Les nouvelles technologies apportent de nouveaux outils
diagnostiques et thérapeutiques à la lutte contre les maladies
La révolution des « nouvelles technologies » est un rouleau compresseur dont l’impact
atteint les personnes et les entreprises dans le monde entier, notamment grâce aux progrès
sans précédent enregistrés par les sciences médicales. Les nouvelles technologies mises au
point en santé animale ont permis de gagner de nouvelles batailles sur le terrain du
diagnostic, du contrôle, de la prophylaxie et de l’éradication des maladies. L’impact potentiel
de ces innovations s’étend bien au-delà des effets sur la santé et le bien-être animal,
puisqu’il peut également contribuer à une amélioration significative de la santé humaine et
de la sécurité alimentaire. À mesure que les micro-organismes déploient inexorablement de
nouvelles stratégies pour se propager ou pour survivre, les sciences animales doivent elles
aussi continuer à développer de nouveaux outils, dans le cadre d’une stratégie efficace de
lutte contre les pathogènes. Pour assurer un impact optimal, il est important non seulement
de promouvoir le développement de nouvelles technologies capables de répondre aux défis
sanitaires actuels et futurs, mais aussi de s’assurer que leur potentiel est pleinement intégré
dans les pratiques et les normes actuellement en vigueur en santé animale. C’est le cas des
méthodes de diagnostic de laboratoire et des dispositions relatives à la production et au
contrôle des vaccins et des produits biologiques qui figurent dans le Manuel des tests de
diagnostic et des vaccins pour les animaux terrestres de l’OIE, puisqu’elles ont fait l’objet
d’un processus d’adoption au plan international.
Une interaction plus affirmée entre la médecine humaine et la médecine animale, axée sur le
concept « Une seule santé » devient de plus en plus importante afin de mettre au point et
d’adapter de nouvelles technologies capables de prendre en compte aussi bien les maladies
animales que les maladies humaines. Les méthodes diagnostiques innovantes peuvent jouer
un rôle important pour détecter toute apparition ou réémergence de maladies infectieuses à
l’interface entre l’homme, les animaux et l’environnement, et elles faciliteront très
certainement la découverte de nouveaux vaccins en rapprochant la recherche vaccinale en
médecine humaine et vétérinaire. Le développement et la diffusion de nouveaux vaccins
vétérinaires et d’épreuves diagnostiques s’avèrent essentiels à la mise en œuvre des
stratégies technologiques du futur et entraîneront de nouvelles opportunités mais aussi de
nouveaux défis pour la santé animale.
En matière d’innovations vaccinales, les nouvelles avancées basées sur la génomique
figurent parmi les nombreuses méthodes extrêmement puissantes qui œuvrent aussi à
l’amélioration du diagnostic, de la surveillance et du contrôle des maladies infectieuses. Le
séquençage à haut débit (SHD), par exemple, utilise les dernières plateformes de
séquençage de l’ADN afin de détecter, d’identifier et d’analyser dans leur moindre détail les
génomes respectifs de l’agent pathogène et de son hôte. Grâce à ces nouvelles évolutions,
le SHD est devenu une technique abordable pour les petits laboratoires de diagnostic, et
peut même être utilisé sur le terrain. Les données obtenues au moyen de la bio-informatique
et de la génomique computationnelle (BGC) sont générées à une échelle, à une vitesse et
une précision inégalées jusqu’à présent. Dans le contexte de la santé animale, cela ouvre
des perspectives considérables, par exemple la possibilité de détecter de nouveaux micro-
organismes et de mieux diagnostiquer les maladies émergentes ou ré-émergentes.
Toutefois, la généralisation de l’utilisation du SHD-BGC s’accompagnera inévitablement de
nouveaux défis liés à la détection continue et à l’identification rapide d’agents pathogènes
supposés nouveaux. Il est de la plus grande importance que l’OIE s’assure de la validation
intégrale des méthodes de SHD-BGC afin de garantir leur fiabilité en tant qu’outil
diagnostique et de veiller à ce que les données ainsi générées soient dûment notifiées et
analysées.
Ces nouvelles technologies ouvrent une nouvelle ère dans la connaissance des maladies ;
en effet, la découverte de nouvelles informations et la capacité accrue d’anticipation
permettent d’intervenir plus rapidement et de mieux maîtriser les crises sanitaires
potentiellement dévastatrices. Néanmoins, l’innovation technique ne se limite pas aux
découvertes ; elle pose aussi la question de la manière de gérer stratégiquement leurs
applications, afin d’en optimiser les effets sur la santé et sur la sécurité du commerce des
animaux et des produits d’origine animale au niveau mondial. L’OIE entend jouer pleinement
son rôle en examinant les possibilités et les enjeux liés aux nouvelles technologies et en
élaborant des normes internationales permettant de les appliquer avec succès pour
améliorer la santé et le bien-être des animaux et pour soutenir les objectifs de sécurité
alimentaire. L’OIE participe également au renforcement de la gouvernance, en soutenant les
efforts déployés par les Services vétérinaires nationaux pour recourir aux nouvelles
technologies dans le respect des normes internationales de qualité.
Toutes les nouvelles technologies n’étant pas adaptées à tous les pays, il convient
d’envisager les perspectives d’introduction et d’utilisation en tenant compte des conditions
particulières de chaque pays et région. L’utilisation des nouvelles technologies peut se
heurter à des obstacles de financement ou de ressources humaines ; il est vrai aussi qu’elle
peut favoriser une utilisation plus rationnelle de ressources limitées. À cet égard, l’OIE a
réalisé une enquête auprès de ses Pays Membres afin de prendre la mesure de l’utilisation
des nouvelles technologies dans chaque pays et d’en déterminer les conséquences pour
l’OIE en vue de leur intégration dans des normes scientifiques optimales. Un tel retour
d’informations par les Pays Membres est indispensable pour évaluer les besoins des
Services vétérinaires en termes de soutien à l’acquisition de nouvelles technologies qui
soient à la fois adaptées aux problèmes spécifiques qu’ils rencontrent dans la lutte contre les
maladies animales, faciles à appliquer et rapidement efficaces. Grâce à cette information,
l’OIE peut déterminer quel serait l’appui nécessaire à apporter aux Services vétérinaires de
ses Pays Membres pour prendre en compte et adopter les nouvelles technologies dont
l’utilisation est essentielle pour répondre aux défis sanitaires actuels et futurs.
Le secteur de la santé animale a la possibilité non seulement de prendre part à cette
révolution technologique mais aussi de donner une direction appropriée aux avancées
rapides de l’ingénierie génétique et des sciences informatiques afin d’en assurer une
application adéquate. Les réticences de nombreux acteurs à intégrer ces innovations, pour
des motifs philosophiques, culturels ou économiques reposent le plus souvent sur une
méconnaissance. L’un des objectifs majeurs de l’OIE est de s’adresser à tous les acteurs
concernés pour clarifier, expliquer et convaincre. Ne pas le faire serait une négligence ; pour
reprendre les mots de l’écrivain Steward Brand, « Lorsque le rouleau compresseur d’une
nouvelle technologie s’approche, si vous n’êtes pas du côté du rouleau c’est que vous êtes
du côté du bitume. ».