Pr. H.
KHETAB
La Communication – Définitions, Modèles et Enjeux
Introduction
« On ne peut pas ne pas communiquer » Paul Watzlawick
Cette célèbre formule rappelle que tout comportement humain, verbal ou non verbal,
constitue une forme de communication. Même le silence ou l’absence de réaction peuvent
être interprétés comme un message. La communication est omniprésente mais aussi source
de malentendus. Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je
dis, et ce que l’autre comprend, il existe de multiples possibilités de déformation du
message.
I. Historique de la communication
L’histoire de la communication remonte à l’aube de l’humanité. Dès la préhistoire, les
humains cherchaient à transmettre des informations pour coopérer, survivre et partager le
savoir. Sous la Révolution française, naît le télégraphe optique de Claude Chappe, premier
réseau de communication organisé. Au XIXe siècle apparaissent le télégraphe électrique,
le code Morse, puis le téléphone de Graham Bell. Au XXe siècle, la radio et la télévision
révolutionnent la diffusion de masse, et au XXIe siècle, Internet transforme la planète en
'village global'. Cependant, rapidité technique ne signifie pas efficacité de communication.
II. Définir la communication
Communiquer, du latin communicare, signifie 'mettre en commun'. La communication est
une science interdisciplinaire qui croise la linguistique, la psychologie, la sociologie et la
technologies. Elle concerne l’homme, l’animal, les machines et leurs interactions hybrides.
Processus de la communication : un émetteur traduit un concept ou un sentiment en un
message qu’il adresse, via un canal, à un récepteur, dans l’intention que ce dernier le
comprenne et l’interprète.
III. Types de communication
• Communication interpersonnelle : relation entre deux individus, basée sur le langage
verbal et non verbal.
• Communication écrite professionnelle : messages formels et durables (emails, rapports,
notes internes).
• Communication visuelle : utilisation de l’image et du symbole (publicité, design,
signalétique).
1
Pr. [Link]
IV. Les modèles théoriques de la communication
L’étude de la communication s’est progressivement structurée au XXᵉ siècle autour de
modèles visant à décrire et expliquer le processus de transmission des messages entre les
individus ou les systèmes. Ces modèles sont issus de disciplines variées comme la
sociologie, la psychologie, l’ingénierie, la linguistique, le cybernétique et témoignent de la
richesse interdisciplinaire de cette science.
1. Le modèle de Harold D. Lasswell (1948)
Le modèle de Harold Dwight Lasswell, proposé en 1948, est l’un des premiers modèles
qui cherchent à décrire comment se déroule la communication.
Lasswell, politologue et sociologue américain, s’intéressait surtout à la propagande et aux
médias de masse, notamment pendant et après la Seconde Guerre mondiale.
Il voulait comprendre comment les messages diffusés influencent les individus et la
société.
Son modèle est basé sur une phrase simple qui résume tout le processus de communication:
« Qui dit quoi, par quel canal, à qui, et avec quel effet ? »
Cette formule permet de décomposer toute situation de communication en cinq éléments
essentiels :
1. Qui ? → l’émetteur, c’est la personne ou l’organisation qui produit le message.
Exemple : un journaliste, un professeur, un politicien, une entreprise...
2. Dit quoi ? → le message, c’est le contenu transmis.
Exemple : une information, une idée, une publicité, une consigne.
3. Par quel canal ? → le moyen de communication utilisé.
Exemple : la parole, la télévision, Internet, un journal, une affiche...
4. À qui ? → le récepteur ou le public cible.
Exemple : les téléspectateurs, les étudiants, les électeurs, les consommateurs...
5. Avec quel effet ? → les résultats produits par le message.
Exemple : informer, convaincre, influencer, faire acheter, modifier une opinion...
Ce modèle peut se représenter de manière linéaire ainsi :
Émetteur → Message → Canal → Récepteur → Effet
2. Le modèle informationnel de Claude Shannon & Warren Weaver (1949)
Issu des recherches en ingénierie électrique, ce modèle apparaît dans The Mathematical
Theory of Communication (1949). Il décrit la transmission optimale de l’information dans
les systèmes techniques.
2
Pr. [Link]
Selon ce modèle, communiquer, c’est faire passer un message d’une personne (ou d’une
machine) à une autre à travers un canal.
Shannon et Weaver décrivent la communication comme une suite d’étapes précises:
1. La source d’information : c’est la personne ou l’appareil qui produit le message à
transmettre.
2. L’émetteur : il transforme ce message en signaux compréhensibles pour le canal
(par exemple, la voix humaine ou un appareil d’émission).
3. Le canal : c’est le moyen par lequel le message circule (l’air, le câble, les ondes,
Internet...).
4. Le bruit : ce sont toutes les perturbations qui peuvent altérer le message (bruits
extérieurs, mauvaise connexion, inattention, mauvaise prononciation...).
5. Le récepteur : il capte les signaux et les transforme à nouveau en message (par
exemple, l’oreille, un téléphone ou un ordinateur).
6. La destination: c’est la personne qui reçoit et interprète le message.
Ce schéma montre que la communication est un processus linéaire, c’est-à-dire qu’elle va
dans un seul sens : du point de départ vers le point d’arrivée.
Par exemple, lorsqu’un professeur parle à ses élèves, il est la source et l’émetteur, la voix
est le canal, le bruit peut venir du brouhaha dans la classe, et les élèves sont les récepteurs
qui reçoivent et comprennent (ou non) le message.
Ce modèle a apporté des notions importantes comme le codage et le décodage du message,
le rôle du canal et la notion de bruit.
Cependant, il a aussi des limites : il ne tient pas compte des émotions, de la culture, du
contexte ou du fait que le récepteur peut réagir et influencer l’émetteur.
3
Pr. [Link]
C’est donc un modèle utile pour comprendre la transmission technique de l’information,
mais insuffisant pour expliquer la communication humaine dans toute sa complexité.
3. Le modèle cybernétique de Norbert Wiener (1948)
Le modèle de Norbert Wiener, mathématicien américain, a été présenté en 1948 dans son
ouvrage célèbre Cybernetics: Control and Communication in the Animal and the Machine.
Il marque une étape importante dans l’histoire de la communication, car il introduit une
idée nouvelle : la rétroaction (ou feedback en anglais).
Wiener s’intéresse à la manière dont les systèmes vivants et les machines communiquent
et se régulent pour fonctionner correctement.
Il explique que toute communication efficace repose sur un échange continu
d’informations dans les deux sens, c’est ce qu’il appelle la boucle de rétroaction.
Principe général
Contrairement aux modèles précédents (comme celui de Shannon ou de Lasswell) qui sont
linéaires et vont seulement de l’émetteur vers le récepteur,
le modèle de Wiener est circulaire et interactif :
le récepteur renvoie un message de réponse à l’émetteur pour lui indiquer qu’il a bien reçu
et compris le message.
C’est ce retour d’information qui permet à la communication de s’ajuster, se corriger et
s’améliore
Émetteur Message Récepteur
Rétroaction (feed-back)
Rétroaction (feed-back)
4
Pr. [Link]
Le message circule d’abord du haut vers le bas (de l’émetteur vers le récepteur),
puis un retour d’information circule dans le sens inverse (du récepteur vers l’émetteur).
Ce processus crée un échange dynamique et continu.
4. Le modèle de la réseautique informatique
Le modèle de la réseautique informatique est un modèle plus moderne de la
communication.
Il s’inspire directement du fonctionnement des réseaux informatiques et des technologies
de l’information (Internet, courriels, visioconférences, etc.).
Il permet de comprendre comment la communication fonctionne dans les systèmes
numériques, mais aussi de faire le parallèle avec les échanges humains
Principe general
Dans les réseaux informatiques, la communication suit toujours une organisation précise.
Avant qu’un message soit envoyé, une connexion doit être établie entre les deux appareils.
Ensuite, le message est transmis sous forme de données (bits, paquets, signaux…).
Enfin, la communication se termine par une déconnexion, quand l’échange est fini.
Ainsi, le modèle de la réseautique informatique repose sur trois grandes phases :
1. Phase de mise en contact (connexion) :
Les deux interlocuteurs — ou deux systèmes — établissent un lien.
Cela peut être, par exemple, le moment où l’on décroche le téléphone, où l’on se
connecte à une visioconférence, ou encore quand on dit « Bonjour » à quelqu’un.
2. Phase d’échange ou de transmission :
C’est le moment où le message circule.
Dans les systèmes informatiques, il s’agit de l’envoi de données à travers un
réseau (comme Internet).
Dans la communication humaine, c’est la phase où les deux personnes parlent,
échangent, réagissent.
3. Phase de clôture (déconnexion) :
La communication se termine.
Dans un réseau, c’est la fin de la session de données.
Dans une conversation humaine, c’est le moment où l’on dit « au revoir » ou
quand l’échange prend naturellement fin.
Schéma simplifié:
[Connexion] → [Transmission du message] → [Clôture / Déconnexion]
Ce modèle illustre bien que toute communication ; qu’elle soit entre machines ou entre
humains ; suit un cycle complet avec un début, un déroulement et une fin.
5
Pr. [Link]
Synthèse comparative des modèles :
• Lasswell (1948) ( Linéaire) : décrit les acteurs, pas de rétroaction.
• Shannon & Weaver (1949) ( Informationnel ) : introduit codage, bruit, canal.
• Wiener (1948) (Circulaire): introduit la rétroaction et la régulation.
• Réseautique (Technologique) : phases structurées, mais peu humaines.
V. Les enjeux de la communication
La communication ne consiste pas seulement à transmettre des informations.
Elle répond à des besoins humains profonds : s’exprimer, être compris, exister aux yeux
des autres, créer du lien, influencer, ou encore défendre une position.
Selon les travaux de Mucchielli et Lipianksy, on peut distinguer cinq grands types d’enjeux
qui interviennent dans tout acte de communication.
Ces enjeux s’entrecroisent et influencent la manière dont nous parlons, écoutons et
réagissons.
1. Les enjeux informatifs
L’enjeu informatif correspond à la fonction la plus évidente de la communication:
transmettre ou obtenir une information.
L’objectif principal est de faire circuler des connaissances, des faits, des données ou des
instructions.
C’est le type d’enjeu qu’on retrouve dans l’enseignement, les médias, la recherche
scientifique ou le monde professionnel.
Exemple :
Un professeur explique une notion, un médecin informe son patient sur un traitement, une
entreprise diffuse une note interne.
• L’efficacité dépend ici de la clarté du message et de la bonne compréhension par
le récepteur.
2. Les enjeux relationnels
Cet enjeu concerne la qualité du lien entre les interlocuteurs.
Communiquer, c’est aussi entrer en relation: établir, entretenir ou rompre un contact.
Au-delà du contenu du message, il s’agit souvent de manifester une intention relationnelle:
respect, autorité, amitié, séduction, empathie, etc.
Exemple :
Lorsqu’un enseignant félicite un élève, il renforce la relation.
Inversement, un ton agressif ou une remarque sèche peut la détériorer.
• L’enjeu relationnel joue un rôle majeur dans la communication interpersonnelle,
car il influence la réceptivité du message.
Un message bien formulé peut être rejeté si la relation est dégradée.
6
Pr. [Link]
3. Les enjeux identitaires
L’enjeu identitaire renvoie au besoin de reconnaissance et à la construction de soi.
Chaque fois que nous communiquons, nous cherchons, consciemment ou non, à affirmer
notre identité, notre statut, notre rôle ou nos valeurs.
Nous voulons être perçus d’une certaine manière : compétent, aimable, crédible, fort,
juste, etc.
Exemple :
Un étudiant qui participe activement en classe veut être vu comme sérieux ;
un manager qui fait un discours cherche à affirmer son leadership.
• La communication devient ici un outil de valorisation de soi, mais aussi un moyen
de reconnaissance mutuelle.
Mal comprise, elle peut menacer l’identité de l’autre et provoquer des tensions
(ex. : critiques humiliantes, jugements).
4. Les enjeux territoriaux
L’enjeu territorial concerne la maîtrise de l’espace symbolique ou réel dans la
communication.
Il s’agit de délimiter son territoire personnel, professionnel ou émotionnel, et de faire
respecter cette frontière.
Cela peut se traduire par la gestion de son espace physique (distance, regard, posture),
mais aussi symbolique (idées, compétences, autorité).
Exemple :
Lors d’une réunion, un cadre peut défendre son domaine de responsabilité face à un
collègue ;
dans une conversation, une personne peut interrompre pour "reprendre la parole",
affirmant ainsi son espace d’expression.
• Ces enjeux apparaissent souvent dans les conflits de pouvoir, les situations
hiérarchiques, ou les interactions professionnelles.
5. Les enjeux conatifs
L’enjeu conatif concerne la volonté d’agir sur l’autre.
Communiquer, c’est souvent vouloir influencer, convaincre, séduire ou motiver.
C’est le cœur de la communication persuasive, présente dans la publicité, la politique, la
pédagogie ou la négociation.
Exemple :
Un politicien cherche à persuader ses électeurs,
un enseignant veut motiver ses élèves à apprendre,
un parent essaie d’inciter son enfant à adopter un bon comportement.
7
Pr. [Link]
• Cet enjeu repose sur des techniques de rhétorique, de crédibilité (ethos), de
logique (logos) et d’émotion (pathos).
C’est un enjeu puissant mais parfois délicat, car influencer peut vite se
transformer en manipulation si les intentions ne sont pas claires.
6. Interdépendance des enjeux
Dans la réalité, ces cinq enjeux ne sont jamais isolés.
Ils s’entremêlent dans chaque acte de communication.
Par exemple, un professeur (enjeu informatif) cherche aussi à être respecté (enjeu
identitaire), à créer un bon climat (relationnel), à garder le contrôle de la classe (territorial)
et à motiver ses élèves (conatif).
Une communication réussie consiste donc à équilibrer ces enjeux, selon la situation, le
contexte et les objectifs.
Conclusion
La communication est un processus fondamental, complexe et multidimensionnel. Elle ne
se limite pas à la transmission d’informations, mais implique des interactions, des
interprétations et des régulations. Comprendre la communication, c’est comprendre les
dynamiques humaines et sociales dans leur globalité.