CH3 : LA POLITIQUE DE L’HABITAT EN ALGERIE
2èmeannée Architecture/ LMD
Module: théorie de projet
Semestre N°04/2024-2025
Préparer par M. Kezzar Med Akli
Enseignant : MCA au département d’architecture de
l’université de Bejaia
PLAN DU COURS
Introduction
I. Problématique de l’habitat en Algérie
II. L’habitat traditionnel précolonial
III. L’habitat colonial : immeubles de rapport
IV. La politique des cités musulmanes
V. Les grands ensembles et le Plan de Constantine
VI. Les villages socialistes après 1962
VII. Les Z.H.U.N. (Zones d’Habitat Urbain Nouvelles)
VIII. Les lotissements et l’autoconstruction
IX. Les villes nouvelles
X. Clés de la maîtrise de la question de l’habitat
Conclusion
Introduction
Ce cours étudie l’évolution de la politique de l’habitat en Algérie depuis la période précoloniale jusqu’à nos
jours. Après l’indépendance, face à une forte demande de logements et aux héritages coloniaux, l’État
algérien a multiplié les réformes (programmes ruraux, ZHUN, villes nouvelles, etc.) pour structurer la
production du logement. Ce panorama examine successivement le contexte (problématique générale), puis les
différentes phases historiques et les principaux types d’interventions publiques en matière d’habitat.
I. Problématique de l’habitat en Algérie
Après 1962, la politique de l’habitat a dû faire face à de nombreuses contraintes : un accroissement
rapide de la population urbaine qui creuse le déficit en logement, la prolifération de l’habitat spontané
(bidonvilles) en l’absence d’offre suffisante, le retard dans la livraison des programmes officiels et la
saturation du foncier urbain. Les autorisations administratives et les ressources financières furent
souvent insuffisantes face à l’urbanisation accélérée. L’offre de logements, produite par l’État et plus
tard par le secteur privé et associatif, est demeurée inadéquate par rapport aux besoins (fort taux
d’occupation, familles logées à plusieurs générations). De plus, le parc existant s’est dégradé (vieux
quartiers hérité du colonialisme) et manquait d’équipements publics. En somme, l’Algérie indépendante
a hérité d’une situation où la demande en habitat dépassait largement l’offre, créant un déficit
structurel et social autour de la question du logement.
II. L’habitat traditionnel précolonial
Avant la colonisation française (1830), les sociétés algériennes étaient organisées en aires culturelles et produisaient une
grande diversité d’habitats adaptés à leur environnement et à la cellule familiale (par exemple : villes oasis du Mzab,
villages kabyles, médinas méditerranéennes). Dans ce modèle précolonial :
•La forme urbaine était compacte et hiérarchisée, articulant espaces d’habitation et zones agricoles ou artisanales
immédiatement contiguës
•Les rues sont étroites et labyrinthiques, organisées autour de places de marché (souk), de mosquées et de fontaines.
•La maison traditionnelle privilégiait l’introversion : les pièces de vie s’ouvrent sur une cour ou un patio central, assurant
lumière et aération tout en ménageant l’intimité de la famille.
Menouer, en 2021 souligne que cet habitat traditionnel s’appuyait sur des valeurs sociales communes (attachement à
l’héritage familial, rôle de la cellule familiale dans l’économie locale) et formait un continuum ville-campagne cohérent.
III. L’habitat colonial : immeubles de rapport
Avec l’occupation coloniale, un nouveau modèle urbanistique importé d’Occident s’impose. Menouer (2021) décrit
l’habitat colonial typique : après 1830, l’urbanisme dit « haussmannien » et les villages de colonisation en damier sont
diffusés sur tout le territoire. L’habitat se présente alors sous la forme d’immeubles de rapport de type européen
(premières années de la colonisation) puis néoclassiques.
Ces immeubles se caractérisent notamment par leur alignement sur les grandes rues, des rez-de-chaussée commerciaux
ou galerie couverte, des arcades à double hauteur et des façades richement décorées, témoignage de l’« enrichissement
colonial ». Autrement dit, l’architecture coloniale introduit un bâti ouvert sur la rue, en rupture avec le modèle introverti,
et manifeste socialement le pouvoir colonial (style néoclassique, galeries marchandes, ornementation).
Immeuble de rapport des premières
années de l’occupation française
(1835-1845), Alger Immeuble de rapport style
classique, Alger
Source : PIATON C. et LOCHARD Th. (2016) « Architectures et propriétaires algérois, 1830-1870 »,
Propriété et société en Algérie contemporaine. Quelles approches ? dirigé par GUIGNARD D., IREMAM.
IV. La politique des cités musulmanes
Au début du XXᵉ siècle et particulièrement après les deux guerres mondiales, l’administration coloniale cherche à loger la
population indigène en s’inspirant partiellement de l’architecture locale. L’idée de la « cité musulmane » naît dans ce
contexte. Menouer (2021) note que cette démarche est nouvelle : « l’idée d’un quartier ou d’une cité musulmane en Algérie
est née avec les deux guerres mondiales ». Le projet le plus emblématique est la cité Djenan El-Hassan (Alger), conçue par R.
Simounet. Elle combine des éléments urbains modernes et traditionnels : bâtiment en barre à plusieurs étages, mais avec
cours intérieures et portails à arc en fer à cheval rappelant les riads traditionnels. Menouer souligne ce mélange de styles : les
cités musulmanes intègrent « le style traditionnel et le style moderne (lignes droites, immeubles plats, cours aménagées…
l’idée du patio dans la maison traditionnelle) ». Ces cités visaient à améliorer les taudis urbains tout en incorporant des
principes de l’habitat traditionnel (comme le patio), mais elles ont souvent été dénaturées par la suite.
Djenan El Hassan en 2003 Djenan El Hassan en 1960
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V. Les grands ensembles et le Plan de Constantine
À partir de 1958 (Plan de Constantine), l’Algérie coloniale se dote de grands ensembles modernes pour loger la
population ouvrière et fonctionnaire. Inspirés par l’urbanisme moderne d’après-guerre (notamment Le
Corbusier), ces projets comprennent d’une part l’aéro-habitat de Télémly à Alger (deux tours hautes et
plusieurs barres basses) et d’autre part des cités denses imaginées par des architectes comme Fernand Pouillon.
Ces opérations ont créé en périphérie d’Alger et des autres villes d’Algérie de nouveaux quartiers (par exemple
les cités HLM de la banlieue d’Alger, les ensembles Bourlier, etc.). Elles témoignent d’une volonté de moderniser
rapidement l’habitat urbain selon les normes occidentales, sous l’égide de l’État colonial
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VI. Les villages socialistes après 1962
Après l’indépendance, l’Algérie accorde d’abord la priorité à l’industrialisation. Menouer observe que « à l’aube de
l’indépendance, la politique algérienne accorda la priorité à l’industrie… L’intérêt pour les villes et la planification urbaines
était alors secondaire ». Autrement dit, le logement ne devient un enjeu majeur qu’en fin de décennie 1960 (notamment à
travers le Plan de Constantine).
Malgré cela, l’État engage dès 1962 la reconstruction des villages détruits et, avec la révolution agraire, lance la réalisation
de 1 000 villages socialistes en 1973. Ces villages avaient pour objectif de fixer la population rurale, de moderniser
l’agriculture et d’atténuer l ’exode rural. Menouer précise que le programme des 1000 villages constituait un axe essentiel de
la politique rurale : « la réalisation des 1000 villages socialistes fut un des fondements majeurs de la révolution agraire… Ses
directives étaient de :
•fixer la population rurale sur place en la logeant dans des conditions décentes et en lui fournissant les équipements
nécessaires (eau, électricité, écoles, marchés, etc.),
•freiner l’exode rural en améliorant les conditions de vie à la campagne,
•moderniser les modes de vie et de production ruraux,
•remédier aux disparités socio-économiques ville/campagne et relancer la production agricole ».
VII. Les Z.H.U.N. (Zones d’Habitat Urbain Nouvelles)
Dans les années 1970, l’État central crée les zones d’habitat urbain nouvelles (ZHUN) pour parer au manque de logements en
ville. Menouer explique que les ZHUN forment des ensembles collectifs conçus selon un urbanisme « fonctionnaliste » et
destinés à éviter la formation de cités-dortoirs. Leur organisation prévoyait de mixer fonctions et équipements : on
programmant des bâtiments de logements avec équipements publics (écoles, dispensaires, espaces verts) pour assurer
l’insertion avec les quartiers voisins. Selon Menouer, « les ZHUN ont été lancées dès 1972 » comme premier programme
ambitieux du ministère de l’Habitat. Elles devaient « permettre d’éviter la réalisation de cités dortoirs en intégrant la ZHUN
aux quartiers voisins existants et en prenant en compte leurs déficits en équipements publics ».
Cependant, la réalisation a été incomplète : beaucoup de ZHUN ont été livrées sans infrastructures et ont souffert de
problèmes sociaux. Menouer note que ces quartiers « ont été livrés sans équipements ni infrastructures, engendrant un
isolement géographique et social (anonymat, insécurité) ». En pratique, nombre de ZHUN ont d’abord servi d’ensembles de
logements bon marché sans développement économique associé, illustrant la difficulté de mettre en œuvre la vision initiale.
VIII. Les lotissements et l’autoconstruction
Parallèlement, le développement spontané s’est maintenu. Dans les zones périurbaines, l’autoconstruction
encadrée ou non par l’État reste une réalité majeure. Menouer souligne que après 1962, de nombreux quartiers
se développent en lotissements privés (souvent copropriétés urbaines non finies). L’État se contente alors de
créer les infrastructures élémentaires :« L’implantation en lotissements a continué de se pratiquer après 1962
et constitue une forme d’habitat individuel privé où l’État ne prend en charge que les réseaux d’alimentation en
eau et d’égouts, des lignes pour l’éclairage, des places et des jardins publics ».Autrement dit, l’habitat privé
diffus a proliféré par des étalements urbains (villas ou immeubles semi-collectifs), tandis que l’État ne
garantissait que l’assainissement de base et les équipements publics sommaires. Ce mode « autogéré » du
logement explique pourquoi une grande partie du tissu urbain algérien reste informel et très étalée.
IX. Les villes nouvelles
la « ville nouvelle » est défini comme une unité
urbaine autonome et équilibrée. « une ville
nouvelle est un établissement humain assurant
le regroupement d’activités, offrant les services
et commodités pour le bien-être permanent de
ses habitants, en harmonie avec son contexte
environnant » (Menouar,2021). L’idée est de
créer de nouveaux centres urbains planifiés
répondant aux besoins croissants de la
population. Selon Menouer, « l’idée des villes
nouvelles émane de l’idée de créer de nouvelles
villes qui répondent aux besoins du pays qui ne
cessent de s’accroître ». En Algérie, plusieurs
sites ont été envisagés comme villes nouvelles
(par exemple Tiaret, Aïn Lahdjar, Medea) pour
décongestionner les centres existants, mais peu
ont atteint leur plein potentiel.
X. Clés de la maîtrise de la question de l’habitat
A titre de conclusion il est important de rappeler les principes clés recommandés au niveau
international pour améliorer la politique du logement. Pour cela ont s’inspire notamment du
rapport de R. Rolnik (ONU) pour énumérer les bonnes pratiques, parmi lesquelles on peut citer :
•Accessibilité et équité financière – assurer l’accès au logement à tous, en modulant l’aide ou les
prêts selon la capacité de paiement des ménages (pour ne pas exclure les plus vulnérables).
•Localisation adéquate – implanter les logements dans de bonnes zones urbaines, bien desservies
par les transports et les équipements, de manière à ne pas créer de nouveaux déséquilibres
spatiaux.
•Sécurité d’occupation – garantir la stabilité des droits d’occupation (éviter les expulsions abusives)
et protéger les locataires vulnérables, pour ne pas fragiliser les habitants.
•Participation et transparence – fonder la politique du logement sur la transparence (information et
contrôle publics) et la concertation citoyenne. Les citoyens et la société civile doivent pouvoir
s’impliquer dans la définition et le suivi des programmes d’habitat.
Il y a lieu d’insister sur le fait que ces principes – accès au logement décent, mixité sociale,
intégration urbaine, gouvernance claire – sont indispensables pour que les politiques d’habitat
futures en Algérie réussissent à répondre aux besoins de la population.
Conclusion
Le parcours historique de la politique d’habitat en Algérie montre que chaque
période – traditionnelle, coloniale ou indépendante – a produit ses propres modes de
logement et ses politiques. Malgré les programmes successifs (grands ensembles, cités de
transit, villages socialistes, ZHUN, lotissements encadrés, villes nouvelles), la question du
logement demeure un défi majeur. Menouer (2021) indique que la maîtrise de l’habitat
algérien nécessitera une approche intégrée et participative, combinant planification
urbaine adaptée, mobilisation des acteurs privés et associatifs, et respect des droits au
logement. Seuls une vision cohérente et une gouvernance transparente pourront
permettre de remédier aux problèmes récurrents (pénurie, informalité, inégalités) et
d’assurer à tous les Algériens un habitat décent.
Bibliographie
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