COURS COMPLET : LA RÉQUISITION MÉDICALE
I. Définition et Principes de Base
● Qu'est-ce que c'est ? C'est une injonction (un ordre) faite à un médecin par une autorité judiciaire ou administrative pour
exécuter une mission médico-légale urgente. Elle est nominative et impérative
● Pour qui ? Elle s'adresse à tout médecin, quelle que soit sa spécialité.
● Le statut du médecin : Pendant la mission, le médecin devient temporairement un auxiliaire de la justice.
● Le secret médical : Il est exceptionnellement levé pour les informations qui concernent précisément l'objet de la mission.
II. Le Cadre Légal et les Sanctions (À retenir par cœur)
Le médecin a l'obligation d'accepter la réquisition. En cas de refus sans motif valable, il s'expose à des poursuites pénales, administratives
et professionnelles.
● Loi sanitaire 2018 : L'article 178 stipule que le médecin doit accepter, et l'article 418 précise que le refus est puni.
● Code pénal (Art 187 bis) : Le refus d'obtempérer est puni d'un emprisonnement de 2 à 6 mois et/ou d'une amende de 1000 à
10 000 DA.
● Code de procédure pénale (Art 49) : C'est l'article qui donne le droit à l'Officier de Police Judiciaire (OPJ) de faire appel à
"toutes personnes qualifiées" (dont les médecins).
Les formes de la réquisition à médecin :
III. Les Conditions de Forme (Comment se présente la demande ?) 1- La réquisition écrite
● Écrite : Elle doit toujours être écrite sous forme d'injonction (les demandes verbales sont de très rares exceptions). 2- La réquisition verbale (rarement)
● Nominative : Elle s'adresse nommément au médecin (ou à sa fonction).
● Mentions obligatoires : Elle doit contenir l'identité et la fonction de l'autorité requérante, l'identité du médecin, l'article de loi,
la mission précise, la date, la signature, et parfois la nécessité de prêter serment.
IV. Les Autorités Requérantes (Qui peut donner cet ordre ?)
Il existe deux grandes catégories d'autorités :
1. Autorités Judiciaires (les plus fréquentes) : Le Procureur de la République, le juge d'instruction, le président du tribunal,
l'Officier de Police Judiciaire (OPJ), le commissaire de police et l'officier de gendarmerie.
2. Autorités Administratives : Le Wali, le chef de daïra, le président de l'APC (le Maire), le directeur de l'hôpital, et même le
directeur de gare.
V. Circonstances et Objets (Pourquoi appelle-t-on le médecin ?)
Les missions peuvent concerner :
● Sur le vivant (Judiciaire) : Victimes (coups et blessures, agressions sexuelles, sévices sur enfant), suspects (intoxication
alcoolique/prise de sang), examen d'un prévenu en garde à vue, toxicomane dangereux, certificat d'âge, ou examen psychiatrique
pour un placement.
● Sur un cadavre (Judiciaire) : La levée de corps (examen sur les lieux), le constat de décès, l'autopsie judiciaire, ou
l'exhumation (extraction d'un cadavre).
● Missions Administratives : Pour la santé publique (le maire demande de l'aide lors d'un accident, intoxication collective,
épidémie) ou pour le bon fonctionnement de l'établissement (directeur de l'hôpital).
VI. La CAT (Conduite à Tenir) en Pratique : Les 9 Étapes Les règles ethiques et etiologique à observer dans la réquisition :
C'est le processus exact à suivre quand le médecin reçoit le document :
1. Lire attentivement la réquisition.
2. S'assurer de la présence de toutes les informations obligatoires (forme écrite, identités, signature, etc.).
3. Accepter la réquisition (selon la loi sanitaire et pénale).
4. Se déplacer si la mission l'exige (cas de la levée de corps).
5. Informer sa hiérarchie et noter la réquisition sur un registre spécial réservé à cet effet.
6. Faire l'examen : Se présenter au patient, l'informer de la mission et rechercher son consentement.
7. Gérer le refus du patient (Très important) : Si le patient refuse, aucune pression ne doit être exercée. Le médecin
note le refus au dos de la réquisition et demande à l'officier de rédiger un "procès-verbal de carence".
8. Rédiger le rapport : Le médecin doit répondre uniquement aux questions posées ("à la mission, rien qu'à la mission") et
bien garder un double (une copie) pour lui.
9. Remettre le rapport : Uniquement à l'autorité requérante (jamais au patient) et impérativement sous pli fermé (enveloppe
scellée).
VII. Les Dérogations (Quand le médecin a-t-il le droit de refuser ?)
Pour justifier un refus légal et éviter les sanctions, on utilise la règle des "4 i" auxquels s'ajoutent deux autres cas de bon sens :
1. Inaptitude physique : Cas de force majeure (le médecin est malade).
2. Inaptitude morale : Lien de parenté avec la victime (impossible d'être objectif).
3. Indisponibilité provisoire : Le médecin est déjà occupé à donner des soins urgents à un malade.
4. Incompétence avouée : La mission technique dépasse ses compétences (ex: spécialité différente).
5. Médecin traitant : Si le médecin requis est le médecin traitant habituel de la personne (souci d'objectivité).
6. Lieu inapproprié : Si les conditions d'examen nuisent à la qualité, l'intimité ou la confidentialité. Remarque : En cas de refus
justifié, le médecin doit le signaler par écrit à l'autorité requérante.