Atelier Afrique Noire 2: Caroline Juillard
Atelier Afrique Noire 2: Caroline Juillard
Ruppovt de synthèse
Caroline Juillard
J’ai à vous faire part dc deux enscmhles de communications. Tout d’ahwd, quat~-c commu-
nicalions, présentées par de\ auteurs africains, qui mettenl en rclicf le rapport entre le français
et les langues véhiculaires dans certaines situations urbaines d’Afrique noire : au Mali
(Maïga). au Congo (Ndamba), au BCnin (Toîsa) ct au Sénégal (Thiam). Puis deux commun-
cations de chcrchcurs occidentaux : l’une, celle de C. Canut, s’interrogeant sur les enèt des
discou épilinguistiques des locuteurs Crant;ais ou africains SUI- la gestion des langues et Ics
politiques linguistiques; l’autre, celle de W. Samarin, identiiïant les effets des furces ayant
contribué à modilier la forme du sango en RCA avant et après I’indépcndance.
Dans le premier ensemble, je situe à part la communication de M. Toua qui s’intéresse
exclusivement aux aspects formels du contact de\ languca frençais/fonghc 3 Cotonou, ct ne se
situe donc pas directement dans la thématique proposée par le colloque. Les trois autres
communications présentent des résultats d’enquêtes dc type sociolinguistique, ou d’ohscrva-
lion< sur le twrain. Elles illustrent I;I position et l’avnncfc du français au Mali, face au wnghoy
dans le net-d, au hamhara dans le sud; à Brarxwillc, face aux trois langues véhiculaires,
lingala, munukutuha ct laari; à Dakar, face au wolof.
Le5 analyses de M. Tosaa sont effectuées dan\ un cadre variationnistc et s’nppuicnt sur un
corpus oral recueilli auprès de personnes hilinguca. L’auteur n pu Con%ter que, dans le
discour? bilingue fonghe/français, il cxistc plus dc cas d’emprunt que d’alternance. Il renvoie
aux prédictions thbriquen d’nutrcs chercheurs qui ont soutenu que dans des langue? gCnCti-
qucmcnt non apparcntéen, leî altcrnnnces uont moins fréqucntcs que les emprunts. La plupart
des vcrhes sont ainsi des emprunts au Iran@?, à la forme infinitive. On y trouve également des
emprunta spontanés du type vcrhe plus complément ((5 « poser question )t). L’auteur a Cgale-
ment mis en rclicf deux formes particulières d’insertion de constituant, cn particulier une rcsu-
hordination de la phrase avec que français dans le diacours cn fonghe.
A. Maïga illustre la résistance d’une langue régionale, Ic songhoy, dans le Nord du paya. La
situation $ociolinguisticluc au Mali pr&cntc deux sous-systèmes, l’un au Nord, I’autrc au Sud.
À Mopti, on trouve un bouillon de culture linguistique dominé par le bambarn qui tçnte de
progrcsîer vct-s le nord. Maïga reprend certaines des concluhions dc Dumentre sur la dominn-
tion et la progression de l’usage du hamhara au Mali, à partir des résultats d’enquêtes récentcs
dans le nord du pays.
Dumestrc affirme, en effet, que le hamhara est l’intermédiaire obligé cntrc la langue régio-
nale et le français, qu’il précède le franqaia et l’introduit, soit comme tt-oisième, soit comme
quatrième langue, selon les régions. Mais n’y a-t-il pas nu nord du Mali une proportion signi-
ficative de bilingues langue r6gionale + français?
Trois zones d’infhjence différente se dessinent dans le Nord du pays, lc domaine d’influente
pcul, celui d’influente nonghoy et celui d’influencc tamasheq. Fncc à la progression du
hamhara, le songhoy est en réalité la sculc langue que l’on peut valablement lui opposer de
façon stable. Le songhoy est aystématiqucIncnt parlé, conservé et transmis. De plus, il existe
une proportion aignilicativc de bilingues langue régionale + franc;ais; Ic hamhara, dans le
Nord, ne préc?dc pas toujours le français, il ne l’introduit px Ix fi-ançais eît en réalité la
première langue que le locuteur de aonghoy rencontre, qoit B l’école, soit dans l’administration.
Et l’observation directe prouve que les Iocutcurs tcolarisés du Fonghoy utilisent le français
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dnns IC~I.~ prcmiçrs contacts avec Ics Ioa~tcurs dc hamhat-a scolari\é\. Une enquête a relcvC Ici>
dCclarations de 300 locuteurs de songhoy dans 6 cents-es whains. Saul’ pour lea locuteurs dc la
ville de Djenné, Gtuée dans la zone d’influcnce du bamhara, on constate qu’au fur ct à mcwrc
qu’on s’éloigne du Sud, la place du bambw~ C\I mise cn cawç par Ic fiançai\; ccttc Innguc c\t
la prcmiCrc langue parICc par plus dc 25 % de\ locuteurs après le songhoy. II \‘agit cn premier
lieu d’hommes scolarisés ayant cntrc II et 45 ans. Ce sont les femmes scolarisées de pIa de
14 ans qui sont le\ plus nombreuses à avoir parlé le bambara cn I rc positi«n apr?s Ic wnghoy.
On ne peut donc lire I’avcnir linguialiquc du Mali un\ prcndrc cn compte ccttc trf\istance du
songhoy et cçttç prCCmincncc du t’rançais sur le hamhara, en deuxième position, dans la zone,
5 la d~flerence avec le Sud où Ic bamhal-a domine.
J. Ndamba s’intéresse à I’fmcrgence des langues véhiculairca ct du français comme lengucs
premières des adolesccn~s congolais.
Lor5 dc I’cnqu~tc dc 1989 sur les langue utih\ées dans les marchés urbains, il Ü été constaté
que les langues véhiculaires (lingala et munukutuba) étaient la langue première de quelquea
Congolais âgés de 20 à 35 an\, le lnnn l’étant pour des Congolais jusqu’à SO ans. Lc l’rançaia
n’apporeisuit pas alors comme langue prcmi?rc. Lc phCnomi-ne, ;II~I-s trop récent, serait ?I
Cvalucr donc dan\ Ic cadre d’un nouveau projet de rccherchc.
Ndamba propose les grandes lignes d’un nouvcw projet de recherche ayant pour objcctil
principal une analyse descriptive de la situation cn ville, dan\ Ics ccnlrci, \cm-urbain\ ct dans
Ics vil@\, cn cnvi\aFcant dil’f&cnt~ type\ dc c«mportcmcnts selon le\ catégories de Iocutcurs
(follctionnaircs de I’Etat, cadres d’entreprises, instituteurs, paysans, etc.) et les effets dc cc\
compo~tcmentb sur leur environnement. Ccttc enquête se fera auprès des adoloccn~i, ct dc
leurs parent,. On cnviwgc une analy\c prospcctivc ainsi clu’unc comparaison avec Ics aitw-
tiens dc\ pays procha.
La pré-enquête, r&aliséc cn ÜVI-II 1997, s’e\t située dans deux arrondiwzmcnts de Braua-
ville, auprès de jeunes de 6 à 15 ans et de leurs parents. Elle s’cat faite au moyen de qucstion-
naircs vient à idcnlilicr la Ianguc matcrncllc du p?rc, dc la mi-rc ct dc I’cnfant, Iç niveau
d‘inatruclion dc\ parents, la Ianguc de la rue dan5 le quartier. On constate que dans I’at-rondia-
sement Bacongo, Ics déclarations des parent5 et des enfants divcrgcnt sensiblement: les
parents aftirmcnl majorilairement (73 9) que Icura cnlàntï parlcnl Ic Ia~i cn langue prcmiilrc;
d’at~trcs citcnt Ic Iran+ (2 I %), CI des langues autres (6 %). Par contre, près de 49 % des
cnlànl\ aftirmcnt qu’ils ont Ic franc;ais comme langue prcmièrc et 5 I %a d‘entre eux disent
qu’ils ont plutfit le laari. Aucune autre langue n’est citée. Dans l’arrondissement de Moungali,
quartier Pla(cau des 15 anb, un qwrticr d’inlcllcctucls, ~SSCL cosmopolite, I’Cmcrgcncc du
frnnqni\ cwnmc Ianguc prcmliYc c\t plu, forlc cncorc ct aftirmCc tant par les enfant< que par
Icurs parents.
La tendance qui se dessine e\t la suivante : les gens qui ont un niveau de vie relativcmcnt
ClcvC donne la langue l’ran~aise comme longue prcmi?rc à Icurs cnlànls.
N. Thiam a’int8wsw SIla cocxi\tcncc du fiançai\ ct des langues nationale5 en contexte urbain
GnCgalais. II souligne, après P. Wald, que « l’appropriation diffuse du l’unFais dans I’urbani-
ution linguistique africaine, sous la forme d’un parler mixle ou de ce qui bc donne pour du
français duni, Ie discours, s’inwit actucllcmcnt cn parall?lc d’une recrudcacencc dc la rcvcn-
dication d’une authcnticitC traditionncllc ct cultwcllc, privilégiant le marquage linguistique
des options tdentitaires ». II analyse ccttc situation ÜLI Sénégal, en se penchant tout d’abord sur
I‘histoire de la diffusion du français dans le pays, Quoique le contexte urbain aCnCgalais rcstc
Iwtement multilingue, il x dCgagc une dominancc nclte du li-anqais et du wolol; « pcrccptiblc
cntt-c autres dans un rapprochcmcnt des fonctions CoI11I11ulliCütiOlll1ellec, une non distinction
des contextes de leur utilisation, et I’altcrnance et le mélange des deux codes ». Le franqais se
retrouve, d’ailleurs, « à l’intérieur de toutes les Innguea locales cheL Ica locuteurs qui lc
possèdent ». Ainai, « à Dakar, I’usagc du français est presque ù parité cgalc avec I’usagc du
wolof dam Ics tnilicux hilingucs ». Pour les deux langues, on relève une expansion hors du
champ initial : le w«l«f pénètl-e des situations camctérisées par une homogCnCité linguistique
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Rtipport de ,s):rzthè.se
allogène ct devient la langue première dc parent\ non wolof nés h Dakar; Ic français w diffuw
chez le? non scolarisés. Ce sont deux langues glottophagiquca, ne présentant par dc danger
l’une pour l’autre, bien que Ic rapport entre les deux soit souvent interpu comme conflictuel
dans Ic discours Cpillnguistique. Thiam affirme que la complCmentaritC fonctionnelle dea deux
langues peut Te percevoir non pas sous le rapport diglosîique mais du fait que Ics lieux sociaux
de In ville requièrent des locuteurs une double compétence pour couvrir dc\ rôles communica-
tionncls différcnci& en fonction des langues dans la même Gtuation d’intcrlocution. II
souligne en conclusion que le fran+ l’ait Xsormais partie intégrante du patrimoine linguia-
tique cn ville et qu’il faut absolument mcttrc 3 part les situations rurales qui prSsentcnt des
caractéristiques différenta et plus tl-aditionnclles de la gestion du plurilingui?mc.
Les deux dernières communications s’interrogent surlca effets des discours épilingui\tiqucs
(Canul) ou des action? (Samarin) sur les langues cl wr leur gestion. II s’agit, pour W. Samarin,
d’idcntitier les forces qui ont modifié Ic sango dc RCA. lorsqu’il est devenu lc symbole d’une
identité supra-ethnique. Laissant dc ccîté les effets du contact avec Ic franqaiu, il s’intéresw aux
effets provoqués inlentionnellemcnt par le contact cnlrc la langue Cuite et la langue orale.
Durant I’époquc coloniale, I’intcrvention des missionnaires a été déterminante. Cependant,
bien que la puhhcation du Nouveau Tentamcnt cn 1935 ait servi de référence, chaque puhlica-
tion ultérieure rellétc les idioîyncratles et Ics erreurs dc leurs auteurs. Durant la période post-
coloniale, bien que Ic wngo nc soit pas utilisé dans I’enseigncmcnt ni dans la presse, les
Ccnlrafricain5 ont entrepris le développcmcnt du wngo. Samarin relève plusieurs sourcçs
d’influente ayant agi sur le sango. Toul d’nhord, certnincs innovations linguisliqucs con\tntées
dans le sango vernaculaire de\ jeunes ?emhlent provenir des m«d?lcs ditTu& par les annon-
ceurs de la radio. Ensuite, il relève une planification d6lihérée du changement hngui\tique. La
publication du Dictionnaire sangolfrançai? cl françniu/sango de Bouquiaux CI ol. (1978) cal le
premier travail de standardi,ntion cl a 616 approuvé par le gouverncmenl. Le Décret wr I’ortho-
graphe du ango en 1991 a propulsé une orthographe nctuellcmcnt utili& par bon nombre
d’association\, d’éditeurs, etc. Samarin souligne également le rôle très important d’intellec-
tucls et linguiste\ entraînés en France. Ainsi, il critique. preuves syntaxique\ à l’appui, le\
procédés utihçés par DikiKidiri pour créer dc nouveaux terme% cn aango. cl rcl~vc la pal-tici-
pation voulue de\ antres langues centrafricaines à cette élaboration Icxicalc. Enlin, Samnrin
cite les rcatrictions taritorialcs & I’usagc du sang”, autrefois utili\é dans d’autre\ zones dc
I’ancicnnc Afrique équatoriale françaiuc, le Cameroun et le Congo belge; dans ces pays. les
locuteurs de sango ont été poussés 3 [Link] la RCA. Samnrin note que cela a contribué wns
doute à la prise dc conscicncc croi\snntc des Centrafricains comme 6tant sangophones. En
conclusion, même si le sang0 est aménagé sur une large échelle. plus personnelle qu’étaliquc,
il serait prématuré et erronné, selon Samarin, de parlu d’un snngo standard. Les forces agissant
cn France et duns le pays tendent à rapprocher, plus ou moins conaciemmcnt, le Tango moderne
de la langue qui n 616 sa source au I9”niècle. Le réwltal est une langue synthétique.
C. Canut rcmel en cnusc la vision « occidentale a>donnCe par un grand nombre de sociolin-
guistes français ct parfois africains sur la question du rapport entre gestion plurilinguc ct action
politique, au travers d’une analyse des activitCs épilinguistiques, tant dea locutcurî que des
gouvernants et des politiciens. Elle montre ainsi qu’il existe une diltcrcncc majeure entre les
représentations Ctudiécs nu Mali et en France, et que le « tout homog?ne » qui détermine le
discours de\ Français n’a pas lieu d’être au Mali.
Canut rcp5rc danc les dIscours sur les différents lcctcs en présence In perception qu’en ont
le\ locuteurs. Cette perception, conque comme une « u-construction permanenle nu cours de
l’interaction », manifatc une nmhivalence constante des locutcuri entre deux pôles : le désir
d’une langue ?I soi et la rC:dité d’une langue plurielle marquée par l’altérité. Dans le cas oil la
locuteurs entretiennent des rapports avec plusieurs dialectes ou langue?, ils « tentent wuvcnt
dans Ics discours épilinguiatique~ dc rcnforccr lcut lien à un idéal de langue, même s’ils ne le
parlent pas ». Ce rapport cht la plupart do temps occulté par Ics Français, alors qu’il est
prépondérant au Mali. Parall&lement, une autre tendance conhistc 3 valoriser un Iccle qui
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s’impox wcialcmcnt ou politiquement : comme le hambara au Mali, le ~rançaia standard cn
Franc~. Lc Icctc prop«sC socialement en modèle correspond dans les discours des locuteurs dc
situations plurilinguca à un processus premier d’hétérogénéihation, qui peut déboucher sur
une « homogénéisation forcée ». Ainsi, premier type de discours : « toutes Ics Isnguca cocxis-
tcnt au Mali, chacun ut avec \a langue, c’est normal; quand on sc d~placc, on apprend la
langue du Imilicu; la langue de Bamako, c’est le bnmbara, on est obligé de I’apprend~-e ».
Deuxième type de discours : « on est colonisé par les Bambara ». La langue, en ce cas, est
considérée comme une imposition. On ebt face ù une homog&~fisation forcCc. En France ct
par cxtenaion en Afrique et au Maghreb, une preacriptivitC très forte a intlucncC Ics locuteurs
ct entraîné un retour à l’homogénéisation. Les locuteurs ont été privés « cn droit » de leurs
lettes premiers et les dixours politiques ont tendu à faire de la langue idéale une langue
première et à réduire le rapport identitaire aux langues prcmièrca au prolit dc la langue dc la
nation ChomogEnCisatiol~ twcéc ebt bien le l’ait des politiques et a eu comme consCqucncc
aussi bien Ic I-cjet et l’abandon de langues telles que le baîque, le breton, le bcrbèt-c, etc., que
la valorisation des normea preacriptives de fran$aia auxquelles Ics locuteurs de fran@s se
soumettent. En Afrique, tant des argumenta concernant Ics conflits cthniqucs que des argu-
ments Cconomiqucs ont pu conl’ortcr unç G\i«n ccntmliwtricc dc type français, f;worahle à la
fmncophonie. Cependant Canut note que les États nouvcllcmcnt ouverts h la démocratie ne
semblent pas désireux de suivre ce modèle. On rclèvc une valorisation du plurilinguiame au
niveau oflicicl, au Mali; la politique n’est ni ccntraliaatricc, ni homogCnéisantc, même si elle
doit rQondrc b la dcmandc cn matii-rc d’Éducation. On rclèvc une nhsence de dixours Iàvori-
sant une langue ou I’autrc, même si officieusement le bamharu est un peu favorisé. Le ratta-
chcmcnt à un idéal de langue, une langue d’origine, parallèlement à la pratique plurilingue
dès II. jeune âge, permel de nc pas con~dCrer les autres langues comme antagonistes. La
nécessité d’un choix en matière de langue est née des politiques centralisatrices cxportécs et
ne correspond pas à la culture des pays. Le discours et le quejtionnement du chcrchcur occi-
dental peuvent être pétris de cette viaion homogénéiaante que l’on porte malgld wi ct qui
trouve un écho dans la construction des reprC\cntationa linguirtiqucs des Maliens Icttr&, tri-s
prewriptifu. Canut envicage d’entreprendre des recherches ?I plusieurs « voix » pour pallier
cette difliculté.
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- dans une pcrspcctivc qui tienne compte de l’évolution des hiCrarchics sociolinguistique\
CII ville ct dans le monde rural;
- il est de plus absolument n&xw~irc dc prendre en compte la relation du chcrchcur 2 son
objet. ainsi que ses motivations propres. Le ou les contexte(a) culturel(s) dan\ Ic(ç)quel(s) il a
étC formé çt dans Ic(\)quel(s) il a vécu orientant toute sa rcchcrchc ainsi que les méthodologie\
choiCx. II est donc nécessaire qu’on prenne conscicncc de? modèles qu’on imite ou qu’on
rejette, comme des visions que l’on projcttc cur IÜ IrEalité que l’on cherche b ohwvcr ct à
analyser.
Atelier Afrique Noire 2
Hamidou Maiga
La cituation aocl«linfuiatique du Mali n CtC hien souvent décrite à partir de la sculc rCalitl:
du sud-Mali. C’CU ainsi que Dumeître (1995). pour expliquer la domination CI la progrcs+n
du bamhara au Mali fait remarquer que « I’obacrvation de la rCalitC linguistique ct socio-
linguistique oblige ZI conaid&rer que Ic payugc n’cht pas ou n’est plus composé du binôme
français (langue officicllc), autres languci, nationales ou non, mais d‘un lrinômc con\tiluC des
deux tcrmcs dc,jb cil& ct du bambnra, cc dernier jouant un rôle intcrmCdiairc cntrc langue ofli-
ciellc cl Icï langues nütionales, participant à la fois dc I’unç çt des nutrcs ».
Dumcstre daw Ic même article, prCv«it qu’au milieu du siècle prochain, il y aura une
« drwtique aimplilication dc la cnrtc lingui?tiquc du Mali » pour la bonne rniwn dit-il que Ic
bambara « n’cït plus vCritahlemcnt une langue mnhenne comme Ic\ autrccs » : il c\t I’intermé-
diairc ohllgé entre la langue régionale et le français, « il n’c\l plus une Innguc ethnique, il est
IÛ langue religieuse... ». II al?irmc Cgalcmcnt qu’il n’exi<tc pas, dans une proportion signilica-
tive, de bilingues langue rCgi«nalc + français. Le hambara dit-il « précildc toujotw Ic fraiGais,
et cn quclcluc sorte l’introduit soit comme troisième langue (ca\ du pays minyankn). wlt
comme quatrième langle (cas du pays dogon). C’e\t un fait wlon lui « que l’on peut v&ilicr
sur I’ensemblc du Mali ». Enlin, Dumcstrc estime que la tendance « doit constituer l’un des
~XC~ de la politique IinguiAluc de l’état malten dans les anr&s h venir ».
Cc\ diflcrcntcï conclusionb wulèvent un certain nombre dl: questions auxquelles nous allons
tcntcr de répondre dans cet article h partir tl’cnqu&s SUI Ic lorrain dans le nord du Mali.
Cet espace, dans \a r&lilC gCographiquc cl humaine diff&re I‘«ndamentalzmetit du au&Mali.
Malhcurcuscmcnt cçttc singularité nc ressort pas touiours dans la quclquci rare\ Ctudcï de
s«ciolinguistique menfcs sur le Mali. La situation ao&linguiutiquc \pécilique au nord a, Soit
été wmmairemenl (Canul, 1995) trailCc, wit clic ü CtC allègrement ûssimiléc à la siluation
globale observée uniquement à partir du sud Imalien (Dumestre, ibid.) ou alors clic a lait I’trbjct
d’Cludc ~nc couvrant pa I’cnsemhlc du pays Sohoy au Mali (Barry, I990 : 183-207).
Qucllc cht donc la situation aociolinguistiquc du Mali pris dans son enacmhle du wd au
nord’? Peut-on la saisir simplcmcnt B travers un tt-inôme langue\ régionales - bambarn -
français? Peul~on nl’irmer qu’il n’cxlcte pas au nord du Mali, une proportion aignilicalivc dc
bilingua langue Idgionale + fran$nis et que Ic bamhara y prCcEdc l«[Link]\ Ic français, qu’il est
I’intcrmCdiaire obligé entre la langue régionale cl le français? Y-a-t-11 une pt-ogression et une
domination du bamhurn dans: Ic nord du Mali? Enfin, la politique linguistique de l’élat malien
dans les années à venir, doit-clic, comme le dit Dumestre, SC construire sur une planilicntion
linguialiquc glottophagique? Le Mali est un vaale pays qui s’étend sur 1 240 7 10 km2 dont
602 000 km? sont situés nu nord. II faut préciser que daw l’imaginaire des maliens le sud-Mali
va de Kayes h la rCgion de Mopti cl le nord dc la région de Mopti h kidal. Cc nord à son tour
se subdivise en grand nord cl en petit nord. Le petit nord va de la région de Mopti b la region
de Gae, clic englohc toutes les villes de cette zone aituécs tout Ic long du flcuvc Niger. Quant
au grand nord il englobe I’eîpacc situé entre Ics rCgions dc Gae et de Tombouctou et les fron-
tières d’avec l’Algérie et la Mauritanie.
Le nord du Mali qui du point de vue de la wperlïcie rcpréaente la moitiC du tcrritoirc
national, n’est ccpcndant habité que par le l/S de la populalion glohalc du Mali qui est estimfe
actuellement h 10 000 000 hht\. Mais ce d&.%luilihl-c n’c\t pas tr& Iondamcntal dans l’hypo-
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thèse que nous formulons ici car l’adhésion ou la résistance à une langue étrangère n’est pas
l’onction du nombre do locuteura qui ne parlenl pus cette langue. Elle est plutôt fonction des
représentations des non locuteurs dc ce~e languç. C’est pourquoi Bourdicu (1982) dira que « la
langue, le dialecte ou l’accent [ ,._ 1 sont I’objel de représentations maltalcs, c’est-à-dire d’actes
de perceplion et d’apprCciation de connaissance el de reconnaissance où les agents investissent
Içurb intct-êta et Icurs prCsupposCs ». Cea inlé&s et ces prCsuppos& varient d’une communüuté
?I une aulre. Ainsi, 3 I’cxccption du français qui ch1 globalemenl bien pçrçu ;IUSSI bien au nord
qu’au sud Mali, l’image des autres langues parlées au Mali change dans les représentations des
~oculeurs selon leur origine cthniquc ct ou régionale. Celte attitude s’explique par le fait qu’au
Mali, on ne l’ait pas pour Ic moment une dil’f&cnce nette entre l’ethnie et In langue. Ainsi pour
un Sohoy, le bamhara est avant tout la Innguc des Bamhara, le dogon, la langue des Dogon, etc.
Cette fiction de l’origine ethnique a une grande influence sur les représentalions linguistiques.
Ainsi un Senoul’o un Bobo ou un Minyanka par exemple ne perçoit pas le bambara de la même
façon qu’un Sohoy en raison dç leur diflcrencc culturcllc ct historique.
Aussi, dans cette perspective, on peut dire qu’il y a globalemenl au Mali deux grandea
tendances dans les représentations linguistiques par rapport aux langues nationales parlées sur
I’&tendue du tcrritoirc : une tendance à. l’adhésion au bambarz et une à la rCsistance au
bamhwa. CC~ deux tcndanco correspondent aux deux grandes Loncs gEographiquo qui sc
biluent de part et d’autre de la région de Mopli.
D’une @on générale, de la région de kayes jusqu’à la région de Mopti, le bambara est posi-
livcmcnt percu. II domine d’un bout à I’autrc. Pour la plupart dea locuteurs de cetle zone, le
bambarn est symbole de modcrnitC ct dc rbligiosité. Dans ce Mali du ud, on peu1 cfl’cclivement
dire avec Dumestre que la situation sociolinguistique est caractérisée par un trinôme langue
Idgionalc ou locale bamhara français. Le bambara est Ic passage obligé de la langue locale
vers Ic français. Celle ailualion pourrait êlre schématisée dc la façon suivante :
Mais, dès que l’on arrive dans la région de Mopti ct que l’on progrcasc vers l’es& on
découvre un nouveau paysage linguistique. Lb, Ics repr&cntations changent, le climat social
ct humain change. Quelque chose de dil’f&ent de la zone sud se produit. Trois grandes zones
d’intlucncc SC dessinent à parlir de là. Le domaine d’inlluencc pal, le domaine d’inllucnce
~+y, et celui d’infiuence tamasheq.
Le domaine d’influente peul, qui ebt délimité par la région administration dc Mopti, n’a pas
LUI~ grande slabilitC par rapport à la progression du bambura, il développe un bilinguisme
bamhxa-pcul qui n’Cv«luc pas souvcnl au niveau de la lranamisaion dans Ic sens de la conser-
vation du pal. Ccttc zone n une seconde caraclérintique qui est celle de son invasion depuis
1975 par le aolpy.
Le domaine d’influcncc tamashcq SC aituc globalement dans le grand nord. Il be singularis:
très curieusement par une forte intlucncc du bambara ù Kidal centre névralgique de la .wne. A
cela s’ajoute I’wlement de la zone et I’usagc réduit de la langue qui n’est parlée en général
que par les Tamasheq eux-mêmes; ce qui lui enlève tout caractère d’agressivité dans le monde
du négoce.
160
Ainsi, fke à la progression du hamhara dans le nord, le solloy est en r&ditC la seule lungue
que l’on peut valablement lui opposer de façon stable. Au niveau national, il est le seul contrc-
poids réel (Canut, 1995)‘. Lca locu~cur~ du SOT]»~ intcrrogéu qualilicnt le hamhara de quatre
façow :
le bamhara est la langue de ceux qui ont la langue à. l’envers;
le bambara est la langue de5 mécrtknts;
- Ic bamhara est la langue de\ mêchant\;
- Ic bamhara est la langue de5 impérialistes.
Ces différents qualificatif\ sont touy des préjugés sur l’homme Bambara qui sont 1rnnsférCs
sur la langue bamhura. Chacun d’eux ticnl son explication dçs rapports passés ct pldwnts que
Ics SolJoy ont li& ou licscnt WCC les Bamhara auxquels ilh assimilent toutes les ethmes du
Sud. Pour le SoTloy les Bamhara nc parlant pas la même langue qu’eux, ils sont donc biarres
d’où l’idée de « langue qui est h l’enver\ » sous-entendu que c’est la Iwr qui est droite, correcle
el normale. De même lorx~u’ils associcnl la mkhanceté du Bamhara nu hamhara, ils fonl
rcvivrc le rôle que les Bambxa ont très souvent joué dans la région durant la période coloniale
où ils étaient les auxiliaires de cette administration répre\sivc à travers la police et les gardes.
Également, I’imagc de « langue d’animiste » tire son explication dc la convcr\ion tardive dc\
Bambnra à l’islam puiaquc dc nos .iours encore, contrail-cmcnt au nol-d, il existe au sud des
villages cntifrcmcnt animiste\.
Enfin, l’image de la langue bambara voulant phagocyter les autres langues malicnncs est
récente. Elle e\l née avec I’indépendancc où I’admini~lration cl lç pouvoir poliliquc Ctaicnt vus
du point de WC des Sohoy, pour I’cîscnticl détenus par les Bnmbara ou assimilés et où il est
frCqucnt d’entendre : « n’était pas malien celui qui ne comprend pas bambara ». Celle menla-
lité a une certaine époque provoquait dans les communautés Sohoy une solidarilé ctbnique trk
forte et une résiskmcc au bamharn.
À côté de ces repr&cntations dCf;worahles, il y a ausyi des rcpréscntations très favorables qui
relèvent hurtout du caractikc utilitaire du bumbara dans le nCgocc cl de son succès auprès de,
jeunes urbain< qui le pcr$oivent comme une langue du modcmivnc.
La résistance du so?loy au hambara que l’on peut cxpliqucr par la position géographique
éloignée ct isok des région du nord, par la persistance de certaines pratiques sociales tcllcs
que le5 mariages endogamiques et par la mknoirc historique vivante du pcuplc qui a connu un
empire ct une civilisatwn très gloricuw. a hcaucoup CvoluC dc 1960 à no\ jours. Aujourd’hui,
69 c/ des locuteurs du soTJoy intcrrogCs dklarent qu’ils aiment le hnmhara contre qeulemenl
29 C/c. Ils scraicnt même prêt? à 53 %, contre 40 54 à l’accepter comme langue officielle SIdéfaut
du so+y (MAIGA. 1998). La résistance au bumbara se manifcstc nt~,jourd’hui à trwcrs LIIW
violence verbale mais clic n’est que vabale danh la mcswc où dans le\ cents-es urbains du nord,
il arrive que le bambara soit pratique par certains locuteurs en cas de besoin mais avec la diffé-
rcnce que le wl)oy est sys;tClllatiquemelII parlé, conserk ct transmis. Le bambara visiblement
semble êlre accepté dans les lails mais pas cn droil. Ccllc prédiaposilion n’es1 cepcndnnt pas
suffisante pour prtvoir au milieu du siècle prochain « une dl-astique simplilication de IÜ carte
lingui\tiquc du Mali ».
Le bambarn, dans Ic nord, ne précède paî toujours le français; il ne l’introduit pas car il
existe une proportion significative de bilingues langue régionale + français.
Pour s’en convaincre, nous avons travaillé sur un Cchantillon de 300 locuteurs du wlJoy
répartis entre les villes dc Tomhoutou, Gao, Djenné, Gahéro, Bamba et Hombori en raison de
SO locuteurs par ville dont 25 hommes et 25 femmes. Nous leur avons poï& cntrc autre deux
questions eïsenticlles :
1. Quelle langue aveu-vous parlé en première position après le toTJoy?
2. Quelle Innguc avez-VOUS parlé en dernière position après toutes les langues que vous
parlez?
161
À la prcmièrc quchtion, Ics r&ultati, suivants ont Cté enregistrér : (. .Y
on peut noter Ici qu’après Ic soqoy, le français avec 25,33 Q C\l In prçmièrc langue parlée
par les locuteur\ du s«lloy interrogés sur les six poink tl’çnquî‘tcs, apl-i-s vient le bambara avec
19,33 % des locuteur\. Lc pwl tient la troi\i?mc place avec 17,33 %x et enlin vient Ic tamasheq
avec 8 %x des Ioc~~tc~~r~ qui dfcl;ucnl l’avoir parlé en première position après lc aoTloy. II Vaut
ccpcndu~t notçr que les Iocutcut-s du aol~loy dc Djenné son( 10: xxls à avoir dCcluC cn grand
nombre (44 a) parler lc bnmbara en prcmii-rc position aprk Ic SOT~»~. Ceci s’explique en
grande parlie par la Gtuntion géographique dc cette ville qui est en réalité dans la LWIC
d’inllucncc hambara. En dchoth de celte situation on conslate qu’au fur et à rncsurc que l’on
s’Cl«ignc géogl’aphiquelncllt du sud Mali, la place du banlbara telle qu’cllc cht pr&~e par
Dumcïtre est mke en cause par le liançai5.
Parmi les locuteurs du wlJoy ayant parlÇ Ic fi-ençais en premièl-e poailion aprk le ao?Jloy,
18 % sont des jeunes âg& dc 14 à 45 ans, l4,33 % aonl des hommea, 1 I î/c des l’cmmcs, 7 %
dcï Iocutcurs âgés entre 45 et 60 an\, et 22 % sont scolaris& contre 3,67 Q non scolarisés. Les
hommes sxkuia& âgés de 14 à 45 anb sont Ics plua nomhrcuscs h avoir le français en première
p«aik)n après lc so?loy. Pxmi la locukxrs du atrTlloy ayant parlé le bambara cn première posi-
tion apr& lc wTloy, 12 % sont des femmes, 7,67 % sont dca hommes, 14,67 % sont deh jcuncs
âgé\ de 14 ?I 45 ans, 5 % sont des locukurs âgéa de 45 à 60 an5 et 10 % sont wkuisés contre
Y,67 % non acolü~-isés. Contraircmcnt aux IocuIctIr~ du fran+ ici ce sont les femmes swlü-
ris& âgCo dc 14 h 45 an\ qui wnt Ics plus nombreux ?I avoir- parlé le bambnra en premikrc poai-
tien apri-s Ic ao?loy.
À la suite de cette question la deuxième quckm a é1C pwCe aux mêmes personnes ct dans
les mêmes condkula que la prcmik question. Lcï Idsultats suivants ont été enregistrés : (. .)’
On constak Ici que Ic bamhara avec 26,66 5% vient en tête même ai I’icart n’c\t pas grand
cntrc lui ct le français qui est parlé en dernière pusilion par 25,66 %x des locuteurs. II est fvident
qu’il faut prendre ces résultari, oblenus avec hcoucoup de prudcncc cx il y a bien souvem un
fossé enlre les déclarations faitci. par les Iocutcu~-s et les pratiqua réelles qui sont dans le cab
d’cspkx diflicillcmcnt véi-lfiableh. En tout état de cause, lc trin6me - langues locales
bamhara - l’rançak n’est pas prouvé dans lc nord du Mali. On aurnil plut«l un trin<îmc langues
locales - français bambara schématisé dc la façon wivantc :
Lc fi-ançais en réalité est la première langue que le Iocutcur du sor]oy wncontrc soit à l’école
soit dans I’adminirtrati«n. Il n’existe pas une utl-c pression linguistique incontout-nable nu
niveau régional qui l’obligerait à ,e mc(trc au hambarn avant toute autre langue. D’ailleurs
I’otxcrvalion directe prouve que les locuteurs scolarisés du sol]oy uliliacnl Ic li-an+ dans
Icur premier contact avec les locuteurs du bambara scolariv% avanl d‘apprcndrc cette langue
s’d\ en ont I’intcntion. Au cas conU%rc, ils utiliseront toujours Ic françak avec les locuteur)
scolari& du hambat-a pour marquer sa r&istance.
162
La .sifuafion sociolin~uisfique du Mali
163
Atelier Afrique Noire 2
Introduction
Toutca le? langues changent, mais toutes ne changent pas de la même fa$on. Certain, types
de changements sont toujours dus à des facteurs cxtcrnea.
Ce ne sont là que deux des axiome? de la linguistique historique, et seul le second nous
concerne ici. Ce travail est limité à un type de langue : un pidgin. Le sango est, typologique-
ment, un pidgin, mais du fait de son rôle dans la République Centrafricaine (RCA) où il est
la principale langue véhiculaire du pays et, avec le franc;ais, langue oftïciellc - il,changc d’une
façon que l’on trouve dans I’hiatoire récente d’autres langues dans de nouveaux Etats-nations?.
Des changements linguistiquec internes Fe sont déjà produits, maiu notre propos n’est pas de
les décrire ici.
Le facteur le plus important qui caractCriae unç langue nationale venant d’un pidgin est que,
dans la p&-iode coloniale, elle n’est pas considél-ée comme symbole d’identité supra-ethnique,
mai9 qu’elle I’cat après l’indépendance. Ainsi, deux ans après I’indCpendance, alors que je
demandais ÜUX habitants d’un petit village rural près de Bossangoa quelle Ctait la langue des
Blancs (le fmnçaia), la langue de la RCA et la langue du village (le gbaya), tous étaient déjà
d’accord pour dire que le sango était In langue du pays (quelque chose comme yanga ti sésè ti
CentraTrique, « langue de la terre de.. >>). Pendant la période coloniale d’autre part, et jusque
dans les années cinquante, il était considéré dans certains contextes ruraux, y compris par des
Centrafricains, comme sango ti turugu, « wngo des soldats », ou sango ti gara, « sango du
marché ». L’attitude de5 genu envers la langue a donc changé de façon évidente.
Le premier objectif de ce texte eît d’identifier les forces qui étaient à I’ceuvre dans l’évolu-
tion du sango avant l’indépendance et celles qui ont été à I’ceuvre depuis lors. Je ne m’occu-
perai pas ici dea influences du français, parce que les changcmcnta SC sont produits à trzavers le
contact des langues et que ce thème nécessite à lui Feu1 une analyse spécitique et documentée.
Mon principal sujet est, de toute façon, la langue écrite et son effet - ou effet visé - sur la
langue parlée.
165
William-J. Smzurin
La période coloniale
La période post-coloniale
Bien que le sango soit considéré dans la constitution de la RCA comme langue nationale
rôle infericur à celui de langue officielle joué par Ic français cet acte légal historique de B.
Boganda, le père fondateur de la nation, a bans doute rempli plu< une fonction cmblématiquc
que pratique. Le snngo n’étant pas utihsé dans l’éducation et dans lu preas, I’indCpendancc
n’a pas dCbouchC immCdlatement ou même 3 court terme sur des actiwté\ qui auraient allècté
166
la langue. Ccpcndml, les centrafricainq commençant à s’imposer dans de plus en plus de
bureaux et dans les prises de déciGons, on cntrcprit le dCveloppemen1 du aango.
Je me limite à donner des excmplcs du gcnrc d’influcnccs auxquelles le sango a CtC soumis
depuis I’indbpendance : la radio comme moyen dc diffusion de modèles inconxients et cons-
cients, la planification délihér& du changement linguistique et des restrictions territoriale\ à
son usage.
La radio. L’inllucncc dc\ pr&x~tatcurc, dc radio sur 11:dixours dcn habitants de Bangui Ü 6tf
Ctablic cn comparant des donnCcs provenant d’enregistrements effectués nu début ct à II fin des
années soixante avec des dlscour$ impromptus ?I Bangui et dans les zones rurales. Certaines
innovations dans Ic sango wrnaculaire remontent aux première Emision\ dc radio. Ces inno-
vations pcuvcnt bien sûr avoir Cté de\ variable\ dans Iç discour\ dc\ journalihtcs hors du
contcxtc radiophonique. Elles appnraiuaent au,jourd’hui plu? fréquemment dans lajeune géné-
ration que dans la vieille. Les sources de certaines d’entre cllcs peuvent être les langues
premières des présentateurs, et quelques unes pcuvcnt Ctrc attrihufcs à Icur connaissance du
franqais. En voici trois cxemplc~, Icî deux dcrnicrs illustrant I’influcncc du nghandi.
- La rCpétition de la marque du pluriel dans le ?yntagmc nominal. Juîqu’nux années
soixante le préfixe du pluriel j- était utilisé (ou peut-ctrc le plus souvent utilisé) avec l’attribut
du nom le plus h gauche. P«urt;mt, dans Ics Cmissions dc radio dc la même période, on a
ohacrvC un marquage multiple. Dan\ 1~s dix dcrnii-l-c\ année? cc schCma est devenu commun
à Bangui (Samarin, 1994).
- Andè comme marqueur de futur Ü rcmplncC l’ancien fide ou l’accompagne dans le même
énoncé. La marque du temps CU ccpcndant cxlr&~~cmcnl variahlc à Bangui. Dc t«~lç fac;on, lç
tcmpc n’est pas une catfgoric grammaticale cn sango, aIor que I’aîpect l’et1 (Samarin, wu?
presse).
Certains advcrhca. en particulier nga « aussi », se sont déplacés ?I différentes places dans
Ic <yntagmc verbal. AIor\ que nga apparaissait vers I;I fin de la phrae, il suit maintenant
FrCqucmmcnt Ic vcrhc. Dc nombreux exemples de cette position ont été relevés dans les émis-
+w du début des années soixante : e.g za mbi gwè ngn II?I poko ti alh (mettre 1 sing aller uusqi
prep derrière dc 3 plu) « laIsseL-moi les suivre ».
Les prfacntatcura ont aussi diffus6 de\ itcms lexicaux introduits dans des atclicrs linguisti-
qucs organisés pour eux, par exemple pour MonGeur on n choisi un mot nghandi. pàkhrad,
signifiant « personne, un tel ». L’influence des émissions de radio sur le sango est certainement
duc, au moins en partie. ?I l’augmentation des hcwu d’Cmis\ions cn wngo cl du nombre de
radios autoris& en RCA çt wrtout à Bangui’.
La publication du dictionnaire ~ango/françnis~frünçaislsanfo. La publication du dictionnaire
snngo (Bouquaux cr tri., 1978) peut être c«nsidCrCc comme le premier travail de standardisa-
tion car il fut approuvé par lc gouvcrncmcnt. Trop coûteux pour avoir trouvé SI place CII RCA
ct influçncé la politique et la planitication, il est historiquement important. II témoigne pal
cxcmplc de l’effort de certains Centrafricains qui participèrent au projet de diffusion d’une
167
Willicrm-J. Samarin
168
Les forces [Link] à l’c~uvre dons les chungenzents du Sango
d’emprunter ». Diki-Kidil-i crée des mots fondés sur des « procédés » tonaux, aflicnux et
« sEmatiques ». ces dcrnierî évant la composition, et emprunte B d’autres langues africaines
(Diki-Kidiri, 198%). L’intégrité de LXX proccsaw en sango eht discutahlc. Les prétendu?
procédés aflixaux n’ont jamais été productifs CII sango : e.g., honghi, « rassembler » n’est par
dérivé de “-ho. Et mEme en nghandi certains d’entre eux ne sont paï synchroniquement
productifs.
La « composition » est « la plus productive de tous les procédés utilisés en wngo », conclu-
sion à laqucllc il prétend être parvenu « cn étudiant les créations lexicales spontanées » (79).
EL Ic plus productif est le « syntagme complétif direct », e.g,, yangadh, « porte » (cn fait
« encadrement de la porte ,>) < yanga « houchc » + da « maison ». Il est ainsi capable, dit-il,
de créer le< noms de cinq cent, xicnce\, parmi le\qucls Ic mot sendayanga pour
« lingui,tiquc » (< sé « caractéristique, propriét: » + rida « qens profond, fondement » + yanga
« langue a’, Lc statut de ce procesus est, quoi qu’il en soit, discutable. Les prétendus
composés comme yangu-di ne sont pas du tout des composéu nomina~~x, mais des conctruc-
tionq dans lesquelles la préposition ti « dc » a CI& supprimée, construction ailleurs appelée « le
syntagme complétif indirect », e.g., màma ti mClcngé (mère de l’enfant). Comme on sait, lea
langux ouhanguicnnes, y compris le nghandi, construisent de? phrases nominales avec ou sans
préposition sur la hase, par exemple de I’aliénahililé vs. inaliénahilitC. Au cours de la pidgini-
sation du nghandi, celle distinction scmhlc avoir été perdue au profit dc la loi plu générale de
l’utilisation des prépositions partout. II y a aujourd’hui, et prohahlcment depuis l’origine du
sang«, variation entre phraîeî nominales avec et sans préposition (Samarin, 1967). Diki-Kidiri
nc donne pas donc toute la vcritc à propos de la « porte ». La forme qu’il cite, celle que l’on
attendrait en nghandi, ne semble êlre devenue populaire que r&xmment. En 1962, veule<; les
formes pleines apparaiswicnt dans quinze de mes textes enregistrés, mais dans le parler des
jcuncs depuis 1988 la chute du ti a atteint 23,53 %, 32,85 % pour les noms inaliénables,
comme auendu en nghandi. Mais même parmi les gens dc cette ethnicité, la variation prévaut :
e,g., un Yakoma dc quabzc ans à Bangui dans Ic même récit dit ya ti sèemhe ety ya-sèmhe
(ventre du plat), « dans Ic plat ».
Diki-kidiri introduit un autre principe extérieur à la langue, l’emprunt. Ainsi, « Les emprunts
nécessaires doivent SC faire, par ordre de préfbrcncc, à partir des autres languca centrafricaines,
puis dea langues africain+ et enfin des langues européennes », sur la hase que « les emprunts
aux langucî africaines ne sont px difficiles à. intégrer en sango, et souvent ne son1 pas perçus
par les locuteurs comme de véritables empruntax. Mais la raison la plw importante de ce prin-
cipe est la participation de5 autre5 langues centrafI-bines ?I l’élaboration progl-ensive de l’unité
culturcllc nationale par échange dc culturcç nationales ?pécifqucs » (Diki-kidiri, 1985),
supposant apparemment que le mélange lexical peu1 produire l’harmonie sociale. Il ,emhlc
favoriser le nghandi.
Le vocabulaire introduit. Depuis 1964, prétend Diki-kidiri (1985), il y a eu une période
d’<< aménagement lingui?tiquc. pour soutenir l’évolution naturelle du sango ver? une langue
cnpahlc d’nscumer tous les besoins d’expresrion des réalités modernes dan, tou? Ics
domaines ajo.
Le\ reatriclions territoriales a l’usage du sango. Pendant IÛ période coloniale, le français était
la langue oflicielle dc la Ccntrafrique, la langue de l’éducation, l’un des critères permettant à
un Africain d’être considéré comme évolué, et le seul moyen de promotion socio-économique.
169
Willium-J. Samurin
Le anngo était pnrIC non sc~~Icmcnt dans Ics autres tcn-itoires de I’Afriquc Équutoriale Fran-
$:iisc, mais ausi dan\ ICS partie5 avoisinantes du Cameroun et du Congo belge. «Avant
l’indépendance », Ccrit Philip Nos, qui il longtcmpa vêtu XI Cameroun, « Ic tango était IIIE
langue commerciale qui servait XIX échangea., dc Dou;da à Bangui, ù Fort Lamy et j Douala.
C’était une langue importu~tc dc cola bleus dc RCA travaillant au Camct-oun » (communica-
tion pcrwnncllc, Y mx\ lY9X). Après I’indépcnduvx, le ungo Ü été dCfwori\é et de5 tcnla-
tives de forcer ceux qui le parlaient à retourner en RCA ont été liiitcs. Au Zil’re, Iç long dc
l’Oubangui, le lingala Ü remplacé le sango con~mc langue véhiculaire. Ces f;lcteurs sociopoli-
tiques et écologique on1 dû jouer un rôle dans Iü conscience croi5sünte des Centrafricains
d’Strc Ccntrnfricain\ ct wngophones”‘.
Conclusion
Les forces externes a I’œuvrc dans le sang” bont d’un certain point dc wc scmhhlbles h
celle\ qu’ont connues d’autrch langues lor\clu’cllcs wnt tIcvenues des instruments écrits pou1
une communauté linguistique - ct q>écialement ccllc d’un État. Standardi,ntion ebt un mot qui
a 6tC utilisC p«urcarnctéri~crcertains de\ aspects dc telles histoirea linguistique\. L’histoire des
standardisütions est caractérisCe pur un continuum qui V;I dc peu d’alt&;ltions de la langue à
beaucoup d‘altérations. L’histoire Idcente du sango est certainement un exemple de ce cris
cxtrCmç. II a Cté aménag6 3 Iwge échelle et sur des initiative\ personnelles, et ni par une agcncc
poa\èdant le pouvoir d’effectuer de5 changcmcnts ni d’une manii-rc planili6c.
Appeler cette langue le ungo standard est non xulcmcnt prCmntut-C, milis Iàux. Le tcrmc est
cependant utilisf par Ics élitca cl par ceux qui Ici. imitent, bien qu’il n’y ait pas lieu dc diatin-
gwr unç variétC « standxd » d’une varifté gl-@ire au sens largement admis par Ics
wciolinguistcs : une fol-me qui est proche dc In langue écrite ct une wtrc pnrlCc par le pcuplc
hors des contraintes de la variCtC apprix il I’6colc. Cinscrtion dc cc wngo standard dans les
discours wr 121RCA ct \cs Innguc\ constitw donc la création d’une réalitC lictivc. Lca forcei,
cxterncs rapidcmcnt dc’crites dans ce tcxte sont à IÛ fois exocentriclue et endoccntriquc : Icb
premières sont formées de ceux qui sont tourné\ vçrs I’cxtCricur du p”y\ (ct plus pxticulière-
ment vers la France), les wxndcs vicnncnt dc I~I RCA clic-I~&II~. Le plus important dans ces
dcrni5rcs ont EtC Ic\ tendance\ conwicntçs et mconscientcs à rapprocher le sango de la langue
qui lui a dont16 In:lissmce au XIX< siècle. Le résultnt est une langue synthCticluc.
171
Atelier Afrique Noire 2
Introduction
L’activité épilinguistiquc (CANUT, l998)2 concerne la perception qu’ont les locuteurs des
lectea’ conçue comme une co-construction pcrmanentc au cours de l’interaction ct constituée
de l’enscmhle des discours antérieurs sur ces lettes (interdiscursivitC). Nous nc pouvons
évoquer l‘activité épilinguistique qu’à travers les « traces » vcrhala ct non verbales repérées
dan? les interaction\ langagières. Ceüe perspective implique de concevoir le rapport des stl,icts
aux lectcs dans le cadre global de I‘hiatoirc des sociCt& et de la constitution des Étatsdans
173
Schéma 1. Processus de construction de l’activité épilinguistique.
Face 2 la pluralité des Icctes, le\ loculeurî tcntcnt wuvcnt de renforcer leur lien à un lectc
d’origine, un « idéal dc langw », même s’ils nc le parlent pas. Au Mali cela put SC traduire
par la Ianguc de I’cn~ancc, de la famille, des ancêtres, d’un pbrc dkédé, etc. À ce niveau, la
diK&cncc cntrc la France et le Mali est très ncttc : ce rapport aux lectcs d’origine est la plupart
du temps occulté par lea Français’ alors qu’il est prépondérant au Mali (langue dc r;l~~achcmcnt
à la lignée, à la communaulC d’origine). Cc lien d’appartenance a donn5 naissance a la notion
dc « langt~c identilairc » (Maiga : àparaître)ccqui mc paraît ttrulcl’ois lnapproprié,j‘y reviendrai.
Face ?I cc processus, qui corrc\p«nd au prcmicr mouvement d’homofénCi\ation mai\ B un
niveau second ceue foi\ (mn limpuc [xc aux autre\), une 3utrc lcndancc con\islc CI valori5el
un lette qui s’impose socinlcmcnt (le hamhara de Bamako au Mali) w politiquement (le fran-
sais standard cn Frnncc. au Mali, nu Sénégnl, etc., I’arahc IittCrare nu Maghreb). comme la
rClcrcncc de preîtigc. la « langue idéale ». nCccîsnirc B l’insertion dans la vie wcialc. écono-
mique, poIltique, etc. Suivant la caî, clic pcul acqufrlr ce statut dan5 les rcpv%cnlations de pal
sa position haute au nivcnu politique (langue officielle cn France ou au Ma&ch) ou twt
simplcmcnt par wn rôle vChiculaire, social et Cconomiquc dan\ un l%at (le hambara au Mali,
lanfuc dite de la « modernité 8, de la « c;lpiCalc », « du pain j,, etc.).
Tous les discours politiques à ce niveau tendent alors à l’aire de la « langue idfalc » ont langue
première, ~nntcrncllc’ et à réduire le rapport identitaire aux Inngucs prcmièrcs au protit dc la
langue dc la nation, c’est-à-dire à remplacer 1’ « idCa1 dc langue » pw la « langue idCale ». Le
frnnçak standard est détini depuis plus de cinq siècles comme la langue « pure », « claire »,
« littéraire »par excellence : le critère de l’écrit est alon préscnt6 comme fondamental (Canut :
1998) 8, On sait que ca discours ont eu une eflicacitC trbr ncttc cn France ct au Maghreb hç
traduisant par des phénomènes de rejet ct d’ « auto-odi » de la part des Iocutcurs du breton, de
l’occitan, du bcrbèrc, etc., puis par l’abandon de ces langues par une très forte majorité de locu-
teurs. Même SI les discours anti-centralisant ont un impact nouvca~~ aujourd’hui dana difl’&
rcntcs regions, lea lettes, eux, disparaissent progrcsaivcmcnt. Seul un changement en matière
dc politique linguistique pçul rcnvcrscr la tcndancc, co~mn~ cn Catalogne. Toutelois, cet
cxcmplc montre une foi5 encore que I’homogénéisatiol~ forcée est bien le fat des politiques
puisque Ics enfants de langue première castillane sont obligés d’étudier en catalan à Barcelone.
On relrouve le même achémn hiCrarchisant au niveau dc la valorisation, à I’intCrieur d’une
même langue, dc la norme prcacriptivc ou des formes standardiks auxquelles les Françnk,
par exemple, se soumettent et soumettent leurs enfanta dès le plus jeune âge.
Dans les pays al’ricains coloni& par la France, I’impwition actuelle du l’ranc;aia n’entraîne
pas Ic même ellèt car leh languca alricaincs, nullcmcnt intcrditcs par leh poliliques, notamment
lorxlu’elles bont véhiculaires, continuent d’être Iwgement utihsées et possèdent des rôles
sociaux et économiques (voire politiques) très importants.
On a wuvent par16 de « politique linguialiquc par déliut » ou cl’« abscncc de politique
linguiatiquc » au Mali con~mc dans d’autres pays africains. Les raisons qui ont pou& Ics
dictateurs à conserver Ic français comme langue oflicielle sont multiples. II est évident que lea
gouvernements ont profité de la situation de prestige que leur ol’i’raicnc Ic français pour
rcnl’orccr I’aswjcttiwx~cnt des popuh~iona très peu nombreuaer b utiliser ccttc langtic.
Depuis la dCmocl-ütisütion dc certains Etat, comme le Mali, il existe ccpcndant une réelle
volonté de changement.
Les arguments concernant lea conllits « cthniqucb » wnt au Mali, par cxcmplc, peu
rcccvablcs : 10 Songhay, citCs parmi le5 plu rCaiatants au bambam, nc sont en tait pas ai
hostiles à l’imposition du bambara comme langue co-ofticiclle avec le frnnçaia”. Avec les
Tamasheq, les conllits sont esentiellement politiques. On connaît touteloi~ 13 l’orce des politi-
ques pour utiliser Iea dil’l’érences entre la cthnica, pour dCt«urncr la notion mCmc d’ethnie
(I()rcémcnt « oppwées » !), alin dc renlorccr Ics contlits politiques (CI/. les récents conllits nu
Rwanda par exemple).
Les a,-guments « économiques », eu égard-à cc qui SC passe en Al’riquc de l’Est où la cocxis-
tente de pluaieura languea aux diftikcnts niveaux scolairci, 131 clkctive, nc aon( pas non plua
toujours pertinenl\.
176
L’ensemble de ces raisons vient plu& conforter une vision « centralisatrice » de type fran-
çais et favorahlc à la francophonie : il faut choisir une sculc,langue, Ic français, puisque les
langues (ct les ethnies) sont en conflit et puisque «les Etats n’ont paî les moyens du
plurilinguisme ».
Pourtant, leb États nowellcmcnt ouverts à la démocratie ne semblent pas désireux de suivre
ce modèle el pour cause”). La revalorisation « dea » langues tnalicnncs prend un nouvel essot
notamment j travers la réactualisation des expérimentations de? écoles bilingues (fmnçaiu-
bnmbnralaonghay/peul/t~mashcq) qui dcvraicnt ne généraliser une fois que tous les paramètres
seront réuni5 pour asww la réusite de cette entreprise. Toutefois, la question des représenta-
tions via-?-vis dc ces écoles se pose : les Maliens, a juste titre, ne sont pas prêt? à envoyer leurs
enfants danr ces écoles déconsidérécî, dites « au rabais », puicquc les haut~foncti«nnaires, CU,
continueront d’envoyer Icurs enfants dans les écoles françaises ou en Europe. Cette question
fondamentale devra êlre réglée par les gouvernements qui ne pourront se contenter de profét-er
de beaux discourt mais qui devront les faire suivre de comportcmcnts exemplaires pour que ne
SC desîine pas un paysage scolaire b double vitcssc et un refus de\ populations.
II me semble que Ics raisons principales qui poussent certains chef d’État à cette valorisation
du plurilinguismc au niveau officiel (et qui empêchait en partic toute prise de décisions aupa-
ravanl) rEsidcnt dans une vision différente dcî situations plurilingueî et dc la notion de Nation.
La conception de la coexistence des langues BU Mali, et Grement ailleurs, n’a jamais été celle
de la France (homogénéisati»n) mais au contraire, les représentation5 de5 Maliens, les diri-
geants Ic wvenl, sont construites autour du plurilinguismc comme une donnée essentielle de la
culture ct de IÛ société. Pas plus que le français, le bamhara ne peut Stl-e actuellement la seule
langue imposée au Mali : même si ces deux langues deviennent majeures dans le panorama
sociolinguisliquc malien à venir, ce fait n’entraînerajamais de dCvalorisati«n ou d’interdiction
des aulrcs langucî, toute la différence est 18. La politique n’est ni centralisatrice, ni homogé-
n&sante même $i elle doit répondre ?t la demande cn matière d’éducation.
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II cd toujotm possible de focaliser I’analysc wr ces CÛS (ce que j’ai fait en partie prCcCdcm-
ment dans mon doctorat) pour ICgitimcr unç vision du « conflit » linguistique. Mais il me paraît
plus évident aujourd’hui dc I-Ctléchir sur cette dlllërcncc majcurc cntl-e les Ireprésentations
étudiCcs au Mali ct en France, à partir de l’interaction cntl-c D.E. des locuteurs et D.E. dca
gouvernants, afin de proposer une annlysc n011vcIIc.
Notre culture monolingue ct notre histoire linguistique tr& centrnlismw ont probablement
joue dans cette vision çt ont cntraîné un amalgame entre galion du plurllinguisme au qwtldien
et gcstiw dc\ politIquea. La notion d’identité! ou dc communauté linguistique, twjours XI
singulier, ebt symptomatique de ccttc viai«n. Les locuteurs maliens cn rattachant leur langue a
une origine ne conçoivent pa\ du tout cette identité comme exclusive, au contraire : « Quand
je suis à Paris, jc suis Mnlicnne, quand je suis à Bamako jc suis Pculc CI quand je wis dans mon
village, jç wis Pculc du Guimbala » (femme pculc). Cc rattachement ü un « idéal dc langue »
Içur permet, du fait de leur pratique plurilinguc d& le plus jeune âge, de nc pas con\idCrcr ley
autres langues comme antagoniatca. On ne se définit pas par une swlç identité : de multiples
identité se conb~ruisçnt au cours do interactions, x modilient ct \ç défont selon l’interlocu-
tcur, Ic heu, etc. Le plurillnguismc n’est pas consid&6 par les fcns comtnc un prohl?mc : Ich
conflits naissent benucoup plus dc la politisation dc cette question que dc la gc\ti«n au quoti-
dien des langues.
Amsi, comme pour la notion d’ethnie, Ics notionr tl’&xiitC ou de communauté linguistique
2111aingulicr ou encore de Iünpuc identitairç (voire « ethnique x) ne se ju\tilient nullement : les
locuteurs ont conscience dc I’hEtCrogEnCltC linguistique et sociolinFuistiqtic. S’il existe un
rapport priwlégiC avec la langue du ~CI-c, de la lign&, etc., CÇIIC idcntitC n‘est pas la seule et
n’e\t jamais (ou tl-i-L; rxemcnt) revendiquée comme unique. Au contrail-e, elle pcrmet, cnwhc,
dc SC positvxnct- face aux autres, d’cntrcr dans de multiples communaut& lingui\liqucs sans
pour autant perdre la prcmi?rc : « chxun aime sa langue, chacun cbt :I~X sa langue, c’e\t
normal ».
Lc plurilinguiçme n’cntl-aîne donc pa5 n&xxaircmcnt dc conflit. Le nombre croihwU dc
code mlxing (m6langcï de languch) dims Ic\ capitale\ africaines c5t une des preuve\ majeures
dc cet équilibre entre « I~omtrgCnCisation » ct « hétér«généisati«n ». L’abscncc de norme pres-
criptive (Canot, ù pxnîtrc) au niveau des formea linguistiqtu est aussi d6tcïminantc dana CC~
chnngcmcnts : les langues maliennes n‘Ctant pas impliquées dans l’application linguistique
(École. grammaire, etc.), il n’y a pas dç valorisation d’une seule variante. Lc « tout homogène >>
(Derrida : 1992) qui dCtcrminc Ic diacours des Français, et ~uqucl pcrwnne n‘échappe vrai-
ment, n’a pas lieu d‘Ctrc uu Mali.
En dehors dc\ considCrntiona ct des int~rî-ts purement polltiqucs dei, chcl d’État afi-icam<,
il est intéressrnt de comprcndrc, par ce biais, l’;ibsencc de choix CII mat?rc de langues. Ce
raiwnnemcnt du choix, nC de\ politiques ccntruliutriccs, ne col-rcspond pas ü 13 culture du
paya cn question même si pour de multiples raison\ (Cconomiquc, entrée dans un achCma poli-
tique de type occidental : construction dc\ États-Nations, t’cole, etc.) cc choix s’impow plus
ou moins.
Dans la plupart des ca, les contraintes Cconomiqucs an?ncnt b dire que les gouvernements
n’auront pas Ic choix des langtu. Pourtant, lorsqu’on regarde du côté dc I’Al’riquc dc l‘Est”,
on rcmarquc qu’il en va diff6rcmmcnt. En Éthiopie, Ic gouvernement a acccptÇ Ic découpage
cn 13 provinces CI lc plul-llinguiwx en matière de xolarisation. Au Kenya la enf;mts appren-
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ncnt dans les langueî rnntcrnelles, pnîscnt cnwitc au swühili puis h l’anglais, etc. La divcrait6
linguistique est donc possible et surtout applicable ÜU niveau dc la scolaritf cn Afrique.
Revenons j notre rôle dc sociolinguiste\. Si nous cherchons la G~rwe rks /trng~e.r en
Afrique. nous la trouverons. En demandant à un locuteur qucllc langue il préfère, quelle langue
il trouve la plus belle, ~~LIS induisons SC\ rcprCscntation~ et nous préconstruisons sa r6ponse”.
II me semble que nous n’insittow paq asseï Fur les raisons cïsenliellcmcnt politiques ct sur le
rôle des motl~lc~ occidentaux à ce niveau de I’fvolution dc la rwhcrchc sur la coexistence des
langues.
Je reviens alorî à ma question prbalablc. Si, nu Mali, Ics locuteurs répondent à WC française
qu’ils refusent l’imposition du lxunbara comme langue ofliciellc alors qu’h un malien, ils
disent Ic contraire, cc n’est pas une évolution soudaine dc leur pcrccption. Mon statut et mon
discoul-s, perçu implicitement par la situation d’cnqu?tc, Ctnit pl-ohablement pétri de ccttc
vision « homog&éismte » que l’on porlc malgré soi. Cette perception vient dc & loin : elle
montre le poid\, d’une part, dc I‘interdiscursivitC dans I’activitC Cpilinguistiquc, et, d’autre
part, dc son ambivalence selon les conditions d’interaction (ici, wrtout, I’interlocutcur).
Depuis la colonisation, la vision homogfn&iaantc qu’elle impose est un lktcur important dnnh
In construction dc\ repréxntationh linguistiquec des Maliens, notamment dcï Içttrés, trCç pmc-
criptifs. L’Ccolc dc type fl-anc;aise et « en français » poursuit cncorc actucllcment cette impré-
gnation dans un modèle de perceptions « français ».
Touterois, les dixours XI Mali SC rattachent aussi 5 I’autrc pfile, celui de I’hétCrogCnCitC CI
d’une vision « pnciliquc » dc la cocxistcnce des langues, indiquant par là-même que I’accultw
ration est loin tl’êtrc totale. I.«rsque les Songhay déclarent ‘3 A. Maiga qtl’ilc acceptent le
bambara nu niveau ofticiel, ils se positionnent dam une pcrspcctive d’« hétérogénéisation ».
Ces amhivnlences nc \Ont pas simple% et nécessitent la plus grande prudence dans I’analysc.
II s’agit de réfléchir WI l’impact des proceaws épilinguistiques prcmicrs (hCtérogCnéisatiol1 vs
homogCnCIwti«n) ct second (taxions épilinguiatiqucs) dan\ le? wciCtEs et dans les discours.
La réflexion qui ye pose au linguiste est d’ordre Cpicknologique : pouvons-nous nous ab,trairc
de no? propres représentations cn matikrc dc langue construites dan\ un univers culturel ccntl-a-
lisant ct homogénéisant par cxcmple’? Les discours recueilli% par un(c) Français(e) au Mali
peuvent-ils être analysés WI<; être douhl& par un même recueil cffcctué par un(e) Malien (ne)?
La nécessité d‘cntreprendrc des rechcrchcs ?I « plusieurs voix » telles que le font N. Thiam,
C. Juillard, M.-L. Moreau, C~C., au SEnCgal apparaît indispensable.
Plus globalctncnt, la constlwction dc la linguistiquç autour d‘un mknc p6lc homogfnéisûnt,
«la languc », jamais vraiment remiw cn cause, mCmc par Ics sociolinguistes”, pose la ques-
tion dc l’impact de l’activité épilinguistiquc dans Ics sciences du Iangngc et repose csscntiel-
lement sur Ic poids dc I’intcrdi\cur\ivité dans la constitution de I’activitC Cpilinguistique.
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Atelier Afrique Noire 2
Jill Taylor
Celte intervention wra basée sur une enqui% que j’ai menée au SénCgal et au Kenya cn 1991
(23 heures d’mterviews enregiawées), portant sur les changemenla de code, les m6langes
linguistiques, la relation en g&nCral entre les langues indigènes et la langue des colons et les
implications des différentes politiques linguiatiqucî des [Link] coloniaux.
L’ignorance, pour ne par dire l’indifférence. quant à la situation linguistique cn Afrique
remonte très loin. C’est en 1967 que le profeweur P. Alexandre raconte, parmi tant d’autres
anecdotes, qui rappellent toutes la même histoire. avoir rCpondu au téléphone 3 la SOAS
(School of Oriental and African Studics) pour cntcndrc les mots immor(alisés : êtes vous Ic
professeur Africain? (de la langue africaine sous cntandu).
Depuis si nous avons repéré près dc 2000 variétés linguistiques en Afrique, Ics non-spécia-
listes ont toujours du mal à leur accorder le ?tatul de langue : elle\ T’appellent plutôt patois,
dialcclcs, créole\ ou leurs langues. Cette réticence témoigne du peu de valeur dont on les
investit. En dernière position dans la hiérarchie linguistique, il n’est pas étonnant que,
d’après certains, l’Afrique puiusc très bien s’en passer. Et pourtant la destruction tnns+e des
langues pendant la période coloniale nouT a conduits à accuser aujourd’hui ceux qui faisaient
preuve de cette attitude de vandalisme linguistique. Les français ont ,justifiC leur propre poli-
tique en parlant d’opportunité : chaque petit Africain aurait l’occasion d’acquérir une langue
qui lui donnerait accès B twtc une sagesse, toute une culture qui n’étaient bien sûr pas ley
siennes.
En France, au début du siècle, la mêmç situation a abouti à. l’extinction quasi absolue des
langue5 régionaleî, mais dans I’assurancc que tout citoyen franc;ais pourrait patiiciper pleine-
ment a la vie wcio-économique du psy?. Cela veut dire ce que cela veut dire. Le? anglais, plus
tolérants, ont permis, tout en enseignant I’anglak que les autres cours soient donnés dans les
langues indigènes. Résultats décevan~a pour nous autre? idéalistes : le niveau anglais atteint est
main? impressionnant que Ic niveau dc français dans les pays francophones; Ics langue? indi-
gènes mieux soutenues.
Nous avons traité d’intervenlionniates les dCcideur\ dc la période coloniale. Aujourd’hui
nouî rcsncntonî la responsabilité dc choisir une langue pour l’Afrique. Bien Gr, la 4tuation
n’est pas la même : nou$ nc cherchons pas ZI imposer une langue, mais 3 protCgcr celles qui
vivaient bien avant les effets dévaîlnteurs de notre arrivée sur place. S’il est facile d’effacer une
langue sans tract, il eït presque impossible dc ramener h la vie une langue dé.$ en voit de
disparition. Peut-être serait-ce même un tort. II est évident que l’on ne peut pas faire marche
arrière, et [Link] la langue des anciens maîtres.
Ce serait dkjà prok~ndémcnt stupide de s’exclure d’ernblk de la vie internntionale, jeter wn
passeport au premier monde des pays les plus richca est un suicide économique, aurtoul dans
le contexte de la mondiali\ati»n où le monde entier sera de plus en plus appel& ?i a’exprimcï
dans une langue étrangère (surtout en anglais). Mais, il ne faut pas pour autant brûler les étapes.
La préwmption dc la supériorité du premier monde est pour la plupart Economique. Former
des africains monolingue? ne parlant qu’une langue européenne reviendrait à créer dca
apatrides. des bâtard\, des clowns dan? un monde à deux vitesses, car cette langue leur aumit
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Jill Tuylot
élé prêtée, il5 ne 13 poséderaient pas dc la mCmc manifrc que les européens, tout en ayant
perdu non seulement leur langue maternelle, mais aussi la culture qu’elle personnifiait.
Pour promouvoir ou du moins protéger Ics langues indigènes que l’on appcllc plus digne-
ment de nos jours langues nationülea, on estime qu’il faudrait Ics Ccrirc. Problkc double.
Premièrement, comment alphabétiser I’Ali-iquc sans privilCgier une langue internationale ou
une langue nationale’! Deuxièmcmenl, CC~ langues sont I’cxprcssion d’une culture orale ct Icur
donner une forme kcrne, aurait des implications pow la vit dc toute une sociEtC. Ces problfmcs
ne sont pas insurmontables dans l’absolu : II est tout aussi poasiblc d’écril-c Ic ouolof que JC
diola, ct lc choix de la langue à enseigner à l’école se lerait en go-os, selon la langue parlée dans
chaque région, c’est-à-dire \~Ion la langue des habitant\. Mai5 sur Ic plan pratique, comment
donner dans les dClais, voire simultanément, une forme Ccl-itc à toutes Ics hmgucs d’At’-iquc
sans que les langues de la majorité s’imposent et que celles des I-égions la plus dkavwtagécs
sombrent dans l’oubli? 11 va sms dire qu’il faut accorder la même importance 3 chacune de ces
langues. Selon G. Lcp~9~y, en parlant de l’Europe, c’est I’us~gc qui dkidc du nombre dc
langue dont nous avons besoin. Le l’ait qu’un si grand nombre de variété\ pal-ICes cn Ai’riquc
aient wrvCcu, malgré In politique de la suppression, consciente ou non, est justement la preuve
dc la fol-cc sociale poaitivc dc ces variCtC5. Et c’est jubtcmcnt au niveau local, c’est-h-dire au
niveau du peuple ct dc Icurs langues, la prcuvc que sculc une alphabCtiaation l’onctionncllc ct
efficace sera poaalble. Évidemment ces propositions coûtent cher, mais toujours moins cher
que les lourdes conaGquencea de I’anéantisscmcnt d’une civilisation entière, et qu’il faut donc
convaincrç Içs pouvoirs publics, les bailleurs dc l’onds ct Ics instances d’nidc dc Icur vnlcur.
Une première condition de toute nouvelle méthode sera qu’cllc soit cfticacc, cc qui trop
souvent n’a pa été le ca, par le passé. A cet t’gard, c’est S~I-tout les analphabètca en question qu‘il
faut pcrsuadcr de I’utilitC dc I’alphabéti\ati«n, ca Ic suc& dc toute méthode dCpcnd dc Icur
propre collaboration dans la répartition dei, connaiasanccs. L’évaluation dc la valcw des
méthodes portera sur leur pertinence immédiate, c’est-à-dire l’utilité dans les activités de la vit
quotidicnnc Iocalcct IarnpiditCdc lamix cn place de I’enaeignement (il I:,tutpouvoiracquérir les
bacs cn un mois ou deux ct non pas wt’plukxr\ annCe\). Les bénc’licch de I’alphabCtiwtion cn
langues locales SC traduisent par l’adduction d’eau ou In bonne gestion de comptes agricoles ou
une malleure coopération avec les instancca d’aide qui aboutit à une responwbilisation locale
plu& importante. Une alphabétisation intcllcctuclle ou virtucllc, dc nature anonyme et abwaite,
ne wut-ait avoir qu’un intCrCt limit6, donnant ac&s h une culture lointaine, ou pire, risque dc
auxiterdesrivalitésou desconflits inutilcscntrcgroupcs linguistiquesdifférents Iboù laprioritt’
devrait être la survie de 10~s cl le respect de l’identité individucllc. Au lieu de chercher à imposer
uncunilicationprécipitéç,ccclui riaqucd’;~illcursdccrEcrplu~dcdivisions,il Iàutlaiaacrl’~lnili-
cation ce l’aire d’elle même. Cela vaut aussi pour Ics vwiétés à I’intéricurdcs langues nationales,
et il est clair qu‘il n’est pas de système écl-it assez riche ~OUI- 31-c fidèle à toutcs les variétés orales
clt~cllcsque~oientlalangueet lapauvretédcl‘écritpourexprirncrtoutcsIcasubtilitésdclalanguc
orale cbl un probkme Clcrncl. Les probl6mcs à évitct-provicnncnt des tkiaions orthographiques
pouvant donner lieu à penser que l’on pl-iwlEgic une vxICtC r6gionalc nu dCpcnd d’une auto-c.
Ainsi, c’est en insistant sur les incapacités de l’écrit par rappwt à I’oI-al, en Inême temps que sur
Icb avantages tangibles qu’il amènera, que l’on réussira à répandre une alphabétiwtion l’onction-
ncllc tout çn conservant unç rcpréwntation linguistique vivant dc chaque gl-oupc culturel.
II est clair que dès que l’on introduit l‘alphabétiame, on change de culture. De toute façon,
une culture or& concurrcncéc par une culture qui bénélicie du soutien d’une langue interna-
tionalc écrite, risque dc di\paraîtrc 10~1 courl. À I’Cpoque dc la mondialisation, I’Ali-iquc SC
voit non sculcment obligée de changer, mais témoigne d’une modilication dans ses besoins et
aurlout du désir dc participer de son propre gré. La promesse qu’il y aura assez à manger pour
tou\. grâce 3 la coopEration à l’échcllc mondiale, çst ccrtcb très attirante : le5 questions d’ordre
idCologiquc, lorsqu’on crevc dc fàim sont souvent rclCguCo au second rang. Ix probleme SC
définit moins par une Afrique qui sera laissée de côté que par une Afrique dont l’adhésion, à
l’orce de vouloir aller trop vite, risque d’être trop cher payée.
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