Jsuneppf FR
Jsuneppf FR
l’intention des
décideurs
Effets des
pesticides et
des engrais sur
l’environnement
et la santé et solutions
envisageables
pour les réduire
au minimum
Vers
un monde
sans risques
chimiques
Table des matières
Introduction7
Photo credits
©asife/Shutterstock - child biting an apple
©Kym McLeod/Shutterstock - blue fertilizers spilled on grass
©Kaentian Street/Shutterstock - farmer spraying pesticides
Principales conclusions et possibilités
d’actions
Principales conclusions
3 Bien que les pesticides et les engrais offrent de multiples avantages, ils
s’accompagnent, du fait des modes de production et d’utilisation actuels et
prévus et de l’absence d’une gestion efficace, de nombreux effets néfastes sur
l’environnement et la santé tout au long de leur cycle de vie. Cette situation n’est
pas durable.
4 Les pesticides ont des effets aigus et chroniques sur la santé. On estime qu’ils
sont à l’origine de près de 385 millions de cas annuels d’intoxication accidentelle
non mortelle, auxquels viennent s’ajouter environ 11 000 décès. Il existe
également une forte corrélation entre l’exposition professionnelle ou résidentielle
aux pesticides et la survenue de problèmes de santé, notamment de cancers
et d’effets sur les systèmes neurologique, immunologique et reproductif. En
revanche, les rapports indiquent que les risques alimentaires liés aux pesticides
sont limités.
5 Les pesticides et les produits issus de leur dégradation sont omniprésents
dans l’environnement, y compris dans les sols, les eaux de surface et les eaux
souterraines. Ils sont fréquemment détectés à des concentrations dépassant
les normes légales ou environnementales. Leurs effets néfastes ont été
observés chez les abeilles et les ennemis naturels des ravageurs, les populations
d’oiseaux, les organismes aquatiques et la biodiversité.
8 Des progrès ont été accomplis dans le renforcement de la gestion des pesticides
et des engrais, notamment au moyen d’accords internationaux. Toutefois,
ces accords se sont révélés insuffisants pour éliminer entièrement les effets
néfastes sur l’environnement et la santé.
9 Pour bâtir un avenir dans lequel les produits chimiques pourront être utilisés en
toute sécurité et réduire autant que possible les effets néfastes des pesticides
et des engrais, il est nécessaire de mener des actions progressives et porteuses
de transformations qui permettent de s’attaquer aux causes profondes des
problèmes et de faire évoluer la demande du marché, tout en adoptant des
mesures de soutien et de facilitation.
10 Bien qu’ils contribuent déjà à réduire autant que possible les effets néfastes des
pesticides et des engrais, il est nécessaire que les acteurs de la chaîne de valeur
et du système agroalimentaire accroissent encore leur engagement dans ce
domaine en établissant des objectifs et des feuilles de route.
Effets des pesticides et des engrais sur l’environnement et la santé et solutions envisageables pour les réduire au minimum
4 Vers un monde sans risques chimiques
Principales conclusions et possibilités d’actions
Faire appel à des instruments économiques pour donner des chances égales aux
approches et produits plus respectueux de l’environnement
Adopter des approches intégrées et tenant compte de l’ensemble du cycle de vie pour
assurer une gestion rationnelle des pesticides et des engrais
Renforcer les normes et adopter des principes généraux d’action pour la gestion durable
de la chaîne d’approvisionnement
Réduire autant que possible ou éliminer les risques posés par les pesticides extrêmement
dangereux
Faciliter l’adoption du principe de responsabilité élargie des producteurs par tous les
fabricants et négociants de pesticides
5
Actions prioritaires de renforcement de la gestion des engrais et des
nutriments
Veiller à ce que les politiques nationales de contrôle de la qualité des engrais soient
exhaustives
Renforcer les politiques à l’échelle mondiale afin de favoriser l’utilisation durable et sûre
des engrais
Entreprendre à plus grande échelle des formations de toutes les parties prenantes
concernées sur la gestion des engrais et des nutriments
Veiller à ce que des engrais adaptés et d’un coût abordable soient accessibles
Effets des pesticides et des engrais sur l’environnement et la santé et solutions envisageables pour les réduire au minimum
6 Vers un monde sans risques chimiques
Introduction
Nous vivons dans une société mondialisée, où les besoins et les attentes d’une population toujours plus
nombreuse ainsi que les grandes tendances (par ex. l’urbanisation et l’expansion de la classe moyenne
à l’échelle mondiale) régissent la production, le commerce et la consommation de produits agricoles et
d’autres biens et services qui nécessitent l’utilisation de pesticides et d’engrais en grandes quantités.
Contrairement à la plupart des produits chimiques industriels, les pesticides et les engrais (aussi bien
inorganiques qu’organiques) sont délibérément appliqués dans l’environnement pour assurer certaines
fonctions utiles. Cela peut présenter des risques pour l’environnement et la santé. Pourtant, en dépit des
Groupe
consultatif
Parties prenantes, Experts du domaine Rédacteurs
milieux universitaires, Fournissent, examinent Consultants et experts Rapport
OIG et filtrent les désignés provisoire
Fournit des informations informations Rédigent des chapitres
et des orientations
Coordination Équipe de
coordination
PNUE, FAO, OMS,
consultants Examen
Coordonnent des travaux
États membres
Décideurs de certains
pays de différentes
régions
Examinent et contribuent
7
nombreuses études scientifiques publiées, les données font défaut et les connaissances accumulées sur
la question des effets néfastes des pesticides et des engrais au niveau mondial sont insuffisantes.
Pour pallier ces lacunes, l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement a prié le Directeur exécutif,
dans sa résolution 3/4, « de lui présenter, d’ici à sa cinquième session, un rapport sur les effets des
pesticides et des engrais sur l’environnement et la santé et sur les moyens de minimiser ces effets,
compte tenu du manque de données à ce sujet, en collaboration avec l’Organisation mondiale de la
Santé, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et d’autres organisations
compétentes ».
Le présent rapport a été élaboré par le PNUE en étroite collaboration avec la FAO, l’OMS et de nombreux
experts et parties prenantes. Un certain nombre de consultations en présentiel et en ligne ont été
organisées depuis fin 2018 jusqu’à la mi-2020 avec des décideurs de pays de différentes régions, des
experts en matière d’engrais et de pesticides, notamment la Réunion conjointe FAO/OMS sur la gestion
des pesticides, et des spécialistes d’organisations intergouvernementales et non gouvernementales ainsi
que du secteur privé.
Le résumé à l’intention des décideurs présente de façon concise les principales conclusions du rapport et
les mesures envisageables pour faciliter l’examen des politiques mondiales dans le cadre du processus
de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement. Le rapport principal est une publication détaillée
qui peut être consultée sur le site internet du PNUE.
Effets des pesticides et des engrais sur l’environnement et la santé et solutions envisageables pour les réduire au minimum
8 Vers un monde sans risques chimiques
De multiples facteurs, acteurs et
politiques influent sur l’utilisation des
pesticides et des engrais
La population mondiale devrait passer d’environ 7,8 milliards de personnes en 2020 à 9,8 milliards en
2050. Le revenu mondial augmente et l’effectif de la classe moyenne, à l’échelle planétaire, grossit. Sous
l’effet de l’accroissement de la richesse, la consommation individuelle de viande, de graisses raffinées,
de sucres raffinés, d’alcools et d’huiles augmente également, de même que la demande de produits de
consommation tributaires de l’agriculture (par ex. certains textiles). Les pesticides et les engrais sont
donc utilisés en grandes quantités pour fournir une vaste gamme de biens et de services [1]1.
1 Les numéros entre crochets renvoient aux chapitres ou sections de chapitres du rapport principal.
9
Les pesticides et les engrais offrent de nombreux avantages
Les avantages procurés par les pesticides sont, entre autres, la diminution des pertes de récoltes, la
baisse de la prévalence des maladies humaines transmises par des vecteurs, l’allongement de la durée
de conservation des denrées agricoles, l’augmentation des rendements de l’élevage, une moindre
perturbation des sols et une meilleure protection des structures en bois. Les engrais contribuent à
augmenter les rendements des cultures, s’utilisent pour améliorer la qualité des aliments destinés à
la consommation humaine ou animale et réduisent la surface arable nécessaire ainsi que le besoin de
convertir des terres à l’agriculture. [6.2, 7.3, 10.3]
Le marché des pesticides et des engrais connaît un essor ininterrompu. En 2016, environ 4,1 millions de
tonnes2 de substances actives de pesticides ont été utilisées dans le monde, soit le double du volume
consommé en 1990. La valeur totale du marché des pesticides était estimée à quelque 65 milliards de
dollars en 2018. Selon les prévisions, ce marché devrait progresser à un taux composé de croissance
annuelle (TCCA) de 3,7 % entre 2020 et 2025 pour atteindre environ 71 milliards de dollars d’ici 2025. [2.4]
Environ 190 millions de tonnes d’engrais inorganiques ont été utilisées dans l’agriculture en 2018, et la
demande devrait atteindre 197 millions de tonnes d’ici 2024. Les recettes mondiales tirées des ventes
d’engrais inorganiques s’élevaient à environ 151 milliards de dollars en 2018. D’après les projections,
le marché devrait croître à un TCCA de 3,8 % au cours de la période allant de 2020 à 2025. Bien que
des quantités importantes d’engrais organiques soient utilisées, les volumes consommés et la valeur
monétaire des produits ne sont pas répertoriés. [7.2]
L’augmentation de la demande de produits agricoles, notamment dans les pays à revenu intermédiaire,
façonne la structure du commerce de plantes cultivées et de produits dérivés de celles-ci et influe, de ce
fait, sur l’utilisation de pesticides et d’engrais dans les pays exportateurs. Depuis le début des années
2000, le commerce de produits agricoles a plus que triplé pour atteindre 1 330 milliards de dollars.
La géographie des flux commerciaux mondiaux de produits alimentaires a évolué et s’est déplacée
principalement vers le commerce Sud-Sud, qui représente actuellement environ un quart du total des flux
commerciaux agricoles. [1]
Les préoccupations grandissantes que suscitent les effets sur l’environnement et la santé ont
conduit à un durcissement des réglementations
Les préoccupations du public au sujet des effets des produits chimiques sur l’environnement et la
santé (ainsi que les progrès réalisés qui permettent de mieux appréhender scientifiquement les risques
chimiques) ont conduit à un durcissement des lois et réglementations régissant l’homologation et
l’utilisation des pesticides et des engrais dans les pays à revenu élevé, ce sur lequel les pays à faible
revenu et à revenu intermédiaire devraient s’aligner. [3.2, 3.3, 3.4, 8.4]
L’agriculture durable est en plein essor, mais ne couvre qu’une petite partie des terres
cultivées
Alors que l’utilisation de normes volontaires de durabilité dans le secteur agricole continue de progresser,
on estime que seulement 1 % environ de l’ensemble des cultures sont certifiées. Les cultures qui ont
tendance à être certifiées à un taux relativement élevé comprennent les marchandises principales
Effets des pesticides et des engrais sur l’environnement et la santé et solutions envisageables pour les réduire au minimum
10 Vers un monde sans risques chimiques
De multiples facteurs, acteurs et politiques influent sur l’utilisation des pesticides et des engrais
comme le café, le cacao, le thé et l’huile de palme. Les aliments de base tels que le maïs, le riz et le blé
sont rarement certifiés. [2.7]
Les pesticides et les engrais font l’objet d’importants accords et politiques de portée
mondiale
Les effets néfastes des pesticides et des engrais sont directement ou indirectement pris en considération
dans les accords et politiques de portée mondiale qui ont pour objet de protéger la santé humaine et
l’environnement. Parmi ceux-ci, il convient de citer : [3.2, 8.1]
D’autres instruments de politique internationale peuvent également servir les objectifs en matière
de gestion des pesticides et des engrais. Ce sont notamment les initiatives et politiques qui visent à
promouvoir l’utilisation rationnelle des ressources, une économie circulaire et des modes de production
et de consommation durables. [3.2, 8.2]
Des facteurs directs et locaux influent également sur l’utilisation des pesticides et des engrais
Au-delà des tendances et des politiques d’ordre général, des facteurs plus directs peuvent avoir des
incidences, positives ou négatives, sur l’utilisation de pesticides et d’engrais. Ces facteurs peuvent être
agronomiques, économiques, réglementaires, ou déterminés par des considérations environnementales,
de santé publique ou informationnelles.
Parmi les facteurs directs qui tendent à accroître l’utilisation de pesticides, on peut citer l’intensification
de l’agriculture, la résistance aux pesticides, les cultures génétiquement modifiées (principalement pour
les caractéristiques de tolérance aux herbicides qu’elles présentent), les pratiques de commercialisation
et les prix des produits de base. Les facteurs qui tendent à réduire leur utilisation sont notamment la lutte
intégrée contre les ravageurs et la rotation des cultures. [2.7]
Parmi les facteurs directs qui tendent à accroître l’utilisation d’engrais, on peut citer le subventionnement
des engrais, les stratégies de commercialisation, le crédit et les marchés des produits, ainsi que
l’utilisation des technologies de l’information et de la communication. Les facteurs qui tendent à réduire
l’utilisation des engrais englobent les politiques, les pratiques et les technologies qui assurent une
utilisation plus efficace des nutriments, les choix alimentaires et les efforts visant à réduire les pertes
alimentaires. [7.3]
11
Principaux acteurs de la chaîne de valeur influant sur l’utilisation des pesticides et des
engrais
Divers acteurs ont une influence sur la demande de pesticides et en engrais ainsi que sur
l’impact de ces produits
La production et l’utilisation de pesticides et d’engrais sont déterminées par divers acteurs de la chaîne
de valeur du système agroalimentaire mondial et d’autres chaînes de valeur non agricoles. Les principaux
acteurs sont notamment les consommateurs, les agriculteurs, l’industrie des pesticides et des engrais,
et d’autres acteurs du secteur des entreprises comme, par exemple, les détaillants, les entreprises
agroalimentaires et les entreprises du textile. [1]
Consom-
mateurs
Détaillants
Entreprises
agroalimen- êê Urbains
taires êê Ruraux
Négociants êê Hypermarchés
êê Supermarchés
Agriculteurs êê Produits de êê Magasins de
Entreprises boulangerie- proximité
êê Cultures pâtisserie
d’intrants
êê Viande êê Viande
êê Cultures êê Huiles êê Produits
êê Viande êê Biocarburants
êê Semences laitiers
êê Produits
êê Engrais êê Snacks
laitiers
êê Pesticides êê Boissons
êê Santé et nutrition
des animaux
êê Assurance récolte
êê Ingrédients
alimentaires
Les grandes et petites exploitations agricoles font face à des défis qui appellent des solutions
distinctes
Sur les 570 millions d’exploitations agricoles recensées dans le monde, 84 % ont une superficie inférieure
à 2 hectares. Dans la plupart des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche inférieure,
la taille des exploitations a diminué au cours des 40 dernières années, alors qu’elle a augmenté dans les
pays à revenu élevé. Environ 1 % des exploitations gèrent 70 % des terres agricoles de la planète, ce qui
laisse craindre que les inégalités s’accentuent, la production agricole étant de plus en plus dominée par
quelques grandes entreprises. L’accès aux produits agrochimiques (dont les pesticides et les engrais) et
Effets des pesticides et des engrais sur l’environnement et la santé et solutions envisageables pour les réduire au minimum
12 Vers un monde sans risques chimiques
De multiples facteurs, acteurs et politiques influent sur l’utilisation des pesticides et des engrais
aux connaissances sur la manière correcte de les utiliser dépend dans une large mesure du revenu, de la
situation géographique et des politiques, tout comme l’accès aux technologies appropriées. [1, 2.7, 7.3, 7.4]
Les modes d’utilisation des pesticides et des engrais, et donc leurs effets sur la santé humaine et
l’environnement, diffèrent considérablement entre les petites exploitations et l’agriculture industrialisée.
En raison des disparités qui subsistent au niveau de la taille et de la situation économique des
exploitations (qui sont très marquées dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche
inférieure), les mesures de réduction des risques doivent tenir compte des situations et conditions
particulières des exploitations agricoles aussi bien de petite taille qu’industrielles..
Alors que la consommation de pesticides au niveau mondial n’a cessé d’augmenter au cours des
dernières décennies, du point de vue aussi bien des volumes totaux que des quantités appliquées par
hectare cultivé, la consommation de pesticides par unité de production agricole est restée stable. On peut
en conclure que le rendement d’utilisation des pesticides ne s’est pas amélioré au niveau mondial, même
si, sur le plan biologique, les pesticides modernes sont plus actifs par gramme de substance active
appliquée. [2.4]
La croissance du marché mondial des pesticides s’est accompagnée d’une augmentation importante
du commerce de pesticides illicites. Il s’agit, par exemple, de pesticides interdits ou non homologués, de
contrefaçons, ou de produits étiquetés ou conditionnés de façon trompeuse ou illégale. Ces pesticides
peuvent endommager les cultures, nuire à la santé humaine et contaminer l’environnement. [2.5]
Les produits de protection biologique des cultures, également appelés agents biologiques de lutte
contre les ravageurs, sont des produits issus de la nature. La plupart sont des biopesticides, dont le
marché devrait connaître une croissance importante à l’échelle mondiale d’après les projections. Le
taux d’introduction de nouveaux biopesticides est souvent supérieur à celui de nouveaux pesticides
conventionnels. Cette tendance devrait se maintenir. [2.4]
La plupart des pesticides sont utilisés dans l’agriculture, mais les autres applications peuvent
également avoir une incidence
La majorité des pesticides sont utilisés dans l’agriculture. Les utilisations non agricoles, par exemple
dans la lutte contre les vecteurs, dans les habitations, dans les équipements collectifs et dans les
installations industrielles, ne représentent que 10 à 15 % environ de la valeur du marché mondial. Bien
qu’elles ne représentent qu’une petite part du marché total, leurs effets sur l’environnement et la santé
suscitent des préoccupations car l’application des pesticides concernés est souvent effectuée par des
non-professionnels, notamment des propriétaires de logements, n’ayant reçu aucune formation. [2.4]
La consommation d’engrais ne cesse de croître, du point de vue aussi bien par des quantités appliquées
par hectare que par des quantités totales utilisées. Elle tend à être excessive dans certains pays, mais
insuffisante dans d’autres. L’Asie est le plus grand consommateur d’engrais inorganiques, en termes de
volumes totaux, tandis que l’Afrique en consomme la plus petite quantité par hectare. [7.2]
13
D’importantes quantités de nutriments se perdent dans l’environnement
Les rendements d’utilisation des éléments nutritifs ne dépassent pas 40 à 65 % pour l’azote, 15 à 25
% pour le phosphore et 30 à 50 % pour le potassium au cours de la première année d’application. Les
cultures ultérieures peuvent bénéficier d’une partie des nutriments qui restent dans le sol à l’issue de
la première année. Le phosphore peut, par exemple, être en grande majorité utilisé par les cultures
suivantes. Toutefois, des pertes de nutriments dans le milieu environnant se produisent également, ce qui
peut avoir des effets sur l’environnement et la santé et se traduire par des pertes économiques pour les
agriculteurs. Au cours des dernières décennies, le rendement d’utilisation de l’azote s’est amélioré dans
certains pays, mais détérioré dans d’autres. [7.3]
Les pesticides et les engrais ne sont souvent pas utilisés à bon escient
Dans de nombreuses régions du monde, les engrais et les pesticides ne sont pas utilisés conformément
aux bonnes pratiques agricoles. Dans le cas des pesticides, les contraintes peuvent inclure le manque
de bonnes pratiques applicables aux particularités culturales locales ; le manque de formation et
d’information des agriculteurs ; la disponibilité insuffisantes et le prix produits ou matériel d’application
appropriés ; et l’absence d’équipements de protection individuelle abordables et convenables. En ce qui
concerne les engrais, les facteurs sont, entre autres, le manque de personnel de vulgarisation approprié,
l’inadéquation de la formation des agriculteurs et la disponibilité insuffisante d’engrais abordables. [2.7, 7.3]
Au cours des dernières décennies, la communauté internationale a mis en place une série d’initiatives et
d’instruments stratégiques, juridiquement contraignants et non contraignants, relatifs à la gestion des
pesticides et des engrais. Au nombre des instruments juridiquement contraignants figurent la Convention
de Stockholm, la Convention de Rotterdam et la Convention de Bâle. Les exemples d’instruments
volontaires comprennent le Code de conduite international sur la gestion des pesticides, le Code de
conduite international sur l’utilisation et la gestion durables des engrais, l’Approche stratégique de la
gestion internationale des produits chimiques (SAICM) et le Codex Alimentarius.
Ces instruments internationaux ont joué, à leur échelle, un rôle important dans la réduction de certains
effets néfastes sur l’environnement et la santé. Toutefois, les conventions portent sur un nombre limité
de produits chimiques, et l’application effective des codes se heurte à des difficultés qui empêchent de
couvrir tous les aspects importants de la gestion des pesticides et des engrais et de réduire autant que
possible leurs effets néfastes sur l’environnement et la santé. [3.2, 8.2]
Cadres d’élaboration des politiques nationales et régionales relatifs aux pesticides et aux
engrais
Les lois, politiques et plateformes de collaboration nationales et régionales sont d’une importance
cruciale pour assurer une utilisation et une gestion efficaces des pesticides et des engrais. Des lois
et politiques nationales en matière de pesticides existent dans la plupart des pays du monde, mais la
législation sur les engrais est bien moins développée, en particulier dans les pays à faible revenu et à
revenu intermédiaire. De plus en plus souvent, la collaboration régionale entre les pays contribue à la
gestion rationnelle des pesticides. Au niveau régional, la gestion rationnelle des engrais et des nutriments
semble être davantage poussée par les parties prenantes non gouvernementales, dont les organismes
scientifiques. [3.3, 3.4, 8.3]
Effets des pesticides et des engrais sur l’environnement et la santé et solutions envisageables pour les réduire au minimum
14 Vers un monde sans risques chimiques
De multiples facteurs, acteurs et politiques influent sur l’utilisation des pesticides et des engrais
Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 souligne que le développement se doit d’être
compatible avec les trois dimensions (économique, sociale et environnementale) du développement
durable. La mise en œuvre du Programme 2030 ouvre des possibilités de collaboration entre de
nombreux acteurs différents, et à tous les niveaux, afin de réduire autant que possible les effets néfastes
des pesticides et des engrais sur l’environnement et la santé. [1]
Tableau 1 Interface entre le Programme 2030 et la gestion durable des pesticides et des engrais
Symboles
Liens avec les pesticides et les engrais
des ODDs
• Nécessité accrue d’utiliser les pesticides et les nutriments de manière efficace, rentable et durable
• Réduction des risques professionnels liés à la manipulation et à l’utilisation des pesticides et des engrais
• Mise au point d’approches et de technologies novatrices et durables de gestion des nutriments et des ravageurs
• Réduction au minimum des effets des pesticides et des engrais sur les ressources naturelles
• Poursuite du renforcement de la gestion rationnelle de l’ensemble du cycle de vie des pesticides et des engrais
• Renforcement du soutien aux technologies durables de gestion des ravageurs et des nutriments et de
l’application de ces technologies par le secteur des pesticides et des engrais
• Amélioration de la fourniture d’informations sur les risques posés par les pesticides et les engrais et les moyens
de les réduire à un minimum
• Réduction au minimum des émissions de gaz à effet de serre associées à l’utilisation d’engrais
• Préservation des forêts et accroissement des quantités de carbone stockées par le biais d’une utilisation
judicieuse d’engrais
• Adoption élargie de pratiques agricoles intégrées qui améliorent la productivité durable des exploitants agricoles
et leur résilience face aux changements climatiques
• Réduction au minimum de la pollution des milieux marins due aux nutriments et aux polluants contenus dans les
engrais
• Réduction au minimum des effets sur l’environnement de l’utilisation des pesticides et des engrais
• Lutte durable contre les espèces de ravageurs envahissantes
• Incorporation systématique de la protection des écosystèmes et de la biodiversité dans les politiques nationales
et régionales de gestion des nutriments et des ravageurs
• Amélioration de l’échange de connaissances sur la gestion des pesticides et des nutriments entre les parties
prenantes concernées
• Renforcement des partenariats entre les entités des Nations Unies qui jouent un rôle actif dans la gestion
rationnelle des produits chimiques
15
Les modes d’utilisation actuels
et prévus des pesticides et des
engrais ne sont pas durables
On a détecté la présence de résidus de pesticides dans des milieux environnementaux très divers,
notamment dans les eaux de surface et souterraines, les sols et l’air. On en trouve même dans des
régions reculées comme l’Arctique. Au nombre des pesticides détectés figurent des pesticides d’ancienne
génération (par ex. des organochlorés), dont l’utilisation est bien souvent interdite depuis des dizaines
d’années dans de nombreux pays, et des pesticides utilisés actuellement. [4.4]
Les effets néfastes des pesticides sur la santé humaine peuvent notamment être aigus et chroniques.
Selon les études citées dans le présent rapport, les pesticides sont à l’origine de près de 385 millions
de cas d’intoxication accidentelle non mortelle par an, et d’environ 11 000 décès. En outre, on recense
chaque année 1 à 2 millions de cas d’auto-empoisonnement qui font environ 168 000 décès. Des données
probantes mettent également en évidence une forte corrélation entre l’exposition professionnelle ou
résidentielle à des groupes spécifiques de pesticides (ou aux pesticides en général) et la survenue
de divers problèmes de santé, notamment de cancers et d’effets sur les systèmes neurologique,
immunologique et reproductif. Un lien a été fait entre l’exposition aux pesticides pendant la grossesse et/
ou l’enfance et la leucémie chez l’enfant. En revanche, la plupart des informations rassemblées jusqu’à
présent sur les résidus de pesticides dans les aliments semblent indiquer que les risques alimentaires
liés aux pesticides sont faibles. [4.3]]
Effets des pesticides et des engrais sur l’environnement et la santé et solutions envisageables pour les réduire au minimum
16 Vers un monde sans risques chimiques
Les modes d’utilisation actuels et prévus des pesticides et des engrais ne sont pas durables
Les pesticides ont des effets néfastes sur des organismes non visés
L’utilisation de pesticides a été associée à divers effets néfastes sur des populations d’organismes
non visés. Les effets directs des insecticides (principalement) ont été rattachés à des réductions
des populations d’insectes terrestres et d’arthropodes aquatiques. Il a également été établi que les
insecticides ont des effets néfastes sur la pollinisation et les mécanismes naturels de lutte contre
les ravageurs, deux services écosystémiques importants. Dans certains pays, les effets directs des
pesticides sur les vertébrés terrestres semblent avoir diminué au fil du temps. Même si les activités de
recherche sont limitées, il ressort de la majorité des études ou analyses menées à grande échelle que
l’utilisation de pesticides a des effets néfastes sur la biodiversité. [4.4]
La résistance des insectes, agents pathogènes et mauvaises herbes aux pesticides et leur adaptation
aux toxines produites par les cultures génétiquement modifiées résistantes aux insectes continue
d’augmenter malgré les efforts déployés pour mettre en place des stratégies de gestion des résistances
dans le monde entier. Cette évolution a rendu plus difficile la gestion des ravageurs et des vecteurs et a
poussé les coûts à la hausse. La mise au point de pesticides dotés de nouveaux modes d’action capables
de briser la résistance progresse lentement. On observe par conséquent une diminution des rendements
des cultures ou une baisse de la qualité des produits agricoles. [2.7]
Nombreux sont les exemples d’atténuation des effets négatifs des pesticides ou des engrais par la mise
en place de mesures réglementaires les concernant. Par exemple, dans les pays où les réglementations
sont strictes, les concentrations de pesticides organochlorés dans l’environnement sont en baisse et les
effets aigus sur l’environnement et la santé causés par les pesticides organophosphorés et carbamates à
toxicité élevée ont diminué. [4]
La surfertilisation et les faibles rendements d’utilisation des nutriments agissent sur l’équilibre
des écosystèmes
Les surplus d’azote et de phosphore contribuent à l’eutrophisation des systèmes d’eau douce et des
zones côtières en favorisant la croissance d’efflorescences algales nuisibles et la formation subséquente
de zones mortes (zones hypoxiques) dans de nombreuses régions du monde. L’excès de nutriments est
également à l’origine d’autres types de pollution des eaux de surface et des eaux souterraines, du sol et
de l’air. [9]
17
Les effets sur la santé humaine que les engrais produisent à certains stades de leur cycle de
vie peuvent être graves
Les engrais peuvent, dans de rares cas, causer des effets directs sur la santé humaine, par exemple
par inhalation de l’ammoniac et des poussières produits par le fumier. Les accidents de stockage et
de transport sont également rares, mais peuvent entraîner de nombreuses pertes en vies humaines,
comme en 2015 à Tianjin (Chine), où 173 personnes ont été tuées, ou en 2020 à Beyrouth (Liban), où 220
personnes ont trouvé la mort. [9.1, 10.2]
Les contaminants présents dans les engrais peuvent avoir des effets néfastes sur la santé et
pénétrer dans le réseau trophique
Les contaminants présents dans les engrais (par ex. les oligo-éléments potentiellement toxiques) altèrent
la qualité des sols et peuvent pénétrer dans le réseau trophique lorsqu’ils sont absorbés par des végétaux
qui se retrouvent ensuite dans l’alimentation humaine ou animale. Les éléments traces toxiques présents
dans les engrais sont notamment le mercure, le cadmium, l’arsenic et le plomb. Les engrais organiques
peuvent être des sources importantes, mais ne sont pas les seules sources, de ces contaminants. [9.1]
Les flux biogéochimiques (c’est-à-dire les entrées d’azote et de phosphore dans la biosphère et les
océans) constituent l’une des neuf limites planétaires. Il a été mis en évidence que la perturbation des
cycles de l’azote et du phosphore induite par la production agricole, en particulier l’utilisation d’engrais,
était la principale cause du dépassement de cette limite planétaire. [10.2]
Les politiques et les systèmes de gestion ne sont pas suffisamment efficaces pour
réduire autant que possible les effets néfastes
Les méthodes d’évaluation des risques pour l’environnement et la santé ont été améliorées au cours des
dernières décennies et sont également utilisées de façon plus efficace. Toutefois, un nouvel éclairage
scientifique est nécessaire pour évaluer certains risques liés aux pesticides, notamment les risques
environnementaux et sanitaires posés par les mélanges de pesticides et les perturbateurs endocriniens
; les effets des pesticides sur la santé humaine pendant le développement de l’enfant ; et les risques
environnementaux posés par les pesticides dans les milieux (sub)tropicaux et (semi-)arides. S’agissant
des engrais, il existe des méthodes pour en évaluer les risques, mais elles sont limitées par l’absence de
données, par exemple concernant leurs effets sur la santé. [4.5, 9.4]
Des effets néfastes sont observés même avec les pesticides autorisés
De tous les produits chimiques, les pesticides sont probablement ceux dont les risques sont le mieux
évalués avant leur mise sur le marché. Toutefois, malgré les procédures d’évaluation et de gestion des
risques qui sont en place, on observe des effets néfastes sur l’environnement et la santé, même dans le
cadre d’utilisations autorisées. [4.3, 4.4]
Effets des pesticides et des engrais sur l’environnement et la santé et solutions envisageables pour les réduire au minimum
18 Vers un monde sans risques chimiques
Les modes d’utilisation actuels et prévus des pesticides et des engrais ne sont pas durables
Les prix du marché tiennent rarement compte de l’intégralité des coûts et des externalités
Les produits alimentaires sont maintenant plus abondants, et leurs prix plus abordables, grâce aux gains
d’efficacité résultant de la fragmentation des chaînes de production, au commerce international, aux
subventions et à divers autres facteurs. Toutefois, les coûts environnementaux et sanitaires négatifs ne
sont généralement pas pris en compte dans les prix des produits alimentaires. Même si, pour la plupart
des utilisations de pesticides et d’engrais, on ne dispose pas de suffisamment de données pertinentes
pour procéder à des analyses coûts-avantages complètes, on estime que les externalités associées
aux effets sur l’environnement et la santé pourraient être très élevées, ce qui, dans certains cas, pourrait
rendre l’exploitation agricole non rentable. Ces coûts sont aujourd’hui supportés par la société dans son
ensemble. [6.2, 10.2]
L’adoption de méthodes de réduction des risques pour la gestion des ravageurs et des
nutriments est lente
Un certain nombre de méthodes permettent de réduire les risques, par exemple la lutte intégrée contre
les ravageurs et la gestion intégrée des nutriments. Toutefois, le processus de leur adoption a été dans
l’ensemble lent. Pour que certaines de ces méthodes soient mises en œuvre efficacement, il ne suffit
pas d’inculquer aux agriculteurs les connaissances dont ils ont besoin. Compte tenu des sommes
considérables à investir, ainsi que du volume important et de la complexité des données utilisées, il
est plus difficile pour les petits exploitants agricoles que pour les grosses exploitations d’adopter ces
méthodes. [2.7, 7.3]
Étant donné la persistance des effets néfastes, notamment ceux dus aux modes d’utilisation des
pesticides, il faudrait s’interroger sur les facteurs à l’origine de cette situation. Par exemple, les
procédures et politiques actuellement mises en œuvre pour évaluer les risques ne garantissent peut-être
pas une protection adéquate (du moins dans certaines régions du monde) ; les pesticides et les engrais
ne sont peut-être pas utilisés de la manière recommandée ou autorisée ; les bonnes pratiques agricoles
ne sont peut-être pas appliquées ; ou le manque de connaissances entrave peut-être les évaluations et les
politiques en matière de risques. Il peut aussi arriver que certains pesticides qui présentent de manière
avérée des risques inacceptables soient toujours autorisés à l’emploi et commercialisés pour des raisons
économiques ou autres.
19
Combler les lacunes dans la base de connaissances mondiale
Même si d’importantes connaissances ont été acquises sur les différents aspects de
l’utilisation des pesticides et des engrais et de leurs effets, l’état des connaissances reste
très lacunaire. Les sujets qui doivent faire l’objet de recherches plus poussées et nécessitent
des collectes de données supplémentaires sont les suivants :
Parallèlement, alors même que des lacunes importantes subsistent, il existe une grande
quantité de connaissances scientifiques qui restent à l’intérieur d’un cercle étroit ou sont peu
utilisées. Il convient de redoubler d’efforts pour transformer ces connaissances scientifiques
en produits axés sur le savoir dont pourront facilement se servir les différents groupes
d’utilisateurs et qui viendront éclairer la prise de décisions.
Effets des pesticides et des engrais sur l’environnement et la santé et solutions envisageables pour les réduire au minimum
20 Vers un monde sans risques chimiques
Réduire autant que possible les effets
néfastes des pesticides et des engrais :
le statu quo n’est pas envisageable
Les effets néfastes des pesticides et des engrais vont s’accentuer si l’on n’opère pas de
changements fondamentaux
Compte tenu des projections de croissance des marchés des pesticides et des engrais, et des lacunes
qui caractérisent les actuels systèmes de gestion, les effets néfastes des pesticides et des engrais vont
s’accentuer à moins que l’on n’opère un changement fondamental de ligne de conduite. [1]
Les parties prenantes qui ont participé au processus intersessionnel sur l’Approche stratégique de la
gestion internationale des produits chimiques et sur la gestion des produits chimiques et des déchets au-
delà de 2020 ont choisi la vision « Ensemble pour façonner un avenir sans risques chimiques » comme
thème de la Conférence internationale sur la gestion des produits chimiques de 2021 (ICCM5). Pour
édifier un monde dans lequel les pesticides et les engrais pourront être utilisés en toute sécurité, il faudra
mener des actions à la fois progressives et porteuses de transformations, et prendre des mesures de
soutien permettant d’assurer une transition équitable et de ne laisser personne de côté. Toutes les parties
prenantes doivent s’engager de manière concertée à contribuer à la concrétisation d’un scénario axé sur la
durabilité en ce qui concerne les pesticides et les engrais, contrairement au scénario de statu quo. [1]
Les choix des consommateurs s’avèrent particulièrement importants pour la promotion d’un système et
d’une chaîne de valeur alimentaires durables. Les gouvernements peuvent appuyer cette transformation en
mettant en place des politiques en faveur d’une plus grande consommation de céréales, fruits, légumes et
laitages produits durablement ainsi que des systèmes obligatoires de certification et d’étiquetage conférant
aux produits une transparence totale qui permet de vérifier la durabilité tout au long de la chaîne de
valeur. Ces mesures peuvent être complétées par des campagnes de communication et des technologies
novatrices (par ex. applications de téléphonie mobile) qui synthétisent des informations complexes pour
permettre aux consommateurs de faire des choix informés. [12]
21
Modifier fondamentalement la gestion des cultures et adopter des approches écosystémiques
Il est essentiel de passer de la démarche linéaire classique à une approche plus holistique de la production
agricole face aux pressions exercées par les ravageurs et aux problèmes de fertilité des sols. Cette
approche consiste à mettre à profit les connaissances environnementales et à prendre en considération
d’autres facteurs intervenant dans la gestion des végétaux (par ex. le germoplasme, l’eau) qui influent sur
la productivité. Comme exemple de concepts qui ont fait la preuve de leur efficacité, on peut citer la gestion
intégrée des ravageurs et des vecteurs, la lutte biologique, la rotation entre les cultures non légumineuses et
légumineuses, et les systèmes mixtes de culture et d’élevage. Ces concepts se sont révélés efficaces, mais
ils doivent être mis en œuvre à plus grande échelle, en tenant dûment compte des conditions locales. [12]
L’obtention de connaissances et leur partage à grande échelle permettront aux agriculteurs d’élargir la
gamme de solutions à leur disposition et d’adopter des systèmes de production durables et respectueux
de l’environnement. Ces changements profonds dans la production agricole ne peuvent s’opérer sans le
soutien actif et continu du secteur privé, et les gouvernements devront en parallèle mettre en place des
environnements favorables et fixer des limites quant aux pratiques qui seront dorénavant considérées
comme peu recommandables. [12]
Une grande partie des éléments nutritifs contenus dans les engrais agricoles ne sont pas recyclés, ce qui
ouvre des perspectives de renforcement de la circularité par le biais de collaborations et de partenariats
entre les parties prenantes concernées. Par exemple, la séparation spatiale entre la production animale et
végétale empêche souvent de recycler les nutriments des effluents d’élevage. L’exploitation des synergies
entre les deux systèmes (par ex., l’utilisation de technologies de traitement du lisier permettant d’en
extraire les nutriments afin d’améliorer leur transportabilité), peut conduire à une utilisation plus durable
des nutriments. [12]
Faire appel à des instruments économiques pour donner des chances égales aux approches et
produits plus respectueux de l’environnement
Les coûts environnementaux et sanitaires associés à la production agricole ne sont souvent pas pris en
compte dans les prix des intrants et des produits. Il est possible d’internaliser progressivement les coûts
cachés de l’utilisation de pesticides et d’engrais afin de donner des chances égales aux approches et
produits plus respectueux de l’environnement et/ou présentant moins de risques. Cela peut se faire en
prélevant des taxes ou redevances, ou en supprimant certaines subventions. [12]
Effets des pesticides et des engrais sur l’environnement et la santé et solutions envisageables pour les réduire au minimum
22 Vers un monde sans risques chimiques
Réduire autant que possible les effets néfastes des pesticides et des engrais : le statu quo n’est pas envisageable
Adopter des approches intégrées et tenant compte de l’ensemble du cycle de vie pour assurer
une gestion rationnelle des pesticides et des engrais
Les pratiques en vigueur en matière de réglementation des différents pesticides et engrais pourraient être
transformées pour favoriser l’émergence de solutions durables plus globales de gestion des ravageurs
et des nutriments. Il convient d’évaluer, dans le cadre du processus décisionnel, d’autres solutions
dans ces domaines, ainsi que leurs impacts économiques et environnementaux. Les choix en matière
de lutte contre les ravageurs et de gestion des éléments nutritifs doivent être fondés sur des données
probantes et sur des décisions interdisciplinaires, et soutenus par des données factuelles, tout en tenant
expressément compte des incertitudes et des lacunes dans les connaissances, et ce, à titre préventif. [12]
Renforcer les normes et adopter des principes généraux d’action pour la gestion durable de la
chaîne d’approvisionnement
Le renforcement des normes de durabilité et des politiques en faveur d’une chaîne d’approvisionnement
durable par les acteurs du monde des entreprises intervenant dans la chaîne de valeur (par ex.
détaillants, entreprises du secteur alimentaire, entreprises du secteur des textiles) peut être un moteur
important de la transformation durable des pratiques agricoles « en amont ». L’inclusion d’objectifs
d’approvisionnement en produits certifiés biologiques et l’adoption d’une approche tenant compte de
l’ensemble cycle de vie peuvent améliorer l’efficacité de ces mesures. [12]
La plupart des pays ont mis en place une législation sur les pesticides, mais les lois en question ne
sont guère appliquées, en particulier dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, mais aussi
ailleurs. Il en résulte que les pratiques dangereuses sont tolérées tout au long du cycle de vie d’un
pesticide. Cette situation crée des inégalités entre ceux qui respectent la loi et ceux qui la violent. La base
juridique et institutionnelle de la législation sur les pesticides, ainsi que les ressources pour le contrôle et
l’application, doivent donc être renforcées dans de nombreux pays. [6]
L’évaluation des risques écologiques et sanitaires posés par les pesticides exige des ressources
considérables, ce qui n’est pas à la portée de tous les pays, en particulier ceux à faible revenu et à
revenu intermédiaire. Or, de nombreuses évaluations sont applicables au-delà des frontières nationales.
Pour exploiter au mieux les ressources limitées et éviter que les travaux ne se chevauchent, on peut
étendre encore plus la mondialisation des évaluations scientifiques (par ex. s’agissant des dangers et
des risques pour la santé) ou leur régionalisation (par ex. s’agissant de l’efficacité et des risques pour
l’environnement). [6]
23
S’attacher en priorité à mettre au point des pesticides et produits de bioprotection à faible
risque et à assurer l’accès à ces produits
Tant les gouvernements que le secteur privé peuvent activement privilégier et faciliter la mise au point
et l’homologation de pesticides chimiques et produits de bioprotection à faible risque. Ils peuvent
notamment apporter un appui financier aux efforts privés et publics novateurs de recherche et
développement, mettre en place des procédures accélérées d’évaluation et d’homologation, renforcer
la vulgarisation et d’autres types de transmission des informations, ainsi que les mesures fiscales qui
permettent de réduire les coûts pour les agriculteurs. [6]
Les pesticides non conformes, illicites et contrefaits compromettent la lutte contre les ravageurs,
dégradent les rendements et augmentent les risques pour l’environnement et la santé. Comme leur
utilisation entrave les efforts déployés pour promouvoir des produits plus durables et présentant moins
de risques, il est essentiel de renforcer les moyens de contrôle de la qualité des pesticides, en particulier
dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Compte tenu du caractère très international du
commerce des pesticides illicites et contrefaits, il est nécessaire d’intensifier la collaboration régionale
et internationale entre les autorités chargées de l’application des lois pour lutter efficacement contre ces
pratiques. [6]
Faciliter l’adoption du principe de responsabilité élargie des producteurs par tous les fabricants
et négociants de pesticides
Alors qu’un petit nombre de fabricants de pesticides, principalement orientés vers la recherche,
pratiquent dans une certaine mesure une gestion responsable de leurs produits, il n’en est souvent
pas de même des entreprises produisant des pesticides génériques et des distributeurs locaux ou
régionaux de pesticides. Les exigences minimales en matière de responsabilité élargie des producteurs
applicables au commerce de pesticides peuvent être définies à l’échelle internationale, en s’appuyant sur
le Code de conduite international sur la gestion des pesticides. Ces exigences pourraient ensuite être
progressivement incorporées dans les législations nationales relatives aux pesticides afin de garantir que
tous les acteurs du marché assurent une gestion responsable de leurs produits. [6]
Le contrôle de la qualité des engrais laisse à désirer dans de nombreux pays. Les politiques nationales
peuvent présenter des lacunes. Par exemple, elles peuvent ne pas intégrer de manière systématique
les engrais organiques, ou ne pas couvrir tous les éléments du cycle de vie des engrais, ou encore
ne pas comporter de dispositions visant à réduire autant que possible les effets sur l’environnement.
Certains pays ne disposent pas de politiques (ni de programmes nationaux de surveillance) concernant
les polluants qui peuvent être présents dans les engrais dans les aliments destinés à la consommation
humaine ou animale et l’eau de boisson. En revanche, certains pays ou régions s’en sortent plutôt bien
dans ce domaine. L’harmonisation des politiques au niveau régional pourrait permettre d’abaisser les
coûts de mise en œuvre de ces politiques. [11]
Effets des pesticides et des engrais sur l’environnement et la santé et solutions envisageables pour les réduire au minimum
24 Vers un monde sans risques chimiques
Réduire autant que possible les effets néfastes des pesticides et des engrais : le statu quo n’est pas envisageable
Combler les lacunes en matière d’information et de connaissances pour assurer une gestion
efficace des engrais et des nutriments
Renforcer les politiques mondiales en matière d’utilisation durable et sûre des engrais
Les partenariats qui favorisent l’échange d’informations entre les scientifiques et les décideurs mondiaux
contribuent à combler les lacunes en matière d’information au niveau mondial. Parmi les exemples de
partenariats de ce type, on peut citer le Groupe technique intergouvernemental sur les sols et le Groupe
d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui fournissent des conseils et des orientations
scientifiques et techniques au niveau mondial. La participation des scientifiques à de tels partenariats
augmente les chances de voir mises en œuvre les politiques, décisions et suggestions de portée
mondiale qu’ils formulent. [11]
Entreprendre à plus grande échelle des formations de toutes les parties prenantes concernées
à la gestion des engrais et des nutriments
Il est nécessaire d’intensifier les activités régulières de formation des diffuseurs de connaissances
pour faire en sorte qu’ils disposent d’informations à jour (par ex. sur les nouvelles technologies), qu’ils
pourront ensuite transmettre aux agriculteurs. L’élaboration d’une plateforme commune rassemblant les
producteurs et diffuseurs de connaissances, et autres parties prenantes concernées, pourrait contribuer à
garantir l’harmonisation des messages. [11]
Veiller à ce que des engrais adaptés et d’un coût abordable soient accessibles
L’utilisation d’engrais est peu importante dans certains pays à faible revenu et à revenu intermédiaire.
Elle est particulièrement faible en Afrique subsaharienne (50 kg/hectare/an), qui affiche de médiocres
rendements et dont de nombreux habitants n’ont pas accès à une alimentation suffisante et nutritive. Une
des principales raisons de ce recours minime aux engrais est le prix de ces derniers, qui y est plus élevé
que dans d’autres régions. La fourniture d’engrais abordables dans toutes les régions du monde devrait
s’accompagner de contrôles (par ex. de la qualité et de la mise en œuvre de pratiques et technologies
appropriées pour réduire autant que possible les effets néfastes). [11]
25
Une action concertée ambitieuse
de la part de toutes les parties
prenantes est nécessaire
Les conclusions du rapport font apparaître la nécessité d’une action concertée plus ambitieuse
de la part de toutes les parties prenantes. Il est essentiel de mettre cette collaboration en pratique
dans l’ensemble du système agroalimentaire mondial afin de susciter les réorientations profondes
du marché qui permettront de renforcer la durabilité de la production, des produits et des services
agricoles et de réduire autant que possible les effets néfastes des pesticides et des engrais sur
l’environnement et la santé.
Le secteur public a un rôle important à jouer, non seulement dans la réglementation des pesticides
et des engrais, mais aussi dans la mise en place de politiques et de mesures propres à favoriser la
transformation requise. Les mesures pertinentes en la matière consistent notamment à éliminer
progressivement les pesticides qui présentent des risques élevés ; à soutenir la recherche dans la
chimie verte et durable ; à promouvoir l’agriculture durable, la gestion intégrée des ravageurs et des
vecteurs et les approches agroécologiques ; à mener des activités de sensibilisation au coût total
des pratiques non durables ; et à favoriser, par des mesures d’incitation fiscale, la transformation du
marché.
L’élaboration d’une vision claire, d’objectifs ambitieux, et de feuilles de route ou plans d’action
par des groupes d’acteurs spécifiques (par ex. producteurs, entreprises, instituts de recherche,
secteur public), soutenus par une volonté politique et des instruments internationaux, peut créer
une dynamique d’action axée sur les résultats. Les éléments susmentionnés peuvent également
être développés autour de sujets ou thèmes spécifiques, tels que la réduction minimum des effets
néfastes des pesticides extrêmement dangereux dans un contexte précis ou la diminution des
quantités de pesticides et d’engrais entraînées par les eaux de ruissellement dans un seul bassin
versant.
Effets des pesticides et des engrais sur l’environnement et la santé et solutions envisageables pour les réduire au minimum
26 Vers un monde sans risques chimiques