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Ann 2008

L'Annuaire de la Méditerranée 2008 aborde la sécurité énergétique comme un enjeu géostratégique crucial, soulignant ses implications sur la croissance économique, l'emploi et l'environnement. Il met en lumière les défis énergétiques auxquels font face les pays méditerranéens, notamment la dépendance aux énergies fossiles et les impacts environnementaux associés. Le document plaide pour une transition vers des énergies renouvelables, en soulignant le potentiel du Maroc dans ce domaine.

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Ann 2008

L'Annuaire de la Méditerranée 2008 aborde la sécurité énergétique comme un enjeu géostratégique crucial, soulignant ses implications sur la croissance économique, l'emploi et l'environnement. Il met en lumière les défis énergétiques auxquels font face les pays méditerranéens, notamment la dépendance aux énergies fossiles et les impacts environnementaux associés. Le document plaide pour une transition vers des énergies renouvelables, en soulignant le potentiel du Maroc dans ce domaine.

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GROUPEMENT D’ETUDES ET DE

RECHERCHES SUR LA MEDITERRANEE

L’ANNUAIRE DE LA MEDITERRANNEE
2008
La sécurité énergétique en Méditerranée

Edition du GERM
Publié en partenariat avec la Fondation Friedrich EBERT
L’Annuaire de la Méditerranée est élaboré
en partenariat avec
la Fondation Friedrich EBERT

© Groupement d’Etudes et de Recherches sur la Méditerranée


Dépôt légal :
ISBN :
Imprimerie : Rabat
PUBLICATION DU GERM
Association scientifique reconnue d’utilité publique
B.Q. n° 5560 du 13 septembre 2007 (version arabe)
CORRESPONDANCE : B.P. 8163 – AGENCE DES NATIONS-UNIES

AGDAL-RABAT

Site Web : [Link]


LES ORGANES DU GERM

COMITE EXECUTIF
Habib EL MALKI
Driss KHROUZ
Jamila HOUFAIDI SETTAR
Mohamed MOHATTANE
Mohamed BERRIANE
Hamid BEHAJ
Fouad AMMOR
Moha MARGHI
Mohamed KHARISS
El Houssine AFKIR
Driss AISSAOUI
Larbi EL HARRAS

CONSEIL SCIENTIFIQUE
Habib EL MALKI
Driss KHROUZ
Mohamed MOHATTANE
Jamila HOUFAIDI SETTAR
Miloud LOUKILI
Abdoulwahab MAALMI
Aziz HASBI
REDACTEUR EN CHEF
Driss KHROUZ

COMITE DE REDACTION
Driss KHROUZ
Najat BENSERHIR
Hamid BEHAJ
Miloud LOUKILI
Mohamed KHARISS
Loubna BERAICH
Houda EL KHELOUFI
Jaber AFOUKANE
Sommaire

Avant-propos . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
Présentation de l’Annuaire de la Méditerranée 2008 . . . . . . . . . . 13

Axe I : Les questions énergétiques : un enjeu


géostratégique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
L’espace euro-méditerranéen, hydrocarbures et stratégies :
entre Washington et Moscou
Philippe Sébille-Lopez . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
La géopolitique des ressources énergétiques de la mer
Caspienne : rivalités et coopérations
Turab Gurbanov . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
La problématique énergétique mondiale
Mounir Debbarh . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67

Axe II : Le développement durable et la


problématique des énergies renouvelables . . . . . . . . . . . 85
Eau et énergie en Méditerranée
Alexandre Taithe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
Le rôle du nucléaire dans le mix énergétique : défis
et perspectives : qu’en est-il au Maroc ?
Yahia Bouabdellaoui . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
L’efficacité énergétique : quelle contribution au
développement durable ?
Ahmed Morchid . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
8 La sécurité énergétique en Méditerranée

Premières assises nationales du Développement durable


en Méditerranée
Tawfik Hasni . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
La problématique de l’énergie dans ses différentes
dimensions : une tentative d’évaluation
Abdelaziz Bennouna, Driss Zejli et Rachid Benchrifa . . . . . . . 163
Perspectives pour le Maroc : vers un Maroc exportateur
d’énergie! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201
Annexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211
Pistes bibliographiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 249
Table des matières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 253
Avant-propos

Depuis le début du processus de Barcelone en 1995, la Fondation


Friedrich Ebert (FES) a accompagné le Partenariat euro-méditerranéen.
Le lancement de l’Union pour la Méditerranée (UPM) en 2008 a remis
la question Euromed au premier plan de l’agenda politique européen,
donnant l’occasion à la FES de développer davantage sa coopération
régionale autour de la Méditerranée. Ainsi, la FES a initié en 2009 une
nouvelle ligne de travail de portée régionale, intitulée « FES Dialogue
Méditerranée », impliquant dix bureaux de la région MENA, de l’Union
européenne – notamment en Espagne, en France et à Bruxelles – et des
nouveaux pays membres de l’UPM, à titre d’exemple le bureau de Croatie.
Cette ligne de travail, coordonnée au sein de notre siège à Berlin, cherche
à intensifier la coopération et les synergies entre l’ensemble des
partenaires de la FES des deux rives.
Au-delà des partenariats nationaux, la FES cherche à accompagner
également les structures régionales, notamment l’Assemblée parlementaire
euro-méditerranéenne, la Plateforme non-gouvernementale Euromed et
le Forum syndical Euromed. L’objectif poursuivi par «FES Dialogue
Méditerranée » consiste à assurer un accompagnement politique des projets
Euromed qui soit partagé par tous les acteurs sociaux à travers le dialogue
euro-méditerranéen. Il s’agit de jeter des ponts entre les milieux
politiques, les académiciens et les différents acteurs de la société civile,
entre les deux rives ainsi qu’au sein même de la région MENA.
Trois thèmes constituent les piliers de cet axe de travail : les
politiques sociales et de l’emploi, la migration et la sécurité énergétique.
10 La sécurité énergétique en Méditerranée

Ce dernier thème, objet de la 16e rencontre annuelle du Groupement


d’Etudes et de Recherches sur la Méditerranée (GERM), qui s’est tenue
les 11 et 12 décembre 2008 à Rabat, revêt une importance d’actualité
essentielle et constitue l’une des principales priorités de la politique du
partenariat euro-méditerranéen et du partenariat avec l’Afrique, par sa
dimension géostratégique, ses enjeux politiques et économiques qui sont
les déterminants fondamentaux de la sécurité régionale, de la croissance
économique, de la richesse et des équilibres financiers.
La FES, fondation politique allemande œuvrant pour la démocratie
sociale, la justice et la paix dans le monde, se voit interpellée par un sujet
aussi important que la sécurité énergétique. Son objectif est de promouvoir
un espace de débat et d’échange d’idées à faire valoir de manière crédible
dans le discours et l’action politique, non seulement au niveau national,
mais aussi au niveau régional.
C’est à ce titre qu’une série de spécialistes remarquables sont
intervenus lors de la 16e rencontre annuelle du GERM, qu’il s’agit de
remercier ici pour leurs contributions enrichissantes.
Les remerciments vont également au GERM, dirigé par son secrétaire
général, M. Driss Khrouz, et son équipe de travail, pour la co-organisation
en partenariat avec la Fondation de cette rencontre, pour le choix judicieux
du thème qu’est la sécurité énergétique et pour la qualité et le niveau de
compétence des intervenants.
La FES tient à ce partenariat avec le GERM, avec qui elle partage
une histoire de coopération riche de plus d’une décennie de travail
scientifique et académique sur des sujets d’actualité politique, économique
et sociale, relatifs aux défis de la Méditerranée. La mission conjointe de
la FES et du GERM est de contribuer à promouvoir l’avenir du
partenariat méditerranéen, assurer une meilleure interactivité et un
dialogue constructif dans l’intérêt des populations des deux rives.
La 17e rencontre annuelle du GERM, co-organisée par la FES et le
GERM les 4 et 5 décembre 2009, portera sur le thème « Le statut avancé
du Maroc à l’épreuve de l’Union pour la Méditerranée ». Par cette
manifestation, la Fondation cherche à faire le lien entre la science et la
politique, c'est-à-dire entre les experts et les instituts de recherche
académique, d’une part, et les décideurs politiques et sociaux, de l’autre,
Avant-propos 11

dans l’objectif d’élaborer des inputs concrets qui permettront d’ajuster


en amont des décisions politiques importantes.
Les travaux de cette 17e rencontre du GERM feront l’objet de la
publication de l’Annuaire de la Méditerranée 2009, publication conjointe
avec le GERM qui existe depuis plus d’une décennie. La FES espère
qu’elle servira de référence académique pour les chercheurs et les acteurs
concernés par le partenariat euro-méditerranéen.

Ulrich Storck
Représentant Résident
Fondation Friedrich Ebert, Maroc
Présentation de l’Annuaire
de la Méditerranée 2008
Rabat, décembre 2008

La sécurité énergétique acquiert de plus en plus une dimension


géostratégique essentielle. Loin de se réduire à une question de prix et
de marché, l’énergie revêt des dimensions multiples ; elles touchent
les fondements de la croissance économique telle qu’elle s’est progres-
sivement consolidée depuis la fin du XIXe siècle, les déterminants de
l’emploi, de la richesse, les équilibres financiers des entreprises et des
Etats, et elles déterminent de plus en plus le devenir des changements
climatiques, le respect de la biodiversité et des équilibres durables de la
terre.
Le clignotant rouge qu’exprime la hausse brutale des prix du pétrole
n’est que la partie visible de l’iceberg.
Les dernières hausses, quoique brutales et douloureuses pour les
populations les plus pauvres et des pays non développés, sont en fait une
des manifestations des dérèglements que connaît le capitalisme, de plus
en plus déterminé par la finance spéculative et les bulles financières des
bourses de valeurs au détriment de l’économie productive de richesses
et de bien-être global.
Comme les fonds d’investissements et autres produits financiers sans
contrepartie réelle, le pétrole est une valeur refuge de multiples formes
de blanchiment d’argent et de spéculations mondiales.
Des paradis fiscaux aux dérégulations des groupes financiers, l’énergie
est bel et bien un symbole des dérapages successifs qui depuis 1973
disparaissent pour réapparaître et avec de plus en plus des dégâts.
La sécurité énergétique se pose aujourd’hui en termes de pouvoir
d’achat pour des centaines de millions de personnes, mais aussi en termes
de sécurité tout court.
14 La sécurité énergétique en Méditerranée

Entre la non-maîtrise du nucléaire et l’effet de serre provoqué par le


CO2 issu des énergies fossiles, l’alternative se pose en de nouveaux termes.
Sans remonter jusqu’aux sources de l’énergie pétrolière et au cartel
des « sept majors » qui ont dominé et qui dominent encore l’industrie
énergétique, il n’est pas exagéré de dire que les crises, les dominations,
les spoliations et la destruction de l’environnement sont inscrits dans
l’histoire du pétrole.
Aujourd’hui que la conscience d’une fin probable du pétrole à la loi
du marché est acquise, la problématique énergétique commence à être
abordée dans des termes plus stratégiques.
A court terme, la pratique de réseaux électriques intégrés crée des
interconnexions importantes, c’est ainsi que depuis les pays des Balkans
jusqu’en Afrique du Nord, un câble sous-marin alimente en électricité
différents pays.
En 2020, l’Union européenne utilisera encore une énergie à 83 %
d’origine fossile.
En Méditerranée, la sécurité énergétique pose de graves défis pour
chacune des trois composantes en face :
Les pays de l’Union européenne, gros consommateurs d’énergie fossile
n’en produisent pas. Ils absorbent les deux tiers de l’énergie consommée.
– La France, l’Espagne, l’Italie et la Grèce émettent 70 % du CO2 de
la Méditerranée.
– 36 % des importations de gaz naturel et 20 % des importations de
pétrole consommés dans les pays de l’Union européenne proviennent des
pays producteurs méditerranéens, surtout l’Algérie et la Libye.
– 87 % de la consommation énergétique des pays de la Méditerranée
sera encore d’origine fossile en 2025.
C’est dire qu’entre les prix et leurs répercussions sur les conditions
de vie des populations et l’impact sur la biodiversité et les dangers de
l’effet de serre, les choix sont clairs. Mais ce n’est pas parce que la vision
existe que les moyens et les conditions de sa réalisation sont évidentes.
Entre la diversification des sources d’énergie par la promotion des
ressources reproductibles et le changement de culture des consommateurs,
les démarches sont plus complexes qu’elles ne paraissent. Mais cela
Présentation de l’annuaire de la Méditerranée 15

suppose des mutations qui ne se feront, sans conteste, que sous la pression
de la nécessité. Cela devrait toucher des facilités de la société de
consommation ainsi que les modes de vie, de travail, de loisirs et les
organisations des espaces urbains et d’habitat.
Les énergies renouvelables deviennent de plus en plus un choix
d’avenir, ce n’est pas une option souhaitable. C’est la seule issue pour
l’Homme et l’écosystème.
L’énergie éolienne et l’énergie solaire sont les seules voies alternatives.
Pour le Maroc, les potentialités dans ce domaine sont très importantes.
La maîtrise des technologies se pose d’autant moins que le pays dispose
de compétences humaines qui peuvent adapter aisément le savoir-faire
dont disposent d’autres pays.
Lors de sa réunion constitutive tenue le 13 juillet 2008 à Paris, l’Union
pour la Méditerranée a décidé de faire de l’énergie renouvelable un de
ses choix prioritaires. C’est là un des axes de la potentielle Communauté
de l’Energie euro-méditerranéenne (CEEM) que l’Assemblée
parlementaire euro-méditerranéenne a proposé lors de sa dernière
rencontre.
Quatre axes ont permis une articulation optimale des composantes
de la thématique de la rencontre :
1. la question énergétique : enjeu géostratégique des relations inter-
nationales ;
2. quel avenir pour le pétrole et le gaz naturel ?
3. les énergies renouvelables ;
4. le comportement du consommateur face à la question énergétique.
L’Annuaire de la Méditerranée 2008 aborde une thématique qui
devient de plus en plus centrale dans les positionnements et l’évolution
du monde.
Aux considérations largement connues, liées à la production des
énergies, à leur financement, aux positions concurrentielles et de
monopole, à la sécurité d’approvisionnement, aux asymétries de bien-
être dans le monde du fait des richesses énergétiques, aux multiples
facettes de la spéculation et aux paradis fiscaux, etc. se rajoutent les
nouvelles préoccupations et centres d’intérêt liés au réchauffement
climatique et aux graves détériorations des équilibres de l’écosystème.
16 La sécurité énergétique en Méditerranée

Les expressions nouvelles des prises de conscience des menaces qui


pèsent sur la planète stimulent des cultures et des valeurs dont la substance
est de changer radicalement le mode de vie des humains sur la terre pour
un développement durable, harmonieux et tourné vers un avenir meilleur,
pour une reproduction saine des composantes fondamentales de la terre.
Les mesures, les lois, les politiques et les comportements qui
réduisent pollution, gaspillage et qualité de la vie sont bel et bien concernés
par les questions énergétiques.
L’année 2008 avec l’éclatement de la crise multiforme qui s’installe
montre bien l’intérêt du choix de ce thème par le GERM et la centralité
des énergies et des énergies renouvelables dans la géostratégie mondiale,
régionale et nationale de chacun et de tous.
Il est heureux, enfin, qu’avec l’arrivée du président Barak Obama,
les Etas-Unis d’Amérique adhèrent aux mesures et politiques qui se
mettent en place dans ce sens dans plusieurs pays depuis l’accord de
Kyoto.

Driss KHROUZ
Secrétaire général du GERM
Axe I
Les questions énergétiques :
un enjeu géostratégique
L’espace euro-méditerranéen,
hydrocarbures et stratégies : entre
Washington et Moscou
Philippe Sébille-Lopez*

L’espace euro-méditerranéen : un ensemble géographique


très morcelé au Nord
• 1957 : Europe des 6, Traité de Rome.
• 2007 : Europe des 27, Bulgarie et Roumanie, 23 langues officielles.
• L’Europe géographique, avec une superficie de 10 millions de km2
(UE 27 = 4,3 millions de km2), est le plus petit des 5 continents,
mais aussi le plus fragmenté (avec l’Afrique).
• UE 27 : 494 millions d’habitants pour un PIB de 16 748 md$, en
parité de taux de change nominal, soit 30,82 % du PIB mondial
en 2007 ( PIB/h UE 27 : 33.900 $/h ; USA (41.000 $/h).

L’Europe géopolitique : un petit continent composé de


58 Etats potentiels
Les 27 États membres de l’Union européenne : Allemagne, Autriche,
Belgique, Bulgarie, Chypre, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande,
France, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg,
Malte, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie,
Royaume-Uni, Slovaquie, Slovénie, Suède, etc.
• Les 3 Etats candidats à l’Union européenne : Croatie, Macédoine,
Turquie.

(*) Phillipe Sébille-Lopez, Consultant en relations internationales au sein du cabinet


Géopolia.
20 La sécurité énergétique en Méditerranée

• Les 4 États membres de l’Association européenne de libre-échange


(AELE) : Islande, Liechtenstein, Norvège, Suisse.
• Les 7 Etats membres de l’Accord de libre-échange centre-européen :
Albanie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, Moldavie, Monténégro,
Serbie.
• 11 autres États européens (dont au moins une partie est située sur le
continent européen) : Andorre, Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie,
Géorgie, Kazakhstan (le nord de la Caspienne, Monaco, Russie
(Kaliningrad et l’ouest de l’Oural), Saint-Marin, Ukraine, le Vatican ; soit
potentiellement 52 Etats, voire plus…
• Plus 6 Etats non reconnus par la communauté internationale (ou à
la souveraineté contestée) : Abkhazie, Chypre du Nord, Haut-Karabakh,
Kosovo, Ossétie du Sud, République moldave de Transnistrie.
• L’UE et au-delà en Europe : les 27 + 14 + 11 + 6, soit 58 Etats
potentiels et/ou virtuels.
• Conseil de l’Europe (de 10 Etats en 1949 à 47 Etats-membres en
2008, pour une population de quelque 800 millions d’habitants et 5 Etats
observateurs dont les USA).

Pluralités de représentations au Nord


• Pluralités d’intérêts au Nord entre pays au sein de l’UE et hors de
l’UE.
• Pluralités dans l’approche de la relation transatlantique et des rapports
à établir avec la Russie.
• Pluralités de perception du sud de la Méditerranée (histoire
coloniale, effet 11/9, immigration, etc.).
Total 57 pays : 1 450 millions d’habitants ; PIB en 2007: 3 692 md$,
soit un PIB/h de 2 546 US$/a/h (13 fois moins que dans l’UE 27) (1).
Pour les 10 pays membres de l’OCI et riverains de la Méditerranée
(hors autorité palestinienne) : PIB 1 161 md$ dont la moitié en Turquie
(663 md) pour 264 millions d’habitants, soit un PIB/h (PIB courant)
d’environ 4 400 US$ en 2007 (7 fois moins que l’UE 27).

(1) Source statistiques : Rapport économique annuel sur les pays de l’OCI en 2008, OCI/SESRIC,
2008.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 21

• De fortes disparités aussi entre les Etats du sud et des caractéristiques


territoriales et démographiques particulièrement explosives : des conflits,
des zones grises, des séparatismes, des frontières poreuses et souvent
artificielles du fait des héritages coloniaux et des deux guerres mondiales,
le tout sur fond de clivages politiques, culturels et socio-économiques
multiples et polymorphes.

De la géographie à la géopolitique : USA, Russie, les deux


acteurs majeurs de la zone euro-méditerranéenne
La géopolitique des Etats-Unis : deux postulats et quelques axiomes
1. La raison d’être des Etats-Unis : transformer le monde à leur image,
celle d’une société idéale basée sur la démocratie et l’économie de marché.
2. Mettre en place un système normatif mondialisé basé sur ce modèle
qui perpétue leur hégémonie.
Corollaire : veiller à ce qu’aucune puissance rivale potentielle
n’émerge, qui risquerait de produire un modèle concurrent.
• Réduire l’influence russe dans l’espace ex-soviétique.
• Contenir et limiter la montée en puissance de la Chine.
• Soutien à la géopolitique d’Israël sur un M-O toujours vital.
• Consolider un bloc relais partant de l’UE vers l’est jusqu’à l’Asie
et incluant le plus de pays de la Méditerranée (le Grand Moyen-Orient
s’inscrivait dans cette doctrine).
• Un monde multipolaire est impossible, car il finirait par remettre
en cause la mondialisation qui s’effectuait largement au bénéfice
des USA, au moins jusqu’à la crise financière…
• OTAN : outil stratégique des Etats-Unis, mais le monde est moins
euratlantique et de plus en plus global, d’où de nouvelles missions...
22 La sécurité énergétique en Méditerranée

Nouvelles menaces et repositionnement de la présence militaire US :


contrôle des points de passage stratégiques et sécurisation des flux
commerciaux et des approvisionnements pétroliers

Source : Philippe Sébille-Lopez, Géopolitiques du pétrole, Editions Armand Colin, 2006,


470 pages.

Pour contrôler l’accès de la Russie aux mers chaudes et au Moyen-


Orient : Elargissement de l’Otan vers l’est et renforcement vers le
sud des bases stratégiques et points de contrôle US
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 23

Redéploiement stratégique nord/sud des forces américaines/OTAN en


Europe et élargissement de l’Otan vers l’est (26 pays membres + 23 « pays
partenaires ») : la zone Caspienne/Caucase/Mer noire, plus que jamais
stratégique, notamment pour le transit des hydrocarbures.

L’OTAN vers le sud : dialogue méditerranéen (MD) et initiative


de coopération d’Istanbul (ICI)
• Une volonté d’étendre et de formaliser davantage les partenariats
militaires au sud.
• M.D. (1994) : Egypte, Israël, Mauritanie, Maroc et Tunisie ; Jordanie
(1995) puis Algérie (2000).
• I.C.I. (2004).
Parallèlement à cette progression des intérêts militaires de l’OTAN
vers le sud, renforcement de la présence des compagnies pétrolières
américaines et plus généralement occidentales dans l’espace euro-
méditerranéen élargi, face à une concurrence elle aussi renforcée des pays
émergents et de leurs compagnies, notamment asiatiques, et au retour
des compagnies et intérêts militaires russes. Algérie, Libye, Egypte,
Afrique sahélienne et golfe de Guinée (AGOA), Asie centrale, et
Moyen-Orient.

Les importations pétrolières des USA


Total 15 pays : environ 85 % des importations (brut + produits).
De l’Union soviétique à la Russie : poussée par les Etats-Unis et grâce
à ses hydrocarbures et autres matières premières, la Russie cherche à
redéployer ses ailes sur un monde en voie de multipolarisation.
Après la perte de ses bases navales liées à la Guerre froide, la Russie :
un colosse au pied d’argile ? Forces de projection assez faibles et qualité
discutable. Pour les USA, une seule menace réelle : ses missiles et ses
capacités balistiques, d’où le bouclier anti-missiles US en Europe de l’Est.
UE 27 et pétrole : 69 % ou 82 % de dépendance extérieure (selon que
l’on intègre ou pas la production de la Norvège qui est dans l’OTAN mais
pas dans l’UE).
24 La sécurité énergétique en Méditerranée

Total imports of Petroleum (Top 15 Countries)


(Thousand Barrels per Day)
Country Sep-08 Aug 08 YTD 2008 Sep-07 YTD 2007
Canada 2,364 2,199 2,420 2,520 2,473
Saudi Arabia 1,431 1,537 1,546 1,560 1,456
Venezuela 1,051 1,305 1,193 1,315 1,353
Mexico 1,003 1,400 1,281 1,454 1,564
Algéria 657 530 539 702 732
Nigéria 591 1,166 1,015 1,181 1,087
Iraq 543 663 661 603 493
Russia 437 490 481 389 416
Angola 416 495 511 591 542
Virgin Islands 345 298 328 384 333
Brazil 271 208 247 232 216
United Kingdom 247 222 222 185 288
Ecuador 233 298 218 239 205
Netherlands 196 143 165 136 127
Colombia 149 257 203 186 148
Source : EIA, département américain de l’Energie.

Europe des 27 : importations de pétrole (2004-2006)


Pourcentage des importations
Source
2004 2006
Russie 26 % 33 %
Norway 13 % 19 %
Arabie saoudite 9% 11 %
Libye 8% 9%
Iran 5% 6%
Kazakhstan 3% 5%
Algérie 3% 4%
Niger 3% 3%
Iraq 2% 2%
Autres 10 % 8%
EU own production total 18 %
Source : Commission européenne.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 25

Les différences entre 2004 et 2006 résultent de l’intégration de la


production de l’UE en 2004 et uniquement des importations en 2006.

L’UE 27 et le gaz : 46 % ou 63 % de dépendance extérieure


Europe des 27 : Provenance du gaz naturel (2004)
Qatar
1% Others
Nigeria 2%
1%

Algeria
13 % EU own
production total
37 %

Russian
Federation
29 %

Norway
17 %

Source : European Commission DG TREN, Eurostat.

Principaux bénéficiaires des exportations


de gaz naturel russe, 2005

Country Imports % of Domestic


(bem/year) NG Consumption
1 Ukraine 60.4 79
2 Germany 36.5 43
3 Italy 23.3 65
4 Belarus 20.2 100
5 France 22.6 100
6 Hungary 8.3 62
7 Czech Republic 7.1 4
8 Austria 6.9 70
9 Poland 6.4 47
26 La sécurité énergétique en Méditerranée

Country Imports % of Domestic


(bem/year) NG Consumption
10 Slovakia 6.4 108*
11 Baltic States 5.7 100
12 Filand 4.2 105*
13 Romania 4.1 23
14 Fmr Yugoslavia 4 57
15 Azerbaijan 3.4 36
16 Bulgaria 2.8 89
17 Greece 2.4 96
18 Georgia 1.3 100
19 Switzerland 0.36 12
Source : IEA, BP (2006), CIS and E. Europe Energy Yearbook.
* Percentage above 100 imply stocking of extra supplies.

La consommation gazière de l’UE devrait progresser de 150 à


200 Gm3 d’ici 20 ans (AIE)
En 2006, consommation de gaz de l’UE 27 = environ 500 Gm3
La dépendance extérieure de l’UE va rapidement se renforcer dans
un contexte où la demande mondiale va elle aussi globalement progresser,
d’où des inquiétudes sur les capacités des pays exportateurs à pouvoir
y répondre.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 27

L’Europe est entourée par plus de 60 % des réserves


mondiales de gaz naturel conventionnel, à distance
économique par gazoduc

Distance à vol d’oiseau à partir de Bruxelles.


Dans les cercles: volume des réserves de gaz par pays en trillions de m3.

La prééminence de la Russie en Europe


La Russie fournit : 37 % des importations gazières de l’UE 27 et 25 %
de sa consommation.
Les hydrocarbures de la Caspienne : une zone non délimitée soumise
à de fortes pressions.
Hydrocarbures, mais aussi défense et questions stratégiques : les
organisations, les pipelines.
28 La sécurité énergétique en Méditerranée

Constantes et ruptures stratégiques de la mer Caspienne à


l’Europe de l’Est
• Au plan politique : quelques évidences.
• De la Caspienne à l’Europe de l’Est, des pays ex-communistes, avec
des approches très différenciées envers la Russie, mais tous proches des
USA.
• Derrière les hydrocarbures : l’affrontement USA/Russie.
• Des accords et/ou projets de défenses anciens et nouveaux (Caspian
Guard/Caspian Force), des bases militaires, des contrats d’armement, etc.
• Des systèmes d’alliances politico-économiques antagonistes et/ou
très composites : OTSC, GUAM, CEI, OCS, Forum des pays riverains
de la Mer noire, le tout sur fond d’élargissement de l’OTAN, de révolutions
colorées, de conflits gelés, de contentieux terrestres et maritimes, de
séparatismes, etc.
• Des relations bilatérales variables entre les acteurs au gré des
pressions et soutiens extérieurs (Ouzbékistan), d’où des questions sur la
fiabilité des engagements : on retrouve toutes les caractéristiques d’une
zone de confrontation stratégique, avec les intérêts de presque toutes les
grandes et moyennes puissances de la zone, plus quelques autres
(Russie, Etats-Unis, Chine, UE, Turquie, Iran, etc.) d’où bien des
incertitudes (la crise géorgienne d’août 2008 et ses enseignements
pétroliers).

Constantes et ruptures stratégiques de la mer Caspienne à


l’Europe de l’Est
• Au plan des hydrocarbures : intérêts divers selon les types d’acteurs.
• Pays exportateurs d’hydrocarbures de la Caspienne : la recherche
de relations plus ou moins équilibrées avec les trois grands blocs
consommateurs (Europe, Chine/Asie, USA) et le voisin russe, plus la
volonté de reprendre le contrôle de leurs ressources.
• La Russie : garder le monopole sur ses voies d’exportation, court-
circuiter les projets étrangers de contournement en absorbant les
capacités d’exportation de ses voisins et/ou en lançant des projets
concurrents ; limiter les pays de transit pour ces nouvelles capacités
d’exportation afin de conserver une totale maîtrise de son principal levier
de pouvoir.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 29

• Pays importateurs : diversifier les sources et voies d’approvision-


nement en contournant certains obstacles politiques.
• Pays de transit : fournir toutes sortes de projets, y compris les plus
« originaux » en appui aux stratégies des acteurs qui précèdent pour profiter
au maximum des droits de transit via les rivalités existantes.
• Pour les compagnies pétrolières (privées plus que nationales), il faut
intégrer tous ces éléments sur la durée pour sécuriser et rentabiliser les
projets, par delà les ambitions stratégiques des Etats impliqués.

Logiques de blocs géopolitiques autour de la Caspienne : la rivalité


USA/Russie profite pour le moment à la Chine (pétrole kazakh +
gaz naturel turkmène)

Quelles nouvelles routes du gaz vers l’Europe


30 La sécurité énergétique en Méditerranée

Pour la Russie, contourner l’Ukraine par où transitent 80 % des


exportations gazières russes vers l’Europe : projet Nord Stream, South
Stream contre Nabucco, Blue Stream II, etc.
Pour l’Europe, renforcer les capacités GNL et diversifier les voies
d’approvisionnement.
La Turquie, dont la consommation de gaz augmente fortement, renforce
sa position de hub énergétique vers l’Europe, pour le gaz naturel mais
aussi pour le pétrole.
Des opportunités aussi pour les pays du sud de la Méditerranée, de
l’Algérie à l’Egypte.

Quelle(s) route(s) pour le pétrole de la Caspienne ?


OPEP du gaz : la volonté de puissance de la Russie
• Le FPEG a été créé à l’initiative de la Russie et de l’Algérie en 2001
à Téhéran. Il regroupe quinze pays producteurs de gaz : Algérie*, Brunei,
Egypte, Indonésie*, Iran*, Libye*, Malaisie, Nigeria*, Oman, Qatar*,
Russie, Trinidad & Tobago, Emirats arabes unis*, Venezuela*, mais aussi
la Norvège en tant qu’observateur. Ensemble, ces quinze pays représentent
75 % des réserves mondiales de gaz (et 44 % de la production).
• OPEP : 49,5 % des réserves prouvées mondiales de gaz naturel, 18 %
de la production mondiale.
• Avec l’OPEG : entraîner l’Iran, l’Algérie et les pays de la Caspienne
(1re visite d’un président russe en Iran depuis 1943 en marge du sommet
des pays riverains de la Caspienne 10/2007, 1re visite du président élu
Medvedev au Kazakhstan 5/2008).
• Mais les plus virulents, Iran et Venezuela, n’ont pratiquement aucune
capacité d’exportation gazière malgré leur potentiel respectif. L’Iran
pourrait sous certaines conditions développer assez rapidement ses
capacités d’exportation gazière. Les perspectives sont beaucoup plus
lointaines et plus régionales pour le Venezuela.
• La réunion ministérielle du FPEG prévue le 4/6/2008 à Moscou a
été reportée, et depuis la réunion de Doha d’avril 2007, l’OPEG peine
à exister.
• L’attitude des pétromonarchies du Golfe (25 % des réserves) ?
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 31

• Des marchés mondiaux du gaz régionalisés et pour le moment à l’abri


d’un futur cartel, mais jusqu’à quand ?
• L’OPEG pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses pour
le moment, et la Russie « navigue » prudemment entre l’OPEP et la future
OPEG (la Russie a désormais un statut d’observateur à l’OPEP).

Conclusion
• Aspects énergétiques dans l’espace euro méditerranéen :
– développer les coopérations énergétiques sur la durée vers le sud
puisque personne n’échappera aux interdépendances actuelles, qui vont
même se renforcer ;
– stimuler les partenariats politico-économiques euro-méditerranéens
(UpM, processus de Barcelone et autres, en multilatéral et/ou en
bilatéral, en tentant de réduire les frictions et les freins de part et d’autre,
etc.
• Aspects stratégiques :
– réduire les tensions américano-russes :
• développer des synergies d’intermédiation notamment Otan/
UE/Russie, autour de la Mer noire pour désamorcer des crises
potentielles entre les USA et la Russie, notamment sur l’Ukraine
(impliquer les autres pays riverains de la Mer noire dans le cadre
de l’OSCE) ;
• en termes d’élargissement de l’OTAN, faire comprendre à la
nouvelle Administration Obama, qu’il conviendrait de renforcer
le Conseil Otan/Russie et d’étudier soigneusement les nouvelles
adhésions en renforçant l’implication européenne, en tant que
partie intégrante d’une identité européenne de sécurité et de défense
à l’intérieur de l’OTAN, ceci renvoie aux intérêts stratégiques des
USA par rapport à ceux de l’Europe, etc.
• Barack Obama veut bien coopérer avec la Russie dans le domaine
de la non-prolifération et du terrorisme, mais il s’inquiète du
« militarisme » de Moscou (Zbigniew Brzezinski était conseiller du
candidat Obama) ;
32 La sécurité énergétique en Méditerranée

– le règlement du conflit israélo-palestinien et le rôle des USA… ;


– élargir le cadre des partenariats : la lutte contre le terrorisme et
l’immigration constituent surtout des axes importants pour les pays du
nord de l’espace euro-méditerranéen (USA inclus), il reste à trouver des
thèmes réellement porteurs pour les deux rives : l’énergie, l’environnement
et le développement économique au sud sont manifestement des axes
complémentaires à renforcer prioritairement en collaboration avec les
Etats du sud ;
– réduire les tensions américano-russes, c’est à l’évidence contribuer
à améliorer les perspectives de développement et de stabilité dans l’espace
euro-méditerranéen, au nord comme au sud, mais nous sommes tous
tellement divisés et les intérêts respectifs de Washington et Moscou sur
la zone ne font que nous diviser davantage...
La géopolitique des ressources
énergétiques de la mer Caspienne :
rivalités et coopérations (1)
Turab GURBANOV (2)

Introduction
La chute de l’URSS créa une nouvelle organisation internationale, et
le premier changement auquel il donna lieu, c’est sans doute la
modification de l’ordre géographique international, avec l’apparition de
15 nouveaux pays sur le territoire de l’ancien empire. Ces nouveaux Etats,
à leur tour, tentèrent de profiter de cette occasion historique pour
s’exprimer sur la scène internationale et sentir et faire sentir les vertus
de l’indépendance dans les domaines politique, économique, social,
culturel et autres.
Dans ce contexte, l’Azerbaïdjan, comme d’autres Etats de cette nature,
décida de jouer avec ces atouts. A cet égard, le meilleur atout pour ce
pays, ce sont ses ressources énergétiques, plus précisément le pétrole et,
dans une certaine mesure, le gaz naturel. C’est ainsi qu’il décida
d’exploiter ses ressources naturelles pour jeter les fondements d’une
économie solide nationale, créer son appareil politico-administratif,
améliorer la vie socioculturelle de son peuple, etc. Pourtant, comme tous
les nouveaux Etats indépendants, il dut faire face aux problèmes
objectifs : manque d’infrastructures, de financement, de technologie, de
savoir-faire. Pour les obtenir, il n’avait qu’une seule possibilité : s’ouvrir

(1) Les opinions émises dans cette recherche ne représente en aucun cas la position officielle
d’un aucun organisme public ou privé et appartient à l’auteur lui-même. En tant que l’auteur
d’une thèse de doctorat en Sciences politiques soutenue à la Sorbonne, sous la direction du
Professeur Charles Zorgbibe et publiée chez les éditions Harmattan, sous forme d’ouvrage de
2 tomes, intitulé «Le pétrole de la Caspienne et la politique extérieure de l’Azerbaïdjan », il
déclare faire le résumé de son ouvrage complété avant même qu’il n’accède au poste de fonction
publique.
(2) Conseiller du Service diplomatique au cabinet du Président de la République de l’Azerbaïdjan.
34 La sécurité énergétique en Méditerranée

sur l’extérieur, et surtout sur l’Occident. Ainsi l’Azerbaïdjan, en décidant


de proposer pour la première fois les richesses énergétiques de la mer
Caspienne au monde, s’est placé au centre de la configuration de rapports
de forces et s’est transformé en cible des grandes puissances dans cette
région.
La difficulté de réalisation de ses grands projets énergétiques résultait
d’une période de crise politique et économique en Azerbaïdjan, avec
seulement quelques millions de dollars américain dans le trésor public,
quelques milliers de points pourcentage d’inflation et 20 % du territoire
occupé, avec 15 % de la population réfugiés ou déplacés. En plus, on ne
savait pas s’il y avait assez de pétrole pour compenser un investissement
de quelques dizaines de milliards de dollars, et même s’il y en avait assez,
personne ne savait si c’était exploitable, si on pouvait l’acheminer vers
les marchés occidentaux à partir d’un pays géographiquement enclavé.
Le président Heydar Aliyev, ancien membre de Politburo de PC de l’URSS
et ancien général du KGB, candidat potentiel pour remplacer Tchernenko
après sa mort (comme au Politburo on avait eu une mauvaise expérience
avec un dirigeant caucasien, Staline, on ne voulait qu’un dirigeant slave
à la tête du pays, et ainsi la candidature d’Aliyev fut exclue), un homme
politique internationalement connu pour sa sagesse et son expérience
réussit à négocier avec les puissances mondiales et leurs géants pétroliers
en vue de les convaincre d’investir dans le secteur énergétique de
l’Azerbaïdjan.
En signant, le 20 septembre 1994, le contrat pétrolier avec 11 sociétés
pétrolières de 7 Etats pour l’exploitation de pétrole dans les gisements
azeri, «Chiraq » et «Gunashli » qui se trouvent dans le secteur
azerbaïdjanais de la mer Caspienne, l’Azerbaïdjan déclencha une
nouvelle étape de la politique énergétique : c’était le plus grand contrat
pétrolier du siècle. Pourtant, l’Azerbaïdjan ne s’est pas arrêté là : entre
1994 et 2001, il a signé 21 grands contrats pétroliers avec 35 compagnies
pétrolières de 21 pays ; le montant total des investissements directs
étrangers dans le secteur pétrolier azerbaïdjanais avait prévu environ
60 milliards de dollars américains. Les pays participant à ces contrats
sont les Etats-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne, la Turquie, le Japon,
l’Italie, la France, la Norvège, l’Arabie saoudite, l’Iran, le Canada,
l’Espagne, la Belgique, l’Allemagne et d’autres.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 35

Les richesses économiques de la mer Caspienne, le pétrole


en tant que matière première stratégique
Les analyses prouvent que la région de la mer Caspienne en général
et de l’Azerbaïdjan en particulier possède une histoire assez riche quant
au pétrole : au début des années 1900, Bakou produisait 95 % du pétrole
russe et 51 % du pétrole mondial. Pendant la Seconde Guerre mondiale,
l’Azerbaïdjan fournissait 71,5 % du pétrole total de l’URSS. Déjà
pendant les Première et Seconde Guerres mondiales, le pétrole de Bakou
était l’objet de rivalité entre les grandes puissances. Après l’indépendance,
l’histoire se répéta.
Actuellement, le pétrole occupe une place primordiale dans les sources
énergétiques mondiales. Il est considéré comme une matière première
stratégique par les caractéristiques dynamiques de la demande de
pétrole, à savoir la combinaison d’une forte élasticité-revenu et d’une
faible élasticité-prix ainsi que la substituabilité limitée (3). La demande
mondiale de pétrole connut dans le courant du XXe siècle une croissance
exponentielle. Représentant 0,1 mb/j vers 1880, elle décuple à deux
reprises pour atteindre 1 mb/j vers 1910 et 10 mb/j vers 1950. Entre cette
date et 1973, elle est multipliée par 6 et atteint 57 mb/j. Depuis cette
date, la croissance de la demande se ralentit, avec une augmentation d’un
tiers pendant le dernier quart de siècle, la consommation s’établissant à
environ 75 mb/j en 1999. L’AIE prévoyant une croissance au rythme
moyen de 1,9 % par an sur la période 2000-2020, on atteindrait ainsi
115 mb/j en 2020 (4). Au cours de 50 dernières années, la part du pétrole
dans la consommation mondiale énergétique a évolué : en 1938: 20,7 %,
en 1950 : 27,7 %, en 1960 : 34,7 %, en 1970 : 44,1 %, en 1980 : 44,9 %,
en 1990 : 40,5 %. En 2010, celle-ci atteindrait plus de 50 % (5). Selon
les données de l’Agence internationale de l’énergie, en 2010, sur un
approvisionnement énergétique total primaire de 12 400 millions de tonnes
d’énergie, 36,9 % viendront du pétrole, 21,9 % du gaz, 22,7 % du

(3) «Problèmes géopolitiques liés à la production et aux échanges de pétrole », séminaire Energie
et société, Promotion Copernic (2000-2002), ENA, p. 9-10, version électronique disponible
sur le site [Link]/tele/[Link]
(4) L’International Energy Outlook de l’Energy Information Administration du Département
de l’Energie des Etats-Unis, qui travaille aussi à l’horizon 2020, arrive aux mêmes conclusions,
au moins dans le cadre du Référence Case; voir EIA (2001).
(5) Aras, O. N., Economie et stratégie de la Caspienne de l’Azerbaïdjan, [Link]., p 10.
36 La sécurité énergétique en Méditerranée

charbon, 5,6 % du nucléaire, 2,3 % de l’eau et 10,6 % d’autres sources


énergétiques (6).
Les réserves pétrolières potentielles de la mer Caspienne, selon le
Département de l’Energie des Etats-Unis, sont de 184 milliards de barils,
et les réserves pétrolières totales sont comprises entre 200 et 216 milliards
de barils. Le potentiel gazier de la région de la mer Caspienne est encore
plus significatif : les réserves prouvées de gaz naturel sont estimées à
166 trillions de m3. Les réserves gazières potentielles, selon les mêmes
sources, sont de 282,8 trillions m3. Ceci étant, les réserves gazières totales
sont de 458,8 trillions mm3 (7). La région posséderait entre 2 % et 6 %
des réserves mondiales de pétrole et entre 6 % et 10 % des réserves de
gaz. Ces ressources en hydrocarbures la situeraient derrière la Russie et
le Golfe persique et juste devant la Mer du Nord. Les estimations des
réserves réelles du pétrole brut de l’Azerbaïdjan varient entre 7 et 13
milliards de barils, et ses réserves pétrolières possibles sont estimées
en 2003 par le Département de l’Energie des Etats-Unis à 32 milliards
de barils. Ceci étant, selon les estimations du Département de l’Energie
des Etats-Unis, les réserves pétrolières totales de l’Azerbaïdjan sont
estimées, en 2003, entre 39 et 44,5 milliards de barils.
La nouvelle situation politique exigea de l’Azerbaïdjan que celui-ci
mette en avant toutes ses richesses afin de développer son économie sur
des bases solides. Pourtant, ce n’était pas si facile, car certaines puissances
ne voulaient pas laisser l’Azerbaïdjan profiter seul de tous ces trésors. Le
premier dispositif géopolitique que l’on pût utiliser contre l’Azerbaïdjan,
c’était sans doute la question du statut juridique de la mer Caspienne.

La question du statut juridique de la mer Caspienne, premier


dispositif géopolitique
La question du statut juridique de la mer Caspienne est aussi cruciale
que les ressources qu’elle détient : en effet, il ne suffit plus de connaître
la présence de ces richesses, encore faut-il pouvoir déterminer s’il est
permis de les exploiter. Pour arriver à la situation actuelle, la
réglementation de l’accès à la mer Caspienne a connu différentes étapes.

(6) Pour plus d’informations, voir International Energy Agency, «Key world energy statistics
from IEA», 2007 edition.
(7) Voir EIA of Department of Energy of USA, site internet :
[Link]/emeu/cabs/[Link]#TAB1
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 37

Historiquement, la mer Caspienne fut l’objet de rivalités entre les


Russes, les Perses et les Ottomans. Avec sa politique de conquête
territoriale, au 17e siècle, le tsar russe Pierre le Grand se tourna vers le
sud et le sud-est. Remportant la victoire sur les Perses, il accéda aux parties
occidentales et méridionales de la mer Caspienne dès 1723. C’est à partir
de cette date qu’il faut considérer la mer Caspienne comme faisant partie
des deux pays : la Russie et l’Iran. Au début du 18e siècle, les quatre traités
qui furent conclus entre la Russie et la Perse (celui du 12 septembre 1723
à Saint-Pétersbourg, celui du 13 février 1729 à Rasht, et en 1732 à Rasht,
enfin celui de 1735 à Gandja) (8) se traduisirent par des cessions et des
rétrocessions de territoires, sans même que soit déterminé le statut
juridique de la Caspienne. Les deux traités signés au 19e siècle (traités
du Gulistan de 1813(9) et de Turkmentchaï de 1828 (10) respectivement
entre la Russie et la Perse, n’ont pas établi non plus les frontières des
pays riverains sur la mer Caspienne, ni les limites d’exploitation de ses
richesses naturelles et biologiques. Après la révolution bolchevique, deux
traités furent signés entre les deux puissances. Tandis que par le traité
de Moscou de 1921 avec la Perse, la République fédérative des Soviets
de Russie (11) déclarait nul et non avenu l’ensemble des traités et
conventions conclus antérieurement avec la Perse par le gouvernement
tsariste, les dispositions des articles 6 et 7 accordent au nouveau
gouvernement soviétique un droit exclusif, mais conditionnel,
d’intervention militaire contre l’Iran. Quant au traité de commerce et de
navigation du 25 mars 1940, signé entre l’Iran et l’URSS (12), il déclarait
la Caspienne comme « mer soviéto-iranienne », et donc seul les bateaux

(8) Hasanov S., La question du statut de la mer Caspienne dans les relations interetatiques,
Baki, Elm, 2002.
(9) «Traité de paix et d’amitié perpétuelle conclu entre l’empire de Russie et celui de Perse,
dit Traité de Gulistan, le 12 octobre 1813», in De Martens G.F., Nouveau recueil de traités
d’alliance, de paix, de trêve, de neutralité, de commerce, de limites, d’échange, et de plusieurs
actes servant à la connaissance des relations étrangères des puissances et des Etats de l’Europe,
Gottingue, Librairie de Dietrich, 16 tomes, tome IV, 1808-1819, p. 89-95.
(10) «Traité russo-persan de Turkmentchaï du 22 février 1828», in Strupp, K., Documents pour
servir à l’histoire du droit des gens, Berlin, Hermann Sack, 1923, 5 tomes, tome I, p. 410-411.
(11) «Traité d’amitié, signé à Moscou le 26 février 1921, entre la Perse et la République fédérative
des Soviets de Russie », Société des Nations, Recueil des Traités et Engagements Internationaux
enregistrés par le Secrétaire de la S.d.N., vol. IX, p. 400-412.
(12) «Treaty of commerce and navigation between Iran and Soviet Union with exchange of
notes », March 25, 1940, signed at Tehran, in British and Foreign State papers, 1940-1942,
volume 144, p. 419-434.
38 La sécurité énergétique en Méditerranée

de la nationalité de l’un des pays riverains pouvaient s’y trouver. A cette


époque encore, aucun d’entre eux ne reconnaît la division sur le statut
de la mer Caspienne.
Le premier pas pour diviser la mer Caspienne fut l’initiative
unilatérale de l’URSS. Suivant l’ordre daté du 1934 du Commissaire du
peuple aux affaires intérieures de l’URSS, le service de garde-frontière
de ce pays était chargé de protéger le secteur soviétique de la mer
Caspienne se trouvant au nord de la ligne Astara- Hassankulu, et les navires
iraniens n’avaient pas le droit de traverser au nord de cette ligne sans
autorisation préalable de l’URSS (13). Ainsi, l’URSS commença à
exploiter les ressources pétrolières de la mer Caspienne se trouvant au
nord de la ligne Astara- Hassankulu sans la participation de l’Iran, sans
consultation de l’Iran et sans aucune contestation de la part de l’Iran.
En réponse, l’Iran, à son tour, commença à exploiter les gisements
pétroliers du plateau continental de la mer Caspienne sans aucune
consultation avec l’URSS. Plus tard, le 15 septembre 1962 à Téhéran,
aurait été signé un mémorandum, considéré comme confidentiel, entre
le ministre des Affaires étrangères de l’Iran, Abbas Aram, et l’ambassadeur
de l’URSS en Iran, Nokolay Pégov(14). L’une des Notes formant ce
mémorandum aurait prévu une ligne partant d’Astara vers Hassan-Kiyadeh
en traversant la mer Caspienne, ce qu’on appelle la « ligne Astara-
Hassankouli » ou la ligne «Aram-Pégov », considérée comme la frontière
dans la mer Caspienne entre l’URSS et l’Iran (15). En 1970, le ministère
de l’Industrie pétrolière de l’URSS a partagé la partie soviétique de la
mer Caspienne entre l’Azerbaïdjan, la Russie, le Turkménistan et le
Kazakhstan sur la base d’une ligne médiane. Ainsi, il y avait cette forme
de division tacite de la mer Caspienne entre les deux Etats riverains de
telle manière que les ressources de la surface et du fond de la mer
appartenaient à deux Etats riverains dans leurs zones respectives de la

(13) Aliyev, H., Azerbaijan oil in the world policy, Baku, Azerbaijan, 1997, p. 371.
(14) Butler, W., The law of Soviet Territorial Waters, Praeger publishers, n.Y., Washington,
London, 1967, p.68-69.
(15) Le contenu de ce mémorandum a été révélé en entier le 26 octobre 1997, lors d’un entretien
avec Ahmad Mirfenderski, l’ex-directeur du département politique du ministère des Affaires
étrangères de l’Iran (1963-1964) et Ambassadeur de l’Iran en URSS (1965-1971), Mirfenderski,
G., Limits of National Juridiction in the Caspian Sea, 1999, article reproduit avec modification
sous le titre de “Evolution of Iranian Sovereignty in the Caspian Sea”, in Amirahmadi, H., The
Caspian Region at a Crossroad. Challenges of a Nex Frontier of Energy and Development,
Macmillan, London- USA, 2000, p. 240-245.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 39

Caspienne (16). Cette situation continua jusqu’à l’effondrement de


l’URSS.
La question des limites des zones sous souveraineté ou sous juridiction
des Etats riverains ne commença à se poser vraiment qu’à compter du
démembrement de l’URSS en 1991, où la mer Caspienne comptait non
plus deux Etats riverains, l’Iran et l’U.R.S.S., mais cinq dont quatre issus
de ce dernier Etat : la Fédération de Russie, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan
et le Turkménistan. La signature du « contrat du siècle » fut, sans doute,
le début du clivage entre les pays limitrophes de la mer Caspienne .
Depuis 1992, une série de rencontres aussi bien multilatérales que
bilatérales eurent lieu pour déterminer le statut juridique international
de la mer Caspienne. Ce qui a conduit à la signature de trois accords
bilatéraux entre les trois pays riverains.
• Le 6 juillet 1998, la Fédération de Russie et le Kazakhstan signèrent
l’accord de délimitation du lit de la mer du secteur septentrional de la
mer Caspienne suivant le principe de la ligne médiane, ce fut le premier
accord bilatéral concernant la division de la mer Caspienne après la chute
du régime soviétique. Le Turkménistan et l’Iran protestèrent
immédiatement contre cet accord.
• Le 9 janvier 2001, l’Azerbaïdjan et la Russie ont convenu que le
fond maritime de la mer Caspienne peut être divisé en secteurs entre les
Etats voisins contigus et opposés sur le principe de ligne médiane tracée
à distance égale des côtes et modifiable par leur consentement mutuel (17).
• Le 29 novembre 2001, le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan signèrent
l’accord concernant la délimitation du fond de la mer Caspienne suivant
le principe de la ligne médiane.
A l’heure actuelle, il n’existe pas de traité multilatéral valide qui
définisse le statut juridique de la mer Caspienne et donc aucun texte
servant de référence quant à l’exploitation des fonds marins. Pour l’Iran,
la mer Caspienne devrait être régie par un statut juridique comme si elle

(16) Gramola, M., «The legal status of the Caspian Sea after break-up of the Soviet Union »,
Marco Polo Magazine, 2/99, version électronique disponible sur le site internet de TRACECA :
[Link]
(17) Quotidien national «Xalq Qazeti» (publication de l’Appareil présidentiel de la République
d’Azerbaïdjan), 9 janvier 2001.
40 La sécurité énergétique en Méditerranée

était un lac. Cela signifierait soit un contrôle commun, soit une part de
20 % de la Caspienne pour chacun des cinq Etats riverains. La Russie,
l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan, estiment que la Caspienne est une mer
fermée, ce qui entraîne que chaque Etat riverain a des droits d’exploitation
des fonds marins dans une zone correspondant aux eaux nationales dont
la superficie peut être délimitée par des lignes médianes de démarcation.
Une telle formule, sur laquelle se sont fondées les négociations pendant
ces dernières années, ne donnerait à l’Iran que 13 % au-delà de sa côte.
Le Turkménistan est resté plus ou moins neutre, cherchant à équilibrer
les deux parties. A l’heure actuelle, la Russie contrôle environ 19 % des
fonds marins de la Caspienne, le Kazakhstan 29 % et l’Azerbaïdjan 21 %.
Concernant la doctrine et le droit international, les positions des
auteurs concernant le statut juridique de la mer Caspienne ne sont pas
unanimes : les propositions varient entre le lac (18), les lacs-frontières (19),
la mer intérieure (20), les lacs intérieurs (21), les eaux intérieures, la mer
intérieure fermée (22), « land-locked waters » (23), un espace maritime

(18) Butler, W. E., The Soviet Union and the Continental shelf, The Johns Hopkins Press,
Baltimore and Mondon, 1971, p. 119 ; Tavernier, p., «Le statut juridique de la mer Caspienne
mer ou lac ? » (la pratique des Etats vue à travers les documents publiés par les Nations-Unies),
Actualité et droit international, Revue d’analyse juridique d’actualité internationale, 20 octobre
1999, version électronique disponible sur le site [Link]/adi.
(19) Pondaven, Ph., Les lacs-frontières, Pédone, Paris, 1972, p. 12, note 29; Barabolia, P., et
les autres auteurs, Voenno-morskoi mezhdunarodno-provovoi spravotchnik, Voenizdat, Moscou,
1966, cité par Butler, W. E., The Soviet Union and the Continental shelf, The Johns Hopkins
Press, Baltimore and Mondon, 1971, p. 136.
(20) Rivier, A., Principes du droit des gens, Rousseau, Paris, 1896, t. I, p. 144; Bundy, R., «The
Caspian –Sea or Lake ? Consequences in international Law », focus on the Caspian, Central
Asia Quarterly, Summer, 1995 (Research Forum School of Oriental and African Studies,
University of London), p. 26-30.
(21) Gidel, G., Le droit international public de la mer, t.1, Introduction : la haute mer, Sirey,
Châteauroux, Mellotée, 1932, p. 60.
(22) Fauchille, P., Traité de droit international public, Rousseau, Paris, 1925, 8e édition, refondue
et complétée par H. Bonfils, t.1, p. 206-207; De Harting, F., Les conceptions soviétiques du
droit de la mer, Pédone, Paris, 1960, p. 29.
(23) Lucchini, Laurent ; Voelckel, Michel, Droit de la mer, t.1: La mer et son droit, les espaces
maritimes, Pédone, Paris, 1990, p.141.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 41

non assimilable aux mers fermées ou enclavées (24), la mer fermée (25),
la mer « privée » (26) ou même mixte (27).
La doctrine internationale n’est pas unanime sur le statut juridique
des lacs. La doctrine majoritaire propose le partage des lacs entre les
Etats riverains. Les auteurs tels que Kliber, Hall, Lindley et Hershey
excluent le condominium et proposent implicitement le ligne médiane
et la limite à la rive pour délimiter les lacs entre les pays riverains (28).
D’autres auteurs tels que Fiore, Chrétien, Hackworth, Wilson, Strupp,
Jones, Redslob et Sibert approuvent explicitement le partage territorial
des lacs entre les Etats riverains (29). Pour Blunstchli, « les lacs font partie
du territoire de l’Etat qui les entoure. Quand ils sont situés entre plusieurs
Etats, ils sont considérés par analogie comme des rivières. A défaut de
conventions spéciales, chaque Etat étend sa souveraineté jusqu’au
milieu du lac » (30). Les auteurs tels que Calvo, Rivier, Fauchil, Von Liszt,
Oppenheim, Laurence et Winiarski proposent généralement la ligne
médiane comme limite lacustre des eaux nationales (31). Certains
auteurs, tels que Adami, Diena, Accioly, Sawey et Seydel sont favorables

(24) Rousseau, Ch., Droit international public, Paris, Sirey, t. IV, Les relations internationales,
1980, p. 279-280.
(25) Bonfils, H., Manuel du droit international public (droits des gens), 2e édition, Paris, A.
Rousseau, 1911, par Fauchille, p.495 ; Uliyanitskii, V., Mezhdunarodnoe pravo, Sibir, Tomsk,
1911, p. 84; Dranov, B., Tchernomorskie prolivy : mezhdunarodno-provovoie rezhim, Yourizdat,
Moscou, 1948, p. 52-53; Molodtsova, S., Mezhdunarodno-provovoie rezhim baltiskikh
prolivov, Dissertatsiia, SGIP, n° 5 (1950), p. 62-63; Bakhov, A., Voenno-morskoi mezhdunarodno-
provovoi spravotchnik, Voengiz, Moscou, 1956, p. 53-54; Malinine, S., « K voprosou o pravovoi
klassifikatsii vodnykh prostranstv », Morskoe pravo i praktika, XLVI (1960), p.13-19.
(26) Nguyen, D. D., Dallier P., Pellet, A., Droit international public, L.G.D.J., Paris, 8e édition,
1999, p. 1045.
(27) Vinogradov, S., Wouters, P., « The Caspian Sea: Current Legal Problems », Zeitschrift
für ansländishes öffentliches recht und Völkerecht (Zaörv), 1995, 55/2, p. 604-623, voir p. 618-
619; Oxman, B., «Caspian Sea or Lake: What difference does in make ? (The legal debate)»,
Caspian Crossroads, winter 1995-1996, p. 1-12, voir p. 12.
(28) Cités par Pondaven, op. cité, p. 128-129, notes 295-298, voir Nazemi, M., la Mer Caspienne
et le droit international: contribution à l’étude de sa situation juridique au carrefour des
frontières, Thèse de doctorat de Sciences juridiques soutenu en octobre 2001 à l’Université de
Paris 1, Panthéon- Sorbonne, p. 387.
(29) Cités par Pondaven, op. cité, p.129, notes 299-309, voir Nazemi, M., la Mer Caspienne
et le Droit international : contribution à l’étude de sa situation juridique au carrefour des
frontières, op. cit., p. 387.
(30) Bluntchli, M., Le droit international codifié, Paris, Guillaumin, 1874, p. 198.
(31) Cité par Pondaven, p. 131, notes 320 à 329.
42 La sécurité énergétique en Méditerranée

à l’application d’une méthode intermédiaire entre le condominium et le


partage (32).
En droit international, il n’existe aucune règle uniforme et codifiée
pour la délimitation des lacs. Presque tous les lacs-frontières sont divisés
par des conventions entre les pays riverains (33). Pourtant, parallèlement
au condominium (34) qui possède un seul exemple, la pratique
internationale, favorable au partage lacustre, présente différentes méthodes
en la matière : la limite à la rive (35), les limites géométriques (36), les
limites astronomiques (37), les lignes droites (38) et la ligne médiane (39).
En cas de mer, le partage de la Caspienne doit se réaliser conformément
aux dispositions du droit international maritime telles que les mers
territoriales, les zones économiques exclusives et le plateau continental,
conformément aux dispositions de la C.M.B. (40).
Pourtant, certains problèmes réels, de nature purement géopolitique,
empêchent d’arriver à une solution acceptable pour tous.

Questions trop géopolitiques, configuration des rapports de


forces
La région Caspienne, grâce à sa richesse économique, occupe une place
géopolitiquement essentielle. C’est pourquoi elle fait l’objet d’un jeu

(32) Nazemi, M., la mer Caspienne et le Droit international : contribution à l’étude de sa situation
juridique au carrefour des frontières, op. cit., p. 387-388.
(33) Gramola, M., «The legal status of the Caspian Sea after break-up of the Soviet Union»,
op. cit.
(34) Pour le Golfe de Forséca par l’arrêt du 11 Septembre 1992 de la CIJ concernant le différend
frontalier, terrestre, insulaire et maritime : El Salvador/Honduras ; Nicaragua, Rec. 1992, §369-
432.
(35) Tels que les lacs de Caceres, Mondioré, Gahiba, et Uberaba, le lac Mirim, le lac de Malawi
et le lac de Tibériade.
(36) Tels que le lac Prespa, le lac d’Orchid, le lac Scutari et le lac Tchad.
(37) Tels que le lac Victoria, le lac Tanganyika, le lac Tchad et le lac Prespa.
(38) Tels que le lac Ladoga, le lac Doiran, le lac d’Edouard, le lac Turkana ou Rodolphe, le
lac Güija et le lac Khanka.
(39) Tels que le lac de Lugano, la partie inférieure du lac de Constance, le lac Malawi, les lacs
Tanganyika et Moëro, la mer Morte, le lac Péipus, le lac Léman ou de Genève, le lac Albert,
le lac Titicaca, le lac Moëro et les Grands Lacs nord-américains (les lacs Supérieur, Huron,
Erié, Saint-Clair, Ontario et le lac des Bois).
(40) C.M.B., les article 122 et 123, version électronique disponible sur le site d’internet de
l’ONU : http ://[Link]/french/law/los/unclos/[Link]
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 43

géopolitique tant au niveau mondial que régional des grandes puissances


telles que les Etats-Unis d’Amérique, la Russie, l’Union européenne,
l’Iran, la Turquie, Israël, la Chine, ou encore le Japon qui veulent jouer
leurs atouts. D’ailleurs, il serait erroné d’essayer de dissocier le facteur
pétrolier d’autres enjeux géopolitiques pour l’analyser tout seul, car tous
ces enjeux sont interdépendants et se complètent. Ainsi, le facteur pétrolier,
qui est d’abord un enjeu en soi à obtenir, représente également un moyen
ou un prétexte pour atteindre l’objectif principal.
La perspicacité de l’ancien président Azéri Haydar Aliyev a permis
au pays de tirer profit de cette nouvelle occasion offerte par le « New
Great Game », en jouant précisément sur la rivalité entre de nombreux
pays. En effet, il a voulu sauvegarder la paix dans la région en
transformant les conflits d’intérêts exprimés par différents acteurs
étrangers en une relation de coopération pas seulement entre les pays de
la région, mais aussi entre tous les autres pays impliqués dans ce jeu.
C’est pour répondre aux exigences de la politique dite de « l’équilibre »
que l’Azerbaïdjan a été conduit à inclure des Etats concurrents dans
plusieurs contrats pétroliers comme nous avons pu en donner des exemples
plus haut.
Tant et si bien que même ce pétrole souvent pensé comme à l’origine
de belligérances est désormais perçu comme moyen indéniable pour régler
les différends avec l’Arménie – qu’elle considère comme pays agresseur
responsable de l’occupation d’une bonne partie de son territoire.

L’Arménie
L’Arménie n’est sans doute pas une puissance régionale. Pourtant,
étant en guerre directe avec l’Azerbaïdjan, ce pays constitue pour les
Azéris le moyen direct et efficace pour faire pression sur l’Azerbaïdjan.
Pour l’Azerbaïdjan, le conflit arméno-azerbaïdjanais est l’exemple
typique du résultat des jeux géopolitiques joués autour du pétrole
azerbaïdjanais. C’est la raison pour laquelle deux questions principales
de la politique extérieure de l’Azerbaïdjan, à savoir la diplomatie pétrolière
et le conflit arméno-azerbaïdjanais, sont étroitement liées. Ainsi, pour
l’Azerbaïdjan, la stratégie pétrolière n’aurait aucune signification sans
le règlement du conflit arméno-azerbaïdjanais, car les objectifs tels que
la souveraineté de l’Etat, la prospérité du peuple, la sécurité régionale
ne pourront pas être réalisés.
44 La sécurité énergétique en Méditerranée

L’Arménie est le seul pays « non grata », notamment et catégori-


quement exclu de toute coopération, pétrolière ou non. Et c’est pour cette
raison que, même dans ses relations avec d’autres puissances
internationales et régionales concernant la question pétrolière,
l’Azerbaïdjan voit et analyse toutes les démarches sur les bases du conflit
arméno- azerbaïdjanais.
Les arguments historiques occupent une place importante dans la
politique extérieure de l’Azerbaïdjan pour expliquer les raisons de ce
conflit, car il est vu comme le résultat d’un processus historique. Selon
les thèses azerbaïdjanaises, la réclamation territoriale des Arméniens vise
à rétablir “la grande Arménie”, qui avait existé dans l’Antiquité et qui
occupait l’espace situé entre la mer Caspienne et la mer Méditerranée,
alors que les Azerbaïdjanais refusent l’existence de cet “empire”.
Cependant, selon eux, les Arméniens n’ont jamais vécu au Caucase, mais
en Asie mineure et ont été déportés par les Russes sur le territoire
azerbaïdjanais en vue d’accomplir leurs politiques. Pour eux, tout ce
processus commence à partir du début du 19e siècle et a continué jusqu’à
présent, selon le processus suivant : dans un premier temps, la déportation
des Arméniens sur le territoire azerbaïdjanais, puis la création de l’Etat
arménien, ensuite le transfert du territoire azerbaïdjanais en Arménie et
enfin la création de la région autonome du Haut-Karabakh. Ainsi, fondé
sur les bases historiques et alimenté par les jeux géopolitiques, le conflit
arméno- azerbaïdjanais doit être résolu conformément aux principes du
droit international public.
Pour les Arméniens, le conflit ne concerne que le statut de la Région
autonome du Haut-Karabakh de la République de l’Azerbaïdjan ; il s’agit
donc d’un conflit armé non international, mais internationalisé par la
reconnaissance de belligérance et l’intervention extérieure, alors que pour
les Azerbaïdjanais, il s’agit au contraire d’un conflit armé inter-étatique
au sens juridique du terme, puisque le Haut-Karabakh et d’autres régions
de l’Azerbaïdjan (au total 20 %) sont occupées par la République
d’Arménie et que les troupes militaires arméniennes se trouvent sur le
territoire de l’Azerbaïdjan. A leurs yeux, il s’agit donc d’un acte
d’agression dans le cadre du chapitre VII de la Charte de l’ONU. Puis,
suivant les thèses arméniennes, dans ce conflit, l’accent doit être mis sur
le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes pour les
Arméniens du Haut-Karabakh, alors que selon les thèses azerbaïdjanaises,
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 45

les Arméniens du Haut-Karabakh ne peuvent pas bénéficier de l’article 1


du Pacte international des droits civils et politiques concernant une
autodétermination externe, mais de l’article 27, qui signifie une
autodétermination interne. Et en deuxième lieu, les dispositions de la
Charte de l’ONU et les conventions en vigueur n’acceptent pas ce principe
autorisant un mouvement sécessionniste contre l’intégrité territoriale et
la souveraineté d’un Etat. Dans la thèse arménienne, le droit à la légitime
défense individuelle et collective, en tant que droit naturel, est un point
de référence primordial, alors que, d’après les Azerbaïdjanais, le droit à
la légitime défense des Arméniens du Haut-Karabakh ne peut pas autoriser
la République d’Arménie à annexer cette région et à occuper sept autres
régions administratives de l’Azerbaïdjan.

La Russie
Il ne faut pas oublier que c’est le poids de la Russie qui pèse lourd :
considérant cette région comme sa propre « zone d’influence », elle ne
veut pas la laisser aux autres (c’est-à-dire aux Américains et aux
Occidentaux). C’est ainsi que le 24 septembre 1994, le ministère des
Affaires etrangère de la Fédération de Russie a officiellement déclaré que
la Fédération de Russie ne reconnaissait pas le contrat du siècle (41), tandis
que M. Volter Chonia, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de
l’époque de la Russie en Azerbaïdjan et d’autres représentants officiels
de la Russie avaient participé à la signature du contrat.
La pénétration de la Russie dans la région de la mer Caspienne débute
au milieu du 16e siècle (42) : les empires ottoman et perse partageaient
alors la sphère d’influence. A la fin du «Grand Jeu » se développant entre
la Grande-Bretagne et l’Empire russe, la Russie a pris le contrôle du
Caucase et de l’Asie centrale (43). Actuellement État-pivot au sein du
continent eurasiatique, joueur de premier plan (44), se présentant comme

(41) «Position de la Fédération de Russie concernant le statut juridique de la mer Caspienne »,


Nations Unies, Assemblée générale, Doc. A/49/475, 5 octobre 1994. Version électronique du
document disponible sur le site d’internet officiel des Nations Unies : [Link]
(42) Henze, P. B., « Russia And The Caucasus », Perceptions Journal Of International Affairs,
June-Augus t 1996, volume I, number 2, v er si o n él ect r o n i q u e
http ://[Link]/grupa/percept/[Link]
(43) Amineh, M. P., Towards the control of oil resources in the Caspian region, Münster : LIT;
New York : St Martin’s Press, 1999, p. 86.
(44) Brzezinski, Z., Le grand échiquier: l’Amérique et le reste du monde, Hachette Littératures,
2000, p. 72.
46 La sécurité énergétique en Méditerranée

le successeur naturel de l’URSS, leader naturel et puissance (45), la


Fédération de Russie occupe un espace important de transition entre le
monde occidental et l’Asie.
La politique étrangère de la Russie, en général, et vis-à-vis du Caucase
du sud, en particulier, fut très ambiguë (46). En 1992, la Russie, formula
une recommandation stipulant que la Fédération de Russie,
internationalement reconnue comme successeur de l’URSS, devait baser
sa politique étrangère sur la doctrine déclarant l’espace géopolitique entier
de l’ex-Union comme la sphère de ses intérêts vitaux (comme la doctrine
Mornoë des Etats-Unis en Amérique latine) et devait s’efforcer de faire
comprendre et reconnaître à la communauté internationale ses intérêts
spéciaux dans cet espace. «La Russie doit s’efforcer de réussir à faire
reconnaître à la communauté internationale son rôle de garant politique
et militaire dans l’espace entier de l’URSS» (47). La Russie demanda
même ouvertement à l’Occident et à la communauté internationale de
lui reconnaître le rôle de principale force de maintien de la paix sur le
territoire de l’ex-URSS (48).
La politique russe concernant cette région peut être divisée en trois
périodes : la période de succès relatif entre 1991 et 1994, le roll back
entre 1994 et 1999 et la rationalisation (relative) après 1999, avec l’arrivée
au pouvoir de Poutine (49).
En ce qui concerne le conflit du Haut-Karabakh, question cruciale
pour l’Azerbaïdjan, la Russie préféra une médiation exclusivement russe
au processus du Groupe de Minsk au sein de l’OSCE. L’Arménie a favorisé
cette solution, tandis que l’Azerbaïdjan a refusé de recevoir une mission
de maintien de la paix, comprenant seulement des forces russes,
craignant que la gestion internationale du maintien de la paix soit rendue
impossible. Les Arméniens ont été vus par les militaires russes comme

(45) Barylski R., « The Caspian Oil Regime: Military Dimensions », Caspian Crossroads
Magazine, Volume 1, Issue N° 2, Spring 1995, version électronique [Link]
(46) Shoumikhin, A., “Russia: Developing Cooperation on the Caspian”, in Croissant, M.; Aras,
P. B., Oil and geopolitics in the Caspian Sea Region, Westport, Conn.: Praeger, 1999, p. 145.
(47) Eggert, K., « La Russie dans le rôle de “gendarme eurasien” ? », Izvestia, 7 août 1992,
p. 4-5.
(48) Graindorge, M., La politique de la Russie post-soviétique en Transcaucasie, Mémoire de
DEA Relations internationales, l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, septembre 1997, p. 24.
(49) Pour l’analyse détaillée, voir Habilov, M., Pacte de stabilité au Caucase et ses
perspectives pour la paix et la sécurité au Caucase du Sud, [Link].
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 47

des alliés fidèles (50) du fait de leur animosité historique envers la Turquie
et leur conflit séculaire avec les Azéris (51). La Russie est souvent citée
dans la politique extérieure de l’Azerbaïdjan comme un État apportant
son soutien aussi bien logistique que moral à l’Arménie. En juin 1994,
la Russie et l’Arménie ont signé un accord de coopération militaire pour
25 ans, prévoyant l’installation de bases militaires russes et des
patrouilles mixtes sur les frontières avec l’Iran et la Turquie (52). Le
gouvernement russe a toujours refusé les accusations d’immixtion dans
le conflit du Haut-Karabakh tout en participant au processus de son
règlement pacifique. Pourtant, sa politique n’a pas été neutre dans ce
conflit. La Russie a bel et bien pris part au conflit du Haut-Karabakh :
soit indirectement par le transfert d’armement de 1 milliard de dollars
(53) à l’Arménie, dont le soutien aux séparatistes du Haut-Karabakh était
indiscutable (le fait fut officiellement reconnu par la Russie bien après
le conflit : la révélation par le ministre russe des relations avec la CEI,
Aman Tuleyev – le fait a été confirmé par Rodionov, ministre de la
Défense de la Russie – que 85 tanks T-72, un équipement de transport
de blindés et de personnel pour 50 millions de dollars et d’autre matériel
militaire avaient été donnés à l’Arménie entre 1994 et 1996 a détérioré
les relations avec l’Azerbaïdjan) ; soit directement par la participation
du côté arménien, en février et mars 1992, du 366e régiment motorisé
d’infanterie russe à la prise des villes azerbaïdjanaises du Haut-Karabakh
telles que Khodjali (54) (où un massacre de civils fit des centaines de
morts) et Choucha (position stratégique pour l’ouverture du « corridor »
de Latchine reliant le Haut-Karabakh à l’Arménie) et aussi la participation
unilarérale de la VIIe Armée russe présente en Arménie à la prise de la
province de Kelbadjar, située en dehors du Haut-Karabakh (55). Ce qui

(50) Baev, P. K., Russia Refocuses its Policies in the Southern Caucasus, Caspian Studies
Program, 2001, version électronique disponible sur le site d’internet http ://[Link]
(51) Mirsky G., On the Ruins of the Empire: Ethnopolitical Conflicts in the Former Soviet Union,
New York, Greenwood Press, 1997, p. 62.
(52) Felgengauer P., La Russie renforce son influence en Transcaucasie, Segodnya, 15 juin
1994.
(53) Pour plus d’informations, voir le site d’internet officiel du Président de l’Azerbaïdjan :
[Link]
(54) Goltz Th., “The Hidden Russian Hand”, Foreign Policy, Fall, 1993, p. 100-101.
(55) Une instruction écrite de la VIIe armée russe basée à Erevan avait été découverte, Interview
with Elshan Aliyev, BBC Central Asia Service, 30 July 1996, citation dans Hadjian A. B,
“Azerbaijan’s Energy Policy and its implications for Russian Security”, in Bulent, G. (ed), The
Politics of Caspian Oil, [Link]., p. 146, note 199.
48 La sécurité énergétique en Méditerranée

a été interprété comme un soutien à l’agresseur et aussi comme une


violation par la Fédération de Russie du droit international sur le
désarmement, ce qui a conduit l’Azerbaïdjan à chercher des solutions
alternatives à la médiation exclusivement russe dans ce conflit. Sous la
présidence de V. Poutine, la politique de la Russie dans le Caucase s’est
« civilisée »; elle est devenue plus cohérente et intégrée.
La politique pétrolière d’Heyder Aliyev avait été préparée d’une
manière équilibrée de sorte que la cible ne soit plus l’Azerbaïdjan, mais
que les grandes puissances luttent entre elles dans le cadre du contrat,
ce qui garantirait au moins son application, chacun y trouvant ses intérêts.
Même si la Russie était un partenaire irremplaçable et à part entière, le
rapprochement entre l’Azerbaïdjan et l’Occident restait toujours visible,
incontestablement, et la condition sine qua non pour l’exploitation des
pétroles, étant donné qu’aucun autre Etat n’avait assez de moyens aussi
bien financiers que technologiques pour répondre aux exigences de
l’époque. De plus, l’Occident était le seul marché de consommation pour
ces pétroles.
Aux yeux de l’Azerbaïdjan, le pétrole était un excellent prétexte pour
attirer les Etats-Unis, l’Europe et Israël en Azerbaïdjan en vue d’équilibrer
le poids de la Russie et de l’Iran. Et pour attirer les Etats-Unis, l’Europe
et Israël, la Turquie était le partenaire idéal. D’ailleurs, pour une stratégie
à long terme, la Turquie se présentait non seulement comme un partenaire
économique et politique, mais aussi et surtout comme un « frère aîné »,
toujours présent pour apporter son « soutien fraternel ». Bien sûr, la Russie
est toujours mécontente de la présence des Occidentaux dans sa « zone
d’influence », et elle cherche à rétablir à tout prix sa « domination » perdue.

Les Etats-Unis
Sans aucun doute, les Etats-Unis sont l’Etat le plus favorisé dans ce
contrat, ce qui transforme la région en une « zone d’intérêt vital » pour
les Américains. Les Etats-Unis, seule superpuissance mondiale actuelle
et se percevant, à ce titre, comme le gardien principal de la sécurité
mondiale, ont toujours intérêt à intervenir dans toutes les parties du monde
et à essayer de régler n’importe quel conflit, à condition qu’ils y trouvent
un « intérêt vital » pour eux-mêmes.
Suite à l’effondrement soviétique, les Américains ont eu tendance à
traiter la région de la Caspienne et du Caucase du sud comme le « pré
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 49

carré » de la Russie et à ne pas manifester un grand intérêt pour cette


région. Tout en ayant essayé de promouvoir l’indépendance des nouveaux
Etats de la région, ils ne les ont pas jugés très importants pour leurs intérêts
nationaux. Tout en considérant les richesses énergétiques de l’Azerbaïdjan
comme un outil précieux pour soutenir les économies des Etats de la
région, Washington ne les intégrait pas dans le contexte énergétique
mondial. Des considérations nationales, inspirées par l’importante et le
dynamisme de la communauté arménienne des Etats-Unis, eurent un fort
impact sur la politique américaine de l’après- indépendance de ces Etats
et sur la politique actuelle à l’égard de la région. Sous la pression de ce
lobby, le Congrès adopta des sanctions contre l’Azerbaïdjan en 1992,
dans le cadre de la sanction 907 du «Freedom Support Act ». Jusqu’au
lever de ces sanctions par le Président en 2002, cette loi a empêché une
aide directe du gouvernement américain au gouvernement azerbaïdjanais
et a constitué un obstacle aux options politiques des Etats-Unis pour la
région. Les sanctions du Congrès ont ainsi contraint les différents
ministères américains à repousser à plusieurs reprises les offres de Bakou
de renforcer la coopération.
En vertu de leurs positions globales, comme unique superpuissance,
et en déclarant la région zone d’intérêt vital, les Etats-Unis sont un élément
crucial des calculs de sécurité caspienno-asiatique (56). A cet égard,
l’Azerbaïdjan étant un pays stratégique de la région de la mer Caspienne
et du Caucase du sud, il a toujours attiré l’attention de cette superpuissance,
qui est aussi l’un des trois co-présidents du Groupe de Minsk de l’OSCE,
pour le règlement pacifique du conflit arméno-azerbaïdjanais.
L’administration américaine renforça sa stratégie, en poussant la Russie
en dehors de la région Caspienne et surtout en soutenant son alliée de
l’OTAN, la Turquie, qu’elle voyait comme le futur bastion de la stabilité
dans cette zone de crise. Après la faillite des efforts d’Ankara du début
des années de 90 pour intégrer les Etats turcophones de la CEI dans sa
propre sphère culturelle et économique, les Américains soutinrent la
Turquie pendant la deuxième moitié de cette décade comme « un pont
de politique énergétique » entre l’Europe et la région Caspienne (57).

(56) Cornell, S. E., “U.S. Policy In ‘Caspian-Asian’: The Imperatives Of Strategic Vision” Central
Asia - Caucasus Analyst 2 août 2000, [Link]
(57) Rahr, A., “Caspian Oil”, Internationale Politik, (Berlin, Germany) Summer 2001, p. 81.
50 La sécurité énergétique en Méditerranée

Pendant la deuxième moitié des années 90, Washington s’efforça,


suivant l’exemple des grandes compagnies américaines, d’étendre son
influence politique et économique dans le Caucase du sud, souvent au
détriment de l’Iran et aussi progressivement, de la Russie (58). Les Etats-
Unis s’intéressèrent d’avantage aux ressources énergétiques de la région.
Washington encouragea activement la construction des corridors
énergétiques est-ouest, dont l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) et
le gazoduc Bakou-Tbilisi-Erzourum (BTE).
Pendant la guerre contre le régime des talibans menée en Afghanistan
en 2001-2002, l’Azerbaïdjan accorda le droit de survol à l’armée de l’air
américaine. L’administration des Etats-Unis récompensa l’Azerbaïdjan
pour son soutien en suspendant l’application de la section 907 de la loi
sur le soutien à la liberté, ce qui permit alors aux Etats-Unis de fournir
un appui technique et militaire à l’Azerbaïdjan. Lors des préparatifs de
la guerre en Irak, l’Azerbaïdjan fut pratiquement le seul pays musulman
à soutenir la coalition conduite par les Américains et les Britanniques.
Lorsque la guerre prit fin officiellement le 1er mai 2003, le pays soutint
la politique de reconstruction d’après conflit en Irak, prônée par les Etats-
Unis, et en août 2003, il fut le premier Etat musulman à envoyer des
troupes de maintien de la paix en Irak (59).
Parmi les 21 grands contrats signés entre 1994 et 2001, les Etats-Unis
ont obtenu leur part qui varie entre 25 et 80 % dans 15 contrats, avec la
participation de leurs 11 compagnies pétrolières. Le pétrole de la mer
Caspienne représentant la deuxième source d’énergie hors Moyen-Orient
pour les Américains, son exploitation diminue la dépendance des Etats-
Unis envers les pays arabes. Face à une forte diaspora arménienne,
l’Azerbaïdjan a été obligé de chercher un soutien auprès de la communauté
juive aux Etats-Unis, suivant ainsi le chemin de la Turquie, son frère aîné,
ce qui a conduit au rejet de ce pays (d’ailleurs comme la Turquie) par la
communauté arabo-musulmane, ses « frères » de religion.

(58) Intervention de M. Gerard Libaridian, Conseiller de l’ex-president arménien M. Ter-


Petrossian, “US-Russian relations : Implications for the Caspian Region”, a report from the
Caspian Studies Program’s Conference of Harvard University, held on October 22-23, 2000,
Cambridge, Massachusetts, June 2001, p. 11.
(59) http ://[Link]/fr/documents/sessions_ordinaires/rpt/2004/[Link]
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 51

L’Union européenne
La région de la Caspienne et du Caucase du sud est restée pendant
longtemps loin du centre d’intérêt de l’UE, car elle paraissait relativement
marginale dans la sphère des intérêts de sécurité de l’Union. Les trois
pays du Caucase du sud – Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie – ne se
trouvent pas en effet à sa frontière immédiate, et ce n’est pas non plus
le cas pour les pays de l’Asie centrale. Ils ne sont pas non plus membres
du « nouveau voisinage », considéré par l’Union comme conséquence
majeure du nouvel élargissement, et aucun des trois pays de la région
n’est d’ailleurs candidat officiel à l’entrée dans l’UE. Durant les
années 90, notamment pendant sa première moitié, l’Union s’est montrée
distante et ne s’est pas engagée directement sur les questions cruciales
du Caucase du sud, préférant laisser le terrain à la rivalité russo-
américaine, se contentant de suivre ce dernier dans le processus
d’intégration de ces trois pays dans les structures euro-atlantiques
(Partenariat pour la paix), même si elle-même et les autres institutions
européennes (OSCE, Conseil de l’Europe) étaient déjà présentes dans
la région depuis leur indépendance.
L’action unilatérale des « grands » (Allemagne, France et Royaume-
Uni) prédomine, ce qui rend difficile de parler de l’UE comme d’un
« acteur unanime », comme cela fut déjà le cas pour sa politique des
Balkans. Ainsi, ces trois pays ont développé des relations privilégiées
propres – pour des raisons économique, culturelle ou historique – avec
chacun des pays de la région : l’Allemagne avec la Géorgie, la France
avec l’Arménie et Royaume-Uni avec l’Azerbaïdjan (60).
Durant la deuxième moitié des années 90, l’UE s’est montrée plus
active. Les relations avec chacun des pays du Caucase du sud se sont
accrues. L’identité européenne des trois pays de la région s’est affirmée
par leur adhésion au Conseil de l’Europe : Géorgie en 1999, Arménie et
Azerbaïdjan en 2001. Déjà dans sa première Communication, intitulé “Vers
une stratégie de l’Union européenne pour les relations avec les
républiques transcaucasiennes”, la Commission proposait une stratégie
cohérente, en reconnaissant que l’Union avait des intérêts géopolitiques

(60) Habilov, M., Pacte de stabilité au Caucase et ses perspectives pour la paix et la sécurité
au Caucase du Sud, op. cit, p. 53.
52 La sécurité énergétique en Méditerranée

et économiques dans la région (61).. Le Parlement européen reconnaissait,


en 1997 (62), comme but de toute action dans la région la consolidation
de l’indépendance de la Géorgie, de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, la
recherche d’une solution négociée aux crises politiques, en tenant
compte des interactions entre ces pays, la promotion de la démocratie,
de l’Etat de droit et de la société civile et le développement économique.
La Commission avait même rédigé une position commune sur la base de
l’ancien Article J.2 du traité instituant l’UE.
Les projets d’ordre énergétique et géostratégique, qui ont déjà été
inaugurés au début de la décennie (TRACECA (63) : Transport Corridor
Europe-Caucasus-Central Asia, INOGATE (64) : Interstate Oil and Gas
Transport to Europe) sont activement soutenus dans le cadre du
programme de TACIS (Tecnical Assistance to the Community of
Independent States), même si le montant de l’aide européenne reste
toujours minime en comparaison de l’aide directe américaine à travers
le « Freedom Support Act » et les investissements des entreprises
multinationales (65).
D’autres facteurs ont contribué à l’évolution des relations de l’UE
avec le Caucase du sud. D’abord, l’impact des événements
du 11 Septembre sur la nature de la politique mondiale et des relations
entre Etats est un élément non négligeable qui démontre à quel point les
défis de la sécurité traditionnelle n’étaient plus valables et que les Etats
étaient devenus vulnérables face à de nouveaux défis. Le combat contre
le terrorisme international, le bioterrorisme, la prolifération clandestine
des armes nucléaires et contre les « sources » de leur développement (trafic
de drogue, blanchiment d’argent, immigration clandestine,
appauvrissement, etc.) est devenu un défi ne connaissant plus aucune
limite géographique. Deuxième élément important qui a attiré l’attention
de l’Union envers le Caucase du sud-est, sans doute, son élargissement
vers l’Europe de l’Est. Avec l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie,

(61) COM (1995) 205, point 1.4.79.


(62) Dans les discussions en vue de l’adoption du Rapport A4-0279/1996, présenté par
Mme Carrère d’Encausse.
(63) Pour l’information détaillée, voir le site officiel de TRACECA, [Link]
(64) Pour l’information détaillée, voir le site officiel d’INOGATE, [Link]
(65) Pour la Géorgie seule, le montant total de l’aide européenne entre 1992-2000 est
301,28 millions d’euros contre 986 millions de dollars d’aide américaine. Dov Lynch, “Une
dynamique de l’insécurité régionale”, Cahiers de Chaillot, n° 65, décembre 2003, p. 180.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 53

la région du Caucase devient frontalière avec l’UE et avec ses conflits


gelés, ses institutions politiques faibles, son marasme socio-économique,
etc., la région risque de constituer une source d’instabilité pour la frontière
du sud-est de l’UE (66).
Deux évolutions positives laissent espérer cette perspective, sinon un
renforcement des relations UE/Caucase du sud. La première est d’ordre
subjectif, qui est que la question de l’« identité européenne » de ces pays
ne souffre plus de discussion. Si l’on accepte que l’Europe est un idéal,
qui se définit plus par le partage des « mêmes valeurs communes » que
par sa définition géographique, l’identité européenne de ces pays n’est
pas à discuter, ce qui est d’ailleurs majoritairement partagé (67).
D’ailleurs, en 1996, la France promettait de construire une Europe allant
de Brest à Bakou » (68). Institutionnellement, ces Etats ont pris la direction
de l’Occident et les dirigeants ont exprimé à plusieurs reprises qu’ils
voyaient « l’avenir heureux de leurs pays dans l’intégration aux structures
européennes » (69). Les trois pays se trouvent d’ailleurs dans les
structures des différentes institutions européennes. Ils sont aussi membres
du Conseil d’Europe (Géorgie depuis 1999 et Arménie et Azerbaïdjan
depuis 2001). La deuxième est plus concrète et concerne directement les
relations UE/Caucase du sud : les relations bilatérales sont désormais
institutionnalisées et gérées dans le cadre de PCA (Partnership and
Cooperation Agreement), la région est considérée comme la « région
voisine » – qui est définie dans le Projet de stratégie de sécurité de l’Union
et approuvée au sommet de Thessalonique en juin 2003, et depuis le
7 juillet 2003, un « Représentant spécial de l’UE pour le Caucase du sud »
gère ces relations bilatérales. Ces deux évolutions constituent un
tournant décisif et montrent l’intérêt que porte l’UE à cette région et à
la coopération avec elle.
Les gouvernements européens seraient bien inspirés de réévaluer la
sécurité de leurs futurs approvisionnements en gaz, pour tenir compte

(66) Habilov, M., Pacte de stabilité au Caucase et ses perspectives pour la paix et la sécurité
au Caucase du sud, op. cit., p. 54.
(67) Idem, p. 115.
(68) Shihab S., «La France promet de construire une Europe allant “de Brest à Bakou”», le
Monde, 15 octobre 1996.
(69) La nouvelle direction géorgienne est allée plus loin : le Président géorgien, M. Saakachvili
a déclaré, pendant sa visite à Bruxelles que l’intention de son pays était d’entrer à l’UE “avant
2010”.
54 La sécurité énergétique en Méditerranée

l’augmentation rapide de leurs importations et de la libéralisation en cours


des marchés intérieurs et européens, dans l’optique d’une diminution de
leur dépendance à l’égard des Etats du Golfe.
L’Europe importe environ 3 millions de barils par jour du Golfe
persique, soit 45 % de ses importations pétrolières. L’Union européenne
est le premier acheteur de pétrole et le premier fournisseur de l’Arabie
saoudite (38 % des importations saoudiennes) et de l’Iran.
Réduire la dépendance à l’égard du Moyen-Orient est donc essentiel,
car le développement de la production pétrolière et gazière de la Mer du
Nord, consécutif aux chocs pétroliers de 1973 et 1979, a atteint ses limites,
même s’il a permis de réduire substantiellement la dépendance pétrolière
extérieure des pays de l’Union européenne, passée de 97 % en 1973 à
55 % en 2000 (pour les 15). Le taux de dépendance vis-à-vis du pétrole
produit à l’extérieur de l’Union pourrait faire un bond à 85 % dès 2010
et à 90 % en 2020, selon la Commission européenne.
La Turquie
Immédiatement après l’indépendance, la Turquie, acteur régional
fortement impliqué au Caucase et en Asie centrale depuis la chute de
l’URSS (70), deuxième acteur dans la région après la Russie (71), a tenté
de profiter de l’occasion pour renouveler son association historique avec
les groupes ethniques du Caucase et de l’Asie centrale en vue d’accroître
encore son influence dans la région (72) et d’y mener une politique plutôt
ambitieuse. Encouragée par les Etats-Unis pour contenir la menace
islamique potentielle représentée par l’Iran (73) et pour contrebalancer
et affaiblir le poids de la Russie dans la région, la Turquie jouerait un
rôle-pivot non seulement dans cette région mais aussi dans les pays
turcophones de l’Asie centrale, en représentant une sorte de maillon
principal entre les Etats-Unis et ces pays (74). D’autre part, étant devenue

(70) Robins, P., «Between sentiment and self-interest : Turkey’s policy toward Azerbaijan and
the Central Asia states », Middle East Journal, vol. 47, n° 4, 1993, p. 493-510.
(71) Gungor A., Aydinly E., «The Dual Pipeline : Cooperation Versus Competition », Caspian
Crossroads Magazine, volume 2, Issue N° 1, Spring-Summer 1996, version électronique
[Link].
(72) Forsythe, R., The politics of oil in the Caucasus and Central Asia, Oxford University Press,
New York, 1996, p. 21.
(73) Djalili, M. R.; Kellner, Th., Géopolitique de la nouvelle Asie centrale, de la fin de l’URSS
à l’après- 11 Septembre, 3e édition, PUF, 2003, p. 133.
(74) Jafalian, A., «Le pétrole, un facteur de stabilisation du Caucase », Stratégique, p. 80-81.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 55

le coordinateur régional de l’OTAN, elle essaie de jouer au mieux son


rôle de représentant de l’Alliance dans la région Caspienne (75). Ainsi,
Ankara espérait assumer le rôle de leader d’une sorte de Commonwealth
turc (76). D’ailleurs, la Turquie, avec son modèle de république laïque
et démocratique, occidentalisé et économiquement développé,
correspondait aux aspirations des républiques turcophones dans leur
construction nationale (77). A l’image du modèle développé en Turquie
par Mustafa Kemal Atatürk et qui perdure aujourd’hui malgré la récente
remontée de l’influence islamiste, l’Azerbaïdjan pourrait constituer le
deuxième exemple d’un pays de population musulmane qui adopte un
système politique de type laïc et pro-occidental et qui réalise un
développement économique basé sur l’économie de marché, l’ouverture
vers l’extérieur et l’accueil des investissements étrangers. Ce qui
constituerait un axe turco-azéri qui, opposé au modèle iranien et aux
islamismes radicaux, détiendrait une réelle force d’attraction en Asie
centrale, au Moyen-Orient voire dans l’ensemble du monde musulman.
Le Caucase, plus particulièrement l’Azerbaïdjan, serait un « pont » pour
cette stratégie, car les Azéris étant un peuple turcophone, il ne serait pas
difficile pour la Turquie, en tant que « frère aîné », d’y établir son influence
politique, économique et culturelle. Le Président turc de l’époque, Turgut
Özal, n’hésitait même pas à dire que le 21e siècle serait le siècle des
Turcs (78). Suleyman Demirel, à son tour, se félicitait d’un monde turc
de l’Adriatique à la muraille de Chine (79). Bref, Ankara paraissait assez
apte à jouer ses atouts.
Ainsi, comme les autres pays, la Turquie aussi s’intéresse au pétrole
de la mer Caspienne . La Turquie a fait un énorme effort pour obtenir le
soutien de Washington dans la réalisation de l’oléoduc BTC. La Turquie

(75) Nassibli, N., «Azerbaijan’s Geopolitics And Oil Pipeline Issue », in Croissant, M.; Aras,
P. B., (eds), Oil and geopolitics in the Caspian Sea Region , Westport, Conn.: Praeger, 1999.
(76) Winrow, G. M., «Turkish National Interests », in Kalyuzhnova, Y., (ed), Energy in the
Caspian Region, Palgrave, 2002, p. 234.
(77) Bal, I., «The Turkish Model and Turkic Republics », Perceptions Journal of International
Affairs, septembre-november 1998, volume III, number 3, version électronique
http ://[Link]/grupa/percept/[Link]
(78) Kramer, H., “Will Central Asia become Turkey’s sphere of influence”, Perceptions Journal
Of International Affairs, March- Mai 1996, volume III, Number 4, version électronique
http ://[Link]/grupa/percept/[Link]
(79) Pope, N., «Turquie : en Asie centrale ex-soviétique M. Suleyman Demirel évoque “un monde
turc de l’Adriatique à la Muraille de Chine” », le Monde, 6 mai 1992.
56 La sécurité énergétique en Méditerranée

voyait le projet BTC comme un moyen stratégique et politique précieux


pour renforcer sa position de pont énergétique entre les centres
d’approvisionnement émergents de la région Caspienne et les marchés
occidentaux (80).
D’ailleurs, l’importance de la Turquie dans les stratégies d’évacuations
a, selon J.M. Bourdaire, trois aspects : son poids géopolitique dans la
région, son contrôle du Bosphore, débouché de la Mer noire sur la
Méditerranée et sa capacité à fournir un transit de « deuxième rang »,
derrière la Géorgie (pétrole) et l’Iran (gaz) (81). Pour réduire les
chances de l’alternative russe et donner plus de poids à ses propres
arguments, la Turquie a cherché, à partir d’août 1993, à opposer des
restrictions au passage des tankers par ses détroits qui contrôlent la sortie
de la Mer noire. Se basant sur des raisons écologiques et des risques
énormes menaçant Istanbul, Ankara demanda la révision du traité de
Montreux du 20 juillet 1936, régissant le statut du Bosphore et des
Dardanelles, ce qui provoqua l’opposition catégorique de Moscou. Mais,
à l’occasion d’une nouvelle catastrophe tragique le 13 mars 1994 (la 444e
en 40 ans), la Turquie déclara l’entrée en vigueur, à partir du 1er juillet,
d’une réglementation censée mettre un peu d’ordre dans ce trafic fou et
au besoin le ralentir (82). Cet oléoduc, fortement soutenu par les Etas-
Unis, a un seul inconvénient à part son coût : il traverse le sud-est de la
Turquie, instable à cause de l’insurrection des habitants kurdes (83) et
soumis aux attaques de PKK.
Dans le conflit arméno-azerbaïdjanais, l’attitude du gouvernement turc
a uniformément été plus pro-azerbaïdjanais. L’ex-président Özal, en
particulier, en 1992 (après le massacre de février sur les civils azéris à
Khojaly) s’est prononcé pour «donner une leçon aux Arméniens» (84),

(80) Sayari, S., “Turkey’s Caspian Interests : Economic and Security Opportunities”, in Ebel,
R. E., Menon, R., (ed), Energy and conflict in Central Asia and the Caucasus, Lanham, Md.:
Rowman & Littlefield Publishers, 2000, p. 229.
(81) Bourdaire, J.M., «Les enjeux énergétiques du monde turc », Revue française de
géoéconomie (1999, printemps) n° 9, p. 62.
(82) Dolay, N.; Fish, R., «Pétrole et politique : l’imbroglio du pétrole », Cahiers de l’Orient,
(9/4/1996) n° 42, p. 80.
(83) Aras, B.; Foster, G., “Turkey : Looking for Light at the End of The Caspian Pipeline”, in
Croissant, M.; Aras, P. B. (ed), Oil and geopolitics in the Caspian Sea Region, [Link], p. 236.
(84) Foreign Broadcast Information Service, Western Europe series (Hereafter FBIS-WE),
5 March 1992, p. 4.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 57

et lorsque les attaques arméniennes prirent une grande ampleur, l’armée


turque se mobilisa à la frontière de l’Arménie (85). En réagissant
sévèrement lorsque le Nakhitchevan s’est trouvé sous la menace
d’attaque, la Turquie déclara que cela serait considéré comme un casus
belli (86), car le Traité de Kars, signé entre les Turcs et les Russes, toujours
valide, accorde le droit de garant à la Turquie sur ce territoire
azerbaïdjanais. En outre, l’opposition turque, y compris l’opposition
principale, le parti d’Ana Vatan (Mère Patrie) et, tout à fait normalement,
le parti de MHP (Parti du Mouvement Nationaliste) d’Alparslan Türkes,
ont fortement accusé le gouvernement de laisser faire « le génocide
organisé par les Arméniens sur les Azéris et de laisser l’Azerbaïdjan
seul » (87). D’ailleurs, au cours du conflit, la Turquie avait proposé un
plan de paix qui fut refusé par l’Arménie, dénonçant la partialité
d’Ankara (88) ; et plus tard, la Turquie proposa sa participation à une
force de paix au Haut-Karabakh (89). Le ministre des Affaires étrangères,
Hikmet Çetin, effectua une tournée prolongée en Europe et aux Etats-
Unis pour essayer de gagner un soutien pour organiser des opérations
de maintien de la paix, mais en vain (90).
Pourtant, la Turquie n’a pas pu aller plus loin, parce que d’autres pays
aussi avaient des intérêts dans cette région. Nombreux sont les facteurs
qui ont contraint le comportement de la Turquie, l’empêchant de
poursuivre une politique indépendante et surtout d’apporter un réel soutien
à l’Azerbaïdjan au sujet du règlement du conflit arméno-azerbaïdjanais
qui revêt une importance vitale pour ce pays.
La plupart des contraintes importantes pesant sur la Turquie venaient
de son alliance occidentale. Comme les pays occidentaux ont voulu rester
en dehors du conflit, ou dans certains cas, soutenir tacitement ou

(85) «Azerbaïdjan L’armée turque est placée en état d’alerte », le Monde, 5 septembre 1993.
(86) Spatharou, A., «Geopolitics of Caspian oil : the Role of the Integration of the Caspian
Region into World Economy in Maintaining Stability in the Caucasus », In, Gökay, B. (ed.),
The politics of Caspian oil, Palgrave, Great Bretain, 2001, p. 43.
(87) FBIS-WE, 13 March 1992, p. 14.
(88) «Dénonçant la “partialité” d’Ankara, l’Arménie a refusé d’examiner le plan de paix turc
pour le Haut-Karabakh », le Monde, 13 mars 1992.
(89) Azerbaïdjan: la Turquie prête à participer à une force de paix au Karabakh», le Monde,
9 juillet 1994.
(90) FBIS-WE, 16 March p. 2, quoting Ankara TRT television network, cité dans CORNELL,
Svante, “Turkey and the conflict in Nagorno Karabakh, A Delicate Balance”, Middle Eastern
Studies, vol. 34, n° 1. 1998 électronique [Link].
58 La sécurité énergétique en Méditerranée

implicitement l’Arménie, ils ont exercé une pression sur la Turquie pour
qu’elle ne s’implique pas du côté de l’Azerbaïdjan.
En outre, les relations de la Turquie avec la Russie ont été un important
facteur de retour au calme, car des relations politiques et particulièrement
économiques avec la Russie se sont développées depuis 1991 (91). La
Turquie n’était pas prête à compromettre ses énormes intérêts économiques
en Russie, car ces deux pays sont « partenaires commerciaux
majeurs » (92). En outre, à chaque fois que la Turquie a signalé son
intention de s’impliquer dans le conflit du Haut-Karabakh, Moscou a
répondu sévèrement et sans essayer de cacher son mécontentement à
l’égard des politiques d’Ankara. Albert Chernyshev, ancien ambassadeur
de Russie à Ankara et plus tard vice-ministre des Affaires etrangères de
Russie, a déclaré : « Nous devons nous comprendre l’un l’autre. Celui
qui habite dans une maison en verre ne doit pas jeter des pierres (93). »
En tout cas, quoi qu’il en soit, la Turquie est considérée par
l’Azerbaïdjan et les Azerbaïdjanais comme le meilleur partenaire et allié
dans la région (94). Pour Zbigniew Brzezinski, la Turquie reste encore
« un pivot géopolitique », non seulement en ce qui concerne cette région
mais également dans la politique du Moyen-Orient et des Balkans. Selon
lui, l’Azerbaïdjan et la Turquie sont « deux des cinq pivots géopolitiques
de l’Eurasie (avec l’Iran, l’Ukraine et la Corée du Sud) avec des
conséquences évidentes pour la politique des Etats-Unis (95).»

Israël
Israël est un pays qui joue un très grand rôle dans la région de la
Caspienne, même si ce rôle n’est pas senti à priori. Les efforts d’Israël
en vue de développer ses relations avec les pays de la région Caspienne
issus de l’ex-URSS signifient l’importance accordée à cette région. L’un

(91) Bolukbasi, S., «Ankara’s Baku-Centered Transcaucasia Policy : has it failed ?», Middle
east journal, Jan. 1997.
(92) Winrow, G. M., “Turkish National Interests”, in Kalyuzhnova, Y., (ed), Energy in the Caspian
Region, [Link], p. 235.
(93) Grudinina, I., «Ex Officio : Moscow Won’t Let Kurdish Organizations Build Nests in
Russia », Current Digest of the Post Soviet press, 30 august 1995, vol. 47, p. 23-31.
(94) Alieva, L., « The Foreign Policy of Azerbaijan », Central Asia and Caucasian Prospects,
Briefing Paper N° 9, october 1996, [Link]/Research/rep/[Link].
(95) Brzezinski, Z., Le grand échiquier: l’Amérique et le reste du monde, Hachette Littératures,
2000.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 59

de ses buts était de créer une barrière contre l’expansion de l’influence


arabe et iranienne (96) et donc prévenir les menaces du fondamentalisme
islamiste que les pays en question envisageaient d’exporter dans ces
nouvelles républiques qui étaient en quête d’une identité suite à un
« vacuum identitaire » créé avec la chute de l’idéologie communiste. Israël,
après reconnu l’Azerbaïdjan à la fin de l’année 1992, y a ouvert son
ambassade en février 1993 et a commencé à jouer un rôle actif dans les
affaires politiques et économiques de l’Azerbaïdjan, aboutissant même
à prendre une position pro-azerbaïdjanaise dans le conflit arméno-
azerbaïdjanais (97)…
Parallèlement, les officiels azerbaïdjanais accordent une importance
spéciale à Israël, qui est toujours perçu en Azerbaïdjan comme un
partenaire stratégique potentiel. En effet, Israël est un bon modèle pour
les Etats de la Caspienne : un pays petit mais politiquement et
économiquement puissant, démocratique et laïque (98). Ces Etats sont
persuadés qu’Israël, avec sa compétence technologique et sa tradition
démocratique, peut faciliter leur intégration dans le système mondial
moderne. De plus, Israël est perçu dans certains pays, comme en
Azerbaïdjan, comme une route à la Communauté occidentale, en général,
et aux Etats-Unis, en particulier.
D’autre part, la diaspora juive et le lobby juif aux Etats-Unis sont
considérés comme partenaires privilégiés de l’Azerbaïdjan (99). Israël,
qui se trouve dans une situation de dépendance énergétique totale, peut
être un grand importateur de pétrole azéri (100). La coopération entre
la Turquie et Israël dans cette région n’est pas un hasard. Israël est très
intéressé et soutient la Turquie dans ses efforts de propagation de son

(96) Ehteshami, A., Murphy, E., «The Non-Arab Middle East States and the Caucasian/Central
Asian Republics : Iran and Israel », International Relations, vol. 12, N° 1, April 1994, p. 96.
(97) Aras, B., «Post-cold War Realities : Israel’s Strategy in Azerbaijan and Central Asia », Middle
East Policy, vol. V, N° 4, January 1998, p. 73.
(98) Ehteshami, Anoushiravan, Murphy Emma, «The Non-Arab Middle East States and the
Caucasian/Central Asian Republics : Iran and Israel », International Relations, vol. 12, N° 1,
(April 1994), p. 96.
(99) Bremmer, I., “The US, Turkey, and the Future of the Caspian”, In Succession and Long-
term Stability in the Caspian Region, Cambridge, MA : BCSIA, 2000, version électronique
disponible sur le site d’internet http ://[Link]
(100) Greene, R. A., “Greater ties for Israel, Azerbaijan?”, Cleveland Jewish News, 30 April
2002, vers ion él e c t r o n i q u e disponible sur le si t e d ’ i n t er n et
http ://[Link]/archive/2002/media/[Link]
60 La sécurité énergétique en Méditerranée

modèle de démocratie parlementaire, de libre économie du marché et de


laïcité dans une société musulmane (donc compatible avec le style de
gouvernement occidental) (101).

L’Iran
Historiquement, jusqu’à l’invasion de l’Azerbaïdjan par les forces
russes en 1828, les Azéris et les Perses avaient vécu ensemble. Pourtant,
la perception historique des Iraniens et des Azéris n’est pas la même.
Pour les premiers, l’Azerbaïdjan fait partie de la grande civilisation
iranienne (102). C’est la raison pour laquelle, en 1992, lors de la guerre
entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, les nationalistes iraniens ont fait pression
sur le régime pour soutenir l’Azerbaïdjan, car pour eux, les Azéris
d’Azerbaïdjan étaient des citoyens actuels de l’Iran, puisque l’Azerbaïdjan
tout entier appartenait autrefois à l’Iran (103). Tandis que, pour les Azéris,
ils n’appartiennent pas à la civilisation iranienne, mais plutôt au monde
turc, et la Perse fut plutôt gouvernée par les Persans que par les Turcs
(du clan des Seldjoukides au clan des Gadjars). Et selon eux, c’est par
les traités de Gulistan et de Turkmenchaï que l’Azerbaïdjan fut partagé
entre les Perses et les Russes, la partie sud restant sous la domination
perse et la partie nord passant sous l’hégémonie russe.
La chute de l’URSS ouvrit à l’Iran des perspectives pour étendre son
influence politique, et si possible son régime, aux nouveaux pays
musulmans voisins, en les considérant comme des débouchés pour ses
produits commerciaux, afin de compenser l’effet de l’embargo américain.
Néanmoins, ce nouvel ordre régional apporta pour l’Iran des problèmes
de type nouveau : de nouvelles frontières, surtout dans la Caspienne, et
la perception iranienne du danger de l’irrédentisme azéri, etc.
La politique iranienne, au début des années 90, présente des
similitudes avec la politique turque, à savoir : agir selon le réflexe de

(101) De Vidas, J., Analyse d’un axe pacificateur: pertinence de l’alliance entre la Turquie et
Israël, Mémoire de DESS Etudes Stratégiques soutenu à l’Université Paris XIII-Nord, 2002,
p. 44-45.
(102) Entessar, N., «Iran : Geopolitical Challenges and the Caspian Region », in Croissant, M.;
Aras, P. B. (ed), Oil and geopolitics in the Caspian Sea Region, [Link]., p. 161.
(103) Homayun, T., « Negahi be Gharabagh Dar Masire Tarikhe Iran », Motaleeat Asiaye Markazi
wa Ghafghaz, vol. 2, N° 1 (Summer 1993), Quoted in Ramazanzadeh, “Iran’s Role as Mediator
in the Nagorno-Karabakh Crisis”, cité dans Cornell, S., “Iran and The Caucasus”, Middle East
Policy, vol. V, N° 4, January 1998, p. 57.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 61

l’héritage de l’empire, avec une différence toutefois : agir au nom de la


“fraternité religieuse”, à la différence de la “fraternité ethnique” turque.
Pourtant, l’action de l’Iran en Asie centrale s’est manifestée dans les
champs politiques et économiques beaucoup plus que religieux, car dans
cette région, qui vécut pendant longtemps sous l’athéisme, l’Islam n’est
pas le critère de « l’identité collective primaire » (104).
La politique nationaliste du gouvernement d’Eltchibey (1992-1993)
a envenimé cette relation et a poussé Téhéran à prendre des « mesures
préventives », car le président Elçibey, pro-turc, anti-russe et anti-
iranien (105), accusant Téhéran de « négliger les intérêts des Azéris
d’Iran » (106), déclara à plusieurs occasions que l’Etat iranien est
condamné à mort, et il n’hésitait pas à déclarer ouvertement que « dans
cinq ans les deux Azerbaïdjans seraient réunifiés » (107). En Iran, il semble
que la crainte du régime de voir se développer l’irrédentisme parmi la
forte minorité azérie de l’Iran ait incité Téhéran à préférer une République
azerbaïdjanaise affaiblie sur son flanc nord, plutôt qu’un Etat riche et
surtout pétrolier, tandis que la minorité azérie en Iran (environ 30 millions)
est vue comme un facteur positif pouvant mener Téhéran à soutenir Bakou
plutôt qu’à travailler contre, afin de garder sa minorité azérie calme. C’est
en s’inquiétant des appels à la réunification (108) de certains nationalistes
azéris que l’Iran a développé des liens étroits avec l’Arménie (109), qui
est actuellement son principal partenaire économique dans la région (110).
En fin de compte, une situation paradoxale en a résulté : le régime
fondamentaliste islamique d’Iran s’est mis à soutenir l’Arménie chrétienne
contre des musulmans azéris.

(104) Shaffer, B., “Islam, Iran, and the Prospects for Stability in the Caspian Region”, In
Succession and Long-term Stability in the Caspian Region, Cambridge, MA : BCSIA, 2000,
version électronique disponible sur le site d’internet http ://[Link].
(105) Ochs, M., «Azerbaijan : Oil, Domestic Stability and Geopolitics in the Caucasus », In
Caucasus and the Caspian Seminar Transcripts, SDI, 1996 version électronique disponible
sur le site d’internet http ://[Link].
(106) Iran Times, 10 july 1992, p. 1.
(107) Hiro, D., «The Azerbaijan Question », The Nation, 14 september 1992.
(108) Rutland, P., «Paradigms for Russian Policy in the Caspian Region », in Ebel, R. E.; Menon,
R., (ed), Energy and conflict in Central Asia and the Caucasus, [Link]., p. 181.
(109) Kemp, G, «U.S. –Iranian Relations : Competition or Cooperation in the Caspian Sea Basin »,
in Ebel, R. E.; Menon, R., (ed), Energy and conflict in Central Asia and the Caucasus, [Link],
p.152; Peimani, H., The Caspian pipeline dilemma: political games and economic losses,
Westport, Conn.: Praeger, 2001, p. 84.
(110) Amineh, M. P., Towards the control of oil resources in the Caspian region, Münster :
LIT; New York : St Martin’s Press, 1999, p. 116.
62 La sécurité énergétique en Méditerranée

Durant le conflit, l’Iran, comme la Russie, a continué d’offrir


différentes formes de soutien à l’Arménie : approvisionnement en
électricité et en marchandises etc. « pour faire payer à l’Azerbaïdjan son
tropisme occidental » (111). Toutefois, le soutien de l’Iran a dépassé les
relations simplement commerciales. Certains dirigeants azéris ont
indiqué que l’Iran a servi au moins d’itinéraire de passage pour des armes
en route vers l’Arménie (112), et il semble que des combattants
arméniens aient été formés en Iran (113). Les Azéris arguaient du fait
que l’ASALA (armée secrète arménienne pour la libération de l’Arménie)
existait encore et se formait en Iran et que cette organisation avait une
forte influence sur le gouvernement arménien concernant le problème
du Haut-Karabakh (114).
Après l’arrivée au pouvoir d’Heydar Aliyev, l’Azerbaïdjan a révisé
sa politique extérieure et conduit une « politique d’équilibre » entre la
Russie, l’Iran et la Turquie, tandis que celle de Mutalibov était plutôt
« pro-russe » et celle d’Elçibey plutôt « pro-turque » ou « pro-
occidentale » (115). Lors de la rédaction du projet de constitution en
Azerbaïdjan, Téhéran était mécontent de la politique « anti-religieuse »
de l’Azerbaïdjan, qui choisissait une voie laïque et démocratique,
comme en Turquie, car Téhéran considérait cette politique comme nuisible
aux intérêts des peuples de deux nations chi‘ites (116). D’ailleurs, le
rapprochement de l’Azerbaïdjan avec les Etats-Unis et Israël a commencé
à poser des problèmes à l’Iran. Le ministre iranien des Affaires
étrangères, Velayeti, lors de sa visite à Bakou en mars 1996, a accusé
l’Azerbaïdjan de mettre en danger la sécurité de l’Iran en entrant dans
une alliance de facto stratégique avec Israël, tandis que son homologue

(111) Roy, O., «Le noeud caspien », Politique internationale, 1997, été, n° 76, p. 229.
(112) Cornell, S., “Iran and The Caucasus”, Middle East Policy, vol. V, n° 4, January 1998,
p. 61.
(113) Halliday, F., « Condemned to React, unable to Influence : Iran and Transcaucasia »,
Wright, J.; Goldenberg, S.; Shoefield R. (ed), Transcaucasian Boundaries, UCL Press,
London, 1996, p. 84.
(114) Cornell, S., «Iran and The Caucasus », Middle East Policy, vol. V, n° 4, January 1998,
p. 61.
(115) Molla-Zade, J., «Azerbaijan and the Caspian Basin : Pipelines and Geopolitics », In
Caucasus and the Caspian Seminar Transcripts, Cambridge, MA : Strengthening Democratic
Institutions Project, 1996. version électronique disponible sur le site d’internet
http ://[Link].
(116) Entessar, N., «Iran : Geopolitical Challenges and the Caspian Region », in Croissant, M.;
Aras, P. B. (ed), Oil and geopolitics in the Caspian Sea Region, [Link]., p.165.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 63

azerbaïdjanais l’accusait d’intervenir dans les affaires intérieures de


l’Azerbaïdjan (117). Le souhait de l’Azerbaïdjan d’accueillir les bases
militaires de l’Otan (118) était critiqué aussi bien par la Russie que par
l’Iran. Bakou à son tour accusait l’Iran de financer les mouvements et
les partis politiques islamistes en Azerbaïdjan (119).
Au début, l’Iran a tenté d’offrir ses bons offices pour rechercher une
solution pacifique au conflit. Le premier cessez-le-feu a été négocié à
Téhéran en mars 1993. Pourtant, les attaques militaires arméniennes
successives sur le territoire d’Azerbaïdjan et l’occupation de Choucha
pendant les négociations elles-mêmes ont rendu impossibles les efforts
de l’Iran. Et cela fut même perçu en Azerbaïdjan comme un complot
préparé par l’Iran pour faire sortir les dirigeants azerbaïdjanais de la ville,
sous prétexte de négociation de cessez-le-feu et ainsi faciliter les attaques
arméniennes. La politique de l’Iran vis-à-vis du conflit du Haut-
Karabakh a ainsi déçu Bakou.
Téhéran tenta également de prendre part au partage des ressources
énergétiques de la mer Caspienne, malgré son point de vue divergent sur
le statut de cette mer avec son voisin du nord et avec les autres pays
riverains. Il avait obtenu le consentement de l’Azerbaïdjan pour participer
au consortium AIOC avec une part de 5 % (120) ; et pourtant, suite au
désaccord avec les Etats-Unis, il fut écarté au profit de la compagnie
pétrolière américaine Exxon (121). Il détient actuellement une part dans
les contrats pétroliers azerbaïdjanais tels que Shah Deniz (10 %) et
Lenkoran-Deniz, Talish-Deniz (10 %). Sa volonté de faire traverser les
oléoducs et gazoducs de la Caspienne et de l’Asie centrale par son territoire
se heurta à l’opposition américaine – même si la route d’Iran était la plus
courte et commercialement la plus rentable (122) – ce qui le poussa à
développer une route alternative d’énergie nord-sud avec l’Arménie et
la Russie.

(117) Iran Times, 8 March 1996, p. 1.


(118) Quotiden azerbaïdjanais Azerbaycan, 16 décembre 1998.
(119) Samii, W., « Iran Accused of involvement in Azerbaijan Unrest », RFE/RL, Iran Report 1,
n° 2, 24 november 1998.
(120) Yerasimos, S., «Des histoires de tuyaux et de pétrole », Hérodote, 6/4/1996, n° 81, p. 118.
(121) Jego, M., «L’Iran est écarté de l’exploitation pétrolière en Azerbaïdjan au profit de la
société turque TPAO et de la firme américaine Exxon », Le Monde, 14 avril 1995.
(122) Peimani, H., The Caspian pipeline dilemma: political games and economic losses, [Link].,
p. 59.
64 La sécurité énergétique en Méditerranée

Après les événements de 11 Septembre, l’Iran continua à rester dans


l’« axe du mal », et Donald Rumsfeld déclarait à propos de l’Iran, de l’Irak
et de la Corée du Nord : « Chacun de ces trois pays sont activement
engagés dans le programme d’armes de destruction massive. Et nous
savons que ces pays ont des relations avec le réseau terroriste (123). »
Actuellement, la question du statut juridique international de la mer
Caspienne est l’un des problèmes majeurs à régler entre l’Azerbaïdjan
et l’Iran. Si l’Azerbaïdjan est pour la division de la Mer en secteurs
nationaux suivant la ligne médiane, l’Iran à son tour insiste sur la validité
des traités de 1921 et de 1940, propose comme solution soit l’usage
commun, soit la division égale (20 % pour chaque Etat riverain) et refuse
de reconnaître la légitimité des accords pétroliers signé entre l’Azerbaïdjan
et les compagnies pétrolières étrangères et aussi des accords bilatéraux.
Le 23 juillet 2001, pour la première fois en mer Caspienne, une
confrontation à caractère militaire se déroula à 150 km au sud de Bakou,
dans la concession d’Alov-Araz-Sharg, détenue par BP (124). Un navire
de guerre iranien contraignit deux bâtiments effectuant des travaux de
prospection pour le compte de la société britannique, elle-même
mandatée par le gouvernement azerbaïdjanais, à interrompre leurs
activités et à quitter les lieux. L’intervention iranienne avait été précédée
d’une mise en garde par Téhéran et du survol du bateau de BP par un
avion militaire de l’Iran (125). Bakou, à son tour, dénonça vigoureusement
une violation de son espace aérien et de ses eaux territoriales et chercha
un soutien auprès de la Turquie et des Etats-Unis.
Ces arguments nous montrent très bien la configuration des puissances
autour de la richesse de la mer Caspienne. A côté des petits Etats tels
que l’Azerbaïdjan, le Turkménistan et le Kazakhstan, les grandes
puissances internationales et régionales telles que les Etats-Unis, l’Union
européenne, la Russie, la Turquie et l’Iran jouent leurs atouts. Cette région,
qui était l’« ancienne zone d’influence » de la Russie et de l’Iran se
transforme en une « nouvelle zone d’influence » des Etats-Unis, d’Israël
et de la Turquie. Parallèlement, cette configuration conduit aussi à un

(123) Knowlton, B., « U.S. Stepping up criticism of Iran ; Aide sees “Axix’ as ‘Clear Threat”»,
International Herald Tribune, 3 February 2002.
(124) Djalili, M. R.; Kellner, Th., Géopolitique de la nouvelle Asie Centrale, de la fin de l’URSS
à l’après 11 Septembre, 3e édition, PUF, 2003, p. 191.
(125) Idem, p. 192.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 65

regroupement et une bipolarisation : pendant que « l’ancienne zone


d’influence » jette le fondement d’une « nouvelle alliance » entre la Russie
et l’Iran (qui étaient toujours mutuellement hostiles) contre la présence
des «étrangers » dans leurs sphères, la « nouvelle zone d’influence » est
gérée par « l’ancienne alliance » telle que les Etats-Unis, Israël et la
Turquie.
De même que le problème du partage des richesses, leur
acheminement vers le marché mondial pose aussi un problème délicat,
car l’Azerbaïdjan et les autres nouveaux Etats riverains de la mer
Caspienne sont géographiquement enclavés. Ici, théoriquement, plusieurs
itinéraires étaient envisageables : vers le nord, vers l’est, vers le sud et
vers l’ouest. Tandis que pour les hydrocarbures de l’Asie centrale la route
de l’est restait toujours valable, pour le pétrole et le gaz naturel
azerbaïdjanais, elle était exclue. La route la plus courte et la plus
économique était l’Iran, pourtant les Etats-Unis avaient déjà mis leur
« veto » et cette route aussi était exclue. Alors la deuxième route
économiquement avantageuse était l’Arménie et la Turquie. L’Azerbaïdjan
étant en guerre contre cet Etat, la réalisation de ce projet restait
problématique : « il fallait d’abord rétablir la paix et discuter après ». Le
troisième projet, c’était la Géorgie et la Russie débouchant sur Soupsa
et Novorossisk. Pourtant, après, il faudrait traverser le Bosphore par les
bateaux, ce qui augmentait le risque d’accidents. De surcroît, en Géorgie
et au Sud de la Russie les conflits existaient toujours, ce qui mettait en
question la sécurité de l’oléoduc. La quatrième possibilité c’était la
Géorgie et la Turquie, débouchant à Ceyhan. Ici encore les conflits : en
Géorgie et au sud-est de la Turquie.
Pourtant, les deux oléoducs, à savoir Bakou-Novorossisk (depuis
novembre 1997) et Bakou-Soupsa (depuis janvier 1999) avaient déjà
commencé à transporter les pétroles primaires. Quant à Bakou-Tbilissi-
Ceyhan (connu sous le sigle BTC), la déclaration d’Ankara du 29 octobre
1998 et celle d’Istanbul de 18 novembre 1999 et la décision du président
azerbaïdjanais du 22 mai 2000 reconnaissent officiellement cette
direction comme « route d’exportation principale »; et actuellement le
projet est pratiquement réussi, la construction terminée et le pétrole en
cours d’acheminement. Même si cet oléoduc n’est pas économiquement
le plus avantageux, politiquement et stratégiquement son importance pour
l’Azerbaïdjan et pour l’Occident est indiscutable.
66 La sécurité énergétique en Méditerranée

Ainsi, avec le soutien des Etats-Unis et d’Israël, ce projet évolue, à


l’heure actuelle, de manière positive. Les tankers remplis du pétrole
azerbaïdjanais quittent le port turc de Ceyhan ; et l’Azerbaïdjan commence
alors à engranger ses revenus pétroliers. Mais les territoires de
l’Azerbaïdjan se trouvent toujours sous occupation, tandis qu’il y a déjà
plus de 14 ans que le premier contrat pétrolier a été signé. La stratégie
pétrolière azerbaïdjanaise arrivera-t-elle à son but ultime qui consiste à
rétablir véritablement la paix, la stabilité et la confiance dans la région
du Caucase et de la Caspienne ? Si oui, quand, si non, pourquoi ? C’est
le futur qui nous le montrera...
La problématique énergétique mondiale
Mounir DEBBARH*

Introduction
La problématique énergétique mondiale s’articule autour de deux défis
majeurs qu’il faut relever pour assurer le développement durable : sécuriser
des approvisionnements énergétiques permanents, fiables, à des prix
raisonnables et transformer le système énergétique pour le rendre sobre
en carbone, efficient et respectueux de l’environnement.
L’évolution des marchés et des prix énergétiques pendant les dix
dernières années montre que nos modes actuels de production et de
consommation ne sont pas soutenables à long terme, notamment pour
les énergies fossiles qui resteront dominantes dans le bouquet énergétique
mondial. La bonne gouvernance constitue l’outil principal pour assurer
une croissance responsable qui allie développement économique,
protection de l’environnement et réduction des inégalités.
Le risque n’est pas de manquer de ressources énergétiques, mais plutôt
de ne pas investir à temps dans les infrastructures nécessaires pour
développer les capacités de production et assurer la disponibilité et
l’accessibilité à tous de l’énergie à des prix abordables pour les consom-
mateurs et équitables pour les producteurs.
Pour éviter des dommages catastrophiques irréversibles sur le climat,
il est primordial de développer les énergies renouvelables, l’efficacité
énergétique et les technologies de décarbonisation des sources d’énergie
fossiles pour réduire les émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre
afin d’infléchir les tendances actuelles de détérioration rapide de
l’environnement.

(*) Mounir DEBBAR, Conseiller de la Ministre de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de


l’Environnement.
68 La sécurité énergétique en Méditerranée

I. Les fondamentaux de la scène énergétique mondiale


• La demande en énergie primaire va continuer à augmenter,
conséquence de la croissance démographique et économique. Elle passe
de 10 000 Mtep en 2000 à 17 000 Mtep en 2030, tirée par les besoins
croissants des pays en développement, soit 70 % d’augmentation en 40
ans. Les pays non OCDE seront responsables de 87 %de cet accroissement,
la Chine, l’Inde et le Moyen-Orient en représentant plus de 60 %.
La part des énergies fossiles, bien qu’en baisse, restera dominante
dans la consommation d’énergie avec 81 % en 2030 contre 86 % en 2000.
Pendant la période considérée, le pétrole continuera à occuper la
première place malgré la réduction de sa part de 37 % à 30 %. Alors que
le charbon renforcera sa position de 26 % à 29 %, le gaz stagnera en passant
de 23 % à 22 %

Année 2000 : 10 Gtep


Part énergie fossile : 86%

Nucléaire
8%
Energies
renouvelables
6%
Pétrole
37 %

Gaz
23 %

Charbon
26 %
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 69

Année 2030: 17 Gtep


Part énergie fossile : 81%
Nucléaire
5%

Energies
renouvelables
14 % Pétrole
30 %

Gaz
22 %

Charbon
29 %

• Les réserves prouvées en énergies conventionnelles sont suffisantes


au rythme de production actuel pour répondre à la demande au-delà
de 2030. La durée de leur exploitation avec les techniques et les
conditions économiques actuelles est estimée à 40, 60 et 100 ans
respectivement pour le pétrole, le gaz naturel et le charbon.
• Si l’on ajoute tout le potentiel en pétrole, en gaz naturel et en charbon
qui reste à découvrir et l’exploitation par des technologies plus avancées,
l’épuisement de ces ressources n’interviendrait pas avant 190, 150 et
100 ans respectivement.
• Ces ressources sont inégalement réparties et se trouvent concentrées
dans un nombre limité de pays dans des régions géostratégiques
sensibles, notamment pour le pétrole et le gaz naturel.
Les réserves de pétrole sont localisées à plus de 67 % au Moyen-Orient
(61 %) et en Russie (6,4 %), cette proportion monte à 86 % en réunissant
celles des pays de l’OPEP (75,5 %) et de l’ex-URSS (10,4 %) (fin 2007).
• Les gisements de gaz naturel sont localisés à 55 % dans trois pays :
la Russie (25,5 %), l’Iran (15,7 %) et le Qatar (14,4 %) et en leur ajoutant
les autres pays du Moyen-Orient et l’Afrique, on arrive à près de 74 %.
70 La sécurité énergétique en Méditerranée

• Le charbon est mieux réparti, mais néanmoins huit pays, les USA
(28,6 %), la Russie (18,5 %), la Chine (13,5 %), l’Australie (9 %) et
l’Afrique du Sud (5,7 %) regroupent 82 % de ses réserves.
• La dissymétrie entre centres de production et de consommation de
pétrole et de gaz est un facteur déterminant pour l’équilibre des marchés
énergétiques. Les pays producteurs, la plupart en développement, qui
concentrent souvent les plus grandes réserves d’hydrocarbures
conventionnels n’en sont pas les plus gros consommateurs. Par contre,
la majorité des pays industrialisés et les pays émergents – Chine et Inde
notamment – produisent beaucoup moins que ce qu’ils consomment en
raison de leurs réserves limitées. L’excédent des premiers est exporté
pour combler les besoins des seconds dont la conjoncture économique
et financière, parmi d’autres facteurs, influe sur les cours des marchés
pétroliers qui constituent les prix de référence pour les autres énergies.

Parts en % de production et de consommation


de pétrole en 2007

35,0

30,0

25,0

20,0

15,0 Production
Consommation
10,0

5,0

0,0
na +

né e +

on te
nt
UE

ie

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qu
ss
Ca USA

m Res
rie
da

sie

de
Ch
do Ind
Ru

ri
.O

Af
M

du
In
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 71

Part en % de production et de consommation


de gaz en 2007

30,0

25,0

20,0
Production
15,0
Consommation
10,0

5,0

0,0
na +

né e +

on te
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Ru

R
In In
.O

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M

du

Le charbon : Production et consomation équillibrées

Production Consumption
Million tonnes oil equivalent Million tonnes oil equivalent
1 900 1 900
1997
1 800 1 800
2007
1 700 1 700

1 600 1 600

1 500 1 500

1 400 1 400

1 300 1 300

1 200 1 200

1 100 1 100

1 000 1 000

900 900

800 800

700 700

600 600

500 500

400 400

300 300

200 200

100 100

North S & Cent. Europe Middle East Asia 0 North S & Cent. Europe Middle East Asia 0
America America & Eurasia & Africa Pacific America America & Eurasia & Africa Pacific

World coal consumption grow by 4.5 %, well above the 10-year average. Coal was the world’s fastest-growing tuel for the fifth consecutive
year. Growth was above average in all regions except the Middle East. Chinese consumption growth acounted for more than two-thirds
of global growth.
72 La sécurité énergétique en Méditerranée

• Ces disparités sont exacerbées par la volatilité des cours, notamment


du pétrole, qui, avec un marché spot très développé et des instruments
commerciaux variés, est propice à la spéculation et à la manipulation
boursière, causes de déséquilibres à court terme des marchés.
L’année 2008 a été édifiante à cet égard : après la flambée de juillet où
les cours du brut ont frôlé les 150 $/baril, ceux-ci ont chuté brusquement
pour coter moins de 50 $/baril à la fin de l’année avec l’approfondissement
de la crise financière et le ralentissement de l’activité économique
mondiale.

Conjoncture du marché pétrolier

Evolution des prix du brut WTI entre novembre 2007 et novembre 2008

II. Les défis énergétiques majeurs à l’horizon 2030


• La sécurité de l’approvisionnement constitue la première
préoccupation.
• La demande énergétique va croître de 11 730 Mtep à 17 100 Mtep
entre 2006 et 2030. Les pays en développement, qui représenteront plus
de 85 % de la population mondiale qui comptera près de 8,3 milliards
d’individus en 2030, verront leur part dans la consommation d’énergie
primaire passer de 52 % à 62 % pendant cette période.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 73

World primary energy demand by region in the reference


Scenario (Mtoe)

• Comme indiqué plus haut, si le monde ne manque pas de ressources


pour satisfaire ces besoins croissants, il faudra assurer la disponibilité
régulière et durable de toutes les formes d’énergie, c’est-à-dire les produire
en quantité suffisante et continue au meilleur coût et les livrer par des
voies sûres sur les lieux de consommation à des prix abordables, dans
le respect de l’environnement.
• La réalisation de ces objectifs nécessite une coopération renforcée
entre les pays producteurs et consommateurs, la mobilisation des
capitaux pour édifier les infrastructures nécessaires et la sécurisation du
transport de l’énergie dont l’acheminement implique souvent la traversée
de plusieurs Etats et de voies maritimes pas toujours paisibles.
74 La sécurité énergétique en Méditerranée

• Les évènements récents, comme le conflit russo-géorgien, le


désaccord sur le gaz entre la Russie et l’Ukraine, les actes de piraterie
maritime au large de la Somalie, l’instabilité endémique du Moyen-Orient,
le retour du nationalisme dans nombre de pays à grandes réserves
d’hydrocarbures, montrent combien la question de la sécurité d’approvi-
sionnement est cruciale pour l’énergie.
• Pour assurer la disponibilité de l’énergie, il est impératif de mobiliser
d’ici 2030 des investissements colossaux estimés à 26 000 milliards US$
(2007), dont 52 % pour la production de l’électricité.
• Tout retard dans la réalisation de ces projets énergétiques créera un
énorme déficit de l’offre par rapport à la demande qui entraînera un tel
renchérissement des produits énergétiques que peu de pays importateurs,
surtout dans les régions en développement, pourront supporter. Pour
maintenir la paix sociale et soutenir leur économie, ils devront
subventionner les prix de l’énergie au détriment des investissements dans
les projets de développement.
• Le recul actuel des prix énergétiques, très corrélés à ceux du pétrole,
est lié à la crise financière et à la récession économique. Le retardement
dans la construction de nouvelles capacités de production et dans le
remplacement de celles existantes va pousser les prix à la hausse dès la
reprise économique qui est attendue dans les deux prochaines années.
• Dans tous les cas, nous entrons dans une ère d’énergie chère en raison
de l’augmentation constante des coûts unitaires d’investissement dans
les projets énergétiques, notamment pétroliers. Les dépenses de
consommation en produits pétroliers ont représenté 1 % et 4 % du PIB
mondial respectivement en 1998 et 2007 et atteindront en moyenne 6 %
à 7 % dans les pays en développement d’ici 2030, constituant un réel
prélèvement sur leur richesse créée. Leur croissance économique sera
ainsi hypothéquée si des progrès de productivité jumelés à une baisse
de l’intensité énergétique ne compensent pas le surcoût de l’énergie utilisée
pour produire une unité de PIB.
• La préservation de l’environnement et la lutte contre les changements
climatiques est une priorité mondiale.
• Dans le scénario de référence de l’AIE, si de nouvelles mesures ne
sont pas prises, les émissions de CO2 dues à l’augmentation des énergies
fossiles passeront de 28 Gt en 2006 à 41 Gt en 2030, soit une
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 75

augmentation de 45 % sur la période considérée, dont 97 % imputables


aux pays en développement, la Chine, l’Inde et le Moyen-Orient étant
responsables des 3/4 de cet accroissement.

Energy-related CO2 emissions by region in the reference


Scenario (Gigatonnes)

• En intégrant tous les gaz à effet de serre émis, la concentration de


GES s’élèvera de 44 Gt à 60 Gt CO2-équivalent entre 2005 et 2030, la
part de CO2 lié à l’énergie passant de 61 % à 68 %.
• La production électrique et les transports où prédomine l’utilisation
des énergies fossiles contribueront à 70 % dans cette croissance.
• La part des villes dans les émissions de CO2 dues à l’énergie va
passer de 71 % (19,8 Gt sur 28 Gt) en 2006 à plus de 75 % (30,8 Gt sur
41 Gt) en 2030 en raison de l’urbanisation rapide, notamment du tiers-
76 La sécurité énergétique en Méditerranée

monde. Les zones urbaines, concentrant la majorité des activités


industrielles et de transport, utilisent plus intensément les énergies fossiles
que le milieu rural qui sans doute réduira sa consommation en biomasse
pour utiliser des énergies plus modernes comme le butane et l’électricité.

Energy-related CO2 emissions in cities by region in the


reference Scenario

35 80 %

30
78 %
25

76 % Non-OECD cities
20
OECD cities
Share of cities
15 in world (right axis)
74 %

10
72 %
5

0 70 %
2006 2020 2030

• La poursuite de l’utilisation des énergies fossiles au rythme actuel


et sans amélioration de leur qualité pour les rendre propres va augmenter
la concentration de CO2 dans l’atmosphère de 380 ppm (parts par million)
en 2005 à 700 ppm au prochain siècle ou 1000 ppm en tenant compte de
l’ensemble des GES, aboutissant à une élévation de la température du
globe de 6° C. Cette situation aura des conséquences incalculables sur
le changement climatique et des effets néfastes pour la planète, comme
la montée des eaux des mers submergeant une partie des continents, les
inondations entraînées par des pluies diluviennes, de longues périodes
de sécheresse, la détérioration de la santé des hommes, les déséquilibres
des écosystèmes, la rareté ou la pollution des eaux potables, la
désertification galopante dans plusieurs régions, le manque de produits
alimentaires causés par tous ces phénomènes aboutissant à des famines
et des troubles sociaux graves.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 77

Potential effects of stabilisation of atmospheric concentrations


of greenhouse gases at different levels

700

600 600

550

500 500

450

pre-industrial levels
400

300
280
0 °C 1 °C 2 °C 3 °C 4 °C 5 °C

• Cette perspective qui menace notre existence n’est pas viable. Pour
éviter sa réalisation, elle appelle un changement radical dans le système
énergétique par la mise en œuvre de mesures réglementaires, le
déploiement de nouvelles technologies et une profonde modification dans
nos comportements.
• L’AIE, en préparation de la réunion de Copenhague prévue à la fin
de 2009 pour établir un accord post-2012 sur le changement climatique,
a développé deux scénarios pour contenir les émissions de GES à 550
ppm dans le premier et 450 ppm dans le second.
• Un objectif ambitieux implique des mesures politiques rigoureuses
ainsi que des investissements très élevés pour l’atteindre. Dans les deux
cas, il est préconisé une efficacité énergétique généralisée, le recours
massif aux énergies renouvelables, un retour plus marqué du nucléaire,
la séquestration et le stockage du CO2 pour utiliser du charbon et des
hydrocarbures propres. Le succès d’un tel programme permettra à la fois
de satisfaire les besoins énergétiques et de stabiliser l’augmentation de
la température à 3°C ou 2°C selon le cas.
78 La sécurité énergétique en Méditerranée

Réduction des émissions de CO2 en liaison avec les énergies


dans les scénarios de politiques climatiques
45
Gigatonnes

40 CCS
Nuclear
Renewables & biofuels
35
Energy efficiency

30

25

20
2005 2005 2005 2005 2005 2005

Reference Scenario 550 Policy Scenario 450 Policy Scenario

• En mettant en œuvre ces politiques alternatives (PAS), plus de 2 Gtep


d’énergie primaire seront économisées par rapport au scénario de
référence (SR), en ramenant la consommation de 17 721 Mtep à
15 823 Mtep en 2030.
• Ce résultat sera atteint par la baisse de la part des énergies fossiles
de 82 % dans le SR à 76 % dans le PAS, notamment celle du charbon
passant de 28,2 % à 23,4 %. Le nucléaire et les énergies renouvelables
occuperont une meilleure place avec 23,7 % dans le PAS au lieu de 18 %
dans le SR.
Fuel shares of TPES in 2030 for the Reference
scenarion and Alternative Policy Scenario
Other**
Other** Coal/peat 10.8 %
14.0 % 23.4 % Hydro
Hydro 2.4 % Coal/peat
2.9 % 28.2 %
Nuclear
Nuclear 4.8 %
6.8 %

Gas Gas
21.8 % 22.3 %

Oil* Oil*
31.1 % 31.5 %

17 721 MToe 15 783 MToe


Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 79

• Il faut reconnaître qu’aux coûts et au rythme de progression actuels


des technologies et dispositifs à mettre en place, peu de pays en
développement auront la capacité financière pour les acquérir, alors qu’ils
seront responsables de 97 % de l’accroissement des émissions de GES
avec près de 60 % de la consommation d’énergie primaire. La
concrétisation des politiques proposées dans les deux scénarios implique
une coopération internationale étroite, un réel transfert de technologies
propres des pays du Nord vers ceux du Sud, des modalités de financement
innovantes et des coûts unitaires d’investissement réalistes.

III. Efficacité énergétique et énergies renouvelables,


la nouvelle révolution énergétique
• Pour empêcher l’occurrence d’une catastrophe écologique, il est
urgent de changer de trajectoire en adoptant une croissance responsable
qui, tout en permettant la sécurité d’approvisionnement énergétique, assure
le développement durable et l’augmentation du bien-être de l’ensemble
de la population mondiale. C’est d’une véritable révolution dont nous
avons besoin pour réaliser cet objectif.
• L’efficacité énergétique, le premier pilier de cette transformation,
doit devenir une priorité majeure pour tous.
• En exploitant tout le potentiel d’efficacité énergétique dans tous les
secteurs économiques et sociaux, il est possible d’économiser 20 à 50 %
de notre consommation énergétique. Il faudra à cet effet combiner :
• les technologies peu énergétivores comme les moteurs et les appareils
à haut rendement, la cogénération vapeur-électricité dans l’industrie, les
lampes à basse consommation pour l’éclairage, la réduction des pertes
dans les réseaux électriques, l’orientation des bâtiments et l’utilisation
de matériaux de construction isolants…
• à des gestes quotidiens simples comme éteindre les lumières et les
équipements après usage, emprunter les transports publics au lieu de la
voiture individuelle à n’utiliser que sur les longues distances en
pratiquant une conduite économe, améliorer les plans de déplacement
urbain, régler les feux de signalisation pour fluidifier la circulation
automobile…
80 La sécurité énergétique en Méditerranée

• Les gouvernements doivent s’engager résolument dans cette voie


en promouvant des mesures législatives plus contraignantes, des
incitations fiscales, des campagnes de sensibilisation auprès des usagers.
Il coûte beaucoup moins cher d’économiser de l’énergie que d’en produire.
• Les énergies renouvelables restent la solution à long terme la plus
appropriée pour réduire la consommation des énergies fossiles polluantes
et épuisables.
• Bien qu’elles progressent très rapidement au taux 7,5 % par an, les
énergies renouvelables ne contribueront que modestement au bouquet
énergétique mondial, avec quelque 15 % de la consommation énergétique
primaire en 2030. Ceci s’explique par le fait que bien que la source de
nombre de ces énergies soit gratuite, comme le vent, le soleil, la
géothermie, les marées, les coûts d’investissement en installations pour
les exploiter sont aujourd’hui élevés, et le kWh produit à partir de ces
énergies est plus cher que celui généré par les centrales à combustibles
fossiles ou électronucléaires.
• Seuls les pays industrialisés se sont engagés massivement et à des
degrés variables dans les énergies renouvelables en imposant à leurs
industries énergétiques des proportions déterminées de production
énergétique à partir des sources renouvelables, moyennant des
encouragements à l’investissement et des tarifs subventionnés.
L’Allemagne est exemplaire à cet égard en Europe, avec 16 000 GW
éoliens installés, 800 MW photovoltaïques, 4 300 MW thermiques contre
respectivement pour la France 400 MW, 26 MW et 550 MW. Cependant,
le charbon étant la base de sa production électrique, elle demeure la plus
polluante avec 10,46 tonnes de CO2 émis par habitant contre une moyenne
européenne de 8.
• Mis à part leur coût, les énergies renouvelables sont confrontées à
des handicaps sérieux qu’il est nécessaire de surmonter pour assurer leur
développement. En effet, l’éolien et le solaire, par exemple, sont
actuellement limités techniquement par la faiblesse de leur densité
énergétique et l’intermittence de leur production, et les biocarburants par
leur utilisation de denrées alimentaires pour les produire. Leur avenir
dépend de la levée de tels obstacles qui implique des percées
technologiques importantes et de l’innovation pour augmenter leur
efficacité et réduire leur coût :
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 81

Projected generating costs of renewable energy


technologies in the reference Scenario
700

600
Dollars (year-2007) per MWh

500

400

300

200

100

0
2006
2015
2030
2006
2015
2030
2006
2015
2030
2006
2015
2030
2006
2015
2030
2006
2015
2030
2006
2015
2030
Hydro Geothermal Wind onshore Wind offshore Biomass Concentrating Solar PV
solar

Electricity generating costs in selected regions


200
Dollars (year-2007) per MWh

160

Coal
120
Gas
Nuclear
80
Wind

40

0
2015 2030 2015 2030 2015 2030 2015 2030
United States European Union China India

1. Réduire leur densité énergétique, c’est-à-dire la surface couverte


par les installations pour produire la même quantité d’énergie que par
les moyens classiques. Par exemple, pour produire les 3,65 GW demandés
par Paris, le nucléaire occupera 0,2 km2, les panneaux solaires couvriront
91 km2, une retenue d’eau pour l’hydroélectricité 365 km2, un champ
d’éoliennes 454 km2 et une surface pour cultiver la biomasse 3 000 km2.
La solution passe, par exemple pour le solaire comme énergie la plus
abondante et la plus durable, par la “miniaturisation” des installations,
82 La sécurité énergétique en Méditerranée

à l’instar de ce qui s’est produit dans l’informatique, et la neutralisation


de la baisse d’intensité des rayons du soleil la nuit ou par des nuages.
On peut imaginer, à cet effet, le placement de satellites sur des orbites
près du soleil envoyant directement sa chaleur par des canaux laser vers
les centrales électriques à concentration solaire (CSP).
2. Rendre régulière la production des énergies renouvelables
notamment pour l’électricité. Les réseaux électriques, tels qu’ils sont
conçus aujourd’hui, ne peuvent supporter plus de 30 % à 40 % de puissance
intermittente installée. Ne sachant pas encore stocker d’importantes
quantités d’électricité, il suffit d’un caprice météorologique pour arrêter
des milliers d’éoliennes ou les faire produire en même temps pour
déstabiliser tout un réseau électrique voire entraîner son effondrement.
La panne géante du réseau électrique européen du 6 novembre 2006
s’explique en partie par l’instabilité créée par la multiplication des
éoliennes en Allemagne.
• Pour un apport régulier des sources renouvelables au réseau et sans
à-coup intempestif, il est nécessaire de résoudre le problème du stockage
de l’électricité produite à partir de ces énergies. Dans l’hydroélectricité,
les stations de transfert énergétique par pompage (STEP) permettent de
réguler le turbinage en remontant pendant les heures creuses l’eau libérée
par le barrage principal quand il est en production vers un bassin
secondaire qui viendra renforcer la puissance à produire aux heures de
pointe. Les dispositifs de stockage d’électricité d’origine éolienne et
solaire ne sont pas encore au point. Il faudra concevoir des batteries très
denses et légères pouvant stocker de grandes quantités d’énergie. Pour
le moment, le photovoltaïque pour l’électricité, le solaire et le petit éolien
pour pomper l’eau potable restent une solution idéale pour fournir
l’électricité décentralisée et l’eau aux deux milliards d’habitants les plus
pauvres de la planète qui n’y ont pas accès.
3. Pour les biocarburants, sensés se substituer au pétrole dans les
transports, ils sont aujourd’hui produits à partir de matières agricoles,
mettant en danger la sécurité alimentaire des populations. Les émeutes
de la faim qui ont éclaté dernièrement ont sonné l’alarme pour que la
nourriture ne passe pas avant les carburants. Leur développement
dépendra des résultats des recherches effectuées sur des plantes et des
algues qui ne rentrent pas en concurrence avec l’alimentation humaine,
n’occupent pas des terres fertiles et consomment peu d’eau.
Les questions énergétiques : un enjeu géostratégique 83

Conclusion
Les enjeux énergétiques des prochaines décennies sont cruciaux pour
le monde entier. Pour assurer le développement durable, il faut en même
temps relever les deux défis majeurs que sont la sécurité des
approvisionnements et la préservation de l’environnement. Dans cet
objectif, il est impératif de :
– mettre en œuvre les technologies et les options disponibles pour
développer toutes les ressources énergétiques ;
– faire de l’exploitation de tout le potentiel d’efficacité énergétique
disponible une priorité majeure ;
– mobiliser, dans les trente prochaines années, les 26 000 milliards
de dollars US nécessaires aux investissements en infrastructures
énergétiques, dont 50 % dans l’électricité ;
– promouvoir une intégration plus profonde des marchés régionaux
et internationaux et accélérer le transfert réel des technologies les mieux
adaptées des pays industrialisés vers les pays en développement.
– préserver l’environnement par l’utilisation d’énergies propres et le
recours aux technologies économes en énergie et sobres en carbone.
La crise globale actuelle révèle les déséquilibres qui existent entre
les différents systèmes financier, économique, social et énergétique qui
ont prévalu jusqu’à maintenant et montre qu’ils sont arrivés à leur limite.
Elle constitue un point de basculement du modèle de gaspillage des
ressources vers une ère de leur meilleure gestion par une nouvelle
gouvernance, dans l’intérêt des générations actuelles et futures.
Axe II
Le développement durable
et la problématique des énergies
renouvelables
Eau et énergie en Méditerranée (126)
Alexandre Taithe*

S’il est difficile d’échapper à la double relation « de l’énergie pour


l’eau » et « de l’eau pour l’énergie » pour structurer un article explorant
cette dialectique, ces liens seront développés sous l’angle de la contrainte
à la décision politique. En effet, l’eau, l’énergie et l’agriculture
constituent trois domaines où la marge du choix pour le décideur politique
se restreint. L’état de la ressource en eau notamment, quantitativement
et qualitativement, surdétermine de manière croissante des décisions
d’ordre stratégique à l’échelle interne et régionale (comme en témoigne
par exemple la prise en compte des enjeux en termes de sécurité : sécurités
alimentaire, énergétique et eau).

1. De l’énergie pour l’eau douce


1.1. La mobilisation de l’eau : une consommation énergétique
croissante
Si les demandes eau devraient augmenter d’un tiers entre 2000 et 2025
dans les pays du sud et de l’est de la Méditerranée, celles en électricité
devraient tripler dans le même laps de temps. La seule demande en
électricité pour la mobilisation et la production d’eau douce en 2025
pourrait représenter la moitié de la consommation en électricité en 2000.

(126) Le Plan bleu, dont l’aire de travail est la Méditerranée, a exploré de manière exhaustive
les enjeux liés à l’eau, à l’énergie et au changement climatique dans cette zone. Sur ces trois
thèmes, ses publications se révèlent précieuses :
http ://[Link]/publications/[Link] ;
http ://[Link]/publications/[Link] ;
http ://[Link]/publications/[Link]
(*) Chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, [Link]
88 La sécurité énergétique en Méditerranée

Un cercle vicieux se crée en prenant en compte le « hot spot » du


réchauffement climatique qu’est la Méditerranée. Les précipitations et
débits de surface diminuent, tandis que la température atmosphérique
augmente sur tout le pourtour méditerranéen (127). Le changement
climatique s’accélère ainsi que croissent les demandes en eau et les coûts
de sa mobilisation (eau souterraine, transfert, eau plus polluée, recours
à des ressources non conventionnelles), tout en diminuant la ressource
disponible pour la production d’hydroélectricité (cf. 2.). A cela s’ajoute
l’accroissement démographique dans le sud et l’est de la Méditerranée
(Egypte en premier lieu).
Or, l’eau pèse déjà dans les consommations en énergie primaire et en
électricité, comme en témoigne le tableau ci-dessous :

Encadré n° 1
Part de l’eau douce dans la consommation
en énergie primaire et en électricité (128)

Energie primaire Electricité


France 1,6 % 3,3 %
Etats-Unis 1,6 % 4,3 %
Arabie saoudite 3,7 % –
Israël 11,5 %
Chine 1,7 % 5,5 %
Inde 8,9 % 30,5

La mobilisation de l’eau (129) est ainsi estimée à 0,4 kWh/m3 en France


et à 1,5 kWh/m3 en Israël (qui a recours au dessalement, à la réutilisation,
à des transferts longue distance). Le m3 d’eau produit dans les Pays du

(127) Avec un haut degré de convergence des modèles pour le signe de changement (90 %)
pour la diminution des débits moyens annuels, cf. IPCC, «Climate change and water », Technical
paper n° IV, 2008, disponible sur le site internet du GIECC : [Link]
(128) ROUYER Jean-Loup, MOREL Julien, De l’énergie pour l’eau dans le bassin
méditerranéen, Conférence Hydrotop, juin 2007, p. 7.
(129) THIVET Gaëlle, «Eau/énergie, Energie/eau et changement climatique en Méditerranée »,
chapitre 10, in Plan bleu, Changement climatique et énergie en Méditerranée, juillet 2008,
p.10-14, http ://[Link]/
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 89

sud et de l’est de la Méditerranée (PSEM) devrait passer de 0,2-0,4 kWh


en 2000 à 1 en 2025, contre respectivement 0,4 à 0,7 kWh dans les Pays
du nord de la Méditerranée (PNM) (130).

Encadré n° 2
Les demandes en eau et en électricité en 2000 et 2025 dans
les pays du sud et de l’est de la méditerranée (131)

200 1 000
180 900
160 800
140 700
120 600
100 500
80 400
60 300
40 200
20 100
0 0
2000 2025 2000 2025

Demande en eau Demande totale en électricité


Demande en électricité pour l’eau

1.2. Energie et prélèvements agricoles


L’Agriculture est de loin le secteur qui prélève et qui consomme le
plus d’eau en Méditerranée, à l’exception de la France (où le secteur
énergétique prélève beaucoup d’eau mais en consomme peu) et Gaza (où
les prélèvements agricoles, restreints, ont été rejoints par les usages
domestiques).
Or l’eau nécessaire à l’irrigation a également un coût énergétique non
négligeable. Les prélèvements, les transferts et l’irrigation elle-même
nécessitent par exemple en moyenne 1 kWh/m3. Mais cette consommation

(130) Plan bleu, «Des stratégies de gestion intégrée des ressources en eau et en énergie pour
faire face au changement climatique », coll. Les Notes du Plan bleu, n° 9, novembre 2008, 4 p.,
http ://[Link]/
(131) Plan bleu, [Link]., Les Notes du Plan bleu, n° 9, novembre 2008, 4 p.
90 La sécurité énergétique en Méditerranée

en énergie augmente si le pompage a lieu dans des eaux souterraines, si


l’eau a besoin d’être surélevée pour son transport et si l’irrigation a lieu
par canaux pressurisés, trois contraintes que l’on retrouve dans la récente
extension des surfaces irriguées en Egypte via le canal de Touchka.
Car l’énergie est devenue une contrainte pour l’agriculture, qui doit
être pris en compte au moment de développer des surfaces irriguées. La
perception stratégique de l’approvisionnement en eau potable, en termes
de sécurisation quantitative des approvisionnements, conduit plusieurs
pays de la rive sud à privilégier le recours au dessalement pour les usages
domestiques, ce qui libère autant de volumes pour l’agriculture. C’est
donc bien à l’évaluation de l’ensemble des arbitrages de la ressource
qu’invite, entre autres, le coût énergétique de l’irrigation. Le coût de
revient des denrées ainsi produites en dépend également.
La réutilisation des eaux usées, plutôt destinée à l’agriculture,
entraîne de la même manière un surcoût énergétique de l’ordre de 1
kWh/m3 (à comparer aux coûts énergétiques du dessalement d’eau
saumâtre – 1,5 kWh/m3 – et d’eau de mer – au mieux 4 kWh/m3 pour
l’osmose inverse. La réutilisation présente ainsi un bilan énergétique plus
compétitif que les transferts d’eau sur une distance supérieure (132) à
60 km (hors dénivelé très favorable).
De plus, la valorisation des boues d’épuration peut permettre jusqu’à
60 % du fonctionnement d’une station d’épuration, l’autonomie
énergétique de celles-ci étant atteignable à terme.

1.3. Le dessalement de l’eau de mer ou de l’eau saumâtre


La multiplication des capacités de production d’eau dessalée (d’un
facteur 3 entre 1990 et 2000 et d’un facteur 2 entre 2000 et 2008) confirme
la croissance supérieure ou égale à 10 % de ce secteur. Les différents
procédés de dessalement ont d’ores et déjà atteint la maturité
technologique. Cela implique tout d’abord que les progrès que l’on peut
espérer en matière de rendement énergétique ou hydrique (proportion de
l’eau dessalée et rejetée, la saumure) ne seront plus spectaculaires. Ensuite,
la compétitivité des différents procédés est désormais démontrée pour

(132) THIVET Gaëlle, «Eau/énergie, Energie/eau et changement climatique en Méditerranée »,


chapitre 10, in Plan bleu, Changement climatique et énergie en Méditerranée, juillet 2008, p.10-
19, http ://[Link]/
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 91

les usages domestiques, industriels, et même agricoles à forte plus-value


hydrique comme la culture de légumes, même si le dessalement demeure
d’un coût supérieur à celui des traitements de l’eau douce.

Encadré n° 3
Capacité de production installée

1997 2008 2016 2020


Capacité installée (en
millions de m3/j) 18 51 109

Part de l’Osmose inverse 55 % 70 %


Part de la distillation
thermique 45 % 30 %

Les technologies de dessalement


L’émergence du marché du dessalement date du milieu des années 60.
Une technologie, la distillation, supplante alors les autres pour représenter
90 % des installations à cette période. La distillation, qui consiste à
chauffer l’eau salée pour la transformer en vapeur, exige un investissement
énergétique massif. La vapeur est ensuite condensée pour obtenir de l’eau
douce. L’énergie doit donc être abondante et bon marché, ce qui
explique que 50 % de l’eau dessalée dans le monde est encore produite
dans les États pétrolifères du Moyen-Orient. A la distillation à détentes
étagées (Multi-Stage Flash distillation ou MSF) a succédé le procédé
de distillation à multiples effets (Multi-Effect distillation MED), plus
économe, mais à l’origine réservé à des volumes de production plus
restreints.
La technologie de l’osmose inverse (OI), qui constitue 20 % des unités
au début des années 80, s’impose aujourd’hui devant les procédés de
distillation. 50 à 55 % de la capacité installée de désalinisation s’opère
par osmose inverse. 70 % des contrats signés optent désormais pour cette
technologie, contre 30 % pour la distillation et l’électrodialyse (ED –
part anodine). L’osmose inverse consiste à filtrer de l’eau salée, par
l’exercice d’une pression de 40 à 80 bars, à travers des membranes micro-
92 La sécurité énergétique en Méditerranée

perméables qui retiennent le sel, les micro-algues ou les bactéries mais


laissent passer les molécules d’eau. 80 % des usines de dessalement aux
États-Unis fonctionnent selon ce principe. Depuis l’apparition d’une
nouvelle génération de membranes en 1995, le coût de l’osmose inverse
est devenu inférieur à celui de la distillation. Pour l’instant, les plus grosses
unités (1 million de m3/j) proviennent de la distillation. Les volumes
importants, en osmose inverse (supérieurs à 200 000 m3/j), sont obtenus
pas l’addition d’unités de dessalement.

Encadré n° 4
Technologies de dessalement par capacités
installées dans le monde (133)

Autre
ED 5%
4%

MSF
30 %

OI
52 %

MED
9%

(133) Sources : Veolia Water Solutions & Technologies.


Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 93

Prix et coûts énergétiques du dessalement

Encadré n° 5
Capacité de dessalement installée en 2008
(en millions de m3/jour) (134)

Arabie saoudite
Emirats arabes unis
Etats-Unis
Espagne
Koweit
Algérie
Japon
Corée du Sud
Qatar
Chine
0 1 2 3 4 5 6 7 8

En fonction des degrés de salinité et des procédés appliqués, le prix


d’un m3 d’eau dessalée oscille entre 0,4 et 1 dollar par m3 pour l’osmose
inverse, et entre 0,65 et 1,8 dollar pour la distillation. Ces prix,
couramment relayés, ne différencient cependant pas le dessalement d’eau
de mer (entre 35 et 70 g de sel par litre d’eau), de celui d’eau saumâtre
(2 à 10 g/l de sel). L’osmose inverse, extrêmement performante avec des
eaux faiblement salées, peut se révéler, si le taux de sel est trop important,
soit inadaptée, soit d’un coût similaire à la distillation. Le prix du
dessalement d’eau saumâtre en osmose inverse varie ainsi entre 0,2 et
0,4 dollar par m3. La désalinisation est devenue un complément de
ressource en eau plus compétitif que les transferts massifs d’eau.
L’Espagne, pourtant friande d’infrastructures hydrauliques, a par exemple
renoncé à des dérivations de l’Ebre pour construire 20 stations de
désalinisation. Le projet de transfert Rhône-Catalogne, quel que soit son
dimensionnement, était également plus cher que le dessalement.

(134) Sources : Degrémont, Aquasat (FAO), Veolia, Glabal Water Intelligence et infographie
le Monde (15 mai 2008).
94 La sécurité énergétique en Méditerranée

L’intérêt de la distillation est en effet de pouvoir traiter toutes les


qualités d’eau, là où les membranes utilisées en osmose inverse montrent
leurs limites. De plus, et contrairement à l’osmose inverse, la distillation
ne nécessite pas forcement d’électricité pour fonctionner. Une unité MSF
ou MED peut ainsi être alimentée en chaleur par cogénération (production
combinée d’électricité et de chaleur). Le dessalement mixte, par osmose
et distillation, s’adapte parfaitement au fonctionnement d’une centrale
thermique. Cette technologie hybride peut même faire descendre, dans
certaines conditions, le dessalement d’eau marine à un prix inférieur à
0,5 dollar/m3.
Les coûts énergétiques sont nettement en faveur de l’osmose inverse.
Ainsi, la distillation par MSF nécessite 12 kWh par m3, celle par MED
7 kWh/m3, et l’osmose inverse, 4 kWh/m3 (voire un peu moins, surtout
lorsque la pression qui permet le rejet des saumures est récupérée pour
produire de l’électricité).
Des expériences de dessalement grâce à l’énergie nucléaire sont enfin
menées en Chine, au Japon ou en Inde. Mais il semble que l’énergie
potentielle utilisable, sous la forme de chaleur récupérée par les circuits
primaires et secondaires de refroidissement, soit en dessous du seuil utile
(exergie) pour la distillation. L’énergie nucléaire ne sera alors utilisée
qu’indirectement sous forme d’électricité. Cela ne devient alors qu’une
solution parmi d’autres formes de production électrique.
Si sur le papier, le choix de l’osmose inverse paraît s’imposer (coût
inférieur, technologie moins énergivore), elle demeure tributaire du
prétraitement, crucial pour la pérennité des membranes, et donc de la
qualité de l’eau à transformer. En effet, les membranes, fabriquées à base
de pétrole, représentent jusqu’à 30 % du prix d’une installation. Leur
remplacement s’opère tous les 5 à 10 ans. Mais un prétraitement amélioré
(acidification, filtration, floculation, chloration) prolonge l’efficience
opérationnelle des membranes jusqu’à 10 ans.
Les marges de progression (prix final, consommation d’énergie)
semblent finalement réduites, surtout pour la distillation, déjà mature.
L’osmose inverse peut espérer gagner (20 % à terme) sur le stade du
prétraitement et la production/pérennité des membranes. Les différentes
technologies, notamment la MED et l’osmose inverse, gardent ainsi toute
leur pertinence à l’horizon stratégique, contrairement à la MSF.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 95

Le prix final de l’eau dessalée la réserve aux usages domestiques et


industriels. L’agriculture, pour des usages à forte valeur ajoutée, comme
la culture de légumes, est accessoirement un client potentiel. En
Espagne, 22,4 % de l’eau dessalée sert à la production de légumes
primeurs (135), ce qui pose à nouveau la question de la bonne gestion
des demandes en eau, et non plus seulement de la sécurisation de l’offre.

Energie nucléaire et dessalement


Des expériences de dessalement grâce à l’énergie nucléaire sont enfin
menées en Chine, au Japon ou en Inde. Mais il semble que l’énergie
potentielle utilisable, sous la forme de chaleur récupérée par les circuits
primaires et secondaires de refroidissement, soit en dessous du seuil utile
(exergie) pour la distillation. L’énergie nucléaire ne sera alors utilisée
qu’indirectement sous forme d’électricité. Cela ne devient alors qu’une
solution parmi d’autres formes de production électrique.
La Russie entreprend la construction de centrales nucléaires flottantes,
dont la première phase de conception remonte à 1991, pouvant être
couplées à des unités de dessalement. Destinées initialement à
l’approvisionnement électrique de territoires russes éloignés au nord et
à l’est du pays, ces centrales embarquées ont suscité l’intérêt du Chili
et de la Chine dès 2004, leur ouvrant des perspectives de commer-
cialisation internationale. L’achèvement de la première unité aurait lieu
en 2010. Six autres seront produites d’ici à 2015 ou 2018. Elles
développeront chacune une puissance de 70 mégawatts. Une barge est
équipée de deux réacteurs KLT40S, que l’on retrouve déjà sur lesbrise-
glace nucléaires russes Arktika et Taymyr. Si leur technologie est éprouvée
depuis presque quarante ans, ils n’ont pas été conçus pour fonctionner
à proximité de populations civiles et ont été modifiés. Le coût unitaire
d’une centrale embarquée oscille autour de 300 millions de dollars, en
fonction du cours du rouble (9 milliards de roubles). Si l’implantation
d’une centrale sur une barge est moins onéreuse que sur terre,
l’exploitation de la centrale sur la mer entraîne un surcoût d’un facteur
de 2 à 2,5 par kilowatt produit (136) comparé à une unité terrestre. La
production journalière d’eau dessalée s’élèverait à 240 000 m3, ce qui

(135) Rencontre hispano-marocaine, Dessalement d’eau. Dossier informatif, 25, 26 et


27 septembre 2006, 16 p. et Global Water Intelligence, 2009.
(136) http ://[Link]/p771523/nuclear_energy/
96 La sécurité énergétique en Méditerranée

classe les centrales flottantes dans la moyenne haute des unités de


production, toutes technologies confondues. Les clients qui ont manifesté
leur intérêt seraient une vingtaine, principalement en Asie du Sud-Est
(dont la Chine, l’Indonésie et les Philippines).
Si la centrale est conçue, selon le constructeur (association de l’agence
nucléaire russe Rosatom et du constructeur naval militaire Sevmash), pour
résister à des attaques d’avions kamikazes, la principale réticence au projet
provient du combustible utilisé par les KLT-40S, de l’Uranium 235 enrichi
à près de 20 %. Dans le cadre du Traité de non-prolifération, la Russie
ne pourrait louer (ou vendre) de telles centrales qu’à des pays eux-mêmes
signataires du TNP et qui acceptent un plein contrôle de l’Agence
internationale pour l’énergie atomique (AIEA). De plus, même dans des
eaux territoriales étrangères, une centrale flottante devrait rester russe
et donc avec un service de sécurité russe (même si ce principe initial
devrait varier au gré des accords commerciaux futurs).

2. De l’eau pour l’énergie


2.1. L’énergie hydraulique dans le bassin méditerranéen
La part de l’énergie hydraulique dans la production énergétique
mondiale est secondaire (19 %), loin derrière les énergies fossiles non
renouvelables (charbon, pétrole, gaz : 64 %), mais devant l’énergie
nucléaire (17 %). Pour 66 pays cependant, l’énergie hydraulique produit
plus de 50 % de leur énergie électrique, et pour 24 pays, au moins 90 %
(99 % en Norvège).

Encadré n° 5
Production d’hydroélectricité (en % de la production
totale d’électricité, WB, 2004)
Albanie 98.33 Italie 13.52

Algérie 0.8 Liban 10.99

Bosnie 46.83 Libye 0

Chypre 0 Macédoine 22.24

Croatie 52.72 Maroc 8.36


Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 97

Egypte 12.48 Portugal 22.02

Espagne 11.39 Slovénie 26.81

France 10.52 Syrie 13.24

Grèce 7.94 Tunisie 1.18

Israël 0.06 Turquie 30.58

L’hydroélectricité représente 12 % de la production électrique pour


les PNM, et 13 % pour les PSEM. Mais hormis le barrage d’Assouan en
Egypte, peu de réservoirs ont une capacité supérieure à 1 km3. Leur usage
consiste ainsi à une régulation intra-annuelle.
Malgré une production en deçà de celle espérée (cf. 2.3), l’énergie
hydroélectrique dispose d’une grande marge de développement. Les pays
émergents n’utilisent que 15 % de leur potentiel hydroélectrique, et les
pays industrialisés 70 % en moyenne. Par des aménagements sur leurs
2 500 barrages, les Etats-Unis seraient par exemple en mesure de doubler
l’hydroélectricité qu’ils produisent.
L’intérêt des barrages, hormis le problème des rejets de CO2 des lacs
de retenue, réside également dans la lutte contre le changement
climatique et les émissions de gaz à effet de serre. En Méditerranée, 13 %
des émissions pourrait être économisées si un tiers du potentiel
hydroélectrique était exploitable économiquement (Plan bleu).

2.2. L’eau, source froide des centrales thermiques et nucléaires


L’eau des océans joue le rôle primordial de régulateur thermique
planétaire, grâce à l’une des propriétés de l’eau : sa chaleur spécifique
élevée (18 calorie-mole par degré). Plus que tout autre élément naturel
(avec l’ammoniaque), l’eau nécessite une grande quantité d’énergie pour
être chauffée ou refroidie (10 fois plus que le fer!). Cette qualité sert par
exemple au refroidissement des centrales nucléaires et thermiques (ou
aux radiateurs d’un chauffage central…). Pour bien prendre conscience
de l’importance de cette propriété pour la production d’énergie, on peut
prendre comme illustration la différence entre prélèvement et
consommation d’eau. En Allemagne et en France, les centrales nucléaires
98 La sécurité énergétique en Méditerranée

et thermiques représentent 66 % et 59 % des prélèvements en eau. En


revanche, elles ne contribuent qu’à environ 3 % à l’eau consommée dans
ces deux Etats. La différence entre l’eau prélevée et réellement
consommée est en général rejetée dans les fleuves et rivières d’où elle
a été puisée.

2.3. Le changement climatique : un défi aux énergéticiens


Or, qu’il s’agisse de l’hydroélectricité ou de l’intérêt de la ressource
pour le refroidissement des centrales thermiques et nucléaires, les usages
de l’eau à des fins énergétiques sont menacés par le changement
climatique. Deux conséquences en découlent directement : l’altération
du débit des cours d’eau et leur température.
En premier lieu, la diminution du débit annuel des cours d’eau touchera
avec un haut niveau de convergence des modèles (> à 90 %) (137) tout
le pourtour méditerranéen dans une proportion d’au moins 25 %, et
supérieure à 40 % pour le Maghreb et l’est du bassin méditerranéen
(comparativement entre 1980-1999 et 2090 et 2099). Cela affecte
directement les volumes recueillis par les lacs de retenue, et donc le
potentiel d’hydroélectricité (baisse des apports en eau de surface au Maroc
de l’ordre de 20 % au cours des trente dernières années).
Dans le même temps, la capacité de stockage est également altérée,
notamment par l’envasement (moins 36 % entre 1980 et 2003 au Maroc,
et une diminution prévue de 15 % entre 2000 et 2025 en Algérie).
La combinaison de ces éléments a par exemple conduit à une
production hydroélectrique au Maroc au mieux deux fois inférieure à celle
qui était escomptée (entre 450 et 1 500 Gwh en moyenne par an depuis
une vingtaine d’années, contre une capacité production théorique en 2007
de 3 200 Gwh). L’Office national de l’électricité marocain a alors dû
compenser ce déficit par le recours à l’électricité d’origine thermique
ou à l’énergie renouvelable.
En second lieu, la hausse de température des cours d’eau en période
estivale peut conduire à rendre la ressource impropre à sa fonction de
refroidissement des centrales thermiques et nucléaires. La France a ainsi

(137) IPCC, «Climate change and water », Technical paper n° IV, 2008, disponible sur le site
internet du GIECC : [Link]
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 99

été confrontée en juillet 2006 à d’importants effacements de


puissance (138) de ses centrales nucléaires le long du Rhône, jusqu’à
5 000 MW pour une puissance théorique totale de 7 700 MW, entrainant
des risques pour la sécurité et la stabilité du réseau. Des températures
supérieures à 27° C étaient alors mesurées dans les eaux de surface dès
la sortie du lac Léman.

Conclusion
Sans doute faut-il distinguer les deux relations «Energie pour l’eau »
et « Eau pour l’énergie » dans la gravité de leurs perspectives.
Dans le premier cas, la pression et donc la concurrence pour les
demandes en énergie pourraient aider à dépasser les approches trop
centrées sur la gestion de l’offre. Malgré ses progrès et son intérêt réel,
le dessalement semble devenir un recours systématique pour la
« sécurisation de l’eau potable », au détriment de la gestion de la demande
et notamment des arbitrages entre les différents usages. Les surcoûts liés
à l’énergie en matière d’irrigation et des services aux collectivités
pourraient par exemple aider à mettre en perspective de nouveaux projets
d’infrastructures avec des mesures locales d’économie d’eau, et plus
largement aider à prendre conscience d’usages inadaptés à la ressource
(et à l’énergie) disponibles.
La seconde relation, « de l’Eau pour l’énergie », s’avère plus
préoccupante à l’avenir. La manière dont la ressource est affectée par le
changement climatique, en quantité et en qualité (température) révèle
une vulnérabilité, alors même qu’un contexte marqué par des tensions
pour l’énergie et la lutte contre les émissions de GES soulignent au
contraire les qualités de l’énergie hydraulique sur ces deux points.

(138) THIVET Gaëlle, «Eau/énergie, Energie/eau et changement climatique en Méditerranée »,


chapitre 10, in Plan bleu, Changement climatique et énergie en Méditerranée, juillet 2008,
p. 10-10, http ://[Link]
Le rôle du nucléaire dans le mix
énergétique : défis et perspectives
qu’en est-il au Maroc ?
Yahia Bouabdellaoui*

Les politiques énergétiques sont nées de la volonté des Etats d’adopter


des stratégies pour faire face aux différents chocs pétroliers et à la volatilité
des prix des produits énergétiques et d’intégrer des solutions de
compromis pour la conduite d’une politique tenant compte du
développement durable. Cette dimension devrait se traduire par la mise
en place d’un cadre juridique solide et par un engagement à moyen et
long terme de toutes les parties prenantes pour la mise en œuvre de cette
politique.
Les objectifs de la politique énergétique, différents d’un pays à l’autre,
visent notamment à la diminution de la dépendance énergétique par
l’utilisation (ou préservation) des ressources locales – approvisionner
d’une manière sûre, suffisante et compétitive les produits énergétiques –
et à garantir la cohésion sociale et territoriale.
La sécurité énergétique telle que définie par l’Agence internationale
de l’énergie (AIE) consiste à « assurer au pays une énergie sûre,
compétitive et durable, dans le contexte du changement climatique, de
la hausse de la demande mondiale d’énergie et des incertitudes qui pèsent
sur l’approvisionnement futur ». Pour ce faire, les pays ont été amenés
à explorer l’utilisation de toutes les filières énergétiques en vue de
composer un choix de bouquet électrique qu’impose leur situation socio-
économique. Depuis le choc pétrolier, le secteur de l’électricité a subi
des mutations profondes. Sa privatisation et son ouverture à la
compétitivité n’ont pas abouti à baisser le prix du kWh ni protéger la
santé et préserver l’environnement. L’introduction de l’électronucléaire

(*) Professeur au département des Ressources Naturelles et de l’Environnement à l’IAV, Hassan II,
Rabat.
102 La sécurité énergétique en Méditerranée

(EN) est un acte politique qui nécessite l’engagement du pays dans un


programme industriel à long terme. Celui-ci connaît, ces derniers temps,
une relance notable après la période d’étiage survenue suite à l’accident
de Tchernobyl en 1986. Toutefois, l’EN semble être plus compétitif grâce
aux derniers progrès technologiques, à une plus grande maîtrise de la
sûreté, à une large répartition géographique, au faible coût et à la stabilité
du prix de l’uranium. Il présente en sus l’avantage de réduire les gaz à
effet de serre (GES). Il convient de souligner par ailleurs l’égalité des
pays quant à l’accès à cette technologie : les pays de l’OCDE disposent
de la technologie, des moyens financiers et de l’expertise ; les pays en
développement peinent à y accéder, ne parviennent pas à attirer les
investissements nécessaires et ce, en dépit de leurs besoins vitaux en
électricité et en eau.
Il sera question dans cet article de présenter les défis et les
perspectives de la filière de l’électronucléaire en soulignant les conditions
de son introduction au Maroc.

Le rôle du nucleaire civil dans le mix énergétique


1. Le contexte
Les techniques du nucléaire civil sont largement utilisées dans tous
les secteurs socioéconomiques, notamment la santé, l’eau, l’agriculture
et l’industrie. En 1957, les Nations Unies ont mis en place l’Agence
internationale de l’énergie atomique. Celle-ci a la charge de la sûreté du
nucléaire civil, le transfert de la technologie et le contrôle de la non-
prolifération et du détournement de cette technologie à des fins non
pacifiques.
Les pays de l’OCDE ont chargé l’Agence de l’énergie nucléaire (AEN)
de la promotion et du suivi de l’électronucléaire. Il existait jusqu’en
décembre 2007, 439 réacteurs, inégalement repartis dans 30 pays et
produisant 14 % de l’électricité et 6 % de l’énergie mondiales.
Les projections réalisées par plusieurs agences dont l’AIEA confirment
l’augmentation de la demande énergétique et montrent la tendance
dominante de celle issue des sources fossiles, notamment le charbon,
laquelle couvre encore et à plus long terme plus de 60 % des besoins
mondiaux. Ces projections estiment à 8 % la part de l’EN en 2030.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 103

Les applications non électriques du nucléaire vont se développer pour


le dessalement de l’eau de mer, le chauffage, le transport et les
applications industrielles.
La plupart des réacteurs actuellement en service sont de la 2e génération
1970-1980. Ils ne sont plus commercialisés Ceux de la 3e génération ont
été développés pendant les années 90. Ils sont conçus pour être plus sûrs
et économiquement compétitifs. Ceux de la 4e génération, en cours de
développement, seraient plus sûrs, plus performants et généreraient moins
de déchets.
Parmi les facteurs qui entravent le développement de la filière
électronucléaire (FEN) il y a :
• la sûreté ;
• les craintes de prolifération ;
• l’encombrement des déchets de haute activité ;
• la perception (et l’acceptation) du public ;
• la nécessité d’un investissement significatif (financier, ressources
humaines qualifiées ;
• la mise en place d’infrastructures légales et réglementaires adéquates
et conformes aux normes fondamentales internationales (NFI).
Néanmoins, La FEN connaît une forte attractivité qui s’explique, entre
autres, par une demande croissante, par la volatilité des prix des
produits énergétiques fossiles et par l’incertitude qui pèse sur les
possibilités d’approvisionnement. Les énergies fossiles sont concentrées
essentiellement au Proche-Orient et en Russie et tendent à s’épuiser. Cette
attractivité serait également due à la volonté affichée des pays plus ou
moins forcés à se conformer aux exigences du développement durable.
La relative compétitivité économique, les performances technologiques
et l’amélioration des conditions de sûreté du nucléaire ont conduit les
pays depuis 2003 à réévaluer leur stratégie énergétique pour y introduire
ou renforcer cette source relativement disponible peu chère et stable dans
la production de l’électricité.
La composition des bouquets électriques dépend des facteurs
économiques et sociopolitiques de chaque pays. L’efficacité énergétique
est devenue une source d’économie incontournable. Les différentes
sources en jeu sont :
104 La sécurité énergétique en Méditerranée

– les thermiques fossiles : le charbon, le gaz, le fuel et la biomasse ;


– l’électronucléaire ;
– les renouvelables : l’hydro électrique, l’éolien on shore et off shore,
le solaire thermique et photovoltaïque, le géothermique et l’énergie des
marées.
En 2006, la contribution moyenne de chaque type de source dans la
production électrique mondiale a été, selon l’AIEA, 66,5 % pour le
thermique fossile, 17,5 % pour l’hydro-électrique ; 14 % pour le nucléaire
et 2 % pour les renouvelables.
Nous examinerons ci-après quelques facteurs clés de la FEN,
notamment les aspects afférents à la sûreté et à la sécurité, aux problèmes
de gestion des déchets, à la compétitivité économique et socio-
environnementale.

2. Les défis de l’électronucléaire


2.1. Sûreté et sécurité nucléaire
La sûreté a été mise à rude épreuve lors des deux accidents survenus
le siècle dernier. Le premier, de degré 5 sur l’échelle internationale des
événements nucléaires INES qui est graduée de 0 à 7, a eu lieu en 1979
à Three Mile Island aux Etats-Unis. Le second, connu sous le nom de
Tchernobyl, de degré 7, a eu lieu en 1986 en Ukraine. Le manque
d’informations et de communication au public a accentué sa défiance à
l’égard du nucléaire.
Ces accidents et d’autre moins graves ont contribué au renforcement
de l’arsenal juridique international obligeant les Etats à s’y conformer
en vue de mieux protéger les travailleurs, le public et l’environnement
contre d’éventuels accidents ; par ailleurs, ils ont conduit l’industrie
nucléaire à améliorer la sûreté des réacteurs. Il convient de souligner
également que les réacteurs actuellement en service cumulent plus de
13 000 ans de fonctionnement. Ce qui démontre la maîtrise de la
technologie et l’amélioration des performances de ces réacteurs. Dans
ce sens, les autorités de réglementation en France et aux USA ont
récemment prolongé de 20 ans supplémentaires les licences de plusieurs
anciennes centrales nucléaires.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 105

Comme le risque zéro n’existe pas, pour minimiser les risques d’un
éventuel accident, l’AIEA, en coordination avec les organisations
régionales et nationales concernées, a mis au point des programmes et
procédures de préparation aux situations d’urgence nucléaire et de gestion
de crise.
Les événements du 11 septembre 2001 ont mis au devant de la scène
le renforcement des dispositifs de sécurité des installations et des matières
nucléaires et radioactives. Les bombes sales et la menace d’actes
malveillants ont été et sont encore au centre des préoccupations des
services de sécurité.

2.2. Les problèmes de gestion des déchets et le démantèlement des


centrales
Les centrales nucléaires dans le monde produisent chaque année
200 000 m3 de déchets de faible et moyenne activité et 10 000 m3 de
déchets de haute activité. Ce sont ces derniers types qui doivent être
complètement isolés de l’environnement. Leur enfouissement profond,
dit géologique, est proposé comme solution par la communauté
scientifique. Les Américains procèdent déjà à l’enfouissement profond
dans le site de Yucca Mountain au Nevada. L’idée de disposer d’un seul
site international fait l’objet de débat. La réglementation en vigueur confie
aux pouvoirs publics la gestion des déchets nucléaires et la conduite du
démantèlement des installations nucléaires.

2.3. Compétitivité économique et socio-environnementale de


l’électronucléaire
Le coût de production de l’électricité est parmi les avantages
compétitifs de l’EN.
Plusieurs études ont été réalisées dans ce but. Celle conjointe de
AIE/AEN et AIEA en 2005, a fourni des données fiables concernant
l’économie de la production de l’électricité générée par les différentes
technologies dans 100 centrales.
L’estimation des coûts prévisionnels a été calculée par « la méthode
du coût moyen actualisé » et en utilisant « les hypothèses génériques pour
les principaux paramètres économiques et techniques » pour une « durée
de vie économique de 40 ans pour la plupart des centrales, un facteur de
106 La sécurité énergétique en Méditerranée

charge moyen pour les unités en base de 85 % et des taux d’actualisation


de 5 et de 10 % ».
Les résultats obtenus montrent ce qui suit :
– pour un taux d’actualisation de 5 %:
• Le nucléaire : 21-31 $ /MWh (50 % pour l’investissement, 30 % pour
O&M et 20 % pour le combustible), le kWe installé est de US$ 1000-
2000, durée de construction 5 à 7 ans,
• le charbon : 25-50 US$ /MWh (30 % pour l’investissement, 20 %
pour O&M et 45 % combustible, 1 000-1 500 US$ le kWe installé,
durée de construction 4 ans,
• le gaz : 37-60 US$ /MWh (15 % investissement, 10 % O&M et 80 %
pour le combustible, 400-800 US$ pour le kWe installé, durée de
construction 2 à 3 ans,
• l’éolien : 1 000-2 000 US$/ kWe, 35-95 US$/ MWh,
• la micro-hyraulique : 40-80 US$/MWh,
• le solaire : 150 US$/MWh,
– pour un taux d’actualisation de 10 %:
• le nucléaire : 30-50 $ /MWh (70 % investissement, 20 % O&M 10 %
combustible), le kW installé est de US$ 1000-2000, durée de
construction 5 à 7 ans,
• le charbon : 35-60 US$ /MWh (50 % investissement 15 % pour O&M
et 35 pour le combustible, 1 000-1 500 US$ pour le kWe installé,
durée de construction 4 ans,
• le gaz : 40-63 US$ /MWh, 400-800 US$ pour le MW installé, durée
de construction 2 à 3 ans,
• l’éolien : 45-140 US$/ MWh,
• la micro-hydro : 65-100 US$/MWh,
• le solaire : 200 US$/MWh (selon la capacité disponible le coût peut
approcher les 300 US$.
Il se dégage de ce qui précède que :
– le nucléaire est sensible aux taux d’intérêt du fait de la durée de la
construction (5 à 7 ans) et aux taux d’actualisation 5 % ou 10 % qui le
mettent au même niveau de compétitivité que le charbon, sachant que
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 107

le prix du KWh d’origine nucléaire englobe déjà le coût des déchets et


du démantèlement ce qui se traduit dans le jargon du secteur énergétique
par : externalités internalisées ;
– le prix du combustible est le moins cher et le plus stable : le
doublement du prix du combustible (charbon, gaz, uranium
respectivement) augmenterait le coût de production de l’électricité de
35-40 % pour la filière charbon, de 70-80 % pour celle du gaz, de 5-10 %
pour l’électronucléaire ;
– en outre, le coût de production de l’électricité issue des sources
fossiles sus-mentionné augmenterait une fois comptabilisées les pénalités
inhérentes à l’émission du gaz carbonique dans l’atmosphère ;
– par ailleurs, la large répartition géographique de l’uranium est un
facteur qui garantit l’approvisionnement, contrairement au pétrole et au
gaz dont les gisements et les réserves sont concentrés au Proche-Orient
et en Russie ; toutefois, l’inquiétude des opérateurs les conduit aujourd’hui
à rechercher des contrats de longue durée pour sécuriser leur
approvisionnement, en dépit du fait que le fonctionnement des réacteurs
nécessite un faible volume d’uranium ; le problème de stockage ne se
pose donc pas et ne présente pas d’enjeu pour la spéculation.

3. Gouvernance de l’électronucléaire [3]


Comme il a été signalé plus haut, l’introduction du nucléaire devrait
satisfaire à des conditions politiques et socio-économiques et
environnementales. Elle nécessite un engagement politique fort de l’Etat
par l’adoption d’une politique énergétique claire et attractive à long terme,
par l’implication de toutes les parties prenantes, par l’adhésion du public,
par la confiance des investisseurs et les garanties fournies aux
organisations internationales et aux pays voisins.
Le rôle des pouvoirs publics reste déterminant pour la bonne conduite
de ce projet dans :
• la mise à niveau du cadre juridique relatif à la réglementation et au
contrôle de la sûreté et sécurité nucléaires, à la radioprotection de la santé
des travailleurs, du public et de l’environnement ;
• la démonstration d’une démarche de transparence au niveau de la
communication et de l’information du public ;
108 La sécurité énergétique en Méditerranée

• la responsabilité civile nucléaire hors site ;


• la mise en place d’une politique de formation et de formation continue
et de R & D, des mesures incitatives pour attirer et maintenir les cadres
et le personnel qualifiés ;
• le respect des conventions internationales régissant le nucléaire civil.

Conclusion
La FEN offre aux pays qui en ont les moyens technologiques, les
ressources humaines qualifiées et financières suffisantes, l’opportunité
de diversifier et de stabiliser leur approvisionnement en électricité et de
réduire les émissions de gaz carbonique. Son introduction exige la mise
en place d’infrastructures conformes aux Normes fondamentales
internationales, nécessite des investissements importants en capital humain
et demande une mobilisation à long terme de l’effort national. Sa mise
en place se caractérise par les éléments suivants : un délai de construction
important donc sensible aux taux d’intérêt, 5 à 7 ans ; un coût
d’investissement très sensible également aux taux d’actualisation 5 %,
10 % ou même 15 % sur 30 à 40 ans ; des risques financiers, une fois le
secteur libéralisé, pour les capitaux privés inhérents aux aléas politiques.
En revanche, le prix du combustible est moins cher et plus stable. Les
externalités (les frais de gestion des déchets nucléaires et ceux du
démantèlement de la centrale nucléaire) sont déjà internalisées et
inclues dans le prix du kWh facturé.

Quelles opportunités pour le Maroc ?


Le Maroc peut tirer profit des avantages du nucléaire civil pour atténuer
sa dépendance énergétique extérieure et disposer d’une technologie
robuste sûre et non polluante afin de faire face aux prochains défis de
son développement socio-économique. Il devrait pour ce faire satisfaire
à des conditions préalables pour être éligible à l’introduction de
l’électronucléaire et présenter une offre attractive et fiable.
Les défis de demain dans un contexte de rareté des ressources naturelles
et de déficit hydrique sont notamment : comment assurer un m3 d’eau
potable et un kWh abordables, équitables et durables pour la population ?
L’efficacité énergétique : quelle
contribution au développement durable ?
Ahmed MORCHID*

Introduction
La question énergétique est au cœur des préoccupations du
développement durable comme l’illustre l’exemple méditerranéen où
s’expriment avec acuité les interdépendances entre énergie et ressources
naturelles, énergie et changements globaux et notamment changement
climatique, systèmes énergétiques et investissements à long terme, sécurité
énergétique et volatilité des prix.
Face aux enjeux du changement climatique, le développement
énergétique de la région doit donc évoluer en s’attachant, d’une part, à
promouvoir un système énergétique moins émetteur du gaz à effet de serre
et, d’autre part, à s’adapter à la réalité du changement climatique
notamment en termes d’augmentation moyenne de la température. Les
ENR (139) et l’URE (140) sont parties des réponses à apporter, d’autant
qu’au-delà des effets directs sur le changement climatique elles devraient
également contribuer à réduire les impacts sur l’environnement. Ces
impacts, qui pour la plupart sont liés à l’utilisation des énergies fossiles,
doivent être limités en contribuant à modérer l’augmentation, actuellement
observée, par exemple, des transports maritimes d’hydrocarbures en
Méditerranée (transports qui représentent aujourd’hui le quart du trafic
mondial) et en contenant l’extension des infrastructures qui leurs sont liées.
Dans ce contexte, la recherche d’une réduction des coûts
d’approvisionnement, de la teneur en carbone et en polluants due à la

(*) Directeur de projets, Paris, France, Docteur de l’Institut national polytechnique, Nancy-
France, Membre du G.E.R.M, Maroc, Membre de l’International Association of Hydrogeologists,
UK.
(139) Energies renouvelables.
(140) Utilisation rationnelle de l’énergie.
110 La sécurité énergétique en Méditerranée

croissance économique, via une efficacité énergétique accrue et un recours


équilibré aux ENR, apparaît comme un enjeu majeur de développement
durable pour tous les pays de la région et tout particulièrement ceux de
la rive sud. Ces nouvelles orientations énergétiques soulèvent cependant
des interrogations sur le rôle respectif que devront jouer les Etats, les
collectivités locales, le secteur privé et le citoyen pour développer à grande
pour l’échelle des actions efficacité énergétique et pour des énergies
renouvelables dans des marchés énergétiques de plus en plus dérégulés,
ouverts à la concurrence mais toujours différenciés entre les rives nord
et sud de la Méditerranée.
Le passage à un système énergétique plus sûr, sobre en énergie et en
émissions de gaz à effets de serre et de polluants devrait avoir des effets
d’entraînement positifs sur l’ensemble de l’économie, notamment en
permettant une meilleure compétitivité, en développant de nouvelles
filières industrielles, en créant des marchés d’exportation et des emplois
dans des secteurs d’avenir… Sur le long terme, la recherche et
développement dans les nouvelles technologies d’énergie renouvelable
et d’efficacité énergétique devrait représenter un secteur porteur.
Une stratégie d’efficacité énergétique consiste à élaborer des politiques
et à mettre en œuvre des mesures et des moyens permettant de modifier
les conditions de la consommation d’énergie dans toutes les activités
économiques et sociales par l’amélioration de l’efficacité des méthodes et
des équipements de consommation. L’objectif est d’obtenir une meilleure
réponse aux besoins du développement avec une consommation de produits
énergétiques bien inférieure à celle résultant des pratiques actuelles.
Le succès de l’efficacité énergétique sera déterminé par le niveau de
capacité d’intervention de nouveaux acteurs, issus de l’ensemble de la
société. Beaucoup reste à faire, mais certains pays, certaines villes,
certaines communautés rurales ont déjà réalisé des programmes audacieux
et des projets ambitieux et ont mis en place des politiques remarquables.

1. Contexte méditerranéen : dimensions et disparités


La Méditerranée est une des régions du monde où la question du
développement durable se pose avec le plus d’acuité puisqu’elle est à la
fois :
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 111

• une “écorégion” précieuse et fragile dont le développement est déjà


fortement pénalisé par la dégradation de l’environnement ;
• une des prin cip ales zo n es d e co n ta c t , d e fra c t u re e t
d’interdépendances Nord/Sud de la planète ;
• un ensemble de pays et un espace dont la stabilité et la prospérité
dépendront largement de la capacité à mettre en œuvre de façon
concertée des politiques et des modes de développement intégrant les
dimensions environnementale, sociale et économique.
La Méditerranée a été recensée par le 4e rapport du GIEC (141) comme
l’une des régions du monde pour lesquelles le réchauffement climatique
devrait marquer le plus l’environnement et les activités humaines. Les
analyses des spécialistes du climat convergent vers un certain nombre
de pronostics : hausse moyenne des températures de 3 à 4 °C, baisse quasi
générale des précipitations et plus grande occurrence d’évènements
extrêmes d’ici 2100. Les impacts du changement climatique sur
l’environnement en Méditerranée sont d’ores et déjà sensibles. Les
PSEM (142), surtout ceux du Maghreb, échangent principalement avec
les pays de l’UE. Les fortes interdépendances euro-méditerranéennes
devraient continuer à s’accroître, l’énergie en est l’une des plus
concernées.
Il reste qu’à moyen terme – dans un contexte de ressources plus rares –
c’est l’évolution du contenu de la croissance qui déterminera sa
compatibilité avec des objectifs de développement durable pour la région.
Tout dépendra de la capacité des pays à éviter la surexploitation et la
dégradation de leurs ressources naturelles (agriculture/eau,
tourisme/littoral, énergie/hydrocarbures, etc.) pour fonder leur
développement économique. Sur le long terme, les impacts économiques
du changement climatique sur les pays des rive sud et est constituent
une préoccupation grandissante, notamment en ce qui concerne
l’adaptation de leurs économies. A l’horizon 2025, la demande d’énergie
primaire pourrait se trouver multipliée par 1,5 en Méditerranée, les PSEM
connaissant des taux de croissance de leur demande énergétique quatre
fois plus élevés que les PNM (143). Ils représenteraient alors 42 % de

(141) Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.


(142) Pays du sud et de l’est de la Méditerranée.
(143) Pays du nord de la Méditerranée.
112 La sécurité énergétique en Méditerranée

la demande d’énergie totale du bassin méditerranéen, contre 29 % en 2006.


La Turquie pourrait devenir le second consommateur du bassin.
Les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) totalisent 80 % de
l’approvisionnement énergétique des pays (94 % pour les PSEM, 75 %
pour les PNM). Quatre pays, Algérie, Libye, Egypte et Syrie, sont
exportateurs d’hydrocarbures et fournissent 22 % des importations de
pétrole et 35 % des importations de gaz de l’ensemble du bassin
méditerranéen. Tous les autres pays sont importateurs nets d’énergie. Sans
correction de tendance, d’ici à 2025, le gaz naturel pourrait atteindre 37 %
de la demande en énergie primaire dans les PSEM. La part du charbon
se maintiendrait, en particulier pour la production d’électricité. La part
des énergies renouvelables, hors hydraulique et biomasse, resterait limitée,
passant de 2,8 % de l’énergie primaire à 3 % dans les PSEM et de 3 à
4,2 % dans les PNM.
Les échanges énergétiques en Méditerranée occidentale reflètent cette
interdépendances entre des pays classés parmi les « premiers exportateurs
d’hydrocarbures », dits pays producteurs, et certains pays qui sont des
« importateurs réguliers », dits pays consommateurs.
La présence simultanée de ces deux types d’acteur, exportateurs et
importateurs, dans une même région donne lieu à des relations
commerciales spécifiques, comme le montre le tableau suivant.
Tableau 1
Part des pays méditerranéens dans les importations
d’hydrocarbures de l’EUR4 (%)
Energie 2002 2003 2004 2005 2006
France Gaz 24,18 21,94 12,09 17,44 –
Pétrole 7,99 12,51 13,55 12,57 10,24
Italie Gaz 40,74 39,11 38,51 43,50 45,41
Pétrole 29,59 31,10 32,30 31,20 33,27
Portugal Gaz 85,32 74,55 60,65 62,38 –
Pétrole 6,04 19,79 24,83 30,77 46,77
Espagne Gaz 58,26 58,49 51,63 43,90 –
Pétrole 17,67 18,72 20,01 17,53 16,83

Source : Eni, 7th World Oil and Gas Review, Rome, 2007; UN Comtrade, Commodity Trade
Statistics Database, United Nations Statistics Division, New York.
Le Développement durable et la problématique des énergies renouvelables 113

Ce tableau montre la part du pétrole et du gaz du nord de


l’Afrique (144) dans les importations énergétiques des pays de
l’EUR4 (145). A première vue, on observe que les importations de gaz
sont plus importantes en pourcentage que celles de pétrole et qu’à
l’exception de l’Italie, la part relative du gaz a légèrement diminué ces
dernières années. En Espagne et au Portugal, cette diminution s’explique
par la volonté de corriger l’excessive concentration des approvision-
nements en gaz provenant d’Algérie, qui s’est traduite par la mise œuvre
de p olitiques de d iv er s if icatio n g éo g r ap h i q u e d e s s o u rc e s
d’approvisionnement et de recomposition du bouquet énergétique, avec
une part croissante des énergies renouvelables. Cependant, et bien que
le débat reste ouvert, tous les analystes s’accordent à dire que l’importance
du gaz dans la consommation européenne d’énergie est appelée à croître.
Pour preuve, les prévisions de la DG TREN (146) qui, dans son scénario
de référence, prévoit que la demande européenne de gaz augmentera de
24 % entre 2005 et 2030.
Au niveau méditerranéen, l’approche dite « marché »de la politique
de sécurité énergétique est apparue avec le processus de Barcelone. En
1995, la déclaration de Barcelone attribue au secteur énergétique un « rôle
structurant […] dans le partenariat économique euro-méditerranéen », ce
qui revient à en faire un élément - clé du développement du Maghreb.
Par ailleurs, la déclaration de Barcelone se propose de « renforcer la
coopération et d’approfondir le dialogue dans le domaine des politiques
énergétiques […] et de créer les conditions cadres adéquates pour les
investissements et les activités des compagnies d’énergie, en permettant
à ces compagnies d’étendre les réseaux énergétiques et de promouvoir
les interconnexions (147)».

2. Consommation, réserves et demande énergétiques en


Méditerranée
Un scénario tendanciel annonce une croissance des risques et des
impacts. La dépendance énergétique pourrait s’accroître sensiblement,

(144) Ces données correspondent à la somme des exportations en provenance d’Algérie, de


Libye et d’Égypte.
(145) Italie, France, Espagne et Portugal.
(146) Direction générale transport et énergie.
(147) Cité dans l’OME, en 2006.
114 La sécurité énergétique en Méditerranée

tant pour les PSEM importateurs (passant de 77 % en 2006 à 88 % en


2025) que pour les PNM (passant de 68 % à 73 % sur la même période).
D’ici 2025, les PSEM devraient connaître des taux de croissance de
leur demande énergétique quatre fois plus élevés que les PNM. La Turquie
deviendrait le deuxième plus gros consommateur d’énergie en
Méditerranée en 2025. La part des PSEM dans la consommation totale
d’énergie en Méditerranée passerait de 27 % en 2000 à 40 % en 2025,
en raison de leur développement économique et des besoins d’une
population croissante. Seize millions de Méditerranéens n’ont pas
encore accès à l’électricité, tandis que la population des PSEM pourrait
augmenter de 92 millions entre 2000 et 2025. Le secteur résidentiel /
tertiaire représente déjà le premier poste de consommation énergétique
(près de 40 %) et connaît des progressions de consommation spectaculaires
(hausse de plus de 5 % par an entre 1974 et 1999).
Dans les PNM, la croissance de la consommation d’énergie provient
d’abord du secteur des transports, qui représente environ un tiers du total
en 2000 contre un cinquième au début des années 1970. L’accroissement
des trafics et de la mobilité ont été bien supérieurs à la croissance
économique et aux améliorations technologiques. Ainsi, même si les
constructeurs ont fait d’importants progrès en termes de consommation
et d’émissions polluantes par voiture, le parc a augmenté plus vite encore,
accroissant la consommation totale du secteur.
Le déséquilibre géographique de la consommation énergétique en
Méditerranée se traduit par le fait que les 2/3 de la consommation totale
en énergie dans cette région reviennent au PNM ; la consommation par
habitant, dans ces mêmes pays, s’élève à 3,2 tep contre 1 tep dans les
PSM.
La structure de la consommation énergétique en 2006 pour les deux
rives de la Méditerranée est transcrite dans la figure suivante, dans des
proportions différentes selon la nature de l’énergie utilisée, mais
demeure dans des ordres de grandeur similaires. A la différence des PSEM,
le nucléaire est une énergie développée et consommée dans les pays de
la rive nord-méditerranéenne.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 115

Figure 1
Consommation d’énergie primaire dans les deux
rives de la Méditerranée

Fig. 1a - Consommation des PSEM

Gaz
34 %
Pétrole
45 %

Charbon
15 %
Hydrocarbures ER
2% 4%

Fig. 1b- Consommation des PNM

Nucléaire Gaz
18 % 22 %

Charbon
11 %

Pétrole
ER
42 %
5%
Hydrocarbures
2%
116 La sécurité énergétique en Méditerranée

Espace tout à la fois de production et d’échanges de ressources


énergétiques, la Méditerranée supporte environ 30 % du commerce
mondial des hydrocarbures. Une grande partie de ce commerce résulte
des flux de transit exogènes à la région. Les échanges endogènes
s’expliquent par deux différences essentielles :
• la dotation en ressources énergétiques est très fortement concentrée
sur trois pays du sud : l’Algérie la Libye et l’Égypte, qui détiennent environ
5 % des réserves mondiales de gaz naturel et 3 % des réserves de pétrole ;
• les pays du Nord sont plus riches et consomment beaucoup plus
d’énergie par habitant que ceux du Sud.
L’infrastructure de l’énergie en Afrique du Nord est déjà
raisonnablement bien intégrée, particulièrement en ce qui concerne les
secteurs de l’électricité et du gaz. Géographiquement, l’intégration de
l’énergie dans cette région a été facilitée par le fait que la plus grande
partie de la population vit dans une bande relativement étroite le long
de la côte méditerranéenne et des bords du Nil. Ceci facilite grandement
la fourniture d’énergie aux populations. L’infrastructure énergétique est
concentrée dans cette bande avec un nombre limité de ramifications qui
mènent principalement aux grands champs de pétrole et de gaz.
L’Afrique du Nord, en particulier l’Algérie et la Libye, est un
fournisseur essentiel de l’Europe. Le pétrole nord-africain n’a que la
Méditerranée à franchir pour atteindre la France, l’Italie, la Grèce ou la
Turquie. Les liens entre la France et l’Algérie, d’une part, l’Italie et la
Libye, d’autre part, ont joué un rôle important dans le développement
de l’industrie pétrolière de ces deux pays. Ce sont des sociétés françaises
qui, avant l’indépendance de l’Algérie, ont mis en évidence les gisements
du Sahara. C’est pour traiter le pétrole libyen, découvert et exploité
d’abord par des sociétés américaines indépendantes dépourvues de
capacités de raffinage en Europe, que d’importantes installations ont été
construites en Sardaigne, en Sicile et dans le Mezzogiorno ; ce qui
répondait par ailleurs aux vœux du gouvernement italien de développer
économiquement cette région.
La Libye et l’Algérie sont d’importants exportateurs de pétrole ;
l’Égypte consomme une grande partie de sa production. La Libye exporte
également un peu de gaz naturel, mais c’est bien entendu l’Algérie qui
est un acteur majeur de la scène gazière. Le gaz du Sahara est exporté
vers l’Europe soit par le gazoduc Algérie-Tunisie Sicile qui franchit la
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 117

Méditerranée, soit par le gazoduc Algérie-Maroc-Espagne qui passe par


le détroit de Gibraltar, soit sous forme GNL (gaz naturel liquéfié). Ces
pays d’Afrique du Nord offrent, en termes de trajectoire historique, des
caractéristiques pétrolières plus proches de celles des producteurs du
Moyen-Orient que de l’Afrique de l’Ouest : membres de l’OPEP pour
(Algérie et Libye) nationalisation dans les années 70, rôle encore très
important et actif de la compagnie nationale, forte sensibilité aux tensions
politiques dans le monde arabo-musulman, etc.
Les producteurs principaux de gaz et de pétrole d’Afrique du Nord
– l’Algérie et la Libye – et l’Egypte, autre producteur majeur, sont reliés
par des pipelines qui traversent les pays voisins, la Tunisie et du Maroc,
aux marchés situés de l’autre côté de la Méditerranée et de la Mer rouge.
Les interconnexions avec ces pays permettent d’accéder à des marchés
lucratifs. L’Algérie, avec ses gigantesques réserves, envoie du gaz en Europe
par le Maroc et Gibraltar et par la Tunisie et la Sicile. Le graphique ci-
dessous représente les réserves en gaz (Gm3) et en pétrole (Mtep) en
Méditerranée, ainsi que la production de l’électricité. Ces réserves bien
contrastées montrent encore une fois ce déséquilibre tant remarqué en
réserves qu’en production même au sein des PSEM. Le projet de pipeline
NIVAL entre le Nigeria et l’Algérie ferait de cette dernière une véritable
plaque tournante de la distribution du gaz. Les trois pays : Italie, France
et Espagne marquent bien une forte production d’électricité, ce qui reflète
des besoins forts essentiellement liés à l’industrie, le transport et le bâtiment.

Figure 2
Réserves en pétrole et en gaz en Méditerranée

Source: OME, 2006


118 La sécurité énergétique en Méditerranée

Figure 3
Production d’électricité en Méditerranée

Dans les PNM, c’est le secteur des transports qui a enregistré la plus
forte croissance de consommation depuis 30 ans, pour représenter, avec
32 % de la consommation d’énergie en 2005, le premier poste. Dans les
PNM, tous les secteurs ont fortement augmenté leur consommation, ceux
de l’industrie et du résidentiel étant les plus gros consommateurs en 2005,
avec respectivement 36 et 27 % de la consommation d’énergie en 2005.
Un tel scénario tendanciel annonce une croissance des risques et des
impacts, tels que :
• les émissions de CO2 issues de la consommation d’énergie pourraient
augmenter, entre 2006 et 2025, de 55 % dans les PNM et de 119 % dans
les PSEM ; en 2025, les émissions des PSEM, bien que 1,8 fois moins
importantes par tête d’habitant que dans les PNM, pourraient représenter
47 % des émissions du bassin, contre 33 % en 2006;
• les risques sociaux et économiques liés à la hausse des coûts de
l’approvisionnement et à ses répercutions sur la facture énergétique des
pays, des ménages et des entreprises seraient accrus.
Le graphique ci-dessous montre la demande énergétique primaire des
deux rives de la Méditerranée les trente dernières années et les douze
années à venir. Il ne semble pas que cette demande énergétique primaire
ait une tendance linéaire continue. Les experts pensent que, très
vraisemblablement, à l’horizon 2020-2030 cette demande connaîtra une
certaine stabilité, due à l’utilisation simultanée ou pas des énergies
renouvelables.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 119

Figure 4
Demande énergétique primaire en Méditerranée

3. Nécessité de promouvoir un développement énergétique


plus durable
La mise en œuvre d’une alternative incontournable pour ralentir la
croissance de la consommation d’énergie est fondée principalement sur
une utilisation plus rationnelle de l’énergie et sur un développement rapide
des énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie, hydroélectricité).
Ce scénario alternatif suppose un changement important d’approche dans
le raisonnement, la planification et la gestion énergétiques pour diversifier
les politiques et mobiliser le plus grand nombre possible d’acteurs. De
fortes impulsions publiques affichées dans des stratégies nationales,
accompagnées de systèmes de financement durables et d’un effort de
recherche-développement, de communication et de formation sont
nécessaires.
Il est donc grand temps de faire de la promotion d’un développement
énergétique plus durable une nécessité et un débat de grande importance.
Nous ne pouvons pas établir une stratégie durable d’énergie sans
trouver les réponses à des questions de base et sans mener des réflexions
simples, mais qui demeurent incontournables :
• Comment satisfaire les besoins énergétique actuels et futurs de façon
optimale ?
120 La sécurité énergétique en Méditerranée

• Quels sont les moyens à mettre en œuvre pour y répondre ?


• Dispose-t-on des alternatives opérationnelles, associées à la
croissance de la demande énergétique ?
• Disposons-nous des outils performants nous permettant d’identifier
des événements imprévus probables (économiques, politiques,
climatiques, etc.) pouvant affecter directement ou indirectement le
secteur de l’énergie ?
Il est très important de mettre au centre de l’ensemble de ces réflexions
et de ces questions la composante humaine. L’Homme, avec un grand
H, doit se sentir responsable de ses actes envers l’environnement, doit
voir l’avenir des générations futures dont sa propre progéniture, doit
changer de comportement, doit simplement réfléchir avant d’agir. Nous
pouvons entrer dans des débats philosophiques quant au comportement
humains, mais le sujet reste tout de même simple et la feuille de route
facilement applicable : une bonne conduite envers la nature, qui n’est
pas un gisement inépuisable.
Il est grand temps de dire que la priorité des priorités doit être, comme
tant d’autres scientifiques et intellectuels l’on suggéré, l’exploitation des
gisements d’efficacité énergétique dans des secteurs clefs tels que le
transport, le bâtiment et l’industrie. Si l’on arrive à allier l’efficacité
énergétique au déploiement, à grande échelle, des énergies renouvelables,
on aura gagné la bataille, mais plus encore la guerre.

4. L’efficacité énergétique : enjeu majeur du développement


durable
4.1. Le développement durable : une prise de conscience
Tout d’abord, il convient de rappeler ce qu’est le développement
durable. Il est certain que la définition de ce terme demeure large et
complexe, pour la simple raison que le développement durable n’existe
pas matériellement. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une
projection d’une intention permettant d’orienter l’adaptation des sociétés
humaines à des situations prévisibles ou pas du contexte environnemental
dans lequel vivent. C’est donc des formulations différentes d’hypothèses
qui supposent la durabilité et la pérennité du développement. En
revanche, on ne peut parler du développement durable que lorsque ces
hypothèses « prédictives » ont résisté aux épreuves du temps.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 121

Le développement durable peut donc être défini, de la façon la plus


brève et la plus optimale, comme étant une manière de satisfaire les besoins
des populations actuelles dans un souci d’équité, sans remettre en cause
les moyens de satisfaire les besoins des générations futures.
En termes d’énergie, cela signifie la garantie d’un service optimal au
meilleur coût dans le respect des conditions écologiquement saines avec
le moins d’impact sur les populations et les cultures, sur une échelle de
temps plus longue.
Il est donc primordial, dans une approche d’équité à l’échelle
régionale, de favoriser l’accès à l’énergie aux populations les plus
défavorisées leur permettant de satisfaire leur besoins de base. Au même
temps, la réduction des pertes encourues dans les transformations, le
transport et l’utilisation de l’énergie pour les populations plus développées
est une nécessité.
Mais si l’on veut vraiment s’inscrire dans cette perspective d’équité
entre populations, les décideurs et les différents acteurs doivent s’assurer
des retombées économiques permettant de satisfaire les besoins des
populations locales dans les lieux de production d’énergie, quelle qu’en
soit sa nature, dans le respect de leur territoire, de leur culture et de leur
vie sociale.
Tout cela nous amène à la réflexion sur l’efficacité énergétique, cette
composante qui a pris une place primordiale dans une dimension de
responsabilité universelle quant à la bonne gestion de l’énergie, devenue
aujourd’hui une nécessité et le problème de tous.
L’efficacité énergétique est d’abord une prise de conscience, une
stratégie et une mise en œuvre de moyens et de mesures permettant de
modifier les conditions de la consommation d’énergie. Cela se traduit
par un comportement humain « responsable » qui se résume, dans une
première approche, en :
• une meilleure réponse aux besoins par l’utilisation d’une quantité
minimale d’énergie pour assurer un service optimal ;
• le choix du type d’énergie en fonction du besoin, ce qui peut se
traduire également par l’utilisation de la bonne énergie au bon
endroit ;
• le recours et la promotion des énergies renouvelables.
122 La sécurité énergétique en Méditerranée

Il est grand temps de faire de l’efficacité énergétique un pilier


important du développement durable. Nous devons donc être tous la
locomotive, chacun dans son environnement et son entourage, d’une forte
conscience afin d’acquérir des automatismes pour :
• l’assurance d’une sécurité énergétique à faible impact sur
l’environnement ;
• un meilleur choix énergétique, sans s’en priver ;
• une réduction des impacts environnementaux liés à une
consommation irrationnelle de l’énergie ;
• une réduction des besoins de nouveaux équipements qui requièrent
de fortes consommations énergétiques ;
• un ralentissement de l’épuisement des ressources non renouvelables ;
• un transfert de savoir et l’exportation de champs d’expertise vers
les pays qui en ont besoin.

4.2. L’utilisation rationnelle de l’énergie : une alternative


incontournable
L’utilisation plus rationnelle de l’énergie et le développement rapide
des énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie, hydroélectricité)
est aujourd’hui une alternative inévitable et vitale pour toutes les
populations.
Les hypothèses retenues sont une économie de 20 à 25 % de la demande
totale en énergie d’ici 2025 et 14 % d’énergies renouvelables dans le bilan
de cette perspective au lieu de 4 % dans le scénario de base. L’habitat
représente le gisement d’économie d’énergie le plus important, notamment
sur la rive sud et est de la Méditerranée, en pleine croissance
démographique.
La comparaison des performances entre les pays et de nombreux
exemples concrets montrent qu’un tel scénario à double dividende,
environnemental et économique, est possible. C’est le cas de l’Italie, en
matière de baisse d’intensité énergétique, et des territoires palestiniens,
en matière de chauffe-eau solaires. Les retours sur investissements
observés sont en général courts : quelques années, parfois même quelques
mois.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 123

Les avantages du scénario alternatif sont considérables :


• une croissance de la demande réduite de moitié, représentant une
économie totale d’énergie de 208 Mtep/an en 2025;
• 2 000 milliards d’euros de dépenses évitées sur 25 ans, sur la base
d’un baril à 120 $ ;
• une dépendance énergétique réduite à 18 % (contre 38 % avec le
scénario tendanciel) ;
• 154 centrales de 500 MW de moins à construire sur le littoral
méditerranéen ;
• 860 millions de tonnes de CO2 de moins dans les émissions de GES
en 2025;
• de nombreux emplois dans les secteurs innovants de « l’après-
pétrole »;
• une adaptation de la région aux changements nécessaires pour limiter
le réchauffement climatique.
La figure ci-dessous montre l’économie possible d’énergie et la
réduction des émissions de CO2 pour les deux scénarios, de base et
tendanciel.

Figure 5
Economies d’énergie et d’émissions de CO2 réalisables
avec le scénario alternatif, 2025 pour l’ensemble
des pays de la méditerranée
Fig 5a : Demande d’énergie primaire commerciale
1 500
1 365 Mtep
1 300 ENR Gaz N
Hydro Pétrole 1 158 Mtep
1 100 Nucl. Charbon + 103

900 – 10
Mtep

821 Mtep
700 – 92

500

300 – 154

100
– 55
2000 Scénario de Scénario de
base 2025 alternatif 2025

Source : Plan bleu, Observatoire méditerranéen de l’énergie, 2008


124 La sécurité énergétique en Méditerranée

Fig 5b : Emission totale de CO2 selon les 2 scénarios


(de base et alternatif)
3 500
Scénario de base
3 000 Scénario alternatif
2 500

2 000
MtCO2

1 500

1 000

500

0
1971 1980 1990 2000 2010 2020 2030

Source : Plan bleu, Observatoire méditerranéen de l’énergie, 2008

La mise en œuvre du scénario alternatif suppose un changement


important d’approches dans le raisonnement, la planification et la gestion
énergétiques pour diversifier les politiques et mobiliser le plus grand
nombre possible d’acteurs. De fortes impulsions publiques affichées dans
des stratégies nationales, accompagnées de systèmes de financement
durables et d’un effort de recherche-développement, de communication
et de formation sont nécessaires. Pour faire évoluer les comportements,
les incitations et un signal « prix » clair sont indispensables.
La Stratégie méditerranéenne pour le développement durable (SMDD)
a d’ailleurs suggéré en priorité l’exploitation des gisements d’efficacité
énergétique dans les secteurs clefs (bâtiment, transport, industrie) et le
déploiement à grande échelle des énergies renouvelables.
Aussi l’utilisation rationnelle de l’énergie et le développement des
énergies renouvelables figurent-ils parmi les six priorités du Partenariat
euro-méditerranéen initié depuis 1995, mais les efforts semblent encore
majoritairement concentrés sur l’offre énergétique. Le dialogue euro-
méditerranéen sur l’énergie constitue une opportunité pour impulser plus
nettement des objectifs de maîtrise de l’énergie et des énergies
renouvelables en rééquilibrant les budgets MEDA (148) national et

(148) Instrument financier de l’Union européenne (UE) assurant la mise en œuvre du Partenariat
euro-méditerranéen (PEM).
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 125

régional en leur faveur. Une condition de réussite est certainement que


les projets soient portés par les pays eux-mêmes et inscrits dans des
stratégies nationales.
La coopération euro-méditerranéenne s’inscrit désormais dans la
nouvelle politique de voisinage de l’Union européenne. Dans ce cadre,
l’énergie fait partie des domaines-clés des plans d’action nationaux
élaborés conjointement par les pays méditerranéens et l’Union européenne.
Ces plans incluent, d’ailleurs, de façon forte des actions en faveur des
énergies renouvelables et de la maîtrise des consommations. C’est déjà
le cas pour plusieurs PSEM. Le montant des ressources budgétaires
affectées à la région méditerranéenne pour la période 2007-2013 a déjà
été fixé courant 2006; si les fonds destinés au secteur de l’énergie
s’orientent, dans l’action, davantage vers des actions en faveur de
l’utilisation rationnelle de l’énergie et des énergies renouvelables et que
ces dernières deviennent prioritaires, la coopération régionale aurait
réellement joué un rôle catalyseur pour aider la région à changer de
scénario.

4.3. Union pour la Méditerranée : un projet, un défi !


Le potentiel des énergies renouvelables (hydroélectricité, géothermie,
solaire, éolien) est considérable en Méditerranée mais largement sous-
exploité (3 % du bilan énergétique de la région en 2000), que ce soit pour
la production d’électricité ou pour les usages domestiques. Pourtant, la
Méditerranée dispose d’un potentiel considérable d’énergie solaire
grâce à un ensoleillement (environ 5 kWh/m2/jour) parmi les plus élevés
au monde, de multiples sites favorables aux éoliennes, des ressources
géothermiques notables (comme par exemple en Turquie) et des
possibilités significatives de développement de la petite hydroélectricité.
Au total, d’ici 2025, une économie de l’ordre de 20 à 25 % (jusqu’à
50 % dans les PSEM) de la demande totale en énergie serait tout à fait
réalisable dans l’ensemble des pays riverains, en utilisant les technologies
déjà disponibles. Quant à la part des énergies renouvelables, elle
pourrait atteindre 14 % du bilan primaire en énergie en 2025 (hors
biomasse) au lieu de 4 % pour le scénario de base.
Jean-Louis Borloo, ministre français de l’Ecologie et du Développement
durable, en charge des questions du développement durable dans le cadre
126 La sécurité énergétique en Méditerranée

de l’Union pour la Méditerranée, a réuni en 2008 plus de 300 acteurs


intéressés par une implication directe dans le Plan solaire méditerranéen.
Ce projet-phare de l’Union pour la Méditerranée (UPM) vise à accroître
l’utilisation des énergies renouvelables et à renforcer l’efficacité
énergétique de chaque pays et de la région dans son ensemble.
Pour Jean-Louis Borloo, « le Plan solaire méditerranéen est la
meilleure réponse commune que nous, pays du sud, de l’est, du nord de
la Méditerranée pouvons apporter aux grands défis de notre planète :
demande d’énergie croissante, prix de l’énergie fossile très fluctuant et
rareté de cette ressource et surtout nécessité absolue de lutter ensemble
contre le changement climatique. C’est ensemble que nous pourrons faire
face aux grands défis énergétiques, climatiques et économiques ».
Représentants des gouvernements égyptien, marocain, espagnol,
syrien, italien et grec, commission européenne, administrations nationales,
investisseurs, entreprises et associations professionnelles, institutions
financières, agences spécialisées... tous sont réunis pour discuter des
grands enjeux qui vont permettre d’atteindre les objectifs fixés par le
Plan solaire méditerranéen, après la conférence de Paris et la réunion
des ministres des Affaires étrangères à Marseille les 3 et 4 novembre 2008:
mise en place d’un cadre réglementaire et de mécanismes incitatifs adaptés
pour le développement des énergies renouvelables et des réseaux
électriques dans tous les pays de la Méditerranée ; définition et mise en
œuvre du financement des projets afin d’assurer leur rentabilité ;
définition d’un cadre pour l’exportation d’électricité verte d’une rive à
l’autre de la Méditerranée ; première analyse des projets déjà proposés.
Cette conférence a permis notamment d’engager les étapes nécessaires
au lancement des premiers projets-pilotes en 2009-2010. Les conclusions
de cette rencontre alimenteront également un projet de déclaration pour
un Plan solaire méditerranéen, qui sera partagée avec tous les Etats
membre de l’Union pour la Méditerranée.
Les énergies renouvelables sont encore peu exploitées dans la région
Méditerranée, comptant pour seulement 4 % du bilan énergétique des pays
méditerranéens (hydroélectricité incluse). Les pays méditerranéens
bénéficient pourtant de conditions d’ensoleillement extrêmement
favorables et possèdent de vastes espaces libres pouvant accueillir des
capacités de production d’électricité de taille importante.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 127

La construction de centrales solaires permettra l’accroissement des


capacités de production des pays du Sud et la satisfaction d’une partie
de la consommation domestique. Une partie de ces capacités
supplémentaires pourrait être destinée à l’exportation vers les pays de
l’Union européenne. Le développement de l’énergie solaire et
l’augmentation de l’efficacité énergétique entraîneront une diversification
du mix énergétique et une réduction de la dépendance et des risques liés
au recours massif aux énergies fossiles.
Enfin, dans les pays producteurs, le développement des centrales
solaires permettra de préserver les ressources fossiles rares. Cela
participera de la pérennisation des revenus d’exportation, important pour
le développement national. Enfin, les coûts de production de l’électricité
à l’aide du solaire se rapprochent le plus de ceux des centrales thermiques
classiques et pourraient rapidement permettre une production commerciale
à grande échelle.

5. Le Maroc, un cas d’école


5.1. Indicateurs, spécificités et bilan énergétiques marocains
La sécurité énergétique est aujourd’hui un grand sujet de débats au
Maroc. Responsables et experts multiplient les rencontres pour discuter
de cette question épineuse. Il est important de noter que le Maroc est un
pays importateur net d’énergie sous forme de produits pétroliers, de
charbon et d’électricité, même s’il dispose d’un potentiel en énergies
renouvelables et en efficacité énergétique explorable et considérable.
Dans un contexte de forte croissance économique, plus de 8 % en 2006,
entretenue par le déploiement de programmes de développement
stratégiques, la croissance de la demande énergétique s’est établie en 2005
à près de 5 %, avec plus de 8 % pour l’électricité, 5 à 6 % pour les GPL
et 3 % pour les autres produits pétroliers.
L’énergie électrique nette appelée, au Maroc, de janvier à septembre
2008 était d’environ 18 300 Gwh avec une évolution presque constante
de 8 % depuis 2005. La production des centrales électriques en concession
s’est élevée en 2008 à 13 000 Gwh (77 % charbon, 21,5 % gaz naturel
et 1,5 % éolien) (149).

(149) Statistiques du Ministère de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement.


128 La sécurité énergétique en Méditerranée

Aujourd’hui le Maroc, pays non producteur d’énergies fossiles, fait


face à défis énergétiques lourds. Ces défis sont nombreux et différents
tels que la garantie d’approvisionnement et la maîtrise des coûts.
La situation énergétique du pays se caractérise par une forte dépendance
et une lourde facture énergétique. Cette situation se traduit par :
• une forte dépendance vis-à-vis des énergies fossiles avec
l’importation de 96 % des besoins. En 2006, la consommation d’énergies
commerciales s’est élevée à environ 13 Mtep (charbon 30,2 %, produits
pétroliers 62 %, GN 3,1 %, eolien 0,4 %, electricité importée 1,7 %, et
hydro-électricité 3 %) ;
• une importation d’électricité en forte croissance avec 6 % en 2006
et des prévisions à la hausse (près de 20 % en 2009) ;
• une base de consommation en énergie commerciale, ramenée à
l’habitant, « faible », avec 0,41TEP/hab./an et 480 kWh/hab./an, induisant
une intensité énergétique à parité de pouvoir d’achat raisonnable de 0,1,
bien que de fortes disparités existent entre catégories de consommateurs.
Cette base de consommation présente un potentiel de croissance élevé.
Une consommation supérieure à 1 Tep/hab./an est prévue à l’horizon 2030;
• des besoins en investissement supérieurs à un million d’euros par
an ;
• des coûts d’accès contraignants en raison du poids de la compensation
des produits pétroliers assurée par l’Etat (700 millions d’euros environ
en 2005) et du poids de la facture énergétique, près de 3,5 milliards d’euros
(20 % du montant global des importations) ;
• des coûts d’accès contraignants également en raison d’un système
de péréquation des tarifs urbain/rural tirant les coûts de l’électricité vers
le haut tout comme la charge électrique qui présente un pic de demande
élevé le soir (3 700 Mw par rapport à un appel de 2 200 Mw en heures
creuses en 2006) ;
• un impact sur l’environnement, notamment en termes d’émission,
de gaz à effet de serre (60 % des émissions sont liées à l’énergie) et en
termes de pression sur la ressource forestière avec une consommation
de biomasse pour le chauffage et la cuisson en milieu rural estimée à 3,3
Mtep, générant la perte de quelque 30 000 hectares de forêt annuellement
et reflétant un accès encore limité aux services énergétiques modernes
dans ces zones.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 129

• Le bilan énergétique marocain en termes de consommation (2005-


2008) des énergies fossiles essentielles (pétrole, gaz) et d’électricité peut
se résumer de manière très simple dans le tableau ci-dessous :

Tableau 2
Bilan de la consommation marocaine de l’énergie
fossile essentielle (2005-2008)

Energie Période
2005 2008

Produits pétroliers (MT) 6 713 455 9 073 300

*Gaz (Mm3) 500 @ 871**

Electricité (Gwh) 19 518 > 22 600 ***

*: Extension de la capacité du gazoduc Maghreb-Europe (GME)


**: Introduction de nouvelles centrales
***: Chiffres 2007

Tout cela fait que la facture énergétique ne cesse de s’alourdir, en 2008


elle s’est tout de même élevée à 60 milliards de dirhams, soit une évolution
de plus de 20 % par rapport à 2007.
Le Maroc a subi également une lourde augmentation des subventions
des produits pétroliers l’an dernier, effet direct de la hausse exponentielle
du prix du baril de pétrole. Ces subventions ont été multipliées par 3,
rien que sur une année, elles sont passées de 7,5 milliards de dirhams en
2007 à 26 milliards de dirhams en 2008.
Les énergies renouvelables sont et doivent être l’alternative
incontournable à l’utilisation des énergies dites fossiles. La contribution
des énergies renouvelables au bilan énergétique national (hors biomasse)
est d’environ 4 %. Elles sont à l’origine de la production de près de 10 %
de l’énergie électrique, grâce à l’effort important de mobilisation de la
ressource hydraulique ainsi qu’à l’effort d’implantation de premiers parcs
éoliens (124 MW installés, 140 MW en construction au nord du pays
auxquels s’ajoutent 200 à 300 autres MW en cours).
130 La sécurité énergétique en Méditerranée

Il y a lieu de noter que de manière générale les énergies renouvelables


font l’objet de projets diversifié (centrales thermo-solaires, stations de
pompage, turbinage hydraulique, valorisation énergétique des déchets,
pompage d’eau, dessalement de l’eau de mer, climatisation et chauffage
solaire de l’eau sanitaire…) s’impliquant ainsi dans divers programmes
économiques et sociaux comme c’est le cas du programme d’électrification
rurale dont les objectifs sont pris en charge à hauteur de 7 % par les
systèmes solaires photovoltaïques individuels.
Les ressources sont importantes avec en particulier une estimation
pour l’éolien de plusieurs GW, un marché potentiel du solaire thermique
de plus d’un million de m2, et des possibilités importantes de valorisation
de la biomasse (9 millions d’hectares de forêt et vocation agricole du
pays). En terme de tendance, les attentes vis-à-vis de ces filières sont
importantes de la part des institutionnels, des opérateurs économiques
ou tout simplement des consommateurs.
L’approche de l’efficacité énergétique devient donc hautement
stratégique.

5.2. Le Maroc : des atouts et du potentiel


Le Maroc, par sa position géographique, bénéficie des ingrédients qui
font le bonheur de la Vision 2020 pour un développement énergétique
plus durable. Au Maroc, il y a le soleil, le vent, la mer et la forêt, autant
d’éléments essentiels pour la production d’énergies renouvelables. De
ce fait, la diversification des sources d’énergie et la réduction de la
dépendance deviennent hautement stratégiques.
Notons que les réformes gouvernementales entreprises dans le
secteur de l’énergie sont fortement soutenues par de grandes instances
comme la Banque mondiale (BM), l’Agence allemande de coopération
technique (GTZ), le Programme des Nations Unies pour le développement
(PNUD), etc. L’ouverture du secteur énergétique au secteur privé sous
forme de partenariat était une réforme devant faciliter l’accès à l’énergie
des populations rurales éloignées pour des coûts raisonnables.
La part des énergies renouvelables devrait être portée à 1 000 MW
en 2012, soit 10 % du bouquet énergétique et 20 % de la production
d’électricité.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 131

Avec 3 500 km de côtes, un relief (chaînes montagneuses du Rif et


de l’Atlas) et un régime des vents favorables, le Maroc dispose d’un
potentiel réalisable d’énergie éolienne considérable évalué à 1 065 MW
à l’horizon 2012 (3,4 TWH) et à 3 260 MW en 2020 (9,9 TWH) avec
une hypothèse de croissance annuelle de cette filière de 15 %.
Si un système incitatif adéquat est mis en place, ce potentiel pourrait
atteindre en 2020 8 700 MW (26,2 TWH, soit près de la moitié de la
demande en énergie électrique en 2020), ce qui correspond à une
croissance annuelle moyenne de 30 %, équivalente à celle enregistrée en
RFA. Ce potentiel n’est cependant réalisable que dans le cadre d’une
stratégie d’exportation d’énergie verte avec les renforcements de réseau
nécessaires. A noter que dans cette situation la rentabilité des
investissements dépendra des conditions de valorisation des excédents
à l’étranger en heures creuses. Ce potentiel de plusieurs milliers de MW
(offshore non inclus) est localisé essentiellement dans la zones Nord
avoisinant le détroit de Gibraltar, les vallées intérieures d’orientation
ouest- est, les zones côtières d’El Jadida à Cap Ghir et de Tarfaya à Dakhla.
Pour ce qui est du solaire, un rayonnement solaire annuel moyen de
près 2 000 kWh/m2 représente un potentiel de mobilisation de la
ressource très important en particulier pour les applications basse
température (de 315 GWH en 2010 à 1 360 GWH en 2020) et les
applications photovoltaïques (80 MW en 2010 jusqu’à 2 000 MW en
2020). La concrétisation de ces potentiels reste conditionnée par bon
nombre de mesures techniques, financières et réglementaire.
Par ailleurs, il ressort de l’étude « cadre règlementaire des énergies
renouvelables au Maroc », réalisée par le Centre de développement des
énergies renouvelables (CDER) et la GTZ, un potentiel de biomasse très
élevé et d’importance équivalente à celle de l’éolien grâce à la maturité
des technologies de biogaz, au développement des cultures énergétiques
et à la demande croissante des biocarburants. La biomasse regroupe, bien
entendu, le biogaz sous différentes formes, les déchets biogènes, les
déchets agricoles, le biodiesel (plantes énergétiques), etc.
Il est à noter que d’autres formes d’énergie renouvelable existent mais
elle constituent encore des pistes non explorées au Maroc, telle que la
géothermie. Grâce à une géologie exceptionnelle, le Maroc dispose de
potentialités en géothermie basse température encore inexplorées, en
particulier dans le Nord (du Moyen-Atlas à l’est du Rif oriental) et des
132 La sécurité énergétique en Méditerranée

bassins sédimentaires du Sahara (flux de chaleur élevé des îles Canaries


au bassin de Tindouf).
Aucune exploitation de cette forme d’énergie n’est encore pratiquée
au Maroc, bien que de nombreuses applications puissent être envisagées
tel que le chauffage des serres dans le secteur de l’agriculture ou la
climatisation des bâtiments collectifs.
Tous ces atouts et toutes ces réflexions font que de nouvelles
orientations stratégiques s’imposent, en dehors même de l’utilisation des
énergies renouvelables. L’efficacité énergétique en est une.

5.3. L’efficacité énergétique un véritable accompagnement du


développement économique et social marocain
Le potentiel d’efficacité énergétique est aussi considérable. La figure
ci-dessous présente les estimations rapportées par l’étude de la Banque
mondiale et du ministère de l’Energie et des Mines (politique, programme
et instruments pour un plan national d’efficacité énergétique, 2006) et
révèle des possibilités d’économie d’énergie de 23 % à l’horizon 2020
par rapport à un scénario dit « au fil de l’eau ».

Figure 7
Evolution tendancielle de l’économie d’énergie
au Maroc à l’horizon 2020
5
2000
Economie en millions TEP

4 2010
2020
3

0
Industrie Transport Résidentiel Agriculture
Secteurs

Source : Plan bleu. Centre d’activités régionales, octobre 2007.


Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 133

L’efficacité énergétique est l’une des voies appropriée, voire la plus


pertinente pour découpler croissance économique et croissance de la
demande énergétique.
En matière d’efficacité énergétique, le ministère marocain de
l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement (anciennement
ministère de l’Energie et des Mines), en association avec les partenaires
concernés, a entrepris une série d’actions dans le cadre du Plan national
d’efficacité énergétique. Ce plan est actuellement en cours de finalisation
en concertation avec les différents opérateurs et intervenants dans le
secteur énergétique. Les actions prévues permettraient d’atteindre des
économies d’énergie allant jusqu’à 20 % de la consommation énergétique
à l’horizon 2020.
Les différentes actions prévues sont axées sur les filières les plus
développées à savoir l’eau chaude solaire, le bois énergie et l’efficacité
énergétique dans les secteurs de l’industrie, de la santé, de l’habitat, du
tourisme, de l’enseignement et dans les établissements à caractère social,
ainsi que pour le développement des collectivités locales. Il faut dire que
le développement des énergies renouvelables est un axe primordial, voire
le premier qui doit s’inscrire dans cette perspective de développement
durable qu’est l’efficacité énergétique.
Le Maroc a dores et déjà lancé des projets importants dans l’éolien
et le solaire.
Pour l’éolien, citons quelques exemples de projet dont certains ont
débuté, il y’a déjà sept ou huit ans :

1. Parc d’Abdelkhalak Torres


– Situation géographique : 40 km à vol d’oiseau à l’est de la ville de
Tanger.
– Puissance installée : 50,4 MW.
– Productible annuel moyen : 226 GWh/an.
– Mise en service : 29 août 2000.

2. Parc expérimental
– Situation géographique : 40 km à vol d’oiseau à l’est de la ville de
Tanger.
134 La sécurité énergétique en Méditerranée

– Puissance installée : 3,5 MW.


– Productible annuel moyen : 14,5 GWh/an.
– Mise en service : 24 octobre 2000.

3. Parc d’Essaouira
– Situation géographique : Cap Sim (15 km au sud d’Essaouira).
– Puissance installée : 60 MW en exploitation.
– Productible annuel moyen : 200 Gwh/an.
– Mise en service : en 2007.
Pour le solaire, nous pouvons citer les actions suivantes :

1. Solaire photovoltaïque non connecté au réseau


Electrification de 3 163 douars comptant 44 719 foyers avec des kits
solaires individuels dans le cadre du PERG (150) à fin 2007.

2. Solaire photovoltaïque connecté au réseau


– Installation en 2007 de la centrale à Tit Mellil constituée de 1 024
panneaux solaires d’une puissance totale de l’ordre de 50 KW a été
inaugurée en 2007. Cette centrale débite l’énergie produite sur le réseau
national.
– Installation d’une centrale de 150 KWc à l’aéroport Mohammed V.

3. Solaire thermique: chauffe-eau solaires (PROMASOL)


– Installation de 240 000 m2 de capteurs solaires.
– Mise en place du fonds de garantie de l’efficacité énergétique et
des énergies renouvelables (FOGEER), destiné à garantir les crédits
d’investissement consentis par les établissements de crédit.
Il faut dire que les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique
ont pris place aux côtés des produits pétroliers et de l’électricité comme
secteur à part entière. La concrétisation de ce positionnement s’est traduite
par des projets en cours de réalisation plus audacieux et plus ambitieux.
Parmi ces projets, on citera l’essentiel, à savoir :

(150) Programme d’électrification rurale globale.


Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 135

Parc de Tanger
– Situation géographique : entre Tanger et Tétouan
– Puissance installée : 140 MW
– Productible moyen annuel : 526,5 GWh/an
– Mise en service prévisionnelle : 2009

Centrale thermo-solaire à cycle combiné d’Ain Beni Mathar


– Représente un nouveau moyen de production combinant l’énergie
primaire d’origine fossile et les énergies renouvelables
– Puissance installée de 472 MW dont 20 MW d’origine solaire
– Mise en service en 2009.

Programme EnergiPro
– Offre la possibilité aux auto-producteurs de produire leur électricité
à partir des énergies renouvelables, en acheminant sur le réseau de
transport l’électricité à partir des sites de production vers les sites de
consommation.
– L’excédent de production est racheté par l’ONE à un tarif
préférentiel de + 20 % par rapport à l’autoproduction par des moyens
d’autoproduction non renouvelables
– Plusieurs industriels se sont regroupés en consortium pour totaliser
des puissances en adéquation avec les gisements éoliens.
Les perspectives pour l’éolien et le solaire sont plus ambitieuses avec
le Programme 1 000 MW à l’horizon 2012, l’installation de 240 000 m2
de chauffe-eau solaires (CES) pour ce qui concerne le solaire thermique
et l’intégration du photovoltaïque au niveau des applications énergétiques
décentralisées ainsi que la mise en place de projets-pilotes de
microcentrales photovoltaïques chez les particuliers pour ce qui concerne
le solaire photovoltaïque. L’objectif est très réaliste, pour autant que les
promesses fiscales soient inscrites de façon définitive dans la loi de
finances 2008 et/ou 2009, à savoir l’exonération des droits à l’importation
ou leur réduction (de 10 à 2,5 %) ainsi que la baisse de la TVA sur les
équipements à 7 %.
Il ne faut pas perdre de vue que la promotion de l’efficacité
énergétique est un véritable accompagnement du développement
économique et social.
136 La sécurité énergétique en Méditerranée

– le choix des filières énergétiques qui préservent l’environnement,


d’où la nécessité du recours aux énergies renouvelables ;
– la mise en place d’un système et d’un cadre réglementaire plus intégré
avec une mise au point sur la situation institutionnelle et la mobilisation
de l’ensemble des organismes concernés en termes de planification et
de prospectives ;
– la mise en place d’une stratégie de mobilisation des opérateurs privés
afin d’avoir une disponibilité d’offres d’équipements de qualité à travers
une base partenariale public-privé ;
– la mise en place de dispositions fiscales plus favorables à l’atteinte
des objectifs fixés et à la réduction de contraintes administratives ;
– le développement des moyens d’accompagnement afin d’assurer un
développement durable de la fourniture d’énergie, de réduire le coût de
l’approvisionnement énergétique pour l’économie nationale, de lutter
contre le changement climatique et de développer la technologie de
valorisation des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Cet
accompagnement peut se faire par le biais d’un projet de loi qui définit
de façon claire le cadre réglementaire, la sensibilisation de la population
et une meilleure communication.

6. Programme d’actions pour une efficacité énergétique plus


rentable
6.1. Orientations : cadre général
Les orientations stratégiques ne valent que si elles se traduisent en
actions. Les perspectives dessinées tout au long de ce qui précède montrent
que l’efficacité énergétique peut devenir une vraie action de coopération
en matière de développement durable.
Au niveau régional, le Maroc et les pays méditerranéens, notamment
sous l’égide du Plan d’Action pour la Méditerranée, ont déjà montré leur
volonté et leur capacité à mettre en œuvre des projets communs, en
particulier en matière de renforcement des capacités et de développement
d’expertise. Toutefois, il faut aller plus loin dans le transfert des
connaissances. Dans le secteur particulier de l’énergie, mais aussi dans
d’autres, une mutualisation des efforts et une mise en commun des
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 137

compétences sont alors indispensables, mais surtout possibles si l’on veut


véritablement s’inscrire dans un espace de coopération pour un
développement durable régional.
C’est à l’élaboration de telles actions concrètes et selon une approche
véritablement partenariale que doivent donc aussi se consacrer les pays
méditerranéens. Il en va de même au niveau national où les stratégies
de développement durable, les programmes de développement de
territoires n’auront de sens et d’intérêt que s’ils se traduisent en actions.
L’une des principales actions serait de renforcer l’observation et la
veille stratégique du secteur de l’énergie. Cette veille pourra se faire la
réalisation d’enquêtes sur les consommations, en recoupant des données
précises recueillies sur la consommation énergétique finale ventilée par
secteur d’activité (bâtiment, industrie, transport, etc.) et par région.
Afin de procéder, par ailleurs, à un travail d’optimisation plus
rigoureux, il est opportun de mettre en conformité énergétique et
environnementale l’ensemble, ou dans un premier temps, les principales
unités industrielles et tertiaires par le biais d’audits permettant de donner
la priorité à l’approche d’un programme global et pérenne.
Il est donc important de fixer des objectifs quantitatifs précis
permettant à l’efficacité énergétique d’être un point de convergence et
un axe de coopération et de partenariats plus ambitieux.
Le développement des pays les moins économiquement avancés de la
région Méditerranée devra notamment, et en cohérence avec les Objectifs
du Millénaire, satisfaire leurs besoins en infrastructures, en logements et
en services. Il sera inévitablement consommateur d’énergie, d’eau, de
ressources naturelles. L’enjeu consistera donc à inventer de nouveaux
modes de production et de consommation afin de gérer au mieux un espace
et des territoires finis, des ressources naturelles limitées, une population
croissante, des contraintes nouvelles et des inégalités persistantes.
Le scénario alternatif met en évidence l’intérêt économique de
promouvoir des modes de consommation plus économes en ressources
rares. Une efficacité énergétique accrue, notamment dans les secteurs
du transport et du bâtiment, permettrait d’économiser près du quart de
la demande totale en énergie primaire attendue en 2025 et pour un coût
vraisemblablement inférieur à 10 % des investissements d’ores et déjà
programmés.
138 La sécurité énergétique en Méditerranée

6.2. Orientations : élaboration pratique


Des programmes ou plans d’action ont été mis en place ces dernières
années à l’issue des débats nationaux au sein de certains pays de la région
méditerranéenne ou des débats inter-pays qui ont eu lieu dans la région
et qui ont regroupé plusieurs Etats des deux rives.
Il a été signalé précédemment que pour les pays de la rive sud et sud-
est de la Méditerranée (PSEM), la demande énergétique actuelle et à venir
se caractériserait par une croissance spectaculaire de la demande
d’électricité, beaucoup plus rapide que celle du PIB, de la consommation
d’énergie primaire liée directement à la croissance de leur population.
Pour ces pays, la demande énergétique pourrait être multipliée par 2,6
entre 2006 et 2025, sous l’effet d’un triplement des consommations en
Turquie, Tunisie et Algérie et d’un doublement en Egypte et au Maroc.
Le développement attendu du secteur industriel, l’amélioration de
l’accès à l’électricité et la hausse des niveaux de vie, directement liée à
la consommation du résidentiel, seraient à l’origine de ces augmentations
fulgurantes de consommation.
Dans les pays de la rive nord de la Méditerranée (PNM), c’est plutôt
le secteur des transports qui a enregistré la plus forte croissance de
consommation depuis 30 ans, pour représenter, avec 32 % de la
consommation d’énergie en 2005, le premier poste. Dans ces pays, tous
les secteurs ont fortement augmenté leur consommation, ceux de
l’industrie et du résidentiel étant les plus gros consommateurs cette
dernière décennie, avec respectivement 36 et 27 % de la consommation
d’énergie.
C’est donc bien trois secteurs principaux dans la région de la
Méditerranée, et même dans d’autres régions du monde, qui doivent faire
l’objet de programmes d’actions pour une utilisation rationnelle de
l’énergie si l’on ne veut pas alourdir le scénario tendanciel de la
consommation énergétique et s’inscrire dans une efficacité énergétique
plus rentable et plutôt durable. Il s’agit des secteurs du transport, du
bâtiment et de l’industrie.
Pour ce qui concerne le secteur du transport, il faut souligner que
l’accroissement des trafics a été essentiellement celui des déplacements
routiers, qui, il y’ a déjà dix ans à fin 1999, représentaient 88 % des
déplacements terrestres de voyageurs et 82 % des transports de
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 139

marchandises. Le rail qui affichait 9 % du trafic interne des voyageurs,


joue un rôle notable en Égypte (47 % du total) et dans les pays de l’Est
adriatique (23 %). La forte croissance du transport aérien (7,3 % par an)
est à relier au développement du tourisme. Sans oublier le trafic du fret
maritime qui a aussi connu une forte croissance (4 % par an), bien que
l’on note une sous-compétitivité des chaînes de transports euro-
méditerranéennes nord-sud.
Les nuisances générées sont importantes puisque les transports sont,
entre autres, à l’origine d’environ un tiers des émissions de CO2 et des
émissions de particules et de 70 % des émissions d’oxyde d’azote dans
les grandes agglomérations de la rive nord méditerranéenne. Dans les
pays de la rive sud, la motorisation de masse (automobiles) se généralise
bien avant 2025. Cette évolution exponentielle aura de lourds impacts
en termes de congestion, de nuisances sonores, d’émissions de gaz à effet
de serre, de pollutions locales. La figure ci-dessous représente l’évolution
et le scénario tendanciel à l’hrizon 2025 du trafic fret routier, aérien et
ferroviaire dans la région.

Figure 8
Evolution et scénario tendanciel du trafic
en Méditerranée à l’horizon 2025
Milliards de tonnes-km

Source : CEMT, Ministères des transports, instituts statistiques nationaux, prospectives Plan
bleu.
140 La sécurité énergétique en Méditerranée

Les actions à mettre en œuvre pour une efficacité énergétique dans


le secteur du transport pourraient donc être, parmi beaucoup d’autres
actions :
• la promotion de l’intégration de l’approche « efficacité énergétique »
en’amont de l’élaboration des plans de déplacement urbains à l’échelle
locale ;
• l’application des règles plus strictes pour la lutte contre la pollution
par une alliance entre un cadre réglementaire et une forte sensibilisation
de la population ;
• l’amélioration de l’intégration des politiques de transport dans la
planification économique pour obtenir un progrès continu en termes de
découplage entre croissance des transports motorisés et croissance du
PIB ;
• une répartition modale plus favorable aux moyens de transports moins
polluants ;
• l’incitation financière représentée par un crédit d’impôt sur les
véhicules propres et par un soutien financier au transport combiné (rail-
route).
Pour ce qui concerne le secteur du bâtiment, la consommation
d’énergie totale des secteurs résidentiel et tertiaire confondus a augmenté
dans le bassin méditerranéen ces trente dernières années de 30 % du fait
de l’accroissement du parc, de l’élévation du niveau de confort (appareils
électroménagers), de l’apparition de nouveaux besoins (climatisation).
En France, par exemple, parmi les 31,3 millions de logements, 19,1
millions, soit 61 % du parc, ont été construits avant la réglementation
thermique de 1975. Avec un taux annuel de renouvellement du parc de
1 %, il restera en 2050 entre 30 et 40 % de logements antérieurs à 1975.
Il est donc indispensable d’améliorer la performance des bâtiments
existants.
Vers 2025, la population citadine du bassin méditerranéen pourrait
atteindre 220 millions d’ahbitants dans les pays des rives est et sud
(151 millions en 2005, à titre de référence) et 156 millions dans les pays
de la rive nord (140 millions en 2005, à titre de référence). Un gros tiers
de cette croissance aura lieu dans les régions côtières méditerranéennes.
Le secteur du bâtiment est responsable de 21 % des émissions de CO2 et
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 141

de 43 % de la consommation d’énergie finale en France, par exemple.


Le chauffage représente près des deux tiers de ces consommations
d’énergie et la majeure partie des émissions de CO2 de ce secteur.
Il est donc important de mettre en place un programme de mesures
de plus en plus performant qui doit nécessairement permettre à ce secteur
de revoir sa façon d’évoluer et de se développer, programme qui doit
mobiliser tous les acteurs du bâtiment, accompagné d’un soutien des
pouvoirs publics par des mesures réglementaires, une information
renforcée des particuliers, des incitations financières, mais aussi des
actions de recherche et de développement.
Les actions à proposer peuvent être, par exemple :
• la mise en place d’un diagnostic de performance énergétique des
logements et des locaux de type tertiaire se traduisant notamment par
une étiquette énergie semblable à l’étiquette énergie des équipements
électroménagers ou d’éclairage, ou des voitures neuves ;
• la mise en place de labels énergétique et de certifications
environnementales tels que le label «Haute Performance Energétique,
HQE», correspondant à une consommation conventionnelle d’énergie à
hauteur d’un pourcentage arrêté d’économie d’énergie par rapport à une
consommation d’énergie de référence et qui seraient (labels et
certifications) un déclencheur pour promouvoir l’importance de la
contribution des énergies renouvelables ;
• la mise en place et le renforcement de la réglementation thermique
pour les bâtiments aussi bien neufs qu’existants. Ce cadre réglementaire
permettra sans doute de faire disparaître du marché, à terme, les produits
de construction ou équipements techniques obsolètes en termes de
performances énergétiques, afin de privilégier la diffusion la plus large
possible dans le parc existant à l’échelle régionale des meilleurs produits
disponibles.
Il faut dire qu’actuellement un grand nombre de gouvernements des
Etats de la Méditerranée appellent à de vastes chantiers concernant le
bâtiment pour s’inscrire dans une dimension d’efficacité énergétique dans
ce secteur et afin de réduire les émissions de CO2, jusqu’à un facteur 4
à l’horizon 2050 pour certains pays. La généralisation d’un nouveau
confort moderne, avec un bâti fortement isolé, une ventilation performante,
un niveau d’éclairage naturel élevé, des équipements peu consommateurs
142 La sécurité énergétique en Méditerranée

d’énergie et intégrant au mieux les énergies renouvelables, est nécessaire


pour atteindre ces objectifs.
Dans ce domaine du bâtiment qu’elle a identifié comme prioritaire,
la Stratégie méditerranéenne pour le développement durable a fixé quatre
orientations principales :
– anticiper et planifier la croissance urbaine ;
– valoriser le patrimoine urbain méditerranéen ;
– améliorer la qualité de vie et réduire les inégalités ;
– améliorer la gouvernance urbaine et renforcer la solidarité entre villes
méditerranéennes.
Pour ce qui concerne le secteur de l’industrie, les actions de maîtrise
de l’énergie portent principalement sur la « gestion des utilités » dans
l’industrie. Elle peut être définie comme l’ensemble des moyens de
production, transformation, distribution, suivi, contrôle et optimisation
des utilités, y compris le traitement des rejets.
Outre les importants gisements d’économie d’énergie indispensables
mentionnés dans les deux points précédents, le transport et le bâtiment,
il existe des potentiels conséquents dans d’autres secteurs tels que
l’industrie.
Le potentiel d’efficacité énergétique et de réduction des émissions
de CO2 dans l’industrie passe, d’une part, par la mise en œuvre d’une
gestion fine de l’énergie et, d’autre part, par l’optimisation des flux
d’énergie au sein des usines. Les systèmes de gestion de l’énergie
permettent de surveiller et d’interagir avec la conduite des procédés
industriels ou la production d’utilités. Ils contribuent à éviter des dérives
de réglages et à conserver une utilisation rationnelle de l’énergie au cours
du temps.
Au-delà, les innovations sur les procédés industriels sont nécessaires :
de nouveaux usages très performants de l’énergie et tout spécialement
de l’électricité, des re-conceptions de procédés avec une meilleure
intégration énergétique, des systèmes de récupération et de valorisation
de chaleur, ou de l’énergie contenue dans les rejets et coproduits. Au final,
dans un contexte d’énergie rare et chère, il est important que toute unité
d’énergie « injectée » dans une activité donnée soit utilisée au maximum.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 143

L’emploi de techniques performantes conduit bien souvent à un coût


d’investissement supérieur, mais contribue dans la majorité des cas, non
seulement à une efficacité énergétique améliorée, mais aussi à plus de
propreté, de compacité, de précision, de fiabilité et de rapidité des
procédés. Il s’ensuit une meilleure maîtrise de la qualité du produit et
un accroissement de la productivité.
Dans ce secteur, l’efficacité énergétique peut être traduite par les
actions suivantes :
l’utilisation des équipements à haute performance énergétique qui
seront le fruit d’un développement de systèmes d’optimisation énergétique
globaux, fiables et faiblement consommateurs avec utilisation des
NTIC, et développement des réseaux de communication industriels ;
la sensibilisation à la gestion rationnelle de l’énergie, pouvant se
traduire par la mise en place de diagnostics et la promotion des bonnes
pratiques dans les plate formes des PME/PMI, en utilisant les techniques
les plus efficaces en énergie ;
la réflexion sur un couplage entre la mobilisation des experts relais
permettant de faire le lien entre un savoir-faire et un besoin réel et un
soutien aux investissements.

6.3. Exemple : le Maroc


En matière d’efficacité énergétique, le ministère de l’Energie et des
Mines, en association avec les partenaires concernés, a entrepris une série
d’actions dans le cadre du Plan national d’efficacité énergétique. Ainsi,
les différentes actions seront axées sur les filières les plus développées
à savoir l’eau chaude solaire, le bois énergie et l’efficacité énergétique
dans les secteurs de l’industrie, de la santé, de l’habitat, du tourisme, de
l’enseignement et dans les établissements à caractère social, ainsi que
pour le développement des collectivités locales.
A ce titre, il a été mis en place un Plan national d’actions prioritaires
(PNAP), coordonné 2008-2012. Une mobilisation pour l’adoption de
mesures urgentes d’efficacité énergétique et de réduction de la
consommation a été initiée, en vue de traiter les problématiques relatives
à l’offre et à la demande d’électricité, à travers (i) la généralisation des
lampes à basse consommation (LBC) et des chauffe-eau solaires
particulièrement dans les bâtiments publics, (ii) la rationalisation de
144 La sécurité énergétique en Méditerranée

l’éclairage public et (iii) l’intensification des audits énergétiques chez


l’industriels, les agriculteurs et les collectivités locales.
Ce plan national d’actions prioritaires a vu son applicabilité s’étendre
aux trois secteurs précédemment traités : le transport, le bâtiment et
l’industrie.
Pour ce qui est de l’efficacité énergétique dans le secteur du transport
au Maroc, nous soulignons que celui-ci joue un rôle essentiel dans le
développement économique et social et représente environ 24 % de la
consommation énergétique totale du pays. Il est responsable de près de
15 % des émissions totales de gaz à effet de serre. Les actions proposées
dans ce secteur sont les suivantes :
• l’évaluation de la consommation d’énergie dans ce secteur par la
réalisation d’une étude fine afin d’identifier les gisements d’économie
d’énergie ;
• la mise en place d’un cadre légal et réglementaire relatif aux
procédures pratiques pour l’élaboration des plans de déplacements urbains
visant la promotion de l’intégration de l’efficacité énergétique ;
• la promotion du transport collectif ;
• la sensibilisation de la population aux économies d’énergie et à
l’utilisation rationnelle de cette dernière par le biais d’une forte
communication et de la formation.
Dans le secteur du bâtiment, les actions suivantes ont été proposées :
• la mise en place d’un cadre réglementaire traduit par un Code
d’efficacité énergétique dans le bâtiment ;
• la mise en œuvre d’un système d’étiquetage énergétique et de
labellisation des équipements pour un gain sur la consommation
d’énergie de référence et la promotion d’un recours aux énergies
renouvelables pour la production d’eau chaude sanitaire, le chauffage
ou la production d’électricité ;
la réalisation de 50 projets de démonstration de l’utilisation rationnelle
de l’énergie et celle des énergies renouvelables dans différentes régions
du Maroc ;
le développement des programmes sectoriels par l’installation des
chauffe-eau solaires.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 145

Il est à souligner ici que le ministère de l’Energie et des Mines et le


Centre de développement des énergies renouvelables ont lancé un projet
du Code d’efficacité énergétique dans le secteur du bâtiment en
collaboration avec le PNUD et le Fonds pour l’environnement mondial
(FEM). Ce projet vise l’intégration des considérations énergétiques en
particulier dans trois secteurs : la santé, l’hôtellerie et les logements
collectifs.
L’effort d’amélioration de l’efficacité énergétique sera concentré sur
trois grands axes : la conception des bâtiments, le fonctionnement des
équipements (chauffage, climatisation, etc.) et la gestion énergétique dans
le bâtiment. La phase d’assistance du projet de Code d’efficacité
énergétique dans le bâtiment a été lancée en juin 2005, au cours de laquelle
des concertations élargies entre les partenaires institutionnels et les
professionnels du bâtiment ont eu lieu dans le but d’élaborer le montage
et le cadre juridique et institutionnel du projet.
Le secteur de l’industrie, consomme plus de 30 % de l’énergie totale
du pays. Le gisement du potentiel global d’économie d’énergie a été estimé
à 48 %. Face à ce potentiel, un programme d’actions a été mis en œuvre
pour promouvoir l’approche de l’efficacité énergétique dans ce secteur.
Les actions de ce programme s’inscrivent dans :
• l’amélioration des niveaux de qualification industriels sur les
pratiques d’efficacité énergétique par l’utilisation des équipements
appropriés à l’utilisation rationnelle de l’énergie et à haute performance
énergétique ;
• l’optimisation des ratios de consommations d’énergie électrique et
thermique ;
• le renforcement des compétences managériales sur la gestion
rationnelle de l’énergie, la veille quant à l’application de la réglementation
en vigueur et la sécurité des personnes et des biens.
La sensibilisation du Maroc à l’approche de l’économie d’énergie dans
tous les secteurs était un déclencheur de la mise en place de plusieurs
programmes et de projets intégrés de développement du marché des
systèmes des énergies renouvelables et d’efficacité énergétique. Parmi
ces projets ambitieux et audacieux, on peut citer :
146 La sécurité énergétique en Méditerranée

• le programme d’électrification rurale globale (PERG) ; l’objectif


d’un accès à l’électricité dans le milieu rural arrêté initialement pour 2010
a été ramené à 2007, avec 93 % à travers l’extension du réseau et 7 % à
travers l’électrification décentralisée ;
• le programme PROMASOL, programme national de promotion et
de transformation du marché des chauffe-eau solaires ; les activités menées
par le CDER se sont articulées autour de 4 axes principaux : (1) la qualité
des équipements et des services, (2) l’accès aux équipements et aux
services, (3) la mobilisation des institutionnels et (4) le sensibilisation
de l’opinion publique ;
• le programme national d’utilisation rationnelle du bois de feu ;
l’objectif de ce programme mis en place en 2003 par le CDER et le
ministère de l’Energie et des Mines est de préserver les massifs forestiers
en intervenant sur la demande de bois de feu en vue de son optimisation,
par la promotion et la diffusion de technologies améliorées économes
de bois de feu.
Beaucoup d’enseignements importants ont été tirés de ces programmes,
et des orientations stratégiques ont été, par conséquent, mises en place.
Il est, par ailleurs, certain que la réussite de tels projets passe avant tout
par une évaluation réelle des consommations énergétiques et un bon pré-
diagnostic en termes d’économie d’énergie des systèmes à mettre en place.

Conclusion
Face à un système énergétique régional, voire mondiale, vulnérable,
l’efficacité énergétique est devenue une stratégie de développement
durable incontournable. D’où la nécessité de traduire les orientations en
actions avec la mutualisation des efforts, chose qui, aujourd’hui, dépasse
la volonté des pays de la région vers une réalité absolue. D’ailleurs, ces
actions ne peuvent voir le jour sans la mise en place inévitable d’une
profonde rénovation de partenariats pour un développement plus durable.
En effet, ces partenariats ne peuvent être fonctionnels que par la mise
en commun des compétences et le partage d’expérience qui demeurent
la seule solution pour ulever un défi loin d’être simple.
L’avenir dépendra des politiques menées sur le terrain, à l’échelle
mondiale, régionale et nationale au sein de chaque pays. Il sera lié à une
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 147

vision à long terme plus sage, à une planification d’économie d’énergie


plus stratégique, à des leaderships courageux responsables et à des
démarches participatives pour impliquer la composante humaine, le
comportement individuel et la responsabilité de chacun dans ce que l’on
offre comme avenir à des générations futures. Mais, face aux immenses
défis d’un développement durable, des efforts locaux pour les pays en
développement et émergents nécessitent d’être épaulés par la promotion
des mécanismes d’un développement propre.

Bibliographie
«Méditerranée, les perspectives du Plan bleu sur l’environnement et le
développement », Rapport du Plan bleu, édition de l’Aube, 2005.
«Quelle union méditerranéenne ?», Géo-économie n° 42, publié par
l’Institut Choiseul, 2008.
«Observatoire d’études géopolitiques », Études géopolitiques 9, éditions
Karthala, 144 p., 2008.
«Quelle union pour quelle Méditerranée ? Observatoire méditerranéen
de l’énergie (OME)». Energie en Méditerranée, rapport pour le Plan
Bleu, 2002, 2005, 2006 et 2008 .
Energie et environnement en Méditerranée. Enjeux et prospectives,
Economica, 1993, (Les Fascicules du plan Bleu, n° 7).
L’électrification rurale décentralisée au Maroc. Lutte contre l’effet de
serre et les changements climatiques, Fonds Français pour
l’Environnement Mondial, 2000.
Evolution de la consommation d’énergie dans le Monde, Edition 1995
de l’AASA.
Efficacité énergétique des bâtiments, un programme de mesures de plus
en plus performant, Dossier de presse ADEME, France, 2007.
Energy Efficiency Codes in Residential Buildings and Energy Efficiency,
CDER & UNPD project document, 2007.
European Solar Radiation Atlas, (Vol. n° 1), 2000, Edition par Les presses
de l’Ecole des Mines de Paris, Collection Sciences de la terre et de
l’environnement.
148 La sécurité énergétique en Méditerranée

Revue géographique des pays méditerranées, Tome 97 «40 ans de


géographie méditerranéenne », 2001.
Géopolis et United Nations Population Division, World Urbanization
Prospects. Révision 2005 .
Observatoire méditerranéen de l’énergie, World Devlopment Indicators
2007, Banque Mondiale.
L. Urdy pour le Plan Bleu d’après World Bank Decentralization database
et sources nationales pour les pays de la méditerranée, 2002.
Résultats du Modèle CMIP-3 sur les variations climatiques mondiales,
Giorgi, 2007.
Les perspectives du Plan Bleu sur le développement durable en
Méditerranée, édition 2008.
Plan Bleu, 2007, Stratégies méditerranéennes et nationales de
développement durable. «Efficacité énergétique et énergie
renouvelable au Maroc », etude nationale,Mohamed Berdai, CDER.
Etude du cadre réglementaire de l’Eolien au Maroc (Banque Mondiale
– Ministère de l’Energie et des Mines, 2007).
Développement énergétique au Maroc depuis 1955 ; perspectives 2025,
Mounir Debbagh, 2005 ;
Etude du marché de l’environnement au Maroc. Analyse et perspective,
(Ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Eau et de
l’Environnement, 2007).
«Pétrole et pays importateurs en Développement : cas du Maroc » (IEPF,
liaison énergie, 1er trimestre 2006, A. Benchekroun, A. Haddouche),
2006.
Développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique
au Maroc, Ministère de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de
l’Environnement, Division des énergies renouvelables de la maîtrise
de l’énergie, 2008.
Premières assises nationales
du développement durable en Méditerranée
Tawfik HASNI*

Le New deal Europe


• L’objectif de cette communication est de répondre à plusieurs
attentes :
1. Un projet répondant aux exigences de développement national pour :
– ramener le pays au niveau de développement de la région Euro-MED;
– Faire sortir l’économie du pays de la dépendance vis-à-vis des
hydrocarbures ;
2. Un projet précis qui peut s’inscrire dans le cadre de l’UpM.
3. Un projet s’inscrivant dans la dimension maghrébine et africaine
du pays.
En fait, un projet qui puisse dans cette période de morosité globalisée
faire rêver la jeune génération actuelle.
En résumé, un projet qui puisse s’inscrire dans les perspectives de
développement national, régional et même continental.
Un projet réaliste et suffisamment ambitieux pour être mobilisateur.
Pour cela, il faudra exploiter au mieux les opportunités existantes comme
celle de l’UpM dans la mesure ou les intérêts des 2 rives soient partagées
et qu’elles s’inscrivent dans un véritable changement.

Défis à relever
Inverser le cycle du changement climatique pour transformer la région
en New Numedia.
Nouvelles oasis dans le désert et inverser ainsi le cycle d’immigration
ceci en :

(*) Président du Conseil d’Administration de Hamoud BOUALEM.


150 La sécurité énergétique en Méditerranée

• Inversant le cycle de la désertification ;


• Inversant le cycle de la déforestation.
Ce Programme car cela en est un, peut être considéré comme le
programme de développement durable du millénaire.
Nous le saisirons dans sa globalité pour bien en cerner les dimensions,
puis pour être pragmatique nous définirons le premier projet qui peut
être arrêté dans le cadre du «Plan solaire » de l’UpM.
Le Wale Saharian project est un programme en plusieurs phases, Il
ambitionne de transformer la région du Souff en premier par le projet
New Numedia et ensuite sur près de 1 800 km une bande désertique en
une vaste oasis avec un développement intégrant :
– l’énergie ;
– l’eau ;
– l’agriculture ;
– le tourisme ;
– l’industrie solaire ;
– la recherche et le développement solaire (technopole solaire).
Il abordera aussi le problème du financement.

Etat des deux rives


Nous nous proposons de présenter l’état des 2 rives en focalisant sur
les 5 pays européens et les 5 pays de la rive sud (Maroc-Algérie-Tunisie-
Libye-Egypte) ceci au plan économique global, nous aborderons d’une
façon plus détaillée ensuite :
– l’énergie ;
– l’eau ;
Nous proposerons par la suite un programme de développement
soucieux de préserver la durabilité.

Bilan économique global


Le bilan provient du Rapport du développement économique sud-
méditerranéen élaboré par Eco-Med.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 151

Nous présenterons les aspects :


– économiques : PIB-IDE;
– évolution démographique ;
– exportations/importations agricoles.

PIB par habitant en dollars (Source FMI)


12 277 7 473 6 533 5 491 4 076 5 840

Libye Tunisie Algérie Egypte Maroc PSM

Les PSM ont un PIB/h PPA 6 fois inférieur à celui de la zone euro,
en 13 ans cet écart s’est creusé de 60 %.
Les taux de croissance moyens de la population dans les PSM entre
l’année 2000 et 2007
1,5 % 1,5 % 1,3 % 1,1 % 0,9 % 1,3 %
Egypte Libye Algérie Maroc Tunisie PSM

Sans s’attarder sur les chiffres, synthétisons l’évaluation économique


que fait l’UE de la rive sud.
Nous constatons la dichotomie au plan économique du Maghreb et
du Machrek.
En ce qui concerne le Maghreb hors Mauritanie (non médit.), il faut
constater qu’il y a un autre clivage entre les pays qui ont atteint les objectifs
économiques retenus par l’UE pour les pays du Maghreb, à savoir doubler
leur PIB actuel comme la Libye ou en voie de le faire comme l’Egypte
et le reste qui, avec le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, partage une histoire
commune : « l’ancienne Numidie ».
152 La sécurité énergétique en Méditerranée

Le New Deal
En effet les 3 pays souffrent :
– d’une économie mal engagée ;
– de ressources humaines inadéquates par rapport aux besoins.
L’Algérie semble être des trois le seul pays bénéficiant d’une aisance
financière.
Il s’agit, au moment où le système mondial actuel atteint ses limites
et où le «We can » devient le slogan partagé par tous les grands décideurs,
de proposer d’amorcer le changement salutaire qui puisse augurer d’un
véritable développement durable dans la région. L’UpM pourrait être les
bases d’un New Deal.
Cependant, pour être pragmatique et se donner les chances du succès,
nous proposons que ce New Deal commence par un projet-pilote : le projet
New Numedia.

Les grandes lignes du New Deal


Pour un développement durable partagé, il faut :
• partager le travail : des études récentes montrent qu’il faudra dédier
à la rive sud certaines filières industrielles comme les industries solaires,
les filières textiles, certains services, etc.;
• partager le savoir : le développement de ces filières industrielles
nécessitera un partage du savoir technologique ceci par un développement
de technopoles, véritable partenariat du savoir et de l’industrie ;
• partager une vision de l’avenir énergétique : le potentiel d’énergie
en général est important, celui des énergies vertes au Maghreb est
certainement l’un des plus importants au monde.

Ressources nécessaires
Le résultat des études d’Eco-Med montrent que les pays du Maghreb
devraient doubler leur PIB pour rattraper la rive nord. Les ressources
nécessaires pour cela sont fondamentalement :
• les hommes : le développement c’est d’abord le savoir, un Erasmus
spécifique peut être la solution ;
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 153

• les finances : il devient évident si avant la crise financière la


mobilisation des crédits était difficile, même en Algérie, aujourd’hui c’est
plus complexe.

Le Financement
Le financement reste la contrainte majeure, il faut faire preuve
d’imagination. Les besoins peuvent êtres sériés comme suit :
• Les PME : le développement sera porté par les PME en partenariat
rive nord-rive sud, un fonds capital-risque fera effet de levier pour
cautionner le financement des besoins complémentaires, mais pour réduire
les frais financiers, le fonds devra être partagé entre la BEI et le Trésor
du pays maghrébin concerné (délocalisation-relocalisation) ;
• les Infrastructures : le financement des infrastructures devra se faire
en grande partie par la BEI et les Etats concernés, à taux bonifié ou à
taux zéro ;
• les projets structurants : un projet réellement innovant répondant aux
attentes est la base de ce New deal, un projet de partenariat public-privé
qui peut mobiliser des financements encore disponible compte tenu de
l’importante crise actuelle.

Besoins en énergie électrique de la Rive sud


6 000

5 000
Consumption (kWh/cap/y)

4 000

3 000

Egypt
2 000 Libya
Tunisia
Algeria
1 000 Maroc
North Africa

0
2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050
154 La sécurité énergétique en Méditerranée

Besoins en énergie électrique de la Rive nord


8 000

7 000
Consumption (kWh/cap/y)

6 000

5 000
Cyprus
4 000 Greece
Malta
3 000 Italy
Spain
2 000 Portugal
Mediterranean EU
1 000

0
2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050

Situation hydrique de la région


Nous aborderons l’évaluation de la situation sous les aspects :
– des besoins hydriques ;
– de l’impact du changement climatique ;
– de la désertification qui s’étend.

Middle East et North Africa


600
Natural Water Used Groundwater Over-Use
Wastewater reused CSP Desalination
500 Fossil Fuel Desalination Efficiency Gains
Water Consumption (Bm3/y)

400

300

200

100

0
2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 155

Les glaciers auront disparu d’ici 2100


Un rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement
montre qu’au rythme actuel du réchauffement climatique, les glaciers
du monde entier auront fondu d’ici à la fin du siècle, ce qui devrait mettre
en danger l’approvisionnement en eau de centaines de millions de
personnes et provoquer de graves répercussions sur l’environnement.

Situation énergétique de la région


– Nous donnerons une brève présentation des besoins énergétiques
de la région à moyen et long terme, sachant qu’un atelier sera consacré
à l’Energie.
– Nous ferons aussi rapidement le point sur les différentes sources
d’énergie : fossiles, renouvelables et nucléaire.

Potentiel des énergies fossiles et nucléaire


156 La sécurité énergétique en Méditerranée

Evolution du prix de l’électricité

(Source : DLR ACTUALISED)

Coûts à l’investissement des centrales électriques


Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 157

Criteria for sustainability and portfolio of technoloqies end


resources for poxer generation

Les énergies renouvelables


158 La sécurité énergétique en Méditerranée

Potentiel solaire de l’Algérie


• Le potentiel solaire en chiffres :
– Solaire thermique = 10 fois la consommation globale mondiale.
– L’équivalent de 10 champs comme Hassi R’Mel par an.
– Potentiel d’export d’ici 2025: 12 000 MW.
– Le potentiel technique de 169 800 TWH/an
– C’est l’exploitation des seules surfaces indiquées en couleur sur la
carte.
– Il recouvre l’emplacement de nos gisements pétroliers et gaziers
au sud.

Approvisionnement de l’Europe en énergie


• Le réseau HVDC représenté sur la diapo précédente offre :
– La sécurité d’approvisionnement avec un potentiel de 24 000 MW
d’ici 2025, soit l’équivalent de 50 milliards M3/an Gaz Nat.
– La fiabilisation du réseau européen avec une ligne HVDC en
parallèle.
Par ailleurs notre approche assure la prédictibilité des capacités
énergétiques qui seront réalisées à partir du solaire thermique, ce qui n’est
pas le cas des autre filières d’énergie renouvelable. Comme elle assure
une stabilité des prix à long terme et une sécurisation aisée du réseau
proposé à la réalisation.
Ce projet c’est aussi 50 millions de tonnes de CO2 d’évités.

Les attentes
• Pour l’Algérie, un projet de développement ambitieux relançant
l’économie sur de nouvelles bases et réduisant sa fragilité actuelle compte
tenu de sa forte dépendance vis-à-vis des hydrocarbures tout en
contribuant aux mutations culturelles et à la formation de la ressource
humaine qui reste la fondamentale de tout développement.
• Pour l’Europe, un espace économique élargi indispensable face à
la crise financière actuelle. Une réponse à sa vulnérabilité résultant de
ses besoins croissants en énergie.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 159

New Numedia Project


• Le projet prévoit la réalisation des infrastructures nécessaires pour
transformer la région du Souff à l’image de la Californie.
L’Energie sera fournie par une centrale solaire 800MW (80 % solaire
20 % gaz)
• L’Eau proviendra de 2 sources : l’Albien et le projet de dessalement
de 500 000M3/J à partir d’une ligne de 350 km tirée de la baie de Gabès.

Objectif : Développement hors hydrocarbures


• Le développement sur la base de Zero-Emission touchera :
– l’agriculture avec la reforestation du désert ;
– l’énergie certes avec le solaire mais aussi la plantation de gétropha
sur la périphérie de la bande verte avant la ligne forestière protégeant
les serres et les autres plantes adaptées aux conditions sahariennes ;
– le tourisme avec la construction d’un lac artificiel pour stocker l’eau
de mer, le tourisme balnéaire et la thalassothérapie pour aider à financer
le projet, l’optimisation du tourisme balnéaire et du tourisme saharien
rentabiliseront l’ensemble ;
– la pisciculture dans le lac ;
– etc.
• L’eau devrait provenir de la récupération des eaux de l’Albien. Il y a
déjà le rejet de 400 000M3/j à dessaler.
• Les limites de soutirage de l’Albien doivent être compensées par
le dessalement d’eau de mer à pomper en Méditerranée. C’est
pratiquement le coût d’un barrage qui doit être financé dans le cadre de
l’UpM. Ceci offrira des quantités sans limites pour le dessalement.
• Ce projet n’a rien à voir avec le projet français de la période coloniale
qui, lui, prévoyait de creuser un canal du chott jusqu’à la baie de Gabès
en occultant la catastrophe écologique qui en aurait découlé.
• La ligne d’eau de mer devra être dimensionnée en conséquence. La
suite du WALE programme amènera à prolonger la ligne vers le sud (en
Algérie et pays sahariens) en aménageant d’autres lacs de stockage d’eau
tout le long sur les 1 800 km.
160 La sécurité énergétique en Méditerranée

Objectif : Ressources humaines


• L’Industrie et la recherche seront localisés dans un technopole dédié
au solaire et partie prenante du projet avec son université, ses centres de
recherche et une plateforme industrielle de l’industrie solaire.
• Un technopole sur l’agriculture saharienne.
• Un technopole sur le traitement des eaux.

Le financement
• Le financement de ce programme devra être approché différemment
selon les investissements d’infrastructure et les projets industriels et de
tourisme.
• Pour l’infrastructure : ligne eaux de mer, aéroport, voies ferrées, lac
de stockage, ce seront des financements garantis par l’Etat mais à taux
bonifiés ou 0, par la BEI sur une période de 25 ans.
• Le financement des projets serait en project financing (BOOT). Les
projets de tourisme devraient supporter les autres projets pour respecter
le principe de l’éco-tourisme.
• Le projet UpM devrait apporter une réponse à ces attentes.
• Les fonds arabes pourront aider au financement.
• Nous utiliserons aussi le marché des droits d’émission qui pour une
fois sera réellement adapté à une réduction effective des émissions de
gaz à effet de serre.
• Les partenariats publique-privé algériens seront de mise pour les
joint-ventures industrielles du solaire. La part des biens et services
algériens devra être négociée avec un plancher de 33 %.
• Le consortium à l’investissement capitalistique dans le domaine de
l’énergie export de l’électricité solaire devra voir la participation du
ministère de l’Energie et des Mines pour le tiers bloquant, depuis les
centrales solaires jusqu’à la commercialisation sur le marché européen.
Il faudra pour cela lever les contraintes existantes pour le ministère de
l’Energie et des Mines afin d’accéder au marché européen.
• Ceci doit trouver sa réponse dans l’étude de faisabilité qui devrait
être financée par le programme de l’UpM.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 161

L’Energie
• Nous avons relevé les besoins énergétiques requis pour coller au
rythme minimum de développement pour doubler notre PIB.
• Les centrales solaires devront contribuer pour une plus grande partie
de nos besoins pour arriver à satisfaire la majeure partie de besoins
électriques à terme.
• Nous devrons utiliser des hybrides avec le gaz et aller sur les champs
marginaux de gaz pour une meilleure valorisation. De toute façon,
l’épuisement des gisements de gaz rendra cette option techniquement
obligatoire.
• Plus tôt nous mettrons en œuvre cette option et plus importante sera
la quantité de gaz préservée pour le futur.
• Nous intégrerons par là même cette option dans la stratégie
d’exportation d’énergies, en offrant de l’électricité solaire à la place du
gaz.
• Le projet solaire de l’UpM servirait à mettre en œuvre cette option.
• Il représenterait une source de diversification et surtout une
satisfaction de besoins énergétiques importants pour l’Europe, tout en
contribuant à assurer les objectifs du millénaire.
• Il représenterait aussi la meilleure option d’un développement durable
partagé entre les 2 rives.
• Il sera ainsi la meilleure contribution pour répondre aux problèmes
du changement climatique pour un coût des plus bas.
• Le potentiel de 24 000MW pour l’export sera accolé au programme
avec une première tranche de 6 000 MW intégrée dans le projet New
Numedia.

Conclusion
• WALE vient du nom du robot du film WALE.
L’idée est de montrer qu’il serait plus facile de réaliser le Wale Saharian
programme que d’aller sur MARS. Il y a tant de choses encore à faire
sur terre qu’il est nécessaire de la préserver. Ce sera certainement moins
coûteux.
162 La sécurité énergétique en Méditerranée

Le programme pourrait être développé sur l’ensemble du Sahara


africain et répondre aux attentes du millénaire en matière de
développement durable.
L’eau de mer devrait être disponible, surtout avec la fonte de la calotte
glaciaire.
Les effets climatiques seront tels qu’il sera possible d’inverser le cycle
et ramener les moussons de pluie. Le Sahara redeviendra vert, n’est-ce
pas un rêve de paix et d’espoir pour nos enfants ?
Le projet New Numedia constitue la réponse inéluctable aux attentes
de l’UpM : un projet maghrébin et plus tard africain. Un projet réaliste
et réalisable.
Ce projet permettra de traduire dans les faits les volontés politiques
de partenariat équitable entre les 2 rives.
La problématique de l’énergie dans
ses différentes dimensions :
Une tentative d’évaluation
Abdelaziz Bennouna*
Driss Zejli et Rachid Benchrifa

Le développement récent des technologies des énergies renouvelables


a permis une grande amélioration dans les rendements techniques et
économiques des équipements et des investissements et un saut important
dans la fiabilité des installations. Ces technologies présentent, tout au
moins pour une grande partie des composantes, une bonne aptitude au
transfert, une aptitude qui constitue, dans certains cas, une exigence
technologique et économique.
Les énergies renouvelables présentent une chance pour l’humanité
en général et pour les peuples des régions bien ensoleillées et bien ventées,
telles que la nôtre, en particulier, pour démarrer un développement durable
et global.
Une coopération Nord-Sud volontariste et bien programmée dans le
domaine des énergies renouvelables sera certainement fructueuse et mettra
en exergue les synergies et les complémentarités naturelles entre les
régions et réduirait sensiblement le fossé qui sépare les pays industrialisés
des pays en développement, renforçant ainsi les chances de l’humanité
d’atteindre un avenir meilleur pour tous.
La consommation d’énergie primaire mondiale est dominée par les
é ne rgies fossiles , av ec d es co n s éq u en ce s é c o n o m i q u e s e t
environnementales de plus en plus signalées : coûts croissants, niveau
limité de sécurité énergétique, concentration des réserves dans des régions
limitées et contribution à la pollution locale et aux changements
climatiques, dont les impacts pourraient être dramatiques.

(*) Professeur, chercheur en énergie.


164 La sécurité énergétique en Méditerranée

L’évolution du prix de pétrole ces dernières années, et en particulier


ces derniers mois, montre la grande tension qui règne sur le marché du
pétrole et qui tire avec force les prix des autres vecteurs énergétiques.
Cette tension qui résulte, d’un côté, d’une demande toujours en
augmentation et, de l’autre côté, d’une production qui la suit avec
difficulté, signale très probablement que nous approchons du maximum
de la production pétrolière [1].
A la base des données récentes [2], la consommation du pétrole en
2007 était supérieure à la production. Le prélèvement sur les stocks de
pétrole et des produits pétroliers chez des industriels, des intermédiaires,
des commerçants et des Etats pour couvrir la différence entre la
production (3 905,9 Mtep) et la consommation (3 952,8 Mtep), soit
l’équivalent de plus de 4 jours de consommation, a réduit
considérablement l’élasticité du marché, ce qui a donné l’envolé des prix
du pétrole durant la première moitié 2008.
La récession économique a fait chuter la demande en pétrole et a
absorbé la tension. Ainsi le prix du baril a perdu avant la fin 2008 75 %
de son prix maximal (147$) réalisé au mois de juillet et stagne ces
4 derniers mois autour de 40$ (décembre 2008-mars 2009).
Certains responsables trouvent que c’est l’occasion pour abolir ou au
minimum réduire les efforts pour le développement des énergies
renouvelables, d’autres trouvent que c’est plutôt l’occasion d’accélérer
leur introduction.

A. Le système énergétique actuel : caractéristiques


quantitatives
Quelques définitions d’abord
– Les sources d’énergie primaires sont les sources énergétiques telles
qu’elles se présentent dans la nature. Les interventions de l’homme sont
limitées à leur extraction et leur transport lorsque c’est possibles. Ces
ressources sont :
• les ressources fossiles :
– les ressources fossiles conventionnelles : pétrole, charbon, gaz
naturel ;
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 165

– les ressources fossiles non conventionnelles : schistes bitumineux,


sables asphaltiques, huiles lourdes, etc.;
– les ressources nucléaires fissiles : uranium, thorium...;
– les sources d’énergie renouvelables : rayonnement solaire,
biomasse (bois de feu, bouse de vache, etc.), vent, chutes d’eau (énergie
hydraulique), énergie géothermique, énergie des vagues, énergie des
marées, etc.;
• les ressources non conventionnelles d’énergie : déchets organiques
et non organiques, soufre, etc.
– La consommation totale en énergie primaire : c’est la somme des
consommations de l’ensemble des sources et ressources mentionnées
d’une façon commerciale et non commerciale. La part non commerciale
(importante dans les pays en voie développement) représente en général
ce qui est appelé communément : la consommation traditionnelle de la
biomasse. Pour cette consommation, il n’y a que des estimations. Dans
le cas du Maroc, elle est de l’ordre de 9 millions de tonnes de bois, ce
qui représente environ 3 millions de tonnes équivalent pétrole, soit environ
25 % de la consommation nationale totale en 2006 (environ 15 millions
de tep).
– Les vecteurs d’énergie secondaire : sont les produits des
transformations des ressources d’énergie primaire ou d’autres vecteurs
d’énergie secondaire. Ces vecteurs sont : les produits pétroliers, le charbon
de bois, l’électricité, etc.
– L’électricité : est le vecteur d’énergie secondaire le plus important.
Il y a des procédés pour transformer pratiquement n’importe quelle source
d’énergie primaire ou secondaire, directement ou indirectement, en
électricité. Certains auteurs utilisent l’expression électricité primaire pour
indiquer que l’origine de cette électricité est soit nucléaire soit
hydraulique, vu que ces deux sources d’énergie primaire ne sont
transformées pratiquement qu’en électricité.

L’état actuel du secteur de l’énergie primaire


L’état de la consommation de l’énergie primaire (EP) aux deux niveaux
mondial et national est présenté dans le tableau 1.
166 La sécurité énergétique en Méditerranée

Tableau 1
La consommation d’énergie primaire totale 2006 [3-5]

Maroc Monde
Sources Mtep %énergie % EP Mtep %énergie % EP
commer. totale commer. totale
Pétrole 7729 59 48 3890 35,5 32,3
Charbon 3891 29,7 24,2 3090 28,3 25,8
Gaz 485 3,7 3,0 2575 23,6 21,4
Somme Ress. fossiles 12105 92,4 75,2 9555 87,4 79,5
Nucléaire – – – 63 5,5 5,8 5,3
Import. électricité 524 4 3,3
Somme non renouvelable 12639 96,4 78,5 10190 93,2 84,8
Hydraulique 419 3,2 2,6 688,1 6,3 5,7
Vent 52,4 0,4 0,33 55 0,5 0,46
Somme ener. comme. 13110 100 81,4 10933 100 90,9
Est biom.+déchets + etc. 3000 – 18,6 1100 9,1
Somme EP 16100 0,13* 100 12033,6 100
EP com./hab. (tep) 0,430 25,7* 1,674
EP tot./hab. (tep) 0,528 29,1* 1,815

* Par rapport à la consommation mondiale correspondante.

Le secteur de l’énergie primaire peut être caractérisé par :


1. Une dominance des ressources fossiles d’énergie dans la couverture
de la demande mondiale totale en énergie primaire. La consommation
des ressources fossiles d’énergie était de 9,555 milliards de tonnes
équivalent pétrole (Gtep) sur une consommation totale d’énergie primaire
estimée à la base des données de l’Agence internationale de l’energie
(AIE) et BP pour l’année 2006 à 12 Gtep [3, 4]. Ainsi, les ressources
fossiles représentent environ 80 % de ladite consommation.
2. Une tension structurelle sur le marché du pétrole, ce qui se traduit
par une hausse importante suivie d’une récession économique, une chute
de la demande, une chute des prix, une chute des investissements dans
la prospection et la R&D pour reprendre avec une hausse, plus importante
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 167

des prix que la précédente (151). Parmi les raisons de cette instabilité,
deux causes principales doivent être soulignées :
Le volume annuel des découvertes pétrolières est en déclin continu,
il est devenu inférieur à la consommation annuelle depuis plus de vingt
ans (figure 1) [1]:

Figure 1
Volume de la production et des découvertes annuelles
du pétrole conventionnel
60

50 Past Discovery

Futur Discovery
40
Production
Gb/a

30

Revisions backdated.
20 Rounded with 3yr moving
average.

10

0
1930 1950 1970 1990 2010 2030 2050

Des experts pensent que la production pétrolière maximale au niveau


mondial ne tardera pas à être constatée, après qu’elle ait déjà été dépassée
au niveau national par plusieurs pays [1].
Les découvertes les plus importantes, qui ont eu lieu aux USA, en
Arabie saoudite et dans d’autres pays grands producteurs de pétrole datent
de la première moitié du 20e siècle. Pour les pays qui sont aussi des grands
consommateurs, le maximum de la production annuelle n’a pas tardé à
se manifester. Aux USA il a été observé (tel qu’il avait été prévu en 1956
par Hubbert) en 1970.

(151) Le prix à la fin de la hausse des années 70 était 38 $US pour la moyenne de l’année
1980, en 2008 le prix moyen était d’environ 82 $US.
168 La sécurité énergétique en Méditerranée

La production pétrolière maximale au Royaume Uni était de 1,06


milliard de barils en 1999, depuis, elle est en diminution continue.
En 2006, le Royaume Uni, avec une consommation de 0,652 milliard de
barils, est redevenu importateur de pétrole.
Dans le cas de l’Arabie saoudite et pour des raisons techniques et
politiques, la grande production (plus de 10 millions de barils par jour)
du début des années 80 et depuis 2003 ne représentait que 3 % du volume
du gisement géant découvert avant 1950. Ceci permet à ce pays une durée
de production relativement longue et probablement une valeur maximale
de production encore plus élevée que celle du début des années 80
(3,748 milliards de barils en 1980) pour les années à venir.
L’arrivée de nouveaux grands consommateurs à la fin du 20e siècle a
creusé davantage le fossé entre les découvertes et la production et mis
en exergue l’impossibilité de couvrir les besoins en énergie de toute
l’humanité d’une façon durable. La Chine, le 1/5 de la population
mondiale, a démarré cette dernière décennie un développement
économique explosif, qui se reflète dans un développement comparable
au niveau de la consommation de l’énergie primaire et des vecteurs
énergétiques principaux : pétrole charbon et électricité. Cette
consommation a enregistré pour la période 2001-2006 une augmentation
d’environ 70 % pour l’énergie primaire, environ 53 % pour le pétrole et
environ 100 % pour l’électricité [3].
L’impact de ce développement sur le commerce international du pétrole
est très grand, vu que les importations pétrolières de la Chine ont
pratiquement triplé durant la même période, et elles représentaient 7,4 %
des importations mondiales en 2006 (3,2 % en 2001). Alors qu’au début
des années 90, la Chine était encore un pays exportateur de pétrole !
En 2006, la consommation chinoise de pétrole était de 349,8 millions
de tep (Mtep) et les importations de 19 1,7 Mtep [3]. L’augmentation
par rapport 2005 était de 6,7 % pour la consommation et de 31,1 % pour
l’importation.
Cette situation mondiale ne peut être changée rapidement pour deux
raisons :
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 169

1. La probabilité de découvrir de nouveaux gisements pétroliers géants


ou de nombreux petits gisements avec un volume total considérable est
très faible. La figure 1 montre que le volume total des nouvelles
découvertes annuelles depuis la fin des années soixante a une tendance
décroissante. Ainsi l’épuisement des réserves en pétrole ne peut que
s’accélérer.
2. On ne peut pas s’attendre à un arrêt proche de l’augmentation
démographique ou à une saturation de la demande en pétrole des pays
émergents et, par la suite, à une stagnation et encore moins à une
diminution de celle-ci. La saturation de la demande en pétrole n’est même
pas atteinte pour la majorité des pays industrialisés, qui ont déjà un niveau
de consommation par habitant très élevé. La Chine et les pays qui sont
sur la liste d’attente du développement, lorsqu’ils se lancent dans le
processus de développement (et par conséquent de la consommation
d’énergie) ce n’est pas pour s’arrêter demain. La figure 2 [6] donne une
présentation (symbolisée !) de la répartition de la consommation
d’énergie primaire dans le monde.

Figure 2
Présentation géographie de la consommation
d’énergie primaire par pays [6]
170 La sécurité énergétique en Méditerranée

Le graphique expose d’une façon flagrante la pauvreté africaine.


L’Afrique est moins que maigre sur cette carte, et même lorsque la
consommation par habitant n’est pas prise en considération!
Si les réserves prouvées en pétrole et en gaz naturel sont limitées et
ne présentent que 40 à 60 fois la consommation annuelle actuelle, il n’en
est pas de même pour les réserves en charbon et encore moins pour les
réserves fossiles non conventionnelles. Les réserves en huiles lourdes,
sables asphaltiques et schistes bitumineux sont plusieurs fois supérieures
aux réserves en pétrole.
Les réserves en hydrates de méthane (estimées à 4 000 Gtep) sont à elles
seules plusieurs fois supérieures aux réserves prouvées de l’ensemble des
ressources fossiles conventionnelles. Les hydrates de méthane se trouvent
sous forme de glace, qui dégage le contenu en méthane pendant la fusion.
Pour les réserves prouvées et économiquement exploitables en
ressources fissiles (coût d’exploitation inférieur ou égal à 130 $US par kg),
le rapport entre le volume de ces réserves 4,6 Mt (Tableau 2) [7] et la
consommation annuelle, en se basant sur la demande en 2006 qui était
d’environ 70 000 tonnes, est de 75. Ce rapport est du même ordre que
celui relatif aux réserves prouvées des ressources fossiles conventionnelles
pétrole et gaz naturel. Mais il faut prendre en considération que la part
du nucléaire dans la couverture de la demande mondiale en énergie
primaire est seulement d’environ 5 % et que la part nucléaire dans la
production d’électricité est d’environ 15 %. Cette dernière est inférieure
à celle de l’hydraulique, qui est de 17 %.

Tableau 2
Les réserves en uranium récupérables à un coût < 130$US/kg
Kt %
Australie 1 058,0 23,1
Kazakhstan 847,6 18,5
Canada 435,5 9,6
Afrique du Sud 395,7 8,6
Etats-Unis 345,0 7,5
Autres 1 503,2 32,7
Total 4 588,0 100
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 171

A la base de la technologie de la quatrième génération des réacteurs


nucléaires de fission (une technologie qui valorise beaucoup mieux le
combustible et qui pourrait être disponible au niveau industriel vers l’an
2050!), le rapport réserve/production annuelle serait multiplié par 60.
Mais d’ici 2050, une bonne partie des 4,6 Mt de réserve sera épuisée.
Sous ces conditions, la question se pose : pourquoi on propose à des
pays en voie de développement des centrales nucléaires « classiques »?
Sachant qu’une augmentation considérable de la puissance nucléaire
installée dans le monde réduirait sensiblement la durée de vie des réserves
fissiles économiquement exploitables, augmenterait considérablement le
coût du combustible et créerait des tensions sur le marché de l’uranium,
une tension qui est déjà là, le prix de la livre (453 grammes) d’uranium
a augmenté de 74 % durant le premier tiers de l’année 2007, il se situait
à 113 $US le mois d’avril 2007, ce qui représente déjà plus de 190 % du
prix le plus élevé du tableau 2. Depuis le prix a chuté, mais certainement
pas pour longtemps, vu que la production est inférieure à la demande
depuis 1990 (figure 4).

Figure 4
Ratio de la production par rapport à la demande
en uranium [7]

2,5
Production d’uranium/besoins des centrales

2,0

1,5

1,0

0,5

0,0
1980 1985 1990 1995 2000
172 La sécurité énergétique en Méditerranée

Pour la technologie très prometteuse et qui devrait libérer l’homme


des angoisses d’un manque en ressources énergétiques, le Monde
publiait le 4/4/2008 une enquête d’où on peut tirer : le chemin qui conduira
peut-être, un jour, à disposer d’une énergie issue de la fusion
thermonucléaire reste encore long. Si tout va bien, ITER (International
Thermonuclear Experimental Reactor) entrera en fonctionnement
en 2018, pour vingt ans. Cet outil expérimental, destiné à établir “la
faisabilité scientifique et technique de la fusion thermonucléaire”, ne
produira pas d’électricité. Ce sera la tâche de son successeur, le
démonstrateur Démo, vers 2040. Un prototype industriel n’est pas
envisagé avant 2060, et un éventuel déploiement de réacteurs
opérationnels, que les scientifiques faisaient naguère miroiter pour le
milieu du siècle, n’est plus à espérer avant 2070 ou 2080.
Est-ce que l’humanité peut attendre la fin du 21e siècle pour résoudre
les problèmes de l’approvisionnement en ressources énergétiques ?

B. Le système énergétique actuel : caractéristiques


qualitatives. Les impacts des ressources fossiles
Les impacts de la valorisation énergétique des ressources fossiles sur
l’environnement peuvent êtres divisés en deux catégories : une avec des
impacts plus ou moins techniquement «évitables » et une autre où les
impacts sont à l’état actuel et prévisible techniquement « inévitable ».

L’impact à l’exploitation : « évitable »


L’impact lié à l’exploitation et au transport des ressources fossiles
commence sur les sites des gisements. Les espaces dépourvus de toute
forme de vie sur de nombreux champs de pétrole et l’aspect lunaire des
sites miniers de charbon et de lignite à ciel ouvert en témoignent
clairement. Il est certain que ce type d’impact a diminué considérablement
dans la dernière décennie.

Pollution liée à la valorisation énergétique : « évitable »


Pour réduire cette pollution, les efforts commencent déjà dans la
préparation des combustibles. Par exemple, pour les émissions de dioxyde
de soufre (SO2), le plus important des gaz engendrant l’acidité des pluies,
la photo dans la figure 5 montre l’effet des pluies acides sur la forêt. La
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 173

mise sur le marché des combustibles pauvres en soufre diminue


sensiblement ces émissions. L’application des procédés d’absorption ou
d’adsorption de SO2 à partir des gaz de combustion dans les centrales
électriques à charbon a le même effet.

La pollution « inévitable » liée à la valorisation énergétique


des ressources fossiles
Le CO2 : effet de serre et changement climatique
Le CO2 est une composante atmosphérique en trace et sa présence
est vitale à deux niveaux.
Il est une composante incontournable du cycle de carbone, qui en
complémentarité avec d’autres cycles (d’eau, d’azote, etc.) a permis
l’évolution de la vie sur terre et par la suite le développement de la société
humaine.
Il est une composante déterminante des gaz à effet de serre.
L’utilisation énergétique des combustibles fossiles (charbon, pétrole et
gaz) et le changement dans la couverture végétale engendrent des
émissions de CO2 qui s’accumule dans les océans et dans l’atmosphère.
La moyenne annuelle de la concentration atmosphérique du CO2 est
passée de 282,9 ppm (part par million) au démarrage de la révolution
industrielle au début du dix-neuvième siècle, à 383,72 ppm pour la
moyenne de l’année 2007 [10], soit une augmentation d’environ 36 %.
De plus, l’augmentation de ladite concentration s’accélère d’une façon
continue. La moyenne de l’augmentation annuelle est passée de 0,76 ppm
pour la moyenne des années 1959-1963, à 2,28 ppm pour la moyenne
des années 2002-2007.
L’effet de serre est vital. Sans cet effet, la température moyenne sur
Terre aurait été inférieure à son niveau actuel de plus de 13 °C et la vie,
telle que nous la connaissons, n’existerait pas. Mais l’augmentation de
la concentration du CO2, et des autres gaz à effet de serre provoque une
augmentation continue de la température moyenne, ce qui présente de
grands dangers pour la vie.
Les mesures ont montré que l’augmentation de la moyenne de
température durant les trois dernières décennies est d’environ 0,6 °C, ce
174 La sécurité énergétique en Méditerranée

qui représente un supplément de 4,6 % par rapport à l’augmentation


originale naturelle (13 °C).
Cette augmentation, pour le moment encore en deçà de l’augmentation
attendue si l’humanité ne change pas de comportement, a déjà provoqué
des effets alarmants. Les images dans la figure 7 présentant l’exemple
de la fonte d’un glacier dans les Alpes mettent en exergue l’envergure
des effets au niveau de la fonte des glaciers à travers le monde.
Un autre aspect des changements climatiques provoqués par
l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre, est le
changement des volumes et des répartitions temporaires et spatiales des
précipitations. Il paraît que l’Afrique et les pays riverains de la
Méditerranée forment une région qui est touchée plutôt par une
diminution des précipitations (figures 8 et 9).
Le bassin versant du fleuve Ourgha, au nord-ouest du Maroc, est l’un
des bassins les plus arrosés du pays. Sur ce fleuve, le plus grand barrage
du Maroc a été mis en service en 1997, (barrage Al Wahda). Les mesures
de l’écoulement annuel au niveau du site du barrage sont représentées
dans la figure 8.

Figure 8
Evolution de l’écoulement au niveau
du site Al Wahda [11]

9
Ecoulement annuel en milliards de m3

Appor t moyen : 2 677 Mm3


6

3
0
1940 1950 1960 1970 1980 1990 2000
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 175

Selon les données de la Direction générale de l’hydraulique, la valeur


moyenne représentée dans la figure 8 est d’environ 2,68 milliards de m3.
Si nous calculons la moyenne de trente ans, nous trouvons que cette
moyenne diminue d’une façon pratiquement continue durant la période
de mesures, et que la moyenne de la période 1971-2000 ne représente
qu’environ 60 % de la moyenne de la période 1939-1968 (figure 9,).

Figure 9
Evolution de l’écoulement moyen de 30 ans
Volume d’écoulement : moyenne de 30 ans

110
par rapport à la moyenne 1945-1974 en %

100 Site Alwahda


Moyenne nationale

90

80

70

60
41 8

43 0

45 2

47 4

49 6

51 8

53 0

55 2

57 4

59 6

61 8

63 0

65 2

67 4

69 6

71 8

0
19 196

19 197

19 197

19 197

19 197

19 197

19 198

19 198

19 198

19 198

19 198

19 199

19 199

19 199

19 199

19 199

00
-2
-

-
39
19

Dans la figure 9, nous avons intégré aussi l’évolution au niveau national


(la courbe continue). Pour les périodes à partir de 1960, il apparaît que
la diminution au niveau national est un peu moins importante qu’au niveau
du site du barrage Al Wahda, ce qui signifie que la diminution des
précipitations ne touche pas tout le territoire avec la même sévérité.
Des bateaux-citernes ont acheminé à partir du mois de mai 2008 de
l’eau depuis Marseille et Tarragone (nord-est de l’Espagne) vers
Barcelone et ses environs. La région est frappée par une sécheresse sévère,
« la pire depuis 1912». Une usine de dessalement est prévue à Barcelone
et devrait résoudre la crise en 2009.
Si d’un côté l’impact de ces données n’est pas encore bien visible sur
la consommation des ressources fossiles (charbon, pétrole et gaz), il l’est
déjà au niveau du choix des nouvelles installations énergétiques en UE
176 La sécurité énergétique en Méditerranée

et aux USA, deux locomotives du développement technologique mondial.


Ainsi, l’émission spécifique moyenne de l’ensemble des nouvelles
installations (2007) en CO2 représente moins de 50 % de l’émission
moyenne des installations existantes fin 2000 dans l’UE. Cette tendance
est claire dans la variation de la composition du mix de la puissance
installée en fonction de l’âge des installations telle quelle se présente
dans les figures 10 et 11.

Figure 10
Variation du mix pour la production d’électricité en UE
en fonction de l’âge des unités [12]
160 GW
140 GW
120 GW
100 GW
80 GW
60 GW
40 GW
20 GW
0 GW
0-5 years 6-10 years 11-15 years 16-20 years 21-25 years 26-30 years 31-35 years 36-40 years > 40 years

Coal Gas Nuclear Oil Other Steam Water Wind

Figure 11
Variation du mix des nouvelles installations de
production d’électricité au USA [13]
100 %

80 %

60 %

40 %

20 %

0%
2002 2003 2004 2005 2006 2007

Wind Dual fired Natural Gas Petroleum Coal Other


Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 177

Les deux figures montrent qu’au niveau de la production d’électricité,


la part de la composante fossile la moins polluante, le gaz naturel,
augmente beaucoup plus vite que l’ensemble des ressources fossiles. Ceci
bien que la consommation de gaz naturel soit freinée par le développement
de l’infrastructure pour son transport.
De l’autre côté, l’impact est encore plus clair lorsqu’il s’agit de la
consommation des schistes bitumineux, la ressource fossile la plus
polluante. Les schistes représentaient de grands espoirs après la Seconde
Guerre mondiale. Leur consommation a évolué sur 35 ans (1945-1980)
avec une augmentation moyenne de 5,6 % par an. Elle a été multipliée
par 6,7 durant cette phase, elle est passée de 7 millions de tonnes en 1945
à 47 millions de tonnes en 1980 (fig. 12) [14].

Figure 12
Evolution de la consommation mondiale
des schistes bitumineux
50
45
40 Germany
35 Maorning
Metric tons. millions

Fush
30
Brazil
25 Scotland
20 Kashpir
Leningrad
15
Estonia
10
5
0
1880 1890 1900 1910 1920 1930 1940 1950 1960 1970 1980 1990 2000

Les problèmes environnementaux liés à l’extraction et au traitement


du minerai, qui dépassent ceux des autres ressources fossiles, ont pris
le dessus. Ainsi la consommation après 1980 a-t-elle diminué avec
pratiquement la même vitesse avec laquelle elle avait augmenté entre
1945 et 1980.

Les déchets nucléaires


Les déchets nucléaires présentent de grands risques pour la vie.
L’exposition à la radiation présente des dangers mortels pour les êtres
178 La sécurité énergétique en Méditerranée

vivants. La capacité de supporter cette radiation diminue considérablement


avec le niveau de l’évolution de l’espèce vivante. Et si la dose absorbée
n’est pas mortelle, les séquelles qui en résultent sont dans beaucoup de
cas insupportables.
Le problème des déchets nucléaires est aggravé par leur durée de vie.
Pour le plutonium, très toxique et matière première dans la fabrication
des armes nucléaires, il faut attendre plus de cent mille ans pour que son
taux de radiation baisse au niveau de sa radiation naturelle. La
conséquence est l’abandon progressif du nucléaire observé au niveau
mondial. Depuis 1978, il n’y a plus de commande pour la construction
de centrale nucléaire aux USA. Mieux encore : plus de 95 % des
commandes de construction aux USA sont antérieures au choc pétrolier
de 1973 (figure 15). Ainsi, la puissance nucléaire installée aux USA est
en diminution depuis 1990. Mais les dépêches indiquent depuis 2008 une
relance du nucléaire au USA (et dans d’autres pays). Cependant,
l’expérience dans ce pays (figure 15) montre que la probabilité pour qu’une
centrale commandée passe à la production industrielle d’électricité n’est
que de l’ordre de 50 % (la différence entre Units Ordered et Full-Power
Operating Licenses.

Figure 15
Historique du nucléaire aux USA [15]
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 179

L’Allemagne, autre leader industriel et de la technologie nucléaire,


a déjà décrété un moratoire du nucléaire. Sur la base de ce moratoire, la
dernière centrale nucléaire allemande sera arrêtée en 2022.
Ainsi, chaque nouvelle prévision depuis 1975, dix ans après le
démarrage pratique du nucléaire « civil », présente une réduction par
rapport à la précédente, et même les prévisions minimales n’ont pas été
réalisées.
La capacité nucléaire dans la production mondiale d’électricité,
n’augmente plus comme dans les années 80, et on s’attend à une
diminution de la puissance nucléaire installée au début de la deuxième
décennie du 21e siècle (figure 16) [16].

Figure 16
Evolution de la puissance nucléaire installée
au niveau mondial

Par ailleurs, dans le deuxième secteur de l’application énergétique


des technologies nucléaires, la propulsion nucléaire dans le transport
maritime (marine de guerre et brise-glace), le nombre d’unités est en
diminution continue depuis 1987 (figure 17).
180 La sécurité énergétique en Méditerranée

Figure 17
Evolution du nombre de navires à propulsion nucléaire

C. Quelles perspectives au niveau mondial ?


D’un point de vue quantitatif, la logique nous indique que si nous
sommes connectés à un réseau de distribution qui nous lie à une source
donnée, dans un point où le débit n’est plus suffisant, il faut voir dans
un premier temps si le débit à la source est suffisant. Si la réponse est
positive, il faut essayer d’avoir un point de connexion plus proche de la
source avec moins d’étapes de transformation ou points de transferts,
surtout lorsque ces points présentent des faibles rendements ou une grande
déperdition.
Dans le cas de l’énergie, l’origine des ressources qui couvrent plus
de 95 % de la demande mondiale totale en énergie primaire est le
rayonnement solaire. Le débit de cette source à l’entrée de la terre est
environ 7 000 fois supérieur à la demande mondiale actuelle. Les
ressources fossiles représentent le dernier maillon dans la longue chaîne
des transformations et des transferts naturels de l’énergie solaire. Le
rendement énergétique le long de cette chaîne est dérisoire, ainsi le contenu
énergétique des ressources fossiles formées ne représente même pas une
part par milliard (ppb) du contenu énergétique du rayonnement solaire
arrivant sur terre et qui a permis leur formation. Se connecter à la source
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 181

principale ou à ses dérivés primaires (vent, hydraulique et biomasse) ne


résoudrait pas seulement la question quantitative de l’offre énergétique,
mais aussi la question qualitative, vu que la demande sera limitée à des
supports énergétiques naturellement recyclables.
Le retour de l’humanité à la valorisation énergétique directe du
rayonnement solaire et des résultats primaires de sa transformation
naturelle – l’énergie éolienne, hydraulique et biomasse – ouvrirait à son
développement tous les horizons qui ont été et qui sont « encore » ouverts
par ces ressources à l’évolution de la vie, avec toute sa diversité et
complexité, connue ou encore inconnue.

Potentiel et technologies des énergies renouvelables


Les énergies renouvelables ne sont ni trop diluées, ni trop faibles, et
elles peuvent répondre à la demande concentrée et élevée des mégapoles
et des grandes industries.
Le rôle de base du rayonnement solaire et du vent est d’assurer
l’évolution de la vie sur la planète et n’est pas de répondre aux
exigences de telle ou telle technologie. Est-ce que la vie, telle que nous
la vivons, aurait été possible avec un flux de rayonnement solaire deux
ou trois fois plus intense et une vitesse moyenne du vent deux ou trois
fois plus grande ? Ce sont les technologies qui doivent être développées
pour s’adapter aux caractéristiques des sources naturelles d’énergie. Et
même la vie, elle n’a pas eu d’autre choix pour pouvoir évoluer.
On oublie que les aliments ne sont, pour leur contenu énergétique,
que de l’énergie solaire transformée par les procédés naturels de
photosynthèse (appuyés par l’homme dans le cadre de l’agriculture) avec
un rendement souvent inférieur à 0,1 %. Et que malgré le très faible
rendement énergétique, l’alimentation pas seulement des mégapoles mais
de toute l’humanité (environ 6,7 milliards d’habitants fin 2008) est assurée.
On oublie aussi que la majorité des technologies existantes pour la
mobilisation des énergies renouvelables permet des rendements
énergétiques 100 fois plus élevés que ceux du système de production des
denrées alimentaires. De plus, dans beaucoup de cas, ces technologies
n’exigent pas la disponibilité de l’eau sur le site de transformation, l’eau
qui est indispensable dans le cas de la photosynthèse.
182 La sécurité énergétique en Méditerranée

Le Sandia National Laboratories annonçait le 12 février 2008 un


nouveau record de rendement énergétique (31,25 %) à partir d’un
moteur Stirling alimenté à l’énergie solaire.
Le potentiel global annuel de l’ensemble des sources renouvelables
est énorme, il dépasse de milliers de fois l’ensemble des besoins actuels
et futurs de l’humanité en énergie primaire. Rappelons, encore une fois,
que les produits alimentaires d’origine végétale et animale ne représentent
qu’une partie des produits directs et indirects de la photosynthèse – la
photosynthèse qui produit aussi le bois de feu, le bois pour la menuiserie
et pour l’industrie du papier, le coton – et que cette opération de
photosynthèse ne valorise que 1 % du flux de l’énergie solaire arrivant
sur terre.
Ajoutons, en ce qui concerne l’énergie solaire, que les surfaces bien
ensoleillées du globe – ou plutôt trop ensoleillées et manquant d’eau pour
une utilisation agricole, urbanistique ou autres – où des centrales solaires
peuvent être installées (et que ces surfaces peuvent acquérir, avec certaines
technologies, par la suite une capacité de production agricole), sont de
loin plus grandes que les surfaces utilisées pour l’agriculture alimentaire
intensive. Sans compter le facteur rendement, déjà souligné plus haut.
En effet, le rendement de transformation de l’énergie solaire en
électricité ou en hydrogène (152) est 100 fois (pour l’électricité) et plus
de 20 fois (pour l’hydrogène) plus élevé que le rendement énergétique
dans la production de denrées alimentaires. Ajoutons que les technologies
pour la valorisation des énergies renouvelables sont en plein
développement ; leurs rendements ne cessent d’augmenter et leurs coûts
baissent d’une façon continue. L’exemple du système concentrateur
parabolique avec un moteur Stirling pour la production d’électricité vient
d’être souligné, et d’autres vont suivre.
Si l’inertie du système énergétique marque le développement du
système dans sa globalité, elle est heureusement beaucoup mois efficace
au niveau sectoriel, et surtout au niveau des nouvelles technologies. Ainsi
nous vivons ces dernières années un engouement sans précédent pour
les nouvelles technologies dans le cadre de la mobilisation des énergies
renouvelables.

(152) L’hydrogène est un des vecteurs proposés au niveau international pour le stockage massif
des ressources renouvelables et pour une multitude d’applications non énergétiques.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 183

L’éolien
L’évolution rapide – qui dépasse toutes les prévisions – de la
puissance éolienne installée à travers le monde trouve son explication
dans un certain nombre de faits :
– un gisement de grande importance ;
– une bonne répartition sur l’ensemble du globe ;
– un bon niveau de maturité et de fiabilité technologique ;
– un bon niveau du rendement économique.
La bonne répartition de ce gisement sur le globe représente une bonne
réponse à la répartition restrictive des ressources fossiles fluides,
souvent soulignée, et celle de ressources fissiles, souvent oubliée (plus
de 66 % des réserves récupérables en uranium se concentrent dans cinq
pays (tableau 2)).
La figure 19 présente l’évolution dans le monde et dans un certain
nombre de pays du cumul de la puissance éolienne installée entre 1992
et 2008.

Figure 19
Evolution de la puissance éolienne installée
dans quelques pays
184 La sécurité énergétique en Méditerranée

La majorité des experts ne s’attendaient pas à une telle évolution.


L’Agence internationale de l’énergie publiait dans son rapport (World
Energy Outlook, 2000) que la puissance éolienne installée en Europe en
2010 devrait atteindre 34 000 MW. Cette valeur a été déjà dépassée en
2004.
Même les prévisions « optimistes » du « pro énergie éolienne » sont
dépassées. L’Association européenne de l’énergie éolienne estimait dans
ses prévisions pour l’an 2010, publiées en 2000, une puissance totale de
60 000 MW (un niveau qui dépasse de 75 % celui annoncé par l’AIE).
Cette valeur a été dépassée de 10 % fin 2008.
L’évolution de la puissance éolienne installée en France, le pays du
nucléaire par excellence, est très importante. La France réalise des
augmentations annuelles qui sont de l’ordre de ceux réalisés par
l’Allemagne et l’Espagne durant les années 90. L’augmentation annelle
moyenne entre 2001 et 2008 de la puissance éolienne installée est de 71 %
(figure 18 et tableau 2). La France a dépassé le Danemark en 2008.
La Chine, nouvel arivant dans le domaine de l’éolien, casse tous les
records (figure 18 et tableau 3). Une augmentation annuelle absolue qui
explose : elle a été multipliée par 92 entre 2002 (augmentation de 67 MW)
et 2008 (augmentation de 6 160 MW) !

Tableau 3
Evolution récente de la puissance éolienne
installée en France et en Chine

Année 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008


La France puissance
installée (MW) 80 148 239 372 757 1500 2454 3404

Augmentation
annuelle (%) – 85 61,5 55,6 103,5 98,2 63,6 38,7

La Chine puissance
installée (MW) 402 469 567 764 1260 2604 6050 12 210

Augmentation
annuelle (%) – 16,7 21,3 34,5 65,2 106 132 102
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 185

Tenant compte de ce développement, le Global Wind Energy Council


(GWEC) révise chaque année ses prévisions vers le haut. Il prévoyait
dans son rapport annuel Global Wind Energy Report 2007 une hausse
de la puissance mondiale installée de l’énergie éolienne de plus de 155 %
pour 2012 par rapport à 2007, pour atteindre 240 GW. Dans son rapport
de 2008 (publié le 9/3/2009), la puissance prévue pour 2012 est corrigée
vers le haut : elle devrait désormais atteindre 275,8 GW. Ces corrections
de prévision vers des valeurs plus élevées sont devenues une tradition
d’une bonne partie des technologies des énergies renouvelables, à l’inverse
de ce qui se passe pour le nucléaire depuis les années 70 du siècle dernier.

Le photovoltaïque (PV)
Malgré le niveau, encore élevé, du coût de cette technologie, les
convictions écologiques chez une bonne partie de la population dans les
pays industrialisés et chez un certain nombre de leurs gouvernements
ont permis la réalisation des cadres politiques, juridiques et économiques
pour le développement de cette technologie.
La figure 20, publiée en avril 2000 [20], montre premièrement la chute
des prix du photovoltaïque entre 1975 et 1999, deuxièmement

Figure 20
Evolution et prévision de la puissance photovoltaïque
commercialisée dans le monde
186 La sécurité énergétique en Méditerranée

l’augmentation des ventes de l’industrie pour la même période et


finalement les prévisions des deux grandeurs pour la période de 2000 à
2005. Des experts pensaient que les valeurs de la production prévisionnelle
ne seraient pas atteintes.
La puissance PV installée en Allemagne en 2005 était de 700 MW,
soit 100 % de la puissance prévue au niveau mondial dans la figure 18
et 43 % de la puissance PV installée en 2005 à travers le monde
(1 786 MW). Cette dernière valeur représente 254 % de la valeur prévue
par les auteurs de la figure 18. Cette évolution continue : la puissance
PV installée en 2007 au niveau mondial était de 3 800 MW (figure 21),
elle représente une augmentation de 113 % sur deux ans [19].

Figure 21
Evolution de la production annuelle mondiale
des systèmes PV

Les centrales solaires à concentration (CSP)


Une idée ancienne est celle de la concentration du rayonnement solaire
pour produire de la chaleur à haut niveau de température. Les Grecs
utilisaient un ancêtre du miroir parabolique pour concentrer les rayons
solaires et allumer la flamme olympique. Cette idée est à la base de la
technologie très prometteuse des centrales solaires à concentration.
Trois concepts ont été développés et plus ou moins déjà
commercialisés : les centrales à miroirs cylindro-paraboliques, les
centrales à tour solaire et les centrales à miroirs paraboliques (figure 22).
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 187

En fonction du niveau de température de la chaleur produite, l’énergie


solaire à concentration peut être utilisée pour faire fonctionner des
centrales à vapeur, des turbines à gaz ou des engins Stirling.

1. Miroirs cylindro-paraboliques
Les miroirs cylindro-paraboliques (en forme d’auge) concentrent les
rayons solaires sur l’axe focal, sur lequel se trouve le tube absorbeur.
Les températures atteintes sont de l’ordre de 400 °C. Pour réduire les
pertes de chaleur par conductivité et par convection, le tube absorbeur
est protégé par un tube en verre avec un vide poussé entre les deux.

2. Tour solaire
Un champ ovale de miroirs concentre les rayons solaires sur un capteur
localisé au sommet d’une tour. Le fluide caloporteur (air, eau, sels fondus,
sodium...) transporte la chaleur vers le système de production d’électricité.
Des températures très élevées dépassant 1 000 °C peuvent être atteintes,
ce qui permet la réalisation d’un cycle combiné avec une grande
performance.

3. Miroir parabolique
Un miroir parabolique concentre les rayons solaires sur un capteur
qui se trouve approximativement au point focal de la parabole. Des
températures de 750 °C à 1 000 °C sont atteignables. Ce niveau de
température a permis, avec des engins Stirling, un rendement de
production d’électricité dépassant les 30 %.
Les premières centrales commerciales furent installées en Californie
entre 1984 et 1990. Après une période de stagnation (de 1991 à 2005),
plusieurs projets sont actuellement en cours d’implantation ou de
développement (Espagne, Grèce, Etats-Unis, Égypte, Maroc, Algérie, etc.)
cumulant une capacité mondiale totale de plus de 3 000 MW une fois
ces projets achevés, dont plus de 2 000 MW en Espagne.
En général, pour les ressources intermittentes – le rayonnement solaire
et le vent – le volume de la production annuelle est défini par la puissance
installée et par les caractéristiques du gisement sur le site. La production
annuelle peut varier d’une année à l’autre, mais la grandeur moyenne
est pratiquement constante. Ainsi, pour augmenter le volume de la
production, il faut augmenter la puissance installée.
188 La sécurité énergétique en Méditerranée

Les centrales solaires à concentration présentent néanmoins une


exception : il est possible d’augmenter le volume de production annuelle
sans augmenter la puissance de la turbine, grâce au stockage de la chaleur
excédentaire produite dans un champ solaire élargi.
L’élargissement du champ solaire et l’introduction d’un système de
stockage de chaleur présentent plusieurs avantages :
a. améliorer la stabilité (la qualité) de la production en réduisant
considérablement les pertes de qualité de production résultant des
variations d’irradiation, par exemple dues aux passages de nuages ;
b. permettre une production à base d’énergie solaire après le coucher
du soleil ;
c. permettre un démarrage de production avant le lever du soleil ;
d. permettre plus de liberté dans la gestion de la puissance injectée
dans le réseau ;
e. augmenter le facteur de capacité de la centrale qui peut atteindre,
selon la capacité de stockage, le niveau des centrales répondant aux
besoins en heures pleines et même celui des centrales de base ; ainsi, une
centrale CSP avec une capacité de stockage permettant 15 heures de
fonctionnement à puissance nominale est comparable à une centrale de
base, car le rapport de la production annuelle à la puissance nominale
dépasse alors 6 500 heures par an ;
f. permettre une réduction du coût de production du kWh, vu que
l’augmentation de la production annuelle est supérieure à la somme des
augmentations des investissements, des dépenses de la gestion et ceux
de la maintenance, tant que la capacité de stockage est inférieure à la
possibilité de production journalière (la figure 25 donne le coût relatif
de production du kWh en fonction de la capacité de stockage pour un
investissement spécifique du stockage de 10 €/kWh par rapport au coût
de production d’une centrale sans stockage) ;
g. vu que la réduction attendue des investissements se fera
essentiellement au niveau des composantes où le potentiel de
développement est le plus important, le champ solaire et le système de
stockage, l’impact économique de l’introduction de cette option ne peut
que s’améliorer dans l’avenir.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 189

Figure 25
Impact de la capacité de stockage sur le prix
de revient du kwh

(Source: http ://[Link]/download/vortraege/20080130


[Link] [Link])

Dans le cas d’un système photovoltaïque (PV) ou éolien,


l’augmentation de la production ne peut se faire qu’à partir d’une
augmentation de la puissance installée. En effet, l’offre d’électricité en
absence de la source primaire (rayonnement solaire ou vent) ne peut se
faire qu’à la base d’un stockage d’électricité produite durant le temps
de disponibilité de la source primaire. On notera aussi que le stockage
d’électricité est généralement plus coûteux que le stockage de chaleur.
Cette différence des caractéristiques de la composante de stockage entre
les systèmes CSP thermique et PV et très importante. Une telle différence
entre les systèmes de production d’électricité, éolien et l’hydraulique
(certainement plus accentuée : le stockage de l’eau à une hauteur donnée
est plus facile que le stockage de la chaleur à une température voulue)
est pour une bonne partie à l’origine de la différence du développement
entre les deux technologies, donnant avantage à l’hydroélectricité.
Le coût de production (figure 26) diminue fortement selon la
puissance totale installée, sous l’effet du cumul de l’expérience
technologique et de l’échelle (nombre de centrales réalisées et capacité
unitaire de plus en plus grande). Les coûts futurs pourraient être réduits
jusqu’à 0,05-0,07 €/kWh, grâce à plusieurs facteurs :
190 La sécurité énergétique en Méditerranée

– amélioration du support métallique : réduction de la demande en


matériaux, réduction du poids et donc réduction de l’investissement ;
– possibilité de production automatisée en grande série ;
– construction d’unités avec une puissance optimale > 100 MW;
– développement des composants (matériaux et structure) pour
augmenter la durée de vie et réduire les besoins de maintenance ;
– intégration d’une composante de stockage et développement des
systèmes de stockage thermique plus performante et moins coûteuse.

Figure 26
Evolution probable du prix du kWh CSP en fonction de la
puissance cumulée installée

(Source : http ://[Link]/ Libary/GMI [Link])

Enfin, il faut retenir que les coûts de production du kWh d’origine


fossile ou nucléaire sont instables (essentiellement dans le cas des
ressources fossiles), avec une tendance vers des coûts de plus en plus
élevés. Il faut bien sûr y ajouter les coûts de l’impact environnemental.
Le tableau 4 présente une comparaison indicative des coûts de
production du kWh des centrales au charbon avec et sans captation et
stockage du CO2 et des centrales de type CSP avec stockage de chaleur.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 191

Tableau 4
Comparaison entre les centrales au charbon et les CSP
avec stockage de chaleur
Charbon Solaire CSP avec
ST FC > 0,57
Ressource/Réserve Importante mais Abondante et
épuisable illimitée dans
le temps
Intensité la plus
élevé entre les
CO2 ressources fossiles Faible
utilisées, mais CSC
possible
Sans CSC 50 à 80
Coût actuel Avec CSC 120 à 160 160 à 250
$/MWh IGCC 60 à 90
IGCC + CSC 130 à 170
Perspective du coût En augmentation En diminution
Impact CDM Augmentation Diminution
du coût du coût
Transport entre site Charbon : Électricité :
du gisement et consommateur bateau et train HVAC
électricité

Légende : ST: stockage de chaleur. FC : Facteur de capacité. CSC : Captation et stockage de


CO2. IGCC : Gazéification du charbon et cycle combiné intégré. HVAC : Courant alternatif
haute tension. HVDC : Courant continu haute tension. CDM : Mécanisme de Développement
Propre.

Les chiffres dans le tableau 3 montrent que dans le cadre d’une


application au niveau des exigences des problèmes de l’environnement
et des risques liés aux changements climatiques, le déploiement de la
technologie CSP dans le cadre de la complémentarité entre les pays
riverains de la Méditerranée est déjà économiquement rentable.

L’investissement
L’importance du volume et l’augmentation galopante des
investissements dans le domaine des technologies et des applications des
énergies renouvelables au niveau mondial (figure 27) [20] soulignent la
conviction grandissante au niveau international dans les secteurs de
192 La sécurité énergétique en Méditerranée

l’industrie, de la finance, de la politique (ce sont des décrets et des lois


qui ont permis et cadré cette évolution) et chez les consommateurs de
l’importance du rôle que peuvent jouer les énergies renouvelables dans
la couverture de la demande énergétique mondiale.

Figure 27
Evolution des investissements dans les technologies
PV et éolienne

Les données de la figure 26 reflètent et confirment encore une fois


l’évolution déjà soulignée au niveau de l’application des technologies
éolienne, photovoltaïque et récemment du thermosolaire de
puissance (CSP). La prévision, annoncée par Clean Edge en 2001, pour
les investissements en 2010 a été largement dépassée en 2008. L’allure
des deux courbes dans le diagramme 21 montre que ce dépassement des
réalisations par rapport aux prévisions augmentera considérablement les
prochaines années.
Les investissements annuels dans la RD, même s’il ne reflètent pas
l’importance du secteur des énergies renouvelables (très faibles par rapport
aux investissements RD dans le nucléaire), ont permis une augmentation
continue des rendements énergétiques des cellules photovoltaïques
(PV) (figure 28), une réduction continue du prix de revient du kW installé
(figure 20) et, par la suite, une réduction plus importante du prix de revient
du kWh. Une dépêche du mois de février 2009 de la firme américaine
First Solar annonce que le prix de revient moyen du watt pour sa
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 193

production de cellules PV couche mince (Cadmium tellurid) pour le


quatrième trimestre 2008 était de 0,98$US/W.
Le schéma du diagramme 29 donne une présentation comparative
générale de l’évolution, vécue et attendue, des coûts économiques et totaux
de la production du kWh par les différentes sources d’énergie. Le coût
total prend en considération, en plus du coût de production à l’usine, les
estimations des coûts externes suivants :
– le coût social : déplacement des populations pour permettre la
mobilisation d’une source d’énergie fossile (mine de charbon ou de lignite
à ciel ouvert) ou renouvelable (construction d’un barrage) et augmentation
des risques de la bilharziose dans les zones inondées par les eaux des
barrages ;
– le coût environnemental (par exemple l’augmentation de l’effet de
serre dans le cas des ressources fossiles, de déforestation et d’utilisation
non rationnelle du bois de feu) ;
– le coût culturel (déplacement des monuments du site historique Abou
Simbel, ou l’inondation d’un site historique).
Les estimations des coûts, autres qu’économiques varient beaucoup
selon les auteurs : certains les négligent totalement, d’autres les estiment
supérieurs au coût économique. Dans le schéma nous utilisons un rapport
moyen entre le coût économique et le coût total.
Figure 29
Evolution comparative du coût de production du kWh
Ressources
Renouvelable Coût économique

Coût environnemental
Coût de production par kWh

sociale et culturelle

Ressources
fossiles et fissiles

A B CD E
Temps
194 La sécurité énergétique en Méditerranée

La partie avec le vert clair, en bas de la bande verte, représente les


effets socioéconomiques qui permettent ou encouragent l’Etat à réduire
les taxes ou à augmenter l’appui aux ressources renouvelables. Ces effets
résultent de la création d’emplois supplémentaires par rapport aux
ressources fossiles et fissiles et concerne essentiellement l’augmentation
des recettes de l’Etat résultant de l’augmentation du pouvoir d’achat de
la population et de la réduction des dépenses sociales (allocations sociales
et/ou de chômages pour les pays qui payent ces allocations).
Le coût d’utilisation des énergies renouvelables pour la production
de chaleur, d’électricité ou de biocarburants, pour certaines technologies
de transformation et sous des conditions locales appropriées, permet déjà
une utilisation compétitive de ces ressources (surface bleue). L’évolution
à moyen et long terme des prix des ressources fossiles et fissiles ne peut
qu’améliorer la compétitivité des énergies renouvelables et accélérer leur
déploiement massif et global.

Transférabilité des technologies des ER


Les technologies pour la mobilisation des énergies renouvelables sont
très diverses. Certaines sont essentiellement des technologies nouvelles
(PV par exemple), d’autres se présentent plutôt comme un nouvel
assemblage de composantes bénéficiant des avancés technologiques dans
d’autres domaines (l’éolien qui a bénéficié des avancées dans
l’aéronautique, l’électrotechnique, l’électronique, les sciences des
matériaux ...) où une bonne partie des composantes existaient depuis des
décennies sur le marché, et une dernière partie qui représente une
renaissance d’une technologie plus ou moins oubliée, le moteur Stirling.
Il est certain que les efforts de développement qui ont permis le bon
fonctionnement des systèmes résultant de l’assemblage, ou pour remettre
la technologie Stirling à jour, sont très importants, mais ces technologies
restent, au minimum pour une bonne partie de leurs composantes,
transférables vers les pays en développement par excellence.
La répartition du coût d’une éolienne sur les différentes composantes
de l’installation [21]: nous estimons que des composantes, représentant
environ 50 % du coût total, peuvent être réalisées par l’industrie
marocaine (sans ou avec une courte préparation ou faible effort pour la
mise à niveau). Dans le cadre d’un programme de développement et de
transfert de technologie, la part réalisable peut atteindre à moyen terme
66 à 75 %.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 195

L’évolution récente de la part de l’industrie chinoise dans la réalisation


des éoliennes installées en Chine est plus qu’étonnante. Elle est passée
de 25 % en 2004 à environ 56 % en 2007 [22]. Tenant compte de
l’augmentation de la puissance installée annuellement, qui est passée de
200 MW en 2004 à 3400 MW en 2007, on peut estimer l’augmentation
de cette activité industrielle entre 2004 et 2007 à environ 3 750 %. Selon
le dernier rapport de GWEC (mars 2009), 2009 verra l’entrée en force
de l’industrie éolienne chinoise dans les exportations de pale pour passer
plus tard à d’autres composantes des unités éoliennes.
La dynamique de l’industrie chinoise se traduit aussi par
l’appropriation de la haute technologie, nouvelle et complexe, du
photovoltaïque. La production des panneaux photovoltaïque en Chine
est passée de 9 MW en 2003 à 369,5 MW en 2006, une augmentation de
4 000 %. La Chine est devenue en 2007 le premier producteur mondial
de panneaux PV.
Le tableau 5 donne la répartition du coût d’une centrale thermosolaire
de 80MW sur les composantes et selon la capacité de stockage thermique
introduite (l’unité de stockage est présentée par le nombre d’heures de
fonctionnement à puissance nominale en l’absence de rayonnement
solaire). Les résultats font partie d’une étude réalisée au début des
années 90 concernant le site d’Ouarzazate. L’introduction du stockage
thermique améliore la performance et l’économie de la centrale ainsi que
la part des composantes réalisables dans le pays. L’augmentation des
investissements pour la centrale avec 9 heures de stockage est de 78 %,
tandis que l’augmentation de la production est d’environ 120 %. Les
estimations actuelles pour l’investissement se situent entre 4 000 et 5 000
$US/kW contre 5 662 dans le tableau 5.
A la base des informations disponibles sur l’état des entreprises
marocaines à la fin des années 80, l’estimation de leur participation aux
équipements et aux travaux de réalisation d’une centrale sans stockage
thermique était de 41 %. Nous estimons que la situation a
considérablement évolué en faveur des entreprises marocaines et que leur
participation pourrait atteindre environ 66 % pour une centrale avec
9 heures de stockage qui pourrait être réalisée entre 2010 et 2012.
196 La sécurité énergétique en Méditerranée

Tableau 5
Répartition du coût d’une centrale CSP en fonction
de la capacité de stockage (106 $US)
0h % 3h 9h %
Travaux de génie civil 7,3 2,9 9 12 2,6
Champ solaire 99 38,9 130 185 40,8
Système de stockage 0 0 22 60 13,2
La centrale 40 15,7 40 40 8,8
Autres 108 42,5 124 156 34,6
Somme 254,3 100 325 453 100
$US/kW 3 179 4 062 5 662

Un des points du développement récent de cette technologie propose


un champ de capteurs avec des miroirs plans formant un système Fresnel
(figure 33) et un capteur simple par rapport à celui du système
cylindroparabolique (un tube métallique qui joue le rôle du capteur solaire
à l’intérieur d’un autre tube en verre avec du vide entre les deux pour
réduire les pertes de chaleur). D’autres avantages possibles de cette
proposition sont la possibilité de produire directement de la vapeur d’eau
à haute pression dans le champ des capteurs solaires et la possibilité
d’autres utilisations de l’espace sous les miroirs. Cette simplification
permettrait l’augmentation de la part transférable de cette technologie
et la participation de l’entreprise locale.
En préparation d’un projet plus important (centrale hybride charbon-
solaire), une petite unité de démonstration de 5 MW a été réalisée en
Australie, elle participe à l’alimentation en vapeur de la turbine de la
centrale à charbon.
La transformation des sources renouvelables d’énergie en vecteurs
convenables à la demande est une activité extensive, la quantité
d’énergie récupérée par unité de temps est proportionnelle à la surface
mobilisée. Cette activité est donc comparable à l’agriculture, aussi nous
voudrions la nommer « agriculture énergétique ». La différence par
rapport à l’agriculture, c’est que cette dernière utilise la surface, le sol,
tandis que les différents types de l’agriculture énergétique (autres que
la production de biomasse) équipent et occupent l’espace d’une façon
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 197

plus ou moins dense (éoliennes environ 10 MW par km2 ou solaires entre


30 et 100 MW par km2) à l’aide d’instruments de transformation.

Emploi
Les études concernant l’emploi relatif aux énergies renouvelables
(production d’équipement, construction des installations, gestion et
maintenance de l’équipement) et les expériences des pays qui se sont
engagés dans la mobilisation des énergies renouvelables depuis les années
quatre-vingts sont nombreuses et ont montré que l’emploi généré par la
mobilisation des énergies renouvelables pour une quantité donnée
d’énergie est plus important que pour la mobilisation des ressources
classiques produisant la même quantité d’énergie. C’est la conclusion
du rapport «Putting Renewables to Work : How Many Jobs Can the Clean
Energy Industry Generate ?» [23], après l’évaluation de plus d’une dizaine
de rapports traitant la question selon différentes approches et utilisant
des bases de données américaines et européennes.

Tableau 6
L’impact de la composition du parc de production
d’électricité sur l’emploi

Scénario pour 2020: Nombre moyen d’emplois associé à chaque scénario


La composition du
parc de production Production et Gestion +
des 20 % installation maintenance Total
d’équipements + préparation
des combustibles
1. 85 % biomasse + 14 %
éolien + 1 % PV 52°533 111°136 163°669
2. 60 %biomasse + 37 %
éolien + 3 % PV 85°008 91°436 176°444
3. 40 %biomasse + 55 %
éolien + 5 % PV 111°879 76°139 188°018
4. 50 % charbon + 50 %
gaz naturel 22°71 1 63°657 86°369
5. 100 % gaz naturel 22°023 61°964 83°987
198 La sécurité énergétique en Méditerranée

Dans le tableau 6, nous reprenons de façon résumée la comparaison


des estimations du nombre d’emplois en fonction de la composition du
parc pour la production d’une quantité de 20 % d’électricité appelée aux
USA.
Le tableau 6 montre que l’emploi dans les scénarios 1, 2 et 3, qui
utilisent les énergies renouvelables, est environ deux fois plus important
que dans les scénarios 4 et 5, qui n’utilisent que des ressources fossiles.
Une étude publiée par l’université de Massachusetts-Amherst et le
Center for American Progress en septembre 2008 donne la comparaison
présentée dans le tableau 7 entre l’effet sur l’emploi de l’investissement
de 100 milliards de dollars dans l’un des trois secteurs : l’industrie
pétrolière, l’appui à la consommation domestique ou le secteur de
l’économie verte [24].

Tableau 7
L’emploi créé par l’injection de 100 milliards de dollars
Secteur d’investissement Emploi créé
Industrie pétrolière 542°000
Appui à la consommation domestique 1 °700°000
Economie verte 2°000°000

L’économie verte englobe d’autres secteurs en plus des énergies


renouvelables (ER) et de l’efficacité énergétique (EE), mais les deux
secteurs ER et EE représentent une composante centrale de l’économie
verte. L’étude donne aussi pour l’économie verte la répartition suivante
de l’emploi total sur les composantes directe, indirecte et induite
(tableau 8).
Tableau 8
Répartition de l’emploi de l’économie verte

Composante Emploi créé


Emploi direct 935°200
Emploi indirect 586°000
Emploi induit 496°000
Total 1°999°200
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 199

Ajoutons que le Maroc mobilisera ses ressources renouvelables non


seulement pour couvrir ses propres besoins, mais aussi pour participer
à la couverture d’une partie des besoins européens, et que cette
participation représentera très probablement un multiple de la
consommation nationale. Ajoutons à l’emploi direct et indirect (l’emploi
dans les industries annexes) l’emploi induit qui résulte de l’augmentation
du pouvoir d’achat et de l’augmentation de la consommation de la
population intégrée dans ce système de production.
Cette dernière partie d’emploi peut atteindre dans les pays industriels
environ 40 % de l’ensemble des emplois directs et indirects. Dans ces
pays, un nouvel emploi induit en général une amélioration du revenu plus
ou moins importante par rapport à une situation de chômage où la personne
recevait une indemnité ou une aide sociale. Dans les pays en voie de
développement, le pouvoir d’achat des chômeurs est le résultat d’une
réduction du pouvoir d’achat des parents ou d’autres donateurs. Ainsi,
l’emploi induit chez nous peut dépasser même 60 % de l’ensemble des
emplois directs et indirects.
Pour installer des puissances de l’ordre de quelques centaines de MW
par an dans une région quelconque, l’économie exige que la production
d’une bonne partie des équipements (surtout les équipements volumineux
et avec une faible valeur ajoutée) se fasse dans la région concernée pour
réduire les coûts du transport. Ce qui plaide encore une fois pour le
transfert de la production de ces équipements vers les pays où les
technologies seront appliquées.
Un programme national pour la mobiisation rationnelle des énergies
renouvelables qui s’intègre et mobilise efficacement les potentialités de
complémentarité Nord-Sud sera le plus grand programme d’emploi qui
n’ait jamais été réalisé dans le pays et dans la région. L’exemple chinois
très récent, montre qu’une volonté politique claire avec un programme
adéquat peuvent changer la donne d’un jour à l’autre.
La figure 30 (page 22) montre que la part de l’industrie chinoise dans
la production d’équipement éolien installé dans le pays a plus que doublée
en seulement trois ans, entre 2004 et 2007. Cette augmentation relative
très importante cache une augmentation absolue plus importante encore,
vu que la puissance annuellement installée est passée pour la même période
de 764 MW à 6 050 MW. Ainsi la part absolue de la production chinoise
est passée de l’équivalent de 191 MW en 2004 à 3 380 MW en 2007,
soit une augmentation de plus de 1 670 % en 3 ans.
Perspectives pour le Maroc : vers un Maroc
exportateur d’énergie !
« Il y a une chose plus forte que toutes les armées du monde,
c’est une idée dont le temps est venu »
Victor Hugo

Le Maroc est prédestiné à jouer un rôle de premier plan dans la


valorisation des ressources renouvelables solaires et éoliennes, que ce
soit au niveau du Maghreb ou au niveau des relations de complémentarité
entre l’Europe et l’Afrique du Nord, un point de vue que nous avons
défendu depuis plus de 20 ans et que nous avons présenté en 1994 dans
un livre sous le titre : Vers un Maroc exportateur d’énergie. Une vision
qui devient de plus en plus partagée, malheureusement essentiellement
au niveau international.
Un témoignage dans se sens : le Maroc dispose des ressources qui le
prédestinent à devenir un grand producteur des nouvelles énergies,
notamment éolienne, thermosolaire et hydraulique ... Le Maroc pourrait
produire les énergies renouvelables et devenir, une fois libéré du fardeau
de la facture pétrolière, un acteur important dans le secteur, a déclaré
M. Karsner, secrétaire adjoint américain à l'efficacité énergétique et aux
énergies renouvelables, lors d'une rencontre sur les stratégies du Maroc
pour promouvoir les énergies renouvelables, organisée mardi 4 mars 2008
par l'ambassade du Maroc à Washington, en marge de la conférence
internationale sur les énergies renouvelables, WIREC (153) 2008 (MAP
6/3/2008).
Le Plan solaire méditerranéen (PSM) adopté par l’Union pour la
Méditerranée et qui propose un programme de 20 GW solaire dans les
pays du sud de la Méditerranée pour renforcer l’offre énergétique au sud
et pour participer à la couverture de la demande au nord avec des
ressources inépuisables et environnementalement acceptable, représente
une fois de plus les atouts du sud au niveau des énergies renouvelables.

(153)WIREC : Washington International Renewable Energy Conference (March 3-6, 2008).


202 La sécurité énergétique en Méditerranée

Mme Benita Ferrero-Waldner à souligné le 19 février 2009 que le PSM


est une nécessité et non pas une option.
Dernièrement, le docteur Hermann Scheer (fondateur et président
d’Eurosolar et président du Conseil mondial des énergies renouvelables)
a souligné, lors des conférences aux premières Assises de l’Energie (6
mars 2009 à Rabat) et à la Bibliothèque nationale le 7 mars 2009, les
perspectives de la complémentarité Europe-Afrique du Nord au niveau
de la valorisation des ressources en énergie renouvelable. Eléments de
base amenant à la vision «Maroc Exportateur d’énergie »:
– Il a été démontré dans les paragraphes précédents que le retour à
une utilisation des ressources renouvelables d’énergie en tant que
ressources de base est incontournable.
– Le Maroc est doté par la nature de gisements solaire et éolien très
importants.
– Il y a certainement d’autres régions dans le monde qui possèdent
un potentiel solaire ou un gisement éolien comparables, mais le Maroc
se trouve à la porte d’une région, l’Europe, avec une demande très
importante en énergie primaire et où le coût de mobilisation de l’énergie
solaire en Andalousie (une des régions les plus ensoleillées de l’Europe)
et en Allemagne serait respectivement 30 % et 200 % plus élevé que celui
Maroc.
Une étude récente, «Renewable Energy Potentials », publiée par
«REN21 août 2008» présente un bilan des ressources renouvelables dans
le monde, leur répartition selon les régions, leur nature et le potentiel de
production en fonction des technologies et du coût pour 2050. Les deux
diagrammes sélectionnés de l’étude et rassemblés dans la figure 36
donnent une comparaison des potentiels entre une région avec une
consommation importante et concentrée dans l’espace (OCDE Europe)
et une région avec un potentiel très important de production dépassant
de loin les besoins locaux (Afrique et Moyen-Orient).
Si la première région ne peut couvrir ses besoins en électricité en
n’utilisant que les ressources renouvelables, et avec un coût de production
dépassant 5 US$cents/kWh, le potentiel de production dans la deuxième
région à un coût de production inférieur à 5 US$cents/kWh dépasse de
loin l’ensemble des besoins des deux régions, indépendamment de leur
évolution.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 203

Prenons par exemple la région Sud-Est du Maroc (Ouarzazate,


Zagoura, Smara). En se basant sur la technologie des centrales solaires
(CSP présentée plus haut) avec des miroirs cylindroparaboliques,
technologie existant depuis plus d’une vingtaine d’années (Centrales
SEGS réalisées entre 1984 et 1990 en Californie ; figure 23), dernièrement
réalisée au USA à NEVADA (64 MW) et actuellement en construction
en Andalousie (AndaSol 1 et 2, 2 x 50 MW), une centrale solaire de
50 MW, occuperait 1 km2, au lieu de 1,2 km2 en Andalousie, et produirait
115 à 125 millions de kWh d’électricité solaire par an au lieu d’une
productibilité de 95 à 105 millions de kWh en Andalousie.
La centrale solaire à tour (PS 10), technologie en démonstration depuis
des années et récemment commercialisée au sud de l’Espagne près de
Séville (au fond de l’image dans la figure 37), produirait selon les
prévisions des constructeurs environ 90 millions de kWh par km2 et par
an.

Dans l’avant-plan de la photo il y a le champ de construction de la


centrale solaire PS 20 avec une puissance de 20 MW. Les deux unités
PS 10 et PS 20 fonctionnent en mode hybride (solaire et gaz naturel),
mais la part de la ressource fossile est limitée à 15 %. Par contre, la centrale
« solaire » de Ain Beni Mathar dans la région nord-est du Maroc, elle
aussi hybride, fonctionnera à hauteur de 98 % à base de gaz naturel.
204 La sécurité énergétique en Méditerranée

La différence entre la productibilité de la centrale PS10 ou Andasol 1,


ou une autre se trouvant en Andalousie, et celle d’une centrale de même
concept et d’une puissance équivalente se trouvant au sud-est du Maroc,
est négligeable en été et elle n’est pas très grande au niveau de la
production annuelle. Cependant, au niveau de la production en hiver, la
différence est importante. En effet, la production hivernale au sud-est
du Maroc est deux à trois fois plus grande que celle au sud de l’Espagne.
La comparaison avec la productibilité d’une centrale thermosolaire
en Allemagne ne se pose pas vu qu’il n’y a pas d’installation ni de projet
de ce type dans ce pays. Ce qui n’empêche pas les Allemands de construire
une unité pour les besoins de la recherche-développement (centrale à tour)
à Jülich. Ce qui souligne la conviction de la société allemande (Etat,
recherche, industrie et finance) du rôle que peuvent jouer les centrales
solaires à concentration dans l’avenir dans des pays appropriés et de la
volonté de continuer à jouer un rôle d’industriel leader dans ce domaine.
Comme la technologie PV n’exige pas le suivi du soleil pour
fonctionner, le choix du lieu d’installation est moins important que pour
les CSP. Pour la technologie PV, une grande expérience et beaucoup de
données sont disponibles en Allemagne et dans d’autres pays européens.
Une centrale photovoltaïque en Allemagne produirait annuellement en
moyenne environ 900 kWh par kW de puissance installée. Au sud-est
du Maroc, un kW photovoltaïque installé produirait plus de 2 000 kWh
annuellement. En hiver la productibilité au Maroc serait de 400 à 600 %
plus grande qu’en Allemagne.
Ajoutons à cela que la disponibilité des surfaces adéquates au sud et
au sud-est du Maroc est très grande et en général ces surfaces ne sont
pas utilisables autrement. La figure 37 montre que l’environnement des
centrales PS10 et PS20 est utilisable pour la production agricole, ce qui
augmente la valeur du terrain et donc le coût de la production.
La figure 38 présente l’évolution des prix du kWh pour les deux
technologies, CSP et PV en fonction de la latitude du site de l’installation
et du développement technologique.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 205

Figure 38
Comparaison du coût de production des technologies PV et CSP
en fonction de la latitude

L’intégration des données de l’étude «Renewable Energy Potentials »


déjà citée et des estimations du prix de revient du kWh pour la région
MENA et pour des sites au sud-est du Maroc dans le cadre des études
CSP (base du concept DESRTEC) ont permis d’extrapoler (en rouge) la
tendance présentée pour les régions au nord de la latitude 34° nord dans
le diagramme de base extrait de l’étude (Solar Power – Photovoltaïcs or
Solar Thermal Power Plants ?) aux latitudes entre 34° et 20° nord. Dans
la figure 39, l’ellipse en noir présente l’espace ibérique et en rouge l’espace
maghrébin, et ils permettent une comparaison des coûts de production
pour la technologie CSP entre la région sud-est du Maroc et l’Andalousie
en Espagne.
L’équipement d’une surface de 200 km2 (soit moins de 0,03 % de la
surface nationale) dans la région sud-est du Maroc (Zagora, Smara) par
des centrales solaires (type cylindroparabolique, Fresnel, à tour ou Dish-
Stirling) permettrait une production annuelle entre 14 et 25 milliards de
kWh d’électricité. L’énergie appelée nette au Maroc était de 24 milliards
de kWh en 2008.
206 La sécurité énergétique en Méditerranée

Le Maroc ne jouit pas seulement d’un gisement solaire très important


et de bonne qualité mais aussi d’un gisement éolien, pas aussi important
mais de très bonne qualité. La qualité du gisement éolien au nord du Maroc
permet aux éoliennes du parc Abdelkhalek Torres (50 MW) d’avoir un
facteur de capacité supérieur à 40 %, lorsqu’en Europe, rares sont les sites
où des éoliennes, aussi petites et avec des tours aussi basses que celles
installées au Maroc, peuvent atteindre un facteur de capacité de 30 %.
Cette bonne qualité du gisement éolien n’est pas limitée à la région
du Détroit. Au sud du Maroc, nous trouvons des espaces bien plus étendus
et bien plus adaptés à une valorisation extensive de l’énergie éolienne,
qui sont aussi très bien ventés. Le potentiel de production d’électricité
éolienne dans cette région dépasse de très loin en volume les besoins
actuels et futurs du Maroc, et la qualité du gisement dans cette région
présente une grande concurrence pour le site du parc Adelkhalek Torres.
Un autre atout du Maroc, et non le dernier : le site Sebkhat Tah.
Il est certain que le système CSP avec stockage améliore
considérablement les conditions d’intégration d’énergie solaire dans le
parc de production d’électricité, mais ne peut pour autant éliminer
totalement le caractère intermittent de la source. L’unité de recherche
sur les technologies et l’économie des énergies renouvelables (TEER)
au CNRST a repris au début des années 90 le projet hydro-solaire Sebkhat
Tah pour la production d’électricité de l’ONE et a intégré une composante
de stockage par pompage. Le concept développé à cette date permettrait
une capacité de stockage de 500 GWh. L’étude a été reprise ces
dernières années, et le nouveau concept permet de doubler la capacité
de stockage et d’atteindre environ 1 000 GWh. Avec cette capacité de
stockage, la part des ressources renouvelables intermittentes peut être
augmentée considérablement.
Une composition optimisée (éolien, CSP avec stockage de chaleur
(en moyenne l’équivalent de 6 heures de fonctionnement), STEP
Affourar, STEP Abdelmoumen, STEP Sebkhat Tah et les autres ressources
renouvelables et non renouvelables) du parc permettrait pour une
énergie appelée de l’ordre de 40 000 GWh une participation des
ressources renouvelables intermittentes de plus de 66 %.
Le Maroc dispose pratiquement de l’ensemble des atouts nécessaires
pour une valorisation rationnelle et bénéfique des énergies renouvelables,
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 207

il ne manque principalement qu’une volonté politique précise, bien


développée et clairement exprimée dans le cadre d’un programme bien
étudié.
Des changements cruciaux ont été entamés ces dernières années au
Maroc au niveau des droits politiques, sociaux et économiques. De grands
chantiers ont démarré. Nous espérons que ce champ de changements et
l’engouement actuel des efforts de développement atteignent très
prochainement le secteur de l’énergie. Nous avons besoin d’une nouvelle
vision publique nationale dans le domaine de l’énergie, qui se base sur
les principes fondamentaux de l’évolution qui sont le garant de la
durabilité, qui mobiliserait les ressources humaines du pays dans le cadre
d’une valorisation rationnelle des ressources naturelles nationales les plus
abondantes.
Une nouvelle vision dans ce domaine se cristallise depuis quelques
années au niveau international, gouvernemental (International Partnership
for Hydrogen Economy ([Link]) et non gouvernemental (Trans-
M e diterranean R en ew ab le En erg y C o o p e ra t i o n « T R E C »
[Link]/de) et autres initiatives à travers le monde) et autres
programmes régionaux (154). Les composantes de base de cette nouvelle
vision sont :
1. la mobilisation des différentes sources d’énergie renouvelable ;
2. la complémentarité entre les pays et les régions ;
3. l’électricité : produit et interface de base dans la plupart des
transformations des ressources renouvelables ;
4. l’hydrogène : interface de stockage, carburant et matière première
dans l’industrie chimique.
Tenant compte essentiellement des trois premières composantes et
prenant en considération la problématique de l’eau dans la région MENA,
le concept DESERTEC a été développé par TREC. Il a été conçu dans
le but de mettre valeur les espaces désertiques de la région MENA et la

(154) Des efforts et des propositions dans ce sens au niveau de plusieurs pays existent depuis
environ une vingtaine d’années. Au Maroc par exemple :
1. Présentation du projet « LE MAROC SOLAIRE» à feu Sa Majesté Hassan II et au Président
allemand R. Von Weizsäcker à l’occasion de la visite de ce dernier au Maroc en 1990.
2. Publication du livre «Vers un Maroc exportateur d’énergie (le Maroc et l’hydrogène solaire)»
en 1994.
208 La sécurité énergétique en Méditerranée

technologie au service d’une sécurité renforcée dans le domaine de


l’énergie, de l’eau et d’une protection plus forte du climat. Dans ce but,
il est proposé que l’Europe, le Moyen-Orient (Middle East) et l’Afrique
du Nord (ensemble de régions noté EU-MENA) coopèrent pour la
production d’électricité et d’eau dessalée en utilisant l’énergie solaire
thermique à concentration et des éoliennes dans les espaces appropriés
du MENA. Ces technologies peuvent répondre de plus en plus à la
demande d’électricité et de dessalement d’eau de mer et produire de
l’électricité propre qui peut être exportée par des lignes de transmission
en Courant Continu Haute Tension (HVDC) avec de faibles pertes vers
l’Europe (10 à 15 %).
Trois études, financées par le Ministère fédéral allemand de
l’environnement, de la protection de la nature et de la sûreté nucléaire
(BMU) et dirigées par le Centre de recherche spatiale de Stuttgart (DLR),
ont permis d’évaluer le potentiel des énergies renouvelables dans le
MENA, les besoins attendus pour 2050 en énergie et en eau, et la faisabilité
d’une construction d’un réseau de transport électrique entre l’EU et le
MENA. Les études MED-CSP et TRANS-CSP concernent le potentiel
d’énergie solaire, le déploiement de la technologie des centrales à
concentration (CSP) et le transport d’électricité vers l’Europe. L’étude
AQUA-CSP couvre les aspects relatifs au dessalement solaire de l’eau
de mer. Un résumé de l’ensemble des études enrichi par des interventions
de personnalités politiques et scientifiques est présenté dans le Livre blanc
disponible sur le site de DESERTEC ([Link]).
• Une coopération entre les deux rives de la méditerranée présente
d’énormes avantages, nous en soulignons quelques-uns : elle permettrait
en parallèle l’ouverture du marché subméditerranéen aux industriels et
aux entrepreneurs européens, un transfert de technologie et la création
d’un nouveau tissu industriel dans la rive sud avec un grand potentiel
de création d’emplois.
• La création d’emplois au Sud, et surtout dans des régions actuellement
peu développées économiquement (parce qu’elles sont trop ensoleillées
ou trop ventées), réduirait le volume des’émigrations clandestines vers
l’Europe en substituant le flux humain par un flux d’énergie. Le coût de
production, bénéficiant de la bonne qualité du gisement subméditerranéen
et de l’économie de l’échelle, faciliterait l’ouverture du marché de l’Europe
à l’importation de l’électricité verte du Sud.
Le développement durable et la problématique des énergies renouvelables 209

• Cette importation d’électricité verte ne rendra pas seulement plus


facile et plus économique la réalisation de l’engagement de l’Europe dans
la réduction des émissions des gaz à effet de serre, mais elle permettra
aussi un engagement plus fort et plus efficace de l’ensemble des pays
de la région contre les dangers du changement climatique.
• Le revenu du Maroc (et des autres pays subméditerranéen) résultant
de l’exportation d’électricité verte permettrait de mieux couvrir
l’augmentation nécessaire des importations indispensables au
développement du pays et renforcerait les exportations européennes.
• Tenant compte de l’évolution du marché de l’énergie et de l’état de
l’environnement (Rapport 2007 du GIEC), même des industriels du secteur
de l’électricité européen annoncent leur disposition à participer à des
projets allant dans ce sens (le président de «Energie-Baden-Wurtemberg »
est prêt à participer à des projets de production d’électricité verte pour
l’Europe en Afrique du Nord (Home page FINANCE 12/03/07).
• Tenant compte des bonnes relations historiques, un engagement du
Maroc avec des partenaires européens dans cette coopération ouvrira la
bonne voie à la participation d’autres pays de la région et engendrera un
engouement bénéfique pour toute la région.

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California Berkeley, 01/31/2006.
24. R. Pollin ; H. Garrett-Peltier ; J. Heintz ; H. Scharber ; K. Batten ;
B. Hendricks, « Green Recovery : A Program to Create Good Jobs and
Start Building a Low Carbon Economy », Political Economy Research
Institute (PERI) University of Massachusetts-Amherst and Center for
American Progress, september 2008.
ANNEXES
Conclusions de la présidence
Conseil européen de Bruxelles

11 et 12 décembre 2008

Le Conseil européen s’est réuni les 11 et 12 décembre 2008 et a


approuvé un plan de relance de l’économie européenne équivalent a
environ 1,5 % du PIB de l’Union européenne (chiffre équivalent a environ
200 milliards d’euros). Ce plan constitue le cadre commun des efforts
entrepris par les Etats membres et par l’Union européenne, afin d’assurer
leur cohérence et ainsi maximiser leurs effets. Le Conseil européen est
également parvenu a un accord sur le paquet énergie/changement
climatique, qui doit permettre de finaliser ce paquet avec le Parlement
européen d’ici la fin de l’année. Cette percée décisive permettra a l’Union
européenne d’honorer les engagements ambitieux pris dans ce domaine
en 2007 et de conserver son rôle moteur dans la recherche d’un accord
mondial ambitieux et global a Copenhague l’année prochaine. Le
Conseil européen a marqué sa volonté, par des décisions concrètes, de
donner un nouvel élan a la politique européenne de sécurité et de défense
afin de répondre aux nouveaux enjeux de sa sécurité. Enfin, le Conseil
européen a débattu des éléments destinés a répondre aux préoccupations
exprimées lors du référendum irlandais et a défini une démarche afin de
permettre au traité de Lisbonne d’entrer en vigueur avant la fin de 2009.
La réunion du Conseil européen a été précédée d’un exposé de
M. Hans-Gert Pottering, président du Parlement européen, a l’issue duquel
un échange de vues a eu lieu.

I. Traité de Lisbonne
1. Le Conseil européen réaffirme qu’il considère que le traité de
Lisbonne est nécessaire pour aider l’Union élargie a fonctionner de
manière plus efficace, plus démocratique et plus effective, y compris sur
la scène internationale. Afin que le traité puisse entrer en vigueur avant
la fin de 2009, le Conseil européen, tout en respectant les buts et objectifs
des traités, a défini la démarche suivante.
214 La sécurité énergétique en Méditerranée

2. En ce qui concerne la composition de la Commission, le Conseil


européen rappelle que les traités en vigueur exigent la réduction du nombre
des membres de la Commission en 2009. Le Conseil européen convient
que, a condition que le traité de Lisbonne entre en vigueur, une décision
sera prise, conformément aux procédures juridiques nécessaires, pour que
la Commission puisse continuer de comprendre un national de chaque
Etat membre.
3. Le Conseil européen a pris note avec attention des autres
préoccupations du peuple irlandais présentées par le premier ministre
irlandais, telles qu’énoncées a l’annexe 1, sur la politique fiscale, la famille
et les questions sociales et éthiques, ainsi que la politique commune de
sécurité et de défense pour ce qui est de la politique traditionnelle de
neutralité de l’Irlande. Le Conseil européen convient que, a condition
que l’Irlande prenne l’engagement visé au point 4, l’ensemble des
préoccupations mentionnées dans ladite déclaration seront traitées de
manière a satisfaire a la fois l’Irlande et les autres Etats membres.
Les garanties juridiques nécessaires seront apportées sur les trois points
suivants :
• aucune des dispositions du traité de Lisbonne ne modifie en quoi
que ce soit, pour aucun Etat membre, l’étendue ou la mise en œuvre des
compétences de l’Union dans le domaine fiscal ;
• le traité de Lisbonne n’affecte pas la politique de sécurité et de défense
des Etats membres, y compris la politique traditionnelle de neutralité de
l’Irlande, ni les obligations de la plupart des autres Etats membres ;
• une garantie que les dispositions de la Constitution irlandaise
concernant le droit a la vie, l’éducation et la famille ne sont pas du tout
affectées par l’attribution par le traité de Lisbonne d’un statut juridique
a la Charte des droits fondamentaux de l’UE et par les dispositions dudit
traité relatives a la justice et aux affaires intérieures.
• En outre, la grande importance que l’Union attache aux questions
mentionnées a l’annexe 1, point d), y compris les droits des travailleurs,
sera confirmée.
4. A la lumière des engagements du Conseil européen ci-dessus, et
sous réserve que les travaux de suivi détaillés soient achevés de manière
satisfaisante d’ici la mi-2009 et avec la présomption qu’ils seront mis
Annexes 215

en œuvre de manière satisfaisante, le gouvernement irlandais s’engage


a rechercher la ratification du traité de Lisbonne d’ici la fin du mandat
de l’actuelle Commission.

II. Questions économiques et financières


5. La crise économique et financière est une crise mondiale. C’est
pourquoi l’Union européenne travaille de concert avec ses partenaires
internationaux. Le sommet tenu a Washington le 15 novembre 2008 a
son initiative a défini un programme de travail ambitieux en vue d’une
relance concertée de l’économie mondiale, d’une régulation plus efficace
des marchés financiers, d’une gouvernance mondiale améliorée et du refus
du protectionnisme. Il doit être mis en œuvre conformément au calendrier
établi. Le Conseil est invité a organiser la préparation de ces travaux avec
la Commission et a faire rapport au Conseil européen de printemps 2009
sur leur avancée, dans la perspective du prochain sommet qui aura lieu
le 2 avril prochain a Londres.
6. L’Europe a défini, de manière coordonnée, les mesures d’urgence
nécessaires pour rétablir le bon fonctionnement du système financier et
la confiance des acteurs économiques. Le Conseil européen souligne la
nécessité pour les Etats membres de pouvoir finaliser sans délai ces
mesures. Il appelle a leur pleine et rapide mise en œuvre, avec le concours
de tous les acteurs concernés, conformément au cadre établi par le Conseil
le 2 décembre 2008. Le Conseil européen exhorte les banques et les
institutions financières a utiliser pleinement les facilités qui leur sont
accordées pour maintenir et soutenir les crédits a l’économie ainsi qu’a
répercuter sur les emprunteurs les réductions des taux d’intérêt centraux.
A cet égard, il convient d’assurer que les mesures du cadre commun, en
particulier les mécanismes de garantie, soient effectivement appliquées
de manière a contribuer a abaisser le coût du financement des institutions
financières au bénéfice des entreprises et des ménages.
7. Les marchés financiers demeurent fragiles. Nous devons rester
vigilants et continuer a mettre en œuvre de manière prioritaire les mesures
destinées a renforcer la stabilité, la supervision et la transparence du
secteur financier, en particulier celles prévues par la feuille de route du
Conseil ECOFIN. Dans ce contexte, le Conseil européen souhaite que
les négociations avec le Parlement européen aboutissent a l’adoption
216 La sécurité énergétique en Méditerranée

rapide des décisions législatives qui ont fait l’objet d’une orientation
générale du Conseil (1). Il appelle également a des décisions rapides sur
les autres sujets prioritaires identifiés, en particulier les agences de
notation, la supervision financière et les normes comptables.
8. La crise financière frappe maintenant l’économie. La zone euro,
voire l’Union toute entière, sont menacées de récession. Dans ces
circonstances exceptionnelles, l’Europe agira de manière unie, forte,
rapide et décisive pour éviter une spirale récessive et soutenir l’activité
économique et l’emploi. Elle mobilisera tous les instruments dont elle
dispose et agira de manière concertée afin de maximiser l’effet des mesures
prises par l’Union et par chacun des Etats membres. Dans ce contexte,
les politiques de protection et d’inclusion sociales des Etats membres
ont également un rôle vital a jouer.
Le Conseil européen marque son accord sur un plan européen de
relance économique, explicité ci-dessous. Ce plan constituera un cadre
cohérent pour l’action a mener au niveau de l’Union ainsi que pour les
mesures décidées par chaque Etat membre en tenant compte de la situation
de chacun. Dans l’esprit de la communication de la Commission du 26
novembre 2008, il repose sur un effort équivalent au total a environ 1,5 %
du PIB de l’Union européenne. Il prévoit également le lancement d’actions
prioritaires destinées a accélérer l’ajustement de nos économies face aux
défis actuels.
Dans ce contexte, la Banque centrale européenne et les autres banques
centrales ont considérablement réduit leurs taux d’intérêt ; elles
soutiennent ainsi une croissance non-inflationniste et contribuent à la
stabilité financière
11. En ce qui concerne l’action relevant de l’Union européenne, le
Conseil européen soutient en particulier :
– l’augmentation par la Banque européenne d’investissement de ses
interventions, a hauteur de 30 milliards d’euros en 20/10/2009, en
particulier au bénéfice des petites et moyennes entreprises, pour l’énergie
renouvelable et pour le transport propre notamment au bénéfice du secteur
automobile, de même que la création du Fonds européen 2020 pour

(1) Projets de directives sur les exigences de fonds propres des banques, sur la solvabilité des
compagnies d’assurance, sur les organismes de placement collectif en valeurs mobilières et
sur la protection des dépôts des épargnants.
Annexes 217

l’énergie, le changement climatique et les infrastructures (« fonds


Marguerite ») en partenariat avec des investisseurs institutionnels
nationaux ;
– la simplification des procédures et l’accélération de la mise en œuvre
des programmes financés par le Fonds de cohésion, les Fonds structurels
ou le Fonds européen agricole et de développement rural en vue du
renforcement des investissements d’infrastructures et en matière
d’efficacité énergétique ;
– sur la base d’une liste de projets concrets que présentera la
Commission en tenant compte d’un équilibre géographique adéquat, la
mobilisation des possibilités permettant, dans le cadre du budget
communautaire, de renforcer les investissements dans ces secteurs et de
développer, par le biais d’incitations réglementaires, L'internet a haut
débit, y compris dans les zones mal desservies ;
– le lancement rapide par le Fonds social européen d’actions
supplémentaires en soutien a l’emploi, notamment au bénéfice des
populations les plus vulnérables, en accordant une attention particulière
aux entreprises les plus petites en réduisant le coût non salarial du travail ;
– la mobilisation en faveur de l’emploi dans des secteurs clé de
l’économie européenne en particulier par le Fonds européen d’ajustement
a la mondialisation, y compris grâce a l’amélioration et l’accélération
de ses procédures ;
– la possibilité, pour les Etats membres qui le désirent, d’appliquer
des taux de TVA réduits dans certains secteurs : le Conseil européen
demande au Conseil ECOFIN de régler cette question avant le mois de
mars 2009;
– une franchise temporaire de deux ans au-delà du seuil “de minimis”
en matière d’aides d’Etat pour un montant jusqu’à 500 000 euros et
l’adaptation du cadre nécessaire pour accroître le soutien aux entreprises,
en particulier les PME, ainsi que la pleine mise en œuvre du plan d’action
pour un “Small Business Act” adopté par le Conseil le 1er décembre 2008 ;
– Le recours, pour 2009 et 2010, aux procédures accélérées prévues
dans les directives relatives aux marchés publics, qui se justifie compte
tenu de la nature exceptionnelle de la situation économique actuelle, afin
de ramener de 87 a 30 jours la durée des procédures d’appel d’offres les
plus couramment utilisées dans le cadre de grands projets publics ;
218 La sécurité énergétique en Méditerranée

– La poursuite d’une réduction générale et significative des charges


administratives pesant sur les entreprises.
– Le Conseil européen invite le Parlement européen, le Conseil et la
Commission a adopter les décisions nécessaires, y compris, le cas échéant,
en ce qui concerne le cadre réglementaire, dans le plein respect des
perspectives financières actuelles et des procédures de l’accord inter-
institutionnel selon un calendrier aussi accéléré que possible.
12. A leur niveau, les Etats membres ont déjà pris un certain nombre
de mesures importantes, répondant a leur situation propre et reflétant des
marges de man œuvre différentes. Un effort accru et coordonné est
nécessaire eu égard a l’ampleur de la crise, dans le cadre d’une approche
commune reposant sur les lignes directrices suivantes :
– les mesures de soutien a la demande doivent viser un effet
immédiat, être limitées dans le temps et ciblées sur les secteurs le plus
touchés et les plus importants au regard de la structure de l’économie
(par exemple le secteur automobile et la construction) ;
– ces mesures peuvent prendre la forme, en fonction des situations
nationales, d’une augmentation de la dépense publique, de réductions
judicieuses de la pression fiscale, d’une diminution des charges sociales,
de soutiens a certaines catégories d’entreprises ou d’aides directes aux
ménages en particulier les plus vulnérables ;
– elles seront accompagnées d’un effort accru de mise en œuvre des
réformes structurelles dans le cadre de la stratégie de Lisbonne. Ces
réformes seront axées sur un financement accru de l’investissement et
des infrastructures, une amélioration de la compétitivité des entreprises,
un soutien plus important accordé aux PME et une promotion de l’emploi,
de l’innovation, de la recherche & développement ainsi que de l’éducation
et de la formation.
13. Le Conseil européen souligne que le Pacte de stabilité et de
croissance révisé demeure la pierre angulaire du cadre budgétaire de l’UE.
Il offre la flexibilité permet an la mise en œuvre de l’ensemble des mesures
du plan de relance. Conscient que ces dernières creuseront temporairement
les déficits, le Conseil européen réaffirme son plein engagement en faveur
de finances publiques soutenables et appelle les Etats membres a revenir
dès que possible, conformément au Pacte, et au rythme du redressement
économique, vers leurs objectifs budgétaires de moyen terme.
Annexes 219

14. Dans les circonstances actuelles, l’application par la Commission


des règles de concurrence doit également répondre a l’exigence d’une
action rapide et flexible. Dans ce contexte, le Conseil européen salue
notamment l’adoption par la Commission de nouvelles lignes directrices
pour les institutions financières et appelle a leur prompte mise en œuvre.
15. Le Conseil européen est convaincu que cet ambitieux plan de
relance, qui converge avec les initiatives similaires mises en œuvre par
les autres principales économies de la planète, apportera une contribution
décisive au retour rapide de l’économie européenne vers le chemin de
la croissance et de la création d’emplois. Il appréciera, a partir de sa session
de mars 2009, la bonne mise en œuvre du plan de relance et pourra le
compléter ou l’adapter en tant que de besoin.
16. Le Conseil européen invite le Conseil et la Commission a engager
un dialogue avec les pays producteurs d’hydrocarbures pour rechercher
les moyens d’une stabilisation durable des prix de l’énergie.
17. Le Conseil européen souscrit a l’objectif de parvenir cette année
au sein de l’Organisation mondiale du commerce a un accord sur des
modalités conduisant a la conclusion du programme de Doha pour le
développement avec un résultat ambitieux, global et équilibré.
18. L’Europe doit continuer a investir dans son avenir. Sa prospérité
future est a ce prix. Le Conseil européen appelle au lancement d’un plan
européen pour l’innovation, en liaison avec le développement de
l’Espace européen de la recherche ainsi qu’avec la réflexion sur l’avenir
de la stratégie de Lisbonne au-delà de 2010, embrassant toutes les
conditions du développement durable et les principales technologies du
futur (notamment l’énergie, les technologies de l’information, les
nanotechnologies, les technologies spatiales et les services qui en
découlent, les sciences du vivant).

III. Energie et changement climatique


19. Le Conseil européen salue le résultat des travaux conduits avec
le Parlement européen, dans le cadre de la codécision, qui ont permis de
dégager un large accord de principe sur la plus grande partie des quatre
propositions du paquet législatif énergie/climat. Il salue également
l’accord complet sur les propositions législatives “CO2 véhicules légers”,
“Qualité des carburants” et la directive “Sources d’énergie renouvelables”.
220 La sécurité énergétique en Méditerranée

20. Le Conseil européen a débattu des enjeux de la mise en œuvre


du paquet et des questions encore ouvertes. Il est parvenu a un accord
sur les éléments repris dans le document 17215/08.
21. Le Conseil européen invite le Conseil a rechercher un accord avec
le Parlement européen sur la base de ce qui précède afin de permettre
un accord en première lecture sur l’ensemble du paquet avant la fin de
l’année.
22. Ce paquet assurera la mise en œuvre des engagements ambitieux
en matière énergétique et climatique pris par l’Union européenne en mars
2007 et mars 2008, en particulier l’objectif de réduction de 20 % des
émissions de gaz a effet de serre en 2020. Le Conseil européen confirme
l’engagement de l’Union européenne de porter cette réduction a 30 %
dans le cadre d’un accord mondial ambitieux et global a Copenhague
sur le changement climatique pour l’après-2012 a condition que les autres
pays développés s’engagent a atteindre des réductions d’émissions
comparables et que les pays en développement plus avancés sur le plan
économique apportent une contribution adaptée a leurs responsabilités
et a leurs capacités respectives.
23. La Commission présentera au Conseil européen en mars 2010 une
analyse détaillée du résultat de la Conférence de Copenhague, notamment
en ce qui concerne le passage d’une réduction de 20 % a 30 %. Le Conseil
européen procédera, sur cette base, a une évaluation de la situation, y
compris les effets sur la compétitivité de l’industrie européenne et des
autres secteurs économiques.
24. Dans le contexte de cet accord et du plan de relance économique,
il est impératif d’intensifier les actions en vue d’améliorer l’efficacité
énergétique des bâtiments et les infrastructures énergétiques, de
promouvoir les “produits verts” et de soutenir les efforts de l’industrie
automobile visant a produire des véhicules plus respectueux de
l’environnement.
L’effort de l’Union contre le changement climatique va de pair avec
une action résolue afin de
25. Renforcer sa sécurité énergétique, y compris les interconnexions
et la connexion des pays les plus isolés de l’ensemble européen. A cet
égard, le Conseil européen demande au Conseil, sur la base des
orientations définies dans ses conclusions d’octobre 2008, de procéder
Annexes 221

a l’examen rapide du Plan d’action sur la sécurité et la solidarité


énergétiques présenté par la Commission, en vue de sa réunion de
mars 2009.

IV. Relations extérieures et politique européenne de sécurité


et de défense
Politique européenne de voisinage
28. Le Conseil européen fait siennes les orientations dégagées lors
de la réunion ministérielle tenue a Marseille les 3 et 4 novembre 2008,
qui ont permis de préciser les modalités de fonctionnement de l’Union
pour la Méditerranée. Il appelle, dans le cadre des structures ainsi mises
en place, a la poursuite de la mise en œuvre ambitieuse de cette initiative
dans toutes ses dimensions.
29. De même, le Partenariat oriental permettra de renforcer de manière
significative la politique de l’UE a l’égard des partenaires orientaux de
la politique européenne de voisinage (2) dans un cadre bilatéral et
multilatéral, de manière complémentaire avec les autres coopérations
existant déjà dans le voisinage de l’Union, telles que la “Synergie de la
mer Noire”, dont il conviendra de tenir compte.
Le Partenariat oriental devrait aider les pays partenaires a progresser
dans leurs processus de réforme en contribuant ainsi a leur stabilité et a
leur rapprochement de l’UE. Le Conseil européen salue les propositions
présentées par la Commission dans sa communication du 3 décembre 2008
et charge le Conseil de les examiner et de lui faire rapport en vue de
l’approbation de cette initiative ambitieuse lors de sa session de mars
2009 et du lancement du Partenariat oriental lors d’un sommet avec les
pays partenaires organisé par la future présidence tchèque.

Politique européenne de sécurité et de défense


30. Le Conseil européen marque sa volonté de conférer, a travers la
déclaration ci-jointe (3), un nouvel élan a la politique européenne de
sécurité et de défense. Respectueuse des principes de la Charte des Nations
unies et des décisions du Conseil de sécurité des Nations unies, cette

(2) Arménie, AzerbaIdjan, Biélorussie, Géorgie, République de Moldavie, Ukraine.


(3) cf. annexe 2.
222 La sécurité énergétique en Méditerranée

politique continuera a se développer en pleine complémentarité avec


l’OTAN dans le cadre agréé du partenariat stratégique entre l’UE et
l’OTAN et dans le respect de leur autonomie de décision et de leurs
procédures respectives. A cette fin, le Conseil européen souscrit a l’analyse
du rapport sur la mise en œuvre de la stratégie européenne de sécurité
de 2003 et fait siennes les déclarations adoptées par le Conseil (4), qui
conviennent d’objectifs nouveaux pour renforcer et optimiser les
capacités européennes dans les années a venir et soulignent la volonté
de l’UE d’agir au service de la paix et de la sécurité internationales tout
en contribuant concrètement à la sécurité des citoyens.

(4) cf. références figurant a l’annexe 6.


Annexes 223

Conclusions de la présidence
Conseil européen de Bruxelles
Le 13 et 14 mars 2008

Extraits

Changement climatique et énergie


17. L’an dernier, l’UE a pris des engagements fermes et ambitieux
en matière de politique climatique et énergétique ; aujourd’hui, en 2008,
il s’agit de les tenir. En décembre dernier, la conférence de Bali sur le
changement climatique avait permis de réaliser une percée décisive et
de lancer un processus de négociation international ouvert à tous, qui
est exposé intégralement dans la Feuille de route de Bali. L’UE tient à
conserver un rôle moteur au niveau international en matière de
changement climatique et d’énergie et elle est fermement décidée à
entretenir la dynamique imprimée aux négociations sur la Convention-
cadre des Nations unies sur les changements climatiques et son protocole
de Kyoto, en particulier lors de la prochaine Conférence des Parties qui
aura lieu à Pozna ? L'objectif est d’aboutir en 2009, à Copenhague, à un
accord mondial ambitieux et global sur le changement climatique pour
l’après-2012, qui soit conforme à l’objectif des 2°C que s’est fixé l’UE.
L’Europe y contribuera fortement en tenant ses engagements par rapport
à tous les objectifs fixés par le Conseil européen du printemps 2007. L’un
des défis majeurs à relever sera de faire en sorte que cette transition vers
une économie sûre et viable à long terme, et produisant peu de composés
carbonés, soit compatible avec le développement durable de l’UE, sa
compétitivité, sa sécurité d’approvisionnement, la sécurité alimentaire,
une gestion saine et viable des finances publiques et la cohésion
économique et sociale. L’UE propose de contribuer à un effort accéléré
et concerté, à haut niveau, visant à soutenir la Convention-cadre des
Nations unies sur les changements climatiques et le plan d’action de Bali
en vue d’élaborer une architecture cohérente et homogène pour un accord
sur l’après-2012 qui garantisse le renforcement des investissements et
des apports financiers destinés aux mesures d’atténuation aussi bien que
d’adaptation. Étant donné que la question du climat et de l’énergie fait
partie intégrante de la stratégie de Lisbonne, elle contribuera également
224 La sécurité énergétique en Méditerranée

de manière constructive à des objectifs de croissance et d’emploi plus


larges.
18. L’ambitieuse série de propositions présentée par la Commission
pour mettre en œuvre les conclusions du Conseil européen du
printemps 2007 constitue un bon point de départ et une base appropriée
pour parvenir à un accord. Le Conseil européen invite la Commission à
continuer de soutenir les efforts déployés par les États membres pour
réduire leurs émissions de gaz à effet de serre par des politiques et des
mesures communautaires globales et ambitieuses. Les délibérations
approfondies du Conseil, travaillant en association étroite avec le
Parlement européen, devraient aboutir à un accord sur ces propositions,
qui constituent un tout cohérent, avant la fin de 2008, ce qui permettra
leur adoption sous la législature actuelle, au plus tard début 2009. Ce
faisant, le Conseil devrait garder à l’esprit qu’il est important de maintenir
l’équilibre global du dispositif législatif dans son ensemble, et il devrait
baser ses travaux sur les principes de transparence, d’efficacité
économique, d’efficacité au regard des coûts, d’équité et de solidarité
dans la répartition des efforts entre les États membres. Le Conseil devrait
également tenir compte du fait que le point de départ, les particularités,
les possibilités et les résultats obtenus diffèrent selon les États membres
et respecter la nécessité d’une croissance économique durable dans
l’ensemble de la Communauté à laquelle contribuent tous les secteurs.
Il convient également de suivre une approche axée sur la souplesse et
sur l’efficacité au regard des coûts pour mettre au point des instruments
fondés sur le marché en vue d’atteindre les objectifs de la politique
énergétique et climatique, de façon à éviter des coûts excessifs pour les
États membres. Il faudra intégrer l’objectif plus ambitieux d’une
réduction de 30 %, dans le cadre d’un accord mondial global, de manière
claire, équilibrée, transparente et équitable, en tenant compte des
travaux entrepris au cours de la première période d’engagement du
protocole de Kyoto.
19. Le Conseil européen est conscient que, dans un contexte mondial
de marchés concurrentiels, le risque de fuite de carbone constitue, dans
certains secteurs, tels que les industries à haute intensité énergétique,
qui sont particulièrement exposés à la concurrence internationale, un
problème qu’il faudra analyser et s’employer à résoudre d’urgence dans
le cadre de la nouvelle directive SCEQE, de sorte que, si les négociations
Annexes 225

internationales échouent, les mesures adéquates puissent être prises. La


conclusion d’un accord international reste la meilleure façon de traiter
cette question.
20. Le Conseil européen souligne que le système d’échange de quotas
d’émission de gaz à effet de serre de l’UE est un élément essentiel d’une
politique intégrée en matière de climat et d’énergie, et il est conscient
de l’importance que revêtent l’instauration dans ce système d’un plafond
unique applicable à l’ensemble de l’UE et la fixation d’une trajectoire
pour la réduction des émissions. La directive révisée devrait améliorer
le rapport coût-efficacité des réductions d’émissions nécessaires,
permettre de lier le système d’échange de quotas d’émissions de l’UE à
d’autres systèmes d’échange obligatoires limitant les émissions en valeur
absolue et renforcer le recours aux mécanismes de flexibilité résultant
de projets mis en œuvre dans les pays tiers. Le Conseil européen insiste
en outre sur la nécessité de faire preuve de souplesse pour atteindre les
objectifs fixés au niveau national pour ce qui est des énergies
renouvelables et des secteurs non couverts par le système d’échange,
conformément au plan d’action adopté par le Conseil européen en
mars 2007, et il souligne qu’il est important de mettre en place des
mécanismes de soutien nationaux efficaces pour les énergies
renouvelables, ainsi qu’un véritable mécanisme de flexibilité fondé sur
des garanties d’origine, comme l’a proposé la Commission. Il souligne
que la politique de la Communauté et des États membres en matière
d’énergie doit accroître l’efficacité énergétique et améliorer la sécurité
de l’approvisionnement, ces deux éléments jouant un rôle essentiel si
l’on veut mener à bien la politique intégrée de l’UE en matière de climat
et d’énergie et parvenir à un développement économique durable.
21. Le Conseil européen rappelle que l'objectif poursuivi en proposant
l’établissement d’un cadre réglementaire concernant le captage et le
stockage du CO2 consiste à garantir que cette nouvelle technologie soit
mise en œuvre d’une manière qui ne nuise pas à l’environnement, ce qui
sera démontré dans le cadre de projets, conformément à ce qui a été
convenu au printemps 2007.
22. En vue d’atteindre l’objectif ambitieux qui a été fixé pour
l’utilisation des biocarburants, il est essentiel de mettre au point et de
respecter des critères de viabilité effective à long terme, que l’on pourrait,
à l’avenir, également envisager d’appliquer à l’utilisation d’autres
226 La sécurité énergétique en Méditerranée

formes de biomasse à des fins énergétiques, conformément aux


conclusions du Conseil européen du printemps 2007, ainsi que d’assurer
la disponibilité, sur le marché, de biocarburants de deuxième génération.
Il est nécessaire de renforcer les synergies entre les politiques menées
dans les domaines du changement climatique et de la biodiversité afin
d’en tirer des bénéfices sur les deux plans, notamment en renforçant les
activités et les mesures mutuellement bénéfiques en ce qui concerne
l’atténuation des changements climatiques et l’adaptation à ceux-ci ainsi
que la production, la consommation et le commerce de biocarburants.
Le Conseil européen encourage les États membres et la Commission à
intensifier leurs efforts pour mettre un terme à l’appauvrissement de la
biodiversité à l’horizon 2010 et au-delà. La neuvième réunion de la
Conférence des parties à la CDB, qui se tiendra à Bonne en mai 2008,
et la réalisation intégrale du réseau Natura 2000 constituent des étapes
essentielles pour atteindre cet objectif.
Un marché intérieur de l’énergie efficace, pleinement opérationnel
et interconnecté est une condition essentielle d’un approvisionnement
énergétique sûr, durable et compétitif en Europe. Le Conseil européen
demande donc instamment au Conseil de mettre à profit les progrès réalisés
récemment sur le troisième ensemble de mesures pour un marché intérieur
dans le domaine du gaz et de l’électricité afin de parvenir à un accord
politique d’ici juin 2008, en prenant pleinement en considération les
conclusions du Conseil européen du printemps 2007. Il invite la
Commission à tenir compte, lorsqu’elle poursuivra le développement de
ces politiques, de la situation et des besoins des marchés de l’énergie
lorsque ceux-ci sont isolés ou de petite taille.
Le Conseil européen rappelle l’importance qu’il attache au
renforcement de la sécurité énergétique de l’UE et de ses États membres.
Si les mesures liées au changement climatique et à l’énergie, le marché
intérieur de l’énergie et les nouvelles technologies contribuent tous à la
réalisation de cet objectif, il convient également d’œuvrer avec
détermination au renforcement de la dimension extérieure de la politique
énergétique pour l’Europe pour la période 2007-2009. Le Conseil européen
note avec satisfaction les progrès accomplis à cet égard, qui sont présentés
dans le rapport sur l’état d’avancement des travaux soumis au Conseil
(doc. 6778/08) ; il entreprendra une évaluation plus complète des
progrès réalisés dans la mise en œuvre et des nouvelles mesures
Annexes 227

nécessaires à la lumière de la prochaine analyse stratégique de la politique


énergétique, qui sera présentée en novembre 2008 et devra être approuvée
par le Conseil européen du printemps 2009, et qui servira de base au
nouveau plan d’action dans le domaine de l’énergie pour l’après-2010,
lequel devra être adopté par le Conseil européen du printemps 2010. Cette
analyse stratégique de la politique énergétique sera axée notamment sur
la sécurité de l’approvisionnement, y compris en ce qui concerne les
interconnexions, et sur la politique énergétique extérieure. Le Conseil
européen attache une importance particulière au fait que l’UE et ses États
membres s’expriment d’une même voix, vis-à-vis des tierces parties, sur
les questions d’énergie.
26. Le Conseil européen salue le rapport commun du Haut
Représentant et de la Commission sur les conséquences du changement
climatique pour la sécurité internationale. Il souligne l’importance de
cette question et invite le Conseil à examiner ce document et à formuler,
au plus tard en décembre 2008, des recommandations sur les mesures
de suivi appropriées, notamment sur les moyens d’intensifier la
coopération avec les régions et pays tiers concernant l’impact du
changement climatique sur la sécurité internationale.
27. L’évolution vers une économie sûre et durable, à faibles émissions
de composés carbonés, aura un impact sur de nombreuses politiques ainsi
que sur la vie quotidienne et la situation économique de la population.
Il y a lieu de mener des politiques cohérentes exploitant les synergies
en rapport avec l’énergie et le changement climatique également dans
les trois autres domaines prioritaires de la stratégie de Lisbonne, ainsi
que dans d’autres domaines d’action de l’UE, y compris :
– en élaborant des politiques cohérentes en matière de R&D et
d’innovation au niveau européen et national ;
– en libérant le potentiel économique des éco-industries, en élaborant
une politique industrielle viable à long terme et en développant des
marchés pilotes durables et compétitifs sur le plan mondial, tout en tenant
compte de l’impact des mesures liées à l’énergie et au changement
climatique sur la compétitivité ;
– en favorisant la mise en place d’un système de transport viable à
long terme, qui permette aux États membres, dans le cadre des politiques
menées par l’UE, de prendre les mesures nécessaires pour efficacement
contre le changement climatique ;
228 La sécurité énergétique en Méditerranée

– en envisageant un réexamen de la directive sur la taxation de l’énergie


en vue de la rendre plus conforme aux objectifs de l’UE en matière
d’énergie et de changement climatique ;
– en améliorant l’efficacité énergétique et l’utilisation efficace des
ressources dans tous les secteurs ;
– en informant le consommateur sur l’utilisation efficace de l’énergie
afin de faire face aux répercussions sociales des questions d’énergie et
de changement climatique et de saisir les possibilités qui y sont liées.
Le Conseil européen invite aussi la Commission, lors de l’élaboration
de ses propositions législatives relatives aux taux de TVA, qui sont
attendues pour l’été 2008, et en coopération avec les États membres, à
examiner les domaines dans lesquels les instruments économiques, y
compris les taux de TVA, peuvent contribuer à accroître l’utilisation des
biens efficaces d’un point de vue énergétique et des matériaux permettant
d’économiser l’énergie.
28. Le Conseil européen souligne la nécessité d’un investissement
soutenu en matière de recherche et développement et de l’adoption
effective des nouvelles technologies énergétiques, comme l’a récemment
indiqué la Commission dans le plan stratégique européen pour les
technologies énergétiques qu’elle a présenté.
29. Le Conseil européen est conscient que le règlement des questions
énergétiques et la lutte contre le changement climatique passent par une
redéfinition des valeurs et un changement des comportements de la part
des citoyens. C’est pourquoi il demande instamment aux gouvernements
nationaux et aux institutions européennes de montrer l’exemple en
accomplissant des progrès notables vers l'objectif consistant à réduire la
consommation d’énergie de leurs bâtiments et de leurs parcs automobiles.

« Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée »


Le Conseil européen a approuvé le principe d’une Union pour la
Méditerranée qui englobera les États membres de l’UE et les États
riverains de la Méditerranée qui ne sont pas membres de l’UE. Il a invité
la Commission à présenter au Conseil les propositions nécessaires pour
définir les modalités de ce que l’on appellera “Processus de Barcelone :
Union pour la Méditerranée”, en vue du sommet qui se tiendra à Paris
le 13 juillet 2008.
Annexes 229

Conclusions de la présidence
Conseil européen de Bruxelles

Bruxelles, le 20 juin 2008

Extraits

Prix élevé des denrées alimentaires et du pétrole : conséquences


pour l’action de l’Union
25. La récente flambée des prix des produits de base est source
d’inquiétude, tant au niveau intérieur, notamment pour ce qui est des
ménages a faibles revenus, qu’au niveau international, en particulier en
ce qui concerne les pays en développement importateurs nets de denrées
alimentaires et/ou de pétrole. Il s’agit d’un phénomène complexe, dont
les raisons profondes et les conséquences sont nombreuses et qui a des
incidences sur l’ensemble des domaines d’action de l’UE. Le Conseil
européen salue les deux communications de la Commission consacrées
a ces questions.
26. Dans le secteur de l’agriculture, l’Union a déjà pris des mesures
visant a limiter la pression exercée sur les prix des denrées alimentaires
en vendant des stocks d’intervention, en réduisant les restitutions a
l’exportation, en supprimant l’exigence de mise en jachère pour 2008,
en augmentant les quotas laitiers et en suspendant les droits d’importation
pour les céréales, ce qui a permis d’améliorer l’approvisionnement et a
contribué a la stabilisation des marchés agricoles.
27. Les réformes successives de la PAC l’ont davantage axée sur le
marché, ont réduit le nombre de mesures de régulation de l’offre et ont
rendu les agriculteurs de l’UE plus réactifs face a l’évolution des prix.
Il importe de continuer a orienter davantage l’agriculture vers les besoins
du marché et de permettre ainsi aux agriculteurs de l’UE de mieux réagir
aux signaux du marché, tout en garantissant une concurrence loyale et
en favorisant une agriculture durable dans toute l’UE et en garantissant
une offre adéquate de denrées alimentaires. Dans le cadre du bilan de
santé de la PAC, le Conseil examinera d’autres mesures permettant de
s’attaquer a ces questions.
230 La sécurité énergétique en Méditerranée

28. Il est indispensable de poursuivre les travaux en matière


d’innovation, de recherche et de développement de la production
agricole, en particulier pour améliorer son efficacité énergétique, la
croissance de sa productivité et sa capacité a s’adapter au changement
climatique.
29. Un certain nombre d’Etats membres prennent actuellement des
mesures a court terme pour atténuer les effets de l’évolution récente du
prix des denrées alimentaires sur les ménages a faibles revenus. Afin qu’il
n’y ait pas de distorsions dans les signaux donnés au niveau des prix, ni
d’effets de grande ampleur au niveau des salaires et des prix dans un
deuxième temps, ces mesures devraient être ciblées et de courte durée.
30. Le Conseil européen salue l’initiative de la Commission visant a
examiner la question de la réglementation restrictive dans le secteur du
commerce de détail dans le cadre du réexamen du marché unique. Il se
félicite également de l’intention qu’a la Commission de suivre
attentivement les activités sur les marchés financiers liés aux produits
de base, y compris les opérations spéculatives, ainsi que leurs
répercussions sur les mouvements de prix et les éventuelles conséquences
pour l’action de l’Union. Le Conseil européen invite la Commission a
faire rapport sur ce problème avant le Conseil européen de décembre 2008
et a envisager de proposer des mesures adéquates pour y faire face,
notamment des mesures visant a améliorer la transparence du marché.
31. Il importe de faire en sorte que les politiques relatives aux
biocarburants s’inscrivent dans la durée, en fixant des critères de durabilité
pour la production des biocarburants de première génération et en
encourageant le développement de biocarburants de deuxième génération
fabriqués a partir de sous-produits. Il est également nécessaire d’évaluer,
dans les meilleurs délais, les incidences éventuelles de ces politiques sur
les produits agricoles destinés a l’alimentation et de prendre des
mesures, le cas échéant, pour faire face a d’éventuels problèmes. Il
convient en outre de poursuivre l’évaluation des incidences
environnementales et sociales de la production et de la consommation
de biocarburants, tant a l’intérieur qu’en dehors de l’UE. Le Conseil
européen souligne qu’il est important de favoriser la coordination avec
les partenaires internationaux de l’UE a cet égard.
Annexes 231

32. Les prix élevés des denrées alimentaires mettent particulièrement


a rude épreuve les pays en développement. Ils ont de graves répercussions
sur la situation des populations les plus pauvres du monde et
compromettent la réalisation de tous les objectifs du Millénaire pour le
développement (OMD). L’Union européenne doit donc prendre des
mesures s’inspirant de préoccupations de développement et d’aide
humanitaire. Le Conseil européen se félicite de la volonté de la
Commission de présenter une proposition visant a instaurer un nouveau
fonds de soutien a l’agriculture dans les pays en développement, dans
le respect des perspectives financières actuelles. L’Union ouvrera en
liaison étroite avec les Nations unies et d’autres organisations
internationales, ainsi que dans le cadre des politiques et stratégies des
pays partenaires.
33. L’UE apporte déjà une aide alimentaire et humanitaire importante
a un grand nombre des régions les plus touchées, et elle mobilisera les
ressources nécessaires pour financer, au-delà de l’aide alimentaire, un
système de protection sociale pour les catégories de populations.
34. L’UE encouragera une réponse internationale mieux coordonnée
et a plus long terme a la crise alimentaire actuelle, en particulier dans le
cadre des Nations unies, des institutions financières internationales et
du G8. Elle se félicite donc de la création par le Secrétaire général des
Nations unies de l’Equipe spéciale de haut niveau sur la crise mondiale
de la sécurité alimentaire. L’UE est déterminée à jouer pleinement son
rôle dans la mise en œuvre de la déclaration approuvée a Rome le 5
juin 2008 lors de la conférence de haut niveau de la FAO sur la sécurité
alimentaire mondiale.
35. L’UE utilisera de manière transparente le dialogue politique qu’elle
mène avec les pays tiers pour les dissuader de limiter ou d’interdire les
exportations de denrées alimentaires. Elle soulèvera également cette
question au sein de l’OMC et d’autres enceintes internationales
compétentes. En outre, l’UE continuera a rechercher, pour le cycle de
Doha, un résultat final global, ambitieux et équilibré.
36. L’UE encouragera l’adoption de mesures résolues au niveau de
l’offre de produits agricoles dans les pays en développement, en
fournissant notamment le financement nécessaire pour les intrants
agricoles et une assistance pour l’utilisation d’instruments de gestion des
232 La sécurité énergétique en Méditerranée

risques fondés sur le marché. Elle renforcera sensiblement son soutien


aux investissements publics et privés dans l’agriculture et, plus
généralement, encouragera les pays en développement a élaborer de
meilleures politiques agricoles, en particulier pour contribuer a la sécurité
alimentaire et renforcer l’intégration régionale. Une attention particulière
sera accordée aux petits producteurs et au renforcement de l’efficacité
énergétique.
37. Le Conseil européen se déclare préoccupé par la hausse continue
du prix du pétrole et du gaz et par ses incidences sociales et économiques.
Des mesures peuvent être envisagées pour atténuer les effets de cette
hausse sur les tranches les plus pauvres de la population, mais elles doivent
rester de courte durée et ciblées. Le Conseil européen se félicite que la
Commission ait l’intention de proposer des mesures a court terme visant
a étayer le processus a long terme de restructuration du secteur de la péché.
Il convient d’éviter des mesures fiscales ou d’autres interventions
publiques qui auraient des effets de distorsion, étant donné qu’elles
empêchent les agents économiques de procéder aux ajustements
nécessaires. Le Conseil européen invite la future présidence, en
coopération avec la Commission, a examiner la faisabilité et l’incidence
de mesures visant a limiter les effets de la flambée du prix du pétrole et
du gaz a lui faire rapport avant sa réunion d’octobre.
38. Cette évolution fait ressortir la nécessité d’adopter rapidement le
paquet sur le changement climatique et l’énergie, dont de nombreux
éléments peuvent contribuer a améliorer la situation. Il est indispensable
de poursuivre les efforts afin d’accroItre l’efficacité énergétique et les
économies d’énergie et de diversifier l’approvisionnement énergétique de
l’UE. Les nouvelles technologies ont en particulier un rôle essentiel a jouer
en la matière. Le Conseil européen invite les Etats membres, la Commission
et la Banque européenne d’investissement a soutenir les mesures visant a
favoriser les investissements des ménages et de l’industrie en faveur de
l’efficacité énergétique, de l’utilisation de sources d’énergie renouvelables
et d’une utilisation des carburants fossiles plus respectueuse de
l’environnement. Il demande instamment aux Etats membres et a la
Commission d’accélérer la mise en œuvre du plan d’action de 2006 pour
l’efficacité énergétique et d’envisager son réexamen. Il prend acte
également de ce que la Commission présentera bientôt des propositions
visant a réviser les directives sur la taxation de l’énergie et l’eurovignette.
Annexes 233

39. D’autres mesures devraient être rapidement examinées, notamment


pour encourager la concurrence sur les marchés de l’énergie, favoriser
la modernisation des systèmes de transport, y compris la mise au point
d’autres technologies, notamment les voitures électriques, et améliorer
la transparence des marchés du pétrole, y compris en ce qui concerne
les stocks pétroliers. Il conviendrait de renforcer le dialogue avec les
compagnies pétrolières et gazières, les pays producteurs de pétrole et de
gaz et les pays en développement importateurs de pétrole et de gaz, tant
au niveau européen qu’au niveau international, afin de s’assurer que l’offre
réponde mieux aux besoins du marché et afin d’améliorer les conditions
cadres pour les investissements dans l’exploration, la production, la
capacité de raffinage et les sources d’énergie alternatives. A cet égard,
le Conseil européen se félicite de la décision prise par l’Arabie saoudite
de convoquer, le 22 juin a Djeddah, une réunion entre pays producteurs
et pays consommateurs de pétrole.
40. Le Conseil européen prend tout particulièrement acte de l’intention
qu’a la Commission de suivre l’évolution du prix des denrées alimentaires
et du pétrole en Europe et a l’échelle internationale, et attend avec intérêt
le rapport sur l’évolution de la situation qu’elle présentera avant le Conseil
européen de décembre 2008. Le Conseil européen encourage aussi la
Commission a suivre l’évolution de la situation sur d’autres marchés liés
aux produits de base. Etant donné le grand nombre de domaines d’action
touchés par le prix élevé des denrées alimentaires et de l’énergie, le Conseil
européen invite le Conseil “Affaires générales et relations extérieures”
(CAGRE) a suivre de près les travaux menés sur cette question au sein
des formations compétentes du Conseil et a lui faire rapport d’ici
octobre 2008.
234 La sécurité énergétique en Méditerranée

Conseil de l’Union européenne


Bruxelles, le 18 septembre 2008
Iran: Déclaration de la Présidence au nom de l’Union européenne
suite à la remise du rapport du Directeur général de l’AIEA
concernant les activités nucléaires de l’Iran

L’Union européenne remercie le Directeur général de l’AIEA et son


équipe pour le rapport du 15 septembre, qui témoigne des efforts de
l’Agence pour faire la lumière sur les activités nucléaires de l’Iran.
L’Union européenne déplore que l’Iran, en violation des résolutions
du Conseil de sécurité et des résolutions du Conseil des Gouverneurs de
l’AIEA, refuse de suspendre ses activités nucléaires sensibles et ne donne
pas a l’AIEA la coopération que celle-ci demande pour apporter des
réponses aux questions en suspens mentionnées dans ses rapports.
L’Union européenne partage la « grave préoccupation » du directeur
général de l’AIEA alors que l’Iran ne répond pas a des questions relatives
a de possibles activités liées a la conception et a la fabrication des armes
nucléaires.
L’UE appelle l’Iran a se conformer aux résolutions 1696, 1737, 1747
et 1803 du CSNU et, en particulier, a suspendre ses activités sensibles
pour permettre l’ouverture de négociations. Elle réaffirme son soutien
aux propositions présentées a l’Iran en juin 2006 par le Secrétaire Général
et Haut Représentant de l’UE, et développées dans l’offre révisée remise
a l’Iran, le 14 juin 2008. Elle reste engagée a trouver rapidement une
solution négociée au dossier nucléaire iranien et réaffirme son ferme
engagement en faveur de la double approche.
La Turquie, la Croatie(*) et l’ancienne République yougoslave de
Macédoine*, pays candidats, l’Albanie et le Monténégro, pays du
processus de stabilisation et d’association et candidats potentiels,
l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège, pays de l’AELE membres de
l’Espace économique européen, ainsi que l’Ukraine et la République de
Moldavie, se rallient a la présente déclaration.

(*) La Croatie et l’ancienne République yougoslave de Macédoine continuent à participer au


processus de stabilisation et d’association.
Annexes 235

Directive sur les énergies renouvelables

Déclaration de la Commission concernant l’article 10,


paragraphe 3
Entre 2013 et 2016, les Etats membres peuvent également utiliser le
produit de la mise aux enchères des quotas afin de contribuer a la
construction de centrales a haut rendement, y compris des centrales
électriques utilisant des énergies nouvelles, qui sont aptes au CSC. Pour
les nouvelles installations dont le rendement est supérieur au rendement
fixé a l’annexe 1 de la décision de la Commission du 21 décembre 2006
(2007/74/CE) (1), les Etats membres peuvent contribuer a hauteur de 15 %
maximum aux coûts globaux de l’investissement requis pour une
nouvelle installation qui est apte au CSC.

Déclaration de la Commission à l’ occasion de l’adoption de la


directive sur les énergies renouvelables
«La Commission est consciente que certains Etats membres ont atteint
des 2005 une part élevée d’énergies renouvelables au niveau national.
Lorsqu’elle élaborera les rapports visés a l’article 20, paragraphe 6,
point d), et paragraphes 7 et 8, la Commission tiendra dûment compte,
dans le cadre de son évaluation du meilleur rapport coûts-avantages, des
coûts marginaux engendrés par l’augmentation de la part des énergies
renouvelables et prévoira le cas échéant, dans toute proposition présentée
conformément a l’article susmentionné de la directive, des solutions
appropriées également pour ces Etats membres.»

(1) Décision de la Commission du 21 décembre 2006 définissant des valeurs harmonisées de


rendement de référence pour la production séparée d’électricité et de chaleur en application
de la directive 2004/8/CE du Parlement européen et du Conseil (not~f~ée sous le Numéro C(2006)
6817).
236 La sécurité énergétique en Méditerranée

Conseil de l’Union européenne


Bruxelles, le 31 octobre 2008

Déclaration de la présidence au nom de l’UE


sur la multiplication des violences des colons
à l’encontre des civils palestiniens

L’Union européenne condamne une nouvelle fois avec la plus grande


fermeté les violences et exactions commises par les colons israéliens de
Cisjordanie a l’encontre des civils palestiniens.
Il n’est pas acceptable que la récolte des olives, essentielle pour
l’économie des Territoires palestiniens et les autres activités des
Palestiniens, soit ainsi entravée par cette multiplication d’actes violents
et illégaux.
L’Union européenne rappelle qu’il est de la responsabilité du
gouvernement israélien, qui a lui-même condamné ces actes, de prendre
les mesures nécessaires pour y mettre un terme immédiatement,
conformément a ses obligations internationales.
La Turquie, la Croatie* et l’ancienne République yougoslave de
Macédoine*, pays candidats, l’Albanie, la Bosnie = Herzégovine, le
Monténégro et la Serbie, pays du processus de stabilisation et d’association
et candidats potentiels, l’Islande, le Liechtenstein et la Norvege, pays
de l’AELE membres de l’Espace économique européen, ainsi que
l’Ukraine et l’Arménie se rallient a la présente déclaration.

(*) La Croatie et l’ancienne République yougoslave de Macédoine continuent a participer au


processus de stabilisation et d’association.
Annexes 237

Extrait du Rapport général sur


l’activité de l’UE, Année 2008

Energie et Environnement
I. Energie
Aspects généraux
Le 13 juin, la Commission a adopté une communication intitulée
«Relever le défi de la hausse des prix du pétrole ». avec la communication
sur les prix des denrées alimentaires, cette communication offre un cadre
aux états membres pour faire face aux conséquences immédiates des
hausses de prix et rechercher des solutions à moyen et à long terme aux
nouvelles contraintes liées aux ressources. Les solutions proposées
consisteront à modifier la demande d’énergie et à encourager l’efficacité
énergétique dans tous les secteurs de l’économie.
Le Parlement européen a de même adopté une résolution sur la maîtrise
des prix de l’énergie, le 25 septembre, dans laquelle il demande un
engagement politique fort visant à : adopter des mesures concrètes de
réduction de la demande d’énergie ; promouvoir les sources d’énergie
renouvelables et l’efficacité énergétique ; poursuivre la diversification
de l’approvisionnement d’énergie ; réduire la dépendance à l’égard des
importations de carburants fossiles.
Dans le domaine des statistiques, un dispositif institutionnel stable
pour la collecte de données sur l’énergie a été mis en place par le Parlement
européen et le Conseil le 22 octobre, afin que l’Union puisse disposer
de statistiques européennes exhaustives et comparables sur toute une série
d’aspects liés à l’énergie.

Energie et développement durable


La Commission a adopté, le 23 janvier, une proposition de directive
relative à la promotion de l’utilisation des sources d’énergie renouvelables.
Celle-ci vise à fixer un objectif contraignant de 20 % d’énergie
renouvelable dans la consommation finale en 2020, ainsi qu’un objectif
de 10 % d’énergie renouvelable dans le secteur du transport d’ici à 2020.
Elle propose un cadre législatif pour atteindre ces objectifs, ainsi que
les critères et les dispositions pour assurer la durabilité des biocarburants
238 La sécurité énergétique en Méditerranée

et bioliquides. Cette proposition fait partie d’un paquet de mesures sur


l’énergie et le climat.
Le même jour, elle a adopté une communication sur la première
évaluation des plans nationaux d’action en matière d’efficacité
énergétique. L’évaluation fournit un aperçu de la série de stratégies et
mesures présentées par les États membres et un premier recensement des
exemples de bonnes pratiques qui méritent un examen plus approfondi.
La Commission s’est concentrée sur l’examen de la partie des stratégies
consacrée au rôle d’exemple du secteur public et à l’information.
Le Conseil européen des 15 et 16 octobre a confirmé que la sécurité
d’approvisionnement énergétique est une priorité de l’Union européenne.
Il a donc notamment appelé à : finaliser le paquet législatif relatif au marché
intérieur de l’électricité et du gaz ; accélérer la mise en œuvre du plan
d’action européen sur l’efficacité énergétique et du plan stratégique pour
les technologies énergétiques ; poursuivre avec détermination la
diversification des sources d’énergie, en lien avec le paquet sur l’énergie
et le climat ; développer des mécanismes de crise permettant de faire face
à des ruptures temporaires d’approvisionnement ; renforcer et compléter
les infrastructures critiques ; stabiliser l’approvisionnement en développant
les relations avec les pays producteurs.
Le 13 novembre, la Commission a adopté sa deuxième analyse
stratégique de la politique énergétique de l’Union européenne. Dans la
ligne des mesures visant à atteindre les objectifs de l’Union en matière
d’énergie et de changement climatique, cet ensemble de mesures dans
le domaine de l’énergie donne un nouvel élan à la sécurité énergétique
en Europe. Ce paquet de mesures comprend :
• une nouvelle stratégie pour créer une solidarité entre états membres
dans le domaine énergétique, ainsi qu’une nouvelle politique relative aux
réseaux d’énergie pour stimuler l’investissement dans des réseaux d’énergie
plus efficaces favorisant une faible intensité carbonique;
• un plan d’action européen en matière de sécurité et de solidarité
énergétiques qui établit cinq domaines dans lesquels il est nécessaire d’agir
plus pour garantir un approvisionnement énergétique durable ;
• un paquet de mesures relatives à l’efficacité énergétique, qui vise
à réaliser des économies d’énergie dans des domaines essentiels,
notamment en étoffant la législation relative à l’efficacité énergétique
Annexes 239

applicable aux bâtiments et aux produits consommateurs d’énergie et en


renforçant le rôle des certificats de performance énergétique ainsi que
des rapports d’inspection sur les systèmes de chauffage et de climatisation.

Marché intérieur de l’énergie


L’état d’avancement de la création du marché intérieur du gaz et de
l’électricité a fait l’objet d’un rapport de la Commission du 15 avril.
Malgré quelques améliorations encourageantes, particulièrement en ce
qui concerne la mise en œuvre de bonnes pratiques au niveau régional,
l’analyse globale des progrès réalisés montre que des entraves
considérables au bon fonctionnement du marché subsistent. Le troisième
paquet législatif sur le marché intérieur du gaz et de l’électricité devrait
contribuer à remédier à cette situation.

Technologies et innovations énergétiques


Dans ses conclusions du 28 février, le Conseil a énoncé des principes
fondamentaux, des objectifs et des actions pour une politique européenne
en matière de technologies énergétiques. Il considère notamment que cette
politique devrait accroître les synergies au niveau communautaire et
prendre en compte les structures qui existent pour la coopération en
matière de recherche, de développement, de démonstration et de
déploiement dans le domaine des technologies énergétiques. Selon le
Conseil, le secteur privé devrait participer pleinement à ce processus de
développement des technologies énergétiques.
Dans une résolution sur le plan stratégique européen pour les
technologies énergétiques (plan SET) adoptée le 9 juillet, le Parlement
européen s’est exprimé en faveur d’une politique européenne dans ce
domaine disposant d’une assise financière suffisante, qu’il considère
capitale pour réaliser, d’ici à 2020, les objectifs de l’Union dans les
domaines de l’énergie et du changement climatique.

Energie nucléaire
Dans ses conclusions du 8 décembre, le Conseil a décidé d’apporter
son soutien à la création d’une banque de combustible nucléaire placée
sous le contrôle de l’agence internationale de l’énergie atomique (aIEa).
L’Union européenne prévoit de contribuer à ce projet à hauteur de 25
millions d’euros. La banque de combustible nucléaire s’inscrira dans le
240 La sécurité énergétique en Méditerranée

cadre d’un effort plus large visant à instaurer des mécanismes


multilatéraux d’approvisionnement en combustible.
Traité Euratom et Agence d’approvisionnement d’Euratom
Le Conseil a adopté, le 12 février, une décision qui abroge et remplace
les statuts de l’agence d’approvisionnement d’Euratom, afin de tenir
compte de l’augmentation du nombre des états membres ainsi que de la
nécessité d’appliquer des dispositions financières modernes à l’agence,
et fixe son siège à Luxembourg.
Une synthèse des activités menées en 2007 aux fins de la mise en
œuvre du titre II, chapitres 3 à 10, du traité Euratom a été présentée par
la Commission le 3 juillet. Elle comprend également une synthèse des
activités de l’agence d’approvisionnement d’Euratom.

Coopération internationale
Au niveau régional, la coopération s’est poursuivie dans le cadre de
l’initiative de Bakou avec les pays de l’Europe de l’Est, du Caucase et
de l’Asie centrale. La coopération avec les pays du Golfe et l’Organisation
des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a été renforcée, et elle a continué
avec les pays d’Asie – dans le cadre des réunions Asie-Europe (ASEM) –
et d’Afrique.
Par ailleurs, des responsables de l’Union européenne, de l’Iraq, de la
Turquie et des pays du Machrek se sont réunis, le 5 mai, à Bruxelles et
ont affirmé, dans une déclaration conjointe, l’importance de renforcer
la coopération énergétique entre eux en vue de créer un marché du gaz
qui sera intégré à celui du marché intérieur de l’Union, à travers le
développement d’infrastructures de raccordement dans la région.
Deux réunions du Conseil ministériel de la Communauté de l’énergie
se sont tenues le 27 juin à Bruxelles et le 11 décembre à Tirana. Lors de
ces réunions, les participants sont convenus de l’adoption d’une
procédure régionale commune pour allouer les capacités électriques et
gérer les congestions aux frontières. La Communauté de l’énergie s’est
aussi dotée d’un mécanisme de règlement des différends, fondé sur des
règles permettant aux entreprises des pays membres de déposer des
plaintes lorsqu’elles constatent des irrégularités. Des progrès significatifs
ont été enregistrés dans la plupart des pays de l’ouest des Balkans dans
le cadre de la mise en œuvre de la législation européenne relative au
marché du gaz et de l’électricité.
Annexes 241

Au niveau bilatéral, le dialogue énergétique entre l’Union européenne


et la Russie a continué en vue de nouveaux accords. Des partenariats
avec l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et l’Ukraine se sont poursuivis. La
Commission a en outre initié un dialogue en vue de nouvelles coopérations
avec le Belarus et la Moldavie. Par ailleurs, de nouveaux partenariats
stratégiques ont été mis en route cette année avec l’Algérie, l’égypte,
l’Iraq et le Turkménistan. Les dialogues bilatéraux ont également
continué avec la Jordanie, la Lybie et le Maroc, ainsi qu’avec l’Argentine,
l’Australie, le Brésil, le Canada, le Chili, la Chine, les états-Unis et l’Inde.
Des négociations ont aussi été en cours avec la Suisse concernant le
marché de l’électricité.

II. Environnement
Changement climatique
A la suite des engagements pris par le Conseil européen de mars 2007,
la Commission a adopté, le 23 janvier, un paquet de mesures sur l’énergie
et le climat qui a pour but de faire de l’Union européenne une économie
à faible intensité d’émissions avec une plus grande sécurité énergétique.
Ce nouveau paquet de mesures vise à donner à l’Union les moyens de
réduire d’au moins 20 % les émissions de gaz à effet de serre, de porter
à 20 % la part d’énergie renouvelable dans la consommation d’énergie
et d’améliorer d’autant l’efficacité énergétique, le tout d’ici à 2020. La
réduction des émissions sera portée à 30 % à l’horizon 2020 lorsqu’un
nouvel accord mondial aura été conclu sur le changement climatique.
Les instruments permettant d’atteindre les objectifs fixés en 2007 sont
les suivants :
• une proposition de directive visant à actualiser le système
communautaire d’échange de quotas d’émission (SCEQE) ; une
proposition de décision instaurant un cadre communautaire pour que les
engagements nationaux couvrent la partie non couverte par le SCEQE
en englobant des secteurs d’activité tels que la construction, les trans-
ports, l’agriculture et les installations industrielles et de traitement des
déchets ;
• une proposition de directive concernant la promotion de l’utilisation
de l’énergie renouvelable dans l’Union ;
242 La sécurité énergétique en Méditerranée

• une proposition de directive relative au développement des


technologies énergétiques à faible teneur en carbone, y compris le captage
et le stockage du dioxyde de carbone.
Le paquet comporte également une communication explicative
intitulée «Deux fois 20 pour 2020 – Saisir la chance qu’offre le
changement climatique » et une communication relative à la promotion
de la démonstration à brève échéance de la production durable d’énergie
à partir de combustibles fossiles.
Lors de sa session de printemps, le Conseil européen a rappelé que
l’Union tient à conserver un rôle de chef de file au niveau international
en matière de changement climatique et d’énergie. Il a souhaité qu’un
paquet législatif cohérent sur la base des conclusions du printemps 2007
soit adopté au plus tard au début de 2009. En vue d’atteindre ces objectifs,
en particulier en matière d’efficacité énergétique, la Commission a adopté,
le 13 novembre, la deuxième analyse stratégique de la politique
énergétique .
Le Conseil européen a, d’autre part, exprimé l’avis que l’un des défis
majeurs sera de faire en sorte que la transition vers une économie sûre
et viable à long terme, et produisant peu de composés carbonés, soit
compatible avec le développement durable de l’Union, sa compétitivité,
sa sécurité d’approvisionnement, la sécurité alimentaire, une gestion saine
et viable des finances publiques et la cohésion économique et sociale.
Le Conseil européen des 15 et 16 octobre a réitéré son engagement
à tenir ses objectifs ambitieux en la matière.
Le Conseil européen des 11 et 12 décembre a dégagé un accord de
principe sur le paquet législatif sur l’énergie et le climat et a invité le
Conseil à rechercher un accord avec le Parlement européen afin de
permettre un accord en première lecture sur l’ensemble du paquet avant
la fin de l’année. Le 17 décembre, le Parlement européen a donné son
feu vert à ce paquet qui vise à assurer que l’Union réalisera ses objectifs
climatiques d’ici à 2020.
Par ailleurs, le 19 novembre, le Parlement européen et le Conseil ont
adopté une directive qui intègre les activités aériennes dans le système
communautaire d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre.
Cette nouvelle directive a pour objectif de réduire l’incidence des activités
aériennes sur le changement climatique, étant donné l’essor rapide que
Annexes 243

connaît ce secteur. Elle plafonne les émissions des exploitants des aé-
ronefs à 97 % des émissions précédentes (calculées sur la base de la
moyenne annuelle d’émissions entre 2004 et 2006) entre 2012 et 2013,
et à 95 % à partir de 2013.
Le Comité économique et social européen a en outre publié, le 10 juillet,
un avis exploratoire sur le rapport entre le changement climatique et
l’agriculture au niveau européen ; à cette occasion il a souligné la possible
contribution de cette dernière à préserver le climat.

Protection de la couche d’ozone


La Commission a adopté, le 1er août, une communication intitulée «Vers
l’élimination totale des substances appauvrissant la couche d’ozone –
Mieux légiférer en mettant à profit vingt années d’expérience ». Elle est
accompagnée d’une proposition de révision de la réglementation en
vigueur dans ce domaine.

Protection de la biodiversité et de la nature


En février, la Commission a adopté les six listes de sites Nature 2000
des zones protégées, qui ont ajouté au territoire protégé par le réseau
une superficie de 90 000 km2 et plus de 4 000 sites. Le 12 décembre, elle
a adopté huit décisions étendant la surface du réseau Nature 2000 d’une
superficie de plus de 95 000 km2 et ajoutant 769 nouveaux sites. Nature
2000 inclut désormais environ 700 000 km2 et 25 000 sites, et constitue
ainsi le plus grand réseau interconnecté de sites protégés dans le monde.
Dans ses conclusions du 3 mars, adoptées en vue de préparer la
neuvième conférence des parties à la convention sur la diversité
biologique, le Conseil a rappelé que l’Union européenne est déterminée
à arrêter la perte de biodiversité au niveau global d’ici à 2010. Il a souligné
l’importance que revêt une mise en œuvre renforcée des programmes de
travail de la convention et du réseau Nature 2000 sur les zones protégées.
Lors de la neuvième conférence des parties à la convention sur la
diversité biologique qui s’est réunie du 19 au 30 mai à Bonne
(Allemagne), 191 pays ont accepté de prendre des mesures de grande
envergure afin de gérer la perte sans précédent de la biodiversité sur terre.
Un rapport d’étape sur l’économie des écosystèmes et de la biodiversité
a été présenté durant cette session.
244 La sécurité énergétique en Méditerranée

Dans le domaine de la protection des eaux et des zones côtières, le


Parlement européen et le Conseil ont adopté, le 17 juin, la directive
«Stratégie pour le milieu marin » établissant un cadre d’action
communautaire destiné à assurer la protection et la conservation du milieu
marin. Chaque état membre doit élaborer et mettre en œuvre une stratégie
pour ses eaux marines pour parvenir à un « bon état écologique » du milieu
marin ou le préserver au plus tard en 2020.
Afin de lutter contre la pollution des eaux de surface par les substances
dangereuses, le Parlement européen et le Conseil ont adopté, le 16 décembre,
une directive sur des normes de qualité environnements pour les eaux de
surface de l’Union européenne, découlant de la directive-cadre sur l’eau.
La directive fixe les valeurs limites pour plus de trente substances
polluantes, y compris des pesticides, des métaux lourds et des biocides.
En matière de lutte contre l’exploitation illégale des forêts, la
Commission a signé, le 3 septembre, le premier accord de partenariat
volontaire avec le Ghana, concernant l’application de la loi, la
gouvernance et le commerce dans le domaine forestier (FLEGT – Forest
Law Enforcement Governance and Trade). Les négociations en vue de
la conclusion de ces accords sont en cours avec le Cameroun, le Congo,
l’Indonésie et la Malaisie. Ces accords garantissent le contrôle de la
légalité des importations dans l’Union européenne de produits forestiers.
De même, la Commission et la Chine ont mis en place un mécanisme
bilatéral de coordination, afin d’intensifier les efforts pour lutter contre
l’exploitation illégale des forêts et le commerce qui y est associé.
Le 17 octobre, la Commission a adopté une communication intitulée
«Combattre la déforestation et la dégradation des forêts pour lutter contre
le changement climatique et la diminution de la biodiversité », qui expose
ses propositions pour combattre la déforestation tropicale. En vue des
négociations internationales concernant l’accord sur le climat pour
l’après-2012, la Commission propose de se fixer pour objectifs de stopper
la diminution de la couverture forestière de la planète en 2030 au plus
tard et de réduire la déforestation tropicale brute d’au moins 50 % d’ici
à 2020. Le même jour, la Commission a également adopté une proposition
législative visant à réduire le risque d’entrée de bois et de produits dérivés
issus d’une récolte illégale sur le marché communautaire. Le règlement
proposé impose aux commerçants de bois de présenter des garanties
suffisantes quant à la légalité du bois mis sur le marché.
Annexes 245

La Commission a également adopté une communication concernant


la stratégie de l’Union européenne relative aux espèces envahissantes
(le 3 décembre) ainsi qu’une communication sur l’évaluation à mi-
parcours de la mise en œuvre du plan d’action communautaire en faveur
de la diversité biologique (le 16 décembre).

Utilisation durable des ressources


La directive-cadre sur les déchets a été approuvée par le Parlement
européen et le Conseil le 19 novembre, introduisant ainsi une nouvelle
approche dans la gestion des déchets qui établit en priorité la prévention,
la réutilisation et le recyclage des déchets. Cette directive clarifie en outre
d’importantes définitions (elle distingue par exemple les déchets des sous-
produits) et donne des buts ambitieux aux états membres en ce qui
concerne le recyclage. Elle met en place des programmes nationaux de
prévention et un suivi de la part de la Commission sur ces objectifs de
dissociation.
Le même jour, la Commission a adopté une communication présentant
une stratégie de l’Union européenne pour l’amélioration des pratiques de
démantèlement des navires. Celle-ci inclut des actions visant à contribuer
à la mise en œuvre d’une convention internationale sur le recyclage des
navires dont l’adoption est prévue en mai 2009. Elle prévoit également
des mesures destinées à encourager des actions volontaires du secteur des
transports maritimes ainsi qu’une meilleure application de la législation
communautaire actuelle en matière de transferts de déchets.
Le 3 décembre, la Commission a adopté un livre vert qui décrit la
situation actuelle en ce qui concerne la gestion des déchets biodégradables
dans l’Union européenne et propose des options pour de futurs
développements en la matière. Ses objectifs sont de susciter un débat en
vue de l’élaboration possible d’une proposition législative ainsi que d’aider
la Commission à évaluer si l’Union doit proposer des actions
complémentaires.
Le même jour, la Commission a également présenté une proposition
de modification de la directive visant à diminuer l’incidence des déchets
d’équipements électriques et électroniques sur l’environnement (directive
«DEEE»), ainsi qu’une proposition de modification de la directive relative
à la limitation de l’utilisation de certaines substances dangereuses dans
les équipements électriques et électroniques (directive LdSD).
246 La sécurité énergétique en Méditerranée

Environnement et santé
La directive sur la qualité de l’air a été adoptée par le Parlement
européen et le Conseil, le 21 mai. Elle fixe des normes et des dates butoir
pour la réduction des concentrations de particules fines, qui, au même
titre que les particules plus grosses connues sous le code Pm10 et déjà
réglementées, comptent parmi les polluants les plus dangereux pour la
santé humaine. Dans le même domaine de la qualité de l’air, la
Commission a adopté, le 4 décembre, une proposition de directive
imposant aux stations-service l’installation d’équipements de la phase II
de la récupération des vapeurs d’essence.
En ce qui concerne les substances chimiques, le Parlement européen
et le Conseil ont adopté, le 17 juin, un règlement qui fixe les conditions
d’exportation et d’importation de certains produits chimiques dangereux
dans l’Union européenne en vue de mieux protéger la santé des
personnes et l’environnement au niveau international.
Par ailleurs, ils ont adopté, le 22 octobre, un règlement relatif à
l’interdiction des exportations et au stockage en toute sécurité de mercure
métallique.

Instruments environnementaux
Pour préserver et améliorer la qualité et la disponibilité des
informations requises par la politique environnements, la Commission
a adopté, le 1er février, une communication intitulée «Vers un système
de partage d’informations sur l’environnement (SEIS)» . Elle propose
de moderniser et de simplifier le système européen de collecte, d’analyse
et de communication des informations environnementales et prévoit le
remplacement progressif des systèmes actuels de notification, en grande
partie centralisés, par des systèmes reposant sur l’accès, le partage et
l’interopérabilité.
Le 2 juillet, la Commission a adopté le cinquième examen de la
politique environnements qui porte sur les principales évolutions de la
politique environnements de l’Union en 2007 dans les quatre principaux
domaines prioritaires du sixième programme d’action pour
l’environnement 2002-2012 .
Annexes 247

Dans le cadre du plan d’action sur la consommation et la production


durables et la politique industrielle durable, la Commission a présenté,
le 16 juillet, un éventail d’instruments visant à améliorer les performances
énergétiques et environnementales des produits et des entreprises et à
favoriser une consommation et une production durables. Outre la
proposition d’extension de la directive sur l’écoconception, le plan
d’action contient :
• une proposition visant à réviser le règlement concernant le système
de label écologique communautaire «écolabel » qui signale les produits
les plus respectueux de l’environnement sur le marché de l’Union (en
l’élargissant à un plus grand nombre de produits et de services et en
simplifiant les formalités du système pour le rendre plus attrayant pour
les fabricants) ;
• une proposition visant à réviser le règlement concernant le système
volontaire de management environnemental et d’audit de l’Union
européenne (EMAS), en vue d’encourager les entreprises, et plus
particulièrement les PME, à l’adopter (en réduisant la charge
administrative, en créant des incitations et en l’ouvrant à des organisations
en dehors de l’Union) ; et
• une communication sur les marchés publics écologiques qui prévoit
le soutien politique et opérationnel permettant aux pouvoirs publics dans
l’Union européenne de mettre en place des marchés publics écologiques
pour stimuler l’innovation dans les technologies, les produits et les services
environnementaux.
Le 19 novembre, le Parlement européen et le Conseil ont adopté une
directive relative à la protection de l’environnement par le droit pénal.
Elle oblige les états membres à prévoir dans leur législation nationale
des sanctions pénales effectives, proportionnées et dissuasives, pour les
violations graves du droit communautaire relatives à la protection de
l’environnement.
Le 27 octobre, la Commission a approuvé le financement de
186 millions d’euros pour 143 nouveaux projets dans le cadre de
l’Instrument financier pour l’environnement (LIFE+) pour la période
2007-2013. Les projets incluent des actions dans les domaines de la
conservation de la nature, de la politique environnements ainsi que de
l’information et de la communication.
248 La sécurité énergétique en Méditerranée

Conventions et accords internationaux


A la suite de la conférence de Bali sur le changement climatique qui
s’est tenue du 3 au 14 décembre 2007, le Parlement européen s’est
prononcé sur son bilan, le 31 janvier. Il salue la décision prise de lancer,
dans le cadre de la convention-cadre des Nations unies sur les changements
climatiques, un processus officiel de négociations pour dégager un accord
international sur le climat pour la période postérieure à 2012, et il
encourage l’Union à continuer à jouer un rôle aussi actif dans les
négociations à venir.
Un rapport sur les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs
assignés au titre du protocole de Kyoto a été adopté par la Commission,
le 16 octobre. Le rapport conclut que la Communauté atteindra son objectif
au titre de Kyoto en mettant en œuvre les politiques et les mesures
supplémentaires prévues.
Du 1er au 12 décembre s’est tenue la conférence internationale de
Pozna ? sur le changement climatique, organisée sous l’égide des
Nations unies, réunissant plus de 190 pays signataires de la convention-
cadre des Nations unies et du protocole de Kyoto. Cette conférence a
permis de jeter les bases nécessaires pour la dernière année de négocia-
tion devant aboutir en décembre 2009 à un nouvel accord international
sur le climat, à savoir : un programme de travail qui guidera les
négociations vers cet accord, un examen exhaustif du protocole de Kyoto
avec un accord sur l’opérationnalisation du fonds d’adaptation et des
nouvelles décisions en faveur de la lutte contre la déforestation.
Pistes bibliographiques

Ouvrages
Introduction à l’Environnement et au Développement Durable,
février 2008, ouvrage numérique collectif auquel ont participé le pôle
TICE et de nombreux ingénieurs et enseignants- chercheurs de
l’UVSQ.
La gestion concertée des ressources naturelles : l’épreuve du temps,
mai 2008, sous la direction de Philippe Méral, Christian Castellanet,
Renaud lapeyre Ed. Gret et Karthala, coll. Economie et développement,
Réf. KAR 8.
Planète Blanche : les glaces, le climat et l’environnement,
mai 2008, par Jean Jouzel, Claude Lorius et Dominique Raynaud,
Editions Odile Jacob, collection Sciences.
Ramses 2008, est l’encyclopédie annuelle de de l’actualité internationale,
sous la direction de Thierry de Montbrial et Philippe Moreau
Defarges.
Géographie des espaces naturels protégés, Genèse, principes et enjeux
territoriaux, Samuel Depraz, Paris, Éditions Armand Colin, 2008.

Revues et Rapports
Français-allemand de l’énergie Relations dans le contexte européen :
les énergies toujours l’Europe ?, Hinrich Thölken, Christophe
Schramm, Jan Horst Keppler.
«L’Editorial de l’énergie : Un mot de l’OPEP à Oran : Do No Harmilliam
Ramsay », atn Edito Energie, décembre 2008.
250 La sécurité énergétique en Méditerranée

«La rédaction de l’énergie : les fantômes de DjakartaWilliam,


C. Ramsay », Edito Energie, novembre 2008, Publications de la Banque
mondiale.
Rapport de Croissance 2008, mai 2008. Les pays en développement
peuvent atteindre une croissance rapide, durable et équitable s’ils
participent à l’économie mondiale et ont des dirigeants engagés.
Rapport de suivi mondial, avril 2008, Progrès insuffisants vers la
réalisation des objectifs en matière de nutrition, de santé, d’éducation
et autres. Le changement climatique, les prix élevés des produits
alimentaires et du pétrole assombrissent les perspectives.
Efficacité énergétique, février 2008, Une nouvelle publication de la
Banque qualifie de potentiellement « bénéfique à tous » l’amélioration
du rendement énergétique du Brésil, de la Chine et de l’Inde.

Références générales et autres liens utiles


Direction générale de la recherche :
http ://[Link]/research/[Link] ?lg=fr
Centre commun de recherche : http ://[Link]/dgs/jrc/[Link]
Direction générale de l’énergie et des transports :
http ://[Link]/dgs/energy_transport/index_en.htm
Politique européenne de voisinage :
http ://[Link]/world/enp/index_fr.htm
Direction générale de l’environnement :
http ://[Link]/environment/index_fr.htm
Développement durable : http ://[Link]/environment/eu ssd/
Changement climatique :
http ://[Link]/press_room/press_packs/climate/index_fr.ht m
http ://[Link]/environment/climat/home_en.htm
Table des matières

Avant-propos
Ulrich Storck . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
Présentation de l’Annuaire de la Méditerranée 2008
Driss Khrouz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13

Axe I: Les questions énergétiques : un enjeu


géostratégique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
L’espace euro-méditerranéen, hydrocarbures et stratégies :
entre Washington et Moscou
Philippe Sébille-Lopez . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
La géopolitique des ressources énergétiques de la mer
Caspienne : rivalités et coopérations
Turab Gurbanov . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
La problématique énergétique mondiale
Mounir Debbarh . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67

Axe II: Le développement durable et la


problématique des énergies renouvelables . . . . . . . . . . . . 85
Eau et énergie en Méditerranée
Alexandre Taithe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
Le rôle du nucléaire dans le mix énergétique : défis
et perspectives : qu’en est-il au Maroc ?
Yahia Bouabdellaoui . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
252 La sécurité énergétique en Méditerranée

L’efficacité énergétique : quelle contribution au


développement durable ?
Ahmed Morchid . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
Premières assises nationales du développement durable
en Méditerranée
Tawfik Hasni . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
La problématique de l’énergie dans ses différentes
dimensions : une tentative d’évaluation
Abdelaziz Bennouna, Driss Zejli et Rachid Benchrifa . . . . . . . 163
Perspectives pour le Maroc : vers un Maroc exportateur
d’énergie! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201

Annexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211
Conclusions de la présidence, 11 et 12 décembre 2008 . . . . . . . 213
– Traité de Lisbonne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 213
– Questions économiques et financières . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215
– Energie et changement climatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 219
– Relations extérieures et politique européenne
de sécurité et de défense . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 221

Conclusions de la présidence, 13 et 14 mars 2008 . . . . . . . . . . . 223


– Changement climatique et énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 223
– «Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée » . . . 228
Conclusions de la présidence, 20 juin 2008 . . . . . . . . . . . . . . . . 229
– Prix élevé des denrées alimentaires et du pétrole :
conséquences pour l’action de l’Union . . . . . . . . . . . . . . . . . 229
Conseil de l’Union européenne, 18 septembre 2008 . . . . . . . . . 234
– Iran . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 234
Directive sur les énergies renouvelables . . . . . . . . . . . . . . . . . . 235
– Déclaration de la Commission concernant l’article 10,
paragraphe 3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 235
– Déclaration de la Commission à l’ occasion de l’adoption
de la directive sur les énergies renouvelables . . . . . . . . . . . . . 235
Table des matières 253

Conseil de l’Union européenne, 31 octobre 2008 . . . . . . . . . . . 236


– Déclaration de la présidence au nom de l’UE sur la
multiplication des violences des colons à l’encontre
des civils palestiniens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 236

Extrait du Rapport général sur l’activité de l’UE,


année 2008 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 237
– Energie et environnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 237

Pistes bibliographiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 249

Table des matières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 251

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