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Le manuel de Macroéconomie II, écrit par Hachimi Alaoui, présente les fondements théoriques de la nouvelle macroéconomie keynésienne, en mettant l'accent sur les imperfections des marchés et le rôle des anticipations rationnelles. Il explore l'évolution de la pensée macroéconomique, des classiques aux nouveaux keynésiens, et aborde des concepts clés tels que la courbe de Phillips et les politiques économiques de stabilisation. Ce cours vise à fournir aux étudiants des outils analytiques pour comprendre les déséquilibres économiques modernes et les implications des politiques publiques.

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Le manuel de Macroéconomie II, écrit par Hachimi Alaoui, présente les fondements théoriques de la nouvelle macroéconomie keynésienne, en mettant l'accent sur les imperfections des marchés et le rôle des anticipations rationnelles. Il explore l'évolution de la pensée macroéconomique, des classiques aux nouveaux keynésiens, et aborde des concepts clés tels que la courbe de Phillips et les politiques économiques de stabilisation. Ce cours vise à fournir aux étudiants des outils analytiques pour comprendre les déséquilibres économiques modernes et les implications des politiques publiques.

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MANUEL DE

MACROÉCONOMIE II

Hachimi Alaoui
Université Ibn Zohr, Agadir

Édition 2024
Table des matières

Introduction 3

1 Fondements théoriques de la nouvelle macroéconomie keynésienne 5


1.1 L’évolution de la macroéconomie : des classiques aux nouveaux keynésiens 5
1.1.1 Les classiques : la foi dans le marché . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.2 Les nouveaux classiques : l’apport des anticipations rationnelles . 7
1.1.3 Les nouveaux keynésiens : la prise en compte des imperfections . . 8
1.2 Interactions entre les imperfections nominales et réelles . . . . . . . . . . 11
1.2.1 La rigidité des prix : l’imperfection nominale des marchés . . . . . 11
1.2.2 La concurrence monopolistique : l’imperfection réelle des marchés 11
1.2.3 Interaction entre rigidité des prix et concurrence monopolistique . 12
1.3 Sous-optimalité de l’équilibre à l’état stationnaire . . . . . . . . . . . . . 13

2 L’offre agrégée : Courbe de Phillips nouvelle-keynésienne 15


2.1 La demande optimale des intrants de production . . . . . . . . . . . . . . 16
2.1.1 Structure du coût total de l’entreprise représentative . . . . . . . 16
2.1.2 Intrants et fonction de production . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.1.3 Minimisation des coûts et allocation optimale . . . . . . . . . . . 22
2.1.4 Coût marginal de l’entreprise représentative . . . . . . . . . . . . 24
2.2 Imperfections des marchés et niveau général des prix . . . . . . . . . . . 26
2.2.1 Préférences des consommateurs et demande agrégée . . . . . . . . 26
2.2.2 Indice d’agrégation et niveau général des prix . . . . . . . . . . . 28
2.2.3 Effet du coût marginal sur le niveau général des prix . . . . . . . 30
2.3 Rigidités nominales des prix et taux d’inflation globale . . . . . . . . . . 33
2.3.1 Ajustement partiel et dynamique des prix . . . . . . . . . . . . . 34
2.3.2 Courbe de Phillips Nouvelle-Keynésienne . . . . . . . . . . . . . . 37
2.3.3 Rôle des anticipations dans la dynamique inflationniste . . . . . . 40

2
Introduction

Ce cours de Macroéconomie II, dispensé au semestre 3 du cycle de licence en sciences


économiques, constitue une continuité logique du cours de Macroéconomie I, proposé
en première année. Ce dernier s’articulait principalement autour du modèle IS-LM, cadre
central de la théorie keynésienne traditionnelle.
Dans ce prolongement, le cours de Macroéconomie II s’inscrit dans le cadre théorique
de la nouvelle macroéconomie keynésienne. Ce courant contemporain enrichit la tra-
dition Keynésienne en intégrant des fondements microéconomiques rigoureux, permettant
une meilleure compréhension de l’activité et des fluctuations économiques. De ce fait, la
nouvelle macroéconomie Keynésienne constitue une avancée significative par rapport aux
théories macroéconomiques antérieures, en intégrant les comportements d’optimisation
des agents économique dans des modèles dynamiques micro-fondés.
Du point de vue théorique, l’école nouvelle-keynésienne est une réplique à l’école classique,
car elle montre pourquoi les marchés, livrés à eux-mêmes, ne parviennent pas toujours
à se réajuster vers l’équilibre, en particulier en période de récession. Dans ce sillage, la
nouvelle macroéconomie keynésienne se distingue par un cadre analytique qui intègre deux
types de distorsions, ou imperfections : des imperfections réelles, liées à la structure
des marchés et à la concurrence imparfaite entre les entreprises, et des imperfections
nominales, liées à la rigidité des prix et des salaires.
Par ailleurs, la nouvelle macroéconomie keynésienne met un accent particulier sur le rôle
des anticipations rationnelles des agents économiques, du fait qu’elles influencent leurs
décisions de consommation, d’investissement, ainsi que le processus de formation des prix.
Ces anticipations, bien que cohérentes, interagissent avec les imperfections de marché et
les rigidités nominales, agissant ainsi sur la dynamique des ajustements économiques.
C’est pourquoi les étudiants inscrits au module Macroéconomie II sont invités à découvrir
la pensée nouvelle-keynésienne, qui continue d’éclairer les débats économiques contem-
porains, notamment face aux nouveaux défis tels que les chocs exogènes, les tensions
inflationnistes et les phases de récession induites par les fluctuations cycliques de l’acti-
vité économique.
Ce cours vise donc à mettre en lumière l’importance des imperfections réelles et nominales
dans les dynamiques macroéconomiques, en résonance avec les choix et les comporte-
ments d’optimisation individuels qui, même marginaux, peuvent avoir des répercussions
considérables au niveau agrégé. Conçu pour répondre aux exigences d’un enseignement
universitaire au cycle de la licence, ce cours a pour objectif d’apprentissage de fournir aux
étudiants les outils analytiques nécessaires pour décrypter les déséquilibres économiques
modernes et explorer le rôle des politiques économique de stabilisation.

3
TABLE DES MATIÈRES

Afin d’atteindre cet objectif, ce cours de macroéconomie II propose une progression lo-
gique et structurée, débutant par une présentation des fondements théoriques de la nou-
velle macroéconomie keynésienne, en l’occurrence la rigidité nominale, la concurrence
imparfaite et la non-neutralité de la monnaie à court terme. Il explore ensuite les mé-
canismes économiques fondamentaux, notamment ceux liés à l’offre et à la demande
agrégées, avant d’élargir l’analyse aux interactions internationales. Enfin, il examine les
politiques économiques de stabilisation et leurs implications pratiques.
Ainsi, ce cours de macroéconomie II s’articule autour de cinq chapitres complémen-
taires, qui explorent les fondements théoriques du cadre analytique, les mécanismes adja-
cents de l’offre et de la demande agrégées, ainsi que l’impact des politiques économiques
dans une petite économie ouverte.
Chapitre 1 — Fondements théoriques de la nouvelle macroéconomie keyné-
sienne. Il s’agit d’un chapitre essentiellement littéraire, destiné à poser le soubassement
théorique de l’école keynésienne moderne. Ce chapitre revient sur les principaux postu-
lats de cette école, notamment la non-neutralité de la monnaie à court terme, les rigidités
nominales et la concurrence imparfaite, tout en mettant en lumière les contributions des
auteurs phares.
Chapitre 2 — L’offre agrégée et la courbe de Phillips nouvelle keynésienne. En
se référant aux rigidités réelles et nominales, ce chapitre met en évidence le comportement
d’optimisation de l’entreprise représentative, en vue d’en déduire l’offre agrégée. Une
attention particulière est accordée à la courbe de Phillips nouvelle keynésienne, qui lie les
variations des prix aux anticipations d’inflation et au niveau de l’activité économique.
Chapitre 3 — Analyse de la demande agrégée et courbe IS dynamique. À
travers un modèle dynamique, ce chapitre examine les deux principales composantes
de la demande agrégée : la consommation et l’investissement. Ce faisant, il introduit
également la courbe IS dynamique, qui décrit les relations entre la demande agrégée, les
taux d’intérêt réels et le taux de change.
Chapitre 4 — Interactions avec le reste du monde Dans ce chapitre, l’analyse
s’étend aux interactions avec le reste du monde, notamment les flux financiers, et à leurs
implications en termes de taux de change. Ce chapitre explore l’impact du différentiel des
taux d’intérêt et du différentiel d’inflation sur les fluctuations du taux de change.
Chapitre 5 — Politiques économiques de stabilisation. En capitalisant sur les
enseignements des chapitres précédents, ce chapitre aborde le rôle des politiques écono-
miques dans la stabilisation de l’activité économique et la stabilité des prix. Les débats
contemporains sur l’efficacité des politiques de relance et les limites des interventions
publiques y sont abordés.
Chapitre 6 — Synthèse et perspectives. Un récapitulatif des enseignements tirés
du cours est présenté sous forme de synthèse des apports de la nouvelle macroéconomie
keynésienne. Cette synthèse rappelle également l’importance de mettre en perspective les
enseignements théoriques et les implications pratiques dans le design et l’implémentation
des politiques publiques. 1

1. Seuls les deux premiers chapitres sont inclus dans cette version du manuel, correspondant aux
chapitres abordés lors des séances de cours.

Hachimi Alaoui 4
Chapitre 1

Fondements théoriques de la nouvelle ma-


croéconomie keynésienne

1.1 L’évolution de la macroéconomie : des classiques


aux nouveaux keynésiens
L’histoire de la pensée macroéconomique est marquée par une série d’évolutions concep-
tuelles majeures, reflétant les réponses aux défis économiques et aux insuffisances des
théories précédentes. Cette évolution s’étend des classiques, en passant par les nouveaux
classiques, jusqu’aux nouveaux keynésiens, chaque étape apportant une nouvelle perspec-
tive sur le fonctionnement des marchés et le rôle de la politique économique.

1.1.1 Les classiques : la foi dans le marché


Les économistes classiques, tels qu’Adam Smith, David Ricardo et John Stuart Mill,
fondent leur analyse sur le postulat que les marchés sont parfaitement compétitifs et
que les prix et les salaires s’ajustent librement. Selon eux, la main invisible joue un rôle
central, en coordonnant les actions individuelles pour aboutir à un équilibre optimal
sans intervention publique. Ils affirment également que les crises économiques sont des
perturbations ponctuelles et passagères, corrigibles par les forces de marché. Cette vision
repose sur deux hypothèses clés :
— La flexibilité parfaite des variables nominales, c’est à dire les prix des biens
et services et les salaires nominaux.
— L’autorégulation des marchés, à même de se réajuster constamment et sponta-
nément vers le plein emploi.
Ceci dit, les classiques ont une vision du monde idéaliste, en ce sens qu’ils négligent les
distorsions et les imperfections des marchés, à même de rendre ce réajustement moins
évident.

Les principes de la pensée classique Dans la tradition classique, notamment chez


des économistes tels qu’Adam Smith, David Ricardo et Jean-Baptiste Say, la théorie
économique repose sur l’idée que les marchés s’autorégulent et que la confrontation entre

5
CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE

l’offre et la demande est une condition nécessaire et suffisante pour atteindre des prix et
des quantités d’équilibre. Ce qui est en conformité avec la « loi de Say » : l’offre crée sa
propre demande.
Pour les classiques, l’offre agrégée est déterminée par le volume des facteurs de production
disponibles (travail, capital), et s’aligne spontanément à la demande agrégée à travers un
ajustement purement nominal. C’est à dire que les fluctuations de la demande sont amor-
ties par des variations des prix, sous l’hypothèse d’une parfaite flexibilité des prix. Dans
cette optique, l’économie fonctionne constamment et incessamment à plein emploi, et les
fluctuations économiques sont temporaires et corrigées par des ajustements nominaux.
De ce fait, les fluctuations de la demande ont peu d’impact sur la production à court
terme, car les prix s’ajustent immédiatement.
Ainsi, les classiques prônent une vision de l’économie basée sur la flexibilité parfaite et
l’autorégulation des marchés, où la demande joue un rôle mineur. Ils favorisent donc le
aisser-faire et estiment que l’intervention de l’État est inutile, voire nuisible, car l’écono-
mie s’ajuste naturellement vers un équilibre de plein emploi.

Méthodologie de la théorie classique Jusqu’au début du XXe siècle, la théorie éco-


nomique classique domine la pensée économique et repose sur un cadre méthodologique
fondamentalement différent de celui des théories contemporaines, telles que les nouvelles
approches keynésiennes. L’une des principales différences réside dans l’absence flagrante
de fondement microéconomique des agrégats macroéconomiques. Pour les classiques, les
comportements collectifs ne sont pas déduits de l’agrégation de comportements d’opti-
misation individuelle. Dans cette perspective, l’offre agrégée et le niveau général des prix
sont principalement déterminés par l’équilibre intrinsèque du marché.
Et bien que la pensée classique sacralise l’idée de la « main invisible » qui coordonne les
choix personnels et les actions égoïstes des individus pour établir un bien-être social, elle
ne fait pas pour autant appel aux équations des fonctions d’objectifs des agents écono-
miques et aux contraintes budgétaires qui pèsent sur leurs comportements. L’allocation
optimale des ressources économiques n’est donc pas le résultat de la maximisation des
utilités des consommateurs et des profits des producteurs, mais une fatalité à laquelle les
marchés ne peuvent échapper.
Cette fatalité explique, voire justifie, l’absence d’une analyse approfondie des programmes
d’optimisation microéconomique dans la détermination des agrégats macroéconomiques.
Certes, les producteurs ajustent leur offre en fonction des coûts de production, et les
consommateurs agissent en fonction de leur revenu et de leurs préférences. Néanmoins,
les classiques estiment que ces décisions individuelles convergeraient forcément vers un
équilibre pré-existant, qui est une vérité fondamentale préexistante à toute manifesta-
tion observable et antérieure à la prise de décision à l’échelle individuelle. Il s’agit donc
d’une approche essentialiste qui penche vers un équilibre « en haut », qui est l’essence
même des décisions prises « en bas ». C’est pourquoi il n’est pas nécessaire de modéliser
l’optimisation à l’échelle individuelle, puisqu’elle vise un état d’équilibre prédéterminé.
En résumé, la méthodologie des classiques ne repose pas sur les programmes dl’optimi-
sation individuelle des agents économiques pour déterminer le niveau général des prix
et l’offre agrégée. Au contraire, elle se réfère à l’idée que les marchés sont parfaits et
s’auto-régulent, grâce à la "main invisible", pour atteindre un équilibre général.

Hachimi Alaoui 6
CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE

1.1.2 Les nouveaux classiques : l’apport des anticipations ra-


tionnelles
Les nouveaux classiques, héritiers des classiques, conservent l’idée d’équilibre général et
remettent en question les modèles keynésiens traditionnels. La nouvelle école classique a
carrément révolutionné la théorie et la modélisation macroéconomique, ainsi que le policy-
making qui en découle, en introduisant des hypothèses micro-fondées et des méthodologies
rigoureuses basées sur les anticipations rationnelles.

Les hypothèses des nouveaux-classiques Les nouveaux classiques ont introduit


l’hypothèse des anticipations rationnelles dans les programmes d’optimisation des agents
économiques, et ce en résonnance avec la critique de Lucas. En effet, dans les années 1970,
les nouveaux classiques, menés par Robert Lucas, révisent les fondements classiques de
la théorie économique et soutiennent que les agents économiques disposent d’une infor-
mation nécessaire pour anticiper l’avenir. Ce faisant, les nouveaux classiques supposent
que les agents forment des anticipations rationnelles quant à l’état futur de l’économie,
en se basant sur l’information disponible en temps t, et ajustent leurs comportements en
fonction de ces anticipations et des chocs exogènes :

Yt = Et [Yt+1 ] + ϵt ,

où Yt représente l’output, Et l’opérateur de l’espérance en temps t et ϵt un choc exogène


aléatoire.
Ces anticipations rendent les politiques économiques, en particulier la politique moné-
taire, inefficaces à long terme, car les agents anticipent et ajustent immédiatement toute
tentative de manipulation des prix ou de la demande.
Toutefois, les nouveaux classiques rejettent les rigidités nominales et réelles. Ils supposent
que les prix sont parfaitement flexibles et s’ajustent instantanément aux chocs écono-
miques, permettant ainsi à l’économie de retrouver rapidement sont état d’équilibre. Il
supposent aussi que la concurrence est parfaite entre les entreprises, excluant ainsi les
imperfections et les distorsions intrinsèques aux marchés des biens et services, ce qui
garantit une allocation optimale des ressources économiques.

Méthodologie des nouveaux-classiques La principale contribution méthodologique


des nouveaux classiques réside dans l’analyse approfondie des comportements individuels
d’optimisation inter-temporelle d’un agent représentatif (ménage ou entreprise), dont les
décisions tiennent compte des anticipations rationnelles sur l’état futur de l’économie, en
se basant sur l’ensemble de l’information disponible à un instant donné.
Cette analyse assure ainsi un fondement microéconomique aux modèles dynamiques
d’équilibre général élaborés par les nouveaux classiques. Ces modèles d’équilibre général
mettent l’accent sur les chocs d’offre comme moteurs des cycles économiques réels (Real
Business Cycles (RBC)), minimisant ainsi le rôle des politiques économiques conjonctu-
relles.

Hachimi Alaoui 7
CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE

1.1.3 Les nouveaux keynésiens : la prise en compte des imper-


fections

Face à l’idéalisme de la théorie des nouveaux classiques, les nouveaux-Keynésiens 1 in-


tègrent les imperfections nominales et réelles intrinsèques à l’économie, offrant ainsi une
vision plus réaliste des ajustements économiques à court terme, tout en les distinguant
de l’état de l’économie à moyen et à long terme.

Les hypothèses des nouveaux-Keynésiens Alors que les nouveaux classiques avancent
que les prix sont parfaitement flexibles et que la concurrence est parfaite, les nouveaux
Keynésiens reconnaissent les imperfections des marchés, comme la flexibilité imparfaite
des prix (imperfection nominale) et la concurrence imparfaite entre les entreprises (im-
perfection réelle). Dans ce sillage, la nouvelle économie keynésienne admet que les prix
ne sont pas parfaitement flexibles et ne s’ajustent pas instantanément, mais s’ajustent
avec une certaine rigidité, en raison des coûts d’ajustement. Les nouveaux keynésiens ad-
mettent également la présence d’une imperfection réelle, sous la forme d’une concurrence
monopolistique sur le marché réel, c’est-à-dire le marché des biens et services.
L’économie peut ainsi s’écarter de son niveau d’équilibre pendant un certain temps, ce
qui justifie l’intervention à court terme de l’État, via des politiques contra-cycliques, ou
des politiques de lissage des cycles économiques. Sachant que ces fluctuations cycliques
peuvent résulter de chocs aussi bien réels que nominaux, amplifiés par les imperfections
réelles et nominales. Par ailleurs, les nouveaux keynésiens intègrent les anticipations, mais
contrairement aux nouveaux-classiques, ils admettent que les anticipations ne sont pas
toujours rationnelles.

Méthodologie des nouveaux-Keynésiens Les nouveaux keynésiens (NK pour New-


Keynesians en anglais) se distinguent par leur approche méthodologique dans la modéli-
sation économique. L’une des principales caractéristiques de cette école de pensée réside
dans le recours à l’individualisme méthodologique, qui consiste à expliquer les phénomènes
économiques à partir des comportements individuels des agents économiques (consom-
mateurs et entreprises). Contrairement aux modèles classiques qui se concentrent sur les
agrégats économiques, les nouveaux keynésiens s’appuient sur des micro-fondations pour
expliquer les agrégats macroéconomiques.
— Interaction entre microéconomie et macroéconomie : Les modèles écono-
miques des nouveaux keynésiens reposent sur un soubassement microéconomique
solide, où les programmes d’optimisation des agents sont explicitement intégrés.
Dans ce cadre, les consommateurs font des choix intertemporels et intra-temporels
en vue de maximiser leur utilité, compte tenu de leurs anticipations, tandis que les
entreprises ajustent leurs prix et leur production en maximisant leurs profits. Ce
faisant, les nouveaux keynésiens établissent une interaction étroite entre microéco-
nomie et macroéconomie ; les agrégats macroéconomiques émergent de la dynamique
1. La nouvelle économie keynésienne ne doit pas être confondue avec le Néokeynésianisme, qui est
une école de pensée dominante dans le monde économique et politique entre 1945 et 1975, et qui a été
dépassée par la nouvelle économie classique. De même, la nouvelle économie keynésienne ne doit pas être
confondue avec le Post-Keynésianisme, école de pensée dite « hétérodoxe » dont l’approche diffère de
celle des écoles de pensée dites « mainstream », ou orthodoxes.

Hachimi Alaoui 8
CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE

des décisions microéconomiques.


— Modélisation microéconomique des imperfections des marchés : Alors que
les nouveaux classiques mettent en avant l’efficience des marchés, les nouveaux
keynésiens reconnaissent les imperfections qui entachent aussi bien les variables
nominales que réelles. À cet effet, les modèles des nouveaux keynésiens constituent
une extension des modèles d’équilibre général élaborés élaborés par les nouveaux
classiques, tout en imbriquant le soubassement microéconomique de la concurrence
monopolistique et de la rigidité des prix. Il s’agit donc d’une réconciliation des
observations empiriques avec une théorie économique plus réaliste, permettant ainsi
une meilleure compréhension des déséquilibres économiques à court terme.
En résumé, l’évolution de la macroéconomie témoigne de l’évolution de la pensée humaine
quant aux mécanismes sous-adjacents à l’économie dans son ensemble. Des hypothèses
réductrices des classiques aux modèles sophistiqués des nouveaux keynésiens, les écono-
mises aspirent à un cadre analytique qui reproduit les aléas de la réalité et qui tient
compte des imperfections qui l’entachent.

Hachimi Alaoui 9
CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE

Encadré | Principaux économistes nouveaux-keynésiens contemporains

Les principaux contributeurs à la pensée keynésienne contemporaine.


Plusieurs économistes influents ont enrichi et approfondi la nouvelle macroéconomie
keynésienne contemporaine :
— Stanley Fischer. Considéré comme l’un des pionniers des nouveaux key-
nésiens, Stanley Fischer a apporté des contributions majeures à la macroé-
conomie dynamique, notamment à travers l’analyse des contrats implicites
et des rigidités nominales. Pour plus d’informations, consultez sa biographie
officielle sur le site du FMI.
— Gregory Mankiw. Connu pour ses travaux sur les rigidités des prix et la
théorie des coûts de menu, Gregory Mankiw est également un auteur pro-
lifique de manuels d’économie. Son site personnel est accessible à gregman-
[Link].
— Janet Yellen. Première femme à présider la Réserve fédérale des États-Unis,
Janet Yellen a joué un rôle clé dans la formulation des politiques monétaires
basées sur les théories nouveaux keynésiennes. Sa biographie peut être consul-
tée sur le site officiel de la Réserve fédérale.
— Paul Krugman. Lauréat du prix Nobel d’économie, Paul Krugman est re-
connu pour ses travaux sur les imperfections de marché et les crises écono-
miques. Il est également un vulgarisateur influent, publiant régulièrement des
articles sur son blog du New York Times.
— Michael Woodford. Théoricien majeur de la politique monétaire dans les
modèles nouveaux keynésiens, Michael Woodford est l’auteur de Interest and
Prices, un ouvrage de référence. Pour plus d’informations, visitez sa page
académique à l’université Columbia.
— David Romer. David Romer a enrichi la théorie nouveaux keynésienne par
ses travaux sur les rigidités réelles et nominales. Sa biographie est disponible
à l’université de Berkeley.
— Jordi Galí. Jordi Galí est une figure centrale des nouveaux keynésiens, connu
pour ses travaux sur les rigidités nominales et les modèles DSGE. Son livre
Monetary Policy, Inflation, and the Business Cycle est un pilier de la littéra-
ture macroéconomique contemporaine. Pour en savoir plus, consultez sa page
académique sur le site du CREI.
— Olivier Blanchard. Ancien économiste en chef du FMI, Olivier Blanchard
a contribué à l’intégration des rigidités de prix dans les modèles macroéco-
nomiques et aux débats sur les politiques économiques modernes. Ses pu-
blications sont accessibles sur le site du Peterson Institute for International
Economics.

Hachimi Alaoui 10
CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE

1.2 Interactions entre les imperfections nominales et


réelles
Les imperfections nominales, en l’occurrence la flexibilité imparfaite des prix, conjuguées
aux imperfections réelles, sous forme de concurrence imparfaite, constituent la pierre
angulaire du cadre théorique formulé par les nouveaux keynésiens. Ces deux postulats
sous-tendent la rigidité et l’ajustement partiel des prix face aux chocs de demande, et
expliquent les délais de réajustement de l’activité économique vers son état stationnaire.
Cette section explore les justifications théoriques et les implications politiques de ces deux
postulats.

1.2.1 La rigidité des prix : l’imperfection nominale des marchés


La rigidité des nominale est un élément central des modèles des nouveaux keynésiens,
et fait référence à la flexibilité imparfaite des prix des biens et services face à des chocs
d’offre ou de demande.
L’idée est que les entreprises subissent des coûts d’ajustement lorsqu’elles modulent leurs
prix. Ces coûts sont liés à l’effet des modifications brutales et soudaines des prix sur les
parts de marché, et vont des coûts en termes de chiffre d’affaires aux coûts psychologiques
et relationnels. Ces coûts d’ajustement rendent les modifications des prix moins fréquentes
et moins amples, et impliquent un ajustement partiel des prix pour établir une trajectoire
stable et lisse des variations des prix, donc un taux d’inflation stationnaire.
Au-delà des coûts d’ajustement, la rigidité des prix s’explique également par les termes
des contrats dans l’économie moderne, qu’il s’agisse de contrats de travail ou d’achat de
produits, et qui sont fixés sur des horizons temporels relativement longs. Cette rigidité
contractuelle peut donc expliquer la rigidité des prix face aux ajustements immédiats
qu’impliquent les changements des conditions économiques (coûts de production, mark-
up, etc.).
Ces deux aspects du comportement individuel des entreprises sous-tendent l’ajustement
graduel et progressif des prix, contribuant ainsi à expliquer à la rigidité nominale. À son
tour, la rigidité nominale explique pourquoi une variation de la demande ne se traduit
pas, du moins à court terme, par une variation des prix. Au contraire, c’est l’offre qui
s’ajuste immédiatement pour répondre à un choc de demande ; les prix ne commencent
à augmenter qu’à moyen terme pour rétablir l’équilibre. Ainsi, ce postulat de rigidité
nominale offre une explication cohérente des déséquilibres macroéconomiques à court
terme et de leur persistance jusqu’au moyen terme.

1.2.2 La concurrence monopolistique : l’imperfection réelle des


marchés
Dans le cadre analytique élaboré par les nouveaux keynésiens, les biens et les services sont
différenciés les uns des autres et sont imparfaitement substituables. Cette différenciation
des produits instaure une concurrence monopolistique entre les entreprises productrices,
car chacune d’elles détient un monopole local, lui permettant de choisir le prix optimal

Hachimi Alaoui 11
CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE

qui maximise son profit, compte tenu de la réaction de ses concurrents et de la demande
qui lui est adressée. De ce fait, chaque entreprise peut augmenter ses prix sans perdre
immédiatement tous ses clients. Toutefois, elle doit tenir compte du comportement de
ses concurrents et de l’impact de ses décisions sur sa part de marché. Il s’agit donc d’une
concurrence imparfaite, qui s’avère être une forme de concurrence certes hybride,
à mi-chemin entre la concurrence parfaite et le monopole pur, mais qui demeure plus
intuitive et plus réaliste. Ainsi, dans un marché où de nombreuses entreprises vendent
des produits différenciés, chaque entreprise a un certain pouvoir de marché et agit en tant
que price-maker plutôt que price-taker. Ce pouvoir de marché permet conséquemment
à chaque entreprise de fixer son prix au-dessus du coût marginal.
Par ailleurs, l’hypothèse de la concurrence monopolistique, et le pouvoir de marché qu’elle
confère aux entreprises, rime avec l’hypothèse de la rigidité des prix. En effet, dans une
économie de concurrence monopolistique, les entreprises ne réagissent pas immédiate-
ment aux chocs de demande et ajustent progressivement et graduellement leurs prix en
fonction des prix pratiqués par les concurrents et des demandes qui leur sont adressées.
Ce comportement dicté par la concurrence monopolistique est cohérent avec le postulat
de la rigidité des prix, et expliquent conjointement les délais d’ajustement de l’activité
économique et les délais de transmission des chocs économiques vers le niveau général
des prix.

Caractéristiques Concurrence Parfaite Concurrence Monopolistique


Nombre d’entreprises Très élevé Modéré
Différenciation des produits Aucune Présente
Pouvoir de marché Aucun Présent
Réaction des prix à la demande Instantanée Gradualiste

Table 1.1 – Comparaison entre la concurrence parfaite et la concurrence monopolistique

1.2.3 Interaction entre rigidité des prix et concurrence mono-


polistique
L’interaction entre la rigidité des prix et la concurrence monopolistique a des implications
macroéconomiques en termes d’ajustement économique et de politique économique. Une
telle interaction explique pourquoi la demande agrégée influence, à court terme, l’offre
agrégée.
En effet, face à un choc de demande, les entreprises qui opèrent dans un contexte de
concurrence monopolistique peuvent augmenter leur production sans nécessairement ajus-
ter immédiatement leurs prix, s’inscrivant ainsi dans une phase d’expansion, ou de « sur-
production » temporaire. Durant cette phase du cycle économique, l’accélération de la
croissance économique ne s’accompagne pas d’une accélération immédiate du taux d’in-
flation. Cette fluctuation cyclique est due à un ajustement partiel des prix, conjugué à
un ajustement réel via les quantités produites.
Ceci s’oppose à la vision classique selon laquelle une augmentation de la demande agrégée
se traduit par une hausse immédiate du niveau général des prix.
En matière de policy-making, les postulats de la rigidité des prix et de la concurrence
monopolistique offre une efficacité à court terme à la politique monétaire. Les nouveaux

Hachimi Alaoui 12
CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE

Réponse à une Augmentation de la Demande

Prix et Production
2

0
0 2 4 6 8 10
Temps
Production
Prix

Figure 1.1 – Réponse de la production et des prix à une variation de la demande

keynésiens prônent une politique monétaire contra-cyclique, ayant un objectif de lissage


du cycle économique et de stabilité des prix. À cet effet, durant les phases expansionnistes
du cycle économique, la politique monétaire doit être une politique restrictive et contrac-
tionniste (dite politique de rigueur), afin de freiner l’expansion de l’activité et alléger
les pressions inflationnistes. De même, la politique monétaire, en stimulant la demande,
peut relancer l’activité économique lorsqu’elle entame une phase de récession et frôle la
dépression.
Cette dynamique explique pourquoi l’inflation peut être faible ou modérée, en dépit d’une
accélération de la croissance économique. Un phénomène que les classiques et les nouveaux
classiques ont du mal à expliquer sous l’hypothèse de la concurrence parfaite.

1.3 Sous-optimalité de l’équilibre à l’état stationnaire


Le cadre analytique nouveau-keynésien est caractérisé par deux distorsions, dont les im-
plications méritent d’être examinées séparément.
La première distorsion est la présence d’un pouvoir de marché sur les marchés des biens,
exercé par des entreprises en situation de concurrence monopolistique. Cette distorsion
n’est pas conditionnée par la présence de prix rigides, c’est-à-dire que c’est une hypothèse
valide même sous l’hypothèse de prix flexibles. Le fait que chaque entreprise perçoive son
produit comme étant différencié des autres et la demande qui lui est adressée comme
étant imparfaitement élastique, lui confère un certain pouvoir de marché et entraîne
des politiques de prix supérieurs au coût marginal, avec un mark-up proportionnel à
l’élasticité de substitution entre les produits différenciés. La présence d’une telle distorsion
conduit à un équilibre de sous-emploi et à un niveau de production inefficacement bas.
Autrement dit, le niveau de production réalisée serait inférieur au niveau correspondant
à l’allocation efficiente des ressources, puisque le niveau optimal des prix est relative-

Hachimi Alaoui 13
CHAPITRE 1. FONDEMENTS THÉORIQUES DE LA NOUVELLE MACROÉCONOMIE KEYNÉSIENNE

ment élevé (le cout marginal augmenté d’un mark-up), déprimant ainsi la demande et
impliquant un niveau d’activité au deca du plein emploi.
En d’autres termes, même en cas de flexibilité parfaite des prix, la production qui découle
d’une concurrence imparfaite n’est nullement à son niveau d’efficience, même à l’état
stationnaire de l’économie où la production est à son niveau naturel, en raison du pouvoir
de marché des entreprises. En résumé, l’hypothèse d’imperfections réelles implique que
l’état d’équilibre naturel n’est pas nécessairement un équilibre d’efficience.
La deuxième distorsion résulte de l’hypothèse d’une flexibilité imparfaite des prix. En
effet, les contraintes qui pèsent sur les entreprises en termes de couts d’ajustement des
prix constituent une source d’inefficience à court terme. Le fait que les entreprises ne
peuvent ajuster leurs prix immédiatement en réponse aux chocs, implique que la marge
moyenne de l’économie varie dans le temps, et qu’elle sera momentanément différente
de la marge constante associée aux prix parfaitement flexibles. Ceci car le gap entre le
mark-up désiré et le mark-up réalisé s’explique par la différence entre le prix optimal en
cas de flexibilité parfaite et le prix dicté par la rigidité nominale. Néanmoins, le gap de
production lié à cette distorsion est un gap de court terme, puisque le réajustement des
prix vers le niveau optimal se fait progressivement et graduellement et sera totalement
accompli à moyen terme.
Ceci dit, lorsque les imperfections nominales (rigidité des prix) coexistent avec les im-
perfections réelles (concurrence monopolistique), l’allocation d’équilibre est généralement
inefficiente, tant à court qu’à moyen terme.
D’autre part, la flexibilité imparfaite des prix génère un gap à court terme entre le niveau
de l’activité économique et son niveau naturel, qui est le niveau de la production à prix
optimal en cas de flexibilité parfaite. Le terme de ce gap est proportionnel au délai de
l’ajustement progressif et graduel des prix.
D’autre part, l’activité économique converge à moyen terme vers un état stationnaire qui
est lui-même improductif, en raison du pouvoir de marché des entreprises et de la marge
imbriquée dans les prix.
Somme toute, la présence de distorsions réelles incorrigibles, liées à la nature imparfaite
de la concurrence, génère un écart permanent entre le niveau naturel de la production
et son niveau d’efficience. Ce qui se traduit par un état stationnaire où le niveau naturel
de la production est inefficacement bas, créant ainsi une situation de sous-emploi et de
sous-optimalité.

Hachimi Alaoui 14
Chapitre 2

L’offre agrégée : Courbe de Phillips nouvelle-


keynésienne

Le cadre analytique présenté dans ce chapitre relie les décisions individuelles des entre-
prises à la dynamique agrégée des prix, tout en mettant en avant les imperfections réelles
et nominales du marché. Cette transition micro-macro constitue un pilier fondamental
de l’analyse nouvelle-keynésienne. La Courbe de Phillips Nouvelle-Keynésienne
(NKPC, pour New Keynesian Phillips Curve) est dérivée en considérant les décisions
de fixation des prix de l’entreprise représentative, qui opère dans un environnement ca-
ractérisé par des rigidités aussi bien nominales que réels, conjuguées à des anticipations
rationnelles. En agrégeant les décisions individuelles de fixation des prix, on obtient une
dynamique macroéconomique reliant le taux d’inflation à la demande agrégée et aux
anticipations d’inflation.
Pour ce faire, le comportement collectif des entreprises peut être analysé en trois étapes
complémentaires :
1. Minimisation des coûts : L’entreprise représentative cherche à minimiser ses
coûts pour déterminer la demande optimale des inputs nécessaires à sa production.
2. Maximisation du profit : L’entreprise représentative fixe un prix optimal, compte
tenu des imperfections du marché et la demande qui lui est adressée (imperfection
réelle).
3. L’agrégation des prix : Les prix optimaux sont agrégés en vue de déterminer
le niveau général des prix. Ce dernier évolue selon processus d’ajustement partiel,
reflétant la rigidité nominale (imperfection nominale).
Ce chapitre propose donc une exploration détaillée de ces étapes :
— Dans la première section (section 2.1), nous analysons la minimisation des coûts et
la demande optimale d’intrants ;
— Dans la deuxième section (section 2.2), nous examinons la maximisation du profit
et l’impact des imperfections du marché ;
— Enfin, nous abordons la rigidité nominale qui découle d’un processus d’ajustement
partiel du niveau général des prix (section 2.3).
Au terme de ces trois étapes, il est possible de déduire la courbe de Phillips nouvelle-
keynésienne, qui constitue le cadre théorique contemporain pour analyser les sources
potentielles des tensions inflationnistes.

15
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

2.1 La demande optimale des intrants de production

2.1.1 Structure du coût total de l’entreprise représentative


L’économie est peuplée de N entreprises, où N désigne un nombre entier fini (N ∈ N∗ ),
opérant dans un marché de concurrence imparfaite et spécialisées dans la production de
N biens ou services différenciés.
Dans ce cadre, l’entreprise représentative n, pour tout n tel que n ∈ {1, 2, . . . , N } (∀n ∈
{1, 2, . . . , N }), en tant qu’unité de production et de répartition des revenus, initie son
cycle d’exploitation en vue de produire des biens et/ou des services. Une partie de cette
production est écoulée sur le marché sous forme de ventes (Pn,t · Yn,t , où Pn,t est le prix
de vente et Yn,t la quantité vendue par l’entreprise n à la période t), tandis que le reste
contribue à une variation de stock des produits finis (Pn,t · Yn,t,stock , où Pn,t est le prix de
vente et Ystock,n,t la quantité stockée à la période t).
La production engendre des charges d’exploitation, composées principalement des achats
et consommations intermédiaires, en l’occurrence les achats d’intrants importés (Jn,t ,
o
inputs importés à t au prix d’achat en monnaie étrangère d’achat PJ,t ).
Étant donné que les comptes des entreprises sont libellés en monnaie nationale, le prix
en monnaie étrangère (Devises) des inputs importés est multiplié par le taux de change
à l’incertain Et , et ce afin de le convertir en monnaie nationale. 1

Encadré | Taux de change

Le taux de change nominal à l’incertain (Et ) est la valeur en monnaie nationale


d’une unité de monnaie étrangère. Alors que le taux de change nominal au certain
est la valeur en monnaie étrangère d’une monnaie nationale.
À noter que le cadre analytique de l’économie nationale fait usage du taux de change
à l’incertain, alors que l’expression des fluctuations du taux de change nominal se
fait sur la base du taux de change à l’incertain. Ainsi, une baisse de Et indique une
appréciation du taux de change (la monnaie nationale s’apprécie par rapport à la
monnaie étrangère), alors qu’une hausse de Et indique une dépréciation du taux de
change (la monnaie nationale se déprécie par rapport à la monnaie étrangère).

Fluctuations de Et
— Une baisse de Et (↓ Et ) indique une appréciation de la monnaie nationale ;
— Une hausse de Et (↑ Et ) indique une dépréciation de la monnaie nationale.

À noter que les fluctuations du taux de change dépendent du régime de change en


vigueur. À ce stade, nous supposons que E est une variable exogène.
Les facteurs explicatifs des fluctuations de Et seront abordés en détails dans le
chapitre 4.

1. Les achats d’intrants intermédiaires locaux sont exclus pour des raisons d’agrégation. Cette exclu-
sion suppose que la somme des productions finales des N entreprises est égale au PIB, en ce sens que
chaque entreprise produit des biens et services finaux.

Hachimi Alaoui 16
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

Les charges d’exploitation incluent également :


— Les charges de personnel (Wt · Ln,t , où Wt est le salaire unitaire moyen et Ln,t
l’effectif des actifs employés par l’entreprise n à la période t) ;
— Les dotations aux amortissements, reflétant la dépréciation du capital physique
(amort · Kn,t , où amort est le taux d’amortissement et Kn,t le stock de capital fixe
de l’entreprise n à t).
La différence entre les produits et charges d’exploitation constitue le résultat d’ex-
ploitation. Auquel s’ajoute résultat financier pour aboutir au résultat courant.
Pour des raisons purement pédagogiques, le résultat financier est simplifié et réduit
à la différence entre :
— Les produits financiers, réduits ici aux seuls intérêts créditeurs perçus sur
les dépôts bancaires (it · Dn,t ), où it est le taux créditeur et Dn,t le montant
des dépôts bancaires de l’entreprise n à t ;
— Les charges financières, limitées aux intérêts débiteurs versés sur les crédits
contractés auprès des banques commerciales (it · dettesn,t ), où it est le taux
débiteur et dettesn,t le stock des dettes, en l’occurrence les crédits bancaires,
remboursables par l’entreprise n. 2
En négligeant le résultat non courant, qui est par définition exceptionnel et non récurrent,
le résultat avant impôt de l’entreprise représentative est obtenu en additionnant le résultat
d’exploitation et le résultat financier. En déduisant l’impôt sur les sociétés (ISt ), on
obtient le profit comptable (P rof itcomptable,t ), supposé dans ce cadre analytique comme
étant intégralement distribué sous forme de dividendes (divt ) aux propriétaires du capital
social (Apporteurs de fonds propres). Ce qui mène à écrire :

P rof itcomptable,t
divt = (2.1.1)
F ondsP ropresn,t

Le profit comptable de l’entreprise représentative n est schématisé à travers une ver-


sion simplifiée de son compte de résultat, présenté au tableau 2.1. Ce tableau illustre la
structure des produits, des charges et du résultat net (profit comptable). Ce compte de
résultat, également appelé compte des produits et charges (CPC), présente de manière
verticale la répartition des revenus générés par la production.
2. Cette simplification se justifie par la dominance du secteur bancaire dans les économies en voie de
développement, où les systèmes financiers sont peu diversifiés.

Hachimi Alaoui 17
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

Table 2.1 – Compte de résultat simplifié avec conventions de notations


Rubriques Conventions de notations
I. Produits d’exploitation
Ventes de biens et services Pn,t · Yvente,t
Stock de produits Pn,t · Ystock,n,t
II. Charges d’exploitation
o
Achats d’intrants importés Et · PJ,t · Jn,t
Charges de personnel Wt · Ln,t
Dotations aux amortissements amort · Kn,t
Résultat d’exploitation (I - II)
III. Produits financiers
Produits d’intérêts it · Dn,t
IV. Charges financières
Charges d’intérêts it · dettesn,t
Résultat financier (III - IV)
V. Résultat courant (I - II + III - IV)
VI. Résultat non courant −
VII. Résultat avant impôts (V + VI)
VIII. Impôts sur les sociétés −
Résultat net (VII - VIII) P rof itcomptable,t

Ce schéma vertical de la structure des produits et des charges, peut être transposé en un
schéma horizontal. Présenté comme une équation de profit économique, ce schéma hori-
zontal offre une approche économique de la répartition des revenus, dérivée de l’approche
comptable.
Cependant, il est crucial de distinguer le profit comptable du profit économique. Ces
deux notions, bien qu’étroitement liées, ne mesurent pas exactement la même chose. Le
profit comptable correspond au résultat net figurant dans le compte de résultat. Alors
que le profit économique va au-delà du profit comptable et se calcule en soustrayant du
profit comptable les coûts implicites. Ces coûts comprennent toutes les dépenses liées à la
rémunération des facteurs de production, y compris la rémunération versée aux prêteurs-
créanciers et apporteurs de capitaux (intérêts et dividendes). 3
Ainsi, le profit économique (Πeco n,t ) de l’entreprise représentative n, à la période t, est
défini comme la différence entre les recettes totales et la somme des coûts explicites
et implicites. Les coûts explicites sont tirés directement du compte de résultat, tandis
que les coûts implicites incluent les rémunérations normales des facteurs de production,
telles que les dividendes (divt · FondsPropresn,t ) et les intérêts sur les capitaux empruntés
(it · dettesn,t ).
3. De ce fait, une situation de profit nul signifie que l’entreprise reçoit une rémunération normale,
alors qu’un profit économique positif renvoie à un surprofit, lié à un pouvoir de marché, avec une capacité
nette d’autofinancement, et ce après rémunération de tous les facteurs de production.

Hachimi Alaoui 18
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

L’équation du profit économique s’écrit :

Πeco
n,t = (Pn,t · Yvente,t + Pn,t · Ystock,n,t )

o
− Et · PJ,t · Jn,t + Wt · Ln,t

+ amort · Kn,t
 
− it · dettesn,t + divt · FondsPropresn,t (2.1.2)

où :
— Le premier terme Pn,t · Yvente,t + Pn,t · Ystock,t représente la somme de la production
exprimée en valeur nominale, notée Pn,t Yn,t , avec :

Yn,t = Yvente,t + Ystock,n,t (2.1.3)

o
— Le deuxième terme Et · PJ,t · Jn,t + Wt · Ln,t + amort · Kn,t correspond aux coûts
explicites de production.
— Le troisième terme it · dettesn,t + divt · FondsPropresn,t regroupe les coûts implicites
liés à la rémunération normale des facteurs (intérêts sur dettes et dividendes).
L’équation (2.1.2) met en lumière la distinction fondamentale entre le profit comptable,
limité aux éléments explicites, et le profit économique, qui inclut les coûts implicites liés
aux opportunités perdues et à la rémunération normale des ressources investies.
Pour aller plus loin de cette perspective, et en vue de mettre en lumière la dimension
purement économique du profit de l’entreprise représentative, il convient de faire appel à la
structure de son compte de patrimoine. Celle-ci est consigné dans le bilan de l’entreprise
représentative, qui reflète l’ensemble de ses actifs réels, financiers et monétaires, ainsi
que les ressources permettant leur financement : fonds propres et dettes. 4 De ce fait, la
structure du bilan simplifié de l’entreprises suppose que :
— L’actif est réduit au capital fixe(K), c’est-à-dire les immobilisations physiques
utilisées pour produire des biens et services, tandis que le passif est constitué des
fonds propres et des dettes ;
— Les fonds propres sont apportés par les propriétaires de l’entreprise et représentent
une fraction γ de l’actif total (K).
— Les dettes (dettesn,t )sont contractées auprès des banques et représentent une frac-
tion 1 − γ de l’actif total (K).
Compte tenu de ces hypothèses simplificatrices, le bilan, ou compte de patrimoine, de
l’entreprise représentative est présenté au tableau 2.2.

Table 2.2 – Bilan simplifié de l’entreprise représentative


Actif Passif
Capital fixe (K) Fonds Propres (γK)
dettes ((1 − γ)K)

4. Dans ce cadre analytique, l’état d’équilibre assigné à l’entreprise représentative permet d’ignorer les
décalages entre actifs et passifs circulants. Ce décalage étant compensé par l’ajustement des trésoreries
active et passive.

Hachimi Alaoui 19
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

À partir du tableau 2.2, il est possible d’écrire :

divt · FondsPropresn,t = divt · γK (2.1.4)

i · dettesn,t = i · (1 − γ)K (2.1.5)

Ce qui permet de réécrire l’équation du profit économique comme suit :

Πeco
n,t =Pn,t · Yn,t
o
− Et · PJ,t · Jn,t − Wt · Ln,t
h i
− Kn,t · amort + i · (1 − γ) + divt · γ , (2.1.6)

Où :
— Pn,t · Yn,t : Recettes totales n à la période t,
o
— Et · PJ,t · Jn,t : Coût des inputs importés,
— Wt · Ln,t : Coût du travail,
h i
— amort + i · (1 − γ) + divt · γ · Kn,t : Coût du capital.
Ce qui veut dire que l’entreprise rémunère ses trois principaux facteurs de production :
□ Le travail, rémunéré par les salaires ;
□ Le capital, rémunéré par les dividendes et les intérêts ;
□ L’input importé, acquis au prix fixé au marché international.
L’équation globale du profit économique peut ainsi être exprimée comme suit :

Πeco
n,t = Recettes Totales − Coût Total (2.1.7)

2.1.2 Intrants et fonction de production


Dans le cadre analytique, la production de l’entreprise représentative n, pour une période
donnée t, est modélisée à travers une fonction de production Cobb-Douglas à rendements
d’échelles constants, qui inclut trois facteurs :
— Kn,t : le capital fixe utilisé par l’entreprise n à la période t,
— Ln,t : le travail employé par l’entreprise n à la période t,
— Jn,t : les inputs importés par l’entreprise n à la période t,
La fonction de production Cobb-Douglas est donnée par l’équation suivante :
α
Yn,t = At · Kn,t · Lβn,t · Jn,t
1−α−β
, (2.1.8)

où :
— α est l’élasticité de la production par rapport au capital (0 < α < 1),
— β est l’élasticité de la production par rapport au travail (0 < β < 1),
— 1 − α − β est l’élasticité de la production par rapport aux inputs importés (0 <
1 − α − β < 1).
Le facteur exogène At n’est pas spécifique à l’entreprise représentative n et reflète :
≫ À long terme, le progrès technique ;
≫ À court terme, les chocs d’offre exogènes.

Hachimi Alaoui 20
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

Les chocs d’offre exogènes captés par At incluent :


— Chocs économiques (récession) ;
— Chocs climatiques (sécheresse) ;
— Chocs naturels (séismes) ;
— Chocs sanitaires (COVID-19) ;
— Chocs géopolitiques (conflits armés).
De ce fait, une baisse brutale de At reflète un choc d’offre négatif, entraînant une
réduction de la production.

Encadré | Variable exogène vs. Variable endogène

Une variable exogène est une variable dont la valeur est déterminée en dehors
du modèle économique et qui n’est pas influencée par les décisions des agents éco-
nomiques au sein du modèle. Elle représente souvent des facteurs externes qui
affectent l’ensemble des agents économiques sans dépendre de leurs comportements
individuels.
En revanche, une variable endogène est une variable dont la valeur est déterminée
à l’intérieur du modèle, en fonction des décisions des agents économiques et de leurs
interactions. Par exemple, les inputs Kn,t , Ln,t , et Jn,t sont des variables endogènes
car elles sont choisies par chaque entreprise en fonction de leurs objectifs et en
respect de leurs contraintes.

Lien avec le facteur At Le facteur At est une variable exogène, commune à


toutes les entreprises, qui capte les effets globaux tels que :
— des avancées technologiques globales ;
— des chocs d’offre affectant l’ensemble des secteurs économiques (par exemple,
une crise énergétique ou un choc climatique) ;
— des variations structurelles de productivité.

Exemple d’interprétation Une augmentation de At traduit une amélioration


des conditions globales de production (par exemple, un progrès technologique), aug-
mentant la production Yn,t pour toutes les entreprises. À l’inverse, une diminution
brutale de At peut refléter un choc négatif (par exemple, une crise économique ou
une catastrophe naturelle), réduisant Yn,t pour l’ensemble des entreprises.

La contrainte α + β + (1 − α − β) = 1 garantit que la fonction de production génère


des rendements d’échelles constants. Les paramètres α, β, et 1 − α − β représentent
les élasticités de la production par rapport aux inputs. Cela signifie qu’ils mesurent la
variation relative de la production Yn,t induite par une variation relative de l’un des trois
inputs, les autres étant maintenus constants.

Hachimi Alaoui 21
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

Démonstration | Élasticité de la production

Considérons une augmentation proportionnelle ∆% d’un input donné. Pour un


input Xn,t , où X ∈ {K, L, J}, l’élasticité est définie comme :

∂Yn,t Xn,t
Élasticité = · .
∂Xn,t Yn,t

En dérivant la fonction de production Cobb-Douglas :


∂Yn,t α−1
= α · At · Kn,t · Lβn,t · Jn,t
1−α−β
.
∂Kn,t

Ainsi, l’élasticité de la production par rapport au capital Kn,t est donnée par :

∂Yn,t Kn,t
· = α.
∂Kn,t Yn,t

De manière analogue, on obtient :


∂Yn,t Ln,t
· = β,
∂Ln,t Yn,t
et :
∂Yn,t Jn,t
· = 1 − α − β.
∂Jn,t Yn,t
Ces résultats montrent que les coefficients α, β, et 1 − α − β sont les élastici-
tés respectives de la production par rapport au capital, au travail, et aux inputs
importés.

2.1.3 Minimisation des coûts et allocation optimale


L’entreprise représentative n cherche à minimiser ses coûts de production pour une pro-
duction donnée Yn,t , en choisissant de manière optimale les trois inputs Kn,t (capital),
Ln,t (travail) et Jn,t (inputs importés).

1. Définition du coût total

Le coût total de l’entreprise est donné par la somme des rémunérations des trois facteurs
de production. En posant :
h i
Rt = amort + i · (1 − γ) + divt · γ . (2.1.9)

Nous aurons : h i
o
CTn,t = Et · PJ,t · Jn,t + Wt · Ln,t + Kn,t · Rt . (2.1.10)

L’entreprise choisit Kn,t , Ln,t , et Jn,t de manière à minimiser Cn,t , compte tenu de sa
fonction de production :
α
Yn,t = At · Kn,t · Lβn,t · Jn,t
1−α−β
.

Hachimi Alaoui 22
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

2. Problème de minimisation des coûts

Le problème de minimisation peut être formulé comme suit :


o
min CTn,t = Et · PJ,t · Jn,t + Wt · Ln,t + Kn,t · Rt , (2.1.11)
Kn,t ,Ln,t ,Jn,t

sous la contrainte :
α
Yn,t = At · Kn,t · Lβn,t · Jn,t
1−α−β
.

3. Fonction de Lagrange

La fonction de Lagrange associée est :


 
o
L = Et · PJ,t α
· Jn,t + Wt · Ln,t + Kn,t · Rt + λ Yn,t − At · Kn,t · Lβn,t · Jn,t
1−α−β
, (2.1.12)
où λ est le multiplicateur de Lagrange.

4. Conditions de premier ordre (FOCs)

Pour minimiser Cn,t , nous dérivons L par rapport à Kn,t , Ln,t , et Jn,t , et nous égalons les
dérivées à zéro.

— Pour Kn,t (capital) :


∂L α−1
= Rt − λ · At · α · Kn,t · Lβn,t · Jn,t
1−α−β
= 0. (2.1.13)
∂Kn,t
— Pour Ln,t (travail) :
∂L α
= Wt − λ · At · β · Kn,t · Lβ−1 1−α−β
n,t · Jn,t = 0. (2.1.14)
∂Ln,t
— Pour Jn,t (inputs importés) :
∂L −α−β
o
= Et · PJ,t α
− λ · At · (1 − α − β) · Kn,t · Lβn,t · Jn,t = 0. (2.1.15)
∂Jn,t

5. Ratio des coûts marginaux (équations d’optimalité)

En divisant les FOCs deux à deux, nous obtenons les conditions d’optimalité reliant les
inputs.

— Ratio capital-travail :
Rt α Ln,t
= · . (2.1.16)
Wt β Kn,t
— Ratio travail-inputs importés :
Wt β Jn,t
o
= · . (2.1.17)
Et · PJ,t 1 − α − β Ln,t
— Ratio capital-inputs importés :
Rt α Jn,t
o
= · . (2.1.18)
Et · PJ,t 1 − α − β Kn,t

Hachimi Alaoui 23
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

2.1.4 Coût marginal de l’entreprise représentative

1. Inputs exprimés en fonction de Kn,t

En mettant l’accent sur Kn,t dans les expressions de Ln,t et Jn,t :


β Rt
Ln,t = · · Kn,t , (2.1.19)
α Wt
1−α−β Rt
Jn,t = · o
· Kn,t . (2.1.20)
α Et · Et · PJ,t

2. Kn,t en fonction de Yn,t

Substituons les expressions ci-dessus de Ln,t et Jn,t dans la fonction de production :



α β Rt
Yn,t = At · Kn,t · Kn,t · · (2.1.21)
α Wt
!1−α−β
1−α−β Rt
· Kn,t · · o
. (2.1.22)
α Et · PJ,t
En isolant Kn,t , nous obtenons :
α−1 !β o
!1−α−β
Yn,t Rt

Wt Et · PJ,t
Kn,t = · · · (2.1.23)
At α β 1−α−β

3. Coût total en fonction de Yn,t

Un petit exercice d’algèbre linéaire permet d’exprimer Ln,t et Jn,t en fonction de Y n, t. 5


En substituant les expressions ainsi obtenues de Kn,t , Ln,t , et Jn,t dans la fonction du
coût total CTn,t , ce dernier devient :
α " #β " o
#1−α−β
Yn,t Rt

Wt Et · PJ,t
CTn,t = · · · . (2.1.24)
At α β 1−α−β

4. Formule du coût marginal

Pour obtenir le coût marginal, nous dérivons le coût total CTn,t par rapport à la pro-
duction Yn,t . Comme CTn,t est proportionnel à Yn,t , sa dérivée par rapport à Yn,t donne
directement :
∂CTn,t
Cmn,t = . (2.1.25)
∂Yn,t
En appliquant la dérivation :
α " #β " o
#1−α−β
1 Rt

Wt Et · PJ,t
Cmn,t = · · · . (2.1.26)
At α β 1−α−β
Cette expression montre que :
5. La démonstration détaillée est faite durant la séance de cours consacrée à cette section.

Hachimi Alaoui 24
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

— Le coût marginal est inversement proportionnel au facteur exogène At , qui reflète


les conditions globales de productivité.
— Chaque facteur de production (capital, travail et inputs importés) contribue au coût
marginal proportionnellement à son élasticité dans la fonction de production.
Le coût marginal Cmn,t est ainsi une moyenne géométrique pondérée des coûts
unitaires des trois inputs (capital, travail, et inputs importés), où les poids sont donnés
par les élasticités correspondantes (α, β, et 1 − α − β).
Il est important de noter que le coût marginal n’est pas spécifique à une entreprise repré-
sentative n, car il dépend de variables exogènes à son comportement d’optimisation. En
d’autres termes, les facteurs qui déterminent le coût marginal sont globaux et identiques
pour l’ensemble des N entreprises.
Premièrement, toutes les entreprises font face au même salaire moyen W , déterminé
comme étant le salaire d’équilibre sur le marché du travail, où l’offre et la demande
s’ajustent selon des mécanismes propres au marché de travail. Ce salaire reflète les condi-
tions macroéconomiques globales, et non les particularités d’une entreprise individuelle.
Deuxièmement, le coût du capital Rt est également uniforme pour toutes les entreprises.
Il comprend principalement :
— Le taux d’intérêt i, déterminé sur le marché financier, qui reflète le coût de l’emprunt
pour financer les investissements.
— Le taux de dépréciation du capital amort, qui est une moyenne calculée en fonction
de la nature et de la durée de vie typique du capital physique utilisé dans des
conditions normales. Cette moyenne fait abstraction des variations liées à l’intensité
d’utilisation du capital.
— Le taux de rendement des fonds propres divt , influencé par l’effet d’arbitrage entre
les placements obligataires (rémunérés au taux d’intérêt) et les investissements réels.
Ce rendement dépend du taux d’actualisation, lui-même basé sur le taux d’intérêt
déterminé sur le marché financier. Ainsi, les entreprises doivent aligner les rende-
ments de leurs investissements réels sur ce taux d’intérêt, qui représente leur coût
d’opportunité.
En conséquence, le coût du capital est un facteur commun à toutes les entreprises, indé-
pendamment de leurs spécificités individuelles.
Troisièmement, par rapport aux intrants importés, leur prix en monnaie étrangère Pto
dépend des prix observés et pratiqués sur les marchés internationaux.
Le taux de change Et utilisé pour convertir ces prix en monnaie nationale est également
identique pour toutes les entreprises, puisqu’il est déterminé sur le marché des changes.
Ainsi, le coût des intrants importés est influencé par des facteurs globaux, tels que les
conditions du commerce international et les fluctuations du taux de change, et non par
les choix spécifiques des entreprises.
Quant à la technologie, elle est supposée homogène est transversale à tous les secteurs
de l’économie, en ce sens que la forme explicite de la fonction de production, la nature
des rendements d’échelles, ainsi que les élasticités α, et β sont constants et supposés
identiques pour toutes les entreprises. 6 S’agissant du facteurAt , qui représente le progrès
6. Cette hypothèse d’homogénéité de la technologie, quoique restrictive, garantit une uniformité dans
la structure de production. Ce qui implique que les relations entre intrants de production et extrants de
production sont identiques pour toutes. .

Hachimi Alaoui 25
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

technique (à long terme), ou les chocs d’offre (à court terme), il demeure exogène et
partagé par toutes les entreprises,
En résumé, le coût marginal des entreprises est déterminé par des facteurs macroécono-
miques communs à toutes, tels que le salaire moyen, le coût du capital, les taux d’intérêt,
les prix internationaux et le taux de change. Ces éléments reflètent les équilibres globaux
des différents marchés, indépendamment des décisions spécifiques de chaque entreprise.
Le coût marginal, bien qu’il résulte des décisions d’optimisation de chaque entreprise,
est influencé par des paramètres communs à toutes les entreprises opérant dans le même
secteur. Ces paramètres incluent principalement la technologie et les élasticités de substi-
tution et de production, qui sont des éléments structurels et invariants dans le cadre de
l’économie étudiée.

2.2 Imperfections des marchés et niveau général des


prix
Dans une économie peuplée de N entreprises, chaque package de [biens/services] produit
par l’entreprise n parmi les N est différencié des autres packages et leur est imparfaitement
substituable. En outre, la demande adressée à chaque entreprise dépend non seulement
du prix qu’elle affiche, mais du prix relatif de son bien, c’est-à-dire du rapport entre son
prix et le niveau général des prix. Par ailleurs, la demande agrégée joue un rôle
déterminant dans la demande individuelle adressée à chaque entreprise n, sachant les N
entreprises sont en concurrence imparfaite. L’imbrication de ces éléments explique les
imperfections des marchés réels, dites imperfections réelles, qui influence à biens des
égards le processus de formation du prix optimal. Cette imbrication et ses implications
en termes de prix sont l’objet de cette section.

2.2.1 Préférences des consommateurs et demande agrégée


Caque entreprise produit un bien différencié qui n’est qu’imparfaitement substituable aux
biens produits par ses concurrents. De ce fait, l’entreprise représentative opère dans un
marché hybride, à mi-chemin entre les deux extrémités purement théoriques : le monopole
pur et la concurrence pure. En effet, la différenciation des produits confère à chaque
entreprise un certain pouvoir de marché, ce qui lui permet d’être un price-maker : elle
peut fixer le prix Pn,t qui maximise son profit, tel un monopole. Mais contrairement à un
monopole parfait, l’entreprise représentative n’est pas totalement libre de ses choix et tient
compte de l’effet des comportements de ses rivales sur la demande agrégée qui, à son tour
influe sur la demande qui lui est adressée. Il s’agit donc d’une concurrence imparfaite,
dite concurrence monopolistique, qui s’avère être une forme de concurrence plus
intuitive et plus réaliste.
Ainsi, l’entreprise représentative ajuste ses décisions stratégiques en fonction de la de-
mande agrégée et du prix relatif de son bien par rapport aux biens produits par ses
concurrents. Ce cadre lui permet de maximiser son profit tout en respectant les contraintes
d’interdépendance avec les autres entreprises sur le marché.

Hachimi Alaoui 26
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

1. Préférences des consommateurs et contraintes budgétaires Les consomma-


teurs maximisent une fonction d’utilité agrégée qui traduite le niveau de la demande
agrégée Yt : ϵ
N
! ϵ−1
X ϵ−1
Yt = Yn,t
ϵ
,
n=1
où :
— Yn,t est la quantité consommée du bien n à la période t ;
— ϵ > 1 est l’élasticité de substitution entre les biens différenciés.
La forme de cette fonction implique que les biens sont différenciés et imparfaitement
substituables. Plus ϵ est élevé, plus les biens sont substituables. Lorsque ϵ → ∞, les biens
deviennent parfaitement substituables.
Par ailleurs, les consommateurs font face à une contrainte budgétaire donnée par :
N
X
Pn,t Yn,t = Yt · Pt , (2.2.1)
n=1

où :
— Pn,t est le prix du bien n à la période t ;
— Yt est la demande agrégée des consommateurs ;
— Pt est le niveau général des prix.

2. Comportement d’optimisation des consommateurs Les consommateurs maxi-


misent à l’utilité totale que procure la demande agrégé Yt , tout en étant sous la contrainte
budgétaire. Le problème d’optimisation peut être écrit comme :
ϵ
N N
! ϵ−1
X ϵ−1 X
max Yn,t
ϵ
s.c. Yt · Pt = Pn,t Yn,t . (2.2.2)
Yn,t
n=1 n=1

La fonction de Lagrange associée :


ϵ
N N
! ϵ−1 !
X ϵ−1 X
L= Yn,t
ϵ
+ λ Yt · P t − Pn,t Yn,t . (2.2.3)
n=1 n=1

où λ est le multiplicateur de Lagrange. La fonction de Lagrange peut être réécrite comme


suit : ϵ
N PN
! ϵ−1 !
n=1 Pn,t Yn,t
X ϵ−1
L= Yn,t
ϵ
+ λ Yt − . (2.2.4)
n=1 Pt

En maximisant L, les conditions de premier ordre associées sont obtenues par dérivation
par rapport à Yn,t :
1
N
! ϵ−1
∂L ϵ X ϵ−1 ϵ−1 −1 Pn,t
= · Yn,tϵ · · Yn,tϵ − λ · = 0. (2.2.5)
∂Yn,t ϵ − 1 n=1 ϵ Pt
En simplifiant, nous obtenons :
1
N
! ϵ−1
X ϵ−1
−1 Pn,t
Yn,t
ϵ
· Yn,tϵ = λ · (2.2.6)
n=1 Pt

Hachimi Alaoui 27
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

En isolant λ :   1
ϵ−1
PN ϵ−1 −1
n=1 Yn,t
ϵ
· Yn,tϵ
λ= Pn,t . (2.2.7)
Pt

Ce qui montre que, à l’optimum, la contribution marginale de chaque bien n à l’utilité


totale que procure la demande agrégée est proportionnelle à son prix relatif PPn,t
t
. En
normalisant λ à l’unité (λ = 1) et sachant que :
ϵ
N
! ϵ−1
X ϵ−1
Yt = Yn,t
ϵ
,
n=1

Ce qui revient à écrire :


1
N
! ϵ−1
1 X ϵ−1
Yt = ϵ
Yn,t ϵ
, (2.2.8)
n=1

1
En substituant Yt ϵ à sa formule, et en réarrangeant la condition de premier ordre, nous
avons : !ϵ
Pt
Yn,t = Yt · . (2.2.9)
Pn,t

Cette expression relie la quantité demandée d’un bien au prix relatif Pn,t par rapport
au niveau général des prix Pt , et à la demande agrégée Yt . Ce faisant, cette expression
garantit la cohérence entre la demande agrégée Yt et la somme pondérée des demandes
spécifiques Yn,t .

2.2.2 Indice d’agrégation et niveau général des prix


Nous venons de démontrer que la demande pour un bien spécifique Yn,t est donnée par :

Pt
Yn,t = Yt · , (2.2.10)
Pn,t

Sachant que le niveau de la demande agrégée Yt est défini comme :


ϵ
N
! ϵ−1
X ϵ−1
Yt = Yn,t
ϵ
. (2.2.11)
n=1

 ϵ
Pt
En substituant Yn,t = Yt · Pn,t
dans la définition de Yt , nous obtenons :
ϵ

N
" !ϵ # ϵ−1  ϵ−1
X Pt ϵ
Yt =  Yt ·  . (2.2.12)
n=1 Pn,t

En développant l’expression, nous avons :


ϵ

N
 !ϵ· ϵ−1  ϵ−1
X ϵ−1 Pt ϵ
Yt =  Yt ϵ
·  . (2.2.13)
n=1 Pn,t

Hachimi Alaoui 28
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

ϵ−1
En simplifiant les exposants et en faisant sortir Yt ϵ
de la somme :
 ϵ
N
!ϵ−1  ϵ−1
ϵ−1 X Pt
Yt = Yt ϵ
·  . (2.2.14)
n=1 Pn,t

Et en utilisant la propriété des puissances, l’équation peut être réécrite comme suit :
 ϵ
N
!ϵ−1  ϵ−1
X Pt
Yt = Yt ·   . (2.2.15)
n=1 Pn,t

Pour que cette égalité soit satisfaite, le terme entre parenthèses doit être égal à 1 :
N
!ϵ−1
X Pt
= 1. (2.2.16)
n=1 Pn,t

En réorganisant cette expression, on obtient :


N
Ptϵ−1 = 1−ϵ
X
Pn,t . (2.2.17)
n=1

1
En prenant la puissance ϵ−1
des deux côtés, la formule de l’agrégateur des prix Pt est
donc donnée par :
1
N
! 1−ϵ
1−ϵ
X
Pt = Pn,t . (2.2.18)
n=1

Ce qui correspond à un indice des prix agrégés, pondéré par 1 − ϵ, avec ϵ représentant
l’élasticité de substitution entre les biens. Il s’agit de l’expression du niveau général Pt
qui est donc une moyenne harmonique pondérée lorsque ϵ > 1.

Effets de la dérive du niveau général des prix Une hausse du niveau général des
prix (Pt ) incite les entreprises, y compris l’entreprise représentative n, à augmenter le
prix de leur bien (Pn,t ) pour plusieurs raisons liées aux mécanismes du marché et aux
comportements stratégiques en concurrence monopolistique. Ces raisons sont expliquées
ci-dessous.

1. Effets sur la compétitivité. En concurrence monopolistique, les biens produits


par différentes entreprises sont substituables de manière imparfaite. Cela signifie que
les consommateurs comparent les prix relatifs (Pn,t /Pt ) pour décider de la quantité qu’ils
consomment de chaque bien. La demande adressée à l’entreprise n dépend de cette relation
relative :
Pn,t −ϵ
 
Yn,t = Yt · , (2.2.19)
Pt
où :
— Yn,t est la demande pour le bien n,

Hachimi Alaoui 29
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

— Yt est la demande agrégée totale,


— ϵ > 1 est l’élasticité de substitution entre les biens.
Une hausse de Pt réduit le ratio Pn,t /Pt si Pn,t reste constant, rendant le bien n relati-
vement moins cher par rapport aux autres. Cela pourrait théoriquement augmenter la
demande pour le bien n. Cependant, cette situation n’est pas optimale pour l’entreprise
n, car elle pourrait augmenter Pn,t tout en maintenant un ratio Pn,t /Pt compétitif, maxi-
misant ainsi son profit. Ainsi, lorsque le niveau général des prix Pt augmente, il y a deux
effets principaux sur l’entreprise n :

— **Effet relatif ** : Pour maintenir un ratio compétitif entre son prix Pn,t et le niveau
général des prix Pt , l’entreprise n est incitée à revoir son prix à la hausse. Une dérive
des prix relatifs dégraderait sinon sa position concurrentielle sur le marché.
— **Effet absolu** : Une hausse du niveau général des prix Pt diminue le pouvoir
d’achat global, ce qui affecte négativement Yt . Cependant, pour préserver sa de-
mande relative, PPn,tt
, l’entreprise n ajuste Pn,t .

2. Effet macroéconomique de la boucle d’interaction. Lorsque toutes les entre-


prises augmentent leurs prix Pn,t , cela contribue à une nouvelle hausse du niveau général
des prix Pt , ce qui incite à une nouvelle révision des prix individuels. Cette boucle d’inter-
action est une caractéristique essentielle des marchés avec rigidités nominales et concur-
rence monopolistique. En effet, si une dérive des prix Pt est observée (par exemple, une
hausse généralisée des prix due à un choc d’offre ou de demande), chaque entreprise ajuste
son prix Pn,t à la hausse. Ce comportement collectif amplifie la dérive, alimentant un mé-
canisme de révision ascendante des prix. Dans ce cadre, les entreprises ne révisent pas
instantanément leurs prix en raison des rigidités nominales (coûts de menu, contrats
à long terme, etc.). Ce retard dans l’ajustement crée une boucle où une dérive initiale
des prix incite progressivement chaque entreprise à revoir son prix. Ce phénomène est
capturé dans le processus d’ajustement partiel qui sous-tend la courbe de Phillips
Nouvelle-Keynésienne(Section 2.3).

3. Remarques conclusives. Une hausse du niveau général des prix (Pt ) incite chaque
entreprise n à ajuster son prix Pn,t pour :
1. Maintenir sa compétitivité relative (Pn,t /Pt ),
2. Compenser l’augmentation de ses coûts de production,
3. Préserver ses marges bénéficiaires face à une inflation généralisée.
Cette interaction entre le niveau général des prix et les prix individuels alimente une
dynamique macroéconomique inflationniste.

2.2.3 Effet du coût marginal sur le niveau général des prix


Rappelons que l’entreprise n maximise son profit économique :
Πeco
n,t = Pn,t · Yn,t − CTn,t , (2.2.20)
Où CTn,t est le coût total en fonction de Yn,t , démontré précédemment :
CTn,t = Cmt · Yn,t (2.2.21)

Hachimi Alaoui 30
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

Où Cmt est le coût marginal, supposé


 ϵ non spécifique à l’entreprise n. En substituant la
Pt
fonction de demande Yn,t = Yt · Pn,t , la fonction de profit économique devient :
!ϵ !ϵ
Pt Pt
Πeco
n,t = Pn,t · Yt · − Cmt · Yt · (2.2.22)
Pn,t Pn,t
Le problème d’optimisation de l’entreprise représentative consiste à choisir le prix Pn,t
qui maximise son profit économique :

max
eco
Πn,t (2.2.23)
Πn,t

En dérivant Πeco
n,t par rapport à Pn,t et en égalant à zéro, nous obtenons la condition de
premier ordre suivante :
!ϵ !ϵ !ϵ
Pt Pt 1 Pt 1
Yt · − ϵ · Yt · · · Pn,t − ϵ · Cmt · Yt · · = 0. (2.2.24)
Pn,t Pn,t Pn,t Pn,t Pn,t
 ϵ
Pt
En simplifiant cette expression et en annulant les termes communs Yt · Pn,t
(non nuls),
nous obtenons :
Cmt
1−ϵ=ϵ· . (2.2.25)
Pn,t
En isolant Pn,t , il est possible d’exprimer le prix optimal comme suit :
∗ ϵ
Pn,t = · Cmt . (2.2.26)
ϵ−1
Le prix optimal est une fonction du coût marginal commun Cmt et du mark-up. Ce
ϵ
Mark-Up est constant et égal à ϵ−1 et dépend donc de l’élasticité de substitution ϵ.
Pour déduire l’optimum du niveau général des prix Pt∗ en fonction du coût marginal,
utilisons l’indice d’agrégation des prix :
1
N
! 1−ϵ
Pt∗ ∗1−ϵ
X
= Pn,t . (2.2.27)
n=1

∗ ϵ
En substituant Pn,t = ϵ−1
· Cmt , nous avons :
1
N  1−ϵ ! 1−ϵ
ϵ
Pt∗
X
= · Cmt . (2.2.28)
n=1 ϵ−1

Simplifions en extrayant les termes constants :


1
N
1−ϵ ! 1−ϵ
ϵ

Pt∗ = · Cmt1−ϵ ·
X
1 . (2.2.29)
ϵ−1 n=1
PN 1
Sachant que n=1 1 = N , l’homogénéité d’ordre 1−ϵ
permet de simplifier : 7
ϵ
Pt∗ = · Cmt . (2.2.30)
ϵ−1
7. N est absorbé dans une constante de normalisation, eu égard à l’hypothèse de symétrie entre les
entreprises et de la propriété d’homogénéité d’ordre 1/(1 − ϵ) de l’agrégateur des prix.

Hachimi Alaoui 31
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

Démonstration | Homogénéité d’ordre N

Définition de l’homogénéité : Une fonction f (x1 , x2 , . . . , xk ) est dite homogène


d’ordre κ si, lorsque toutes ses variables d’entrée sont multipliées par une constante
c, la valeur de la fonction est multipliée par cκ . Cela s’écrit :

f (c · x1 , c · x2 , . . . , c · xk ) = cκ · f (x1 , x2 , . . . , xk ).

Application au niveau général des prix : Si tous les prix Pn,t sont multipliés
par une constante c > 0 :
1
N
! 1−ϵ
1−ϵ
X
Pt (c · P1,t , c · P2,t , . . . , c · PN,t ) = (c · Pn,t ) .
n=1

Alors : 1
N
! 1−ϵ
1−ϵ
X
Pt = c · Pn,t .
n=1

Ainsi, Pt est homogène d’ordre κ = 1, car une multiplication des prix Pn,t par une
constante c entraîne une multiplication de Pt par la même constante.

Ce résultat montre que le niveau général des prix Pt∗ est proportionnel au coût
marginal Cmt , modulé par le mark-up constant (ϵ/(ϵ − 1)). Le niveau général des prix
est directement influencé par les conditions de coûts des facteurs de production (salaires,
taux d’intérêt, prix des intrants importés) et le pouvoir de marché des entreprises qui
leur offre la possibilité d’incorporer un mark-up dans leurs prix. À cet égard, il convient
de souligner que (ϵ > 1) mesure l’élasticité de substitution entre les biens différenciés,
ou leur degré de différentiation. La valeur du paramètre ϵ est commune à toutes les
entreprises, car elle dépend des préférences des consommateurs et de la structure des
marchés des biens et services. 8 Le coût marginal intègre également les contributions
pondérées des coûts communs des trois facteurs de production (K, L, J), alors que At
agit comme un multiplicateur global reflétant les conditions exogènes de productivité.
Une hausse du niveau général des prix Pt∗ reflète donc une augmentation généralisée des
coûts de production, du fait que les entreprises répercutent leurs coûts sur les prix finaux,
afin de maintenir intactes leurs marges bénéficiaires.
En procédant à la transformation logarithmique de la formule du niveau général des prix,
nous obtenons :
ϵ
 

log(Pt ) = log + log(Cmt ). (2.2.31)
ϵ−1
En notant les formes logarithmiques avec des lettres minuscules :
— p∗t = log(Pt∗ ), le logarithme du niveau général des prix,
— cmt = log(Cmt ), le logarithme du coût marginal,
 
ϵ
— mµ = log ϵ−1
, le logarithme du mark-up constant.

8. Lorsque ϵ → ∞, le pouvoir de marché des entreprises s’affaiblit car les biens deviennent parfaite-
ment substituables, et le niveau général des prix converge vers le coût marginal, du fait d’un rétrécisse-
ϵ
ment du mark-up ϵ−1 . À court et à moyen terme, ce mark-up est constant, vu que ϵ est un paramètre
structurel.

Hachimi Alaoui 32
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

La formule log-linéaire devient alors :


p∗t = mµ + cmt .

Cette équation indique que le logarithme du niveau général des prix (p∗t ) est la somme
du logarithme du mark-up constant (mµ) et du logarithme du coût marginal (cmt ).

Démonstration | Règles de transformation logarithmique

La transformation logarithmique est largement utilisée en économie. Elle permet de


réduire l’amplitude des grandes valeurs, d’analyser les variations proportionnelles
et de linéariser les relations entre les variables économiques.
Ci-dessous les règles fondamentales :
— Linéarisation des relations multiplicatives et non linéaires : Suppo-
sons une relation multiplicative entre deux variables économiques Y et X :

Y = A · X b.

En prenant le logarithme des deux côtés :

log(Y ) = log(A) + b · log(X).

Cela transforme une relation multiplicative et non linéaire en une relation


additive et linéaire entre les logarithmes, facilitant ainsi l’interprétation de la
relations économique et permettant la régression linéaire appliquée en Éco-
nométrie.
— Interprétation en termes de variations relatives : La différence de lo-
garithmes est une bonne approximation des variations relatives. Par exemple,
pour les prix :
!
Pt Pt − Pt−1
log = log(Pt ) − log(Pt−1 ) ≈ .
Pt−1 Pt−1

Cela permet d’interpréter log(Pt ) − log(Pt−1 ) comme le taux d’inflation.


Notation : En économie, log(x) désigne généralement le logarithme naturel (ln(x),
base e).

2.3 Rigidités nominales des prix et taux d’inflation


globale
La rigidité nominale constitue le deuxième postulat fondamental de la macroéconomie
nouvelle-keynésienne. Elle repose sur l’idée que les prix ne s’ajustent que graduellement et
progressivement suite aux variations des coûts. Cette lenteur d’ajustement, ou ajustement
partiel des prix, engendrent des implications macroéconomiques conséquentes. Cette ri-
gidité nominale constitue un fondement central de l’efficacité de la politique monétaire.
En effet, les banques centrales peuvent exploiter ce phénomène pour stabiliser l’économie
en influençant les anticipations et les comportements des agents économiques.

Hachimi Alaoui 33
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

La courbe de Phillips nouvelle-keynésienne (NKPC) relie l’inflation à des variables ma-


croéconomiques fondamentales, notamment le coût marginal réel et les anticipations d’in-
flation. Dans cette section, nous intégrons la rigidité nominale à travers une fonction de
perte quadratique, permettant de capturer les coûts d’ajustement des prix et les dévia-
tions du niveau général des prix par rapport à son niveau optimal. Ce cadre analytique
met en avant le rôle des anticipations et des rigidités nominales dans la détermination de
la dynamique de l’inflation.

2.3.1 Ajustement partiel et dynamique des prix


Au long du processus de formation des prix, les entreprise redoutent deux types d’écarts.
Le premier est l’écart entre le prix effectivement affiché (pt , exprimé en forme logarith-
mique), et le niveau optimal des prix (p∗t , exprimé en forme logarithmique). Cet écart
représente une marge d’erreur, bien évidemment à éviter, car adopter un prix non opti-
mal engendre un coût pour l’entreprise. Ce coût résulte soit d’une réduction des marges
bénéficiaires pour un prix inférieur au niveau optimal, soit d’une baisse des ventes pour
un prix trop élevé et qui décourage la demande. 9
Afin de formaliser ce coût de non-optimalité, nous considérons le carré de la déviation
(pt − p∗t )2 . 10 Ce choix reflète le fait que toute déviation, qu’elle soit positive ou négative,
est coûteuse : un prix inférieur au niveau optimal réduit la rentabilité en comprimant les
marges, tandis qu’un prix supérieur diminue le chiffre d’affaires en déprimant la demande.
L’objectif des entreprises est donc d’aligner leurs prix sur le niveau optimal et d’éviter
toute déviation, dont pénalité est proportionnelle au coefficient κ1 qui capte le coût de la
non-optimalité
Par ailleurs, les entreprises ne peuvent ajuster leurs prix brutalement et immédiatement
en réponse à des fluctuations du coût marginal. Une telle volatilité créerait une incer-
titude chez les consommateurs, compliquant leur planification d’achats et perturbant
leurs comportements d’optimisation. C’est pourquoi les entreprises adoptent un lissage
des prix, préférant des ajustements graduels et progressifs des prix, réduisant ainsi les
coûts d’ajustement associés à des modifications soudaines et excessives. Ces coûts in-
cluent notamment des pertes de demande, une diminution de la fidélité des clients, et des
perturbations dans la structure de la demande.
Cette stratégie de lissage, manifestée par une flexibilité imparfaite des prix, est ren-
due possible grâce à des contrats d’approvisionnement qui décalent dans le temps les
fluctuations des coûts par rapport aux prix. Ce décalage permet un ajustement partiel
des prix, offrant une meilleure visibilité aux consommateurs sur l’évolution future des prix.
De plus, une stratégie de type « wait and see » permet de temporiser avant d’ajuster les
prix, en particulier face à des variations des coûts qui peuvent s’avérer transitoires,
9. Bien que ce processus d’optimisation s’applique à l’échelle individuelle, il est ici présenté à un
niveau agrégé, pour des raisons pédagogiques dans le cadre d’un cours destiné à des étudiants en licence.
10. Avantages de l’utilisation de la forme dite quadratique (pt − p∗t )2 , au lieu de la valeur absolue
|pt − p∗t | :
— Les formes quadratiques (pt −p∗t )2 sont différentiables partout, tandis que la valeur absolue |pt −p∗t |
n’est pas différentiable en pt − p∗t = 0. Ce qui simplifie la solution du problème d’optimisation.
— Les carrés amplifient les grandes déviations, ce qui permet de pénaliser davantage les écarts im-
portants.

Hachimi Alaoui 34
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

Le coût d’ajustement des prix peut être capté par l’écart entre les valeurs présentes et
passées des prix, exprimées en forme logarithmique : |pt − pt−1 |2 , où chaque variation,
qu’elle soit à la hausse ou à la baisse, est coûteuse. Ce coût étant pondéré par un coeffi-
cient κ2 , qui reflète l’aversion des entreprises pour des ajustements trop rapides ou trop
importants.

1. Formulation mathématique de la rigidité des prix

À court terme, les entreprises cherchent à minimiser une fonction de perte quadratique
qui résulte d’une double contrainte, compte tenu du coût lié à la non-optimalité des prix
et du coût inhérent à la flexibilité, ou l’ajustement, des prix.
Coût de non-optimalité (κ1 ) Le coût associé à l’écart entre le prix observé (pt ) et le
prix optimal (p∗t ) est donné par :

Cnon-optimalité = κ1 · (pt − p∗t )2 , (2.3.1)


où :
— (pt − p∗t )2 représente l’écart quadratique entre le prix observé et le prix optimal.
— κ1 > 0 est un paramètre pondérant l’importance de cet écart.
Coût d’ajustement (κ2 ) Le coût lié à un ajustement de prix, à une flexibilité parfaite
des prix, entre deux périodes consécutives est donné par :

Cajustement = κ2 · (pt − pt−1 )2 , (2.3.2)

où :
— (pt − pt−1 )2 capture l’ampleur de l’ajustement des prix.
— κ2 > 0 mesure la pénalité associée aux ajustements brutaux.
Fonction de perte globale La rationalité qui sous-tend la rigidité nominale, ou la
flexibilité imparfaite des prix, trouve son essence dans une une fonction de perte, ou
fonction de désutilité, qui combine les deux coûts expliqués ci-dessus :

U − = κ1 · (pt − p∗t )2 + κ2 · (pt − pt−1 )2 . (2.3.3)

Cela signifie qu’il convient de choisir le prix minimisant cette perte. Or, nous souhaitons
intégrer cette fonction de perte dans une programme d’optimisation intertemporelle, où
les entreprises minimisent les coûts d’ajustement (flexibilité) des prix, optant ainsi pour
une rigidité nominale, tout en prenant en considération ses choix futurs. L’objectif est de
minimiser la fonction de perte globale sur un horizon de temps T . 11
Ainsi, la fonction de perte intertemporelle peut être exprimée comme suit :
T h i
κ1 (pt − p∗t )2 + κ2 (pt − pt−1 )2 ,
X
min (2.3.4)
pt
t=0

où :
11. Pour des raisons purement pédagogiques, l’opérateur d’espérance Et , basé sur l’information dispo-
nible à la période t, est volontairement omis et le facteur d’actualisation est réduit à 1.

Hachimi Alaoui 35
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

— T est l’horizon temporel.


— p∗t est le prix optimal à la période t.
— pt−1 est le prix observé à la période t − 1.
— κ1 et κ2 sont des paramètres qui mesurent respectivement le coût de non-optimalité
et le coût d’ajustement (flexibilité) des prix.
Cette fonction de perte capture le compromis entre le coût de non-optimalité (l’écart par
rapport au prix optimal) et le coût d’ajustement intertemporel des prix. L’objectif est de
minimiser la somme de ces coûts dans le temps.
La solution optimale doit respecter les contraintes suivantes :

pt ≥ 0, ∀t ∈ [0, T ], (2.3.5)

Ce qui garantit que les prix restent positifs à chaque période.


L’optimisation de cette fonction de perte nécessite l’utilisation de méthodes de program-
mation dynamique ou de contrôle optimal pour déterminer les trajectoires de prix opti-
males {pt }Tt=0 .
La solution optimale peut être obtenue en résolvant les conditions du premier ordre et en
tenant compte de l’évolution des prix au fil du temps. En somme, il convient d’ajuster
les prix pour les rapprocher du niveau optimal. Cependant, il faut limiter l’ampleur et la
rapidité des ajustements (moins de flexibilité et plus de rigidité).
Ainsi, l’équilibre repose sur une gestion prudente des prix, où il s’agit d’ajuster tout en
évitant des ajustements excessifs ou trop rapides.
Pour minimiser la fonction de perte Ut− ), nous prenons la dérivée partielle par rapport à
pt et obtenons les conditions de premier ordre suivante :

dU −
= 2κ1 (pt − p∗t ) + 2κ2 (pt − pt−1 ) − 2κ2 (pat+1 − pt ) = 0 (2.3.6)
dpt
Où pat+1 le prix futur anticipé. Divisons par 2 pour simplifier :

κ1 (pt − p∗t ) + κ2 (pt − pt−1 ) − κ2 (pat+1 − pt ) = 0 (2.3.7)

Le taux d’inflation πt entre les périodes t − 1 et t est défini par :

Pt − Pt−1
πt = , (2.3.8)
Pt−1
où Pt est le niveau général des prix à la période t, et Pt−1 est le niveau général des prix
à la période t − 1. Nous pouvons réécrire 1 + πt comme suit :

Pt − Pt−1 Pt−1 + (Pt − Pt−1 ) Pt


1 + πt = 1 + = = . (2.3.9)
Pt−1 Pt−1 Pt−1
Cela montre que 1 + πt est équivalent au rapport des prix entre les périodes t et t − 1.
Nous savons que la différence logarithmique des prix entre t et t − 1 est donnée par :
!
Pt
log(Pt ) − log(Pt−1 ) = log . (2.3.10)
Pt−1

Hachimi Alaoui 36
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

Ainsi, la différence logarithmique entre les prix à deux périodes successives peut être
exprimée comme le logarithme du rapport des prix. Si nous prenons la différence loga-
rithmique de pt et pt−1 , nous obtenons :

pt − pt−1 = log (1 + πt ) . (2.3.11)

Cela montre que la différence logarithmique des prix entre deux périodes est équivalente
au logarithme de 1 + πt . Nous pouvons utiliser l’approximation suivante pour simplifier
l’expression : 12
log(1 + π) ≈ π. (2.3.13)
En remplaçant log(1 + π) par π, et par réitération pour la période t + 1 :

pt − pt−1 = πt , (2.3.14)
pat+1 − pt = πt+1
a
(2.3.15)

a
Avec πt+1 le taux d’inflation anticipée.
En substituant les taux d’inflation ainsi obtenus à leurs formules dans la condition de
premier ordre du programme d’optimisation de la fonction de perte :

κ1 (pt − p∗t ) + κ2 πt − κ2 πt+1


a
=0 (2.3.16)

En isolant le taux de l’inflation globale πt :


a κ1 ∗
πt = πt+1 + (p − pt ) (2.3.17)
κ2 t

Cette relation montre que le taux d’inflation réalisée πt dépend du taux de l’inflation
a
anticipée πt+1 et du gap entre le prix optimal et le prix observé. Si κ2 = 0, les prix
deviennent parfaitement flexibles, et seul le coût de non-optimalité (κ1 ) subsiste, impli-
quant un ajustement total et immédiat des prix. Une valeur plus élevée de κ2 indique une
rigidité nominale des prix, où le taux d’inflation dépend de moins en moins des conditions
d’optimalité.

2.3.2 Courbe de Phillips Nouvelle-Keynésienne


Le taux de l’inflation globale πt est formulé comme suit :
a κ1 ∗
πt = πt+1 + (p − pt )
κ2 t
Rappelons que :
p∗t = mµ + cmt .
12. Cette approximation est basée sur l’expansion en série de Taylor de la fonction logarithme autour
de x = 0, qui donne :
x2
log(1 + x) = x − + O(x3 ). (2.3.12)
2
x2
Lorsque x est petit, le terme quadratique 2 et les termes d’ordre supérieur deviennent négligeables.

Hachimi Alaoui 37
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

Où le mark-up constant défini par :


ε
 
mµ = log (2.3.18)
ε−1
Renvoie au mark-up désiré à l’état d’équilibre, où les prix sont parfaitement flexible.
Cela permet de réécrire la formule du taux d’inflation comme suit :
a κ1
πt = πt+1 + (mµ + cmt − pt ) (2.3.19)
κ2
En posant le mark-up moyen observé (mµt ) comme étant :

mµt = pt − cmt . (2.3.20)

Nous pouvons lier le taux d’inflation au gap entre le mark-up désiré et le mark-up observé :
a κ1
πt = πt+1 + (mµ − mµt ) (2.3.21)
κ2

Ce qui indique que l’inflation tend à accélérer lorsque le mark-up moyen réalisé est infé-
rieur au mark-up désiré, illustrant les effets des rigidités nominales.
Sachant que mµ ̸= mµt parce que et uniquement parce que pt ̸= p∗t :

mµ ̸= mµt ⇔ pt ̸= p∗t , (2.3.22)

Cela implique que la rigidité nominale est une condition nécessaire et suffisante de la dif-
férence entre le surprofit idéal (mµ),(sous flexibilité parfaite), et le surprofit effectivement
réalisé (mµt ) (sous flexibilité imparfaite).
Au delà de cette grille de lecture à travers l’état du mark-up, la formule du taux d’inflation
peut être revisitée en remplaçant les prix p∗t et pt par les fonctions de demandes inverses,
reliant le niveau de la demande agrégée au niveau général des prix.
Rappelons que : !ϵ
Pt
Yn,t = Yt · (2.3.23)
Pn,t
Ce qui revient à exprimer la fonction de demande inverse comme suit :
1/ϵ
Yn,t

Pt = Pn,t · (2.3.24)
Yt
Compte tenu de la transformation logarithmique de la formule ci-dessous, nous avons une
relation négative entre le prix pt et la demande yt (forme logarithmique de la demande
agrégée), exprimée comme suit :
pt = f (yt ), (2.3.25)
où f ′ (yt ) < 0, ce qui signifie que le prix est une fonction décroissante de la demande.
Dans une forme particulière, posant le niveau général des prix pt :

pt = x · y t (2.3.26)

Hachimi Alaoui 38
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

où x est un coefficient constant tel que x < 0. Par analogie, nous déduisons la formule
du nivea général des prix à l’optimum comme suit :

p∗t = x · yt∗ (2.3.27)

où yt∗ la forme logarithmique de la demande agrégée à l’équilibre, c’est à dire le niveau


potentiel de la demande agrégée à l’état d’équilibre, correspondant à un niveau général
des prix parfaitement flexibles (p∗t ). Il s’agit donc du niveau de la demande agrégée qui
s’aligne avec le niveau naturel de la production, où la production à d’équilibre en prix
flexibles.
Par voie de conséquence, l’inflation réalisée peut être redéfinie comme suit :
κ1
a
πt = πt+1 + · x · (yt − yt∗ ) (2.3.28)
κ2

L’écart de production entre la production réalisée yt et la production naturelle yt∗ est


qualifié de output gap. Ce dernier est défini comme suit :

Output gapt = yt − yt∗ , (2.3.29)

où :
— yt représente la production réalisée ou observée ;
— yt∗ est la production naturelle ou potentielle, correspondant au niveau de production
qui peut être atteint lorsque l’économie utilise ses ressources de manière optimale,
sans surchauffe ni sous-utilisation.
De ce fait, l’output gap reflète l’état du cycle économique :
— Un output gap positif (yt > yt∗ ) indique une phase d’expansion économique, ou
une surchauffe de l’économie, souvent associée à des pressions inflationnistes.
— Un output gap négatif (yt < yt∗ ) signale une phase de récession, ou de sous-
emploi, qui tend à ralentir l’inflation, voire à générer une déflation
— output gap clôturé (yt = yt∗ ) renvoie à un retour à l’équilibre via les forces de
marché et les politiques économiques conjoncturelles et contra-cycliques.
Le graphique suivant illustre les fluctuations cycliques de la production réalisée yt autour
de la production naturelle yt∗ , ainsi que l’output gap qui en résulte.

Production naturelle yt∗


Niveau de production (yt )

4 Production réalisée yt

Output Gap positif


2

−2 Output Gap négatif


0 1 2 3 4 5 6
Temps (t)

Hachimi Alaoui 39
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

C’est ainsi que nous obtenons la courbe de Phillips nouvelle-keynésienne (NKPC),


qui relie l’inflation à des variables macroéconomiques fondamentales, notamment les an-
ticipations d’inflation et l’output gap :
a κ1
πt = πt+1 + · x · output gapt (2.3.30)
κ2
où :
— πt est le taux d’inflation à la période t ;
a
— πt+1 représente l’inflation anticipée à la période t + 1 ;
κ1
— κ2 · x > 0 mesure la sensibilité de l’inflation à l’output gap ;

La courbe de Phillips nouvelle-keynésienne met en évidence le rôle des rigidités nomi-


nales dans la transmission des chocs de demande vers le taux d’inflation et constitue
donc un outil d’analyse des dynamiques macroéconomiques. La courbe, tracée dans la
figure ci-dessous, illustre la relation positive entre le taux d’inflation πt et l’état du cycle
économique output gapt :

Taux d’inflation (πt )


4
Courbe de Phillips
3

2 Output Gap positif

−2 −1 1 2 3 4
−1
Output Gap négatif

−2 Output Gap (yt − yt∗ )

La pente de la courbe de Phillips nouvelle-keynésienne est captée par le coefficient κκ12 · x.


À noter qu’en l’absence d’output gap (yt = yt∗ ), l’inflation est déterminée uniquement par
les anticipations inflationnistes.

2.3.3 Rôle des anticipations dans la dynamique inflationniste


La version nouvelle-keynésienne de la courbe de Phillips introduit explicitement le rôle
des anticipations rationnelles dans la détermination du taux d’inflation. En ce sens
que les anticipations d’inflation reflètent le comportement d’optimisation intertemporel
des agents économiques. Sachant que l’inflation anticipée varie en fonction de l’effet des
politiques monétaires et fiscales sur les comportements des agents.

— Anticipations inflationnistes haussières Si les agents économiques anticipent


une inflation plus élevée au futur, l’inflation observée πt augmente, même sans
variation immédiate de l’output gap (Output Gapt constant).

Hachimi Alaoui 40
CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

— Anticipations Inflationnistes Baissières À l’inverse, si les anticipations infla-


tionnistes sont révisées à la baisse, cela exerce une pression désinflationniste sur πt ,
même si l’output gap reste constant.

Le graphique suivant illustre ces deux scénarios :


a
- Courbe de Phillips avec anticipations haussières (πt+1 élevé).
a
- Courbe de Phillips avec anticipations modérées (πt+1 bas).

Taux d’inflation (πt )


4
Anticipations modérées
3 haussières
Anticipations
Anticipations ↑
2
Anticipations ↓
1

−2 −1 1 2 3 4
−1

−2 Output Gap (yt − yt∗ )

Ainsi, une anticipation plus élevée pousse la courbe de Phillips vers le haut, indiquant que
pour un même niveau d’output gap, l’inflation est plus élevée. Alors qu’une anticipation
modérée tire la courbe de Phillips vers le bas, réduisant les pressions inflationnistes.
a
De ce fait, le terme πt+1 agit comme un facteur amplificateur influençant l’inflation in-
dépendamment de l’output gap. C’est dire que les anticipations inflationnistes peuvent
amplifier ou atténuer l’impact de l’output gap, dépendamment de la perception des agents
économiques quant à la politique monétaire implémentée et à la crédibilité de la banque
centrale.
Le profil nouveau-keynésien de la courbe de Phillips, qui sert aujourd’hui de cadre ana-
lytique à la dynamique de l’offre agrégée, suppose que l’inflation observée dépend, entre
autres, mais en grande partie, de ses valeurs anticipées. En effet, cette dépendance se
manifeste directement via l’effet des anticipations sur le processus de formation des prix
par les entreprises et sur le comportement d’achat des ménages. Elle se manifeste égale-
ment de facon indirecte à travers la formation des taux d’intérêt, en l’occurrence les taux
débiteurs des crédits bancaires et les taux créditeurs des dépôts, qui, à leur tour, agissent
sur la capacité d’emprunt et d’épargne des ménages et des entreprises et agissent, in fine,
sur la demande agrégée et le niveau général des prix.
Dans ce contexte, décélérer l’inflation implique un alignement des anticipations aux réali-
sations. Toutefois, si cet alignement se maintient autour d’un taux d’inflation relativement
élevé, les pressions inflationnistes s’estomperont et l’économie devrait opérer à la limite de
ses capacités potentielles. Toutefois, ce nouvel équilibre serait associé à un taux d’inflation
durablement élevé.
C’est pourquoi l’ancrage des anticipations d’inflation passe donc par l’annonce d’un taux
d’inflation jugé optimal par la banque centrale. Ce taux servira de cible à moyen terme de

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CHAPITRE 2. L’OFFRE AGRÉGÉE : COURBE DE PHILLIPS NOUVELLE-KEYNÉSIENNE

la politique monétaire et constituera un engagement vis-à-vis des agents de l’économie,


susceptible d’influencer le processus de formation des anticipations.
Une cible d’inflation, sous forme d’une valeur numérique officiellement communiquée par
la banque centrale, est indispensable pour ancrer les anticipations d’inflation. Aussi simple
que cela puisse paraitre, la banque centrale devrait révéler l’implicite et publier des textes
qui soient porteurs de promesse. À cet égard, le «désancrage» est le terme jargonnant
servant à qualifier une situation où les anticipations d’inflation s’écartent de la cible
annoncée par la banque centrale.

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Bibliographie

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