Nom : ________________________ Classe : 2nde ___
Date : ________________________ Français
Dissertation de Français
Sujet : Les Confessions de Rousseau (livres I à VI) confirment-ils la
thèse selon laquelle la société corrompt l'homme, alors qu'il est bon par
nature ?
Introduction
Jean-Jacques Rousseau est un philosophe du XVIIIème siècle dont
l'oeuvre est traversée par une idée centrale : l'homme naît bon, mais
c'est la société qui le corrompt. Il formule lui-même cette idée dans son
Discours sur l'inégalité (1755), mais on peut se demander si son
autobiographie, Les Confessions, en confirme également la thèse. Dans
les six premiers livres, il raconte son enfance, son adolescence et ses
premières expériences de la vie sociale. À première vue, le récit semble
bien prouver que Rousseau était naturellement bon avant d'être abîmé
par la société. Pourtant, une lecture plus attentive montre que les
choses sont plus complexes. Nous verrons donc d'abord que Rousseau
se présente comme un être naturellement bon (thèse), puis que certains
passages nuancent ou contredisent cette idée (antithèse), avant de
proposer une lecture plus équilibrée de l'oeuvre (synthèse).
I. Thèse — Rousseau, un être naturellement bon que la société
corrompt
Dans les premiers livres des Confessions, Rousseau se dépeint
comme un enfant sensible, honnête et naturellement vertueux, dont la
bonté est progressivement abîmée par le contact avec la société.
Dès l'ouverture de l'oeuvre, Rousseau revendique une
transparence totale : « Je veux montrer à mes semblables un homme
dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi. » (Livre I).
Cette phrase montre qu'il considère sa nature profonde comme quelque
chose d'authentique et de bon, qu'il s'agit de révéler sans artifice. Il se
place d'emblée du côté de la vérité contre le mensonge social.
L'épisode du peigne cassé illustre parfaitement comment la société
peut briser l'innocence. Accusé injustement par Mademoiselle
Lambercier, Rousseau décrit sa révolte intérieure : « Le sentiment de
l'injustice m'avait rendu furieux. » (Livre I). Cet événement est
fondateur : c'est le premier contact brutal avec un jugement extérieur
arbitraire. Sa réaction de révolte prouve qu'il possède un sens inné de la
justice, qui est blessé par l'injustice sociale.
Plus tard, l'épisode du ruban volé et de Marion montre que c'est la
peur du regard des autres — donc une pression sociale — qui pousse
Rousseau à mentir et à laisser accuser une innocente. Il l'admet lui-
même : « La honte de me découvrir l'emporta sur le repentir. » (Livre
II). Ce n'est donc pas sa nature qui est mauvaise, mais bien la contrainte
sociale qui le force à trahir ses propres valeurs.
II. Antithèse — Une bonté naturelle qui n'est pas si évidente
Cependant, une lecture plus attentive des Confessions montre que
Rousseau n'est pas aussi innocent qu'il le prétend, et que sa thèse sur la
bonté naturelle mérite d'être questionnée.
Tout d'abord, Rousseau reconnaît lui-même certains défauts qui
semblent innés et non liés à la société. Il avoue par exemple une
tendance à la paresse et à la rêverie dès l'enfance : « J'aimais trop à
m'occuper de riens, à commencer cent choses et n'en finir aucune. »
(Livre I). Ces traits de caractère ne peuvent pas tous être attribués à la
corruption sociale, car ils apparaissent bien avant que Rousseau ne soit
vraiment intégré dans la vie en société.
Ensuite, la relation avec Madame de Warens révèle une ambiguïté
profonde. Rousseau l'appelle tendrement « Maman » tout en
entretenant avec elle une relation amoureuse, ce qu'il décrit sans
vraiment le condamner. On peut se demander si cette complexité des
sentiments est uniquement le produit de la société, ou si elle révèle
quelque chose de plus trouble dans la nature humaine elle-même.
Enfin, le récit autobiographique est, par définition, subjectif.
Rousseau lui-même l'admet indirectement lorsqu'il écrit : « Je dirai ce
que j'ai pensé tout autant que ce que j'ai fait. » (Livre I). En construisant
le récit de sa vie à posteriori, il peut — consciemment ou non —
arranger les faits pour confirmer une thèse philosophique qu'il défend
déjà dans ses autres oeuvres. La bonté naturelle qu'il décrit est peut-
être autant une construction littéraire qu'une vérité biographique.
III. Synthèse — Les Confessions, une oeuvre entre témoignage et
plaidoyer
Il est donc nécessaire de dépasser l'opposition simple entre bonté
naturelle et corruption sociale, pour comprendre ce que Rousseau
cherche vraiment à faire dans Les Confessions.
Les Confessions ne sont pas seulement une illustration de la thèse
philosophique de Rousseau : elles sont aussi une oeuvre littéraire dans
laquelle l'auteur construit sa propre image. Dès les premières lignes, il
affirme son projet unique : « Je forme une entreprise qui n'eut jamais
d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. » (Livre I). Cette
mise en scène de soi montre que l'oeuvre est autant un plaidoyer pro
domo qu'un témoignage objectif.
Cela dit, même en tenant compte de cette subjectivité, les épisodes
racontés — le peigne, le ruban, les humiliations chez ses maîtres —
montrent bien comment les institutions sociales (la punition, la
hiérarchie, le jugement des autres) façonnent négativement un
caractère. Rousseau ne dit pas que l'homme est parfait par nature, mais
plutôt qu'il serait meilleur sans les déformations imposées par la vie en
société. Les Confessions en sont une démonstration concrète et
incarnée.
En ce sens, l'oeuvre confirme bien la thèse rousseauiste, mais de
façon nuancée : ce n'est pas une démonstration rigoureuse, c'est le récit
d'une vie qui illustre et humanise une idée philosophique. Rousseau dit
d'ailleurs lui-même vouloir être jugé non sur ses actes mais sur ses
intentions : « Qu'on me juge si l'on veut par mes actes ; mais que ce soit
du moins en les éclairant par mes intentions. » C'est toute la différence
entre un traité philosophique et une autobiographie.
Conclusion
En conclusion, les six premiers livres des Confessions confirment
globalement la thèse de Rousseau sur la bonté naturelle de l'homme
corrompue par la société : les épisodes clés de son enfance et de son
adolescence montrent comment le regard des autres, les institutions et
les rapports de pouvoir abîment peu à peu un être naturellement
sensible et juste. Cependant, l'oeuvre est aussi un récit
autobiographique subjectif, où Rousseau se met lui-même en scène pour
se justifier. On peut donc dire que Les Confessions sont à la fois la
confirmation d'une thèse philosophique et le témoignage d'un homme
qui cherche, à travers l'écriture, à se réconcilier avec lui-même et avec
son passé.