Guide pratique du symbolisme de la Qabal
La Qabal est la pierre de fondation de la Tradition
Occidentale des Mystères, et de nombreuses parties de
l'Ancien Testament ne sont compréhensibles qu'à sa lumière.
Ce premier volume du Guide pratique du symbolisme de la
qabal compare l'occultisme occidental et les systèmes
orientaux de yoga, analyse en détail l'Arbre de vie de la Qabal
et décrit la théorie et l'application pratique du symbolisme
Qabalistique dans la Tradition Ésotérique Occidentale. La
Qabal est un système de relations parmi les symboles
mystiques que l'on est amené à rencontrer qui, selon
Paracelse, peuvent être utilisés pour ouvrir l'accès aux
étendues cachées de l'esprit, au-delà des frontières de la
raison. La Qabal apporte les moyens de pénétrer derrière le
symbolisme. C'est un processus mystique inversé. L'Arbre de
vie est un système complet de symboles qui englobe tous les
autres systèmes symboliques, les croyances religieuses, les
mythologies, et fournit une méthode d'interprétation basée
sur les principes abstraits et universels.
QU'EST-CE QUE LA QABAL ?
Le dessin reproduit sur la couverture donne une réponse
possible à cette question. Il est tiré d'un diagramme formant
la page de garde du Quatrième Evangile de Saint Jean d'un
Nouveau Testament Syriaque imprimé à Vienne en 1555.
Derrière Saint Jean on découvre le schéma de l'ARBRE
DE VIE, (le diagramme qui contient et comprend l'intégralité
des enseignements de la Qabal), entouré d'une grande Vesica
Piscis. De chaque sphère part une ligne qui suggère une
relation avec une partie du corps de Notre Seigneur.
La sphère inférieure, qui représente le Monde Matériel,
contient la Coupe du Graal dans un Croissant Lunaire. La
sphère immédiatement au-dessus, évoquant la force
sous-jacente qui supporte le monde physique, est occupée par
Atlas. Viennent ensuite les deux piliers qui indiquent la
dualité de l'existence manifestée. Le Patriarche Jacob est
figuré au-dessus de ces quatre sphères. Il est étendu, et son
Echelle de Vision passe par la sphère du Soleil pour aboutir
ensuite aux sphères supérieures. Deux de ces sphères
supérieures représentent la Sévérité et la Pitié. Dans l'une est
représenté Abraham prêt à sacrifier son fils sur le
commandement de Dieu et dans l'autre on voit Isaac après
qu'il ait été épargné. Dans l'une des Sphères Célestes on
trouve l'Œil qui voit tout, celui qui comprend toutes les
choses et forme le réceptacle de la Lumière, assurant la
surveillance de la Grande Mère sur toute la création ; dans
l'autre, les cadeaux de Dieu jaillissent de la Corne
d'Abondance appelée encore Corne du Messager Divin (qui
proclame la Sagesse du Verbe) et, couronnant le tout, le
Diadème de l'Etre Suprême relié à la Couronne d'Epines,
accompagné du texte latin : « Toi qui, par Tes Mains
étendues sur la Croix, a attiré tous les âges vers Toi ».
Sous l'Arbre de Vie est représenté le Chandelier à Sept
Branches et l'Anneau du Zodiaque encerclant l'Univers Etoile
sous la garde de deux Chérubins. Au-dessus se trouve le
Cercle du Suprême divisé selon la dualité Blanc - Noir du
Positif et du Négatif Cosmiques d'où toute chose procède.
La Qabal est la pierre de fondation de la Tradition
Occidentale des Mystères et de nombreuses parties de
l'Ancien Testament ne sont compréhensibles qu'à sa lumière.
Ce premier volume du GUIDE PRATIQUE DU
SYMBOLISME DE LA QABAL compare l'occultisme
occidental et les systèmes orientaux de yoga, analyse en
détail l'ARBRE DE VIE de la Qabal et décrit la théorie et
l'application pratique du symbolisme Qabalistique dans la
Tradition Esotérique Occidentale.
La Qabal est un système de relations parmi les symboles
mystiques que l'on est amené à rencontrer qui, selon
Paracelse, peuvent être utilisés pour ouvrir l'accès aux
étendues cachées de l'esprit, au-delà des frontières de la
raison.
La Qabal apporte les moyens de pénétrer derrière le
symbolisme. C'est un processus mystique inversé. L'ARBRE
DE VIE est un système complet de symboles qui englobe
tous les autres systèmes symboliques, les croyances
religieuses, les mythologies, et fournit une méthode
d'interprétation basée sur les principes abstraits et universels.
GARETH KNIGHT
GUIDE PRATIQUE
DU SYMBOLISME
DE LA QABAL
tome I
SUR LES SPHERES DE L'ARBRE DE VIE
« A PRACTICAL GUIDE TO QABALISTIC SYMBOLISM
Traduit de l'anglais par DAMANO
Sommaire
PREFACE DE L'AUTEUR A LA SECONDE IMPRESSION ........................................................ 7
PREFACE DE L'AUTEUR A LA TROISIEME IMPRESSION ..................................................... 8
CHAPITRE I LES UTILISATIONS DE LA QABAL ................................................................. 10
CHAPITRE Il UN YOGA POUR L'OCCIDENT ........................................................................ 18
Raja Yoga ............................................................................................................................................ 20
Bhakti Yoga ........................................................................................................................................ 22
Jnana Yoga .......................................................................................................................................... 24
Karma Yoga ........................................................................................................................................ 25
Hatha Yoga.......................................................................................................................................... 25
CHAPITRE III UN APERÇU DE L'ARBRE DE VIE ................................................................. 27
CHAPITRE IV LES ATTRIBUTIONS SEPHIROTHIQUES ..................................................... 39
CHAPITRE V LE NON-MANIFESTE ET LES VOILES DE L'EXISTENCE NEGATIVE ..... 50
CHAPITRE VI KETHER - LA COURONNE ............................................................................. 60
CHAPITRE VII CHOKMAH - SAGESSE .................................................................................. 68
CHAPITRE VIII BINAH - COMPREHENSION ........................................................................ 77
CHAPITRE IX DAATH - CONNAISSANCE ............................................................................. 87
CHAPITRE X CHESED - MISERICORDE ................................................................................ 96
CHAPITRE XI GEBURAH - SEVERITE ................................................................................. 104
CHAPITRE XII TIPHERETH - BEAUTE ................................................................................. 113
CHAPITRE XIII NETZACH - VICTOIRE ................................................................................ 123
CHAPITRE XIV HOD - GLOIRE ............................................................................................. 134
CHAPITRE XV YESOD - FONDATION ................................................................................. 142
CHAPITRE XVI MALKUTH - LE ROYAUME ....................................................................... 152
CHAPITRE XVII LA SOUPLESSE DE L'ARBRE................................................................... 163
CHAPITRE XVIII RELATIONS ENTRE LES SEPHIROTH .................................................. 168
CHAPITRE XIX LES GRADES ESOTERIQUES .................................................................... 172
CHAPITRE XX ATTRIBUTIONS DIVERSES ........................................................................ 180
CHAPITRE XXI LES QLIPHOTH ............................................................................................ 184
CHAPITRE XXII APPLICATIONS PRATIQUES ................................................................... 188
TABLE I - LES LETTRES HEBRAIQUES ....................................................................................... 193
TABLE IIa - LES SEPHIROTH - Translitération .......................................................................... 195
TABLE IIa - LES SEPHIROTH - version française....................................................................... 196
PREFACE DE L'AUTEUR
A LA SECONDE IMPRESSION
Cet ouvrage a été écrit il y a sept ans et certaines des opinions ou positions
prises alors ne le seraient peut être plus actuellement. Cependant, il reste un
exemple de travail méditatif dans le domaine de base de l'Arbre de Vie
Cabalistique et, dans la mesure où il révèle cet aspect important de l'Arbre, il a
atteint son but, nonobstant toute erreur personnelle d'interprétation.
Les personnes intéressées peuvent également compulser les excellents
ouvrages de Dion Fortune (Mystical Qabalah) d'Israël Regardie (Garden of
Pomegranates), de W. G. Gray (Ladder of Lights), de W. E. Buttler (Magic and
the Qabalah) et le livre de A. D. Duncan, « The Christ, Psychotherapy and
Magic », qui constitue une très intéressante approche Chrétienne du sujet.
Si nous réécrivions ce livre, nous encouragerions maintenant l'usage de
chapelles privées plutôt que d'en douter et nous serions moins naïvement
optimiste quant aux mérites de la Scientologie. De même, nos théologie et
eschatologie spéculative seraient certainement sérieusement révisées. Cependant,
nous pensons écrire de nouveaux ouvrages sur nos nouvelles positions plutôt que
de réécrire ce guide pratique qui s'est imposé comme livre de référence pour
beaucoup d'étudiants.
Quelques occultistes expérimentés nous ont écrit pour nous dire qu'ils utilisent
des correspondances différentes des nôtres. Nous sommes certains que d'autres
systèmes peuvent être utilisés avec succès ; cependant, nous pensons que dans une
étude comme celle-ci, il est essentiel de s'en tenir à une tradition prouvée et
éprouvée, telle que nous l'avons reçue. Il est très peu probable en effet qu'un
système de correspondance puisse être « le seul, l'unique et le vrai ».
14. 4. 69 G. K.
PREFACE DE L'AUTEUR
A LA TROISIEME IMPRESSION
Depuis la publication de ce manuscrit il y a dix ans, mon avis s'est
immanquablement modifié sur la majeure partie des positions prises alors. J'avais
pensé écrire une nouvelle édition mais, étant donné que les modifications auraient
été très profondes, j'aurai pratiquement du écrire un nouveau livre.
S'il était écrit aujourd'hui, les hypothèses théologiques seraient radicalement
modifiées. Nous donnerions également moins d'importance à « The Cosmic
Doctrine » ou à « The Tibetan », et l'expression de notre foi en la Scientologie
comme panacée psychologique serait moindre. Cependant ces trois dernières
méthodes sont valables si on les utilise avec précaution et discrétion. Par contre,
nous insisterions beaucoup plus sur le Qabalisme traditionnel, qu'il soit Chrétien
ou Juif.
Disons brièvement que l'ouvrage tel qu'il est présente une philosophie et une
vue du monde beaucoup plus proches de l'Hindouisme ou du Bouddhisme que
d'une révélation de la Bible dans laquelle la Qabal prend ses sources. De même,
ses découvertes pratiques tendent à être une étude intellectuelle de l'inconscient
collectif plutôt qu'une véritable expérience mystique.
Cependant, il représente le moyen terme entre le monisme oriental (influence
de H. P. Blavatsky) et la position occulte Chrétienne. De ce fait, il constitue un
guide plus sûr que certains autres ouvrages traitant du même sujet. Il a été écrit
avec sincérité - sinon naïveté - par l'un de ceux qui a récemment gravi les
différents grades d'une école d'occultisme qui suit les règles de la Golden Dawn
(une synthèse des Mystères et systèmes magiques païens et des traditions
Maçonniques et Rosicruciennes), et qui a subi, comme il en est souvent le cas,
l'influence de l'expérience mystique Chrétienne.
Les organisations qui utilisent cet ouvrage comme livre de cours peuvent être
assurées qu'il continuera d'être publié, sans modification importante, dans sa
forme actuelle tant que la demande existera. Les nouveaux aperçus de l'auteur et
ses travaux" de recherche feront l'objet de nouveaux livres, plutôt que de
modifications aux anciens. Avant que ceux-ci ne paraissent, le lecteur peut
consulter avec profit « The Christ, Psychoterapy and Magic » de A. D. Duncan
(chez Allen et Unwin) et les travaux de C. S. Lewis (science fiction, littérature
enfantine, autobiographie et apologétique).
Enfin, il serait bon de rappeler les réserves que nous formulions dans la préface
originelle de ce livre. Les opinions exprimées ici sont celles de l'auteur, et aucune
d'entre elles ne doit être considérée comme péremptoire ou dogmatique, même si
elle en donne inconsciemment l'apparence. Quant aux correspondances
secondaires, et en particulier celles qui concernent l'astrologie et le Tarot, ce sont
celles utilisées traditionnellement par la Golden Dawn.
Elles fonctionnent mais ne forment pas nécessairement le seul ni le meilleur
système. Chacun a son goût. Ce livre n'a également aucune vocation d'ouvrage
éducatif. C'est simplement un large exemple de méditation sur l'Arbre de Vie, ce
système traditionnel de symboles aux utilisations très étendues et à la fois
uniques. Tous les mérites reviennent à l'Arbre alors que les erreurs sont miennes.
J'espère sincèrement que ce travail pourra aider tous les vrais chercheurs et ceci en
dépit de ses défauts, graves ou infimes.
Kyrie Eleison
19. 2. 72 G. K.
CHAPITRE I
LES UTILISATIONS DE LA QABAL
1. « Si nous voulons connaître la nature intérieure de l'homme par sa nature
extérieure ; si nous voulons comprendre son paradis interne par son aspect externe
; si nous voulons connaître la nature interne des arbres, herbes, racines et pierres
par leur aspect externe, nous devons poursuivre notre exploration de la nature en
nous basant sur la Qabal. Car la Qabal ouvre la voie à l'occulte, aux mystères ; elle
nous permet de lire des livres et des épitres scellés hermétiquement et il en est de
même pour la nature intérieure des hommes »( 1 ). Ainsi écrivait Philippus
Aureolus Theophrastus Bombastus von Hohenheim, dit Paracelse, le physicien,
philosophe et mystique médiéval.
2. Le but de ce livre est de prouver que ce que Paracelse affirmait sur la Qabal
est aussi vrai de nos jours qu'en son temps. La méthode probatoire ne consistera
pas en un historique de son usage ou en une analyse de sa provenance ; car la
preuve de toute pâtisserie se fait en la mangeant, et non en lisant quelque recette
établie par d'illustres consommateurs antérieurs ou par un traité sur la provenance
des différents ingrédients.
3. En tant que système théosophique, la Qabal et son diagramme fondamental,
l'Arbre de vie, fonctionnent. Le seul but de ces pages est de rendre le lecteur a
même de l'essayer pour lui-même et de se faire alors son propre jugement à partir
de son expérience personnelle. Ce livre est donc autant un guide pratique qu'un
traité théorique. Il est destiné à ceux qui recherchent une quête psychique et une
aventure spirituelle plutôt qu'à ceux qui recherchent simplement un acquit de
connaissance.
4. Mais afin d'éviter toute incompréhension préliminaire, il serait peut être bon
d'examiner l'affirmation de Paracelse un peu plus en détail.
5. Dans sa première affirmation il dit qu'au moyen de la Qabal nous pouvons
connaître la nature intérieure de l'homme par sa nature extérieure et comprendre
1
Paracelse. Ecrits sélectionnés (édition Jacobi) publiés par Routledge and Kegan Paul, Londres et également
chez l'éditeur américain Panthéon, 1951, New York.
son ciel interne par son aspect externe. Il va jusqu'à englober le monde externe des
arbres, herbes, racines, pierres et de la nature en général.
6. A partir de ceci, nous pouvons déduire un principe fondamental qui veut qu'il
y ait une réalité ou essence intérieure des choses distincte de leur apparence
extérieure et que, de plus, la nature intérieure peut être déduite de la nature
extérieure. Ce n'est en aucune façon un concept exceptionnel ; il est tout à fait
semblable à la philosophie idéaliste. Il comprend cependant les raffinements des
écoles Hermétiques disant que Dieu ayant fait l'homme à Sa propre image,
l'examen de l'homme mène donc à la connaissance de Dieu. Et comme Dieu a créé
la Nature, de même, elle aussi cache et révèle Dieu.
7. Ainsi toute manifestation dans le monde matériel est un effet des causes
opérant à partir d'un plan supérieur, et ces causes peuvent être déduites des effets
qu'elles produisent, jusqu'à la Cause Primordiale, Dieu Lui-même. Ceci s'accorde
avec l'axiome Hermétique « Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».
8. Il est évident que, chez l'homme, le niveau de causalité est supérieur à celui
du monde matériel, sauf à considérer l'homme comme un automate. Par exemple,
les actions de l'homme sont régies par ses décisions mentales ou par ses penchants
émotionnels. On peut dire que ses décisions ou ses penchants sont à leur tour
provoqués par les effets de l'environnement, et ceci est très vrai, car tous ceux qui
vivent dans le monde matériel subissent son influence - plus ou moins fortement
selon les personnes. La grande majorité de l'humanité est régie par des
circonstances externes, mais l'homme supérieur est celui qui se fixe son propre
but et change donc son environnement en conséquence, 'Ou sa réaction envers lui.
Il est le maître de son destin.
9. De la même façon, on peut concevoir les formes innombrables de la Nature
comme des expériences diverses de ce qu'on a appelé le Grand Laboratoire de la
vie. L'hypothèse matérialiste de la « sélection naturelle » est très logique à son
propre niveau, mais elle pousse la logique très loin, presque aussi loin que la
proverbiale main du hasard. On nous demande par exemple de regarder une rosé,
ou la beauté chatoyante d'une queue de paon et de croire alors que la première
était en fin de compte la forme la plus attrayante pour certains insectes, que l'autre
était l'élément particulier qui excitait le plus le désir érotique de la femelle paon, et
que toutes les autres nuances ont ainsi disparu. De même, on invoque le hasard
pour expliquer que la nature physique de cette planète soit justement celle qui
permette d'y entretenir la vie. Un Plan derrière tout cela, n'est-ce pas en fait
l'explication la plus logique et la plus satisfaisante ? (D'aucuns diront que la
logique et la satisfaction ne sont pas nécessairement des critères de vérité, et ils
auront certainement raison sur le plan des conjectures philosophiques. Si on
conduit le raisonnement aussi loin, on se trouve finalement devant le choix du
nihilisme ou de la foi. On revient alors à la logique et à la satisfaction pour
justifier l'un ou l'autre, selon un choix irrationnel).
10. Cependant, la croyance en un Plan Divin -sauf peut-être chez le
Scientologue Chrétien - ne suppose pas une tentative de négation des limites que
le monde physique impose. Les Lois du monde physique sont indéniables, et tout
ce qui va contre elles en souffre en conséquence. Les Lois de la physique, de la
chimie et de la biologie sont antérieures à la venue de la vie et celle-ci doit s'y
adapter. Mais ces Lois n'empêchent pas plus la manifestation de grande beauté, ou
de toute autre finalité de la vie qu'elles n'en sont les causes. Ce sont, tout au plus,
des régulateurs.
11. Au vu de ceci, il est possible de concevoir qu'il y ait des formes de vie sur
d'autres étoiles et planètes qui soient adaptées pour prospérer dans de telles
conditions. On pourrait par exemple imaginer des êtres aux corps de feu sur le
Soleil. Cela est certainement plus probable que l'idée voulant que notre planète
soit la seule à être habitée dans un rayon de milliers d'années-lumière. Si la vie
veut se manifester, elle se manifestera, quelles que soient les conditions ; et,
s'étant donc adaptée à ces conditions, elle poursuivra son propre mode
d'expression conformément, et non pas à cause, de ces conditions.
12. Ceci nous ramène à Paracelse, lorsqu'il dit que la nature intérieure, qui a
provoqué la forme extérieure, peut être déduite de la dite forme extérieure. La
méthode qu'il recommande est celle de la Qabal, qui, bien qu'étant un système bâti
sur des correspondances symboliques, n'a rien à voir avec les pseudosciences qui
florissaient au Moyen-âge, sinon par le fait qu'elles n'étaient que des applications
ignorantes de sa doctrine générale. Même Paracelse, étant homme de son époque,
fut coupable de cette sorte d'erreur. Il croyait par exemple que, puisque les feuilles
du chardon sont piquantes, c'était un excellent remède pour guérir les picotements
internes, et que cette autre herbe, enroulée dans une enveloppe semblable à une
armure, protégerai! contre les armes. De nos jours, cela demanderait beaucoup de
foi pour croire en de telles médications ou protections mais nombreux sont ceux
qui payent de bel et bon argent des livres ayant la prétention de dire le caractère ou
le destin à partir des lettres du nom, de résidus laissés dans les tasses de the ou de
café, et ainsi de suite ; toutes ces superstitions proviennent de la même source.
13. Le malheur est que de telles manifestations portent de nos jours de
nombreuses personnes intelligentes à condamner comme folie tout ce qui peut
avoir la plus petite apparence d'occultisme, de la même façon que nos ancêtres les
moins tolérants le condamnaient comme sorcellerie. La morale dans les deux cas
est de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain - bien que nos ancêtres le brûlaient sur
le bûcher pour faire bonne mesure.
14. Paracelse dit ensuite que « La Qabal ouvre la voie à l'occulte, aux mystères
; elle nous permet de lire des livres et des épitres scellés hermétiquement et il en
est de même pour la nature intérieure des hommes ».
15. Il est intéressant de noter que, après sa liste de « occulte », « mystères »,
« épitres et livres », il revient encore à l'homme. L'homme est la clé entière de
toutes ces choses, car la fameuse devise écrite en lettres d'or à l'entrée de l'Oracle
de Delphes - GNOTHI SEAUTON -, (Connais-toi Toi-même, ou, Apprends à Te
connaître Toi-même), est le commencement, et aussi la fin, de tout
développement spirituel.
16. Le mot «occulte» signifie caché et certaines personnes l'utilisent souvent
comme synonyme du mot « ésotérique ». Et ils sont tous deux utilisés
concurremment dans ce qui est souvent appelé « L'Enseignement des Mystères ».
Il peut être bon de développer un peu ces deux concepts.
17. Dans le langage commun, le mot « mystère » peut signifier une chose soit
secrète, soit inexplicable. Dans son sens ecclésiastique, c'est une vérité religieuse
au dessus de la raison humaine mais révélée par Dieu ; et dans son sens archaïque,
c'était un métier manuel ou un commerce. En parlant des Mystères comme école
d'initiation, on utilise un mot comprenant toutes ces significations.
18. L'enseignement des Mystères, en ce qu'ils sont pour la plupart des vérités
religieuses, dépasse l'esprit rationnel. Pour le processus mental logique, que
beaucoup de personnes tiennent à contrôler entièrement, ils peuvent apparaître
absurdes. Le Mystère de la Sainte Trinité, par exemple, est une vérité religieuse
hors de portée de l'esprit. La plupart des gens l'acceptent par foi, mais pour une
minorité, les mystiques de l'Eglise, ce peut être une grande réalité, une profonde
expérience qui ne peut donc être correctement décrite par des mots. Mais les mots
sont les instruments avec lesquels travaille l'esprit rationnel et les seules façons
d'expliquer de telles choses au moyen de mots sont l'analogie, l'allégorie et le
symbole. Et même celles-ci ne transmettent-elles que peu de choses à l'esprit
normal, comme le verra celui qui, par exemple, essaye d'interpréter le Livre de
l'Apocalypse.
19. C'est pour des raisons semblables que l'on utilise les mots « occulte » et
« ésotérique ». Beaucoup d'absurdités monstrueuses ont été écrites à propos du
« secret occulte », des «Clés du Pouvoir», et d'autres choses semblables dans ces
dernières années, principalement pour cacher l'ignorance de l'écrivain ou
également pour le porter facilement aux nues. La raison pour laquelle les
Mystères, qui sont en fait le Yoga de l'Occident, sont dits cachés et réservés à une
minorité, est qu'il ne peuvent pas être expliqués aux profanes. La barrière se situe
uniquement dans la communication. Essayer de décrire une expérience mystique
cela revient à vouloir décrire le parfum d'une fleur ; on ne peut pas le faire. Le
mieux que l'on puisse faire est d'indiquer a l'interlocuteur la meilleure façon
d'obtenir la fleur en cause pour qu'il puisse la sentir lui-même. S'il n'a pas envie de
suivre vos avis ou s'il refuse carrément de croire que la fleur existe, on ne peut
plus rien faire pour lui. La Qabal peut donc être décrite comme un tracé du jardin
d'agrément de l'expérience mystique. On peut en parler à un interlocuteur s'il est
intéressé, mais lui seul pourra décider s'il désire l'utiliser. C'est-à-dire qu'il ne
suffit pas qu'il ait une compréhension purement intellectuelle de ses ramifications
; il doit en faire l'expérience pratique. L'approche purement intellectuelle revient à
s'attendre à sentir l'odeur des fleurs directement dans un catalogue de grainetier.
20. Le secret entre effectivement en vigueur au cours d'une utilisation pratique
de la Qabal en groupe. Il est possible d'accomplir seul de bons progrès, mais
ceux-ci sont plus rapides dans une Ecole des Mystères. Là se forme un Esprit de
Groupe qui affecte l'esprit inconscient de chacun de ses membres. Les idées de
chaque membre du groupe sont comme mises en commun, afin que les autres
membres puissent les capter par la télépathie. C'est une opération purement
automatique qui se produit dans tout groupe de personnes de façon plus ou moins
forte, mais beaucoup plus lorsque ce qui est connu est gardé secret, strictement
caché aux personnes étrangères au groupe, et particulièrement lorsque les choses
tenues secrètes sont des sujets affectant profondément le subconscient,
c'est-à-dire le symbolisme, les croyances religieuses, les représentations
mythologiques, etc. Dans ce cas le secret est alors nécessaire sinon le travail
devient sans valeur. Mais il ne s'agit là que du secret des méthodes pratiques
utilisées par ce groupe en particulier.
21. Ainsi, dans le travail ésotérique pratique, comme dans le culte religieux -et
il existe un lien très étroit entre les deux- le groupe est un avantage certain.
Comme le disait Notre Seigneur : « Lorsque deux ou trois d'entre vous sont
rassemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux ». Et dans le travail plus évolué,
particulièrement lorsque les symboles utilisés ne sont pas simplement contemplés
subjectivement mais rituellement mis en œuvre, il est nécessaire de posséder une
grande compétence. Par exemple, il y a plus à gagner à participer à une Messe
Catholique Romaine qu'à s'habiller d'ornements sacerdotaux et réciter des
paroles. C'est par ce développement de compétence que l'on peut retrouver la
signification archaïque d'habileté ou de métier des « Mystères ». La formation est
celle d'un apprenti. Ainsi, pour constituer un groupe rituel il faut au moins qu'une
personne soit déjà experte pour pouvoir former les autres. Si une foule d'amateurs
se rassemble et essaye de pratiquer une cérémonie rituelle, le résultat sera nul ou
dépassera ce qu'ils en attendaient. Et cette dernière possibilité n'est pas une
plaisanterie car les puissances subconscientes contenues dans le symbolisme
mystique sont de la dynamite psychologique.
22. La Qabal, donc, est un système de liens entre les symboles mystiques qui
peuvent être utilisés, comme le dit Paracelse, pour ouvrir la voie vers les étendues
cachées de l'esprit, au delà des frontières de la raison. Elle nous permet de lire
« des livres et des épitres scellés hermétiquement » c'est-à-dire les écrits de nature
mystique nécessairement conçus dans un langage symbolique, car la Qabal nous
donne le moyen de pénétrer jusqu'à la signification cachée derrière le
symbolisme.
23. On pourrait y voir un processus mystique inversé. Un mystique normal aura
ses visions par ce qu'il appellera sans aucun doute « la grâce de Dieu », et essayera
alors de les transcrire en symbolisme ou analogie -les métaphores approximatives
les plus proches dans le langage de l'esprit. La Qabal, par une étude du
symbolisme, aide le Qabaliste à parvenir à la réalité que le mystique a essayé de
décrire.
24. Ceci s'applique non seulement au mysticisme Chrétien mais à toutes les
autres fois religieuses, y compris le paganisme. On peut ainsi obtenir l'expérience
de ce que les Grecs voulaient évoquer par Pallas Athénée, Zeus, Déméter et les
autres Dieux de l'Olympe ; de ce que les Egyptiens appelaient Isis, Râ, Osiris,
Horus ; de ce que les Celtes appelaient Ceridwen ; les Indiens d'Amérique le
Manitou, Hiawatha, et ainsi de suite tout au long de l'histoire entière de la
recherche du Divin par l'homme. Parmi les « livres et épitres scellés
hermétiquement » on trouve non seulement la Bible mais également d'autres
traités mystiques tels que « Le Livre des Morts Egyptiens », « La Grande Histoire
du Saint Graal », le « I ching ou Livre des Changements », pour n'en nommer que
quelques-uns.
25. En bref, bien qu'étant avant tout un système Judaïque, elle agit, par son
tracé systématique, comme clé de l'étude comparative des religions, et non pas
simplement comme une étude académique, mais comme une théosophie pratique.
La raison pour laquelle ceci peut être accompli réside dans le fait que la structure
intérieure de la psychologie humaine étant la même, quelle que soit la race ou la
croyance, et Dieu étant Un, toutes les approches de Dieu doivent être semblables.
On peut considérer que la diversité des hommes est répandue tout autour de la
circonférence d'une roue, avec Dieu en son centre. Alors, bien que les approches
de Dieu partiraient d'angles différents, comme les rayons d'une roue, et que
certains paraîtraient diamétralement opposés à d'autres, un rayon ressemblerait de
très près à un autre, bien qu'il puisse être peint d'une couleur différente ou taillé
différemment.
26. Il se peut cependant qu'il soit impossible de faire s'accorder le
Christianisme, par exemple, avec des religions païennes, l'une étant un système
monothéiste alors que les religions païennes ont le culte de nombreux dieux. Dieu,
en fait, œuvre de nombreuses façons et même le Chrétien le plus orthodoxe prie
Dieu sous de nombreux aspects, en tant que Père, Fils, Saint Esprit, Juge des
Mauvais, Rédempteur des Péchés, Faiseur de Pluie, Protecteur des Récoltes, pour
ne pas citer la Vierge Marie et l'intercession des Saints.
Aucun de ceux-ci n'est incompatible avec la croyance en Un Dieu Unique. Les
païens avaient de nombreux dieux qui représentaient un aspect particulier du Dieu
Unique, lequel existait alors comme maintenant, mais la plupart des païens rie le
comprenaient pas. Les cultes païen et moderne sont d'une certaine façon
diamétralement opposés. Les Chrétiens modernes ne pensent qu'à un Dieu et
prient cependant les divers aspects de l'Unique. Les païens pensaient seulement
aux divers aspects de Dieu et priaient cependant Un Seul Dieu à travers eux. C'est
en fait simplement une question de terminologie, la réalité étant la-même.
27. Le fait que le système Judaïque ait tant de valeur provient de ce qu'il fut l'un
des premiers, sinon le premier, des systèmes monothéistes et, de ce fait, il est à
cheval sur chacun des mondes, Dieu, bien qu'étant Un, est considéré comme se
manifestant au travers de dix émanations qui sont soigneusement décrites, et
chacune de ces émanations est placée sous la présidence d'un Archange et d'un
Choeur d'Anges. De plus, il donnait également le détail d'un système intégral de
démons correspondant à chaque émanation de Dieu, pour en représenter les
aspects opposés. Mais ceux-ci ne doivent pas nous retenir pour le moment ; en
fait, le moins ils nous retiendront, le mieux ce sera.
28. A chaque émanation ou aspect de la Divinité, en plus des écrits qui la
concernent, on attribuait également un certain nombre de symboles verbaux ou
imagés, autour desquels d'autres se sont formés au cours des études Cabalistiques
de tous les temps. Dans ce dernier symbolisme, une partie est plus digne de
confiance que l'autre, et doit encore faire l'objet de recherches et
d'expérimentation. La Qabal est un système vivant, ses preuves résident dans son
application pratique et non dans la recherche historique.
29. Le symbolisme en général peut être classé en deux rubriques : Arbitraire et
Universel.
30. Les Symboles Arbitraires sont très amplement utilisés dans de nombreux
domaines : la science et les mathématiques, la notation musicale, et dans les mots
eux-mêmes. Ils se rencontrent dans l'art. A l'époque médiévale, on peignait
généralement Judas avec une robe jaune pour évoquer l'envie, alors que la Vierge
Marie portait un manteau bleu.
31. Ce dernier symbolisme de la Vierge Marie associée au bleu est presque un
symbole Universel, mais pas tout à fait cependant. Dans quelques cas, il n'existe
pas de ligne précise entre l'un et l'autre.
32. La signification première du symbolisme Universel est plus ou moins
immuable. Le symbolisme numérique est un bon aperçu ; le nombre trois, par
exemple, ou le triangle, évoquent le caractère triple de toutes choses, le
Trois-en-Un de la Divinité ; la thèse, l'anti-thèse et la synthèse de la philosophie
de Hegel ; les modes possibles de manifestation de la force : active, passive ou
équilibrée. Le Soleil est un autre exemple : centre d'un système, source de
lumière, soutien de la vie, toutes ces descriptions pouvant aussi s'appliquer à la
Divinité dont il est un symbole. On ne doit pas croire que nos ancêtres païens
adoraient nécessairement le Soleil lui-même ; ils furent capables d'atteindre un
haut degré de civilisation et de raffinement philosophique, comme le montrent
leurs écrits. On pourrit également accuser injustement les Chrétiens d'adorer une
croix, simplement parce qu'elle apparaît sur leurs autels. En fait, c'est un symbole,
et il est de plus Universel, bien que de formes variées. Une Croix du Calvaire
appelle différentes associations allant de la Croix à Bras égaux à la Swastika.
33. Les exemples donnés ici sont tous des symboles simples, mais il est
possible d'en trouver de très compliqués. L'histoire d'Adam et Eve, par exemple,
est un vaste symbole des débuts de la vie humaine, et l'Apocalypse de St Jean le
Divin en est un encore plus vaste de sa fin. Il y a une abondance de symbolisme
dans la mythologie païenne comme, par exemple, Prométhée volant le Feu Divin
pour l'apporter à l'homme. Ceci pourrait être exprimé à un niveau pour évoquer la
découverte du feu physique, mais cela contient en fait nettement plus de
sous-entendus. Cela jette une lumière révélatrice sur la signification de la Libre
Volonté et sur la révélation prématurée.
34. Il existe actuellement deux approches de la mythologie. L'une consiste à
l'expliquer au moyen d'une profonde psychologie ; c'est en fait une exploration
bien orientée mais qui, en dernière analyse, ne va pas assez au fond des choses.
L'autre l'explique en l'imputant aux mouvements des tribus et subséquemment à
l'ascension et à la chute des diverses divinités et formes de culte. Celle-ci est sans
aucun doute dans le vrai, mais c'est une approche très superficielle.
35. La majorité des mythes contient une très grande diversité de sens, naturel et
artistique, moral et éthique, philosophique et métaphysique, religieux et
théologique, mystique et occulte. Ils peuvent s'appliquer à l'homme, à l'Univers,
ou aux deux. Ce qui semble être une simple histoire peut mener à la perception
d'une vérité infinie comportant des applications dans tous les domaines de
conscience.
36. Ceci s'applique d'une manière identique au symbole composé de l'Arbre de
Vie, qui est la base de la Qabal. Et il est non seulement un symbole englobant tout
en lui-même, mais il permet d'interpréter d'autres systèmes à sa lumière. Donc,
par sa capacité de relier différentes mythologies et croyances religieuses, et des
systèmes occultes de symboles tels que l'astrologie, la numérologie, l'alchimie et
le Tarot, c'est la pierre de fondation de la Tradition Occidentale des Mystères.
CHAPITRE Il
UN YOGA POUR L'OCCIDENT
1. La Tradition Occidentale des Mystères est la contrepartie de ce qui est connu
en Orient sous le nom de Yoga, et il est dommage que la plupart des gens n'aient
jamais entendu parler de la première et ne connaissent que très peu de choses du
second.
2. En Occident, aucun de ces systèmes n'a fait l'objet de beaucoup d'attention
hormis chez leurs fervents, jusqu'à la toute dernière partie du dix-neuvième siècle,
époque à partir de laquelle il y eut un intérêt croissant graduellement pour les
méthodes de développement intérieur, ainsi qu'une proclamation croissante de
sottises, comme le montrera tout examen de la majorité des produits exposés dans
une librairie d'occultisme. Le public demande toujours ce qui est sensationnel,
que ce soit vrai ou non, et beaucoup de personnes sont intéressées à répondre à
cette demande.
3. Selon la Qabal, la première qualité nécessaire avant d'accomplir tout progrès
spirituel est le discernement. Et le discernement est nécessaire pour différencier le
véritable mystique du faux.
4. En Orient, ce que l'Occidental considère généralement comme yogi est, en
fait, un fakir. Un fakir subjugue son corps physique en le dominant par sa volonté,
bien qu'il en souffre. Beaucoup d'entre eux exhibent des bras atrophiés à force de
les tenir en l'air pendant de très longues périodes, ou des yeux rendus aveugles par
la fixation prolongée du regard sur le Soleil. Il s'agit soit de fanatiques ignorants
qui se torturent eux-mêmes afin d'atteindre la grâce céleste, ou des
prestidigitateurs qui accomplissent des « miracles » grâce à leur habileté, leur
patience et leurs contorsions physiques. Beaucoup d'entre eux se disent yogis
mais le véritable yogi n'est ni fanatique ou sectaire et n'accomplit pas de tours
pour de l'argent. Il est vrai qu'il peut avoir développe des pouvoirs physiques
anormaux, particulièrement s'il est adepte du Hatha Yoga, mais ces pouvoirs sont
un moyen et non une fin.
5. Le but du Yoga est indiqué par la signification du mot Yoga lui-même,
Union, qui correspond à la dernière expérience de la Qabal, l'Union Divine. On
atteint ce but par le contrôle de la volonté et des fonctions de la pensée, de
l'émotion et des mouvements corporels, internes ou externes, ceux-ci opérant
habituellement sans grand degré de contrôle. Le système dans son ensemble est en
fait une combinaison de philosophie, science, religion et art. Il a sa méthode
doctrinale qui constitue sa philosophie, bien que cela demande cependant plus
qu'une appréciation académique, à savoir, une foi religieuse active, et, comme la
pratique de la médecine, c'est en même temps une science et un art.
6. Ce qui a été dit du Yoga d'Orient s'applique également à celui d'Occident. Le
but du véritable pratiquant est le même et, dans chacun des cas, le vrai est masqué
par la clameur et l'exhibitionnisme du faux. En Occident la situation a encore été
compliquée par le fait que l'Eglise a littéralement étouffé tout écrit expliquant les
Mystères. Ainsi, toute la littérature que l'on trouve, les différents traités
alchimiques par exemple, est extrêmement énigmatique sinon trompeuse, car il y
a eu autant, et probablement plus, de faux alchimistes que de véritables ; et parmi
les différents Grimoires Magiques, la plupart ne sont que des absurdités
médiévales, ou des copies de copies qui se sont successivement entachées
d'erreurs croissantes jusqu'à nos jours.
7. En fin de compte, il n'existe que peu d'ouvrages originaux dans la littérature
de l'illuminisme Occidental, et ceux que l'on trouve sont sujets à caution, à cause
des précautions prises ou de la folie, et on ne peut donc les comparer avec l'Orient
et son vaste savoir ésotérique. C'est peut-être autant de gagné car cela nous oblige
à nous servir de nos propres ressources. Nous devons tirer notre théorie de la
pratique, plutôt que de limiter inconsciemment notre pratique par la théorie.
8. La Qabal, dans la pratique, est dérivée presque entièrement d'un simple
diagramme, l'Arbre de Vie, qui est la seule chose fondamentalement nécessaire.
9. Les utilisations que peut permettre le diagramme seront plus facilement
décrites par référence au système Oriental du Yoga. Ils se décomposent en cinq
catégories principales :
i) Raja Yoga - l'éducation de la conscience par la méditation et la
contemplation.
ii) Bhakti Yoga - la voie religieuse de la dévotion mystique.
iii) Jnana Yoga - la poursuite de l'illumination par la spéculation
philosophique.
iv) Karma Yoga - l'application du Yoga par une vie droite.
v) Hatha Yoga - le contrôle du corps et le développement des ressources
physiques intérieures.
10. Le système Occidental comporte des parallèles à ces techniques mais il est
généralement appliqué de façon différente, car les conditions de l'Orient et de
l'Occident et la conformation physique et psychologique de l'homme Oriental ou
Occidental sont, dans une certaine mesure, différentes.
Raja Yoga : on s'attend à ce que la plupart des personnes du monde civilisé
contemporain aient un contrôle suffisant sur leurs émotions pour ne pas les laisser
se traduire par la violence physique. Même cela est difficile à certains et
impossible, semblerait-il, au niveau d'un groupe ou d'une nation. Le Raja Yoga est
un système d'éducation par lequel les émotions et l'esprit sont placés sous contrôle
conscient afin que l'on atteigne non seulement l'harmonie, mais qu'il n'y ait pas
d'émeute sur les niveaux subjectifs émotionnels et mentaux.
11. Toute personne moyenne se préoccupant honnêtement de la condition de
ses propres processus psychologiques verra l'abondant désordre qui y réside.
L'opération a été décrite assez complètement dans la littérature du «courant de
conscience» entre les deux guerres. Egalement, afin de se convaincre de la
condition générale de la conscience humaine, on peut simplement compter dans
les magazines le nombre d'annonces émanant de sociétés qui semblent faire de
bonnes affaires en aidant les gens à surmonter leur « esprit instable », leurs nerfs,
etc. Il est également généralement reconnu qu'un ulcère à l'estomac, pour ne
mentionner qu'une maladie, peut être provoqué par une tension nerveuse. Il est
clair que l'on a beaucoup à gagner à contrôler l'esprit, même du point de vue du
profit matériel, pour ne rien dire des aspects spirituels en cause.
12. Les techniques du Raja Yoga dans ses premières phases sont simplement
des callisthénies de l'esprit, et elles sont fondamentalement les mêmes dans tout
apprentissage occulte. En fait, les premiers exercices sont précisément ceux
qu'utilisent la plupart des sociétés qui proposent par annonces des remèdes contre
les absences d'esprit, la faiblesse de volonté, etc. Il n'existe aucune route facile. Si
on est physiquement mollasse, le seul remède est un sévère exercice et cela
s'applique de la même façon aux muscles de l'esprit.
13. La formation de l'esprit par le Raja Yoga se décompose en trois phases : i)
concentration, ii) méditation, iii) contemplation.
14. Sans concentration, tout travail occulte est impossible, car il exige la faculté
de garder une image à l’esprit, souvent pendant de longues périodes.
15. La seule façon d'apprendre à garder une image à l'esprit est de le faire. On
peut se composer un système d'exercices graduels, en commençant par imaginer
un objet, disons un ballon, et en le gardant à l'esprit pendant dix minutes. Ensuite
on peut aller vers des images plus compliquées jusqu'à ce qu'on puisse garder à
l'esprit un tableau détaillé ou une salle pleine de meubles. Finalement on peut
prendre une courte histoire, et l'ayant lue minutieusement, la traverser comme un
spectateur, en voyant toutes les scènes et en entendant toutes les conversations.
Ceci doit être possible après une courte pratique journalière pendant trois ou
quatre mois. Le secret du succès est une courte pratique régulière plutôt que de
longues passades à intervalles irréguliers.
16. Lorsqu'on est parvenu au pouvoir de concentration, la méditation est
possible. La méditation est l'examen concentré d'une chose, que ce soit une image
ou une idée, et alors que l'esprit est fixé sur cette chose, cela permet la formation
d'idées autour d'elle. De cette façon, on creuse une sorte de puits dans
l'inconscient, et les idées connexes peuvent faire surface.
17. Cette opération permet de trouver la signification de tout symbole, et on
peut prendre en note les idées qui surgissent. De plus, les idées provenant de la
méditation sont des « réalisations » plutôt que des concepts. Avoir un concept
mental équivaut simplement à avoir une donnée à l'esprit, laquelle peut être utile
ou non et est facilement oubliée. Avoir la réalisation d'une chose signifie qu'elle
devient partie intégrante de soi-même. On a pris une idée et on l'a rendue réelle -
« réel-isée ».
18. La méditation est donc une importante opération mentale lorsqu'on utilise
l'Arbre de Vie Cabalistique, car elle permet de comprendre la signification des
ramifications du symbolisme qui lui est attaché et d'en devenir une partie. Et
comme l'Arbre de Vie est un diagramme du Plan Divin, une méditation de celui-ci
durant la vie entière, en bâtissant ses concepts dans l'âme emmènera tout étudiant
très loin sur le Sentier de la Réalisation.
19. Ici, nous sommes allés au-delà de la callisthénie mentale pure, et nous
utilisons l'esprit à des fins ésotériques. Il est donc important de commencer et de
clore toute méditation par un signe saint tel que le signe de la Croix, car l'esprit est
utilisé de manière réceptive en liaison avec un symbolisme très profond, dont une
partie n'est pas corrompue par une utilisation antérieure douteuse.
20. La contemplation provient de la méditation et peut très bien être utilisée en
même temps qu'elle, Elle est difficile à décrire car elle est tellement simple : il
s'agit réellement « d’être au courant ». En plus de la concentration et de la
réceptivité de la méditation, elle porte en elle les qualités de foi, d'amour et de
tranquillité. La méditation est analytique, elle s'appuie sur des exposés, des
principes ou des idées autour de quelque chose. La contemplation est de nature
synthétique : il s'agit simplement d'un regard calme sur quelque chose que l'on a
déjà compris. C'est vraiment une perception spirituelle : « Sois calme, et saches. »
21. La méditation est plus artificielle. La contemplation est une opération
naturelle aisée, que l'on ne peut forcer. Il est possible que de nombreuses
personnes aient contemplé leur vie durant sans en prendre réellement conscience.
Après que la méditation active ait injecté dans l'esprit quelque connaissance de la
nature des « réalités invisibles », la présence et le pouvoir de ces réalités peuvent
alors parvenir à l'esprit par la contemplation. C'est agir comme voie pour le Divin.
On se souviendra du premier chapitre de la Genèse : « Et Dieu vit toutes les
choses qu'il avait faites, et vit que cela était bon ». Il s'agit d'un état d'esprit
semblable, un état d'acceptation, une pratique de la présence de Dieu, et cela n'a
rien à voir avec l'autosatisfaction ou l'optimisme aveugle.
22. Alors que la méditation atteint les meilleurs résultats dans une pièce
faiblement éclairée, loin du bruit, et ne permettant pas qu'on soit interrompu, la
contemplation peut être pratiquée dans son jardin avec une bouteille de bière et
une cigarette ; et si cette affirmation choque quelqu'un, il serait bon que celui-là se
rappelle que, pour l'adepte des Mystères Occidentaux, l'occultisme est un travail
de vingt quatre heures sur vingt quatre, et de sept jours sur sept, comme cela est
également vrai pour le gourou Oriental. Seulement en Occident les adeptes vivent
dans le monde et non pas dans une retraite monastique. Cette considération est
réellement à la base des différences entre le système Oriental et le système
Occidental, bien que chacun d'eux soit suivi avec le même dévouement et les
mêmes aspirations, et qu'ils mènent tous deux au même but.
Bhakti Yoga : C'est le Yoga du mysticisme dévot. Il apprend comment croire et
comment prier et peut s'appliquer à toute religion car leurs différences n'existent
pas pour lui ; seule existe la « Voie religieuse ».
23. Il fut divulgué par les travaux des disciples de Ramakrisna, un de ses
exégètes les plus évolués. Ramakrisna passa tour à tour douze ans à suivre les
méthodes de chaque grande religion et parvint toujours au même résultat, un état
d'extase divine, il affirma donc avoir prouvé par expérience personnelle que
toutes les grandes religions ne sont qu'une, qu'elles mènent toutes au Dieu
Unique.
24. Par le fait que l'Arbre de Vie peut être utilisé comme abrégé comparatif des
religions, on verra que son application par un mystique dévot est une forme
Occidentale du Bhakti Yoga. Il est, en quelque sorte, semblable au Raja Yoga à la
différence de l'accent qui est porté sur les émotions. Pour ceux qui éprouvent de
fortes émotions, il les mate et les dirige vers une voie religieuse, alors qu'en même
temps il peut développer les émotions religieuses chez eux qui n'en éprouvent
guère.
25. Comme il existe en Occident une littérature très importante sur la pratique
de la religion, les concepts du Bhakti Yoga sont familiers à la plupart des gens,
mais il peut être bon de les récapituler.
26. Pour le mystique dévot prier ne consiste pas seulement à s'agenouiller à
certains moments en récitant des mots prescrits devenus vides de sens à force
d'être répétés, ni en des demandes ou suppliques détaillées. La prière est un désir
ardent exprimé par l'âme d'union avec sa source Divine, une expression articulée
de l'aspiration. C'est tout à la fois l'aspiration, la componction, le respect,
l'adoration, la louange, la gratitude, la communion, l'invocation, le désir aimant,
l'oblation et le culte.
27. Les méthodes de prière ont été décrites par de nombreux écrivains
mystiques mais elles suivent généralement une structure de base semblable :
i) Préparation par une lecture sacrée ou une méditation préalable.
ii) Prière vocale, qui peut être spontanée ou prescrite, prononcée
intelligiblement ou énoncée par le pensée.
iii) Méditation fervente ou aspiration muette du cœur.
iv) Expérience mystique dans laquelle l'âme est attirée dans la communion
intérieure et s'entretient avec le Divin dans le silence des mots, des
pensées et des désirs.
28. Ce sont les principes de prière de Dieu, quelle que soit la forme sous
laquelle est conçu le Divin, que ce soit en tant que Christ ou sous l'aspect que Dieu
connu sous le nom de Zeus, Isis, Woden, Ahura-Mazda ou de tout autre. Ce n'est
pas de l'idolâtrie car le Dieu Unique est derrière tous les aspects formulés par
l'homme, mais pour les Occidentaux qui se placent dans la sphère chrétienne et
sont particulièrement attirés par le mysticisme dévot, la voie chrétienne est sans
aucun doute la meilleure, car le Seigneur Jésus est quelque chose de plus
important, pour ne pas dire mieux qu'une idée formée par l'homme pour se
représenter un aspect d'une divinité, comme l'étaient les évocations païennes.
N'oublions pas que Notre Seigneur a dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie ; nul
ne va au Père que par moi » et « voilà que je serai toujours avec vous jusqu'à la fin
du monde ».
29. Nous n'avons pas écrit ceci comme don propitiatoire à l'orthodoxie, mais en
raison du résultat de l'expérience mystique au niveau individuel et du groupe.
30. Pendant que nous traitons du Bhakti Yoga, il est également bon d'examiner
une autre forme de pratique religieuse qui n'existe pas en Orient mais qui a été
instituée par Saint-Ignace de Loyola, le fondateur de la Société de Jésus, dans ses
« Exercices Spirituels ».
31. Ce système de formation recommande une forte visualisation de présence
personnelle pendant les scènes de la vie de Notre Seigneur, il a cependant d'autres
applications et les écoles occultes en font grand usage. C'est un développement
supplémentaire des exercices évolués de concentration, en ce que, au lieu de
parcourir une petite histoire, une œuvre de fantaisie littéraire, on utilise une base
de symbolisme puissamment émotif.
32. On peut encore le développer car des événements spontanés, des symboles
ou des personnages peuvent surgir à la conscience lorsqu'on habite un certain lieu,
par exemple un temple construit dans l'imagination. Cela demande une forte dose
d'habileté technique, le fruit de beaucoup de pratique d'exercices plus
élémentaires, et ce n'est pas une chose dont "on doit se gausser. Cela arrive plus
facilement à certaines personnes qu'à d'autres, et on l'appelle parfois « scrying »
ou « clairvoyance astrale ». Certains trouvent plus facile de bâtir et de retenir des
images dans l'imagination alors que d'autres disent que la réception d'images
spontanées est plus simple. L'opérateur hautement qualifié peut utiliser les deux
méthodes en même temps avec la même facilité.
33. Quant à la Qabal elle est utilisée principalement pour le cheminement-des
Sentiers de l'Arbre de Vie, et nous l'étudierons de façon plus détaillée dans le
second tome de ce livre. C'est une technique utile mais qui peut mener facilement
à l'abus ou à l'illusion personnelle.
Jnana Yoga : Ce Yoga est la voie de connaissance et utilise les méthodes du
Raja Yoga, la concentration, la méditation et la contemplation pour parvenir à une
conception de la réalité des choses et de leur relation mutuelle.
34. Il apprend à l'esprit comment voyager dans des directions inaccoutumées et
sur de nouveaux plans ; en d'autres termes, non pas sur les principes apparents des
choses, mais sur leurs principes intérieurs. Il apprend à l'homme que seul ce qu'il a
expérimenté comme vérité peut être vrai pour lui, que ce qui semble vrai à l'esprit
logique ne l'est pas nécessairement lorsqu'on le voit d'un niveau plus élevé, et que
les mots peuvent être plus un obstacle qu'un secours dans la recherche de la vérité.
35. L'Arbre de Vie Qabalistique est un système « par excellence » pour
comprendre tout ceci. En tant que symbole combiné de liens sous-jacents, il
permet de collationner ce que l'on connaît et d'en déduire ce que l'on ne connait
pas, partiellement par intuition et partiellement à partir de principes premiers.
C'est une sorte d'algèbre métaphysique.
36. On doit cependant toujours se souvenir que les symboles métaphysiques,
comme les symboles algébriques, représentent quelque chose et ne sont pas des
fins en eux-mêmes. La grande limitation du type intellectuel réside dans le fait
qu'il ne peut se libérer de son raisonnement. Quand il a accepté un concept ou un
label pour une chose il croit qu'il la connait. Ainsi, il peut connaître le symbole de
l'Isis Noire menant à l'Isis Blanche ; mais lorsqu'il se trouve face à la réalité
cachée par le symbole, l'aspect hideux rouge-de-dents-et-de-griffes de la Nature,
il est capable d'oublier facilement ce qu'il a appris du symbole et de la glorieuse
révélation cachée sous l'aspect de l'Isis Blanche.
37. La méditation occulte menant à une intuition hyper-développée en est un
remède et s'oppose à la ratiocination ou jonglerie mentale, laquelle est tout à fait
facile avec les symboles. Les symboles peuvent être d'une grande aide à l'esprit
pour le mener dans la bonne direction, mais ils peuvent également être une terrible
barrière. Le but final du symbolisme est sa propre destruction afin de pouvoir
parvenir à la réalité qu'il représente.
38. C'est une chose qu'oublié trop facilement le type intellectuel de personne
qu'attiré cette catégorie d'étude et qui dévore sans en profiter de nombreux livres
traitant de la Qabal car, sans expérience pratique, tous les discours philosophiques
sur le sujet ne sont que des mots, des mots et des mots qui, comme nous le disions
ci-dessus, sont plus des obstacles que des secours, particulièrement dans les
domaines élevés de la vérité.
Karma Yoga : c'est le Yoga qui enseigne la vie droite et qui, en raison du fait
que l'étudiant occulte occidental vit dans le monde, est très important en Occident.
Il s'agit d'un concept diamétralement opposé à la « religion du dimanche ».
39. Pour un étudiant de la Qabal, tout ce qu'il en apprend doit être exprimé dans
sa vie journalière. Il vit à la lumière du principe spirituel.
40. Le but de l'homme ordinaire est de vivre sa vie en évitant toutes les
difficultés, gênes ou désagréments situés dans les limites de sa conscience.
L'étudiant ésotérique doit être un homme à la conscience très exigeante et sa vie
est donc plus difficile. Ceci ne veut pas dire qu'il recherche ou se provoque des
difficultés, mais il considère tous les obstacles comme des défis, et plus grand est
l'obstacle plus il a de chance de vaincre les aspects les plus faibles de sa nature.
41. Les modèles de vie sont décrits dans de nombreuses légendes héroïques des
races, par exemple dans les aventures du Roi Arthur et de ses Chevaliers de la
Table Ronde. On attend d'un étudiant ésotérique qu'il développe ses vertus
ordinaires jusqu'au niveau héroïque. Dans les histoires légendaires, le mal est
facilement identifiable. Il est moins bien défini dans la vie ordinaire et ne
comporte pas non plus le charme médiéval. Le dragon à affronter peut être son
employeur ou sa femme, ce qui est une provocation beaucoup plus subtile que
celles auxquelles tout chevalier des histoires anciennes devait faire face.
42. La principale direction de développement spirituel mène au chemin de la
Croix, modèle que nous montrèrent Notre Seigneur et avant Lui les légendes des
dieux sacrifiés. C'est une voie de sacrifice personnel, un Sentier sur l'Arbre de Vie
parcouru et encore parcouru ; et bien que la Crucifixion puisse ne pas signifier une
mort physique, il est par certains côtés beaucoup plus difficile de vivre sa vie pour
une cause que de mourir pour elle.
43. Si ce passage paraissait trop déprimant pour le lecteur, qu'il se souvienne
qu'après la Crucifixion viennent la Résurrection, puis l'Ascension.
Hatha Yoga : Ce Yoga est le développement du pouvoir sur le corps et ne
convient pas à l'Occidental. Les diverses postures et les exercices respiratoires du
Hatha Yoga ont un effet direct sur les centres éthériques et sur les glandes
endocrines et produisent une sensibilité anormale. Développer un tel degré de
sensibilité en ayant une vie normale dans la bousculade et le remue-ménage de la
civilisation occidentale c'est aller au devant de la dépression nerveuse.
44. Point n'est besoin d'un strict régime physique pour exercer l'occultisme par
des méthodes occidentales. C'est simplement une question de bon sens ; et on
laisse chaque individu se faire sa propre religion sur les questions de régime
végétarien, d'abstinence de liqueurs alcooliques ou de tabac : après tout, chacun
sait ce qu'il lui convient. Le principe est la modération et l'équilibre, et le résultat
dans la vie journalière doit faciliter la fonction, afin qu'il n'y ait pas de distraction
corporelle pendant le travail en cours.
45. La sensibilité apportée en Orient par le Hatha Yoga est produite, en
Occident, pour des périodes temporaires, par un cérémonial rituel. Il s'agit là d'une
affaire hautement spécialisée et, comme nous le disions précédemment, elle ne
doit pas être tentée en dehors d'une école de Mystères. Pour tous ceux qui ne
seraient pas étudiants mais simplement curieux de voir cette technique en
application, on peut y assister et l'expérimenter en assistant à une Messe
Catholique Romaine dirigée par des prêtres d'un ordre contemplatif. Assister à un
service orthodoxe grec ou russe peut également être une expérience intéressante.
Mais même en ces lieux, on ne retirera que peu de profit si l'on prend l'attitude
d'un simple spectateur. Pour tous les aspects de l'occultisme et du mysticisme
comme pour la religion, il s'agit là à la base d'une façon de vivre : on doit se forcer
à la participation active. Après avoir fait les premiers pas avec foi, les pas suivants
deviennent évidents, et les preuves de la validité de l'enseignement se révèlent
indiscutables.
46. Si l'on ne fait pas les premiers pas, rien ne peut suivre. C'est pourquoi la
science, jusqu'à nos jours, n'a accordé que si peu d'importance à la réalité
intérieure cachée derrière les apparences.
CHAPITRE III
UN APERÇU DE L'ARBRE DE VIE
1. Nous avons jusqu'ici prétendu à l'existence d'une gamme complète de vies
derrière les apparences d'une réalité physique. Nous avons également fait une
brève étude de la méthode par laquelle cette réalité peut être rendue accessible à la
conscience. Nous pouvons maintenant procéder à un examen de l'Arbre de Vie, au
moyen duquel on peut formuler un plan d'orientation qui rendra possible
l'utilisation de ces méthodes pour notre meilleur avantage.
2. L'Arbre de Vie (Fig. 1) consiste en dix sphères, plus une onzième
« invisible », et de vingt-deux sentiers les reliant entre elles. Il est conseillé de se
référer constamment au diagramme de base de l'Arbre, et une aide supplémentaire
sera obtenue en faisant d'autres diagrammes et en y plaçant les renseignements
que l'on recueillera par la suite. Le but est de bien asseoir le diagramme de base
dans l'esprit inconscient, et la seule façon d'y parvenir est le travail continu et la
réflexion sur le symbole. Lorsque cette fondation a été correctement établie, on
peut introduire tout autre symbolisme dans l'esprit subconscient pour une période
de gestation ; là, au bout de quelque temps, il se placera sur la partie concernée de
l'Arbre et révélera ainsi sa signification et sa relation avec le symbolisme
précédemment assimilé.
3. L'Arbre de Vie a la prétention d'être un symbole de l'homme et de l'Univers.
Comme le dit la Bible, Dieu a fait l'homme à Sa propre image et à Sa
ressemblance : en conséquence tout ce qui relève de la structure de l'âme et du
corps de l'homme relève de l'âme et du corps de Dieu , l'Univers. L'Arbre peut
ainsi agir comme outil de méditation philosophique et en même temps de
découverte psychologique.
4. Les sphères ou Séphiroth (singulier : Séphire) sont des stades des émanations
de l'Esprit de Dieu ou de l'homme dans son avancement de l'existence nouménale
vers la construction d'un véhicule physique dans le monde phénoménal. Chaque
Séphire représente un stade sur le chemin, et elle subsiste comme centre de force
après s'être établie et ensuite déversée pour former le centre suivant. Les
Séphiroth furent formées en ordre numérique comme le montre le glyphe de
l'Eclair Fulgurant ou de Descente du Pouvoir (Fig. 2). Un glyphe, dans le sens
utilisé par l'occultisme Occidental, est un dessin représentant une ou plusieurs
idées ; l'enseignement des Mystères se fait sous une forme imagée car c'est le seul
langage que comprend l'esprit inconscient. Comme Malkuth, la dixième Séphire,
représente l'intégralité de l'existence physique, y compris le corps de l'homme, on
peut alors se faire une idée, de la grande étendue de ce symbole pris dans son
intégralité.
5. En plus du glyphe de l'Eclair Fulgurant, il existe un autre symbole que l'on
peut superposer sur l'Arbre. C'est le glyphe des Piliers de Manifestation. (Fig. 3).
La Qabal enseigne que toute manifestation est basée sur la dualité ; et le Pilier
droit représente le pôle positif, masculin ou actif alors que le Pilier gauche
symbolise le pôle négatif, féminin ou passif. Cette dualité est en toute chose ; de
même qu'il existe une dualité sur l'Arbre, il y a aussi une dualité dans chaque
Séphire. C'est le principe de polarité.
6. On peut remarquer ce principe dans d'innombrables formes de
l'environnement physique : la polarité des sexes ; le noyau et les électrons qui
l'encerclent dans l'atome ; toute action physique la contient : le moteur et le mû ;
avant qu'une action physique ne s'accomplisse, il y a polarité : le désir de bouger
ou de ne pas bouger ; la thèse et l'antithèse de la philosophie Hégélienne ; les
relations avec les personnes, l'acteur et les spectateurs, le lecteur et l'auditeur, le
père et le fils. De multiples exemples viennent à l'esprit après un court instant de
réflexion.
7. Devant toute cette variété on doit garder à l'esprit que les concepts de l'Arbre
de Vie ne sont pas des concepts statiques aisément définis, mais des idées de
mouvement, de changement et de relations. On présente les Piliers comme
couvrant chacun l'un des côtés de l'Arbre, mais on se souviendra qu'ils opèrent
également dans chaque Séphire et entre une Séphire et une autre. La seule Unité
est dans le Non-manifeste, -c'est-à-dire le pur état de non-existence d'où surgit
l'existence - symbolisé sur l'Arbre par les trois voiles derrière Kéther, la première
Séphire, les Voiles de l'Existence Négative.
8. Un Voile est une chose au travers de laquelle on ne peut voir que
confusément ou pas du tout ; on ne doit donc pas s'attendre à une compréhension
facile du concept de l'Existence Négative. Elle est voilée à l'entendement car
celui-ci fait partie intégrante de l'existence positive. Mais il n'est pas du tout futile
de s'essayer à parvenir à quelque appréhension du sujet. On peut accéder à une
faible lueur confuse. Si quelqu'un veut essayer l'expérience, il peut obtenir
quelque résultat en regardant des cristaux se matérialiser à partir d'une solution
saturée qui refroidit. On peut également visualiser une toile d'araignée,
symbolisant l'esprit non-manifeste de Dieu, sur laquelle la Rosee commence à se
former à partir de l'atmosphère, en globes de cristaux chatoyants jusqu'à devenir
un rayonnant réseau de lumière. Il se peut que les mondes aient été formés de cette
manière.
9. Il reste cependant le Pilier Central qui, lorsqu'on le place sur l'Arbre,
recouvre les Séphiroth centrales. C'est le Pilier de l'Equilibre, placé entre les
Piliers de Fonction.
10. Il pourrait être souhaitable à ce point de prendre un exemple parmi les
Séphiroth fondamentales de l'Arbre, étant donné qu'elles doivent être à la portée
consciente de chacun. Parmi d'autres choses, la Séphire Netzach, à la base du
Pilier droit, représente l'imagination créatrice. Hod, à la base du Pilier gauche
représente l'image de l'activité mentale concrète de l'esprit humain. Chez une
personne bien équilibrée, ces deux facteurs doivent être compensés. Si une
personne a trop de « Netzach » et trop peu de « Hod », on obtient ce type
« bohème », hautement Imaginatif mais irréaliste ; et si elle a trop de « Hod » et
peu de « Netzach », nous pouvons avoir l'académicien sec et poussiéreux, très
brillant lors du passage des examens mais de peu d'imagination. Le résultat de la
combinaison de ces deux Séphi-roth latérales se manifestera en Tiphéreth sous
l'aspect philosophique ou religieux de la personne, en Yésod dans son
comportement instinctuel et en Malkuth dans son être et ses affaires physiques de
ce monde.
11. 0n voit ainsi que l'Arbre peut être utilisé comme instrument de diagnostic
mais, qui plus est, il peut être aussi utilisé comme traitement. Car si la personne en
cause étudiait l'Arbre de Vie elle pourrait, après avoir diagnostiqué son
déséquilibre, y remédier par la méditation soutenue sur la Séphire dont les
pouvoirs lui font défaut. De plus, lorsqu'on aborde l'étude des Sentiers entre les
Séphiroth, des raffinements considérables deviennent possibles. Mais nous
n'aborderons ce sujet que dans le Tome Il.
12. Etant donné que les Séphiroth supérieures de l'Arbre représentent les
aspects superconscients et spirituels de la psyché, on atteint l'expansion de la
conscience et la croissance spirituelle en méditant sur elles. L'Arbre est donc un
moyen par lequel n'importe qui peut, en son temps, atteindre son potentiel le plus
complet. Son danger réside en ce que les personnes mal équilibrées seront
naturellement attirées par les parties où elles ont déjà un surplus de force, ce qui
les conduira à un déséquilibre encore plus fort. Il s'agit d'un puissant outil pour
mener au bien, et non pas d'une chose avec laquelle on joue paresseusement.
13. La vie est un grand réseau de liens ; l'Arbre en est également un. Son
avantage provient de ce qu'il permet de trier les aspects de la vie et de les placer
sous le microscope psychique. Cependant, ceci ne simplifie pas beaucoup plus le
processus de compréhension. L'étude de l'Arbre de Vie demande un travail de
plus d'une vie car, étant ce qu'il est, si vous le comprenez entièrement vous avez
alors la pleine compréhension de la vie elle-même. Il ne s'agit pas d'une étude à
court terme, quelques bons que puissent être vos outils de recherche.
14. En fait, de même qu'aucun aspect de vie ne peut être pleinement compris
sans la connaissance de sa relation avec un grand réseau d'autres aspects, aucune
Séphire de l'Arbre ne peut être décrite sans se référer à toutes les autres Séphiroth.
Et la même démarche s'applique aux Sentiers entre eux.
15. Pour acquérir la base de la compréhension, il sera donc nécessaire de
parcourir rapidement l'Arbre dans son ensemble à partir de différents aspects
avant de traiter en détail de chaque Séphire.
16. Derrière Kéther il y a l'Existence Négative d'où provient toute chose. De ce
vide en gestation émana Kéther, par une sorte de processus de cristallisation
symbolisé en trois stades par les Voiles de l'Existence Négative. Ces voiles
portent les noms hébreux de Ain, Ain Soph et Ain Soph Aur dans l'ordre croissant
de concrétion. Traduits, ces mots signifient Négativité, l'Illimité et Lumière
Illimitée. La pensée concrète peut faire peu de cas de ceci, bien que la méditation
soit recommandée, car l'inconscient en sait beaucoup plus que ce que l'esprit
conscient ne lui accorde.
17. La Négativité est le néant. Cependant, c'est déjà quelque chose car nous
sommes capables de la situer sinon de la définir. Vient ensuite l'Illimité, le néant
illimité. On pourrait l'appeler infinité - un cercle n'ayant pas de circonférence et
dont le centre est partout. Son symbole le plus proche et le plus pur est peut-être le
zéro, le nombre précédant le commencement des nombres. Ce néant devient
ensuite un flamboiement de lumière - la Lumière Illimitée. « Dieu dit : que la
lumière soit ; et la lumière fut ».
18. De cette lumière illimitée se cristallise Kéther, qui veut dire Couronne. Un
centre s'est cristallisé dans le néant - un point qui, selon l'axiome d'Euclide, a une
position mais pas de dimension. Il existe de lui-même, seul, et on peut donc lui
affecter le nombre un.
19. Ensuite, lorsque la Couronne de Création est établie, elle devient consciente
d'elle-même, n'ayant rien d'autre à connaître, et projette une image de soi-même,
la seconde Séphire, Chokmah, qui signifie Sagesse. Il y a maintenant une dualité
dans l'existence et nous avons le nombre deux. « L'Expérience Spirituelle » de
Chokmah est appelée « Vision de Dieu face à face ». Comme l'Ancien Testament
insiste de nombreuses fois pour dire qu'aucun homme ne peut regarder la face de
Dieu et survivre, on peut se douter qu'une expérience réelle de la Séphire
Chokmah serait écrasante. Seuls les plus grands mystiques ont des chances de
parvenir à ses abords sans de forts voiles de symbolisme comme protection.
20. Vient ensuite Binah, fermant le premier triangle, la figure plane la plus
simple et donc l'idée de forme. Jusqu'à ce point il ne s'agissait que de pure force.
Et même Binah est force, mais la force comprenant l'idée latente de forme car une
idée archétype a été créée par ces trois forces qui, en raison même de leur nombre,
rend possible la concrétion dans la forme. Binah a été décrit comme l'idée ou
possibilité de forme ou de limitation de force chaque Séphire élabore une nouvelle
« idée ». Le nombre de Binah est évidemment trois ; et son nom signifie
Compréhension. Un aperçu de la subtilité de ces niveaux peut être déduit de la
réflexion sur les titres de Chokmah et de Binah, Sagesse et Compréhension. La
Compréhension a une implication un peu plus concrète que la Sagesse. La
Sagesse peut être un pur état, mais la Compréhension suppose qu'il y ait quelque
chose à comprendre.
21. Nous avons maintenant formé un triangle que l'on peut appeler le Triangle
Suprême ou des Archétypes par opposition au Triangle Moral ou Ethique de
Chésed, Géburah, Tiphéreth et au Triangle Astral ou Psychologique de Netzach,
Hod et Yésod. Malkuth, le monde physique est schématiquement seul, comme
pendant au Triangle Astral ou Psychologique. Ces triangles indiquent les
Séphiroth fonctionnelles qui se polarisent dans telle Séphire centrale. Nous avons
déjà donné l'exemple de Netzach et Hod cherchant leur équilibre en Tiphéreth,
Yésod et Malkuth. De même, la force pure de Chokmah et l'idée archétype de
forme de Binah ont leur point d'équilibre en Kéther, la source originelle de
potentiel de vie jaillissant du Non-Manifesté et, parvenant ensuite dans la
concrétion en Tiphéreth, le point central d'équilibre de l'Arbre dans son ensemble.
Les Sentiers reliant les Séphiroth montrent la manifestation de ce principe
triangulaire.
22. Il existe une autre division de l'Arbre en quatre niveaux connue sous le nom
des quatre mondes. Ce sont Atziluth, le monde des Archétypes, Briah, le Monde
de la Création, Yetzirah, le monde de la Formation et Assiah, le monde Matériel.
23. Le Monde des Archétypes comprend uniquement Kéther, le point d'où
jaillit le besoin de vie originelle, contenant en lui-même sous forme d'archétype la
potentialité de ses futures possibilités, de même qu'une graine contient l'archétype
de la future plante.
24. Le Monde de la Création comprend Chokmah et Binah, les pure force et
idées de forme d'où découlera la création future.
25. Le Monde de la Formation, le monde des Formes, comprend les autres
Séphiroth, à l'exception de Malkuth car, bien que la concrétion physique n'ait pas
encore eu lieu, toute manifestation sous le Triangle Suprême se fait en terme de
formes, que ce soient des concepts mentaux, des images issues de l'imagination ou
de purs noeuds d'énergie.
26. Le Monde Matériel, la Séphire Malkuth, est celui où se produit la
manifestation physique.
27. Pour revenir à la descente de l'Arbre en suivant le trajet de l'Eclair
Fulgurant, la phase suivant Binah est la formation de la Séphire Chésed. C'est le
lieu où la force Suprême prend forme ; l'endroit de transmutation se situe au
dessus de ce qu'on appelle l'Abîme. L'Abîme est le vide entre la force et la forme,
et le lieu où la transmutation s'effectue est la Séphire « cachée » Daath, qui
signifie Connaissance. Les Mystères de Daath sont profonds et très peu sont ceux
qui ont été abordés dans les anciens écrits sur la Qabal. Aucun nombre n'est
attribué à cette Séphire, et le terme Connaissance ne doit pas être pris dans le sens
strict du mot, mais dans son utilisation biblique d'union sexuelle ; dans ce cas, la
signification est une sorte d'Union Divine où s'entrechoquent différents plans
d'existence et il en résulte un changement d'état naissant : une transformation ou
une transmutation de puissance.
28. En Chésed, la forme originelle est mise en chantier. Chésed signifie Pitié ou
Amour, mais son autre titre, Gédulah, Grandeur ou Magnificence donne peut-être
une meilleure idée. Son nombre est quatre, avec les associations sous-entendues
de forme carrée, ou de pierre de fondation sur laquelle est basé tout
développement ultérieur dans la forme.
29. De cette sphère fondamentale de stabilité émane Géburah, la cinquième
Séphire, qui signifie Force, ou Pachad, Peur. C'est la poussée en avant dans la
manifestation dense et il s'agit d'une sphère de grande force dans la forme, comme
celle qui lui est opposée en diagonale, Chokmah, est une vaste force sans forme.
On verra que la stabilité de Chésed est semblable à la réflexion de son opposé en
diagonale, Binah, l'idée archétype de forme.
30. L'attribution du mot Pachad, Peur, à Géburah peut induire en erreur. Il ne
s'agit pas de la peur telle que nous l'entendons communément mais de ce que l'on
pourrait appeler la « peur de Dieu », le sentiment de terreur que l'on éprouve en
présence d'une grande force cinétique de la Nature, telle qu'un volcan en éruption,
une mer démontée, une tornade ou un tremblement de terre.
31. Chésed et Géburah sont respectivement l'énergie latente et cinétique de
l'Univers. Nous utilisons le terme énergie par opposition à la force car nous avons
dit que celle-ci est l'état d'existence au delà de la forme : par énergie, nous
désignons la force se fixant dans la forme. Et dans les sphères de Chésed et
Géburah les formes ne se sont pas encore solidifiées en images ; à ces niveaux,
l'énergie pure est une forme. En termes psychologiques, c'est la «volonté d'agir»
avant qu'aucun plan d'action n'ait été formulé. Les images affectées à Chésed et
Géburah peuvent faciliter la compréhension : Chésed est représenté par un roi
assis sur un trône d'apparat, Géburah par un roi sur son chariot.
32. De la forme épineuse à cinq côtés de Géburah, élaborée symboliquement à
partir du carré stable de Chésed, nous avons la figure à six côtés de Tiphéreth.
Tiphéreth est la Séphire centrale de l'Arbre, le point d'équilibre pour tout ce qui
s'est passé et tout ce qui viendra. Toutes les Séphiroth latérales s'équilibrent en lui
et il stabilise également Daath et Yésod ainsi que Kéther et Malkuth. Il est donc
justement appelé Beauté. C'est la force des Sphères Suprêmes apportée dans la
manifestation en parfait équilibre.
33. L'état d'équilibre se renverse finalement dans le cours de la descente de la
puissance, et la septième Séphire, Netzach, qui signifie Victoire, est formée. C'est
une Séphire active, reflétant son opposé en diagonale, Géburah, qui, à son tour,
reflète, comme nous l'avons vu, la nature cinétique de son opposé supérieur en
diagonale, Chokmah. Le chiffre sept attribué à Netzach évoque les sept bandes du
spectre et c'est en Netzach que la puissance équilibrée de Tiphéreth se partage en
aspects variés.
34. Ces aspects diversifiés de l'énergie se développent en forme en Hod, la
Gloire. Le chiffre huit peut être considéré comme un développement de la
première venue dans la forme symbolisée par le quatre de Chésed. Il existe un lien
entre Hod et Chésed puisqu'ils sont diagonalement opposés ; ce sont, comme
Binah, des Séphiroth opposées de « forme » et de « force ».
35. De la conjonction des pouvoirs de Netzach et des formes de Hod provient le
Fondement, Yésod. Comme son nom l'implique, c'est le fondement de la forme
physique, l'ossature des forces qui se concrétiseront plus tard dans la dixième
Séphire, Malkuth, le monde physique. avec le nombre dix s'arrête la série des
nombres et la réalisation de la descente de la force dans la forme.
36. Pour récapituler, nous avons vu comment la force jaillit en Kéther, s'écoule
en Chokmah, prend l'idée de forme en Binah, descend dans la forme via Daath, se
manifeste comme énergie latente, cinétique et équilibrée en Chésed, Géburah et
Tiphéreth, se diversifie en Netzach, prend des formes concrètes en Hod, forme un
modèle de base en Yésod et se manifeste physiquement en Malkuth.
37. C'est le squelette dénudé de la philosophie de l'Arbre de Vie. En appliquant
les Séphiroth à la psychologie de l'homme nous trouvons Kéther, représentant
l'ego essentiel de l'âme de l'homme, son être le plus intérieur, l'étincelle de feu
divin que nous appelons Esprit. En Chokmah se reflète le type du pouvoir
fondamental de l'Esprit et en Binah, nous voyons comment ce type se manifeste
dans les mondes de forme.
38. De l'autre côté de l'Abîme, en Chésed, la force de l'Esprit s'équilibre pour la
première fois dans la forme, un reflet direct dans l'énergie psychique de son
modèle spirituel. En Géburah cette image stimulée, ou « eidolon » prend une
forme plus concrète par l'expression de sa nature, et l'équilibre résultant de ce que
la parfaite image exécute la parfaite expression de sa nature résulte en Tiphéreth,
la sphère qui a été dénommée, en termes psychologiques, le Superconscient.
39. Tiphéreth se manifeste à l'homme dans le monde par des stimulations de
conscience, et la plupart des expériences religieuses de fréquence plus ou moins
courante sont des expériences touchant la sphère de Tiphéreth. Le traité classique
de William Jones « Diverses Expériences Religieuses » en rassemble de
nombreux exemples.
40. Comme un contact réel de l'esprit conscient ordinaire avec Tiphéreth peut
résulter en une conversion soudaine et en une révélation mystique, on en déduira
que les expériences de Géburah et de Chésed, pour ne pas parler de Daath et du
Triangle Supérieur, seront encore plus puissantes. Elles pourraient changer la vie
entière et même la détraquer, d'où les mises en garde contre la conduite en
amateur de magie cérémonielle que l'on trouve dans les livres traitant de ce sujet.
Si la conscience est puissamment concentrée par des méthodes artificielles
comme un grand rituel, il peut se produire un influx de force dangereusement
puissant, sauf lorsque la chose entière est soigneusement contrôlée, comme c'est
le cas pour la Messe Catholique Romaine, qui est évidemment un rituel prévu
pour évoquer à l'âme les pouvoirs attribués à la Séphire Tiphéreth.
41. Pour la plupart des étudiants, il ne devrait cependant pas y avoir de danger à
pratiquer la méditation individuelle sur l'Arbre, sauf pour les ultra-psychiques. A
vrai dire, lorsqu'on y met du bon sens et de bonnes intentions, l'Arbre est une
excellente thérapie spirituelle mais, comme toutes les choses puissantes dans le
bien, il peut être mal appliqué. Si on ressent une dispersion de conscience après y
avoir travaillé, il est souhaitable de ne plus s'en mêler pendant un moment, ou
même de l'abandonner entièrement jusqu'à ce que l'on puisse étudier sous la
direction personnelle d'un maître expérimenté. Ces mots ne sont pas écrits dans un
but dramatique ou pour effrayer qui que ce soit : ils signifient exactement ce qu'ils
disent. Pour l'étudiant moyen il n'y a pas de risque plus grand que dans tout autre
système mystique de développement mais il est bon d'être informé des possibilités
et des puissances en cause. Ce n'est pas un jeu de salon pour des sots à
l'imagination débordante.
42. En Netzach se trouve la force de l'imagination créatrice et les émotions en
général ; en Hod, on a les images concrètes des concepts mentaux et tout ce qu'on
sous entend habituellement par « mentalité ». Yésod contient l'esprit subconscient
et les instincts, Malkuth contient l'homme physique.
43. Nous avons ainsi couvert superficiellement l'Arbre dans ses aspects
philosophiques et psychologiques, mais on doit se souvenir qu'il existe par
lui-même comme plan archétype et que les idées de concrétion croissante dans la
forme impliquées par les Séphiroth peuvent être appliquées à n'importe quel
niveau. Nous pouvons par exemple nous représenter un Arbre dans chaque
Séphire. Une Séphire, lorsqu'elle est formée pour la première fois se manifeste
d'abord comme point de force jaillissante, son propre Kéther, et de son niveau des
Archétypes, ou Atziluth, commence à produire son Monde de la Création, son
Monde de la Formation et son Monde Matériel par la formation de ses propres
Séphiroth. Le terme Monde Matériel signifie ici son aspect le plus dense possible
; il n'y a pas, par exemple, de forme physique pour Kéther, mais le Malkuth de
Kéther est ce qui précède la formation du Kéther de Chokmah et ainsi de suite en
descendant l'Arbre, quoique l'on ne doive pas oublier les équivalents des Voiles
de l'Existence Négative qui précèdent le Kéther de chaque Séphire.
44. De cette façon, on peut encore étendre l'utilisation de l'Arbre. Par exemple,
dans les zones les plus abstruses de métaphysique occulte, l'intégralité de
l'Univers, de l'Esprit à la Matière, peut être mis en Malkuth, c'est-à-dire que
Malkuth est considéré comme le Septième Plan Cosmique dans son ensemble.
Kéther serait alors la Tranquillité Centrale du Premier Plan Cosmique et les autres
Séphiroth seraient les étapes entre les deux. Il s'agit cependant d'une application
qui ne sera d'utilité et d'intérêt qu'aux seuls étudiants ésotériques avancés.
45. Les étudiants ayant quelque connaissance d'autres systèmes théosophiques
peuvent vouloir essayer de les corréler avec l'Arbre de Vie. Des tentatives de
cette, sorte sont de très bons exercices pour devenir familier avec les concepts de
l'Arbre. Comme guide général, l'Arbre peut être divisé en un système septénaire si
on le prend niveau par niveau : 1 - Kéther, 2 - Cho-mah et Binah, 3 - Chésed et
Géburah, 4 - Tiphéreth, 5 - Netzach et Hod, 6 - Yésod, 7 - Malkuth. On peut
également considérer Daath comme un niveau et réunir Yésod et Malkuth. Une
autre solution consiste à réunir les Séphiroth du Triangle Suprême au plus haut
niveau et Yésod et Malkuth au niveau inférieur en prenant chaque Séphire comme
niveau intermédiaire. Les trois Triades fonctionnelles et les Quatre Mondes ont
déjà été mentionnés et inspirent des corrélations avec des systèmes ternaires ou
quaternaires. Le Pilier Central peut également être utilisé pour une comparaison
avec les Chakras de l'enseignement Oriental. On verra dans certains cas qu'il
n'existe pas de correspondance directe sur laquelle on puisse débattre, mais cela
est en fait très bien. Il vaut nettement mieux que celui qui essaye ce genre
d'exercice travaille les problèmes pour lui-même plutôt que de compulser des
livres et de lire les avis des autres. Il est mieux d'avoir une petite compréhension
authentique de l'Arbre de Vie que beaucoup d'enseignement de seconde main.
CHAPITRE IV
LES ATTRIBUTIONS SEPHIROTHIQUES
1. L'étude des différents symbolismes affectés aux diverses Séphiroth sera
facilitée par une approche suivant certaines classifications particulières.
2. A première vue, certaines des rubriques et des attributions peuvent paraître
arbitraires ou absurdes, mais cela provient uniquement d'une réaction de l'esprit
conscient. L'Arbre de Vie parle à l'Esprit inconscient, lequel a ses propres
méthodes de raisonnement que l'esprit conscient ne peut comprendre facilement.
On verra qu'après avoir travaillé sur l'Arbre pendant quelque temps, les
attributions trouveront leur place presque naturellement sans aucun effort de
mémoire consciente. Et après tout, si l'Arbre est ce que l'on en dit, un diagramme
de la structure intérieure de l'homme, il s'agit donc uniquement de ce qu'on est en
droit d'en attendre.
3. On doit toujours se souvenir que c'est un Arbre de Vie et non une Ossature de
Mentalité. La simple jonglerie mentale avec le symbolisme ne mènera nulle part ;
on doit en faire une partie de soi par la méditation, la contemplation, la prière ou le
jeûne, la bure et la cendre si nécessaire. Les implications du symbolisme, ainsi
que leur approche par l'esprit, doivent être ressenties dans le cœur, recherchées
par les aspirations, presque scellées dans les viscères. L'Arbre de Vie n'est pas
simplement une étude s'étendant sur toute la vie ; c'est une façon de vivre.
4. Au vu de ceci on comprendra aisément que toute étude soi-disant
« objective » de l'Arbre de Vie serait, sinon impossible, de peu de portée. Les
remarques sur les attributions qu'on trouvera dans ce livre doivent donc être
perçues non comme un essai de preuves logiques destiné à l'esprit rationnel, mais
comme les résultats souvent désordonnés de l'expérience pratique ; ils
comprennent une large part de symbolisme qui n'a pas été entièrement exploré et
également des intuitions expérimentales d'autres possibilités. Les implications de
l'Arbre de Vie sont si vastes qu'aucun traité précis n'est possible.
5. Cependant, nous ferons un courageux essai pour approcher le sujet
rationnellement afin que l'étudiant puisse y trouver une orientation. Et si l'on
trouve quoi que ce soit de trop fantastique, ou simplement d'incompréhensible, il
vaut mieux le laisser de côté et y revenir plus tard lorsque ce passage sera devenu
plus clair. Parmi les attributions, seuls les Noms Divins Hébraïques sont une
partie intégrante de l'Arbre originel et on peut ainsi les considérer comme
provenant d'inspiration divine. Les autres attributions ont été échafaudées par des
recherches ultérieures au cours des siècles. On les retrouve ici avec quelques uns
des plus récents concepts de l'ésotérisme d'avant-garde. Ces dernières sont citées
comme aide possible aux étudiants en occultisme de quelque expérience ; ils ne
doivent pas devenir une barrière pour celui qui vient à l'ésotérisme pour la
première fois par ce livre.
6. En contemplant les problèmes soulevés par la compréhension de quelques
concepts de l'Arbre de Vie, on est fortement tenté de dresser simplement la liste
du symbolisme de base, de donner quelques instructions simples sur la méditation
et de dire alors au lecteur de poursuivre son chemin avec cela. Ceci pourrait
sembler être une approche trop aride, mais nous espérons que le lecteur se mettra
en route avec ce bagage et poursuivra son chemin avec lui après avoir lu ce livre ;
sinon il aurait été écrit en vain. Ce qui importe est ce que l'on reçoit soi-même de
l'Arbre et on obtient cela uniquement en y travaillant.
7. En raison de ce que nous venons de dire, rien de ce qui apparaît dans ces
pages ne doit être pris comme péremptoire. La seule autorité véritable réside en
soi-même, et on doit la rechercher : « Demandez et on vous donnera ; cherchez et
vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. Car celui qui demande reçoit, celui
qui cherche trouve, et à celui qui trappe on ouvrira». Et l'on ne réalise peut être pas
toujours que le don de ce que l'on a demandé, la révélation de ce qu'on cherche et
l'ouverture de la Voie que l'on désire suivre, est fait par le même être qui formule
la demande, la recherche et frappe à la porte, à savoir soi-même.
8. Le Titre de la Séphire : Ce titre donne, autant que cela soit possible en un
seul mot, une idée fondamentale de ce que la Séphire représente, par exemple
Sagesse, Compréhension, Beauté etc. Il est d'abord donné en hébreu francisé et
ensuite en français. Une table des lettres servant à établir les titres hébreux et les
Noms Divins est donnée à la fin de ce volume.
9. Il est bon de se familiariser avec les lettres hébraïques car elles jouent une
part importante dans le travail pratique sur les Sentiers reliant les Séphiroth, ce
dont nous traiterons dans le Tome Il. On a beaucoup attaché d'importance à la
valeur numérique affectée à chaque lettre par les anciens Qabalistes, et on disait
que les significations cachées et l'enseignement secrets étaient révélés par un
système élaboré de codes et d'anagrammes.
10. Par exemple, dans la Genèse XVIII, 2 « Et voilà que trois hommes » a, dans
l'hébreu originel la valeur numérique 701, qui est égale à la valeur numérique de
la phrase hébraïque « Ce sont Michel, Gabriel et Raphaël », trois des Archanges
Séphirotiques. De plus, le premier mot de l'Ancien Testament, utilisé en
acrostiche par le Qabaliste médiéval juif Salomon Meir Ben Moïse, était censé
contenir les significations secrètes suivantes :
« Le Fils, l'Esprit, le Père, leur Trinité, Unité Parfaite ».
« Le Fils, l'Esprit, le Père, tu adoreras également dans leur Trinité ».
« Tu adoreras Mon premier-né, Mon premier, dont le Nom est Jésus ».
« Lorsque le Maître dénommé Jésus viendra, tu l'adoreras ».
« Je choisirai une vierge digne de mettre Jésus au monde, et je l'appellerai
bienheureuse ».
« Je me cacherai dans un gâteau (cuit avec) des charbons, car tu mangeras
Jésus, Mon Corps ».
11. Par cette démonstration, il a apparemment converti un autre juif, lequel était
auparavant farouchement opposé à la Chrétienté. Cependant, le nombre de
permutations et de combinaisons utilisées dans cette branche de Qabalisme
rendent possible la preuve d'à peu près tout ce que l'on veut ; et cette branche
contient probablement plus de superstition, d'arguments spécieux et de variations
de logique que quoique ce soit de valable. Mais comme la plupart des
superstitions, elle contient une base de vérité. Il semble que certains mots,
habituellement les Noms Propres, furent à l'origine spécialement construits en
gardant ce genre de méthode à l'esprit. Par exemple, le nom du concept
métaphysique « la grande Mère Stérile » est AMA, (Aleph, Mem, Aleph). En tant
que symbole, la lettre Yod représente l'aspect fertilisant de la nature, d'où le fait
que le nom de « la grande Mère fertile » soit le même, mais avec un Yod en
complément pour montrer qu'il a été imprégné de fertilité, à savoir AIMA,
(Aleph, Yod, Mem, Aleph). Ceci est assez éloigné de toute signification
numérique ou de codage.
12. Mais poursuivre des recherches étendues sur ces sujets demanderait une
connaissance de l'hébreu et l'accès à la littérature Qabalistique, à l'Ancien
Testament dans son texte originel, au Zohar, au Sépher Yetzirah, au Sépher
Séphiroth, au Asch Metzareph et à tous leurs écrits annexes. Cela se situe au delà
de la portée de la plupart des étudiants, y compris du présent auteur. C'est
également étranger au plan de ce livre qui se préoccupe en premier lieu du
diagramme Qabalistique, l'Arbre de Vie qui, par expérience, représente assez de
travail pour garder quelqu'un occupé pendant une très longue période.
13. Cependant, lorsqu'on trouvera des significations évidentes, on essaiera des
interprétations expérimentales. C'est un champ que l'on a peu labouré et il semble
qu'il s'y trouve de bien étranges cultures. Celui qui possède les qualifications
nécessaires est invité à récolter ce qu'il peut y trouver mais il devra le faire seul. Il
existe peu de littérature moderne sur le sujet et la plupart des références semblent
provenir de « The Kaballah Unveiled » de Mac Gregor Mathers, écrit en 1887, ou
de « The Kaballah » de Christian Ginsburg, en 1865.
14. Il est cependant intéressant de noter l'énorme vague de superstition
populaire qui a pris naissance dans cette tradition judaïque. Il existe
d'innombrables livres qui ont la prétention de prédire le futur et de définir le
caractère à partir des lettres du nom, ou par l'addition des chiffres de la date de
naissance, etc. Ceux-ci ne sont que de peu de valeur - s'ils en ont une - et il émane
simplement d'eux une fumée suffocante et nauséabonde, qui dissimule un très
faible feu rougeoyant. Même le je-sais-tout Crowley abandonna la comparaison
des alphabets modernes et anciens en la considérant comme sans issue.
15. Titres Secondaires : ce sont d'autres titres recueillis dans la littérature
Cabalistique qui développent le concept d'une Séphire, souvent d'un point de vue
différent.
16. L'Image Magique : le mot magique est utilisé pour construire des images
mentales et c'est peut-être un mot malheureux car il porte un halot de sorcellerie.
L'Image Magique est donc une image mentale que l'on peut construire pour
représenter une Séphire. L'esprit inconscient travaille essentiellement en images,
et il s'agit donc d'un moyen utile. Comme pour tout symbolisme qui a été utilisé
pendant de longues années, un fond commun de force et d'idées se développe
autour de lui de sorte qu'il nous faut uniquement inciser ce symbole central pour
que toutes les idées afférentes s'écoulent de l'inconscient. La technique pour
atteindre cet état est, bien sûr, la méditation.
17. Le Nom Divin : celui-ci, de même que les noms d'Archange et d'Ange est
une partie originelle de l'Arbre de Vie et peut ainsi revendiquer l'inspiration
divine.
18. Le Nom Divin représente la forme la plus spirituelle de la Séphire et on la
conçoit donc comme agissant dans le Monde de Kéther, ou Atziluth de cette
Séphire. En commençant une méditation ou une opération pratique sur l'une des
Séphiroth on doit d'abord s'appesantir sur la force spirituelle du Nom Divin. On
doit toujours, en principe, commencer de l'aspect le plus spirituel et travailler en
descendant. Le travail concentré uniquement sur le Nom Divin n'est pas
recommandé car il représente une force directe non atténuée par des
intermédiaires, et elle peut ainsi se révéler trop brûlante à tenir, sauf pour un
opérateur bien expérimenté.
19. On doit également garder à l'esprit que tous les Noms Divins sont des
aspects du Dieu Unique. On doit donc penser en terme de « Dieu Unique, en Son
Nom. . . ».
20. Ces Noms apparaissent tous dans l'Ancien Testament mais, pour la plus
grande part, ont été traduits par le seul mot « Dieu », bien que certains essais
occasionnels aient été faits pour une traduction plus littérale telle que Seigneur,
Ancien des Jours, Dieu des Armées, etc. Il est intéressant de noter que dans
l'hébreu originel, Dieu peut être à la fois masculin et féminin, singulier et pluriel.
Par exemple, dans la Genèse IV, 26, la traduction littérale est « Et Elohim dit :
Faisons l'homme. . . ». Le mot Elohim est un radical féminin singulier comportant
une finale masculin pluriel. Ainsi, le principe de polarité est bien pris en compte,
un détail qui s'est perdu dans la tradition.
21. Une traduction française approximative est donnée dans la table des Noms
Divins mais, dans le travail pratique, on doit utiliser la version en hébreu. On doit
visualiser le Nom dans sa forme hébraïque, en n'oubliant pas que l'hébreu se lit de
droite à gauche, et si on le prononce à haute voix ou mentalement, l'expérience a
montré que la prononciation n'est pas importante : l'hébreu consiste
principalement de consonnes.
22. L'Archange : ceux qui furent élevés dans la théologie protestante, ou sans
théologie du tout pourront éprouver ici quelques difficultés.
23. L'Archange organise les forces inhérentes à une Séphire et la direction des
forces motivantes est placée sous sa présidence. Cela s'applique donc au niveau
« Briah » d'une Séphire, le Monde Créatif, et certains des symboles et titres d'une
Séphire se rapportent à ce niveau. La réflexion sur ces symboles ou titres peut
apporter un contact avec l'Archange correspondant. Ainsi « Ama » a un lien
spécial avec Tzaphkiel, et le globe et le tétraèdre ont une relation spéciale avec
Tzadkiel. L'expérimentation est recommandée pour les autres Séphiroth.
24. Les Archanges sont des êtres réels bien qu'ils n'aient pas de corps physique.
Leurs formes anthropomorphes, telles qu'elles sont représentées dans la peinture
religieuse par exemple, viennent de l'esprit humain qui a besoin d'une forme
mentale acceptable par la compréhension. Des formes plus appropriées seraient
des piliers de grande force, ou des formes géométriques profondes en accord avec
la nature de base de la Séphire ; ceci correspondrait plus à « l'apparence » réelle
d'un Archange.
25. Un Archange est un Seigneur de Flammes, les Seigneurs de Flammes étant
des réflexions d'une évolution de vie précédant l'humanité, c'est-à-dire de
l'évolution première, laquelle a posé les premières contraintes de l'Univers qui
forment les bases des lois physiques découvertes par la science. Il est impossible
d'entrer ici dans ces champs fascinants de cosmologie ésotérique, mais on peut les
examiner dans « La Doctrine Cosmique » de Dion Fortune (Aquarian Press,
Londres). La Flamme à laquelle se réfère le titre Seigneur de Flammes, est le Feu
Divin, une condition hautement abstraite de la Volonté ; le mythe de Prométhée y
est relié.
26. D'une manière générale, il est plus facile et, comme nous l'avons dit
précédemment, plus approprié, jusqu'à ce que l'on a H atteint un bon stade
d'expérience, d'invoquer l'Archange de la Sphère plutôt que le Nom Divin,
quoique l'on doive d'abord insister brièvement sur ce même Nom Divin pour
fonder la méditation ou l'opération sur un niveau spirituel. La force de l'Archange
est plus facile à manier lorsque la puissance invoquée provoque un trop grand
influx de pouvoir. La force de l'Archange, aussi puissante qu'elle soit, se dissipera
et disparaîtra plus rapidement. Lorsqu'on invoque l'aide angélique, la
visualisation de la couleur appropriée et le jeu de la musique convenable sont de
grand secours. On peut aussi penser fortement à ceux que l'Archange a aidé, par
exemple pour Raphaël, le jeune Tobias ou pour Gabriel, Daniel ou la Vierge
Marie.
27. Dans le cas où ceci apparaîtrait au lecteur comme pure superstition, il
pourrait être bon de rappeler que l'expérience est la seule preuve. Et si on essaye le
contact mental avec un esprit sceptique, le résultat en sera alors l'insuccès, bien
que l'esprit sceptique le considérera sans doute comme une réussite. Dans le
travail mystique, certaines démarches doivent être faites avec foi, et celle-ci en
fait partie. Les facultés critiques doivent par tous moyens être utilisées après une
expérience psychique - la crédulité aveugle n'est d'aucune utilité pour personne -
mais lorsqu'on fait un travail réel sur ces principes, la croyance est nécessaire
ainsi que l'utilisation et la réceptivité contrôlée de l'imagination créatrice. En
termes Qabalistiques, on accomplit le travail dans l'esprit de Netzach,
l'Intelligence Occulte, mais on utilise son Hod, dont l'éthique est la Vérité, pour
analyser ultérieurement les résultats.
28. D'autre part, ceux qui ont plutôt tendance à être crédules doivent prendre
garde à la superstition voulant que l'Archange se tienne debout dans la pièce en
face d'eux. Le contact est intérieur. En visualisant les symboles appropriés et en
exécutant les invocations adéquates on règle sa propre radio mentale sur une
longueur d'onde particulière ; cette analogie explique comment il se fait que
plusieurs personnes situées en différents lieux puissent avoir le même contact au
même moment. Beaucoup de malentendus proviennent de l'acceptation trop
littérale des affirmations des mystiques ; la vision et l'audition se font avec l'œil et
l'oreille internes et non avec les organes physiques. En d'autres termes, elles se
font avec l'imagination créatrice.
29. On doit cependant dire que l'on peut bâtir une enveloppe objective pour y
faire habiter une force psychique, mais il est peu probable que celui qui n'a pas
suivi un entraînement mental pendant une longue période puisse y parvenir. Et, de
toute façon, la forme ne serait visible qu'à celui qui posséderait la « vision
éthérique », c'est-à-dire un psychique né. Cette forme de psychisme est assez peu
répandue et son absence provoque beaucoup d'aigreurs d'estomac à de nombreux
néophytes ésotériques. Cependant, il n'y a aucun avantage particulier à la
posséder ; en fait, elle peut agir plus comme obstacle car elle tend à attirer
l'attention entièrement vers le charme des formes astrales. Les écoles ésotériques
forment leurs élèves à percevoir à un niveau supérieur, à développer une intuition
hyper-sensible. Cette méthode, bien que moins sensationnelle pour le récepteur,
est beaucoup plus fiable pour la perception psychique.
30. L'Ordre des Anges : la majeure partie de ce que nous avons dit à propos des
Archanges s'applique également aux Anges. Les Anges sont responsables de ce
que l'on pourrait appeler « la mécanique » d'une Séphire et ils opèrent dans son
Yetzirah ou Monde de Formation. Dieu fut appelé le Grand Architecte de
l'Univers ; les Anges sont Ses entrepreneurs. Par la même métaphore on pourrait
considérer les Archanges comme Ses contremaîtres ou Ses surveillants.
31. Il existe, en plus des Anges Séphirotiques, d'autres Ordres qui comprennent
les grands et beaux Etres de type supérieur de la Nature sous la supervision
desquels travaillent les Elémentaires. L'ordre de leur hiérarchie est Archange,
Ange, Esprit Elémentaire. En Orient ils sont généralement connus sous le nom de
Devas.
32. Certains Anges travaillent spécialement avec des Ames de Groupe
d'animaux, d'autres avec des Ames de Groupe de Nation, c'est-à-dire sous la
présidence de l'Ange National du pays. Un Ange national est le mieux représenté
par la forme qui contient les idéaux d'une nation. Par exemple, il pourrait prendre
la forme de Britannia ou de St Georges en Grande Bretagne et de la Statue de la
Liberté aux Etats-Unis. Rappelez-vous que les formes habitées par les puissances
sont faites par l'homme.
33. Il existe d'autres Anges qui animent l'essence de la beauté dans les
différentes formes de l'art, qu'il s'agisse de la musique, de la peinture, de la
sculpture, de la poésie ou du théâtre. Lorsque ces arts effleurent réellement les
plus hauts niveaux ils en reviennent fortement chargés de force Angélique qui
intensifie au centuple l'intérêt qu'y porte l'auditeur ou le spectateur. Les formes
toutes faites que l'homme a élaboré pour les représenter sont, par exemple, les
Neuf Muses.
34. Il est tout à fait vain d'espérer entrer en contact avec ces êtres si l'on ne
pense jamais à eux ; donc si on veut des contacts Angéliques on doit penser aux
Anges, se sentir avec eux, les imaginer comme ils sont, de grandes et
merveilleuses formes de lumière et de gloire, de profondes présences protectrices
en contact avec Dieu et les hommes, reliant l'Un aux autres. Lorsque les Anges
parlent ou envoient des messages à l'homme, ils n'émettent pas exactement ce
message en langue humaine, mais ils impriment très fortement l'idée ou la
signification du message dans l'esprit du destinataire et son esprit subconscient lui
fournit les mots appropriés. Ils se préoccupent aussi beaucoup des conditions
immédiatement post-mortem de l'homme et des animaux.
35. Un Ange est une Entité parfaite qui n'évolue pas. En un sens, les Anges
inférieurs sont de divins automates. En cela, ils sont supérieurs à l'homme mais ils
ne possèdent pas les potentialités de l'homme. Celui-ci a cueilli le fruit de l'Arbre
de la Connaissance du Bien et du Mal, ce qui en fait un Dieu en puissance, bien
que cela ne deviendra effectif qu'après une longue période de dur labeur entreprise
entre la condition d'Ange et celle de bête. Le Sentier de l'homme est celui de
l'équilibre entre les opposés, forgeant le modèle de la nature humaine. Le type
bestial d'une personne n'est en fait pas plus mauvais que celui qui dévie vers le
camp des Anges et qui est « trop bon pour être vrai » ; en fait ce dernier peut être,
au sens littéral, plus inhumain. Le glyphe des Piliers est d'une utilité autant
personnelle qu'Universelle.
36. Le Chakra Mondial : ce nom n'est pas très adapté à l'idée qu'il s'efforce de
susciter, mais il doit être utilisé faute de mieux. Les Chakras Mondiaux sont, pour
la plupart, des attributions planétaires, mais les forces astrologiques associées aux
planètes correspondent effectivement aux Sentiers reliant les Séphiroth, en tant
qu'états psychologiques, microcosmiques, par opposition aux Séphiroth
elles-mêmes qui sont essentiellement Universelles ou Macrocosmiques.
37. Le Chakra Mondial évoque la similitude de chacune des Séphiroth avec le
Plan Divin par le biais de certaines planètes ou forces astrologiques. Les écrivains
de science-fiction éditent des choses plus vraies que leurs pensées car il existe des
forces de vie sur, dans ou « in-formant » tous les autres corps planétaires et
stellaires, mais peut-être pas d'une manière facilement imaginable par l'homme.
Chaque fois qu'un certain concept s'inscrit dans l'esprit de la masse humaine, c'est
une bonne indication de l'existence d'une vérité cachée en lui, aussi fantastique
que puisse être son apparence. Et la vérité s'avère souvent plus étrange que la
fiction. Les limites de l'esprit humain sont, dans un certain sens, sa protection.
38. Alors que l'astrologie n'est en aucune façon une science certaine, étant
donné le grand nombre de facteurs en cause, le développement et la modification
constante du « zeitgeist » ou «esprit des temps», la similitude de l'art sous
différentes formes et les cas fréquents de découvertes scientifiques simultanées
peuvent être largement considérées comme le résultat d'influences
extra-terrestres.
39. L'Expérience Spirituelle : ce titre s'explique de lui-même et chacun d'eux
est appelé Vision. Ce nom est trompeur car il ne s'agit pas d'une image
impressionnée dans la conscience, mais d'un état d'esprit ou d'une expansion de
conscience provoquée par la réalisation des pouvoirs d'une Séphire. C'est une
sensation similaire à « l'information » par un Archange, telle que Daniel l'a
ressentie avec Gabriel ; elle ne se traduit pas nécessairement par l'audition de mots
quelconques, ou par la perception de visions imagées, mais par un processus
« d'in-for-mation » qui fait que la psyché agit comme un véhicule pour, ou est
pénétrée par, les pouvoirs en cause. La croissance spirituelle s'accomplit ainsi
régulièrement mais sans acte spectaculaire.
40. La Vertu et le Vice : ils ne font pas strictement partie d'une Séphire par
elle-même, mais ils représentent les réactions de la psyché humaine envers elle.
La Vertu est la qualité que la Séphire doit conférer et qui est essentielle au
fonctionnement correct de ses pouvoirs. Le Vice est le type de déséquilibre qu'une
Séphire peut provoquer au travers de la faiblesse humaine ; en fait une Séphire n'a
pas de vice, mais on place ici l'influence astrologique néfaste du « Chakra
Mondial », parfois avec une exactitude douteuse. Cependant, le Vice peut parfois
servir de facteur intéressant dans une école occulte, car la nature humaine étant ce
qu'elle est, le déséquilibre se manifeste habituellement en premier ; ainsi lorsqu'un
étudiant bien établi dans l'harmonie de Tiphéreth commence à devenir
inexplicablement chamailleur, on peut noter ce fait comme un symptôme possible
de croissance spirituelle car cela peut signifier qu'il approche de Géburah, mais
qu'il n'a pas encore acquis le contrôle complet de ses pouvoirs.
41. Les Symboles : ce sont des images subsidiaires aux Images Magiques et
comme nous l'avons déjà mentionné dans la section traitant des Archanges, elles
peuvent être utilisées pour entrer en contact avec certains aspects d'une Séphire.
Elles peuvent également jeter une lueur complémentaire sur une Séphire, vue d'un
angle picturesque différent, comme les titres auxiliaires le font verbalement.
42. Le Texte Yetziratique : Ces textes sont des descriptions des Séphiroth et des
Sentiers telles qu'elles sont données dans un supplément du Sépher Yetzirah, ou
Livre des Formations, un document Cabalistique ancien. Le langage, tout en étant
obscur, apporte beaucoup à la méditation.
43. Le livre de textes désigne comme « Sentier » toutes les facettes de l'Arbre
(les dix Séphiroth et les vingt-deux Sentiers), d'où l'expression « les Trente-Deux
Sentiers de la Gloire Cachée ». Il donne aussi à chacun un titre, appelé
« Intelligence », qui joue le rôle de titre auxiliaire très utile de la Séphire ou du
Sentier.
44. Les traductions utilisées sont celles du Docteur Wynn Wescott, d'après la
version hébraïque de Joannes Stephanus Rittangelius imprimée à Amsterdam en
1642. De nombreuses références sont également faites à d'autres versions. Le
Docteur A. E. Waite les a critiquées en les trouvant trop éclectiques et a proposé
sa propre traduction qu'il considère comme plus exacte, mais l'expérience a
démontré que la version de Wescott est de plus de valeur. On ne répétera jamais
assez que la Qabal est un système pratique vivant et non un recueil de savoir tout
fait. Même si ce qu'affirmé Waite est juste, que son érudition est supérieure à celle
de Wescott, cela ne change rien au fait que, pour ce qui concerne le Qabaliste
pratique moderne, une reconstruction intuitive d'un texte ancien et probablement
dénaturé est supérieure à une traduction littérale sans imagination.
45. Les Couleurs Eclatantes : Ce sont les couleurs attribuées à chaque Séphire,
une pour chacun de leurs niveaux. Dans la visualisation, l'utilisation de la couleur
appropriée peut aider. Ainsi Dieu se manifestant dans une Séphire peut être
représenté comme un éclat de la couleur en Atziluth, l'Archange comme un pilier
de la couleur en Briah, les Anges comme des formes géométriques de la couleur
en Yetzirah et un arrière-plan général peut être de la couleur en Assiah.
46. Le mieux est de bâtir en l'esprit un vocabulaire de couleurs dérivé du monde
naturel en contemplant les couleurs brillantes d'un lever ou d'un coucher de soleil,
par exemple, ou les colorations subtiles de la flore et de la faune de la Nature. Le
concept à atteindre est la lumière rayonnante plutôt que la triste lumière reflétée
par les matières colorantes. Les clichés de l'esprit doivent être vaincus par la
fraîcheur de l'observation de première main.
47. Dans le travail pratique, lorsque des images se forment spontanément dans
l'imagination, on peut trouver que les couleurs ne correspondent pas aux couleurs
traditionnelles. Ceci ne doit pas provoquer d'inquiétude car, par expérience, les
couleurs semblent être largement arbitraires et elles varient souvent d'une
personne à l'autre. Parfois un symbole important jaillira dans les couleurs
appropriées.
48. Pour la méditation sur l'Arbre, on pense habituellement à chaque Séphire
dans sa couleur en Briah. Ceci se rapproche sans aucun doute du fait que la-force
Archangélique est la plus facile à manier.
49. Mythologie païenne : Les dieux et déesses de la mythologie païenne sont si
nombreux et divers qu'une immense érudition serait nécessaire pour les disposer
tous à leur place exacte sur l'Arbre ; de plus, chacun d'eux étant un symbole
composé, ils pourraient être affectés à plus d'une Séphire. Par exemple, Artémis
pourrait correspondre à Géburah, Yésod ou Netzach selon l'idée que chacun se
fait de Dieu. Dans tous les cas, c'est l'idée qui compte. On ne perd cependant pas
son temps à étudier la mythologie car tous les mythes et légendes sont les
expressions des efforts faits par une race pour classer les pouvoirs de Dieu selon
leur action dans les mondes subjectif et objectif. Tous les dieux et déesses sont des
aspects du Dieu Unique, mais ils ne sont pas codifiés aussi nettement que les Dix
Emanations de la Qabal Juive. C'est cependant un exercice très utile que de
corréler les différents systèmes, car l'un éclaire l'autre non seulement du point de
vue de la compréhension intellectuelle mais également pour la stimulation de
l'imagination. Une personne qui, par exemple, aurait une petite idée de Chokmah
pourrait approcher encore plus de la connaissance de sa nature en considérant
l'attribution de Zeus lançant des éclairs. Mais Zeus pourrait également, sous ses
autres aspects, être considéré comme une représentation de Kéther, en tant que
Roi des dieux, ou comme Chésed, le régisseur bienfaisant, ou comme Géburah,
etc, etc, etc. On voit encore ici l'impossibilité d'une classification toute faite. Nous
ne proposerons donc aucune attribution systématique dans le texte, sauf pour
souligner un point particulier. Nous recommandons fortement aux étudiants
d'essayer d'établir leurs propres correspondances car elles leur faciliteront
l'utilisation de l'Arbre. Les attributions peuvent également varier, tout à fait
valablement, d'une personne à l'autre, et il n'y a donc que très peu à gagner dans la
recherche d'autorités présumées telle que le « 777 » de Crowley ou même le texte
du présent ouvrage. Avec la Qabal, c'est une question de « pas de ticket, pas de
pain », et le seul ticket valable est l'expérience personnelle.
50. Le Tarot : En tant que correspondances à l'Arbre de Vie. les vingt-deux
Lames Majeures du Tarot se rapportent aux Sentiers, les seize Figures aux Quatre
Mondes, et les quarante petites valeurs aux Séphiroth, suivant leur numérotation.
Comme le Tarot est un système complet en lui-même, nous en traiterons dans son
ensemble, attributions Séphirothiques comprises, dans le second tome de ce livre.
51. Les Grades : Un grade ésotérique est affecté à chaque Séphire, mais comme
il existe trop de quiproquos dans leur conception, cela demande à ce qu'on leur
consacre un chapitre séparé.
52. Les Qliphoth : Il est mieux d'oublier ces forces démoniaques jusqu'à ce
qu'on ait assimilé une bonne idée générale de l'Arbre. On en traitera donc
séparément.
53. Divers : Cette section comprend les pierres précieuses, les plantes, les
animaux, les parfums, les termes alchimiques, etc. Ils sont pour la plupart
largement arbitraires, et de toute façon plus du ressort du ritualiste expérimenté.
Un chapitre spécial traitera également de ce sujet.
CHAPITRE V
LE NON-MANIFESTE ET LES VOILES DE
L'EXISTENCE NEGATIVE
1. Avant la manifestation de la première Séphire est le Non-Manifesté qui, par
la condensation des Voiles de l'Existence Négative prend finalement masse en
Kéther, le premier manifesté de l'Univers manifesté.
2. Le Non-Manifesté est ce qui est avant que toute chose soit, et toute chose y
retournera. C'est l'alpha et l'oméga, le Commencement et la Fin. Ce n'est pas une
chose que l'on peut expliquer car elle est hors de la portée de l'esprit rationnel.
C'est un concept qui défie la raison car il est au dessus de la raison. C'est peut-être
pour briser dans l'individu la domination de la raison que le Bouddhisme Zen
utilise des aphorismes tels que « imaginez le son que produit une main lorsqu'elle
est seule à applaudir ». La tentative de représentation du Non-Manifesté met les
mêmes bâtons dans les roues de l'esprit.
3. Le premier chapitre de « La Doctrine Cosmique »(2), le traité cosmologique
de Dion Fortune reçu des plans intérieurs par médiumnité, tente de le décrire
comme suit :
4. « Le Non-Manifesté est existence pure. Nous ne pouvons dire qu'il n'est Pas.
Bien qu'il ne soit pas manifesté, il EST. Il est la source d'où provient toute chose.
Il est la seule « Réalité ». LUI seul est substance. LUI seul est stable ; tout le reste
est apparence et devenir. Du Non-Manifesté nous pouvons seulement dire « il
est ». Il est le verbe «être » retourné sur lui-même. Il est un pur état « d'être », sans
qualité et sans histoire. Tout ce que nous pouvons en dire, c'est qu'il ne s'agit pas
d'une chose que nous connaissons, car si nous connaissons une chose, elle doit
être dans la manifestation ; elle n'est donc pas non-manifestée. Le Non-Manifesté
est la Grande Négation ; en même temps, IL est la puissance infinie qui n'est pas
survenue. Sa meilleure représentation pourrait être l'image de l'espace
interstellaire ».
2
The Cosmic Doctrine. Dion Fortune. Publié par Aquarian Press. Londres
5. Il est bon de noter que l'image de l'espace interstellaire n'est qu'un symbole
destiné à faciliter la compréhension. La même source décrit le processus de la
première manifestation comme un « espace » commençant à se mouvoir dans un
anneau, si on peut concevoir le néant en mouvement, et le « mouvement » de cet
anneau amorçant un second « mouvement » dont le plan forme un angle droit
perpendiculaire au plan initial, provoquant ainsi la formation d'un second anneau
issu du premier. L'interaction des forces des deux anneaux provoque alors la
rotation de l'anneau intérieur sur l'axe formé par l'interconnexion des deux
anneaux, occasionnant ainsi par la rotation transversale de l'anneau primaire la
formation d'un troisième anneau sphérique. Le symbole ainsi décrit ressemble à
un gyroscope (fig 4a). L'anneau central tournant dans deux directions à la fois
donne naissance à un centre.
6. Le premier anneau, à partir duquel le Cosmos dans son ensemble est
finalement créé, est appelé Anneau du Cosmos ; le second anneau, qui sert de
palier de butée au mouvement secondaire du premier anneau est appelé Anneau
du Chaos ; et le troisième anneau, décrit comme le mouvement de rotation
transversal au premier, est appelé Anneau Infranchissable car il transcrit une
sphère de limitation pour tout développement futur. Le centre ainsi formé par
l'Anneau du Cosmos correspond à Kéther.
7. On doit se rappeler que tout ceci n'est que métaphore.
8. Ces trois anneaux peuvent être comparés aux Voiles de l'Existence Négative
de l'Arbre de Vie. L'Anneau du Cosmos correspondrait à AIN, l'Anneau du Chaos
à AIN SOPH et l'Anneau Infranchissable à AIN SOPH ADR.
9. Cette concrétion d'un centre, Kéther, par AIN au travers du développement
de AIN SOPH et de AIN SOPH AUR peut être plus amplement illustré par le
diagramme Qabalistique traditionnel des Voiles de l'Existence Négative (Fig. 4b).
On verra que ces deux sources se correspondent exactement.
10. Dans l'hébreu originel, les noms des Trois Voiles sont composés
respectivement de trois, six et neuf lettres, chacun comportant trois lettres
émanant du Voile le plus dense : AIN -Aleph, Yod, Noun, AIN SOPH - Aleph,
Yod, Noun, Samekh, Vau, Peh, AIN SOPH AUR - Aleph, Yod, Noun, Samekh,
Vau, Peh, Aleph, Vau, Resh. Ceci peut se rapporter aux Trois Piliers, c'est-à-dire
aux trois voies possibles pour la manifestation de la force : active, passive ou
équilibrée. Les Quatre Mondes des Séphiroth n'existent que lorsqu'ils ont été
accomplis, et, quand la manifestation se retire en dernier lieu en remontant les
plans, ils cessent d'exister. Les Piliers, en tant que possibilités, existent, qu'il y ait
manifestation ou non.
11. Ainsi, on ne doit pas penser que le glyphe des Piliers fait partie du glyphe de
l'Arbre de Vie. Ce sont des entités distinctes. Les Séphiroth sont des expériences
de conscience établies, mais les Piliers sont des possibilités de manifestation et ils
ont leurs racines dans le Non Manifesté.
12. En poursuivant les métaphores pour les concepts impliqués par les Voiles
de l'Existence Négative, il peut s'avérer utile de revenir aux premiers versets de
l'Ancien Testament. On a dit que la Bible ne peut être totalement expliquée qu'à la
lumière de la Qabal, cette dernière en étant une interprétation mystique, tout
comme le Talmud en est un commentaire érudit. Savoir si cela est vrai ou non
demanderait un jugement très avancé, mais dans nos études élémentaires, la
Bible, que nous connaissons assez bien, peut jeter quelque lumière sur la Qabal t
alors que nous ne pourrions le faire par nous-mêmes.
13. Aux versets deux à cinq du premier Chapitre de la Genèse, on lit ceci : « Or
la Terre était vague et vide, les ténèbres couvraient l'abîme et l'Esprit de Dieu
planait sur les eaux. Et Dieu dit « Que la lumière soit », et la lumière fut. Dieu vit
que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres. Dieu appela la
lumière Jour et les ténèbres Nuit ».
14. Sauf pour ceux qui se tiennent à la lettre des textes, il sera évident que
« Terre », « eau » et « lumière » ne sont pas destinés à être pris dans leur sens
commun. On peut suggérer que le vide sombre soit comparé à AIN, le Néant ;
l'Esprit de Dieu planant sur lès eaux à AIN SOPH, l'Illimité ; et la Lumière à AIN
SOPH AUR, la Lumière Sans Limite.
15. Il est intéressant de rappeler ici l'enseignement Oriental qui conçoit des
Jours et des Nuits de Manifestation. Après un Jour de Manifestation, le Cosmos
dans son ensemble est renvoyé à sa source où il se repose en une Nuit de Pralaya.
« Et Dieu appela la lumière Jour, et les ténèbres Nuit ».
16. Dans presque tous les mythes religieux traitant de la création, celle-ci se
produit d'abord comme une manifestation de lumière. Mais les Voiles de
l'Existence Négative se réfèrent à la période précédant l'aurore, avant que
l'obscurité ait entièrement donné naissance à la lumière, et dans cette région
imprécise se trouvent de nombreux symboles qui essayent de nous donner
quelque compréhension de l'obscurité primordiale existant avant que toute chose
ne fut. Tous, cependant, sont des variantes du cercle ou de la sphère, depuis le
serpent qui se mord la queue jusqu'au rotundum des alchimistes.
17. C'est la figure circulaire, la ligne sans fin, qui donne la meilleure idée d'une
chose qui se contient elle-même, n'ayant ni commencement ni fin, sans passé ni
futur, sans dessus ni dessous, sans espace. L'espace et le temps, le commencement
et la fin ne viennent qu'avec l'apparition de la lumière, ou conscience, et celle-ci
n'est pas encore présente.
18. C'est aussi, comme le montre le symbole de l'Œuf Cosmique, le germe d'où
provient toute création. C'est également un état dans lequel les opposés sont unis
comme le montre le symbole chinois t'ai chi t'u (Fig. 4c). C'est le parfait
commencement car les opposés ne se sont pas encore séparés, et c'est également
la fin parfaite car les opposés se sont réunis. C'est en même temps le germe
premier et la synthèse finale de toute création.
19. La première stance du « Livre Secret de Dzyan » citée dans le résumé que
fit Hillard de «La Doctrine Secrète» de H. P. Blavatsky propose une autre
description de cet état : « La Parente Eternelle, enveloppée dans ses robes toujours
invisibles, s'est encore assoupie pour sept Eternités. Le temps n'était pas, car il git
endormi sur le sein infini de la durée. L'Esprit Universel n'était pas, car il n'y avait
aucun Etre Intelligent pour le contenir. . . Les causes de l'existence n'existaient pas
plus ; le visible qui était et l'invisible qui est, reposaient dans le Non Etre Eternel,
l'Etre-Unique. Seule la forme Unique d'Existence s'étendait sans limite, infinie,
sans cause, dans un sommeil sans rêve ; et la Vie palpitait inconsciente dans
l'Espace universel, au travers de cette Toute-Présence que ressent « L'Œil
Ouvert » du Prophète. Mais où était le Prophète lorsque l'Ame Supérieure de
l'Univers était absorbée dans l'Absolu, et que la grande Roue était sans parents
? ».
20. Dans cette description du Non Manifesté nous trouvons implicitement
l'idée qu'il existe une grande Loi Cyclique par laquelle se produit la manifestation
et qui la retire dans le Non Manifesté pour revenir une nouvelle fois à la
manifestation quelque temps plus tard, bien que, par évidence, à ces niveaux, il
n'existe pas de temps tel que nous le comprenons.
21. La stance III de ce livre sacré décrit la première apparition dans la
manifestation, c'est-à-dire en termes Cabalistiques, la formation de la première
émanation, Kéther : « La dernière vibration de la septième Eternité tressaille à
travers l'Infini. La Mère s'enfle, s'étendant de l'intérieur vers l'extérieur, comme le
bouton de lotus. La vibration s'étend, touchant de son aile vive l'univers entier, et
le Germe qui habite les Ténèbres ; les Ténèbres qui respirent sur les Eaux
assoupies de la Vie. Les « Ténèbres » rayonnent la Lumière, et la Lumière verse
un Rayon solitaire dans les profondeurs de la Mère. Le Rayon va jusqu'à l'Œuf
vierge, il provoque son tressaillement et l'Œuf lâche le Germe non-éternel qui se
condense en l'Œuf du monde ».
22. Ce passage rappelle le texte de la Genèse cité précédemment : « et les
ténèbres couvraient l'abîme et l'Esprit de Dieu planait sur les eaux. Et Dieu dit
«Que la lumière soit», et la lumière fut ». Nous avons déjà comparé cela avec les
Trois Voiles de l'Existence Négative et les Trois Anneaux Primaires de « La
Doctrine Cosmique ».
23. La stance poursuit : « Alors les trois tombent dans quatre ». Les « trois » se
réfèrent aux Voiles de l'Existence Négative dans lesquels sont contenues les trois
possibilités de la force en action, positive, négative ou équilibrée, symbolisées par
le glyphe des Piliers. Le « quatre » se rapporte à Kéther qui, comme nous le
verrons dans le prochain chapitre, est de nature quadruple. Comme Kéther est la
couronne de la création, cette nature quadruple se réfère à tous les niveaux de la
manifestation et il s'agit de ce que les anciens appelaient « les Quatre Eléments ».
Leur idée voulant que toute substance était composée de mélanges divers de terre,
air, feu, et eau était un concept philosophique, les Eléments étant des modes
d'existence. Ils essayèrent évidemment d'appliquer ces idées la science chimique
primitive, et beaucoup d'erreurs en résultèrent. Mais plus erronée encore est la
position que les modernes ont adoptée en disant que les Anciens étaient encore
plus dans l'erreur qu'il n'y paraissait, et que les éléments tels qu'ils les
comprenaient n'étaient que les seuls quatre éléments physiques.
24. Il est très intéressant de corréler le plus possible les stances de Dzyan et les
aspects de l'Arbre de Vie. On les considère comme l'œuvre originale à partir de
laquelle les livres religieux de toutes les nations sont compilés, y compris « Le
Livre des Mystères Cachés » qui est un des textes Cabalistiques importants. On
n'a pas besoin de prendre cela trop à la lettre, car il est peu vraisemblable que le
travail de copie ait été fait physiquement. Cela signifie probablement que la
source intérieure des écrits divins est la même et que les Stances de Dzyan sont la
plus ancienne et la plus pure transcription d'idées émanant de cette source. En
comparant les textes sacrés et les systèmes de symboles, on peut obtenir beaucoup
d'éclaircissements. Pour la plupart d'entre eux, le langage est si obscur et si
symbolique qu'il est souvent difficile de faire la différence entre ce qui est un
profond symbolisme au delà de notre compréhension et ce qui n'est qu'une
corruption du texte originel provoquée par une copie ou une traduction erronée.
Mais si on aborde les différences apparentes d'une façon créative, cherchant à
trouver des ressemblances et une synthèse générale, on parviendra à beaucoup de
choses. Une approche critique, cherchant à afficher les divergences ne produira
certainement rien et ne sera qu'un catalogue de différences.
25. Beaucoup d'écrits, par exemple, se proposent de symboliser différentes
choses vues d'horizons divers, et il ne peut donc manquer que des différences de
détail y apparaissent. Il est également bon de se faire sa propre interprétation du
symbolisme par la méditation, et de ne pas accepter les idées des autres. Il existe
non seulement des différences de psychologie de personne à personne, ce qui leur
fait voir les choses sous des angles différents, mais la majeure partie du
symbolisme se rattache à de nombreux niveaux différents. Et lorsqu'on ouvre sa
conscience à différents niveaux d'existence, la compréhension d'un symbolisme
particulier peut alors changer et également se développer. La seule signification
valable d'un symbole est celle que l'on a arrachée soi-même à celui-ci. Une
signification de seconde main n'a que peu de valeur et de sens, et ce peut être un
obstacle positif considérable.
26. Etant donné que certaines races sont plus aptes aux spéculations
métaphysiques que d'autres, on verra que certaines mythologies contiennent des
mythes de création comparativement naïfs ; mais, d'autre part, beaucoup de
mythologies paraissant naïves sont réellement très abstruses lorsqu'on a trouvé la
clé de leur symbolisme. L'important est, comme nous le disions ci-dessus, ce que
le dieu ou la déesse signifie pour l'étudiant et pas nécessairement ce qu'ils
signifiaient pour les adorateurs originels. Ceux-ci auront changé selon le lieu et
l'époque, et c'est le temps présent qui importe à l'étudiant ésotérique, et non le
passé, ni même le futur.
27. Une correspondance étroite avec la conception du Non Manifesté se trouve
chez le grec Hésiod qui écrivit sa «Théogonie » au cours du huitième siècle avant
Jésus-Christ. C'est l'essai grec le plus ancien que l'on connaisse pour une
classification mythologique.
28. « Au commencement », écrit-il, « était le Chaos vaste et ténébreux ». Ce
terme Chaos vient d'une racine signifiant « être béant », et désigne ainsi l'espace.
La confusion est venue plus tard en raison d'une mauvaise déclinaison d'un mot
signifiant « verser » ; « chaos » prit alors le sens de masse d'éléments confus et
désorganisés, dispersés à travers l'espace. La signification originelle et véritable
est un pur principe cosmique dépourvu de forme divine ou autre.
29. Du Chaos, poursuit Hésiod, apparut d'abord Géa, la Terre à la gorge
profonde. Géa devint ainsi une déesse de la Terre, ce qui placerait son attribution
Cabalistique en Malkuth, mais un examen plus approfondi de ses caractéristiques
suggère que la Terre à laquelle ce texte se réfère est la base solide de la
manifestation première et non la base solide de croissance de la vie sur cette
planète. Il existe une analogie symbolique entre la terre et l'espace cosmique qui
est démontrée par l'adoration des pierres pratiquée par les anciens, laquelle n'était
absolument pas une simple religion totémiste.
30. Après Géa apparut Eros, non pas le dieu mineur qui symbolisa plus tard
l'amour humain, mais une conception cosmologique nettement plus importante. Il
existe une analogie entre eux si on veut considérer qu'il y a un amour Divin tout
comme il y a l'amour humain : l'Union Divine et l'union sexuelle. Et l'Union avec
Dieu est l'Expérience Spirituelle de Kéther. On pourrait concevoir un Eros
puissant se levant et décochant une grande flèche qui, volant à travers l'espace,
crée les plans au fur et à mesure qu'elle descend comme le fait sur l'Arbre l'Eclair
Fulgurant.
31. Ainsi Géa et Eros pourraient être tous deux considérés comme des formes
de Kéther, attirant l'attention sur la bipolarité de Dieu. A l'appui de cette
attribution vient le fait que Géa donna naissance à Uranus, « le ciel étoile », et à
Pontus, « la mer stérile », lesquels correspondent bien à Chokmah et Binah.
32. Le Chaos a aussi généré Erebus et Nuit qui, à leur tour, se sont accouplés et
ont donné naissance à Ether et Hemera le jour. Ceci correspond également à la
première manifestation de lumière telle qu'elle est décrite dans les textes que nous
avons déjà examinés.
33. Dans les panthéons Egyptiens, le système d'Héliopolis décrit le dieu Nu
comme l'Océan primordial dans lequel réside le germe de toute création. On
l'appelait « père des dieux » mais aucun temple n'était construit à sa gloire et il
s'agissait d'un pur concept intellectuel, bien qu'il était parfois représenté sous les
traits d'un personnage baignant dans l'eau jusqu'à la ceinture et tenant les dieux
qu'il avait créé. On enseignait que, à l'intérieur de Nu, avant la création, vivait un
esprit sans forme nommé Atum, qui portait en lui la totalité de toute existence.
Quand il se manifesta finalement comme une entité séparée de Nu, il donna
naissance à tous les dieux, hommes et choses vivantes, et il fut alors connu sous le
nom de Râ ou Atum-Râ, ce qui est, de façon évidente dans ce mythe, une
représentation de Kéther.
34. Hathor, en ce que certains textes la décrivaient comme une grande vache
céleste qui créa le monde et tout ce qu'il contient, y compris le Soleil, peut
également être comparée au Non Manifesté. Il y a ici une possibilité d'un certain
recouvrement de concepts, particulièrement avec les déesses Mères, car ce qui est
considéré comme la Mère des Formes, une représentation de Binah, peut aussi, à
un niveau plus élevé, être considéré comme une Mère du Tout et, par là, comme
un aspect donneur de forme du Non Manifesté ; en termes Cabalistiques, l'AIN
SOPH. Chacun doit s'accoutumer personnellement à ces transpositions car bien
qu'elles puissent apparaître déroutantes au premier abord, elles peuvent donner de
nombreux indices utiles sur les relations entre les aspects de l'Univers manifesté ;
de plus, alors que les Séphiroth sont des « mono-idées », les divinités, faites par
les humains, sont inévitablement complexes et s'accordent donc avec plusieurs
idées simples.
35. Un autre exemple de cette formule de transposition, que l'on retrouve très
fréquemment dans les panthéons Egyptiens, est le dieu-scarabée ou
dieu-coléoptère, Khéphéra. On disait qu'il émergea de sa propre substance et était
donc à la fois un symbole du Soleil et de la vie qui renait continuellement à
elle-même. Mais en gardant à l'esprit le rythme cyclique des Jours et des Nuits de
la Manifestation, on pourrait également l'appliquer au Non-Manifesté. Une
analogie extérieure à l'Egypte serait le phénix renaissant de ses propres cendres.
C'est avant tout un symbole de régénération religieuse mais toute vie comporte ses
analogies sur des niveaux supérieurs et inférieurs, ceci en accord avec l'axiome
Hermétique « Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».
36. Donc en essayant de pénétrer derrière le symbolisme d'un mythe pour
parvenir à la réalité, les termes utilisés ne doivent pas seulement être pris dans leur
sens commun. Nous avons déjà vu que «Terre» peut aussi signifier la première
substance de base de la manifestation. On pense assez communément chez les
modernes qu'il est plutôt étrange que les anciens aient cru en une cosmologie dans
laquelle le Soleil et les étoiles avaient été créés après la Terre. Et il est vrai
qu'avant Copernic la majorité de l'humanité le croyait - et certains y croient
encore. Mais beaucoup de mythes sont des paraboles inventées par le clergé et les
écoles initiatiques pour incarner les enseignements de principes cosmiques, et ne
sont pas plus faits pour être pris dans leur sens littéral que les paraboles
chrétiennes ne le sont. La parabole du Semeur n'a pas plus été invalidée par les
progrès des techniques modernes de l'agriculture que l'ancienne cosmogonie ne l'a
été par l'astronomie, ou l'alchimie par la chimie moderne. Les attributions sont
différentes.
37. De même, certains mythes qui se réfèrent au Soleil ou à la Lune peuvent
faire allusion à des états psychologiques ou à quoique ce soit de respectivement
rayonnant, positif et générateur de vie, ou de réfléchissant, négatif et magnétique.
On doit apprendre à penser par analogie comme le faisaient les anciens. Il est vrai
que cette façon de penser par analogie est vue avec une grande suspicion par la
logique, mais dans ces échanges de symboles et ces équations psychologiques
variables, la logique est plus souvent un obstacle qu'un secours.
38. Le Soleil qui apparaît dans certains symboles, même s'il doit s'appliquer à
un corps céleste, peut se référer à d'autres étoiles que notre Soleil. On doit
particulièrement y veiller lorsqu'on traite des personnages égyptiens ailés. Les
ailes apparaissent rarement chez les dieux égyptiens, car c'était un concept
inconnu de la religion exotérique de l'époque, mais lorsqu'elles apparaissent, elles
représentent le principe cosmique d'une force particulière. Ainsi le disque solaire
porté sur la coiffure d'Isis ou de Hathor, particulièrement pour Isis Ailée, se
rapporte à Sothis, plus communément connu de nos jours sous le nom de Sirius, la
Canicule, qui était une étoile consacrée particulièrement à Isis.
39. Les étudiants ésotériques ayant quelque expérience en verront les
implications car Sothis, tout comme la Grande Ourse et les Pléiades, est une
source de puissance derrière les douze constellations du Zodiaque qui, à leur tour,
rayonnent les influences vers notre Système Solaire par la médiation du Logos
Solaire, notre Dieu.
40. Dans la psychologie ésotérique de l'homme, les Voiles de l'Existence
Négative correspondent à la partie de son être où les forces provenant d'au delà de
la juridiction du Logos Solaire, habituellement d'Univers ayant subi dans le passé
l'expérience évolutionnaire, peuvent le contacter. Un tel contact, s'il est très fort,
émanant d'une telle source étrangère, peut provoquer d'étranges aberrations à
l'âme. Parfois un Adepte Noir commence ainsi sa carrière, bien que de tels
contacts ne soient pas tous hors du plan du Système de notre Logos Solaire, et
peuvent être désireux de le servir.
41. Pour aider à acquérir une conception consciente de l'Existence Négative, la
méditation spéculative sur les textes et diagrammes proposés dans ce livre, ainsi
que sur l'un des mythes anciens de la création avec lequel l'étudiant peut être
familier est recommandée. Une certaine aide peut également provenir du travail
sur les idées et images-semences suivantes :
a) un vide de pression
b) un océan illimité de lumière négative
c) le néant cristallisant un centre
d) une toile invisible sur laquelle brillent des formes de rosée.
CHAPITRE VI
KETHER - LA COURONNE
« Le Premier Sentier est appelé l'Intelligence Admirable ou Cachée car c'est la
Lumière donnant le pouvoir de compréhension du Premier Principe qui n'a pas
de commencement. Et il est la Gloire Primordiale, car aucun être créé ne peut
parvenir à son essence ».
IMAGE MAGIQUE : Un vieux roi barbu de profil
NOM DIVIN : Eheieh
ARCHANGE : Metatron
ORDRE DES ANGES : Chaioth he Qadesh, Saintes Créatures
Vivantes
CHAKRA MONDIAL : Primum Mobile. Premiers Tourbillons
VERTU : Accomplissement. Achèvement du
Grand Œuvre
TITRES : Existence des Existences. Caché des
Cachés. Ancien des Anciens. Ancien
des Jours. Le Point Lisse. Le Point
Primordial. Le Plus Haut. La Vaste
Expression. La Tête Blanche. La Tête
Qui N'est Pas. Macroposope.
EXPERIENCE SPIRITUELLE : Union avec Dieu
COULEUR EN AZILUTH : Eclat
COULEUR EN BRIAH : Pur éclat blanc
COULEUR EN YETZIRAH : Pur éclat blanc
COULEUR EN ASIAH : Blanc tacheté d'or
VICE : -
SYMBOLES : Le point. Le point dans un cercle. La
couronne. Le svastika.
1. Kéther est la source de la Création, le point d'où la vie jaillit des profondeurs
du Grand Non-Manifesté. C'est la manifestation sur le point de devenir
manifestée, le centre cristallisé au milieu du Non-être, portant en lui les
potentialités de tout ce qui viendra. C'est la grandeur suprême de Divinité, bien
que l'on ne doive pas oublier que toutes les Séphiroth ont le même degré de
sainteté, chacune d'elles étant une émanation du Dieu Unique. Ainsi Malkuth, le
monde physique, est aussi divin que la sphère spirituelle la plus élevée, Kéther, la
Couronne de la Création.
2. Ceux qui considèrent la sainteté de Malkuth sans se référer aux Séphiroth
supérieures tombent dans l'erreur du panthéisme qui n'est qu'une vérité partielle.
Ceux qui considèrent que Kéther est plus saint que les créations suivantes tombent
dans la même erreur qui consiste à nier l'Unité de Dieu, à établir une dichotomie
entre l'Esprit et la Matière. Toute création postérieure à la force pure de Kéther est
une concrétion graduelle dans la forme de la force divine unique. La forme est la
force enfermée dans des moules de sa propre fabrication. La force est ce qui se
libère lorsque les moules ou formes sont brisés. La force et la forme sont une et
identiques : « Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».
3. C'est le principe de l'unité des opposés et des processus de vie et de mort. La
force sur un niveau agit comme une dualité, fonctionnant activement ou
passivement. Lorsque des forces opposées se rencontrent elles s'attirent et se
repoussent mutuellement, forment un anneau tournoyant de la façon décrite par
l'extrait de « La Doctrine Cosmique » cité au chapitre précédent, et descendent
ainsi un plan, créant une forme par l'équilibre entremêlé de leurs puissances. De
même, si la forme stabilisée est brisée, les forces inhérentes deviennent libres de
se mouvoir sur un plan supérieur.
4. Pour une entité consciente sur le plan inférieur où se crée la forme,
l'enchevêtrement des forces supérieures, provoquant une forme sur le niveau
inférieur, apparaîtra comme une naissance. Lorsque la forme est brisée et que les
forces retournent à leur niveau supérieur originel, le processus sera considéré
comme une mort.
5. Cependant, pour une entité consciente sur le plan supérieur, la descente dans
la forme de forces libres sera vue comme une mort, et la rupture d'une forme pour
libérer les forces apparaîtra comme une naissance.
6. De cette façon, on verra que la naissance et la mort sont les deux faces d'une
même pièce. La coquille vide de la forme créée reste sur le plan inférieur pour
revenir à la matière de base de ce plan, et les forces retournent à leur niveau
supérieur, vibrant alors de l'expérience de la manifestation dans la forme dense.
7. C'est le modèle de base de toute manifestation et de non-manifestation et
nous avons déjà vu qu'il était cyclique. C'est aussi le processus de l'âme humaine
descendant les plans vers la forme dense, mourant par la suite à cette forme,
renaissant aux mondes intérieurs puis, après une période d'assimilation de
l'expérience passée dans la forme dense, elle renait en celle-ci par la mort de sa
liberté dans les formes moins denses des plans supérieurs. C'est la doctrine de
base de la théorie de la réincarnation. C'est aussi la raison des pratiques
religieuses primitives de sacrifice sanglant : en détruisant la forme, la force était
libérée pour retrouver son chemin vers les mondes supérieurs.
8. Les restes fossilisés d'espèces disparues sont les formes de vie mises au rebut
car elles n'étaient plus aptes à l'expression de la force de vie. Mais la vie a
accompli sa renaissance dans des types de véhicules supérieurs. La vie est
parvenue à des expressions plus complexes de l'existence uniquement par
l'abandon des formes les plus simples. Une conscience habitant pour l'éternité une
forme simple considérerait le déclin de son génie comme une tragédie. Une
conscience habitant une forme évolutionnaire plus avancée, croissant en pouvoir
au détriment de la vieille, se réjouirait. Les espèces, les races et les nations
s'élèvent et chutent ainsi. Vu de Kéther, tout est un, car Kéther est la force de vie
fondamentale à la base de toutes les formes. Ce niveau est ainsi au dessus du bien
et du mal tels que les conçoivent les consciences limitées par les formes. En
Kéther est l'Esprit qui sait son immortalité quels que soient les triomphes ou les
vicissitudes des expressions de forme.
9. De cette façon, on peut le considérer comme la Couronne de Ta Création car,
dans une monarchie moderne, la Couronne est au-dessus de la mêlée des partis
politiques. On pourrait évidemment y voir un aspect de Kéther dans la sphère de
Mal-kuth ; et la Couronne est un symbole de Kéther.
10. Les autres symboles, le point et le point dans un cercle, indiquent que la
manifestation de Kéther est à la fois la forme la plus simple de manifestation, tout
comme le point est la figure géométrique la plus simple, et la concrétion d'un
centre dans le Grand Cercle du Non-Manifesté. Les titres auxiliaires soulignent
également cette attribution, en particulier « Le Point Primordial » et « Le Point
Lisse ». Ce dernier titre est l'un de ceux dont la conception est absurde pour
l'esprit concret car un point, par définition, n'a pas de surface et ne peut donc être
rugueux ou lisse. Ceci implique une sphère sans magnitude et cela tient également
compte de la face Non-Manifestée de Kéther, laquelle est aussi évoquée par les
titres « Caché des Cachés » et « La Tête Qui N'est Pas ». De même qu'il existe une
face sombre de la Lune que l'homme n'aperçoit jamais de la Terre, il y a un côté de
Kéther qui, étant du Non-Manifesté, est incompréhensible au reste de la création.
11. Comme le dit le Texte Yetziratique, c'est la Gloire Primordiale car aucun
être créé ne peut parvenir à son essence. Si un être créé était sur le point d'atteindre
son essence, ce qui, selon l'Expérience Spirituelle est l'Union avec Dieu, il
deviendrait, par ce fait même, non créé. C'est cependant le but de toute évolution,
comme l'indique la Vertu de Kéther, Accomplissement, Achèvement du Grand
Œuvre. Le Grande Œuvre, un terme souvent rencontré dans des écrits magiques et
alchimiques, est le grand œuvre de la vie elle-même : la mort de l'esprit libre dans
la forme et sa régénération ultérieure.
12. « Le Premier Sentier est appelé l'Intelligence Admirable ou Cachée car c'est
la Lumière donnant le pouvoir de compréhension au Premier Principe qui n'a pas
de commencement ».
13. Cette partie principale du Texte Yetziratique confirme l'Expérience
Spirituelle car seule l'Union avec Dieu peut donner le pouvoir de compréhension
de l'Esprit immortel, lequel est le premier principa de la manifestation. De plus,
étant immortel, il n'a ni commencement ni fin. Ainsi cette Sphère est-elle appelée
l'Intelligence Admirable car les êtres créés ne peuvent qu'adorer - ou admirer - en
présence de Dieu. Et l'Intelligence Cachée signifie une nouvelle fois que l'Esprit
provient de l'Inconnaissable Grand Non-Manifesté. Le Texte se réfère également
à la Séphire comme à « la lumière donnant le pouvoir de compréhension ». Nous
voyons encore que la Lumière est la première chose manifestée et, en Kéther, la
Lumière se donne sa propre compréhension. On se souviendra que dans la
Genèse, au moment de la création de la Lumière, les Ténèbres ne la comprenaient
pas. On doit également garder à l'esprit que la Lumière dont il s'agit n'est pas le
type de perturbation éthérique que nous nommons lumière, mais un grand concept
métaphysique dont la lumière du Soleil et des étoiles n'est qu'un symbole et une
analogie inférieure. La lumière telle que nous la percevons par nos sens physiques
pourrait être considérée comme un aspect dense du Kéther de Malkuth, mais la
Lumière du Kéther de Kéther est Esprit ; tout comme le Feu que Prométhée vola
dans les Cieux est un type de Volonté Spirituelle.
14. La Lumière étant le Premier Manifesté, c'est évidemment aussi la chose la
plus ancienne de la création, encore que ces niveaux spirituels se situent au delà
de nos conceptions d'espace et de temps. Les titres « Ancien des Anciens » et
« Ancien des Jours » le rappellent. Les Jours dont il est question sont évidemment
les Jours Cosmiques de la Manifestation. L'Image Magique, un vieux roi barbu vu
de profil est un symbole imagé de ces titres mais peut être déroutant. De cette
Image Magique qui, par suite d'une longue contemplation de Dieu par l'église
exotérique, a manifestement filtré dans la conception populaire, provient la
représentation naïve de Dieu sous les traits d'un vieil homme à barbe et robe
flottantes.
15. C'est un exemple concret du pouvoir de ces symboles Cabalistiques, car la
couleur blanche est aussi une couleur de Kéther, comme par exemple dans le Titre
« La Tête Blanche » ; le blanc contient toutes les autres couleurs comme Kéther
contient toute manifestation à venir. Mais c'est aussi un exemple du fait que les
symboles induisent en erreur, car beaucoup professent de nier la religion en
asseyant leur conviction sur le fait que ses concepts anthropomorphes sont trop
naïfs. La vérité est, bien sûr, que le critique est trop naïf et, comme cela se produit
souvent, il projette ses propres faiblesses sur le monde extérieur ; c'est la seule
façon utilisée par la plupart d'entre nous pour affronter nos propres défaillances :
en les projetant sur les autres.
16. Cependant, alors que Dieu est un être réel et non une simple abstraction
métaphysique, Il n'est évidemment pas non plus un vieil homme en robe blanche.
Dans l'Image Magique, Il est conçu vu de profil, car l'autre côté de Kéther est
non-manifesté ; et il est représenté sous les traits d'un vieillard car Kéther est le
premier manifesté. Mais on devrait glaner un brin de sagesse en étudiant le mythe
de Tithonus qui obtint des dieux le cadeau d'immortalité, mais oublia de
demander l'éternelle jeunesse. En conséquence, il devint de plus en plus sénile et
décrépit jusqu'à ce que sa vie lui soit un fardeau. Par miséricorde, il fut changé en
cigale, ce que, probablement, il est encore de nos jours. Ce fut sans doute une
leçon pour lui-même, mais celle qui nous est destinée nous dit que nous ne devons
pas imaginer que les grands êtres divins soient sujets aux lois physiques du temps,
de la biologie et de la chimie, et soient ainsi séniles et décrépits ; ils ont également
« l'éternelle jeunesse ».
17. Le Nom Divin de Kéther est Eheieh, qui a été comparé à l'expiration et à
l'inspiration du souffle, symbolisant ainsi Kéther comme la racine d'où tout
s'écoule et où tout revient. La Respiration Divine est un symbole largement utilisé
par les mystiques orientaux, et une grande partie de l'enseignement contenu dans
le Hatha Yoga y prend ses sources.
18. Les lettres Hébraïques qui composent le Non sont Aleph, Heh, Yod, Heh.
Dans le symbolisme de l'alphabet hébraïque, la lettre Aleph marque le
commencement des choses et Heh la réception ou stabilisation à un niveau de
forme. Yod représente le principe fertilisant. Donc le Nom lui-même suggère
l'envoi initial de force qui est ensuite stabilisée, puis une émanation
complémentaire fructifiante qui résulte en une stabilisation finale. On peut le
considérer soit comme une manifestation croissant sur des niveaux légèrement
plus denses ou, peut-être mieux, par la manifestation et le retour ultérieur à la
stabilité dans le Non-Manifesté. Yod et Heh peuvent aussi représenter les aspects
positif et négatif de force et peuvent donc être comparés à Chokmah et Binah. On
pourrait donc ainsi considérer que le Nom représente la venue de la vie (Aleph)
résultant en une stabilisation (Heh) des principes de manifestation, positif (Yod)
et négatif (Heh). Il existe sans aucun doute d'autres interprétations passibles.
19. Eheieh a été traduit de différentes façons : JE SUIS, ou JE SUIS CELUI
QUI EST ou JE DEVIENS. Toutes ces traductions correspondent au titre attribué
à Kéther, Existence des Existences.
20. La couleur affectée à l'Atziluth de Kéther est l'Eclat qui transcende toutes
les couleurs, comme Kéther transcende toute création.
21. L'Archange de la Séphire est Métatron qui préside autant sur l'intégralité de
l'Arbre de Vie que sur Kéther. Selon la tradition, c'est Métatron qui donna la
Qabal à l'homme. Cela peut pouvoir dire que, de son monde céleste
insaisissablement élevé, il envoya une idée-plan de l'évolution, laquelle fut
imprimée sur les hauts niveaux de l'homme afin qu'elle puisse ensuite être
apportée à l'esprit conscient par les techniques de méditation.
22. Il ne s'agissait pas de ce que l'on pourrait simplement appeler « télépathie »,
car cela se situait hors de portée de l'esprit concret. Un être aussi élevé que
Métatron ne traiterait pas directement de concepts mentaux ou de formes
picturales, mais établirait le contact direct avec l'esprit de l'homme. Aux niveaux
spirituels abstraits sur lesquels opère un tel être, les idées mentales apparaîtraient
aussi solides et concrètes que ne le sont pour nous des blocs de pierre ; et lorsque
nous voulons communiquer avec nos semblables, nous recherchons des méthodes
plus aisées que la gravure de message sur pierre.
23. Cela ne veut pas dire qu'il soit impossible d'entrer en contact avec une entité
telle que Métatron ; dans ce genre de sujet, on ne doit jamais laisser la théorie fixer
des limites à la pratique. Métatron peut être peint de la couleur de Kéther en Briah,
un très grand pilier rayonnant puissamment de pur éclat blanc.
24. L'Ordre des Anges affecté à Kéther est celui des Saintes Créatures
Vivantes. Elles sont classées en quatre types, suivant le système Biblique qui les
décrit sous la forme du Taureau, du Lion, de l'Aigle et de l'Homme. Les Anges se
préoccupent du Monde de Formation d'une Séphire et ceci ouvre de larges
horizons car ce qui est formé en Kéther sera reflété dans toute la manifestation.
C'est la base tant calomniée des Quatre Eléments des Anciens, dont l'école de
psychologie analytique de Jung s'efforce de nos jours de rétablir l'honorabilité.
25. Du point de vue ésotérique, Dieu se manifeste en Quatre Aspects, alors que
l'église exotérique enseigne Trois Aspects ou Personnes. Ces Quatre Aspects sont
le Père, le Fils, le Saint Esprit et le Destructeur ou Désintégrateur. L'Aspect du
Père est celui de Pouvoir ou Volonté Spirituelle. L'Aspect du Fils est l'Amour,
c'est-à-dire la compréhension totale des besoins de tous, et non pas la douce
sentimentalité. L'Aspect de l'Esprit Saint est la Sagesse, l'Intelligence Active ou
Illumination. Le Quatrième Aspect est le Preneur de Vie, depuis la mort de la
forme jusque, finalement, au retrait de toute vie manifestée pour la renvoyer au
Non-Manifesté.
26. Tous les mots utilisés au paragraphe précédent pour décrire les Quatre
Aspects sont inadéquats. Les pouvoirs de Dieu se situent hors de la portée des
mots, donc, au lieu d'en subir les limites, on doit, par la méditation, essayer
d'atteindre à travers eux la vérité qu'ils représentent aussi lamentablement.
27. Les étudiants versés dans l'astrologie remarqueront que les symboles des
Saintes Créatures Vivantes correspondent aux signes zodiacaux de Taurus, Léo,
Scorpio et Aquarius. Ce sont les Signes Etablis des Quatre Eléments,
respectivement Terre, Feu, Eau et Air, car en Kéther se situent les racines des
pouvoirs Elémentaires qui sont représentés dans le Tarot par les As de Deniers,
Bâtons, Coupes et Epées, lesquels étaient les représentations originelles des
Carreaux, Trèfles, Cœurs et Piques de nos jeux de cartes modernes.
28. Les anciens pensaient que toutes les choses étaient fondamentalement faites
à partir des Quatre Eléments, et cette affirmation est littéralement vraie car les
Eléments sont des modes d'action et pas seulement les quatre éléments physiques,
bien que ceux-ci soient les reflets des principes archétypes en cause.
29. Les correspondances enchevêtrées des Eléments sont nombreuses, et il
serait peu utile de les examiner en détail avant d'avoir terminé l'étude de l'Arbre
dans son ensemble. Les étudiants qui connaissent la psychologie de Jung peuvent
parvenir à une conception succincte de leur application en se rappelant les quatre
fonctions psychologiques que Jung nomme intuition, émotion, intelligence et
sensation, lesquelles correspondent à l'Air, l'Eau, te Feu et la Terre et qui, sur les
Séphiroth inférieures de l'Arbre peuvent être comparées à Tiphéreth, Netzach,
Hod et Malkuth.
30. Pour contacter les pouvoirs angéliques de Kéther, il n'est cependant pas
nécessaire d'entreprendre une longue analyse de correspondances. Il est possible
que la meilleure image que l'on puisse bâtir soit Je Svastika, lequel est un
emblème de la Croix aux Bras Egaux des Eléments en rotation circulaire. On peut
dessiner un svastika de pur éclat blanc portant sur chacun de ses bras l'une des
Saintes Créatures Vivantes, et le visualiser alors tournant rapidement autour d'un
axe brillant, sur un fond blanc tacheté d'or.
31. Ce mouvement de rotation nous rappelle le Chakra Mondial de Kéther, le
Primum Mobile ou Premiers Tourbillons. Cette attribution signifie que l'on peut
parvenir à une idée de Kéther en sortant de chez soi et en contemplant une
nébuleuse tourbillonner dans le ciel nocturne, car c'est une analogie astronomique
à la création cosmologique. Ce symbole peut également servir pour montrer que
les anciens n'étaient pas tous aussi sots, du point de vue astrologique, que nous
nous plaisons à les représenter.
32. Le titre affecté à Kéther, Macroposope ou Vaste Expression, est purement
Qabalistique et se rapporte à l'une des façons de diviser l'Arbre. Nous traiterons de
ce sujet dans un autre chapitre, mais le titre de Vaste expression peut être utilisé
comme image sans pour cela se référer à la théorie métaphysique. Imaginez une
grande tête émergeant des profondeurs d'une mer très calme, jusqu'à ce qu'elle
recouvre complètement l'espace au dessus de l'horizon. Voyez alors l'image de
cette vaste expression qui se reflète dans les eaux.
33. Une autre méthode consiste à s'identifier à la vaste expression
qui s'élève, en percevant son propre reflet à la surface des grandes profondeurs
d'où l'on provient. On peut également s'identifier aux reflets. La plupart des
symboles peuvent être utilisés de cette façon subjective, quelle que soit leur
forme, mais, ce faisant, leurs effets peuvent être beaucoup plus puissants que par
la méthode habituelle consistant à les visualiser objectivement. Ce procédé doit
être utilisé avec prudence.
34. Dans la mythologie, Kéther peut se comparer à tous les créateurs originels
émergeant des abîmes de l'eau ou de l'espace, créés par eux-mêmes et créant tous
les autres dieux, les hommes et les choses vivantes. Il peut se produire certains
chevauchements car, lorsqu'un créateur originel est masculin, il peut également
avoir de bonnes raisons d'être rapproché de Chokmah et, s'il est féminin, de
Binah. L'esprit de Kéther est réellement androgyne et nous avons déjà examiné
cette double nature dans la conception cosmologique de Hésiod, où Géa et Eros
peuvent être considérés comme des représentations de Kéther. Cronos, lui aussi,
pourrait être accepté comme symbole de Kéther car il dévora ses enfants tout
comme Kéther attire finalement en lui tout ce qu'il a créé.
35. Cependant, Cronos est de la seconde dynastie grecque et, bien que
l'attribution précédente soit valable pour celui qui veut la faire, Cronos se réfère à
un stade de manifestation beaucoup plus récent. C'était l'un des Titans, lesquels
peuvent être considérés comme les mémoires humaines d'une race pré-humaine.
Ils prirent part à la version grecque de la Guerre Céleste qui apparait dans tant de
mythologies, y compris la Bible. Cronos, à son tour, fut vaincu par Zeus qui, avec
les autres Olympiens, était la principale manifestation de Dieu chez les Grecs.
36. Dans la Cosmogonie Orphique, Cronos est un concept entièrement
différent, étant appelé le Premier Principe : le Temps d'où vinrent le Chaos,
l'infini, et l'Ether, le fini. Le Chaos était entouré par la Nuit, et un œuf fut formé
dans les ténèbres. Le centre de l'œuf était Phanes, Lumière, créateur avec Nuit du
ciel et de la terre, et également de Zeus.
37. Cette vision de la création peut être considérée comme un résumé de la
concrétion de Kéther. Les distinctions du Temps, de l'Infini et du Fini, de la
Lumière et des Ténèbres, sont des abstractions philosophiques qui démontrent
que cette conception est une structure métaphysique plutôt qu'un mythe primitif
véritable. Ces écrits étaient attribués à Orphée dont les enseignements originels
émanaient probablement d'Orient, bien que le dieu suprême du culte d'Orphée fut
Dionysos.
38. Dans les panthéons égyptiens Toth, Ra, Ptah et Osiris parmi d'autres furent
crédités par leurs successeurs de la création de l'Univers. Mais le système
d'Héliopolis semble mieux correspondre au concept Qabalistique : Aton-Ra
vivant en Nu avant que toute chose ne soit, et ce nom Aton provient d'une racine
signifiant à la fois « ne pas être » et « être complet », ce qui correspond bien aux
aspects doubles de Kéther de manifesté et non-manifeste, d'alpha et d'oméga, de
commencement et de fin.
CHAPITRE VII
CHOKMAH - SAGESSE
« Le Second Sentier est appelé Intelligence Illuminante. C'est la Couronne de
la Création, la Splendeur de l'Unité, qu'elle égale. Elle est exaltée au dessus de
toute tête ; les Qabalistes la nomment Seconde Gloire ».
IMAGE MAGIQUE : Jehovah ou Jah
ARCHANGE : Ratziel
ORDRE DES ANGES : Auphanim. Roues
CHAKRA MONDIAL : le Zodiaque
VERTU : dévotion
TITRES : Pouvoirs de Yetzirah. Ab. Abba.
Le Père Suprême. Tetragrammaton.
Yod du Tetragrammaton
EXPERIENCE SPIRITUELLE : la Vision de Dieu face à face
COULEUR EN AZILUTH : pur bleu tendre
COULEUR EN BRIAH : gris
COULEUR EN YETZIRAH : iridescence gris perle
COULEUR EN ASIAH : blanc, tacheté de rouge, bleu et jaune
VICE : -
SYMBOLES : le lingam. Le phallus. Yod. La Robe
Intérieure de Gloire. La pierre dressée.
La tour. Le bâton de pouvoir tenu
verticalement. La ligne droite.
1. Chokmah est la poussée dynamique et la transmission de la force spirituelle.
C'est le pouvoir jaillissant de Kéther en action positive, la maison de pouvoir de
l'Univers. Point n'est besoin d'être psychologue freudien pour détecter l'idée de
sexualité masculine suscitée par la majorité des symboles auxiliaires affectés à
cette Sphère. Chokmah est en même temps la Séphire de Sagesse, ce qui peut
sembler plutôt étrange à première vue car dans la plupart des actions conduites par
la sexualité, la Sagesse est justement la chose qui brille par son absence. On se
souviendra cependant que nous traitons de principes cosmiques intégrés dans la
manifestation et non de leur reflet dans les actions particulièrement aberrantes de
l'homme.
2. Dans son aspect passif, Chokmah est un reflet du jaillissement originel de vie
en Kéther et, dans son aspect actif, c'est la force divine en fonction positive, par
opposition à son mode d'action passif en Binah, Lorsque le glyphe des Piliers est
placé sur l'Arbre, Chokmah est au sommet du Pilier Positif et Binah surmonte le
Pilier Négatif ; nous pouvons donc espérer trouver chez le premier tous les
symboles de nature positive et masculine et chez la seconde tous les symboles de
nature passive et féminine.
3. Cependant, avant d'entreprendre un examen des symboles phalliques de
Chokmah, il serait préférable d'étudier ses aspects de reflet de Kéther. Dans tous
les sujets traitant d'analyse spirituelle, il est préférable de travailler en descendant
à partir du point le plus haut ; ceci aide à obtenir une compréhension véritable, car,
dans la création, le supérieur précède l'inférieur et en est donc la cause. Chokmah
est donc une Séphire dynamique car elle est un reflet de Kéther, et tout le
symbolisme qui s'y rattache découle de ce fait. Si on examine d'abord le
symbolisme sexuel masculin et que l'on parte de là pour atteindre les facteurs
cosmiques, on risque de tomber dans l'erreur des disciples de Freud qui essayent
de décrire le symbolisme religieux comme une simple projection de la sexualité
humaine.
4. Pour utiliser le langage du symbolisme métaphorique, on pourrait dire que la
Divinité se manifeste comme une Vaste Expression à partir du néant du Grand
Manifesté. Elle est donc seule et se crée elle-même sans que rien d'autre n'attire
son attention dans la manifestation. Elle se reflète donc sur elle-même et ce reflet
provoque la formation de son image ; puis, étant donné l'extrême puissance de
l'Esprit de Dieu, cette image prend une existence objective : tout ce que Dieu
pense est. On peut donc concevoir toute la manifestation comme le processus de
pensée de Dieu. « Nous sommes de la substance dont les rêves sont faits ».
5. C'est cette première projection qui se fait une idée d'elle-même que nous
nommons Séphire Chokmah. Elle est l'action de l'Esprit de Dieu dans la
manifestation, et cette grande image de Dieu étant une image parfaite, elle est
également consciente d'elle-même ; il existe donc une grande polarité de
reconnaissance mutuelle entre Kéther et Chokmah. De même que Dieu en Kéther
devient conscient de son image en Chokmah, Sa propre mentalité change,
produisant par là une modification de Son Image Chokmah qui à son tour
provoque un changement en Kéther, et ainsi de suite, à l'infini.
6. « Le Seigneur notre Dieu est un Dieu vivant ». Les Mystères de cette grande
polarité première font partie du grand Onzième Sentier de la Gloire Cachée qui se
situe entre Chokmah et Kéther, et dont le symbole de Tarot est peut-être le plus
profond de tout le jeu : le Fou.
7. Le lecteur aura peut-être noté que nous utilisons Il (3) lorsque nous parlons de
Dieu. Cela ne signifie pas que nous essayions de réduire l'Univers à une
conception de mécanique, bien que celle-ci tout comme la géométrie puisse ouvrir
la voie à une catégorie très utile de symbolisme (« Dieu géométrise »), mais cela
vient de ce que Dieu est le Grand Androgyne, à la fois masculin et féminin, tout en
transcendant chacun de ces deux états.
8. C'est en raison de ce pur reflet originel de la Divinité, Kéther, que le Texte
Yetziratique décrit Chokmah comme « La Couronne de la Création, la Splendeur
de l'Unité, qu'elle égale. Elle est exaltée au dessus de toute tête ; les Qabalistes la
nomment Seconde Gloire ».
9. Cela explique également la nature de l'Expérience Spirituelle de Chokmah,
la Vision de Dieu face à face. Il est peu probable qu'une personne puisse atteindre
une vision mystique aussi élevée car, comme la Bible le dit à plusieurs reprises,
aucun homme ne peut regarder la face de Dieu et survivre. Et lorsqu'on réalise
combien il est difficile à l'homme de se voir lui-même tel qu'il est réellement, on
peut alors imaginer que de regarder son Créateur soit une expérience nettement
plus écrasante. La comparaison n'est cependant pas exacte car si l'homme éprouve
des difficultés à s'examiner c'est à cause de la mesquinerie criarde de ses propres
péchés, alors que la Vision de Dieu face à face serait une réalisation d'une
perfection omnipotente et cautérisante, ou la Vérité nue. Mais l'homme étant bâti
à l'image de Dieu, il porte sa propre Divinité en lui, l'Esprit qui le créa à l'origine.
Il doit également en voir la fin. Mais ce qui l'arrête, ce sont les obstacles qu'il s'est
construit lui-même, les barrières qu'il a posées en lui-même en raison de son
éloignement du Plan Divin. Il doit donc ainsi affronter d'abord son propre Gardien
du Seuil pour disperser sa propre Ombre et ses Fausses Ténèbres avant de pouvoir
finalement faire face à la Lumière. La Lumière à laquelle se réfèrent
habituellement les écrits religieux est celle de Tiphéreth et la rencontre avec le
Gardien a lieu sur les Sentiers allant de Tiphéreth à Géburah et de Géburah à
Chésed, donc en dessous des visions exaltées de Chokmah.
10. Pour confirmer encore cette analyse de Chokmah on a sa Vertu qui est la
Dévotion, et on peut effectivement imaginer que toute Vision de Dieu face à face
implique la dévotion. A un tel niveau d'accomplissement mystique, aucun mal ne
peut se manifester et, comme pour Kéther, aucun Vice n'est attribué à Chokmah.
En observant notre monde actuel, il est assez évident que les conditions générales
en sont tellement corrompues que personne ne peut avoir une vie active sans se
salir spirituellement les mains d'une façon ou d'une autre, la seule exception étant
une personne telle que Notre Seigneur. Donc si quelqu'un revendique le grade
ésotérique de Mage ou d'Ipsissimus, les grades attribués à Chokmah ou à Kéther,
3
« It » dans le texte anglais. Ce pronom ignore la notion de sexe et est donc neutre. (N du T)
il se proclame lui-même comme Christ, comme menteur ou comme fou. Et si pour
se justifier, il dit que l'attribution du Sentier entre Chokmah et Kéther est le Fou, il
se rend encore coupable d'un nouvel abus, se dévoilant par là véritablement
ignorant du symbolisme. C'est la signification cachée du symbole qui est
importante et non sa simple forme extérieure ; nous devons nous en imprégner si
nous voulons comprendre correctement le symbolisme phallique de Chokmah et
le symbolisme yonique de Binah.
11. L'aspect masculin positif de Chokmah est le Père de Tout, comme le
suggèrent l'Image Magique du personnage mâle et barbu et le titre auxiliaire de
Père Suprême.
12. Le nom de Dieu dans la Sphère de Chokmah est Jéhovah ou, selon la
translitération de l'écriture hébraïque, JHVH (Yod, Heh, Vau, Heh). On a
beaucoup écrit à propos de ce nom : c'est le délice des Qabalistes pédants. A
propos de ce Nom, il est écrit que s'il était bien prononcé l'Univers serait détruit.
Nous ne recommandons pas aux étudiants d'essayer cette expérience, car leurs
cordes vocales s'épuiseraient longtemps avant que le cataclysme ne survienne. Le
silence les entourerait mais il ne s'agirait pas du Silence Non-Manifesté.
13. L'hypothèse la plus crédible dans tout ceci est que quiconque possédant la
capacité de fonctionner dans la Séphire Chokmah, c'est-à-dire dans la Sphère de la
Vision de Dieu face à face, serait, en raison de la pureté absolue de Dévotion de
cette expérience, attiré dans l'Union avec Dieu et, du point de vue de la
manifestation, n'existerait plus. Il atteindrait une réalité entièrement nouménale et
non plus phénoménale, et son propre Univers manifesté serait donc détruit.
14. Nous ne voulons pas nier que certains mots soient porteurs de grand
pouvoir, en particulier les Noms Divins. Au contraire, ils sont souvent très
puissants ; c'est le but des Noms, et ils ne doivent pas être utilisés à tort et à
travers. En occultisme, de nombreux Mots de Pouvoir sont gardés secrets pour
cette raison. Ce n'est pas seulement par peur que quelqu'un puisse se nuire en les
utilisant sottement, mais une telle utilisation insensée aurait également tendance à
en dissiper le pouvoir. C'est en fait pour la même raison que personne n'utiliserait
une nappe d'autel comme torchon à vaisselle.
15. Les Juifs Orthodoxes ne prononcent pas le Nom de Dieu lorsqu'ils lisent
leurs textes, mais font une pause ou y substituent un autre mot. Bien que ce puisse
facilement être considéré comme de la superstition, il s'agit en fait d'un acte de
respect ; on doit le respect aux symboles occultes si on veut en faire le meilleur
usage, et les mots sont également des symboles.
16. JHVH, (ou IHVH ou YHVH, la lettre hébraïque Yod étant transcrite J, I ou
Y selon les sources), comme le Nom Divin de Kéther, Eheieh, (Aleph, Heh, Yod,
Heh) est un mot tétragrammatonique, c'est-à-dire composé de quatre lettres et qui
exprime l'idée « être », On peut l'écrire de douze façons différentes et, selon Mac
Gregor Mathers, toutes ces transpositions gardent le sens de « être », une
particularité qui ne s'applique à aucun autre mot. Les douze permutations des
quatre lettres sont appelées « les douze bannières du nom puissant » et certains
disent qu'ils correspondent aux signes du Zodiaque. Cette théorie devient
intéressante si l'on se souvient que le Chakra Mondial de Chokmah est le
Zodiaque.
17. On peut interpréter le Nom symboliquement par de nombreuses méthodes,
mais la manière habituelle consiste à le comparer aux Quatre Mondes : Yod à
Atziluth, Heh à Briah, Vau à Yetzirah et le second Heh à Assiah. Lorsqu'on est
parvenu à une compréhension suffisante des lettres hébraïques, on peut trouver
dans ce mot un grand potentiel de spéculation métaphysique, mais il s'agit d'un
domaine de recherche réservé aux spécialistes, et nous ne l'aborderons donc pas
dans le présent contexte.
18. Quant à la prononciation pratique de ce mot, c'est-en fait un choix
personnel. Les formes usuelles sont Jéhovah ou Yaveh, ou encore la
décomposition par lettre : Yod, Heh, Vau, Heh. On lui-substitue parfois le mot
Tétragrammaton. Mac Gregor Mathers affirmait savoir le prononcer de vingt
façons différentes, mais nous devons prévenir ceux qui parviendraient à dépasser
ce score qu'aucun prix ne leur sera décerné.
19. L'Archange de la Séphire est Ratziel ; le titre Ab ou Abba peut peut-être
aider à contacter cette puissance. Ces titres, composés des deux premières lettres
de l'alphabet hébreu, Aleph et Beth, désignent la formation d'un second principe
issu du premier ; le terme Ab représente donc la première émergence du pouvoir
divin et Abba est son reflet. On peut concevoir l'Archange comme un pilier gris
sur un fond bleu clair ; la meilleure indication de la qualité des couleurs se trouve
dans les nuages, par un ciel de belle journée. Ce contexte visuel nous incite à
l'association avec l'espace interstellaire, ce qui est effectivement très pertinent
lorsqu'on traite des niveaux supérieurs de l'Arbre de Vie.
20. L'Ordre des Anges est les Auphanim ou Roues, et leur couleur est le gris
iridescent. Le mot gris n'est peut-être pas exact, car il contient une allusion à
l'indéfini ou à la saleté, mais c'est l'équivalent verbal le plus proche des couleurs
réelles. Le nom de cet Ordre d'Anges, les Roues, donne la conception d'action
cyclique, une puissance sans fin en mouvement ; la meilleure façon de se faire une
idée de leur mode d'existence est peut-être de contempler la rotation éternelle des
étoiles dans le ciel nocturne, car le Chakra Mondial de Chokmah est le Zodiaque.
Le blanc tacheté de rouge, jaune et bleu, la couleur attribuée à Assiah, évoque
également les étoiles, lesquelles paraissent blanches lors d'une observation à l'œil
nu, alors que beaucoup se révèlent rouges, jaunes ou bleues après un examen plus
attentif. Une façon de construire l'image des Auphanim serait de dessiner des
roues gris irridescent en rotation sur un fond de ciel nocturne.
21. Parmi les symboles auxiliaires le plus simple est peut-être la ligne droite,
laquelle donne l'idée du point, un symbole de Kéther, en mouvement
dimensionnel.
22. La lettre Yod, la première lettre du Nom Divin de Chokmah, signifie le
pouvoir initiatique fécondant. Le symbole hébraïque de la lettre Yod est la Main.
Crowley considérait que c'était un euphémisme utilisé pour désigner le sperme
masculin ; on pourrait discuter longtemps de cette interprétation, mais Yod
signifie également la Main de Dieu qui s'étend et qui met la création en
mouvement. La fresque de la Création d'Adam de Michel Ange dans la Chapelle
Sixtine en donne une bonne conception visuelle. C'est encore souligné par le Titre
Pouvoir de Yetzirah ou Pouvoir de Formation, car c'est le pouvoir de Chokmah
qui anime toutes les formes ultérieures.
23. La Robe Intérieure de Gloire fait partie d'une série de symboles ou titres qui
conçoivent les différentes Séphéroth comme correspondances dans l'équipement
technique d'un magicien rituel. Ce que l'on exprime ici c'est que Dieu est un
Grand Magicien qui fait descendre des pouvoirs supérieurs dans des formes
inférieures. La carte de Tarot, « Le Magicien », est attribuée au Sentier reliant
Kéther et Binah, la Divinité et l'Idée Archétype de la Forme. Dans ce symbolisme
particulier, on dit que la Forme et la Robe Extérieure de Dissimulation, mais
comme Chokmah est au dessus même de l'idée de forme tout en n'étant pas la
Divinité elle-même mais son reflet, on l'appelle naturellement la Robe Intérieure
du Gloire.
24. Les autres symboles sont phalliques ou assimilés et évoquent le Principe
Mâle de l'Univers ou le Mâle Universel. Le symbole sexuel dans la religion est un
vaste sujet recouvert de multiples fausses pistes et de ramifications trompeuses.
Le fait que de nombreuses visions de saints s'exprimèrent par le symbolisme
sexuel a poussé certains à en conclure que la religion n'est rien de plus qu'une
expression sublimée d'un désir sexuel inhibé. Ceci peut évidemment être
partiellement vrai, beaucoup de saints ayant probablement été pathologiques,
mais cela ne prouve absolument pas la thèse qui, à l'évidence, a toutes les
caractéristiques de cette chose perfide qu'est une demi-vérité.
25. La sexualité est un mode d'expression de la force de vie d'une personne,
comme l'est également toute autre activité créatrice, qu'il s'agisse de religion,
d'art, ou de maitrise dans les domaines de la science ou du commerce. Et si la
force de vie subit un blocage à un niveau elle cherchera à s'exprimer dans un autre
domaine. Cette force de vie est souvent confondue avec la force sexuelle car,
prenant ses racines dans les instincts, l'expression sexuelle est commune à toute
l'humanité ; mais on doit se rappeler que la sexualité est une fonction et non une
force, même si la force de vie recherche habituellement ce mode d'expression
comme point de moindre résistance.
26. Cette force de vie, à tous ses niveaux, est l'équivalent de la force de vie
Divine en Chokmah. La force de vie prend sa source originelle dans le
Non-Manifesté et non sur le plan physique.
27. Ce fait n'est pas immédiatement évident, car il existe deux « trames » de vie
dans un organisme. La première est la trame de vie proprement dite, l'autre la
trame de conscience. La psychologie ésotérique enseigne que lorsqu'une entité
telle que l'homme vient dans l'incarnation, sa partie relativement immortelle
(appelée Moi Supérieur, Moi Evolutionnaire, Ame, etc... selon les écoles) projette
une corde ou un procédé filiforme dans les niveaux inférieurs, ce qui forme la
base de la personnalité. Celle-ci développe sa propre vie et est gardée vivante par
cette corde de vie que l'on a décrite comme une « corde d'argent » non seulement
dans la Bible mais aussi lors d'expériences de projections éthériques dont on peut
trouver la relation dans de nombreux livres traitant de recherches psychiques. Au
fur et à mesure du développement de la maturité de la personnalité le Moi
Supérieur commence à prendre le relais à un niveau important ou, plus
habituellement, moindre, et ce passage s'effectue en ouvrant la trame de
conscience entre les deux niveaux d'existence.
28. Le but de l'apprentissage ésotérique est de transformer cette double
conscience en une seule réalité. La conscience du Moi Inférieur est élevée par la
méditation, la contemplation et la prière, alors que le Moi Supérieur est abaissé
par l'attention, l'intention et, en Occident, par des méthodes rituelles. Comme le
Moi Inférieur ne peut être, pour diverses raisons, une projection exacte du Moi
Supérieur, des limites naturelles restreindront donc l'étendue d'accomplissement
de cet idéal. Le défaut de lien conscient entre ces deux niveaux est l'une des
conséquences du Péché Originel de l'homme mais, quelles qu'en soient les causes,
on peut voir que ce conduit obstrué provoque chez l'homme une idée très limitée
de sa propre psychologie et, normalement, la non-conscience de toute existence
précédant sa vie physique actuelle.
29. Sur l'Arbre de Vie utilisé comme symbole de psychologie humaine, le lien
s'établit en Tiphéreth, la Séphire centrale. L'homme n'est donc conscient de rien
au-dessus de ce niveau et sa propre conception de lui-même devient à l'évidence
moins qu'une demi-vérité. Mais on peut alors voir comme il lui est facile de faire
l'erreur d'affecter les forces provenant de Chokmah et de Kéther à la conduite des
instincts, lesquels correspondent à la Séphire Yésod. En effet, s'il n'est pas guidé
par la foi, il croira ne pas exister au delà des niveaux de Hod et de Netzach,
respectivement les Séphiroth de l'esprit et de l'imagination créatrice.
30. Donc pour éviter cette erreur, nous devons nous souvenir que dans le
symbolisme religieux et occulte, la plupart des emblèmes sexuels se rapportent
aux Séphiroth Supérieures, le modèle de base de la dualité et de la polarité dans
toute l'existence manifestée. Dans les sectes anciennes où ces principes étaient
représentés sous la forme réelle des organes génitaux il était évident, la nature
humaine étant ce qu'elle est, que la plupart d'entre elles sombreraient dans l'orgie.
Dans de nombreux cas ceci a pu être provoqué délibérément par le clergé car les
orgies frénétiques libèrent de grandes quantités d'émotions brutes et d'extrusions
éthériques qui peuvent être dirigées de façon occulte. C'est la raison des Sabbats
de Sorcières, lesquelles utilisaient également le sacrifice sanglant comme source
de pouvoir brut.
31. Point n'est besoin de préciser que de telles méthodes ne sont pas utilisées de
nos jours dans les groupes ésotériques, sauf dans les Loges Noires ou les Loges de
la Main Gauche. Bien qu'il s'agisse sans aucun doute de méthodes efficaces, on ne
peut approuver la dégradation de l'individualité humaine qui en découle, même si
on ne tient pas compte des difficultés légales et sociales que soulève l'organisation
d'une telle cérémonie. Lorsqu'on a besoin de force éthérique, on doit l'obtenir de
façon plus saine : par exemple en faisant asseoir tranquillement en rond un groupe
de personnes afin que leur force éthérique soit concentrée. C'est la technique de la
table utilisée en spiritisme. Le pouvoir de mouvoir des objets légers tels que des
attaches à papier ou des choses semblables vient des participants eux-mêmes ou
d'un médium ectoplasmique, c'est-à-dire d'une personne possédant un
magnétisme éthérique libérable à un degré très fort et inhabituel. Cependant les
groupes de formation ésotérique n'utilisent généralement pas cette méthode car
leur but est le développement de la conscience supérieure et non la manifestation
de prodiges apparents pour la conscience inférieure. Et lorsqu'on parle de
messages, le contact télépathique est de loin supérieur à la planche ouija ou à la
planchette et plus facile à mener que la technique de la transe profonde.
32. En raison des dangers du symbolisme phallique direct on peut voir que les
raisons d'en trouver des dérivatifs ne proviennent pas uniquement de la pruderie.
Au cours des temps, le principe fut symbolisé sous des formes telles que la pierre
levée, la tour, le bâton, le serpent, le taureau, la chèvre, le coq, l'aiguille, et bien
d'autres encore. On pourrait malicieusement se demander comment les fidèles des
églises interprètent l'origine du coq situé en haut de la flèche de leurs églises : ils
justifient son existence en y voyant une girouette ou la représentation du coq qui
chanta trois fois pour Pierre. Mais on ne doit pas non plus faire l'erreur de penser
que l'idée originelle était purement sexuelle ; cette idée originelle est le Pouvoir
Créateur de Dieu. Et à celui qui serait disposé à essayer de réduire les idées
religieuses à de simples projections sexuelles, nous conseillerions d'apprendre par
cœur le 38ème chapitre de Job dans lequel le Seigneur, répondant à Job du sein de
la tempête, tonna : « Quel est celui-là qui brouille mes conseils par des propos
dénués de sens ? Ceins tes reins comme un brave ; je vais t'interroger et tu me
répondras. Où étais-tu lorsque je posais les fondations de la terre ? Parle, si ton
savoir est éclairé. Qui en fixa les mesures, le saurais-tu ? Et qui en tendit sur elle le
cordeau ? Sur quel appui s'enfoncent ses socles ? Qui posa sa pierre angulaire
parmi les concerts joyeux des étoiles du matin et les acclamations des fils de Dieu
? ».
33. Ce passage, outre son sens littéral, déborde de symbolisme de Chokmah.
34. Dans les mythologies païennes, on peut évidemment relier à Chokmah
toutes les représentations du Père Suprême et, dans leurs aspects supérieurs, tous
les dieux du culte de Priape, tel que Pan. Mais la divinité se prêtant le mieux à la
méditation est peut-être Pallas Athénée, la déesse vierge de la sagesse qui jaillit
toute armée du front de Jupiter comme Chokmah émergea du reflet de Kéther. La
signification de Chokmah est Sagesse. Ou, si l'on préfère les divinités
égyptiennes, sa contrepartie Isis-Urania peut être utilisée, ailée pour montrer ses
affinités cosmiques et portant le disque de Sothis au dessus de la tête. Ces deux
déesses peuvent être visualisées sur un fond de ciel nocturne et on peut aider cette
idée de réalité cosmique en ajoutant la Terre dans cette vision sous sa forme
réelle, c'est-à-dire une sphère tournoyant et poursuivant un mouvement en spirale
à travers l'espace interstellaire.
CHAPITRE VIII
BINAH - COMPREHENSION
« Le Troisième Sentier est appelé Intelligence Sanctifiante, le Fondement de la
Sagesse Primordiale ; on l'appelle aussi Créateur de la Foi et ses racines sonf en
Amen. C'est le parent de la foi, celui de qui la foi émane ».
IMAGE MAGIQUE : une femme mûre
NOM DIVIN : Jehovah Elohim
ARCHANGE : Tzaphkiel
ORDRE DES ANGES : Aralim. Trônes.
CHAKRA MONDIAL : Saturne
VERTU : Silence
TITRES : Ama, la sombre mère stérile. Aima, la
brillante mère féconde. Khorsia, Le
Trône. Marah, la Grande Mer.
EXPERIENCE SPIRITUELLE : Vision de Tristesse
COULEUR EN AZILUTH : pourpre
COULEUR EN BRIAH : noir
COULEUR EN YETZIRAH : brun foncé
COULEUR EN ASIAH : gris, tacheté de rosé
VICE : avarice
SYMBOLES : Le yoni. Le kteis. La Vesica Piscis. La
coupe ou calice. La Robe Extérieure de
Dissimulation.
1. Binah est la première Séphire de « forme ». C'est à dire que, bien qu'elle soit
très loin au dessus de toute sorte de forme telle que nous la connaissons, elle
contient implicitement l'archétype ou l'idée de forme. On peut définir la forme
comme l'entrelacement de la force en liberté dans des moules qui opèrent alors en
tant qu'unité. De cette façon, une unité de force n'est plus inconditionnée mais doit
opérer en relation avec les autres forces qui participent à la formation du modèle
dont elle fait partie.
2. On peut en déduire la raison de la manifestation évolution-naire. Les entités
spirituelles, ou Etincelles Divines, quoique parfaites, sont incapables de croître
dans les conditions parfaitement libres de la Non Manifestation ou dans celles de
la manifestation située au dessus des niveaux de forme. Pour qu'il puisse y avoir
un développement quelconque, l'action possible doit être partiellement limitée. Le
pur esprit vierge n'a pas - ou peu - de caractéristiques le distinguant des autres
étincelles de l'esprit initialement manifesté. La capacité de l'action individuelle
s'acquiert par la venue dans les facteurs limitatifs de la forme, en premier lieu aux
degrés de liberté relativement élevée des niveaux spirituels, puis dans la liberté
plus limitée du mental - (et tout écrivain recherchant un mot apte à définir un
concept le comprendra) - ensuite dans les limites encore plus importantes
qu'imposent les niveaux émotionnels et, finalement, dans la restriction extrême,
l'existence physique ; et celui qui a déjà manqué le dernier autobus pour rentrer
chez lui le comprendra parfaitement.
3. Ainsi, le véritable but de la vie est l'acquisition de l'expérience dans la forme.
Les bambins spirituels - les Etincelles Divines - viennent dans la manifestation,
comme y viennent les bébés humains, avec certaines caractéristiques inhérentes,
mais manquant d'expérience de la vie. Leur expérience involutionnaire et
évolutionnaire est semblable à la formation du caractère dans la vie de l'homme.
Et leur départ final de la manifestation correspond à la mort de l'homme qui, à
moins qu'il n'ait passé la majeure partie de sa vie dans un sillon facile, emporte de
ce monde beaucoup plus de sagesse pratique qu'il n'en avait apportée.
4. On verra ainsi que l'on atteint plus aisément la croissance spirituelle en
empoignant avec force la vie dans ce monde. Une maladie courante chez les
étudiants versant dans l'ésotérisme est de vouloir trouver la façon la plus facile d'y
parvenir. C'est la raison des nombreuses sociétés mystiques « fumeuses » qui
donnent ainsi une aussi mauvaise réputation à l'occultisme. Dans une école
occulte véritable, l'étudiant doit être éperonné de tous côtés dans le tourbillon de
la vie ; et les plans supérieurs d'existence doivent lui être interdits - pour sa
sécurité propre et celle des autres - tant qu'il ne peut pas affronter correctement le
plan physique. Un étudiant ne pouvant pas subvenir à ses responsabilités
terrestres ne récoltera que plus de confusion, s'il commence à s'ouvrir aux forces
et responsabilités des niveaux supra terrestres de la vie. On ne réalise pas toujours
que les mondes supérieurs, en raison de la déviation de l'homme, ne sont
absolument pas de toute douceur et lumière et une partie du travail de l'occultiste
consiste à compenser les forces déséquilibrées à ces niveaux et à les introduire en
équilibre dans la vie physique. Si, par ignorance ou par manque de compétence, il
les introduit en état de déséquilibre, l'effet sur son propre état physique sera
chaotique. Et les implications d'une telle action sont beaucoup plus profondes
qu'une gêne momentanée pour lui-même ou pour ses associés immédiats ou ses
relations. C'est la raison pour laquelle on exige de hautes qualités des étudiants en
occultisme. Et si les qualités d'un groupe d'études ne sont pas élevées, on peut
déduire de ce fait même que ses pouvoirs intérieurs sont négligeables, car s'il s'en
dégageait de réelles puissances, toute diminution de qualité ferait éclater
l'organisation entière par des dissensions internes. C'est généralement la raison
pour laquelle des groupes d'occultisme s'effondrent parfois : ils parviennent à un
niveau de pouvoir qu'ils ne peuvent plus maîtriser. Le développement d'un groupe
d'occultisme, comme celui d'un individu, doit être entrepris avec une grande
circonspection, et toute hâte inutile peut être fatale. Par conséquent, ne croyez pas
celui qui s'offre à vous enseigner en six mois la Sagesse des Ages : il n'en veut
qu'à votre argent. En faisant ce genre d'affaire, vous pouvez atteindre un certain
degré de sagesse, mais pas celle que vous recherchiez.
5. Le Titre de Binah est compréhension, ce qui correspond à l'aspect de forme
de la Sagesse de Chokmah. Cette Sagesse et cette Compréhension ne sont pas
simplement la sagesse et la compréhension telles que l'esprit humain les exprime
par ces termes ; La Compréhension dont il est question ici est plus un type
supérieur de Foi. Le Texte Yetziratique dit que Binah est « le parent de la foi,
celui de qui la foi émane ». Et les autres attributions du Texte Yetziratique :
Intelligence Sanctifiante, Fondement de la Sagesse Primordiale, Créateur de la
Foi soulignent cette affirmation. Et la phrase « ses racines sont en Amen », qui
veut dire « qu'il en soit ainsi », indique la première manifestation de forme.
6. Comme l'esprit humain, étant lui-même composé de formes, doit donner une
forme à une chose quelconque pour la comprendre, il est évident que Binah est le
niveau le plus élevé que le mental peut atteindre. Toutes nos considérations des
niveaux au delà de Binah ont été faites sous forme de concepts et de symboles,
alors que la forme ne s'introduit dans le plan des choses qu'en Binah. Toute notre
conscience de la force cosmique doit donc nous être insufflée par des
représentations de forme : « car nous ne voyons actuellement qu'au travers d'un
verre teinté ; mais nous verrons face à face ». A son niveau le plus élevé, cette
phrase de Saint Paul s'applique aux initiations cosmiques au delà de Binah : on se
rappellera que l'Expérience Spirituelle de Chokmah est la Vision de Dieu face à
face.
7. Binah est la donatrice de forme à toute manifestation et est donc également le
Temple Archétype de tous les temples, l'Eglise Intérieure de toutes les églises, la
Croyance Fondamentale de toutes les croyances. Elle est la Matrice de la Vie, et
cette qualité féminine archétype de la Séphire se manifeste sous deux aspects :
Ama, la mère sombre stérile et Aima, la mère fertile rayonnante.
8. Ama est composé de la lettre hébraïque Mem, qui veut dire Eau, les Eaux de
la Forme, placée entre deux Aleph, qui veut dire le commencement des choses.
Aima est le même mot auquel on a ajouté le Yod fertilisant.
9. Ama, la Mère Sombre, est cet aspect de Binah qui lie la force libre de
Chokmah dans la limitation de la forme. Aima penche plus vers la condition
future qui verra la force emprisonnée accomplir sa fonction harmonisée dans la
forme. La forme n'est donc plus une limite nécessaire à son développement. Si
l'on considère Chokmah et Binah comme le Père et la Mère Suprêmes, Aima
serait l'épouse de Chokmah et Ama le correctif disciplinaire car elle emprisonne et
dissout la force libre de Chokmah.
10. Ama est la partie de Binah qui « forme » l'Esprit et il s'agit donc d'un aspect
important de la Séphire qui doit retenir tout particulièrement notre attention. Dans
son essence, c'est la force du travail de l'enfantement pour chaque type et à chaque
niveau, le labeur nécessaire à l'accomplissement de tout but dans les mondes de
forme. On peut visualiser cet aspect sous les traits d'une gigantesque Mère
Supérieure, enveloppée de noir de la tète aux pieds, le visage partiellement caché,
et tenant dans la main gauche une verge formée d'un court bâton rond de bois noir,
légèrement effilé. L'impression que doit susciter ce personnage est une splendeur
et une beauté voilées par cette volumineuse robe sombre - La Robe Extérieure de
Dissimulation.
11. On ne doit pas oublier que l'aspect spirituel du pouvoir d'Ama fait partie de
l'action du Christ Cosmique, l'Aspect régénérateur et réconciliant de Dieu. La
régénération peut être définie comme l'affrontement de la réalité individuelle
honnêtement combinée avec le désir sincère de changement. Ceci peut être une
démarche pénible pour la personnalité ; peu de personnes prennent le soin de
considérer honnêtement leurs défauts et beaucoup craignent le changement car il
leur apparaît comme un défi à leur sécurité. Les impuretés de la nature humaine
s'enflamment lorsqu'elles sont exposées à ce feu régénérateur, et la Mère Sombre,
la Mère des Douleurs, qui sert de médiatrice entre cette force et le caractère
pendant une période plus ou moins longue, est réellement un personnage de
grande compassion si on le compare à l'application directe d'une force cosmique
aussi puissante que le Christ Cosmique dont la chaleur cautérisante, si on
l'appliquait à l'âme, donnerait des résultats semblables à l'exposition du corps à
une flamme de chalumeau oxyacétylénique.
12. On ne doit plus confondre la force du Christ Cosmique et celle du Seigneur
Jésus, le Maître de la Compassion. Ce qui est évoqué ici est la force cosmique
aveugle qui fut portée sous une de ses formes les plus importantes dans l'histoire
de l'humanité par Notre Seigneur en tant que Porteur de la force Christique. Le
Seigneur Jésus porte cette force tout comme le fait le symbole de Ama, laquelle
est représentée dans la croyance chrétienne par la Vierge Marie. A travers les
âges, les représentations de Notre Dame sont devenues de plus en plus
sentimentales ; les anciennes peintures et mosaïques bizantines la représentant en
donnent une représentation plus proche de son aspect « Binah », sous les traits de
la « Mater Dolorosa ». Et son nom de « Mater Boni Consilii » que l'on retrouve
dans les Litanies est très proche de la Compréhension de Binah.
13. C'est de cette forme de caractère qu'apporté cette force que dépendent tant
de choses car, sans elle, les forces du Père Supérieur, la sagesse supérieure de
Chokmah, ne peut parvenir à l'esprit et apporter ainsi l'influx de la «vie
supérieure », c'est-à-dire la médiation consciente et continue de l'Esprit sur la
Terre pour l'adepte initié.
14. L'archétype de l'adepte initié se retrouve également en Binah, dont le grade
ésotérique est le Magister Templi, le Maître du Temple. Ce terme s'applique à
celui qui maîtrise totalement l'équilibre et la manipulation de la force et de la
forme, et possède la pleine compréhension du pouvoir cosmique et de la création
des formes indispensables à la manifestation de ce pouvoir. Il possède également
la capacité de jauger les conditions jour après jour et d'accepter les personnes
telles qu'elles sont à n'importe quel moment, percevant l'état d'avancement où
elles se trouvent et prenant en compte la différence existant entre une âme dans
son état actuel et ce qu'elle deviendra après une formation ultérieure, tout en
n'oubliant pas dans son analyse les effets que le Karma provoque à la personnalité
ou véhicule physique. L'archétype d'un tel individu peut être conçu sous la forme
d'un personnage assis, portant une coiffe égyptienne grisâtre et l'uraeus (symbole
du serpent) lequel pourrait être en forme de bâton entrelacé, au dessus des
sourcils. Son visage serait semblable à un grand sphinx, mais serait illuminé de
l'intérieur par une sorte de gris lumineux. Les vêtements devraient être noirs, et le
personnage devrait porter un sceptre de pierre dont la partie supérieure serait un
objet représentant grossièrement un cœur.
15. Le « Temple » du titre du grade sous-entend également les véhicules de
l'Esprit dans la manifestation, c'est-à-dire le corps physique ainsi que la structure
psychique. Notre Seigneur fut l'un de ceux qui démontrèrent les pouvoirs du
Magister Templi par ces mots : « Je détruirai ce Temple et le reconstruirai trois
jours après ». On se souviendra à ce propos que, à la fin de la Crucifixion, « le
Voile du Temple se déchira en son milieu ». Le pouvoir de ce grade consiste a
construire un temple à partir des structures de la personnalité et d'y habiter jusqu'à
ce que le temps soit venu de le détruire afin qu'une meilleure forme puisse être
bâtie. Cette destruction fait partie du Quatrième Aspect de la Divinité et
également de la Mère Sombre ; on ne doit en aucune façon la considérer comme
mauvaise.
16. L'Expérience Spirituelle de Binah est la Vision de Tristesse, une autre
Image Magique étant celle d'une femme mûre dont le cœur est transpercé d'épées
; il s'agit réellement d'une combinaison des deux images magiques.
17. La Tristesse de la Vision comporte de nombreux niveaux d'interprétation.
Elle n'évoque pas uniquement un trouble émotionnel temporaire provoqué par
quelque infortune mineure, mais en fait une compréhension totale, absolue et
parfaite de la route à suivre, de tout ce qui se produira et de ce qui est survenu sur
cette voie et comment, quand et où l'accomplissement surviendra. La Vision de
Tristesse au fur et à mesure de la venue de l'Esprit dans les principes bâtisseurs de
forme de Binah est donc la réalisation de la voie pénible de progrès
involutionnaire et évolutionnaire. La Tristesse devient évidemment encore plus
forte en raison de la Chute de l'Homme qui lui succède ; et ce qui, avant la Chute,
n'était qu'un pénible combat, devient une agonie tourmentée. Mais cette déviation
humaine, n'ayant pas sa place dans le Plan Divin, n'a pas de réalité nouménale, et
ses effets ne doivent pas, à strictement parler, être affectés à Binah ou, bien sûr à
l'Arbre car c'est un Modèle Divin. Les péchés de l'homme sont mieux placés dans
l'Enfer des Qliphoth dans lesquels on retrouve les reflets déformés des Saintes
Séphiroth.
18. Cependant on peut concevoir que la manifestation de tristesse dans la
personnalité humaine est l'œuvre de Ama, la Mère des Douleurs. La tristesse est
une force hautement purgative et disruptive, et lorsqu'elle a accompli le travail
essentiel d'élimination des adhérences et de dispersion des poisons, elle fait alors
place à une profonde lassitude et à un sentiment de vie qui peuvent agir comme
base purifiée pour une nouvelle croissance. Les gens sont ainsi faits qu'ils ne
veulent ou peuvent comprendre intégralement une chose que lorsqu'ils sont
atteints au plus intime d'eux-mêmes, d'une façon profondément émotionnelle.
L'évolution individuelle ne peut donc se produire que par la douleur, en passant
d'une tristesse à l'autre. Celui qui ne peut ou veut ressentir cette tristesse ou
l'affronter chez d'autres ne progressera jamais.
19. La douleur n'a cependant aucune valeur par elle-même. Par la bizarrerie de
la nature humaine on tend à la considérer comme une image statique alors qu'il
s'agit d'un procédé qui mène à un niveau supérieur d'illumination et de repos : la
douleur y est transformée, de l'état de force négative et destructrice en force
positive et constructrice. Le Christianisme exotérique est tombé dans ce genre
d'erreur et a centré son attention sur la Crucifixion sans apercevoir la Résurrection
et l'Ascension qui lui succédèrent.
20. Ce que nous écrivons peut paraître sévère, mais si cela provoque une
violente réaction émotionnelle d'incrédulité, on ferait alors mieux de faire un
examen de conscience et de trouver la raison pour laquelle ces affirmations
produisent une telle réaction plutôt que de la simple indifférence. Un fort
antagonisme émotionnel envers une chose dénote habituellement un blocage
psychologique et un refus d'affronter ce qu'elle implique.
21. Mais, que l'on accepte ou non cette affirmation de la nécessité de la douleur,
on verra que passer par une période de douleur sera de plus grand secours que de
peindre une représentation de la Mère des Douleurs. On peut la voir sous les traits
d'un puissant personnage maternel reflétant la majesté et la tristesse, portant une
robe noire, et assise au centre d'une sphère de lumière pourpre allant du violet
translucide et du lilas, au bord de la sphère, au pourpre intense des raisins, en son
centre. Il s'agit, en soi, d'un excellent symbole, car il représente celui qui, seul, a
foulé la vendange. On peut considérer ce personnage comme chrétien ou païen,
car la douleur de l'aspect féminin de la Divinité est la même à travers les âges, que
ce soit Déméter pleurant sa fille Ishtar qui descend les sept enfers pour son amant,
Isis recherchant les morceaux éparpillés de son mari ou Marie regardant son fils
mourir.
22. Aux niveaux supérieurs, la Tristesse de Binah est le savoir et la
connaissance des grands facteurs cosmiques impliqués dans l'incarnation de
l'homme et également dans celle du Christ. C'est la réalisation et la révélation de
la Mère Supérieure elle-même. Une perception de cet état peut être obtenue en
bâtissant l'image de la Crucifixion, avec Notre Dame et Saint Jean de chaque côté
de la Croix. Les cieux doivent être représentés s'assombrissant et la Crucifixion a
lieu entre terre et ciel dans d'étranges conditions d'espace. Marie s'avance comme
si elle voulait supporter le poids du symbolisme ; Tzaphkiel, l'Archange de Binah,
surmonte le tout, entouré des couleurs profondes de la Séphire : pourpre, noir,
brun foncé et gris tacheté de rosé.
23. Cette image doit faire comprendre que l'ensemble de l'Univers manifesté
est une forme qui englobe une pure force cosmique ; une Croix gigantesque sur
laquelle cette force est crucifiée. Et toute la vie se passe sous l'Ombre de cette
Croix. C'est la Croix de Vie première dont la Croix du Golgotha est une
manifestation mineure, une ombre jetée par la Grande Ombre.
24. La contemplation de Binah peut apporter le sentiment très réel d'être
entouré des Grandes Eaux, et, dans ce sens, le Temple de Binah est semblable à
une Arche sur les Mers Suprêmes. C'est « l'Arche d'Isis », un symbole de la
Matrice de la Mère Supérieure. On peut également parvenir à une perception des
aspects intérieurs de l'âme, le sentiment que la personnalité ordinaire n'est que la
partie visible d'un gigantesque iceberg, immense dans les profondeurs
submergées sous la conscience. On peut également par ce biais percevoir une
forme géométrique et il est bon de la méditer car ce sera un puissant symbole des
structures les plus profondes de l'être sur lesquelles toute autre chose est bâtie. On
pourrait y voir le Rocher sur lequel sont construites les fondations du Temple de
chaque être.
25. Le Nom Divin de la Séphire, Jéhovah Elohim, est habituellement traduit par
« Le Seigneur Dieu ». Dieu est appelé Elohim dans le premier chapitre de la
Genèse mais, dans le second chapitre, après l'accomplissement du septième jour,
Il porte le nom de Jéhovah Elohim. Elohim est un mot féminin dont la terminaison
est masculine, ce qui implique une dualité bipolaire ; et comme Jéhovah peut être
considéré comme l'action de Dieu dans les Quatre Mondes, le titre Jéhovah
Elohim donne l'idée du principe de la polarité fonctionnant à tous les niveaux,
donc la base de la forme.
26. L'Archange de Binah a été appelé « Gardien des Archives de l'Evolution » ;
étant donné que l'influence de Binah développe des formes à partir de la Mer
Àkashique de Conscience, laquelle est la matière de base de la vie, il y a
probablement un rapport avec les Archives Akashiques Cosmiques, la Mémoire
de Dieu qui enregistre toutes les choses qui se produisent pendant le cours de la
manifestation. La forme géométrique à laquelle on pourrait parvenir en méditant
sur Binah, laquelle est en rapport avec les structures intérieures du soi, émanerait
ainsi d'une partie de ce niveau spirituel primordial. Ainsi, l'Archange Tzaphkiel,
puisque les archives karmiques sont placées sous sa juridiction, est une analogie
supérieure de l'Ange Sombre de l'Ame de l'Homme et équilibre en lui la force de
discipline et de régénération de Ama, tout comme l'Archange de Chokmah,
Ratziel, représente l'archétype de l'Ange Lumineux de l'Ame de l'Homme qui
apporte l'illumination et l'orientation. Ces deux Anges ont été transmis par la
croyance populaire comme les « Bon » et « Mauvais » Anges qui accompagnent
l'homme pendant sa vie. Mais il s'agit fondamentalement de principes divins, et
seule la myopie de l'esprit inférieur peut décrire la correction et le châtiment
comme un mal ou une malchance. En fait, l'Ange Sombre est le dépositaire du
karma de l'âme et l'Ange Lumineux porte sa destinée. La destinée est la tâche que
l'Esprit voulut entreprendre en venant dans la manifestation, et le karma est
l'action nécessaire, souvent pénible, pour corriger les erreurs passées qui se sont
produites pendant la Chute de l'Homme afin qu'il soit capable de faire son travail
de destinée : remettre la main à la pâte. Si on utilise l'Arbre comme un plan de la
psychologie de l'homme, ces deux Anges personnels sont habituellement placés
en Chésed et en Géburah.
27. On peut aussi considérer que l'Archange Tzaphkiel préside sur tous Ijs
plans du Cosmos, comme Ratziel, l’Archange de Chokmah, préside sur les
Rayons Cosmiques, lesquels correspondent aux signes du Zodiaque. On peut
également voir Tzaphkiel comme l'Autel de la Manifestation et Ratziel comme les
Feux de la Force Créatrice descendant sur celui-ci. Et, comme le suggère cette
attribution, Tzaphkiel est derrière la formulation de tous les groupes mystiques
issus de la Grande Loge Blanche. C'est l'Archange du Temple Archétype.
28. Le Chœur des Anges de Binah est appelé Aralim, Trônes, un titre tout à fait
juste si l'on se souvient qu'un trône est un siège de puissance. Un roi sans trône n'a
pas de pouvoir. Le titre auxiliaire de Binah est donc Khorsia, le Trône. La forme
est le trône que la Divinité doit occuper afin de contrôler Ses propres pouvoirs,
faute de quoi ils se dissiperaient, n'ayant pas de vanne de retenue. Une bonne
analogie de la force de l'Esprit est la vapeur : emprisonnée, elle peut mouvoir de
grandes machines mais, à l'état libre, elle est totalement incapable de quoi que ce
soit.
29. Saturne, le Chakra Mondial affecté à Binah, n'est pas une attribution
entièrement satisfaisante car la Séphire se réfère réellement à un état d'Espace. En
fait, un Chakra Mondial nettement plus approprié serait l'espace interstellaire -
lorsqu'on réalise qu'un tel espace est une forme. Le Chakra Mondial traditionnel
est cependant juste par le fait que la planète Saturne est entourée de plusieurs
lunes et que Binah est le principe de toute force lunaire, ce qui la fait à peu près
universellement reconnaître comme le principe régisseur des fonctions féminines.
Saturne, suivant l'astrologie, est également une planète de limitation sur les plans
inférieurs, et, cependant, elle attire le pouvoir du Vide Illimité vers les Sphères de
forme. Ceci correspond bien à Binah car cette Séphire donne la forme première ou
expression aux grandes forces stellaires de Chokmah, lesquelles sont attirées du
Non-Manifesté par l'intermédiaire de Kéther.
30. Les forces de magie stellaire peuvent donc être contactées via Binah ; les
constellations de la Grande Ourse et de la Petite Ourse ont une signification
particulière car on dit que notre Univers, le Logos Solaire a, dans le passé, subit
une évolution sur les étoiles que nous associons a ces constellations. Ainsi, ces
étoiles sont les prototypes de la destinée évolutionnaire des planètes de notre
Système Solaire. La Grande Ourse se rapporte également à la Table Ronde, et la
Petite Ourse au Saint Graal. Dans cette sphère, l'étude des mystères de
Samothrace peut s'avérer fructueuse car ils étaient très liés à la magie stellaire.
31. Samothrace était aussi une forteresse de Ama, comme l'étaient certains
Temples égyptiens, en particulier ceux qui traitaient de l'aspect « sombre » de Isis
et Osiris. Isis, en tant qu'épouse du prêtre-roi Osiris, et également un excellent
exemple de Ama, l'aspect « brillant » de Binah. Et on pourrait laisser le côté
sombre à sa campagne, Nephtys.
32. On doit se souvenir que Ama la sombre et Aima la brillante travaillent
ensemble, étant les deux faces d'une même pièce. Les déesses tisseuses
s'appliquent donc ici, telle la gaélique Orchil, tissant la Trame de Vie, filant d'une
main au travers du moule supérieur et, de l'autre la tissant une nouvelle fois sous
terre. Orchil représente donc les aspects sombre et brillant de la même image.
33. De même qu'on attribue à Chokmah, en tant que Principe Masculin de
l'Univers, de nombreux symboles phalliques, on affecte à Binah, le Principe
Féminin, des symboles sexuels féminins. Comme pour les symboles masculins,
ils peuvent varier considérablement dans leurs ramifications les plus subtiles.
Ainsi, en plus de la vulve, de la matrice et des seins, on trouve aussi la coupe ou
calice, le chaudron, la caverne, la lune, la mer, la tombe, certains fruits tels que les
figues ou les grenades, des formes enveloppantes comme les villes, les maisons,
les portes ou les clôtures, les étangs et les puits, l'eau en général, par opposition au
feu du principe masculin, etc, etc...
34. Finalement, la Vertu et le Vice attribués à la Séphire peuvent apparaître
assez arbitraires, à première vue. On peut considérer qu'il est anormal d'affecter
un vice à une Séphire Supérieure - ou, bien sûr, à toute Séphire - mais cela
provient peut-être du fait qu'il a semblé nécessaire d'attribuer un vice à toute
Séphire se situant dans la Forme ; Binah, la Mère de la Forme, est donc parmi
celles-ci. Une autre possibilité plus vraisemblable est que le vice a été attribué à
cause d'une confusion de la Séphire et des facteurs astrologiques du Chakra
Mondial. L'avarice est le vice provoqué par une obsession de la forme, et Binah
est la forme derrière toutes les formes. Cependant, il serait peut-être mieux de
considérer le vice en tant que vice derrière tous les vices - « formant et contenant
l'idée fausse de soi-même », c'est-à-dire formant un faux eidolon ou image de
l'Esprit avec lequel on travaillera ensuite dans les mondes de la forme. C'est la
racine de la Déviation Originelle.
35. La Vertu de Binah est le Silence, et ceci implique le silence à tous les
niveaux d'existence, pas seulement sur le plan physique. Il est nécessaire de
calmer tous les bruits vociférants des niveaux inférieurs pour entendre la voix de
l'Esprit ; l'état idéal pour atteindre des contacts verticaux est donc la quiétude. Sur
un plan plus pratique, si quelqu'un s'adonne à un travail magique et construit des
formes dans la matière subtile, le silence et le secret lui sont essentiels afin de ne
pas briser l'effort psychique. La façon la plus facile de faire échouer le travail
ésotérique est d'en parler et, comme Binah est le Temple Archétype où les formes
sont bâties pour être habitées par la force, il est naturel que sa Vertu soit le
Silence. Cette Vertu est désignée par le grand personnage de Binah qu'est la
Vierge Marie, Celle qui connaissait à la fois les expériences terribles et
merveilleuses de la connaissance ésotérique et celles d'une femme ordinaire, et
qui savait avoir assez de sagesse intérieure pour garder toutes ces choses pour
elle-même. C'était une jeune fille juive qui ne se confiait à personne, s'occupant de
sa propre demeure, rencontrant parfois ses relations et amis, assistant avec une
connaissance terrible à la mission de son fils, sachant quelle serait la destinée
finale du monde et, sans aucun doute, connaissant au moins une partie du destin
des autres mondes.
36. Il faut souhaiter que de nombreux étudiants en ésotérisme aient de
semblables pouvoir et sagesse. Ils apprennent habituellement par expérience que,
bien que les barrières de l'incrédulité s'abaissent d'elles-mêmes, ils ne récolteront
que le ridicule à vouloir prendre leur bâton de pèlerin pour répandre la Lumière
chez leurs amis et relations. Chaque âme a son propre rythme, et le véritable
adepte doit savoir - et accepter - que la seule chose qu'il puisse faire est de garder
le silence, attendant patiemment l'époque idéale pour la révélation à des individus
ou à des groupes particuliers.
CHAPITRE IX
DAATH - CONNAISSANCE
IMAGE MAGIQUE : Une tête à deux faces, regardant dans les
deux directions
NOM DIVIN : Une conjonction de Jéhovah et de
Jéhovah Elohim
ARCHANGE : Les Archanges des Points Cardinaux
ORDRE DES ANGES : Serpents
CHAKRA MONDIAL : Sothis ou Sirius, la Canicule
VERTU : Détachement. Perfection de la Justice et
application des vertus sans influence
des considérations de la personnalité.
Confiance dans le futur.
TITRES : La Séphire Invisible. L'Esprit Cosmique
Caché ou Non-révélé. La Séphire
Mystique. La Chambre Supérieure.
EXPERIENCE SPIRITUELLE : Vision au travers de l'Abîme
COULEUR EN AZILUTH : Lavande
COULEUR EN BRIAH : Gris argenté
COULEUR EN YETZIRAH : Violet pur
COULEUR EN ASIAH : Gris tacheté de jaune
VICE : Doute du futur. Apathie. Inertie.
Lâcheté (peur du futur). Orgueil
(menant à l'isolation et à la
désintégration).
SYMBOLES : La Cellule Condamnée. Le Prisme. La
Chambre Vide. La Montagne Sacrée de
chaque race. Un grain de blé. L'absence
complète de symbole.
1. Daath, considérée comme Séphire, est une conception relativement
moderne. Elle est mentionnée dans d'anciens écrits Qabalistiques mais on la
voyait comme la conjonction des Principes Divins Masculin et Féminin,
Chokmah et Binah. Evidemment, les textes anciens mentionnent très
explicitement qu'il existe dix Saintes Séphiroth, non pas neuf ou onze, mais dix.
Cependant la recherche moderne est parvenue à des preuves suffisantes pour la
considérer de droit comme une Séphire, mais d'une façon plutôt spéciale. On
l'appelle donc la Séphire Invisible et Crowley a suggéré qu'on pourrait de façon
encore plus satisfaisante la considérer comme une-autre dimension des autres
Séphiroth. Sur l'Arbre, on pourrait dire qu'elle est « à califourchon » sur l'Abîme,
cet Abîme étant le gouffre, une analogie supérieure du Gouffre en dessous de
Tiphéreth, qui sépare les réalités nouménale et phénoménale.
2. Daath est la sphère où la force pure devient forme. Binah représente l'idée
archétype de la forme et la quatrième Séphire, Chésed, est une Séphire de formes
; Daath représente l'état où les formes véritables sont précipitées par l'interaction
des forces supérieures. On pourrait donc concevoir Daath comme une analogie
inférieure de Kéther, mais où la forme et non la force se manifeste pour la
première fois. Les formes dont il est question ici sont évidemment dans un état
encore très abstrait, étant d'une nature plus proche de celle des noeuds d'énergie.
Les images et les formes réelles telles que nous les comprenons habituellement ne
se produisent pas avant la Séphire Hod.
3. Daath est donc l'unité la plus élevée dans le monde des formes. On pourrait
dire que la Méditation du Logos a lieu en Daath car c'est à partir d'elle que les
forces supérieures sont attirées à travers l'Abîme pour se manifester dans la forme
comme « connaissance abstraite ». On voit donc la Connaissance à laquelle se
réfère le titre contient beaucoup plus que ne le suggère son acception humaine -et
il en est ainsi des titres de toutes les Séphiroth Supérieures -, car la connaissance
abstraite est également synonyme de foi. Mais la foi émane finalement de Binah,
et on pourrait l'appeler « connaissance non-manifestée». Du point de vue de
l'intelligence humaine, en Daath le Plan du Logos transite d'un état de
non-manifestation à un état d'abstraction.
4. Daath est le point de conscience le plus élevé de l'âme humaine considérée
comme âme (ou, suivant d'autres terminologies Soi Supérieur, Soi
Evolutionnaire, etc... ) car la conscience des niveaux supérieurs ne peut être
possible qu'à l'Esprit ou « Etincelle Divine » lui-même. C'est l'entrée de ce qu'on
appelle Nirvana en Orient, et cela représente donc le lieu où une âme est parvenue
à la taille adulte de son développement évolutionnaire, a atteint le parfait libre
arbitre et peut choisir entre partir vers une autre évolution dans d'autres sphères ou
rester en l'état pour aider la Hiérarchie planétaire. «The Rays and the Initiations »
reçu de façon médiumnique par Alice A. Bailey décrit de façon fascinante les
choix de Sentiers offerts à une âme parvenue à ce point. Il sera évident que les
grades ésotériques correspondant aux Séphiroth Suprêmes sont ceux de la
Maîtrise, donc des grades de plans intérieurs.
5. Avant l'étape de Daath, l'expérience de l'âme est consacrée à provoquer sa
fusion avec l'Esprit, pour « devenir ». Lorsque les pouvoirs de Daath opèrent
pleinement dans une âme, il n'y a plus d'opération complémentaire de «devenir»,
car cette âme « est ».
6. Le titre de Séphire Mystique convient donc parfaitement à Daath, car il
suscite la définition exacte de ce mot « mysticisme » trop souvent mal employé.
Le mysticisme n'est pas un état confus de « spiritualité » sans but ou mal dirigée ;
il s'agit d'une réalisation parfaitement claire des diverses puissances de vie, et de
leur unité avec Dieu et l'âme. Dans cette Séphire, l'équilibre, la réalisation et
l'absorption de ces puissances se réunissent à la lumière de l'esprit abstrait.
7. Dans le langage chrétien, Daath est la sphère de la Chambre Supérieure au
moment de la descente des Flammes au jour de la Pentecôte. A l'époque
préchrétienne, c'était la sphère du Feu Créateur dans le royaume de la Pensée.
Dans le druidisme par exemple, elle était reliée à Beltane, quoique celle-ci fût
également la fête du Feu créateur terrestre.
8. Le symbole du pic caché par les nuages de la Montagne Sacrée de chaque
race convient à Daath car ce fut la conscience de cette Séphire que Moïse contacta
lorsqu'il reçut les Tables de la Loi au sommet du Sinaï, la Montagne de la Lune.
Cette conscience pourrait être représentée par le symbole du grain de blé : le
sentiment d'être en toute chose et qui contient en essence le pain sacramentel.
9. Daath est donc la sphère de Réalisation dans son sens le plus absolu, la
compréhension unie à la connaissance ; et ces deux mots ont été choisis avec soin.
L'esprit humain à ce niveau très abstrait parvient à une conscience complète du
Tout ; celle-ci est absorbée par la Mémoire Eternelle et elles deviennent une ; la
Séphire Daath représente donc la Sagesse et le Pouvoir suprêmes de Réalisation.
La Réalisation, à son point le plus élevé est l'Illumination ; toutes les révélations
supérieures qui ont été données dans les temps anciens aux grands guides
spirituels ont donc été obtenues par le contact avec la conscience attribuée à
Daath.
10. Un autre aspect de Daath est la Justice car cette Séphire contient la grande
Sagesse et la grande Réalisation. Il s'agit encore ici d'une chose nettement plus
profonde que la justice humaine ordinaire ou, devrait-on plutôt dire, la tentative
de justice. La Justice de Daath est l'équilibre absolu inhérent au Cosmos et qui
tient compte de tous les facteurs qu'il contient, depuis les relations de l'atome le
plus simple jusqu'aux soleils les plus grands et les plus éloignés. Cette Justice est
exacte car, de par sa nature même d'Ajusteur et de Balancier, elle ne peut pencher
à gauche ou à droite, mais doit être parfaite.
11. Il est bon de garder à l'esprit que l'âme humaine, n'étant en aucun cas
parfaite, serait fortement disloquée par un contact prématuré avec le côté actif de
cette Justice. C'est le genre de Justice qui ne montre aucune pitié pour ceux qui
transgressent la Loi Cosmique. Cela peut sembler rigoureux, mais on ne peut
s'attendre à être dispensé de brûlures si l'on met la main dans un feu ; on doit
accepter les lois du monde physique et, de même, on ne peut contrevenir à la Loi
Cosmique sans dommage. C'est le principe sous-jacent du Karma. Quelqu'un a dit
que l'on pouvait résoudre son propre Karma en une heure, mais il est fortement
improbable que cela puisse se faire car l'agonie de l'esprit serait si intense qu'elle
briserait la personnalité.
12. A cause de cet aspect, le pouvoir de Daath tend à bouleverser l'état
pré-existant dans le corps ou dans l'esprit. Il s'agit effectivement d'une force
équilibrante, mais à long terme, et ses résultats temporaires seront
déséquilibrants. Non seulement les véhicules intérieurs seront sévèrement
secoués mais les niveaux inférieurs peuvent échapper totalement à tout contrôle.
On pouvait le déduire des Vertus et des Vices attribués à cette Séphire. L'effet de
la force de Détachement sur la personnalité tendra à provoquer la coupure entre la
personne et les habitudes de vie sociale bâties autour d'elle dans sa vie présente ;
les conséquences de la stimulation de ces niveaux supérieurs ne tiendront aucun
compte du bien être de la personnalité. Les niveaux supérieurs de cet être le
mèneront vers des situations qui ne porteront aucune attention au confort futur des
véhicules inférieurs.
13. Les pouvoirs de Daath en fonction équilibrée donneront évidemment une
mission ou sens de destinée au type de personnage qui aura un détachement
suffisant pour se frayer un chemin à travers les entraves de ses propres buts, quel
qu'en soit le coût, et qui ne se préoccupera absolument pas des dangers que le
futur peut lui réserver dans les domaines de foi, de pouvoir et d'acceptation de sa
destinée. L'exemple idéal se retrouve en Notre Seigneur, ses Apôtres et bien sûr
beaucoup d'autres dans les domaines de la science, de l'art, de la médecine, de
l'action sociale, de la réforme politique, de l'évangélisme, etc... Il ne s'agit pas de
fanatisme, bien que cet état puisse y mener. Le fanatisme est fondamentalement
de l'orgueil intense qui conduira finalement à l'isolement de tout contact humain
et à l'auto destruction. Le fanatique est toujours inhumain. Notre Seigneur, en
dépit de ses paroles sévères et de sa marche constante vers son destin ne put
jamais être qualifié à bon droit d'inhumain. Le fanatique est réellement une
caricature blasphématoire de la vie exemplaire car il pousse les vertus si loin
qu'elles en deviennent des vices et il finit par se détruire lui-même, comme Notre
Seigneur se détruisit. Mais il y a une grande différence entre la vie et la mort d'un
Jésus, d'un Socrate ou d'un Thomas More et la vie et la mort d'un Hitler ou d'un
autre fanatique religieux, politicien, scientifique ou autre. Beaucoup bien sûr se
placent entre les deux catégories, mais le véritable fanatique est celui qui est si fier
et si égocentrique dans la supposée justesse de ses convictions personnelles qu'il
manque de compassion.
14. Le mal rend toujours bien les honneurs à la mascarade, mais le système
infaillible pour le diagnostiquer est le manque de compassion ou de ces autres
mots très mal compris tels que charité, humanité ou Amour de Dieu.
15. De tout ceci découle de façon évidente que les méditations sur Daath, sauf
si on en a très soigneusement décidé à l'avance et si elles sont très bien dirigées,
sont loin d'être sans danger surtout si elles empiètent sur l'aspect de Justice
Cosmique de la Séphire. Les couleurs de la Séphire, lavande, gris argenté, violet
pur et gris tacheté de jaune sont suffisantes pour le travail, en particulier sur la
mythologie d'Isis, mais si on perçoit d'étranges rouges et verts, un moucheté
marron et blanc ou du bleu électrique, il faut alors cesser le travail immédiatement
car ces couleurs se rapportent à l'aspect de Justice et possèdent un étrange taux de
vibration qui peut endommager fortement les véhicules intérieurs. On a également
le sombre aspect de Daath relié à ce qu'on pourrait appeler l'esprit subconscient de
Dieu et ceci peut provoquer d'étranges résultats à l'âme. Les contacts avec son
propre subconscient pouvant être déjà déroutants, on imaginera alors facilement
comme des contacts avec le Subconscient Universel qui contient l'intégralité de
l'histoire et les efforts intérieurs du Logos peuvent être encore plus explosifs.
16. La façon la plus sûre de travailler avec Daath est par l'intermédiaire de la
mythologie de Isis car celle-ci se réfère généralement à l'aspect positif et brillant
de Daath, lequel contient le Plan Suprême de l'Univers Entier et les buts
étincelants du futur. Isis est une déesse très ancienne, qui existait longtemps avant
les panthéons égyptiens. On en trouve une indication dans le mythe décrivant Isis
qui, par la puissance de sa magie, persuada Ra, le Père des Dieux, de lui
communiquer son nom secret ; il tomba ainsi en son pouvoir. On disait qu'elle
habitait l'étoile Sept, que nous appelons maintenant Sirius ou Sothis, la Canicule.
Et les étudiants versés dans l'ésotérisme sauront que Sirius est la sphère des
Maîtres Supérieurs, et le Soleil derrière notre Soleil.
17. Bien que tous les mythes concernant Isis puissent être mis en corrélation
avec de nombreuses parties de l'Arbre, c'est par la Séphire Daath que fonctionne
la force d'Isis. Il s'agit réellement de la clé de la compréhension du pouvoir et des
méthodes de la formule d'Isis, bien qu'il en existe d'autres aspects.
18. D'une certaine façon on pourrait appeler Isis l'Ether de l'Esprit et on pourrait
la comparer à la Prêtresse de l'Etoile d'Argent, le titre complet de la Lame de Tarot
affectée au Sentier qui mène au-dessus de l'Abîme de Tiphéreth à Kéther via
Daath. Il existe également un lien avec le glyphe du Caducée (Fig. 5), un bâton
ailé enlacé par deux serpents, portant une pomme de pin en son sommet et le signe
Scorpio, le scorpion, à sa base. Superposé à l'Arbre de Vie, la pomme de pin
recouvre Kéther, les ailes embrassent Chokmah et Binah, et les têtes des serpents
se rejoignent en Daath. Le symbolisme du serpent de ce glyphe dénote la
manifestation de force à tout niveau. Ce symbolisme est bien expliqué par les
mythes d'Isis, si on les médite, et il est bon de se souvenir des sept scorpions
attribués à Isis à la lumière des sept plans de manifestation et du symbole à la base
du Caducée.
Fig. 5 - Le caducée
19. La mythologie complète d'Isis traverse plusieurs cycles : par exemple, après
son voyage pour trouver le corps d'Osiris elle dût entreprendre un autre voyage
pour cacher son fils, et encore un autre pour retrouver les fragments dispersés
d'Osiris, et ainsi de suite. En termes psychologiques, ces divers cycles établissent
le contact avec les archétypes de différents, niveaux. Et donc, si on essaye de les
prendre comme base pour un cycle de méditation afin d'en faire jaillir le sens
profond, le sentier de la transmutation et de la sublimation de la psyché vers la
conscience de Daath peut être parcouru en s'exposant au minimum de danger, car
cette voie particulière de méditation bâtira des formes dans la psyché et elles
retiendront les forces contactées dans les profondeurs des instincts ou aux
altitudes élevées de la super-conscience.
20. C'est en raison de l'acheminement précis de puissance rendu possible par
cette formule que Isis était souvent représentée ailée dans l'art sacerdotal
égyptien. Bien que le profond symbolisme de ces ailes pouvait en ce temps-là ne
pas 61 re apprécié par le peuple, leur influence et leur signification pouvait être
« ressenties » - et peuvent encore l'être. Elles sont en rapport avec les ailes de
Caducée.
21. Il est particulièrement rentable de travailler la formule d'Isis car elle est
relativement complète et donne l'aspect féminin aux symboles plus usuellement
masculins du développement ésotérique ; on peut l'utiliser comme complément
aux enseignements de Osiris et du Christ traitant de la Séphire Tiphéreth. D'autres
formules de déesses, particulièrement les grecques et les assyriennes, et Marie, la
Mère de Jésus, comportent un symbolisme dans lequel des aspects différents sont
plus développés, mais l'enseignement d'Isis, hormis sa grande sagesse, ses
pouvoir et inspiration, fait partie des plus stabilisants, et c'est un apport
particulièrement nécessaire au développement intérieur, surtout lorsqu'on traite de
Daath.
22. Il n'y aura donc aucune difficulté à démêler les enseignements populaires de
Isis à la lumière des états ordinaires de conscience, mais on devra travailler sur ces
états sans discontinuer à un niveau supérieur, et les paraboles d'Isis qui peuvent
paraître les plus évidentes se révéleront être les gardiennes d'un savoir ésotérique
profond.
23. Les mythes d'Isis contiennent des références aux différents grades
d'initiation, aux principes de la polarité sexuelle, au contact avec le Moi
Supérieur, au contact avec l'Esprit e1 même avec l'Esprit de Dieu Lui-même. Isis
était capable d'accomplir des miracles, de guérir, de ressusciter des morts. Elle
était une grande voyageuse et également la déesse de la mer. Un de ses cadeaux
était la transmission d'un doux parfum à ceux qu'elle touchait. Ceci est en rapport
très étroit avec la Séphire Daath, laquelle est une analogie de Yésod, (dont l'une
des attributions est le parfum et l'encens), à un niveau supérieur. Cela se relie au
« parfum » de l'Esprit de l'homme, et bien que ce concept puisse paraître étrange à
première vue, il indique la capacité de transmettre à d'autres, même par les sens,
l'émerveillement et la beauté, la gloire et la joie, et le pouvoir de l'Esprit immortel.
24. On peut édifier la forme d'Isis avec les couleurs de Daath ou avec du bleu,
car la force se rapproche beaucoup du « Rayon bleu » de l'esprit supérieur. De
façon générale le mieux est de visualiser un immense pilier sculpté de motifs
égyptiens et sur lequel on distinguerait clairement la déesse assise sur son trône et
portant des ailes immenses qui encercleraient l'Univers ; elle serait coiffée du
disque Solaire de Sirius. La colonne culminerait aux sommets les plus éloignés de
l'Univers et pénétrerait également dans les profondeurs les plus reculées. On doit
percevoir en particulier une aura de très grande force.
25. Parmi les autres panthéons païens, la meilleure Image Magique de la
Séphire est donnée par Janus, car c'est le dieu qui regarde dans les deux directions
: en bas vers la manifestation, y voyant tout ce qui s'y passe, mais également vers
les Suprêmes, ce qui donne ainsi l'Expérience Spirituelle de la Vision au travers
de l'Abîme.
26. Baldr le Beau et Horus ont également des aspects qui se rapprochent de
Daath, le pur Esprit venant dans la manifestation ; et Heimdallr, le gardien de
l'arc-en-ciel qui forme un pont entre le monde de l'homme et celui des dieux est
également en rapport avec Daath.
27. Les aspects de Daath potentiellement dangereux pour la personnalité
humaine ordinaire sont également bien illustrés par les héros dont les aventures
sont à l'évidence des expériences de Daath : Prométhée, Galaad et Persée pour
n'en mentionner que trois.
28. Prométhée déroba le Feu Divin du Ciel avec la collaboration de la déesse de
la Sagesse, Pallas Athénée. On peut considérer cet acte comme un aspect du Libre
Arbitre par lequel l'homme primitif avança dans l'évolution physique, en quittant
son niveau quasi animal. Selon Zeus, ou les puissances régnant en ce temps-là, cet
acte était prématuré et Prométhée fut enchaîné à une montagne du Caucase, et
tourmenté par un aigle qui lui dévorait le foie. L'aigle était, bien sûr, un symbole
de Zeus, mais c'est également une autre représentation de Scorpio, le scorpion,
lequel est associé à la force divine venant se manifester au plan de la forme dans
les symbolismes du Caducée et d'Isis.
29. La contrepartie féminine de Prométhée est Io, laquelle, enlevée par Zeus,
fut changée en génisse blanche et erra dans de nombreuses contrées, tourmentée
par un taon envoyé par Héra, la divinité féminine dominante. Finalement Io reprit
sa forme humaine en Egypte où elle porta un fils et y fut adorée comme précurseur
d'Isis.
30. Galaad était le chevalier parfait du cycle Arthurien et le vainqueur du Graal
; mais les commentateurs chrétiens, à force de trop réfléchir sur l'aspect spirituel
l'ont dénaturé, tout comme ils ont rendu le Seigneur Jésus « doux et humble ». Ce
fut cependant le plus grand de tous les chevaliers, les dépassant tous, et ne se
consacrant qu'à un seul but ; cela est si vrai que lorsqu'il eut terminé sa Quête son
seul souhait, qui fut exaucé, fut de mourir.
31. Persée était le héros qui captura la tête de la Méduse qui changeait en pierre
tous ceux qui la regardaient ; c'est un bon symbole de l'aspect ténébreux de Daath.
Il était assisté par Hermès, lequel aida également Io à se défendre de Héra, et par
Pallas Athénée, la complice de Prométhée. Pallas Athénée a donc également sa
place dans les recherches autour de Daath, quoique, comme Isis Urania, elle
s'assimile également à Chokmah. Son rapport avec Daath et ceux qui aspirent à
ses pouvoirs est bien résumé par ce passage la concernant de « The Heroes » de
Kingsley : « Je suis Pallas Athénée ; je connais les pensées des cœurs de tous les
hommes et je distingue leur bonté ou leur bassesse. Je me détourne des âmes
d'argile et elles sont comblées, mais pas par moi. Elles engraissent tranquillement,
comme des moutons dans leur pâturage et mangent ce qu'elles n'ont pas semé,
comme les bœufs dans leurs étables. Elles croissent et se répandent comme la
gourde sur le sol ; mais, comme la gourde, elles n'offrent pas d'ombre au voyageur
et lorsqu'elles sont mûres la mort les récolte et elles descendent sans amour aux
enfers et leur nom disparait de la terre ». « Mais aux âmes de feu je donne plus de
feu et aux âmes hardies je donne une force supérieure à celle de l'homme. Ce sont
les héros, les fils des Immortels, que je comble, mais pas à la façon des âmes
d'argile. Car je les mène par des chemins étranges, Persée, pour qu'elles puissent
combattre les Titans et les monstres, les ennemis des Dieux et des hommes. A
travers doute et besoin, danger et bataille, je les mène ; et certaines sont tuées dans
la fleur de la jeunesse, aucun homme ne sait quand et où ; et certaines gagnent de
nobles noms et une belle et verte vieillesse ; mais ce que sera leur fin dernière, je
ne sais, et personne ne sait, sauf Zeus le Père des Dieux et des hommes ».
32. Comme Daath n'était pas considérée comme Séphire par les Qabalistes
anciens, la tradition ne lui a pas affecté de Nom Divin ou d'Ordre d'Archanges ou
d'Anges. Cependant, on peut concevoir que le Nom Divin soit une synthèse des
Noms Divins de Chokmah et de Binah. De même, comme il s'agit d'un reflet de
Kéther, on pourrait dire qu'elle représente les trois Sépniroth Supérieures à la
source des mondes de forme.
33. L'Archange peut être vu comme une combinaison des Archanges des
Quatre Points Cardinaux, Raphaël, Michael. Gabriel et Uriel, respectivement les
Archanges de l'Est, du Sud, de l'Ouest et du Nord. Gabriel et Uriel se réfèrent
particulièrement à la Séphire par leurs aspects les plus profonds et les moins
évidents.
34. Les Anges de la Séphire sont des sortes de Séraphims, mais qui ne
flamboient pas comme les Séraphims de Géburah. Pour l'esprit clairvoyant, ils ont
l'apparence de serpents gris argenté aux langues dorées dardées, d'où une sorte de
force qu'on ne peut qualifier que de « Savoir Incandescent » émanerait.
SS. Toute tentative de description des, états de Daath ne peut être, au mieux,
que métaphorique, car il s'agit réellement d'un état de conscience libre de tout
symbole. C'est la raison de la grande formule qui exprime la nature de Daath, « La
Chambre Vide ». C'est le symbole le plus apte à exprimer l'absence de symbole, et
donc le contact avec la Réalité. Il s'agit d'une conscience de la « Nudité Totale de
Dieu » qui n'est ni force ni forme mais les contient toutes deux. C'est un « état »
au delà de tous les états - un Etat Suprême - et cette condition est entrevue lorsque
l'on aborde la phase de l'esprit abstrait. L'approche de cet état, que l'on peut
analyser en différentes phases, est un Sentier « secret » sur l'Arbre de Vie, de
Chésed vers Daath. C'est un processus initiatique pour l'Adeptus Exemptus - celui
qui a appris tout ce que la Terre doit enseigner - et ce chemin peut être terrible car
il s'agit de l'Obscure Nuit de l'Ame du mystique, mais sur un plan supérieur à celui
de l'expérimentation habituelle.
CHAPITRE X
CHESED - MISERICORDE
« Le Quatrième Sentier est appelé Intelligence Cohésive ou Réceptive car il
contient tous les Pouvoirs Sacrés, et de lui émanent toutes les vertus spirituelles
avec les essences les plus exaltées. Elles émanent l'une de l'autre en vertu de
l'Emanation Primordiale, la Couronne Supérieure, Kéther ».
IMAGE MAGIQUE : un roi puissant et couronné, assis sur
son trône
NOM DIVIN : El
ARCHANGE : Tzadkiel
ORDRE DES ANGES : Chasmalin, les Etres Eclatants
CHAKRA MONDIAL : Jupiter
VERTU : Obéissance
TITRES : Gédulah, Amour. Majesté.
Magnificence
EXPERIENCE SPIRITUELLE : Vision d'Amour
COULEUR EN AZILUTH : Violet sombre
COULEUR EN BRIAH : Bleu
COULEUR EN YETZIRAH : Pourpre sombre
COULEUR EN ASIAH : Azur foncé parsemé de jaune
VICE : Bigoterie, hypocrisie, gourmandise,
tyrannie.
SYMBOLES : La figure solide. Tétraèdre. Orbe.
Bâton. Sceptre. Crosse.
1. Chésed, avant que l'on ne considère Daath comme une Séphire, était la
première Séphire du Monde de Formation, et ceci explique le Texte Yetziratique
qui est toujours exact car Chésed reçoit les Saints Pouvoirs des Séphiroth
Supérieures au travers des rayons de Daath, dont l'un des symboles est le prisme.
2. Le Texte affirme que toutes les Emanations, ou Séphiroth, ont leurs racines
fondamentales dans le jaillissement originel de la force divine en Kéther. Cette
force qui est activée en Chokmah et qui reçoit une potentialité de forme en Binah
se réfracte ensuite à travers Daath en Chésed, lequel est donc appelé Intelligence
Réceptive. On l'appelle aussi Intelligence Cohésive car en cette Séphire les forces
s'agglomèrent pour la première fois en formes, quoiqu'à un niveau subtil. En
Binah se trouve l'idée de forme, en Daath on a le procédé de transmutation vers la
forme mais les forces s'assemblent effectivement en formes en Chésed.
3. A partir de Chésed et en passant par les autres Séphiroth, ces formes
atteignent graduellement une densité de manifestation plus forte, et pour cette
raison il est également dit que de Chésed « émanent toutes les vertus spirituelles
avec les essences les plus exaltées ». En d'autres termes, Chésed est le sommet
suprême de la manifestation dans la forme, bien que celle-ci ait déjà été prévue, et
il se place sous un certain angle en Daath et en Binah. Mais Chésed est la première
Séphire au dessous de l'Abîme.
4. On verra donc que de cette Séphire émane toute souveraineté sur les mondes
de forme, bien que la force originelle, convertie par Daath, émane des Séphiroth
Supérieures. A cause de cela, il est dit que la Sphère des Maîtres est en Chésed.
5. L'histoire du concept des Maîtres est assez orageuse. Avant la fin du
dix-neuvième siècle ils n'étaient pas, ou rarement, mentionnés. Ceux qui les
contactaient en ce temps-là devaient certainement garder la chose secrète, ou alors
ils n'étaient pas au courant de ce que représentait la chose ou le personnage avec
lequel ils étaient entrés en contact. Lorsqu'il s'agit des plans intérieurs, la
conception de la forme réelle est habituellement affectée par les déformations
mentales du récepteur. On peut en trouver un parallèle dans les annales de la
psychiatrie où l'on verra que les patients soumis à une analyse suivant les
principes de Jung s'accordent bien avec le symbolisme jungien alors que les
patients sous traitement freudien préfèrent le symbolisme de Freud. De même
dans le processus scientologique, lorsqu'un sujet fait un retour en arrière jusqu'au
temps où il était un Esprit libre dans l'espace interstellaire, sans forme ou avec une
forme très abstraite, il enveloppera sa mémoire avec les chausse-trappes de la
science-fiction et se « souviendra » de lui-même comme d'un vaisseau spatial ou
d'une chose identique, uniquement parce que son intelligence ne peut concevoir
l'idée d'existence sans la forme. De même, les Juifs ont toujours considéré les
entités désincarnées comme des anges, des archanges ou des démons de même
rang, afin que cela soit conforme à leur théologie et n'aille pas contre leur vue
monothéiste.
6. Les Maîtres, tels que nous nous les représentons, sont donc des images faites
par notre propre imagination, comme le sont bien sûr toutes les entités des plans
intérieurs, humains, angéliques ou élémentaires. Mais cela ne signifie pas qu'ils
soient le produit de notre imagination. Ce sont des êtres réels à leur propre
niveau. Et le niveau des Maîtres correspond à la Séphire Chésed, laquelle est la
Sphère sur laquelle les formes ont la densité des processus de l'esprit abstrait,
c'est-à-dire de l'intuition.
7. Lorsqu'on se représente une entité des plans intérieurs dans la conscience
astrale, on opère dans la sphère de Yésod - le Trésor des Images - mais on contacte
un être qui représente réellement un centre puissant de force abstraite s'il s'agit
d'un Maître. La scène qu'on projette dans l'imagination agit comme un foyer pour
cette force qui va animer cette scène imaginaire ; il est donc possible de tenir des
conversations avec cette projection imaginaire : c'est la technique du « psychisme
astral ».
8. Cette méthode comporte cependant ses dangers et ses erreurs. Peu nombreux
sont ceux qui peuvent travailler à ce niveau dense de forme mentale sans y injecter
subconsciemment quelques idées ou conceptions personnelles. La méthode de
communication la plus directe est la plus efficace : on élève sa propre conscience
au niveau de l'entité qui émet et on reçoit ainsi des impressions d'esprit abstrait à
esprit abstrait qui s'incrusteront dans la conscience concrète comme des idées ou
pensées personnelles.
9. On voit donc que les techniques de communication sont telles qu'il est
impossible de donner des preuves scientifiques de l'existence de ces êtres des
hauts plans intérieurs, car la science physique ne possède aucun moyen pour
mesurer ce qui émane d'un esprit ou d'un autre. La seule preuve est l'expérience
directe, ce qui demande d'abord de la foi, mais qui n'est pas considéré comme un
instrument, ni même comme une attitude, scientifique. La seule forme de
communication psychique que la science peut aborder est la transe profonde, mais
il ne s'agit pas d'un état que requiert le psychisme astral ou la télépathie mentale.
10. Les deux dernières méthodes de communications sont à la portée de
chacun, à partir d'un certain degré d'apprentissage de l'esprit, et il est probable que
beaucoup les pratiquent inconsciemment, bien que l'on verra que certaines
personnes ont plus d'aptitudes que d'autres. Les Maîtres eux-mêmes préfèrent
l'approche mentale supérieure car elle est moins sujette à erreur lorsqu'elle est
correctement développée. La méthode astrale a conduit par le passé à quelques
erreurs grotesques qui ont rendu le mot « occultisme » insupportable à beaucoup
de ceux qui, autrement, auraient pu y être favorables.
11. Il est évident que si l'on commence à tenir des conversations intérieures
avec des projections de sa propre imagination, il ne faudra pas beaucoup plus de
dissociation de conscience pour atterrir dans les mondes étranges de la
schizophrénie ou de l'hallucination. C'est pourquoi l'occultisme pratique doit être
exercé dans des conditions strictement contrôlées et avec à l'esprit un but défini ;
c'est la raison d'être des rituels d'ouverture et de clôture du travail pratique.
12. Bien que les premiers propagandistes de l'existence des Maîtres ne soient
pas nécessairement tombés dans la schizophrénie, il apparait que beaucoup furent
victimes d'hallucinations car ils confondaient les plans, prenant la conscience
astrale pour réalité physique. On peut ainsi lire les compte-rendu de rencontre
avec tel ou tel Maître, dans un train ou un jardin public, qui vont jusqu'à décrire la
tenue vestimentaire dans le détail, sans oublier le chapeau haut de forme et le
parapluie.
13. Toute personne ayant un brin de conception de ce que sont réellement les
Maîtres réalisera que les relations de ces soi-disantes manifestations physiques ne
sont que balivernes. Le fait est cependant qu'une vérité est cachée derrière la folie
et l'auto-déception, et c'est une tragédie consternante que d'avoir par le passé
présenté les faits de cette façon stupide, ce qui a incité beaucoup de monde à
rejeter totalement le sujet ; et on ne peut franchement blâmer ceux qui l'ont fait.
14. Les Maîtres, ou Adeptes des Plans Intérieurs, sont des êtres humains qui ont
obtenu toute l'expérience, et toute la Sagesse provenant de l'expérience,
nécessaire à leur évolution spirituelle dans les mondes de la forme. Ce sont donc
simplement des « hommes rendus parfaits ». Toutes les âmes, lorsqu'elles se sont
libérées de la nécessité de naître et de mourir, peuvent continuer vers une
évolution supérieure dans d'autres sphères, mais certaines choisissent de rester en
arrière dans les conditions terrestres pour aider leurs « frères cadets » à progresser
dans leur évolution cyclique sur cette planète. Ce sont les Maîtres, et il en existe
beaucoup, bien que seulement peu d'entre eux soient connus nommément par
l'humanité car seuls les «Maîtres enseignants» communiquent directement avec
nous.
15. C'est ce « Collège des Maîtres » qui forme le sommet de la Hiérarchie
planétaire des êtres humains, tout comme les Archanges forment le sommet de la
Hiérarchie des Anges et des Elémentaux. La fonction des Maîtres est de servir de
médiateur entre les forces divines, ou Volonté de Dieu, et l'humanité, et pour cette
raison on peut considérer qu'ils opèrent dans la Séphire Chésed.
16. Cependant, le «Conseil Intérieur des Maîtres», appelé communément
« Grande Loge Blanche » est plus un état de Daath, car lorsque le « Conseil » est
en pleine session, les contacts se font avec les niveaux Supérieurs et avec les êtres
Innommables et Inconnaissables qui ont leur existence dans ces sphères
éloignées. On doit se rappeler que ces termes sont au mieux approximatifs et que
la nature du « Conseil » et de ses contacts supérieurs tient plus du rapport
télépathique supérieur que d'une réunion de conseil comme nous l'entendons
habituellement.
17. On peut encore se représenter la sphère de Chésed comme une Séphire
spécialement reliée aux Maîtres en s'appuyant sur le fait que le grade ésotérique
qui lui est affecté est celui de Adeptus Exemptus. Cela suggère celui qui est
exempt, ou libre, des limitations imposées par l'existence physique et de la forme
inférieure, et du besoin de se réincarner.
18. La fonction de la Séphire est semblable à la fonction des Maîtres, comme le
suggèrent l'Image Magique d un roi puissant et couronné, assis sur son trône, les
Couleurs Eclatantes violet et bleu, lesquelles sont normalement associées à la
royauté, et les symboles auxiliaires de l'orbe, du bâton, du sceptre et de la crosse.
19. On ne doit cependant pas penser que la souveraineté dont il est question est
cette sorte d'autorité que les êtres humains s'imposent habituellement les uns aux
autres sur cette terre et qui se manifeste si souvent par de l'autoritarisme et même
de la persécution. La Volonté de Dieu est aussi l'Amour de Dieu, et l'Expérience
Spirituelle de la Séphire est la Vision d'Amour. Crowley avait parfaitement raison
lorsqu'il disait « L'Amour est la Loi, l'Amour soumis à la Volonté », bien que
cette phrase ait souvent été mal interprétée, à commencer par Crowley lui-même.
20. Il en va de même pour ses autres axiomes « Chaque homme et chaque
femme est une étoile» et « Fais ce que tu veux sera l'intégralité de la Loi ».
L'intégralité de la Loi dont il est question ici est la Volonté de l'Esprit, laquelle est
synonyme de Volonté de Dieu. Cela ne veut pas dire « fais ce qu'il te plait »,
suivant les voix des véhicules inférieurs.
21. On ne doit pas penser que tous les écrits de Crowley soient pleins de
sagesse. Ils contiennent beaucoup de choses de valeur, mais c'est une source trop
perfide pour être suivie par ceux qui ne possèdent pas une très bonne idée de ce
que recouvre l'occultisme. Comme Eliphas Levi, l'occultiste français du
dix-neuvième siècle qu'il admirait tant, c'était un mauvais plaisant du style « pince
sans rire ». En tant qu'adepte, l'histoire de sa vie montre qu'il appartenait à la toute
dernière classe et, à part une intelligence brillante, sa principale contribution à
l'occultisme était d'être un bon médium. Un adepte doit être capable de contrôler
les forces qu'il invoque, et Crowley en était incapable. En dépit de tous ses rares
talents, il succomba aux forces qu'il invoquait inconsidérément, et cela provoqua
le résultat habituel de l'inflation de l'importance de sa personnalité et le déclin
progressif par la prise de drogue et l'impuissance magique. Beaucoup l'admirent
encore, mais son exemple est plus de la nature de ceux qu'il ne faut pas suivre, et
on peut au mieux le considérer comme un Mordred mineur, celui qui était son
propre Judas Iscariote, comme bien sûr nous le sommes tous à un niveau plus ou
moins important.
22. « Fais ce que tu veux sera l'intégralité de -la Loi » et « L'Amour est la Loi,
l'Amour soumis à la Volonté » s'appliquent bien à Chésed, car au niveau de cette
Séphire, la volonté de l'individu est totalement en harmonie avec la Volonté de
Dieu. Ainsi l'Obéissance, qui est la Vertu de cette Séphire, ne veut pas dire
volonté d'attendre les ordres. Il est ici sous entendu que l'âme ayant atteint le grade
de l'initiation de Chésed est tellement en accord avec la Volonté de Dieu que sa
propre volonté est en plein accord avec Celle-ci et qu'il ne peut exister aucun mal
: ce dernier est totalement étranger à sa nature.
23. Ainsi, lorsque les Maîtres forment des élèves, ils ne leur apprennent pas à
venir aux ordres, mais ils leur enseignent comment se développer jusqu'au point
où ils peuvent décider par eux-mêmes ce qu'ils doivent faire, et que le résultat de
leur décision soit en accord avec la Volonté de Dieu et avec les buts de la
Hiérarchie. Le libre arbitre humain est sacro-saint.
24. En raison de ce dernier facteur, l'occultisme Blanc ne comporte aucune
contrainte. Si une personne court à sa chute, on peut l'en avertir. Si elle persiste
néanmoins dans cette direction cela devient son problème bien que dans le cas où
les dégâts qu'elle attirerait vers elle et vers les autres affecteraient trop le Groupe
dont elle est membre, on puisse lui demander de le quitter pour préserver l'intérêt
général. Elle est alors libre de partir, de continuer son chemin et d'y subir sa
débâcle, et après celle-ci, si elle se trouve en bonne condition et si elle a puisé un
peu de sagesse dans cette expérience, on peut l'admettre de nouveau. Pour
certains, c'est souvent la seule façon d'apprendre.
25. Comme la Volonté de Dieu dans le gouvernement de sa création est la Loi
de l'Amour, Gédulah, Amour serait peut-être un meilleur titre pour cette Séphire,
et on l'appelle assez souvent ainsi. Cependant Chésed, Miséricorde, est d'un usage
plus habituel et provient probablement du fait que lorsqu'on superpose le glyphe
des Piliers sur l'Arbre, cette Séphire est au centre du Pilier de Miséricorde, au
niveau «Ethique» ou «Moral». Géburah, Sévérité, correspondre la même façon au
Pilier de Sévérité. Il est également bon de garder à l'esprit les titres auxiliaires de
Majesté et Magnificence.
26. Lorsqu'on regarde autour de soi le monde tel qu'il est au niveau physique de
Malkuth, on pourrait trouver étrange que la Volonté de Dieu soit l'Amour car le
monde est parfois loin d'être un lieu aimable. Mais on doit se rappeler que selon
cette Loi d'Amour, le libre arbitre humain ne peut être contredit et la plupart des
choses horribles de l'existence physique proviennent de l'homme lui-même.
« L'inhumanité de l'homme pour l'homme fait pleurer la multitude ». Et il est
certain que beaucoup d'autres pleureront tant que la majorité de la race humaine
n'aura pas appris à contacter la sphère de Chésed, qu'on l'appelle ou non par son
titre Cabalistique.
27. En plus des inventions les plus patentes, telles que les neuroses, les
psychoses, les chambres à gaz, les camps de concentration, les taudis, les salles de
tortures, les bombes à hydrogène, etc, l'homme, à des niveaux plus subtils, et en
raison de cet éloignement de la Volonté Divine, est également responsable de
l'introduction sur cette planète de certaines des entités parasitaires ou saprophytes
qui se manifestent sous forme de maladies. Cependant l'homme a cuit son gâteau
et il doit le manger jusqu'à la dernière miette, et lorsqu'il y sera parvenu il pourra
se mettre le plat sur la tête et s'en faire une auréole.
28. Ceci peut paraître dur à entendre et certains se demanderont sûrement
« Pourquoi Dieu le permet-il ? ». Et la seule réponse qu'on peut leur faire est de
leur dire qu'ils feraient mieux de s'adresser à Dieu Lui-même. C'est peut-être par
Miséricorde qu'il provoqua le dernier déluge, mais le nouveau départ qu'y prit
l'humanité n'a pas semblé arranger les choses. Confrontés à la situation présente,
la seule chose que nous puissions faire est d'essayer de la redresser, et la seule
façon d'y parvenir est d'y chercher la Volonté Divine. Et ce n'est pas chose aisée.
29. Il est peut-être mieux de réserver sa sympathie pour le règne animal et celui
des Elémentaux qui ne prirent aucune part à la Chute mais qui durent beaucoup
souffrir de ses conséquences car ils partagent la planète avec nous. De même, il
est effroyablement vrai que ce qui est considéré comme bon par l'Esprit peut être
ressenti par la personnalité comme une chose on ne peut plus désagréable. Ceci
provient encore de la déviation de l'homme qui, s'il n'avait pas abusé de son libre
arbitre, aurait encore des liaisons opérationnelles entre tous les niveaux de son
être et serait capable de voir avec les yeux de l'Esprit.
30. Mais lorsque nous traitons de l'ajustement Cosmique, nous sommes aux
frontières de la Séphire Géburah. On doit dire que, comparée aux réalités de la
situation cosmique de l'homme, « l'angst » ou angoisse de l'existentialisme athée
est de la très petite bière, mais il existe des compensations. De très grandes, en
fait, car fondamentalement et virtuellement « chaque homme et chaque femme est
une étoile ».
31. Le Nom Divin de cette Séphire est El ou Al ; il est composé des lettres
hébraïques Aleph et Lamed. Aleph, comme nous l'avons déjà vu, signifie le
commencement des choses, et l'un des symboles de Lamed est l'aile d'oiseau ; on
peut donc dire que le nom porte l'idée de pouvoir et de potentialité (Aleph),
associée à la force jaillissante et déployée (Lamed). Si l'on voit le Nom de cette
façon on peut construire un symbole dans lequel Aleph est représenté par un point
dans un cercle, car c'est une représentation du commencement des choses, et
Lamed par une aile. Ce symbole composé ressemblerait donc au disque ailé des
anciens égyptiens. On peut aussi utiliser le symbolisme Qabalistique traditionnel
de ces lettres, Bœuf pour Aleph et Aiguillon pour Lamed, ce qui donne donc l'idée
de la force motrice première sous contrôle.
32. L'Archange de la Séphire, Tzadkiel, ainsi que l'Ordre des Anges, Chasmalin
ou Etres Eclatants, peuvent être représentés à l'esprit, l'Archange ayant un lien
particulier avec le symbole de l'orbe, et l'influence de ces êtres sera très utile à
celui qui souffre d'instabilité, que ce soit d'esprit ou d'émotions. D'une façon
générale, l'incapacité à être ponctuel ou à contrôler le facteur temps est un
symptôme de désorganisation mentale, alors que le désordre général ou
l'incapacité à contrôler le facteur espace est un signe de désorganisation
émotionnelle. Les forces apaisantes et constructives de la sphère de Chésed sont
très aptes à guérir ces maux.
33. La planète Jupiter, le Chakra Mondial de Chésed, a longtemps été
considérée par les astrologues comme celle dont l'influence était la plus bénéfique
et ceci provient sans aucun doute du fait que cette planète est celle sur laquelle
l'évolution se fait en terme « d'Esprit concret ». Cette terminologie n'est pas très
explicite mais on peut voir qu'elle s'applique bien à Chésed qui est la première des
Séphiroth de forme et qui reçoit les forces spirituelles pures et abstraites des
Séphiroth Supérieures. Ainsi serait-il possible d'avoir une idée de ce qu'est
« l'Esprit concret » en considérant la Séphire Chésed. C'est l'une des façons de
travailler qui rappelle le mieux que l'Arbre de Vie est un symbole aussi valable car
les concepts inconnus peuvent être définis et compris par référence aux concepts
connus.
34. Les Vices de la Séphire sont ceux que montrent habituellement ceux qui
s'investissent eux-mêmes d'une autorité ou qui la reçoivent. Ces vices se
manifestent souvent de façon très subtile. L'adage populaire dit que « Le Pouvoir
incite à la corruption », et celui à qui l'on donne le pouvoir, parce qu'il est
inévitablement anormal à un certain point ou qu'il n'est pas encore incarné a ce
moment, sera inévitablement uhe pauvre caricature de la Règle Divine de Chésed.
Certains seront évidemment plus chanceux que d'autres mais l'histoire connue de
l'humanité n'a pas encore enregistré de souverain sans faute. La bigoterie,
l'hypocrisie et la tyrannie sont tous des vices qui proviennent de l'identification du
soi au principe régisseur alors qu'on se refuse à affronter les parties du soi qui ne
sont pas dignes de souveraineté. La Gourmandise est un abus véritable du
principe dans son ensemble, comme l'est bien sûr la Tyrannie, parce que la
souveraineté sur d'autres et sur les objets est orientée entièrement pour le
« profit » du soi plutôt que pour celui des sujets. On ne doit pas non plus penser
que ces vices et tentations s'appliquent exclusivement à ceux qui occupent des
postes élevés : ils s'appliquent à tous, car chacun règne sur quelque chose, ne
serait-ce que sur son corps physique.
35. Le symbole de la figure solide indique une nouvelle dimension aux figures
planes reliées aux Séphiroth Supérieures. La nouvelle dimension est évidemment
la forme.
36. Dans la mythologie païenne, se rapporteront à l'évidence à Chésed les dieux
qui règnent salutairement sur les dieux et les hommes, ou les aspects de tout dieu
ou déesse qui gouvernent ainsi. On peut donc voir combien les attributions de
divinité païenne recouvrent fréquemment divers aspects de la Divinité. Zeus, par
exemple, en tant que personnage du Père de Tout se rapporterait à Chokmah, mais
en tant que souverain des dieux et des hommes, il se rattache à Chésed. C'est
encore l'un des avantages du système Qabalistique car il facilite beaucoup plus la
classification et la différenciation que la grouillante profusion chaotique de la
plupart des mythologies.
CHAPITRE XI
GEBURAH - SEVERITE
« Le Cinquième Sentier est appelé Intelligence Radicale parce qu'il ressemble
à l'Unité, s'unissant à Binah, la Compréhension, qui émane des profondeurs
primordiales de Chokmah, la Sagesse ».
IMAGE MAGIQUE : Un puissant guerrier sur son char
NOM DIVIN : Elohim Gebor
ARCHANGE : Khamael
ORDRE DES ANGES : Séraphim. Serpents de Feu
CHAKRA MONDIAL : Mars
VERTU : Energie, Courage
TITRES : Pachad, Crainte. Din, Justice
EXPERIENCE SPIRITUELLE : Vision de Pouvoir
COULEUR EN AZILUTH : Orange
COULEUR EN BRIAH : Rouge écarlate
COULEUR EN YETZIRAH : Ecarlate brillante
COULEUR EN ASIAH : Rouge tacheté de noir
VICE : Cruauté. Destruction
SYMBOLES : Le Pentagone. La Rose à cinq pétales.
L'Epée. La Lance. Le Fouet. La Chaîne
1. Le Texte Yetziratique de Géburah est semblable à celui de Chésed en ce qu'il
insiste sur la source de pouvoir provenant des Sphères Supérieures. Cependant,
alors que le Texte de Chésed cite spécifiquement Kéther, le Texte de Géburah
mentionne spécifiquement Chokmah et Binah. Kéther est le Monde Atzilutique
ou Monde des Sphères Supérieures de l'Arbre dans son ensemble, alors que
Chokmah et Binah forment à eux deux le Monde de Briah ou Monde Créatif. De
ceci, on peut conclure que de même que Chokmah et Binah représentent la Force
Divine de Kéther en action, Géburah représente l'aspect le plus actif du principe
régisseur de Chésed. Ceci est confirmé par l'Image Magique de Géburah, un
puissant guerrier sur son char, par l'Expérience Spirituelle, la Vision de Pouvoir,
et les Vertus de la Séphire, énergie et courage.
2. Les attributions de Géburah sont presque toutes martiales et bien que, pour
cette raison, il soit peut-être plus facile d'obtenir une conception élémentaire de
Géburah que des autres Séphiroth, ceci peut mener vers des malentendus car cette
Séphire possède des subtilités et des dimensions profondes égales à celles de
n'importe quelle autre Sphère de l'Arbre.
3. Géburah est fondamentalement une Séphire d'ajustement et d'évaluation ;
c'est une sphère de Vérité absolue et non mitigée. On pourrait dire que ce fut à la
lumière de Géburah qu'à chacun des sept jours de la création Dieu examina ce
qu'il avait fait et vit que cela était bon. On tend presque à considérer cette action
de Dieu comme une formalité inutile, mais dans tout traité mystique de la qualité
du Livre de la Genèse rien n'y est écrit pour y faire simplement de l'effet. Après
l'effort créateur consistant à mettre les choses en forme suit l'obligation
d'examiner minutieusement le résultat et de purifier la forme de toute
excroissance ou de tout défaut.
4. On peut mieux examiner le processus dans la sphère de l'art créateur.
Prenons un peintre : il travaille à une étoile en bâtissant des couleurs et des formes
intimement reliées jusqu'à ce qu'il ait créé ce qu'il considère être un tableau
terminé. Il ne l'envoie pas à une galerie pour le mettre en vente dès qu'il pose ses
pinceaux : il se dégourdit les jambes, puis se retourne pour regarder son tableau
avec un œil neuf. Il peut se tourner vers le mur puis l'examiner encore et encore
pendant de nombreux jours, des semaines ou même des mois avant de déclarer
qu'il s'agit d'une œuvre terminée digne de porter sa signature. Les normes qu'il
utilisera pour juger les divers aspects du tableau seront fixées par les lois du
tableau lui-même. Une tache de couleur de forme et de position particulières sera
valable ou non selon son contexte dans le reste du tableau, selon qu'elle équilibre
ou complète toutes les autres couleurs et formes dans d'autres positions sur la
toile.
5. On peut concevoir que la Création d'un Univers par une Entité Intelligente
suivrait un processus à peu près identique. La mise en place des formes et des
relations d'une peinture, comme la formulation des formes et des liens d'un
Univers peuvent être placées sous la présidence de la sphère de Chésed.
L'évaluation nette et précise de l'œuvre d'art ou de l'Univers Manifesté et le
grattage ou la correction de toute erreur serait donc une action de Géburah.
6. Dans une œuvre d'art bien conçue et bien exécutée on aurait besoin de peu
d'action corrective, bien que, pour son évaluation, le principe de Géburah lui soit
appliqué avec une force identique. Pour une œuvre d'art ratée l'action corrective,
laquelle est un aspect différent de Géburah, devrait être plus forte. Le même
principe s'applique à l'Univers. On peut imaginer que l'œuvre créatrice de Dieu
demanderait quelques petites rectifications ultérieures, mais certaines des
« couleurs » utilisées par Dieu sont humaines et capables d'action indépendante.
Si, pendant sa vie évolutionnaire, l'homme avait agi selon la Loi Divine, tout irait
à peu près bien, mais il ne le fit pas, et le résultat, au moins sur cette planète, a été
semblable à une peinture dans laquelle les couleurs changent arbitrairement de
nuance, s'éclaircissent, s'assombrissent ou s'étendent sur la toile vers des endroits
où elles ne devraient pas être. Ceci demande évidemment une évaluation
constante et une rectification de la part du Créateur, et les efforts faits pour éviter
que l'œuvre d'art Universelle ne devienne un gâchis irréparable sont ce que nous
appelons les œuvres des Lois du Karma, ou plus exactement Rectification, et ces
Lois sont attribuées à la Séphire Géburah.
7. C'est pour cette raison qu'il existe un aspect de Géburah dénommé « Cour de
Justice » ou « Cour des Seigneurs du Karma ». La Justice, puisqu'elle est
l'équilibre parfait entre la Miséricorde et la Sévérité, est donc correctement
assignée à Daath, la conjonction de Chokmah et Binah, les deux Séphiroth citées
par le Texte Yetziratique de Géburah. Géburah est la sphère où la Justice est
appliquée aux mondes de forme.
8. On peut imaginer cet aspect de Géburah sous la forme d'une grande salle,
complètement vide, mais où rayonne une lumière écarlate. Là, l'âme se tient nue.
dépouillée de la moindre excuse ou de possibilité d'évasion pendant que cette
lumière perçante et sans ombre pénètre en chaque partie de son être. Dans le
silence absolu de la Cour Ecarlate, la Justice est révélée. L'âme est dans tel ou tel
état et se révèle ainsi. Dans cette révélation chaque chose est prise en compte,
automatiquement, inévitablement et impitoyablement. C'est une Cour de Justice,
pas de Jugement, et aucune sentence ou condamnation n'y est prononcée. Le
Silence y règne en maître absolu, le silence de Binah, Compréhension, à laquelle,
selon le Texte Yetziratique, Géburah est associé. Et Géburah ressemble à l'Unité
car chaque partie est prise comme un élément de l'ensemble.
9. Pour l'âme, le résultat est la présentation d'un fait pour lequel il n'existe
aucune échappatoire : ce que l'âme est réellement. Dans ce facteur d'évaluation de
Géburah, il n'existe aucun concept de punition imposé à l'âme. La Cour de Justice
est semblable à une machine à calculer immensément compliquée et infaillible :
elle donne la réponse, un point c'est tout, bien que toute l'omnipotence du Cosmos
soit derrière cette réponse, il n'existe également aucune considération du fait que
l'âme puisse avoir la force nécessaire pour supporter la Vérité ainsi révélée ou si
elle sera écrasée sous le fardeau. La réponse est donnée et l'âme peut s'en saisir ou
la laisser selon son choix, tant qu'il reste un choix.
10. Les actions ultérieures nécessaires pour mettre l'âme en accord avec ce
qu'elle devrait être ne font pas partie de cette force particulière de Géburah.
L'équilibre, la compensation ou l'ajustement nécessaire peut provenir par exemple
de l'action de l'aspect constructif de Yésod ; une application brutale de force de
Géburah pourrait faire plus de mal que de bien. C'est du guidage et de l'aide
apportés aux âmes pour qu'elles extirpent leurs instincts profiterait certainement
mieux des influences de l'aspect constructif de Yésod ; une application brutale de
force d Géburah pourrait faire plus de mal que de bien. C'est du guidage et de
l'aide apportée aux âmes pour qu'elles extirpent leurs faiblesses et leurs
excroissances que la Hiérarchie des Maîtres se préoccupe. Ces « frères aines » de
l'humanité, connaissant les points forts et les faiblesses d'une âme, peuvent la
conseiller et l'aider afin que le gommage des « lettres écarlates sur le parchemin
de la machine de Vérité » puisse être le moins écrasant possible. Que l'âme
demande cette aide ou recherche cet avis ne dépend que de l'âme elle-même ; mais
on a beau éviter très longtemps la Vérité, on doit finalement toujours l'affronter,
d'une façon difficile ou facile, cela n'a pas d'importance pour les Forces de
l'Equilibre Cosmique.
11. Dans son aspect correctif le plus positif, Géburah montre peut-être plus
clairement que toute autre Séphire l'action conjointe en son sein des Piliers Actif
et Passif. Certaines âmes peuvent affronter une mort terrible pour une raison
religieuse, politique ou autre, une mort qui, étant donnée la morphologie du corps,
ne peut pas provoquer d'agonie très prolongée. Il s'agit ici de l'action aiguë de
Géburah symbolisée par la lance et l'épée. L'aspect passif de Géburah peut être
très lent et sa lenteur est certainement l'une de ses méthodes les plus puissantes car
elle implique une vigilance constante et un contrôle sans faille de son
fonctionnement continu pendant une très longue période. On peut le remarquer
dans les forces évolutionnaires graduelles du Karma, le développement graduel
sous le coup des épreuves et des tribulations de l'être humain, le développement
graduel et la dissolution des groupes raciaux. Les symboles appropriés sont ici le
Fouet qui cingle par une action continuelle, et la Chaîne qui retient captif pendant
très longtemps et empêche toute évasion. « Les Moulins de Dieu moulent
lentement, mais ils broyent cependant extrêmement fin ; « Bien qu'avec patience
Il attende, avec exactitude Il moud toute chose ».
12. Le caractère inévitable de ce processus de Géburah est montré par le titre
qui lui est affecte par le Texte Yetziratique, Intelligence Radicale. Ceci implique
que les œuvres de Géburah ont à traiter des sources et origines premières faisant
partie de la nature essentielle des choses ; mais cela implique également quelles
examinent soigneusement et impitoyablement afin que toute chose en désaccord
avec le modèle de base soit détectée et complètement extirpée.
13. Cependant un des titres de Géburah peut être très trompeur : Pachad, la
Crainte. S'il existe une chose qui ne fait absolument pas partie du Plan Divin de
l'évolution et qui est en elle-même franchement mauvaise, en origine et en
manifestation, cette chose est la Crainte. On pourrait presque dire que de la
Crainte découlèrent le mal, toutes les autres déviations et qu'elle fournit la
fondation aux Pouvoirs du Malin.
14. Là où se trouve la Foi, ou Connaissance de Dieu, il n'y a pas de Crainte. On
se souviendra que les Vertus et les Vices de Daath, la Séphire de la Connaissance,
se préoccupent beaucoup de l'absence ou de la présence de Crainte. Comme il a
été dit justement : « La Vérité vous rendra libre », comme semble-t-il l'étaient les
premiers martyrs chrétiens qui allaient vers leur mort en chantant, alors que
beaucoup craignaient évidemment la Vérité et en avaient tellement peur qu'ils ne
pouvaient admettre l'existence de leur propre peur. La peur est à l'évidence
profondément ancrée et est commune aux animaux et à l'homme ; ce n'est donc
pas essentiellement une conséquence de la Chute de l'homme. On a dit que c'était
la cause principale de la légendaire Guerre Céleste dans laquelle certains êtres
importants, Angéliques ou autres se révoltèrent contre la Volonté de Dieu car ils
craignaient leur extinction ou leur modification importante. Cet événement,
primordial pour l'humanité, a été transmis par la légende populaire sous
l'appellation de révolte de Lucifer - bien que Lucifer ait été beaucoup calomnié
par cette attribution car il est en fait un aspect des forces de Prométhée, son nom
signifiant « La Lumière » ; mais on dit qu'il chuta par Orgueil. L'Orgueil,
cependant, est une face d'une pièce dont l'autre face est la Crainte ; et la Crainte
est le résultat d'une absence de Foi, une trahison de l'Amour de Dieu.
15. Géburah est l'une des Saintes Séphiroth et la Crainte n'y a donc aucune part
tout comme la Furie ou la Colère, car toutes ces choses sont des aberrations qui
n'ont rien à faire avec le Plan Divin. Ce sont des symptômes et des produits
d'évasion du Plan. L'évaluation et l'action corrective font partie du Plan mais elles
ne se traduisent pas par de la critique destructrice, de la furie, de la colère pour
provoquer la crainte, car ce sont des déformations typiquement humaines.
16. Il est intéressant de considérer l'Echelle des Tons de la capacité humaine
découverte par Hubbard et utilisée comme base pour la Scientologie et la
dianétique. Ici, le fonctionnement de l'être humain au faîte de ses pouvoirs est
considéré comme un état d'ardeur et de joie de vivre et il est évident que l'œuvre
analytique et correctrice de Géburah peut être la mieux réussie par un être humain
fonctionnant à ce niveau. Au fur et à mesure de l'augmentation de l'aberration
l'être humain devient moins efficace et au lieu de l'ardente joie de vivre on ressent
des chûtes de capacité s'étendant du grand intérêt, de l'intérêt mitigé, de
l'indifférence, de l'ennui, du ressentiment et ainsi de suite en passant par la colère
et la crainte jusqu'au chagrin et à l'apathie, laquelle, dans sa forme la plus
prononcée est la mort : l'indifférence complète à la survie. Il est maintenant
évident que l'une des Dix Saintes Séphiroth, les Emanations de Dieu Imminent n'a
que peu de relation avec un état de lourde occlusion psychologique humaine tel
que la colère ou la peur.
17. Les idées de colère et de crainte associées à Géburah viennent
probablement de l'association typiquement humaine dérivée d'une étude
superficielle de son symbolisme. Le titre, Pachad, Crainte se rapporte plus au
respect mêlé de crainte enveloppant celui qui, dans la nature, contemple une vaste
manifestation de la puissance de Dieu ; cet état peut également être appelé Crainte
de Dieu, ce qui n'est pas du tout équivalent à la peur ordinaire.
18. La colère et la crainte peuvent également être des réactions humaines
envers les forces de Géburah en action : colère devant la réalité révélée et peur des
conséquences nécessaires pour mettre cette réalité en accord avec la Vérité
Spirituelle ou la Réalité Spirituelle.
19. Bien que l'énergie et le Courage soient de bonnes Vertus pour cette Séphire,
car elles représentent les forces de l'être humain fonctionnel totalement normal en
action comme le souligne L. Ron Hubbard, la Colère et la Crainte pourraient bien
faire partie de ses Vices. La Cruauté est à l'évidence un vice de Géburah car, outre
les formes brutales de la cruauté physique c'est, aux niveaux plus subtiles, une
distorsion des pouvoirs d'évaluation et de correction en critique pointilleuse et en
brimades mentales et émotionnelles.
20. L'attribution de la Destruction comme Vice peut cependant mener à
l'incompréhension et il serait mieux de considérer le Vice comme une Destruction
Gratuite, une destruction faite pour le plaisir de détruire. La Destruction,
lorsqu'elle est nécessaire, est une chose sacrée et est bien sûr placée sous la
présidence du Quatrième Aspect de la Divinité.
21. Beaucoup considèrent qu'une chose destructrice est mauvaise, mais c'est
simplement parce qu'ils jugent les choses de près plutôt que de loin et qu'ils
envisagent tout changement comme une menace pour leur sécurité. Voici donc le
vieil épouvantail, la Crainte, qui resurgit.
22. Mais un instant de réflexion montrera que cette peur de la Destruction est
déraisonnable. Si on a un cancer, le caractère désirable de la destruction de cette
croissance sera évident à chacun. A des niveaux plus subtils, les forces du
changement sont toujours autour de nous, nous activant à travers les siècles, et on
doit trouver de nouvelles formes pour donner une expression à ces nouvelles
forces. Comme le remarquait Notre Seigneur, on va au devant des ennuis
lorsqu'on verse du vin nouveau dans de vieilles bouteilles. Cependant, malgré cela
il semble que l'humanité ait besoin de guerres et de désastres pour avoir
l'impulsion de détruire l'ancien et de bâtir le nouveau. Il a fallu la dévastation de
deux guerres pour que soient détruits de nombreux taudis européens. Il a fallu la
révolution au moins une fois dans l'histoire d'à peu près toutes les nations
occidentales pour briser les anciennes formes de pensée et pour préparer la voie à
la démocratie sous une forme ou une autre. Et cependant le principe est tellement
simple : on ne peut pas faire d'omelette sans casser des œufs.
23. La même résistance au changement se produit lors de la formation de l'être
humain au cours de sa quête d'illumination spirituelle. La barrière la plus
importante pour chaque étudiant est peut-être le refus de se débarrasser de ses
anciennes normes émotionnelles et mentales. Dans l'Apocalypse de Saint Jean,
Celui qui était assis sur le trône disait : « Voyez, je rends toutes les choses
nouvelles » ; mais on ne peut renouveler toutes les choses en soi sans changer les
anciennes ».
24. C'est lorsqu'un étudiant en ésotérisme invoque les forces qui renouvellent et
essaye ensuite de s'opposer aux changements qui en résultent qu'il s'attire
lui-même des ennuis. La force spirituelle vient en forant comme une mèche à
travers le bois, et si elle rencontre quelque obstacle, la chaleur et la friction
commencent alors ; et cela peut ne pas être seulement désagréable à l'âme, mais
elle peut en être blessée.
25. Lorsqu'il s'agit de duplicité consciente, la catharsis qui en résulte est encore
plus importante, et l'histoire biblique de Ananias et Sapphira en donne un
exemple. Dans les premiers temps de la Chrétienté, alors que les membres de
l'Eglise apportaient toutes leurs richesses et leurs biens à la communauté, Ananias
et sa femme vendirent une parcelle de terrain mais retinrent une partie du prix de
vente pour leurs besoins. Lorsqu'ils furent confrontés à Saint Pierre qui les
accusait d'hypocrisie, ils continuèrent de nier, et tombèrent tous deux foudroyés.
C'est un exemple de l'action Géburique du Saint Esprit et on doit se souvenir que
ce n'est pas cette action qui prit l'initiative de les atteindre. Ananias et Sapphira
provoquèrent ce contact en cherchant la connaissance supérieure et en refusant
ensuite de payer le prix pour y accéder. Ils essayèrent de conserver leur sécurité
antérieure alors qu'ils cherchaient à en obtenir une nouvelle.
26. On trouve ici une grande leçon pour celui qui cherche à invoquer les
pouvoirs de l'Esprit. Des modifications à l'orientation de l'âme sont nécessaires, et
si on repousse ou si l'on résiste à une telle réorientation, le produit du conflit qui
en résulte peut être déplaisant à l'extrême, provoquant des cas graves de
dépression physique ou nerveuse, la folie ou même la mort. Et alors que les
mauvaises intentions moissonnent leur propre mauvaise récompense, lorsqu'il
s'agit des forces supérieures même les bonnes intentions ne sont pas une garantie
de sécurité. C'est pourquoi la supervision et un long entraînement sont nécessaires
à celui qui recherche les domaines supérieurs de l'occultisme pratique.
27. On doit garder à l'esprit que les ajustements karmiques mineurs sont
souvent aussi douloureux qu'un rééquilibrage général. Pour chaque ajustement, il
est nécessaire d'attirer et de séparer tes aspects concernés et de les replacer ensuite
en ordre correct. La Force de Géburah est celle qui, certainement plus que tout
autre, demande le calme et le détachement dans son application. On la confond
trop avec la violence brutale mais elle représente en réalité la Majesté de la Loi sur
les plans intérieurs.
28. Le symbole de la grande Balance que tient le personnage de la Justice peut
être expliqué à la lumière d'une autre image. Cette image est un navire en détresse
sur lequel le marin doit s'adapter aux pires circonstances, faisant tout ce qu'il peut
pour se maintenir à flot et finalement, lorsqu'il a fait tout ce qui était en son
pouvoir pour se sauver lui-même, il met sa confiance en Dieu seul.
29. Les résultats du travail sur la Séphire Géburah varieront selon le
tempérament de celui qui s'efforce de contacter ses forces. Pour certains, ce travail
désorganisera les conditions du plan physique, y apportant d'autres états
émotionnels, ce qui ne pourra pas manquer de provoquer un conflit au niveau
mental. Mais c'est en fait très bon car cela démontre que les forces sont en action
et que les rééquilibrages se font. Il est évident que, finalement, chacun devra
affronter ces réajustements, que l'on souhaite ou non les contacts de Géburah.
30. Un guerrier barbu est une des Images Magiques de Géburah, et il est bon de
la relier à quelque personnage idéal tel que Saint Georges, Ares, Mars, ou l'un des
héros chevaleresques du cycle Arthurien ou d'autres. Galaad, le chevalier parfait
de la Table Ronde et du Saint Graal, revêtu d'une armure de fer et se tenant sur une
étoile vermeille est une très bonne forme à utiliser.
31. Le grade ésotérique atteint en Géburah est celui de Adeptus Major, celui qui
maîtrise la magie opérationnelle. Il diffère du grade supérieur de Chésed en ce que
dans cette dernière Séphire l'adepte est magie. Par magie nous entendons la
construction des formes appropriées pour la venue des forces spirituelles.
32. Le Nom Divin de la Séphire est Elohirri Gébor dont la meilleure traduction
est peut-être Dieu Tout Puissant, ce qui implique la Puissance de la Loi Cosmique
à laquelle on ne peut se soustraire. Le très haut personnage écarlate de l'Archange
Knamael et les Serpents de Feu ou Séràphim sont peut-être les voies les plus sûres
pour contacter cette force réajustante et équilibrante omnipotente et omnisciente.
Khamael est le protecteur du faible et de l'opprimé, et aussi l'Ange Vengeur qui
poursuit ceux qui transgressent la loi humaine ou la loi cosmique. Ceci ne veut pas
dire qu'il soit employé de police, mais qu'il travaille sur la conscience des
malfaisants. Peu de violateurs de loi reposent tranquillement dans leur lit, et
« Crime et Châtiment » de Dostoïevski décrit comment le fonctionnement du
propre esprit du criminel peut le mener au châtiment.
33. Nous avons déjà considéré les Anges Lumineux, et Sombre de l'âme de
l'homme et nous avons attribué leur sphère d'action à Chésed et à Géburah. La
meilleure forme sous laquelle on pourrait visualiser ces deux entités affectées à
chaque être humain serait peut-être comme membre des Ordres des Anges de
Chésed et de Géburah. L'Ange Lumineux serait une figure ovoïde semblable à
l'orbe, d'un pourpre brillamment lumineux, et l'Ange Sombre serait un brillant
serpent de feu écarlate. Ces formes sont de plus d'utilité que les représentations
anthropomorphes dont la tradition populaire s'est servi pour les dénaturer avec les
épithètes « Bon » et « Mal ».
34. Le Chakra Mondial de Géburah est Mars, la planète rouge, l'une de celles
que l'astrologie populaire classe comme « maléfique ». Dans « Esoteric
Astrology » de Mrs Bailey les Tibétains décrivent cette planète comme une
productrice de grandes luttes qui mènent cependant à une grande révélation.
L'évolution martienne est fondée sur les niveaux passionnels et instinctuels - tout
comme la Terre est basée sur le niveau physique - et ses effets sur cette planète se
produisent donc souvent à un niveau passionnels et, par là, au niveau du groupe.
L'affirmation qu'une évolution planétaire est fondée sur un certain plan peut
sembler étrange mais elle est basée sur les enseignements traitant des Etres
Planétaires dans « La Doctrine Cosmique » que nous avons déjà mentionnée. Le
sujet est très vaste et nous ne pouvons donc que l'effleurer dans le présent
contexte.
35. Le nombre cinq a une part importante dans le symbolisme géométrique de
Géburah, et l'utilisation du Pentagramme comme signe pour délimiter un cercle et
chasser les forces non désirées est clairement en accord avec les principes de la
Séphire. Une autre façon de voir la. Séphire sous l'aspect géométrique est de
concevoir la figure solide de Chésed en mouvement dynamique.
36. Dans les panthéons païens, les Dieux de la Guerre, Ares, Mars, Thor, etc,
sont habituellement appliqués à Géburah en raison du caractère martial de son
symbolisme général, mais ceci ne doit pas mener à une simplification trop
poussée de l'idée de la Séphire. Ares n'était pas bien vu des grecs en raison de sa
brutalité et de sa violence aveugle, et Thor était aussi le simple guerrier brutal. Le
romain Mars donne peut-être une représentation plus complète en ce qu'il était
d'abord un dieu de Printemps, lequel est le nouveau mouvement et la vitalité
nouvelle de Géburah, puis le père de Romulus et Rémus, les fondateurs du grand
empire qui apporta la loi et l'ordre dans la majeure partie de l'Europe après qu'elle
eut été conquise sous l'égide de Mars en tant que Dieu de la Guerre.
37. C'est une erreur de penser à Géburah entièrement en terme de symbolisme
guerrier car il comporte également des aspects de justice, d'évaluation, d'analyse,
d'endurance, etc... On pourrait ainsi attribuer également à la Séphire de
nombreuses divinités ou des héros, depuis les Furies Vengeresses des grecs, en
passant par les quarante Dieux Evaluateurs du Livre des Morts égyptien jusqu'au
chevalier bouffon Dinadan du cycle Arthurien, car le rire vient aussi sous la
présidence de Géburah. L'humour est le destructeur de l'émotion douloureuse, son
autre face, comme l'impliquent les masques grecs comiques et tragiques à la fois,
et, si l'on excepte son aspect satirique tranchant, c'est même l'une des meilleures
armes contre la tyrannie. La plume est plus puissante que l'épée, et le type de
gloriole qui s'investit lui-même de pouvoirs peut survivre aux avanies, à
l'anathème ou même à la persécution directe mais jamais au rire ni au ridicule. On
a également découvert que les personnes possédant un sens développé du ridicule
ne se laissent pas facilement influencer par un « lavage de cerveau » ; d'où le fait
que le rire doive peut-être être considéré comme une force principale de Géburah,
car il améliore et tranche plus que le burin de fer ou que les armes martiales du
symbolisme Géburique traditionnel. Il est peut-être très rentable de méditer sur le
« Rire de Dieu ».
CHAPITRE XII
TIPHERETH - BEAUTE
« Le Sixième Sentier est appelé Intelligence Médiatrice car en lui sont
multipliés les influx des Emanations ; car il fait s'écouler ces influences dans tous
les réservoirs des bénédictions auxquelles elles sont elles-mêmes unies ».
IMAGE MAGIQUE : Un roi. Un enfant. Un dieu sacrifié.
NOM DIVIN : Jéhovah Aloah va Daath.
ARCHANGE : Raphaël
ORDRE DES ANGES : Malachim. Rois
CHAKRA MONDIAL : Le Soleil
VERTU : Assiduité au Grand Œuvre
TITRES : Zoar Anpin, la Moindre Expression.
Melekh, le Roi.
EXPERIENCE SPIRITUELLE : Vision de l'Harmonie des Choses.
Mystères de la Crucifixion
COULEUR EN AZILUTH : Rosé clair.
COULEUR EN BRIAH : Jaune
COULEUR EN YETZIRAH : Chaud rosé-saumon
COULEUR EN ASIAH : Ambre doré
VICE : Orgueil
SYMBOLES : Lamen. Rose-Croix. Croix du Calvaire.
Pyramide tronquée. Cube.
1. Tiphéreth est la Séphire centrale de l'Arbre de Vie, la clé de voûte de toute la
création, maintenant l'équilibre entre toutes les autres Séphiroth qu'elle relie :
Dieu au Plus Haut en Kéther et l'Univers physique en Malkuth ; les pôles
supérieur et inférieur de la psyché en Daath et Yesod ; les pôles contraires de
Chokmah et Binah, Chésed et Géburah, Netzach et Hod ; c'est en vérité
l'Intelligence Médiatrice comme le nomme le Texte Yetziratique. Il y a un
fructueux champ de méditation dans tous les triangles formés par les Sentiers
menant de Tiphéreth aux autres Séphiroth, et sans la connaissance de ce que
représentent ces Sentiers et de leurs relations mutuelles, il ne peut y avoir de
compréhension complète de Tiphéreth. Evidemment, ceci s'applique également
aux autres Séphiroth, mais les relations mutuelles de Tiphéreth sont tellement
fondamentales et diverses que la compréhension de Tiphéreth est presque
synonyme de compréhension de l'Arbre de Vie dans son ensemble. C'est la
Séphire de Beauté, c'est-à-dire le Plan Divin apporté dans la manifestation tel qu'il
doit l'être.
2. Le Texte Yetziratique dit que toutes les influences des autres Emanations, ou
Séphiroth, s'écoulent en Tiphéreth où elles sont bénies par une empreinte de
l'unité dans son ensemble. Cette Séphire est donc l'aspect intégrateur de l'Arbre
entier, menant vers la synthèse et l'unité, un état pour lequel l'humanité s'est battue
pendant des milliers d'années et dont l'absence est la cause principale de la
douleur et de la souffrance. C'est parce que Tiphéreth représente le but que tous
doivent atteindre que sa Vertu est celle de l'Assiduité au Grand Œuvre. Et comme,
pour l'âme de l'homme, le Grand Œuvre est régénération ou renaissance, le
symbolisme de la Séphire est très axé sur la mort et la résurrection. C'est la
Séphire de tous les Dieux Rédempteurs, y compris bien sûr l'exemple Suprême de
la Rédemption humaine, Notre Seigneur Jésus Christ.
3. Les Expériences Spirituelles de la Séphire sont au nombre de deux au lieu de
l'unique expérience habituelle. Cela signifie que Tiphéreth possède deux faces et,
bien sûr, qu'il s'agit « par excellence » d'une Séphire d'union qui rapproche la
partie supérieure de l'Arbre de la partie inférieure. Il existe dans la conscience
humaine « normale » une séparation provoquée par la Chute Originelle et qui est
symbolisée par le Gouffre, placé juste au dessous de Tiphéreth. L'homme moyen a
peu de conception de la vaste sphère de sa conscience divine au dessus des
niveaux de l'esprit de tous les jours, et ne sera informé de la conscience de
Tiphéreth que s'il possède une conviction religieuse. Même dans ce cas il peut ne
pas avoir de grande perception fonctionnelle des réalisations de cette grande
sphère qui confère une Vision de l'Harmonie des Choses et une compréhension
des Mystères de la Crucifixion. Et seule la réalisation est importante, et non pas
une simple conception intellectuelle théorique.
4. Les couleurs de la Séphire sont les rosés, jaunes et ambres que l'on peut
apercevoir dans les suprêmes beautés de l'horizon au coucher du soleil et à l'aube.
Le Nom Divin de cette Séphire est Jéhovah Aloah va Daath, ce qui veut dire Dieu
Manifesté dans la Sphère de l'Esprit, mais malheureusement à l'époque actuelle
Dieu n'est que peu manifesté à l'esprit de l'homme.
5. L'Harmonie, ou la Beauté, implique la santé et la guérison et Raphaël,
l'Archange « qui se tient dans le Soleil » est donc évidemment une partie
intégrante de Tiphéreth. Dans le rituel, c'est aussi l'Archange qui garde le quart
Oriental, lequel est le quart de l'Elément de l'Air. L'Est a toujours été considéré
comme la source de sainteté ; c'est le point où la lumière du soleil apparaît d'abord
après les longues heures de la nuit, tout comme la Lumière Spirituelle point dans
les ténèbres de la conscience obscure. L'Elément de l'Air est aussi un symbole de
l'Esprit, libre d'action et non confiné, pénétrant partout.
6. On peut visualiser Raphaël, comme alternative aux couleurs Séphirotiques,
dans les teintes de l'or et du bleu du disque brillant du soleil dans un ciel clair,
dardant les pouvoirs guérissants et fortifiants de la lumière du soleil qui englobent
les forces de la chaleur rayonnante, l'infrarouge et l’ultraviolet en plus de
l'illumination spirituelle et de l'accélération de vie du Soleil derrière le Soleil. On
peut le représenter avec des ailes qui brassent l'air, provoquant un courant de feu
et d'air qui revitalise les forces de toute aura qu'il contacte : il s'agit d'un grand
contact de guérison tant spirituelle et psychologique que physique.
7. L'Ordre des Anges est celui des Mâlachim, Rois, et ils peuvent être
considérés comme des agents guérisseurs et pourvoyeurs de vie sous la
présidence de Raphaël. Il existe un grand pouvoir de guérison dans la nature. La
Sphère des Eléments, et les Quatre Rois des Eléments, les Souverains des peuples
de chaque Elément, peuvent être attribués à Tiphéreth, bien que la Sphère des
Eléments appartienne en fait à Malkuth.
8. La tradition bien connue est que les Elémentaires, étant des particules de vie
créées par les premiers Pouvoirs Bâtisseurs de l'Univers et n'émanant pas des
royaumes de la Réalité Spirituelle, n'ont qu'une existence phénoménale et non
nouménale. Ainsi lorsque le Jour de la Manifestation prendra fin ils disparaîtront,
à moins qu'entretemps ils aient pu parvenir à atteindre la vibration d'être spirituel.
Ils peuvent obtenir cette occasion d'immortalité de toute évolution habitant la
planète dont ils gardent la coquille physique en vie ; sur Terre ils se basent donc
sur les contacts avec l'humanité. Il suffit de jeter un regard sur l'humanité pour être
saisi d'un doute grave quant à leur chance d'y parvenir. Une grande partie de
l'humanité est ignorante de sa propre spiritualité sans parler de la conscience du
besoin de médiation de cette qualité. Et même lorsque l'homme est parvenu à une
haute conscience spirituelle cela est trop souvent accompagné d'un mépris et
d'une horreur de l'être physique. La théologie médiévale stigmatisait tous les Etres
Elémentaires du nom de démons, et dans les temps modernes, c'est leur existence
même que l'on nie. L'adepte a donc ainsi toujours été considéré comme l'initiateur
des Règnes Elémentaires car il est le seul qualifié en raison de sa stature spirituelle
et de sa réalisation. L'étrange vieil ouvrage « Comte de Gabalis » de l'Abbé N. de
Montfaucon de Villars contient de très grandes vérités sur ce sujet sous
l'apparence de la dérision, ce qui est souvent le seul moyen de faire passer les
vérités sur ces sujets au travers de la dure enveloppe de l'esprit de clocher
cosmique de l'homme.
9. Lorsqu'un Elémentaire est parvenu à la conscience spirituelle, on peut dire
qu'il a la conscience de Tiphéreth et les Rois des Eléments, les Elémentaires,
ayant atteint cet état leur sont aussi des Guides. Les Rois des Eléments sont
appelés Paralda pour l'Air, Niksa pour l'Eau, Ghob pour la Terre et Djin pour le
Feu ; mais l'étude complète de l'évolution Elémentaire dépend réellement de
Malkuth.
10. Le Chakra Mondial de Tiphéreth est le Soleil qui est la source de lumière et
de vie pour son Univers et donc une manifestation physique des pouvoirs de Dieu
Lui-même et des mondes spirituels. Celui qui conditionne et soutient notre
Système Solaire est le Logos Solaire - que l'on appelle communément Dieu - et
bien qu'il soit le Dieu Unique pour l'humanité et le reste de notre Système Solaire,
Il n'est Dieu que pour ce Système, et on peut considérer que le Soleil soit Son
corps physique, bien que tout le reste de l'existence physique du Système Solaire
soit sous Sa présidence.
11. La théologie ésotérique diffère de la théologie exotérique en ce que cette
dernière considère que Dieu est inchangeable et règne sur toute existence. D'autre
part, la théologie ésotérique considère que Dieu, aussi grand qu'il soit, est en
évolution. Elle considère aussi que chaque étoile est un Dieu qui préside sur sa
propre création et qu'au dessus du Dieu de notre Système Solaire existent d'autres
Dieux qui croissent en grandeur vers le Dieu présidant le Système Galactique
dans son ensemble, lequel est, comme les Systèmes Solaires, une roue
gigantesque en rotation ; et il existe probablement un Dieu qui préside sur tous les
Systèmes Galactiques à travers l'espace interstellaire et intergalactique.
12. Il ne s'agit pas d'un refus du monothéisme car le Dieu ou Logos Solaire de
notre Système est omnipotent, omniscient et omniprésent dans ce Système, et il
est donc le Dieu Unique pour tout ce qui se trouve sous Sa présidence. Toutes les
influences extra-Logoïdales, qu'elles proviennent de Sirius, de la Grande Ourse,
des Pléiades, d'Andromède ou dès constellations du Zodiaque, n'affectent le
Système Solaire que par la médiation du Logos Solaire, et jamais directement.
13. Tous ces sujets que nous venons d'aborder et qui traitent de Tiphéreth, Dieu
Manifesté dans la Sphère de l'Esprit, les grands pouvoirs guérisseurs
harmonisants de Raphaël, la conscience divine des Rois des Eléments, la lumière
vivifiante et la chaleur du Soleil, se rapportent à la Vision de l'Harmonie des
Choses. Il reste cependant l'autre Expérience Spirituelle : les Mystères de la
Crucifixion.
14. C'est en Tiphéreth que l'Esprit établi le contact avec l'esprit de l'homme, et
ce contact sera d'abord faible. Le symbole suprême de la naissance de la
conscience spirituelle est donnée par l'histoire de Noël : le Christ enfant né dans
une crèche et veillé par les bêtes des champs. L'homme est un être à mi-chemin du
dieu et de la bête, et la conscience spirituelle est d'abord faible, tel le petit enfant
dans le monde animal de la psyché, cette petite voix tranquille que l'on peut si
facilement ignorer.
15 Mais l'enfant, si on le protège, grandit et apprend petit à petit les faits de sa
nouvelle existence physique, jusqu'à ce qu'il devienne finalement un homme et,
avec l'Esprit, non seulement un homme mais un roi parmi les hommes. Selon le
symbolisme chrétien, lequel représente la Voie, la Vérité et la Vie exemplaires, on
se souviendra que le Christ fut appelé Roi des Juifs bien que, disait-Il, son
Royaume n'était pas de ce monde. Dans ses supputations intellectuelles sur ce
qu'est la Vérité, Pilate a peut-être pu réaliser le nombre de fois ou un mot exact est
dit - ou dans son cas écrit - par dérision.
16. Suivant le principe de la Royauté, c'est-à-dire de la Souveraineté de l'Esprit
sur le reste de la psyché, l'âme chemine sur la Voie de l'Amour, laquelle
représente le sacrifice du soi au bénéfice des autres, ce qui mena Notre Seigneur à
la Crucifixion. Il faut noter que celle-ci n'est pas la fin mais le moyen par lequel se
produisent par la suite la Résurrection, l'Ascension et l'instauration du Royaume
Divin.
17. C'est la suite d'idées cachées par les Images Magiques de cette Séphire,
l'Enfant, le Roi et le Dieu sacrifié, et c'est une voie que chaque âme doit parcourir
pas seulement une fois mais souvent. Tout le modèle est montré par la voie de
Notre Seigneur. Dans la progression de l'âme la Crucifixion n'est qu'un symbole
pour un mode d'action, bien qu'elle n'en soit pas moins réelle. Il est étrange que de
nombreuses âmes semblent fixées de façon permanente sur la Crucifixion ; des
âmes qui font de leur vie entière un pénible canevas de sacrifice de soi et de
souffrance auto-infligée, complètement sourdes aux cris des « esprits en prison »
de l'aspect animal de leur propre personnalité, et qui refusent d'accomplir la
Descente aux Enfers afin de donner à ces aspects d'eux-mêmes la réalisation des
principes spirituels nécessaires pour parvenir à la libération et a l'illumination de
la Résurrection et de l'Ascension. C'est une sorte de masochisme spirituel de
caractère pathologique confirmé et qui provient probablement du refus d'affronter
certaines parties de l'âme qui furent responsables, ou qui sont le résultat, de la
déviation originelle du Plan Divin.
18. Chacun a sa propre Crucifixion, ou sa «Croix à porter» comme l'énonce le
dicton, selon sa force, et c'est habituellement uniquement au cours d'une ou de
plusieurs des dernières incarnations terrestres que la vie elle-même est sacrifiée
par dévotion à un principe pour le bien-être des autres. La mort du corps physique
est l'une des formes suprêmes du principe de la Crucifixion. Une des formes
identiques est la « mort de l'initiation ». Il s'agit de l'initiation comparativement
élevée dans laquelle la vie entière est vouée au service de l'Esprit, c'est-à-dire au
service de tous les autres ; et l'initié, au lieu de mourir pour un principe, conduit sa
vie en accord avec un principe, ce qui est peut-être une chose encore plus difficile
à accomplir. Il devient un « mort vivant », c'est-à-dire qu'il a une vie totalement
normale dans le monde, mais après sa consécration totale il vit sur du temps
emprunté. Le Grand Œuvre vient d'abord, quel qu'en soit le coût, et la Vertu de
Tiphéreth est donc Assiduité au Grand Œuvre. Et l'Assiduité ne signifie pas
l'intérêt intellectuel, le travail à temps partiel, ou de vagues bonnes intentions. Ces
dernières « qualités » 'sont assez bonnes pour le profane ou pour l'aspirant de
moindre envergure, mais elles sont désespérément insuffisantes pour l'initié
supérieur qui a fait sa consécration, suivi son temps de probation et qui a
finalement été accepté par la Hiérarchie du Plan Intérieur pour une formation et
un travail individuel.
19. D'un autre côté, bien que l'on demande une consécration sans réserve, cela
ne signifie pas que les fraternités ésotériques doivent être des coteries de
fanatiques. Le fanatisme est une aberration. Comme nous l'avons déjà dit, le
fanatisme est une forme d'Orgueil, lequel est le Vice attribué à Tiphéreth, et celui
qu'il est très probable de rencontrer chez l'initié nouvellement pris en stage
individuel par un Maître. Le Grand Œuvre a besoin d'êtres humains, et lorsqu'on
consacre sa vie à un principe, il existe une bonne et une mauvaise façon de s'y
prendre.
20. La mauvaise façon consiste à s'identifier totalement à la fonction du
principe, ce qui fait que l'on devient plus un objet en fonction qu'un être humain.
La forme la plus commune en est la pauvre institutrice de village qui n'est pas
autorisée à être autre chose qu'une institutrice, que ce soit pendant ou en dehors de
son temps de travail. Les autres membres de la communauté ne la laisseront pas
être autre chose. A chaque fois qu'ils lui parlent, ils s'adressent toujours à
« l'institutrice » et non à un être humain fait de chair et de sang.
21. La forme la plus correcte de consécration est de maintenir toutes les
caractéristiques humaines et cependant de mener une vie totalement dirigée par
un principe. Cela peut ne pas nécessiter de grands actes apparents de vertu
héroïque ou de prétentieux sacrifice de soi ; on s'attend cependant à ce que les
vertus de l'initié soient élevées au niveau héroïque. Non seulement cela demande
des actions totalement éthiques sur le plan physique dans les plus petits détails - et
la vertu persistante dans les sujets soi-disant minimes est aussi importante, et
même plus difficile qu'un bref éclat de vertu sur un point important - mais cela
nécessite également le contrôle des pensées et des émotions. Comme Notre
Seigneur disait : « Vous avez entendu qu'il a été dit : « Tu ne commettras pas
l'adultère ». Et moi, je vous le dis : quiconque regarde une femme avec convoitise
a déjà commis l'adultère avec elle en son cœur». Pour l'occultiste chaque plan
d'existence est d'égale importance, et une vie apparemment vertueuse sur le plan
physique n'est d'aucune valeur s'il n'y a de vertu égale sur les plans intérieurs. Un
tel état serait d'une grande hypocrisie et serait presque de la pathologie spirituelle
car il impliquerait un conformisme à la loi extérieure avec une scission de l'être
séparant le conformisme extérieur de l'état réellement chaotique et anarchique de
l'âme.
22. La fonction réelle du magicien est de bâtir les formes correctes à partir de
son être propre pour que sa force spirituelle personnelle y habite. Les différentes
phases de la magie cérémonielle ne sont qu'une technique spéciale destinée à
porter une puissance particulière de vie au Nème degré afin de lui donner une
orientation correcte. Le véritable rituel est un processus s'étendant vingt quatre
heures sur vingt quatre et qui consiste à mener sa vie selon des principes spirituels
afin que, par cette action de même effet que les talismans, les modèles de vie
droite se forment dans l'esprit inconscient de la race, et que cette façon correcte de
vie devienne plus facile pour ceux qui viendront ensuite.
23. On peut penser que le peu d'initiés vivant selon ces principes ne pourraient
avoir que peu d'effets sur la grande masse des gens qui mènent leur vie à travers
différents degrés de chaos, ne recherchant que le plaisir et le profit plutôt que les
principes. Le fait est, cependant, qu'une vie menée avec une intention
talismanique a nettement plus de force que celle qui ne serait basée non sur la
réalité spirituelle mais sur les convenances physiques journalières. L'initié
possède également un esprit entraîné, des formes-pensées clairement définies, et
les vibrations de son aura ont un effet profond sur l'environnement. Les
formes-pensées de l'homme commun sont généralement trop faibles et vacillantes
pour avoir beaucoup d'effet durable, si ce n'est par le poids du nombre. Aussi toute
la force de la Grande Loge Blanche, qui sert de médiatrice à la Volonté de Dieu,
travaille derrière, à côté et au travers des initiés dans le monde.
24. On se souviendra qu'après la mort de Notre Seigneur, la façon de vivre qui
forma par la suite toute la Chrétienté fut lancée par onze hommes d'un obscur pays
occupé du Moyen Orient. On peut également considérer les idéaux de la Table
Ronde que l'on retrouve tellement de nos jours dans les principes de la
démocratie, bien qu'avec beaucoup d'imperfections. On peut imaginer le peu
d'idéaux que le roi Arthur originel aurait pu constamment accomplir
physiquement, bien que l'idéal ait survécu à l'apogée et au déclin du féodalisme, à
l'ascension et à la chute des guildes de marchands, à l'essor et au crépuscule de la
bourgeoisie propriétaire des usines du dix-neuvième siècle, jusqu'à notre époque
plus ou moins démocratique des « conférences autour d'une table, ronde » et de
l'égalité pour tous, en théorie si ce n'est déjà en pratique. Bien sûr, l'humanité étant
ce qu'elle est, ces choses se produisent sous des applications diversement
déformées. Ainsi, au lieu d'être un cercle où tous contribuent à une solution
générale, une conférence autour d'une table ronde est formée habituellement d'un
groupe de personnes dont chaque membre tire la couverture de son propre côté et
garde jalousement ses propres intérêts mineurs ; tout ce qui reste est un amas de
discordes, de récriminations amères et au mieux un compromis douteusement
exploitable mais universellement haï. Aussi, la tendance générale des combattants
pour l'égalité de l'homme a-t-elle été d'attirer le supérieur au niveau de la populace
au lieu d'élever celle-ci à la qualité d'aristocrate en cœur, esprit et acte. Mais il
reste beaucoup de temps évolutionnaire à courir, même si l'humanité se donne
elle-même un retour en arrière de plusieurs centaines ou milliers d'années en
résolvant temporairement ses difficultés au moyen de la bombe à hydrogène.
25. La seule solution finale aux problèmes de l'humanité réside dans la
réalisation universelle de la Vision de l'Harmonie des Choses en Tiphéreth, ce qui
implique l'éthique suprême de Service, et ceci est symbolisé par le Chemin de la
Croix. Ainsi l'un des symboles les plus importants de Tiphéreth est la Croix, que
ce soit sous la forme de la Croix du Calvaire noire avec trois marches noires qui y
mènent, ou la Croix dorée aux Bras Egaux portant une rosé rouge épanouie en son
centre.
26. La Croix du Calvaire représente la voie du sacrifice de soi au profit des
autres, et c'est la seule façon par laquelle l'homme peut retourner à sa maison
spirituelle. Comme l'a dit Notre Seigneur : « Personne ne va au Père si ce n'est par
Moi ». C'est seulement après que le Chemin de la Croix a été accepté et
expérimenté que peut venir la connaissance de la Rose-Croix, lorsque la Rose de
l'Esprit fleurit sur la Croix Universelle de la manifestation dans la matière dense.
Dans ce dernier symbolisme, la Vision de l'Harmonie des Choses et les Mystères
de la Crucifixion ne font qu'un. Sur la Croix du Calvaire se tient l'homme sacrifié
en tant qu'être séparé ; sur la Rose-Croix il y a l'Esprit de l'homme en harmonie
avec l'Univers entier, y compris la manifestation la plus dense.
27. Le principe exposé par la Croix du Calvaire est celui du Guide qui descendit
sur Terre dans la corruption de l'existence humaine et montra la formule de la
Rédemption. Le principe caché par la Rose-Croix est celui du Guide qui se tint
hors de la manifestation, tenant le parfait modèle de ce que l'homme devrait être,
exempt de toute corruption. S'il n'y avait pas eu de Chute de l'homme, la Croix du
Calvaire n'aurait pas été nécessaire ; il n'y aurait pas eu chez l'homme d'illusion de
séparation et de manque de fraternité ou de service mutuel. L'Esprit aurait
bourgeonné puis éclaté en une fleur semblable à une rosé odorante sur la croix
dorée d'une existence physique harmonieuse. Là où nous sommes maintenant, la
Rose-Croix est hors de portée si l'on n'accepte pas d'abord la Croix du Calvaire.
28. Le Titre Cabalistique de Tiphéreth est Zoar Anpin, la Moindre Expression,
par opposition au Titie Arik Anpin, la Vaste Expression de Kéther. Tiphéreth est
donc conçu dans ce symbolisme comme Kéther sur un arc inférieur, la source de
l'esprit. pas à l'origine de la création, mais en son milieu.
29. On peut également mettre les titres de Vaste Expression et de Moindre
Expression sous leur forme grecque de Macroposope et de Microposope ; et
Malkuth, le monde physique est alors connu comme la Fiancée du Microposope.
Ou, lorsque Tiphéreth est appelé Roi, Malkuth est la Reine. Ceci démontre
clairement que le monde physique a une place importante dans le Plan de Dieu car
c'est le monde physique, Malkuth, qui sera uni par le « mariage » et la
« souveraineté » au Dieu-manifesté-au-milieu-de-la-création.
30. C'est ce que suggère le passage de l'Apocalypse de Saint Jean le Divin : « Et
moi Jean vis la cité sainte, nouvelle Jérusalem, descendre de Dieu à travers le
Ciel, prête comme une fiancée toute parée pour son époux », et encore « Alors
l'un des sept anges s'approcha de moi et me parla, disant : Viens, je vais te montrer
la fiancée, l'épouse de l'Agneau. Et il m'emmena en esprit sur une grande et haute
montagne et il me montra cette grande ville, la sainte Jérusalem, qui descendait du
ciel d'auprès de Dieu ». La Nouvelle Jérusalem est le Jardin d'Eden sur un arc
supérieur et le but de Dieu et de l'homme est de civiliser spirituellement la forme
simple originelle de création représentée par le Jardin d'Eden ainsi que
l'expression des réalités spirituelles aux niveaux les plus denses de la
manifestation telles qu'elles sont représentées par l'édification de la Nouvelle
Jérusalem sur Terre.
31. La même idée inspire la majeure partie du poème de William Blake :
« Les champs de Islington à Marybone, Vers Primrose Hill et Saint John's
Wood Furent édifiés avec des piliers d'or ; Et les piliers de Jérusalem se tenaient
là. « Ses Petits couraient dans les champs ; Parmi eux on y voyait l'Agneau de
Dieu Et la blonde Jérusalem, Sa Fiancée, Dans les petits pâturages verts ;
« Paneras et Kentish Town reposent Parmi ses hauts piliers dorés Parmi ses arches
dorées qui Brillent dans le ciel étoile ».
32. Tous ceux qui connaissent certains de ces quartiers de Londres auront une
bonne conception de la distance séparant la vision et la réalité.
33. Il ne serait pas nécessaire de dire que, bien sûr, le but final de l'adepte initié
n'est pas l'utilisation de l'or comme matériau de construction, ni la reconstruction
du monde dans une sorte de mic-mac pré-Raphaelique. Cependant il est peut-être
bon de souligner le fait - car il est encore plus idiot que l'idée - que même si elles
utilisent souvent le symbolisme judaïque et qu'elles imposent des serments de
secret, les Ecoles Esotériques Occidentales ne sont pas des agents secrets du
Sionisme International ; cette accusation les frappaient il y a quelques années
lorsque l'antisémitisme était plus à la mode.
34. Parmi les autres symboles attribués communément à Tiphéreth, le cube
peut correspondre à Tiphéreth en raison de ses six faces, bien qu'à première vue
on puisse le considérer comme un symbolisme de Chésed. La pyramide tronquée,
une figure composée également de six faces contient implicitement dans sa forme
la suggestion de l'apex, lequel serait Kéther, bien que les niveaux supérieurs ne
soient pas réellement de la forme de la figure solide qui, elle, représente la forme
sous Tiphéreth, à la base large et diverse au niveau inférieur et montant vers
l'Unité du point culminant : la Divinité. Le Lamen est le symbole que l'on trouve
sur la poitrine du magicien et sur lequel est inscrit la nature exacte de la force avec
laquelle il œuvre ; il correspond donc à Tiphéreth qui est la Vision de l'Harmonie
de toutes les forces de la nature, en particulier s'il est porté sur la poitrine, centre
de Tiphéreth lorsqu'on applique l'Arbre de Vie au corps humain.
35. Dans les panthéons païens tous les dieux solaires, les dieux guérisseurs et
les dieux rédempteurs sacrifiés peuvent être appliqués à Tiphéreth et dans leur
diversité ils peuvent donner d'utiles indications sur les nombreux aspects de cette
Séphire dont les ramifications sont immenses. Une des attributions qui n'est pas
immédiatement évidente est Perceval, un des Chevaliers Arthuriens de la Table
Ronde. Dans sa jeunesse il fut gardé à l'écart de la chevalerie par sa mère qui avait
perdu tous les autres hommes de la famille dans des batailles ; mais Perceval
rencontra finalement quelques chevaliers et, enflammé par leur exemple, vint
comme un jeune paysan grossier à la Cour d'Arthur. Bien que ne portant pas
d'armure il y tua un chevalier ; et il était tellement ignorant des choses de la
chevalerie qu'étant incapable de dépouiller sa victime de son armure, il monta un
feu et essaya de le griller pour l'en faire sortir. Il fut finalement pris en charge et
entraîné par un vavasseur bienveillant et devint par la suite l'un des plus grands
chevaliers et un vainqueur du Graal. C'est une autre indication des premiers essais
que fit l'Esprit pour se manifester dans les mondes inférieurs, comme le
symbolisme l'Enfant de Tiphéreth, et pour acquérir par la suite le contrôle et
accomplir les œuvres de son Père du Ciel.
CHAPITRE XIII
NETZACH - VICTOIRE
« Le Septième Sentier est appelé Intelligence Occulte car c'est la splendeur
éclatante des vertus intellectuelles perçues par les yeux de l'intellect et par les
contemplations de la Foi ».
IMAGE MAGIQUE : Une belle femme nue
NOM DIVIN : Jéhovah Tzabaoth
ARCHANGE : Haniel
ORDRE DES ANGES : Elohim, Dieux
CHAKRA MONDIAL : Vénus
VERTU : Désintéressement
TITRES : Fermeté, Vaillance
EXPERIENCE SPIRITUELLE : Vision de Beauté Triomphante
COULEUR EN AZILUTH : Ambre
COULEUR EN BRIAH : Emeraude
COULEUR EN YETZIRAH : Vert jaune brillant
COULEUR EN ASIAH : Olive tacheté d'or
VICE : Impudeur, Luxure
SYMBOLES : La lampe et la ceinture. La Rose
1. Le Septième Sentier, étant l'Intelligence Occulte, et «occulte» signifiant
caché, secret ou rempli de mystères, la Séphire Netzach, comme l'occultisme, est
pleine de fascination et d'incompréhension. A chaque fois que l'esprit humain se
heurte à des choses mystérieuses, il projette toute sorte de malentendus et de
supertitions dans ce vide.
2. Le mot « intellectuel » du Texte Yetziratique ne signifie pas tant le processus
logique de l'esprit concret que l'esprit humain dans son ensemble, la psyché au
dessous de Tiphéreth. La Triade Séphirothique de Kéther, Chokmah et Binah fut
traduite par Mathers de la même façon que la Triade Intellectuelle, ce qui fait
courir un grand risque de quiproquo car ces trois Séphiroth Supérieures sont bien
au-dessus de l'esprit intellectuel, dont la véritable sphère est Hod. Il en est de
même pour la version que Wescott fit du Texte Yetziratique, et il serait moins
trompeur de traduire ainsi la dernière partie : « car c'est la splendeur éclatante de
la psyché, dont l'éclat psychique est perçu par l'esprit inférieur à la fois par
discernement mental et par conscience religieuse ».
3. Cette splendeur éclatante de la psyché est en fait la force de l'imagination
créatrice, et Netzach est donc la sphère d'où émane l'inspiration non seulement de
l'artiste mais de tous ceux qui œuvrent de façon créatrice. C'est une sphère de
parfait équilibre entre la force et la forme, bien qu'elle se situe avant la concrétion
des formes mentales en Hod ; et la conscience du parfait équilibre produit l'extase,
la joie, la délectation et l'accomplissement ou, en d'autres termes, l'Expérience
Spirituelle de la Vision de Beauté Triomphante. Le résultat des approches vers
cette perfection d'équilibre se manifeste en fin de compte non seulement par des
grandes œuvres d'art mais aussi par la beauté des outils, des machines, des
instruments scientifiques bien conçus, car la perfection de la précision dans
l'utilisation donne la beauté à la forme. Il suffit de comparer les belles lignes et
l'efficacité des vaisseaux aériens supersoniques de notre, époque à la gaucherie et
l'inefficacité des premières machines «plus lourdes que l'air» pour voir ce principe
en action. Il existe une alliance entre l'art et l'invention scientifique, comme le
démontra le génie de Léonard de Vinci, et elle provient du fait que chacun émane
de « l'éclat psychique » de Netzach, l'imagination créatrice.
4. La Victoire du Titre de Netzach est la victoire de l'accomplissement et il
existe un lien entre Netzach, la Septième Séphire, et le Septième Jour de la
Création de la Genèse : « Ainsi furent achevés les cieux et la terre avec toute leur
armée. Et Dieu finit au septième jour l'ouvrage qu'il avait fait, et le septième jour
Il se reposa de tout l'ouvrage qu'il avait fait. Et Dieu bénit le septième jour et le
sanctifia : car Il avait alors chômé après tout Son travail de création ».
5. L'accomplissement de la perfection dans la forme et la force demande à la
fois de la Fermeté et de la Vaillance, deux autres titres de Netzach que l'on peut
représenter comme les deux côtés du symbole de la Balance, Géburah sur un arc
inférieur. On pourrait appeler Fermeté et Vaillance les deux Piliers latéraux se
manifestant en Netzach. Les couleurs en Atziluth et en Briah sont l'ambre et
l'émeraude, et les deux Piliers du Temple de Tyr étaient de couleur or et vert. Il
existe ainsi un lien avec les Mystères Hiberniens, où les Piliers des Temples
représentaient la Science et l'Art.
6. La Rose - un symbole de Netzach - est par elle-même un système complet de
symboles et on la considère habituellement comme la fleur parfaite qui allie à la
perfection le parfum, la couleur et la forme ; c'est également une sphère contenant
en elle des semi-sphères et c'est en vérité un Modèle Cosmique centré autour du
cœur doré de son système ; d'où la Rose Mystique.
7. Celui qui s'est déjà essayé au travail créateur connaîtra le sentiment de
grande inertie que l'on doit surmonter. Non seulement existe-t-il l'inertie que l'on
doit surmonter. Non seulement existe-t-il l'inertie du matériau dans lequel on
recherche l'expression mais il y a aussi l'inertie dans les modes d'expression, la
nature inférieure qui, étant plus animale que divine, n'est pas fondamentalement
concernée par les formes supérieures de la création. Cependant cette inertie est
surmontée, et le moyen d'y parvenir est l'énergie créatrice flamboyante de
Netzach, car Netzach est une Séphire active attribuée à l'Elément de Feu comme
l'est son opposé diagonalement supérieur, Géburah, et l'opposé diagonalement
supérieur de Géburah, Chokmah.
8. Lorsque le besoin de création surmonte avec succès l'inertie des niveaux les
plus denses, la joie de la création se produit, une satisfaction délicieuse due à la
conscience de la force de vie, qu'elle soit utilisée en sexualité, art, magie
opératoire ou dans tout autre domaine. Netzach est très lié à la magie. Tant que
l'énergie de Netzach n'est pas opérationnelle, les images de Hod ne sont pas
animées et tout rituel n'est que gestes et mots vides, et tout art est sans vie.
9. Les armes magiques attribuées à- Netzach sont donc la Lampe et la Ceinture.
La Ceinture est celle qui entoure les reins pendant l'action, et la Lampe est la
Lampe Eternelle des Mystères qui apporte l'Illumination. Les opérations de magie
cérémonielle sont des œuvres créatrices au meilleur sens.
10. Jéhovah Tzabaoth, le Seigneur des Armées, est le Nom de Dieu dans la
Séphire Netzach, et il indique l'aspect diversifiant de la Séphire qui, telle un
prisme, fractionne la lumière Solaire de Tiphéreth, la Force Unique de la Lumière
Spirituelle en les divers beaux aspects des mondes inférieurs. On peut parvenir à
un bon symbole pour la Séphire en contemplant un ciel matinal où la lumière du
soleil levant sur les nuages évoque l'image d'une armée glorieuse avec ses
oriflammes ; ceci est particulièrement vrai si l'Etoile du Matin, la planète Vénus,
le Chakra Mondial de Netzach, est également dans le ciel.
11. Comme les autres Archanges des Séphiroth inférieures l'Archange Haniel
n'est pas aussi largement connu que Michel, Gabriel et Raphaël, le protecteur,
rapporteur de visions et le pourvoyeur de guérison. C'est très dommage car de lui
peuvent être obtenus tous les contacts de Netzach, non seulement la conscience de
l'harmonie et de la Beauté dans les mondes intérieurs mais également une grande
sagesse de l'interconnexion de toutes choses qu'il s'agisse de planètes, de plantes,
de sphères ou d'hommes. On peut le représenter en brillance, une flamme vert et
or terminée par une lumière de couleur rosé en son sommet, ou au dessus de la tête
si l'on utilise la forme anthropomorphe ; de lui émane généralement une
compatissante aura de vibration archétype.
12. L'Ordre des Anges est celui des Elohim ou Dieux. Netzach, étant la sphère
où l'Unité apparaît dans la diversité, est la Séphire de formation de toutes les
forces divines mythologiques de n'importe quel panthéon. Lorsque la
clairvoyance astrale, ou « scrying » de l'imagination picturale, est utilisée, les
formes divines sont de grande importance et peuvent prendre une vie personnelle.
Un tel fait n'est pas une manifestation directe de Dieu Immanent. La Vision de
Dieu face à face est une expérience de Chokmah et elle ne s'obtient pas par une
forme dense de travail telle que l'imagination picturale. Cependant quelque chose
motive les formes et les forces des dieux, lesquels sont des aspects du Dieu
Unique, et l'on peut donc concevoir que l'agent en soit l'Ordre des Anges de
Netzach,- la sphère de l'imagination créatrice, les Dieux. On peut donc représenter
ses anges sous les traits de véritables divinités païennes.
13. Le Chakra Mondial de Netzach est la planète Vénus. Cette planète,
considérée ésotériquement, a de vastes implications dans ses relations avec la
Terre ; ceci provient principalement du fait que le Régisseur Planétaire de la
Terre, connu en orient sous le nom de Sanat Kumara, vint de Vénus sur Terre.
C'est une planète qui affectera profondément ce que l'on appelle l'Ange Aquarien
car elle est liée à la fusion et à l'interconnexion sympathique de toute existence.
On peut voir que la tendance générale des affaires humaines va vers une
unification des races existant actuellement sur Terre. Les anciennes conceptions
tribales et féodales des rapports dans lesquelles le système familial s'est
développé est bien en train de disparaître. Même les barrières raciales du sang
sont de plus en plus effacées par la facilité croissante des intercommunications et
des voyages ainsi que par la fréquence grandissante des mariages entre personnes
de races différentes.
14. Ce dernier facteur donne encore lieu à de nombreux sujets de discorde car le
fait de garder pur le sang d'une race est un très ancien instinct provenant des temps
reculés où l'autorité de certaines tribus, familles et races se formait, et dont le but
était alors de progresser en évolution. Du point de vue ésotérique la pureté du sang
était préservée pour augmenter la force de son contact avec l'Ame de la race. De
ce concept provinrent les conventions de consécration entre « l'Entité du Sang » et
ses gardiens des plans intérieurs comme, par exemple, les juifs, les mayas et les
chinois le firent pour leurs esprits tutélaires. Cette consécration touchait
particulièrement la Famille Royale d'une race, et cette coutume se manifeste de
nos jours par les sentiments que provoque le Sang Royal.
15. Dans les premiers temps, le don de clairvoyance éthérique, qui à notre
époque est devenu dans la plupart des cas un atavisme, quoiqu'il redeviendra plus
naturellement un développement dans un futur rapproché, était maintenu par
hérédité dans la lignée des Prêtres-Rois. La pureté du sang était alors réellement le
moyen de pouvoir communiquer à volonté avec les plans intérieurs. De plus,
comme le sang contient la force de vie, il est relié à l'Esprit. Mais comme, en
raison du développement évolutionnaire de l'homme, l'Esprit devient plus
aisément lié consciemment à la matière, le besoin des actions de l'Entité du Sang
diminue. Comme les orientaux l'ont compris depuis longtemps, les relations des
différentes personnalités des incarnations à venir sont plus importantes que les
liens héréditaires.
16. L’acteur général de Netzach est la polarité, et par polarité on entend la
relation dans n'importe quelle de ses nombreuses formes variées. Il pourrait être
bon de dresser la liste de certaines des formes les plus communes pour montrer
combien elles peuvent être différentes :
i) Polarité à des niveaux spirituels ou mentaux entre deux personnes de même
sexe, c'est-à-dire entre deux aspects de même force. La « formule » en est
« l'amitié » qui fut jadis un aspect de la chevalerie aussi important que les
relations du chevalier avec les dames. Il y a aussi, bien sûr, les liens entre David et
Jonathan. C'est une forme de relation qui apporte de très grands bienfaits aux
personnes en cause. De nombreux hommes ayant servi dans les forces armées
témoigneront que l'une des choses les plus importantes dont ils manquent dans la
vie civile est la camaraderie dans l'adversité de la conscription. A ses niveaux les
plus intenses elle peut être dangereuse chez les peuples non consacrés car, par une
confusion des plans, une stimulation mutuelle à haute puissance des niveaux
supérieurs émotionnel et mental peut dégénérer en homosexualité. En dépit du
courant moderne de l'apologétique pour cette forme de relation émotionnelle et
physique inférieure, c'est une perversion et un mal. Il est peut-être aussi bon de le
dire de façon catégorique car cette forme de vice prendra vraisemblablement de
l'essor en raison des moins grandes différences de caractéristiques sexuelles
physiques de l'être humain de type Aquarien qui arrive actuellement dans le
monde. Ce manque croissant de différences devient relativement normal : il existe
de moins en moins d'hommes qui, de nos jours, sont aptes à faire croître une barbe
réellement patriarcale ; et les femmes passent des formes rondes et grassouillettes
de la peinture classique au caractère enfantin et angulaire ; et nous ne parlerons
pas des cas relativement rares mais très publiés de modification réelle de sexe.
L'homosexualité, comme l'utilisation des drogues est une technique de magie
noire. Dans l'acte homosexuel deux courants de force sont excités par tout le
pouvoir des instincts et comme ces deux courants sont de même type il n'y a pas
de circuit de force possible et les forces combinées sont donc disponibles pour un
emploi magique. C'est une façon de travailler beaucoup plus puissante que
l'utilisation de l'incube et du succube, des élémentaux inférieurs de la sensualité
formés par la technique solitaire des fantaisies de la masturbation.
ii) Polarité entre deux personnes de sexe différent. Là encore l'occultisme se
place une fois de plus du côté de la moralité « surannée ». Alors qu'il n'y a pas de
raison de maintenir un mauvais mariage par crainte du qu'en dira-t-on, à moins
qu'il n'y ait des enfants, (et leur droit à un foyer est souverain, dépassant toute
considération de commodité pour le père ou la mère), et alors que les relations
sexuelles semi-permanentes peuvent être très profitables pour les personnes en
cause, la promiscuité, elle, n'est que de peu de valeur. Une union temporaire
n'atteint généralement pas plus que les sens et les émotions. L'union de tendres
affections, de sympathies intellectuelles et d'idéaux spirituels est uniquement le
fruit de relations durables. On pourrait dire qu'il s'agit d'un conseil de perfections ;
et rares et heureux sont ceux qui peuvent le mener à bien. Il ne peut résulter que du
bien si l'on brise une relation qui est devenue indifférente à force d'habitude et qui
a dégénéré en une simple tolérance mutuelle.
iii) Polarité entre une « force » et une « forme » procédant de la même source ;
par exemple la relation entre un frère et une sœur, et par relation, nous entendons
le rapport psychologique réel et pas simplement une simple classification
biologique. Ainsi la fraternité entre les membres d'un groupe ésotérique peut être
aussi réelle dans chacun de ses aspects que celle unissant deux rejetons de mêmes
parents physiques. Comme nous l'avons déjà dit dans ce chapitre, il existe un lien
«d'esprit » comme on trouve le lien du « sang ».
iv) Polarité entre les aspects « supérieur » et « inférieur » de la même force ;
par exemple, les relations entre le père et le fils ou la mère et la fille. Ici encore le
même principe s'applique à l'esprit et au sang. Il y a le lien de tous les hommes et
de toutes les femmes avec Dieu le Père et Dieu la Mère. Il se produit donc souvent
qu'un enfant qui s'entend très mal avec son père soit sur un cycle de Karma ayant
trait au rejet originel de Dieu lors des jours spirituels primordiaux.
v) Polarité entre les aspects « supérieur » et « inférieur » de la « force » et de la
« forme » tirés d'une même source ; par exemple les liens entre la mère et le fils ou
le père et la fille. Ici encore les principes décrits ci-dessus s'appliquent
pareillement.
vi) Polarité entre des aspects de « force » et de « forme » tirés d'un autre niveau
que de la source ; par exemple les liens d'une tante et d'un neveu ou d'un oncle et
d'une nièce. A des niveaux ésotériques élevés les liens entre l'humanité et les
évolutions antérieures peuvent être catalogués dans cette rubrique ; éclipse d'un
grand initié par un Seigneur de l'Esprit, par exemple éclipse du Seigneur Jésus par
la Force Christique.
vii) Polarité entre les sources d'un pouvoir et l'un de ses niveaux, par le biais
d'un intermédiaire ; par exemple la relation d'un dieu-parent et d'un dieu-enfant.
Cette relation contient également l'intégralité de la fonction de la prêtrise.
viii) Polarité entre le maître et l'élève à différents niveaux dans le sens
ésotérique, ou même dans le sens exotérique.
ix) Polarité entre un groupe et un individu, comme la relation du chef et des
autres membres. On peut l'appliquer ésotériquement à la conception des Manus
des races anciennes.
17. Il existe de nombreux enseignements traitant de la polarité dans les histoires
mythologiques et également dans la grande littérature. Lancelot et Guenièvre,
Tristan et Iseult, Paolo et Francesca, Roméo et Juliette sont tous de type
initiatoire. L'un des abus humains des principes de polarité de Netzach est
l'exagération d'un aspect particulier aux dépens d'autres aspects, et ceci peut
provoquer de grandes tragédies comme celles que dépeignent les grands romans.
Très souvent les ennuis peuvent provenir de magie sexuelle dans les temps
anciens. La courtisane occupe de nos jours une position très avilie et c'est à juste
titre car ses motifs sont entièrement commerciaux ; mais jadis la courtisane du
Temple était une prêtresse dont le travail était indéniablement religieux. L'argent
et les cadeaux ne lui étaient pas donnés personnellement mais en remerciement
pour la Divinité au nom de laquelle elle agissait. La fonction accomplie en
association à un rituel devient un sacrement : manger le pain et boire le vin
pendant un rituel sont de nos jours des actes sacramentels de la Chrétienté ; et de
la même façon, la fonction sexuelle était utilisée dans les anciens temps pour
porter le pouvoir divin à un degré élevé. Si donc une telle chose était faite de nos
jours, peut-être inconsciemment en raison de vagues souvenirs et des incitations
d'une incarnation passée, la puissance ainsi attirée pourrait bien être trop forte
pour être contrôlée et le partenaire serait donc adoré comme divinité. On
s'attendra à ce qu'il se conduise comme tel et il en résultera une situation générale.
comportant tous les éléments d'une grande tragédie.
18. L'image contra-sexuelle de la psychologie de Jung peut bien sûr être
attribuée à la Séphire Netzach bien que, à proprement parler, tout le pouvoir
magique des archétypes en fasse partie. Cependant l'anima est particulièrement en
cause car Netzach est la sphère de Vénus-Aphrodite. L'action de cet archétype est
assez communément connue : c'est la projection des idées que l'homme a de la
Femme Idéale sur n'importe quelle femme qui se trouve là par hasard et qui
possède une ressemblance suffisante avec le personnage archétype pour qu'elle
puisse servir de crochet pour suspendre cet archétype. Ainsi cette femme, qui peut
être un personnage bien falot, est investie par les yeux aveuglés d'amour du
soupirant de tous les attributs qui lui semblent représenter l'essence idéale de la
féminité. Si la projection est mutuelle, un mariage précipité et peu judicieux en est
souvent le résultat, un mariage qui aura extrêmement peu de chances de durer, car
le mariage représente une façon d'affronter réellement la réalité et, dans ce cas,
aucun des partenaires ne peut faire honneur à la haute conception dans laquelle la
psyché de l'autre le tient.
19. On ne réalise généralement pas que l'image contra-sexuelle est souvent
l'image des aspects supérieurs de l'âme elle-même cherchant leur union avec le soi
inférieur. La meilleure façon de vaincre la domination d'une puissante image
contra-sexuelle est donc la religion. Ainsi la grande vénération de la Vierge Marie
dans le Catholicisme Romain est aussi, outre ses aspects religieux, une thérapie
psychologique. Si les attributs quasi-divins de l'image contra-sexuelle sont
sainement projetés sur un objet religieux - ce qui est en fait la seule véritable voie
de projection - il est peu vraisemblable qu'ils se projettent sur un autre être
humain, avec toute la désillusion et la tragédie que cela peut entraîner par la suite.
Il existe un danger considérable dans l'orientation essentiellement masculine de la
théologie protestante, et c'est sans aucun doute en soi-même un symptôme de
l'héritage puritain anglo-saxon, lequel est à la limite de la pathologie spirituelle.
20. Le sujet de la polarité, sexuelle ou autre, est vaste, et des volumes
pourraient et ont été écrits à ce propos. Toutes ces subtilités sont cependant sous
l'égide de Netzach et, pour cette raison, Netzach est peut-être la Séphire la plus
subtile et la plus compliquée de l'Arbre ; elle offre matière à de nombreuses
recherches à la lumière des nombreux cycles mythologiques qui s'y rapportent.
21. Aphrodite est la divinité principale de la Séphire, et comme tous les dieux et
les déesses elle a un aspect « sombre » et un aspect « lumineux ». Une
classification grossière affecterait « Aphrodite Blanche » à l'Atziluth et au Briah
de Netzach, et « Aphrodite Sombre » au Yetzirah et à l'Assiah. Un glyphe utile
pour la méditation qui en découle est un pilier ou un personnage de Vénus ou
d'Aphrodite dont la moitié supérieure est blanche et dont la moitié inférieure est
noire. Les deux grands symboles d'Aphrodite, la colombe et le léopard, peuvent
également être affectés respectivement aux aspects « supérieur» et «inférieur».
De façon générale, dans les relations sexuelles ils représentent le partenaire
joyeux et fructueux de l'aspect généreux éclatant, dont l'inverse est la femme
légère, et le partenaire dominateur de l'aspect ténébreux dont l'opposé est la
femme licencieuse et calculatrice qui utilise l'aspect destructeur d'Aphrodite à des
fins personnelles. Il n'existe cependant aucune classification rigide et la
combinaison des aspects est infinie dans la vie réelle car la même personne peut se
manifester sous différents aspects à différents moments. Les grands personnages
du mythe, de la légende et de la littérature fournissent des types plus logiques pour
l'étude comme par exemple Guenièvre, Morgan le Fay, Desdémone, Lady
Macbeth, Juliette, Clytemnestre, Electre, etc. Les Reines et les Dames du cycle
Arthurien donnent une image très complète des divers types de femmes ayant des
fonctions de Mère, de Jeune Fille, de Maîtresse, de Tante ou autre, et des postes de
Guide, Gardienne, Sage Femme, Magicienne, Ermite, etc.
22. Il y a aussi les enseignements très subtils et avancés que l'on trouve dans
d'autres mythologies tels que l'accouplement de Isis et Osiris après la mort de ce
dernier pour donner naissance à Horus, lequel pourrait être décrit comme la
« Force Régénérée de l'Accouplement émergeant de la Destruction ». Un
enseignement semblable existe dans les Mystères d'Hécate, qui traitent des forces
libérées lorsque la période reproductrice d'une femme se termine, ce qui souvent,
à cause de mauvais enseignements ou attitudes, résulte en une désorganisation des
conditions physiques et provoque d'une façon ou d'une autre une santé défaillante.
Si la force, libérée de sa fonction de reproduction était guidée pour œuvrer
consciemment et puissamment sur les plans intérieurs, l'individu serait encore
plus sain de corps et d'esprit que précédemment. On oublie si souvent qu'il existe
un aspect « vertical » et un aspect « horizontal » au fonctionnement de toutes les
formes de polarité.
23. Pour cette raison Vénus Aphrodite est parfois appelée « Celle Qui
Eveille ». Ceci se réfère non seulement à l'éveil de la polarité horizontale de la
sexualité, mais aussi à la polarité verticale de la conscience et des contacts des
plans intérieurs. Un autre aspect de cette force « éveillante » est évident en
particulier dans les arts, où l'imagination créatrice apporte toujours des formes et
des conceptions nouvelles ; ceci provoque habituellement une première réaction
d'un fort antagonisme chez ceux qui ne s'éveillent pas facilement à une expérience
nouvelle, d'où la bataille contre l'indifférence et l'hostilité que presque tout grand
artiste créateur doit affronter avant que son œuvre ne soit d'abord acceptée puis
admise dans la masse de l'académisme établi contre lequel de futurs artistes
devront se battre à leur tour. De semblables difficultés se produisent dans d'autres
branches de l'activité créatrice humaine, le pionnier étant toujours accablé, qu'il
s'agisse d'un scientifique, d'un docteur ou d'un occultiste.
24. Ceci peut être symbolisé par Lucifer, le porteur de Lumière, qui est
étroitement associe à Vénus, l'Etoile de la Promesse s'élevant au dessus des ondes
orageuses ; et on ne doit pas s'attendre à ce que la Victoire de Netzach se produise
sans Vaillance, Fermeté et lutte. Il est intéressant de noter que Lucifer a été
facilement associé au Démon.
25. Une autre formule très ésotérique est celle du « Fils de Sa Mère » qui fait
référence à la Déesse donnant naissance à un Fils qui, lorsqu'il est adulte, est
réabsorbé dans ses entrailles à des échelons supérieurs. C'est ce que cache la
formule de Isis, Nephthys et Horus, « Le Taureau engendré par les Deux
Vaches ». On trouve une formule identique dans l'Apocalypse lorsqu'elle cite ce
livre qui, dans la bouche, est doux comme miel lorsqu'on le mange mais dans le
ventre est amer. Ceci fait référence aux relations intérieures entre Netzach et la
« grande Mer aigre » de Binah.
26. Dans la mythologie Assyrienne, Ishtar est une facette de l'aspect de
« force » de la « Déesse Sombre » et pourrait être décrite comme la « Courtisane
Archétype ». Sa mythologie vaut d'être étudiée.
27. Un personnage mythologique très lié aux forces de Netzach est Orphée. Ce
grand être apporta l'harmonie aux Eléments, aux oiseaux, aux bêtes sauvages et
aux arbres, mais il ne l'apporta pas aux hommes, cette dernière œuvre pouvant être
celle de « Orphée Aquarien ». Orphée est le personnage qui préside sur ce que l'on
nomme le Rayon Vert, dont on peut dénombrer trois facettes : honnêtes
proportion ou philosophie ; pouvoir ; harmonie, comprenant la sérénité et la
pondération. Orphée peut donc être considéré comme le Pouvoir Equilibrant sur
les plans inférieurs comme Thoth l'est sur les plans supérieurs. Ces deux grands
êtres sont les Equilibreurs Suprêmes alors que Osiris et le Seigneur Jésus
pourraient être appelés, chacun à leur façon, les Détenteurs de l'Equilibre.
28. De plus, la grande Lyre à Sept Cordes d'Orphée a beaucoup d'importance,
sept étant le nombre de Netzach et également le nombre de plans dans l'Univers et
le Cosmos.
29. Toutes ces suggestions peuvent ne rien susciter lors d'une première lecture,
mais elles ne sont destinées qu'à indiquer des voies fructueuses pour la méditation
et la recherche personnelle.
30. Il nous reste à étudier le Vice et la Vertu de la Séphire. Le Désintéressement
est véritablement la nécessité première pour obtenir le succès lors du travail sur la
polarité et cela deviendra facilement évident, bien que difficile d'application. Les
Vices d'Impudeur et de Luxure ne sont pas faits pour être pris uniquement dans
leur signification sexuelle. L'impudeur est de l'impureté et une absence de
définition précise de l'utilisation de la force, ce qui produit des « contours
incertains » et une confusion générale, l'opposé de la Fermeté de Netzach. La
luxure est une trop grande accentuation et exagération de la force, ce qui
contrevient donc à l'équilibre parfait qui se traduit par la Véritable Beauté
Triomphante de la Séphire.
31. Il est aussi facile d'interpréter Netzach en terme de sexualité que
d'interpréter superficiellement Géburah en termes de guerre. La belle femme nue
de l'Image Magique peut être identifiée à Vénus Aphrodite tant que l'on se
souvient qu'elle tient plus de la déesse que d'un saint patron de spectacle de
cabaret ou de striptease. La Danse des Sept Voiles est habituellement associée par
l'esprit occidental à l'effrayante sensualité orientale ou à des night clubs
équivoques, mais si l'on considère que les sept voiles représentent les Sept Plans
de l'Univers, la Déesse nue révélée est à l'évidence beaucoup plus qu'un objet
érotique, tout comme Eros Cosmique est quelque chose de nettement plus
important qu'un petit chérubin joufflu.
32. La Victoire de Netzach est véritablement la victoire sur toutes les idées
fausses développées depuis la Chute et à cause de celle-ci telles que, par exemple,
les « grandes amours », cette conception voulant qu'un amour immodérément
passionné pour un autre être humain soit une chose purificatrice et ennoblissante.
Héloîse et Abelard, Roméo et Juliette et tous les autres furent simplement
victimes d'un véritable charme. Et il existe de nombreuses autres idées fausses
que l'on habille souvent généreusement d'un épais sirop de ce même charme. Les
fanfares et les oriflammes qui incitent les hommes à s'entretuer en sont des
exemples. La vraie guerre, comme l'amour véritable, ne procède pas du charme.
L'extermination du mal demande plus l'attitude du chirurgien que la pose
populaire du héros patriotique couvert de sang et qui va en chantant vers la
victoire ou vers sa mort. Il existe une grande différence entre le fait d'être
enflammé par le charme d'une bataille lue chez soi dans un journal, et la rencontre
réelle, face à face, d'un ennemi baïonnette au canon dans un champ boueux.
33. La Victoire de Netzach sur toutes ces fausses idées ne peut vraiment
survenir totalement qu'après le Sacrifice de Tiphéreth ; et avant qu'il puisse se
produire, tous les faux idéaux de « Beauté » et de « Paix » devront également être
détruits ; il s'agit de ces perversions de la vérité et de la beauté que l'on peut voir
sous une des formes les plus grossières dans l'art de « salon » du dix-neuvième
siècle ou dans l'espèce de « mysticisme » qui nie la terre et se cramponne encore à
l'occultisme. En d'autres termes, il s'agit d'une religion « tarte à la crème ».
34. Les fausses idées de Beauté ont effectivement empêché la Multitude de
devenir l'Unité, car la Beauté doit être en accord avec la Vérité. L'Expérience
Spirituelle pourrait encore mieux être appelée « La Vision du Triomphe de la
Vérité et de la Loi » car c'est effectivement la Beauté.
CHAPITRE XIV
HOD - GLOIRE
« Le Huitième Sentier est appelé Intelligence Absolue ou Parfaite car c'est le
moyen du Primordial, lequel n'a pas de racines par lesquelles il puisse s'attacher
ou se reposer, sauf dans les lieux cachés de Gédulah, d'où émane sa propre
essence ».
IMAGE MAGIQUE : Un hermaphrodite
NOM DIVIN : Elohim Tzabaoth
ARCHANGE : Michel
ORDRE DES ANGES : Béni Elohim. Fils de Dieu
CHAKRA MONDIAL : Mercure
VERTU : Véracité
TITRES : ---
EXPERIENCE SPIRITUELLE : Vision de Splendeur
COULEUR EN AZILUTH : Pourpre violet
COULEUR EN BRIAH : Orange
COULEUR EN YETZIRAH : Rouge brunâtre
COULEUR EN ASIAH : Noir jaunâtre tacheté de blanc
VICE : Fausseté. Malhonnêteté.
SYMBOLES : Noms et Versets. Tablier.
I. Hod est principalement la Séphire des formes de l'esprit et de l'intellect
concret et, comme la forme a d'abord été élaborée en Chésed ou Gédulah, qui lui
est opposé diagonalement, les liens entre ces Séphiroth sont soulignés par le Texte
Yetzirati-que. On verra que Chésed est aussi opposé diagonalement à Binah où
l'idée de forme est conçue pour la première fois et ces trois Séphiroth sont donc
liées de cette façon et on considère qu'elles se placent sous la présidence de l'Eau
alors que Chokmah, Géburah et Netzach se rapportent au Feu et la ligne des
Séphiroth centrales à l'Air.
2. Comme l'esprit humain fonctionne en termes de forme, il est évident que
Hod est l'Intelligence Parfaite ou Absolue, car lorsque les formes sont vraies, elles
deviennent alors le moyen par lequel l'homme peut en venir aux prises avec les
vérités informes des régions Primordiales et Supérieures de l'être. Cependant la
forme, vue des niveaux Primordial, Suprême ou Spirituel n'a pas de réalité, elle a
une existence phénoménale mais pas nouménale, et le Texte Yetziratique dit donc
que ces formes inférieures, aussi valables qu'elles puissent être, n'ont aucune
réalité fondamentale sauf « dans les lieux cachés de Gédulah », ce qui représente
plus ou moins un état de Daath où les forces spirituelles prennent une forme pour
la première fois.
3. C'est ainsi que l'homme anthropomorphise ses dieux. Les divers aspects de
Dieu ont leur sphère d'action dans les mondes inférieurs de la Séphire Netzach,
mais Netzach est une Séphire de force et non de forme. On représente donc les
forces de la nature et les forces internes de l'homme sous forme d'images peintes,
et ces images sont formées dans la Séphire Hod. Peu importe que la forme soit
grossière ou naïve comme l'image de Dieu le Père sous les traits d'un vieil homme
en robe et à la barbe patriarcale, ou qu'elle soit hautement symbolique et subtile
comme la représentation du même concept sous la forme d'un point dans un cercle
ou du « point lisse » ; une image s'utilise et toutes les images mentales sont
formées sous le principe agglomérateur de Hod. Toutes les formes divines
appartiennent donc à Hod comme toutes les forces divines appartiennent à
Netzach.
4. Le sceptique peut objecter que toutes les formes sont des reflets du monde
physique, et donc, dans l'éventualité fort improbable où un matérialiste sceptique
deviendrait Qabaliste, il insisterait sans aucun doute sur le fait que toutes les
formes dépendent de Malkuth. Etant donné les prémisses du matérialiste, il aurait
raison, mais la Qabal se fonde implicitement sur une philosophie idéaliste et
énonce que les formes sont d'abord conçues sur les plans intérieurs et se
concrétisent ensuite en des formes. Il n'y a pas lieu de se lancer dans l'analyse de
la principale ligne de démarcation de la spéculation philosophique -une
conception matérialiste ou idéaliste de l'Univers - même si une telle analyse devait
avoir une valeur quelconque. La plupart des philosophies sont de saines structures
logiques, et leur diversité provient fondamentalement des prémisses sur lesquelles
elles sont bâties. Et comme la plupart des prémisses, elles sont considérées
comme évidentes par elles-mêmes et donc axiomatiques même lorsqu'elles se
contredisent l'une l'autre, il y a peu à gagner à en disserter logiquement. En
dernière analyse « tu donnes ton argent et tu fais ton choix » ; et le choix du
Qabaliste est le point de vue idéaliste.
5. Toutes les philosophies, en ce qu'elles sont des structures de concepts
formalisés, sont placées sous la présidence de Hod, et leur seule éthique consiste
uniquement en ce qu'elles sont vraies ou fausses, ce qui est l'essence de la Vertu et
du Vice de cette Séphire. La Fausseté peut être appelée erreur et on peut la
concevoir comme une part du plan des choses car c'est un fruit de l'inexpérience,
et le but de l'évolution est d'acquérir l'expérience. La Malhonnêteté cependant, si
elle est consciente, et même quand, dans ce contexte, elle est inconsciente, est une
perversion délibérée, donc Qliphotique et mauvaise, et n'a donc aucune part dans
le plan des choses mais est encore un fruit nauséabond de la déviation originelle
de l'homme.
6. Le Nom Divin de la Séphire Hod est semblable à celui de Netzach ; il s'agit
de Elohim Tzabaoth, Dieu des Armées, qui se compare à Jéhovah Tzabaoth,
Seigneur des Armées. En Netzach les Armées sont les innombrables forces des
mondes inférieurs, alors qu'en Hod ce sont les formes innombrables qui servent à
revêtir ces forces. Il est intéressant de se demander pourquoi le Nom Divin de
Netzach comporte Jéhovah et celui de Hod Elohim. Comme nous en avons déjà
discuté, Jéhovah se rapporte à la manifestation de forces à différents niveaux, et le
Nom s'applique donc à Netzach car il donne des aperçus des rapports de force à
tous les niveaux. Elohim, d'autre part, est un Nom qui porte implicitement en lui la
polarité et la pluralité, la multitude en forme d'unicité, et Hod est une Séphire où
se font les structures logiques, dont le processus consiste à trouver une unité
cohérente dans différents aspects. On notera que l'Image Magique de Hod est
l'Hermaphrodite, une forme qui, comme Elohim, comporte implicitement la
dualité et la polarité dans une forme unique. De plus, les Noms Jéhovah et Elohim
apparaissent pour la première fois respectivement en Chokmah et en Binah dont,
selon le principe de similitude des Séphiroth diagonalement opposées, Netzach et
Hod sont des formes inférieures. Lorsque le glyphe des Piliers est superposé à
l'Arbre de Vie, Chokmah et Netzach sont au sommet et à la base du Pilier Actif de
force, et Binah et Hod sont au sommet et à la base du Pilier Passif de Forme.
7. L'Archange de Hod est Michel, le grand Gardien qui maintient les forces du
Monde Souterrain. Dans le travail magique il est affecté au Sud, le Quart du Feu,
et peut être visualisé comme une grande figure en forme de colonne
resplendissant de tous les rouges du feu. Autrement on peut utiliser la forme
anthropomorphe familière d'un puissant être ailé, l'épée levée, écrasant un dragon
ou un serpent sous son pied. Cet Archange fait partie de ceux que l'on évoque
lorsqu'on est exposé à du danger ou à une force déséquilibrée de toute nature, y
compris la montée en soi des aspects répugnants et démoniaques.
S. L'Elément de Feu est celui qui transmute les formes à un niveau supérieur, et
il est donc associé à Michel car celui-ci travaille également avec des formes et des
forces non régénérées. Le Feu est un Elément purificateur et Michel est
l'Archange purificateur. Comme Hod est une Séphire « d'Eau », il peut sembler
étrange que l'Archange de Feu lui soit attribué, mais les processus intellectuels de
Hod, la logique et la science, la classification de l'inconnu dans des structures
reconnaissables, apportent la lumière dans les lieux sombres, et l'une des plus
grandes peurs de l'humanité est la peur de l'inconnu. C'est cette ancienne passion
de la classification logique qui a mené au sarcasme existentialiste disant que
toutes les philosophies préexistentielles n'ont été que des tentatives d'échapper à
l'affrontement d'un Univers illogique et absurde. Quoi qu'il en soit, et cette
affirmation comprend plus qu'un peu de vérité, même si l'Univers n'est pas une
structure d'absurdité ridicule, il reste le fait que l'ignorance est dispersée par la
lumière de l'esprit en Hod. L'attribution de Michel, le Dislocateur des Forces des
Ténèbres est donc correcte.
9. Il est intéressant de noter que l'Eglise Chrétienne a longtemps utilisé Michel
comme protecteur et gardien en faisant précéder son nom du titre de Saint. Il doit
y avoir des centaines de lieux consacrés à Saint Michel, et ce sont habituellement
des endroits de culte païen, donc des lieux fréquentés, selon la croyance
chrétienne médiévale, par les démons. Ces sites sont généralement sur des lieux
élevés ou sont eux-mêmes des monticules ; les plus fameux sont le St. Michael
Mount près de Penzance en Cornouailles britanniques et le Mont St Michel au
large de la côte bretonne. D'autre part la tour de Glastonbury Tor - qui fait partie
de la « terre la plus sainte d'Angleterre » -était à l'origine dans l'enceinte d'une
église dédiée à St Michel. Le reste de l'église, dit-on, fut démoli par un
tremblement de terre qui ne laissa intacte que la tour ; c'est un symbole païen et
elle indique peut-être que les vieilles forces y ont remporté la victoire. On ne doit
cependant pas prendre cela trop sérieusement car les différences entre les cultes
de Dieu sous les angles païen et chrétien sont en fait assez superficielles. C'est
fondamentalement un seul culte et un seul Dieu.
10. L'Ordre des Anges, les Béni Elohim, Fils de Dieu ou Fils des Dieux,
peuvent être conçus en fonction conjointe avec l'Ordre des Anges de Netzach, les
Elohim ou Dieux. Ces deux Ordres d'Anges pourraient être considérés comme les
aspects de force et de forme de tous les différents dieux et déesses conçus par
l'esprit de l'homme. Le terme « Fils » évoque une relation ésotérique dont on peut
trouver un exemple lorsque le Christ nomme deux de ses disciples Boanerges, Fils
du Tonnerre, et le Christ lui-même est connu sous les noms de Fils de Dieu et de
Fils de l'Homme, ce dernier nom ne provenant pas entièrement de la croyance en
l'Immaculée Conception par le Saint Esprit.
11. Le Chakra Mondial de Hod est la planète Mercure, la planète physique qui
se tient le plus près du Soleil et qui reçoit plus de lumière qu'aucune autre. Elle est
étroitement liée ésotériquement à Vénus et à la Terre et elle est associée au niveau
psychique de l'esprit abstrait. Elle a beaucoup de liens avec les Mystères
d'Hermès.
12. Hermès a donné son nom à une tradition occulte complète - le Rayon
Hermétique - qui est la voie de l'illumination par l'esprit. Hod est donc bien la
sphère de la phisolophie ésotérique et de la magie. Trois Voies principales
d'occultisme occidental peuvent être affectées aux Séphiroth inférieures. Le
Rayon Vert du mysticisme et de l'art naturel se réfère à Netzach, le Rayon Pourpre
du mysticisme dévot à Yésod, et le Rayon Orange de la philosophie occulte et
magique à Hod. Ces trois Sentiers se réunissent cependant au niveau de Tiphéreth.
Les personnages clé sur chaque Sentier sont respectivement Orphée, Notre
Seigneur, et Hermès.
13. Hermès Trismégiste est connu sous un certain nombre de noms différents,
Mercurius Termaximus et Hermès le Trois Fois Grand étant les versions romaine
et française du nom grec qui, lui-même, est probablement dérivé de l'égyptien
Thoth-Tehuti. L'aspect supérieur en était le « Divin Pymandre ». « Pymandre »
signifie « Pasteur des hommes » et évoque l'archétype du guide, de l'enseignant et
de l'illuminateur de l'humanité. C'est cependant un être qui travaille
principalement par l'enseignement de l'esprit plutôt que par les émotions ou la foi
religieuse comme le montre cet extrait des œuvres d'Hermès : « Prends Moi en ton
esprit et tout ce que tu voudras apprendre, je te l'enseignerai ». Et Emerson
écrivait : « Je ne peux réciter, même grossièrement, les Lois de l'Intellect, sans me
souvenir de cette classe élevée et isolée que furent ses prophètes et ses oracles, la
grande prêtrise de la pure Raison, les adeptes de Trismégiste, les interprètes de la
pensée à travers les âges. Quand, longtemps après, nous feuilletons ces pages
abstruses, le calme et la majesté de ces grands seigneurs spirituels (ceux de la
religion ancienne ) qui ont parcouru le monde nous semblent merveilleux. Cette
compagnie de grands personnages, Hermès, Heraclite, Empédocle, Platon, Plotin,
Proclus, Synésius, Olympiodore et les autres ont quelque chose de si grand dans
leur logique, de si primordial dans leur pensée qu'elles semblent précéder toutes
les formes ordinaires de rhétorique et de littérature, et être à la fois de la poésie, de
la musique et de la danse, de l'astronomie et des mathématiques.
14. Le secret de la logique de ces philosophes Hermétiques réside dans le fait
qu'elle se base sur la vérité et s'adresse donc autant à l'intuition qu'à l'esprit
inférieur. Les philosophies non éclairées peuvent être des méli-mélo d'absurdités
même si leurs structures sont totalement logiques, pour la simple raison qu'elles
ne se fondent pas sur la Vérité. On peut bâtir un grand et imposant édifice mais sa
valeur finale dépendra de ses fondations : il peut être construit sur le rocher de la
Vérité ou sur les sables mouvants de l'opinion personnelle. Ceci nous ramène
encore au Vice et à la Vertu de la Séphire Hod, Fausseté et Vérité.
15. Selon Clément d'Alexandrie, l'intégralité de la philosophie religieuse
égyptienne était contenue dans les Livres de Thoth. Thoth, le Seigneur des Livres
et de l'Instruction était considéré comme l'inspirateur de tous los écrits sacrés et le
professeur de toute religion et de toute philosophie. De plus, comme nous le dit
lamblichus, Thoth était le président de toute la discipline des clercs et chaque
prêtre égyptien était tenu d'être un prêtre de Thoth en plus de ses autres fonctions
cléricales car Thoth était le prêtre archétype ou hiérophant - l'Ame de groupe de
tous les prêtres.
16. Comme nous l'avons déjà dit lors de l'étude de Netzach, Thoth peut être
considéré comme le Pouvoir Equilibrant sur les plans supérieurs comme Orphée
l'est au niveaux inférieurs. Ceci n'implique pas que l'une est plus importante que
l'autre car toutes les Séphiroth, et par là tous les plans, sont toutes aussi saintes.
Hod, en tant que reflet inférieur de Chésed, est un lien entre l'humanité et tous les
enseignants des plans supérieurs, que ce soient des Maîtres (c'est-à-dire des
humains très évolués) ou des Seigneurs de l'Esprit. Les Seigneurs de l'Esprit sont
des êtres accomplis provenant d'une évolution précédente, et on a dit que Hermès,
Merlin, Bouddha et l'Esprit individuel de Jésus de Nazareth (c'est-à-dire Jésus
sans la Force Christique) ont fait partie de cette évolution. La technique
d'enseignement des Seigneurs de l'Esprit consiste à toujours relier une partie de la
Raison Divine à l'esprit supérieur de l'homme ; en d'autres termes, ils donnent la
connaissance de Dieu, ce qui se distingue de la conscience de Dieu qui est la
méthode utilisée par les enseignants Vénusiens tels que Orphée. Les prêtrises
intérieures connues sous les noms d'Ordre de Prométhée et d'Ordre de
Melchisédeck proviennent respectivement de Mercure et de Vénus bien que les
forces de certaines constellations agissent derrière ces planètes.
17. Il peut sembler étrange que l'on doive considérer Jésus lorsqu'on traite du
Rayon Hermétique car c'est principalement un enseignant de l'Aspect d'Amour
Divin. Cependant, il faut se souvenir que nul aspect ne peut être considéré sans les
autres car ils sont tous étroitement liés. De nombreuses personnes sont désireuses
de s'élever jusqu'à la Sagesse bien qu'elles manquent totalement de bases pour y
parvenir. Cette base est l'Amour car la compassion, dans son sens véritable,
fertilise la Sagesse pour qu'on puisse l'utiliser correctement. Beaucoup de chefs de
groupes ésotériques qui, en raison de leur aspect de Sagesse sont appelés à
enseigner, ont des personnalités dans lesquelles l'Aspect d'Amour n'est pas
correctement développé. La véritable Sagesse ne peut exister sans les autres
Aspects du Logos, car, comme le Credo d'Athanase dit en parlant du Principe de
Sagesse du Logos : « (Il) n'est ni fait, ni créé, ni né, mais il se perpétue ».
18. Les images de Hod ne sont pas les mêmes que celles de Yésod, le Trésor
aux Images. Ce sont des formes faites et contrôlées par l'esprit et la volonté et
reflétées dans le grand Temple d'Eau de Hod. Ce sont des images de l'éternité
souvent conçues et mises là par des êtres supérieurs afin que l'homme s'en saisisse
et puisse les méditer pour parvenir par la suite à la révélation et à la Vision de
Splendeur qu'est l'Expérience Spirituelle de Hod. L'Eau de Hod n'est pas l'Eau
Elément mais le Puits cristallin de Vérité.
19. Dans cette catégorie des formes symboliques on peut mettre tous les
principaux systèmes illustrés d'enseignement ésotérique tels que les lettres
hébraïques, les signes astrologiques et le Tarot qu'on appelle souvent aussi Livre
de Thoth. L'origine des cartes de Tarot est très obscure ; certaines personnes la
font remonter jusqu'aux Mystères Egyptiens, d'autres jusqu'au seizième siècle
uniquement. Cependant ce type de recherche scolaire n'est d'aucune utilité car
leur véritable origine se situe dans les plans intérieurs et leur force ne provient pas
de la date de leur invention physique mais de leur utilisation effective de nos jours
comme système pratique.
20. Les attributs mythologiques de Thoth l'Egyptien donnent une vue générale
des attributions de la Séphire Hod. Il était représenté avec une tête d'ibis dont le
long bec peut être comparé à l'esprit analytique attrapant de petits morceaux de
Vérité dans les eaux marécageuses de la fausseté. C'était également un dieu
lunaire, portant sur la tête le croissant de lune, ce corps céleste qui reflète la
lumière à la Terre pendant les heures obscures comme les reflets des pouvoirs
supérieurs de Chésed dans des symboles apportent la lumière à l'esprit de
l'homme en Hod. En plus de son état de Démiurge d'Héliopolis, la « Ville du
Huit », il était également un Divin Juge ou Compensateur et son action au tribunal
céleste avant que n'apparaissent ses deux ennemis implacables Horus et Set, lui
valurent le titre de « Celui qui juge les deux compagnons ». Il aida également Isis
à défendre du danger l'enfant Horus et extirpa le poison du corps de l'enfant
lorsque celui-ci fut piqué par un scorpion. Ceci ressemble aux devoirs et aux
pouvoirs de l'Archange Michel. Thoth fut aussi l'inventeur de tous les arts, des
sciences et des hiéroglyphes, et le premier de tous les magiciens ; et ce sont
également des attributs de Hod, lequel est en plus le hérault des dieux, comme
l'étaient Hermès, l'équivalent grec de Thoth, et Mercure le Romain. Et il
deviendra évident, en considérant l'attribution de messager et de magicien à la fois
que les images de Hod sont des symboles de signification divine.
21. Lorsqu'on analyse les attributions d'un dieu de cette façon, on peut en
déduire les relations des aspects divins. Il faut attacher beaucoup d'importance
aux relations de Thoth avec Isis, Horus, Osiris et Set, par exemple, et de Hermès
avec Pallas Athénée, Persée, Apollon et Zeus. Généralement les mythes égyptiens
étaient plus durs car la civilisation égyptienne était très rigide, restant toujours
strictement sous le contrôle du clergé. Il n'en n'était pas de même pour les grecs, et
bien que les divinités grecques puissent être plus humaines et plus évocatrices, on
doit se garder des déformations et de la légèreté populaire grecque. Hermès, par
exemple, était le patron des marchands, des voyageurs, des beaux parleurs et des
voleurs, des attributions qui proviennent en deuxième analyse du fait qu'il était le
Divin Messager. Il n'y avait aucun aspect de ruse ou de tricherie dans le Thoth
égyptien.
22. Les formes divines égyptiennes étaient soigneusement décrites par le
clergé, lequel possédait une grande connaissance des effets psychologiques des
angles et des lignes. Ainsi, il y a beaucoup à gagner de la contemplation de
l'imagerie égyptienne et la simplicité de sa forme permet de s'en souvenir
facilement, de visualiser et de la garder à l'imagination. D'autre part, les dieux
grecs sont beaucoup plus humains, étant en fait des idéalisations de types
humains. Ainsi, parmi les principaux panthéons occidentaux, l'égyptien tend à
donner aux forces divines l'aspect ésotérique intérieur et le grec l'aspect extérieur
plus humain. La mythologie romaine provient en majeure partie de la grecque car
les romains étaient trop pragmatiques pour se préoccuper des forces intérieures
sauf lorsqu'elles étaient le moyen de favoriser leur ambition matérielle. Les dieux
et les déesses assyriennes valent d'être étudiés car l'orient n'a pas la tendance
qu'éprouvé l'occident à réprimer son subconscient, et la mythologie Scandinave
est de grand intérêt car elle peut parler plus à la mentalité nordique et elle affronte
les choses difficiles de la vie face à face car la vie dans le nord était, pour de
simples raisons climatiques, beaucoup plus difficile que la vie autour de la
Méditerranée.
23. A partir d'un examen approfondi de la grande diversité des formes divines,
on peut édifier une réserve considérable de connaissance occulte et de sagesse, et
ceci est essentiellement un processus du domaine de Hod.
24. L'autre façon de travailler en Hod est la magie car celle-ci est
essentiellement un processus de construction de formes pour que les forces
puissent les habiter ; et Hod est la Séphire des formes magiques. Les Noms et
Versets, symboles de Hod, sont les écrits que possède le magicien et qui
symbolisent et décrivent les puissances avec lesquelles il travaille ; ce sont en fait
des formes talismaniques de ces puissances.
25. Le Tablier, qui a des liens avec la Maçonnerie, est le vêtement
caractéristique de l'artisan, le faiseur de formes, ce que le magicien est également.
Que les formes soient mentales ou astrales plutôt que physiques est seulement une
différence de niveau, non de fonction. Le Tablier couvre également le centre
Lunaire, les reins, comme le Lamen couvre le centre Solaire, la poitrine ; et on se
souviendra que Thoth est un dieu de la Lune de qui provient son nom de Téhuti.
26. En dernière analyse, il existe une tradition intéressante qui dit que les Béni
Elohim, les Fils de Dieu, étaient les Fils et les Filles d'autres Sphères, et qui
descendirent sur Terre à une époque très reculée ; ils s'accouplèrent à des
humains, ce qui produisit une race de Sagesse dont l'équivalent n'a jamais été vu
depuis ce temps. Ces personnages et leur descendance, bien qu'étant saints lors de
leur venue, dégénérèrent en êtres maléfiques de grande puissance qui durent
finalement être détruits. On dit que ce fait se retrouve dans de nombreuses
légendes étranges de toutes les races, et le fait que ces êtres étaient androgynes et
pouvaient utiliser indifféremment l'un ou l'autre sexe est sans doute à la base de
légendes telle que celle de Sodome. L'Image Magique de Hod est, bien sûr,
l'Hermaphrodite, et le suivi de telles corrélations, souvent très étranges, de
l'alphabet magique des symboles, est une recherche fascinante et de grand intérêt.
Cependant, comme pour toutes les recherches fascinantes, particulièrement les
recherches ésotériques, il est bon de ne pas se laisser aller à un enthousiasme
débridé car la frontière entre la Vertu et le Vice de Hod - Vérité et Fausseté - est
traîtresse et mouvante.
CHAPITRE XV
YESOD - FONDATION
« Le Neuvième Sentier est appelé Intelligence Pure car il purifie les
Emanations. Il éprouve et corrige le dessin de leurs représentations et ordonne
l'unité selon laquelle elles sont conçues sans diminution ni division ».
IMAGE MAGIQUE : Un bel homme nu, très fort
NOM DIVIN : Shaddai el Chai
ARCHANGE : Gabriel
ORDRE DES ANGES : Chérubins. Les Puissants
CHAKRA MONDIAL : La Lune
VERTU : Indépendance
TITRES : Trésor des Images
EXPERIENCE SPIRITUELLE : Vision des Rouages de l'Univers
COULEUR EN AZILUTH : Indigo
COULEUR EN BRIAH : Violet
COULEUR EN YETZIRAH : Pourpre très sombre
COULEUR EN ASIAH : Jaune citron tacheté d'azur
VICE : Oisiveté
SYMBOLES : Parfums et sandales
1. Yésod est la Séphire du plan éthérique. Elle n'est donc pas seulement la
station génératrice ou la machinerie du monde physique mais elle contient
également l'ossature dans laquelle s'engrènent les particules de matière dense.
2. L'étude de l’éther est un vaste sujet car elle est d'une ampleur égale à celle
des sciences physiques, mais ses effets dans le monde peuvent être considérés
approximativement comme de la Vitalité. C'est une énergie d'intégration qui
coordonne les molécules physiques, et sans elle les corps physiques ne seraient
qu'un amas de cellules indépendantes. Ce n'est pas un produit de la vie physique,
car Yésod est plus proche de la source des choses que Malkuth, mais les créatures
vivantes, les plantes et même les minéraux sont ses produits. Et de même que son
absence dans le système nerveux mènerait à l'épuisement et à la mort, une trop
forte dose provoquerait la maladie, puis la mort.
3. C'est l'agent régulateur des modifications chimico-physio-logiques du
protoplasme et sa présence se fait sentir par la capacité qu'ont les organismes à
répondre aux stimuli et il est donc à la base de ces cellules fibreuses qui
constituent les nerfs et qui donnent la possibilité de ressentir le plaisir et la
douleur. La science ésotérique énonce que c'est le véhicule éthérique et non le
corps physique qui a le pouvoir de ressentir ; c'est le principe régisseur de certains
anesthésiques : ils font sortir le double éthérique du corps humain comme cela se
produit lors du sommeil, de la transe profonde et finalement de la mort. Le corps
physique est le réceptacle uniquement des impressions des sens physiques et n'a
pas de conscience sensorielle aiguë sauf pour les sentiments vagues, lents et diffus
tels que la fatigue générale. La formation d'un système nerveux est provoqué par
l'admixtion de force astrale dans la force éthérique et n'existe donc qu'une
structure nerveuse rudimentaire chez les plantes et aucune chez les minéraux.
Tous, cependant ont leur propre structure qui a été bâtie et tenue par le filet ou
réseau éthérique et c'est donc le fondement de l'existence physique ; et « La
Fondation » est le Titre de Yésod.
4. De cette façon on peut dire que Yésod contient l'image de toutes les choses
existantes dans le monde physique, et c'est donc le Trésor des Images. Et il ne
contient pas seulement que ces images : il a le pouvoir de les modifier et c'est par
cela que les Yogi, par exemple, peuvent produire des modifications dans
l'organisme physique par la méditation et les postures techniques du Hatha Yoga.
Cet aspect particulier est celui que souligne le Texte : « Le Neuvième Sentier est
appelé Intelligence Pure car il purifie les Emanations. Il éprouve (c'est-à-dire
sonde) et corrige le dessin de leurs représentations. . . » ce qui résulte bien sûr en
des formes fonctionnelles dans le monde physique, Malkuth. La fonction
intégrante de la vie cellulaire et moléculaire est couverte par le reste du Texte qui
dit : « (Il) ordonne l'unité selon laquelle elles (les émanations) sont conçues sans
diminution ni division ». Finalement, l'image suprême intégrée de Yésod est celle
de « l'Image Lumineuse du Créateur » qui est montrée et cachée dans le monde
physique. Le Nom Divin de la Séphire Yésod est donc Shaddai el Chai, le Dieu
Vivant Tout Puissant.
5. Naturellement, comme Yésod est une Séphire très liée à l'éthérique, elle
contient les images de la manifestation pré-physique de toutes les émanations
supérieures, et aussi la grande voie d'enseignement développée autour de la Lune,
le grand réflecteur de la lumière du Soleil. L'Archange de la Séphire est
l'Archange de l'Annonciation, Gabriel, qui donne les pouvoirs de vision.
6. On peut l'imaginer comme une figure vert-bleue avec des éclats argentés de
lumière, et d'énormes tourbillons de couleurs de différentes teintes de bleu paon
parsemé d'argent sur les ailes ou sur sa grande aura, et près de la tête et sous les
pieds, des courants d'argent liquide. On peut remarquer que ce ne sont pas à
strictement parler les Couleurs Séphirotiques, mais on ne doit pas laisser entraver
trop étroitement son imagination par la tradition, particulièrement avec des
symboles tels que les Couleurs Eclatantes qui, pour une grande partie, sont
arbitraires. Les couleurs citées ci-dessus par l'Archange Gabriel doivent évoquer
beaucoup du pouvoir de Mer et de Lune qui fait partie intégrante de la Séphire
Yésod.
7. Cette forme anthropomorphe peut ensuite être vue se modifiant en un
immense pilier de lumière argentée, peut-être avec une nuance gris mauve, qui
atteindrait le ciel et aurait ses fondations sur terre ; autour du pilier il y aurait
encore des nuages de bleu et vert paon. Cet immense pilier doit être conçu comme
étant semblable à une batterie de l'univers - une batterie électrique - et toutes les
actions de l'Univers sont comme branchées sur vous à travers cette batterie, car
c'est la base de la Vision, que ce soit par la clairvoyance ou par la clairaudience.
8. Le puissant pilier argenté peut ensuite être changé en une figure à neuf faces,
une figure solide faite de neuf côtés de cristal mais qui reflète une lumière
argentée et bleu-vert. Imaginez dans cette figure à neuf faces une grande quantité
de force émanant du précédent grand pilier argent et bleu-vert et regardez-le ;
regardez ce solide comme vous regarderiez dans une boule de cristal et voyez ce
qui apparaît. Pour conclure cette expérience il est bon de modifier la forme pour
revenir encore une fois à la belle forme Angélique protectrice rayonnant les
pouvoirs de la Lune et de l'Eau, lesquels sont des qualités en accord avec les
facultés visionnaires qui donnent une compréhension réelle et correcte de la vie
intérieure. C'est Gabriel qui règne sur les « Cours d'Eau Vivifiante qui jaillissent
du Trône Suprême ». (cf. Apocalypse XXII i : « Et il me montra une pure rivière
d'eau de vie, limpide comme le cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de
l'Agneau ». Et aussi la Genèse Il x « Et une rivière sortait d'Eden pour arroser le
jardin et de là elle se divisait pour former quatre bras »).
9. L'Ordre de Anges de Yésod est celui des Chérubins, les Puissants, dont le
titre est approprié si l'on considère que Yésod contient les niveaux et les forces
éthériques desquels dépend la forme physique. Cette conception est également à
la base de l'Image Magique - le bel homme nu, très puissant - que l'on peut
comparer à Atlas qui tenait le monde sur ses épaules car il avait la force des autres
« Fondations » classiques de l'Univers : l'Eléphant, la Tortue et l'Aigle. En un sens
ces trois créatures plus l'homme Atlas pourraient être conçues comme des reflets
des Quatre Saintes Créatures Vivantes de Kéther. Egalement le bel homme fort
peut être considéré comme étant Notre Seigneur pour contrebalancer la
conception qui a malheureusement grandi autour de lui du « Jésus doux et humble
de cœur » des catéchismes. Jésus, l'homme fort qui eut la force passive de ne pas
résister à ses persécuteurs alors qu'il avait encore le pouvoir de faire toutes ces
choses que le démon tenta de lui faire exécuter dans le Désert ; qui eut assez de
« présence » de pouvoir pour impressionner et donner la foi à un centurion romain
dur à cuire dont le serviteur était malade ; qui eut la connaissance et le pouvoir sur
les niveaux éthériques pour guérir les malades, faire des « miracles », ressusciter
les morts et reconstruire encore son corps, glorifié, trois jours après sa mort.
10. Les Chérubins agissent sur l'édification de la connaissance et le
harnachement de la force à des méthodes éthériques ou Yésodiques dont l'une est
l'utilisation des symboles se rattachant à la compréhension Yésodique dans les
profondeurs de l'esprit subconscient. Avec le temps ces symboles deviennent
moins des objets de rituel que des principes mentaux ; c'est-à-dire qu'ils
deviennent des outils dans les mains des diverses écoles de psychanalyse.
Néanmoins, ces images de guérison psychologiques sont encore des versions
modernes du « Trésor des Images » et la force derrière cette thérapie est l'Ordre
des Anges de Yésod, aussi fantastique que cela puisse paraître à l'esprit
scientifique. Les grandes puissances dans la sphère éthérique sont les Anges
eux-mêmes, les Chérubins, et comme les pouvoirs éthériques sont de grandes
forces formatrices du monde et de l'homme, ces grandes forces doivent être prises
en considération par la recherche médicale si elle tient à avoir une certaine valeur.
En plus des aspects subconscients qui provoquent tant de maladies
psychosomatiques, la compréhension totale des mécanismes qui agissent sur le
corps pour qu'il puisse être guéri s'il est malade, maintenu en forme s'il va bien, et
rajeuni lorsqu'il est vieux, est toute contenue en Yésod et doit être recherchée en
ce même Yésod, la fondation éthérique derrière le royaume physique de Malkuth.
11. C'est dans cette direction que les nouvelles méthodes « non-orthodoxes »
de guérison progressent ; citons l'anthroposophie, les rayonnements et les
techniques d'Alexander. Souvent, certaines de ces techniques fonctionnent mieux
avec des gens qui possèdent une perception consciente de leur astral et de leur
niveau éthérique, et dont les niveaux inférieurs sont donc moins denses. D'autre
part, ceux qui se sont fait un fétiche des drogues ont moins de chance d'être aidés
par les traitements végétarien ou homéopathique. Cependant, aux niveaux
intérieurs, l'augmentation des retombées radioactives ayant pour effet de rendre
les niveaux éthériques moins denses, il semble donc qu'un peu de bon découle
quand même de ce mal ; mais il est évident que si ce fait n'était pas correctement
contrôlé il pourrait mener à un grand désastre.
12. Le Chakra Mondial de Yésod est la Lune et celle-ci est intimement liée à la
croissance des plantes ; beaucoup de savoir a été perdu à propos des plantes et des
herbes, de leur influence sur la maladie et sur d'autres sujets que Paracelse tenta de
ressusciter et que l'on ranime encore de nos jours bien que l'absence de méthodes
scientifiques n'aide pas beaucoup la chose et qu'il s'agisse d'un champ de
prédilection pour les excentriques et les maniaques.
13. La Lune est aussi intimement liée à la Terre que le plan éthérique l'est au
plan physique. Le pouvoir de vitalité éthérique est semblable au pouvoir de la
Lune qui produit les grands mouvements des marées de l'océan sur la face de la
Terre ; et l'activité cyclique des « Rouages éthériques de l'Univers » est semblable
à l'activité de la Lune et du cycle physiologique de la femme - le sexe de la Lune.
14. En plus de cela on trouve une grande masse d'enseignement ésotérique
centrée autour de la Lune car la Lune et le Soleil sont deux principes ayant leur
analogie dans les Piliers derrière toute la manifestation. On peut dire que Pan et
Isis sont des aspects de la sphère Yésodique car Pan donne l'idée archétype de la
force, laquelle est une caractéristique de l'éthérique et de l'action de la Lune sur
Terre ; et Isis donne l'idée archétype de la virginité de l'aspect Féminin de Dieu,
tout l'aspect réceptif des choses que démontrent le reflet de la lumière du Soleil
sur la Lune et la Séphire Yésod. Cette dernière est le réceptacle de toutes les
émanations supérieures qui se forment en images destinées à devenir la base des
formes du monde physique. Egalement, la fonction principale de Yésod, le
mécanisme par lequel la race humaine vit et meurt, nait et s'assemble est aussi la
fonction de la Grande Mère, ou Isis, car Isis contient toutes les autres déesses.
15. Il y a aussi l'aspect magique de la Lune, et Yésod est magiquement plus
important que toute autre Séphire, à l'exception probablement de Hod. Etant une
Séphire Lunaire, Yésod est intimement lié au dieu Thoth. Ce fait est sous-jacent
dans quelques légendes qui parlent de Thoth comme le sauveur d'Isis. Comme
Yésod est si étroitement lié à la purification et à l'unification des formes, son
rapport avec la magie pratique deviendra évident, car toutes les forces supérieures
doivent passer par Yésod avant de pouvoir se manifester physiquement en
Malkuth.
16. L'attribution des Sandales à Yésod montre également le lien magique étroit
avec la Séphire Hod, car un de leurs aspects est la Sandale Ailée du Grand
Messager, ce qui se réfère à Hermès, Mercure et Thoth. Dans un autre sens, les
Sandales sont des instruments magiques qui permettent de marcher avec facilité
sur les Fondations des différents niveaux psychiques.
17. Les Parfums, également attribués à Yésod comprennent toute une autre
branche de compréhension des vibrations éthériques qui traite des minéraux et des
plantes. Ceci fait encore partie de l'aspect Lunaire de Yésod et c'est une sphère
que l'on a peu examinée en dépit des profondes modifications de conscience que
l'on peut provoquer à l'aide de divers parfums ou comme, bien sûr, par la musique.
Comme le remarquait Dion Fortune : « Comme nos pensées se détournent
rapidement des choses terrestres lorsque la fumée émise par l'encens nous
parvient de l'autel principal ; mais comme elles y retournent vite lorsque du banc
le plus proche nous arrive une bouffée de patchouli ». (The Mystical Qabalah de
Dion Fortune. Publié par Williams et Norgate, Londres). De plus le parfum a un
aspect hautement ésotérique dont nous avons déjà parlé lorsque nous traitions de
Isis et de Daath. Il existe un lien étroit entre Daath et Yésod, et on dit que ce sont
les « pôles opposés du circuit magique ». En d'autres termes Daath est la partie
supérieure et Yésod la partie inférieure de la psyché lorsqu'on ne tient pas compte
du corps physique en Malkuth et des niveaux spirituels de la Triade Supérieure ;
ce sont les pôles extrêmes du lien entre l'Esprit et la Matière.
18. Dans le chapitre sur Daath, mention fut faite de Moïse et de la montagne
Lunaire du Sinaï, et l'Ancien Testament dans son ensemble contient un vaste
recueil du symbolisme Yésodique. Une grande partie a disparu au cours des âges
et à cause des traductions successives, mais les grands symboles du culte Lunaire
y sont pour ceux qui se donnent la peine de les y chercher.
19. Pour commencer, comme nous le dit la Genèse, la tribu nomade qui était
connue sous le nom de Juifs vint à l'origine de Ur en Chaldée. Ur était la grande
ville lunaire de la Chaldée et elle transmettait un grand enseignement sur l'Eau et
la Lune par le culte de cet être étrange, Ea, l'Homme-Poisson Divin qui, selon
Bérosus, le prêtre et historien babylonien, « écrivit un livre sur l'origine des
choses et les débuts de la civilisation et le donna à l'homme ». Ce livre donnait
probablement les récits du Déluge et de la Tour de Babel dont on retrouve des
extraits à la Bibliothèque Royale de Ninive ainsi que dans la Bible. Ea, ou Oannes
comme les grecs l'appelèrent par la suite, passait selon Bérosus « la journée
entière parmi les hommes sans prendre de nourriture et il leur donnait un aperçu
des lettres, des sciences et de chaque sorte d'art : il leur apprenait comment fonder
des villes, construire des temples, promulguer des lois et mesurer la terre ; il leur
montrait comment semer les graines et ramasser les récoltes ; bref, il les instruisait
en toute chose qui adoucit les mœurs et bâtit la civilisation, tant et si bien que
depuis lors personne n'a rien inventé de nouveau. Puis, lorsque le Soleil baissait à
l'horizon, ce monstrueux Oannes replongeait dans la mer et passait la nuit au
milieu des vagues infinies, car il était amphibie ».
20. Enveloppée comme elle est dans les profondeurs de la légende et de la
mythologie, nous ne pouvons être certains que le mot mer doive être pris comme
tel ou s'il faut l'entendre dans son sens éthérique. Dans la légende, de nombreuses
choses peuvent être sous entendus par les descriptions apparemment physiques ;
par exemple, la conscience de Daath est habituellement symbolisée par le
prophète escaladant une montagne ou se dirigeant vers une chambre supérieure.
Par la description de ses fonctions, cependant, Ea était à l'évidence ce que la
tradition ésotérique appelle Manu ou guide et civilisateur d'une ancienne race. On
dit que ces êtres n'avaient pas de corps physique permanent et qu'ils devaient se
matérialiser éthériquement, un peu de la même façon que des matérialisations
ectoplasmiques se produisent au cours d'une séance de spiritisme. En ce temps-là
également on disait que tous les hommes possédaient la vision éthérique et le
Manu était donc visible à tous. Quoiqu'il en soit, ce fut de ce fond de tradition que
descendirent les premiers Juifs.
21. Les pouvoirs Lunaires et les pouvoirs de la Mer furent adorés avant que les
hommes ne rendent un culte à la grande force des pouvoirs du Soleil, et bien que
Jéhovah soit finalement devenu très fortement identifié au Soleil, ce fut d'abord
une force Lunaire. Ainsi le grand pouvoir de la Lune lié à la fertilité devint, chez
les juifs anciens, une chose sacrée dont un exemple est le rituel de la circoncision
institué par Abraham.
22. Dans les premiers temps, la Lune était adorée tant comme dieu que comme
déesse, et certaines races penchaient plus d'un côté que de l'autre. Les Juifs
penchaient bien sûr du côté masculin et il se produisait généralement une certaine
confusion lorsqu'il rencontraient des tribus rivales qui adoraient une
représentation féminine de la même force telles que Ishtar ou Astarte. Le livre
étrange « Le Chant de Salomon » provient probablement d'une de ces rencontres
car sa signification réelle se réfère indubitablement aux sombres aspects de la
déesse Lune : «Je suis noire, mais avenante, O vous filles de Jérusalem, comme
les tentes de Kedar, comme les rideaux de Salomon. Ne me regardez pas, car je
suis noire, car le soleil m'a regardée. . . ».
23. Bien que les personnages réels de Salomon et Hyram puissent avoir
historiquement existé, ce sont deux exemples de figures magiques dans lesquelles
on trouve de très grandes figures archétypes animées par de grandes forces, à un
degré bien supérieur à ce que 'out mortel aurait pu supporter. Ces figures se
produisent dans toutes les races, comme par exemple le Roi Arthur, Robin des
Bois, etc. , et le processus se continue encore avec des personnages relativement
contemporains tels que les héros de l'Ouest Sauvage.
24. Le Second Livre des Chroniques raconte la construction du Grand Temple
de Salomon qui fut bâti avec l'aide de Hyram, le Roi de Tyr, lequel avait déjà aidé
David. Le Temple fut construit sur ces cotes très compliquées et très précises - un
grand rituel lunaire de mesurage, et les formes pures et exactes de Yésod - et le
symbole vaut la peine d'être étudié car il comprend des choses comme la
représentation de Chérubins - l'Ordre des Anges de Yésod -, des piliers surmontés
de grenades - un symbole féminin par excellence -, et au milieu était placé l'Arche
d'Alliance.
25. L'Arche est un grand symbole lunaire et solaire et les origines premières de
ce culte peuvent être retrouvées dans l'histoire de l'arche de Noé, qui fut construit
lui aussi suivant des cotes précises, et dans l'histoire étrange de Jonas et la baleine.
Bien que les symboles lunaires se réfèrent beaucoup à la fertilité, il ne s'agit pas
seulement de fertilité physique mais également de fertilité de l'esprit, de
l'imagination et de l'âme. L'enseignement supérieur de l'Arche réside en ce qu'il
s'agit d'un vaisseau de Mystère, une sorte primitive et orientale de Saint Graal, et
le Saint Graal est le point de fusion entre les plans, le lieu où un réceptacle se
forme dans la conscience inférieure pour qu'il agisse comme réservoir ou donneur
de forme aux forces de la conscience supérieure.
26. Il y a aussi toute la tradition des enseignements stellaires reliés aux
Mystères de la Mer, car la Mer, comme la Pierre, est un symbole d'espace
cosmique. La connaissance des corps stellaires atteignit un sommet parmi les
prêtres Chaldéens. Les Nombres jouent un rôle important dans l'Ancien
Testament et dans l'histoire de David on trouve le conte de l'escarmouche mortelle
de douze hommes contre douze autres, et, lors d'une autre bataille, la mort de trois
cent soixante hommes (2. Samuel. Ch. Il. ). Obscurci par la tradition, la traduction
successive et le commentaire, ceci se rapporte probablement à un ancien
symbolisme zodiacal et au calendrier car, dans ces temps anciens, on considérait
que l'année comportait trois cent soixante jours. David désirait trouver l'Arche
d'Alliance afin de la mettre dans un lieu convenable, de la recevoir en bon état
devant son peuple et faire qu'il puisse danser devant. Nous pouvons croire qu'il ne
s'agissait pas de simple exubérance primitive mais d'un acte rituel bien précis,
probablement l'ancienne « Danse des Etoiles », une imitation du mouvement des
étoiles dans le ciel.
27. Finalement on trouve le grand guide racial Moïse qui, comme tant de guides
Juifs, a été en Egypte, le centre d'enseignement des Mystères. S'agissant de lui il
est extrêmement vraisemblable qu'il a étudié chez le clergé égyptien et il peut très
bien avoir été un prêtre du grand roi lunaire Osiris, le Grand Régisseur, ce que
Moïse lui-même devait devenir.
28. Un fort contact de Yésod peut être établi en visualisant ce -grand enseignant
des Mystères de la Lune sur la Montagne Lunaire du Sinaï. On peut l'imaginer
dans la posture de la statue bien connue de Michel Ange : une face presque en
forme de bêche, des cheveux très épais qui ont presque la force vitale qu'aurait
une créature vivante et, partant de la glande pinéale vers les deux côtés du front on
peut imaginer deux courants de lumière semblables à des épées. Le mont Sinaî
peut être représent comme une grande montagne d'origine volcanique, grise et de
couleur sombre, s'élançant loin dans les nuages.
29. Cette image fortement bâtie peut également susciter une sorte de contact de
Daath car Moïse a du être dans un état de conscience de Daath pour recevoir le
contact Divin direct et pour formuler les puissantes forces supérieures ayant
touché sa conscience dans un langage et des préceptes qui serviront de lois
fondamentales à une race.
30. On dit que les Dix Commandements qui en résultèrent correspondent à
l'éthique des Dix Saintes Séphiroth de la Qabal. Ce qui suit est une analyse
personnelle des Commandements tels qu'ils sont donnés dans la Traduction
Officielle de la Bible. Cette interprétation ne se veut pas unique, mais on verra que
selon elle l'ordre des Commandements tel qu'il est ci-dessous a également une
signification Qabalistique :
1. Tu n'auras pas d'autres dieux que moi se réfère à l'unité de Kéther
2. Tu ne feras aucune image sculptée se rapporte à la Dévotion sans forme
de Chokmah où la seule image est la vision de Dieu face à face
3. Tu ne prononceras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu fait
référence à la Vertu de Silence en Binon, la racine de la Foi
4. Souviens-toi du jour du Sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours tu
travailleras, etc... Six est le nombre de Tiphéreth, et l'observation du
Sabbat ou septième jour se réfère à l'Assiduité au Grand Œuvre et à la
Vision de l'Harmonie des choses en Tiphéreth.
5. Honore ton père et ta mère se réfère à Chésed dont la Vertu est
Obéissance
6. Tu ne tueras point se rapporte à l'évidence à Géburah
7. Tu ne commettras pas d'adultère : bien qu'il puisse sembler en
première analyse superficielle que cela se rapporte au Vice de Netzach,
cela s'applique beaucoup mieux à Yésod, la Séphire de purification
- l'Intelligence Pure
8. Tu ne voleras pas est une exhortation à la Vertu de Netzach,
Désintéressement, et à la Fermeté et la Vaillance de cette Séphire. Le
vol est une faiblesse sournoise et un véritable abus de tous les principes
de polarité, car le vol peut s'appliquer à d'autres niveaux que le plan
physique
9. Tu ne fera pas de faux témoignage se réfère à Hod. L'aspect
Qliphothique de Hod est appelé le « Faux Accusateur » et dans le
panthéon grec, l'inverse de Hermès était considéré comme le patron
des voleurs
10. Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain. . . ni rien de ce qui est
à lui se rapporte au Vice de Malkuth, l'Avarice.
31. Dans cette disposition des Dix Commandements, nous avons d'abord la
formulation de Kéther, Chokmah et Binah, un triangle pointé vers le haut ; puis
successivement Tiphéreth, Chésed, Géburah et Yésod, Netzach, Hod, chacun des
triangles étant tourné vers le bas, et finalement Malkuth. Si on se réfère au glyphe
de l'Arbre de Vie, on verra que ces triangles sont les mêmes que les trois Triades
de Séphiroth.
32. En ce qui concerne les systèmes de légende et de mythologie différents de
la Bible, les ramifications sont vastes car elles comprennent toutes les divinités de
Mer, Lune, Etoile et mesure.
33. Lorsqu'on se souvient de l'Image Magique de Yésod, l'homme très fort, on
s'aperçoit que Hercule en est une représentation importante, un personnage qui
soutient toute l'humanité. On peut dire que les Douze Travaux d'Hercule
représentent les tâches évolutionnaires de l'homme, et on peut les juxtaposer aux
Signes du Zodiaque.
34. La déesse égyptienne Maat vaut également d'être mentionnée. On la
représentait sous les traits d'une femme assise sur ses talons, une suggestion des
Sandales de Yésod et de la Fondation. C'était elle qui, habituellement sous la
forme d'une plume, était mise sur le plateau de la Balance de la Cour de Justice
d'Osiris à l'opposé du cœur de celui qui venait de mourir, afin de sonder sa valeur.
Là encore nous avons l'accent sur la mesure et la pureté de Yésod. Elle était aussi
étroitement liée à Thoth que l'on appelait parfois le « Maître de Maat », le Maître
de la Vérité et de la Justice.
35. Il y a aussi le triple aspect de la Lune et le triple aspect de la femme, de la
vierge, de la compagne, et de l'ancienne commère. Elles sont représentées dans le
panthéon grec par Artémis, Sélène et Hécate, bien que d'autres déesses aient des
aspects partiellement semblables ; Pallas Athénée pourrait par exemple être
considérée comme Vierge Lunaire dans ses aspects inférieurs. Ainsi les
références que l'on trouve dans certains vieux grimoires de magie au fait que le
magicien doive être assisté d'une jeune fille ou d'une sorcière peut bien provenir
originellement de références masquées à un certain symbolisme lunaire et aux
puissances qu'il contient. Ceci nous montre que l'on a besoin d'une méthode
magique expérimentée de formation de l'intellect avant de se préoccuper de
certains sujets occultes car la véritable interprétation d'une grande partie du savoir
faire magique dépend de l'analogie, de l'allégorie et du symbole plutôt que de la
simple logique.
36. Dans la pratique ceci se traduit malheureusement par le fait que la personne
possédant un esprit scientifique considère que l'occultiste est complètement dénué
des pouvoirs de logique et de raisonnement sensible. L'occultisme est cependant
une science très exacte : elle doit l'être, sinon l'opérateur pratique a rapidement
des ennuis, et l'apprentissage d'un adepte est pour chaque détail aussi rigoureux et
long que celui d'un docteur dans une des sciences. Il faut espérer que, dans le
futur, les deux méthodes de fonctionnement de l'esprit se combineront comme il
semble que cela se produise dans le domaine de la psychiatrie moderne et dans
l'intérêt croissant pour le symbolisme et pour le mythe.
CHAPITRE XVI
MALKUTH - LE ROYAUME
« Le Dixième Sentier est appelé Intelligence Resplendissante car il est exalté
au dessus de toute tête et siège sur le trône de Binah. Il illumine les splendeurs de
toutes les Lumières, et fait qu'il émane une influence du Prince des Expressions,
l'Ange de Kéther ».
IMAGE MAGIQUE : Une jeune femme couronnée et assise
sur un trône
NOM DIVIN : Adonaï Malekh, ou Adonaï ha Aretz
ARCHANGE : Sandalphon
ORDRE DES ANGES : Ashim, Ames de Feu
CHAKRA MONDIAL : Sphère des Eléments
VERTU : Discernement
TITRES : Le Seuil. Seuil de la Mort. Seuil de
l'Ombre de la Mort. Seuil des Larmes.
Seuil de la Justice. Seuil de la Prière.
Seuil de la Fille des Puissants. Seuil du
Jardin d'Eden. La Mère Inférieure.
Malkah, la Reine. Kallah, la Fiancée. La
Vierge.
EXPERIENCE SPIRITUELLE : Connaissance et Conversation du Saint
Ange Gardien
COULEUR EN AZILUTH : Jaune
COULEUR EN BRIAH : Jaune citron, olive, brunâtre et noir
COULEUR EN YETZIRAH : Jaune citron, olive, brunâtre et noir,
tachetés d'or
COULEUR EN ASIAH : Noir rayé de jaune
VICE : Avarice, inertie
SYMBOLES : Autel du double cube. Croix aux bras
égaux. Cercle magique. Triangle
d'évocation.
1. La Séphire Malkuth représente tout le monde physique et bien qu'il puisse
sembler que le fait du monde physique soit évident pour tous, il existe
probablement peu de personnes réellement capables d'y vivre à volonté ;
c'est-à-dire de personnes dont la conscience est centrée sur le temps et le lieu
présent, et qui ne recherchent pas d'heureux ou traumatisants états du passé ou
qui, pour le futur, aimeraient prendre leurs rêves pour des réalités ou qui au
contraire le craindraient vaguement. Beaucoup de personnes centrent leurs
facultés sur leur vie mentale ou sur leur vie émotionnelle plutôt que sur la vie
sensorielle du monde physique. Il existe même une sorte d'aversion religieuse
pour la volupté - le mot lui-même ayant dans certains milieux une harmonique
désagréable faisant qu'il est fréquemment confondu avec la sensualité ou
complaisance exagérée des plaisirs plus grossiers des sens. Il est intéressant de
remarquer qu'à l'origine, le mot « sensuel » était assez innocent, et que sa
signification s'est corrompue tellement que Milton dut inventer un autre mot (4),
lequel dégénéra également dans son usage populaire, si ce n'est dans la définition
académique. La propre phrase de Milton pour décrire la grande poésie «simple,
sensuelle et passionnée», pourrait par exemple servir de nos jours comme slogan
de vente sur la couverture d'un roman de poche, ou être utilisée pour l'annonce de
tout film semi-ésotérique. C'est encore l'un des symptômes de la pathologie
puritaine : une impulsion inconsciente à introduire la saleté dans le domaine des
sens. On peut juger de l'âme d'une race à partir de son langage tout comme la
psychologie d'un individu peut être évaluée par les journaux et les magazines qu'il
lit.
2. L'attitude ambivalente envers le monde des sensations physiques est étrange.
C'est à la fois son évitement vers le passé, le futur ou la bondieuserie et une
étrange fascination malsaine et un sentiment de culpabilité qui caractérise en
particulier la mentalité anglo-saxonne. Cependant, si l'on regarde les choses du
point de vue de l'évolution et de la réincarnation, le monde physique est celui que
l'âme devrait totalement connaître : il reste nettement assez de temps après la mort
pour les sinuosités mentales et émotionnelles. Le monde physique, parce qu'on
doit y retourner de temps en temps, doit contenir la clé du développement
spirituel. Et ce développement ne s'obtiendra sûrement pas en considérant toute la
nature physique comme un piège et une tentation que l'on doit vigoureusement
renier et repousser.
4
En anglais, sensuel se dit « sensual » lorsqu'on parle par exemple de l'instinct, et « sensuous » lorsqu'il s'agit
d'un plaisir. (N. du T. )
3. Suivant l'enseignement ésotérique, l'homme descend des plans de l'Esprit sur
l'arc involutionnaire formant des véhicules fonctionnels à chaque niveau de cette
descente. Sur l'arc évolutionnaire, sa destinée est d'acquérir objectivement le
contrôle de tous les plans dans l'ordre de la descente. Le premier plan de la voie
évolutionnaire est donc le plan physique, mais combien d'aspirants à la croissance
spirituelle en ont-ils le contrôle effectif ? Trop souvent, la personne au penchant
mystique est inefficace sur le plan physique et donc, l'affinité apparente avec les
choses sacrées est en réalité une fuite ou une tentative d'évasion de la prochaine
étape sur le Sentier - l'expression de l'Esprit fonctionnant effectivement dans le
monde terrestre, ce qu'on pourrait appeler « l'Initiation du Nadir ».
4. Le Texte Yetziratique de la Séphire Malkuth montre l'importance du monde
physique dans le schéma Divin des choses. « Le Dixième Sentier est appelé
Intelligence Resplendissante car il est exalté au dessus de toute tête et siège sur le
trône de Binah ».
5. La référence à Binah montre que Malkuth est la manifestation suprême de la
forme qui fut d'abord conçue comme une possibilité dans le Monde Supérieur de
Binah. Il est aussi « exalté au dessus de toute tête », car Malkuth est le résultat
final de l'impulsion Divine dans la manifestation, le modèle spirituel manifesté
physiquement.
6. Son titre, l'Intelligence Resplendissante, est expliqué dans la seconde partie
du Texte : « Il illumine les splendeurs de toutes les Lumières et fait qu'il émane
une influence du Prince des Expressions, l'Ange de Kéther ». Les Lumières
peuvent être considérées soit comme les Etincelles Divines des hommes, soit
comme les neuf autres Séphiroth qui couvrent toute la gamme des êtres créés. Un
grand enseignement est caché dans ce texte car il indique que l'existence physique
objective est nécessaire pour que les véritables potentialités de l'Esprit de chaque
être humain puissent être attirées. Il « illumine les splendeurs » de chacun d'entre
nous, ou devrait le faire. Beaucoup, semble-t-il, ont l'habitude de charrier de
solides boisseaux ronds d'irréalité pour y cacher leurs lumières. Le Texte donne
réellement la description de ce que l'existence physique devrait être - et doit
évidemment être avant que tout progrès évolutionnaire ne soit fait.
7. La phrase « (il) fait qu'il émane une influence du Prince des Expressions,
l'Ange de Kéther » est également très importante. Le monde matériel peut être
considéré comme le point de convergence ou d'attache terrestre des pouvoirs
créateurs de l'esprit, car l'Ange de Kéther est Métatron, le grand être qui préside
au Monde Créatif de Kéther. Ainsi, l'Esprit et la Matière sont semblables à de
grands pôles d'une grande batterie cosmique, chacun devant être fonctionnel
avant que le courant puisse s'écouler dans le circuit magique entre Daath et
Yésod. Ceci implique encore que toute la connaissance des réalités spirituelles
peut être obtenue de la contemplation du monde physique : le reflet de la Vaste
Expression de Kéther. Nous en revenons encore à l'axiome Hermétique
primordial : « Tout ce qui est en haut est semblable à ce qui est en bas ».
8. Cette révélation a été mentionnée par Blake dans ses « Présages
d'Innocence » :
« Voir un Monde dans un grain de sable, « Et un Ciel dans une fleur des
champs, « Tenir l'Infini dans le creux de la main, « Et l'Eternité en une heure ».
9. Les différents titres de Malkuth qui le décrivent comme un Seuil montrent
que le monde physique est un stade bien précis dans le développement spirituel, et
une chose par laquelle on doit passer.
10. Le Seuil de la Mort et le Seuil de l'Ombre de la Mort se réfèrent aux grandes
frontières de Malkuth qui concernent l'existence physique de l'homme : la
naissance et la mort. Par la naissance, nous venons dans le monde et par la mort
nous en partons. La naissance et la mort sont cependant les deux faces d'une
même pièce car lorsqu'on meurt physiquement on nait dans les mondes
supérieurs, et lorsqu'on nait physiquement, on meurt dans les mondes supérieurs.
11. L'aspect de Malkuth en tant que Seuil de la Mort peut être vu sous deux
angles différents, car il y a le Seuil de la Mort du Corps Physique et le Seuil de la
Mort de l'Illumination. Ces deux aspects ont été admirablement expliqués dans
« La Doctrine Cosmique », et on ne peut mieux faire que d'en citer des passages
entiers.
12. Mort physique : «Chaque conscience individualisée vit pour mourir et
meurt pour vivre. C'est uniquement par la mort que nous pouvons récolter les
fruits de la vie. Nous paissons dans les champs de la Terre, et nous nous
allongeons dans les champs du Ciel pour ruminer. Il a été dit « pour une heure
d'étude, pratiquez trois heures de méditation ». Dans la mort est la méditation de
l'âme et dans la vie son étude ».
13. « Si vous ne faisiez que «vivre», toutes les expériences passeraient par la
conscience et ne laisseraient que peu d'impression après que les toutes premières
images aient empli tout l'espace disponible. Tout serait concret, sans rapport, sans
synthèse ; dans la méditation qu'est la « mort » l'essence abstraite de la vie est
extraite, et plutôt qu'un million d'images concrètes, il existe un concept abstrait.
Apprenez à faire confiance à la mort. Apprenez à aimer la mort. Apprenez à
compter sur la mort dans vos plans sur les choses, et pratiquez régulièrement
l'exercice qui consiste à se visualiser comme mort et à concevoir comment vous
serez à ce moment-là ; car ainsi vous apprendrez à bâtir le pont entre la vie et la
mort afin qu'il puisse être parcouru avec une facilité croissante. Représentez-vous
vous-même comme mort et élaborant votre destinée. Voyez-vous vous-mêmes
comme mort et continuant votre œuvre depuis le plan des morts. Ainsi sera
construit le pont qui mène au-delà du Voile. Faites que le gouffre béant entre les
prétendus vivants et les prétendus morts soit comblé par cette méthode, afin que
les hommes puissent cesser de craindre la mort ».
14. L'exercice spirituel qui consiste à s'imaginer comme mort est bien sûr très
connu de l'Eglise Catholique Romaine. D'autre part, la pratique de remonter les
événements de la journée juste avant de s'endormir est très largement
recommandée par divers groupes ésotériques car, de cette façon, une bonne partie
de l'œuvre « abstrayante » de la mort est accomplie pendant la vie. On doit aussi
noter que le comblement du « gouffre béant entre les prétendus vivants et les
prétendus morts » doit être accompli par le travail de méditation en soi et non par
l'évocation aveugle des morts au cours d'une séance de spiritisme. Interférer
continuellement de cette façon avec l'âme d'un mort, c'est risquer de lui provoquer
de grands torts car il peut alors rester attaché à la terre, ce qui explique certains cas
de hantise.
15. La Mort de l'Illumination : Dans cette mort «la conscience est enlevée à la
Personnalité et unifiée à l'Individualité ; et alors l'homme contemple toujours la
face de son Père Qui est aux Cieux, même lorsqu'il séjourne lui-même sur la
Terre. C'est en cela que l'Initié illuminé n'est pas comme les autres hommes.
L'Initiation totale est une mort vivante ».
16. « Ceux qui désirent les choses des sens et les vanités de la vie utilisent les
mots « mort vivante » pour désigner le sort le plus terrible qui puisse être réservé à
l'homme ; mais ceux qui possèdent la connaissance savent que la « mort vivante »
signifie la liberté de l'esprit apportée jusqu'au plan de la matière. Elle veut dire la
conscience du Ciel lorsqu'on habite la Terre. L'Initié va donc vers la mort vivante
qui est la liberté tout en restant dans le corps, car la mort abroge la Loi de la
Limitation, libère les potentialités de l'esprit, rend la vue à l'aveugle et le pouvoir à
l'impotent. Ce que nous avons vainement désiré dans notre vie, nous le réalisons
dans la mort, car la mort est la vie et la vie est la mort ».
17. « Pour l'esprit ouvert, la matrice est une tombe et la tombe est une matrice.
L'âme en évolution, lorsqu'elle vient à la vie, fait ses adieux à ses amis qui la
pleurent et, prenant son courage à deux mains, affrontant la grande épreuve et se
soumettant à la souffrance, elle entre dans la vie. Son premier acte dans cette vie
est d'aspirer de l'air. Avec cet air sa seconde action est d'émettre un cri de détresse,
car elle a entrepris cette tâche de vie dans la douleur ; et son but de vie est de
rendre celle-ci supportable. Lorsqu'elle entre dans la tombe elle passe par un
portail dans une vie de conscience plus large ; et lorsque l'Initié passe dans cette
nouvelle vie, il y entre par un portail qui symbolise la mort ; et par cette mort aux
choses du désir il obtient la liberté, et c'est comme un mort qu'il marche parmi les
hommes. Par cette mort dans la vie, qui est la liberté de l'esprit dans les liens de la
chair, il transcende la Loi de la Limitation ; étant mort, il est libre ; étant mort, il se
déplace avec puissance parmi ceux qui sont enterrés dans la chair ; et ceux-ci,
voyant la lumière briller puissamment à travers lui, savent qu'il est mort, car la
Lumière ne peut pas briller au travers du voile de la chair. Tant que la conscience
est incarnée dans le corps, la Lumière ne peut pas briller au travers de cette
conscience ; mais lorsque la conscience est désincarnée, la Lumière brille à
travers elle. Si la conscience désincarnée manipule encore son corps, la Lumière
brille alors à travers lui dans le monde de la matière et elle illumine les hommes.
Mais souvenez-vous de ce qui suit et méditez-le : l'Initié illuminé est un homme
mort qui manipule son corps afin qu'il puisse ainsi servir ceux qui ne peuvent être
approchés autrement ».
18. Ce passage se rapporte évidemment à l'adepte totalement initié ; et ceux-ci
ne sont pas nombreux. Même vu sous cet angle, cela ne signifie pas que l'adepte se
promène aussi éclairé qu'un arbre de Noël, la glande pinéale allumée comme les
phares d'une voiture. La Lumière est Celle de l'Illumination Intérieure, et bien
qu'elle affecte profondément tous ceux qui viennent a ses parages, elle agit sans
qu'ils en aient conscience et ils réagissent fréquemment avec hostilité. On se
souviendra que même Jésus de Nazareth, le plus illuminé des hommes, fut la risée
de Nazareth, où ses propres parents et voisins ne purent surmonter, en raison des
coutumes, leurs préjugés quant à son humble origine familière ; et dans la ville de
Jérusalem il fut d'abord hystériquement fêté avant d'être non moins
hystériquement flagellé et conduit à la mort.
19. Ceci est très semblable par sa nature si ce n'est par sa force à la réception
réservée à l'adepte moderne. Bien que de nos jours il soit improbable qu'on le
persécute physiquement, il rencontre généralement d'une part de l'indifférence, de
la moquerie ou de l'hostilité, et d'autre part un respect exagéré.
20. La référence à Malkuth en tant que Seuil des Larmes souligne son lien avec
la Séphire Binah dont l'Expérience Spirituelle est la Vision de Tristesse. La
compréhension de la Tristesse est une des leçons de Malkuth, et on doit réaliser
que cela n'a rien à voir avec de la pitié ou de la sentimentalité, lesquelles sont la
source de la majeure partie, de la tristesse humaine. Sa réalisation complète est
impliquée par la séparation faite par l'Abîme ; c'est la Divine Tristesse qui vient
avec les retards et les séparations contenus implicitement dans l'évolution et dans
le développement de la forme. Le mot allemand << Weltschmerz » exprime
peut-être mieux ce concept.
21. Le Seuil de la Justice rappelle que c'est dans des conditions terrestres qu'on
élabore habituellement le karma, l'âme commune étant largement dans un état
subjectif ou même inconscient lorsqu'elle est morte au monde physique.
22. La Prière est un résultat actif du fait de Foi, comme Malkuth est un résultat
actif de Binah, le Parent de la Foi ; c'est probablement la raison du titre affecté à
Malkuth : le Seuil de Prière. Le Titre Seuil du Jardin d'Eden se rapporte
évidemment à l'état originel de création parfaite que la Terre doit atteindre une
nouvelle fois sous le symbolisme de la Jérusalem Nouvelle.
23. Les autres titres, la Mère Inférieure, la Reine, la Fiancée, la Vierge, ont le
dénominateur commun de la féminité. Cette attribution est évidente lorsque l'on
considère que Malkuth est le réceptacle de toutes les émanations supérieures de
l'Arbre. La Reine et la Fiancée sont des références au lien de Malkuth envers
Tiphéreth, le Roi et la Moindre Expression, l'Harmonie dont la Séphire doit être
manifestée en Malkuth, et qui est aussi la Croix de la matière dense sur laquelle
l'Esprit est crucifié ; nous avons donc un lien supplémentaire avec Tiphéreth par
les Mystères de la Crucifixion.
24. La Mère Inférieure indique encore le lien avec Binah, la Mère Supérieure,
et le titre de Vierge pourrait être appliqué soit à l'état primitif du Jardin d'Eden ou
à l'état de la Terre avant qu'elle ne devienne la Fiancée de Tiphéreth.
25. La plupart de ces titres féminins sont implicites dans l'Image Magique de
Malkuth qui est celle d'une jeune femme couronnée et assise sur un trône. Le
Trône est en fait celui de Binah et la jeune fille peut être identifiée à une déesse de
la Terre telle que Perséphone, la fille de Déméter, la Mère de la Terre.
26. Le Nom Divin de la Séphire Malkuth est Adonaï Melekh, le Seigneur qui
est Roi, ou Adonaï ha Aretz, le Seigneur de la Terre. On doit se souvenir que
Adonaï est une sainte émanation de Dieu tout comme Eheieh ou n'importe lequel
des autres Noms. Ainsi Malkuth n'est en aucune façon moins saint que Kéther,
parce qu'il est une expression dans la manifestation de la même force. Si ce fait
était toujours resté ancré dans les mémoires, il y aurait eu moins de formes
malsaines et pathologiques d'ascétisme dans l'histoire de la religion et du
mysticisme. Ce fait peut être remarqué dans le dogme de l'Assomption de la
Vierge Marie promulgué par l'Eglise Romaine. Ce dogme contient une grande
vérité spirituelle qui devient évidente lorsqu'on se souvient de l'Image Magique et
des titres féminins de Malkuth, et également de son destin.
27. L'Archange de la Sphère est Sandalphon et ses couleurs sont jaune citron,
olive, brunâtre et noir. On peut obtenir une bonne idée de ces couleurs en
regardant la peau d'une pomme. Cet Archange est le Guide ou Intelligence de la
planète Terre, et en son sein gît un enseignement d'une grande importance.
28. La formation des sphères planétaires est un sujet qui appartient plus à un
traité sur la cosmogonie ésotérique qu'à un exposé sur la Qabal. On peut
cependant dire brièvement que les sphères planétaires furent formées l'une après
l'autre par les premières évolutions, les Seigneurs de Flamme, Forme et Esprit, qui
bâtirent les premières contraintes et structures de la forme. Chaque planète fut
d'abord construite sur un certain niveau comme par exemple Jupiter sur le plan
des niveaux spirituels les plus denses ; Mercure sur le plan de l'esprit abstrait ;
Saturne sur le plan de l'esprit concret ; Vénus, les émotions supérieures ; Mars, les
niveaux instinctuels et passionnels ; et la Terre et sa Lune au plan
éthérique/physique. Par la suite chaque planète développe les enveloppes ou
véhicules inférieurs afin qu'elles puissent toutes se manifester physiquement et
être aperçues dans le ciel nocturne. Chacune d'elles cependant doit compter sur les
entités qui l'habitent pour bâtir ses niveaux supérieurs.
29. L'implication pratique de ceci est que la structure éthérique/physique de la
Terre, laquelle fut bâtie par les projections de conscience d'entités Elémentaires,
dépend de l'humanité pour établir un contact avec les réalités spirituelles. Comme
les Elémentaires sont des « créations du créé », c'est-à-dire des parcelles de
conscience créées par les Evolutions de Flamme, Forme et Esprit et non pas par
leur propre développement dans la réalité spirituelle du Grand Non Manifesté, ils
sont voués à l'extinction à la fin d'un Jour de Manifestation à moins qu'ils n'aient
d'ici là capté la vibration spirituelle ; et ils ne peuvent le faire que par la médiation
de l'humanité. Comme la majorité de l'humanité semble béatement ignorante de
sa propre spiritualité, à l'exception de l'existence des règnes Elémentaires, il sera
évident que l'état de ces entités Elémentaires est grave.
30. La somme totale de ces entités Elémentaires qui maintiennent assemblées
les forces de la planète est appelée Etre Planétaire. (Dans certaines cosmogonies
on l'appelle Esprit Planétaire, mais à la lumière des faits précédemment cités on
voit que ce titre est trompeur car il n'a pas de contact inhérent à l'esprit).
L'Archange Sandalphon est son guide, car il contient le concept de ce qu'il doit
devenir et ce concept, qui a une existence objective à son propre niveau, peut être
appelé l'Entité Planétaire. Cependant, le pont entre l'Etre Planétaire et l'Entité
Planétaire doit être bâti par l'humanité elle-même, et ceci constitue l'une des
tâches des adeptes initiés, bien que ce soit réellement la responsabilité de
l'humanité toute entière.
31. L'Etre Planétaire est très aidé par l'attitude correcte des choses terrestres,
c'est-à-dire par l'application des principes spirituels dans la vie ordinaire.
L'éthique de Malkuth, l'Ordre et l'Efficacité doit être poursuivie tout au long de la
journée, et il est peu utile de l'induire uniquement pour de brèves périodes, par
exemple dans un rituel, ou, si l'on considère la tâche à contrecœur, comme un
devoir ou un contrat. D'autre part, l'Etre Planétaire ne peut pas être beaucoup aidé
par ce qu'on pourrait appeler la consécration constante des instincts. Ceci ne
s'applique pas seulement aux instincts sexuels, mais aussi à la prise de nourriture
et à la culture de la Terre pour faire qu'elle porte des fruits, car tous ces actes sont
sacramentels dans leur acception correcte ; et la vie de l'adepte est la vie
sacramentelle, consacrée à la plus grande gloire de Dieu, de l'Homme, et de l'Etre
Planétaire.
32. Dans toutes ces considérations on doit garder à l'esprit la distinction entre la
Terre en tant que planète, la Terre considérée comme un des Quatre Eléments et la
Terre Malkuth, le plan physique de tout l'Univers. Ainsi l'Archange traditionnel
de Malkuth est Metatron, le même être que l'Archange de Kéther, ce qui montre
encore le lien étroit entre l'Esprit en tant qu'Esprit et l'Esprit en tant que Matière.
Sandalphon est en fait l'Archange de la planète Terre ; et l'Archange de l'Elément
Terre est Uriel.
33. Uriel est l'un des grands Archanges des Quatre Points. A l'Est est Raphaël,
au Sud Michel, à l'Ouest Gabriel et au Nord Uriel. Les trois premiers Archanges
ont déjà été décrits. Uriel est une grande figure construite avec les verts sombres
et les bruns de la Terre et qui, dans ses aspects intérieurs, représente la Lumière
primordiale de Dieu lui-même, et qui se préoccupe beaucoup des grands maîtres
qui doivent périodiquement venir sur Terre. Ainsi à l'Est est la grande source de
guérison, au Sud la grande source d'équilibre et de protection, à l'Ouest la grande
source de vision et au Nord la grande source d'enseignement. Uriel est aussi relié à
Michel comme grande force équilibrante et est derrière les grands cataclysmes de
la Terre tels qu'ils sont décrits dans les légendes de l'Atlantide et de Sodome et
Gomorre.
34. Lorsqu'on bâtit les formes des Archanges des Quatre Points elles sont le
mieux conçues comme de grandes forteresses ou tours teintes des couleurs actives
de l'Elément concerné, à savoir respectivement, Jaune, Rouge, Bleu, Vert par
opposition aux couleurs passives : Bleu, Rouge Sombre, Argent et Noir.
Interpénétrant tout, on peut concevoir l'Archange Sandalphon en jaune citron,
olive, brunâtre et noir, palpitant avec les lentes vibrations de la Terre.
35. 0n peut aussi bâtir les Rois des Forces Elémentaires, entourés des hôtes
mineurs de l'Elément sous la forme qui frappe le mieux l'imagination. Le Roi
représente ce qu'on pourrait appeler l'Elémentaire spirituellement illuminé.
36. A l'Est est le Roi de l'Air, Paralda, qui préside sur les Sylphes. On peut le
représenter se tenant sur des tourbillons d'air à peu près semblables aux vagues de
la mer dont l'extrémité est relevée ; l'air et le vent s'écoulent de lui dans une
lumière rayonnante.
37. Au Sud est le Roi du Feu, Djin, qui préside sur les Salamandres. On peut le
représenter avec des vagues de chaleur surgissant autour de lui, et des pointes de
feu et des flammes desséchant l'atmosphère et atteignant le plafond.
38. A l'Ouest est le Roi de l'Eau, Niksa, qui préside sur les Ondines. On peut
l'imaginer suintant d'humidité, des courants d'écume tourbillonnant à ses pieds et
s'écoulant de son aura.
39. Au Nord est le Roi de la Terre, Ghob, qui préside sur les Gnomes. On peut
le représenter avec des vagues de « puissance terrestre », pas tant une idée de sol
qu'un état intermédiaire de matière, se mouvant lentement, mais extrêmement
forte.
40. Les Eléments peuvent être conçus sous la forme d'une grande Croix à bras
égaux, laquelle est un symbole des Eléments et de la Séphire Malkuth, et au centre
de la Croix, on peut dessiner la Rose du Monde qui fleurit lentement avec le
développement des Elémentaires et dont la Rosee qui en tombe aide ces êtres à se
manifester.
41. Tout un traité pourrait être écrit sur le seul sujet des Elémentaires car,
comme l'humanité, ils forment une évolution entière, aussi diverse que celle
formée par l'humanité. Bien qu'ils partagent la planète Terre avec l'homme, ils
sont peu connus ou reconnus par celui-ci, sauf dans le folklore ou la littérature, par
exemple : « Nous qui sommes vieux, vieux et gais, 0 si vieux ! Des milliers
d'années, des milliers d'années, s'il n'en manque pas ». (W. B. Yeats). Afin
d'éviter la superstition, on se souviendra que les formes qui leur sont affectées ont
été faites par l'homme, car l'homme anthropomorphise toute chose, y compris
Dieu. Ce qui est cependant exigé, c'est la reconnaissance de leur existence et ceci
est le mieux obtenu par une utilisation intelligente de l'anthropomorphisme et de
l'animisme primitif.
42. Les Quatre Points Cardinaux, ou Quadrants, peuvent aussi être considérés
sous leurs rubriques astrologiques de Fixe, Cardinal et Mutable. L'aspect Fixe est
le « tempérament » du Quadrant et il se fonde sur la nature d'une des Quatre
Saintes Créatures Vivantes de Kéther. L'aspect Cardinal est la Grande
Intelligence derrière le Quadrant qui représente le pouvoir régisseur de
l'Archange. L'aspect Mutable est régi par les Rois des Eléments qui œuvrent par le
« changement ».
43. L'Ordre des Anges de Malkuth, les Ashim ou Ames de Feu, peut être
considéré comme la « conscience atomique » qui tient la matière physique
compacte ; le Chakra Mondial, la Sphère des Eléments, a déjà été abordé
ci-dessus.
44. L'Expérience Spirituelle de Malkuth est la Connaissance ou la
Conversation du Saint Ange Gardien. On confond souvent le Saint Ange Gardien
et le Soi Supérieur ou Individualité, (Daath, Chésed, Géburah, Tiphéreth) avec le
Soi Inférieur ou Personnalité (Netzach, Hod, Yésod, Malkuth). En réalité, c'est
très différent.
45. Lors des tous premiers jours de la manifestation, avant que l'humanité n'ait
commencé son voyage évolutionnaire, le Plan Divin fut projeté par l'Esprit de
Dieu dans la conscience de l'essaim des Etincelles Divines qui constituèrent la
base de l'humanité. Avec la venue de la vie évolutionnaire, l'essaim se dispersa
pour agir en unité individuelle, et au même instant la conception du Plan Divin
« se dispersa » également, un petit morceau allant à chaque Etincelle Divine.
46. Ceci est dit, bien sûr, en termes métaphoriques mais les implications sont
d'une importance très réelle. La véritable Expérience Spirituelle de la
Connaissance et de la Conversation du Saint Ange Gardien n'est pas une vision
astrale mais une conscience de la véritable destinée que chaque être humain doit
accomplir dans sa tâche évolutionnaire. Habituellement cela se manifestera
comme un besoin intérieur chez l'homme, et celui-ci traverse la vie physique avec
une mission : c'est un « homme de destin ». Parfois cette impulsion à une forme
définie d'activité peut être conçue comme une entité séparée, tel le cas de Socrate
et de son « daimon » qui était probablement un aspect de son Saint Ange Gardien.
47. Les symboles auxiliaires de Malkuth comprennent le Cercle Magique et le
Triangle d'Evocation, ce qui suppose la manifestation réelle du travail magique.
Le Cercle Magique est l'endroit choisi par le magicien pour travailler, et le
Triangle est l'endroit dans lequel il conjure une entité d'apparaître. Ceci a une
importance plus symbolique que pratique car l'évocation éthérique des entités
désincarnées est une forme de magie très grossière peu utilisée de nos jours.
48. L'Autel du Double Cube est une figure à six faces bien que son nom
comporte l'indication du dix, le nombre de Malkuth. Malkuth est bien sûr en
lui-même un Autel, car c'est le lieu sur lequel et dans lequel les forces descendent
; dans un autre sens, un autel est aussi un Seuil, particulièrement lorsque tout l'être
est offert en consécration sur l'Autel du Sacrifice. Ce qui n'implique pas qu'il faille
que ce soit un sacrifice sanglant, mais il est aussi énergique.
49. Les Vices de Malkuth sont l'Avarice et l'Inertie. L'Avarice est évidente : il
suffit de se pencher sur l'état actuel de la race humaine ; et on rencontrera l'Inertie
si l'on essaye de changer les choses ou de faire n'importe quelle sorte de travail
créateur. La Vertu est Discernement, laquelle est réellement la clé et la première
qualité nécessaire au travail ésotérique car ce ne sont pas tous ceux qui crient :
« Seigneur, Seigneur » qui sont entendus ; et ceci comprend les aspects
personnels en plus des charlatans du monde extérieur.
30. Dans l'enseignement mythologique, tous les dieux et déesses de la Terre ont
évidemment une grande importance au regard de la Séphire Malkuth. Déméter et
Perséphone peut être plus que tous autres car c'étaient les divinités des Mystères
d'Eleusis qui fut l'un des plus grands centres de l'aspect intérieur du Culte de la
Terre. Il y a aussi beaucoup à gagner d'une recherche sur les Mystères Kabiriques
et sur les dieux des Enfers.
51. Ceci termine notre analyse des Dix Saintes Séphiroth ; Malkuth a pris
beaucoup de place et pourrait facilement en prendre beaucoup plus, car, que nous
le voulions ou non, nous sommes des êtres immerges dans cette sphère ; et elle est
une des plus importantes de l'Arbre car c'est le Seuil de tout développement
spirituel ultérieur ; et tant que les leçons de Malkuth ne sont pas véritablement et
correctement apprises, les sentiers des sphères supérieures nous sont fermés.
52. Une tendance humaine veut que l'on porte un plus grand intérêt à ce qui est
éloigné ; mais en occultisme comme en toute chose, c'est le pas suivant qui
compte. Et pour chacun d'entre nous ce pas est juste devant nous, dans le monde
physique, Malkuth.
CHAPITRE XVII
LA SOUPLESSE DE L'ARBRE
1. Nous venons de faire une analyse générale de chacune des Séphiroth de
l'Arbre de Vie en y recherchant les puissances qui se réfèrent à chacune d'entre
elles. Fondamentalement, une Séphire est une Emanation Divine et c'est le noyau
véritable de toute cette étude. Toutes les attributions autres que les Noms Divins
sont en fait des applications de la formule abstraite des Séphiroth dans différents
contextes. Ainsi aucune des attributions particulières ne doit être prise comme une
loi dure et inébranlable car beaucoup de choses dépendent de la façon par laquelle
l'Arbre de Vie est appliqué aux divers facteurs de manifestation. La souplesse
d'esprit doit toujours être recherchée si l'on veut utiliser la pleine puissance de
l'Arbre de Vie.
2. De façon générale nous avons, dans nos analyses, appliqué l'Arbre de Vie à
notre propre Univers spirituel, c'est-à-dire avec le Logos Solaire en Kéther et le
monde matériel du Système Solaire en Malkuth. Malkuth, cependant, pourrait
aussi être appliqué au plan physique en général, dans le Système Solaire ou hors
de lui, et de cette façon Kéther serait la sphère du Dieu Suprême au dessus de tous
les Logoï. Ou, si on applique la Séphire Malkuth uniquement à la planète Terre,
Kéther pourrait alors être la Séphire du Logos Planétaire. Dans le microcosme,
c'est-à-dire l'homme, Malkuth pourrait être considéré comme le corps physique et
Kéther serait alors l'Esprit de l'homme, ou Etincelle Divine.
3. On verra ainsi qu'il existe un Arbre de Vie dans chaque Séphire. Car si
Kéther était considéré représenter l'être spirituel élevé qui est à la source de la
création ou d'un Système de Systèmes Solaires, le niveau Atziluthique de
Tiphéreth pourrait être alors affecté à un Logos Solaire et le niveau Atziluthique
de Malkuth à un Souverain Planétaire. Mais comme d'un Souverain Planétaire
dépend toute une hiérarchie spirituelle il faut donc un Arbre entier pour
représenter cette hiérarchie ; et cet Arbre serait entièrement dans le Malkuth du
plus grand Arbre.
4. Le nombre de façons par lesquelles l'Arbre peut être appliqué est donc à peu
près infini et on pourrait dire que, d'un point de vue cosmique, l'Arbre de Vie que
nous utilisons comme système de développement mystique n'est que le Malkuth
d'un Arbre Cosmique. Lorsqu'on a atteint l'état de conscience infiniment élevé
connu sous le nom d'Union avec Dieu, on est uniquement parvenu à la liberté du
plan Cosmique inférieur et on commence donc une évolution Cosmique
supérieure dans le Malkuth Cosmique.
5. Ceci n'a réellement d'importance que pour l'étudiant ésotérique avancé, et
même pour celui-ci l'intérêt peut n'être largement qu'académique, car le Logos
Solaire est le Formateur et le Soutien de notre Univers spirituel et nous ne
pouvons rien connaître directement de ce qui se trouve au delà de la Juridication
de notre Logos. Tout ce qui se passe au delà nous est transmis par l'intermédiaire
de notre Logos Solaire, et notre tâche principale est l'évolution à l'intérieur de ce
système. Il restera toute l'éternité pour s'en prendre aux aspects extra-Logoïdaux
du Cosmos, lorsque nous aurons finalement accompli notre tâche dans ce système
Logoïdal.
6. Cependant, la méditation de ces sujets n'est pas entièrement inutile car une
petite idée, même vague, de notre destinée Cosmique peut agir comme sens
équilibrant des proportions spirituelles lorsque « le monde est trop avec nous ».
7. Les aspects inférieurs des moyens par lesquels des changements peuvent être
appelés sur les significations des Séphiroth peuvent, cependant, nous être d'une
utilité plus immédiate.
8. Si les quatre fonctions de la psychologie de Jung sont appliquées aux
Séphiroth inférieures, elles se placent de la façon suivante : Intuition à Tiphéreth,
Sentiment à Netzach, Pensée à Hod et Sensation à Malkuth. On pourrait, d'autre
part, les affecter aux Eléments en Malkuth, l'Intuition à l'Air, le Sentiment à l'Eau,
la Pensée au Feu et la Sensation à la Terre. Dans ce cas on a un domaine de
recherche utile dans les aspects Cardinal, Fixe et Mutable des Quatre Quadrants
Elémentaires appliqués aux fonctions psychiques de Jung.
9. D'autre part, on pourrait comparer expérimentalement les archétypes de Jung
à différentes Séphiroth : l'anima à Netzach et l'animus à Hod, par exemple. On
trouve ici une allusion intéressante au fait que les projecteurs de chaque archétype
sont de polarité sexuelle différente car Netzach est sur le Pilier Masculin et Hod
sur le Féminin lorsque le glyphe des Piliers est appliqué à l'Arbre.
10. L'Enfant Miraculeux conviendrait probablement mieux à Tiphéreth, le
Vieil Homme Sage à Chésed et l'Ombre à Géburah. L'Ami pourrait être un aspect
du Saint Ange Gardien de Malkuth.
11. Le Mandala, en tant que symbole d'intégration, se rapporte de façon
presque évidente à Tiphéreth et si on utilise les implications de l'Arbre, on peut le
visualiser comme un reflet de l'être véritable en Kéther ; et on trouve évidemment
son reflet dans le « Miroir Magique » de la subconscience de Yésod.
12. Lorsque des figures mythologiques surgissent dans l'analyse Jungienne on
peut bien sûr les comparer Séphirothiquement à ce que nous avons tenté de
suggérer lors de notre examen des Séphiroth.
13. Pour illustrer une autre méthode d'application de l'Arbre, nous pouvons
nous tourner vers le système oriental des Chakras éthériques. Ils s'appliquent tous
au corps éthérique et pourraient ainsi être décrits comme un délinéament de
l'Arbre en Yésod ou, comme ils ont certains rapports avec les glandes endocrines,
en Malkuth.
14. Le Muladhara Chakra, un « lotus » à quatre pétales situé à la base de la
colonne vertébrale peut être affecté à Malkuth ; le Svadisthana Chakra situé aux
organes génitaux serait alors en Yésod. Les Manipura et Anahata Chakras, ayant
leurs correspondances dans le plexus solaire et dans le cœur seraient applicables à
Tiphéreth, bien que l'on puisse soutenir à bon escient qu'ils sont mieux placés aux
abords supérieurs de Yésod. Le Visuddhu Chakra du larynx et le Ajna Chakra
entre les yeux ont été respectivement attribués à Binah et Chokmah, mais il est
peut-être mieux de garder ces attributions pour les Séphiroth Centrales qui
correspondent à la ligne verticale de la colonne vertébrale ; ils uniraient ainsi leurs
fonctions, comme le font Binah et Chokmah, en Daath. Enfin, le Sahasrara
Chakra, le Lotus à Mille Pétales placé au dessus de la tête correspond évidemment
à Kéther, la Couronne.
15. Dans toutes ces méthodes d'application, il n'existe pas de lois précises et
obligatoires car tout dépend de la compréhension individuelle de la personne qui
fait les attributions. Les suggestions avancées ici ne sont en aucune façon
destinées à être autoritaires, mais sont simplement mentionnées pour suggérer la
méthode par laquelle l'Arbre de Vie peut être appliqué aux systèmes non
hébraïques.
16. De plus, lorsqu'on est parvenu à une bonne conception de l'Arbre en
formulant ce que serait le mode d'action d'une Séphire à l'intérieur d'une Séphire,
d'autres subtilités peuvent être déduites. On peut concevoir les Séphiroth comme
des boites gigognes, chacune comportant un Arbre entier, et chaque Séphire de cet
Arbre comportant à son tour un autre Arbre, et ainsi de suite à l'infini. . .
17. Un trop grand raffinement va contre le but recherché mais ce peut être un
bon exercice que de reprendre de toute façon ce processus et de considérer dans
une première phase toutes les Séphiroth dans chaque Séphire. Ceci donnera plus
de cent catégories différentes si on l'applique à l'Arbre, et il est peu probable qu'il
soit très utile d'aborder la seconde phase et de produire plus de mille catégories
différentes, bien que le numérologiste confirmé puisse y trouver des
renseignements intéressants.
18. Pour débuter on peut essayer de concevoir l'action des Trois Piliers dans
chaque Séphire c'est-à-dire le mode de fonction actif, passif et équilibré de chaque
Séphire. On peut ensuite procéder à l'analyse de chacun de ces Piliers selon leurs
quatre niveaux ; et de là, la phase suivante qui consiste à formuler les Séphiroth
dans une Séphire ne constitue pas une démarche insurmontable.
19. Le symbolisme numérique de la Bible provient en majeure partie de la
Qabal, bien que l'on doive se souvenir que les Qabalistes des premiers temps ne
considéraient que dix Séphiroth, Daath n'étant pas reconnue comme Séphire à part
entière. Ainsi le nombre quarante dont la Bible parle dans les récits du Déluge, de
l'Exode des Juifs hors d'Egypte et du temps que Notre Seigneur passa dans le
Désert, se rapporte aux quatre niveaux de chacune des dix Séphiroth. Les nombres
quatre, sept, dix, douze et les résultats de leur multiplication comme par exemple
quarante, cent, cent vingt, cent quarante quatre, mille, cent quarante quatre mille,
etc, se retrouvent fréquemment dans la littérature biblique. Tout ceci est en fait
une étude de spécialiste mais il peut être intéressant de pratiquer un peu de
méditation spéculative, en gardant à l'esprit les quatre mondes Qabalistiques, les
Quatre Saintes Créatures Vivantes et les Eléments, les sept plans et les sept
Séphiroth du « circuit magique », les dix Séphiroth, les douze signes du Zodiaque,
etc...
20. En ce qui concerne le circuit magique de sept Séphiroth, c'est-à-dire Daath,
Chésed, Netzach, Yésod, Hod, Gérubah et Tiphéreth, on peut objecter que Daath
n'était pas à l'origine une Séphire. Cependant il existait une division septennaire
de l'Arbre de Vie bien connue, que les anciens Qabalistes utilisaient et qui portait
le nom de Sept Palais. Dans cette division, la Triade Supérieure est comptée pour
un, Yésod et Malkuth pour un et les autres Séphiroth, à l'exception bien sûr de
Daath, chacune pour un. Nous avons vu que Daath est en fait le point de contact
avec la forme des forces Supérieures et aussi que Yésod et Malkuth, éthérique et
physique, sont très intimement liées ; il est donc bien correct, dans un but
pratique, d'utiliser Daath de cette manière comme une Séphire et il est bien sûr
utile de le faire tant que l'on se souvient qu'il faut rester à mi-chemin entre
l'inexactitude et la pédanterie.
21. On ne répétera jamais assez que l'Arbre de Vie est un système vivant, et la
vie dépend de l'utilisation efficace des fonctions. Et celui qui a lu beaucoup de
vieux livres sur la Qabal y trouve une masse considérable de bois mort. Et même
si on a l'intelligence de s'en défausser il est également essentiel de consacrer son
énergie au développement de nouvelles branches de l'Arbre Qabalistique, tant que
cette nouvelle croissance n'est pas de nature parasitaire et fougueuse qui
nécessiterait un élagage par les générations futures.
22. Il peut être utile de jouer avec les concepts de l'Arbre sous la forme d'un jeu
de société afin d'en mieux connaître son usage. On pourrait ainsi l'appliquer au
système gouvernemental d'un pays : Kéther serait le Chef d'Etat, Chokmah les
idéaux de la nation, Binah la Constitution, Daath la hiérarchie religieuse, Chésed
le législatif, Géburah le judiciaire, Tiphéreth le service civil, Netzach les arts, Hod
les sciences, Yésod les industries et Malkuth la terre.
23. Cette sorte de chose peut mener à la superficialité, car les implications
profondes des Séphiroth sont des stades d'existence spirituelle, mais un tel
exercice est néanmoins utile et valable même comme représentation de l'Arbre en
Malkuth appliquée sur une base sociologique. C'est lorsqu'on a acquis, avec les
Séphiroth, l'habileté du jongleur jouant avec des balles de couleur plus une bonne
connaissance de leurs aspects profonds que l'on commence réellement à apprécier
la valeur du système comme fondement de la totalité de son intellect.
CHAPITRE XVIII
RELATIONS ENTRE LES SEPHIROTH
1. Un coup d'œil rapide aux Textes Yetziratiques des Séphiroth montrera que
certaines d'entre elles sont particulièrement reliées à d'autres et qu'en dernière
analyse elles sont toutes intimement liées car l'Arbre de Vie est un glyphe
composé qui sert à bâtir un ensemble complet, que cet ensemble soit un Univers,
l'Homme, ou même une Séphire par elle-même. C'est en tant que guides à
certaines de ces relations que les autres glyphes subsidiaires tels que l'Eclair
Foudroyant, les Piliers de la Manifestation, le Caducée, etc... sont appliqués à
l'Arbre de Vie.
2. L'Eclair Foudroyant donne l'ordre de la manifestation des Séphiroth à partir
de Kéther, par Chokmah, Binah, Daath, Chésed. Géburah, Tiphéreth, Netzach,
Hod, Yésod jusque Malkuth. Et dans cet ordre d'idées une Séphire peut être
considérée comme positive pour celle qui lui succède et comme négative pour
celle qui la précède. Ainsi Hod, par exemple, dépend des forces qui établissent ses
formes en Netzach, et il est la source du Trésor aux Images en Yésod. On verra
également que Kéther est la Séphire suprêmement positive et Malkuth la Séphire
suprêmement négative et il existe donc une forte polarité entre ces deux
Séphiroth.
3. Les Piliers de la Manifestation, si on les applique à l'Arbre, divisent les
Séphiroth en trois catégories. Alignés sur le Pilier Actif on trouve Chokmah,
Chésed et Netzach ; sur le Pilier Passif on a Binah, Géburah et Hod ; et sur le Pilier
Central de l'Equilibre on trouve Kéther, Daath, Tiphéreth, Yésod et Malkuth. De
même qu'une Séphire est positive ou négative par rapport à sa voisine lorsqu'on
applique le glyphe de l'Eclair Foudroyant, une relation similaire peut être conçue
lorsqu'on remonte ou descend chaque Pilier. Ainsi Chésed, par exemple, est passif
pour Chokmah et actif pour Netzach ; et Géburah est passif pour Binah et actif
pour Hod. Mais sur le Pilier Central, que l'on pourrait aussi appeler le Pilier de
Conscience, les états de conscience doivent chacun influencer celui qui se trouve
en dessous et être réceptifs à celui qui est au dessus d'eux. Cet accès direct de
pouvoir de Kéther à Malkuth indiquerait l'homme spirituellement illuminé. Mais
malheureusement il existe des blocages pour la plupart d'entre nous et ils sont
symbolisés par l'Abîme au niveau de Daath, le Voile de Paroketh au dessus de
Tiphéreth et le Gouffre sous Tiphéreth, pour ne pas citer les influences nocives
provenant de l'Enfer Qliphothique sous Malkuth.
4. La relation entre les Séphiroth du Pilier Central est également soulignée par
le fait que toutes sont affectées à l'Elément Air, à l'exception de Malkuth qui est la
Terre. L'Air est un symbole de conscience et la Terre est la concrétion dense finale
que suscite Malkuth. Les Séphiroth des Piliers Latéraux sont affectées aux
Eléments Feu ou Eau suivant qu'elles sont actives ou passives. Ainsi Chokmah est
affecté au Feu et Binah à l'Eau. Il est intéressant de noter que l'affectation du Feu
et de l'Eau ne s'applique pas du haut en bas de chaque Pilier Actif ou Passif. Les
Séphiroth de Feu sont Chokmah, Géburah et Netzach. Ceci introduit la relation et
les positivité et négativité entre les Séphiroth diagonalement opposées. Ainsi les
pouvoirs organisateurs de Chésed sont des reflets des idées de forme en Binah et
influencent les formes inférieures en Hod ; et l'ardente qualité motivante de
Géburah est un reflet de la force première de Chokmah et influence la vitalité des
diverses forces de Netzajch.
5. La plupart de ces relations proviennent des Sentiers interconnectés de
l'Arbre, et la compréhension correcte de ces Sentiers dépend beaucoup de la
compréhension des Séphiroth qu'ils relient. De même, la compréhension
complète d'une Séphire dépend beaucoup d'une compréhension des Sentiers qui y
viennent et qui en partent et des Séphiroth qui se trouvent à l'autre extrémité de
ces Sentiers.
6. Les idées de polarité des Piliers sont également implicites dans la division de
l'Arbre en Triades. L'unité de Kéther est divisée au plan immédiatement inférieur
en deux opposés que sont Chokmah et Binah, lesquels retrouvent leur unité au
plan immédiatement inférieur de Daath. En descendant encore les plans, l'unité de
Daath se divise en deux Séphiroth polairement opposées (Chésed et Géburah) qui
à leur tour retrouvent leur unité en Tiphéreth pour se diviser encore en deux pôles
opposés que sont Netzach et Hod, et pour finalement reformer l'unité en Yésod et
Malkuth. En ceci on trouve beaucoup d'enseignement sur la dégradation ou sur la
sublimation de la force émanant de ou parvenant sur chacun des sept plans. Le
mot « dégradation » n'est évidemment pas utilisé de façon péjorative, mais dans le
sens technique de « réduction ».
7. Le Caducée montre ce principe sous un autre aspect. Au sommet on trouve le
symbole de la fertilité, la pomme de pin, en Kéther, et à la base le symbole
inférieur de fertilité, le signe Scorpio, le Scorpion. La nature spirituelle spéciale
de Chokmah et de Binah est montrée par les ailes déployées qui les recouvrent, et
la polarité des Séphiroth inférieures est indiquée par les serpents entrelacés dont
les queues se joignent en Malkuth, dont les têtes se retrouvent en Daath et qui se
recouvrent également en Yésod et en Tiphéreth. Les anneaux du serpent noir
passent par les deux opposés diagonalement que sont Chésed et Hod, et les
anneaux du serpent brillant passent par Géburah et Netzach. Les couleurs brillante
et sombre des serpents indiquent respectivement les puissances de force et de
forme, ce qui est confirmé par la nature des Séphiroth par lesquelles passe chaque
serpent.
8. Comme nous l'avons déjà dit, il existe aussi des classifications Cabalistiques
de l'Arbre à trois, quatre ou sept faces.
9. La classification ternaire consiste en la Vaste Expression, la Moindre
Expression et la Fiancée. La Vaste Expression, Arik Anpin, ou Macroposope
consiste essentiellement en Kéther, mais comprend également Chokmah et Binah
en tant qu'aspects de Père Suprême et Mère Suprême de cette Vaste Expression.
La Moindre Expression, Zaur Anpin, ou Microposope est centrée en Tiphéreth
mais comprend les Séphiroth qui l'entourent. La Fiancée du Microposope est la
Séphire qui reste, Malkuth. Si on l'applique au microcosme, c'est-à-dire à
l'homme, cette division donne l'application des Séphiroth à l'Esprit, à la psyché et
au corps physique et à son environnement. Dans ce système Zaur Anpin est
parfois appelé le Roi et Malkuth devient donc la Reine. Malkuth peut aussi être
appelé Eve Terrestre ou Mère Inférieure pour la distinguer de la Mère Supérieure,
Binah.
10. La classification quaternaire est le système des Quatre Mondes, Atziluth,
Briah, Yetzirah et Assiah. Leurs traductions habituelles sont respectivement
Monde des Archétypes, Monde Créatif, Monde de Formation et Monde Matériel.
Atziluth comprend Kéther ; Briah consiste en Chokmah et Binah ; Yetzirah
englobe le groupe des Séphiroth Centrales ; Assiah contient Malkuth. Cette
classification est semblable à la classification ternaire à l'exception de la
différenciation qui est faite à l'intérieur des royaumes spirituels de Kéther,
Chokmah et Binah.
11. La classification septénaire est appelée « Les Sept Palais » et place les trois
Séphiroth Supérieurs dans un palais, Yésod et Malkuth ensemble dans un autre et
affecte un palais à chacune des autres Séphiroth à l'exception de Daath que cette
méthode ne considère pas comme Séphire.
12. Nous avons déjà mentionné le système de division de l'Arbre en Triades en
considérant l'unité alternée et la division en opposés de pôles sur des plans
alternés. Cependant il existe trois Triades Qabalistiques principales qui consistent
en un triangle pointé vers le haut (Kéther, Chokmah, Binah) et en deux triangles
pointés vers le bas (Chésed, Géburah, Tiphéreth et Netzach, Hod, Yésod). A
l'origine Mathers les avaient traduits par Monde Intellectuel, Monde Moral et
Monde Matériel. A l'exception du Monde Moral, ces termes peuvent être très
déroutants. Le Monde Intellectuel de Mathers serait mieux nommé Monde
Archétype, Supérieur ou Spirituel, et le Monde Matériel n'est pas un titre
satisfaisant car le Monde Matériel est essentiellement Malkuth. Dion Fortune a
suggéré d'appeler la triade inférieure Monde Astral, bien que cela ne soit
absolument pas le titre idéal. On pourrait proposer le nom de Monde de Forme ou
Monde Psychologique, mais le facteur important n'est en fait pas le nom, mais ce
que l'on comprend de la triade ; et il ne semble pas qu'il existe un seul mot pour
décrire toutes les implications de ces trois Séphiroth.
13. Une autre méthode d'association des Séphiroth est de décrire l'Etoile de
David ou des triangles entrelacés autour de Tiphéreth. Ainsi Chésed, Géburah et
Yésod forment un triangle et Daath, Netzach et Hod forment l'autre. Le principe
des Triangles Entrelacés est un principe important du progrès spirituel. L'Ame, ou
Soi Supérieur, ou Individualité, est symbolisée par un triangle pointé vers le bas
qui projette dans l'incarnation son Soi Inférieur ou Personnalité, symbolisé par le
triangle pointé vers le haut. Chez l'homme non évolué il n'existe pas de contact
entre la conscience supérieure et la conscience inférieure, et les triangles sont
donc dessinés séparément, l'un au dessus de l'autre. Pendant le processus
d'unification des consciences supérieure et inférieure l'avancement est symbolisé
par les triangles qui graduellement se chevauchent jusqu'à ce que finalement, chez
l'homme totalement illuminé, ils forment l'Etoile de David. Ce symbole évoque la
conscience inférieure qui s'efforce d'atteindre les niveaux de conscience de Daath
et la conscience supérieure qui essaye de se rendre opérationnelle et fonctionnelle
dans les mondes inférieurs.
14. Il serait bien sûr également possible de représenter une étoile à six branches
centrée autour de Daath ou de construire des étoiles à cinq branches dont les
pointes supérieures seraient placées en Kéther ou en Daath. De plus on peut
essayer d'adapter graphiquement à l'Arbre toutes sortes de symboles comme par
exemple les signes planétaires. Cette pratique peut provoquer des trouvailles
intéressantes ou, en de nombreuses occasions, peut se révéler sans aboutissement,
mais il s'agit d'un divertissement assez intéressant. Et alors que l'attitude du jeu de
société n'est pas celle que l'on doit avoir en occultisme, de tels divertissements
intellectuels favorisent effectivement la familiarisation et la flexibilité
d'utilisation des aspects de l'Arbre, et c'est donc très bien ainsi.
CHAPITRE XIX
LES GRADES ESOTERIQUES
1. Le sujet des Grades Esotériques a probablement suscité plus de sottises et
d'incompréhension que toute autre branche de l'enseignement ésotérique.
2. Dans chaque groupe ésotérique qui utilise le système des grades, on devra se
souvenir que tous les grades sont largement arbitraires, tout au moins dans les
degrés inférieurs. On peut donc avoir une fraternité occulte avec un système
hiérarchique de grades fonctionnant correctement et une autre fraternité,
travaillant peut-être à un niveau plus profond, qui pourrait avoir les mêmes grades
mais ceux-ci seraient tous également supérieurs en fonction sinon en nom à ceux
de la première fraternité. En conséquence si une fraternité parvient soudainement
sur un nouveau champ d'action et termine avec succès la phase précédente de son
développement de groupe, il est souvent nécessaire que le groupe dans son
ensemble soit renvoyé au grade le plus bas et ensuite, après avoir établi la
fondation du nouveau niveau supérieur, qu'il commence à bâtir la structure d'une
hiérarchie dotée de nouveaux grades.
3. On voit donc qu'un néophyte dans une fraternité pourrait être spirituellement
bien plus avancé qu'un néophyte dans une autre. De plus, dans tout véritable
groupe il est nécessaire que tout nouvel arrivant commence par le grade le moins
élevé et fasse son chemin jusqu'à ce qu'il trouve finalement son niveau. De cette
façon une personne très avancée pourrait être dans les grades inférieurs pendant
un certain temps. Une distinction doit donc également être faite entre le grade
intérieur, lequel correspond aux capacités véritables de cette personne, et le grade
extérieur qui dépend souvent essentiellement de la date à laquelle une personne
est entrée dans une fraternité, étant entendu qu'il faut au moins un an pour transiter
par chacun des grades inférieurs.
4. En ce qui concerne le grade intérieur on trouvera également des échelons
différents parmi les aspects psychologiques d'une même personne. Ainsi, elle peut
être capable de fonctionner à un niveau spirituel élevé pour certaines applications
mais être totalement inapte à d'autres niveaux. Un étudiant en ésotérisme est
semblable à une chaîne : elle n'est pas plus forte que son maillon le plus faible ; et
l'avancement de l'étudiant se fera suivant ses aptitudes à maîtriser ses faiblesses
plutôt que selon l'intensité de ses forces. Il se peut cependant que parfois cela
puisse permettre à une personne de se hisser au grade supérieur car le stimulus du
grade supérieur peut l'aider à vaincre ses faiblesses. De même une personne
possédant une personnalité tout à fait inadéquate peut, pour sa propre protection,
être attirée vers un grade supérieur dans lequel l'accent est porté sur la conscience
supérieure plutôt que sur la conscience inférieure. Si cette personne restait à un
niveau inférieur qui ne comporterait que des forces portant essentiellement sur les
niveaux inférieurs, la personnalité pourrait subir des blessures. Un tel cas est rare
et s'applique à une âme de haut grade qui, pour des raisons karmiques, possède
une personnalité de bas échelon. Aussi seule une fraternité bien établie oserait
faire progresser de cette façon des personnes inaptes, et de telles personnes ne
seraient pas affectées au grade le plus élevé pendant le travail de débroussaillage
pour leur bien propre et pour celui de la fraternité.
5. Il s'agit d'un exemple extrême mais il s'applique de moindre façon à la
plupart des personnes. A de très rares exceptions près on trouve par exemple
certains aspects de la personnalité que l'on ne peut perfectionner même si on la
maintient dans les grades inférieurs pendant très longtemps. Les personnes
promues à des grades supérieurs le sont donc habituellement en dépit de certaines
insuffisances plus ou moins permanentes qu'elles peuvent encore avoir. Ces
insuffisances constitueront toujours une faiblesse pour le groupe mais de nos
jours, dans l'existence physique, la perfection est impossible. Une personne
parfaite n'aurait pas besoin de s'incarner.
6. Ces faiblesses peuvent affecter le groupe de différentes façons. Dans le
travail pratique, elles peuvent être minimisées par une organisation intelligente à
la direction de la fraternité, mais les résultats que l'on ne peut entièrement éviter
sont les réactions des membres des grades inférieurs qui, lorsqu'ils viennent pour
la première fois dans une fraternité, s'attendent à ce que la perfection absolue leur
soit montrée par les membres plus anciens ; ils sont donc désillusionnés. Il se peut
cependant que cela ne soit pas une mauvaise chose car ce que l'on demande d'un
aspirant en occultisme, c'est une juste appréciation de la réalité. L'autre façon par
laquelle les faiblesses des membres plus anciens peuvent endommager le groupe
est qu'elles peuvent servir de voie d'accès aux forces mauvaises qui cherchent
toujours à détruire les groupes. Habituellement ces forces se manifestent au
travers d'un membre dont le défaut est d'être individualiste et perfectionniste, et
qui ne perd aucune occasion de fureter partout et de critiquer les fautes des autres.
Le mal se donne généralement l'aspect du bien.
7. Ce dont un groupe ésotérique a réellement besoin c'est l'esprit de groupe et la
volonté de ne pas remarquer les défauts des autres mais d'inspecter l'état de son
âme personnelle. Ce n'est pas une justification d'imprécisions mais c'est une
évaluation des facteurs tels qu'ils sont en réalité. Les membres individuels d'un
groupe ésotérique ne doivent pas verser dans la critique, en pensée, émotion ou
parole car la responsabilité de l'évaluation des membres du groupe revient
uniquement au responsable de ce groupe. Si le responsable du groupe est
fortement insuffisant sur un point quelconque, le groupe ne peut pas y faire grand
chose. La critique ne facilitera pas du tout les choses mais servira simplement à
accélérer l'éclatement du groupe qu'a provoqué l'insuffisance de son chef.
8. Finalement il reste un facteur cyclique à prendre en considération. Une
personne peut, pour un certain temps, être capable de fonctionner à un niveau
spirituel élevé puis de retomber à un niveau inférieur. Ceci se produit assez
souvent, spécialement dans les premiers degrés et on pourrait dire que la personne
est d'un haut grade à ses points élevés et d'un grade inférieur en ses points bas. De
façon générale la tendance est cependant à la hausse et au fur et à mesure que le
temps passe les pics et les cuvettes deviennent progressivement plus élevés et ce
qui pour une personne était quelques années auparavant le point culminant d'une
réussite peut être un niveau normal de fonctionnement ou un niveau
comparativement bas lorsqu'elle l'expérimentera spirituellement « hors la
forme ». Si l'on tient compte de ce facteur cyclique ou spiroïdal on peut voir
qu'une personne de grade élevé expérimentant un point inférieur peut très bien
agir à un niveau supérieur à celui sur lequel une personne de grade inférieur
expérimenterait un point élevé. Un observateur qui se pencherait sur ces deux
personnes dans un même milieu ne serait pas capable de juger correctement de
leurs mérites respectifs à moins qu'il ne poursuive son observation pendant un
laps de temps assez long, même si l'on suppose que son propre état spirituel est
assez élevé pour ne pas déformer ses pouvoirs d'observation et de jugement.
9. On verra ainsi que la conception du grade est un sujet compliqué ; mais il
existe des grades bien définis qui correspondent aux Séphiroth de l'Arbre de Vie.
Pour des raisons pratiques ces grades peuvent souvent tenir plus de l'idéal que du
réel, mais ils doivent de toute façon devenir réels pour que le progrès spirituel
puisse se faire. Au moyen des grades affectés aux Séphiroth on peut juger de l'état
d'un groupe ^ir sa condition réelle se fonde sur la réalité. Le chef d'un groupe peut
se promulguer Ipsissimus mais s'il ne possède même pas le contrôle de ses propres
éléments intérieurs il ne serait même pas un Adeptus Minor, quel que soit le nom
dont il s'affuble ; et il ne serait pas capable d'initier qui que ce soit à un niveau plus
élevé que celui auquel il se trouve. La qualité d'un groupe dépend donc de la
qualité de son chef.
10. Soit dit en passant, un Adeptus Minor fonctionnant correctement à ce
niveau n'aurait certainement pas cette absence du sens de la réalité qui le ferait
s'appeler lui-même Ipsissimus. En règle générale, plus un soi-disant occultiste se
déclare être à un niveau élevé, plus il est en fait à un niveau inférieur. Rien n'existe
pour empêcher quelqu'un de se déclarer Ipsissimus ou Mage ou quoi-que-ce-soit
et «d'initier» d'autres personnes à autant de grades pour lesquels elles veulent bien
payer, mais en réalité il n'y aura pas eu d'initiation. Aucun véritable Adepte (et
seul un Adepte peut initier) ne demandera d'argent tout simplement parce que l'on
ne peut acheter une initiation mais qu'elle doit être le fruit de longs efforts. On doit
dire que la plupart des écoles ésotériques demandent des honoraires pour leurs
premières leçons ou pour leur cours par correspondance pour la préparation de
l'initiation dans l'unique but de couvrir leurs dépenses. Après l'initiation, et par
conséquent l'élection à titre de membre à part entière du groupe, tout ce qui est
demandé sont des dons volontaires, comme dans toute église, et la pauvreté
d'argent n'est jamais une raison d'empêchement de l'initiation.
11. Selon le système Cabalistique, les grades ésotériques sont les suivants :
Malkuth - Zélator ; Yésod - Théoricus ; Hod -Practicus ; Netzach - Philosophus ;
Tiphéreth - Adeptus Minor ; Géburah - Adeptus Major ; Chésed - Adeptus
Exemptus ; Binah -Magister Templi ; Chokma1! - Mage ; Kéther - Ipsissimus. Le
terme Néophyte est utilisé pour qualifier celui qui vient de parvenir à un grade
supérieur, quel que soit ce grade.
12. Cette affectation de Séphiroth à des grades est à un certain point trompeuse
car le progrès réel s'accomplit au long des Sentiers.
13. En ce qu'il est la sphère de la vie physique, le Chercheur, Malkuth
représente celui qui a réalisé qu'il existe peut-être beaucoup d'importance dans ce
qui est derrière le monde des apparences physiques et qui a l'intelligence de
rechercher une quête à suivre. On pourrait comparer cela à un faible
pressentiment de l'Expérience Spirituelle de Malkuth, la Connaissance et la
Conversation du Saint Ange Gardien, et dans sa recherche d'un groupe ésotérique
avec lequel il pourra étudier il aura besoin de toutes les parcelles de Discernement
- la Vertu de Malkuth - qu'il sera capable de rassembler.
14. Lorsqu'il contactera un groupe et poursuivra un plan défini de formation
ésotérique on pourra dire qu'il chemine sur les 32ème et 25ème Sentiers de l'Arbre
de Vie, de Malkuth via Yésod jusqu'aux aspects extérieurs de Tiphéreth. Pendant
ce processus qui consiste essentiellement à former la personnalité, sa tâche doit
être de cheminer sur la voie médiane au travers des tiraillements conflictuels des
forces de Netzach et de Hod.
15. En Malkuth, les épreuves sont essentiellement celles qui concernent le bon
caractère tel qu'on s'attend à le trouver chez chaque personne de ce monde ; et le
bon caractère est particulièrement essentiel comme base sur laquelle on bâtit
l'utilisation consciente des pouvoirs supérieurs de l'âme. Et aussi, bien sûr, on ne
quitte jamais le grade inférieur : on bâtit les grades supérieurs sur lui. Quel que
soit l'avancement spirituel auquel est parvenue une personne elle a encore besoin
du bon caractère, de l'efficacité terrestre et du bon sens commun de Malkuth. On
verra aussi que l'initiation complète de Malkuth, la Connaissance et la
Conversation du Saint Ange Gardien, qui est une compréhension complète du
chemin de sa propre destinée, ne sera vraisemblablement pas atteinte avant que
l'on ne soit parvenu à un haut degré de développement.
16. A la phase de développement correspondant à Yésod, l'esprit subconscient
doit être ouvert et donc à ce stade, pour parler de façon idéale, on devrait subir une
analyse psychologique complète, car progresser vers une connaissance occulte
supérieure en souffrant d'une neurose ou d'une quelconque pathologie cachée c'est
s'attirer des ennuis. Ce procédé n'est pas nécessairement ce que l'on connaît sous
le nom de psychanalyse, mais l'obtention d'une connaissance plus profonde de
soi-même par les techniques de la psychologie spirituelle.
17. A partir de Yésod l'âme subit une expérience subjective de grand isolement,
et il peut se produire une crise aiguë au point où l'âme croise symboliquement le
Sentier latéral 27. Lorsque cette crise a été surmontée avec succès les contacts
mystiques commencent à s'établir et l'initié est alors capable de fonctionner tant
en polarité verticale avec les forces intérieures qu'en polarité horizontale avec les
forces de ses connaissances, amis et relations dans le monde extérieur. Lorsque
l'âme succombe à ce point critique elle quitte habituellement le groupe et retourne
assez rapidement à l'état psychologique dans lequel elle était avant de faire partie
de ce groupe.
18. Pendant tout ce processus de Malkuth aux abords inférieurs de Tiphéreth,
l'apprentissage est fait en majeure partie en groupe, et tout défaut qu'on n'aurait
pas abordé est équilibré après ou en Tiphéreth où la formation est plus
individuelle. Idéalement, l'initié qui a atteint ce stade devrait être sain de corps et
d'esprit, sans répression d'aucun complexe inconscient et devrait posséder un
champ d'action de conscience mystique. Il ne doit pas être dominé par
l'environnement de Malkuth, par les instincts et les passions de Yésod, par l'esprit
concret de Hod, ou l'hypersensibilité du déséquilibré Netzach. Ceci est bien sûr un
idéal difficile à atteindre et qui se manifeste rarement en pratique, bien que ce soit
le but que l'on doive rechercher le plus ardemment. Le pouvoir et l'efficacité de
toute fraternité dépendent de la façon dont ses membres s'acquittent de cet état
idéal, c'est-à-dire des grades archétypes des Séphiroth.
19. Conjointement à ce processus intérieur, il existe bien sûr la formation à la
technique élémentaire de magie suivant le système utilisé par le groupe dont on
fait partie. C'est la profusion de ces systèmes que l'on confond souvent dans les
publications avec les grades ésotériques.
20. L'ouverture de la conscience mystique a sa correspondance avec le
percement du Voile de Qesheth entre Yésod et Tiphéreth. Ce voile est symbolisé
par les couleurs de l'arc-en-ciel et indique la lumière de Tiphéreth qui se réfracte à
travers la sphère astrale ou émotionnelle. Vu de Yésod il est comparable à un Arc
d'Espérance qui voile cependant la vision directe de la conscience mystique de
Tiphéreth, vision que l'on a aussitôt passé le Voile.
21. Le stade suivant est important et est appelé le « Franchissement du
Gouffre ». Il est de la nature d'une Consécration Sans Réserve. On dit qu'il faut
trois incarnations d'efforts soutenus pour parvenir à ce point. C'est réellement un
saut de Foi car il sous-entend que tes valeurs de l'âme doivent être changées de
celles du monde extérieur de convenances à celles du monde intérieur des
principes. Après avoir franchi cet obstacle l'initié a consacré sa vie au service de la
Hiérarchie et il devient le « disciple admis » d'un Adepte du Plan Intérieur. Ceci
comprend premièrement la consécration par l'initié, deuxièmement une période
de probation pendant laquelle on met sa consécration à l'épreuve et troisièmement
un accord possible de l'Adepte du Plan Intérieur en cause. Il faut souligner que les
épreuves ne sont pas artificielles mais qu'elles se produisent presque
naturellement dans les circonstances de vie de l'initié. Aussi la consécration à ce
niveau est-elle inférieure car il est reconnu que certaines tâches très importantes
telle que par exemple le bien-être des enfants auront priorité sur l'Œuvre des
Mystères si les deux venaient à entrer en conflit.
22. Le Gouffre ayant été franchi, et cela implique réellement le pouvoir d'agir
seul sans dépendre des autres plutôt qu'un renoncement aux choses de ce monde,
les processus de Tiphéreth sont alors subis : l'Enfant, le Roi et le Dieu Sacrifié.
Ces processus sont la croissance et le développement de la conscience et de
l'action spirituelles jusqu'à ce que finalement la personnalité soit « sacrifiée » et
que l'initié travaille entièrement selon les principes spirituels dans la mesure où
son karma le lui permet. Une autre façon de se représenter ceci serait de dire que
l'initié a un canal direct de communication entre son Soi Supérieur et son Soi
Inférieur, Son Individualité et sa Personnalité, son Ame et ses véhicules
inférieurs, son Krishna et son Arjuna, sa Personnalité Evolutionnaire et sa
Personnalité Incarnatoire, suivant la terminologie préférée.
23. L'âme se dirige alors, pour parler symboliquement, par le 22ème Sentier de
l'Ajustement Karmique vers Géburah. C'est un processus d'affrontement et de
réaction envers la plus grande partie du Karma qui s'est formée pendant la période
de l'époque historique. De Géburah on chemine sur le Sentier latéral vers Chésed
et cela comprend l'affrontement total du Karma pendant tout le passé
évolutionnaire de l'âme afin que lorsque l'initié est fermement établi en Chésed il
soit libéré du Karma, il ait accepté la responsabilité de toutes ses actions et soit en
état d'accomplir son œuvre de destinée en totale liberté des résultats des erreurs
passées. Ceci correspond au grade de Adeptus Exemptus et un tel adepte n'aurait
pas la nécessité de se réincarner et, étant exempté de son propre Karma, il serait en
mesure de prendre en charge et de faire évoluer les aspects d'un Karma de groupe
de la façon que Notre Seigneur nous a montrée. En général cette tâche est mieux
faite de nos jours sur les plans intérieurs, les conditions de l'existence physique
étant trop dégénérées pour qu'un tel être travaille à plein rendement, et les
ouvriers de haut grade sur les plans intérieurs étant si peu nombreux.
24. En Chésed réside le « Sentier Secret » qui va vers Daath ; ce dernier est
symbolisé par le terme « La Chambre Vide ». Ceci implique l'affrontement de la
réalité absolue sans les voiles des symboles ou, bien sûr, de forme de quelque
nature que ce soit. C'est une approche des vérités sans forme des mondes
spirituels et cela comprend une franche et totale rupture d'avec les conceptions ou
les formes-liens précédentes. On dit qu'il s'agit d'une forme supérieure et suprême
de l'approche vers Tiphéreth et pendant ce processus on peut subir une terrible
solitude spirituelle car toutes les anciennes conceptions, même celles sur Dieu,
doivent être dissoutes jusqu'à ce qu'il n'en reste rien, et l'âme croit être au point de
destruction par l'isolement.
25. Un tel récit ne peut être que d'un intérêt académique pour celui qui aurait
besoin des services du présent livre, mais on peut imaginer que l'apparente
destruction de l'âme avant qu'elle n'assume les pouvoirs de l'Esprit soit une
analogie supérieure des peurs de la personnalité lorsqu'elle approche du saut au
dessus du Gouffre et de la prise en charge des pouvoirs de l'âme, ce à quoi on ne
peut totalement croire tant qu'on ne les a pas subis soi-même.
26. Le Grade au dessus de l'Abîme est le Magister Templi de Binah et c'est un
maître accompli dans tous les aspects de forme à chaque niveau. Un tel grade ne
présente bien sûr d'intérêt immédiat que pour un Adepte du Plan Intérieur, car ce
grade ne sera probablement pas atteint par quiconque en incarnation. De même, il
serait de peu d'intérêt de spéculer sur les aptitudes nécessaires pour atteindre les
grades nettement plus élevés de Mage ou de Ipsissimus.
27. Cependant, pour ceux qui seraient intéressés par l'acquisition d'un sens des
proportions en ce qui concerne la signification réelle des grades, «The Rays and
the Initiations » de Alice A. Bailey donne un compte rendu très complet de
l'initiation aux plus hauts grades des Maîtres Tibétains.
28. Dans un but pratique cependant, on se souviendra toujours que les grades
inférieurs sont surtout des représentations de fonction. Aussi un grade n'est atteint
qu'au moment où tous les pouvoirs d'une Séphire ont été assimilés. Ainsi, bien
qu'à Géburah soit affecté le grade d'Adeptus Major, un initié de Géburah n'est
qu'un Adeptus Minor jusqu'à ce qu'il « quitte » la sphère de Géburah et qu'il soit
déjà sur la voie des initiations de Chésed. Il y a aussi beaucoup de recouvrements,
car les initiés devront affronter des rééquilibrages de Karma, lesquels se
rapportent essentiellement au Sentier qui va de Tiphéreth à Géburah, bien avant
qu'ils parviennent au niveau même de Tiphéreth.
29. Ce pourrait bien être une bonne chose si toutes les conjectures étaient
abandonnées, car la tendance très humaine et erronée est de les considérer comme
des galons hiérarchiques, ce qui est un travestissement complet de tous les buts et
des processus de l'initiation. Cependant on a pensé qu'il était bon d'inclure un
chapitre sur ce sujet car les grades Séphirothiques ont été assez largement publiés
dans le passé, ce qui a mené à tant de conjectures maladives qui ont toutes tendu à
être des pires suppositions simplement parce que tout véritable occultiste,
connaissant les complications et les traquenards du sujet, évite de les aborder. En
conséquence, un élément de mystère a grandi inutilement, et le mystère est une
chose que l'on doit chasser une fois pour toutes du processus parfaitement naturel
du développement spirituel.
CHAPITRE XX
ATTRIBUTIONS DIVERSES
1. Sous le titre attributions diverses nous classons toutes les références aux
pierres précieuses, aux plantes, aux animaux réels et imaginaires, aux drogues et
parfums, au symbolisme alchimique, aux organes du corps humain, etc...
2. La plupart de ces attributions proviennent de vieux livres et, de façon
générale, elles ne sont pas simplement arbitraires mais elles sont aussi chaotiques.
Avant que d'accorder de la valeur à tout texte ancien il serait bon de se rappeler ce
qu'écrivait Thomas Vaughan, un des rares Qabalistes anciens spirituellement bien
informé : « Il existe beaucoup de Platoniciens - et ce dernier siècle leur a donné
quelques disciples imitateurs- qui discutent très hardiment des similitudes des
inférieurs et des supérieurs ; mais si nous étudions soigneusement leurs sottises on
trouve un amas de petits rapprochements sans intérêt, à savoir l'héliotrope et le
soleil, le fer et la magnétite, la blessure et l’arme. C'est un jeu excellent de les
entendre croasser du haut de leurs lamentables détails comme s'ils connaissaient
l'aimant universel qui lie cette carcasse et qui dirige tous ses membres vers une
compassion mutuelle. C'est un humour très semblable à celui de Don Quichotte,
qui connaissait Dulcinée mais qui la vit jamais » (Coelum Terrae, 1650).
3. Le genre de choses auquel pense Vaughan dans sa référence à l'héliotrope et
au soleil, par exemple, peut être remarqué en ouvrant au hasard tout ancien
grimoire ou livre des recettes magiques, lesquels sont non seulement très
recherchés par les collectionneurs mais sont également reproduits ad nauseam
dans les livres modernes qui traitent du sujet. Par exemple l'héliotrope ou souci
était associé au soleil en raison de la superstition qui voulait qu'il soit toujours
tourné face au soleil. A partir de ceci et par une étrange logique, Albertus Magnus
déclarait solennellement que si l'on en produisait dans une église, aucune femme
adultère ne serait capable de quitter l'édifice tant qu'il y serait exposé. Ce secours
divin à la moralité a pu provenir de la notion voulant que puisque le soleil produit
la vie, toute plante ayant des traits communs avec le soleil, que ce soit par la
couleur, la forme, la légende, etc... , devrait avoir des attributs semblables et
pourrait donc être utilisée comme stimulant sexuel ou peut être comme antidote
morale à cette régénéres-cence sexuelle de masse dans ses manières les plus
subtiles telles qu'elles sont décrites ci-dessus.
4. On peut établir des correspondances entre les Séphiroth et diverses plantes,
animaux, etc. , mais on doit se rappeler que les correspondances ne sont que des
instruments psychologiques qui peuvent être utilisées soit comme exercice
technique lorsqu'on joue avec les concepts de l'Arbre, soit comme moyen de
concentration du foyer de l'esprit conscient pour la méditation ou pour la magie
rituelle.
5. Crowley, par exemple, a dressé des listes exhaustives de correspondances
dans « 777 » mais elles ne sont en fait d'utilité pour personne sinon Crowley
lui-même ; et il est mort. Le mieux qu'on en puisse faire est de leur appliquer
l'exercice technique qui consiste à les traverser et à se demander pourquoi elles
ont fait l'objet de telles attributions ; et même dans ce cas on apprendra moins sur
la Qabal que sur la façon dont l'esprit de Crowley travaillait. Par exemple, dans sa
liste d'animaux, réels ou imaginaires, on peut voir que Dieu, Homme et Femme se
rapportent à Kéther, Chokmah et Binah. L'attribution de la Licorne à Chésed est
moins évidente, mais le rapprochement du Basilic et de Géburah provient sans
aucun doute du fait que son regard changeait les personnes en pierre. Dans ce cas
il y a évidemment un parallèle avec la Méduse, laquelle fait partie du mythe de
Persée et qui est peut être mieux reliée à Daath. A Tiphéreth il affecte le Phénix, le
Lion et l'Enfant. L'Enfant est l'une des Images Magiques et le Lion est présent car
Léo est un signe astrologique solaire et aussi le « Roi des animaux » alors que le
Phénix, en ce qu'il renait de ses propres cendres, correspond au Dieu Sacrifié et
Ressuscité de Tiphéreth. Crowley aurait aussi pu inclure le Pélican, un oiseau qui
relève à l'évidence de Tiphéreth en raison de ses associations avec le sacrifice ; on
disait qu'il se transperçait la poitrine de son bec pour nourrir ses enfants, et on le
comparait souvent au Christ. Crowley affecte le Lynx à Netzach car c'est un
animal consacré à Vénus, alors que l'Hermaphrodite est l'Image Magique de Hod.
L'affectation du Chacal à Hod peut avoir un fondement Qliphothique. L'Eléphant
est l'une des créatures classiques dont on dit qu'elle supporte le monde et qui se
rapproche donc de la Fondation, Yésod, alors que le Sphinx est placé en Malkuth
soit parce qu'il contient les animaux reliés aux Quatre Eléments, soit parce qu'il
était traditionnellement au Seuil du Temple Egyptien des Mystères placé sous les
Pyramides.
6. Bien qu'on puisse voir la raison de la plupart des attributions, on pourrait en
établir beaucoup avec autant de justesse et, franchement avec aussi peu d'intérêt.
Certaines des attributions de Crowley proviennent de visions qu'il a eues alors
qu'il travaillait sur certaines parties de l'Arbre, mais cela signifie seulement
qu'elles portaient une certaine signification pour Crowley dans ce contexte et à
cette époque. Les symboles arbitraires ne sont pas rendus universels par le simple
fait de leur publication. Les écrivains en occultisme semblent aimer voler vers le
renseignement tabulaire mais ce faisant ils font plus de mal que de bien car le
renseignement tabulaire ne fait rien d'autre que d'attirer le type d'esprit dont le
délice est de faire des voyages imaginaires à l'aide d'horaires périmés de chemin
de fer. Et bien que la plupart des voyages spirituels de la Qabal soient faits dans
l'imagination, c'est de l'imagination créatrice dont on a besoin pour en retirer du
profit et non de l'imagination de seconde main qui consiste à jongler avec les
éléments propres à une autre personne.
7. Comme la frappe de monnaie, le véritable but du symbolisme est de
représenter quelque chose de réel. Le symbolisme, comme l'argent, est fait pour
être utilisé et encaissé contre quelque chose dé valeur. Beaucoup font l'erreur
d'être des numismates ésotériques : de simples collectionneurs de symboles.
8. Certaines pierres précieuses et certains encens sont utilisés en magie
cérémonielle, mais mise à part la difficulté de l'organiser, il vaut mieux que le
novice la laisse de côté. Ici encore les encens sont largement arbitraires et il vaut
mieux les laisser au choix de l'opérateur qui possède quelque expérience pratique
de leur effet sur sa propre conscience. Pour un travail ordinaire de groupe,
l'encens commun d'église est peut-être la meilleure chose à utiliser.
9. En ce qui concerne les pierres, dans un but général seule la couleur est
importante et donc tout bijou en toc ou de peu de valeur convient très bien. C'est
seulement pour le travail plus avancé de nature talismanique que l'on doit utiliser
les matériaux traditionnels c'est-à-dire le métal et la pierre précieuse associés à
une planète. Les attributions planétaires des métaux sont : Saturne - plomb,
Jupiter - étain, Mars - fer, Soleil - or, Vénus - cuivre ou laiton, Mercure - mercure,
Lune - argent. Les pierres précieuses sont attribuées généralement suivant leur
couleur, leur supériorité envers le verre teinté résidant dans le fait que la
pigmentation est dans la structure atomique et cristalline.
10. En ce qui concerne les symboles alchimiques, les divers écrits sont
tellement encombrés d'oublis intentionnels et de déformations accidentelles que
cela demande une forte dose de perspicacité et de connaissance pour tirer
avantage des enseignements qu'ils peuvent cacher. En fait, si quelqu'un possède la
perspicacité nécessaire pour séparer le grain d'instruction spirituelle de la botte de
paille du codage élaboré, de la superstition médiévale et de la science chimique
primitive, il n'a en fait pas besoin d'elle car il est déjà passé par le processus
alchimique. Tout l'intérêt devient donc purement académique.
11. Il est impossible de dresser un catalogue clair et net des différents termes
alchimiques car leur signification varie d'un auteur à l'autre. Bien que, en règle
générale, les trois principes de soufre, mercure et sel puissent être comparés aux
Piliers de Manifestation positif, médian et négatif, que les métaux peuvent être
affectés aux Séphiroth suivant leur attribution planétaire, etc. , il ne s'agit en
aucun cas d'une terminologie universelle. Vaughan, par exemple, qui définit assez
bien ses termes, appelle le plan astral Mercure - le « royaume médian » de l'Air ; il
rapproche le Feu de l'Esprit ; et il considère que le monde matériel ne consiste que
de deux éléments : Terre et Eau. Il est habituellement nécessaire de suivre les
écrits d'un alchimiste du tout début jusqu'à la fin pour comprendre la majeure
partie de ce qu'il a voulu dire. Bien qu'elle puisse être une alternative fascinante à
la lecture de romans policiers ou à la résolution de mots croisés, l'étude générale
de l'alchimie comprend tant d'effort intellectuel pour si peu de connaissance
pratique en retour qu'il vaut mieux la laisser à l'expert ou au dilettante. L'expert
peut obtenir quelques intéressants aperçus philosophiques de certains alchimistes
orientés spirituellement, alors que le dilettante est mieux utilisé lorsqu'il joue avec
la très grande masse de littérature alchimique inoffensive que lorsqu'il barbotte
dans la magie cérémonielle, les transes hypnotiques, les postures et les exercices
de respiration de Yoga, etc. ; des sujets qui peuvent le projeter dans de l'eau si
chaude qu'elle excéderait de beaucoup l'inconfort de tout Balneum Mariae de
l'alchimiste.
CHAPITRE XXI
LES QLIPHOTH
1. Le mot Qliphoth signifie « prostituées » ou « coquilles » et c'est un concept
Cabalistique qui n'a pas besoin de retenir longtemps notre attention. Celui qui
veut voir les démons Qliphothiques à l'œuvre n'a pas besoin de pratiquer les
puissantes conjurations d'Abramelin le Mage : qu'il lui suffisse de jeter un regard
sur l'hôpital, l'asile psychiatrique, la prison, le bordel ou le taudis le plus proche.
Lorsqu'on les compare à des dépravations telles que Belsen ou Auschwitz, ou aux
succédanés de la politique moderne, tels que les gaz toxiques, les bombes au
napalm, au lavage de cerveau, etc… , la sorcière démodée ou le magicien noir
pratiquant son orgie paraissent être du menu fretin.
2. Les Ordres des Démons de la Qabal sont généralement des personnifications
du Vice d'une Séphire, ou un principe opposé à ce que la, Séphire représente.
Ainsi les Têtes Opposées de Thaumiel s'appliquent à Kéther, en négation de
l'Unité Divine ; à Chockmah est affecté Ghagiel - les Entraves -, et le Silence de
Binah est perverti en Satariel, qui signifie « Raclée ». La bienveillante sphère
régissante de Chésed a les Frappeurs et Géburah les Flamboyants alors que
l'Harmonie de Tiphéreth est brisée par Thagirion, le Litige. Les Forces de Netzach
sont dispersées par le Grand Corbeau de la Dispersion, et la Fausseté, le Vice de
Hod, trouve son exemple dans Samael, le Faux Accusateur. La Fondation de
Yésod est le Cul Obscène et la convoitise exacerbée des valeurs matérielles est le
domaine de Lilith, la Femme de la Nuit.
3. Quel que soit le mal, et il est probablement impossible d'en donner une
définition exhaustive, ses manifestations apparaissent généralement comme un
refus de l'unité : les Deux Forces Opposées, le Litige, les Entraves, le Grand
Corbeau de la Dispersion, etc. , ou la Foule des Dieux, le Manque de Valeur et
l'Incertitude appliqués aux Voiles de l'Existence Négative. Les mystiques ne
cessent de clamer le sens de la synthèse et l'unité, et le fait que la séparation est
une illusion. On peut alors voir que les termes du Christ donnant les deux
nouveaux Commandements étaient une tentative directe de fermer la porte au mal
: « Le premier de tous les commandements c'est, Ecoute, O Israël ; le Seigneur
Notre Dieu est l'unique Seigneur : et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton
cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force ; c'est le premier
commandement. Et le second est identique, c'est-à-dire tu aimeras ton prochain
comme toi-même. Il n'y a pas de commandement plus grand que ceux-là». Ces
phrases contiennent la réponse à tous les problèmes du monde ; et cela est
tellement vrai que tout autre écrit sur la morale, l'éthique, la sociologie, etc...
semble être non seulement une impertinence mais aussi une chose superflue.
4. Il est évident que ces simples règles spirituelles ne sont pas plus considérées
de nos jours comme une base pour l'action qu'elles ne l'étaient le jour où elles
furent exprimées. Elles sont peut-être trop simples pour être prises au sérieux par
l'orgueil compliqué de l'esprit de l'homme ou par la confusion totale de ses
émotions ; car plus une chose a trait à l'esprit, plus elle est simple.
5. On a dit que les forces Qliphothiques ont été générées assez naturellement
par la période de déséquilibre située entre l'établissement d'une Séphire et de la
suivante. L'Arbre de Vie est cependant un glyphe du Plan de Dieu et il ne peut
donc rien contenir de mal. Le mai provient des déviations, de l'homme et d'autres
êtres, de ce Plan Divin et les Attributions Séphirothiques sont uniquement des
considérations secondaires.
6. L'esprit judaïque aimait à systématiser toutes les forces du mal comme toutes
les forces du bien, mais il vaut mieux oublier tout travail de méditation sur les
Ordres des Diables, Démons, Archidémons, etc... L'homme possède en lui déjà
assez de mal sans qu'il ait besoin de concentrer sa puissance par le travail occulte.
Il vaut mieux laisser un tel travail à l'adepte confirmé. Pour l'aspirant ésotérique
ordinaire, la meilleure approche du mal est, après l'avoir reconnu et affronté, de
s'en priver en œuvrant seulement sur le développement du bien et des qualités
spirituelles. En développant le contact de l'Esprit, la psyché sera finalement
tellement transformée qu'il n'y restera aucune place pour le mal. Le travail direct
sur les forces du mal tendrait à établir une polarité et un lien occulte avec ces
forces, et cette chose doit être soigneusement évitée.
7. Effectuer un travail de bannissement sur les forces du mal fait souvent plus
de mal que de bien. Il existe aussi dans la Bible, le cas de l'homme qui s'est purifié
d'un seul démon et qui s'est retrouvé possédé par sept autres qui ont empli le vide
ainsi créé. La pathologie spirituelle, comme la pathologie médicale, n'est pas un
sujet avec lequel on badine.
8. La fiction occulte a donné beaucoup d'importance aux Magiciens Noirs, mais
ceci n'est que le résultat de la nécessité de créer une ambiance dramatique dans les
romans. L'œuvre de l'occultiste ressemble autant aux descriptions de la plupart
des nouvelles occultes que celle du policier ressemble à celle que l'on trouve dans
les romans du genre. On ne doit pas se soucier du menu fretin de l'occultisme Noir
car il ne se pratique que dans des buts personnels et il échoue généralement très
rapidement. Les occultistes Noirs tombent généralement en trois catégories : i)
ceux qui veulent gagner de l'argent sur des fous crédules ; ii) ceux qui recherchent
l'agrandissement personnel pour l'adulation des mêmes fous ; et iii)ceux qui
recherchent l'occasion de drogue ou de pratiques sexuelles. De ces trois catégories
la dernière est la plus haïssable car elle corrompt les jeunes et parce qu'elle a de
bonnes chances d'exercer le chantage.
9. En ce qui concerne les gros poissons de l'occultisme Noir, l'aspirant ordinaire
n'a pas à s'en soucier. Lorsqu'un aspirant rejoint une fraternité ésotérique avancée,
il peut les rencontrer s'il parvient aux grades élevés, mais dans les premières
années il est bien protégé par les forces issues de ce groupe. Habituellement,
lorsque quelqu'un se plaint d'attaques occultes, on s'aperçoit que le mal réel est le
surplus d'imagination ou différents niveaux du complexe de persécution, et le
processus scientologique les fait habituellement disparaître.
10. Lorsque quelqu'un se sent attaqué par un occultiste Noir ou même par un
mal provenant de lui-même, la meilleure défense est d'invoquer le pouvoir
régénérateur du Christ. Cependant le mal n'est habituellement pas aussi balourd
pour apparaître directement comme une horrible vision cauchemardesque ; la
méthode usuelle est la contrefaçon du bien. Les politiciens l'ont découvert et on
peut créditer les Puissances des Ténèbres d'une dose d'intelligence au moins égale
à ceux-là.
11. Ordinairement le mal en soi se présente également sous l'aspect du bien. Il a
été fort bien dit que « la route de l'enfer est pavée de bonnes intentions ». Les
pierres du pavage sont plus souvent les bonnes intentions que nous portons plutôt
que celles que nous ne portons pas.
12. L'esprit humain est capable d'incroyable subtilité pour esquiver
l'affrontement de sa propre iniquité bien que si l'on est très observateur on puisse
parfois détecter les Qliphoth au travers de la manifestation en soi de toute forte
aversion irrationnelle. Les asticots cachés de son âme propre sont habituellement
projetés sur les autres sous la forme d'indignation vertueuse. La paille dans l'œil
d'autrui est généralement le reflet de la poutre dans le sien, ce qui a été remarqué
dans un autre contexte.
13. La façon hypocrite utilisée par l'esprit pour travailler peut être remarquée à
la lecture de la littérature française relativement moderne qui tend à aller
profondément vers cette façon de travail de l'esprit. Mauriac, Marcel, Gide,
Sartre, Camus sont particulièrement recommandés, ainsi que des auteurs tels que
Duerenmatt et les écrivains existentialistes en général, de Kierkegaarde à nos
jours. Ceci peut cependant s'avérer être un obstacle formidable pour celui que
n'attire pas la littérature moderne ; et à ceux que ne tente pas la pénible exploration
des nombreuses pages écrites sur la philosophie et sur la psychanalyse - qu'elles
soient imaginées ou non - suivie de longues introspections sur eux-mêmes, nous
conseillons la lecture des œuvres de L. Ron Hubbard. La Scientologie n'est pas
une panacée ; cependant elle peut faire place nette pour l'action plus rapidement
que la plupart des autres thérapies ; mais une personne « nette » n'est pas
automatiquement Ipsissimus : il s'agit simplement d'un être humain équilibré, et
c'est si rare de nos jours que cela semble être quelque chose d'étrange.
14. L'entière structure de l'homme, et la direction de sa croissance sont sur une
base spirituelle, c'est-à-dire que toute action doit avoir une signification religieuse
car l'esprit est supérieur à l'intelligence ou à l'émotion, bien que ces deux dernières
soient les critères humains habituels pour juger de ce qui est ou de ce qui n'est pas
de valeur.
15. Il est difficile d'imaginer que les types d'intelligence scientifique ou
académique avalent cette vérité, mais elle devra finalement être acceptée tôt ou
tard. Entre temps on ne peut que tourner son cœur vers des choses spirituelles et
garder une vigilance éternelle sur soi-même. Il ne fait aucun doute que même
Judas pensait être dans le vrai, car ce n'était évidemment pas ce traite de music
hall que nous a transmis le concept médiéval, mais un homme très intelligent et
illuminé qui a peut-être pensé que le Christ était venu pour être le Roi du Monde
et que de l'amener face à face avec les Autorités lui ferait prendre en main le
pouvoir terrestre et instituer le Royaume du Ciel sur Terre séance tenante. Ce
personnage tragique peut cacher une grande leçon.
CHAPITRE XXII
APPLICATIONS PRATIQUES
1. Il en a été assez dit dans ce livre pour celui qui par la méditation sur l'Arbre
de Vie recherche pour lui-même les clés de la sagesse ésotérique.
2. Pour obtenir l'effet maximum, la méditation doit devenir une pratique
régulière, journalière si possible. En fait, celui qui pratique une méditation
journalière régulière, même si elle ne dure pas plus de dix minutes, fera des
progrès plus importants que celui qui passerait de longs moments à méditer à
intervalles irréguliers. Le grand ennemi de cette pratique est l'inertie, mais comme
en toute chose, le secret du succès réside dans l'inflexibilité de la volonté et du but
; et les pusillanimes feraient mieux de ne pas se préoccuper d'occultisme.
3. L'heure et le lieu de la méditation sont importants car il est bon de faire
travailler l'habitude pour soi, et il est plus facile de méditer chaque jour en un lieu
identique et à heure régulière. Le matin est généralement recommandé pour la
méditation, lorsque l'esprit est frais, mais chaque personne doit essayer et trouver
un moment qui lui convient le mieux. Il n'est pas bon de méditer si l'on a froid ou
lorsqu'on est fatigué.
4. Une bonne attitude pour la méditation est la position assise droite sur un
siège à dossier droit, et les pieds posés sur un appui à une hauteur telle que l'on ne
ressente aucune tension. L'attitude ne doit être ni tendue ni relâchée, mais
équilibrée. On y parvient en ajustant la hauteur du repose-pieds à la longueur de la
jambe. On peut facilement improviser un repose-pied à l'aide de livres ou d'une
petite boite.
5. Dans l'attitude de méditation il faut préférer la détente physique provoquée
par l'équilibre à la détente physique obtenue par la relaxation car lorsqu'on
parvient à une relaxation complète la méditation peut facilement se transformer
en sommeil ; si par contre le sommeil survient dans une attitude de méditation
équilibrée, l'équilibre est rompu et l'étudiant est immédiatement éveillé.
6. La méditation ne doit pas être pratiquée avec une forte lumière car celle-ci
rend la concentration difficile. On peut vaincre le bruit au moyen de
protège-tympans bien qu'avec la pratique le bruit finira par n'avoir que peu de
pouvoir de distraction. Après une longue pratique on devra être capable de
méditer partout.
7. Il est important de noter par écrit les résultats de la méditation aussitôt après
car ceci sert à « mettre à la terre » les résultats obtenus.
8. La réussite du travail pratique occulte dépend principalement de la puissance
de concentration. L'étudiant doit être capable de maintenir sans effort une
concentration nette et régulière pendant de très longues périodes avant de pouvoir
tenter un travail plus évolué ; et la méditation aidera à ce développement.
9. La représentation de symboles composés et l'entreprise de «voyages» dans
l'imagination tels que ceux que l'on peut pratiquer sur les Sentiers de l'Arbre de
Vie et que le second volume de ce livre décrit, constituent le travail le plus évolué.
La clairvoyance, ou obtention de visions, et la clairaudience, ou audition de voix
doivent être le résultat de la mise en perce de l'esprit subconscient, et comme les
rêves, elles doivent être produites à volonté. On doit clairement comprendre que
tout ce que l'on voit ou entend se produit à l'intérieur de son propre esprit. S'il
semble que les visions apparaissent aux yeux physiques ou que les sons soient
entendus par les oreilles physiques cela peut vouloir dire qu'une partie de
conscience a été dédoublée. Il est imprudent de tenter un travail pratique tant que
cette partie dédoublée n'a pas été réabsorbée.
10. Ce dédoublement est parfois dû à un tempérament trop sensible ou parfois à
des méthodes de développement erronées, mais dans chacun de ces cas il est très
nuisible. S'il persiste, le dédoublement s'étend dans d'autres sphères de
l'intelligence et toute la personnalité peut en être désorganisée.
11. Il est essentiel d'être capable d'arrêter à volonté les facultés psychiques et de
retourner à un état de conscience normal. Si on ne peut y parvenir et si la
conscience psychique déborde dans la vie de tous les jours, l'étudiant n'est pas
adapté aux tâches que la vie impose et il est obligé de suivre une vie d'ermite pour
préserver sa santé mentale et physique. Les initiés de haut grade entreprennent
parfois de telles retraites dans le but d'accomplir un travail spécial mais de telles
expériences ne sont en aucun cas recommandées aux débutants.
12. Egalement, alors que nous avons beaucoup traité des symboles et des
formes astrales on doit réaliser que ce ne sont que des moyens pour parvenir à une
fin et que la forme la plus sérieuse de psychisme est de la nature de l'intuition
hyper-développée.
13. Nous donnons ci-dessous trois autres exercices occultes qui peuvent être
avantageusement utilisés en plus de la discipline de méditation.
i) une revue, le soir, des événements de la journée du soir au matin juste après
s'être mis au lit. Les événements doivent être revus à reculons, tel un film, et
doivent être accompagnés de commentaire, de jugement, de résolution et
d'aspiration. Si l'on s'endort pendant ce processus -et cet exercice est un bon
remède contre l'insomnie - cela n'en est que mieux car l'esprit continuera le
processus pendant les heures de sommeil et cela peut provoquer de remarquables
résultats.
ii) une salutation au milieu de la journée aux Adeptes du Plan Intérieur, ou au
Seigneur Jésus qui est le Chef de la Hiérarchie des Maîtres. A midi, on doit
tourner les yeux dans la direction du soleil, si les circonstances le permettent et
saluer mentalement le soleil comme la manifestation visible de la source de toute
vie. Pensez à Dieu tel qu'il se manifeste dans la nature ; écoutez en imagination le
rythme et le balancement du système solaire lorsqu'il tourne autour du soleil ;
pensez que vous faites vous-même partie de la nature : représentez-vous à votre
propre place dans cette vaste machine et sentez votre relation avec toutes les
autres parties. Saluez ensuite les Adeptes du Plan Intérieur, ou Maîtres, comme
vos guides et amis. Une brève salutation mentale est tout ce qui est nécessaire et
on peut la faire presque en toute circonstance. En pensant de cette façon aux
Adeptes du Plan Intérieur on peut établir un contact initial avec eux et ce contact
peut évoluer au fur et à mesure de l'avancement personnel. Voyez les comme des
frères aines, la « Société des Hommes Justes Rendus Parfaits » organisée en une
hiérarchie dédiée au service de Dieu, de l'Homme et de la Terre.
iii) la contemplation, ou communion avec l'Absolu. Ce n'est pas la même chose
que la méditation et n'en constitue pas un substitut. C'est une tranquillisation de
l'esprit, à n'importe quelle heure convenable, et une ouverture personnelle aux
influences des plans intérieurs. Réalisez la présence et la puissance des réalités
invisibles et de la bonté et de la perfection de Dieu le Créateur et le Soutien de cet
Univers dans lequel ce Grand Etre vient à jamais dans la manifestation. Essayez
de vous voir du point de vue de votre propre Esprit et sentez alors l'infini s'écouler
en vous, car le soleil de la réalité spirituelle est toujours là et il n'est obscurci que
par nos propres nuages mentaux et émotionnels.
14. Reste finalement la question de l'ouverture et de la clôture des facultés
psychiques, et ceci est le mieux pratiqué au moyen de gestes rituels simples. Un
cercle décrit dans l'imagination autour de soi, avec le signe de la croix, convient
bien aux choses de routine. Lors de la clôture, une bonne idée est de frapper le sol
du pied pour montrer que l'on retourne aux choses du monde.
15. En des occasions spéciales, ou même habituellement car c'est en soi un
excellent exercice, on peut utiliser le rituel du Pentagramme. Il se pratique de la
façon suivante :
DEPART - 1 6 - ARRIVEE
16. Tenez-vous debout, face à l'Est. Levez la main droite et dites à haute voix
ou mentalement : « En Tes Mains, sont le Royaume, la Puissance et la Gloire ».
En disant cela faites le signe de la croix de la main droite, (« Le Royaume » sera
au pied de la verticale, « La Puissance » sur l'épaule droite, « La Gloire » sur
l'épaule gauche), « maintenant et à jamais, Amen » en tapant vos mains l'une
contre l'autre. Puis en gardant le bras droit relevé, l'index et le médius étendus
dans son prolongement, soulevez-le au dessus de l'horizontale et tracez dans l'air
en face de vous le signe du Pentagramme, ou étoile à cinq branches (Fig. 6a). Le
dernier mouvement ramènera la main droite à son point de départ. Abaissez-la
ensuite pour que les doigts pointent vers le centre de l'étoile et dites « Au Nom de.
. . (Nom Divin de la Séphire). . . , j'ouvre l'Est ».
17. Tournez-vous maintenant vers le Sud en gardant la main étendue afin que
les doigts décrivent un arc de cercle. Répétez alors le Pentagramme, mais dites,
« Au Nom de. . . , j'ouvre le Sud ». De la même façon, tournez-vous vers l'Ouest et
le Nord en répétant le Pentagramme à chacun de ces points. Terminez le cercle en
retournant à l'Est. Le Cercle et les Pentagrammes doivent être visualisés étincelant
dans l'air, avec une lumière dorée.
18. Ouvrez grands les bras, parallèles au sol et dites : «A l'Est, Raphaël ; à
l'Ouest, Gabriel, au Sud, Michel ; au Nord, Uriel. Autour de moi flamboient les
Pentagrammes, derrière moi brille l'Etoile à Six Branches, (baissez la main
gauche et levez la droite pour faire le signe de la croix comme précédemment), et
au dessus de ma tête est la Gloire de Dieu dans les mains duquel sont le Royaume,
la Puissance et la Gloire, maintenant et à jamais, Amen ».
19. Les Archanges doivent être fortement visualisés à chaque point cardinal
dans la forme la plus acceptable pour l'étudiant. L'opération entière peut être
pratiquée dans l'imagination si on le désire, et c'est un excellent exercice pour le
développement de l'imagination visuelle. La phrase « derrière moi brille l'Etoile à
Six Branches » marque un souhait car cela ne s'applique en fait qu'à l'Adepte au
delà du grade de Tiphéreth.
20. Le Rituel de Clôture est identique, mais le Pentagramme est dessiné à
chaque fois en partant de la pointe inférieure gauche (Fig. 6b) et les Archanges
sont visualisés tournés vers l'extérieur du cercle au lieu d'être tournés vers
l'intérieur. En règle générale, lorsque le travail ne concerne pas une Séphire
spécifique le Nom abrégé de Malkuth - Adonaï - peut être utilisé.
21. L'exercice qui consiste à dessiner l'Arbre est très valable car il aide à ancrer
fermement l'Arbre de Vie dans l'esprit. La meilleure façon de le dessiner consiste
à tracer une ligne verticale et d'y porter des marques à intervalles réguliers, d'à peu
près cinq centimètres par exemple. Cela donnera les centres de Kéther, Daath,
Tiphéreth, Yésod et Malkuth. Puis, en utilisant un compas, tracez à la même
distance (soit par exemple cinq centimètres) les centres des Séphiroth latérales.
Lorsque vous avez tous les centres des Séphiroth il devient très simple de
compléter l'Arbre comme le montre la Fig.1. La capacité de bâtir l'Arbre - et de le
retenir - dans l'imagination est évidemment aussi valable.
22. Au sein de ce livre il y a suffisamment de sujets de méditation sur les
Séphiroth pour que l'étudiant soit occupé pendant très longtemps. Rien bien sûr
n'est supérieur à une instruction supervisée par une bonne école ésotérique ou par
un bon enseignant, mais on en trouve rarement ; et là où des raisons
géographiques ou autres rendent la chose impossible on peut parvenir à un degré
convenable d'avancement par ses efforts personnels. Et ces efforts personnels
peuvent établir le contact qui ouvre la voie vers une école particulière.
23. « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on
vous ouvrira ».
TABLE I - LES LETTRES HEBRAIQUES
NOTES
SIGNIFICATION DES COLONNES
Colonne a. Nom de la lettre hébraïque sous sa forme anglaise
Colonne b. Signification du nom de chaque lettre
Colonne c. Forme de la lettre hébraïque. Certaines d'entre elles ont une
deuxième forme lorsqu'elles viennent à la fin d'un mot. Ces formes
« finales » sont données entre parenthèses. On dit que la forme de ces lettres
contient de grandes significations ésotériques et elles sont recommandées
pour la méditation, bien que leur signification totale soit liée aux Sentiers de
l'Arbre.
Colonne d. Translitération habituelle dans l'alphabet romain
Colonne e. Translitération du nom de chaque lettre
Colonne f. Signification numérologique. Les nombres entre parenthèses se
rapportent aux « finales ». Certaines lettres, lorsqu'elles sont imprimées en
gros caractères dans les textes hébraïques voient leur valeur multipliée par
mille. Le sujet de la numérologie dans son ensemble est complexe et
spécialisé. Il y a par exemple la question du « dôgish », une marque
d'accentuation en forme de point, qui concerne certaines lettres. Ceci,
affirme Israël Regardie dans « A Garden of Pomegranates », change la
prononciation de la lettre en question. Ainsi, dit-il, le mot Séphiroth devrait
s'écrire et se prononcer « Séphiros ». Il dit également que l'omission de ce
fait a gêné beaucoup de recherches Qabalistiques. L'importance de cette
remarque semble résider dans le dialecte hébreu que l'on utilise. Comme la
Qabal provient principalement d'Espagne, les Qabalistes ont tendance à
utiliser le dialecte espagnol. Regardie suggère dans «The Golden Dawn »
que les étudiants sérieux pourraient trouver des renseignements utiles en
recherchant dans les différents dialectes. Ces considérations s'appliquent
principalement au travail numérologique. Dans le travail magique on s'est
aperçu que la prononciation n'a pas d'importance : le facteur principal est
l'intention nette et correcte. Nous nous sommes tenus dans ce livre au mot
« Séphiroth » car il est devenu d'usage courant dans les écrits Qabalistiques.
195
TABLE IIa - LES SEPHIROTH - Translitération
Titre Les Nom Divin Archange Ordre des Anges Chakra Mondial
1 KThR EHIH MTTRUN ChIUThHQDSh RAShITh HGLGLIM
2 ChKMH JH ou JHVH RTzIEL AUPNIM MSLUTh
3 BINH JHVH ELHIM TzPQIEL ARALIM ShBThAI
4 ChSD EL TzDQIEL ChShMLIM TzDQ
5 GBURH ELHIM GBUR KMEL ShRPIM MADIM
6 ThPARTh JHVH ALUH VDOTh RPEL MLKIM ShMSh
7 NTzCh JHVH TzBAUTh HANIEL ELHIM NUGH
8 HUD ELHIM TzBAUTh MIKEL BNI ELHIM KUKB
9 YSUD ShDI EL HI GBRIEL KRBIM LBNH
10 MLKUTh ADNI MLK SNDLPUN AShIM ChLM YSUDUTh
196
TABLE IIa - LES SEPHIROTH - version française
Titre Les Nom Divin Archange Ordre des Anges Chakra Mondial
1 Kéther Eheieh Metatron Chaioth ha Qadesh Rashith ha Gilgalim
2 Chokmah Jah ou Jehovah Ratziel Auphanim Masloth
3 Binah Jehovah Elohim Tzaphkiel Aralim Shabathai
4 Chésed El Tzadkiel Chasmalim Tzadekh
5 Géburah Elohim Gebor Khamael Séraphim Madim
6 Tiphéreth Jehovah Aloah va Daath Raphaël Malachim Shemesh
7 Netzach Jehovah Tzabaoth Haniel Elohim Nogah
8 Hod Elohim Tzabaoth Michel Béni Elohim Kokab
9 Yésod Shaddai el Chai Gabriel Cherubim Levanah
10 Malkuth Adonai Malekh Sandalphon Ashim Cholem Yesodoth
197
Traduction habituelle
Titre Les Nom Divin Archange Ordre des Anges Chakra Mondial
1 La Couronne Je suis ou Je deviens — Saintes Créatures Premiers Tourbillons - Primum
Vivantes Mobile
2 Sagesse Le Seigneur — Roues La Sphère du Zodiaque
3 Compréhension Le Seigneur Dieu — Trônes Repos - Saturne
4 Miséricorde Dieu. Le Puissant — Les Brillants Droiture - Jupiter
5 Sévérité Dieu des Batailles - — Serpents de Flamme Force véhémente - Mars
Dieu Tout Puissant
6 Beauté Dieu Manifesté dans la — Rois La Lumière Solaire - le Soleil
Sphère de l'Esprit
7 Victoire Seigneur des Armées — Dieux Splendeur Etincelante -Vénus
8 Gloire Dieu des Armées — Fils de Dieu La Lumière Stellaire - Mercure
9 La Fondation Le Dieu Vivant Tout — Les Puissants La Flamme Lunaire - La Lune
10 Le Royaume Le Seigneur et Roi — Ames de Feu Le Briseur de Fondations - Les
Eléments - La Terre