CHAPITRE 1
Formes diérentielles, formule de Green-Riemann
Inspiré de ([ ]) ?
1.1. Formes diérentielles de degré 1
E est un espace vectoriel de dimension n > 0 sur le corps K (= R ou C),
∗
E est le dual de E , c'est un espace vectoriel de dimension n sur K. Soit B =
e , e . . . , e(n) une base de E , on note B ∗ = {e∗1 , e∗2 , . . . , e∗n } sa base duale. Elle
(1) (2)
∗ (j)
est dénie pour 1 ≤ i, j ≤ n, par ei |e = δi,j . Soit U un ouvert de E .
Definition 1.1.1. Une 1−forme diérentielle de classe Ck (ou forme diéren-
tielle de degré 1, ou forme diérentielle) sur l'ouvert U de E est une application de
classe Ck ω : U → E∗.
Une forme diérentielle s'exprime sur la base B∗
X
ω = ωi e∗i
1≤i≤n
A tout point x de U, la forme diérentielle ω associe une forme linéaire ω (x) ∈
E∗.
L'ensemble des formes 1−diérentielles de classe C k sur U est l'espace vectoriel
k ∗
C (U, E ), noté A1k (U).
L'ensemble des formes 1−diérentielles sur U est noté A1 (U).
Example.
Soit f ∈ C k+1 (U). Sa diérentielle df : U → E ∗ est une forme diérentielle
k
de classe C sur U .
On note xi l'application i−ème coordonnée dans la base B :
X
xi : a = ai e(i) ∈ U 7→ ai ∈ K
1≤i≤n
Sa diérentielle dxi est donc l'application constante x ∈ U 7→ e∗i . Cela conduit
à écrire :
X
ω = ωi dxi
1≤i≤n
P
(dont la signication est évidemment ω (x) = 1≤i≤n ωi (x) dxi (x) pour tout
x de U ).
La forme diérentielle dxi dépend de la base B.
Si f est une application de U dans K de classe C k+1 alors df s'écrit,
X ∂f
df = dxi
∂xi
1≤i≤n
1.2. Intégrale d'une forme diérentielle
Un chemin (ou arc paramétré) de E est une application d'un segment de lon-
gueur non nulle de R vers E.
1
2 1. FORMES DIFFÉRENTIELLES, FORMULE DE GREEN-RIEMANN
Dénition de l'intégrale. Soient U un ouvert de E, ω une forme diérentielle
continue sur E et γ : [α, β] → E un chemin (continu et) de classe C 1 (par morceaux)
.
Definition 1.2.1. On appelle intégrale de la forme diérentielle ω sur le chemin
γ l'intégrale :
Z Z β
ω = hω (γ (t)) |γ 0 (t)i dt
γ α
Si γi sont les composantes de γ et ωi celles de ω dans B , alors on a :
Z Z β X
ω = ωi (γ (t)) γi0 (t) dt
γ α 1≤i≤n
Example. L'intégrale de la forme diérentielle ω = xdx + ydy , sur le demi
cercle γ : t ∈ [0, π] 7→ γ (t) = (cos t, sin t) ∈ U est
Z Z β
ω = (cos t (− sin t) + sin t cos t) dt
γ α
= 0
Changement de paramètre.
Proposition 1.2.2. Soit γ : [α, β] → U un chemin de classe C k de U et ϕ un
diéomorphisme de [a, b] sur [α, β]. Alors
Z Z
ω = ± ω
γ◦ϕ γ
suivant que ϕ est croissant ou décroissant. En d'autres termes, l'intégrale d'une
forme diérentielle le long d'un chemin ne dépend du paramétrage du chemin, si le
paramétrage est positif.
Démonstration. On note δ le chemin γ ◦ ϕ : [a, b] → U . On a δ 0 (t) =
0 0 0
(γ ◦ ϕ) (t) = γ (ϕ (t)) ϕ (t) donc
X
hω (δ (t)) |δ 0 (t)i = ωi (δ (t)) γi (ϕ (t)) ϕ0 (t)
1≤i≤n
donc en utilisant le changement de variable s = ϕ (t), et en supposant ϕ croissante1 :
Z Z b
ω = hω (δ (t)) |δ 0 (t)i dt
δ a
X Z b
= ωi (δ (t)) γi (ϕ (t)) ϕ0 (t) dt
1≤i≤n a
X Z ϕ(b)
= ωi (γ (s)) γi (s) ds
1≤i≤n ϕ(a)
Z
= ω
γ
1
Si ϕest décroissante, on a ϕ (b) = α et ϕ (a) = β ce qui change le signe de l'intégrale.
1.2. INTÉGRALE D'UNE FORME DIFFÉRENTIELLE 3
Propriétés de l'intégrale. Les propriétés suivantes se vérient simplement :
Proposition 1.2.3.
(1) Linéarité : si ω et π sont deux formes diérentielles continues sur U , et γ
un chemin continu et C 1 par morceaux sur U , alors pour tous (α, β) ∈ R
on a
Z Z Z
(aω + bπ) = a ω+b π
γ γ γ
(2) Relation de Chasles : soient γ : [α, β] → U un chemin continu et C 1 par
morceaux sur U , ξ un élément de [α, β], et γ1 (reps.γ2 ) la restriction de γ
à [α, ξ] (resp. [ξ, β]), alors
Z Z Z
ω = ω+ ω
γ γ1 γ2
Remark. La relation de Chasles permet de dénir l'intégrale d'une forme dié-
rentielle sur les chemins de classe C1 et d'étendre la dénition aux chemins continus
et C1 par morceaux, en posant
Z XZ
ω = ω
γ γi
chaque γi étant la restriction C 1 de γ à un sous intervalle de [α, β].
Proposition 1.2.4. Soient f est une application de classe C 1 de U sur R et
γ : [α, β] → U un chemin continu et C 1 par morceaux sur U , alors
Z
df = f (γ (β)) − f (γ (α))
γ
Démonstration. On suppose γ de classe C 1 . L'application g = f ◦γ : [α, β] →
1
R est de classe C sur U, et sa dérivée est
g 0 (t) = hdf (γ (t)) |γ 0 (t)i
donc
Z Z β
df = hdf (γ (t)) |γ 0 (t)i dt
γ α
Zβ
= g 0 (t) dt
α
= g (β) − g (α)
Proposition 1.2.5. Si ω est une forme diérentielle de classe C 0 sur U et
γ : [a, b] → U un chemin de classe C 1 de U alors :
Z
ω ≤ sup kω (x)k long (γ)
γ x∈U
où
Z
long (γ) = kγ 0 (t)k dt
γ
est la longueur du chemin γ
4 1. FORMES DIFFÉRENTIELLES, FORMULE DE GREEN-RIEMANN
Démonstration. On majore de manière élémentaire :
Z Z b
ω ≤ |hω (γ (t)) |γ 0 (t)i| dt
γ a
Z b
≤ kω (γ (t))kE ∗ kγ 0 (t)kE dt
a
φd'où le résultat. Dans cette écriture , kω (x)k désigne la norme sur E ∗ , subordonnée
∗
à la norme sur E . Pour ϕ ∈ E , Elle est dénie : par kϕkE ∗ = supx∈D khϕ|xikE
1
Definition 1.2.6. On appelle circulation d'un champ de vecteur V le long
b
C1 hV (γ (t)) |γ 0 (t)i dt et on la note
R R
d'un chemin γ de classe l'intégrale
a γ
hV |dxi.
Proposition 1.2.7. Si f est une application de classe C 1 de U vers K, et
γ : [a, b] → U un chemin de classe C 1 alors la circulation du champ de vecteur
gradf = 1≤i≤n ∂x e est
∂f (i)
P
i
Z
hgradf |dxi = f (γ (b)) − f (γ (a))
γ
Démonstration. Par dénition de du champ de vecteur gradf , son intégrale
le long de γ est
Z Z
∂f
hgradf |dxi = (γ (t)) |γ 0 (t) dt
γ γ ∂xi
Z X ∂f
= dxi
γ ∂xi
1≤i≤n
Z
= df
γ
d'où le résultat.
1.3. Formes exactes et fermées
1.3.1. formes diérentielles exactes.
Definition 1.3.1. Une forme diérentielle ω sur U est dite exacte si elle est la
diérentielle d'une fonction f. On dit que f est une primitive de ω.
Si f g sont deux primitives de ω , alors d (f − g) = 0. Si U est connexe par
et
arcs, alors f − g est constante. (Cf cours de calcul diérentiel.)
∂f
f est une primitive de ω si et seulement si ωi = ∂x pour tout i ∈ {1, 2, . . . , n}
i
Si U est connexe par arcs, on obtient facilement une primitive de ω en xant
x0 ∈ U posant f (x) = f (x0 ) + γx ω où γx est un chemin de classe C 1 qui joint x0
R
2
à x.
Example. La forme ω = ey dx + (xey − 2y) dy est-elle exacte ? Il sut d'en
∂f y ∂f y
trouver une primitive f . Celle-ci doit vérier
∂x = e et ∂y = xe −2y . En intégrant
y
la première équation, il vient : f (x, y) = xe + g (y), la deuxième équation donne
2
En réalité, U doit être un peu plus que connexe par arcs, il faut que pour tout x ∈ U il
existe un chemin γx de classe C 1 joignant x0 à x, sinon, on ne peut pas dénir l'intégrale de ω
le long de γx . Cependant, U est un ouvert connexe par arcs. Si a et b sont deux points de U ,
soit γ ∗ ⊂ U joignant les points a et b, de paramétrage γ : [0, 1]S7→ U continu. On peut recouvrir
γ ∗ par une famille de boules ouvertes incluses dans U γ ∗ ⊂ x∈γ ∗ Bx . Comme γ ∗ = γ ([0, 1])
est l'image continue d'un compact γ ∗ est compact. Donc on peut extraire une famille nie de
boules B1 , . . . , BN qui recouvre γ ∗ . En joignant les centres des boules on obtient un chemin C 1
par morceaux. Ya plus qu'a lisser.
1.3. FORMES EXACTES ET FERMÉES 5
alors xey + g 0 (y) = ∂f y
∂y = xe − 2y donc g 0 (y) = −2y et g (y) = −y 2 + a, puis
f (x, y) = xey − y 2 + a, a ∈ R.
Definition 1.3.2. On dit qu'un champ de vecteur V déni sur U dérive d'un
potentiel
P
si la forme diérentielle ω= 1≤i≤n Vi dxi est exacte.
En d'autre termes, ω est la diérentielle d'une fonction f , et l'égalité ω =
hV |dxi = df se traduit par V = gradf .
Si ω est exacte, et si f en est une primitive, alors, pour tout chemin γ : [a, b] → U
1
de classe C on a
Z
ω = f (γ (b)) − f (γ (a))
γ
3
En particulier, si ω est exacte, son intégrale le long de tout lacet est nulle.
1.3.2. Formes diérentielles fermées.
P
Definition 1.3.3. Une forme diérentielle ω= 1≤i≤n ωi dxi est dite fermée
si pour tout couple i, j ∈ [1, n]
∂ωi ∂ωj
(1.3.1) =
∂xj ∂xi
On vérie que les relations de fermeture (1.3.1) ne dépendent pas de la base B.
Proposition 1.3.4. Toute forme diérentielle de degré 1 exacte est fermée.
P
Démonstration. soit ω = df = 1≤i≤n ωi dxi une forme diérentielle exacte
1 1 2
et de classe C sur U . Comme ω est de classe C , f est de classe C donc on peut
∂2f ∂2f
appliquer le théorème de Schwartz et
∂xi ∂xj = ∂xj ∂xi d'où le résultat. La réciproque
est fausse.
Example. la forme diérentielle angle sur U = R2 \{(0, 0)} ω = −ydx+xdy
x2 +y 2 est
fermée (vérication immédiate) mais pas exacte sur U car si c'était le cas, l'intégrale
R 2π
ω = 0 − sin t(− sin t)+cos t cos t
R
de ω sur le cercle unité C1 serait nulle. Or dt = 2π .
C1 cos2 t+sin2 t
1.3.3. Le théorème de Poincaré. La réciproque de la proposition précé-
dente (1.3.4) dépend de la topologie de l'ouvert U.
Definition 1.3.5. Un ouvert U de E est dit étoilé par rapport à un point
x0 ∈ U si pour tout point x∈U le segment [x0 , x] est tout entier inclus dans U.
Example. (démonstration en exercice)
Un convexe est étoilé par rapport à chacun de ses points.
Un ouvert étoilé est connexe par arcs.
La réciproque est fausse. Par exemple R2 \ {(0, 0)} est connexe par arcs mais
pas étoilé.
Theorem 1.3.6. (Poincaré) Une forme diérentielle sur un ouvert étoilé est
exacte si et seulement si elle est fermée.
Démonstration. Soient U un ouvert étoilé par rapport à a de E et ω =
1
P
1≤i≤n ω i dx i une forme diérentielle fermée de classe C sur U . Montrons que la
R
fonction x ∈ U 7→ f (x) = ω est une primitive de ω . Le segment [a, x] peut
[a,x]
être paramétré par γ : t ∈ [0, 1] 7→ γ (t) = a + t (x − a)
3
Un lacet de U est un chemin γ : [a, b] → U tel que γ (a) = γ (b).
6 1. FORMES DIFFÉRENTIELLES, FORMULE DE GREEN-RIEMANN
Fig. 1.3.1. Un ouverts non étoilé et l'autre étoilé par rapport à x0
1.4. APPLICATIONS À L'ANALYSE COMPLEXE 7
R
L'indice i étant xé, 1 ≤ i ≤ n, on a f (x) = [a,x] hω (a + t (x − a)) |x − ai dt.
Comme la fonction g (x, t) est de classe C 1 sur U × [0, 1], on peut écrire
Z
∂f ∂
(x) = g (x, t) dt
∂xi ∂xi [a,x]
Z
∂
= g (x, t) dt
[a,x] ∂x i
et
∂g ∂ X
(x, t) = ωj (a + t (x − a)) (xj − aj )
∂xi ∂xi
1≤j≤n
X ∂ωj
= t (a + t (x − a)) (xj − aj ) + ωj (a + t (x − a)) δi,j
∂xi
1≤j≤n
X ∂ωi
= ωi (a + t (x − a)) + t (a + t (x − a)) (xj − aj )
∂xj
1≤j≤n
car ω est fermée. On reconnaît cette expression comme la dérivée simple de hi (t) =
ωi (a + t (x − a)). Donc
Z 1
∂f
(x) = h0i (t) dt = hi (0) − hi (1) ωi (a + t (x − a))
∂xi 0
Donc f est bien une primitive de ω .
1.4. Applications à l'analyse complexe
On considère E = C comme espace vectoriel sur C. On note dz l'application
linéaire h ∈ C 7→ h ∈ C et on a dz = dx + idy en notant dx et dy les formes linéaires
h 7→ Rh et h 7→ Ih. Pour une fonction de classe C 1 de l'ouvert U ⊂ C à valeurs
dans C, on désigne par f (z) dz la forme diérentielle qui à tout point z de U associe
la forme linéaire h ∈ C 7→ f (z) h. En coordonnées réelles, cette forme diérentielle
1
s'écrit : f (z) dz = f (z) dx + if (z) dy . Si γ est un chemin de classe C on appelle
intégrale curviligne de f sur γ l'intégrale de la forme f (z) dz sur γ . On la note
R R
γ
f (z) dz ou plus simplement γ f .
On obtient alors simplement les propriétés suivantes :
Si f = P + iQ est une application de classe C1 de U dans C alors elle est
holomorphe si et seulement si la forme diérentielle f (z) dz est fermée. En
eet, elle est fermée si et seulement si
∂f ∂ (if )
=
∂y ∂x
ce qui donne exactement les conditions de Cauchy :