UNIVERSITÉ TOULOUSE CAPITOLE Année universitaire 2024-2025
LICENCE DROIT ÉCONOMIE GESTION - MENTION DROIT - 1er NIVEAU
SEMESTRE 1 - SESSION 1
GROUPE DE COURS N° 1
Lundi 2 décembre 2024
Début d’examen : 14 h
Durée d’examen : 3h00
Enseignant : Mme BOUIX
DROIT PRIVÉ
CONSIGNES : faire les deux exercices
Documents autorisés : Le code civil
1. Faire l’analyse de l’arrêt suivant (10 points) : Civ. 1ère, 24 janvier 2006, N° de pourvoi:
02-13775
Publié au bulletin Cassation.
Sur le moyen unique :
Vu l’article Ier du protocole n° 1 à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des
libertés fondamentales ensemble l’article Ier I de la loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux
droits des malades et à la qualité du système de santé, devenu l’article L. 114-5 du Code de
l’action sociale et des familles, les articles 1165 et 1382 du Code civil ;
Attendu que Mme X... a donné naissance, le 11 janvier 1996, à une enfant présentant de
graves malformations de la colonne vertébrale ; que Mme X... et M. Y..., agissant tant en leur
nom personnel qu’en leur qualité de représentants légaux de leur fille ont recherché la
responsabilité de M. Z..., gynécologue-obstétricien qui avait pratiqué sept échographies ainsi
que la réparation de leur préjudice moral et du préjudice subi par l’enfant du fait de son
handicap, en faisant valoir que les échographies réalisées par ce praticien auraient dû
permettre de diagnostiquer les malformations et d’envisager une interruption de la grossesse ;
Attendu que pour décider que M. Z... n’avait pas engagé sa responsabilité à l’égard de l’enfant,
l’arrêt attaqué relève que les fautes retenues à l’encontre de ce praticien ne sont pas à l’origine
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des malformations dont est atteinte l’enfant et qu’il n’existe donc pas de lien de causalité entre
ces fautes et le préjudice de cette dernière ;
Attendu, cependant, que dès lors que les fautes commises par le médecin dans l’exécution de
son contrat avec Mme X... avaient empêché celle-ci d’exercer son choix d’interrompre sa
grossesse afin d’éviter la naissance d’un enfant atteint d’un handicap, ce dernier pouvait, avant
l’entrée en vigueur de la loi susvisée, demander la réparation du préjudice résultant de ce
handicap et causé par les fautes retenues ;
Attendu que l’article 1er I de ladite loi, déclarée applicable aux instances en cours, énonce que
"nul ne peut se prévaloir d’un préjudice du seul fait de sa naissance, que lorsque la
responsabilité d’un professionnel de santé est engagée vis-à-vis des parents d’un enfant né
avec un handicap non décelé pendant la grossesse à la suite d’une faute caractérisée, les
parents peuvent demander une indemnité au titre de leur seul préjudice, que ce préjudice ne
saurait inclure les charges particulières découlant tout au long de la vie de l’enfant, de ce
handicap et que la compensation de ce dernier relève de la solidarité nationale" ;
Attendu, toutefois, que si une personne peut être privée d’un droit de créance en responsabilité,
c’est à la condition, selon l’article 1er du protocole n° 1 à la Convention de sauvegarde des
droits de l’homme et des libertés fondamentales, que soit respecté le juste équilibre entre les
exigences de l’intérêt général et les impératifs de sauvegarde du droit au respect des biens ;
que tel n’est pas le cas en l’espèce, dès lors que la loi susvisée, en prohibant l’action de l’enfant
et en excluant du préjudice des parents les charges particulières découlant du handicap de
l’enfant tout au long de la vie, a institué un mécanisme de compensation forfaitaire du handicap,
sans rapport raisonnable avec une créance de réparation intégrale, quand Mme X... et M. Y...
pouvaient en l’état de la jurisprudence, applicable avant l’entrée en vigueur de cette loi,
légitimement espérer que leur fille serait indemnisée au titre du préjudice résultant de son
handicap ;
D’où il suit que, ladite loi n’étant pas applicable au présent litige, la cassation est encourue ;
PAR CES MOTIFS :
CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il a débouté Mme X... et M. Y... de leur
demande en réparation du préjudice subi par l’enfant, l’arrêt rendu le 11 avril 2001, entre les
parties, par la cour d’appel de Reims ; remet, en conséquence, quant à ce, la cause et les
parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie
devant la cour d’appel de Paris ;
2. Résoudre le cas pratique suivant relatif au droit de la preuve (10 points) :
Il y a trois mois, Samy a reçu une visite inopinée d’une amie d’enfance, Marisa, dont il n’avait
pas eu de nouvelles depuis plusieurs années. Il fut d’abord enchanté, cette amitié est de celles
que l’absence et le temps n’atteignent pas ! A chacune de leurs rencontres, aussi espacées
soient-elles, c’est comme s’ils s’étaient quittés la veille !
La joie de Samy de retrouver son amie fut de courte durée devant la mine déconfite de Marisa.
Celle-ci lui explique qu’à la suite d’un investissement malheureux elle a perdu toutes ses
économies… De fil en aiguille, Marisa en arrive à demander à Samy de lui prêter la somme
coquette de 5000 euros, lui qui a toujours été si économe et prévoyant et qui, de plus, est un
véritable ami ! Pas insensible aux flatteries, Samy lui fait immédiatement un chèque ! Marisa,
soulagée, l’embrasse et s’empresse de filer à la banque. Les deux amis se jurent de se revoir
très vite.
Samy, effectivement prévoyant, s’inquiète le soir venu de ne pas avoir pris le temps de noter
par écrit cette opération, par sécurité. Il envoie un SMS à Marisa qui répond deux jours plus
tard : « Allons Sam ! Pas de ça entre nous ! Tu sais bien que je te rembourserai tes 5000 euros
! et même très vite promis ! 😊 »
Mais voilà, les semaines, les mois passent et Samy n’a plus de nouvelles, Marisa ne répond
plus aux coups de téléphone, SMS et mails qu’il lui envoie…
Samy s’en veut de ne pas avoir constaté par écrit ce prêt et craint de ne pas pouvoir le prouver
en justice, il vous consulte.