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Aurélien

Dans l'incipit d'Aurélien de Louis Aragon, le protagoniste Aurélien exprime son dédain pour Bérénice, qu'il trouve laide et mal habillée, tout en étant hanté par un vers de Racine lié à une autre Bérénice. Ce passage met en avant ses réflexions sur la beauté et la perception, ainsi que des souvenirs de guerre. L'incipit établit un ton introspectif et critique, caractéristique du style d'Aragon.

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Aurélien

Dans l'incipit d'Aurélien de Louis Aragon, le protagoniste Aurélien exprime son dédain pour Bérénice, qu'il trouve laide et mal habillée, tout en étant hanté par un vers de Racine lié à une autre Bérénice. Ce passage met en avant ses réflexions sur la beauté et la perception, ainsi que des souvenirs de guerre. L'incipit établit un ton introspectif et critique, caractéristique du style d'Aragon.

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Aurélien - Louis Aragon - Incipit

La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut,
enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il avait
des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal
augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se considérer
dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les
cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était
blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale,
d'ennui et d'irritation. Il se demanda même pourquoi. C'était disproportionné. Plutôt petite,
pâle, je crois… Qu'elle se fût appelée Jeanne ou Marie, il n'y aurait pas repensé, après coup.
Mais Bérénice. Drôle de superstition. Voilà bien ce qui l'irritait.
Il y avait un vers de Racine que ça lui remettait dans la tête, un vers qui l'avait hanté
pendant la guerre, dans les tranchées, et plus tard démobilisé. Un vers qu'il ne trouvait même
pas un beau vers, ou enfin dont la beauté lui semblait douteuse, inexplicable, mais qui l'avait
obsédé, qui l'obsédait encore :
Je demeurai longtemps errant dans Césarée…
En général, les vers, lui… Mais celui-ci lui revenait et revenait. Pourquoi ? c'est ce qu'il ne
s'expliquait pas. Tout à fait indépendamment de l'histoire de Bérénice… l'autre, la vraie…
D'ailleurs il ne se rappelait que dans ses grandes lignes cette romance, cette scie. Brune alors,
la Bérénice de la tragédie. Césarée, c'est du côté d'Antioche, de Beyrouth. Territoire sous
mandat. Assez moricaude, même, des bracelets en veux-tu en voilà, et des tas de chichis, de
voiles. Césarée… un beau nom pour une ville. Ou pour une femme. Un beau nom en tout cas.
Césarée… Je demeurai longtemps… je deviens gâteux. Impossible de se souvenir : comment
s'appelait-il, le type qui disait ça, une espèce de grand bougre ravagé, mélancolique,
flemmard, avec des yeux de charbon, la malaria… qui avait attendu pour se déclarer que
Bérénice fût sur le point de se mettre en ménage, à Rome, avec un bellâtre potelé, ayant l'air
d'un marchand de tissus qui fait l'article, à la manière dont il portait la toge. Tite. Sans rire.
Tite.
Je demeurai longtemps errant dans Césarée…
Questions :
1- Qui est Louis Aragon
2- Résumé de l’œuvre : Aurélien
3- De quel type est cet incipit ? justifiez votre réponse
4- Comment est décrite l'héroïne ?
5- Qui assure la description dans l’incipit ? Et quel est le registre de langue employé dans
la narration ?
6- Comparez l’incipit avec l’excipit du roman Aurélien
Le Rouge te le Noir , chapitre IV

Ce fut en vain qu’il appela Julien deux ou trois fois. L’attention que le jeune homme donnait à
son livre, bien plus que le bruit de la scie, l’empêcha d’entendre la terrible voix de son père.
Enfin, malgré son âge, celui-ci sauta lestement sur l’arbre soumis à l’action de la scie, et de là
sur la poutre transversale qui soutenait le toit. Un coup violent fit voler dans le ruis-seau le
livre que tenait Julien ; un second coup aussi violent, donné sur la tête, en forme de calotte, lui
fit perdre l’équilibre. Il allait tomber à douze ou quinze pieds plus bas, au milieu des leviers
de la machine en action, qui l’eussent brisé, mais son père le retint de la main gauche comme
il tombait.
« Eh bien, paresseux ! tu liras donc toujours tes maudits livres, pendant que tu es de garde à la
scie ? Lis-les le soir, quand tu vas perdre ton temps chez le curé, à la bonne heure. »
Julien, quoique étourdi par la force du coup, et tout sanglant, se rapprocha de son poste offi-
ciel, à côté de la scie. Il avait les larmes aux yeux, moins à cause de la douleur physique, que
pour la perte de son livre qu’il adorait.
« Descends, animal, que je te parle. » Le bruit de la machine empêcha encore Julien
d’entendre cet ordre. Son père qui était descendu, ne voulant pas se donner la peine de re-
monter sur le mécanisme, alla chercher une longue perche pour abattre les noix, et l’en frap-
pa sur l’épaule. À peine Julien fut-il à terre, que le vieux Sorel, le chassant rudement devant
lui, le poussa vers la maison. Dieu sait ce qu’il va me faire ! se disait le jeune homme. En
passant, il regarda tristement le ruisseau où était tombé son livre ; c’était celui de tous qu’il
affectionnait le plus, le Mémorial de Sainte-Hélène.
Il avait les joues pourpres et les yeux baissés. C’était un petit jeune homme de dix-huit à dix-
neuf ans, faible en apparence, avec des traits irréguliers, mais délicats, et un nez aquilin. De
grands yeux noirs, qui, dans les moments tranquilles, annonçaient de la réflexion et du feu,
étaient animés en cet instant de l’expression de la haine la plus féroce. Des cheveux châtain
foncé, plantés fort bas, lui donnaient un petit front, et dans les moments de colère, un air mé-
chant. Parmi les innombrables variétés de la physionomie humaine, il n’en est peut-être point
qui se soit distinguée par une spécialité plus saisissante. Une taille svelte et bien prise annon-
çait plus de légèreté que de vigueur. Dès sa première jeunesse, son air extrêmement pensif et
sa grande pâleur avaient donné l’idée à son père qu’il ne vivrait pas, ou qu’il vivrait pour être
une charge à sa famille. Objet des mépris de tous à la maison, il haïssait ses frères et son
père ; dans les jeux du dimanche, sur la place publique, il était toujours battu.
Il n’y avait pas un an que sa jolie figure commençait à lui donner quelques voix amies parmi
les jeunes filles. Méprisé de tout le monde, comme un être faible, Julien avait adoré ce vieux
chirurgien-major qui un jour osa parler au maire au sujet des platanes.
Ce chirurgien payait quelquefois au père Sorel la journée de son fils, et lui enseignait le latin
et l’histoire, c’est-à-dire ce qu’il savait d’histoire, la campagne de 1796 en Italie. En mou-
rant, il lui avait légué sa croix de la Légion d’honneur, les arrérages de sa demi-solde, et trente
ou quarante volumes, dont le plus précieux venait de faire le saut dans le ruisseau pu-blic,
détourné par le crédit de M. le Maire.
À peine entré dans la maison, Julien se sentit l’épaule arrêtée par la puissante main de son
père ; il tremblait, s’attendant à quelques coups.
— Réponds-moi sans mentir, lui cria aux oreilles la voix dure du vieux paysan, tandis que sa
main le retournait comme la main d’un enfant retourne un soldat de plomb. Les grands yeux
noirs et remplis de larmes de Julien se trouvèrent en face des petits yeux gris et méchants du
vieux charpentier, qui avait l’air de vouloir lire jusqu’au fond de son âme.
« Salammbô »
« Un enfant lui déchira l’oreille ; une jeune fille, dissimulant sous sa manche la pointe d’un
fuseau, lui fendit la joue ; on lui enlevait des poignées de cheveux, des lambeaux de chair ;
d’autres avec des bâtons où tenaient des éponges imbi-bées d’immondices, tamponnaient le
visage. Du côté droit de sa gorge, un flot de sang jaillit : aussitôt le délire commença. Ce
dernier des Barbares leur présentait tous les Barbares, toute l’armée ; ils se vengeaient sur lui
de leurs désastres, de leurs terreurs, de leurs opprobres. La rage du peuple se développait en
s’assouvissant ; les chaînes trop tendues se courbaient, allaient se rompre ; ils ne sentaient pas
les coups des esclaves frappant sur eux pour les refouler ; d’autres se cramponnaient aux
saillies des maisons ; toutes les ouvertures dans les mu-railles étaient bouchées par des têtes ;
et le mal qu’ils pouvaient lui faire, ils le hurlaient. C’étaient des injures atroces, immondes,
avec des encouragements iro-niques et d’imprécations ; et comme ils n’avaient pas assez de sa
douleur pré-sente, ils lui en annonçaient d’autres plus terribles encore pour l’éternité. Ce vaste
aboiement emplissait Carthage, avec une continuité stupide. Souvent une seule syllabe, une
intonation rauque, profonde, frénétique, était répétée durant quelques minutes par le peuple
entier. De la base au sommet les murs en vi-braient, les deux parois de la rue semblaient à
Mâtho venir contre lui et l’enlever du sol, comme deux bras immenses qui l’étouffaient dans
l’air. Cependant il se souvenait d’avoir, autrefois, éprouvé quelque chose de pareil. C’était la
même foule sur les terrasses, les mêmes regards, la même colère ; mais alors il marchait libre,
tous s’écartaient, un Dieu le recouvrait ; et ce souvenir, peu à peu se préci-sant, lui apportait
une tristesse écrasante. Des ombres passaient devant ses yeux ; la ville tourbillonnait dans sa
tête, son sang ruisselait par une blessure de sa hanche, il se sentait mourir ; ses jarrets plièrent,
et il s’affaissa tout doucement, sur les dalles. Quelqu’un alla prendre, au péristyle du temple
de Melkarth, la barre d’un trépie rougie par des charbons, et, la glissant sous la première
chaîne, il l’appuya contre sa plaie. On vit la chair fumer ; les huées du peuple étouffèrent sa
voix ; il était debout. Six pas plus loin, et une troisième, une quatrième fois encore il tomba ;
toujours un supplice nouveau le relevait. On lui envoyait avec des tubes des gouttelettes
d’huile bouillante ; on sema sous ses pas des tessons de verre ; il continuait à marcher. Au
coin de la rue de Sateb, il s’accota sous l’auvent d’une boutique, le dos contre la muraille, et
n’avança plus. » Gustave Flaubert, Salammbô, 1861
Émile Zola, L’Assommoir, chapitre II

Il tourna le dos, après avoir louché terriblement, en regardant Gervaise. Celle-ci se recu-lait,
un peu effrayée. La fumée des pipes, l’odeur forte de tous ces hommes, montaient dans l’air
chargé d’alcool ; et elle étouffait, prise d’une petite toux.
— Oh ! c’est vilain de boire ! dit-elle à demi-voix.
Et elle raconta qu’autrefois, avec sa mère, elle buvait de l’anisette, à Plassans. Mais elle avait
failli en mourir un jour, et ça l’avait dégoûtée ; elle ne pouvait plus voir les liqueurs.
— Tenez, ajouta-t-elle en montrant son verre, j’ai mangé ma prune ; seulement, je lais-serai la
sauce, parce que ça me ferait du mal.
Coupeau, lui aussi, ne comprenait pas qu’on pût avaler de pleins verres d’eau-de-vie. Une
prune par-ci par-là, ça n’était pas mauvais. Quant au vitriol, à l’absinthe et aux autres
cochonneries, bonsoir ! il n’en fallait pas. Les camarades avaient beau le blaguer, il restait à la
porte, lorsque ces cheulards-là entraient à la mine à poivre. Le papa Coupeau, qui était
zingueur comme lui, s’était écrabouillé la tête sur le pavé de la rue Coquenard, en tombant, un
jour de ribote, de la gouttière du no 25 ; et ce souvenir, dans la famille, les rendait tous sages.
Lui, lorsqu’il passait rue Coquenard et qu’il voyait la place, il aurait plutôt bu l’eau du
ruisseau que d’avaler un canon gratis chez le marchand de vin. Il conclut par cette phrase :
— Dans notre métier, il faut des jambes solides.
Gervaise avait repris son panier. Elle ne se levait pourtant pas, le tenait sur ses genoux, les
regards perdus, rêvant, comme si les paroles du jeune ouvrier éveillaient en elle des pen-sées
lointaines d’existence. Et elle dit encore, lentement, sans transition apparente :
— Mon Dieu ! je ne suis pas ambitieuse, je ne demande pas grand’chose… Mon idéal, ce
serait de travailler tranquille, de manger toujours du pain, d’avoir un trou un peu propre pour
dormir, vous savez, un lit, une table et deux chaises, pas davantage… Ah ! je voudrais aussi
élever mes enfants, en faire de bons sujets, si c’était possible… Il y a encore un idéal, ce serait
de ne pas être battue, si je me remettais jamais en ménage ; non, ça ne me plairait pas d’être
battue… Et c’est tout, vous voyez, c’est tout…
Elle cherchait, interrogeait ses désirs, ne trouvait plus rien de sérieux qui la tentât. Ce-
pendant, elle reprit, après avoir hésité :
— Oui, on peut à la fin avoir le désir de mourir dans son lit… Moi, après avoir bien tri-mé
toute ma vie, je mourrais volontiers dans mon lit, chez moi.
Et elle se leva. Coupeau, qui approuvait vivement ses souhaits, était déjà debout, s’inquiétant
de l’heure. Mais ils ne sortirent pas tout de suite ; elle eut la curiosité d’aller regarder, au fond,
derrière la barrière de chêne, le grand alambic de cuivre rouge, qui fonc-tionnait sous le
vitrage clair de la petite cour ; et le zingueur, qui l’avait suivie, lui expliqua comment ça
marchait, indiquant du doigt les différentes pièces de l’appareil, montrant l’énorme cornue
d’où tombait un filet limpide d’alcool. L’alambic, avec ses récipients de forme étrange, ses
enroulements sans fin de tuyaux, gardait une mine sombre ; pas une fumée ne s’échappait ; à
peine entendait-on un souffle intérieur, un ronflement souterrain ; c’était comme une besogne
de nuit faite en plein jour, par un travailleur morne, puissant et muet. Cependant, Mes-Bottes,
accompagné de ses deux camarades, était venu s’accouder sur la barrière, en attendant qu’un
coin du comptoir fût libre. Il avait un rire de poulie mal graissée, hochant la tête, les yeux
attendris, fixés sur la machine à soûler. Tonnerre de Dieu ! elle était bien gentille ! Il y avait,
dans ce gros bedon de cuivre, de quoi se tenir le gosier au frais pen-dant huit jours. Lui, aurait
voulu qu’on lui soudât le bout du serpentin entre les dents, pour sentir le vitriol encore chaud
l’emplir, lui descendre jusqu’aux talons, toujours, toujours, comme un petit ruisseau. Dame !
il ne se serait plus dérangé, ça aurait joliment remplacé les dés à coudre de ce roussin de père
Colombe ! Et les camarades ricanaient, disaient que cet animal de Mes-Bottes avait un fichu
grelot, tout de même. L’alambic, sourdement, sans une flamme, sans une gaieté dans les
reflets éteints de ses cuivres, continuait, laissait couler sa sueur d’alcool, pareil à une source
lente et entêtée, qui à la longue devait envahir la salle, se répandre sur les boulevards
extérieurs, inonder le trou immense de Paris. Alors, Gervaise, prise d’un frisson, recula ; et
elle tâchait de sourire, en murmurant :
— C’est bête, ça me fait froid, cette machine… la boisson me fait froid…

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