CRMEF Fès, Analyse réelle Prof.
Ziyat
Lecture 1; Construction de R
Notons C l’ensemble des suites (xn )n de nombres rationnels qui sont de Q-Cauchy au sens
où
∀ ∈ Q+∗ , ∃n0 ∈ N, ∀n, m ≤ n0 → |xm − xn | < .
(Nous sommes forcés à cette définition vu que nous ne pouvons pas parler des nombres
réels). Définissons la relation d’équivalence ∼ sur C par (xn )n ∼ (yn )n si ∀ ∈ Q+∗ , ∃n0 ∈
N, ∀n, m ≤ n0 → |xn − yn | < . Nous sommes maintenant prêts à définir R.
Definition 1. R := (C/ ∼) := {[(xn )] : (xn ) ∈ C} où [(xn )] := {(yn ) ∈ C : (yn ) ∼ (xn )}.
L’ensemble [(xn )] est appelée la classe d’équivalence de (xn ). Elle est constituée des suites
qui pointent vers le même nombre que (xn ).
On identifie les rationnels aux classes d’équivalence des suites constantes. Plus
précisément, on définit l’injection
i : Q → R, q 7→ [(q)n ].
C’est bien une injection car [(p)n ] = [(q)n ] implique que p = q. De plus on a :
Proposition 2. Soit (xn )n ∈ C et q ∈ Q. Si (xn )n Q-converge vers q au sens où ∀ ∈
Q+∗ , ∃n0 ∈ N, ∀n ≤ n0 → |xn − q| < . Alors [(xn )n ] = [(q)n ].
Le résultat suivant sera utile à diverses reprises.
Lemme 3. Soit (xn )n ∈ C . Si (xϕ(n) )n est une sous-suite de (xn )n alors (xϕ(n) )n ∈ C et
(xϕ(n) )n ∼ (xn )n .
Proof. Il suffit d’utiliser la définition et de noter que ϕ(m) ≥ m.
Dans la suite nous allons donner un sens aux définitions de convergence et d’être de Cauchy
en munissant R d’opérations algébriques et d’une relation d’ordre qui étendent celles de Q.
Commencons par définir les opérations d’addition et de multiplication sur R par
[(xn )] + [(yn )] := [(xn + yn )] et [(xn )].[(yn )] := [(xn yn )].
Ces définitions posent néanmoins a priori un problème. On on a le résultat suivant :
Proposition 4. Soient les suites (xn ), (x0 n ), (yn ), (y 0 n ) ∈ C . Alors on a
(x0 n ) ∼ (xn ) et (y 0 n ) ∼ (yn ) → (x0 n + y 0 n ) ∼ (xn + yn ).
et
(x0 n ) ∼ (xn ) et (y 0 n ) ∼ (yn ) → (x0 n y 0 n ) ∼ (xn yn ).
Nous aurons besoin du lemme suivant.
Proof. On utilise la définition et le faite que toute suite (xn )n de C est bornée.
Le résultat suivant montre que la structure algébrique qu’on vient de mettre sur R répond
bien à nos attentes.
1
CRMEF Fès, Analyse réelle Prof. Ziyat
Proposition 5. (R, +, .) est un corps commutatif.
Proof. Vu que l’addition et la multiplication sur R à partir de celle sur Q, dont on sait qu’il
est un corps commutatif. Les choses suivantes sont évidentes :
• L’addition sur R est associative et commutative, a pour neutre 0R := [(0)n ] et l’opposé
de [(xn )] est donné par [(−xn )].
• La multiplication sur R est associative, a pour neutre 1R := [(1)n ].
• La multiplication se distribue sur l’addition.
• Reste à montrer que tout x ∈ R \ {0} possède un inverse. Soit x = [(xn )]. Il suffit de
trouver un représentant (xn ) de la classe d’équivalence de x tel que ∀n ∈ N, xn 6= 0.
Par absurde, on suppose qu’il n’y ait pas de tel représentant c-à-d
∀(xn ) ∈ x.∃n ∈ N, xn = 0.
Donc il existe n0 ∈ N, tel que xn0 = 0. En considérant la suite (xn+n0 +1 ), qui est une
sous-suite de (xn ), on trouve qu’il existe n1 > n0 et xn1 = 0. En répétant le même
argument on obtient une suite (nk )k vérifiant
(nk ) est strictement croissante et ∀k ∈ Nxnk = 0.
Ainsi (xnk ) est une sous-suite de (xn ) et par suite x = [(xnk )] = 0R .
Définissons maintenant une relation d’ordre sur R qui étend celle de Q.
Definition 6. Soit x ∈ [Link] dit que x ≥ 0 si x = 0 ou x > 0 où x > 0 est défini comme
∀(xn ) ∈ x, ∃ ∈ Q+∗ , ∃n0 ∈ N, ∀n > n0 , xn ≥ .
Si x, y ∈ R, on note x ≥ y pour x − y ≥ 0.
L’intuition qui se cache derrière cette définition est que, si x > 0, alors, quelle que soit la
suite (xn ) qui converge vers x, ses éléments xn seront ≥ > 0 pour n assez grand.
Lemme 7. Soit x ∈ R. Le fait que x > 0 est équivalent à
∃(xn ) ∈ x, ∃ ∈ Q+∗ , ∃n0 ∈ N, ∀n ≥ n0 ⇒ xn > .
Rappelons que la relation d’ordre
• ≥ est totale : ∀x, y, x ≥ y ou y ≥ x;
• ≥ est compatible avec l’addition : ∀x, y, z, (x ≥ y) ⇒ x + z ≥ y + z;
• ≥ est compatibel avec la multiplication : ∀x, y, (x ≥ 0 et y ≥ 0) ⇒ xy ≥ 0;
Nous voudrions maintenant vérifier que :
Proposition 8. ≥ est une relation d’ordre total sur R qui est compatible avec l’addition et
la multiplication.
2
CRMEF Fès, Analyse réelle Prof. Ziyat
Cette proposition est une conséquence immédiate du lemme suivant
Lemme 9. Soit K := {x ∈ R : x ≥ 0}, alors K vérifie
• ∀x, y ∈ K, x + y ∈ K;
• ∀x, y ∈ K, xy ∈ K;
• K ∩ (−K) = {0};
• K ∪ (−K) = R
où −K := {−x ∈ R : x ∈ K}.
Proof. Les trois premiers points viennent de directement de la définition. Pour le quatrième
point, on prend x ∈ R et on suppose que ni x > 0, ni x < 0. Montrons alors que x = 0. Le
fait que 6> 0 implique q’il existe une suite (xn ) ∈ x telle que
∀ ∈ Q+∗ , ∀n0 ∈ N, ∃n > n0 , xn < .
Donc il existe une suite (nk )k ⊂ N versifiant
1
(nk ) est strictement croissante et ∀k ∈ N, xnk < .
k+1
Comme (xnk ) est une sous-suite de (xn ), on a donc x = [(xnk )]. En utilisant le Lemme 7 et
le fait que −x 6> 0, on trouve donc une suite (nkp )p ⊂ N versifiant
1
(nkp ) est strictement croissante et ∀k ∈ N, xnkp > − .
p+1
1 1
Ce qui donne − 1+p < xnkp < kp +1 . Le fait que kp est croissante nous donne x = 0.
est que tout réel x est majoré par un entier. cette propriété est appelée ”axiome
d’Archimède”. C’est celui qui permet de définir E(x), le plus grand entier inférieur ou égale
à x.
Proposition 10 (Axiome d’Archimède). . Pour tout x ∈ R, il existe un n ∈ N tel que x ≤ n.
Proof. La propriété est vraie si x ∈ Q. Soit x ∈ R, il suffit donc de trouver q ∈ Q tel que
x < q, c-à-d, si x = [(xn )],
∃ ∈ Q∗+ , ∃n0 , ∀n ≥ n0 , q − xn ≥ .
Il suffit donc d’utiliser que (xn ) est de Q-Cauchy pour conclure.
Proposition 11. Soit (xn ) ⊂ Q une suite de Cauchy. Alors, il existe un r ∈ R tel que
xn → r.
Proof. Posons r = [(xn )], il faut prouver que xn → r c-à-d
∀ > 0, ∃n0 , ∀n ≥ n0 , − ≤ xn − r ≤ .
3
CRMEF Fès, Analyse réelle Prof. Ziyat
> 0, par Archimède, il existe p ∈ N tel que 1 ≤ p. Il suffit de montrer que ∃n0 , ∀n ≥
n0 , − ≤ xn − r ≤ p1 . L’inégalité xn − r < p1 signifie que
1
∃η ∈ Q∗+ , ∃k0 ∈ N, ∀k ≥ k0 , − (xn − xk ) ≥ η.
p
La suite (xn ) est de Q-Cauchy donc il existe n1 tel que
1
∀n, m ≥ n1 , |xn − xm | ≤ .
2p
1 1 1 1
On prend η = 2p et k0 = n1 on obtient xn − xk ≤ 2p ou encore p − (xn − xm ) ≥ 2p = η.
L’autre inégalité s’obtient par le même raisonnent.
Théorème 12 (Densité de Q dans R). Tout réel r ∈ R est limite d’une suite de rationnels
(xn ) ⊂ Q.
Théorème 13. R est complet.
Proof. Soit (xn ) une suite de Cauchy dans R, alors d’après le théorème précédent il existe
(x0n ) ⊂ Q telle que |xn − x0n | ≤ n+1
1
.
On peut vérifie facilement que (x0n ) est de Q-Cauchy. Posons r = [(x0n )], c’est simple de
vérifie que xn → r.