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MACROÉCONOMIE II
Hachimi Alaoui
Université Ibn Zohr, Agadir
Édition 2024
Table des matières
Introduction 3
2
Introduction
3
TABLE DES MATIÈRES
Afin d’atteindre cet objectif, ce cours de macroéconomie II propose une progression lo-
gique et structurée, débutant par une présentation des fondements théoriques de la nou-
velle macroéconomie keynésienne, en l’occurrence la rigidité nominale, la concurrence
imparfaite et la non-neutralité de la monnaie à court terme. Il explore ensuite les mé-
canismes économiques fondamentaux, notamment ceux liés à l’offre et à la demande
agrégées, avant d’élargir l’analyse aux interactions internationales. Enfin, il examine les
politiques économiques de stabilisation et leurs implications pratiques.
Ainsi, ce cours de macroéconomie II s’articule autour de cinq chapitres complémen-
taires, qui explorent les fondements théoriques du cadre analytique, les mécanismes adja-
cents de l’offre et de la demande agrégées, ainsi que l’impact des politiques économiques
dans une petite économie ouverte.
Chapitre 1 — Fondements théoriques de la nouvelle macroéconomie keyné-
sienne. Il s’agit d’un chapitre essentiellement littéraire, destiné à poser le soubassement
théorique de l’école keynésienne moderne. Ce chapitre revient sur les principaux postu-
lats de cette école, notamment la non-neutralité de la monnaie à court terme, les rigidités
nominales et la concurrence imparfaite, tout en mettant en lumière les contributions des
auteurs phares.
Chapitre 2 — L’offre agrégée et la courbe de Phillips nouvelle keynésienne. En
se référant aux rigidités réelles et nominales, ce chapitre met en évidence le comportement
d’optimisation de l’entreprise représentative, en vue d’en déduire l’offre agrégée. Une
attention particulière est accordée à la courbe de Phillips nouvelle keynésienne, qui lie les
variations des prix aux anticipations d’inflation et au niveau de l’activité économique.
Chapitre 3 — Analyse de la demande agrégée et courbe IS dynamique. À
travers un modèle dynamique, ce chapitre examine les deux principales composantes
de la demande agrégée : la consommation et l’investissement. Ce faisant, il introduit
également la courbe IS dynamique, qui décrit les relations entre la demande agrégée, les
taux d’intérêt réels et le taux de change.
Chapitre 4 — Interactions avec le reste du monde Dans ce chapitre, l’analyse
s’étend aux interactions avec le reste du monde, notamment les flux financiers, et à leurs
implications en termes de taux de change. Ce chapitre explore l’impact du différentiel des
taux d’intérêt et du différentiel d’inflation sur les fluctuations du taux de change.
Chapitre 5 — Politiques économiques de stabilisation. En capitalisant sur les
enseignements des chapitres précédents, ce chapitre aborde le rôle des politiques écono-
miques dans la stabilisation de l’activité économique et la stabilité des prix. Les débats
contemporains sur l’efficacité des politiques de relance et les limites des interventions
publiques y sont abordés.
Chapitre 6 — Synthèse et perspectives. Un récapitulatif des enseignements tirés
du cours est présenté sous forme de synthèse des apports de la nouvelle macroéconomie
keynésienne. Cette synthèse rappelle également l’importance de mettre en perspective les
enseignements théoriques et les implications pratiques dans le design et l’implémentation
des politiques publiques. 1
1. Seuls les deux premiers chapitres sont inclus dans cette version du manuel, correspondant aux
chapitres abordés lors des séances de cours.
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Chapitre 1
5
CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE
l’offre et la demande est une condition nécessaire et suffisante pour atteindre des prix et
des quantités d’équilibre. Ce qui est en conformité avec la « loi de Say » : l’offre crée sa
propre demande.
Pour les classiques, l’offre agrégée est déterminée par le volume des facteurs de production
disponibles (travail, capital), et s’aligne spontanément à la demande agrégée à travers un
ajustement purement nominal. C’est à dire que les fluctuations de la demande sont amor-
ties par des variations des prix, sous l’hypothèse d’une parfaite flexibilité des prix. Dans
cette optique, l’économie fonctionne constamment et incessamment à plein emploi, et les
fluctuations économiques sont temporaires et corrigées par des ajustements nominaux.
De ce fait, les fluctuations de la demande ont peu d’impact sur la production à court
terme, car les prix s’ajustent immédiatement.
Ainsi, les classiques prônent une vision de l’économie basée sur la flexibilité parfaite et
l’autorégulation des marchés, où la demande joue un rôle mineur. Ils favorisent donc le
aisser-faire et estiment que l’intervention de l’État est inutile, voire nuisible, car l’écono-
mie s’ajuste naturellement vers un équilibre de plein emploi.
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CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE
Yt = Et [Yt+1 ] + ϵt ,
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CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE
Les hypothèses des nouveaux-Keynésiens Alors que les nouveaux classiques avancent
que les prix sont parfaitement flexibles et que la concurrence est parfaite, les nouveaux
Keynésiens reconnaissent les imperfections des marchés, comme la flexibilité imparfaite
des prix (imperfection nominale) et la concurrence imparfaite entre les entreprises (im-
perfection réelle). Dans ce sillage, la nouvelle économie keynésienne admet que les prix
ne sont pas parfaitement flexibles et ne s’ajustent pas instantanément, mais s’ajustent
avec une certaine rigidité, en raison des coûts d’ajustement. Les nouveaux keynésiens ad-
mettent également la présence d’une imperfection réelle, sous la forme d’une concurrence
monopolistique sur le marché réel, c’est-à-dire le marché des biens et services.
L’économie peut ainsi s’écarter de son niveau d’équilibre pendant un certain temps, ce
qui justifie l’intervention à court terme de l’État, via des politiques contra-cycliques, ou
des politiques de lissage des cycles économiques. Sachant que ces fluctuations cycliques
peuvent résulter de chocs aussi bien réels que nominaux, amplifiés par les imperfections
réelles et nominales. Par ailleurs, les nouveaux keynésiens intègrent les anticipations, mais
contrairement aux nouveaux-classiques, ils admettent que les anticipations ne sont pas
toujours rationnelles.
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CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE
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CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE
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CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE
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CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE
qui maximise son profit, compte tenu de la réaction de ses concurrents et de la demande
qui lui est adressée. De ce fait, chaque entreprise peut augmenter ses prix sans perdre
immédiatement tous ses clients. Toutefois, elle doit tenir compte du comportement de
ses concurrents et de l’impact de ses décisions sur sa part de marché. Il s’agit donc d’une
concurrence imparfaite, qui s’avère être une forme de concurrence certes hybride,
à mi-chemin entre la concurrence parfaite et le monopole pur, mais qui demeure plus
intuitive et plus réaliste. Ainsi, dans un marché où de nombreuses entreprises vendent
des produits différenciés, chaque entreprise a un certain pouvoir de marché et agit en tant
que price-maker plutôt que price-taker. Ce pouvoir de marché permet conséquemment
à chaque entreprise de fixer son prix au-dessus du coût marginal.
Par ailleurs, l’hypothèse de la concurrence monopolistique, et le pouvoir de marché qu’elle
confère aux entreprises, rime avec l’hypothèse de la rigidité des prix. En effet, dans une
économie de concurrence monopolistique, les entreprises ne réagissent pas immédiate-
ment aux chocs de demande et ajustent progressivement et graduellement leurs prix en
fonction des prix pratiqués par les concurrents et des demandes qui leur sont adressées.
Ce comportement dicté par la concurrence monopolistique est cohérent avec le postulat
de la rigidité des prix, et expliquent conjointement les délais d’ajustement de l’activité
économique et les délais de transmission des chocs économiques vers le niveau général
des prix.
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CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE
Prix et Production
2
0
0 2 4 6 8 10
Temps
Production
Prix
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CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE
ment élevé (le cout marginal augmenté d’un mark-up), déprimant ainsi la demande et
impliquant un niveau d’activité au deca du plein emploi.
En d’autres termes, même en cas de flexibilité parfaite des prix, la production qui découle
d’une concurrence imparfaite n’est nullement à son niveau d’efficience, même à l’état
stationnaire de l’économie où la production est à son niveau naturel, en raison du pouvoir
de marché des entreprises. En résumé, l’hypothèse d’imperfections réelles implique que
l’état d’équilibre naturel n’est pas nécessairement un équilibre d’efficience.
La deuxième distorsion résulte de l’hypothèse d’une flexibilité imparfaite des prix. En
effet, les contraintes qui pèsent sur les entreprises en termes de couts d’ajustement des
prix constituent une source d’inefficience à court terme. Le fait que les entreprises ne
peuvent ajuster leurs prix immédiatement en réponse aux chocs, implique que la marge
moyenne de l’économie varie dans le temps, et qu’elle sera momentanément différente
de la marge constante associée aux prix parfaitement flexibles. Ceci car le gap entre le
mark-up désiré et le mark-up réalisé s’explique par la différence entre le prix optimal en
cas de flexibilité parfaite et le prix dicté par la rigidité nominale. Néanmoins, le gap de
production lié à cette distorsion est un gap de court terme, puisque le réajustement des
prix vers le niveau optimal se fait progressivement et graduellement et sera totalement
accompli à moyen terme.
Ceci dit, lorsque les imperfections nominales (rigidité des prix) coexistent avec les im-
perfections réelles (concurrence monopolistique), l’allocation d’équilibre est généralement
inefficiente, tant à court qu’à moyen terme.
D’autre part, la flexibilité imparfaite des prix génère un gap à court terme entre le niveau
de l’activité économique et son niveau naturel, qui est le niveau de la production à prix
optimal en cas de flexibilité parfaite. Le terme de ce gap est proportionnel au délai de
l’ajustement progressif et graduel des prix.
D’autre part, l’activité économique converge à moyen terme vers un état stationnaire qui
est lui-même improductif, en raison du pouvoir de marché des entreprises et de la marge
imbriquée dans les prix.
Somme toute, la présence de distorsions réelles incorrigibles, liées à la nature imparfaite
de la concurrence, génère un écart permanent entre le niveau naturel de la production
et son niveau d’efficience. Ce qui se traduit par un état stationnaire où le niveau naturel
de la production est inefficacement bas, créant ainsi une situation de sous-emploi et de
sous-optimalité.
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Chapitre 2
Le cadre analytique présenté dans ce chapitre relie les décisions individuelles des entre-
prises à la dynamique agrégée des prix, tout en mettant en avant les imperfections réelles
et nominales du marché. Cette transition micro-macro constitue un pilier fondamental
de l’analyse nouvelle-keynésienne. La Courbe de Phillips Nouvelle-Keynésienne
(NKPC, pour New Keynesian Phillips Curve) est dérivée en considérant les décisions
de fixation des prix de l’entreprise représentative, qui opère dans un environnement ca-
ractérisé par des rigidités aussi bien nominales que réels, conjuguées à des anticipations
rationnelles. En agrégeant les décisions individuelles de fixation des prix, on obtient une
dynamique macroéconomique reliant le taux d’inflation à la demande agrégée et aux
anticipations d’inflation.
Pour ce faire, le comportement collectif des entreprises peut être analysé en trois étapes
complémentaires :
1. Minimisation des coûts : L’entreprise représentative cherche à minimiser ses
coûts pour déterminer la demande optimale des inputs nécessaires à sa production.
2. Maximisation du profit : L’entreprise représentative fixe un prix optimal, compte
tenu des imperfections du marché et la demande qui lui est adressée (imperfection
réelle).
3. L’agrégation des prix : Les prix optimaux sont agrégés en vue de déterminer
le niveau général des prix. Ce dernier évolue selon processus d’ajustement partiel,
reflétant la rigidité nominale (imperfection nominale).
Ce chapitre propose donc une exploration détaillée de ces étapes :
— Dans la première section (section 2.1), nous analysons la minimisation des coûts et
la demande optimale d’intrants ;
— Dans la deuxième section (section 2.2), nous examinons la maximisation du profit
et l’impact des imperfections du marché ;
— Enfin, nous abordons la rigidité nominale qui découle d’un processus d’ajustement
partiel du niveau général des prix (section 2.3).
Au terme de ces trois étapes, il est possible de déduire la courbe de Phillips nouvelle-
keynésienne, qui constitue le cadre théorique contemporain pour analyser les sources
potentielles des tensions inflationnistes.
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CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
Fluctuations de Et
— Une baisse de Et (↓ Et ) indique une appréciation de la monnaie nationale ;
— Une hausse de Et (↑ Et ) indique une dépréciation de la monnaie nationale.
1. Les achats d’intrants intermédiaires locaux sont exclus pour des raisons d’agrégation. Cette exclu-
sion suppose que la somme des productions finales des N entreprises est égale au PIB, en ce sens que
chaque entreprise produit des biens et services finaux.
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CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
P rof itcomptable,t
divt = (2.1.1)
F ondsP ropresn,t
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CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
Ce schéma vertical de la structure des produits et des charges, peut être transposé en un
schéma horizontal. Présenté comme une équation de profit économique, ce schéma hori-
zontal offre une approche économique de la répartition des revenus, dérivée de l’approche
comptable.
Cependant, il est crucial de distinguer le profit comptable du profit économique. Ces
deux notions, bien qu’étroitement liées, ne mesurent pas exactement la même chose. Le
profit comptable correspond au résultat net figurant dans le compte de résultat. Alors
que le profit économique va au-delà du profit comptable et se calcule en soustrayant du
profit comptable les coûts implicites. Ces coûts comprennent toutes les dépenses liées à la
rémunération des facteurs de production, y compris la rémunération versée aux prêteurs-
créanciers et apporteurs de capitaux (intérêts et dividendes). 3
Ainsi, le profit économique (Πeco n,t ) de l’entreprise représentative n, à la période t, est
défini comme la différence entre les recettes totales et la somme des coûts explicites
et implicites. Les coûts explicites sont tirés directement du compte de résultat, tandis
que les coûts implicites incluent les rémunérations normales des facteurs de production,
telles que les dividendes (divt · FondsPropresn,t ) et les intérêts sur les capitaux empruntés
(it · dettesn,t ).
3. De ce fait, une situation de profit nul signifie que l’entreprise reçoit une rémunération normale,
alors qu’un profit économique positif renvoie à un surprofit, lié à un pouvoir de marché, avec une capacité
nette d’autofinancement, et ce après rémunération de tous les facteurs de production.
Hachimi Alaoui 18
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
Πeco
n,t = (Pn,t · Yvente,t + Pn,t · Ystock,n,t )
o
− Et · PJ,t · Jn,t + Wt · Ln,t
+ amort · Kn,t
− it · dettesn,t + divt · FondsPropresn,t (2.1.2)
où :
— Le premier terme Pn,t · Yvente,t + Pn,t · Ystock,t représente la somme de la production
exprimée en valeur nominale, notée Pn,t Yn,t , avec :
o
— Le deuxième terme Et · PJ,t · Jn,t + Wt · Ln,t + amort · Kn,t correspond aux coûts
explicites de production.
— Le troisième terme it · dettesn,t + divt · FondsPropresn,t regroupe les coûts implicites
liés à la rémunération normale des facteurs (intérêts sur dettes et dividendes).
L’équation (2.1.2) met en lumière la distinction fondamentale entre le profit comptable,
limité aux éléments explicites, et le profit économique, qui inclut les coûts implicites liés
aux opportunités perdues et à la rémunération normale des ressources investies.
Pour aller plus loin de cette perspective, et en vue de mettre en lumière la dimension
purement économique du profit de l’entreprise représentative, il convient de faire appel à la
structure de son compte de patrimoine. Celle-ci est consigné dans le bilan de l’entreprise
représentative, qui reflète l’ensemble de ses actifs réels, financiers et monétaires, ainsi
que les ressources permettant leur financement : fonds propres et dettes. 4 De ce fait, la
structure du bilan simplifié de l’entreprises suppose que :
— L’actif est réduit au capital fixe(K), c’est-à-dire les immobilisations physiques
utilisées pour produire des biens et services, tandis que le passif est constitué des
fonds propres et des dettes ;
— Les fonds propres sont apportés par les propriétaires de l’entreprise et représentent
une fraction γ de l’actif total (K).
— Les dettes (dettesn,t )sont contractées auprès des banques et représentent une frac-
tion 1 − γ de l’actif total (K).
Compte tenu de ces hypothèses simplificatrices, le bilan, ou compte de patrimoine, de
l’entreprise représentative est présenté au tableau 2.2.
4. Dans ce cadre analytique, l’état d’équilibre assigné à l’entreprise représentative permet d’ignorer les
décalages entre actifs et passifs circulants. Ce décalage étant compensé par l’ajustement des trésoreries
active et passive.
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CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
Πeco
n,t =Pn,t · Yn,t
o
− Et · PJ,t · Jn,t − Wt · Ln,t
h i
− Kn,t · amort + i · (1 − γ) + divt · γ , (2.1.6)
Où :
— Pn,t · Yn,t : Recettes totales n à la période t,
o
— Et · PJ,t · Jn,t : Coût des inputs importés,
— Wt · Ln,t : Coût du travail,
h i
— amort + i · (1 − γ) + divt · γ · Kn,t : Coût du capital.
Ce qui veut dire que l’entreprise rémunère ses trois principaux facteurs de production :
□ Le travail, rémunéré par les salaires ;
□ Le capital, rémunéré par les dividendes et les intérêts ;
□ L’input importé, acquis au prix fixé au marché international.
L’équation globale du profit économique peut ainsi être exprimée comme suit :
Πeco
n,t = Recettes Totales − Coût Total (2.1.7)
où :
— α est l’élasticité de la production par rapport au capital (0 < α < 1),
— β est l’élasticité de la production par rapport au travail (0 < β < 1),
— 1 − α − β est l’élasticité de la production par rapport aux inputs importés (0 <
1 − α − β < 1).
Le facteur exogène At n’est pas spécifique à l’entreprise représentative n et reflète :
≫ À long terme, le progrès technique ;
≫ À court terme, les chocs d’offre exogènes.
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CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
Une variable exogène est une variable dont la valeur est déterminée en dehors
du modèle économique et qui n’est pas influencée par les décisions des agents éco-
nomiques au sein du modèle. Elle représente souvent des facteurs externes qui
affectent l’ensemble des agents économiques sans dépendre de leurs comportements
individuels.
En revanche, une variable endogène est une variable dont la valeur est déterminée
à l’intérieur du modèle, en fonction des décisions des agents économiques et de leurs
interactions. Par exemple, les inputs Kn,t , Ln,t , et Jn,t sont des variables endogènes
car elles sont choisies par chaque entreprise en fonction de leurs objectifs et en
respect de leurs contraintes.
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CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
∂Yn,t Xn,t
Élasticité = · .
∂Xn,t Yn,t
Ainsi, l’élasticité de la production par rapport au capital Kn,t est donnée par :
∂Yn,t Kn,t
· = α.
∂Kn,t Yn,t
Le coût total de l’entreprise est donné par la somme des rémunérations des trois facteurs
de production. En posant :
h i
Rt = amort + i · (1 − γ) + divt · γ . (2.1.9)
Nous aurons : h i
o
CTn,t = Et · PJ,t · Jn,t + Wt · Ln,t + Kn,t · Rt . (2.1.10)
L’entreprise choisit Kn,t , Ln,t , et Jn,t de manière à minimiser Cn,t , compte tenu de sa
fonction de production :
α
Yn,t = At · Kn,t · Lβn,t · Jn,t
1−α−β
.
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CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
sous la contrainte :
α
Yn,t = At · Kn,t · Lβn,t · Jn,t
1−α−β
.
3. Fonction de Lagrange
Pour minimiser Cn,t , nous dérivons L par rapport à Kn,t , Ln,t , et Jn,t , et nous égalons les
dérivées à zéro.
En divisant les FOCs deux à deux, nous obtenons les conditions d’optimalité reliant les
inputs.
— Ratio capital-travail :
Rt α Ln,t
= · . (2.1.16)
Wt β Kn,t
— Ratio travail-inputs importés :
Wt β Jn,t
o
= · . (2.1.17)
Et · PJ,t 1 − α − β Ln,t
— Ratio capital-inputs importés :
Rt α Jn,t
o
= · . (2.1.18)
Et · PJ,t 1 − α − β Kn,t
Hachimi Alaoui 23
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
Pour obtenir le coût marginal, nous dérivons le coût total CTn,t par rapport à la pro-
duction Yn,t . Comme CTn,t est proportionnel à Yn,t , sa dérivée par rapport à Yn,t donne
directement :
∂CTn,t
Cmn,t = . (2.1.25)
∂Yn,t
En appliquant la dérivation :
α " #β " o
#1−α−β
1 Rt
Wt Et · PJ,t
Cmn,t = · · · . (2.1.26)
At α β 1−α−β
Cette expression montre que :
5. La démonstration détaillée est faite durant la séance de cours consacrée à cette section.
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CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
Hachimi Alaoui 25
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
technique (à long terme), ou les chocs d’offre (à court terme), il demeure exogène et
partagé par toutes les entreprises,
En résumé, le coût marginal des entreprises est déterminé par des facteurs macroécono-
miques communs à toutes, tels que le salaire moyen, le coût du capital, les taux d’intérêt,
les prix internationaux et le taux de change. Ces éléments reflètent les équilibres globaux
des différents marchés, indépendamment des décisions spécifiques de chaque entreprise.
Le coût marginal, bien qu’il résulte des décisions d’optimisation de chaque entreprise,
est influencé par des paramètres communs à toutes les entreprises opérant dans le même
secteur. Ces paramètres incluent principalement la technologie et les élasticités de substi-
tution et de production, qui sont des éléments structurels et invariants dans le cadre de
l’économie étudiée.
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CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
où :
— Pn,t est le prix du bien n à la période t ;
— Yt est la demande agrégée des consommateurs ;
— Pt est le niveau général des prix.
En maximisant L, les conditions de premier ordre associées sont obtenues par dérivation
par rapport à Yn,t :
1
N
! ϵ−1
∂L ϵ X ϵ−1 ϵ−1 −1 Pn,t
= · Yn,tϵ · · Yn,tϵ − λ · = 0. (2.2.5)
∂Yn,t ϵ − 1 n=1 ϵ Pt
En simplifiant, nous obtenons :
1
N
! ϵ−1
X ϵ−1
−1 Pn,t
Yn,t
ϵ
· Yn,tϵ = λ · (2.2.6)
n=1 Pt
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CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
En isolant λ : 1
ϵ−1
PN ϵ−1 −1
n=1 Yn,t
ϵ
· Yn,tϵ
λ= Pn,t . (2.2.7)
Pt
1
En substituant Yt ϵ à sa formule, et en réarrangeant la condition de premier ordre, nous
avons : !ϵ
Pt
Yn,t = Yt · . (2.2.9)
Pn,t
Cette expression relie la quantité demandée d’un bien au prix relatif Pn,t par rapport
au niveau général des prix Pt , et à la demande agrégée Yt . Ce faisant, cette expression
garantit la cohérence entre la demande agrégée Yt et la somme pondérée des demandes
spécifiques Yn,t .
ϵ
Pt
En substituant Yn,t = Yt · Pn,t
dans la définition de Yt , nous obtenons :
ϵ
N
" !ϵ # ϵ−1 ϵ−1
X Pt ϵ
Yt = Yt · . (2.2.12)
n=1 Pn,t
Hachimi Alaoui 28
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
ϵ−1
En simplifiant les exposants et en faisant sortir Yt ϵ
de la somme :
ϵ
N
!ϵ−1 ϵ−1
ϵ−1 X Pt
Yt = Yt ϵ
· . (2.2.14)
n=1 Pn,t
Et en utilisant la propriété des puissances, l’équation peut être réécrite comme suit :
ϵ
N
!ϵ−1 ϵ−1
X Pt
Yt = Yt · . (2.2.15)
n=1 Pn,t
Pour que cette égalité soit satisfaite, le terme entre parenthèses doit être égal à 1 :
N
!ϵ−1
X Pt
= 1. (2.2.16)
n=1 Pn,t
1
En prenant la puissance ϵ−1
des deux côtés, la formule de l’agrégateur des prix Pt est
donc donnée par :
1
N
! 1−ϵ
1−ϵ
X
Pt = Pn,t . (2.2.18)
n=1
Ce qui correspond à un indice des prix agrégés, pondéré par 1 − ϵ, avec ϵ représentant
l’élasticité de substitution entre les biens. Il s’agit de l’expression du niveau général Pt
qui est donc une moyenne harmonique pondérée lorsque ϵ > 1.
Effets de la dérive du niveau général des prix Une hausse du niveau général des
prix (Pt ) incite les entreprises, y compris l’entreprise représentative n, à augmenter le
prix de leur bien (Pn,t ) pour plusieurs raisons liées aux mécanismes du marché et aux
comportements stratégiques en concurrence monopolistique. Ces raisons sont expliquées
ci-dessous.
Hachimi Alaoui 29
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
— **Effet relatif ** : Pour maintenir un ratio compétitif entre son prix Pn,t et le niveau
général des prix Pt , l’entreprise n est incitée à revoir son prix à la hausse. Une dérive
des prix relatifs dégraderait sinon sa position concurrentielle sur le marché.
— **Effet absolu** : Une hausse du niveau général des prix Pt diminue le pouvoir
d’achat global, ce qui affecte négativement Yt . Cependant, pour préserver sa de-
mande relative, PPn,tt
, l’entreprise n ajuste Pn,t .
3. Remarques conclusives. Une hausse du niveau général des prix (Pt ) incite chaque
entreprise n à ajuster son prix Pn,t pour :
1. Maintenir sa compétitivité relative (Pn,t /Pt ),
2. Compenser l’augmentation de ses coûts de production,
3. Préserver ses marges bénéficiaires face à une inflation généralisée.
Cette interaction entre le niveau général des prix et les prix individuels alimente une
dynamique macroéconomique inflationniste.
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CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
max
eco
Πn,t (2.2.23)
Πn,t
En dérivant Πeco
n,t par rapport à Pn,t et en égalant à zéro, nous obtenons la condition de
premier ordre suivante :
!ϵ !ϵ !ϵ
Pt Pt 1 Pt 1
Yt · − ϵ · Yt · · · Pn,t − ϵ · Cmt · Yt · · = 0. (2.2.24)
Pn,t Pn,t Pn,t Pn,t Pn,t
ϵ
Pt
En simplifiant cette expression et en annulant les termes communs Yt · Pn,t
(non nuls),
nous obtenons :
Cmt
1−ϵ=ϵ· . (2.2.25)
Pn,t
En isolant Pn,t , il est possible d’exprimer le prix optimal comme suit :
∗ ϵ
Pn,t = · Cmt . (2.2.26)
ϵ−1
Le prix optimal est une fonction du coût marginal commun Cmt et du mark-up. Ce
ϵ
Mark-Up est constant et égal à ϵ−1 et dépend donc de l’élasticité de substitution ϵ.
Pour déduire l’optimum du niveau général des prix Pt∗ en fonction du coût marginal,
utilisons l’indice d’agrégation des prix :
1
N
! 1−ϵ
Pt∗ ∗1−ϵ
X
= Pn,t . (2.2.27)
n=1
∗ ϵ
En substituant Pn,t = ϵ−1
· Cmt , nous avons :
1
N 1−ϵ ! 1−ϵ
ϵ
Pt∗
X
= · Cmt . (2.2.28)
n=1 ϵ−1
Hachimi Alaoui 31
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
f (c · x1 , c · x2 , . . . , c · xk ) = cκ · f (x1 , x2 , . . . , xk ).
Application au niveau général des prix : Si tous les prix Pn,t sont multipliés
par une constante c > 0 :
1
N
! 1−ϵ
1−ϵ
X
Pt (c · P1,t , c · P2,t , . . . , c · PN,t ) = (c · Pn,t ) .
n=1
Alors : 1
N
! 1−ϵ
1−ϵ
X
Pt = c · Pn,t .
n=1
Ainsi, Pt est homogène d’ordre κ = 1, car une multiplication des prix Pn,t par une
constante c entraîne une multiplication de Pt par la même constante.
Ce résultat montre que le niveau général des prix Pt∗ est proportionnel au coût
marginal Cmt , modulé par le mark-up constant (ϵ/(ϵ − 1)). Le niveau général des prix
est directement influencé par les conditions de coûts des facteurs de production (salaires,
taux d’intérêt, prix des intrants importés) et le pouvoir de marché des entreprises qui
leur offre la possibilité d’incorporer un mark-up dans leurs prix. À cet égard, il convient
de souligner que (ϵ > 1) mesure l’élasticité de substitution entre les biens différenciés,
ou leur degré de différentiation. La valeur du paramètre ϵ est commune à toutes les
entreprises, car elle dépend des préférences des consommateurs et de la structure des
marchés des biens et services. 8 Le coût marginal intègre également les contributions
pondérées des coûts communs des trois facteurs de production (K, L, J), alors que At
agit comme un multiplicateur global reflétant les conditions exogènes de productivité.
Une hausse du niveau général des prix Pt∗ reflète donc une augmentation généralisée des
coûts de production, du fait que les entreprises répercutent leurs coûts sur les prix finaux,
afin de maintenir intactes leurs marges bénéficiaires.
En procédant à la transformation logarithmique de la formule du niveau général des prix,
nous obtenons :
ϵ
∗
log(Pt ) = log + log(Cmt ). (2.2.31)
ϵ−1
En notant les formes logarithmiques avec des lettres minuscules :
— p∗t = log(Pt∗ ), le logarithme du niveau général des prix,
— cmt = log(Cmt ), le logarithme du coût marginal,
ϵ
— mµ = log ϵ−1
, le logarithme du mark-up constant.
8. Lorsque ϵ → ∞, le pouvoir de marché des entreprises s’affaiblit car les biens deviennent parfaite-
ment substituables, et le niveau général des prix converge vers le coût marginal, du fait d’un rétrécisse-
ϵ
ment du mark-up ϵ−1 . À court et à moyen terme, ce mark-up est constant, vu que ϵ est un paramètre
structurel.
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CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
Cette équation indique que le logarithme du niveau général des prix (p∗t ) est la somme
du logarithme du mark-up constant (mµ) et du logarithme du coût marginal (cmt ).
Y = A · X b.
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CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
Hachimi Alaoui 34
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Le coût d’ajustement des prix peut être capté par l’écart entre les valeurs présentes et
passées des prix, exprimées en forme logarithmique : |pt − pt−1 |2 , où chaque variation,
qu’elle soit à la hausse ou à la baisse, est coûteuse. Ce coût étant pondéré par un coeffi-
cient κ2 , qui reflète l’aversion des entreprises pour des ajustements trop rapides ou trop
importants.
À court terme, les entreprises cherchent à minimiser une fonction de perte quadratique
qui résulte d’une double contrainte, compte tenu du coût lié à la non-optimalité des prix
et du coût inhérent à la flexibilité, ou l’ajustement, des prix.
Coût de non-optimalité (κ1 ) Le coût associé à l’écart entre le prix observé (pt ) et le
prix optimal (p∗t ) est donné par :
où :
— (pt − pt−1 )2 capture l’ampleur de l’ajustement des prix.
— κ2 > 0 mesure la pénalité associée aux ajustements brutaux.
Fonction de perte globale La rationalité qui sous-tend la rigidité nominale, ou la
flexibilité imparfaite des prix, trouve son essence dans une une fonction de perte, ou
fonction de désutilité, qui combine les deux coûts expliqués ci-dessus :
Cela signifie qu’il convient de choisir le prix minimisant cette perte. Or, nous souhaitons
intégrer cette fonction de perte dans une programme d’optimisation intertemporelle, où
les entreprises minimisent les coûts d’ajustement (flexibilité) des prix, optant ainsi pour
une rigidité nominale, tout en prenant en considération ses choix futurs. L’objectif est de
minimiser la fonction de perte globale sur un horizon de temps T . 11
Ainsi, la fonction de perte intertemporelle peut être exprimée comme suit :
T h i
κ1 (pt − p∗t )2 + κ2 (pt − pt−1 )2 ,
X
min (2.3.4)
pt
t=0
où :
11. Pour des raisons purement pédagogiques, l’opérateur d’espérance Et , basé sur l’information dispo-
nible à la période t, est volontairement omis et le facteur d’actualisation est réduit à 1.
Hachimi Alaoui 35
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
pt ≥ 0, ∀t ∈ [0, T ], (2.3.5)
dU −
= 2κ1 (pt − p∗t ) + 2κ2 (pt − pt−1 ) − 2κ2 (pat+1 − pt ) = 0 (2.3.6)
dpt
Où pat+1 le prix futur anticipé. Divisons par 2 pour simplifier :
Pt − Pt−1
πt = , (2.3.8)
Pt−1
où Pt est le niveau général des prix à la période t, et Pt−1 est le niveau général des prix
à la période t − 1. Nous pouvons réécrire 1 + πt comme suit :
Hachimi Alaoui 36
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
Ainsi, la différence logarithmique entre les prix à deux périodes successives peut être
exprimée comme le logarithme du rapport des prix. Si nous prenons la différence loga-
rithmique de pt et pt−1 , nous obtenons :
Cela montre que la différence logarithmique des prix entre deux périodes est équivalente
au logarithme de 1 + πt . Nous pouvons utiliser l’approximation suivante pour simplifier
l’expression : 12
log(1 + π) ≈ π. (2.3.13)
En remplaçant log(1 + π) par π, et par réitération pour la période t + 1 :
pt − pt−1 = πt , (2.3.14)
pat+1 − pt = πt+1
a
(2.3.15)
a
Avec πt+1 le taux d’inflation anticipée.
En substituant les taux d’inflation ainsi obtenus à leurs formules dans la condition de
premier ordre du programme d’optimisation de la fonction de perte :
Cette relation montre que le taux d’inflation réalisée πt dépend du taux de l’inflation
a
anticipée πt+1 et du gap entre le prix optimal et le prix observé. Si κ2 = 0, les prix
deviennent parfaitement flexibles, et seul le coût de non-optimalité (κ1 ) subsiste, impli-
quant un ajustement total et immédiat des prix. Une valeur plus élevée de κ2 indique une
rigidité nominale des prix, où le taux d’inflation dépend de moins en moins des conditions
d’optimalité.
Hachimi Alaoui 37
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
Nous pouvons lier le taux d’inflation au gap entre le mark-up désiré et le mark-up observé :
a κ1
πt = πt+1 + (mµ − mµt ) (2.3.21)
κ2
Ce qui indique que l’inflation tend à accélérer lorsque le mark-up moyen réalisé est infé-
rieur au mark-up désiré, illustrant les effets des rigidités nominales.
Sachant que mµ ̸= mµt parce que et uniquement parce que pt ̸= p∗t :
Cela implique que la rigidité nominale est une condition nécessaire et suffisante de la dif-
férence entre le surprofit idéal (mµ),(sous flexibilité parfaite), et le surprofit effectivement
réalisé (mµt ) (sous flexibilité imparfaite).
Au delà de cette grille de lecture à travers l’état du mark-up, la formule du taux d’inflation
peut être revisitée en remplaçant les prix p∗t et pt par les fonctions de demandes inverses,
reliant le niveau de la demande agrégée au niveau général des prix.
Rappelons que : !ϵ
Pt
Yn,t = Yt · (2.3.23)
Pn,t
Ce qui revient à exprimer la fonction de demande inverse comme suit :
1/ϵ
Yn,t
Pt = Pn,t · (2.3.24)
Yt
Compte tenu de la transformation logarithmique de la formule ci-dessous, nous avons une
relation négative entre le prix pt et la demande yt (forme logarithmique de la demande
agrégée), exprimée comme suit :
pt = f (yt ), (2.3.25)
où f ′ (yt ) < 0, ce qui signifie que le prix est une fonction décroissante de la demande.
Dans une forme particulière, posant le niveau général des prix pt :
pt = x · y t (2.3.26)
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CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
où x est un coefficient constant tel que x < 0. Par analogie, nous déduisons la formule
du nivea général des prix à l’optimum comme suit :
où :
— yt représente la production réalisée ou observée ;
— yt∗ est la production naturelle ou potentielle, correspondant au niveau de production
qui peut être atteint lorsque l’économie utilise ses ressources de manière optimale,
sans surchauffe ni sous-utilisation.
De ce fait, l’output gap reflète l’état du cycle économique :
— Un output gap positif (yt > yt∗ ) indique une phase d’expansion économique, ou
une surchauffe de l’économie, souvent associée à des pressions inflationnistes.
— Un output gap négatif (yt < yt∗ ) signale une phase de récession, ou de sous-
emploi, qui tend à ralentir l’inflation, voire à générer une déflation
— output gap clôturé (yt = yt∗ ) renvoie à un retour à l’équilibre via les forces de
marché et les politiques économiques conjoncturelles et contra-cycliques.
Le graphique suivant illustre les fluctuations cycliques de la production réalisée yt autour
de la production naturelle yt∗ , ainsi que l’output gap qui en résulte.
4 Production réalisée yt
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CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE
−2 −1 1 2 3 4
−1
Output Gap négatif
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−2 −1 1 2 3 4
−1
Ainsi, une anticipation plus élevée pousse la courbe de Phillips vers le haut, indiquant que
pour un même niveau d’output gap, l’inflation est plus élevée. Alors qu’une anticipation
modérée tire la courbe de Phillips vers le bas, réduisant les pressions inflationnistes.
a
De ce fait, le terme πt+1 agit comme un facteur amplificateur influençant l’inflation in-
dépendamment de l’output gap. C’est dire que les anticipations inflationnistes peuvent
amplifier ou atténuer l’impact de l’output gap, dépendamment de la perception des agents
économiques quant à la politique monétaire implémentée et à la crédibilité de la banque
centrale.
Le profil nouveau-keynésien de la courbe de Phillips, qui sert aujourd’hui de cadre ana-
lytique à la dynamique de l’offre agrégée, suppose que l’inflation observée dépend, entre
autres, mais en grande partie, de ses valeurs anticipées. En effet, cette dépendance se
manifeste directement via l’effet des anticipations sur le processus de formation des prix
par les entreprises et sur le comportement d’achat des ménages. Elle se manifeste égale-
ment de facon indirecte à travers la formation des taux d’intérêt, en l’occurrence les taux
débiteurs des crédits bancaires et les taux créditeurs des dépôts, qui, à leur tour, agissent
sur la capacité d’emprunt et d’épargne des ménages et des entreprises et agissent, in fine,
sur la demande agrégée et le niveau général des prix.
Dans ce contexte, décélérer l’inflation implique un alignement des anticipations aux réali-
sations. Toutefois, si cet alignement se maintient autour d’un taux d’inflation relativement
élevé, les pressions inflationnistes s’estomperont et l’économie devrait opérer à la limite de
ses capacités potentielles. Toutefois, ce nouvel équilibre serait associé à un taux d’inflation
durablement élevé.
C’est pourquoi l’ancrage des anticipations d’inflation passe donc par l’annonce d’un taux
d’inflation jugé optimal par la banque centrale. Ce taux servira de cible à moyen terme de
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Bibliographie
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