurs susceptibles de favoriser une reconfiguration plus inclusive et
stabilisée du jeu politique ivoirien, en mettant en lumière les contraintes, les
opportunités et les limites de ces transformations.

PARAGRAPHE 1 – Le communautaire comme variable


contextuelle du jeu politique
Les appartenances communautaires ne constituent pas une constante
immuable de la vie politique ivoirienne ; leur poids et leur centralité varient
selon les configurations politiques, institutionnelles et conjoncturelles. Selon
les contextes, le communautaire peut s’imposer comme un principe
structurant de la compétition pour le pouvoir, mais il peut également être
relégué à l’arrière-plan au profit d’autres clivages, notamment idéologiques,
programmatiques ou socio-économiques. Cette variabilité invite à
appréhender le communautaire non comme une essence politique, mais
comme une ressource contextuelle dont l’activation dépend des stratégies des
acteurs et des opportunités offertes par le champ politique.

L’analyse conduit, d’une part, à identifier les situations dans lesquelles le


communautaire tend à perdre de sa centralité dans la compétition politique,
en raison de recompositions partisanes, de dynamiques institutionnelles ou de
changements conjoncturels (A – Déclin relatif du communautaire et
recomposition des clivages politiques). Elle permet, d’autre part,
d’examiner les conditions dans lesquelles les acteurs politiques choisissent de
réactiver ou de contenir les référents communautaires, en fonction de leurs
intérêts stratégiques et des rapports de force en présence (B – Activation
sélective du communautaire et stratégies d’acteurs).

A – Déclin relatif du communautaire et recomposition des


clivages politiques

B – Activation sélective du communautaire et stratégies


d’acteurs

PARAGRAPHE 2 – Conditions politiques et


institutionnelles d’un dépassement durable du jeu
communautaire
La perspective d’un dépassement durable du jeu politique communautaire ne
peut être envisagée sans une réflexion sur les conditions politiques et
institutionnelles qui en rendent la possibilité crédible. Si le communautaire
demeure une ressource mobilisable dans certaines configurations, son recul
relatif suppose l’existence de mécanismes capables de limiter sa rentabilité
politique et d’encourager des formes de compétition fondées sur des clivages
alternatifs. Ces conditions tiennent autant à la solidité des institutions qu’aux
stratégies des acteurs et à la qualité des médiations politiques et sociales.

Il s’agit, d’une part, d’analyser le rôle des institutions politiques et électorales


dans la structuration du jeu politique, en montrant comment des règles
stables, inclusives et crédibles peuvent réduire l’incitation à la mobilisation
communautaire (A – Institutions politiques, règles du jeu et encadrement
de la compétition communautaire). Il convient, d’autre part, d’examiner les
conditions politiques et sociales susceptibles de favoriser un dépassement
plus durable des logiques communautaires, en mettant en lumière
l’importance du pluralisme partisan, de la crédibilité de l’État et de la
consolidation de la citoyenneté démocratique (B – Consolidation
démocratique, citoyenneté et dépassement des logiques
communautaires).

A – Institutions politiques, règles du jeu et encadrement de la


compétition communautaire

B – Consolidation démocratique, citoyenneté et dépassement


des logiques communautaires

CONCLUSION

Au terme de cette analyse consacrée au jeu politique communautaire en Côte


d’Ivoire, il apparaît que le communautaire ne saurait être appréhendé ni
comme une donnée naturelle de la vie politique ivoirienne, ni comme une
simple dérive conjoncturelle de la compétition démocratique. Le problème
scientifique qui structurait ce mémoire consistait précisément à comprendre
comment les appartenances communautaires sont produites, mobilisées et
transformées en ressources politiques, ainsi que les effets de cette
mobilisation sur le fonctionnement du système politique et la cohésion
nationale.

L’étude a d’abord montré que le communautaire est le produit d’une


construction historique et socio-politique. Loin de relever d’une essence
identitaire immuable, les catégories d’appartenance se sont formées dans des
contextes marqués par la colonisation, les dynamiques migratoires et
l’économie de plantation, avant d’être progressivement politisées dans le
cadre de la construction de l’État ivoirien. Les politiques coloniales de
classification et de territorialisation, combinées aux recompositions sociales
liées aux migrations internes et régionales, ont contribué à stabiliser des
lignes de démarcation appelées à être ultérieurement investies politiquement.
La formation de l’État postcolonial et les débats autour de la nation et de la
citoyenneté, notamment à travers l’ivoirité, ont ensuite joué un rôle décisif
dans l’institutionnalisation de ces frontières communautaires au sein de la
compétition pour le pouvoir.

Dans un second temps, l’analyse a mis en évidence le rôle central des


acteurs et des mécanismes du jeu politique communautaire. Les partis
politiques, les leaders, les jeunesses militantes et les mouvements associatifs
apparaissent comme de véritables entrepreneurs du communautaire,
capables de transformer des appartenances sociales en ressources
stratégiques. Cette mobilisation s’appuie sur un ensemble de leviers — vote
communautaire, mémoire collective, peur et ressentiment — qui confèrent au
communautaire une efficacité politique durable. Le communautaire fonctionne
ainsi comme un capital politique, activé de manière sélective selon les
contextes et les rapports de force, et intégré aux stratégies de conquête, de
conservation ou de contestation du pouvoir.

L’étude des effets du jeu politique communautaire a ensuite permis de


montrer que cette mobilisation n’est pas sans conséquences sur la
compétition démocratique et la cohésion nationale. La centralité croissante
des appartenances communautaires contribue à la polarisation du champ
politique, à l’affaiblissement du débat programmatique et à la radicalisation
des confrontations électorales. Elle participe également à l’érosion de la
citoyenneté inclusive et à la communautarisation de l’accès aux ressources et
aux institutions, alimentant des dynamiques de défiance, de repli identitaire et
de fragmentation sociale. Toutefois, ces effets ne sont ni mécaniques ni
uniformes : ils varient selon les conjonctures politiques, les configurations
institutionnelles et les stratégies des acteurs.

Enfin, ce travail a montré que le jeu politique communautaire ne constitue pas


un destin inéluctable. Les tentatives de neutralisation observées — coalitions
trans communautaires, compromis politiques, réformes institutionnelles,
discours d’unité nationale et médiations sociales — témoignent de la
possibilité de contenir, de recomposer ou de relativiser la centralité du
communautaire dans la compétition politique. Le communautaire apparaît dès
lors comme une variable contextuelle, dont la portée dépend étroitement de la
crédibilité des institutions, de la stabilité des règles du jeu politique et de la
capacité de l’État à incarner une autorité impartiale. Le dépassement durable
des logiques communautaires suppose ainsi moins leur disparition que la
réduction de leur rentabilité politique au profit de clivages alternatifs fondés
sur des enjeux programmatiques, sociaux ou économiques.

Sur le plan scientifique, ce mémoire apporte une contribution à la


compréhension des dynamiques politiques ivoiriennes en proposant une
lecture non essentialiste du communautaire, envisagé comme une ressource
stratégique au cœur d’un jeu politique structuré. Il permet également d’éclairer
les mécanismes par lesquels les identités collectives sont produites,
mobilisées et transformées dans les contextes de pluralisme politique et de
compétition démocratique en Afrique.

Ce travail présente néanmoins certaines limites. Il repose principalement sur


une analyse qualitative et théorique, qui gagnerait à être complétée par des
enquêtes de terrain approfondies, notamment auprès des acteurs politiques,
militants et électeurs, afin de mieux saisir les logiques concrètes de
mobilisation communautaire à l’échelle locale. De futures recherches
pourraient également inscrire l’étude du jeu politique communautaire ivoirien
dans une perspective comparative, en la confrontant à d’autres contextes
ouest-africains, afin d’en dégager les spécificités et les invariants.

En définitive, l’analyse du jeu politique communautaire en Côte d’Ivoire met en


lumière les tensions persistantes entre pluralité identitaire, compétition
démocratique et construction nationale. Elle invite à repenser les conditions
d’une citoyenneté inclusive et d’un jeu politique stabilisé, capables de
transformer la diversité sociale non en facteur de division, mais en ressource
maîtrisée au service de la cohésion et de la démocratie.

BIBLIOGRAPHIE (PROVISOIRE)
I. OUVRAGES GÉNÉRAUX DE SCIENCE POLITIQUE ET
DE SOCIOLOGIE POLITIQUE

● BAYART, Jean-François, L’État en Afrique. La politique du ventre,


Paris, Fayard, 1989.

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II. OUVRAGES ET TRAVAUX SUR IDENTITÉS,
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III. OUVRAGES ET ARTICLES SUR LA CÔTE D’IVOIRE


ET L’AFRIQUE DE L’OUEST

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● BANÉGAS, Richard, Côte d’Ivoire : la réinvention de soi dans la


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● CHAUVEAU, Jean-Pierre, La crise ivoirienne, Paris, Karthala, 2011.

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IV. ARTICLES SCIENTIFIQUES

● BANÉGAS, Richard, « La politique du ventre revisitée : mobilisation


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● CHAUVEAU, Jean-Pierre, « Autochtonie, citoyenneté et conflits fonciers


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● DOZON, Jean-Pierre, « La Côte d’Ivoire au péril de l’ivoirité », Politique


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● MARIE, Alain, « L’ethnicité comme ressource politique », Cahiers


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V. RAPPORTS INSTITUTIONNELS ET DOCUMENTS


OFFICIELS

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● COMMISSION DIALOGUE, VÉRITÉ ET RÉCONCILIATION (CDVR),


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● INSTITUT NATIONAL DE LA STATISTIQUE (INS), Recensement


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● BANQUE MONDIALE, Côte d’Ivoire : Cohésion sociale et


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VI. TEXTES JURIDIQUES ET NORMATIFS

● Constitution de la République de Côte d’Ivoire, 2016.

● Code électoral ivoirien.


● Accords politiques de Linas-Marcoussis, 2003.

● Accord politique de Ouagadougou, 2007.

VII. SOURCES COMPLÉMENTAIRES (À DISCUTER


AVEC L’ENCADREUR)

● Discours politiques officiels (campagnes électorales, déclarations


présidentielles).

● Archives de presse ivoirienne (Fraternité Matin, Notre Voie, Le


Patriote).

● Données électorales de la CEI.

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