M Rabaud NotesCoursL3 FIP
M Rabaud NotesCoursL3 FIP
L ICENCE 3
F ORMATION I NTERUNIVERSITAIRE DE P HYSIQUE
...........................................................................................
Marc Rabaud
Laboratoire FAST, bât. 502, 91405 Orsay cedex
rabaud@[Link]
"Dompter la vague avec une planche", Jean-Michel Courty et Édouard Kierlik, Pour la Science
466 - Août 2016.
2
Table des matières
3 Le théorème du transport 29
3.1 Notion de volume de contrôle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
3.2 Théorème de Leibnitz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
3.3 Théorème du transport d’une fonction scalaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
3.4 Conservation de la masse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
3
4 TABLE DES MATIÈRES
3.4.1 Démonstration . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.4.2 Cas particulier d’un fluide incompressible. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.5 Théorème du transport d’une fonction vectorielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.6 Application au transport de la quantité de mouvement . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
3.7 Application à la traînée d’un cylindre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
3.8 Transport de l’énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
6 La tension de surface 55
6.1 Origine microscopique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
6.2 La loi de Laplace . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
6.3 Angle de mouillage macroscopique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
6.3.1 Loi d’équilibre d’Young-Dupré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
6.3.2 Hystérésis de l’angle de contact . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
6.4 Effet de la gravité et longueur capillaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
6.5 La mesure de la tension superficielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
6.5.1 La loi de Jurin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
6.5.2 Lame de Wilhelmy et anneau de Noüy . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
6.5.3 Méthode de la goutte pendante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
6.5.4 Méthode de la goutte tournante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
6.6 Effet de la température sur la tension de surface (effet Marangoni) . . . . . . . . . . 66
6.7 Les tensioactifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
TABLE DES MATIÈRES 5
9 La viscosité 103
9.1 Tenseur des déformations [] (strain tensor) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
9.2 Tenseur des taux de déformation ou tenseur des gradients de vitesse [G] . . . . . . . 104
9.2.1 Décomposition d’un tenseur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
9.2.2 Partie symétrique de [G] ou tenseur [e] des déformations pures . . . . . . . . 105
9.2.3 Partie antisymétrique de [G] ou tenseur [ω] des rotations pures . . . . . . . . 105
9.3 Equation constitutive des fluides newtoniens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
9.4 Divergence du tenseur des contraintes visqueuses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
9.5 Equation de Navier-Stokes pour un fluide newtonien . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
9.6 Signification physique de la viscosité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
9.7 Mesure de la viscosité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
6 TABLE DES MATIÈRES
20 Formulaire 245
20.1 Opérateurs différentiels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 245
20.2 Conservation de la masse et équation de Navier–Stokes . . . . . . . . . . . . . . . . 248
10 TABLE DES MATIÈRES
Chapitre 1
Sommaire
1.1 Qu’est-ce qu’un fluide ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.2 Notion d’échelle mésoscopique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.3 Notion de « particule fluide » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.4 Vitesse d’une particule fluide . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.4.1 Quelques techniques de mesure de vitesse (vélocimétrie) . . . . . . . . . . 13
1.5 Trajectoire de particules, lignes d’émission, de courant et de temps . . . . . . . 13
1.5.1 Trajectoire de particule (particle path) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.5.2 Ligne d’émission (streakline) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.5.3 Ligne de courant (streamline) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.5.4 Ligne de temps (timeline) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.5.5 Changement de référentiel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.6 Fonction de courant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
1.6.1 Ecoulement plan incompressible en coordonnées cartésiennes ou polaires
planes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
1.6.2 Ecoulement axisymétique - Fonction de Stokes - . . . . . . . . . . . . . . 16
1.7 Dérivée locale et dérivée particulaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.8 Description eulérienne et description lagrangienne des champs . . . . . . . . . 18
11
12 CHAPITRE 1. NOTION DE MILIEU CONTINU
Echelle microscopique λ
C’est l’échelle des molécules de fluides (libre parcours moyen λ ou temps moyen entre colli-
sion τ ). Sur cette échelle les particules ont des trajectoires balistiques (mouvement brownien)
avec une vitesse microscopique moyenne donnée par la température.
Echelle mésoscopique δ
C’est une échelle de taille supérieure à quelques dizaines de libre parcours moyen. A cette
échelle on peut déjà effectuer une moyenne spatiale sur un volume, moyenne relativement
significative et peu fluctuante car il y aura déjà quelques milliers de particules, et définir une
vitesse moyenne sur ce volume. Ce volume mésoscopique porte le nom de particule fluide. A
l’équilibre thermodynamique, la distribution de vitesse brownienne est isotrope et l’on trouve
une vitesse moyenne ou vitesse fluide nulle. Hors équilibre, par exemple avec une pression
inhomogène, il existe un écoulement et donc une vitesse non nulle de la particule fluide.
Echelle macroscopique L
C’est l’échelle de variation des champs de vecteurs (vitesse ~v , accélération ~a, . . . ) ou scalaire
(pression P , masse volumique ρ, température T , . . . ). Si cette échelle est suffisamment grande
devant l’échelle mésoscopique, on peut faire de la Physique du milieu continu, c’est-à-dire
supposer que les grandeurs sont définies en tout point ~r et tout temps t, on écrira par exemple
~v (~r, t) ou ρ(~r, t).
1. S. Chapman et T. G. Cowling, The Mathematical Theory of Nonuniform Gases. Cambridge University Press, 1960
1.4. VITESSE D’UNE PARTICULE FLUIDE 13
La vitesse d’une particule fluide est la moyenne sur son volume mésoscopique de la vitesse de
chacune des molécules présentes à cet instant dans le volume. Notons que ce ne sont pas toujours les
mêmes molécules qui constituent la particule fluide, certaines rentrent, d’autres sortent (ce phénomène
caractérise la diffusion moléculaire).
Le mouvement d’une particule fluide peut toujours se décomposer en un mouvement de translation
(donné par la vitesse ~v ), de rotation (donné par un vecteur rotation instantané ω
~ appelé en mécanique
∂vi
des fluides vorticité) et de déformation (donné par le tenseur des gradients de vitesse [ ∂x j
]). Nous
reverrons ce point dans le chapitre 3.
Voici quelques exemples des techniques classiques de mesure des vitesses dans un fluide.
— Mesure de forces ou de couples et étalonnage. Robuste, simple mais peu précis et perturbant
l’écoulement.
— Suivi de particules (particle tracking) par exemple un ballon atmosphérique, une tâche de
colorant, . . . C’est une mesure dite lagrangienne car mesurée en suivant un objet à différents
instants et donc à différentes positions et non pas en un point fixe.
— Anémométrie à fil chaud. On mesure le refroidissement d’un fil mince parcouru par un courant
électrique. Permet d’atteindre 105 mesures par seconde.
— Anémométrie laser (LDV : Laser Doppler Velocimetry). Basée sur la détection de la lumière
émise par une particule traversant l’intersection de deux faisceaux lasers. Mesure non pertur-
bative d’une composante de la vitesse en un point. Nécessite un fluide transparent.
— Anémométrie Doppler ultrasonore. Basé sur le décalage Doppler d’une impulsion acoustique
réfléchie par une particule. Permet la mesure des vitesses longitudinales sur toute une ligne de
visée.
— Vélocimétrie par image de particules (PIV : Particle Image Velocimetry). Basé sur la corréla-
tion entre des portions d’images successives où de petites particules solides transportées par
le fluide sont rendues visibles par un fort éclairage (par exemple un plan laser). Cette tech-
nique permet d’obtenir par calcul informatique un champ de vitesse sur un maillage du plan
des images, où plus précisément les deux composantes de la vitesse contenues dans le plan de
l’image.
Les figures 1.1 et 1.2 présentent les vecteurs vitesse projetés dans un plan sur un maillage régulier.
Les données pouvant venir de simulations numériques ou de mesures expérimentales.
De nombreuses techniques expérimentales sont utilisées pour comprendre la structure d’un écou-
lement. Elles conduisent à introduire les notions de trajectoire de particules, de ligne d’émission, de
ligne de courant ou de ligne de temps. Les trois premières sont équivalentes pour un écoulement sta-
tionnaire (∂/∂t = 0). Ce n’est que pour un écoulement instationnaire que ces notions sont différentes.
14 CHAPITRE 1. NOTION DE MILIEU CONTINU
F IGURE 1.1 – Carte météorologique de prévi- F IGURE 1.2 – Champ de vitesse turbulent me-
sion des vents. suré par PIV.
Position à un instant t d’un ligne marquée dans le fluide à un instant initial et transportée (on dit
advectée ou convectée) ensuite par l’écoulement. Elles sont assez facile à réaliser expérimentalement
et donnent une idée de la composante du vecteur vitesse normale (perpendiculaire) à la ligne.
Un écoulement stationnaire dans un certain référentiel peut ne pas l’être dans un autre. De ce
fait la transformation de ces différentes lignes n’est pas évidente comme l’illustre la série de figures
suivantes :
F IGURE 1.5 – Trajectoires de particules dans le F IGURE 1.6 – Trajectoire de particules piégées
référentiel où le fluide est au repos et où le cy- dans les tourbillons de recirculation dans le ré-
lindre se déplace de droite à gauche. D’après férentiel où le fluide est au repos (noter l’échelle
Réf. [50] p. 78. transverse dilatée). D’après Réf. [50] p. 79.
16 CHAPITRE 1. NOTION DE MILIEU CONTINU
F IGURE 1.7 – Lignes d’émission dans le référentiel où le fluide est au repos. D’après Réf. [50] p. 79.
∂ψ
soit u = et v = − ∂ψ
∂y ∂x . La variable scalaire ψ est appelé la fonction de courant car elle garde
une valeur constante sur une ligne de courant (∇ ~ (ψ) · ~v = 0).
Nota : Le débit par unité de longueur transverse est constant entre deux lignes de courant et vaut
RB →
− RB →
− RB
Qv = A ~u · ds = A ( ∂ψ ex − ∂ψ
∂y ~ ey ) · ( dl ∧ ~ez ) = A dψ = ψB − ψA .
∂x ~
— En coordonnées sphériques : ~v = (ur (r, θ), uθ (r, θ), 0) et l’on peut écrire :
−
→ ψ(r, θ)
~v = rot ~eφ . (1.3)
r sin θ
1.7. DÉRIVÉE LOCALE ET DÉRIVÉE PARTICULAIRE 17
∂T ∂T ∂T ∂T
dT = dt + dx + dy + dz.
∂t ∂x ∂y ∂z
Soit :
dT ∂T ∂T ∂T ∂T
= + u+ v+ w,
dt ∂t ∂x ∂y ∂z
avec u = dx/dt, v = dy/dt et w = dz/dt.
Traditionnellement en mécanique des fluides on note cette dérivée totale DT dT
Dt = dt pour bien
attirer l’attention sur le fait que cette dérivée totale n’est vraiment pas une dérivée partielle ! Sous
forme vectorielle on a donc :
DT ∂T ~ ) .
= + ~v · ∇(T
Dt ∂t
On a le même calcul pour une fonction vectorielle. Chacune de ses composantes est un scalaire
ayant une dérivée particulier donnée par l’équation précédente. D’une façon symbolique on peut alors
~ sa dérivée particulier :
écrire pour tout vecteur A
~
DA ~
∂A
= ~ A
+ (~v · ∇) ~
Dt ∂t
ou encore sous forme d’opérateur :
D· ∂· ~ ·
= + (~v · ∇)
Dt ∂t
Par exemple l’accélération d’une particule fluide (dérivée particulier car en suivant la particule)
est donnée par :
D~v ∂~v ~ v.
= + (~v · ∇)~ (1.4)
Dt ∂t
18 CHAPITRE 1. NOTION DE MILIEU CONTINU
Le premier terme du membre de droite est le terme d’accélération locale (en un point fixe), le
second, parfois appelé dérivée convective, l’accélération due aux variations spatiales du champ de
vitesse à un instant donné. Attention à la concision de la notation, ce deuxième terme résume en
∂v
fait 9 termes de la forme vi ∂xji . Nous utiliserons ces notions dans les prochains modules, mais nous
pouvons déjà annoncer qu’une grande partie des difficultés de la mécanique des fluides vient de ce
second terme car il est non-linéaire : si la vitesse est doublée, ce terme est multiplié par 4.
Sommaire
2.1 Théorème π ou de Buckingham . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.2 Exemple de la traînée d’une sphère . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2.3 Période des oscillations d’un pendule pesant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.4 « Démonstration » du théorème de Pythagore . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.5 Questions et remarques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.6 Notion de similitude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.6.1 Similitude pour une maquette de navire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.6.2 Pourquoi les enfants marchent-ils facilement pieds-nus sur les gravillons ? . 25
2.6.3 Pourquoi un animal de 50 m de haut ne peut-il exister sur Terre ? . . . . . . 25
2.6.4 Pourquoi les animaux sautent-ils tous à peu près à la même hauteur ? . . . . 26
2.6.5 Pourquoi les sociétés de fourmis n’ont-elles pas inventé le feu ? . . . . . . 27
Les mathématiciens et les physiciens théoriciens résolvent des équations adimensionnées dont les
paramètres et les coefficients sont des nombres réels ou complexes. Pourtant concrètement le physi-
cien cherche des relations entre des quantités qui ont une dimension ; des forces, des énergies, des
viscosités, des tailles ou des masses volumiques par exemple. Ces dimensions sont toutes exprimables
dans une base de dimensions, par exemple le Système International (SI), ou simplement masse, lon-
gueur et temps dans la plupart des applications en mécanique. Ce choix n’est pas unique, on peut par
exemple préférer un système construit avec une force, une énergie, etc. Nous savons qu’une équation,
pour avoir un sens, doit être « homogène en dimension ». Mais on peut aller un peu plus loin, et prédire
à partir d’une hypothèse réaliste sur les paramètres pertinents la dépendance d’une quantité en fonc-
tion des autres variables et d’un certain nombre de « nombres sans dimension » dont la mécanique
des fluides est si friande.
Présentons maintenant plus formellement la méthode de l’analyse dimensionnelle avant d’étudier
un exemple au § 2.2 page 21.
19
20 CHAPITRE 2. ANALYSE DIMENSIONNELLE ET SIMILITUDE
Il semble que l’analyse dimensionnelle ait été utilisée au moins depuis Galilée. Elle est utilisée
depuis longtemps pour résoudre des problèmes de mécanique des fluides, et c’est maintenant un outil
courant en physique. [. . .]
L’idée de base est bien connue. Imaginons qu’une expérience ait été réalisée avec des conditions aux
limites particulières et que tout ait été exprimé dans le Système International (SI ou MKSA). Pour
l’exprimer en CGS nous multiplions simplement les nombres représentant les longueurs par 102 , les
masses par 103 , les densités par 10−3 . Mais imaginons que nous oubliions de le faire et changions
simplement le nom des unités. Notre résultat serait celui d’un nouveau problème où les longueurs
seraient 102 fois plus petites, les masses 103 fois plus petites et les densités 103 fois trop grandes.
En résolvant notre problème, nous avons donc résolu toute une classe de problèmes équivalents. En
réalité ce n’est peut-être pas très utile car peu de liquides ont des densités 103 fois supérieures à celle
de l’eau par exemple ! Certaines quantités doivent être maintenues constantes (la vitesse de la lumière
par exemple) si elles ont quelques importances.
Formalisons cela en utilisant les travaux de Edgar B UCKINGHAM (Phys. Rev., 14, 345 (1914)). Soit
y1 , · · · , yn les paramètres (conditions aux limites, quantités importantes) et y la quantité inconnue.
Nous recherchons une relation mathématique :
y = f (y1 , · · · , yn ).
L’expression :
y1x1 y2x2 · · · ynxn
sera sans dimension si les m équations :
n
X
αji xi = 0
i=1
sont satisfaites. Nous pouvons alors former n − m quantités sans dimensions « indépendantes » :
π1 , · · · , πn−m . Prenons ces quantités comme nouveaux paramètres, et appelons y10 , · · · , ym
0 les para-
mètres restants. Ces yi0 ont des dimensions indépendantes et il existe des exposants βi tels que :
Alors l’expression
0 0
π = y y1−β1 · · · ym−βm
est sans dimension et est une fonction de tous les paramètres :
π = h(y10 · · · ym
0
, π1 , · · · , πn−m ).
Ni π, ni les valeurs de πi ne dépendent du système d’unité. Nous pouvons donc choisir ces unités pour
que tous les yi0 = 1 et :
Ceci est le théorème de Buckingham : une quantité inconnue sans dimension peut uniquement dé-
pendre des nombres sans dimension formés à partir des paramètres. Le cas le plus intéressant cor-
respond au cas où on ne peut former aucun paramètre sans dimension. Alors la fonction g est une
constante g0 et le problème est entièrement résolu à cette constante multiplicative près :
0 0
y = g0 y1β1 · · · ymβm .
[. . .]
On peut choisir autant de dimensions indépendantes que l’on veut. Cela introduit simplement
des facteurs de conversion qui agissent comme de nouveaux paramètres. Cela n’a pas d’intérêt sauf
si l’on sait que ces facteurs ne peuvent pas intervenir dans le problème. Par exemple, on considère
habituellement que le temps et une longueur ont des dimensions différentes. Pourtant, à cause de la
théorie de la relativité, c’est artificiel et cela introduit un « facteur de conversion » qui est la vitesse de
la lumière. En mécanique classique, nous savons que ce paramètre ne va pas intervenir, ce qui donne
tout son intérêt à distinguer le temps et l’espace.
• Attention, l’analyse dimensionnelle est un outil extrêmement puissant, mais aussi très dange-
reux ! Si l’on oublie ou si l’on se trompe sur le choix des variables physiques à considérer le résultat
devient faux. Le « sens physique » doit permettre de sélectionner les variables indépendantes perti-
nentes.
FD = Rα U α ν 2−α ρF (Re)
22 CHAPITRE 2. ANALYSE DIMENSIONNELLE ET SIMILITUDE
où Re = U ν2R = UνD est appelé le nombre de Reynolds et c’est le seul nombre sans dimension que
l’on peut fabriquer avec les variables R, U, ν, ρ (vérifiez-le). Pour α = 2 on peut écrire une forme
équivalente plus simple :
FD = ρU 2 R2 F 0 (Re).
On définit souvent le coefficient de traînée (sans dimension), CD parfois aussi appelé Cx en fran-
çais par :
FD
CD = 1 2 ,
2 ρU A
24 6
CD = + √ + 0, 4.
Re 1 + Re
F IGURE 2.1 – Evolution de la traînée adimensionnée d’une sphère ou d’un cylindre par unité de
longueur en fonction du nombre de Reynolds. Noter les échelles logarithmiques. D’après Réf. [2]
page 441.
• Applications :
— Calculer la traînée sur une balle de tennis à 200 km/h. R = 33 mm, νair = 15 10−6 m2 /s,
ρair = 1, 29 Kg/m3 . Comparer au poids de la balle (M = 50 g).
2.2. EXEMPLE DE LA TRAÎNÉE D’UNE SPHÈRE 23
Notons que si la sphère n’est pas lisse (cas d’une balle de golf par exemple, du duvet de la
balle de tennis) il apparaît au moins une nouvelle variable sans dimension (par exemple le
rapport rugosité/rayon comme sur la figure 2.2).
De même s’il existe plus d’une dimension (un ellipsoïde de révolution plutôt que sphère par
exemple) alors l’analyse dimensionnelle prédit l’existence d’au moins un autre nombre sans
dimension, par exemple le rapport grand axe sur petit axe a/b si on a affaire à une ellipsoïde
de révolution. Ensuite le problème peut aussi dépendre de l’angle α entre l’axe de l’ellipsoïde
et l’écoulement. Alors on aura CD = f (Re, a/b, α).
F IGURE 2.2 – Effet de la rugosité sur la crise de traînée d’une sphère. D’après Réf. [2].
— Calculer le fardage (force de traînée) dû au mât de 20 mètres de haut d’un voilier dans un vent
de 30 Nœuds (≈ 60 km/h) si R = 10 cm (le CD d’un cylindre est environ le double de celui
d’une sphère dans cette gamme de nombre de Reynolds).
— Calcul de la traînée sur une plaque plane infiniment mince. Pour une plaque mince de largeur
D
b et de longueur l (dans le sens de l’écoulement) on pose CD = 1 ρU 2 A = f (Re, b/l), où
2
A = b×l et Re = U l/ν. On suppose que b l. Pour Re < 105 on trouve expérimentalement
1/2
CD = 1, 33 Re−1/2 et pour Re > 106 on trouve CD log(Re CD ) ≈ 0, 242 ([7] p. 307).
Calculer la force de traînée sur la quille d’un monocoque de type 60 pieds open. On prendra
b = 3 m, l = 0, 5 m, U = 10 Nœuds, ρ = 103 kg/m3 et ν = 10−6 m2 /s. On trouve alors
CD ≈ 3, 7 10−3 et FD = 73N . On trouverait certainement nettement plus en tenant compte
de l’incidence non nulle de la quille.
— En ces temps de records. . . En athlétisme et particulièrement pour un 100 mètres il paraît
que l’on ne peut espérer battre un record du monde par temps froid. Ceci est sans doute dû à
l’augmentation de la force de traînée avec une baisse de température. En effet de 30◦ C à 10◦ C,
la masse volumique de l’air ρair augmente d’environ 10 % ce qui augmente d’autant la force
de traînée FD = 21 ρU 2 A CD .
— Toujours en athlétisme la plupart des records ne sont validés que si le vent favorable est infé-
rieur à 2 m/s. Regardons l’effet sur la force de traînée d’un vent favorable de 2 m/s. Un coureur
de 100 m a une vitesse de l’ordre de 100 m/ 10 s = 10 m/s. Il a donc selon qu’il y a du vent
ou pas une vitesse relative de 8 ou 10 m/s. Comme la force de traînée FD = 21 ρU 2 A CD varie
comme le carré de la vitesse apparente, la force de traînée avec un vent dans le dos de 2 m/s
est près de 40% plus faible que sans vent. C’est donc un énorme avantage.
24 CHAPITRE 2. ANALYSE DIMENSIONNELLE ET SIMILITUDE
2.6.2 Pourquoi les enfants marchent-ils facilement pieds-nus sur les gravillons ?
Si on suppose les enfants et les adultes homothétiques, leur poids est proportionnel à leur volume
L3 alors que la surface des pieds est proportionnelle à L2 . En conséquence la pression exercée par les
gravillons sur la plante des pieds est proportionnelle à L. Plus on est grand, plus ça fait mal !
F IGURE 2.4 – Comparaison des tailles et donc des rapports d’aspect des squelettes de théropodes. Du
plus petit au plus grand, un ornithomimus (165 kg), deux tyrannosaures (750 kg et 2500 kg) et un
tyrannosaure rex (6000 kg). D’après [37] p. 126.
2.6.4 Pourquoi les animaux sautent-ils tous à peu près à la même hauteur ?
(D’après [49] p. 53 et [37] p. 209). Tous les animaux sautent de l’ordre de 1 mètre, et même
si c’est 2m45 pour le champion Sotomayor ce n’est pas 10 mètres ni 10 centimètres. L’ordre de
grandeur est donc le mètre. Et ceci est aussi vrai pour une puce qui saute de l’ordre de 400 fois sa
hauteur. Pourquoi ?
Le poids varie comme L3 et l’énergie mécanique à fournir pour atteindre une hauteur h est
E = mgh ∼ L3 h. Or la force que peut développer un muscle, ici les cuisses, est au premier ordre
proportionnel à sa section (L2 ) alors que le travail W qu’il peut fournir est le produit de la force par
le déplacement (ici la contraction du muscle proportionnel à sa longueur L), soit W ∼ L2 × L = L3 .
L’égalité E = W conduit à une hauteur h de saut indépendante au premier ordre de la taille de
l’animal L !
Au deuxième ordre, les puces sautent plutôt de l’ordre de 20 cm et les léopards de 2m50. On peut
penser au frottement de l’air pour diminuer les performances des puces, mais le calcul montre que
cela conduit seulement à une diminution de 10 %. Par contre l’accélération que peuvent supporter
les animaux est peut-être en cause. En effet les animaux sauteurs comme les félins ont une poussée
très longue (pattes arrières qui se déplient). Si les animaux sautent à la même hauteur h, ils ont la
même vitesse de décollage V donné par 21 mV 2 = mgh. D’autre part la durée de la poussée est de
2.6. NOTION DE SIMILITUDE 27
Le théorème du transport
Sommaire
3.1 Notion de volume de contrôle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
3.2 Théorème de Leibnitz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
3.3 Théorème du transport d’une fonction scalaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
3.4 Conservation de la masse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
3.4.1 Démonstration . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.4.2 Cas particulier d’un fluide incompressible. . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.5 Théorème du transport d’une fonction vectorielle . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.6 Application au transport de la quantité de mouvement . . . . . . . . . . . . . . 32
3.7 Application à la traînée d’un cylindre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
3.8 Transport de l’énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
Nous allons maintenant présenter quelques théorèmes très puissants et donc utiles pour la méca-
nique des fluides. Ils sont basés sur les notions de volume de contrôle et de surface de contrôle et
permettent d’écrire des équations de bilan, par exemple pour la masse, la quantité de mouvement ou
l’énergie, sans avoir à connaître les équations locales de la mécanique des fluides.
29
30 CHAPITRE 3. LE THÉORÈME DU TRANSPORT
variable de temps et une d’espace on peut par exemple démontrer l’équation 3.1 :
Théorème de Leibnitz :
Z b(t) Z b(t)
d ∂f db(t) da(t)
f (x, t) dx = dx + f [b(t), t] − f [a(t), t] (3.1)
dt a(t) a(t) ∂t dt dt
On peut se convaincre de la validité de cette relation en observant la figure 3.1.
~ (~r, t) est alors la vitesse de déplacement de la surface de contrôle au point considéré. Par
V
exemple si le volume est fixe ce deuxième terme est nul.
En appliquant le théorème de Green-Ostrogradsky, le deuxième terme se transforme en une inté-
grale de volume et l’on obtient finalement le Théorème du transport de Reynolds :
ZZZ ZZZ
d ∂f ~
f (~r, t) dτ = + div f V dτ. (3.2)
dt V C(t) V C(t) ∂t
∂ρ
+ div (ρ~v ) = 0 . (3.3)
∂t
Cette équation a la forme classique d’une loi de conservation. On peut introduire par exemple la
quantité de mouvement par unité de volume (ou flux de masse) ~j = ρ~v et faire un parallèle avec la
conservation de la charge électrique en électromagnétisme.
3.4.1 Démonstration
R
La masse dans un volume de contrôle s’écrit : MV C(t) = V C(t) ρ(~
r, t)dτ ,
où ρ est la masse
volumique. Si VC est un volume de contrôle matériel emporté par l’écoulement, alors V ~ = ~v et s’il y
a conservation de la masse (pas de réaction nucléaire par exemple) alors : dMV C /dt = 0. Le théorème
du transport de Reynolds nous donne alors pour f = ρ :
ZZZ ZZZ
dMV C d ∂ρ
= ρ(~r, t) dτ = + div (ρ ~v ) dτ = 0.
dt dt V C(t) V C(t) ∂t
On doit donc avoir pour tout VC matériel la relation suivante qui caractérise localement la conserva-
tion de la masse (écriture locale) :
∂ρ
+ div (ρ~v ) = 0 . (3.4)
∂t
~ (ρ) on peut écrire la forme
En développant le terme de divergence, div (ρ~v ) = ρdiv (~v ) + ~v · ∇
particulaire de la conservation de la masse :
Dρ
+ ρ div (~v ) = 0 . (3.5)
Dt
Cela dit, le dernier terme n’est plus un scalaire et l’on ne peut donc plus utiliser directement le
théorème de Green-Ostrogradsky. Nous verrons plus tard (§ 4.6) qu’il est possible de s’en sortir à
condition de définir la notion de divergence d’un tenseur.
~ ) est le même que celui qui a été introduit dans l’équation 1.4 pour la dérivée par-
L’opérateur (~v · ∇
ticulaire. Finalement en faisant apparaître l’accélération particulaire, la somme des forces appliquées
à un volume de contrôle matériel s’écrit :
ZZZ
D~v
F~ (t) = ρ dτ . (3.7)
V C(t) Dt
Cette équation est vraie même si le fluide est compressible (ρ variable), du moment qu’il y a
conservation de la masse.
3.7. APPLICATION À LA TRAÎNÉE D’UN CYLINDRE 33
F IGURE 3.2 – Volume de contrôle (PQRS + cylindre) autour d’un obstacle cylindrique
X ZZZ
~ dP~ d
Fappliquées = = ρ~v dτ.
dt dt V C
Comme forces appliquées sur le fluide à la surface de contrôle nous avons les forces de pression,
mais elles s’annulent entre l’amont et l’aval et le haut et le bas si la pression vaut partout P∞ , et la
~
force appliquée par le cylindre sur le fluide qui vaut −D.
Le théorème du transport nous donne :
~ ZZZ ZZ
~ = dP = ∂(ρ~v ) −
→
−D dτ + ρ~v (~v · dS).
dt VC ∂t SC
Le premier terme du membre de droite est nul car l’écoulement est stationnaire. Projetons sur l’axe
des x.
ZZ Q ZZ R ZZ S ZZ P ZZ
−
→ −
→ −
→ −
→ −
→
−D = ρvx (~v ·dS)+ ρvx (~v ·dS)+ ρvx (~v ·dS)+ ρvx (~v ·dS)+ ρvx (~v ·dS).
P Q R S cylindre
−
→
La contribution correspondant à la surface du cylindre est nulle car le produit ~v · dS y est nul, le
cylindre étant supposé imperméable.
Dans la suite nous noterons L un élément de longueur fixe dans la direction transverse Oz.
34 CHAPITRE 3. LE THÉORÈME DU TRANSPORT
Par contre sur PQ et RS il existe une vitesse transverse vy 6= 0 mais la vitesse longitudinale est
proche de U∞ si on est assez loin du cylindre. On en déduit :
RR Q −
→ RR Q −→
• P ρU∞ (~v · dS) = U∞ P ρ(~v · dS) = U∞ ṁP Q où ṁP Q est le débit massique (masse
s’échappant par seconde) à travers la surface PQ.
RR S −→ RR S −
→
• R ρU∞ (~v · dS) = U∞ R ρ(~v · dS) = U∞ ṁRS où ṁRS est le débit massique à travers la
surface RS.
Les quantités ṁP Q et ṁRS ne sont pas connues mais par contre la conservation de la masse permet
d’écrire :
ṁP Q + ṁQR + ṁRS + ṁSQ = 0,
Soit
Z b
ṁP Q + ṁRS = −ṁP S − ṁQR = L ρ [U∞ − U (y)] dy.
−b
Soit finalement :
Z +b Z b
2 2
−D = −2bLρU∞ + Lρ U (y) dy + U∞ L ρ [U∞ − U (y)] dy ,
−b −b
et donc :
Z b
D = ρL U (y) [U∞ − U (y)] dy . (3.8)
−b
Cette relation permet de calculer la traînée sur un obstacle par une simple mesure expérimentale
du profil transverse de vitesse loin en aval, par exemple avec un simple tube de Pitot (voir § 5.4.1
page 47) ou un fil chaud donc sans avoir à instrumenter l’obstacle.
Effet de blocage : On suppose maintenant que l’expérience est faite dans une soufflerie un peu
trop étroite. Les surfaces PQ et RS sont donc maintenant les parois de la soufflerie (pas de vitesse
normale). La vitesse tangentielle sur ces parois vaut toujours U∞ . Montrer que si l’on peut négliger la
perte de pression amont/aval dans la soufflerie, on a alors [45] :
Z b 2
D = ρL U∞ − U 2 (y) dy . (3.9)
−b
Pour éviter cet effet de blocage (mauvaise estimation de D à cause des survitesses de part et
d’autre de l’objet) on considère en pratique qu’une soufflerie doit avoir une largeur supérieure à 10
fois le diamètre de l’obstacle.
3.8. TRANSPORT DE L’ÉNERGIE 35
dU
= Ẇ + Q̇
dt
où U est l’énergie interne du volume de fluide considéré,
ZZZ
U= e dτ,
V C(t)
où e est la densité d’énergie, somme de l’énergie potentielle par unité de volume (par exemple ρgz
pour l’énergie potentielle de gravité) et de l’énergie cinétique par unité de volume 12 ρv 2 . Le bilan
macroscopique d’énergie s’écrit alors comme la variation locale de densité d’énergie plus le flux
d’énergie à travers la surface de contrôle :
ZZZ ZZZ ZZ
Ẇ + Q̇ =
d
e(~r, t) dτ =
∂e
dτ + ~ (~r, t) · −
e(~r, t)V
→
dS
dt V C(t) V C(t) ∂t SC(t)
ZZZ
∂e
= + div (e~v ) dτ.
V C(t) ∂t
Sommaire
4.1 Notion de tenseur cartésien de rang 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
4.2 Le tenseur des contraintes [σ] (stress tensor) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
4.3 Symétries du tenseur des contraintes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
4.4 Calcul de la contrainte dans une direction quelconque ~σ (~n) . . . . . . . . . . . 39
4.5 Le tenseur des contraintes visqueuses [σ 0 ] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
4.6 Principe fondamental de la dynamique et divergence de [σ 0 ] . . . . . . . . . . . 40
37
38 CHAPITRE 4. LE TENSEUR DES CONTRAINTES
En effet
−
→ →
− ∂vi ∂vi ∂vi ~ (vi ) · →
−
{dv}i = {[G] · dl }i = dx + dy + dz = ∇ dl = dvi .
∂x ∂y ∂z
Nous avons ici, avec [G], un exemple de tenseur de rang 2 (il faut 2 indices pour énumérer les
coefficients). Un tenseur de rang 1 correspond à un vecteur tandis qu’un tenseur de rang 0 est un
scalaire. On peut aussi définir des tenseurs de rangs plus élevés (exemple pour décrire les variations
spatiales d’un tenseur de rang 2).
C’est la force de contact appliquée par le milieu supérieur (là où pointe ~n) sur le milieu inférieur (là
−
→
d’où sort ~n) sur la surface dS = dS~n.
Par exemple si on regarde les contraintes s’exerçant sur une des faces de surface unité d’un cube
(figure 4.1), on a :
~σ (~ei ) = σ1i~e1 + σ2i~e2 + σ3i~e3 .
Par exemple ~σ (~e2 ) est un vecteur ayant trois composantes : σ22 représente la contrainte normale et
σ12 et σ32 les deux composantes tangentielles.
−→
Pour connaître l’état des contraintes sur n’importe quelle surface dS, nous allons voir qu’il suffit
de connaitre ~σ (~e1 ), ~σ (~e2 ) et ~σ (~e3 ). On construit dont le tenseur des contraintes :
σ11 σ12 σ13
[σ] = [σij ] = σ21 σ22 σ23 .
σ31 σ32 σ33
Par convention dans σij , l’indice i est le numéro de ligne du tenseur et la direction de la composante
de la contrainte considérée et j est le numéro de colonne et la direction de la normale sortante.
En effet la somme des forces appliquées à une surface de masse nulle est forcément nulle.
En conséquence, pour connaître les contraintes appliquées sur un volume cubique infiniment petit
il suffit de connaître les contraintes ~σ (~n) sur trois faces contiguës et donc de connaître [σ]. Sur deux
faces opposées les contraintes sont égales et opposées au premier ordre.
• Le tenseur des contraintes est un tenseur symétrique : σij = σji .
~)
4.4. CALCUL DE LA CONTRAINTE DANS UNE DIRECTION QUELCONQUE ~σ (N 39
x3
σ33
σ23
σ13
σ32
σ31
σ22
σ21 σ12
σ11 x2
x1
F IGURE 4.1 – Convention F IGURE 4.2 – Contrainte ~σ (~n) dans une direc-
d’écriture des 9 termes du tion quelconque : ~σ (~n) = [σ] · ~n.
tenseur des contraintes.
En effet regardons les couples de rotation qui s’exercent sur un cube vis-à-vis de l’axe Oz par
exemple :
→
−
dΓOz = k~r ∧ df k = σyx dSx dx − σxy dSy dy = (σyx − σxy ) dτ.
2 2
Or le théorème du moment cinétique nous permet d’écrire ΓOz = dI ddt2θ ∝ ρ dτ r2 ddt2θ .
2
Donc (σyx − σxy ) ∝ ρ r2 ddt2θ . Lorsque r → 0 on doit donc avoir σyx = σxy pour ne pas avoir une
accélération angulaire infinie.
Le même raisonnement pour les autres axes de rotation montrent que le tenseur des contraintes est
un tenseur symétrique :
Car c’est le flux d’un vecteur L~ i de composantes L~ i = (σi1 , σi2 , σi3 ) (L pour "ligne" car ses compo-
−→
santes sont les coefficients d’une ligne du tenseur des contraintes) à travers la surface dS.
Donc si on regroupe les forces de volume et les forces de surface, on a pour la composante i :
X ZZZ h i
Fi = ρgi + div (L ~ i ) dτ.
VC
Ce que l’on peut encore écrire sous une forme compacte vectorielle :
ZZZ h
X
~ −→ i
F = ρ~g + div [σ] dτ,
V C(t)
soit
−→ ~ (p) + −→
div [σ] = −∇ div [σ 0 ].
Finalement en rassemblant tous les termes :
ZZZ ZZZ h
X
~ D~v ~ (p) + ρ~g + −→ i
F = ρ dτ = −∇ div [σ 0 ] dτ,
V C Dt VC
ρ
D~v ~ (p) + ρ~g + −
= −∇
→
div [σ 0 ] . (4.3)
Dt
Cette équation est la forme locale du Principe Fondamental de la Dynamique (PFD). Elle est
exacte pour tous les fluides, compressible ou incompressible, visqueux ou non visqueux du moment
qu’ils conservent leur masse. L’étape suivante est d’exprimer la relation constitutive, c’est-à-dire la
relation entre le tenseur des contraintes visqueuses [σ 0 ] et le tenseur des gradients de vitesse [G]. Nous
établirons cette relation dans le chapitre 9 pour un fluide dit "newtonien". L’équation obtenue portera
alors le nom d’équation de Navier-Stokes.
Dans le chapitre 5 nous allons étudier le cas idéal où l’on néglige les contraintes visqueuses
0
([σ ] = 0). On a alors l’équation de la dynamique suivante qui porte le nom d’équation d’Euler :
D~v ∂~v ~ )~v = −∇
~ (p) + ρ~g .
ρ =ρ + (~v · ∇ (4.4)
Dt ∂t
Cette équation est appelée équation d’Euler du nom du mathématicien suisse du 18ème siècle qui
l’a établie. Cette équation gouverne l’écoulement des fluides sans viscosité que l’on appelle les fluides
parfaits par opposition aux fluides réels qui sont visqueux.
42 CHAPITRE 4. LE TENSEUR DES CONTRAINTES
Chapitre 5
Sommaire
5.1 Equation d’Euler . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
5.2 Equation de Bernoulli . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
5.3 Généralisation de l’équation de Bernoulli . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
5.3.1 Cas d’un fluide barotrope . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
5.3.2 Cas d’un écoulement instationnaire mais irrotationnel . . . . . . . . . . . . 46
5.3.3 Effet Coanda . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
5.4 Quelques applications de l’équation de Bernoulli . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
5.4.1 Anémomètre à tube de Pitot . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
5.4.2 Effet Venturi et débitmètre de Venturi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
5.4.3 Expérience d’Evangelista Torricelli (1644) . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
5.4.4 Amplification des vagues par le vent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
5.4.5 Jet incident sur une plaque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
5.5 Conservation de la circulation (théorème de Kelvin) . . . . . . . . . . . . . . . 51
5.5.1 Effet Magnus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
5.5.2 Portance d’une aile . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
5.6 Paradoxe de d’Alembert . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
ρ
D~v
= −∇p~ + ρ~g + − →
div [σ 0 ],
Dt
on néglige les contraintes de surface (autres que la pression) exercées sur le volume de contrôle,
−→
alors div [σ 0 ] = ~0 et l’on obtient l’équation d’Euler, établie par Leonhard E ULER (figure 5.1) en 1755 :
43
44 CHAPITRE 5. FLUIDES PARFAITS : ÉQUATIONS D’EULER ET DE BERNOULLI
D~v ~ + ρ~g .
ρ = −∇p (5.1)
Dt
Cette équation est utilisée pour les fluides dits « parfaits », c’est-à-dire pour ceux où l’on peut
négliger les effets de la viscosité. Ceci est parfois justifiable loin des parois et si le nombre de Reynolds
(que nous définirons au §10.1) de l’écoulement est élevé. L’équation est utilisable même pour des
fluides compressibles.
Le problème est bien posé si l’on connaît de plus les conditions aux limites sur ~v (pas de vitesse
normale sur les parois) et sur p et si l’on écrit la conservation de la masse, ∂ρ ∂t + div (ρ~v ) = 0.
On peut facilement montrer que les écoulements des fluides parfaits sont réversibles en temps.
En effet la transformation de ~v (x, y, z) en −~v (x, y, z) et de t en −t laisse l’équation 5.1 invariante.
La source d’irréversibilité c’est la dissipation d’énergie par la viscosité, source qui n’existe donc pas
pour ces fluides idéalisés. De façon étonnante nous verrons dans le §10.4.1 que l’autre limite des
écoulements dominés par les forces visqueuses conduit aussi à des écoulements réversibles.
Démonstration : Voyons d’abord la démonstration classique de cette équation, nous verrons en-
suite des généralisations possibles. On suppose donc :
F IGURE 5.2 – Portrait de Daniel Bernoulli (1700-1782) et première page de son traité Hydrodyna-
mica publié en 1738. Daniel Bernoulli faisait partie d’une famille de huit mathématiciens éminents
(biographie détaillée sur le site http ://[Link]/bios/index.php3).
Nous pouvons alors utiliser une relation du formulaire pour transformer partiellement le membre de
gauche en un gradient. On a en effet l’identité :
~ A
∇( ~ · B) ~∧−
~ =A →~
rot B ~ ∧−
+B
→~
rot A ~ · ∇)
+ (B ~ A~ + (A
~ · ∇)
~ B~
~=B
Si on l’écrit pour le vecteur A ~ = ~v on obtient :
~ 1 v 2 ) − ~v ∧ −
~ v = ∇(
(~v · ∇)~
→
rot ~v .
2
L’équation d’Euler s’écrit alors :
~ p 1 −
→
∇ + gz + v 2 = ~v ∧ rot ~v . (5.2)
ρ 2
p
Nous allons montrer que la quantité C = ρ + gz + 21 v 2 , appelée parfois la « charge », reste
constante sur une ligne de courant.
Par définition du gradient nous avons :
~ →
− −
→ →
−
dC = ∇(C) · dl = (~v ∧ rot ~v ) · dl .
→
−
Donc si dl est colinéaire à ~v , ce qui est le cas le long d’une ligne de courant, le terme de droite est
nul et dC = 0. Ceci prouve bien que C = Cste sur une ligne de courant (il n’y a pas de « perte de
charge »). Toutefois cette constante peut être différente pour chaque ligne de courant.
Sur une ligne de courant l’équation de Bernoulli (figure 5.2) s’écrit alors :
1
p + ρgz + ρv 2 = Cste. (5.3)
2
46 CHAPITRE 5. FLUIDES PARFAITS : ÉQUATIONS D’EULER ET DE BERNOULLI
Le même raisonnement permet de montrer que C est aussi une constante sur une ligne de vorticité
−
→
(on appelle vorticité la quantité ω
~ = rot ~v ).
Si l’écoulement est irrotationnel (aussi appelé écoulement potentiel) dans un certain domaine
−
→
d’espace, c’est-à-dire si rot ~v = ~0 alors la constante C est la même sur toutes les lignes de courant
traversant dans ce domaine.
— Le terme p est appelé pression statique (ou locale).
— Le terme ρg h est appelé pression hydrostatique.
— Le terme 21 ρv 2 est appelé pression dynamique.
— p+ρg z + 12 ρv 2 est appelé pression totale ou pression de stagnation ou encore pression d’arrêt.
En effet la charge étant constante sur une ligne de courant, cette pression totale est aussi la
pression que l’on mesure en un point où la vitesse est nulle.
∂Φ p 1
C(t) = + + gz + v 2 .
∂t ρ 2
La charge C(t) ne dépend pas de la position mais uniquement du temps. A chaque instant C = Cste
dans toute la zone irrotationnelle. On peut
R t d’ailleurs faire disparaître cette constante en redéfinissant
le potentiel de vitesse comme Φ0 = Φ − 0 C(t)dt. En effet ces deux potentiels on le même gradient.
5.4. QUELQUES APPLICATIONS DE L’ÉQUATION DE BERNOULLI 47
B
A
P0
s r
2∆P ρm
U∞ = = 2( − 1)ghm .
ρ ρ
Le tube de Pitot fonctionne également si le fluide n’est pas vraiment parfait à condition d’avoir un
écoulement rapide (nombre de Reynolds élevé) pour que l’épaisseur de la couche limite soit encore
faible au voisinage du point B. Nous verrons dans le chapitre 11 que dans ce cas le gradient de pression
transverse à la couche limite est négligeable et que l’on peut bien confondre PB et P∞ .
Les tubes de Pitot sont encore couramment utilisés (on en a beaucoup parlé dans la presse suite à
l’accident du vol Rio-Paris en 2009). Ils mesurent bien la pression en statique, par contre ils ont une
mauvaise réponse temporelle à cause du comportement de filtre passe-bas de l’écoulement dans les
petits trous ou les petits tubes.
soit s 2
2(PA − PB ) SB
Q = SA 2 − S2 .
ρ SA B
La mesure de PA − PB et la connaissance de SA , SB , et de la masse volumique ρ du fluide en
écoulement permettent de déterminer le débit.
A B C
Parfois la pression PB est tellement faible au niveau de la contraction que l’on y observe des bulles
de cavitation (dégagement de vapeur au sein du liquide si PB devient inférieur à la pression de vapeur
saturante du liquide).
Cet effet Venturi, et plus précisément la dépression générée au point B (figure 5.5 ), est aussi
utilisé dans les trompes à eau pour abaisser la pression d’un gaz, ou pour projeter de la peinture avec
un aérographe.
Exercice : Refaire l’étude du débitmètre de Venturi pour un fluide compressible.
Notons que sur la figure 5.6, la pression en C est plus faible que la pression en A, ce qui ne devrait
pas être le cas pour un fluide parfait. Ceci est due aux pertes de charges dans le rétrécissement, pertes
de charge qui n’existent que parce que le fluide réel n’est pas parfait et qu’il y a dissipation d’énergie.
Une autre cause possible est que le rétrécissement est un peu trop brusque et qu’il se forme un jet en
sortie (l’écoulement n’est alors plus homogène dans la section en C).
L’artériosclérose est une maladie où le diamètre des artères est localement diminué par des dépôts
de graisse. L’effet Venturi explique en partie l’évolution grave de cette maladie.
négliger le caractère instationnaire de l’écoulement (h diminue doucement) et sur une ligne de courant
reliant un point de la surface à un point dans le trou on a : Patm + ρgh + 0 = Patm + 0 + 21 ρU 2 soit :
p
U= 2g h.
Une clepsydre (récipient rempli d’eau utilisé il y a bien longtemps pour mesurer les durées) est basée
sur ce principe. Elle se vide de plus en plus lentement lorsque h diminue, contrairement à un sablier
dont le sable s’écoule lui à vitesse constante.
Patm
v=0
U
Patm
Exercice : En appliquant la conservation du débit, trouver l’équation régissant h(t) pour un ré-
q de section S et pour un trou de section s. Montrer en particulier que le temps de
cipient cylindrique
vidange vaut Ss 2hg 0 , où h0 est la hauteur initiale de remplissage au-dessus du trou. Quelle doit-être
la forme du récipient S(h) pour que l’écoulement se fasse à vitesse constante ?
~
F IGURE 5.8 – Schéma du déplacement pendant dt de l’élément du contour dl.
F⊥ = ρU 2 h cos α.
Si la masse volumique est constante (ou si le fluide est barotrope), la circulation du gradient de
pression est nulle. Si de plus les forces de volume dérivent d’un potentiel, la dérivée particulaire de la
circulation s’écrit :
DΓ
= 0.
Dt
Enoncé du théorème de Kelvin (1869) : Sous la condition de satisfaire les conditions suivantes :
— fluide parfait (ν = 0)
— forces de volume dérivant d’un potentiel
— densité constante (ou alors fluide barotrope),
la circulation du vecteur vitesse autour de n’importe quelle boucle fermée et entraînée par le fluide est
une quantité qui se conserve au cours du mouvement. Ce que l’on peut écrire :
DΓ
=0.
Dt
Une conséquence du théorème de Kelvin : la persistance de l’irrotationnalité. Si dans un do-
maine de l’espace simplement connexe l’écoulement est irrotationnel, la circulation autour de n’im-
porte quel contour contenu dans ce domaine sera nulle. Cette propriété est conservée par advection par
l’écoulement. Une zone irrotationnelle restera donc irrotationnelle. Il n’y a que dans les couches li-
mites visqueuses que peut naître de la vorticité. Ceci est cohérent avec le fait que pour faire tourner
sur elles-même des particules fluides et donc leur donner de la vorticité il faut l’action des contraintes
visqueuses.
U
Ω
FL
F IGURE 5.9 – Exemple de portance acquise par effet Magnus d’une balle tournant sur elle-même.
Prenons une balle tournant sur elle-même avec une vitesse angulaire Ω ~ (figure 5.9). Dans le réfé-
rentiel du centre de masse de cette balle il existe un écoulement d’air de gauche à droite d’intensité
~ . A cause de l’existence de couches limites au voisinage de la balle (zones où la viscosité du fluide
U
se fait sentir, voir § 11 page 141) et de la condition de non-glissement du fluide au voisinage de la
5.6. PARADOXE DE D’ALEMBERT 53
surface de la balle (§ 10.2.1 page 118) le fluide va aller plus vite que U~ juste au-dessous de la balle
(les vitesses s’ajoutent) et légèrement moins vite juste au-dessus (les vitesses se soustraient). La re-
lation de Bernoulli nous dit alors que la pression va être un peu plus forte au-dessus qu’au-dessous
de la balle avec pour conséquence une force dirigée ici de haut en bas (cas d’une balle liftée) appelée
portance (lift en anglais) F~L . Ici nous avons une portance négative qui fait plonger la balle.
On peut montrer que F~L ∝ ρU ~ ∧ Ω.
~ Une autre façon de décrire les choses est que, comme nous le
verrons dans l’étude de la portance sur une aile d’avion, il existe une portance parce qu’apparaît une
H →
−
circulation du vecteur vitesse Γ = ~v · dl autour de l’objet.
Une autre application classique de l’effet Magnus est la propulsion par cylindres tournants ima-
ginée par Anton F LETTNER et pour la première fois utilisée sur le Baden Baden en 1926. L’idée a
ensuite été perfectionnée pour l’Alcyone, bateau de J.-Y. C OUSTEAU. Dans ce cas la dissymétrie de
l’écoulement est contrôlée par aspiration asymétrique des couches limites plutôt que par la rotation
du cylindre.
où Γ est la circulation autour de l’aile calculée dans le sens trigonométrique. Ce calcul n’est qu’une
estimation mais le résultat trouvé est exact comme nous le verrons au chapitre 13 page 159.
Notons que dans ce type d’approche, basée sur l’équation d’Euler et la conservation de l’énergie,
il n’existe pas de force de traînée puisqu’il n’y a pas de viscosité (voir § 5.6). En effet sans viscosité
il n’existe pas de vorticité, ni de couche limite, ni de décollement de couche limite, un phénomène
pourtant capital pour expliquer la traînée et l’éventuel décrochage d’une aile.
traînée existent pourtant bien dans la réalité, mais elles sont dues à l’existence de couches limites
(éventuellement décollées) qui changent la distribution de pression autour de l’obstacle par rapport au
cas du fluide parfait.
Dans le cas d’une aile, le flux de quantité de mouvement est défléchi ce qui donne une portance,
par contre il n’y a pas de perte de quantité de mouvement horizontale ce qui correspondrait à une force
de traînée et donc à une dissipation d’énergie.
Notons toutefois qu’il existe une force de traînée en régime instationnaire, qui correspond à la
nécessaire variation de l’énergie cinétique des particules fluides. Cette force est appelée la force de
masse ajoutée. Par exemple pour une sphère accélérée on trouve D ~ = − 1 ρV0 dV~ (t) , où Vo est le
2 dt
volume de la sphère.
Même en régime stationnaire il peut quand même exister une traînée en fluide parfait en présence
d’ondes (sonores, de surface ou autres). En effet ces ondes peuvent rayonner de l’énergie vers l’infini.
C’est le cas de la traînée de vague ressentie par un obstacle se déplaçant à la surface de l’eau (voir
§ 7.2.6 page 80).
Exercice : On considère un obstacle symétrique admettant des lignes de courant symétriques. En
déduire que, dans le cadre de l’équation d’Euler stationnaire, la pression présente la même symétrie
et que donc la traînée est nulle. On peut généraliser cette démonstration à des corps non-symétriques
et ainsi démontrer le paradoxe de D’Alembert (voir [38] page 240 ou [4] page 404).
Chapitre 6
La tension de surface
Sommaire
6.1 Origine microscopique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
6.2 La loi de Laplace . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
6.3 Angle de mouillage macroscopique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
6.3.1 Loi d’équilibre d’Young-Dupré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
6.3.2 Hystérésis de l’angle de contact . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
6.4 Effet de la gravité et longueur capillaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
6.5 La mesure de la tension superficielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
6.5.1 La loi de Jurin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
6.5.2 Lame de Wilhelmy et anneau de Noüy . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
6.5.3 Méthode de la goutte pendante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
6.5.4 Méthode de la goutte tournante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
6.6 Effet de la température sur la tension de surface (effet Marangoni) . . . . . . . 66
6.7 Les tensioactifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
6.7.1 Pourquoi met-on du savon pour se laver les mains ? . . . . . . . . . . . . . 66
6.7.2 Comment expliquer la stabilité des membranes de savon contrairement aux
membranes d’eau ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
6.8 Dynamique de quelques écoulements contrôlés par la tension de surface . . . . 67
Lorsque des corps en contact sont immiscibles, cela signifie qu’il existe à leur interface des forces
qui empêchent les molécules de chacune des phases (solide, liquide ou gazeuse) de se mélanger sous
l’action de l’agitation thermique. Ces forces sont appelés des forces interfaciales, ou de tension su-
perficielle ou aussi des forces capillaires dans le cas des liquides. Au contraire, dans le cas des corps
miscibles ces forces sont nulles ou du moins insuffisantes pour empêcher le mélange à temps long :
c’est le cas des gaz qui sont toujours miscibles ou de deux liquides si leur mélange est possible.
Aux petites échelles ces forces de tension aux interfaces ne peuvent souvent plus être négligées
devant les autres forces, la gravité par exemple. Ce sont elles par exemple qui expliquent comment
les araignées d’eau marchent sur l’eau (figure 6.1) ou pourquoi nos cheveux sont collés entre eux en
sortant de l’eau (figure 6.2).
55
56 CHAPITRE 6. LA TENSION DE SURFACE
ES = γ S. (6.1)
Le coefficient de proportionnalité γ s’appelle la tension de surface ou tension interfaciale. C’est
une énergie par unité de surface (grandeur intensive) mais, comme nous le verrons, ce coefficient peut
aussi être interprété comme une force par unité de longueur. La tension de surface s’exprime en J/m2
ou en N/m.
Surface libre
Liquide
F IGURE 6.3 – Différence entre les forces d’in- F IGURE 6.4 – Effet des forces capillaires sur le
teraction entre molécules à la surface et au sein whisky du capitaine Haddock dans On a marché
d’un liquide. sur la lune.
6.1. ORIGINE MICROSCOPIQUE 57
γair−eau 72 mN/m
γHg−air 490 mN/m
γéthanol−air 22 mN/m
γéthanol−huilesilicone 0, 7 mN/m
Le cas de l’eau : l’eau très pure a une tension de surface relativement forte (environ 72 mN/m)
comparativement à d’autres liquides usuels à cause de son caractère polaire et des liaisons hydrogènes.
Mais c’est en réalité une valeur asymptotique car, dès que l’eau est en contact avec l’atmosphère, de
nombreuses particules vont se déposer progressivement à la surface et en quelques minutes ou heures
la tension de surface vaut plutôt de l’ordre de 50 mN/m. C’est aussi l’ordre de grandeur de la tension
de surface que l’on mesure pour l’eau du robinet.
Afin de minimiser son énergie ES , un fluide va avoir tendance à minimiser sa surface et donc à
prendre une forme sphérique en l’absence d’autres contraintes comme la gravité (figure 6.4 ou les vi-
déos [Link] et [Link]
v=bKk_7NIKY3Y prises dans la Station Spatiale Internationale).
La figure 6.7 illustre le fait qu’il existe une force qui tend à minimiser la surface de la membrane
de savon et qui conduit à une surface dont l’aire est minimale. En tirant avec une force f sur la ficelle
centrale on fournit un travail dW = f dl = γ dS et l’on peut donc augmenter la surface. Cette action
est réversible.
Une mince membrane de savon (pour laquelle on peut négliger l’effet de la gravité) portée par un
contour va réaliser une surface minimale, c’est-à-dire une surface portée par un contour dont l’aire est
la plus faible possible (figures 6.5 et 6.6).
→
−
La surface d’un liquide est donc un lieu de contrainte. Tout segment dl dans le plan de cette
58 CHAPITRE 6. LA TENSION DE SURFACE
surface est soumis à deux forces égales et opposées si la surface est à l’équilibre, dirigées elle aussi
dans le plan de la membrane, et perpendiculairement à l’élément de longueur considéré :
→
− −
→
df = ±γ ~n ∧ dl . (6.2)
F IGURE 6.7 – Démonstration de l’existence des forces capillaires. Les deux bouts de la ficelle sont en
forme d’arcs de cercle. Pourquoi ?
Exercice : On s’intéresse à l’ouverture rapide d’un trou dans une membrane de savon horizontale
sous l’action de la tension de surface. En supposant que toute la masse se retrouve dans un bourrelet
montrer qu’après un transitoire ce bourrelet avance ensuite à vitesse constante dite de Taylor-Culick
que l’on calculera. Ref. : Culick, F.E.C. 1960 Comment on a ruptured soap film. J. Appl. Phys. 31
1128-1129.
1 1
pi − pj = γ 0
+ 00 . (6.3)
R R
où R0 et R” sont les deux rayons de courbure de la surface en ce point, comptés positivement
lorsque leur centre de courbure se trouve du coté i. En effet, pour tout point d’une surface lisse,
on peut définir la normale et donc des plans contenant cette normale. Chacun de ces plans coupe la
surface selon une courbe dont on peut déterminer le centre de courbure et le rayon de courbure (figure
6.9).
Démonstration : La figure 6.10 représente le plan Oxy contenant la normale ~n et un vecteur
tangent ~t en un point M de l’interface entre deux fluides. Dans ce plan l’élément de surface a pour
longueur ds. O est le centre de courbure. La force de tension superficielle en M vaut par élément de
longueur dz dans la direction transverse : F~ (s) = γdz~t. A l’équilibre cette force à le même module
en s + ds mais pas la même direction :
→
−
F~ (s + ds) = F~ (s) + γdz dt.
−
→ −→
dt ds
Or dθ = −~n et ds = R0 dθ, où R0 = OM est le rayon de courbure en M. Donc dF = −γdz R 0~n. S’il
00
existe aussi un rayon de courbure R dans le plan perpendiculaire à Oxy et contenant ~n, il existe une
−→
deuxième contribution à la force normale dF = −γdz Rds00 ~n. A l’équilibre cette force est compensée
par une force de surpression ∆p(dzds)~n ce qui donne finalement l’équation 6.3.
Pour une courbe y = f (x), la courbure (inverse du rayon de courbure) qui caractérise la rotation
du vecteur tangent lorsqu’on se déplace sur la courbe est donnée par la relation :
y 00
C 0 = 1/R0 = .
(1 + y 02 )3/2
Les deux rayons R0 et R00 doivent être mesurés dans deux plans perpendiculaires [4]. On montre
que la somme de ces rayons de courbure, appelée courbure géométrique ou courbure moyenne
C = C 0 + C 00 = (1/R0 + 1/R00 ) est indépendante du choix des deux plans perpendiculaires, c’est un
invariant de la surface.
60 CHAPITRE 6. LA TENSION DE SURFACE
t(s)
n
M
dθ
R’
0
Notons qu’une surface peut avoir une courbure nulle, c’est le cas d’un point-selle (aussi appelé
point-col). En effet les rayons de courbure sont des quantités algébriques, comptées positives si le
centre de courbure est situé du côté identifié par la lettre i. Dans le cas du point-selle les pressions de
chaque côté de la surface sont égales. Les figures 6.5 et 6.6 sont des exemples de surface de courbure
nulle en tout point et donc de surface minimale.
En conséquence de la loi de Laplace, plus une goutte est petite plus le fluide à l’intérieur est à une
pression élevée. Les petites bulles sont donc bien sphériques et peu déformables. Attention, pour les
bulles de savon, la tension de surface agit des deux côtés des membranes (il y a en effet deux interfaces
eau-gaz). Il apparaît donc un facteur 2 dans la relation de Laplace : ∆P = 4γ/R. Cette surpression
dans les petites bulles a de nombreuses conséquences, par exemple pour l’initiation de la cavitation
ou de l’ébullition ou pour la formation de brouillards.
X
df = γSL dl + γLG cos θ dl − γGS dl = 0,
*++ !"#
tension de surface au niveau de la ligne Figure 4.3: (a) Lens upper cap, (b) upper meniscus zone and (c) lower meniscus zone. (d) Representation of lens
geometric characteristics.
triple pour une goutte posée sur une sur- F IGURE 6.14 – Même condition d’équilibre pour une
face solide (relation d’Young-Dupré). goutte posée sur un autre liquide.
θ1 = 34.3 ± 2.0◦ h1 = 1.04 ± 0.06mm
C’est la loi d’Young-Dupré. La référence [36] présente en détail les subtilités
θ = 17.0 ± 0.5
au niveau microsco-
h = 0.26 ± 0.01mm
2
◦
2
pique de l’équilibre des forces au niveau de la ligne triple. θ = 100 ± 10 h = 1.14 ± 0.11mm
12
◦
12
Comme
γSG − γLS
Table 4.1: Lens geometric characteristics as measured on fig.4.3. h = h − h where h is calculated from eq.4.8.
12 1
cos θ = ,
γLG
−γLS
l’angle θ n’est pas défini si γSGγLG < −1, on parle alors de non mouillage (θ = 180◦ ), ou si
52
γSG −γLS
γLG > 1 et l’on parle alors de mouillage total (θ = 0◦ ). Dans le premier cas γLS > γSG + γLG
et le système préfère minimiser l’aire de contact liquide-solide qui coûte trop en énergie. C’est ce que
l’on essaye de réaliser sur des vêtements imperméables en les enduisant de produit déperlant ou dans
le fond des poêles en utilisant des revêtements anti-adhésifs. Dans le second cas γSG > γSL + γLG le
contact solide-gaz coûte beaucoup d’énergie et c’est le liquide qui va séparer les deux phases. C’est ce
62 CHAPITRE 6. LA TENSION DE SURFACE
que l’on appelle le mouillage total. C’est par exemple le cas d’une goutte d’huile sur du verre propre.
On peut aussi introduire le paramètre d’étalement S qui, s’il est positif, prédit l’étalement du liquide :
Note : La composante transverse appliquée par l’interface gaz-liquide γLG sin θ sur la surface
solide (figure 6.13) est en général équilibrée par la rigidité de ce solide mais on peut parfois observer
une légère déformation pour des gels très souples. Dans le cas où l’on a deux liquides et un gaz,
par exemple une lentille d’huile à la surface de l’eau, il faut alors aussi écrire l’équilibre des forces
verticales (figure 6.14).
Ce nombre de Bond peut aussi s’écrire comme le rapport de deux longueurs Bo = (R/lc )2 . La
longueur lc est appelée longueur capillaire :
r
γ
lc = . (6.5)
ρg
Pour Bo = 1 les effets de gravité et de tension de surface sont comparables. Si R lc les effets
de gravité dominent, si R lc ce sont les effets superficiels.
• Pour de l’eau dans l’air par exemple on trouve lc ≈ 3 mm. On retrouve cette taille caractéristique
en regardant la déformation de la surface de l’eau au bord d’un verre de rayon R (figure 6.16). Loin
du bord la surface est horizontale car on peut négliger la force capillaire (R lc ) mais près de la
paroi verticale la tension de surface fait monter l’eau qui mouille partiellement le verre (θ < 90◦ ).
• On retrouve aussi cette longueur capillaire lc ≈ 3 mm dans la taille typique des gouttes d’eau (fi-
gure 6.17), ou des premières rides observées sur l’eau lorsque le vent se lève (voir chapitre 7 page 69).
6.5. LA MESURE DE LA TENSION SUPERFICIELLE 63
F IGURE 6.17 – Instabilité de Plateau-Rayleigh d’un jet d’eau tombant (ici de gauche à droite) dans le
champ de gravité et qui se fractionne en gouttes.
F IGURE 6.18 – Illustration de la loi de Jurin F IGURE 6.19 – Cas d’un liquide non mouillant
([53], p. 13). Plus le tube est fin plus le liquide comme le mercure montrant une ascension né-
monte haut. gative.
libre ?
F IGURE 6.20 – Ascension capillaire dans le diédre formé par deux plaques de verre séparées d’un
côté de l’épaisseur d’un trombone.
6.5. LA MESURE DE LA TENSION SUPERFICIELLE 65
F IGURE 6.21 – Mesure de la tension de surface F IGURE 6.22 – Méthode de la lame de Wil-
par la méthode de la lame de Wilhelmy. helmy et de l’anneau de Noüy.
Juste avant qu’une goutte ne se détache d’un robinet, son poids est équilibré par la tension de
surface (loi de Tate). La mesure du volume de la goutte ou de son poids est donc aussi une mesure
précise de la tension de surface (figures 6.23 et 6.24) et cette méthode porte le nom de stalagmométrie.
Là aussi, la méthode permet de mesurer la tension de surface entre deux liquides.
On peut aussi mesurer le profil complet de la goutte et le comparer au résultat de l’intégration
d’une équation intégro-différentielle dont le seul paramètre est la longueur capillaire. Pour cela on
écrit dans chaque plan horizontal l’équilibre des forces entre le poids de la goutte sous ce plan, les
forces de pressions de Laplace à l’interface et la tension interfaciale ([16] p. 59).
F IGURE 6.25 – Effet d’un point chaud fixe sous F IGURE 6.26 – Effet d’un point froid se dépla-
une couche mince de liquide. çant sous une couche mince de liquide.
commencent à se regrouper sous forme de globules appelés micelles. A partir de la c.m.c., la tension
de surface ne décroît plus et les molécules rajoutées augmentent seulement la taille et le nombre de
micelles (figure 6.28).
6.7.2 Comment expliquer la stabilité des membranes de savon contrairement aux mem-
branes d’eau ?
Une membrane de savon est en réalité une membrane d’eau avec des molécules de tensioactif sur
ses deux surfaces. Si une membrane de savon est rapidement déformée et donc étirée localement, la
concentration surfacique de savon dans la partie étirée sera plus faible, la tension de surface locale
y devient plus élevée qu’ailleurs et il apparaît donc une force de rappel qui tend à lutter contre la
déformation initiale. Cet effet élastique, qui n’existe pas pour une membrane d’eau pure, explique la
stabilité et la relative longévité des bulles de savon.
F IGURE 6.27 – Localisation des molécules am- F IGURE 6.28 – Evolution de la tension de surface
phiphiles : à la surface de l’eau ou dans des mi- en fonction de la concentration C en tensioactif
celles. C12 dans de l’eau (Thèse E. Rio).
Sommaire
7.1 Rappels sur les vitesses de phase et de groupe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
7.2 Les ondes linéaires en eau profonde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
7.2.1 Relation de dispersion des ondes entre deux fluides . . . . . . . . . . . . . 71
7.2.2 Application aux ondes à la surface de l’eau . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
7.2.3 Paquet d’onde généré par un caillou jeté dans l’eau . . . . . . . . . . . . . 75
7.2.4 Ondes en amont et en aval d’un obstacle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
7.2.5 Le sillage en « V » ou sillage de Kelvin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
7.2.6 Traînée de vague et vitesse limite de coque . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
7.2.7 Trajectoire des particules et lignes de courant sous la vague . . . . . . . . . 82
7.2.8 Energie transportée par la houle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
7.2.9 Atténuation des ondes de surface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
7.3 Les ondes gravito-capillaires en eau peu profonde . . . . . . . . . . . . . . . . 87
7.3.1 Relation de dispersion en hauteur d’eau finie . . . . . . . . . . . . . . . . 87
7.3.2 Cas des ondes longues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
7.4 Les ondes non-linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
7.4.1 Le soliton de Russel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
7.4.2 Ressaut hydraulique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
7.4.3 Mascaret . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
7.4.4 Tsunami . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
Nous allons ici nous intéresser aux ondes se propageant à l’interface entre deux liquides ou entre
un liquide et un gaz, propagation causée par deux forces de rappel : la gravité et la tension de surface
entre les deux fluides. Nous étudierons tout d’abord le cas des ondes en eau profonde puis le cas des
ondes en eau peu profonde.
Comme toute déformation périodique ou localisée peut se décomposer en série de Fourier, nous
étudierons d’abord le comportement d’onde plane monochromatique. La déformation de l’interface
s’écrit alors ζ(x, t) = ζ0 cos(kx − ωt). Le nombre d’onde est k = 2π/λ où λ est la longueur d’onde.
L’amplitude de l’onde est ζ0 . La vitesse de phase est donnée par vϕ = ω/k et la vitesse de groupe par
vg = ∂ω/∂k.
Pour une bonne introduction sur les ondes, lire le premier chapitre de la Ref. [39].
69
70 CHAPITRE 7. LES ONDES DE SURFACE
où < exprime la partie réelle. Son spectre est une fonction de Dirac A0 δ(k − k0 ), sa vitesse de phase
vϕ = ω(k0 )/k0 . En effet c’est la vitesse à laquelle il faut que x augmente pour que la phase de l’onde,
ϕ(x, t) = k0 x − ω(k0 )t = k0 (x − ω(k 0)
k0 t), reste constante.
Si maintenant on est en présence d’un paquet d’onde, l’onde s’écrit :
Z ∞
ζ(x, t) = < A(k) exp i(kx − ω(k)t)dk.
0
Si le paquet d’onde est étroit (dans l’espace de Fourier) autour de k0 , on peut écrire k = k0 + δk
soit :
Z ∞
ζ(x, t) = < A(k0 + δk) exp i(k0 x − ω(k0 )t) exp i(δkx − δωt)dk.
0
∂ω
Où δω = ω(k0 + δk) − ω(k0 ) ≈ ∂k δk = vg δk.
A l’instant initial t = 0 on a :
1. Un fluide parfait ne peut donc pas satisfaire les relations de Kramer-Krönig entre dissipation et dispersion.
z
(2) n ζ(x,t)
(1)
div ~vi = 0 et donc ∆Φi = 0. Le potentiel des vitesses satisfait l’équation de Laplace.
En recherchant des solutions périodiques propagatives dans la direction des x croissants on peut
écrire : Φi = fi (z) exp i(kx − ωt). Les ondes étant supposées linéaires, nous pouvons utiliser la
notation complexe sans problème en prenant à la fin des calculs la partie réelle du résultat.
L’équation de Laplace impose que :
fi” − k 2 fi = 0,
soit
fi (z) = Ai exp(kz) + Bi exp(−kz).
Dans le cas de milieux infinis au-dessus et au-dessous de l’interface, la condition de non diver-
gence de fi pour z → ±∞ donne A2 = B1 = 0. (Le cas d’une profondeur finie sera traité au
paragraphe 7.3.)
L’équation d’Euler doit être satisfait pour chaque fluide :
∂~vi ~ vi = − 1 ∇p
~ i + ~g .
+ (~vi · ∇)~
∂t ρi
∂Φ2 ∂Φ1
p1 − p2 = ρ2 − ρ1 − (ρ1 − ρ2 )gζ . (7.1)
∂t ∂t
Conditions aux limites : elles sont de deux sortes, cinématiques (égalité des vitesses transverses
à l’interface) et dynamiques (égalité des contraintes normales). Pour la première, comme l’amplitude
de la déformation est faible, il suffit que : vz1 = vz2 soit :
∂Φ1 ∂Φ2 ∂ζ
|z=ζ = |z=ζ = . (7.2)
∂z ∂z ∂t
(La relation exacte, valable quelque soit l’amplitude de la déformation, sera donnée par l’équa-
tion 10.4 page 120.) Cette condition nous donne ici la relation : k A1 = −k B2 = −iω ζ0 . Ceci nous
permet d’exprimer les constantes d’intégration A1 et B2 en fonction de l’amplitude de l’onde :
7.2. LES ONDES LINÉAIRES EN EAU PROFONDE 73
ω
Φ1 = −i ζ0 exp (kz) exp i(kx − ωt)
k (7.3)
Φ = i ω ζ exp (−kz) exp i(kx − ωt)
2 0
k
La condition dynamique nous dit que la différence de pression sur une interface courbée est donnée
par la loi de Laplace (§ 6.2) :
1 1
pint − pext = γ + ,
R1 R2
où γ est la tension de surface. Ici pour des ondes planes (invariantes en y) nous avons un seul rayon
∂2ζ
de courbure et la courbure étant faible : p1 − p2 ≈ −γ ∂x 2 , soit :
p1 − p2 = γk 2 ζ (7.4)
En rassemblant ces trois résultats (équations 7.1, 7.3 et 7.4) on obtient finalement la relation de
dispersion des ondes planes linéaires en eau profonde :
ρ1 − ρ2 γ
ω2 = gk + k3 . (7.5)
ρ1 + ρ2 ρ1 + ρ2
Notons que si ρ1 < ρ2 la pulsation est complexe, c’est-à-dire que l’on est en présence d’une insta-
bilité. C’est l’instabilité de Rayleigh-Taylor qui sera décrite plus loin (§ 16.3 page 196). L’équation
précédente peut aussi s’écrire :
" 2 #
ρ 1 − ρ2 k
ω2 = gk 1 + . (7.6)
ρ1 + ρ2 kc
Avec
p
kc = (ρ1 − ρ2 )g/γ. (7.7)
Ce nombre d’onde de coupure kc , appelé nombre d’onde capillaire, sépare le régime des ondes
capillaires (petites longueurs d’onde – ou grands k – contrôlées par la tension de surface) de celui des
ondes de gravité (grandes longueurs d’onde – ou petit k – gouvernées par la gravité). La relation de
dispersion ω(k) n’étant pas linéaire, les ondes interfaciales sont dispersives (vϕ 6= vg ).
0,6
Vphase
0,5 Vgroupe
0,4
0,3
0,2
0,1
k/k
c
0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5
F IGURE 7.3 – Evolution de la vitesse de phase vϕ (×) et de la vitesse de groupe vg () en fonction du
nombre d’onde adimensionné k/kc . Pour k/kc < 1 ce sont des ondes de gravité (vg < vϕ ), et pour
k/kc > 1 ce sont des ondes capillaires (vg > vϕ ).
Exercices :
— Montrer que les vitesses de phase et de groupe sont égales si k = kc .
7.2. LES ONDES LINÉAIRES EN EAU PROFONDE 75
— Montrer que les ondes de surface ne peuvent pas se propager en dessous d’une certaine vitesse.
Calculer ce minimum de la vitesse de phase. Montrer qu’il vaut 23 cm/s pour de l’eau pure.
— Calculer la vitesse de groupe minimale. Que vaut alors k/kc ?
a) b)
F IGURE 7.4 – Schémas vus de dessus des ronds dans l’eau créés par un gros caillou jeté dans l’eau
(a) et par une goutte de pluie tombant sur une surface d’eau (b).
x=(Vg)min x=Vg(L)
t t
x=Vϕ x=Vϕ
x=Vϕ x=Vϕ
x=Vg(L) x=Vg
O a) x O b) x
F IGURE 7.5 – Diagrammes spatio-temporels esquissant l’évolution d’un paquet d’onde dans le plan
(r, t) (a) pour un gros caillou dans l’eau (vϕ > vg ) et (b) pour une goutte dans l’eau (vϕ < vg ).
76 CHAPITRE 7. LES ONDES DE SURFACE
Si maintenant on jette un tout petit caillou de taille L < λc (ou si l’on regarde tomber des gouttes
de pluie), toutes les ondes émises sont des ondes capillaires. Les ondes les plus lentes correspondent
à des ondes capillaires de longueur d’onde L et elles ont donc une vitesse de phase inférieure à la
vitesse de groupe. Elles se font donc rattraper par le front arrière et y meurent. Devant, il n’y a en
principe par de limite à la vitesse de phase et de groupe et de très petites longueurs d’onde devraient
se propager très loin en avant (avec une vitesse de groupe supérieure à la vitesse de phase). Toutefois
ces petites longueurs d’onde sont aussi très vites atténuées par la viscosité (voir § 7.2.9) et ne sont
pas visibles en pratique. Voir figures 7.4b et 7.5b.
50
45
40
35
30
t (s)
25
20
15
10
0
0 50 100 150 200 250 300
x (m)
F IGURE 7.6 – Solution gravitaire à une dimension pour une perturbation initiale lorentzienne de taille
1 m (L(x) = 1/(1 + x2 )). La vitesse de groupe, ici 5.4 m/s, est indiquée par le trait noir. La longueur
d’onde locale au maximum d’amplitude est de l’ordre de la taille de la perturbation, seule longueur
du problème.
Le calcul complet des ondes de gravité générées par une impulsion initiale de taille L est un très
joli problème connu sous le nom de problème de Cauchy-Poisson (Lamb § 240, Havelock 1908, p.
406, Lighthill p. 248-253). Même avec une perturbation localisée qui contient toutes les longueurs
d’ondes, les plus grandes longueurs d’ondes ne sont pas visibles car, se propageant très vite, leur am-
plitude est atténuée par étirement à la surface de l’eau par le gradient de vitesse de groupe (figure 7.6).
Même pour une perturbation localisée, qui contient un maximum d’énergie dans les grandes longueurs
d’ondes, on observe finalement un paquet d’onde où le nombre d’onde dominant correspondant à la
7.2. LES ONDES LINÉAIRES EN EAU PROFONDE 77
taille L de l’objet (kL ∼ 2π/L). Ce paquet d’onde voyage à la vitesse de groupe de ce nombre d’onde
kL .
F IGURE 7.7 – Photographie montrant les ondes fixes autour d’un bâton immobile dans un ruisseau.
Les petites longueurs d’onde sont en amont (à droite) et les plus grandes en aval (à gauche).
l’énergie de l’onde émise en M n’est pas arrivée en H mais en H’ (avec M H 0 = 21 M H). Toutes les
ondes de nombre d’onde k émises pendant ∆t sont arrivées sur le bord du triangle d’angle au sommet
α(k). On a la relation :
1 1
tan(θ − α) = H 0 H/HO = M H/HO = tan θ .
2 2
En développant il vient :
tan θ
tan α(k) = ,
2 + tan2 θ
avec sin θ(k) = vϕ (k)/U .
Si on laisse maintenant varier le nombre d’onde k, leur vitesse de phase vϕ (k) et donc l’angle θ(k)
vont varier aussi. En étudiant la variation de la fonction α(k) on voit qu’elle possède
√ un maximum
lorsque
√ θ varie entre 0 et π/2 (figure 7.9). Ce maximum correspond à tan θ0 = 2 et donc tan α0 =
2/4. Au-delà de cet angle maximum α0 = arcsin(1/3) ≈ 19, 47˚ aucune onde n’est observée. En-
deçà de cette angle il existe deux longueurs d’onde différentes pour le même angle. On a accumulation
d’énergie lorsque dα/dk = 0, et donc un maximum d’amplitude au voisinage du dièdre d’angle α0 2 .
Les vagues qui sont observées au maximum d’amplitude sont des ondes d’une longueur d’onde
particulière k0 dont les crêtes font un angle θ0 = 54, 73˚avec l’axe du navire (en effet leur vitesse
de phase est dirigée selon MH). Elles font donc en angle θ0 − α0 = 35, 26˚avec le bord du sillage.
C’est ce sillage d’angle constant qui est aussi observé derrière des canards sur une mare (figure 7.10b
et c), du moment qu’ils se déplacent en ligne droite et à une vitesse supérieure à la vitesse minimum
d’apparition des ondes de surface. Dans le cas des navires de grandes longueurs ou de forme assez
rectangulaire comme une péniche, on peut observer deux sillages de Kelvin bien distincts : celui de
l’étrave et celui de la poupe.
Notons que dans ces problèmes de sillage d’avion ou de bateau, l’écoulement est stationnaire dans
le référentiel de l’obstacle, on s’intéresse donc aux solutions stationnaires dans ce référentiel. Il faut
donc que la vitesse du bateau projetée dans la direction de propagation ~k des ondes soit égal à la
vitesse de phase, ce qui peut s’écrire U sin(θ) = vϕ ou encore U ~ · ~k = ω. Cela correspond à une
0 ~ ~
fréquence Doppler ω = ω − U · k nulle dans le référentiel de l’obstacle.
Pour le nombre d’onde desp vagues divergentes du sillage en V nous avons la relation : sin θ0 =
g 3 g
vϕ (k0 )/U , soit comme vϕ = g/k : k0 = U 2 sin 2 θ = 2 U 2 . Cette relation permet de mesurer la
vitesse d’un bateau sur une simple photo si on possède l’échelle. De même on peut mesurer la vitesse
2. Ce problème est assez similaire au maximum de déviation des rayons lumineux dans une goutte d’eau qui explique
les couleurs de l’arc-en-ciel.
7.2. LES ONDES LINÉAIRES EN EAU PROFONDE 79
25
20
α(k) (degrees)
15
10
0 0 1 2
10 10 10
k / kg
F IGURE 7.9 – Evolution de l’angle de radiation α sur lequel se trouve l’énergie en fonction du nombre
d’onde k/kg , où kg = g/U 2 est le plus petit nombre d’onde se propageant à la vitesse du bateau et
dans la direction du mouvement.
q
d’un bateau en mesurant la période T0 = 23 2π g U des ondes arrivant sur la plage ou les berges. Ces
ondes sont très étudiées actuellement car elles sont une source importante d’érosion des berges des
rivières et des canaux. Ce phénomène porte le joli nom de batillage.
Η'
M O
Ι
a) b)
F IGURE 7.10 – Construction géométrique du sillage de Kelvin (a) et exemples du sillage de canards
(b,c).
(
x = −X(1 − r cos2 ϕ)
(7.9)
y= Xr cos ϕ sin ϕ
Nous devons maintenant écrire que lorsque X ou l’angle ϕ varient légèrement le point H’ varie
de (dx, dy) (on différentie les équations précédentes à r = Cste) et que cette variation conduit à
un déplacement dl~ qui doit être perpendiculaire au vecteur d’onde pour rester sur une crête soit :
dx cos ϕ + dy sin ϕ = 0.
On obtient alors l’équation qui lie X et ϕ :
r
X = X0 (cos ϕ)( 1−r ) .
1,5%
0,5%
0,4%
1%
0,3%
0,2% 0,5%
0,1%
0%
0% 0% 0,2% 0,4% 0,6% 0,8% 1%
!1% !0,9% !0,8% !0,7% !0,6% !0,5% !0,4% !0,3% !0,2% !0,1% 0%
!0,1%
!0,5%
!0,2%
!0,3%
!1%
!0,4%
!0,5% !1,5%
F IGURE 7.11 – Forme en trompette des ondes de gravité (r = 1/2) derrière l’obstacle (a) et des
ondes capillaires (r = 3/2) devant l’obstacle (b). Noter que les échelles des deux figures sont très
différentes.
par le travail d’une force que l’on appelle la traînée de vague et qui existe donc même si l’on considère
le fluide comme parfait. Pour un bateau rapide cette force peut être une composante importante de la
force de traînée totale.
Si l’on regarde maintenant les ondes se propageant dans l’axe du navire qui se déplace à sa vitesse
U , elles ont pour vitesse de phase, vϕ = U et donc une longueur d’onde λ = 2π 2
g U . Les ondes
générées par l’étrave sont visibles le long de la coque. Lorsque ces ondes sont en phase avec celles
émises par la poupe, c’est-à-dire lorsque L = nλ où L est la longueur du navire à la flottaison, on
observe un maximum d’énergie rayonné par le sillage de vague et donc un maximum de la traînée de
vague. Ces vitesses particulières de résonance sont en général évitées par les navires de transport.
Cas particulier des petits bateaux ou des navires rapides : Lorsque la longueur d’onde de la vague
d’étrave est de l’ordre de la longueur de coque L, il apparaît une très forte augmentation de la traînée
de vague, en effet au-delà de cette vitesse le bateau se retrouve
q cabré sur sa vague d’étrave. C’est
gL
ce que l’on appelle la vitesse limite de coque Umax = 2π . Les navires les plus longs peuvent
donc aller plus vite avant d’atteindre leur vitesse limite de coque et c’est pour cela que la longueur
de la coque des voiliers est souvent limitée en régate. Les navires légers et à la propulsion puissante
peuvent toutefois de nos jours dépasser cette vitesse limite en partant au « planing ». On dit aussi
qu’ils « déjaugent
√ » (voir figure 7.12b). La transition apparaît lorsque le nombre de Froude de coque
F r = U/ gL est de l’ordre de 0.4. Les longueurs d’onde théoriques derrière le bateau ou aux bords
du triangle de Kelvin sont respectivement 2πF r2 L et 43 πF r2 L. Pour un bateau rapide (F r > 1) ces
longueurs d’onde seraient très supérieures à la longueur de la coque, mais la coque n’est pas efficace
pour générer de telles vagues (voir problème de Cauchy-Poisson, Fig. 7.6). En conséquence, toutes les
longueurs d’onde utiles pour la construction géométrique de sillage ne sont pas présentes et on observe
une structure tronquée du sillage de Kelvin avec un angle qui décroît avec la vitesse du bateau.
Des sillages similaires en "V" peuvent aussi exister dans les fluides stratifiés : dans l’atmo-
82 CHAPITRE 7. LES ONDES DE SURFACE
F IGURE 7.12 – Différence des formes de sillage entre (a) un petit bateau de pêche proche de sa vitesse
limite de coque (nombre de Froude de l’ordre de 0.5) et (b) un navire très rapide (nombre de Froude
grand devant 1).
(
vx = ωζ0 ekz cos(kx − ωt)
(7.11)
vz = ωζ0 ekz sin(kx − ωt)
On remarque tout d’abord que le module du vecteur vitesse vaut |~v | = ωζ0 ekz . Il est indépendant
du temps et de la position x et s’amortit exponentiellement avec la profondeur. Dans la limite des très
faibles amplitudes (ζ0 k 1) les trajectoires sont des cercles de rayon ζ0 ekz . Si l’amplitude n’est
pas petite, l’intégration lagrangienne du mouvement des particules fluides (que l’on peut résoudre par
approximations successives) fait apparaître une lente dérive, appelée « dérive de Stokes » dans le sens
de propagation de l’onde (voir TD n◦ 1). Les trajectoires ont alors une forme de cycloïde, la vitesse
moyenne de dérive vaut k 2 ζ02 vϕ e2kz (voir Ref. [30] page 232). Une façon de comprendre ce résultat
est que sur l’orbite circulaire (au premier ordre) une particule en haut est soumise à une vitesse plus
grande qu’en bas de la trajectoire du fait de l’atténuation exponentielle avec la profondeur du champ
de vitesse, et en moyenne il apparaît donc une dérive lente.
84 CHAPITRE 7. LES ONDES DE SURFACE
F IGURE 7.14 – Schéma montrant dans un plan vertical le mouvement circulaire de l’eau lors du
passage de gauche à droite d’une vague. Noter que par soucis de visibilité l’amplitude de l’onde a
été exagérée et n’est plus petite devant la longueur d’onde comme elle le devrait. Ici est représentée
la position de la surface à deux instants successifs. Les cercles noirs représentent les trajectoires
suivies par les points noirs lorsque l’onde avance d’une longueur d’onde. Les flèches représentent leur
vitesse à l’instant initial. Noter la diminution importante du mouvement circulaire de l’eau lorsqu’on
s’enfonce sous la surface.
Mais revenons au cas des très faibles amplitudes. Pour tracer les lignes de courant à un instant
~ −
→
donné il faut calculer la fonction de courant Ψ. Or ~v = ∇(Φ) = rot (Ψ~ey ), d’où l’équation du
champ scalaire Ψ(x, z) = Ψ0 − ωk ζ0 ekz cos(kx − ωt). Les lignes de champ ont donc pour équation
z = z0 − k1 ln |cos(kx − ωt)|. Les isopotentiels Φ = Cste seront elles perpendiculaires en tout point
aux lignes de courant. Les figures 7.15 et 7.16 permettent d’avoir une idée des lignes de courant à un
instant donné sous la surface.
F IGURE 7.15 – Lignes de courant sous la surface obtenues par photographie en pose courte de parti-
cules en suspension. Ces lignes sont solutions de l’équation z = z0 − k1 ln |cos(kx − ωt)|.
7.2. LES ONDES LINÉAIRES EN EAU PROFONDE 85
F IGURE 7.16 – Isopotentiels de vitesse représentés à deux instants en opposition de phase pour des
ondes en eau profonde (d’après [31] page 366).
Energie cinétique
La densité locale d’énergie cinétique (énergie cinétique par unité de volume) s’écrit ec = 21 ρv 2 .
Or nous avons vu que le module de la vitesse ne dépend ni de x ni du temps : v 2 = ζ02 ω 2 exp 2kz.
L’énergie cinétique intégrée dans la profondeur par unité d’aire A de la surface s’écrit donc :
Z 0
Ec 1 ω2
= ec dz = ρζ02 .
A −∞ 4 k
En prenant comme référence des énergies potentielles de gravité l’état de repos z = 0, une par-
ticule à l’altitude z possède une densité d’énergie potentielle ep = ρgz. Il existe donc une énergie
potentielle moyenne par unité d’aire :
Z λ Z ζ(x,t) Z λ
Ep 1 1 1 1
= ρgzdxdz = ρg ζ 2 (x, t)dx = ρgζ02 .
A λ 0 0 2 λ 0 4
En présence de tension de surface, il existe un autre terme dans l’énergie potentielle : l’énergie
élastique due à l’augmentation de surface.
Rλ
Eγ /A = γ (Ssurf ace /A − 1) = γ (1/λ) 0 dl − 1 .
Or l’abscisse curviligne le long
de l’interface est1 donné par dl2 = dx2 +dz 2 = dx2 1 + ζ02 k 2 sin2 kx
1 2 2 2 2 2
soit dl = dx 1 + 2 ζ0 k sin kx . Donc Eγ /A = 4 γζ0 k .
86 CHAPITRE 7. LES ONDES DE SURFACE
L’énergie élastique moyenne par unité de surface s’écrit donc en introduisant le nombre d’onde
de coupure kc :
2
Eγ 1 2 k
= ρgζ0 .
A 4 kc
Energie totale
Finalement, comme pour un pendule simple, il y a en moyenne autant d’énergie potentielle totale
(gravité et capillaire) que d’énergie cinétique. L’énergie totale E = Ep + Ec + Eγ s’écrit par unité de
surface :
E 1
= ρζ02 g 1 + (k/kc )2 (7.12)
A 2
L’énergie par unité de surface est proportionnelle au carré de l’amplitude des vagues.
Exercice : Calculer l’énergie transportée par une houle de 2 mètres d’amplitude et de 200 m de
longueur d’onde par mètre carré.
Flux d’énergie
Comme la pression et la vitesse horizontale du fluide sont en phase sous la vague, une colonne de
fluide exerce un travail sur le fluide
R ζ de la colonne de fluide situé du coté de la direction de propagation,
d’où un flux d’énergie : Ẇ = −∞ pudz = vg E. L’énergie se propage donc bien à la vitesse de
groupe.
λ (m) L (m) τ
1 mm 12 mm 0,01 s
1 cm 30 cm 1s
1m 23 km 3,5 heures
10 m 7500 km 14 jours
100 m 60 fois le tour de la Terre ! 4 ans !
Dans le cas de l’interface eau/air en profondeur infini, les valeurs des longueurs et des temps
d’amortissement sont donnés dans la table 7.1.
Ce tableau donne l’évolution de la longueur caractéristique d’amortissement et du temps d’amor-
tissement en fonction de la longueur d’ondes des vagues. Il montre que les ondes capillaires s’amor-
tissent très vite et que seules persistent les vagues de grandes longueurs d’onde lorsque le vent se
calme. En réalité l’évolution du spectre des vagues est due d’une part à la dispersion, d’autre part à
l’atténuation sélective des longueurs d’onde et enfin à des transferts non-linéaires entre modes. Le
spectre mesuré en mer est souvent décrit par le spectre de Pierson-Moskowitz :
g 4
g2
S(ω) = α 5 exp −β .
w Uω
Le calcul de l’atténuation présenté ici n’est justifiable que si l’atténuation est faible, c’est-à-dire
si τ est grand devant la période des ondes et donc si L est grand devant la longueur d’onde. Pour
l’eau l’approximation n’est plus valable pour des longueurs d’onde inférieures à 100 µm. Lorsque
la dissipation visqueuse est importante il faut refaire le calcul complet en décomposant le champ de
vitesse en une partie irrotationnelle et une partie rotationnelle 4 .
Enfin pour de grandes longueurs d’ondes, si l’amplitude n’est pas très petites il peut y avoir une
dissipation supplémentaire lorsque l’écoulement généré par le vent devient turbulent, ou lorsque les
vagues déferlent. La compression de la dissipation des vagues est encore un problème ouvert en océa-
nographie.
4. P. H. LeBlond and F. Mainardi. The viscous damping of capillary-gravity waves. Acta Mechanica, 68 :203–222, 1987.
88 CHAPITRE 7. LES ONDES DE SURFACE
p
Avec toujours le même nombre d’onde de coupure kc = (ρ1 − ρ2 )g/γ. Cette relation ne diffère
significativement de l’équation 7.6 que si λ > h.
Ondes de marée
La marée est aussi une onde. Certes une onde de très grande longueur et de relativement faible
amplitude, mais qui se déplace comme une vague à la surface de la Terre. Par exemple, lorsque la
marée est haute à Brest, elle est encore basse dans le Pas-de-Calais et l’onde de marée mettra quelques
heures à remonter la Manche avant de poursuivre sa route vers la mer du Nord. Si la Terre était
composée entièrement de liquide, l’onde de marée présenterait deux longueurs d’ondes autour de
la Terre et en ferait le tour en vingt-quatre heures. Mais à l’échelle de cette gigantesque longueur
d’onde les océans sont peu profonds et la vitesse de propagation de l’onde de marée est limitée par
7.3. LES ONDES GRAVITO-CAPILLAIRES EN EAU PEU PROFONDE 89
la profondeurs des mers. Si l’on regarde une carte de l’avancée de l’onde de marée dans la Manche
(figure 7.19), on peut constater que cette onde va moins vite dans les endroits les moins profonds. On
peut estimer sa vitesse de phase vϕ ' 100 km/h et sa longueur d’onde λ ' 1000 km, valeurs qui
sont en bon accord avec une profondeur moyenne de la Manche d’environ 100 mètres. Par contre,
si l’on faisait un calcul sur la base d’une propagation en eau profonde, c’est-à-dire en négligeant la
présence du fond sous-marin, on trouverait une vitesse de phase peu réaliste de 4500 km/h pour l’onde
de marée !
F IGURE 7.19 – Onde de marée remontant la Manche, montrant les isophases (en rouge) et les isoam-
plitudes (en bleue).
L’énergie des ondes est conservée. On a donc exactement la même expression pour l’énergie par
unité de surface, que l’on soit en eaux profondes ou en eaux peu profondes (Eq. 7.12).
Lorsqu’une
√ onde de gravité se déplace sur un fond qui remonte graduellement, l’onde ralentie
car vϕ = gh. Comme elle conserve sa pulsation, c’est la longueur d’onde qui va diminuer. Et
comme l’onde va aussi conserver son énergie, c’est l’amplitude des ondes va augmenter. Pour trouver
ces variations, il nous faut écrire que l’énergie par longueur d’onde est conservée (Eq. 7.12) et donc
ζ02 λ =Cste et que la pulsation de l’onde est aussi conservée 5 , soit h/λ2 =Cste. Par conséquent près
d’une plage la longueur d’onde diminue avec la hauteur d’eau locale comme λ ∼ h1/2 et l’amplitude
augmente comme ζ ∼ h−1/4 . Près de la plage l’approximation linéaire (ζ0 k < 1) ne sera donc plus
vérifiée et l’onde voit sa forme évoluer et finalement l’onde déferlera.
5. En présence de courant il peut y avoir une modification de la fréquence des vagues par effet Doppler. La fréquence
apparente est alors ω − ~k · U
~ où U est la vitesse du courant.
90 CHAPITRE 7. LES ONDES DE SURFACE
Réfraction et diffraction
La vitesse de phase des ondes diminue lorsque la profondeur d’eau diminue. Les crêtes de vagues
au-dessus de profondeurs d’eau différentes vont donc aller à des vitesses différentes et les plans de
phase vont donc tourner. C’est cette réfraction des ondes que l’on peut observer près d’une plage, les
vagues tournent progressivement pour que leur vecteur d’onde soit perpendiculaire à la plage. On peut
aussi observer de la diffraction lorsqu’une onde pénètre par la petite ouverture d’un port ou fait le tour
d’une petite île (figure 7.20).
F IGURE 7.20 – Réfraction (dans la baie) et diffraction des vagues (derrière l’île), vu par satellite au
large de la Namibie.
à la forme de ces fonctions elliptiques) dont la limite pour une période infinie est le soliton étudié par
S. Russel à partir de 1834, solution de l’équation de Korteweg et De Vries (KdV, 1895).
A
ζ =h+
cosh2 x−ct
∆
4 h3
où l’amplitude est reliée à la largeur du soliton par A = 3 ∆2 (figure 7.21). Cette onde se déplace à la
p
célérité c = g(h + A).
Exercice : Vérifier que cette onde est solution exacte de l’équation non-linéaire de KdV (Korteweg-
de Vries) :
∂ζ ∂ζ 3c0 ∂ζ c0 h2 ∂ 3 ζ
+ c0 + ζ + = 0.
∂t ∂x 2h ∂x 6 ∂x3
Le troisième terme est le terme non linéaire, le quatrième représente la dispersion. Que vaut c0 ?
Pour l’établissement de cette équation de KdV, on pourra consulter la référence [43]. Pour cette
forme particulière, la dispersion des ondes de gravité est compensée exactement par un terme de
focalisation (de dispersion négative) d’origine non-linéaire.
circulaire, d’abord mince près du point d’impact du jet, puis qui s’épaissit brutalement à une certaine
distance de ce point, y formant ce que l’on nomme le ressaut circulaire. Près du centre l’écoulement
du liquide est rapide et mince (U1 et h1 ), alors qu’à l’extérieur il est plus lent et plus épais (U2 < U1
et h2 > h1 ). Ici comme l’eau se déplace, la vitesse des ondes par rapport au fond est la somme de la
vitesse des ondes par rapport à l’eau et de la vitesse de l’eau par rapport au fond. Etudions d’abord
la région centrale. Comme cette zone est mince, les ondes sont assez lentes car en eau peu profonde,
et elles n’arrivent donc pas à remonter le fort courant. L’eau les emporte vers l’aval. Le nombre de
Froude F r1 = √Ugh1 est grand devant 1, on parle d’écoulement torrentiel. Par contre, à l’extérieur du
1
ressaut, par conservation du débit et compte tenu de la symétrie circulaire, la vitesse de l’eau devient
plus faible et les ondes venues de l’extérieur vont pouvoir remonter le courant en direction du centre.
Le nombre de Froude F r2 = √Ugh2 est petit devant 1, on parle d’écoulement fluvial. Les ondes vont
2
être bloquées sur le cercle où la vitesse des vagues est exactement égale et opposée à la vitesse du
courant, c’est-à-dire pour F rc = 1, ce qui protège le centre de tout épaississement. L’accumulation
de ces vagues sur ce rayon critique forme un ressaut circulaire correspondant à un changement brutal
d’épaisseur. Sa forme exacte dépend du nombre de Reynolds et donc de la viscosité du fluide.
F IGURE 7.22 – Un ressaut hydraulique circulaire tel qu’on peut l’observer au fond d’un évier à fond
plat. Un cercle limite une zone centrale mince et lisse d’une zone externe plus épaisse et agitée.
7.4.3 Mascaret
Un mascaret est l’équivalent d’un ressaut hydraulique, mais il se déplace. On peut en observer
qui remonte le courant de certains estuaires lors des grandes marées montantes (figure 7.23). Comme
pour le ressaut, le changement d’épaisseur est brutal. En effet, pour des profondeurs d’eau plus faibles
et donc des vitesses de l’eau élevées (ici en amont du mascaret), les ondes de surface ne peuvent pas
7.4. LES ONDES NON-LINÉAIRES 93
remonter le fleuve alors qu’en aval du ressaut, où la profondeur est plus grande, elles le peuvent. Là
encore, les ondes s’accumulent et produisent un changement brusque d’épaisseur. On peut les observer
sous la forme d’une ou plusieurs vagues solitaires déferlantes. Certains fleuves sont ou ont été célèbres
pour leur mascaret. Le mascaret de la Seine a disparu en 1963 suite à des travaux d’aménagement du
fleuve. Avant cette date, il remontait jusqu’à Rouen. Dangereux pour la navigation, les mascarets sont
par contre très recherchés par les surfeurs, qui peuvent ainsi surfer pendant plusieurs kilomètres la
même vague ! Il reste deux mascarets visibles en France, l’un à l’embouchure de la Dordogne près de
Saint-Pardon, l’autre plus petit autour du Mont-Saint-Michel, et d’autres bien plus impressionnants
au Canada, en Chine ou au Brésil.
F IGURE 7.23 – Carte postale du mascaret sur la Seine à Quillebeuf (Seine-Maritime) vers 1930. Lors
des grandes marées, la vague déferlante remontait le fleuve avec le flot (marée montante).
7.4.4 Tsunami
On nomme maintenant tsunami ce qui auparavant s’appelait lame de fond ou raz-de-marée, bien
que n’ayant aucun rapport avec la marée. Ce nom d’origine japonaise désigne les vagues engendrées
par un glissement de terrain, une éruption volcanique ou un séisme sous-marin. Ces vagues de grande
longueur d’onde au large peuvent voyager à grande vitesse sur de très grandes distances et déferlent
puissamment en arrivant sur la côte. La longueur d’onde des tsunamis est de l’ordre de la taille de la
zone de séisme, et elle peut donc dépasser la centaine de kilomètres. En comparaison, tous les océans
peuvent être considérés comme peu profonds et la vitesse de déplacement d’un tsunami est donc seule-
ment fonction de la profondeur de l’eau. En mer, les tsunamis se propagent sur de grandes distances
avec une vitesse de plusieurs centaines de kilomètres par heure mais, étant de grande longueur d’onde
et de faible amplitude au large, ils ne sont alors pas dangereux. En arrivant sur la côte, à cause de la
diminution de la profondeur, les tsunamis ralentissent et voient leur amplitude grandir énormément :
elle peut passer d’une amplitude à peine notable au large, de l’ordre de 10 centimètres, à quelques
mètres en arrivant à la côte. Ils causent alors de très importants dommages. Pour des raisons d’activi-
tés volcanique et sismique, les tsunamis sont surtout observés sur les côtes du Pacifique. En France, le
16 octobre 1979, des glissements de terrain sous-marins, sans doute liés aux travaux d’agrandissement
sur la mer de l’aéroport de Nice, causèrent deux tsunamis qui noyèrent douze personnes et détruisirent
des centaines de bateaux dans le port. La mer se retira d’abord brutalement, puis revint sous la forme
94 CHAPITRE 7. LES ONDES DE SURFACE
de deux vagues de trois mètres de haut qui frappèrent cinquante kilomètres de la côte.
Sommaire
8.1 La fréquence de Brunt-Vaïsälä . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
8.2 Réalisation expérimentale d’un liquide stratifié . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
8.3 Relation de dispersion des ondes de gravité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
8.3.1 Structure des ondes internes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
8.3.2 Ondes océanes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
8.3.3 Réflexion des ondes internes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
8.4 Ondes atmosphériques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
8.5 Pour en savoir plus : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
De même que des ondes peuvent se propager à l’interface de deux fluides de densités différentes
(voir chapitre 7 page 69) nous allons voir que l’on peut aussi observer des ondes se propageant à
l’intérieur d’un fluide de densité continûment variable (figure 8.1).
95
96 CHAPITRE 8. LES FLUIDES STRATIFIÉS
F IGURE 8.1 – Ondes internes dans le détroit de Gibraltar entre l’eau relativement douce de l’Atlan-
tique (à gauche) et l’eau plus salée de la Méditerranée (à droite) (cliché ESA).
d2 δz ∂ρ
m 2
= V g δz
dt ∂z
soit
d2 δz
+ N 2 δz = 0,
dt2
avec N 2 = − ∂ρ V g ∂ρ g
∂z m = − ∂z ρ(z0 ) . On a donc un mouvement oscillatoire à la pulsation ω = N , à
condition que N soit réel, ce qui est le cas si la masse volumique du fluide décroît avec l’altitude (stra-
tification stable, dρ
dz < 0). On a finalement une fréquence propre des petites oscillations f = N/2π,
ou plus généralement une pulsation locale (elle peut dépendre de z) :
s
g ∂ρ
N (z) = − .
ρ(z) ∂z
Cette fréquence dite de Brunt-Vaïsälä est importante pour décrire la dynamique de l’atmosphère et
des océans. David Brunt et Vilho Väisälä étaient d’ailleurs deux météorologues respectivement gallois
et finlandais. Cette fréquence est le paramètre clé de la dynamique des ondes dites internes, ondes se
propageant sur de grandes distances dans les océans. Ce calcul de N effectué pour un objet ponctuel
est très simplifié car il ne tient pas compte du fait que le fluide est un milieu continu et que l’on ne
peut déplacer une particule fluide sans modifier le champ de pression et créer un écoulement autour de
l’objet. Nous reprendrons donc le calcul dans la section §8.3. La suite de ce chapitre est rédigé sous
la forme d’un exercice.
8.2. RÉALISATION EXPÉRIMENTALE D’UN LIQUIDE STRATIFIÉ 97
F IGURE 8.2 – Schéma du montage des deux premiers réservoirs. Le deuxième est brassé en perma-
nence de tel façon que la masse volumique ρ2 (t) y soit homogène.
Exercice : a) En écrivant le bilan de masse dans le réservoir 2, trouver l’évolution de ρ2 (t). Que
vaut ρ2 (t1 ) à l’instant t1 où le récipient 1 est vide ?
Le troisième récipient (non représenté) est un cylindre de section S initialement vide. Il est ali-
menté en permanence au niveau de sa surface libre grâce à un système de flotteur qui en plus limite
les turbulences et donc le mélange entre les strates. A l’instant t le liquide issu du réservoir 2 arrive à
la surface du réservoir 3, à une altitude z(t).
b) Que vaut à l’instant t1 la stratification ρ(z) ? En particulier, quelles sont les valeurs de la masse
volumique au fond (z = 0) et en surface (z = h = V1 /S = 1 m) de ce réservoir. Calculer la fréquence
N (z) au fond et en surface. En pratique en utilisant des débits légèrement différents entre les cuves
on peut réaliser une stratification où N est pratiquement constant.
Quel doit être le profil de ρ(z) pour que N soit constant dans tout le fluide. En mer, si on mesure
N ≈ 10−2 rad/s, qu’elle est l’échelle typique des variations de ρ ?
98 CHAPITRE 8. LES FLUIDES STRATIFIÉS
Dans un réservoir contenant un fluide stratifié tel que N = Cste on fait osciller sinusoïdalement
un cylindre horizontal de diamètre d avec une faible amplitude A. On recherche à quelles conditions
des ondes planes propagatives de vecteur d’onde ~k = (kx , ky , kz ) peuvent se propager dans un tel
milieu incompressible. Pour cela on pose :
~ exp i(kx x + ky y + kz z − ωt),
~u = U
p = P exp i(kx x + ky y + kz z − ωt)
∆ρ = Γ exp i(k x + k y + k z − ωt)
x y z
∂∆ρ ∂ρ0
+w = 0.
∂t ∂z
b) Montrer que la conservation de la masse impose ~u · ~k = 0 et en déduire que les ondes sont des
ondes transverses.
c) Ecrire l’équation de Navier-Stokes en négligeant la dissipation visqueuse. En éliminant les
~ , P et Γ montrer que la relation de dispersion s’écrit :
variables U
r
k 2 − kz2
ω=N = N | sin θ| .
k2
d) Montrer que les ondes internes de gravité correspondent à une polarisation rectiligne. C’est une
des différences avec les ondes inertielles dans les fluides en rotation (§ 15.7 page 189) où la force de
Coriolis impose une polarisation circulaire anticyclonique.
F IGURE 8.3 – Images obtenues par la technique de Schliren (mesure des variations d’indice optique),
mettant en évidence les écarts au gradient de densité linéaire ρ(z). La tige verticale noire maintient
un cylindre horizontal, non visible, en oscillation verticale de faible amplitude à la fréquence ω. (4)
ω/N = 0, 419, (6) ω/N = 0, 699, (7) ω/N = 0, 900, (8) ω/N = 1, 11. D’après [52] p. 424.
F IGURE 8.4 – Schéma montrant les directions où des ondes sont observées pour une oscillation à
fréquence imposée. Noter les directions des vitesses de phase et des vitesses de groupe dans chaque
faisceau.
et qu’il faut donc un certain écart au profil correspondant à une atmosphère adiabatique pour avoir
une atmosphère stable.
F IGURE 8.5 – Variation de la fréquence locale de Brunt-Väisälä N (z) dans l’océan en fonction de la
profondeur. A gauche dans les premiers 200 mètres (zone de la thermocline), à droite à plus grande
profondeur. D’après Phillips (Philipps, O. M. (1977), The Dynamics of the Upper Ocean, Cambridge
University Press).
Stratified Flow, R.R. Long, National Committee for Fluid Mechanics Films, [Link]
hml/[Link].
Et aussi les références [50] page 184, [30] et [34] p. 285.
102 CHAPITRE 8. LES FLUIDES STRATIFIÉS
Chapitre 9
La viscosité
Sommaire
9.1 Tenseur des déformations [] (strain tensor) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
9.2 Tenseur des taux de déformation ou tenseur des gradients de vitesse [G] . . . . 104
9.2.1 Décomposition d’un tenseur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
9.2.2 Partie symétrique de [G] ou tenseur [e] des déformations pures . . . . . . . 105
9.2.3 Partie antisymétrique de [G] ou tenseur [ω] des rotations pures . . . . . . . 105
9.3 Equation constitutive des fluides newtoniens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
9.4 Divergence du tenseur des contraintes visqueuses . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
9.5 Equation de Navier-Stokes pour un fluide newtonien . . . . . . . . . . . . . . . 108
9.6 Signification physique de la viscosité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
9.7 Mesure de la viscosité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
9.7.1 Quelques viscosimètres simples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
9.7.2 Quelques exemples de rhéomètre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
Un fluide parfait n’a pas de viscosité, c’est-à-dire que deux veines de fluides vont pouvoir s’écou-
ler côte à côte à des vitesses différentes sans interagir. Pour un fluide réel, à cause de l’agitation
moléculaire d’origine thermique, il existe des collisions entre les molécules des deux veines et donc
des échanges progressifs de quantité de mouvement. La viscosité est le coefficient qui mesure cette
diffusion de la quantité de mouvement.
103
104 CHAPITRE 9. LA VISCOSITÉ
∂
[]
˙ = [] = [G].
∂t
Le tenseur [G] décrit la variation spatiale du vecteur vitesse au voisinage d’un point. En effet la
→
−
différence de vitesse entre un point ~r et un point ~r + dr s’écrit :
→
− −
→ →
−
~v (~r + dr) − ~v (~r) = dv = [G] · dr,
car
3
X
dv i =
∂vi ~ (vi ) · →
dxj = ∇
−
dr. (9.1)
∂xj
j=1
∂vi
La dimension des coefficients Gij = ∂xj est l’inverse d’un temps (par exemple des s−1 ).
1 ∂vi ∂vj
eij = + (9.3)
2 ∂xj ∂xi
et
1 ∂vi ∂vj
ωij = − . (9.4)
2 ∂xj ∂xi
Le tenseur [e] est par construction symétrique (eij = eji ) et [ω] est antisymétrique (ωij = −ωji ).
On peut aussi écrire :
1
[e] = [G] +t [G]
2
et
1
[w] = [G] −t [G] .
2
Il n’y a maintenant plus que trois coefficients (les valeurs propres) mais cette base locale est définie par
trois autres coefficients (par exemple les trois angles d’Euler), ce qui redonne bien les 6 coefficients
de départ. Si l’écoulement est incompressible, a + b + c = 0. Il y a donc de façon générique soit une
direction contractante (a < 0) et 2 directions dilatantes (b et c > 0), soit l’inverse (figure 9.1).
Un tel écoulement qui n’induit pas de rotation de la particule fluide, est dit de déformation pure.
En conclusion, les termes symétriques du tenseur des gradients de vitesse [G] correspondent à des
déformations pures.
• Exercices à deux dimensions :
a 0
— Etudier les déformations d’un carré pendant dt (figure 9.2a) si [G] = .
0 b
0 a
— De même étudier les déformations d’un carré pendant dt si [G] = .
a 0
a) b)
F IGURE 9.1 – Les deux cas génériques d’une déformation pure d’un écoulement incompressible 3D
dans sa base orthonormée locale des vecteurs propres. a) une direction contractante (ici verticale) et
les deux autres dilatantes, b) une direction dilatante (ici verticale) et les deux autres contractantes.
y y y
dy dy dy
dx x dx x dx x
a) b) c)
F IGURE 9.2 – Trois exemples de transformation d’une particule fluide dans un écoulement bidimen-
sionnel. Retrouver le tenseur 2 × 2 correspondant à chacun des cas.
0 ω12 ω13
[ω] = −ω12 0 ω23 . (9.5)
−ω13 −ω23 0
Construisons le vecteur ω ~ = {wk } ayant pour composantes wk = −ijk ωij où ijk (symbole de
Levi-Civita) vaut 0, -1 ou +1 selon que deux des indices sont égaux, qu’ils sont dans le sens indirect
ou qu’ils sont dans le sens direct. Donc
ω = −ω23 + ω32 = ∂x∂v3 ∂v2
− ∂x
1 2 3
∂v1 ∂v3
ω2 = ω13 − ω31 = ∂x3 − ∂x1 .
ω = ω − ω = ∂v2 − ∂v1
3 21 12 ∂x1 ∂x2
−
→
On constate donc que ω ~ = rot (~v ). Ce vecteur ω
~ s’appelle le vecteur vorticité de l’écoulement, il
caractérise la rotation locale des particules fluides. C’est un vecteur très important pour l’étude de la
dynamique des tourbillons (voir chapitre 12).
−
→ →
− →
− →
−
Si on récapitule, on a donc dv = [G] · dl = [e] · dl + [ω] · dl . En utilisant l’équation 9.5, on a :
9.3. EQUATION CONSTITUTIVE DES FLUIDES NEWTONIENS 107
→
− 1 −
→
[ω] · dl = ~ ∧ dl .
ω
2
−
→ 1 →
−
Donc si [e] = 0, on a dv = 2 ω ~ ∧ dl , ce qui correspond à une rotation locale pure de vecteur
1 1−→
rotation instantanée 2 ω ~ = 2 rot ~v . Il est important de noter qu’une rotation pure ne déforme pas la
particule fluide et il n’y a donc pas de mouvements relatifs du fluide à l’intérieur. En conséquence
la rotation pure ne dissipera pas d’énergie. Rappelons qu’un mouvement quelconque d’une particule
−
→ −
→ →
−
fluide est la somme d’une translation pure (dv = ~0), d’une rotation pure (dv = 21 ω ~ ∧ dl ) et d’une
−
→ →
−
déformation pure (dv = [e] · dl ). Seule la déformation pure dissipera de l’énergie. On peut facilement
illustrer ce résultat en faisant tourner côte-à-côte un œuf dur et un œuf cru. Le second est beaucoup
plus difficile à mettre en rotation. Pourquoi ?
car le tenseur [e] est symétrique. On pose en général A = η et B = ζ − 23 η. La constante η (éta) est
appelée la viscosité de cisaillement et ζ (zéta) la viscosité de volume. Alors :
0 1
σij = 2η(eij − δij ell ) + ζδij ell . (9.6)
3
Le premier terme est de trace nulle (en effet δll = 3), le deuxième terme fait apparaître la trace du
tenseur [e] qui caractérise la compressibilité de l’écoulement.
0 ∂vi ∂vj
σij = 2η eij = η + . (9.9)
∂xj ∂xi
et l’équation de Navier-Stokes d’un fluide newtonien incompressible :
∂~v ~ v = − 1 ∇p
~ + ~g + ν ∇
~ 2~v .
+ (~v · ∇)~ (9.10)
∂t ρ
On appelle viscosité cinématique (unité classique, le m2 s−1 ) la quantité ν = ηρ . Comme la vis-
cosité dynamique η, c’est pour un fluide newtonien une propriété du fluide et pas de l’écoulement. La
viscosité cinématique caractérise la viscosité de cisaillement par unité de masse contrairement à η qui
est la viscosité de cisaillement par unité de volume.
eij eij = e211 + e212 + e213 + e221 + e222 + e223 + e231 + e232 + e233 ,
où plusieurs de ces termes sont égaux car le tenseur des déformations est un tenseur symétrique. Cette
puissance est dissipée en chaleur dans le fluide, d’où le signe moins.
ZZZ
dEc 1 ∂(ρ~v 2 ) 1 2
= + div ( ρv ~v ) dτ
dt V Cm 2 ∂t 2
ZZZ 2
1 ∂~v 1 2 ∂ρ ~ 1 2
= ρ + v + div (ρ~v ) + ρ~v · ∇ ( v ) dτ
V Cm 2 ∂t 2 ∂t 2
ZZZ 2
1 D~v
= ρ dτ .
V Cm 2 Dt
110 CHAPITRE 9. LA VISCOSITÉ
En introduisant la convention d’Einstein sur les indices redoublés, la dérivée de l’énergie cinétique
s’écrit donc : ZZZ
dEc Dvi
= ρvi dτ .
dt V Cm Dt
En introduisant le tenseur des contraintes σij pour les forces de surface, le principe fondamental de la
∂σij
dynamique peut s’écrire : ρ Dv
Dt = ρgi + ∂xj (voir § 4.6 page 40), donc :
i
ZZZ
dEc ∂σij
= ρvi gi + vi dτ .
dt V Cm ∂xj
∂σ ∂ ∂vi
Le terme qui contient le tenseur des contraintes peut s’écrire : vi ∂xijj = ∂xj (vi σij ) − σij ∂xj
et on a
donc :
ZZZ ZZZ ZZZ
dEc ∂ ∂vi
= ρvi gi dτ + (vi σij )dτ − σijdτ . (9.12)
dt V Cm V Cm ∂xj V Cm ∂xj
R
— Le premier terme du membre de droite de l’expression précédente s’écrit V Cm ρ~v · ~g dτ et
représente la variation d’énergie (la puissance) due à la force de gravité, ou plus généralement
à toutes les forces volumiques.
— Le deuxième terme peut écrire :
ZZZ ZZZ ZZ ZZ
∂
(vi σij )dτ = div ([σ] · ~v )dτ = ([σ] · ~v ) · ~ndS = ~v · ~σ (~n)dS.
V Cm ∂xj V Cm SCm SCm
Il représente donc la variation d’énergie due aux forces de surface ~σ (~n)dS qui s’exercent sur
chaque élément de la surface du volume de contrôle.
— Enfin le troisième terme peut se transformer encore. En effet
∂vi 1 ∂vi ∂vj 1 ∂vi ∂vj
σij = σij + σji = σij +
∂xj 2 ∂xj ∂xi 2 ∂xj ∂xi
puisque on peut permuter les indices muets i et j et que σij = σji car le tenseur des contraintes
est symétrique.
∂vi ∂vj
De plus σij = −pδij + η ∂x j
+ ∂xi (Equ. 9.9 page précédente) pour un fluide newtonien
incompressible, donc
∂vi ∂vi 1 ∂vi ∂vj ∂vi ∂vj
σij = −p + η + + = 2ηeij eij
∂xj ∂xi 2 ∂xj ∂xi ∂xj ∂xi
∂vi
car ∂xi = div ~v = 0. Donc le troisième terme de l’équation 9.12 s’écrit finalement :
ZZZ ZZZ
∂vi
− σij dτ = −2η eij eij dτ .
V Cm ∂xj V Cm
η
η (P a.s) ν= ρ (m2 /s)
TABLE 9.1 – Tableau donnant les viscosités de quelques fluides newtoniens à 20◦ C.
F IGURE 9.3 – Viscosimètre à tube capillaire. F IGURE 9.4 – Viscosimètre à chute de bille.
z
Ω
F IGURE 9.5 – Principe du rhéomètre cône/plan. Il peut fonctionner soit à contrainte imposée (couple
~ = Cste) et il permet de plus de mesurer l’apparition éventuelle
imposé) soit à cisaillement imposé (Ω
des contraintes normales σzz , ce qui est important pour caractériser les fluides viscoélastiques par
exemple.
9.7. MESURE DE LA VISCOSITÉ 113
cisaillement ˙ que l’on appelle des rhéogrammes, on peut décrire la variation de la viscosité apparente
avec l’intensité du taux de cisaillement η = σ/˙ = f ().
˙
La figure 9.6 montre que la viscosité est une propriété des fluides qui, même pour un fluide new-
tonien, dépend fortement de la température, mais différemment pour un gaz ou un liquide ! Dans
un liquide les viscosités dynamique et cinématique diminuent avec la température (loi de Andrade,
log(η) ≈ A + B T ). Pour un gaz au contraire elles augmentent avec la température (l’agitation molécu-
laire augmentant, la diffusion de la quantité de mouvement augmente aussi).
F IGURE 9.6 – Courbes montrant l’évolution de la viscosité dynamique η de l’eau (a) et de l’air sec (b)
en fonction de la température, à une pression de 1 atm. (D’après [4] p. 594-597).
114 CHAPITRE 9. LA VISCOSITÉ
Chapitre 10
L’équation de Navier-Stokes
Sommaire
10.1 Adimensionnement de l’équation de Navier-Stokes . . . . . . . . . . . . . . . . 115
10.1.1 Quelques valeurs de nombres de Reynolds . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
10.1.2 Quelques autres nombres sans dimension . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
10.2 Les conditions aux limites cinématiques et dynamiques . . . . . . . . . . . . . 118
10.2.1 Les conditions cinématiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
10.2.2 Les conditions dynamiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
10.2.3 Tableau récapitulatif des conditions aux limites . . . . . . . . . . . . . . . 123
10.3 Solutions exactes de l’équation de Navier-Stokes : les écoulements parallèles . 123
10.3.1 Ecoulement de Couette plan . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
10.3.2 Ecoulement de Couette circulaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
10.3.3 Ecoulement de Poiseuille plan . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
10.3.4 Ecoulement de Poiseuille en conduite circulaire . . . . . . . . . . . . . . . 126
10.3.5 Solutions instationnaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
10.4 Solutions de Navier-Stokes à très faible nombre de Reynolds (écoulements de
Stokes) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128
10.4.1 L’équation de Stokes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128
10.4.2 Ecoulement autour d’une sphère : force de Stokes . . . . . . . . . . . . . . 129
10.4.3 Application à la sédimentation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
10.4.4 La réversibilité et la vie aux faibles nombres de Reynolds . . . . . . . . . . 133
10.5 Solutions de Navier-Stokes pour les écoulements quasi-parallèles (équations de
lubrification) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 134
10.5.1 Calcul d’un palier lubrifié . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 136
10.5.2 Force d’adhérence sur un disque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
115
116 CHAPITRE 10. L’ÉQUATION DE NAVIER-STOKES
∂~v ~ v = − 1 ∇p
~ + ~g + ν ∇
~ 2~v .
+ (~v · ∇)~ (10.1)
∂t ρ
L ∂~v̂ ~ˆ ~ P0 ~ˆ LG ν ~ˆ 2 ~
+ (~v̂ · ∇) v̂ = − 2 ∇(p̂) + 2 ~ĝ + ∇ (v̂).
V0 T ∂ t̂ ρV0 V0 V0 L
Considérons d’abord le cas très simple d’une sphère de rayon L se déplaçant à une vitesse
constante V0 dans un fluide au repos. Les paramètres L et V0 sont alors les seules échelles du problème.
Il n’y a pas d’échelle indépendante de temps et de pression et l’on peut alors choisir T0 = L/V0 et
P0 = ρV02 . Supposons de plus que la gravité n’intervienne pas dans cet exemple, on obtient l’équation
adimensionnée de Navier-Stokes :
∂~v̂ ~ˆ ~ ~ˆ 1 ~ˆ 2 ~
+ (~v̂ · ∇) v̂ = −∇(p̂) + ∇ (v̂). (10.2)
∂ t̂ Re
On appelle nombre de Reynolds le rapport :
V0 L ρV0 L
Re = = . (10.3)
ν η
N.B. : Même si la sphère est fixe dans l’écoulement, le terme instationnaire peut être non nul s’il
existe une instabilité du sillage.
Il ne reste donc plus dans l’équation de Navier-Stokes qu’un seul nombre sans dimension. La
structure de l’écoulement ne dépend alors que de la valeur de ce nombre de Reynolds Re et des
conditions aux limites. On a en particulier deux cas limites :
• Re → 0, les effets visqueux sont dominants,
• Re → ∞, les effets inertiels dominent.
Le nombre de Reynolds peut d’ailleurs aussi s’écrire comme le rapport des ordres de grandeur du
terme d’inertie et du terme visqueux :
→
−
terme inertiel ||(~v · ∇)~v || V02 /L V0 L
Re = = = 2
= .
terme visqueux ~ 2~v ||
||ν ∇ νV0 /L ν
10.1. ADIMENSIONNEMENT DE L’ÉQUATION DE NAVIER-STOKES 117
F IGURE 10.1 – Visualisation du sillage d’un cylindre par émission d’encre à travers un orifice dans le
cylindre. Ce sillage serait le même pour différents diamètres, différents fluides ou différentes vitesses
du moment que le nombre de Reynolds Re est le même. Le nombre de Reynolds prend de haut en bas
les valeurs 30, 40, 47, 55, 67 et 100. Pour Re > 50 on visualise une allée de tourbillons alternés émis
par le cylindre, dite allée de tourbillons de Bénard-von Kármán. (D’après [50] p. 25).
• Il est important de noter que la limite Re → ∞ est mathématiquement une limite singulière, car
l’équation différentielle aux dérivées partielles passe alors du second au premier ordre de dérivation
en espace. L’équation de Navier-Stokes est d’ordre 2 pour la dérivation en espace alors que l’équation
d’Euler est d’ordre 1 en espace. Par exemple dans le cas du sillage d’une sphère sans rotation sur elle-
même dans un fluide parfait, comme il n’y a plus aucun paramètre sans dimension dans l’équation
d’Euler, la solution ne doit plus dépendre d’aucun paramètre et doit en particulier être la même quelque
soit la vitesse de la sphère. Une autre conséquence de ces ordres des dérivées dans les équations est
118 CHAPITRE 10. L’ÉQUATION DE NAVIER-STOKES
que l’on a besoin de plus de conditions aux limites pour résoudre l’équation de Navier-Stokes que
pour résoudre l’équation d’Euler.
~ v , l’équation de Navier-Stokes, comme l’équation d’Euler, sont des
• A cause du terme (~v · ∇)~
équations non-linéaires. En conséquence on ne peut utiliser ni le théorème de superposition ni le
théorème d’unicité : pour les mêmes conditions aux limites il existe des solutions multiples. Certaines
de ces solutions peuvent être stables, d’autres instables, et c’est uniquement l’ensemble des solutions
qui satisfait aux symétries du problème (principe de Curie).
∂~v̂ ~ˆ ~ ~ˆ 1 ~ 1 ~ˆ 2 ~
St + (~v̂ · ∇) v̂ = −Eu∇(p̂) + ĝ + ∇ (v̂).
∂ t̂ F r2 Re
Si l’obstacle n’est pas une sphère, Lx 6= Ly 6= Lz on doit aussi introduire des rapports d’aspect
géométriques, Lx /Lz ou Ly /Lz , ou plus généralement des fonctions de la forme de l’objet.
~v⊥ = ~0 .
— Si le fluide est réel (visqueux), on observe expérimentalement que les molécules de fluide au
voisinage de la paroi sont en moyenne immobiles, surtout si la surface est un peu rugueuse
ou si les molécules sont adsorbées sur la paroi. La vitesse tangentielle d’une particule fluide
(vitesse mésoscopique) est donc nulle. C’est ce que l’on appelle la condition de non-glissement
sur une paroi solide.
~v// = 0 .
Notons toutefois que cette condition classique de non-glissement n’est pas évidente à petite échelle.
Plus précisément si on note λ le libre parcours moyen des molécules entre deux collisions, à une dis-
tance z inférieure à λ de la paroi, la moitié des particules vont vers la paroi et n’ont pas encore eu
de collisions avec elle. Ces molécules ont donc toujours une composante parallèle à la surface solide
VS = v// (z = λ) alors que l’autre moitié des molécules s’éloignent de la paroi après l’avoir frappée.
Si lors du choc il y a eu une adsorption temporaire des molécules sur la paroi (collision non spécu-
laire), il y a après le choc en moyenne perte de la vitesse tangentielle, VS = 0. En faisant la moyenne
de ces deux contributions on a donc finalement au voisinage de la paroi : VS = 21 v// (z = λ). Il existe
alors une petite vitesse de glissement à la paroi et c’est uniquement le prolongement du profil de vi-
tesse qui s’annule à l’intérieur du solide, à une distance b ≈ λ (Fig. 10.2). La relation de continuité du
gradient de vitesse donne alors :
∂v
VS = b .
∂z z=0
Cela dit, dans la plupart des applications le libre parcours est inférieur à 1 micromètre et la distinction
reste souvent bien minime. Notons toutefois quelques exceptions notoires : la microfluidique où les
fluides se déplacent dans des microcapillaires où un glissement sur 1 µm n’est pas négligeable, le
cas des gaz très dilués (régime de Knudsen) où le libre parcours n’est pas petit devant la taille de
l’objet, ce qui augmente fortement l’effet du glissement du fluide à la paroi. On retrouve aussi de
telles vitesses de glissement pour certains écoulements de polymères concentrés ou même pour des
écoulements granulaires denses.
Si la paroi se déplace les conditions aux limites sont physiquement les mêmes, mais il faut écrire
la nullité des vitesses normales et tangentielles à la paroi dans le référentiel de la paroi, et donc
120 CHAPITRE 10. L’ÉQUATION DE NAVIER-STOKES
égalité des vitesses normales (fluide parfait) ou égalité des vecteurs vitesses (fluide visqueux) dans le
référentiel fixe :
F IGURE 10.3 – Interface déformée ζ(x, t) entre deux fluides et normale locale ~n.
Le calcul de cette vitesse normale fait intervenir l’équation de l’interface ζ(x, t). Le vecteur nor-
∂ζ
mal à l’interface a pour composantes ~n = (sin α, cos α) où tan α = − ∂x (figure 10.3). En égalisant
∂ζ
les composantes normales des vitesses de l’interface et des fluides 1 et 2 , ∂t · ~n = ~v1 · ~n = ~v2 · ~n, il
vient :
∂ζ
cos α = v1x sin α + v1z cos α = v2x sin α + v2z cos α,
∂t
soit en divisant pour cos α,
∂ζ ∂ζ ∂ζ
= −v1x + v1z = −v2x + v2z . (10.4)
∂t ∂x ∂x
On peut aussi retrouver cette équation en écrivant qu’une particule fluide de l’interface reste à
l’interface. En effet une particule M1 de coordonnées (x1 , z1 ) dans le fluide 1 est à l’interface si
la distance h = z1 − ζ(x1 , t) est nulle. Elle reste sur l’interface si dh(x1 , z1 , t) = 0. Or dh =
∂ζ
dz1 − ∂x dx1 − ∂ζ dz1 ∂ζ dx1 ∂ζ dz1 dx1
∂t dt = 0, c’est-à-dire si dt − ∂x dt − ∂t = 0. Comme dt = V1z et dt = V1z et
en faisant le même raisonnement pour une particule du milieu 2 on retrouve les équations 10.4.
Si de plus les deux fluides sont visqueux, la condition d’égalité des vitesses tangentielles à l’inter-
face, (v1 )// = (v2 )// , conduit à l’égalité des vecteurs vitesses à l’interface :
~v1 = ~v2 .
10.2. LES CONDITIONS AUX LIMITES CINÉMATIQUES ET DYNAMIQUES 121
Il n’existe pas d’autre force que les forces de pression dans chacun des fluides ([σ 0 ] = 0), avec
éventuellement des forces interfaciales s’il existe une courbure de l’interface et une tension de surface
(voir chapitre 6). Il n’existe alors que des conditions sur les pressions à la paroi :
1. pour une surface solide : Pf luide = Pparoi
2. pour une interface plane entre deux fluides : Pf luide1 = Pf luide2
3. pour une interface courbée entre deux fluides, on a l’équation de Laplace (Eq. 6.3 page 59) :
1 1
Pf luide1 − Pf luide2 = γ + (10.5)
R0 R00
où R0 et R00 sont les deux rayons de courbure de la surface (comptés positivement si leur centre
est du côté 1) et γ la tension de surface (voir chapitre 6). C’est la loi de Laplace, qui montre
que la pression est plus élevée du côté concave de la surface.
Il faut maintenant égaliser aussi bien les contraintes tangentielles que les contraintes normales.
Considérons successivement les trois cas suivants : une surface solide, une interface fluide plane, une
interface fluide courbée.
Montrons d’abord que dans le tenseur des gradients de vitesse, de nombreux termes sont nuls
sur une paroi solide. En effet si la paroi est perpendiculaire à la direction Oz, au voisinage d’un
∂~v
point x on a ~v (x + dx) = ~v (x) + ∂x dx. Comme la vitesse à la paroi est nulle en x et aussi en
∂~v ~
x + dx on en déduit : ∂x = 0. On montre de même ∂y ∂~v
= ~0. En utilisant l’incompressibilité
du fluide, div (~v ) = 0, on en déduit que ∂vz /∂z = 0 au niveau de la paroi. Donc seules
∂vy
les composantes ∂v x
∂z et ∂z peuvent ne pas être nulles et la contrainte à la paroi a alors pour
composantes :
∂vx
σxz = η ,
∂z
∂vy
σyz = η ,
∂z
σzz = −p.
122 CHAPITRE 10. L’ÉQUATION DE NAVIER-STOKES
2. Cas d’une interface entre deux liquides sans effet de tension de surface
[σ1 ] · →
−
n = [σ2 ] · ~n.
∂v1x ∂v2x
η1 = η2 (10.6)
∂z ∂z
et idem pour la composante σyz si elle existe. Les pentes des profils de vitesse de part et d’autre
de l’interface sont donc dans le rapport inverse des viscosités. La pente est la plus faible dans
le fluide le plus visqueux (voir figure 10.4).
F IGURE 10.4 – Conditions aux limites ci- F IGURE 10.5 – Profil de vitesse au voisi-
nématiques dans le plan (xOy) à une inter- nage d’une surface libre, c’est-à-dire si la
face fluide. contrainte du gaz sur le liquide peut être
négligée.
On appelle « surface libre » une surface sur laquelle la contrainte tangentielle est nulle. Cette
condition de surface libre est souvent justifiée à l’interface entre l’air et l’eau car la viscosité
dynamique de l’air est très faible devant celle de l’eau. La condition de contrainte nulle impose
que la pente du profil de vitesse dans l’eau soit nulle. Il existe alors un maximum de la vitesse
à la surface libre (figure 10.5). Condition à une surface libre :
∂vx
=0 . (10.7)
∂z
3. Cas d’une interface entre deux liquides avec tension de surface
S’il existe une tension de surface, par rapport au cas précédent il se rajoute une contrainte
normale proportionnelle à la courbure de l’interface (comme dans le cas de deux fluides par-
faits, donné par la loi de Laplace (Equ. 6.3)) plus éventuellement une contrainte tangentielle
s’il existe un gradient de tension de surface. Un tel gradient peut apparaître sous l’action d’un
gradient de température, ou d’un gradient de concentration en produit tensioactif. On parle
alors d’effet Marangoni (voir [29] p. 155 ou [4] p. 69).
10.3. SOLUTIONS EXACTES DE L’ÉQUATION DE NAVIER-STOKES : LES ÉCOULEMENTS PARALLÈLES123
Dans la suite nous allons parler des écoulements « laminaires » (par opposition aux écoulements
turbulents), c’est-à-dire des écoulements où le fluide s’écoule en « lames » parallèles. Ce sont en gé-
néral les écoulements que l’on observe quand le fluide est peu sollicité c’est-à-dire lorsque le nombre
de Reynolds n’est pas trop élevé.
Stokes disparaît donc. De plus l’incompressibilité est obligatoirement vérifiée car div (~v ) = 0. Voyons
quelques exemples.
U0
u(y) = y.
h
Le gradient de vitesse est constant partout dans l’écoulement (figure 10.6). C’est un écoulement de
cisaillement pur (somme d’un écoulement de déformation pure et de rotation pure, voir § 9.2).
Ω2
vθ
Ω1 R2
R1
Exercice : Calculer l’écoulement de Couette plan entre deux plaques avec deux fluides superposés
et de viscosités différentes. Tracer le profil transverse des vitesses.
B
vθ = Ar + .
r
Les valeurs de A et B sont données par les conditions aux limites cinématiques aux parois en
r = R1 et r = R2 (figure 10.7) :
∂p Pentrée − Psortie
= Cste = − = −G.
∂x L
G (> 0) est le gradient de pression imposé. On déduit de l’équation de Navier-Stokes que le profil de
vitesse est parabolique :
G
u(y) = 2η y(h − y) . (10.8)
F IGURE 10.8 – Profil de vitesse parabolique de Poiseuille entre deux plaques ou dans une conduite
circulaire.
Le débit volumique par unité de largeur dans la troisième dimension est donné par :
Z h
h3
Qv = u(y)dy = G. (10.9)
0 12η
Exercice : Ecoulement sur un plan incliné. Calculer le profil de vitesse d’une couche de fluide
d’épaisseur h coulant sur un plan incliné d’un angle α par rapport à l’horizontale. Montrer en particu-
lier que la condition de surface libre impose que le profil de vitesse est une demi-parabole.
126 CHAPITRE 10. L’ÉQUATION DE NAVIER-STOKES
G 2
u(r) = 4η (R − r2 ) (10.10)
πR4
Qv = G. (10.11)
8η
Attention, une des conditions aux limites est donnée par le fait que l’on ne veut pas de vitesse infinie
sur l’axe (r = 0). Cette solution non physique est en effet générée par le choix des coordonnées cy-
lindriques. Cette équation montre que, à gradient de pression constant, si le diamètre du tube diminue
d’un facteur 2, le débit est divisé par 16 ! Cette forte non-linéarité explique la difficulté d’équilibrer
les réseaux de distribution d’eau d’une ville par exemple. De même il faut 10 000 tubes de 1 mm de
rayon pour faire s’écouler le même débit que dans un tube de rayon 1 cm si on applique la même
différence de pression. Jean-Louis Marie Poiseuille était d’ailleurs un médecin physiologiste qui s’est
intéressé dans les années 1850 aux écoulements sanguins.
On peut calculer les contraintes visqueuses appliquées sur les parois du tube, σzr 0 = −GR/2, et
en déduire que les forces appliquées par le liquide sur une longueur de tube sont logiquement égales
à la différence des forces de pression appliquées entre ses deux extrémités.
La relation 10.11 n’est valable qui si l’écoulement reste laminaire. Au-dessus d’un nombre de
Reynolds de l’ordre de quelques milliers ce n’est plus vrai. Il apparaît brutalement d’autres compo-
santes de la vitesse et un régime turbulent. C’est en étudiant cette transition que O. Reynolds à montré
que cette transition était gouvernée par un nombre sans dimension qui porte maintenant son nom. A
débit donné, la turbulence de l’écoulement augmente la dissipation d’énergie et donc le gradient de
pression, c’est-à-dire la différence de pression entre l’entrée et la sortie aussi appelée en hydraulique
la perte de charge (figure 10.9).
∂u
= ν∇2 u. (10.12)
∂t
On reconnaît là une équation de diffusion. Le coefficient de diffusion de la quantité de mouvement
est ν, la viscosité cinématique. On peut adimensionner cette équation
∂ û ντ ˆ 2
= 2∇ û.
∂ t̂ δ
On trouve alors que le temps caractéristique de diffusion sur une distance δ est :
δ2
τ = . (10.13)
ν
10.3. SOLUTIONS EXACTES DE L’ÉQUATION DE NAVIER-STOKES : LES ÉCOULEMENTS PARALLÈLES127
Dans le cas du démarrage brutal de la plaque à la vitesse U0 dans un fluide au repos, on trouve par
intégration la solution de l’équation de diffusion :
y
u(y) = U0 1 − erf √
2 νt
RX
où erf est la fonction « erreur », intégrale d’une gaussienne : erf(X) = √2 exp −x2 dx.
π 0
Dans le cas de l’écoulement de Couette plan il faut un temps τ ∼ h2 /ν pour que le profil linéaire
s’établisse (figure 10.10), soit une longueur de déplacement de la plaque X = U0 τ ∼ Re h.
Dans un tube, pour obtenir un profil parabolique à partir d’un profil d’entrée plat (on dit aussi
« bouchon ») il faut attendre un temps τ ∼ R2 /ν, c’est-à-dire une distance depuis l’entrée du tube
X ≈ Re R. En conséquence, dès que le nombre de Reynolds est élevé, la longueur d’entrée avant
l’établissement du profil parabolique est loin d’être négligeable (figure 10.11). Expérimentalement on
trouve plutôt X/R ≈ Re/30.
128 CHAPITRE 10. L’ÉQUATION DE NAVIER-STOKES
∂~v 1~ ~ 2~v .
= − ∇(p) + ~g + ν ∇ (10.14)
∂t ρ
Ce cas correspond à la limite opposée à l’équation d’Euler (Re → ∞).
Nous supposerons dans la suite que la force volumique dérive d’un potentiel. On peut alors intro-
~
duire le potentiel Φ = ~g · ~r (alors ~g = −∇Φ). De plus nous supposerons que le nombre de Stokes qui
compare le terme instationnaire aux termes visqueux est très petit :
k ∂~
v
∂t k L2
St = = 1.
~ 2~v k
kν ∇ νT
Ceci correspond à des variations temporelles lentes comparées au temps de diffusion visqueux, et l’on
parle d’approximation quasi-statique. Formellement le nombre de Stokes apparaît comme le produit
10.4. SOLUTIONS DE NAVIER-STOKES À TRÈS FAIBLE NOMBRE DE REYNOLDS (ÉCOULEMENTS DE STO
du nombre de Strouhal déjà rencontré (§10.1.2) et du nombre de Reynolds. On obtient alors l’équation
de Stokes :
~ (p + ρΦ) = η ∇
∇ ~ 2~v . (10.15)
Cette équation est exacte en toute rigueur pour un écoulement stationnaire et si Re → 0. Une
des propriétés des écoulements de Stokes est l’absence d’inertie. Dès que les causes du mouvement
disparaissent, l’écoulement s’arrête sans délai. Ces écoulements dissipent extrêmement rapidement
leur énergie cinétique.
L’équation de Stokes étant une équation linéaire il y a unicité de la solution une fois connues
les conditions aux limites. De plus on peut aussi montrer que l’écoulement de Stokes est celui qui
minimise la dissipation d’énergie ([29] p. 443-452).
Il existe d’autres formes équivalentes de l’équation de Stokes :
1. Première variante :
~ (p + ρΦ) = −η −
∇
→
rot (~
ω) . (10.16)
∇2 (p + ρΦ) = 0 . (10.17)
∇4 (ψ) = 0 . (10.19)
F~St = 6πηRU
~ (10.20)
C’est ce que l’on appelle la force de Stokes (1851).
130 CHAPITRE 10. L’ÉQUATION DE NAVIER-STOKES
Démonstration
~ (p) = η ∇
∇ ~ 2~v .
Nous allons travailler en coordonnées sphériques avec une sphère immobile dans un écoulement
homogène de vitesse à l’infini U , dirigé selon Oz (figure 10.12). Nous supposerons un écoulement
∂
axisymétrique autour de Oz (nous aurons alors ∂ϕ = 0) et que uϕ = 0. L’écoulement est alors 2C2D
stationnaire et s’écrit en coordonnées sphériques : ~u = ur (r, θ) ~er + uθ (r, θ) ~eθ .
uθ ur
U
θ
0
z
~u = ~0 en r = R
~u = U ~e en r → ∞
z
On trouve finalement le champ de vitesse partout autour de la sphère (figure 10.13)) (cf. Acheson [1]
p. 223 et Guyon et al. [29] p. 465) :
10.4. SOLUTIONS DE NAVIER-STOKES À TRÈS FAIBLE NOMBRE DE REYNOLDS (ÉCOULEMENTS DE STO
p(r, θ) = P0 − 23 ηU
r2
R
cos θ
h i
R3
ur (r, θ) = U cos θ 1 − 32 Rr + 2r 3 (10.21)
h i
u (r, θ) = −U sin θ 1 − 3 R − R3
θ 4 r 4r 3
Ces équations montrent que le champ de vitesse décroît très doucement à grande distance (en 1/r).
Ce qui fait que l’écoulement est très influencé par des parois même lointaines ou d’autres particules
en mouvement (cas de la sédimentation de particules).
A partir du champ de vitesse nous pouvons maintenant calculer les composantes du tenseur des
contraintes [σ] en coordonnées sphériques :
2η ∂u 2 ~ v) − p
σrr = ∂r − 3 η(∇ · ~
r
σθθ = 2η 1r ∂u ur
− 23 η(∇ ~ · ~v ) − p
∂θ + r
θ
1 ∂uϕ ur uθ cot θ ~ · ~v ) − p
σφφ = 2η r sin θ ∂ϕ + r + r − 32 η(∇
(10.22)
σrθ = σθr = η r ∂r ∂ uθ
( r ) + 1r ∂u r
∂θ
σθφ = σφθ = ∂
η sinr θ ∂θ
u
( sinϕθ ) + r sin1 ∂uϕ
θ ∂ϕ
σrφ = σφr = 1 ∂ur ∂ u ϕ
η r sin θ ∂ϕ + r (
∂r r )
On peut ensuite calculer la composante selon l’axe Oz de la contrainte : σz = ([σ] · ~n) · ~ez =
σrr cos θ − σrθ sin θ, et l’on trouve : σz = 3η U
2 R en tout point de la sphère (quelque soit θ).
Finalement I
Fz = σz dS = σz 4πR2 = 6πηRU.
C’est la force de Stokes exercée par un fluide visqueux sur une sphère.
Exercices :
• Vérifier que la force transverse (portance) est bien nulle comme l’impose ici la symétrie de
l’écoulement.
• Montrer que, pour une bulle sphérique, donc avec surface libre (contrainte tangentielle nulle à
l’interface), on trouve : F~z = 4πηRU~.
132 CHAPITRE 10. L’ÉQUATION DE NAVIER-STOKES
Coefficient de traînée CD
Pour les écoulements à grand nombre de Reynolds on introduit souvent le coefficient adimen-
sionné de traînée CD . Il est défini par
FD
CD = 1 2 (10.24)
2 ρU0 S
où S est la section de l’objet et FD la force de traînée (D pour Drag en anglais). En identifiant ici avec
l’expression de la force de Stokes, on trouve :
24
CD = (10.25)
Re
où le nombre de Reynolds est calculé sur le diamètre (2R) de la sphère. La figure 10.14 montre que
l’expression de la force de Stokes est une bonne approximation de la force de traînée jusqu’à Re ∼ 1.
Au-delà, la correction analytique d’Oseen 1 permet d’écrire à l’ordre suivant (Re < 5) :
24 3
CD = 1 + Re (10.26)
Re 16
A plus haut nombre de Reynolds encore on peut trouver d’autres formules empiriques pour CD
(§ 2.2 page 21).
F IGURE 10.14 – Traînée sur une sphère à faible nombre de Reynolds. Ici la fonction CD Re2 est tracée
en fonction de Re ([50] p. 111).
1. Correction d’Oseen : On peut montrer que loin de la sphère, certes la vitesse décroit mais les distances augmentent
aussi et l’énergie cinétique totale diverge ([29] p. 474). L’équation de Stokes n’est en fait plus valide à grande distance (en
réalité à une distance L ≈ R/Re) car le terme convectif n’est plus négligeable devant le terme visqueux. Il faut donc refaire
le calcul loin de la sphère et faire un raccordement asymptotique entre les deux solutions.
10.4. SOLUTIONS DE NAVIER-STOKES À TRÈS FAIBLE NOMBRE DE REYNOLDS (ÉCOULEMENTS DE STO
2 ∆ρg 2
VStokes = R , (10.27)
9 η
avec ∆ρ = ρs − ρf . Cette vitesse limite est proportionnelle au carré du rayon, donc les grosses
particules sédimentent plus vite. Ce résultat reste vrai même si les particules ne sont pas parfaitement
sphériques.
Pour que le nombre de Reynolds de chute soit petit et que l’on puisse utiliser la formule de la
force de Stokes il faut :
2R VStokes 4 ∆ρ gR3
Re = = 1,
ν 9 ρ ν2
soit :
1
9 ρ ν2 3
R .
4 ∆ρ g
Notons toutefois que les toutes petites particules (∼ 1 µm) dites particules colloïdales ou par-
ticules browniennes ne sédimentent pratiquement pas à cause de l’agitation thermique (la vitesse
aléatoire moyenne devient supérieure à la vitesse de sédimentation).
Si maintenant de nombreuses particules sédimentent ensemble, le calcul de la vitesse de sédimen-
tation se complique nettement (il n’est d’ailleurs pas résolu à ce jour). En effet il existe des interactions
collectives (à N corps) car le champ de vitesse autour d’une particule décroît lentement (en 1/r). De
plus des effets supplémentaires apparaissent à cause de la taille finie du récipient (effet de paroi). La
sédimentation d’un grand nombre de particules crée en effet un contre-écoulement du fluide vers le
haut qui ralentit leur chute (une jolie démonstration en est l’effet Boycott observé lorsque l’on incline
le récipient). La vitesse de sédimentation est alors une fonction de la concentration en particules :
— A faible Reynolds, Albert Einstein (1905) a donné le premier terme correctif à la vitesse limite
de chute dépendant de la concentration c en particules : Vlim ≈ VStokes [1 − 6, 55 c].
— Au-delà on utilise la loi empirique de Richardson-Zaki, Vlim = VStokes [1 − c/cmax ]n où
n ≈ 5, mais dépend du nombre de Reynolds et cmax est la compacité maximum, de l’ordre de
54 % pour un empilement aléatoire lâche de sphères identiques.
a)
b)
F IGURE 10.15 – Un exemple d’irréversibilité des écoulements, ou pourquoi il est plus facile d’éteindre
une bougie en soufflant (a) qu’en aspirant (b) ! Pour en savoir plus : A. Jenkins. Irreversibility in an
ideal fluid. American Journal of Physics, 82, 1040–1046, 2014.
— Cas d’une bille tombant à côté d’un mur vertical. La réversibilité impliquant que le mouvement
vers le bas est identique à un mouvement vers le haut, la bille doit tomber parallèlement à la
paroi. A faible Reynolds et en régime stationnaire une bille n’est ni repoussée ni attirée par la
paroi.
— Si maintenant on regarde le mouvement d’une bille s’approchant d’une paroi horizontale, ou
s’en éloignant, ces mouvements ne sont pas forcement identiques car dans les deux cas il peut
y avoir des forces d’accélération (instationnarité) donc des effets de masse ajoutée et des forces
d’histoire.
— Expérience de G.I. Taylor. Une tache de colorant dans un fluide visqueux placé dans l’espace
entre deux cylindres d’un montage de Couette circulaire est déformée par l’écoulement. Mais
quelques tours en sens contraire reconstituent la forme initiale de la tache (aux effets de dif-
fusion moléculaire près) si la viscosité du liquide est suffisamment forte. Voir la très belle
démonstration de la réversibilité dans la vidéo suivante [Link]
— Chaos lagrangien. On peut obtenir le mélange de deux fluides dans un écoulement à faible
nombre de Reynolds, mais uniquement près des points cols, là où les termes instationnaires
sont importants, ou part des mouvements alternés de deux batteurs.
L’article de Purcell [42] est une excellente lecture introductive et stimulante au sujet de la réversi-
bilité des écoulements et de sa conséquence pour la vie animale aux faibles nombres de Reynolds. Je
vous en recommande très vivement la lecture !
Dans certains cas toutefois l’écoulement n’est que presque parallèle, c’est-à-dire qu’une composante
de la vitesse domine devant les autres par exemple parce que les angles entre les parois sont faibles.
Ces écoulements sont dit lubrifiés mais parfois aussi appelés écoulements rampants (creeping flow en
anglais). Comme les lignes de courants sont parallèles aux parois, elles font un angle θ faible avec
l’axe des x (figure 10.16). On peut alors calculer des ordres de grandeur (noté ODG) des différents
termes des équations du mouvement.
Prenons le cas d’un écoulement stationnaire à deux dimensions (2C2D) entre deux parois : ~u =
(ux (x, y), uy (x, y), 0) et appelons U l’ODG des vitesses horizontales et e0 l’ODG des épaisseurs
(figure 10.16). Si l’écoulement est « laminaire », par opposition à turbulent, les lignes de courant sont
pratiquement parallèles aux parois et donc presque parallèles à l’axe des x, on a : ux ≈ U et uy ≈ U θ.
Comme nous le verrons, l’écoulement sera localement la superposition d’un écoulement de Poi-
seuille ou de Couette. On peut estimer ses dérivées transverses :
ODG( ∂ux ) = U
∂y e0
.
ODG( ∂uy ) = U θ
∂y e0
U 2 θ/e0 νU/e20
soit
(U e0 /ν) θ = Re θ 1,
où Re est un nombre de Reynolds construit sur la vitesse U et la largeur e0 . Cette équation est un
compromis entre la condition des écoulements parallèles (θ = 0 et Re en principe quelconque 2 ) et la
condition des écoulements de Stokes (Re 1 et θ quelconque).
En étudiant ensuite de la même façon la projection de Navier-Stokes sur y on peut montrer que
∂p ∂p
.
∂y ∂x
On obtient alors le système suivant pour résoudre l’écoulement :
1 ∂p = ν ∂ 2 ux
ρ ∂x ∂y 2
1 ∂p = 0
ρ ∂y
à condition de pouvoir négliger les termes instationnaires ce qui est le cas si le nombre de Stokes
e2
est petit (St = νT0 1). On peut alors intégrer l’équation de Stokes pour ux selon y (variation rapide)
en négligeant les variations de p avec y. On trouve une fonction du second ordre en y qui dans le cas
général correspond à une superposition d’un écoulement de Couette et de Poiseuille.
Ayant obtenu cette vitesse horizontale ux (x, y) en fonction du gradient local de pression ∂p/∂x
on peut intégrer ux à x fixé pour obtenir le débit Q en fonction du gradient longitudinal de pression et
de la géométrie e(x). Le fait que le débit Q est indépendant de x permet alors d’exprimer le gradient
local de pression en fonction de Q et de trouver p(x) et donc Q par intégration en x à condition de
connaître les conditions aux limites sur p. Finalement on peut réinjecter ce résultat dans l’équation
donnant la vitesse, et tout calculer explicitement, comme dans l’exemple ci-dessous.
Exercices :
2. Dans la pratique inférieur à quelques milliers car sinon l’écoulement peut devenir instable et transiter brutalement
vers un état turbulent, c’est-à-dire un état où la vitesse en un point fluctue fortement dans le temps.
10.5. SOLUTIONS DE NAVIER-STOKES POUR LES ÉCOULEMENTS QUASI-PARALLÈLES (ÉQUATIONS DE
En particulier montrer que FFNT ∼ 1/θ est grand, ce qui est recherché dans les paliers lubrifiés
pour supporter de lourdes charges sans consommer trop de puissance. C’est le même phéno-
mène qui sustente les planches de bois (skimboard) que l’on fait glissent dans quelques centi-
mètres d’eau sur les plages à marée basse, ou qui cause l’aquaplaning sur une route mouillée.
2. Calculer la vitesse verticale. Montrer qu’il existe un point de stagnation dans l’écoulement.
Tracer quelques lignes de courant et montrer qu’il existe une zone du fluide où l’approximation
uy ux n’est pas justifié.
3. Dans le cas de deux cylindres excentrés (faible gap entre eux) montrer que l’on peut écrire un
développement parabolique près du point d’épaisseur minimale. Dessiner les lignes de courant
et trouver les points de stagnations en fonction des vitesses des deux cylindres.
4. Calculer la portance pour deux cylindres excentrés mais de diamètres proches (voir Acheson
[1] page 249).
5. En appliquant les équations de la lubrification, trouver l’épaisseur d’eau sous un glaçon en
train de fondre sur une table de verre.
6. Appliquer les équations de la lubrification pour montrer que l’étalement d’une grosse goutte
sur un support plan est donné par la loi de Tanner r(t) ∝ t1/10 (voir [29] page 244).
F(t) p0
h(t) r
2a
On néglige la gravité ainsi que la tension de surface dans ce problème (pas de ménisque sur
les bords du disque). On suppose de plus que le fluide occupe l’ensemble de l’espace entre le plan
et le disque à tout temps. Enfin, on se place dans l’approximation de lubrification : on considère
l’écoulement comme quasi-parallèle et lentement variable dans le temps, avec h/a 1 et Re a/h.
1. Compte tenu des approximations effectuées, montrer que l’équation de Navier-Stokes en ré-
gime quasi-stationnaire se réduit à
2
~ p = η ∂ ~u
∇ (10.30)
∂z 2
On donnera une condition sur ∂h/∂t pour que le terme instationnaire puisse effectivement être
négligé.
2. On cherche une solution bidimensionnelle du champ de vitesse ~u = ur (r, z, t)~er +uz (r, z, t)~ez ,
où ur et uz sont les composantes radiale et axiale de la vitesse en coordonnées cylindriques.
Projetez l’équation précédente sur ~er , ~ez , et donnez l’équation d’incompressibilité. Donner les
conditions aux limites sur ur , uz et p.
3. On cherche à déterminer la distribution de pression p(r, t) sur la surface inférieure du disque,
en z = h(t).
(a) Calculer ur en fonction de ∂p/∂r, z et h en tenant compte des conditions aux limites.
(b) Calculer uz en fonction de ∂p/∂r, r, z et h à l’aide de l’équation d’incompressiblité en
tenant compte de la condition aux limites en z = 0.
(c) Déduire la relation reliant ∂p/∂r aux grandeurs r et h(t) en utilisant la condition aux
limites sur uz en z = h(t).
(d) Intégrer l’équation en p(r, t) en tenant compte des conditions aux limites sur la surface du
fluide en contact avec l’air.
4. Calculer la force d’adhérence exercée par le disque sur le fluide.
5. Ecrire le principe fondamental de la dynamique sur le disque en considérant que l’on tire
le disque verticalement avec une force constante F0 (on négligera la masse du disque). En
déduire une équation différentielle pour h(t), que l’on intégrera sous la forme
h0
h(t) = p
1 − t/τ
— Déformation sous une pointe d’AFM : Leroy, S., Steinberger, A., Cottin-Bizonne, C., Resta-
gno, F., Léger, L., and Charlaix, É. (2012). Hydrodynamic Interaction between a Spherical
Particle and an Elastic Surface : A Gentle Probe for Soft Thin Films. Physical Review Let-
ters, 108(26), 264501. ([Link]
[Link])
— Goutte liquide en caléfaction : David Quéré "Leidenfrost Dynamics", Annual Review of Fluid
Mechanics, 45, 197 (2013).
([Link]
— Goutte liquide rebondissante : Couder, Y., Fort, E., Gautier, C. H., and Boudaoud, A. (2005).
From bouncing to floating : Noncoalescence of drops on a fluid bath. Physical Review Let-
ters, 94(17), 177801. ([Link]
7837945_From_bouncing_to_floating_noncoalescence_of_drops_on_a_fluid_bath/links/
[Link])
140 CHAPITRE 10. L’ÉQUATION DE NAVIER-STOKES
Chapitre 11
La couche limite
Sommaire
11.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
11.2 Couche limite laminaire sur une plaque plane . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
11.2.1 Les équations de Prandtl (1904) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
11.2.2 Profil de vitesse de Blasius (1907) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
11.2.3 Calcul de la contrainte pariétale et du coefficient de traînée . . . . . . . . . 145
11.2.4 Définitions de l’épaisseur d’une couche limite . . . . . . . . . . . . . . . . 146
11.3 Décollement de la couche limite sur une paroi courbée . . . . . . . . . . . . . . 147
11.4 Equation de Falkner-Skan (1930) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148
11.5 Couche limite thermique laminaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150
11.6 Couche limite turbulente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150
On pourra lire avec profit les documents suivants : [29] p. 507, [7] p. 321, [30] p. 299 et [11] tome
II p. 86, et le chapitre correspondant dans le DVD [24].
11.1 Introduction
La compréhension du comportement des couches limites date du début du XXe siècle. Les travaux
de Prandtl ont permis une avancée majeure dans l’histoire de la mécanique des fluides.
Nous avons déjà évoqué quelques phénomènes de couches limites lors de l’établissement de
l’écoulement de Poiseuille ou de Couette, ou du démarrage d’une plaque plane au §10.3.5. Il existe
alors deux domaines : l’un loin des parois où l’écoulement n’est pas encore modifié et où la viscosité
n’a aucune influence, l’autre près de la paroi où la quantité de mouvement diffuse en racine carrée du
temps à cause de la viscosité. En passant d’une description temporelle à une description spatiale on
voit apparaître deux échelles de longueur très distinctes, une grande dans le sens de l’écoulement et
une petite dans la direction transverse à la paroi. L’étude de la couche limite laminaire, par exemple
sur une plaque plane comme schématisée sur la figure 11.1, est le but de ce chapitre.
141
142 CHAPITRE 11. LA COUCHE LIMITE
Ue
F IGURE 11.1 – Ecoulement de couche limite au voisinage d’une plaque plane. D’après [1] p. 49.
∂u ∂u 1 ∂p ∂2u
u +v = − +ν 2 (11.1)
∂x ∂y ρ ∂x ∂y
∂v ∂v 1 ∂p ∂2v
u +v = − +ν 2 (11.2)
∂x ∂y ρ ∂y ∂y
Le terme visqueux a été simplifié pour tenir compte du fait que δ(x0 ) x0 et donc que les
dérivées secondes en y dominent.
Comme v u, les termes où la vitesse intervient dans l’équation selon y (11.2) sont d’un ordre
de grandeur inférieur aux termes correspondants de la première équation (11.1). On en déduit que
∂p ∂p
∂y ∂x . Les gradients de pression transverses sont faibles et au premier ordre la pression ne varie
que selon x, soit p ≈ p(x). En particulier la pression au sein de la couche limite est la même que
dans l’écoulement extérieur. C’est à cause de cette propriété qu’un tube de Pitot peut être utilisé
11.2. COUCHE LIMITE LAMINAIRE SUR UNE PLAQUE PLANE 143
pour mesurer la vitesse dans un fluide (cf § 5.4.1 page 47). En effet la pression mesurée à la paroi est
∂p
pratiquement la même que celle qui existe au-delà de la couche limite ( ∂y ≈ 0). De même, c’est parce
que les couches limites sont minces que les équations d’Euler donnent la bonne portance pour une aile
d’avion en faible incidence malgré la présence de couches limites attachées (cf § 5.5.2 page 53).
Les termes visqueux sont dominants dans la couche limite, les termes inertiels le sont en dehors
de cette couche. Les deux termes sont du même ordre de grandeur à une distance δ(x0 ) de la surface
solide si :
Ue2 /x0 ≈ νUe /δ 2 , où x0 est la distance au bord d’attaque de l’obstacle. Soit si
p
δ(x0 ) = νx0 /Ue .
Cette quantité est, dimensionnellement, l’épaisseur locale de la couche limite. Cette épaisseur croît
lentement, en racine de la distance selon x. Si on introduit un nombre de Reynolds longitudinal
construit sur la distance x0 du début de la couche limite, Rex0 = Ue x0 /ν, on obtient :
δ(x0 ) 1
=p .
x0 Rex0
Si ce nombre de Reynolds est élevé, on vérifie bien l’hypothèse δ(x0 ) x0 . Attention, l’analyse
n’est plus valable si x0 est petit, c’est-à-dire très près du bord d’attaque de la plaque.
En dehors de la couche limite, la viscosité étant négligeable, l’équation de Bernoulli nous donne
en l’absence d’effet de la gravité p(x)+ρUe2 (x)/2 = Cste sur une ligne de courant et en fait partout si
l’écoulement amont est irrotationnel. Nous allons pour l’instant traiter le cas général où l’écoulement
externe Ue (x) dépend effectivement de x. Soit :
1 ∂p ∂Ue
− = Ue (x) . (11.3)
ρ ∂x ∂x
On peut donc reporter cette relation dans l’équ. 11.1 et l’on obtient l’équation de Prandtl de la couche
limite :
∂u ∂u ∂Ue ∂2u
u +v = Ue (x) +ν 2 . (11.4)
∂x ∂y ∂x ∂y
Cette équation ne peut être résolue que si l’on connaît l’écoulement externe Ue (x). Nous allons
d’abord décrire le cas d’un écoulement homogène. Il existe aussi toute une famille de solutions, les
solutions de Falkner-Skan (1930), lorsque l’on peut écrire Ue (x) = Cxm (cf § 11.4).
∂u ∂u ∂2u
u +v =ν 2.
∂x ∂y ∂y
Cette équation, après adimensionnement, admet une solution auto-similaire unique. p
Pour le montrer, posons X = x/x0 , Y = y/δ(x0 ), U = u/Ue et V = v/(Ue / Rex0 ). La
conservation de la masse et l’équation de la dynamique de la composante longitudinale s’écrivent
alors :
144 CHAPITRE 11. LA COUCHE LIMITE
∂U ∂V
+ = 0 (11.5)
∂X ∂Y
∂U ∂U ∂2U
U +V = (11.6)
∂X ∂Y ∂Y 2
Ces équations ne contiennent plus aucun paramètre (ni Ue , ni Rex0 ). En plus elle admet pour la
variable U une solution auto-similaire, U (X, Y ) = f (θ) ce qui fait que l’on obtiendra une équation
différentielle ordinaire, bien plus simple qu’une équation aux dérivées partielles. Ceci est possible
car notre résultat doit être indépendant du choix arbitraire de l’abscisse x0 et l’on peut alors éliminer
cette variable. La vitesse U (X, Y ) ne dépend donc pas de X et Y indépendamment √ mais à travers
une variable intermédiaire unique indépendante de x0 . On trouve alors θ = Y / X = y/δ(x) avec
pour conditions aux limites : f (0) = 0 et f (∞) = 1. Attention θ = y/δ(x) n’est pas la variable
Y = y/δ(x0 ) !
En exprimant ∂V ∂Y par l’équation de continuité (11.5) et en intégrant par partie cette expression on
obtient formellement :
Z θ
1
V (X, θ) = √ θf − f (ξ)dξ (11.7)
2 X 0
que l’on peut injecter dans l’équation 11.6. Il convient de remarquer que la vitesse V n’est elle
pas une fonction auto-similaire de θ car elle dépend aussi de X.
On en déduit l’équation intégro-différentielle satisfaite par f :
Z θ
00 0
2f + f f (ξ)dξ = 0 . (11.8)
0
Rθ
Si on introduit la fonction F (θ) = 0 f (ξ)dξ cette nouvelle équation peut aussi s’écrire :
2F 000 + F 00 F = 0 . (11.9)
C’est l’équation de Blasius. Cette équation différentielle ordinaire et non-linéaire s’intègre nu-
mériquement et l’on obtient alors le profil de vitesse longitudinale dans la couche limite (figure 11.2a).
Le profil de vitesse reste très linéaire dans la couche limite et transite rapidement (exponentiellement)
vers l’asymptote.
Rθ
— Pour θ grand, on a f (θ) → 1 et donc 0 f (ξ)dξ → θ. De l’équation de Blasius on déduit que
θ
f 00 (θ) = − f 0 (θ)
2
soit en intégrant que f 0 = C exp(−θ2 /4). Donc la fonction f (θ) → 1 comme la fonction « er-
reur » (déjà rencontré dans le problème proche du démarrage d’une plaque plane au § 10.3.5
page 126).
√
L’écartement progressif des lignes de courant au voisinage de la plaque plane (en x) est dû à
l’existence d’une petite composante de vitesse transverse (dans et hors de la couche limite) que l’on
peut calculer explicitement en utilisant l’équation 11.7 (figure 11.2b).
F IGURE 11.2 – Profil de vitesse de Blasius. a) vitesse longitudinale U = f (θ), b) vitesse transverse
V = f (X, θ). D’après [30] p. 311.
Paradoxe de Blasius
L’existence d’une vitesse transverse non nulle même loin de la plaque (figure 11.2b) pose pquelques
problèmes. En effet cela veut dire que sur un très grand domaine le module de la vitesse Ue2 + v 2
est supérieur à la vitesse incidente Ue et donc qu’il y a un gain en énergie cinétique ! Ce problème est
connu sous le nom de paradoxe de Blasius. En réalité, en effectuant des calculs aux ordres suivants
ou par simulation numérique, on montre que la vitesse transverse redécroît vers zéro loin de la plaque
lorsque Rex est grand mais fini. Ce n’est que lorsque ce nombre de Reynolds est infini que la zone de
décroissance est rejetée à l’infini [45].
r
∂u ∂v ∂u 0 ∂θ Ue 1 ρU 2
σxy = η + =η ≈ ηUe f (0) = ηUe f 0 (0) ≈ p e .
∂y ∂x ∂y ∂y νx 3 Rex0
On en déduit la force de traînée visqueuse par unité de largeur et par face d’une plaque de longueur
L:
146 CHAPITRE 11. LA COUCHE LIMITE
Z L
1
FD = σxy dx = 2ρUe2 Lf 0 (0) √ .
0 ReL
3/2
La force de traînée varie donc comme Ue et comme L1/2 . La dépendance avec la vitesse en
puissance 3/2 est clairement intermédiaire entre le cas très visqueux (force de Stokes) où elle est
proportionnelle à Ue et le cas des Reynolds très élevés où l’écoulement est turbulent et où elle varie
comme le carré de la vitesse. La dépendance avec la longueur en puissance 1/2 fait que si L double,
la force de traînée ne double pas. La contribution au frottement des zones en amont de la plaque est
donc plus importante que celles des zones en aval (où le cisaillement est moins intense).
Si on introduit le coefficient de traînée adimensionné, on trouve :
FD 4 1
CD = 1 2
= √ .
2 ρUe L
3 ReL
Résultat qu’il faut multiplier par 2 si l’on veut tenir compte des deux faces de la plaque. Lorsque le
nombre de Reynolds est élevé, ce coefficient de traînée est très faible, mais la couche limite peut aussi
devenir turbulente !
A. N. Calculer la force de traînée d’une plaque de 1 m×1 m tirée à incidence nulle à une vitesse
de 1 m/s dans de l’eau.
— Epaisseur de déplacement δ ∗
L’épaisseur de déplacement correspond au déplacement latéral de la paroi qu’il faudrait effec-
tuer dans un écoulement uniforme pour avoir le même débit massique dans l’hypothèse d’un
fluide parfait, donc glissant à la paroi. Pour un fluide incompressible le débit massique s’écrit :
Z ∞ Z ∞
Q/ρ = u(y)dy = Ue dy ,
0 δ∗
en appellant Ue la vitesse longitudinale loin de la paroi.
Un petit schéma montre que l’on a égalité des aires et donc :
Z ∞
∗
Ue δ = (Ue − u)dy .
0
p
Pour un écoulement uniforme arrivant sur une plaque plane on trouve : δ ∗ (x) ≈ 1, 73 νx/Ue .
soit Z ∞
∗∗ u u
δ = (1 − )dy .
0 Ue Ue
Cette épaisseur δ ∗∗ permet de calculer simplement la force s’exerçant sur la paroi entre 0 et x
car F (x) = ρUe2 δ ∗∗ . Elle permet aussi de calculer la contrainte pariétale locale à la paroi par
τ ∗ = dF/dx = ρUe2 dδ ∗∗ /dx. p
Pour un écoulement uniforme sur une plaque plane on trouve : δ ∗∗ (x) ≈ 0, 66 νx/Ue .
En résumé pour une plaque plane dans un écoulement laminaire uniforme, on peut définir plusieurs
épaisseurs caractéristiques et l’on a : δ0,99 > δ ∗ > δ ∗∗ . Il faut toutefois remarquer qu’aucune de ces
définitions de la frontière de la couche limite ne correspond à une ligne de courant particulière, c’est-
à-dire que le fluide traverse toutes ces « frontières ».
Noter qu’il existe aussi une solution de ces équations de Blasius à la surface libre entre deux fluides
(Lock, R. C. (1951) The velocity distribution in the laminar boundary layer between parallel streams.
Quart. J. Mech. and Applied Math., Vol. IV, pp. 42-63). Toutefois les profils ont qualitativement la
même forme que le profil de Blasius.
F IGURE 11.3 – Lignes de courant et profils de vitesse près d’un point de séparation S. La ligne
pointillée représente le lieu où u = 0. D’après [30] p. 319.
de bord d’attaque ou de bord de fuite sur les ailes à l’atterrissage, aspiration ou soufflage des couches
limites, profilage des véhicules, alules sur les ailes de certains oiseaux planeurs (figure 11.5), etc.
Pour diminuer la traînée des objets à grand Reynolds il est important de les profiler. C’est encore
plus importante en aval du profil, là où la décélération de l’écoulement pourrait créer un décollement
de la couche limite. Cela peut donc conduire à des profils asymétriques avant/arrière. Par contre à bas
nombre de Reynolds, l’écoulement est modifié par l’obstacle jusqu’à de grandes distances et sa forme
exacte importe peu pour le calcul de la traînée de pression. Par contre il est important de minimiser la
surface de cisaillement visqueux et cela conduit à des formes optimales plus compactes.
Cette équation est une généralisation de l’équation de Blasius (Equ. 11.8) qui correspond au cas
particulier m = 0. Elle nous permet de trouver le profil de couche limite sur une des plaques d’un
dièdre. La figure 11.6 montre quelques profils de vitesse pour différentes valeurs de m.
- Plus m est grand (i.e. plus l’angle α est petit) plus la couche limite est mince car il existe une
11.4. EQUATION DE FALKNER-SKAN (1930) 149
F IGURE 11.6 – Solutions du profil de vitesse de Falkner-Skan pour différentes valeurs de m. D’après
[29] p. 509.
150 CHAPITRE 11. LA COUCHE LIMITE
devient de l’ordre de 300 (ce qui correspond à Rex ≈ 105 ). On voit alors apparaître des ondes trans-
verses dites « ondes de Tolmien-Schlichting » qui se déstabilisent en « épingles à cheveux », puis des
taches turbulentes apparaissent qui finalement envahissent toute la couche limite et au-delà. Le profil
de vitesse moyenne dans une couche limite turbulente est plus arrondi que dans une couche limite
laminaire. On trouve en général un profil de vitesse logarithmique :
∗
1 y yu
ū/u∗ = ln ≈ 2, 5 ln + 5.
κ y0 ν
La vitesse u∗ s’appelle la vitesse de frottement. Elle représente une échelle de vitesse caractéristique
des fluctuations turbulentes et elle est définie par τ ∗ = ρu∗ 2 où τ ∗ est la contrainte moyenne me-
surée en paroi. La constante κ ≈ 0, 41 s’appelle la constante de von Kármán et y0 est une hauteur
typique caractérisant soit l’épaisseur de la sous-couche laminaire soit la taille des rugosités de la paroi.
Livres : Références [29] et [45] H. Schlichtling (2000), Boundary Layer Theory, Springer, 8e
édition. On y trouve en particulier quelques études plus pointues sur les couches limites instationnaires
et sur les calculs au-delà du premier ordre.
Vidéo : Fundamentals of Boundary Layers, F.H. Abernathy, National Committee for Fluid Me-
chanics Films, [Link]
Chapitre 12
Dynamique de la vorticité
Sommaire
12.1 Equation de la vorticité (ou équation d’Helmholtz) . . . . . . . . . . . . . . . . 151
12.2 Quelques exemples de vorticité localisée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
12.3 Rappels sur la circulation et le théorème de Kelvin . . . . . . . . . . . . . . . 155
12.3.1 Quelques conséquences du théorème de Kelvin pour un fluide parfait . . . 155
12.4 Décomposition de Helmholtz et loi de Biot et Savart . . . . . . . . . . . . . . . 156
−→ ~ ∧ ~v . L’intérêt
~ = rot (~v ) = ∇
Par définition on appelle vorticité le rotationnel de la vitesse : ω
d’une telle quantité vectorielle vient du fait qu’à haut nombre de Reynolds on observe souvent de
grandes zones d’écoulement potentiel (irrotationnel) auxquelles se superposent des structures « tour-
billonnaires » relativement localisées où se concentre l’essentiel de la vorticité (voir par exemple sur
la figure 12.1 un tourbillon localisé entre un nuage et la surface de la mer).
En calculant le rotationnel de cette équation, le terme en gradient et celui des forces volumiques,
si elles dérivent bien d’un potentiel, disparaissent et les dérivations temporelles et les dérivations
spatiales commutent. En supposant que ν est homogène en espace on obtient :
∂~
ω − → −
→ ~2
− rot (~v ∧ ω
~ ) = ν rot (∇ ~v ).
∂t
151
152 CHAPITRE 12. DYNAMIQUE DE LA VORTICITÉ
F IGURE 12.1 – Photo d’une trombe se développant sous un cumulonimbus et au-dessus d’une mer
chaude.
on en déduit
−
→ ~ )~v − (~v · ∇
~ )~
rot (~v ∧ ω ~ −ω
~ ) = ~v div ω ω·∇
~ div ~v + (~ ω.
Si le fluide est incompressible div ~v = 0 et par construction div ω
~ = 0. Donc :
−
→ ~ )~v − (~v · ∇
~ )~
rot (~v ∧ ω ω·∇
~ ) = (~ ω.
Parallèlement :
→ →
− − −
→ ~ −
→ − → −
→ − → →
−
rot ( ∇ 2~v ) = rot ∇ ω )) = ∇ 2 ω
(div (~v )) − rot (rot (~v )) = −rot (rot (~ ~.
D~
ω ∂~
ω ~ ω = (~ →
− →
−
= + (~v · ∇)~ ω · ∇)~v + ν ∇ 2 ω
~ . (12.1)
Dt ∂t
Cette équation est l’équation de la vorticité, aussi appelée équation d’Helmholtz. Elle gouverne la
dynamique de la vorticité et ne fait plus intervenir la pression mais par contre elle fait intervenir, en
plus du champ ω ~ , le champ de vitesse ~v .
On reconnaît une équation similaire à l’équation de Navier-Stokes, avec un terme instationnaire
∂~
ω ~ ω , un terme de diffusion visqueuse ν →
v · ∇)~
−2
∇ ω
∂t un terme non-linéaire d’advection (~
, ~ . Le seul terme
→
−
nouveau est le terme (~ ω · ∇)~v qui va gouverner l’étirement et la rotation du vecteur vorticité.
Quelques conséquences :
12.2. QUELQUES EXEMPLES DE VORTICITÉ LOCALISÉE 153
1. Fluide parfait.
Pour un fluide parfait ν = 0 et si la vorticité est nulle à un instant t l’équation de Helmholtz
s’écrit à cet instant D~
ω
Dt = 0. La vorticité reste donc nulle aux instants ultérieurs, au moins
en description particulaire. La vorticité ne peut donc apparaître à haut Reynolds que dans
des couches limites, là où le fluide n’est pas parfait ! C’est cohérent avec le théorème de la
circulation (Théorème de Kelvin) cf § 5.5 page 51.
2. Ecoulement bidimensionnel (2D2C).
Si l’écoulement est 2D2C, la vorticité a une direction fixe perpendiculaire au plan du vecteur
→
−
ω · ∇)~v = 0. L’équation de la vorticité se réduit alors à l’équation scalaire :
vitesse et donc (~
Dω
= ν∇2 ω.
Dt
C’est une équation de diffusion. La vorticité se comporte comme un scalaire, elle est advectée
par l’écoulement et est soumise à la diffusion visqueuse. C’est la même équation que l’on
−
→
retrouve pour le transport d’un colorant ou de la température, même si ici comme ω ~ = rot ~v ,
le champ scalaire ω n’est pas vraiment découplé du champ de vitesse.
→
−
3. Etude du terme (~ ω · ∇)~v pour un fluide parfait.
Si en un point ~r on choisit l’axe Oz dans la direction du vecteur ω ~ à cette instant, on peut
décomposer ~v en sa composante vz et sa composante transverse ~v⊥ = vx~ex par exemple.
Alors :
→
− ∂vz ∂vx
ω · ∇)~v = ωz
(~ ~ez + ωz ~ex .
∂z ∂z
(a) Le premier terme du membre de droite est proportionnel à l’étirement (ou la compres-
sion selon le signe) longitudinal du champ de vitesse. L’étirement longitudinal est donc un
terme source d’augmentation de l’intensité de la vorticité dans l’équation 12.1. Ceci cor-
respond à la conservation du moment cinétique de la particule fluide. En effet en étirant un
cylindre de fluide on diminue sa section et donc son moment d’inertie. Sa vitesse angulaire
augmente alors tout comme pour un solide déformable (patineuse sur la glace).
(b) Le deuxième terme est un terme de rotation de l’axe du vecteur vorticité sous l’action
cisaillante du champ de vitesse. Ce terme fait donc apparaître de la vorticité dans la di-
rection transverse ~ex . Il conduit donc à une simple rotation du vecteur vorticité, tout en
conservant le module de la vorticité. En effet, pour un fluide parfait, seul le processus
d’étirement peut changer l’intensité de la vorticité comme le démontre l’équation suivante
D~ω2 2 ∂~vz
Dt = 2~ ω · D~
ω
Dt = ωz ∂z .
(c) A trois dimensions, l’étirement ou la compression d’une ligne de vorticité est le mécanisme
qui va augmenter ou diminuer son intensité. Ce mécanisme ne peut pas exister dans un
écoulement bidimensionnel (2D2C ou 2D3C) et c’est pourquoi ces écoulements sont si
particuliers.
• Couche limite visqueuse au voisinage d’une paroi. Il existe de la vorticité localisée dans la
couche limite à cause de la condition de non-glissement sur la paroi. Cette viscosité diffuse
dans le volume mais est aussi advectée par l’écoulement. Elle reste donc confinée dans la
couche limite laminaire.
• Couche de mélange. Ecoulement parallèle de deux veines de fluides ayant des vitesses dif-
férentes. Dans la zone de raccordement du profil de vitesse il existe une vorticité et cela bien
que les lignes de courant soient toutes parallèles.
• Vortex ponctuel. C’est une distribution de Dirac de la vorticité, caractérisée par sa circulation
Γ. C’est un modèle valable pour les fluides parfaits. Il existe des vortex rectilignes et des
vortex en anneaux. Le meilleur exemple de vortex très localisé est le quantum de vorticité
dans l’hélium superfluide. Les « dust devils » sont des tourbillons de poussière observées aux
Etats-Unis (voir par exemple le film [Link] tourbillons qui
se modélisent assez bien par des tourbillons ponctuels. On peut citer aussi les trombes et les
tornades (figure 12.1).
• Vortex en anneau. C’est un vortex ponctuel (ou en tout cas localisé) refermé sur lui-même en
forme de tore, comme dans un anneau de fumée.
• Vortex de Rankine. C’est un vortex rectiligne, dont la vorticité est constante à l’intérieur d’un
disque et nulle à l’extérieur.
• Vortex de Stuart. Comme le vortex de Rankine mais avec une section elliptique.
• Vortex de Lamb-Oseen. C’est un vortex rectiligne plus réel que le vortex de Rankine avec
une distribution de vorticité gaussienne.
• Vortex écranté. C’est un vortex rectiligne dont la distribution de vorticité est la dérivée d’une
gaussienne (chapeau mexicain, d’abord positive puis négative) et tel que la circulation mesurée
à grande distance soit nulle.
• Vortex de Burgers. C’est un vortex étiré, solution exacte de Navier-Stokes où la diffusion de
la vorticité est compensée par un étirement axial.
• Vortex de Hill (1894). Modèle de vortex sphériques où la vorticité est confinée dans une
sphère et les lignes de vorticité sont toriques (figure 12.2).
• Vortex de Batchelor (1964). Vortex rectiligne avec une distribution gaussienne de vorticité
comme le vortex de Lamb-Oseen plus une vitesse axiale gaussienne. Souvent utilisé pour
modéliser le vortex en bout d’aile d’avion.
• Vortex de Taylor-Green. Vortex périodique en x, y et z (u = sin x cos y cos z, v = cos x sin y cos z
et w = cos x cos y sin z). Pour ses symétries il est utilisé comme condition initiale dans des
12.3. RAPPELS SUR LA CIRCULATION ET LE THÉORÈME DE KELVIN 155
DΓ
=0.
Dt
5. Vorticité potentielle. Considérons un écoulement dans un canal à surface libre et tel que le
fond présente une bosse. Une ligne verticale de vorticité sera advectée par l’écoulement si le
fluide est parfait mais va être raccourcie en passant sur la bosse. Comme la circulation est
conservée, dΓ = ω · dS, où dS est une petite surface horizontale, reste constant. Si de plus le
fluide est incompressible et si l’on note h la hauteur locale de fluide, le produit dS ×h = Cste.
On en déduit que ω/h = Cste. La quantité ω/h, appelé vorticité potentielle, se conserve dans
un fluide parfait.
~ Φ+−
~v = ∇
→ ~0
rot A . (12.2)
~A −
→
~ 0 = −rot ~v = −~
On a alors ∆Φ = div ~v et ∆ ω . La connaissance de la divergence et du rotationnel
du champ de vecteur, ainsi que de la valeur de la composante normale aux parois, permet de calculer
par intégration ce champ (cf. [Link] Comme
en magnétostatique l’on peut calculer par la loi de Biot et Savart le champ de vitesse à partir du champ
de vorticité (à un champ de vitesse irrotationnel près, connu si l’on connaît les conditions aux limites)
(Guyon et al. [29] p. 293 ou Batchelor [4] p. 509).
En particulier on a les correspondances suivantes :
Magnétostatique Hydrodynamique
~ 0) = 0
div (B/µ div (~v ) = 0
−
→ ~ ~ −→
rot (B/µ 0) = j rot (~v ) = ω
~
H H
ou B/µ~ 0·→ −
dl = I
→
−
~v · dl = Γ
On peut alors utiliser les relations de Biot et Savart sous les mêmes conditions qu’en électroma-
gnétisme, à condition de transformer B/µ~ 0 en ~v , ~j en ω
~ et I en Γ. Attention il faut que le milieu soit
infini, sans paroi.
Dans le cas d’une distribution continue de vorticité on obtient alors par simple analogie :
~ = −
1. Pour un vecteur solénoïdal (à divergence nulle) on peut toujours l’écrire : A
→ −→− →
rot (Ψ~k) + rot rot (Φ~k), où ~k est
−
→ ~ −
→− → ~
un vecteur unitaire. Cette décomposition en composante toroïdale rot (Ψk) et poloïdale rot rot (Φk) est souvent utilisée en
géophysique ou en magnéto-hydrodynamique (MHD).
2. Gui, Y. F. and Dou, W. B. (2007). A Rigorous and Completed Statement on Helmholtz Theorem. Progress In Elec-
tromagnetics Research, 69, 287-304.
12.4. DÉCOMPOSITION DE HELMHOLTZ ET LOI DE BIOT ET SAVART 157
ZZZ −−→ !
1 PM
~v (M ) = ~ (P ) ∧
ω dτ . (12.3)
4π PM3
Pour un filament fin de vorticité de circulation Γ le champ de vitesse est donné par :
I →
− −−→
1 dl ∧ P M
~v (M ) = Γ . (12.4)
4π PM3
Donc, si on connaît le champ de vorticité à un instant, on peut calculer le champ de vitesse au
même instant. Ce champ de vitesse transporte les tubes de vorticité et l’on peut donc connaître la
nouvelle distribution de vorticité aux instants ultérieurs. Attention, cela ne fonctionne que pour des
fluides parfaits (sinon la vorticité diffuse au cours du temps). Les mouvements induits ne sont dus
qu’a la cinématique car on ne résout pas l’équation de la dynamique. En particulier on peut utiliser la
−
→
linéarité de la relation rot (~v ) = ω
~ pour additionner l’effet des différents tubes de vorticité, même si
les équations de la dynamique elles restent non-linéaires.
Exercices :
- Calculer le mouvement de deux vortex ponctuels rectilignes de même signe et de deux vortex de
sens contraire.
- Calculer le mouvement d’un vortex rectiligne parallèle à une paroi.
- Pour un vortex de cœur de taille δ en anneau
de rayon
R et de circulation Γ on peut montrer
Γ
que sa vitesse de translation s’écrit : V = 4πR ln 8R
δ − 1/2 , où δ est une longueur de coupure
correspondant à la taille du cœur du vortex. En déduire que deux vortex en anneau de même force se
déplaçant dans la même direction avec des diamètres légèrement différents, vont rester en interaction
avec un mouvement de « saute-mouton » (figure 12.3).
Sommaire
13.0.1 Etude du décollage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 161
13.0.2 Utilisation de la polaire Eiffel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162
13.0.3 Cas d’un voilier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
13.1 Nage et vol animal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165
13.1.1 Les oiseaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165
13.1.2 Les poissons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165
Pour tout objet dans un écoulement uniforme, on définit la force de traînée D ~ (drag en anglais)
~
comme la force dans l’axe de l’écoulement, et la portance L (lift en anglais) comme la force perpen-
diculaire à cet axe. On définit aussi des coefficients adimensionnés de traînée et de portance par :
D
CD = 1 2
(13.1)
2 ρU∞ A
L
CL = 1 2
(13.2)
2 ρU∞ A
159
160 CHAPITRE 13. LA PORTANCE SUR UNE AILE
plus vite que sur l’extrados ». Il n’y a aucune raison pour que le fluide mette le même temps pour
parcourir chaque coté de l’aile et d’ailleurs il ne le fait pas comme le montre la figure 13.3.
F IGURE 13.3 – Simulation de l’écoulement d’un fluide parfait autour d’une aile, montrant que le fluide
va plus vite au-dessus de l’aile et que les 2 veines de fluides n’arrivent pas en même temps au bord de
fuite.
~ par unité de longueur pour un
Un calcul complet montre que pour un fluide parfait la portance L
écoulement supposé bidimensionnel est donné par la relation :
~ = ρU
L ~∞ ∧ → −
Γ,
où ~Γ est un vecteur dirigé dans le plan perpendiculaire à l’écoulement et d’intensité égale à la circu-
lation Γ (voir paragraphe 14.6). Une démonstration simplifiée de ce résultat a déjà été présentée au
paragraphe 5.5.2. Notons que pour un fluide parfait la traînée est exactement nulle (c’est le paradoxe
161
F IGURE 13.4 – Ecoulement autour d’un profil F IGURE 13.5 – Distribution de pression autour
mince. D’après [26] p. 43. d’une aile. D’après [30] p. 552.
de d’Alembert, voir § 5.6 page 53). Ce n’est qu’à cause de l’existence de couches limites visqueuses
que des forces de cisaillement s’exercent sur la surface de l’aile (traînée visqueuse) et que l’intégrale
des forces de pression a une composante dans la direction de l’écoulement (traînée de forme et traînée
induite). Toutefois la traînée est heureusement pour nos avions d’un ordre de grandeur plus faible que
la portance.
Pour un écoulement à haut nombre de Reynolds, les couches limites sont minces, et les gradients de
pression transverses à ces couches limites sont faibles. En conséquence le résultat pour la portance issu
de l’hypothèse de fluide parfait reste correct au premier ordre pour des fluides réels si l’écoulement
reste attaché à l’aile.
Voici à titre de comparaison l’écoulement autour d’un cylindre en rotation dans un fluide parfait
(figure 13.6).
F IGURE 13.6 – Ecoulement irrotationel d’un fluide parfait autour d’un cylindre en rotation une vitesse
angulaire (a) nulle, (b) souscritique, (c) critique et (d) supercritique.
Pour améliorer les profils d’aile il est important de connaître la portance et la traînée pour tout
les angles d’incidence, et aussi pour différents nombres de Reynolds (figure 13.9). Pour une plaque
plane sous faible incidence (inférieure à 15◦ ) on montre que CL = 2π sin α et que CD ≈ 0 (théorie
de Kutta-Joukowski).
La polaire Eiffel est la courbe L = f (D) où chaque point correspond à un angle d’incidence.
Cette courbe permet de trouver facilement la finesse de l’aile.
163
F IGURE 13.9 – Variation de la portance (×) et de la trainée (•) d’une aile en fonction de l’angle
d’incidence. D’après [50] p. 154.
164 CHAPITRE 13. LA PORTANCE SUR UNE AILE
finesse
Moineau 4
parapente 8
deltaplane 12
aigle 12
Boeing 747 15
Albatros 20
Planeur < 60
F IGURE 13.10 – Portance sur une grand-voile au près. D’après [26] p. 62.
F IGURE 13.11 – Portance sur une grand-voile au largue. D’après [26] p. 62.
coque) il faut ajouter la traînée de vague (énergie consommée dans la génération des vagues).
Figure 2 The Great Flight Diagram. The scale for cruising speed (horizontal axis) is based on
equation 2. The vertical line represents 10 meters per second (22 miles per hour).
F IGURE 13.12 – Loi d’échelle entre le poids et la vitesse de vol des animaux et objets volants. D’après
[48] p. 12.
13.1. NAGE ET VOL ANIMAL 167
F IGURE 13.13 – Etude de la portance sur une nageoire de poisson. D’après [30] p. 573.
vers l’arrière, ce qui par conservation de la quantité de mouvement totale, pousse le poisson vers
l’avant. On pourra par exemple regarder le film du robotuna du MIT ([Link]
watch?v=ldWfTb8abHk).
Une référence récente sur l’analyse dimensionnelle des poissons [27], et une plus ancienne sur la
nage des microorganismes [47].
168 CHAPITRE 13. LA PORTANCE SUR UNE AILE
Chapitre 14
Sommaire
14.1 Potentiel scalaire des vitesses Φ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 169
14.2 Fonction de courant Ψ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 170
14.3 Les fonctions Ψ et Φ de quelques écoulements simples . . . . . . . . . . . . . . 170
14.4 Potentiel complexe des vitesses f (z) = Φ + iΨ . . . . . . . . . . . . . . . . . . 171
14.5 Vitesse complexe w(z) = df /dz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 172
14.6 Circulation complexe C(z) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 172
14.7 Force complexe F̃ (z) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 173
14.8 Moment d’une force M ~ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 174
14.9 La transformation conforme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 174
14.9.1 La transformation de Joukowski . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175
14.9.2 La transformation de Schwarz-Christoffel . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175
14.9.3 Théorème de Kelvin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 176
−→
Un écoulement irrotationnel ou potentiel est tel que rot ~v = 0. Il ne présente pas de vorticité. Un
tel écoulement d’un fluide incompressible doit alors satisfaire l’équation d’Euler et donc correspond
~ 2 (~v )
à la limite des fluides parfaits. En effet le terme dissipatif dans l’équation de Navier-Stokes ν ∇
est nul :
~ (div ~v ) − −
~ 2 (~v ) = ∇
∇
→ − →
rot (rot ~v ) = 0 ,
−
→
car div ~v = 0 et rot ~v = 0.
De plus on peut montrer que l’écoulement potentiel est, de tous les écoulements ayant même
conditions aux limites, celui qui minimise l’énergie cinétique (théorème de Kelvin, voir [38] p. 21).
169
170CHAPITRE 14. ECOULEMENTS POTENTIELS ET POTENTIEL COMPLEXE DES VITESSES
Système de coordonnées ~ Φ
~v = ∇
∂Φ ∂Φ ∂Φ
Coordonnées cartésiennes vx = ∂x , vy = ∂y et vz = ∂z
∂Φ 1 ∂Φ ∂Φ
Coordonnées cylindriques vr = ∂r , vθ = r ∂θ et vz = ∂z
∂Φ 1 ∂Φ 1 ∂Φ
Coordonnées sphériques vr = ∂r , vθ = r ∂θ et vϕ = r sin θ ∂ϕ
TABLE 14.1 – Relation entre les composantes de la vitesse et le potentiel scalaire des vitesses Φ dans
les trois systèmes de coordonnées classiques.
Invariant en ϕ et uϕ = 0
−
→ Ψ
1 ∂Ψ 1 ∂Ψ
Coordonnées sphériques : ~v = rot r sin θ ~
eϕ vr = r2 sin θ ∂θ
et vθ = − r sin θ ∂r
TABLE 14.2 – Relation entre les composantes de la vitesse et la fonction de courant Ψ dans les trois
systèmes de coordonnées classiques.
Les figures 14.1 et 14.2 montrent l’écoulement potentiel autour d’un cylindre ne tournant pas. Les
lignes Ψ = Cste et Φ = Cste forment deux familles de courbes orthogonales en tout point.
Cette fonction est une fonction analytique (holomorphe pour les mathématiciens), c’est-à-dire qu’elle
est dérivable par rapport à la variable z en tout point (différentiable complexe). Elle peut toutefois
ne pas être analytique en quelques points de singularité ou le long de lignes. Les mathématiciens
parlent alors de fonctions méromorphes. C’est le cas par exemple de la fonction log(z) en z = 0. Les
intégrales se calculent alors par la méthode des résidus.
Pour qu’une fonction soit analytique, ses dérivées doivent satisfaire les conditions de Cauchy-
Riemann. Pour f (z) = Φ(x, y) + iΨ(x, y) ces relations sont bien satisfaites, en effet :
∂Φ ∂Ψ
= = ux (14.1)
∂x ∂y
∂Ψ ∂Φ
= − = −uy (14.2)
∂x ∂y
Il est facile de voir que la fonction f (z) vérifie l’équation de Laplace : ∆f = ∆Φ + i∆Ψ = 0.
172CHAPITRE 14. ECOULEMENTS POTENTIELS ET POTENTIEL COMPLEXE DES VITESSES
df ∂Φ ∂Ψ
w(z) = = exp (−iθ)( +i ) = (ur − iuθ ) exp (−iθ) .
dz ∂r ∂r
14.8 ~
Moment d’une force M
On trouve de même le moment des forces par rapport à l’axe Oz par la relation
I
1 2
M = ρ< w (z)zdz ,
2 C
Applications :
- Montrer que la circulation complexe est conservée par transformation conforme.
- Montrer que la transformation Z = z 2 transforme le premier quadrant dans z en le demi-plan
supérieur dans Z. En déduire l’écoulement dans un coin.
14.9. LA TRANSFORMATION CONFORME 175
On peut enchaîner les transformations conformes pour écrire les solutions potentielles dans des
géométries de plus en plus complexes. Voici quelques exemples de transformation conforme.
F IGURE 14.5 – Exemple de transformation d’un cercle excentré par la transformation de Joukowski.
dZ
= K(Z − a)1−α/π (Z − b)1−β/π (Z − c)1−γ/π . . . .
dz
où K est une constante complexe, a, b, c, . . . les points de l’axe réel images des sommets du
polygone et (α, β, γ, . . . ) les angles intérieurs au polygone (figure 14.6).
176CHAPITRE 14. ECOULEMENTS POTENTIELS ET POTENTIEL COMPLEXE DES VITESSES
La figure 14.8 montre l’écoulement potentiel dans un coin obtenu par la transformation de Schwarz-
Christoffel. La figure 14.7 montre elle la transformation conforme qui transforme une demi-bande en
un demi-plan.
Sommaire
15.1 Changement de référentiel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 180
15.2 Equation de Navier-Stokes dans un référentiel tournant . . . . . . . . . . . . . 180
15.3 Equation de la vorticité dans un référentiel tournant . . . . . . . . . . . . . . . 181
15.4 Nombre de Rossby et nombre d’Ekman . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 181
15.5 Ecoulements géostrophiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182
15.5.1 Théorème de Taylor-Proudman . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 184
15.5.2 Les colonnes de Taylor . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 184
15.6 Couches limites et recirculations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 184
15.6.1 Couche d’Ekman . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 184
15.6.2 Ecoulement de Kármán au-dessus d’un disque tournant infini . . . . . . . . 186
15.6.3 Mise en rotation (spin-up) et arrêt de la rotation (spin-down) . . . . . . . . 186
15.6.4 Couche de Stewartson . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 188
15.6.5 Ecoulement secondaire dans les méandres d’une rivière . . . . . . . . . . . 188
15.6.6 Recirculation de Dean . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189
15.6.7 Vorticité potentielle dans les fluides en rotation. Théorème d’Ertel (1942) . 189
15.7 Ondes inertielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189
15.7.1 Etude qualitative . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189
15.7.2 Cas d’une onde plane . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189
15.7.3 Ondes inertielles axisymétriques (d’après Batchelor [4] p. 559) . . . . . . . 190
15.7.4 Ondes de Rossby entre deux plans non parallèles (d’après Tritton [50] p. 232)192
On se retrouve souvent avec des mouvements de fluide lents vis-à-vis d’une rotation d’ensemble
par exemple pour les écoulements atmosphériques, océaniques ou certains écoulements industriels. Il
est alors commode d’écrire l’équation du mouvement dans le référentiel tournant (non galiléen) à la
~ Nous allons étudier quelques conséquences de cette formulation.
vitesse angulaire Ω.
179
180 CHAPITRE 15. LES FLUIDES EN ROTATION
Applications :
— Si A ~ = − −→
OM = ~r, c’est le vecteur position d’un point M . La relation 15.1 nous donne la
relation entre vitesse absolue et vitesse relative :
~
dΩ
~ ∧ ~vr + Ω
~aa = ~ar + 2Ω ~ ∧ (Ω
~ ∧ ~r) + ∧ ~r (15.3)
dt
Le terme 2Ω ~ ∧ ~vr est l’accélération de Coriolis, le terme Ω
~ ∧ (Ω
~ ∧ ~r) = −Ω2 r⊥ ~er est le terme
d’accélération centripète (~r = r⊥~er + z~ez où r⊥ est la distance de M à l’axe de rotation) et
le dernier terme, qui est nul pour un référentiel relatif tournant à vitesse angulaire constante,
porte le nom d’accélération de libration.
∂~v ~ v = − 1 ∇(p)
~ ~ ∧ ~v − Ω
~ ∧ (Ω
~ ∧ ~r) + ν ∇
~ 2 (~v ).
+ (~v · ∇)~ + ~g − 2Ω
∂t ρ
~ Ω∧~
Or −Ω∧( ~ r) = 1 ∇
~ (Ω∧~
~ r)2 (voir formulaire du gradient d’un produit scalaire Chap. 20 page 245).
2
On voit donc que la force centrifuge dérive d’un potentiel. Si les forces de volume dérivent aussi d’un
~ (Φ)) et si ρ = Cste, on peut introduire une quantité p0 = p + ρΦ − ρ (Ω
potentiel (~g = −∇ ~ ∧ ~r)2
2
homogène à une pression telle que :
15.3. EQUATION DE LA VORTICITÉ DANS UN RÉFÉRENTIEL TOURNANT 181
∂~v ~ v = − 1 ∇(p
~ 0 ) − 2Ω
~ ∧ ~v + ν ∇
~ 2 (~v ) .
+ (~v · ∇)~ (15.4)
∂t ρ
C’est l’équation de Navier-Stokes exprimée dans un référentiel tournant. Le seul terme nouveau
est l’accélération de Coriolis, −2Ω ~ ∧~v qui est à angle droit de ~v . Cette force n’existe que s’il y a mou-
vement relatif dans le référentiel tournant et elle est dirigée « à droite » du vecteur vitesse si Ω > 0
(cas de l’hémisphère Nord sur Terre). Cette force est indépendante de la distance à l’axe de rotation
contrairement à la force centrifuge. La force centrifuge a disparu dans le nouveau terme de pression,
en réalité il se construit un gradient de pression p, centripète, qui compense la force centrifuge. C’est
exactement comme en hydrostatique où un gradient de pression vertical compense la force de gravité
pour un fluide isodensité (voir chapitre sur l’hydrostatique ?? page ??).
Exercices :
1. Ecrire l’équation de Navier-Stokes pour un fluide de densité variable dans un référentiel tour-
nant.
2. Ecrire l’équation de Navier-Stokes pour un fluide isodensité dans un référentiel en mouvement
rectiligne en accélération.
∂~
ω ~ ω = (~ ~ v + ν∇
~ 2 (~ −
→ ~
+ (~v · ∇)~ ω · ∇)~ ω ) − 2 rot (Ω ∧ ~v ).
∂t
(Le calcul est identique à la démonstration de l’équation d’Helhmoltz (Eq. 12.1 page 152)).
−
→ ~ ~ div (~v ) − (Ω
~ · ∇)~
~ v et div (~v ) = 0 pour un fluide incompressible. Donc
Mais rot (Ω ∧ ~v ) = Ω
finalement :
∂~
ω h i
~ ω = (~
+ (~v · ∇)~ ~ ·∇
ω + 2Ω) ~ ~v + ν ∇
~ 2 (~
ω) . (15.5)
∂t
On retrouve une équation similaire à l’équation de la vorticité dans un référentiel galiléen (Eq. 12.1
page 152) sauf que le terme de vorticité relative ω ~ est remplacé par la vorticité absolue ω ~ dans
~ + 2Ω
le premier terme du membre de droite. Ce terme correspond à la vorticité totale, somme de la vorticité
~ La dynamique de la vorticité relative, en
relative et de la vorticité du référentiel en rotation solide 2Ω.
particulier les comportements d’étirement et de rotation des tubes de vorticité, est donc gouvernée par
cette vorticité totale. En conséquence, dans un référentiel en rotation il existe une brisure de symétrie :
un cyclone (tourbillon tournant dans le même sens que le référentiel en rotation) n’a pas la même
dynamique qu’un anticyclone (qui tourne dans le sens contraire).
~ ∧ ~v ] = ΩU .
— (3) le terme de Coriolis : ODG[Ω
Comme d’habitude le nombre de Reynolds s’écrit :
Ordres de grandeur : Sur Terre, Ω = 2π/1 jour ≈ 7 10−5 s−1 . Le nombre d’Ekman n’est petit
que si le temps de diffusion visqueux est supérieur à 24 heures, soit pour de l’eau ou de l’air si la taille
considérée L est grande. De même le nombre de Rossby n’est petit que si le temps d’advection est
supérieur à 24 heures, ce qui suppose que le terme U/L est petit. En conséquence la force de Corio-
lis est fondamentale pour comprendre la dynamique à grande échelle de l’atmosphère (anticyclones
et dépressions, L ≈ 500 km, νair = 15 10−6 m2 /s, U ≈ 10 m/s) car alors Ek ∼ 10−12 et
Ro ∼ 0, 2. Par contre, contrairement à la croyance souvent colportée, la force de Coriolis est totale-
ment négligeable pour décrire la vidange d’un lavabo ou d’une baignoire (durée inférieure à quelques
minutes) ! Ceci à été démontré dans les années 1960 par deux expériences identiques, l’une menée au
MIT (USA) et l’autre en Australie 1 . Récemment F. Moisy et son équipe ont toutefois mis en évidence
un petit effet de la rotation de la Terre sur la rotation solide d’un liquide 2 .
1~ 0 ~ ∧ ~v .
∇(p ) = −2Ω (15.8)
ρ
F IGURE 15.1 – Carte de prévision de vent et de pression pour l’Atlantique. Un angle de 20˚environ est
visible entre les isobares (lignes continues) calculés ici à 5000 m et le vent au sol (flèches et barbules).
184 CHAPITRE 15. LES FLUIDES EN ROTATION
~ · ∇)~
(Ω ~ v=0. (15.9)
(On peut aussi obtenir cette relation directement à partir de l’équation 15.5.)
~ est selon Oz par exemple, cela implique que ∂~v = 0. Le champ de vitesse est donc invariant
Si Ω ∂z
selon Oz. L’écoulement est alors 3C2D, il est bidimensionnalisé par la forte rotation d’ensemble du
référentiel, c’est ce que l’on appelle le théorème de Taylor-Proudman 3 . Si de plus vz = 0 quelque
part en z, par exemple sur une paroi, alors vz = 0 partout au-dessus de cette paroi : l’écoulement est
alors 2C2D.
3. J. Proudman, On the motion of solids in a liquid possessing vorticity, Proc. Roy. Soc. A 92, 408, 1916
4. G.I. Taylor, The motion of a sphere in a rotating liquid, Proc. Roy. Soc. A 102, 180, 1922, et G.I. Taylor, Experiments
on the motion of solid bodies in rotating fluids, Proc. Roy. Soc. A 104, 213, 1923.
15.6. COUCHES LIMITES ET RECIRCULATIONS 185
0
− ρ1 ∂p
2
+ 2Ωv + ν ∂∂zu2 = 0
∂x
0 2
− ρ1 ∂p − 2Ωu + ν ∂∂zv2 = 0
∂y
∂p0
∂z = 0.
La troisième équation montre que la pression ne dépendant pas de z, elle doit donc se raccorder
~ p0 = −2ρΩU0~ey (même raisonnement que pour la couche limite visqueuse
à sa valeur en altitude ∇
classique (§ 11.2.1 page 142). Le système précédent devient :
ν ∂2u = −2Ωv
∂z 2
ν ∂2v = 2Ω(u − U0 )
∂z 2
Pour résoudre ces deux équations différentielles ordinaires couplées, on peut multiplier la deuxième
équation par i et résoudre en vitesse complexe adimensionnée Ũ = (u + iv)/U0 l’équation :
∂ 2 Ũ
ν − 2iΩ(Ũ − 1) = 0 .
∂z 2
Ces fonctions sont tracées sur les figures 15.2 et 15.3. On notera que l’épaisseur ∆ de la couche
limite correspond à l’épaisseur de diffusion visqueuse calculée pour une période de rotation.
Les équations précédentes et la figure 15.3 expliquent que le vent au voisinage du sol fait un angle
avec le vent en altitude. Dans l’hémisphère Nord ce décalage est vers la gauche. Si l’écoulement était
laminaire ce décalage serait de 45˚au niveau du sol et avec une épaisseur caractéristique de ∆ ≈ 50
cm ! Dans la réalité l’écoulement atmosphérique est turbulent ce qui augmente fortement le transfert
de quantité de mouvement depuis le sol et augmente très fortement le coefficient de viscosité effectif.
Dans l’atmosphère on observe plutôt un vrillage du vent entre le vent géostrophique en altitude et le
vent au sol de l’ordre de 20˚sur une épaisseur caractéristique de 1000 m.
Le rôle de la force de Coriolis a été proposé pour la première fois par l’explorateur norvégien
Fridtjof Nansen pour expliquer la dérive vers la droite de son bateau pris par les glaces. Le détail de
l’analyse a été formalisé par l’océanographe suédois Vagn Walfrid Ekman en 1905. Il a montré qu’il
existe en fait une double spirale pour le vecteur vitesse, l’une dans l’air et l’autre dans l’eau, et c’est
le débit moyen dans l’eau qui explique une direction de transport des icebergs à 45˚ à droite du vent
géostrophique dans l’hémisphère Nord.
186 CHAPITRE 15. LES FLUIDES EN ROTATION
~u = rΩF (Z)~er
~v = rΩG(Z)~eθ
√
w
~ = νΩH(Z)~ez
p~ = −ρνΩP (Z)
q
où Z = Ων z en coordonnées cylindriques dans le référentiel du laboratoire supposé galiléen.
1) Par analyse dimensionnelle, justifier l’expression de Z et des vitesses. Montrer que les fonctions
F , G, H et P satisfont un système d’équations différentielles ordinaires (ODE) couplées relativement
simple.
Avec les conditions aux limites F = H = 0 et G = 1 en z = 0 et F = G = 0 en z− > ∞, on
trouve numériquement [Cochran (1936)] les courbes de la figure 15.4.
2) Effectuer un développement limité de cette solution au voisinage du plan z = 0.
3) Décrire l’allure de l’écoulement. Que pensez-vous de l’allure de l’écoulement si le disque est
fini et constitue la paroi inférieure d’un cylindre ? On pourra s’aider de la figure 15.5.
4) Application à l’estimation de la puissance d’une pompe centrifuge.
Le calcul peut être repris avec un fluide tournant au-dessus d’un disque fixe (écoulement centripète
de Bödewadt, 1940).
F IGURE 15.5 – Ecoulement de von Kármán au-dessus d’un disque en rotation [45]. Il existe un flux
axial dirigé vers le disque tournant (principe des pompes centrifuges).
√
(TEk = h/ Ων où h est la hauteur du récipient). Ceci vient du fait qu’il apparaît une circulation
secondaire radiale forcée dans la couche d’Ekman sur les surfaces perpendiculaires à l’axe de rotation,
circulation qui favorise les transferts de quantité de mouvement et donc la mise en rotation.
proximite d'une paroi. La dynamique de la vorticite et du moment c
joue d'ailleurs un role essentiel dans ce type de phenomene. D'une
maniere, les efFets de couche d'Ekman que nous avons decrit pl
(section 7.5.4) representent deja des ecoulements secondaires, puisque
de Coriolis induit des deviations de 1'ecoulement par rapport a la dire
188 CHAPITRE 15. LES FLUIDES EN ROTATION
vent pres d'une surface libre (ou a celle 1'ecoulement geostrophique mo
d'une paroi). Nous verrons plus loin que ces deviations de 1'orientati
Dans la phase transitoire de spin-up
vitesse il apparait
induisent une couche
souvent, a leurlimite centrifugée
tour, près de la ou des
des ecoulements secondaires v
surfaces perpendiculaires à l’axe de rotation (dite couche d’Ekman ou plutôt de von Kármán, figure
Decrivons maintenant quelques autres exemples (non limitatifs) d'ecou
15.5), tandis que dans la phase de spin-down il existe une couche limite entrante, dite de Bödewadt sur
les mêmes surfaces, fixessecondaires
p
et rotation.
dans un fluide en des mecanismes quila vitesse
On peut estimer peuvent
√
lesà uinduire.
radiale r (r) ∼ Ωr
sur une épaisseur ∆ = ν/Ω, soit un débit volumique radial Q = 2πR2 νΩ. Le fluide sera en
rotation solide quand il sera passé au moins une fois dans la couche limite, c’est-à-dire au bout d’un
7.6.1 Ecoulements secondaires dus a la courbure
temps TEk tel que TEk Q = πR2 h, le volume du récipient. D’où la relation :
de canalisations ou de canaux a surface libr
h
Dans les = √
TEksections des
Tdifcanalisations
f. courbes (Fig. 7.34), il appar
2 νΩ
cellules de recirculation (cellules de recirculation de Dean), symetriq
rapport
Ces recirculations peuvent au plan de
être visualisées par courbure
exemple avecde deslafeuilles
conduite
de thés: tombées
1'ecoulement
au fond est dirige a
d’une tasse à fond plat (au
du centre de courbure dans le plan de symetrie et versàcelui-ci
centre lors d’une spin-down après avoir touiller avec une cuillère, la pres de
périphérie lors du spin-up si on fait tourner la tasse sur elle-même).
Dans un canal courbe a surface libre (le meandre d'une riviere par ex
il apparait egalement une cellule de recirculation, ou 1'ecoulement
la direction opposee au centre de courbure a la surface, et vers ce
15.6.4 Couche de Stewartson
fond (Fig. 7.35a). On admet que ce mecanisme explique - au moins e
Ce sont des couches limites parallèles à l’axe de rotation qui apparaissent entre des zones de
- la ouforte
vitesses angulaires différentes dissymetrie
près des souvent
parois verticales. observee
Une référence entre les
incontournable pentes
: le livre de des deux r
Greenspan, The theory ofmeandres d'une
rotating fluids [28]. riviere ; dans la section de la riviere, 1'ecoulement se
est en effet de sens tel qu'il erode la berge externe et depose des s
sur 1'autre berge a 1'interieur de la courbure. La vitesse des ecou
15.6.5 Ecoulement secondaire dans les méandres d’une rivière
secondaires augmente dans les deux cas avec la courbure et avec la
de 1'ecoulement principal, mais ils sont toujours presents, meme a tr
vitesse.
Comme pour la mise en rotation d’un récipient il apparaît dans les méandres d’une rivière un
Nous aliens maintenant analyser ces phenomenes de deux m
écoulement centrifuge à la surface de l’eau et un écoulement centripète au fond. Cette recirculation
differentes
radiale explique l’érosion : d'abord
de la berge extérieur en termes
et le dépôt desur
de sédiment gradients de pression,
la berge intérieur et donc puis en te
la dynamique instable desvorticite.
méandres deNous
rivièreavons vu aCette
(figure 15.6). la section 7.1a de
recirculation ce chapitre
été décrite en 1926 qu'il est pos
par Albert Einstein . passer d'une description a 1'autre, et qu'il s'agit en fait de deux point
5
15.6.7 Vorticité potentielle dans les fluides en rotation. Théorème d’Ertel (1942)
Pour un fluide parfait dans un référentiel tournant, on peut montrer que, comme dans un référentiel
galiléen (Item 5 page 156) la vorticité potentielle est aussi conservée dans un écoulement en couche
mince, à condition toutefois de bien considérer la vorticité verticale totale. Si on note h la hauteur de
fluide en un point :
ωz + 2Ω
= Cste. (15.10)
h
Autrement dit la vorticité verticale totale, divisée par la hauteur d’eau, se conserve dans l’écoulement.
Une des conséquences surprenantes de ce théorème dans un référentiel en rotation est qu’il peut
donc apparaître de la vorticité relative lors d’une compression verticale d’une colonne de fluide ini-
tialement irrotationnelle (ce qui confirme que la force de Coriolis ne dérive pas d’un potentiel). Par
exemple dans l’expérience des colonnes de Taylor (§ 15.5.2), si l’on déplace lentement vers le haut
une sphère dans le fluide il apparaît une rotation du fluide anticyclonique au-dessus de la sphère et
cyclonique au-dessous ! Ce résultat sur la vorticité potentielle peut être généralisé à des fluides de
densité variable (stratifiés) et isentropiques et est donc utile en météorologie.
ω h ~ ~i
∂~
= (2Ω) · ∇ ~v .
∂t
Soit en prenant le produit vectoriel par ~k :
kz
σ = ±2Ω = 2Ω cos θ (15.11)
k
~ et ~k (figure 15.8). L’angle de propagation de l’onde est sélectionné par la
où θ est l’angle entre Ω
fréquence d’excitation, mais pas son nombre d’onde qui est libre. Il sera physiquement sélectionné par
la taille de l’objet excitant l’onde 6 . La condition de linéarisation de l’équation d’Helmholtz impose
V0 2Ω/k.
On en déduit que la vitesse de phase vaut :
~k
~vϕ = 2Ω cos θ
k2
et la vitesse de groupe :
~vg = ~k ∧ (2Ω
~ ∧ ~k)/k 3 .
Comme pour les ondes internes dans un fluide stratifié (§ 8.3 page 97) la vitesse de groupe est perpen-
diculaire à la vitesse de phase (milieu anisotrope) mais cette fois-ci la somme de ces deux vitesses est
un vecteur vertical,
~
~vg + ~vϕ = 2Ω/k,
comme l’illustre la figure 15.8. Il s’agit d’ondes transverses polarisées circulairement (dans le plan
perpendiculaire à ~k), le vecteur vitesse tournant dans le sens anti-cyclonique ([32] page 41) si θ < π/2.
ð6Þ
inh. Comparing Eqs. (5) and
A, σ
d group velocities are normal,
l
k: Physically, this property
us localized disturbance prop-
acket at velocity cg along the Fig. 2 Sketch of the inertial wave emitted from an oscillating
F IGURE 15.8
d within this wavepacket the – Schéma des ondes
disturbance of sizeinertielles émises
‘ in an infinite par une
medium. source
Only ponctuelle
the upper oscillante. Seul le cône
half cone
supérieur est tracé[Link]. a Low pulsation, b pulsation comparable to twice the
ormal to cg. More insight into
angular velocity 2X. The solid and dashed lines in the conical
es can be found in Lighthill wavepacket represent two surfaces of constant phase a = 0 and a = p
(a ‘‘trough’’ and a ’’crest’’ of a velocity component)
123
c) On cherche des solutions sous la forme d’ondes planes propagatives dans la direction verticale
Ψ(r, z, t) = ArF (r) sin(kz − ωt). Trouver l’équation que doit satisfaire la fonction F . Montrer que
k et ω sont deux variables indépendantes si le milieu est infini. Sachant que les fonctions de Bessel de
première espèce J1 (Kr) sont solutions de l’équation J100 + J10 /r + (K 2 − 1/r2 )J1 = 0, en déduire
une condition sur la pulsation ω.
d) On suppose maintenant un réservoir cylindrique de rayon a, et l’on notera γn , avec n = 1, 2, . . .
les zéros successifs de la fonction J1 (voir figure 15.9). Par exemple γ1 = 3, 83. Trouver la relation
de dispersion ω(k) de ces ondes. Calculer le rapport entre la vitesse de groupe de ces ondes et leur
vitesse de phase. Est-il positif et inférieur à 1 ?
e) Pour une hauteur de cylindre h, chercher les solutions sous forme d’ondes stationnaires (deux
ondes de même amplitude contra-propagatives) et montrer que les pulsations propres possibles sont
quantifiées.
f) Pour le premier mode d’onde stationnaire, exprimer ur , uz et aussi uθ en fonction de Ψ. En
déduire que la vitesse orthoradiale change de signe n fois le long du rayon de la cuve.
192 CHAPITRE 15. LES FLUIDES EN ROTATION
15.7.4 Ondes de Rossby entre deux plans non parallèles (d’après Tritton [50] p. 232)
On considère un cylindre vertical tournant à vitesse angulaire constante Ω.~ Ce cylindre est limité
par deux plans non parallèles d’équation z = L et z = αy, et l’on supposera dans la suite α 1.
a) Ecrire l’équation linéaire d’Euler dans le repère tournant (vitesse faible). On supposera que
l’échelle de temps caractéristique T est lente si α est petit, et l’on recherchera les solutions sous la
forme,
∂(∇2 Ψ) 2Ω ∂Ψ
+ = 0.
∂T L ∂x
e) Montrer que cette équation admet des solutions en ondes planes propagatives de la forme Ψ =
A exp i(lx + my − ωt), (avec T = αt) dont on donnera l’équation de dispersion.
f) Dans le cas m = 0, calculer la vitesse de groupe et la vitesse de phase, et décrire les propriétés
de cette onde.
Les instabilités
Sommaire
16.1 Quelques instabilités mécaniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 194
16.1.1 L’instabilité d’une bille dans un anneau tournant . . . . . . . . . . . . . . 194
16.1.2 L’instabilité de l’anneau tournant au bout d’un fil . . . . . . . . . . . . . . 195
16.1.3 L’instabilité de flambage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
16.2 Instabilité de l’écoulement de Poiseuille en tube . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
16.3 Instabilités gravitaire : l’instabilité de Rayleigh-Taylor . . . . . . . . . . . . . 196
16.4 Instabilités de cisaillement : l’instabilité de Kelvin-Helmholtz . . . . . . . . . . 198
16.4.1 Description physique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 199
16.4.2 Equation de Rayleigh pour un profil continu de vitesse . . . . . . . . . . . 200
16.4.3 Equation de Orr-Sommerfeld pour un profil continu de vitesse . . . . . . . 201
16.4.4 Analyse de stabilité pour un profil de vitesse discontinu . . . . . . . . . . . 201
16.4.5 Cas d’un profil de vitesse continu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 203
16.4.6 Cas du vent sur la mer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 204
16.4.7 Analyse spatiale de stabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 204
16.5 Instabilité paramétrique : l’instabilité de Faraday . . . . . . . . . . . . . . . . 204
16.5.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 204
16.5.2 Analyse des perturbations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 205
16.5.3 Equation de Mathieu (1868) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 206
16.5.4 Effet de la dissipation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 207
16.6 Instabilités visqueuses : l’instabilité de Saffman-Taylor . . . . . . . . . . . . . 208
16.6.1 Loi de Darcy . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 208
16.6.2 Description qualitative de l’instabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 210
16.6.3 Analyse linéaire de l’instabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211
16.6.4 Evolution non-linéaire de l’instabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 213
16.7 Instabilités centrifuges : l’instabilité de Taylor-Couette . . . . . . . . . . . . . 215
16.7.1 Critère inviscide de Rayleigh . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215
16.7.2 Autres instabilités centrifuges : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 216
16.8 Instabilités de convection thermique : 1) convection de Rayleigh-Bénard . . . . 218
16.9 Instabilités de convection thermique : 2) Instabilité de Bénard-Marangoni. . . 218
16.10Théorème de Squire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 219
193
194 CHAPITRE 16. LES INSTABILITÉS
Commençons par décrire quelques instabilités mécaniques avant de décrire les instabilités les plus
classiques de l’hydrodynamique.
16.1 regimes
Description de differents Quelques instabilités
d'ecoulement mécaniques 109
16.1.1
angulaire fJ autour d'un axeL’instabilité
vertical (Fig.d’une
2.9). bille
Nous dans un anneau
analysons tournant
1'evolution de
la position d'equilibreCette
de lainstabilité
bille en fonction de la vitesse angulaire Q : cette
a l’avantage de permettre un calcul explicite très simple de la transition. Consi-
position est caracterisee par Tangle 9 avec la verticale. L'equilibre des forces
dérons une anneau de rayon R placé verticalement et tournant à la vitesse angulaire Ω (figure 16.1a).
tangentielles a 1'anneau est donne par la relation :
L’anneau est muni d’une goulotte dans lequel une bille d’acier de masse M peut rouler sans (ou avec
peu) de frottement. A basse vitesse angulaire la position stable de la bille correspond au point le plus
bas. Mais au-delà d’une vitesse angulaire critique Ωc , la bille prend une des deux positions d’équilibre
faisant un angle θ(Ω) avec la verticale.
110 Chapitre 2 : Diffusion de la
F IGURE 16.1 – (a) Photographie d’un bille en équilibre dans la goulotte d’un anneau métallique
FIG. 2.9 - Modele experimental d'instabilite mecanique d'une bille dans
tournant à la vitesse angulaire Ω et (b) diagramme de stabilité correspondant [29].
un cerceau en rotation a une vitesse angulaire O = 1,66 tours/s (cliche
C. Rousselin, Palais de la Decouverte). FIG. 2.10 - (a) Variation de la position angulaire
experimental d'instabilite mecanique en fonction
En effet, considérons l’équilibre pour un angle θ non nul. La somme de la force centrifuge (dans
le référentiel tournant) M Ω2 R sin θ, du poidsangulaire f2. Odu
M g et de la réaction est leestseuil
c support d'instabilite, les br
nulle. L’équilibre
- Tant que fides
< f2forces
c = ^Jg/R, la seuledonne
tangentielles solution des equilibres
: possible correspond a 0 = 0. stables, la branche I a un equilibr
- Pour 0 > f2 c , il existe deux positions d'equilibre stablede ±$I'amplitude
e; telles que
2
stationnaire Ay de I 'oscillation d'em
2 M g sin θ = M Ω R sin θ cos θ.
instable. Karman en fonction (16.1)
cos#e = 9/(^ R) ; la position 0 = 0 correspond a un equilibre Benard-von du nombre de R
- Au voisinage du seuil
Cette (fi legerement
équation superieur
àpour première a f2 c ),θ d'emission
solution = 0 qui
cette formule
existep sede tourbillons.
quelque soit Ω, et comme autres solutions
ramene a : θ = ± arccos Ω2gR qui elles n’existent que si Ω > Ωc = g/R (figure 16.1b).
Pour évaluer la stabilité de ces solutions il faut calculer l’énergie potentielle Up (θ) et voir si elle
des deux
est minimale. En réalité il s’agit d’une pseudo-énergie branches
car on du diagramme
est dans le référentiel tournant et de stabilite). Ce
le plus
simple est de la calculer en exprimant le travail de la force tangentielle entre θ = 0 et θ.
reduction de symetrie -nous disons d'une brisure d
La variation de 0 en fonction de fi est representee sur la figure 2.10a qui montre
du systeme
le diagramme de stabilite du systeme. Dans cette transition mecanique, I'angle {anneau -f- bille}.
d'equilibre 9 est le parametre d'ordre, et 0 le parametre de controle. Ce simpleAu- exemple degage plusieurs caracteris
dessus du seuil O c , le systeme « choisit » 1'une des solutions +9 ou — 0 (1'une
dans de nombreuses transitions du second ordre :
- Au-dessous du seuil (f2 < O c ), il existe une
16.2. INSTABILITÉ DE L’ÉCOULEMENT DE POISEUILLE EN TUBE 195
On trouve :
M 2 2 2
Up (θ) = M gR(1 − cos θ) − Ω R sin θ.
2
L’étude de stabilité (i.e. du signe de ∂ 2 Up /∂θ2 ) montre que la solution θ = 0 n’est plus stable (si
on la perturbe) pour Ω > Ωc et que c’est l’autre solution qui devient alors stable.
Nous pouvons écrire l’évolution de la solution au voisinage de la transition (changement de solu-
tion). Pour cela écrivons le petit paramètre = Ω−Ω c
Ωc et linéarisons l’équation d’équilibre (Eq. 16.1)
au voisinage de la transition. On trouve une relation en racine carré : θe = ±21/2 . Ce type de com-
portement en 1/2 est caractéristique d’une bifurcation supercritique (voir §??). On a une transition
continue et réversible entre les solutions au voisinage du seuil (en l’absence de frottement sec). De
plus les solutions bifurquées +θe et −θe sont totalement équivalentes. Le choix d’une des deux solu-
tions possibles correspond toutefois à une brisure d’une des symétries du problème. Nous avons donc
affaire à une instabilité supercritique au-delà du seuil Ωc .
expérimental, Re ≈ 2000 pour un montage standard mais plus de 100 000 pour des montages très soi-
gneux) l’écoulement devient brutalement turbulent. C’est donc une instabilité fortement sous-critique
(très sensible au niveau de vibrations) qui est observée. Malgré le caractère mal défini du seuil de cette
instabilité, c’est cet écoulement qui a permis à Osborne Reynolds de montrer en 1883 que la transition
au régime turbulent dépendait
teyybo
us du diamètre, du débit et de la viscosité, mais
Phil Trans. 18 8uniquement
3. Plate 7 3 à travers un
seul nombre sans dimension Re = UνD qui maintenant porte son nom (figure 16.2).
Des travaux récents 5 ont montré, expérimentalement dans un tube très long (L = 3750D !) et
numériquement qu’une bouffée turbulente a une probabilité de survie qui décroît exponentiellement
avec le temps mais que le temps caractéristique augmente très fortement (plus qu’exponentiellement)
avec le nombre de Reynolds. Simultanément e--t une
tt- bouffée
__ fH<turbulente
ftHH--k-tt- a une probabilité de se diviser
et de s’étendre qui croît avec le nombreL-t
_ de Reynolds
--t- mais avec
o- un temps
r
I
caractéristique qui décroît
--
_eF}-I
_ 0_ _+_+ + _ _ - K; +_
_T ar 'A
_
0~~~~~~~~~C
_R I.u
_
_i _V .
T,~~~~~~~~
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L-tt~~~~~j44E~~~ 4_4 _ iH__ _A
pI Vi
F IGURE 16.2 – Dessin issu de l’article historique d’Osborne Reynolds (1883) démontrant que l’écou-
lement en tube devient instable lorsque un nombre sans dimension devient suffisamment grand. Ce
nombre maintenant appelé « de Reynolds » est le nombre fondamental de la mécanique des fluides.
Wek ZNea
" 2 #
ρ1 − ρ2
2 γ 3 ρ2 − ρ1 k
ω = gk + k =− gk 1 − . (16.2)
ρ1 + ρ2 ρ1 + ρ2 ρ1 + ρ2 kc
p
Comme ρ2 > ρ1 on a alors kc = (ρ2 − ρ1 )g/γ pour le nombre capillaire. Cette équation relie
la pulsation et le nombre d’onde de toutes ondes sinusoïdales de faible amplitude s’écrivant
Comme le montre la figure 16.3 il n’y a pas toujours de solution réelle pour ω à cette équation, car
ρ1 − ρ2 < 0. Si le nombre d’onde k est plus petit qu’une valeur critique kc (qui correspond à la
longueur capillaire déjà rencontrée au § 6.4), ω est un imaginaire pur. On peut alors écrire ω = iσ et
la forme de l’interface s’écrit alors :
Les ondes sont alors non propagatives, avec une amplitude qui croît ou décroît exponentiellement
au cours du temps selon le signe de σ.
2
1.5
!2 (Unit. Arbi.)
0.5
−0.5
0 0.5 1 1.5
k/kc
F IGURE 16.3 – Tracé de la relation de dispersion ω 2 = f (k/kc ) (Eq. 16.2) de l’instabilité de Rayleigh-
Taylor.
k 1/2 1/k
m a!$!#
0
F IGURE 16.4 – Simulation numérique bidimensionnelle de l’interface d’un fluide lourd placé au-
a!"!#
dessus d’un fluide léger, quelques instants après qu’ils aient été mis en contact.
–k
1/l c k
L’instabilité de Rayleigh-Taylor dans la limite des couches minces de fluides visqueux a été étu-
diée il y a quelques années. Elle donne lieu à des pavages hexagonaux de gouttes (figure 16.5). Le
Fig. 2.5de
taux de croissance – Taux de croissance
l’instabilité avecmodifié
se trouve viscosité,
et avec
l’on et sans tension
obtient alors : interfaciale γ, et
comportements asymptotiques pour les petits et grands nombres d’onde.
e3 g 2
σ=k 1 − (k/kc )2 ,
la formation de gouttes pendantes,
3νstables, qui s’arrangent de façon périodique. Ce
réseau de gouttes peut être hexagonal ou carré, selon la géométrie de la plaque qui
6.
où e estsupporte
l’épaisseur initiale
le film et la de la couche
présence éventuelle de défauts sur la plaque.
F IGURE 16.5 – Photographie d’une couche d’huile étalée sur une surface plane quelques minutes
Fig. 2.6 – Une couche mince d’huile est déposée sur une plaque plane, puis la plaque
après que la plaque ait été retournée.
est retournée. le film d’huile est instable et l’instabilité se manifeste par l’apparition
de gouttes pendantes disposées sur un réseau hexagonal (d’après Fermigier et al.
1990).
Chacun a observé que lorsque le vent souffle sur un lac par exemple, de petites rides peuvent appa-
raître si le vent est suffisamment fort. Helmholtz 7 en 1868 fût le premier à décrire le profil de vitesse
d’un fluide s’écoulant au-dessus d’un autre au repos. Quelques années après, Lord Kelvin 8 a décrit le
mécanisme de cette instabilité. La même instabilité peut être observée au sein d’un écoulement paral-
lèle d’un fluide unique si le profil de vitesse présente un cisaillement localisé. Dans ce cas la tension
de surface et la gravité ne jouent aucun rôle. Cette géométrie est parfois appelée la géométrie de la
couche de mélange lorsque le cisaillement évolue librement en aval.
Une réalisation expérimentale classique est due à Thorpe 9 . Dans un tube fermé et légèrement
incliné à l’instant initial, le fluide le plus dense s’écoule sous l’action de la gravité, et le fluide le
plus léger remonte dans l’autre sens (figure 16.7). Dans un tel montage le cisaillement est homogène
spatialement mais évolue dans le temps.
F IGURE 16.6 – Instabilité de cisaillement de Kelvin-Helmholtz visible dans une couche nuageuse.
Les nuages visualisent l’enroulement des tourbillons entre deux flux d’air se déplaçant à des vitesses
différentes.
F IGURE 16.7 – Photographie de l’expérience de Thorpe entre deux fluides miscibles superposés mis
en mouvement par l’inclinaison temporaire de la cellule.
Supposons qu’une fluctuation sinusoïdale de l’interface apparaisse (quelque qu’en soit la cause :
vibrations, fluctuations thermiques, etc). Il apparaît alors de chaque côté de l’interface des déforma-
tions des lignes de courant, en phase avec la déformation de la surface. Ces déformations sont atté-
nuées lorsqu’on s’éloigne de l’interface, et comme le débit est conservé entre deux lignes de courant,
le fluide est accéléré du côté convexe et décéléré du côté concave de la perturbation. Si on néglige
la viscosité (ce qui est cohérent avec le fait d’avoir un profil discontinu de vitesse) l’équation de
Bernoulli nous dit que sur une ligne de courant stationnaire la quantité P + 12 ρu2 est constante. Les
changements de vitesse le long de la ligne de courant sont donc accompagnés de modification de la
pression et donc des contraintes normales qui agissent perpendiculairement à l’interface et qui tendent
à amplifier les perturbations initiales de l’interface. C’est donc l’inertie qui est la cause de l’instabilité.
Pour comprendre l’existence d’un seuil de l’instabilité et d’une longueur d’onde critique il faut par
contre tenir compte des phénomènes stabilisants que sont la tension de surface, la gravité, ou la forme
exacte du profil de vitesse. Ce calcul est fait dans les paragraphes suivants.
F IGURE 16.8 – Formes des lignes de courant près d’une interface déformée (en gras). Les signes
+ et − représentent l’évolution locale de la vitesse. Les variations de pression sont de signes oppo-
sés aux variations de vitesse. Les gradients de pression transverses ont donc tendance à amplifier la
déformation.
∂~u ~ u = − 1 ∇(p)
~
+ (~u · ∇)~ (16.3)
∂t ρ
Le théorème de Squire permet de justifier que la première instabilité conduira à des perturbations
bidimensionnelles dans le plan (x, y) (voir § 16.10). Il est donc pertinent d’écrire le rotationel de
16.4. INSTABILITÉS DE CISAILLEMENT : L’INSTABILITÉ DE KELVIN-HELMHOLTZ 201
l’équation d’Euler sous la forme d’une équation aux dérivées partielles (PDE) pour la fonction de
courant Ψ = Ψ0 + Ψ1 (u = ∂ψ ∂ψ
∂y et v = − ∂x ) :
∂∆ψ ~
+ (~u · ∇)∆ψ = 0. (16.4)
∂t
Pour étudier la stabilité de l’écoulement primaire et développer une étude de stabilité linéaire il
suffit de considérer de petites perturbations qui peuvent s’écrire comme une somme infinie de com-
posantes de Fourier de la forme : Ψ1 = Φ(y) exp [ik(x − ct)] où k est un nombre d’onde qui sera
supposé réel (c’est-à-dire qu’on ne tient pas compte d’une éventuelle évolution spatiale de l’instabi-
lité) et c est une vitesse de phase éventuellement complexe. La partie imaginaire de c décrira l’évolu-
tion temporelle de l’amplitude de l’onde plane. Chaque mode k doit donc satisfaire l’équation dite de
Rayleigh :
d2 Φ 2 d2 U0
(U0 − c) − k Φ − Φ = 0. (16.5)
dy 2 dy 2
On peut montrer qu’une condition nécessaire pour observer une instabilité non visqueuse pour
cet écoulement est l’existence d’un point d’inflexion dans le profil de vitesse, c’est-à-dire un point où
d2 U0
dy 2
= 0 10 .
F IGURE 16.9 – Schéma de l’écoulement parallèle de deux fluides avec les vitesses U1 et U2 , et de
densité ρ1 et ρ2 (ρ2 < ρ1 ) et une tension interfaciale γ.
1/2
ρ1 U1 + ρ2 U2 ρ1 ρ2 2 (ρ1 − ρ2 )g + γk 2
c = cr + ici = ±i (U2 − U1 ) − . (16.8)
ρ1 + ρ2 (ρ1 + ρ2 )2 (ρ1 + ρ2 )k
Si ci est réel, cr est la vitesse de phase des ondes et apparaît comme la moyenne pondérée par les
densités des vitesses des deux veines de fluide. σ = kci est le taux de croissance temporel. L’amplitude
des ondes va croître comme exp σt 11 . La partie imaginaire de la célérité n’apparaît que si le terme
déstabilisant inertiel lié à la différence des vitesses est supérieur aux termes stabilisants de la tension
de surface et de la gravité. Si ce n’est pas le cas, c est réel et il n’y a donc pas de taux de croissance et
juste une modification de la vitesse de phase des ondes selon la valeur de k. On peut noter d’ailleurs
que l’on retrouve la célérité des ondes interfaciales libres si U1 = U2 (L’équation 16.8 devient en effet
équivalente à l’équation 7.5 page 73). L’amplification des ondes correspond donc à la condition :
ρ21 − ρ22 g
(U2 − U1 )2 > 1 + (k/kc )2 . (16.9)
ρ1 ρ2 k
La plus petite valeur possible de la différence
q de vitesse correspond donc au nombre d’onde cri-
tique, ici le nombre d’onde capillaire kc = ∆ρg γ (déjà rencontré dans le chapitre sur les ondes de
surface, Eq. 7.7). On est au seuil de l’instabilité si :
1/2
ρ1 + ρ2
|U1 − U2 |min = 2 (∆ρgγ)1/2 . (16.10)
ρ1 ρ2
11. En réalité l’équation étant non dissipative, elle est réversible et les deux solutions exp σt et exp −σt existent. Ce
souci qui existe aussi dans l’analyse de Rayleigh-Taylor du § 16.3, disparaît en présence de viscosité.
16.4. INSTABILITÉS DE CISAILLEMENT : L’INSTABILITÉ DE KELVIN-HELMHOLTZ 203
Lorsque |U1 − U2 | > |U1 − U2 |min les ondes instables sont comprises entre les deux bornes
(appelés modes marginaux) :
" #1/2
2 2
2
1 ρ1 ρ2 ∆U ρ1 ρ2 ∆U 4∆ρg
kmax/min = ± − . (16.11)
2 (ρ1 + ρ2 )γ (ρ1 + ρ2 )γ γ
La courbe de stabilité marginale correspondant à l’équation 16.9 est représentée sur la figure
16.10.
Exercice : Dans le cas d’un fluide unique avec un profil de vitesse linéaire sur une largeur δ
raccordant aux vitesses constante U1 et U2 , montrer que la célérité complexe s’écrit :
U1 + U2 ∆U 1/2
c= ± (kδ − 1)2 − exp(−2kδ) .
2 2kδ
204 CHAPITRE 16. LES INSTABILITÉS
Tracer la courbe du taux de croissance σ(k) et discuter les cas limites des petits et grands k. Solution
dans la Ref. [18].
With this sentence Michael Faraday begins the appendix "On the Forms and States assumed
by Fluids in contact with vibrating elastic surfaces" (1831) [26], in which he presents for the first
16.5. INSTABILITÉ
time what PARAMÉTRIQUE
will be called the Faraday :instability.
L’INSTABILITÉ DEsuch
He reports that FARADAY
crispations had already been 205
observed by Ørsted, Wheatstone and Weber, but their appearance was misunderstood. Faraday
continues
a)
Figure 1.1: Scheme of the Faraday instability. A cell contains some liquid and it is forced to oscillate vertically.
Above a certain threshold in the forcing amplitude the liquid surface becomes unstable to waves.
b)
5
Figure 1.4: Origin of the period doubling, from [19].
F IGURE 16.12 "Each heap (identified by its locality) recurs or is re-formed in two complete vibrations of
– (a) Principe de l’expérience de Faraday, (b) Schéma des mouvements du liquide aux
the sustaining surface [...]. The mode of action by which these heaps are formed is now very
instant t = 0, Tf /2, Tf et 3Tf /2 illustrant le comportement sous-harmonique à la pulsation ω = ωf /2
evident [...]. The plate in rising tends to lift the overlying fluid, and in falling to recede from
(d’après S. Douady).
it; and the force which it is competent to communicate to the fluid can, in consequence of the
physical qualities of the latter, be transferred from particle to particle in any direction. The
heaps are at their maximum elevation just after the plate begins to recede from them; before it
has completed its motion downwards, the pressure of the atmosphere and that part of the force
16.5.2 Analyse deswhich
of the plate perturbations
through cohesion is communicated to them, has acted, and by the time the
plate has begun to return, it meets them endowed with momentum in the opposite direction,
Cette oscillation verticale peut exciter des ondes de surface (capillaires ou de gravité) dont la pul-
in consequence of which they do not rise as a heap, but expand laterally, all the force in action
sation ω et le nombre d’onde k sont reliés par la relation de dispersion des ondes de surface ω(k)
combining to raise a similar set of heaps, at exactly intermediate distances, which attain their
(Equ. 7.13 page 87) : ω 2 = gk + (γ/ρ)k 3 tanh(hk), où γ est la tension interfaciale liquide/gaz et h
maximum height just after the plate again begins to recede; these therefore undergo a similar
la profondeur de liquide dans le récipient. Ici ω la pulsation propre de l’onde considérée n’est pas obli-
process of demolition, being resolved into exact duplicates of the first heaps. Thus the two sets
gatoirement ωf mais il s’avère qu’elle est en général proche d’un multiple de ωf /2. En effet, comme
oscillate with each vibration of the plate, and the action is sustained so long as the plate moves
un cavalier with
à cheval au trot enlevé, l’interface peut osciller à la fréquence moitié de la fréquence de
a certain degree of force; much of that force being occupied in sustaining this oscillation of
forçage (figure 16.12b). Toutefois dans le cas où le container est de taille finie, les conditions de ré-
the fluid against the resistance offered by the cohesion of the fluid, the air, the friction on the
sonance de plate,
la cavité causes." des modes propres particuliers k et il est alors possible qu’il y ait
sélectionnent
and other
finalement un petit décalage (detuning en anglais) δ = ωf −2ω par rapport à la condition de résonance
δ = 0. The motion is similar to that of a pendulum when the ceiling from which it is suspended oscillates
Pourvertically
trouver[fig.1.5]. When
l’équation dethe ceiling goes down,
la dynamique the pendulum
de l’amplitude moves
de ces to a on
ondes, sideconsidèrera
because, dueuntofluide
parfait,inertia, it tends
un hauteur h to
deremain
liquideatetthe same
pour height. When
simplifier the ceiling
le calcul nous goes up the pendulum
supposerons aligns au-dessus
que le fluide with
est de masse volumique
the vertical négligeable.
axis and Reprenons
when the ceiling alorsagain
goes down l’analyse des towards
it moves ondes dethesurface comme
opposite side. présentée
The
dans lapendulum
section 7.2.1 page 71.
thus has a period of oscillation twice as big as that of the ceiling. Faraday also explains
1. the
Onorigin of the déformation
considère instability de la surface libre sous la forme d’une onde plane monochromatique
ζ(x, t) "As
= a(t) exp(ikx) et nous prendrons l’axe Oz dirigé vers le haut.
to the origin or determination of crispations, no di⇥culty can arise; the smallest possible
2. On suppose l’écoulement
difference in sous les vagues
almost any circumstance, irrotationnel
at any one car lethefluide
part, would, whilst est
plate is parfaitcause
vibrating, et initialement
an elevation
au repos, ∇~ (Φ). L’incompressibilité
soit ~vor=depression in the fluid there; the smallest
conduitatom ∇2 Φ
of dust falling
à l’équation on =[Link],
En écrivant que
Φ(x,orz,the
t) smallest
= f (z,elevation in the on
t) exp(ikx) plate, or the
peut smallestlaparticle
résoudre in the fluid
dépendance de fof avec
different specific
z avec la condition
aux gravity
limitestodethevitesse
liquid itself, mightnulle
verticale produceau this
fondfirst
dueffect; this would, by each vibration of the
récipient.
plate, be increased in amount, and also by each vibration extended the breadth of a heap, in at
8
206 CHAPITRE 16. LES INSTABILITÉS
F IGURE 16.13 – Motif carré observé au-dessus du seuil de l’instabilité de Faraday (cliché S. Morris).
p ∂Φ 1 2
+ + v + g(t)z = F (t) (16.14)
ρ ∂t 2
où l’on peut choisir la constante
R F (t) = Patm /ρ par un choix judicieux du potentiel des
vitesse en écrivant Φ0 = Φ − (F (t) − Patm /ρ)dt.
~ )ζ = ∂ζ .
4. Condition cinématique à l’interface w − (~v · ∇ ∂t
5. Condition dynamique à l’interface, le saut de pression de Laplace : p(ζ − )−Patm = γ(1/R1 +
1/R2 ).
6. En linéarisant les équations (hypothèse de faible amplitude ka 1) on peut négliger les
termes d’ordre 2 dans Bernoulli et dans les conditions interfaciales.
On obtient alors l’équation suivante pour l’évolution de l’amplitude des ondes de surface :
ä + g(t)k + γk 3 /ρ tanh(hk)a = 0. (16.15)
Si g(t) est en fait constant on retrouve bien les solutions a = a0 exp(±iωt) des ondes de surfaces
classiques.
avec ici un nouveau paramètre de contrôle adimensionné = Γ/ 1 + (k/kc )2 , où nous avons intro-
p
duit le nombre d’onde capillaire kc = ρg/γ.
L’équation de la dynamique de l’amplitude peut alors s’écrire :
ä + ω 2 (1 + cos ωf t) a = 0. (16.16)
C’est l’équation d’un oscillateur paramétrique de pulsation propre ω forcé à la pulsation ωf .
On peut l’écrire sous la forme canonique d’une équation de Mathieu 15 en posant T = 21 ωf t, p =
4(ω(k)/ωf )2 et q = p/2 :
d2 a
+ (p + 2q cos 2T ) a = 0. (16.17)
dT 2
Cette équation présente des solutions instables pour certaines valeurs des paramètres p et q. La
figure 16.14 montre en grisé l’existence de langues de domaine instable correspondant soit à un mode
sous-harmonique, soit synchrone soit plus généralement un multiple de la moitié de la fréquence de
forçage.
F IGURE 16.14 – Diagramme d’existence dans le plan (q, p) des solutions instables de l’équation de
Mathieu (d’après l’article de Benjamin et Ursel, Ref. [4]).
Dans la limite des faibles forçage ( petit donc petit q), seuls quelques modes sont instables, mais
en l’absence de dissipation, l’interface est toujours instable.
0ha ]£ ǀ ğt tƒ ƒ ^Bƒ Ťƒ ƒ Őƒ ƒ ƒ B=±!ƒ BB.ƒ {؃ aÑB"ťƒ
Ɖ"Ñvƒ!Xtƒt !ƒgƒg Ŧ8ƒXĔƒ ĻCƒX"ƒ"ÄXXtƒgƒg ƒXƒ°gvƒ ¨dćö`ðƒ]XWƒ
" XX9ƒ
16.6. INSTABILITÉS VISQUEUSES : L’INSTABILITÉ DE SAFFMAN-TAYLOR 209
A
=
=4,:4F #/$F
F IGURE 16.15 – Interface air/huile observée en géométrie circulaire. L’air est injecté au centre à basse
ÃcÌЀ
vitesse dans l’image de gauche et à haute vitesse dans l’image de droite. Seules les extrémités des
doigts d’air continuent à croître. Les autres parties du front de croissance air/huile sont pratiquement
immobiles car les gradients de pression dans l’huile sont écrantés par les doigts les plus développés.
Nous supposerons que les deux plans limitant la cellule sont horizontaux – afin de pourvoir négliger
la gravité –, parallèles et séparés d’une petite distance b. Le mouvement de chacun des deux fluides est
gouverné par l’équation de Navier-Stokes. Si le nombre de Reynolds basé sur l’épaisseur de la cellule
est petit et si l’écoulement est quasi-stationnaire, l’équation de Navier-Stokes se réduit à l’équation de
Stokes :
→
−2 1→−
∇ ~u = ∇p (16.18)
η
où η = ρν est la viscosité dynamique de chacun des fluides. Tant que les échelles horizontales sont
→
− 2
grandes comparées à l’épaisseur de la cellule on peut écrire que ∇ 2 ~u ≈ ∂∂z~u2 et l’équation précédente
se réduit pour les composantes (u, v, w) de la vitesse ~u à :
∂2u
= 1 ∂p
∂z 2 η ∂x
∂2v 1 ∂p
∂z 2
=
η ∂y
∂2w 1 ∂p
∂z 2
= η ∂z .
De plus la conservation de la masse nous permet de négliger les vitesses verticales (axe z) devant
les vitesses horizontales. Nous avons alors w = 0 et donc ∂p/∂z = 0. Donc p ne dépend pas de z et
les équations précédentes peuvent être intégrées selon z. Les vitesses u et v sont donc quadratiques
en z, c’est en effet un écoulement de Poiseuille plan (voir section 10.3.3 page 125). Si l’on prend en
compte la condition de non-glissement sur les parois horizontales z = 0 et z = b il vient :
210 CHAPITRE 16. LES INSTABILITÉS
1 ∂p
u = 2η ∂x z(z − b)
1 ∂p
v = 2η ∂y z(z − b)
w=0
Nous obtenons
R alors une équation linéaire entre la vitesse moyennée sur l’épaisseur (vitesse débi-
~ = 1 b ~udz et le gradient horizontal de la pression :
tante) V b 0
2 →
~ (x, y, t) = − b −
V ∇h p (16.19)
12η
F IGURE 16.16 – Schéma d’une interface se dé- F IGURE 16.17 – Dessin des isobares devant et à
plaçant à la vitesse U entre les fluides 1 et 2. l’arrière de l’interface déformée.
16.6. INSTABILITÉS VISQUEUSES : L’INSTABILITÉ DE SAFFMAN-TAYLOR 211
Supposons d’abord que l’interface est rectiligne et avance à la vitesse U . La vitesse moyenne est
alors constante partout et l’on a V~1 = V
~2 = U~ex . En effet le ménisque qui relie les deux parois est
entrainé par le fluide à la vitesse moyenne, donc à la vitesse débitante locale. L’équation de Darcy
(16.19) nous donne alors la relation : η11 ∂P 1 ∂P2
∂x = η2 ∂x . Compte tenu de la faible viscosité de l’air
1
(η1 η2 ), P1 est pratiquement constant et il suffit de résoudre l’équation 16.19 dans le milieu 2. On
trouve :
2γ U
P2 (x, t) = P1 − − 2 12η2 (x − U t) (16.21)
b b
pour la pression (x > U t) dans le fluide 2, équation qui tient compte du saut de pression à l’interface
courbée dans le plan vertical si le liquide 2 mouille parfaitement la paroi, et de la position ζ0 = U t de
l’interface à l’instant t. Cette pression est écrite dans le référentiel des parois, et x − U t est la distance
à l’interface à un instant t.
212 CHAPITRE 16. LES INSTABILITÉS
∂ζ1 ∂ζ1
+ vy = vx ,
∂t ∂y
qui donne au premier ordre la relation :
b2 k
σa exp(σt) = A(t) .
12η2
et la condition dynamique linéarisée :
∂ 2 ζ1
p1 (x, t) = γ .
∂y 2
Ce qui donne la relation
12η2 2
A(t) = U − γk a exp(σt).
b2
En éliminant A(t) de ces 2 relations on obtient la relation de dispersion :
b2 γ 3
σ = Uk − k . (16.22)
12η2
Dans le cas complet, avec deux fluides visqueux, le taux de croissance σ est donné par la relation
de dispersion :
η2 − η1 b2 γ
σ= Uk − k3 (16.23)
η2 + η1 12(η2 + η1 )
où k est le nombre d’onde de la perturbation. Comme σ est toujours réel, la déformation ne se
propage pas selon y. Le front est instable si σ > 0 c’est-à-dire si (η2 − η1 )U > 0. Cette condition
correspond à un fluide de faible viscosité repoussant un fluide plus visqueux par rapport aux parois im-
mobiles de la cellule. Cette instabilité n’a pas de seuil, dès que l’interface bouge elle devient instable.
Le deuxième terme de l’équation précédente, toujours négatif, montre que la tension de surface limite
la croissance de l’instabilité, en particulier pour les grandes valeurs de k. Le vecteur d’onde le plus
19. R. L. Chuoke, P. Van Meurs et C. Van der Pol, The Instability of Slow Immiscible Viscous Liquid-Liquid Displace-
ment in Permeable Media,Tr . AIME 216, 188 (1959)
16.6. INSTABILITÉS VISQUEUSES : L’INSTABILITÉ DE SAFFMAN-TAYLOR 213
2π 2√
kc = = Ca. (16.24)
λc b
et pour le taux de croissance maximum :
4γ
σc = Ca2/3 .
3bη2
A basse vitesse (faible Ca), les longueurs d’ondes observées sont grandes mais elles sont plus
petites à plus hautes vitesses (Ca élevé). Ce résultat théorique peut être testé expérimentalement en
imposant à l’instant initial une vitesse U à une interface initialement au repos. Rapidement toutefois
l’amplitude des déformations n’est plus petite car on n’observe pas de saturation à faible amplitude.
L’analyse linéaire n’est alors plus valable. On peut noter que cette analyse de stabilité présente de
profondes similarités avec l’analyse de stabilité d’un front de croissance d’un cristal initialement
plan 20 .
Exercice : Calculer pour une vitesse U = 1 cm/s, une épaisseur b = 1 mm et pour une huile de
viscosité ν = 100νeau , la valeur du nombre capillaire Ca, la longueur d’onde la plus instable et le
taux de croissance. Justifier que les approximations faites sont corrects.
Correction de Park et Homsy : En réalité la courbure dans un plan vertical de l’interface entre les
deux fluides n’est pas une constante car l’épaisseur des films liquides déposés par le liquide mouillant
sur les surfaces dépend de la vitesse d’avancée de l’interface. Park et Homsy 21 ont montré que le terme
de Laplace −2γ/b doit être multiplié par (1 + 3.8Ca2/3 ) au premier ordre pour tenir compte des films
de landau-Levich déposés sur les plaques. Il existe donc une correction en Ca2/3 mais celle-ci reste
faible à faible vitesse.
20. W.W. Mullins and R.F. Sekerka, J. of Appl. Phys. 35, 444 (1964)
21. C.-W. Park and G. M. Homsy (1984). Two-phase displacement in Hele Shaw cells : theory. Journal of Fluid Mecha-
nics, 139 , pp 291-308
22. P. G. Saffman and G. I. Taylor. The penetration of a fluid into a porous medium or Hele-Shaw cell containing a more
viscous fluid. Proc. R. Soc. Lond. A, 245 :312–329, 1958.
214 CHAPITRE 16. LES INSTABILITÉS
F IGURE 16.18 – (a) Photographie d’un doigt d’air de Saffman-Taylor se propageant à vitesse constante
de gauche à droite dans une cellule de Hele-Shaw linéaire initialement remplie d’huile. Cette forme
correspond bien à la forme théorique du doigt de Saffman-Taylor pour λ = 0.5 (Eq. 16.25). (b) Doigt
d’air instable à grand débit dans la même cellule linéaire.
23. Ces solutions sont les analogues de la parabole d’Ivantsov pour la croissance cristalline d’une dendrite libre
24. Dans toute cette dynamique, à cause de la loi de Darcy et de l’équation de Laplace sous-jacentes, il existe une forte
similarité avec les phénomènes « d’effet de pointe » en électrostatique et dans les figures de claquage dans un isolant
diélectrique (figures de Lichtenberg).
16.7. INSTABILITÉS CENTRIFUGES : L’INSTABILITÉ DE TAYLOR-COUETTE 215
d
T ac = Re21 ≈ 1608,
R1
où Re1 = Ω1 R1 d/ν est le nombre de Reynolds construit sur la vitesse angulaire et sur l’épaisseur du
gap 27 . La longueur d’onde la plus instable est λc ≈ 2(R2 − R1 ). On pourra trouver l’analyse linéaire
de stabilité de cette instabilité dans la Ref. [18]
F IGURE 16.19 – Instabilité centrifuge de Taylor-Couette visible sous forme de tores superposés entre
deux cylindres lorsque le cylindre intérieur tourne suffisamment vite : (a) Schéma issu de la référence
[45] et (b) visualisation par des écailles nacrantes.
Fig. 4.14 – Courbe de stabilité marginale dans le plan des vitesses angulaires. D’après
F IGURE
(Taylor 1923). Trait16.20
tireté : –critère
(a) Comparaison
non visqueux de entre prédiction
Rayleigh (1916). théorique
et expérience pour le seuil d’apparition
de l’instabilité de Taylor-Couette dans le plan des deux nombres de Reynolds Re1 et Re2 pour un
rapport R2 /R1 = 1.14 (d’après G.I. Taylor [1923]) et (b) Diagramme des régimes observés dans
le montage de Taylor-Couette lorsque les deux cylindres tournent au-delà du seuil (Andereck et al.
[1986]).
F IGURE 16.21 – Schéma des vortex de Görtler se développant dans la couche limite d’une paroi
concave [45].
218 CHAPITRE 16. LES INSTABILITÉS
F IGURE 16.22 – Rouleaux de Rayleigh-Bénard observés dans de l’huile de silicone par interférométrie
([19] p. 82).
Une étude dimensionnelle du problème fait apparaître un nombre critique, le nombre de Rayleigh :
gα∆T d3
Ra = .
νκ
En effet pour que le mouvement de convection ait lieu il faut que la force motrice (la dilatation ther-
mique du fluide) soit suffisante pour vaincre les deux phénomènes stabilisants, la conductivité ther-
mique et la dissipation visqueuse.
Ecrivons la variation de la masse volumique avec la température ρ(T0 + ∆T ) = ρ(T0 )(1 −
α∆T ), où α est le coefficient de dilatation thermique volumique. La force de flottaison (poussée
d’Archimède) est de l’ordre de ρgα∆T ce qui, si elle était seule, conduirait à un mouvement vertical
uniformément accéléré et donc au parcours de la distance d en un temps t2 = 2d/(gα∆T ). Ce temps
t doit être plus court que le temps de diffusion visqueuse sur la couche de fluide de hauteur τv = d2 /ν
et plus court que le temps de diffusion thermique : τT = d2 /κ où κ est la diffusivité thermique du
fluide. En ordre de grandeur il faut donc que t2 < τv τT , soit :
gα∆T d3
Ra = < 1.
νκ
Le calcul complet montre que la valeur critique du Rayleigh est Rac = 1708 pour que la convec-
tion commence (figure 16.23). Près du seuil on observe des rouleaux de convection sous forme de
cylindres parallèles contra-rotatifs de faible intensité (bifurcation supercritique).
Le calcul complet, résolu par l’inépuisable Rayleigh (1916), suite aux expériences
de Bénard (1900) est détaillé dans de nombreux ouvrages, auxquels nous renvoyons
(Drazin et Reid 1981 ; Manneville 1991). La figure 2.15 montre la courbe de stabilité
marginale dans le plan nombre d’onde - nombre de Rayleigh. Cette courbe met en
évidence le nombre de Rayleigh critique Rac = 1708, et le nombre d’onde le premier
16.10. THÉORÈME DE SQUIRE 219
déstabilisé, kc d = 3.117. Au-delà
√ de Rac , la largeur δk de la bande instable est
centrée sur kc et croı̂t comme Ra − Rac .
4000
Instable
Ra 2000
Stable
0 2 4 6 8
kd
F IGURE 16.23 – Diagramme de stabilité dans le plan (Ra, kd) de l’instabilité de Rayleigh-Bénard.
Fig. 2.15 – Allure de la courbe de stabilité marginale de l’instabilité de Rayleigh-
Bénard.
2.6.1 Description
F IGURE 16.25 – Diagramme spatio-temporel illustrant le comportement d’un paquet d’onde dans
un écoulement ouvert. A gauche perturbation advectée mais amortie, au centre cas d’une instabilité
convective, à droite cas d’une instabilité absolue.
F IGURE 16.26 – Sillage d’avion instable devenant oscillant puis évoluant en anneaux de tourbillons
(Instabilité de Crow).
des conséquences importantes. Lors du développement de l’instabilité à partir d’un germe localisé en
temps et en espace se pose la question suivante : la perturbation va-t-elle se développer suffisamment
vite pour pouvoir remonter le courant et ne pas être à terme balayée par l’écoulement ? Ce problème
est illustré par la figure 16.25.
TABLE 16.1 – Petit catalogue des principales instabilités répertoriées et de leurs propriétés.
222 CHAPITRE 16. LES INSTABILITÉS
— Flow instabilities, E.L. Mollo-Christensen, National Committee for Fluid Mechanics Films,
[Link]
— [10] F. Charru, Instabilités hydrodynamiques, EDP Sciences, 2007.
— [35] P. Manneville, Instabilités, Chaos et Turbulence, Editions de l’Ecole Polytechnique, 2004.
— [17] P.G. Drazin, Introduction to Hydrodynamic Stability, Cambridge Univ. Press, 2002.
— [5] P. Bergé, Y. Pomeau, and C. Vidal. Ordre dans le chaos. Hermann, 1998.
— [9] S. Chandrasekhar, Hydrodynamic and hydromagnetic stability, Dover, 1981.
Chapitre 17
Introduction à la turbulence
Sommaire
17.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 223
17.1.1 Exemples d’écoulement turbulent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 223
17.2 Description statistique de la turbulence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 224
17.2.1 Valeurs moyennes et fluctuations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 225
17.2.2 Equations de la turbulence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 226
17.2.3 Le tenseur de Reynolds . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 226
17.2.4 L’apport de la simulation numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 228
17.2.5 Mesures des vitesses et des fonctions de corrélation . . . . . . . . . . . . . 228
17.2.6 Notion de densité de probabilité (PDF) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 228
17.2.7 L’hypothèse de Taylor . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 229
17.3 La couche limite turbulente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 229
17.4 La turbulence stationnaire, homogène et isotrope (TSHI) . . . . . . . . . . . . 229
17.4.1 Spectre de la turbulence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 230
17.4.2 Quelques définitions : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 230
17.4.3 Evidence de la cascade d’énergie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 231
17.4.4 Spectre de Kolmogorov : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 232
17.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 233
17.1 Introduction
Dans la Nature la plupart des écoulements sont turbulents et ils ne sont que très rarement lami-
naires. Il suffit de travailler avec de l’eau ou de l’air, avec des objets macroscopiques (L > 1 cm) et
des vitesses usuelles pour que le nombre de Reynolds Re = UνL soit très grand devant 1. Et si l’on
parle beaucoup des écoulements à faible nombre de Reynolds . . . c’est surtout parce qu’ils sont plus
simples à décrire !
223
e--t tt- __ fH< ftHH--k-tt-
_ L-t --t- o- r
--
_eF}-I
_ 0_ _+_+ + _ _ - K; +_
I
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pI Vi
F IGURE 17.1 – Osborne R EYNOLDS en 1883 mettant en évidence la transition laminaire/turbulent par
injection d’encre dans un écoulement en conduite.
• Prenons le cas d’un sillage d’un objet de taille L = 1 m se déplaçant à u = 1 m/s dans de
l’eau. Le temps de déclin de l’énergie est donné en l’absence de turbulence par le temps de diffusion
visqueuse sur la taille L : τdiffusion = L2 /ν ≈ 100 jours, ce qui n’est pas très réaliste car on s’at-
tend plutôt à un retour au repos du fluide en quelques minutes. En effet la turbulence va fabriquer
de plus petites structures d’écoulement, qui elles vont être dissipées par diffusion de la quantité de
mouvement. La disparition du sillage se mesurera donc bien en minutes plutôt qu’en jours ! Pour un
écoulement turbulent l’énergie n’est donc pas dissipée à l’échelle L où l’énergie est injectée, mais à
une échelle bien plus petite. Il y a donc transfert de l’énergie vers ces petites échelles.
• Dans turbulence il y a aussi l’idée d’aléatoire, de non prédictif. Si un écoulement est turbulent,
la connaissance de la vitesse en un point à un instant donné ne permet pas de connaître la vitesse en
ce point un instant plus tard, ou bien au même instant un peu plus loin.
• Dans turbulence il y a aussi l’idée de mélange. La turbulence est une façon très efficace pour
mélanger des fluides (dispersion de polluant atmosphérique par exemple).
• La turbulence est contenue dans les équations de Navier-Stokes et dans l’équation de conti-
nuité. En effet, bien que ces équations soient déterministes on ne sort pas de leur domaine de vali-
dité (tant que le libre parcours moyen des molécules reste très inférieur aux plus petites échelles de
l’écoulement). Et pourtant, l’écoulement turbulent dans un conduite est très différent d’un écoulement
laminaire de Poiseuille. . .
F IGURE 17.2 – Dessins d’Osborne R EYNOLDS illustrant les différents écoulements observés. D’après
[1] p. 302.
F IGURE 17.3 – Image montrant la persistance de structures dans une couche de mélange même en
régime pleinement turbulent (Re = 850 000). Photo : Rebello, Brown et Roshko, d’après [19] p. 102.
puisque le nombre de degrés de liberté devient très grand, un peu comme on le fait pour la théorie
cinétique des gaz.
~ + div ~u = div U
div ~v = div U ~ + div ~u = 0.
~ =U
Comme par définition U ~ et ~u = 0 il vient :
~ =0
div U
et donc par voie de conséquence div ~u = 0 également. L’écoulement moyen et l’écoulement fluctuant
sont tous les deux des champs à divergence nulle.
correspond aussi à une diffusion de la quantité de mouvement par la turbulence. Ce terme est souvent
0 .
dominant vis-à-vis des contraintes visqueuses calculées avec la valeur moyenne σij
Signe de −ui uj :
En général les composantes −ui uj ont le même signe que σij 0 la composante correspondante du
tenseur des contraintes visqueuses car −ρui uj est un terme de diffusion. Prenons par exemple un
profil continu d’écoulement avec ∂U ∂y positif. Soit u et v les termes fluctuants selon Ox et Oy. Si v
est positif une particule fluide va se déplacer vers le haut et se retrouve donc aller moins vite que les
particules environnantes ( ∂U∂y > 0). Du coup son u local sera négatif et u v < 0. On peut faire le
même raisonnement avec la même conclusion si v est négatif. Il faut noter la grande similitude avec la
description microscopique de l’origine de la viscosité. Ici ce sont les fluctuations turbulentes qui font
diffuser la quantité de mouvement transverse.
Le terme νturb a bien les dimensions d’une viscosité mais ce n’est pas une propriété du fluide mais
une propriété de l’écoulement ! En particulier νturb peut dépendre du point considéré (et parfois du
temps). En général νturb ν et l’on peut alors simplement remplacer la vrai viscosité du liquide par
cette viscosité turbulente dans l’équation de Navier-Stokes de la vitesse moyenne.
à différents instants, différents endroits et différentes composantes. On peut même coupler des com-
posantes de ~u et la pression en un point !
∆x
f (τ ) = ux (0, t) ux (0, t + τ ) = ux (0, t) ux (0, t + ) ≈ ux (0, t) ux (−U0 τ, t) = f (∆x),
U0
∆x
où τ = U0 .
F IGURE 17.4 – Mesure du profil adimensionné de vitesse dans une couche limite turbulente. On peut
y voir la sous-couche visqueuse et la partie logarithmique. D’après [50] p. 343
.
l’on néglige le fait que l’énergie est souvent dissipée de façon inhomogène dans l’espace et dans le
temps, et plutôt dans de petites régions très actives.
Z T Z ∞
1
ē = e(t) dt = E(k) dk. (17.2)
T 0 0
E(k) dk est l’énergie contenue entre les nombres d’onde spatiaux k et k + dk.
• Hypothèse : Il existe entre les deux échelles L et η une gamme d’échelles où les propriétés
physiques sont indépendantes de L et de la viscosité ν (ν n’intervenant qu’aux petites échelles). Grâce
à cette hypothèse, l’analyse dimensionnelle va nous donner des résultats intéressants.
• Incréments de vitesse : On s’intéresse aux incréments spatiaux de vitesse fluctuante définis
par :
−→
∆u(~r) = → − ~ + ~r) − →
u (X − ~
u (X).
(On peut aussi faire une différence temporelle si on utilise l’hypothèse de Taylor.)
Appelons la puissance (énergie par unité de temps) qui transite par unité de masse de l’échelle
r aux échelles plus petites. Si l’échelle r appartient aux échelles inertielles (L r η) alors la
−→
statistique de ∆u(~r) ne peut dépendre que de et de r et pas de L, η ou ν. En particulier on peut
écrire pour sa valeur quadratique moyenne :
L’analyse dimensionnelle (voir Chap. 2) nous donne [] = l2 T −3 . Si l’on pose ∆u(r)2 = C2 α rβ ,
on trouve alors α = β = 2/3. Soit :
232 CHAPITRE 17. INTRODUCTION À LA TURBULENCE
Le préfacteur numérique toujours possible par analyse dimensionnelle est pris ici égal à 1 par défini-
tion de l’échelle de Kolmogorov. On peut vérifier que le nombre de Reynolds associé à cette échelle
√
est de l’ordre de 1. En effet Reη = η∆u(η)
ν = C2 .
F IGURE 17.6 – Exemple de spectre unidimensionnel d’énergie d’une turbulence de grille obtenue
5
dans l’Hélium (Moisy, 2000) montrant la loi en k − 3 prévue par l’analyse de Kolmogorov (1941) sur
plus de deux décades, et la zone de dissipation visqueuse aux petites échelles (grand k). Dans l’insert
5
est représenté le spectre compensé, i.e. multiplié par k 3 .
17.5 Conclusion
Dans la réalité la turbulence n’est pas forcément stationnaire (turbulence en déclin par exemple)
ou homogène (cas d’un sillage) ou isotrope (fluide stratifié par exemple). On ne devrait donc peut-être
pas dire la turbulence mais. . . les turbulences !
— A RCHIMÈDE de Syracuse (- 287, -212) : Né à Syracuse (Sicile), il est célèbre pour son théo-
rème sur les corps immergés, "Principe d’Archimède".
— BATCHELOR George Keith. (1920-2000) : Professeur de Mécanique des Fluides à Cambridge
(UK). De nombreuses contributions en particulier sur l’étude des écoulements de suspension
de particules et dans le domaine de la turbulence, plus son livre [4].
— B ÉNARD Henri (1874-1938) : Physicien français ayant étudié expérimentalement les tour-
billons derrières un cylindre en mouvement ainsi que la convection thermique avec ou sans
surface libre.
— B ERNOULLI Daniel (1700-1782) d’origine suisse était à la fois un mathématicien, un hy-
drodynamicien et un physicien. C’était le plus jeune de quatre frères mathématiciens. Son
Hydrodynamica (1738) présente son équation, mais ne la démontre pas vraiment à partir des
premiers principes. La démonstration est due à Euler.
— B LASIUS Heinrich (1883-1970) : Physicien allemand connu pour ses travaux sur la couche
limite.
— B OLTZMANN Ludwig (1844-1906) : Physicien autrichien. Principal créateur de la théorie
cinétique des gaz qu’il élargit ensuite en une mécanique statistique.
— B OND Wilfried Noel (1897-1937) : Physicien anglais. Le nombre de Bond compare les effets
de gravité aux effets de la tension superficielle.
— B OUSSINESQ Joseph (1842-1929) : Physicien français, hydrodynamicien connu maintenant
pour “l’approximation de B OUSSINESQ“.
— B UCKINGHAM Edgar (1867-1940) : Physicien américain ayant permis le développement de
l’analyse dimensionnelle.
— C OANDA Henri (1886-1972) : Ingénieur roumain, pionnier de l’aviation. C’est intéressé à la
déviation d’un écoulement fluide par une paroi convexe, effet appelé depuis "effet Coanda".
— C OUETTE Maurice (1858-1943) : Il a inventé un viscosimètre qui mesure les forces de ci-
saillement à la paroi.
— D’A LEMBERT Jean le Rond (1717-1783) : Un des fondateurs de l’hydrodynamique, en par-
ticulier par son "Essai d’une nouvelle théorie de la résistance des fluides". On parle encore
235
236 CHAPITRE 18. PERSONNAGES MARQUANTS
— F ROUDE William (1810-1879) : ingénieur britannique. Créateur du premier bassin pour essais
de modèle et inventeur d’un frein hydraulique.
— G ÖERTLER Henry (1909-1987) : On lui doit l’étude des couches limites sur des parois
concaves (instabilité de G ÖERTLER et nombre de G ÖERTLER).
— H AGEN Gotthilf (1797-1884) Ingénieur allemand, a étudié les écoulements en conduite à peu
près en même temps que P OISEUILLE (on parle parfois de profil D ’H AGEN -P OISEUILLE).
— H ELE -S HAW Henry Selby (1854-1941) : Ingénieur et professeur de Mécanique des Fluides à
Bristol et à Liverpool. Il a inventé la cellule de H ELE -S HAW qui permet la visualisation entre
deux plaques de l’écoulement potentiel autour d’obstacles.
— H ELMHOLTZ Hermann von (1821-1894) : Physicien et physiologiste allemand. Il a introduit
la notion d’énergie potentielle et énoncé le principe de conservation de l’énergie. A découvert
le rôle des harmoniques dans le timbre des sons et mesuré la vitesse de l’influx nerveux.
— H UGONIOT Henri (1851-1887) : Physicien français. L’équation de H UGONIOT intervient
dans les fluides compressibles.
— J OUKOVSKY Nicolaï (1847-1921). Professeur de Mécanique à l’université de Moscou. Il a
publié de 1862 à 1890 des quantités de travaux sur divers problèmes de mécanique et d’astro-
nomie et doit sa célébrité à sa découverte "sur les profils d’ailes" qui a joué un rôle immense
dans l’aviation
— K ÁRMÁN, Theodore von (1881-1963) : Ingénieur américain né en Hongrie. Il a résolu de
nombreux problèmes d’hydrodynamique et d’aérodynamique. La première soufflerie superso-
nique des USA fut construite à son initiative.
— K ELVIN Lord : Voir à Thomson.
— K NUDSEN Martin (1871-1949) : Physicien danois qui a établi les lois cinétiques des gaz
raréfiés.
— KOLMOGOROV Andreï N. (1903-1987) : Mathématicien russe qui établit les bases axioma-
tiques du calcul des probabilités. On lui doit des modèles de la turbulence.
— K UTTA Wilhelm Martin (1867-1944) : On lui doit la « condition de Kutta » sur le bord de
fuite d’une aile [Link]
— L AMB Horace (1849-1934) : Mathématicien anglais, professeur à Adélaïde puis à l’Université
de Manchester. Il a écrit en particulier un livre un peu daté maintenant mais qui couvre un
large champ de la mécanique des fluides [31]. [Link]
Mathematicians/[Link]
— L AGRANGE Joseph Louis (1736-1813) : Mathématicien français. A développé le calcul dif-
férentiel et intégral.
— L ANDAU Lev Davidovitch (1908-1968) : Physicien théoricien soviétique, prix Nobel 1962.
C’est intéressé à la turbulence et aux instabilités. Célèbre aussi avec L IFCHITZ pour leur cours
de Physique en 5 volumes [32].
— L APLACE Pierre Simon de (1749-1827) : Astronome, mathématicien et physicien, généralise
le théorème des quantités de mouvement, la loi des aires et le principe de la moindre action,
ouvre à la mécanique des espaces distincts de ceux des mathématiques.
— L ORENZ Edward V. (1917-) : Météorologue, professeur au MIT connu pour son "attracteur de
L ORENZ" et pour ses études sur la théorie du chaos et les systèmes dynamiques (effet papillon)
dans les années 60.
— M ACH Ernst (1838-1916) : physicien autrichien qui mit en évidence le rôle de la vitesse du
son en aérodynamique. C’était aussi un philosophe et un psychologue.
— M AGNUS Heinrich Gustav (1802-1870) : Physicien allemand connu pour l’étude de la por-
tance crée sur un cylindre en rotation, "l’effet M AGNUS".
238 CHAPITRE 18. PERSONNAGES MARQUANTS
— M ARANGONI Carlo (1840-1925) : Il a étudié la convection avec surface libre et donc l’effet
de la variation de la tension interfaciale avec la température.
— N AVIER Claude-Louis-Marie-Henri (1785-1836) a contribué à la mécanique du solide et des
fluides. H. NAVIER a établi une théorie générale de l’élasticité et a étudié l’écoulement des
liquides dans les tuyaux. Les équations fondamentales de la mécanique des fluides portent son
nom. Bien qu’il ait formulé pour la première fois l’équation de NAVIER -S TOKES, il n’avait
pas développé le concept de cisaillement.
— N EWTON Isaac (1642-1727). Dans son “Principia”, il a étudié la propagation des ondes acous-
tiques et la théorie cinétique des gaz. Ses lois du mouvement sont à la base de la mécanique
des fluides.
— O SEEN Carl W. (1879-1944). Théoricien suédois.
— PASCAL Blaise (1623-1662) : Philosophe français qui sait intéressé en particulier à la notion
de pression.
— P ÉCLET Jean Claude (1793-1857) : physicien français.
— P ITOT Henri (1695-1771) : Ingénieur et physicien français. On lui doit de nombreux ouvrage
d’art ainsi que le tube de P ITOT pour mesurer la vitesse d’un écoulement.
— P LATEAU Joseph (1801-1883) : Physicien belge qui s’intéressa aux surfaces d’aire minimale,
aux effets de ménisque (bordures de P LATEAU) et aux instabilités induites par la tension de
surface (instabilité de R AYLEIGH -P LATEAU). C’est aussi un des précurseur du dessin animé !
— P OINCARÉ Henri (1854-1912) : Mathématicien français, père de la théorie des systèmes dy-
namiques.
— P OISEUILLE, Jean Louis (1799-1869) était un médecin et physicien français qui a étudié
l’écoulement du sang dans les capillaires.
— P RANDTL Ludwig (1875-1953) a développé ses idées physiques dans un bref mais remar-
quable article publié en 1905. Il a grandement influencé le développement de la mécanique
des fluides de ce siècle en particulier en développant la théorie hydrodynamique de l’aile por-
tante.
— R ANKINE William (1820-1872) : physicien écossais. Il a créé l’énergétique en distinguant les
énergies mécaniques, potentielles et cinétiques.
— R AYLEIGH Lord, John Strutt (1842-1919) : physicien anglais qui découvrit l’Argon, étudia
la diffusion de la lumière et donna une valeur du nombre d’Avogadro. Prix Nobel de physique
en 1904.
— R EYNOLDS Osborne (1842-1912) : Ingénieur et physicien britannique (Université de Man-
chester), spécialiste de la mécanique des fluides et pionnier de l’étude des écoulements turbu-
lents.
— ROSSBY Carl-Gustaf (1898-1957) : Météorologue suédois puis américain qui a le premier
expliqué les mouvements fluides à grande échelle de l’atmosphère.
— S TROUHAL Vincenc (1850-1922) : Physicien tchèque qui a étudié l’émission de vortex der-
rière un cylindre.
— S TOKES George Gabriel (1819-1903) mathématicien et physicien irlandais qui a fait de nom-
breuses contributions sur les écoulements visqueux, en particulier la formulation complète de
l’équation de NAVIER -S TOKES et les écoulements à faible vitesse (écoulement de S TOKES).
Aussi spécialiste d’optique (fluorescence et rayons X).
— T ORRICELLI Evangelista (1608-1647) Physicien et mathématicien italien, inventeur du ba-
romètre. T ORRICELLI assure les fonctions de secrétaire auprès de G ALILÉE.
— TAYLOR Geoffrey Ingram (1886-1975) : Professeur de Mécanique des Fluides à Cambridge.
Il a, parmi de très nombreux autres travaux, étudié plusieurs instabilités hydrodynamiques.
239
— T HOMSON William [Lord Kelvin] (1824-1907) plus connu pour son invention de l’échelle
de température absolu. En mécanique des fluides, il a développé la théorie des ondes sonores,
mouvement des tourbillons, ondes capillaires et la stabilité des écoulements visqueux. Il a
introduit le mot de turbulence pour caractériser les écoulements instationnaires et aléatoires.
A étudié plusieurs exemples d’instabilités hydrodynamiques.
— V ENTURI Giovanni Battista (1746-1822) : Physicien italien ayant étudié l’effet V ENTURI,
c’est-à-dire la diminution de pression dans des conduites de section variable.
— W EBER Moritz (1871-1951) : Scientifique allemand ayant travaillé sur les émissions de gouttes.
On lui doit l’introduction du "nombre de W EBER".
240 CHAPITRE 18. PERSONNAGES MARQUANTS
Chapitre 19
Lectures conseillées
En français :
— [21] D. Salin et J. Martin, La mécanique des Fluides, Nathan Université. Un livre simple et
bref d’introduction à la mécanique des fluides.
— [22] E. Guyon, J.-P. Hulin et L. Petit, Ce que disent les fluides, Belin, Pour La Science, 2005.
Un livre où, sous le principe de double pages Photo + Textes, sont illustrés des aspects de la
mécanique des fluides que l’on peut rencontrer dans la vie courante.
— [29] E. Guyon, J.-P. Hulin et L. Petit, Hydrodynamique Physique, 3ème édition, EDP Sciences,
2012. La référence en français avec une approche de physicien sur la mécanique des fluides.
— [7] S. Candel, Mécanique des fluides, Dunod.
— [20] L. Landau et E. Lifchitz, Mécanique des fluides, Editions de Moscou.
— [53] W. Wick, Gouttes d’eau, Editions Millepages. Livre de photographies.
— [33] M. Lesieur, La turbulence, Presses Universitaires de Grenoble.
— [16] P.-G. de Gennes, F. Brochard-Wyart, D. Quéré, Gouttes, bulles, perles et ondes, Belin,
2006.
— [35] P. Manneville, Instabilités, Chaos et Turbulence, Editions de l’Ecole Polytechnique, 2004.
En anglais :
— [50] D.J. Tritton, Physical fluid dynamics, Oxford Science Publication, 1988.
— [30] P.K. Kundu, Fluid Mechanics, Academic Press, 1990.
— [19] Van Dyke, An Album of Fluid Motion, Parabolic Press, 1982.
— [1] D.J. Acheson, Elementary Fluid Dynamics, Oxford, 1990.
— [25] U. Frisch, Turbulence, Cambridge Univ. Press, 1995.
— [37] Th. A. McMahon and J.T. Bonner, On Size and Life, Scientific American Library, 1983.
— [17] P.G. Drazin, Introduction to Hydrodynamic Stability, Cambridge Univ. Press, 2002.
— [8] B. Castaing, An introduction to hydrodynamics, Hydrodynamics and Nonlinear Instabili-
ties, Cambridge University Press, pages 25 à79 (1998).
— [15] P.A. Davidson, Turbulence An Introduction for Scientists and Engineers, Oxford Univer-
sity, 2004.
— [14] O. Darrigol, Worlds of Flow : A History of Hydrodynamics from the Bernoullis to Prandtl,
Oxford University, 2005.
241
242 CHAPITRE 19. LECTURES CONSEILLÉES
CD conseillés :
[24] G. Homsy et al., Muti-Media Fluid Mechanics, CD-Rom Cambridge University Press, 2002.
CD (images et films) sur les phénomènes interfaciaux dans le livre [16].
Films conseillés :
Toute une série de films du « National Committee for Fluid Mechanics Films » (NCFMF), anciens
mais excellents, sont maintenant disponibles en ligne sur le site du MIT : [Link]
[Link].
Bibliographie
243
244 BIBLIOGRAPHIE
Formulaire
Sommaire
20.1 Opérateurs différentiels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 245
20.2 Conservation de la masse et équation de Navier–Stokes . . . . . . . . . . . . . 248
div (∇~ U ) = ∆U
−
→~
div (rot A) =0
−→ ~
rot (∇ U) = 0
−
→ − →~ ~ div A
~−∆
~A~
rot (rot A) = ∇
~ (U W ) = U ∇
∇ ~ W +W ∇
~ U
~ = U div A
div (U A) ~+A ~·∇ ~ U
−
→ ~ =∇~ U ∧A ~+U− →~
rot (U A) rot A
~ (A
∇ ~ · B)
~ =A ~∧− →~
rotB ~ ∧−
+B
→~
rot A ~ ·∇
+ (B ~ )A~ + (A
~·∇~ )B
~
~ ∧ B)
div (A ~ =B~ ·− →~ ~ −
rot A
→~
− A · rot B
−
→ ~ ~ ~ div B
~ −B~ div A
~ + (B~ ·∇~ )A~ − (A
~·∇~ )B
~
rot (A ∧ B) = A
•Relations intégrales :
I ZZ
~ →
− →~ −
− →
A · dl = rot A · dS (théorème de S TOKES)
C S(C)
I ZZ
→
− ~ U ∧−
→
U dl = − ∇ dS
C S(C)
245
246 CHAPITRE 20. FORMULAIRE
ZZ ZZZ
~·−
A
→
dS = ~ dτ
div A (théorème de la divergence ou de Green–Ostrogradsky)
S V (S)
ZZ ZZZ
~∧−
A
→
dS = −
−
→ ~
rot (A) dτ (théorème du rotationnel)
S V (S)
ZZ ZZZ
−
→ ~ U dτ
U dS = ∇ (théorème du gradient)
S V (S)
ZZ ZZZ
(U ∇ ~ U) · −
~ W − W∇ →
dS = (U ∆W − W ∆U ) dτ
S V (S)
•Théorème de L EIBNITZ :
Z Z h(t)
d h(t) ∂f dh(t)
f (x, t) dx = dx + f [h(t), t]
dt 0 0 ∂t dt
•Coordonnées cartésiennes :
~ =∇
~ ·A
~= ∂Ax ∂Ay ∂Az
div (A) + +
∂x ∂y ∂z
−
→ ~ ~ ∧A
~= ∂Az ∂Ay ∂Ax ∂Az ∂Ay ∂Ax
rot (A) =∇ − ~ex + − ~ey + − ~ez
∂y ∂z ∂z ∂x ∂x ∂y
~ A)
∆( ~ =∇
~ 2 (A)
~ = (∆Ax ) ~ex + (∆Ay ) ~ey + (∆Az ) ~ez
• Coordonnées cylindriques :
~ =∇
div (A) ~ = 1 ∂(rAr ) + 1 ∂Aθ + ∂Az
~ ·A
r ∂r r ∂θ ∂z
−
→ ~ ~ ∧A
~= 1 ∂Az ∂Aθ ∂Ar ∂Az 1 ∂(rAθ ) 1 ∂Ar
rot (A) =∇ − ~er + − ~eθ + − ~ez
r ∂θ ∂z ∂z ∂r r ∂r r ∂θ
20.1. OPÉRATEURS DIFFÉRENTIELS 247
F IGURE 20.1 – Notations utilisées dans le système des coordonnées cylindriques (r, θ, z)
F IGURE 20.2 – Notations utilisées dans le système des coordonnées sphériques (r, θ, ϕ)
2 2
~ 2 U = 1 ∂ (r ∂U ) + 1 ∂ U + ∂ U
∆U = ∇
r ∂r ∂r r2 ∂θ2 ∂z 2
~ A)
∆( ~ =∇ ~ = (∆Ar − Ar − 2 ∂Aθ ) ~er + (∆Aθ − Aθ + 2 ∂Ar ) ~eθ + (∆Az ) ~ez
~ 2A
r2 r2 ∂θ r2 r2 ∂θ
•Coordonnées sphériques :
−
→ ~ ~ A~= 1 ∂(sin θAϕ ) ∂Aθ 1 1 ∂Ar ∂(rAϕ ) 1 ∂(rAθ ) ∂Ar
rot (A) = ∇∧ ( − ) ~er + ( − ) ~eθ + ( − ) ~eϕ
r sin θ ∂θ ∂ϕ r sin θ ∂ϕ ∂r r ∂r ∂θ
248 CHAPITRE 20. FORMULAIRE
2 ∂2U
~ 2 U = 1 ∂ (rU ) +
∆U = ∇
1 ∂
(sin θ
∂U
) +
1
r ∂r2 r2 sin θ ∂θ ∂θ r2 sin2 θ ∂ϕ2
~ A)
~ =∇ ~ = (∆Ar − 2 Ar −
~ 2A 2 ∂ 2 ∂Aϕ
∆( (sin θAθ ) − 2 ) ~er
r2 r2 sin θ ∂θ r sin θ ∂ϕ
Aθ 2 ∂Ar 2 cos θ ∂Aϕ Aϕ 2 ∂Ar 2 cos θ ∂Aθ
+(∆Aθ − 2 + r2 − 2 2 ) ~eθ +(∆Aϕ − 2 2 + 2 + ) ~eϕ
2
r sin θ ∂θ r sin θ ∂ϕ r sin θ r sin θ ∂ϕ r2 sin2 θ ∂ϕ
~ · ~u = 0
div (~u) = ∇
∂~u ~ u = − 1 ∇p
~ + f~m + ν ∇
~ 2u
+ (~u · ∇)~
∂t ρ
• En coordonnées cartésiennes avec ~u = (u, v, w) :
∂u ∂v ∂w
+ + =0
∂x ∂y ∂z
sur l’axe x
2
∂u ∂u ∂u ∂u ∂p ∂ u ∂2u ∂2u
ρ +u +v +w =− + fx + η + 2 + 2
∂t ∂x ∂y ∂z ∂x ∂x2 ∂y ∂z
sur l’axe y
2
∂v ∂v ∂v ∂v ∂p ∂ v ∂2v ∂2v
ρ +u +v +w =− + fy + η + +
∂t ∂x ∂y ∂z ∂y ∂x2 ∂y 2 ∂z 2
sur l’axe z
2
∂w ∂w ∂w ∂w ∂p ∂ w ∂2w ∂2w
ρ +u +v +w =− + fz + η + +
∂t ∂x ∂y ∂z ∂z ∂x2 ∂y 2 ∂z 2
sur l’axe θ
∂uθ ∂uθ ur uθ uθ ∂uθ ∂uθ 1 ∂p 1 ∂ ∂uθ uθ 1 ∂ 2 uθ ∂ 2 uθ 2 ∂ur
ρ[ +ur + + +uz ]=− +fθ +η[ r − 2+ 2 + 2 + 2 ]
∂t ∂r r r ∂θ ∂z r ∂θ r ∂r ∂r r r ∂θ2 ∂z r ∂θ
sur l’axe z
∂uz ∂uz uθ ∂uz ∂uz ∂p 1 ∂ ∂uz 1 ∂ 2 uz ∂ 2 uz
ρ + ur + + uz =− + fz + η r + 2 +
∂t ∂r r ∂θ ∂z ∂z r ∂r ∂r r ∂θ2 ∂z 2