Équations Non Linéaires: Chapitre 2
Équations Non Linéaires: Chapitre 2
2.1 Introduction
Le numéricien est souvent confronté à la résolution d’équations algébriques
de la forme :
f (x) = 0 (2.1)
et ce, dans toutes sortes de contextes. Introduisons dès maintenant la termi-
nologie qui nous sera utile pour traiter ce problème.
Définition 2.1
Une valeur de x solution de f (x) = 0 est appelée une racine ou un zéro de
la fonction f (x) et est notée r.
10
-2
-2 -1,5 -1 -0,5 0 0,5 1 1,5 2
x1 xm x2
0,5
-0,5
-1
-1,5
-2
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8 2
x1 xm x2
1
0,8
0,6
0,4
0,2
0
-0,2
-0,4
-0,6
-0,8
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
x1 xm x2
0,2
0,1
0
-0,1
-0,2
-0,3
-0,4
-0,5
-0,6
-0,7
0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1
x1 xm x2
L’expression :
|x2 − x1 |
2|xm |
est une approximation de l’erreur relative. En effet, à l’étape 3 de l’algorithme
de la bissection, la racine recherchée est soit dans l’intervalle [x1 , xm ] ou dans
l’intervalle [xm , x2 ], qui sont tous deux de longueur (x2 −x1 )/2, ce qui constitue
une borne supérieure de l’erreur absolue. En divisant par xm , on obtient une
approximation assez fiable de l’erreur relative.
Remarque 2.3
Dans l’algorithme précédent, il faut prendre garde au cas où la racine recherchée
est 0. Il y a alors risque de division par 0 au cours de l’évaluation de l’erreur
relative. Ce cas est toutefois rare en pratique.
Remarque 2.4
Il est parfois utile d’introduire un critère d’arrêt sur la valeur de f (x), qui doit
tendre également vers 0.
Exemple 2.5
La fonction f (x) = x3 + x2 − 3x − 3 possède un zéro dans l’intervalle [1 , 2].
En effet :
f (1) × f (2) = −4,0 × 3,0 = −12,0 < 0
On a alors xm = 1,5 et f (1,5) = −1,875. L’intervalle [1,5 , 2] possède encore
un changement de signe, ce qui n’est pas le cas pour l’intervalle [1 , 1,5]. Le
nouvel intervalle de travail est donc [1,5 , 2], dont le point milieu est xm = 1,75.
Puisque f (1,75) = 0,171 87, on prendra l’intervalle [1,5 , 1,75] et ainsi de suite.
Le tableau suivant résume les résultats.
Équations non linéaires 53
Exemple 2.6
Dans l’exemple précédent, L = 2,0 − 1,0. Si l’on veut une erreur absolue plus
petite que 0,5 × 10−2 , ce qui revient à s’assurer que le chiffre des centièmes est
significatif, il faut effectuer au moins :
1 ,0
( )
ln 0,5×10−2
= 7,64 itérations
ln 2
On fera donc 8 itérations pour s’assurer de cette précision. On peut aisément
vérifier qu’après 8 itérations l’erreur maximale liée à xm est de 0,003 906 25 et
que la véritable erreur est 0,001 582.
Exemple 2.7 √
On souhaite calculer 2 avec une calculatrice dotée seulement des 4 opérations
élémentaires. Cela revient à résoudre :
x2 − 2 = 0
Cette fonction présente un changement de signe dans l’intervalle [1 , 2]. L’al-
gorithme de la bissection donne les résultats suivants.
Définition 2.10
Un point fixe d’une fonction g(x) est une valeur de x qui reste invariante
pour cette fonction, c’est-à-dire toute solution de :
x = g(x) (2.4)
x1 x2
x1 x2
x1 x2
à partir d’une valeur estimée initiale x0 . L’intérêt de cet algorithme réside dans
sa généralité et dans la relative facilité avec laquelle on peut en faire l’analyse
de convergence. Il en résulte l’algorithme plus complet suivant.
Exemple 2.12
Commençons par un exemple simple. On cherche à résoudre l’équation du
second degré x2 − 2x − 3 = 0. Il n’est pas nécessaire de recourir aux méthodes
numériques pour résoudre ce problème, dont les deux solutions sont r1 = 3
et r2 = −1. Cet exemple permet cependant de mieux comprendre ce qui se
passe lorsqu’on utilise l’algorithme des points fixes. Puisqu’il y a une infinité
de façons différentes de transformer cette équation sous la forme x = g(x),
nous en choisissons trois au hasard.
√
x = 2x + 3 = g1 (x) (en isolant x2 )
3
x = = g2 (x) (en écrivant x(x − 2) − 3 = 0) (2.6)
x−2
x2 − 3
x = = g3 (x) (en isolant le x de −2x)
2
Si l’on applique l’algorithme des points fixes à chacune des fonctions gi (x) en
partant de x0 = 4, on obtient pour g1 (x) :
Équations non linéaires 57
√
x1 = g1 (4) = 2×4+3 = 3,316 6248
√
x2 = g1 (3,316 6248) = 2 × 3,316 6248 + 3 = 3,103 7477
√
x3 = g1 (3,103 7477) = 2 × 3,103 7477 + 3 = 3,034 3855
√
x4 = g1 (3,034 3855) = 2 × 3,034 3855 + 3 = 3,011 4402
.. .. .. ..
. . .√ .
x10 = g1 (3,000 0470) = 2 × 3,000 0470 + 3 = 3,000 0157
L’algorithme semble donc converger vers la racine r1 = 3. Reprenons l’exercice
avec g2 (x), toujours en partant de x0 = 4 :
3
x1 = g2 (4) = = 1,5
4−2
3
x2 = g2 (1,5) = = −6,0
1,5 − 2
3
x3 = g2 (−6,0) = = −0,375
−6,0 − 2
3
x4 = g2 (−0,375) = = −1,263 1579
−0,375 − 2
.. .. .. ..
. . . .
3
x10 = g2 (−0,998 9841) = = −1,000 3387
−0,998 9841 − 2
On remarque que, contrairement au cas précédent, les itérations convergent
vers la racine r2 = −1 en ignorant la racine r1 = 3. En dernier lieu, essayons
l’algorithme avec la fonction g3 (x) :
(4)2 − 3
x1 = g3 (4) = = 6,5
2
(6,5)2 − 3
x2 = g3 (6,5) = = 19,625
2
(19,625)2 − 3
x3 = g3 (19,625) = = 191,0703
2
(191,0703)2 − 3
x4 = g3 (191,0703) = = 18 252,43
2
... ... ..
. ...
Visiblement, les itérations tendent vers l’infini et aucune des deux solutions
possibles ne sera atteinte.
Cet exemple montre clairement que l’algorithme des points fixes, selon le
choix de la fonction itérative g(x), converge vers l’une ou l’autre des racines et
peut même diverger complètement dans certains cas. Il faut donc une analyse
plus fine afin de déterminer dans quelles conditions la méthode des points fixes
est convergente.
58 Chapitre 2
Définition 2.13
Le taux de convergence d’une méthode des points fixes est donné par |g ′ (r)|.
Définition 2.14
On dit qu’une méthode des points fixes converge à l’ordre p si :
Remarque 2.15
Si |g ′ (r)| < 1 et |g ′ (r)| =
̸ 0, la méthode des points fixes converge à l’ordre 1.
Si |g ′ (r)| = 0 et |g ′′ (r)| =
̸ 0, on a une convergence quadratique ; si |g ′ (r)| =
′′ ′′′
|g (r)| = 0 et |g (r)| ̸= 0, la convergence est d’ordre 3 ; et ainsi de suite.
Remarque 2.16
La convergence d’une méthode des points fixes est également assujettie au
choix de la valeur initiale x0 . En effet, un mauvais choix de x0 peut résulter
en un algorithme divergent même si la condition 2.11 est respectée.
Définition 2.17
Le bassin d’attraction de la racine r pour la méthode des points fixes xn+1 =
g(xn ) est l’ensemble des valeurs initiales x0 pour lesquelles xn tend vers r
lorsque n tend vers l’infini.
ses connaissances pour estimer x0 . Par exemple, si la racine que l’on cherche
correspond à une longueur ou à une concentration, il serait peu raisonnable de
prendre une valeur négative de x0 . Très souvent, le simple bon sens permet de
choisir x0 avec succès.
Définition 2.18
Un point fixe r de la fonction g(x) est dit attractif si :
|g ′ (r)| < 1
et répulsif si :
|g ′ (r)| > 1
Le cas où |g ′ (r)| = 1 est indéterminé.
Exemple 2.19
Considérons la fonction g(x) = x2 qui possède les points fixes x = 0 et x = 1.
Ce dernier est répulsif, car la dérivée de g(x) (2x) vaut 2 en x = 1. Le seul
point fixe intéressant est donc x = 0. La méthode des points fixes engendre, à
partir de la valeur initiale x0 , la suite :
x0 , x20 , x40 , x80 , x16 32
0 , x0 ···
Cette suite convergera vers 0 seulement si x0 ∈ ] − 1 , 1[. Ce dernier intervalle
constitue donc le bassin d’attraction de ce point fixe. Toute valeur de x0 choisie
à l’extérieur de cet intervalle résultera en un algorithme divergent.
Remarque 2.20
Dans le cas d’un point fixe répulsif, le bassin d’attraction se réduit à peu de
choses, le plus souvent à l’ensemble {r} constitué d’un seul point.
Théorème 2.21
Soit g(x), une fonction continue dans l’intervalle I = [a, b] et telle que g(x) ∈ I
pour tout x dans I. Si de plus g ′ (x) existe et si :
|g ′ (x)| ≤ k < 1
pour tout x dans l’intervalle ouvert (a, b), alors tous les points x0 de l’intervalle
I appartiennent au bassin d’attraction de l’unique point fixe r de I. ⋆
Remarque 2.22
Il est possible que la méthode des points fixes converge dans le cas où :
|g ′ (r)| = 1
Équations non linéaires 61
Il s’agit d’un cas limite intéressant. Nous verrons plus loin un exemple de cette
situation. La convergence dans ce cas est au mieux extrêmement lente, car le
taux de convergence est près de 1.
Exemple 2.23
Revenons aux trois fonctions gi (x) de l’exemple précédent. On veut s’assurer
que la condition 2.11 se vérifie à l’une ou l’autre des racines r1 = 3 et r2 = −1.
On doit d’abord calculer les dérivées :
1 −3
g1′ (x) = √ , g2′ (x) = , g3′ (x) = x
2x + 3 (x − 2)2
Taux de convergence
r1 = 3 r2 = −1
g1′ (r) 0,333 33 1
g2′ (r) −3 −0,333 33
g3′ (r) 3 −1
Ce tableau aide à comprendre les résultats obtenus précédemment. La
méthode des points fixes appliquée à g1 (x) a convergé vers r1 = 3, puisque
g1′ (3) < 1. De même, avec g2 (x), la méthode des points fixes ne peut converger
vers r1 = 3, car la dérivée de g2 (x) en ce point est plus grande que 1. Les itéra-
tions ignorent r1 et convergent vers r2 , où la valeur de la dérivée est inférieure
à 1.
Enfin, la fonction g3 (x) a également une dérivée plus grande que 1 en
r1 . L’analyse de la convergence autour de r2 = −1 est plus subtile. En effet,
puisque g3′ (x) = x, on constate que la valeur absolue de la dérivée est inférieure
à 1 à droite de r2 et supérieure à 1 à gauche de r2 . De plus, cette dérivée est
négative, ce qui signifie que la méthode des points fixes oscillera de part et
d’autre de la racine. À une itération, la pente g ′ (xn ) sera inférieure à 1 et, à
l’itération suivante, la pente g ′ (xn+1 ) sera supérieure à 1 en valeur absolue.
On en conclut que l’algorithme des points fixes s’approchera légèrement de
r2 à une itération et s’en éloignera à la suivante. En un mot, l’algorithme
piétinera. On peut vérifier ce raisonnement en effectuant les itérations à partir
de x0 = −0,95. On obtient après 10 000 itérations la valeur x10 000 = −0,986 36,
ce qui signifie que la convergence est extrêmement lente.
Exemple 2.24
Considérons la fonction g(x) = x2 + 41 dont l’unique point fixe est 21 . On a bien
sûr g ′ (x) = 2x, qui vaut précisément 1 en 12 . En partant de x0 = 41 , on obtient
la valeur 0,499 009 5 après 1000 itérations et donc une convergence très lente.
Cela s’explique par le fait que la dérivée de g(x) est légèrement inférieure à 1
pour les valeurs de x inférieures à 12 et que les résultats des itérations restent
toujours inférieurs à 21 . Par contre, en partant de x0 = 0,51, l’algorithme
62 Chapitre 2
Exemple 2.25
On considère la résolution de e−x − x = 0, que l’on transforme en un problème
de points fixes x = e−x . En partant de x0 = 0 et en posant en = xn −r, l’erreur
à l’étape n, on obtient le tableau suivant.
y = g(x) y=x
x0 x1 x2x3 r
y=x
y = g(x)
x0 x2 x4 r x 5 x3 x1
y = g(x) y=x
r x0x1 x2 x3
Remarque 2.26
Le calcul de la suite en = xn − r permettant d’obtenir la dernière colonne
du tableau précédent requiert bien entendu de connaître la racine r et donc
d’avoir complété les itérations jusqu’à convergence. On peut cependant éviter
cela en procédant comme suit. Puisque :
en+1 ≃ g ′ (r)en
et :
en+2 ≃ g ′ (r)en+1
on a immédiatement en divisant que :
en+2 en+1
≃
en+1 en
c’est-à-dire :
xn+2 − r xn+1 − r
≃
xn+1 − r xn − r
En isolant r, on trouve facilement que :
xn+2 xn − x2n+1
r≃
xn+2 − 2xn+1 + xn
qui est une formule numériquement instable. On lui préférera l’expression équi-
valente :
(xn+1 − xn )2
r ≃ xn − (2.13)
xn+2 − 2xn+1 + xn
Partant de là, on a donc également :
en+1 xn+1 − r xn+1 − xn+2 En+1
= ≃ =
en xn − r xn − xn+1 En
En = xn − xn+1
On peut ainsi calculer les écarts En sans connaître la valeur de r. On peut donc
remplacer la colonne en+1en par la colonne EEn+1
n
. De même, nous utiliserons
Équations non linéaires 65
en+1
un peu plus loin des rapports de la forme (en )k
que nous pourrons, au besoin,
En+1
remplacer par (E n)
k . Reprenons l’exemple précédent en nous basant cette fois
(x1 − x0 )2
r ≃= x0 − (2.14)
x2 − 2x1 + x0
La relation 2.14 est dite formule d’extrapolation d’Aitken et permet d’obtenir
à partir de x0 , x1 et x2 une meilleure approximation du point fixe r. Cela
peut résulter en un algorithme qui accélère grandement la convergence d’une
méthode des points fixes. C’est l’algorithme de Steffenson.
– x2 = g(x1 )
(x1 − x0 )2
– x e = x0 −
x2 − 2x1 + x0
|xe − x0 |
5. Si < ϵa :
|xe |
– convergence atteinte
– écrire la solution xe
– arrêt
6. Si le nombre maximal d’itérations N est atteint :
– convergence non atteinte en N itérations
– arrêt
7. x0 = xe et retour à l’étape 4
N
Exemple 2.28
Reprenons l’exemple précédent de la méthode des points fixes :
(1 − 0)2
xe = 0 − = 0,612 6998
0,367 8794 − 2(1) + 0
f (x) = 0
f (x0 )
δx = −
f ′ (x0 )
3. Sir Isaac Newton (1642-1727) fut l’un des plus brillants esprits de son époque. Ses
contributions en mathématiques, en optique et en mécanique céleste en ont fait l’un des plus
célèbres mathématiciens de tous les temps.
68 Chapitre 2
Exemple 2.30
On cherche à résoudre l’équation f (x) = e−x − x = 0. Pour utiliser la méthode
de Newton, calculons la dérivée de cette fonction, qui est f ′ (x) = −e−x − 1.
L’algorithme se résume à :
f (xn ) e−xn − xn
xn+1 = xn − = x n −
f ′ (xn ) −e−xn − 1
Les résultats sont compilés dans le tableau suivant à partir de x0 = 0.
Méthode de Newton : f (x) = e−x − x
en+1
n xn |en | en
0 0,000 0000 0,5671 × 10+0 0,1183 × 10+0
1 0,500 0000 0,6714 × 10−1 0,1239 × 10−1
2 0,566 3110 0,8323 × 10−3 0,1501 × 10−3
3 0,567 1432 0,1250 × 10−6 ≃0
4 0,567 1433 0,4097 × 10−9 —
(x0 , f (x0 ))
(x1 , f (x1 ))
(x2 , f (x2 ))
0
x0 x1 x2 r
Figure 2.4 – Interprétation géométrique de la méthode de Newton
valeur initiale x0 et le point (x0 , f (x0 )) qui est sur la courbe. La droite tangente
à la courbe en ce point est de pente f ′ (x0 ) et a pour équation :
y = f (x0 ) + f ′ (x0 )(x − x0 )
qui correspond au développement de Taylor de degré 1 autour de x0 . Cette
droite coupe l’axe des x en y = 0, c’est-à-dire en :
f (x0 )
x1 = x 0 −
f ′ (x0 )
qui devient la nouvelle valeur estimée de la solution. On reprend ensuite le
même raisonnement à partir du point (x1 , f (x1 )) et ainsi de suite.
Remarque 2.31
Il faut noter que, dans le cas où f ′ (r) est également nul, le résultat précé-
dent n’est plus vrai dans la mesure où g ′ (r) pourra être différent de 0. Nous
étudierons cette question en détail un peu plus loin.
Le tableau précédent est encore une fois très instructif. On remarque que en
tend vers 0 et que le rapport en+1
en tend aussi vers 0 (c’est-à-dire vers g ′ (r),
qui est 0 dans ce cas). De plus, le rapport en+1
e2n
tend vers à peu près 0,3535.
Encore une fois, ce nombre n’est pas arbitraire et correspond à :
√
f ′′ (r) f ′′ ( 2) 1
′
= √ = √ ≃ 0,353 553
2f (r) ′
2f ( 2) 2 2
en vertu de la relation 2.17.
Équations non linéaires 71
Remarque 2.33
Tout comme c’était le cas avec la méthode des points fixes, la convergence de la
méthode de Newton dépend de la valeur initiale x0 . Malgré ses belles propriétés
de convergence, une mauvaise valeur initiale peut provoquer la divergence de
cette méthode.
Exemple 2.34
Au chapitre précédent, nous avons vu comment un ordinateur utilise une ap-
proximation rationnelle pour évaluer la fonction exponentielle. Nous allons
maintenant voir comment l’ordinateur évalue les racines carrées. C’est la mé-
thode de Newton qui est à la base de l’algorithme. Par souci d’efficacité, il est
toutefois nécessaire d’introduire quelques étapes intermédiaires. On pourrait
en effet se servir de la méthode de Newton pour résoudre :
x2 − q = 0
√
ce qui permettrait d’évaluer q pour q > 0. La √difficulté est de fournir une
valeur initiale x0 qui soit suffisamment près de q pour que la méthode de
Newton converge très rapidement. Cela est très difficile si l’on considère tout
l’intervalle [0 , ∞[. On va donc réduire la longueur de l’intervalle de travail.
Nous avons vu au chapitre 1, lors de la représentation des nombres réels en
binaire, que tout nombre q peut s’écrire sous la forme :
q = m × 2N
1
La normalisation de la mantisse m nous assure que 2 ≤ m < 1. On a alors à
distinguer 2 cas :
1. si N est pair, on a :
√ √ N
q= m×22
2. si N est impair, on a :
√
√ m (N +1)
q = √ ×2 2
2
f (x) = x2 − m = 0
L’algorithme de base devient :
(x2 − m)
( )
f (xn ) 1 m
xn+1 = xn − ′
= xn − n = xn +
f (xn ) 2xn 2 xn
72 Chapitre 2
×10−4
2
1,5
0,5
-0,5
-1
-1,5
-2
-2,5
0,5 0,55 0,6 0,65 0,7 0,75 0,8 0,85 0,9 0,95 1
x
√ (
1,029 660 39
)
Figure 2.5 – Fonction x − 1,272 353 67 + 0,242 693 281x − 1+x
1,029 660 39
y = 1,272 353 67 + 0,242 693 281x −
1+x
√
est une bonne approximation de la fonction x mais uniquement dans l’in-
tervalle [ 21 , 1]. C’est ce que l’on peut constater à la figure 2.5 où on a tracé
la différence entre ces 2 fonctions. Cela nous permet d’utiliser cette expression
pour déterminer l’approximation initiale x0 de la racine et de nous assurer ainsi
qu’elle est très près de la racine recherchée puisque l’erreur maximale commise
est de 2,0 × 10−4 . √
Ainsi, si l’on veut calculer par exemple 8,8528, on écrit d’abord que
8,8528 = 0,5533 × 24 . On doit dans un premier temps calculer la racine carrée
de 0,5533. Pour ce faire, on pose :
1,029 660 39
x0 = 1,272 353 67 + (0,242 693 281)(0,5533) − 1+0,5533
= 0,743 750 141 653 6794
8,8528 = 0,743 841 380 940 8563 × 22 = 2,975 365 523 763 425
√
Théorème 2.37
Une racine r est de multiplicité m (où m est un entier) si et seulement si :
Exemple 2.38
La fonction f (x) = x sin x possède une racine de multiplicité 2 en x = 0. En
effet :
f (x) = x sin x
f ′ (x) = sin x + x cos x
f ′′ (x) = 2 cos x − x sin x
et l’on conclut aisément que f (0) = 0 , f ′ (0) = 0 et f ′′ (0) ̸= 0.
h(r)[m(m − 1)h(r) + 0]
g ′ (r) =
m2 (h(r))2
1
g ′ (r) = 1 −
m
On constate maintenant que g ′ (r) = 0 seulement si m = 1, c’est-à-dire
si l’on a une racine simple (de multiplicité 1). La convergence ne sera donc
quadratique que pour les racines simples. Si m ̸= 1, la méthode de Newton
1
converge linéairement avec un taux de convergence de 1 − m . On remarque
aussi que, plus m est grand, plus la convergence est lente, car g ′ (r) est de plus
en plus près de 1.
Exemple 2.39
On considère la résolution de :
f (x) = x3 − 5x2 + 7x − 3 = 0
Équations non linéaires 75
ou plus succinctement :
f (xn )f ′ (xn )
xn+1 = xn − (2.20)
(f ′ (x 2 ′′
n )) − f (xn )f (xn )
76 Chapitre 2
Remarque 2.40
Il existe un autre algorithme qui permet de récupérer la convergence quadra-
tique de la méthode de Newton, mais il exige de connaître à l’avance la mul-
tiplicité m de la racine recherchée. Cela est évidemment très rare en pratique.
On retrouvera cet algorithme dans les exercices de fin de chapitre.
r x 0 x2 x1 x3
Exemple 2.41
Les racines multiples ne sont pas la seule source de difficultés que l’on peut
rencontrer avec la méthode de Newton. Quelques cas pathologiques, comme
celui qu’illustre la figure 2.6, aboutissent à la divergence de l’algorithme. Le
choix de la valeur initiale x0 est primordial, car la convergence de l’algorithme
en dépend fortement. Dans l’exemple de la figure 2.6, une valeur de x0 plus
près de la racine r permettrait de retrouver la convergence.
Équations non linéaires 77
Remarque 2.43
Plusieurs remarques s’imposent au sujet de cet algorithme.
1. La dérivée de f (x) n’apparaît plus dans l’algorithme.
2. Il faut fournir au départ 2 valeurs initiales. C’est ce qu’on appelle un
algorithme à deux pas.
3. On choisit les valeurs initiales le plus près possible de la racine recherchée.
Il n’est cependant pas nécessaire qu’il y ait un changement de signe dans
l’intervalle [x0 , x1 ], comme c’est le cas avec la méthode de la bissection.
78 Chapitre 2
(x0 , f (x0 ))
(x1 , f (x1 ))
(x2 , f (x2 )
(x3 , f (x3 ))
0
x0 x1 x2 x3 r
Figure 2.7 – Interprétation géométrique de la méthode de la sécante
On ne peut pas se servir ici de l’analyse d’erreur élaborée pour les méthodes
des points fixes parce que la méthode de la sécante n’est pas une méthode
des points fixes au sens de l’équation 2.5. Il s’agit d’une méthode à deux pas
puisqu’on a besoin de xn−1 et xn pour calculer xn+1 . L’analyse d’erreur est
cependant similaire si l’on suit l’approche proposée par Gander et Gruntz [19].
En effet, en soustrayant r de chaque côté de la relation 2.21, on trouve :
f (r + en )(en − en−1 )
= en −
f (r + en ) − f (r + en−1 )
en+1 = en −
[ ( ′′ ) ]
f (r) + f ′ (r)en + f 2(r) e2n + · · · (en − en−1 )
[ ( ′′ ) ] [ ( ′′ ) ]
f (r) + f ′ (r)en + f 2(r) e2n · · · − f (r) + f ′ (r)en−1 + f 2(r) e2n−1 · · ·
Équations non linéaires 79
Puisque r est une racine, f (r) = 0 et nous supposerons par la suite que r est
une racine simple (f ′ (r) ̸= 0), mais aussi que f ′′ (r) ̸= 0. On a ainsi :
[ ( ′′ ) ]
f ′ (r)en + f 2(r) e2n + · · · (en − en−1 )
en+1 = en − [ ( ′′ ) ]
f ′ (r)(en − en−1 ) + f 2(r) (e2n − e2n−1 ) + · · ·
[ ( ′′ ) ]
f ′ (r)en + f 2(r) e2n + · · ·
= en − [ ( ′′ ) ]
f ′ (r) + f 2(r) (en + en−1 ) + · · ·
[( ) ]
f ′′ (r)
2 en en−1 + · · ·
= [ ( ′′ ) ]
f ′ (r) + f 2(r) (en + en−1 ) + · · ·
Exemple 2.44
On cherche à résoudre :
e−x − x = 0
que nous avons déjà abordé par d’autres méthodes. En prenant x0 = 0 et
x1 = 1, on trouve à la première itération :
(e−x1 − x1 )(x1 − x0 )
x 2 = x1 −
(e−x1 − x1 ) − (e−x0 − x0 )
(e−1 − 1)(1 − 0)
= 1− = 0,612 6998
(e−1 − 1) − (e0 − 0)
Les résultats sont compilés dans le tableau suivant.
Méthode de la sécante : f (x) = e−x − x
en+1 en+1 en+1
n xn |en | en eα e2n
n
0 0,000 0000 0,5671 × 10+0 0,7632 × 10+0 1,0835 1,342
1 1,000 0000 0,4328 × 10+0 0,1052 × 10+0 0,1766 0,243
2 0,612 6998 0,4555 × 10−1 0,7254 × 10−1 0,4894 1,592
3 0,563 8384 0,3305 × 10−2 0,8190 × 10−2 0,2796 2,478
4 0,567 1704 0,2707 × 10−4 0,6134 × 10−3 0,4078 22,66
5 0,567 1433 0,1660 × 10−7 ≃0 — —
6 0,567 1433 ≃0 — — —
en+1
La chose la plus importante à remarquer est que le rapport en tend vers
en+1
0, mais que le rapport e2n
tend vers l’infini, ce qui confirme que l’ordre de
convergence se trouve
√ quelque part entre 1 et 2. On remarque que le quotient
en+1 (1+ 5)
eα , où α = 2 est le nombre d’or, semble se stabiliser autour de 0,4
n
bien que la précision soit insuffisante pour être plus affirmatif. Il semble bien
que cette suite ne tende √ni vers 0 ni vers l’infini, ce qui confirme que l’ordre de
convergence est bien 1+2 5 ≃ 1,618.
2.6 Applications
Nous présentons dans cette section quelques exemples d’applications des
méthodes numériques vues dans ce chapitre à des problèmes d’ingénierie. Chaque
problème est brièvement décrit de manière à donner une idée assez précise du
contexte, sans toutefois s’attarder sur les détails.
Équations non linéaires 81
c’est-à-dire :
1 − cos(βL) cosh(βL) = 0 (2.28)
Équations non linéaires 83
Les seules valeurs intéressantes de β sont celles qui vérifient cette équation non
linéaire. On est amené à rechercher les racines de la fonction :
Cette fonction varie fortement, car cosh x prend des valeurs très grandes
tandis que cos x oscille du positif au négatif. Pour simplifier le traitement nu-
mérique, une bonne stratégie consiste à considérer la fonction :
1 − cos x cosh x 1
f1 (x) = = − cos x
cosh x cosh x
qui possède les mêmes racines que f (x) et qui est illustrée à la figure 2.9.
Heureusement, il est suffisant de trouver les premières racines seulement, qui
1
correspondent aux modes de vibration les plus importants. Puisque cosh(x) tend
vers 0 lorsque x est grand, on peut prendre les racines de la fonction cos(x)
( 3π 5π
2 , 2 , · · · ) comme valeurs de départ de l’algorithme choisi.
On constate aisément à l’aide de la figure qu’il y a un changement de
signe dans les intervalles [3 , 5], [6 , 8] et [10 , 12]. La méthode de la bissection
appliquée à chacun de ces trois intervalles converge vers x1 = 4,730, x2 = 7,853
et x3 = 10,996, correspondant aux trois premiers modes de vibration. On
obtient les valeurs respectives de β en divisant les xi par la longueur L de la
poutre. D’autres méthodes de résolution d’équations non linéaires que nous
avons vues dans ce chapitre auraient pu donner des résultats similaires.
Mesures de viscosité
Taux de cisaillement Viscosité Taux de cisaillement Viscosité
γ̇i (s−1 ) ηi (P a · s) γ̇i (s−1 ) ηi (P a · s)
0,0137 3220,0 0,866 223,0
0,0274 2190,0 1,37 163,0
0,0434 1640,0 2,74 104,0
0,0866 1050,0 4,34 76,7
0,137 766,0 5,46 68,1
0,274 490,0 6,88 58,2
0,434 348,0
1,0
0,5
0,0
-0,5
-1,0
0 2 4 6 8 10 12 14
(1−cos x cosh x)
Figure 2.9 – Fonction f1 (x) = cosh x
primol 355 (voir Carreau, De Kee et Chhabra, réf. [6]). On cherche ensuite à
modéliser cette variation selon une loi aussi simple que possible. Un modèle
très populaire est la loi puissance de la forme :
η = η0 γ̇ β−1 (2.29)
∂F (η0 , β) ∂F (η0 , β)
= =0
∂η0 ∂β
npt
∂F (η0 , β) ∑
= (η0 γ̇iβ−1 − ηi )η0 γ̇iβ−1 ln γ̇i = 0
∂β
i=1
Équations non linéaires 85
10 000
Expérience
Viscosité Modèle
(Pa · s)
1000
100
10
0,01 0,1 1 10
Taux de cisaillement (1/s)
i=1
η0 = npt
(2.30)
γ̇i2β−2
∑
i=1
Il reste donc à trouver β, solution de :
npt
∂F (η0 , β) ∑
f (β) = = (η0 γ̇iβ−1 − ηi )η0 γ̇iβ−1 ln γ̇i = 0
∂β
i=1
où η0 est donné par l’équation 2.30. Il n’est pas facile d’établir la dérivée de
la fonction f (β). Dans le cas présent, la méthode de la sécante est presque
aussi efficace que la méthode de Newton. L’indice de pseudoplasticité β est un
nombre positif compris entre 0 et 1. À partir des valeurs initiales β0 = 0,5 et
β1 = 0,4, la méthode de la sécante a convergé en 4 itérations vers β = 0,3797,
ce qui donne une valeur η0 = 228,34 en vertu de l’équation 2.30.
La figure 2.10 trace les points de mesure de même que la courbe de l’équa-
tion 2.29 pour ces valeurs. On remarque immédiatement que la correspondance
n’est pas parfaite. Nous verrons au prochain chapitre un autre modèle qui colle
davantage aux données rhéologiques, mais qui nécessite la résolution d’un sys-
tème d’équations non linéaires.
Mentionnons enfin que l’on aurait pu simplifier cet exemple en prenant le
logarithme de la loi de puissance 2.29 :
ln η = ln η0 + (β − 1) ln γ̇
L’équation résultante est alors linéaire et beaucoup plus simple à résoudre.
5. La dérivée par rapport à x de af (x) est af (x) f ′ (x) ln a.