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nt10 Ephesiens

L'Épître aux Éphésiens, écrite par Paul, traite des bénédictions spirituelles des croyants et de leur position en Christ, soulignant la grâce divine et l'unité de l'Église comme corps du Christ. Les chapitres 1 à 3 exposent le conseil divin et la plénitude des bénédictions, tandis que les chapitres 4 à 6 offrent des exhortations pratiques pour vivre selon cet appel élevé. L'épître met en avant la relation intime entre les croyants et Dieu, ainsi que l'importance de marcher en communion avec Lui.

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nt10 Ephesiens

L'Épître aux Éphésiens, écrite par Paul, traite des bénédictions spirituelles des croyants et de leur position en Christ, soulignant la grâce divine et l'unité de l'Église comme corps du Christ. Les chapitres 1 à 3 exposent le conseil divin et la plénitude des bénédictions, tandis que les chapitres 4 à 6 offrent des exhortations pratiques pour vivre selon cet appel élevé. L'épître met en avant la relation intime entre les croyants et Dieu, ainsi que l'importance de marcher en communion avec Lui.

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Épître aux ÉPHÉSIENS

Ecrite vers 64
Accès direct aux chapitres des Éphésiens :

1 2 3 4 5 6

Structure de l’épître :
Ch.1 à ch.3 : le merveilleux conseil divin ch. 4:1-16 les dons spirituels pour l'édification du corps de
ch. 1 la plénitude de bénédictions spirituelles du croyant, vu Christ
comme déjà assis dans les lieux célestes en Christ, et Christ ch. 4:17 à 5:21 : exhortations pratiques
tête du de son corps qui est l'assemblée ch.5:22-33 l'union de Christ et l'église comme modèle du ma-
ch. 2 le salut par la grâce et par la foi, s'adresse aux Juifs comme riage chrétien
aux non-Juifs ( = gentils ), qui sont constitués ensemble une ch. 6:1-9 exhortations aux enfants et à ceux qui ont des
maison de Dieu maîtres
ch. 3 Paul a reçu le ministère spécial de présenter l'église comme ch. 6: 10-24 le combat chrétien et l'armure complète que le chré-
corps de Christ tien doit revêtir
Ch.4 à ch.6 : Exhortation à une marche correspondant à un
appel aussi élevé
Ephésiens - table des matières, introduction & liens vers les commentaires

Introduction (J.N. Darby)


L’épître aux Éphésiens nous donne l’exposé le plus riche des béné- rend capables de jouir en simplicité des bénédictions de Dieu, comme
dictions des saints individuellement et de l’Assemblée, en faisant res- Dieu lui-même les dispense, comme elles sortent de son coeur dans
sortir en même temps les conseils de Dieu à l’égard de la gloire de toute leur propre excellence, pour en jouir en communion avec Celui
Christ. Christ lui-même est envisagé comme celui qui doit tenir toutes qui les accorde, et non d’une manière adaptée à l’état de ceux auxquels
choses réunies en un sous sa main, comme chef de l’Assemblée. On la elles sont données, ou par une communication qui ne révèle qu’une par-
voit placée dans la relation la plus intime avec Lui, comme ceux qui la tie de ces bénédictions, parce que l’âme n’est pas capable de recevoir
composent le sont avec le Père lui-même, et elle est vue dans la posi- davantage. Oui, lorsqu’on est près de Dieu on est dans la simplicité ; et
tion céleste qui lui a été départie par la souveraine grâce de Dieu. Or toute l’étendue de sa grâce et de nos bénédictions se déroule telle
ces voies de grâce envers elle révèlent Dieu lui-même sous deux carac- qu’elle se trouve en Lui.
tères distincts, aussi bien en rapport avec le Christ qu’en rapport avec (*) Le mot grec traduit par «fidèle» peut être aussi rendu par «croyant».
les chrétiens. Dieu est le Dieu et le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Il est employé ici et dans l’épître aux Colossiens pour désigner les chrétiens de
Il est le Dieu de Christ, lorsque Christ est envisagé comme homme ; il ces deux endroits. Il faut se souvenir que, quand il écrivait ces deux épîtres,
est le Père de Christ, lorsque Celui-ci est considéré comme le Fils de son l’apôtre était en prison et que le christianisme était établi déjà depuis plusieurs
amour. Sous le premier caractère, la nature de Dieu est révélée ; sous années, et était en butte à toutes sortes d’attaques.
le second est révélée la relation intime dont nous jouissons avec Celui Dire qu’on était croyant comme au commencement, c’était dire qu’on
qui porte ce caractère de Père, et cela selon l’excellence de la propre était fidèle. Cette expression donc ne dit pas seulement qu’on croyait, ni que
relation de Christ avec Lui. C’est dans cette relation avec le Père, ainsi chaque individu marchait fidèlement, mais que l’apôtre s’adressait à ceux qui,
que dans celle où nous sommes avec Christ comme son corps et son par grâce, gardaient fidèlement la foi qu’ils avaient reçue.
épouse, que se trouvent les sources de la bénédiction des saints et de Il est important, en passant, de remarquer ici deux choses.
l’Assemblée de Dieu, de laquelle la grâce nous a faits membres comme 1. Premièrement, la proximité morale à l’égard de Dieu et la commu-
formant un tout. nion avec Lui, sont le seul moyen de croître réellement dans la con-
La forme même de l’épître montre combien l’esprit de l’apôtre naissance de ses voies et des bénédictions dont il fait part à ses en-
était rempli du sentiment de la bénédiction qui appartient à l’Assem- fants, parce que c’est la seule position dans laquelle on peut les sai-
blée. Après avoir souhaité aux saints et fidèles (*) à Éphèse la grâce et sir, ou dans laquelle on en est moralement capable. Toute conduite
la paix de la part de Dieu, le Père des vrais chrétiens, et de la part de qui ne convient pas à cette proximité de Dieu, toute pensée légère
Jésus Christ leur Seigneur, il commence tout de suite à parler des béné- qui ne convient pas à sa présence, nous font perdre ces communica-
dictions auxquelles participent tous les membres de Christ. Son coeur tions de la part de Dieu et nous rendent incapables de les recevoir
est plein de l’immensité de la grâce : et il n’y avait rien dans l’état des (comp. Jean 16: 21-23).
chrétiens d’Éphèse qui exigeât des remarques particulières, adaptées à 2. Secondement, ce n’est pas que le Seigneur nous abandonne à cause
cet état. C’est la proximité de Dieu qui produit la simplicité, et qui nous de nos fautes ou de notre négligence ; il intercède pour nous, et
Ephésiens - table des matières, introduction & liens vers les commentaires

nous faisons l’expérience de sa grâce ; mais ce n’est plus la commu- Telle est notre condition normale. Tel était, au fond, le cas des Éphé-
nion, ni un progrès intelligent dans les richesses de la révélation de siens.
Lui-même et de la plénitude qui est en Christ. C’est la grâce adaptée Nous avons déjà remarqué que Dieu a spécialement doué Paul
à nos besoins, une réponse à notre misère ; Jésus étend sa main vers pour communiquer ses conseils et ses voies en Christ, de même qu’il a
nous selon le besoin que nous sentons, besoin produit dans nos doué Jean pour révéler son caractère et la vie telle qu’elle a été mani-
coeurs par l’opération du Saint Esprit. Que Jésus s’occupe ainsi de festée en Jésus. Le résultat du don particulier accordé à l’apôtre Paul se
nous, est une grâce infiniment précieuse, une douce expérience de voit naturellement dans l’épître que nous étudions. Toutefois nous y
sa fidélité et de son amour ; on apprend par ce moyen à discerner le trouvons, comme étant nous-mêmes en Christ, un développement re-
bien et le mal par le jugement de soi-même ; mais la grâce a dû
marquable de nos relations avec Dieu, de l’intimité de ces relations, et
s’adapter à nos besoins, et recevoir un caractère selon ces besoins de l’effet de cette intimité. Christ, est le fondement sur lequel toutes
auxquels elle répond. Dans ce cas, son effet est de nous faire penser nos bénédictions sont assises. C’est comme étant en Lui que nous en
à nous-mêmes. jouissons. Nous devenons ainsi l’objet présent et actuel de la faveur de
Le Saint Esprit nous occupe de nous-mêmes, en grâce sans doute ; Dieu le Père, comme Christ lui-même en est l’objet. Le Père nous a don-
mais quand on a perdu la communion avec Dieu, on ne peut pas négli- nés à Lui ; Christ est mort pour nous, nous a rachetés, lavés, vivifiés, et
ger ce retour sur soi-même sans se tromper et s’endurcir. Hélas! les nous présente, selon l’efficacité de son oeuvre et selon l’acceptation
rapports de bien des âmes avec Christ ne vont guère au delà de ce ca- de sa personne, devant Dieu son Père. Le secret de toute la bénédiction
ractère. Pour tous ce n’est que trop souvent le cas. En un mot, quand de l’Assemblée, c’est qu’elle est bénie avec Jésus lui-même et ainsi —
cela arrive, la pensée du péché ayant été admise dans le coeur, nos rap- de même que Lui, envisagé comme homme — elle est acceptée devant
ports avec le Seigneur, pour être vrais, doivent avoir lieu sur le pied de Dieu car l’Assemblée est son corps et jouit en Christ et par Lui de tout
ce triste fait que nous nous sommes laissés aller au péché, au moins ce que le Père Lui a conféré. Individuellement, le chrétien est aimé
dans nos pensées. C’est la grâce qui seule nous permet d’avoir encore comme Jésus a été aimé par le Père, ici-bas ; il aura part plus tard, à la
à faire avec Dieu. Le fait qu’il nous restaure, rehausse sa grâce à nos vue du monde, à la gloire de Christ, preuve qu’il était aimé ainsi en re-
yeux ; mais cela n’est pas la communion. Quand on marche avec Dieu, lation avec le Père, nom que Dieu prend à cet égard (voyez Jean 17: 23-
quand on marche selon l’Esprit sans le contrister, il nous maintient dans 26). C’est pourquoi en général dans cette épître, le croyant est vu en
la communion, dans la jouissance de Dieu, source positive de joie, Christ, et non Christ dans le croyant, bien que naturellement cela soit
d’une joie, éternelle. C’est une position dans laquelle Dieu peut nous vrai. On est ainsi conduit à considérer les privilèges du croyant et de
occuper — comme étant intéressés nous-mêmes à tout ce qui l’inté- l’Assemblée plus que la plénitude de Christ lui-même, et nous trouvons
resse — de tout le développement de ses conseils, de sa gloire et de sa davantage ici le contraste de cette nouvelle position avec celle où nous
bonté dans la personne de Jésus, le Christ, de Jésus, le Fils de son étions dans le monde, que le développement de la vie de Christ, sujet
amour. Le coeur s’élargit dans la mesure des objets qui l’occupent. plus largement traité dans l’épître aux Colossiens, qui considère davan-
tage Christ en nous. Mais l’épître aux Éphésiens, qui nous place en
Ephésiens - table des matières, introduction & liens vers les commentaires

Christ en relation avec Dieu le Père, et assis dans les lieux célestes, par l’un ou l’autre de ces deux bouts, si je peux m’exprimer ainsi : on
donne le caractère le plus élevé à notre témoignage ici-bas. peut partir de l’état du pécheur, en rapport avec la responsabilité de
l’homme, ou partir des pensées et des conseils éternels de Dieu en vue
Or Christ est dans une double relation avec Dieu son Père : il est
de sa propre gloire. C’est par ce dernier côté que l’Esprit nous fait ici
homme parfait devant son Dieu ; il est Fils avec son Père. Nous chré-
envisager la vérité. La rédemption même, toute glorieuse qu’elle est en
tiens, nous devons participer à l’une et l’autre de ces deux relations.
elle-même, est reléguée à la seconde place comme n’étant que le
Christ l’a annoncé à ses disciples avant de retourner au ciel. Il le montre
moyen par lequel nous jouissons de l’effet des conseils de Dieu.
pleinement en leur disant : «Je monte vers mon Père et votre Père, vers
mon Dieu et votre Dieu». Cette précieuse, cette inappréciable vérité, Il était nécessaire que les voies de Dieu fussent envisagées au point
fait ici la base de l’enseignement de l’apôtre. Il considère Dieu sous le de vue de ses propres pensées, et non seulement simplement au point
double point de vue de Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, et de Père de vue des moyens d’amener l’homme dans la jouissance et le résultat
de notre Seigneur Jésus Christ ; nos bénédictions se rapportent à ces de ces pensées. C’est l’épître aux Éphésiens qui nous les présente ainsi.
deux titres. Quant à celle aux Romains, après avoir dit que c’est la bonté de Dieu,
elle commence par la fin de l’homme ; démontrant le mal et présentant
Mais avant de tenter d’exposer en détail la pensée de l’apôtre, re-
la grâce pour y faire face et pour en délivrer.
marquons qu’il commence ici entièrement avec Dieu, ses pensées et
ses conseils, et non pas avec ce qu’est l’homme. On peut saisir la vérité

Commentaires :

Notes diverses J.N. Darby W. Kelly H. Rossier JM (notes-résumés réunions Paris)


Ephésiens

Ch.1 à ch.3 : le merveilleux conseil divin Chapitre 1 - 1 Paul, apôtre de Jésus Christ par la volonté de Dieu, aux saints JND WK HR JM
et fidèles dans le christ Jésus, qui sont à Éphèse : 2 Grâce et paix à vous, de la
ch. 1 : la plénitude de bénédictions spiri- WK v.1-2 / JM v.1-2 /
part de Dieu notre Père et du seigneur Jésus Christ !
tuelles du croyant, vu comme déjà assis
dans les lieux célestes en Christ, et Christ JND v.3 / WK v.3 / JND v.4 / WK v.4-5 / HR v.3 /
3 Béni soit le Dieu et Père de notre seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis
tête du de son corps qui est l'assemblée 1
JM v.3-14 / JM v.3 /
de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ ; [v.4-7 : les
Le chapitre 1 développe les conseils de Dieu à bénédictions et le moyen d’y participer] 4 selon qu’il nous a élus en lui avant la fon- WK v.4-5 / HR v.4 / JM v.4 /
l’égard des saints individuellement en rapport dation du monde, pour que nous fussions saints et irréprochables devant lui en
avec Christ ressuscité et assis dans les lieux cé-
lestes. Les saints sont élus en lui avant la fonda- amour, 5 nous ayant prédestinés pour nous adopter pour lui par Jésus Christ, 6 JND v.5-6 / WK v.6 / HR v.5-8 / JM v. 5 / JM v. 6-
tion du monde, prédestinés pour être adoptés selon le bon plaisir de sa volonté, à la louange de la gloire de sa grâce dans 7/
pour Dieu par Jésus Christ — le propos de Dieu
étant de réunir toutes choses en un en Lui laquelle il nous a rendus agréables dans2 le Bien-aimé ; 7 en qui nous avons la JND v.7 / WK v.7 /
comme héritier, l’Esprit Saint étant le sceau de rédemption par son sang, la rémission des fautes selon les richesses de sa grâce :
l’appel céleste de l’Église et les arrhes de l’héri- [v.8-10 : le propos arrêté de Dieu pour la gloire de Christ en qui nous possédons es bénédic-
tage.
La prière qui termine le chapitre présente l’ap- tions]8 laquelle il a fait abonder envers nous en toute sagesse et intelligence, 9 JND v.8-12 / WK v.8-10 / WK v.10-12 / HR v.9-
pel et l’héritage et la grandeur de la puissance nous ayant fait connaître le mystère de sa volonté selon son bon plaisir, 10 qu’il 10 / JM v. 8-14 /
de Dieu envers nous qui a opéré en Christ en le
s’est proposé en lui-même pour l’administration de la plénitude des temps, [sa-
ressuscitant d’entre les morts, le faisant asseoir
à Sa droite dans les lieux célestes et assujettis- voir] de réunir en un toutes choses dans le Christ3, les choses qui sont dans les
sant toutes choses sous ses pieds, l’Assemblée cieux et les choses qui sont sur la terre, [v.11-14 : l’héritage et l’Esprit Saint donné
étant son corps et sa plénitude.
comme sceau de nos personnes et arrhes de notre héritage] 11 en lui, en qui nous avons HR v.11-12 /
v.12 : « nous qui avons espéré à l’avance dans le aussi été faits héritiers, ayant été prédestinés selon le propos de celui qui opère
Christ » = les chrétiens juifs ( issus du résidu at-
toutes choses selon le conseil de sa volonté, 12 afin que nous soyons à la louange
tendant Christ )
de sa gloire, nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ : 13 en qui vous JND v.13-14 / WK v.13-14 /
v.6 : « la louange de la gloire de sa grâce » est aussi [vous avez espéré]4, ayant entendu la parole de la vérité, l’évangile de
déjà révélée v.14 : « la louange de sa gloire » est
avenir votre salut ; auquel aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la

1
litt.: en.
2
ou, selon d’autres : grâce dont il nous a gratifiés dans (nous plaçant en lui dans
une position de faveur).
3
c. à d. sous l’autorité de Christ.
4
ou : [vous êtes] ; ou bien : [vous avez été faits héritiers].
Ephésiens
promesse, 14 qui est les arrhes de notre héritage, pour1 la rédemption de la
possession acquise, à la louange de sa gloire.
JND v.15-23 / WK v.15-23 / WK v.15 / JM v. 15-
Deux prières, dans cette épître, répondent au 15 C’est pourquoi moi aussi, ayant ouï parler de la foi au seigneur Jésus qui 23 /
double titre de Dieu et Père de notre Seigneur est en2 vous, et de l’amour que [vous avez] pour tous les saints, 16 je ne cesse WK v.16-17 / HR v.17-18 / JM v. 17-18 /
Jésus. Eph.1 v.15-23 : « Dieu » où Christ est vu
comme homme. Eph.3 v.14-21 : « Père » où
de rendre grâces pour vous, faisant mention [de vous] dans mes prières, 17 afin
Christ est vu comme Fils. que le Dieu de notre seigneur Jésus Christ, le Père de gloire, vous donne [l’]esprit
v.17 : « dans sa connaissance » = « la pleine con- de sagesse et de révélation dans sa connaissance, 18 les yeux de votre cœur WK v.18-19a /
naissance de Lui » étant éclairés, pour que vous sachiez quelle est l’espérance de son appel, et
quelles sont les richesses de la gloire de son héritage dans les saints, 19 et quelle WK v.19b-20a / JM v. 19-20 /
est l’excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons, selon l’opé-
ration3 de la puissance de sa force, 20 qu’il a opérée dans le Christ, en le ressus-
citant d’entre les morts ; — (et il l’a fait asseoir à sa droite dans les lieux cé- WK v.20b-23 / JM v.20b-23 /
lestes, 21 au-dessus de toute principauté, et autorité, et puissance, et domina-
v.22 : Il n’est pas dit « sur l’Église », ce qui renver- tion, et de tout nom qui se nomme, non seulement dans ce siècle, mais aussi
serait le mystère, au lieu de l’enseigner (Ch.3). Il
sera chef sur Israël et sur les Gentils, mais il n’est dans celui qui est à venir ; 22 et il a assujetti toutes choses sous ses pieds, et l’a HR v.22-23 /
jamais dit qu’Il règne sur l’Église. L’Église est Son donné [pour être] chef4 sur toutes choses à l’assemblée, 23 qui est son corps,
corps. Les saints partageront toutes choses avec
Christ dans ce jour de gloire. (WK)
la plénitude de celui qui remplit tout en tous ;) …

ch. 2 : le salut par la grâce et par la foi, … Chapitre 2 - 1 — et vous, lorsque vous étiez morts dans vos fautes et dans JND WK HR JM
s'adresse aux Juifs comme aux non-Juifs vos péchés, 2 (dans lesquels vous avez marché autrefois, selon le train de ce
(=gentils), qui sont constitués ensemble JND v.1-10 / WK v.1-10 / JM v.1-7 / JM v.2-4 /
monde, selon le chef de l’autorité de l’air, de l’esprit qui opère maintenant dans
une maison de Dieu
les fils de la désobéissance ; 3 parmi lesquels, nous aussi, nous avons tous con-
Le chapitre 2 présente alors l’œuvre de Dieu en- versé autrefois dans les convoitises de notre chair, accomplissant les volontés5
vers les saints pour former l’Assemblée. Ceux
qui étaient morts sont vivifiés avec Christ et assis de la chair et des pensées ; et nous étions par nature des enfants de colère,
dans les lieux célestes. comme aussi les autres. 4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause de son
Les plans de Dieu se réalisent maintenant sur la
terre ; Juifs et Gentils sont introduits par la grâce
dans la nouvelle création et créés pour être un
seul homme nouveau ayant accès auprès du 1
Père par un seul Esprit, pour être un temple ou : jusqu’à ; — on peut lier pour la rédemption aussi bien à arrhes qu’à scellés.
2
saint dont Jésus Christ est la maîtresse pierre de litt.: chez.
3
coin et une habitation de Dieu par l’Esprit. non la chose faite, mais la force opérante ; voir 3:7.
4
tête.
5
les choses voulues.
Ephésiens
grand amour dont il nous a aimés,) 5 alors même que nous étions morts dans JM v.5-6 /
v.6 : « asseoir ensemble dans les lieux célestes» il nos fautes, nous a vivifiés ensemble avec le Christ (vous êtes sauvés par [la]
n’est pas ajouté à la doite de Dieu, car cela n’appar-
tient qu’à Christ ! « lieux célestes » les lieux aux-
grâce), 6 et nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans JM v.6-10 /
quels nous appartenons en contraste avec « la les lieux célestes dans le christ Jésus, 7 afin qu’il montrât dans les siècles à venir
terre » à laquelle appartient Israël ! les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans le christ
v.8 : « cela ne vient pas de vous ». On pourrait Jésus. 8 Car vous êtes sauvés par la grâce, par la foi1, et cela ne vient pas de
supposer que la foi vient de nous-mêmes — ce vous, 9 c’est le don de Dieu ; non pas sur le principe des œuvres, afin que per-
qui ne se peut de la grâce — c’est pourquoi l’Es-
prit Saint ajoute : «Et cela (non pas elle) ne vient
sonne ne se glorifie ; 10 car nous sommes son ouvrage, ayant été créés dans le
pas de vous, c’est le don de Dieu.» C’est-à-dire christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées à l’avance, afin que
que croire est un don de Dieu, et ne vient pas nous marchions en elles.
de nous.
11 C’est pourquoi souvenez-vous que vous, autrefois les nations dans la JND v.11-22 / WK v.11-22 / WK v.11-12 / JM
v.11-13 /
chair, qui étiez appelés incirconcision par ce qui est appelé la circoncision, faite
de main dans la chair, 12 vous étiez en ce temps-là sans Christ, sans droit de cité
en Israël et étrangers aux alliances de la promesse, n’ayant pas d’espérance, et
étant sans Dieu2 dans le monde. 13 Mais maintenant, dans le christ Jésus, vous WK v.13-14 / HR v.13-18 /
qui étiez autrefois loin, vous avez été approchés par le sang du Christ. 14 Car
JM v.14-17 /
c’est lui qui est notre paix, qui des deux en a fait un et a détruit le mur mitoyen
de clôture, 15 ayant aboli dans sa chair l’inimitié, la loi des commandements [qui WK v.15-16 /
consiste] en ordonnances, afin qu’il créât les deux en lui-même pour être un seul
v.15: « faisant la paix » : aussi bien entre Gentils homme nouveau, en faisant la paix ; 16 et qu’il les réconciliât tous les deux en
et Juifs, qu’avec Dieu !
un seul corps à Dieu par la croix, ayant tué par elle l’inimitié. 17 Et il est venu, et WK v.17-18 /
a annoncé la bonne nouvelle de la paix à vous qui étiez loin, et la [bonne nou-
velle de la] paix3 à ceux qui étaient près ; 18 car par lui nous avons, les uns et les JM v.18-22 /

autres4, accès auprès du Père par un seul Esprit. 19 Ainsi donc vous n’êtes plus WK v.19-22 /
étrangers ni forains, mais vous êtes concitoyens des saints et gens de la maison
de Dieu, 20 ayant été édifiés sur le fondement des apôtres et prophètes, Jésus

1
litt.: car par la grâce vous êtes sauvés par le moyen de la foi ; voir Romains 3:24.
2
ou : athées.
3
litt.: a évangélisé la paix…, et la paix.
4
litt.: tous les deux.
Ephésiens
Christ lui-même étant la maîtresse pierre du coin1, 21 en qui tout l’édifice, bien
ajusté ensemble, croît pour être un temple2 saint dans le Seigneur ; 22 en qui,
vous aussi, vous êtes édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par3
l’Esprit.

ch.3 : Paul a reçu le ministère spécial de Chapitre 3 - 1 C’est pour cela que moi, Paul, le prisonnier du christ Jésus JND WK HR JM
présenter l'église comme corps de Christ pour vous, les nations 2 — (si du moins vous avez entendu parler de l’adminis-
JND v.1-13 / WK v.1 / WK v.2 / JM v.1-8 /
Le chapitre 3 est une parenthèse qui développe
tration de la grâce de Dieu qui m’a été donnée envers vous : 3 comment, par
la vérité que le Saint Esprit demeure dans révélation, le mystère m’a été donné à connaître (ainsi que je l’ai déjà écrit en WK mystère / WK v.3-5 /
l’Église, dont le mystère est pleinement révélé peu de mots ; 4 d’après quoi, en le lisant, vous pouvez comprendre quelle est
après la mort, la résurrection et la glorification
de Christ. L’apôtre déploie les richesses inson- mon intelligence dans le mystère du Christ), 5 lequel, en d’autres générations,
dables du Christ et la sagesse si diverse de Dieu n’a pas été donné à connaître aux fils des hommes, comme il a été maintenant
manifestée par l’Assemblée devant les princi-
révélé à ses saints apôtres et prophètes par4 l’Esprit : 6 [savoir] que les nations WK v.6-11 /
pautés et autorités dans les lieux célestes.
Le chapitre se termine par la seconde prière. La seraient cohéritières et d’un même corps et coparticipantes de sa5 promesse
puissance de Dieu opère en nous, Christ est vu dans le christ Jésus, par l’évangile ; 7 duquel je suis devenu serviteur, selon le
dans les saints et l’Esprit Saint fortifie l’homme
intérieur. Nous pouvons être capables de con-
don de la grâce de Dieu qui m’a été donné6 selon l’opération de sa puissance. 8
naître l’amour de Christ et sommes remplis de À moi, qui suis moins que le moindre de tous les saints, cette grâce a été donnée
toute la plénitude de Dieu. d’annoncer7 parmi les nations les richesses insondables du Christ, 9 et de mettre JM v.9-13 /
Le début du chapitre 4 se relie alors directement
au début du chapitre 3. Paul était à Rome, le pri- en lumière devant tous quelle est l’administration du mystère caché8 dès les
sonnier du Christ Jésus pour les nations — pri- siècles en Dieu qui a créé toutes choses ; 10 afin que la sagesse si diverse de Dieu
sonnier dans le Seigneur.
soit maintenant donnée à connaître aux principautés et aux autorités dans les
v.9: « mystère caché » = les conseils de Dieu en
lieux célestes, par l’assemblée, 11 selon le propos des siècles9, lequel il a établi
Christ + la position de l’Église
Son « administration » = son accomplissement dans le christ Jésus notre Seigneur, 12 en qui nous avons hardiesse et accès en WK v.12-13 /
dans le temps !

1
ici, comme 1 Pierre 2:6.
2
la maison même.
3
ou : en.
4
ou : en.
5
plusieurs lisent : la.
6
quelques-uns lisent : grâce… qui m’a été donnée.
7
évangéliser (annoncer la bonne nouvelle).
8
non pas caché maintenant, mais caché dans les âges passés.
9
ou : propos éternel.
Deux prières, dans cette épître, répondent au v.13: ses afflictions rendaient témoignage à la position glorieuse que Dieu leur avait accordée,
double titre de Dieu et Père de notre Seigneur et qui avait suscité la jalousie et la haine des Juifs. Ephésiens
Jésus. Eph.1 v.15-23 : « Dieu » où Christ est vu
comme homme. Eph.3 v.14-21 : « Père » où confiance, par la foi en lui. 13 C’est pourquoi je [vous] prie de ne pas perdre
Christ est vu comme Fils. courage à cause de mes afflictions pour vous, ce qui est votre gloire. 14 — C’est JND v.14-21 / WK v.14-16 / HR v.14-21 / JM
v.15 : « toute famille » = l’Assemblée, les anges, pour cela que je fléchis mes genoux devant le Père [de notre seigneur Jésus v.14-21 /
les Juifs, les gentils. Tous se rangent sous le nom Christ], 15 duquel est nommée toute famille1 dans les cieux et sur la terre ; 16
de Père de notre Seigneur Jésus Christ.
afin que, selon les richesses de sa gloire, il vous donne d’être fortifiés en2 puis-
v.18 : « largeur, longueur, profondeur & hau- sance par son Esprit, quant à l’homme intérieur ; 17 de sorte que le Christ habite, WK v.17-19 /
teur » ne se rapporte pas à l’amour de Christ par la foi, dans vos cœurs, 18 [et que vous soyez] enracinés et fondés dans
(qui vient s’y ajouter par le « et ») mais au
« mystère » des v.3, 4 & 9 (WK) l’amour ; afin que vous soyez capables de comprendre avec tous les saints quelle
est la largeur et la longueur, et la profondeur et la hauteur, 19 — et de connaître
l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance ; afin que vous soyez remplis WK v.20-21 /
Ch.4 à ch.6 : Exhortation à une marche cor- jusqu’à toute la plénitude de Dieu. 20 Or, à celui qui peut faire infiniment plus
respondant à un appel aussi élevé que tout ce que nous demandons ou pensons, selon la puissance qui opère en
nous, 21 à lui gloire dans l’assemblée dans le christ Jésus, pour toutes les géné- JND WK HR JM
ch. 4:1-16 : les dons spirituels pour l'édi-
rations du siècle des siècles ! Amen).3 Chapitre 4 - 1 Je vous exhorte donc, moi, JND v.1-6 / WK v.1-16 / WK v.1-6 / HR v.1-6 / JM
fication du corps de Christ
le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de l’appel dont4 v.1-2 /
vous avez été appelés, 2 avec toute humilité et douceur, avec longanimité, vous
v.2-16: Exhortations en rapport avec le Corps de
Christ supportant l’un l’autre dans l’amour ; 3 vous appliquant à garder l’unité de l’Es- JM v.3 /
prit par5 le lien de la paix. 4 [Il y a] un seul corps et un seul Esprit6, comme aussi JM v.4-6 /
vous avez été appelés pour une seule espérance de votre appel. 5 [Il y a] un seul
v.4-6 : voir les 3 cercles (JM) Seigneur, une seule foi, un seul baptême. 6 [Il y a] un seul Dieu et Père de tous,
v.4: « un seul baptême » c’est celui du Saint Es-
prit en relation avec le Corps ! En relation avec qui est au-dessus de tout7, et partout8, et en nous tous. 7 Mais à chacun de nous JND v.7-14 / WK v.7-10 / HR v.7-14 / JM v.7-10
« Seigneur » de la profession (la maison), c’est le la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ. 8 C’est pourquoi il dit : /
baptême chrétien !
«Étant monté en haut, il a emmené captive la captivité, et a donné des dons aux

Les exhortations du chapitre 4 se lient à ces deux


caractères de l’appel de Dieu (collectif & indivi-
1
duel) : famille, dans le grec, se rattache par dérivation à Père.
• versets 1-16 : collectivement, l’Esprit Saint étant 2
en, et par.
3
dans le corps, Christ donnant des dons pour son tout le chapitre 3 est une parenthèse, depuis le verset 2.
édification, 4
ou : selon lequel.
• versets 17-24 : marche individuelle des saints, 5
ou : dans.
6
• versets 25-32 : marche collective des saints. ou aussi : Le corps est un, et l’Esprit un, et ainsi de suite.
7
Voir JM aux commentaires v.17-19 ou : sur tous
8
le «tout» peut s’appliquer à des personnes : parmi tous.
Ephésiens
hommes»1. 9 Or, qu’il soit monté, qu’est-ce, sinon qu’il est aussi descendu dans
les parties inférieures de la terre ? 10 Celui qui est descendu est le même que
celui qui est aussi monté au-dessus de tous les cieux, afin qu’il remplît toutes
Remarque sur les dons (JND) choses ; 11 et lui, a donné les uns [comme] apôtres, les autres [comme] pro- WK v.11 / JM v.11-16 / JM v.11 /
phètes, les autres [comme] évangélistes, les autres [comme] pasteurs et doc-
WK – les dons WK v.12 / JM v.12-13 /
Apôtre & prophète teurs2 ; 12 en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du service,
Evangélist, pasteur & docteur pour l’édification du corps de Christ ; 13 jusqu’à ce que nous parvenions tous à WK v.13-14 /
l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait3, à la
mesure de la stature de la plénitude du Christ : 14 afin que nous ne soyons plus JM v.14 /
de petits enfants, ballottés et emportés çà et là par tout vent de doctrine dans
la tromperie des hommes, dans leur habileté à user de voies détournées pour
égarer ; 15 mais que, étant vrais dans l’amour, nous croissions en toutes choses JND v.15-16 / WK v.15-16 / HR v.15-16 / JM
jusqu’à lui qui est le chef4, le Christ ; 16 duquel5 tout le corps, bien ajusté et lié v.15-16 /

ensemble par chaque jointure du fournissement, produit, selon l’opération de


chaque partie dans sa mesure, l’accroissement du corps pour l’édification de lui-
même en amour.

ch. 4:17 à 5:21 : exhortations pratiques 17 Voici donc ce que je dis et témoigne dans le Seigneur, c’est que vous ne JND v.17-32-Ch5 v.2 / WK v.17-ch.5 v.21 / WK
marchiez plus comme le reste des nations marche, dans la vanité de leurs pen- v.17-19 / HR v.17-ch.5 v.21 / HR v.17-32 / JM
v.17-24: Exhortations en rapport avec la marche in- v.17-19 /
dividuelle sées, 18 ayant leur entendement obscurci, étant étrangers à la vie de Dieu à
cause de l’ignorance qui est en eux, à cause de l’endurcissement6 de leur cœur ;
Les exhortations pratiques commençant au ver-
set 17 sont données à des croyants qui sont sur
19 et qui, ayant perdu tout sentiment moral, se sont livrés à la débauche, pour
la terre et qui ont la chair en eux-mêmes ; elles pratiquer avidement7 toute impureté.
présentent un contraste entre :
• versets 17-19 : la marche des Gentils, païens
dégradés, figure de l’homme naturel dans ses
péchés et
• versets 20-24 : les vrais caractères du chré-
1
tien qui appartient à une nouvelle création. [Psaume 68:18]
2
Voir JM aux commentaires v.17-19 docteur, celui qui enseigne.
3
litt.: à l’homme fait.
4
tête.
5
= à partir duquel.
6
ou : aveuglement.
7
litt.: avec cupidité.
Ephésiens

20 Mais vous n’avez pas ainsi appris le Christ, 21 si du moins vous l’avez WK v.20-24 / JM v.20-24 /
v.21: « la verité es ten Jésus » : La valeur de la vé-
rité telle qu’elle est en Jésus (WK) entendu et avez été instruits en lui selon que la vérité est en Jésus : 22 [c’est-à-
dire], en ce qui concerne votre première manière de vivre1, d’avoir dépouillé le
vieil homme qui se corrompt selon les convoitises trompeuses2, 23 et d’être re-
nouvelés dans l’esprit de votre entendement, 24 et d’avoir revêtu le nouvel
v.24: Différence entre sainteté et vérité (WK) homme, créé selon Dieu, en justice et sainteté de la vérité.
WK v.25 /
v.25-32 Exhortations en rapport avec la marche 25 C’est pourquoi, ayant dépouillé le mensonge, parlez la vérité chacun à
collective son prochain ; car nous sommes membres les uns des autres. 26 Mettez-vous en WK v.26-27 /
colère et ne péchez pas : que le soleil ne se couche pas sur votre irritation ; 27 et
v.28: Ce qui est traduit par « dérober » a un sens ne donnez pas occasion au diable. 28 Que celui qui dérobait ne dérobe plus, WK v.28 /
plus large que « voler » : il englobe toutes les mais plutôt qu’il travaille en faisant de ses propres mains ce qui est bon, afin qu’il
nuances de ce type de malhonnêteté !
ait de quoi donner à celui qui est dans le besoin. 29 Qu’aucune parole déshon- WK v.29 /
nête ne sorte de votre bouche, mais celle-là qui est bonne, [propre] à l’édifica-
tion selon le besoin, afin qu’elle communique la grâce à ceux qui l’entendent. 30 WK v.30 /
v.30: « le jour de la rédemption » : rédemption de Et n’attristez pas le Saint Esprit de Dieu, par lequel vous avez été scellés pour le
notre corps !
jour de la rédemption. 31 Que toute amertume, et tout courroux, et toute co- WK v.31-32 / JM v.31-32 /
lère, et toute crierie, et toute injure, soient ôtés du milieu de vous, de même que
toute malice ; 32 mais soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous
pardonnant les uns aux autres comme Dieu aussi, en Christ, vous a pardonné3.
Chapitre 5 - 1 — Soyez donc imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants, JND WK HR JM
2 et marchez dans l’amour, comme aussi le Christ nous a aimés et s’est livré lui-
WK v.1-2 / HR v.1-2 / JM v.1-2 /
même pour nous, comme offrande et sacrifice à Dieu, en parfum de bonne
odeur.

1
= votre conduite précédente.
2
litt.: de déception.
3
ou : usant de grâce les uns envers les autres comme Dieu aussi, en Christ, a usé
de grâce envers vous.
Ephésiens

3 Mais que ni la fornication, ni aucune impureté ou cupidité1, ne soient JND v.6-7


WK v.3-21/ / WK v.3-5 / HR v.3-21 /
même nommées parmi vous, comme il convient à des saints ; 4 ni aucune chose
honteuse, ni parole folle ou plaisanterie, lesquelles ne sont pas bienséantes, WK v.8-10 /
mais plutôt des actions de grâces. 5 Cela en effet vous le savez, connaissant
qu’aucun fornicateur, ou impur, ou cupide (qui est un idolâtre), n’a d’héritage
dans le royaume du Christ et de Dieu2. 6 Que personne ne vous séduise par de
vaines paroles ; car, à cause de ces choses, la colère de Dieu vient sur les fils de WK v.11-13 /
la désobéissance. 7 N’ayez donc pas de participation avec eux ; 8 car vous étiez
autrefois ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur ; mar-
chez comme des enfants de lumière 9 (car le fruit de la lumière [consiste] en WK v.14-17 /

toute bonté, et justice, et vérité), 10 éprouvant ce qui est agréable au Seigneur.


11 Et n’ayez rien de commun avec les œuvres infructueuses des ténèbres, mais
plutôt reprenez-les aussi ; 12 car les choses qu’ils font en secret, il est honteux
même de les dire. 13 Mais toutes choses, étant reprises par la lumière, sont ma-
nifestées ; car ce qui manifeste tout, c’est la lumière ; 14 c’est pourquoi il dit : WK v.18-21 /

«Réveille-toi, toi qui dors, et relève-toi d’entre les morts, et le Christ luira sur
toi»3. 15 Prenez donc garde à marcher4 soigneusement, non pas comme étant
dépourvus de sagesse, 16 mais comme étant sages ; saisissant5 l’occasion, parce
que les jours sont mauvais. 17 C’est pourquoi ne soyez pas sans intelligence, mais
comprenez quelle est la volonté du Seigneur. 18 Et ne vous enivrez pas de vin, JM v.18-21 /
en quoi il y a de la dissolution6 ; mais soyez remplis de l’Esprit7, 19 vous entrete-
nant par des psaumes et des hymnes et des cantiques spirituels, chantant et
psalmodiant de votre cœur8 au Seigneur ; 20 rendant toujours grâces pour

1
avidité de posséder quoi que ce soit.
2
ou : de celui qui est Christ et Dieu.
3
[Ésaïe 60:1]
4
litt.: comment vous marchez.
5
litt.: achetant.
6
débauche, dérèglement moral.
7
litt.: remplis en Esprit.
8
litt.: dans votre cœur.
Ephésiens
toutes choses, au nom de notre seigneur Jésus Christ, à Dieu le Père1 ; 21 étant
soumis les uns aux autres dans la crainte de Christ.

ch.5:22-33 : l'union de Christ et l'église 22 Femmes, soyez soumises à vos propres maris comme au Seigneur ; 23 JND v.22-33 / WK v.22-33 / HR v.22-33 / JM v.22-
comme modèle du mariage chrétien ch.6 v.9 / JM v.22-33 /
parce que le mari 2 est le chef 3 de la femme, comme aussi le Christ est le chef 4
de l’assemblée, lui, le sauveur du corps. 24 Mais comme l’assemblée est soumise
au Christ, ainsi que les femmes le soient aussi à leurs maris en toutes choses. 25
(WK) 3 fruits de l’amour de Christ:
Maris, aimez vos propres femmes, comme aussi le Christ a aimé l’assemblée et WK v.25b-27 / WK v.25b /
1. [v.25b] s’est livré lui-même (fait passé) s’est livré lui-même pour elle, 26 afin qu’il la sanctifiât, en la purifiant par le la-
WK v.26 / WK v. 27 /
2. [v.26] sanctifie et purifie (fait présent) vage d’eau par [la] parole ; 27 afin que lui se présentât l’assemblée à lui-même,
3. [v.27] il se la présentera (fait futur)
glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais afin qu’elle fût
sainte et irréprochable. 28 De même aussi, les maris doivent aimer leurs propres WK v. 28-33 /
femmes comme leurs propres corps ; celui qui aime sa propre femme s’aime lui-
même. 29 Car personne n’a jamais haï sa propre chair, mais il la nourrit et la
chérit, comme aussi le Christ l’assemblée : 30 car nous sommes membres de son
corps, — de sa chair et de ses os. 31 «C’est pour cela que l’homme laissera son WK v.31-33 /
père et sa mère et sera joint à sa femme ; et les deux seront5 une seule chair»6.
32 Ce mystère est grand ; mais moi je parle relativement à Christ et à l’assem-
blée. 33 Toutefois, que chacun de vous aussi en particulier aime sa propre
femme comme lui-même ; et quant à la femme, qu’elle craigne son mari.

ch. 6:1-9 : exhortations aux enfants et à Chapitre 6 - 1 Enfants, obéissez à vos parents dans le Seigneur, car cela est JND WK HR JM
ceux qui ont des maîtres juste. 2 «Honore ton père et ta mère», (c’est le premier commandement avec
JND v.1-9 / WK v.1-9 / WK v.1-4 /
promesse,) 3 «afin que tu prospères et que tu vives longtemps sur la terre»7. 4

1
ou : à celui qui est Dieu et Père.
2
ou : l’homme en contraste avec la femme.
3
a tête.
4
a tête.
5
litt.: seront pour.
6
[Genèse 2:24]
7
[Exode 20:12 ; Deutéronome 5:16]
Ephésiens
Et vous, pères, ne provoquez pas vos enfants, mais élevez-les dans la discipline
et sous les avertissements du Seigneur.

5 Esclaves, obéissez à vos maîtres selon la chair avec crainte et tremble- WK v.5-9 /
ment, en simplicité de cœur1, comme à Christ, 6 ne servant pas sous leurs yeux
seulement, comme voulant plaire aux hommes, mais comme esclaves de Christ,
faisant de cœur la volonté de Dieu, 7 servant joyeusement, comme asservis au
Seigneur et non pas aux hommes, 8 sachant que chacun, soit esclave, soit
homme libre, quelque bien qu’il fasse, le recevra du Seigneur. 9 Et vous, maîtres,
faites-en de même envers eux, renonçant aux menaces, sachant que et leur
maître et le vôtre est dans les cieux, et qu’il n’y a pas d’acception de personnes
auprès de lui.

ch. 6: 10-24 : le combat chrétien et l'ar- 10 Au reste, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans la puissance JND v.10-20 / WK v.10-20 / JM v.10-12 /
mure complète que le chrétien doit revê- de sa force ; 11 revêtez-vous de l’armure complète de Dieu, afin que vous puis-
tir
siez tenir ferme contre les artifices du diable : 12 car notre lutte n’est pas contre
L’ARMURE (comp. Rom. 13 v. 12). le sang et la chair, mais contre les principautés, contre les autorités, contre les
(1) La vérité pour ceinture: la force que donne la dominateurs de ces ténèbres, contre la [puissance] spirituelle de méchanceté
soumission à la Parole; par elle Jésus a triomphé
au désert. qui est2 dans les lieux célestes. 13 C’est pourquoi prenez l’armure complète de JM v.13-18 /
(2) La justice comme cuirasse: une conduite ir- Dieu, afin que, au mauvais jour, vous puissiez résister, et, après avoir tout sur-
réprochable, sans failles devant les hommes.
monté3, tenir ferme. 14 Tenez donc ferme, ayant ceint vos reins de [la] vérité, Ceinture de la vérité : JND / WK /
(3) L'évangile de paix pour chaussure: une Cuirasse de la justice : JND / WK /
marche active dans la paix préparant les et ayant revêtu la cuirasse de la justice, 15 et ayant chaussé vos pieds de la pré- Chaussures … : JND / WK /
hommes à recevoir la vérité. paration de l’évangile de paix ; 16 par-dessus tout, prenant le bouclier de la foi Bouclier de la foi : JND / WK /
(4) La foi pour bouclier: une confiance totale en Casque du salut : JND / WK /
ce que Dieu est. par lequel vous pourrez éteindre tous les dards enflammés4 du méchant. 17 Pre-
Epée de l’Esprit : JND / WK /
(5) Le salut pour casque: la même confiance en nez aussi le casque du salut5, et l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu ; 18 La prière : JND / WK /
ce que Dieu a fait. Ainsi revêtus et protégés,
(6) l'épée de l'Esprit et
(7) la prière nous permettront de contre-atta-
quer victorieusement.
1
litt.: de votre cœur.
2
ou : les [puissances] spirituelles de méchanceté qui sont.
3
ou : accompli, mené à bonne fin.
4
ou : brûlants.
5
plutôt ce qui sauve que le salut en lui-même ; comparer Luc 2:30 ; 3:6 ; Actes
28:28.
Ephésiens
priant par toutes sortes de prières et de supplications1, en tout temps, par l’Es-
prit, et veillant à cela avec toute persévérance et des supplications2 pour tous
les saints, et pour moi, 19 afin qu’il me soit donné de parler à bouche ouverte JM v.19-20 /
pour donner à connaître avec hardiesse le mystère de l’évangile, 20 pour lequel
je suis un ambassadeur lié de chaînes, afin que j’use de hardiesse en lui, comme
je dois parler.

21 Mais afin que vous aussi vous sachiez ce qui me concerne, comment je JND v.21-24 / WK v.21-24 / JM v.21-24 /
me trouve, Tychique, le bien-aimé frère et fidèle serviteur dans le Seigneur3,
vous fera tout savoir : 22 je l’ai envoyé vers vous tout exprès, afin que vous con-
naissiez l’état de nos affaires, et qu’il console vos cœurs.

23 Paix aux frères, et amour, avec la foi, de la part de Dieu le Père et du


seigneur Jésus Christ ! 24 Que la grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Sei-
gneur Jésus Christ en pureté4 !

1
litt.: toute prière et supplication.
2
litt.: toute persévérance et supplication.
3
qui servait Paul, comme servant le Seigneur.
4
proprement : en incorruption.
Ephésiens – Notes diverses

Notes diverses
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

Commentaires de J.N. Darby

1 2 3 4 5 6

Introduction l’Assemblée. Après avoir souhaité aux saints et fidèles (*) à Éphèse la
grâce et la paix de la part de Dieu, le Père des vrais chrétiens, et de la
L’épître aux Éphésiens nous donne l’exposé le plus riche des béné-
part de Jésus Christ leur Seigneur, il commence tout de suite à parler
dictions des saints individuellement et de l’Assemblée, en faisant res-
des bénédictions auxquelles participent tous les membres de Christ. Son
sortir en même temps les conseils de Dieu à l’égard de la gloire de
coeur est plein de l’immensité de la grâce : et il n’y avait rien dans l’état
Christ. Christ lui-même est envisagé comme celui qui doit tenir toutes
des chrétiens d’Éphèse qui exigeât des remarques particulières, adap-
choses réunies en un sous sa main, comme chef de l’Assemblée. On la
tées à cet état. C’est la proximité de Dieu qui produit la simplicité, et
voit placée dans la relation la plus intime avec Lui, comme ceux qui la
qui nous rend capables de jouir en simplicité des bénédictions de Dieu,
composent le sont avec le Père lui-même, et elle est vue dans la posi-
comme Dieu lui-même les dispense, comme elles sortent de son coeur
tion céleste qui lui a été départie par la souveraine grâce de Dieu. Or
dans toute leur propre excellence, pour en jouir en communion avec
ces voies de grâce envers elle révèlent Dieu lui-même sous deux carac-
Celui qui les accorde, et non d’une manière adaptée à l’état de ceux
tères distincts, aussi bien en rapport avec le Christ qu’en rapport avec
auxquels elles sont données, ou par une communication qui ne révèle
les chrétiens. Dieu est le Dieu et le Père de notre Seigneur Jésus Christ.
qu’une partie de ces bénédictions, parce que l’âme n’est pas capable de
Il est le Dieu de Christ, lorsque Christ est envisagé comme homme ; il
recevoir davantage. Oui, lorsqu’on est près de Dieu on est dans la sim-
est le Père de Christ, lorsque Celui-ci est considéré comme le Fils de son
plicité ; et toute l’étendue de sa grâce et de nos bénédictions se déroule
amour. Sous le premier caractère, la nature de Dieu est révélée ; sous
telle qu’elle se trouve en Lui.
le second est révélée la relation intime dont nous jouissons avec Celui
qui porte ce caractère de Père, et cela selon l’excellence de la propre (*) Le mot grec traduit par «fidèle» peut être aussi rendu par «croyant».
relation de Christ avec Lui. C’est dans cette relation avec le Père, ainsi Il est employé ici et dans l’épître aux Colossiens pour désigner les chrétiens de
que dans celle où nous sommes avec Christ comme son corps et son ces deux endroits. Il faut se souvenir que, quand il écrivait ces deux épîtres,
épouse, que se trouvent les sources de la bénédiction des saints et de l’apôtre était en prison et que le christianisme était établi déjà depuis plusieurs
années, et était en butte à toutes sortes d’attaques.
l’Assemblée de Dieu, de laquelle la grâce nous a faits membres comme
formant un tout. Dire qu’on était croyant comme au commencement, c’était dire qu’on
était fidèle. Cette expression donc ne dit pas seulement qu’on croyait, ni que
La forme même de l’épître montre combien l’esprit de l’apôtre
était rempli du sentiment de la bénédiction qui appartient à
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

chaque individu marchait fidèlement, mais que l’apôtre s’adressait à ceux qui, cela arrive, la pensée du péché ayant été admise dans le coeur, nos rap-
par grâce, gardaient fidèlement la foi qu’ils avaient reçue. ports avec le Seigneur, pour être vrais, doivent avoir lieu sur le pied de
Il est important, en passant, de remarquer ici deux choses. ce triste fait que nous nous sommes laissés aller au péché, au moins
3. Premièrement, la proximité morale à l’égard de Dieu et la commu- dans nos pensées. C’est la grâce qui seule nous permet d’avoir encore
nion avec Lui, sont le seul moyen de croître réellement dans la con- à faire avec Dieu. Le fait qu’il nous restaure, rehausse sa grâce à nos
naissance de ses voies et des bénédictions dont il fait part à ses en- yeux ; mais cela n’est pas la communion. Quand on marche avec Dieu,
fants, parce que c’est la seule position dans laquelle on peut les sai- quand on marche selon l’Esprit sans le contrister, il nous maintient dans
sir, ou dans laquelle on en est moralement capable. Toute conduite la communion, dans la jouissance de Dieu, source positive de joie,
qui ne convient pas à cette proximité de Dieu, toute pensée légère d’une joie, éternelle. C’est une position dans laquelle Dieu peut nous
qui ne convient pas à sa présence, nous font perdre ces communica- occuper — comme étant intéressés nous-mêmes à tout ce qui l’inté-
tions de la part de Dieu et nous rendent incapables de les recevoir resse — de tout le développement de ses conseils, de sa gloire et de sa
(comp. Jean 16: 21-23). bonté dans la personne de Jésus, le Christ, de Jésus, le Fils de son
4. Secondement, ce n’est pas que le Seigneur nous abandonne à cause amour. Le coeur s’élargit dans la mesure des objets qui l’occupent.
de nos fautes ou de notre négligence ; il intercède pour nous, et Telle est notre condition normale. Tel était, au fond, le cas des Éphé-
nous faisons l’expérience de sa grâce ; mais ce n’est plus la commu- siens.
nion, ni un progrès intelligent dans les richesses de la révélation de Nous avons déjà remarqué que Dieu a spécialement doué Paul
Lui-même et de la plénitude qui est en Christ. C’est la grâce adaptée pour communiquer ses conseils et ses voies en Christ, de même qu’il a
à nos besoins, une réponse à notre misère ; Jésus étend sa main vers doué Jean pour révéler son caractère et la vie telle qu’elle a été mani-
nous selon le besoin que nous sentons, besoin produit dans nos festée en Jésus. Le résultat du don particulier accordé à l’apôtre Paul se
coeurs par l’opération du Saint Esprit. Que Jésus s’occupe ainsi de voit naturellement dans l’épître que nous étudions. Toutefois nous y
nous, est une grâce infiniment précieuse, une douce expérience de trouvons, comme étant nous-mêmes en Christ, un développement re-
sa fidélité et de son amour ; on apprend par ce moyen à discerner le marquable de nos relations avec Dieu, de l’intimité de ces relations, et
bien et le mal par le jugement de soi-même ; mais la grâce a dû de l’effet de cette intimité. Christ, est le fondement sur lequel toutes
s’adapter à nos besoins, et recevoir un caractère selon ces besoins nos bénédictions sont assises. C’est comme étant en Lui que nous en
auxquels elle répond. Dans ce cas, son effet est de nous faire penser jouissons. Nous devenons ainsi l’objet présent et actuel de la faveur de
à nous-mêmes. Dieu le Père, comme Christ lui-même en est l’objet. Le Père nous a don-
Le Saint Esprit nous occupe de nous-mêmes, en grâce sans doute ; nés à Lui ; Christ est mort pour nous, nous a rachetés, lavés, vivifiés, et
mais quand on a perdu la communion avec Dieu, on ne peut pas négli- nous présente, selon l’efficacité de son oeuvre et selon l’acceptation
ger ce retour sur soi-même sans se tromper et s’endurcir. Hélas! les de sa personne, devant Dieu son Père. Le secret de toute la bénédiction
rapports de bien des âmes avec Christ ne vont guère au delà de ce ca- de l’Assemblée, c’est qu’elle est bénie avec Jésus lui-même et ainsi —
ractère. Pour tous ce n’est que trop souvent le cas. En un mot, quand de même que Lui, envisagé comme homme — elle est acceptée devant
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

Dieu car l’Assemblée est son corps et jouit en Christ et par Lui de tout de sa propre gloire. C’est par ce dernier côté que l’Esprit nous fait ici
ce que le Père Lui a conféré. Individuellement, le chrétien est aimé envisager la vérité. La rédemption même, toute glorieuse qu’elle est en
comme Jésus a été aimé par le Père, ici-bas ; il aura part plus tard, à la elle-même, est reléguée à la seconde place comme n’étant que le
vue du monde, à la gloire de Christ, preuve qu’il était aimé ainsi en re- moyen par lequel nous jouissons de l’effet des conseils de Dieu.
lation avec le Père, nom que Dieu prend à cet égard (voyez Jean 17: 23- Il était nécessaire que les voies de Dieu fussent envisagées au point
26). C’est pourquoi en général dans cette épître, le croyant est vu en de vue de ses propres pensées, et non seulement simplement au point
Christ, et non Christ dans le croyant, bien que naturellement cela soit de vue des moyens d’amener l’homme dans la jouissance et le résultat
vrai. On est ainsi conduit à considérer les privilèges du croyant et de de ces pensées. C’est l’épître aux Éphésiens qui nous les présente ainsi.
l’Assemblée plus que la plénitude de Christ lui-même, et nous trouvons
Quant à celle aux Romains, après avoir dit que c’est la bonté de Dieu,
davantage ici le contraste de cette nouvelle position avec celle où nous elle commence par la fin de l’homme ; démontrant le mal et présentant
étions dans le monde, que le développement de la vie de Christ, sujet la grâce pour y faire face et pour en délivrer.
plus largement traité dans l’épître aux Colossiens, qui considère davan-
tage Christ en nous. Mais l’épître aux Éphésiens, qui nous place en Chapitre 1
Christ en relation avec Dieu le Père, et assis dans les lieux célestes, Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ nous a bénis de toute
donne le caractère le plus élevé à notre témoignage ici-bas. bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ, nous ayant élus
Or Christ est dans une double relation avec Dieu son Père : il est en Lui. Le premier chapitre développe ces bénédictions et le moyen d’y
homme parfait devant son Dieu ; il est Fils avec son Père. Nous chré- participer, dans les versets 4 à 7 ; puis dans les versets 8-10, nous avons
tiens, nous devons participer à l’une et l’autre de ces deux relations. le propos arrêté de Dieu pour la gloire de Christ en qui nous les possé-
Christ l’a annoncé à ses disciples avant de retourner au ciel. Il le montre dons. Ensuite aux versets 11-14, sont présentés l’héritage et l’Esprit
pleinement en leur disant : «Je monte vers mon Père et votre Père, vers Saint donné comme sceau de nos personnes et arrhes de notre héritage.
mon Dieu et votre Dieu». Cette précieuse, cette inappréciable vérité, Après cela, nous trouvons une prière dans laquelle l’apôtre demande
fait ici la base de l’enseignement de l’apôtre. Il considère Dieu sous le que ses chers enfants dans la foi, que nous, nous connaissions nos pri-
double point de vue de Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, et de Père vilèges et la puissance qui nous y a introduits, la même que celle qui a
de notre Seigneur Jésus Christ ; nos bénédictions se rapportent à ces ressuscité Christ d’entre les morts et qui l’a placé à la droite de Dieu
deux titres. pour les posséder comme chef de l’Assemblée qui est son corps, et qui,
avec Lui, sera établie sur toutes les choses créées par Christ son chef,
Mais avant de tenter d’exposer en détail la pensée de l’apôtre, re- comme Dieu, et dont il hérite, comme homme, en remplissant tout de
marquons qu’il commence ici entièrement avec Dieu, ses pensées et sa gloire divine et rédemptrice. En un mot, nous avons d’abord l’appel
ses conseils, et non pas avec ce qu’est l’homme. On peut saisir la vérité de Dieu, ce que les saints sont devant Lui en Christ ; ensuite ayant mon-
par l’un ou l’autre de ces deux bouts, si je peux m’exprimer ainsi : on tré le plein conseil de Dieu quant à Christ, nous avons l’héritage de Dieu
peut partir de l’état du pécheur, en rapport avec la responsabilité de dans les saints ; puis vient la prière demandant que nous connaissions
l’homme, ou partir des pensées et des conseils éternels de Dieu en vue
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

ces deux choses, et enfin la puissance par laquelle nous y sommes in- ; l’autre, c’est que la bénédiction a son origine en Dieu lui-même. Il en
troduits et en jouissons. est la source et l’auteur. Son propre coeur, si nous pouvons nous expri-
mer ainsi, sa pensée à Lui en sont l’origine, et la mesure. C’est pourquoi
Mais il nous faut examiner ces choses de plus près.
nous avons en Christ seul quelque mesure de ce qui ne se mesure pas
[v.3-7] Nous avons vu les deux relations établies entre l’homme et ; car il est d’une manière complète et adéquate les délices de Dieu. Le
Dieu, relations dans lesquelles Christ lui-même se trouve. Il est monté coeur de Dieu trouve en Lui un objet suffisant pour se déverser entiè-
vers son Dieu et notre Dieu, vers son Père et notre Père (Jean 20:17). rement, et envers lequel son amour infini peut parfaitement s’exercer.
Nous avons part à toutes les bénédictions qui découlent de ces deux
La bénédiction donc est de Dieu, mais en outre elle est avec lui-
relations. Dieu nous a bénis de toute bénédiction spirituelle ; pas une
même et devant lui pour sa propre joie, afin de satisfaire son propre
ne manque et elles sont de l’ordre le plus élevé ; elles ne sont pas tem-
amour. C’est Lui qui nous a choisis, prédestinés, bénis, mais dans le but
porelles, comme celles accordées aux Juifs. C’est dans la partie la plus
de nous avoir devant Lui, adoptés comme ses fils pour Lui-même. Telle,
élevée de l’homme renouvelé que nous en jouissons, et elles sont
est la grâce, dans ses grands fondements. C’est là par conséquent ce
adaptées à cette partie de l’homme : elles sont spirituelles. Ensuite,
qu’elle s’est plu à faire pour nous.
elles subsistent dans la sphère la plus haute, non pas en Canaan, ni dans
la terre d’Emmanuel ; elles nous sont accordées dans les lieux célestes, Mais nous avons à remarquer une autre chose. Nous sommes élus
et de la manière la plus excellente et qui ne laisse place à aucune com- en Christ avant la fondation du monde. Or cette expression n’est pas
paraison, c’est-à-dire en Christ. «Le Dieu et Père de notre Seigneur Jé- simplement celle de la souveraineté de Dieu. Si Dieu choisit maintenant
sus Christ nous a bénis de toute bénédiction spirituelle, dans les lieux quelques-uns d’entre les hommes, c’est comme Souverain avant que le
célestes en Christ» (v. 3). Mais cela découle du coeur dé Dieu lui-même, monde fût, mais cela montre que nous appartenons dans les conseils
d’une pensée de Dieu qui est en dehors des circonstances dans les- de Dieu à un système établi par Lui en Christ avant que le monde exis-
quelles il nous trouve dans le temps. Avant que le monde fût, nous tât, système qui n’est pas du monde quand celui-ci existe, et qui sub-
avions cette place dans son coeur ; il voulait nous donner une place en sistera après que la figure de ce monde aura passé. C’est un aspect très
Christ ; il nous a élus en Lui. important du système chrétien. La responsabilité fut introduite (pour
l’homme naturellement) par la création d’Adam dans ce monde. Notre
Quelle bénédiction, quelle source de joie, quelle grâce d’être ainsi
place en Christ nous a été donnée avant que le monde existât. Le dé-
les objets de la faveur de Dieu selon son amour souverain ! Si nous vou-
veloppement de tous les caractères de cette responsabilité a eu lieu
lons le mesurer, c’est par Christ qu’il faut essayer de le faire ; ou, au
jusqu’à la croix, et s’est terminé là. L’homme a été dans l’innocence,
moins, c’est ainsi qu’il faut sentir ce qu’est cet amour. Remarquez bien
puis pécheur sans loi, sous la loi, et quand il a été de toutes manières
ici de quelle manière le Saint Esprit tient continuellement devant nos
reconnu coupable, la grâce — Dieu lui-même — vient en bonté dans le
yeux le fait que tout est en Christ, comme nous pouvons le voir par ces
monde des pécheurs et ne rencontre que la haine pour son amour. Le
expressions : «Dans les lieux célestes en Christ» ; «il nous a élus en Lui»
monde est jugé et les hommes perdus, et c’est ce qu’individuellement
; «adoptés par Jésus Christ» ; «rendus agréables dans le Bien-Aimé».
chacun a à apprendre pour lui-même. Mais alors la rédemption fut
C’est l’un des principes fondamentaux de l’enseignement de l’Esprit ici
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

accomplie, et le dessein complet et le conseil de Dieu dans la nouvelle de notre position dans le verset 4, dépend du nom de Dieu ; ce qui est
création en Christ ressuscité, le dernier Adam, a été manifesté, «le dit au verset 5, de celui de Père.
mystère caché dès les siècles», tandis que la responsabilité du premier [v.4] Le caractère de Dieu lui-même est dépeint dans ce qui, au ver-
homme était mise à l’épreuve. Comparez 2 Tim. 1: 9-11, et Tite 1: 2, où set 4, est attribué aux saints. Dieu ne saurait trouver ses délices qu’en
cette vérité est très distinctement mise en lumière. Lui-même et dans ce qui lui ressemble moralement. Au reste, ce que je
Cette responsabilité et la grâce ne peuvent se concilier vraiment viens de dire est un principe universel : un honnête homme ne saurait
qu’en Christ. Les deux principes se voient dans les deux arbres du jardin trouver de la jouissance dans la société d’un homme qui ne lui ressem-
; après cela nous avons la promesse faite sans condition à Abraham, blerait pas en honnêteté. À bien plus forte raison, Dieu ne saurait sup-
afin que nous puissions comprendre que la bénédiction était de pure porter ce qui serait en opposition à sa sainteté, puisque dans l’activité
grâce ; ensuite la loi amène de nouveau deux principes, mais place la de sa nature, il doit s’entourer de ce qu’il aime, de ce qui fait ses dé-
vie comme conséquence de la responsabilité. Christ vient, il est la vie, lices. Mais avant tout, Christ est cela en lui-même : il est personnelle-
il prend sur Lui, pour tous ceux qui croient en Lui, les conséquences de ment l’image du Dieu invisible. L’amour, la sainteté, la perfection sans
la responsabilité, et devient comme Fils divin et en même temps Chef tache dans toutes ses voies, sont unis en Lui. Or Dieu nous a élus en
ressuscité, la source de la vie, notre péché ayant été ôté ; et nous, Lui. Au verset 4, nous trouvons notre position sous ce rapport. En pre-
comme ressuscités avec Lui, nous n’avons pas seulement reçu la vie, mier lieu nous sommes devant Dieu ; il nous introduit dans sa présence.
mais nous sommes dans une nouvelle position, vivifiés, hors de la L’amour de Dieu doit le faire afin de se satisfaire lui-même ; l’amour qui
mort, avec Lui, et nous avons une portion selon les conseils qui établis- est en nous doit aussi se trouver dans cette position pour avoir son par-
saient tout en Lui avant la fondation du monde, et nous sommes établis fait objet devant lui, et c’est là seulement que le bonheur parfait peut
selon la justice et à cause de la rédemption, comme une nouvelle créa- se trouver ; mais dans ce cas il faut que nous ressemblions à Dieu. Il ne
tion dont le second homme est le Chef. Le chapitre expliquera com- pouvait nous amener en sa présence et nous y admettre, afin de faire
ment nous sommes amenés dans cette position. de nous ses délices, si nous n’étions pas tels qu’il pût trouver son plaisir
en nous. Il nous a donc élus en Christ pour que nous fussions saints et
Nous avons dit que Dieu se révèle sous deux caractères, même
irréprochables devant Lui en amour. Lui-même est saint dans son ca-
dans ses relations avec le Christ : il est Dieu, et il est Père. Or nos béné-
ractère, irréprochable dans toutes ses voies, amour dans sa nature.
dictions se rapportent à ces deux caractères, c’est-à-dire à la nature par-
C’est une position de bonheur parfait dans la présence de Dieu, ressem-
faite de Dieu comme Dieu, et à l’intimité d’une relation positive avec Lui
blant à Dieu, et cela en Christ, objet et mesure de l’affection divine.
comme Père. L’apôtre ne mentionne pas encore l’héritage, ni les con-
Ainsi Dieu trouve ses délices en nous, et nous, possédant une nature
seils de Dieu à l’égard de l’ensemble de la gloire dont Christ doit être le
semblable à la sienne quant à ses qualités morales, nous sommes ca-
centre, mais il parle de nos relations avec Dieu, de ce que nous sommes
pables de jouir pleinement et sans entrave de cette nature, et d’en jouir
avec Dieu et devant Lui, et non pas de notre héritage, — de ce qu’il
dans sa perfection en Lui. De plus, c’est son propre choix, sa propre
nous a fait être, et non de ce qu’il nous a donné. Notre propre portion
affection, qui nous ont placés là, et qui nous y ont placés en Celui qui,
en Christ devant Dieu est développée dans les versets 4-6. Ce qui est dit
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

étant ses délices éternelles, est digne d’avoir cette place. Notre coeur nous lie à Christ en grâce est fortement exprimé dans ce verset 5,
trouve son repos dans cette position ; car il y a accord entre notre na- comme dans celui qui le précède. Ce n’est pas seulement notre position
ture et celle de Dieu, et le choix que Dieu a fait de nous, pour que nous qui s’y trouve caractérisée, mais le Père y est introduit d’une manière
occupions cette place, montre l’affection personnelle qu’il a pour nous. particulière à l’égard de la relation que ce nom implique. L’Esprit Saint
Aussi y a-t-il un objet parfait et suprême devant nous. ne se contente pas de dire : «Il nous a prédestinés pour nous adopter»
; mais il ajoute : «pour lui-même». On pourrait dire que cela est sous-
[v.5-6] Remarquez que, dans la relation dont nous parlons ici, la bé-
entendu dans le mot adopter ; mais l’esprit veut particulariser pour nos
nédiction est en rapport avec la nature de Dieu ; c’est pourquoi il n’est
coeurs cette pensée que le Père veut nous avoir en relation intime avec
pas dit que nous sommes prédestinés à cela selon le bon plaisir de sa
lui-même comme des fils. Nous sommes fils «pour Lui-même» par Jé-
volonté. Nous sommes élus en Christ afin d’être bénis en la présence
sus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté. Si le Christ est l’image du
de Dieu. Ce choix est le fruit de sa grâce infinie ; mais la joie de sa na-
Dieu invisible, nous portons cette image, étant élus en Lui. Si le Christ
ture, comme celle de la nôtre en Lui, ne pouvait être autre qu’elle ne
est Fils, nous entrons dans la même relation avec le Père.
l’est, parce que telle est sa nature, sainte et amour. Le bonheur ne sau-
rait se trouver ailleurs ou avec une autre. Voilà donc nos relations si précieuses, si merveilleuses avec Dieu
notre Père en Christ ; voilà les conseils de Dieu à notre égard. Nous ne
Mais au verset 5, nous arrivons à des privilèges particuliers, et nous
trouvons pas qu’il soit rien dit encore à l’égard de l’état précédent de
sommes prédestinés à ces privilèges. Il nous a «prédestinés pour nous
ceux qui devaient être appelés à jouir de ces bénédictions. Nous voyons
adopter pour lui par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté.»
un peuple, une famille céleste, selon les desseins et les conseils de Dieu,
Ce verset nous présente, non la nature de Dieu, mais, ainsi que nous
qui existe comme fruit des pensées éternelles de Dieu, et de sa nature
l’avons dit, l’intimité, d’une relation positive. Dès lors, c’est selon le
d’amour, — ce qui est appelé ici «la gloire de sa grâce». On ne peut pas
bon plaisir de sa volonté. Dieu peut avoir devant Lui des anges comme
glorifier Dieu en lui ajoutant quelque chose. Dieu se glorifie lui-même
serviteurs : il a voulu avoir des fils.
quand il se révèle. Tout cela donc est à la louange de la gloire de sa
Peut-être pourrait-on dire que si nous sommes admis à trouver nos grâce, selon laquelle il a agi envers nous en Christ. Christ est la mesure
délices dans la nature de Dieu, nous ne pouvons guère ne pas être dans de cette grâce et sa forme envers nous, Lui en qui nous y avons part.
une relation intime avec Lui ; mais la forme, le caractère de cette rela- Toute la plénitude de cette grâce est révélée dans les voies de Dieu en-
tion dépend certainement de la volonté souveraine de Dieu. Au reste, vers nous ; ce sont, pour ainsi dire, les pensées originelles de Dieu, qui
puisque nous possédons ces choses en Christ, le reflet de la nature di- n’ont d’autre source que Lui-même, dans lesquelles et par lesquelles il
vine et la relation de fils vont ensemble, car les deux se trouvent réunis se révèle, et dans l’accomplissement desquelles il se glorifie. Et remar-
en nous. Toutefois souvenons-nous que notre participation à ces choses quez ici qu’à la fin du verset 6, l’Esprit ne dit pas «le Christ». Quand il
dépend de la volonté souveraine de Dieu notre Père ; et que le moyen parle de Lui, l’Esprit veut mettre de l’emphase sur les pensées de Dieu.
d’y participer et la manière selon laquelle nous y participons, c’est que Dieu a agi envers nous en grâce dans le Bien-Aimé, en celui qui est par-
nous sommes en Christ. Dieu notre Père, dans sa bonté souveraine, se- ticulièrement l’objet de ses affections. L’Esprit met en relief ce
lon ses conseils d’amour, veut nous avoir auprès de Lui. Ce dessein qui
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

caractère de Christ lorsqu’il parle de la grâce qui nous est accordée en même. La même grâce nous a fait les dépositaires du propos arrêté de
Lui. Y avait-il un objet spécial de l’amour de Dieu, de ses affections ? Il ses conseils à l’égard de la gloire universelle de Christ, pour l’adminis-
nous a bénis dans cet objet. tration de la plénitude des temps. C’est une faveur immense que Dieu
nous accorde. Nous sommes intéressés à la gloire de Christ aussi bien
Or où est-ce que Dieu nous a trouvés quand il a voulu nous intro-
que bénis en Lui. Notre proximité de Dieu et notre position parfaite de-
duire dans cette position glorieuse ? Qui a-t-il choisis pour les bénir de
vant Lui nous rendent capables d’être intéressés dans les conseils de
cette manière ? De pauvres pécheurs morts dans leurs fautes et dans
Dieu quant à son dessein de gloire pour son Fils. Et cela nous amène à
leurs péchés, esclaves de Satan et de la chair.
l’héritage (comp. Jean 15: 15). Ainsi Abraham, mais sur un terrain moins
[v.7] Si c’est en Christ que nous voyons notre position selon les con- élevé, était l’ami de Dieu. Dieu, notre Père, nous a donné, à nous, de
seils de Dieu, c’est en Lui aussi que nous trouvons la rédemption qui jouir de toutes les bénédictions dans les lieux célestes ; mais il veut
nous y place : «Nous avons la rédemption par son sang, la rémission réunir toutes choses dans les cieux et sur la terre sous Christ comme
des fautes» (v. 7). Ceux que Dieu a voulu bénir étaient pauvres et misé- chef, et c’est de notre position en Lui que dépendent nos relations avec
rables par le péché ; il a agi envers eux selon les richesses de sa grâce. tout ce qui est subordonné à Christ, aussi bien que nos relations avec
Nous avons déjà remarqué que l’Esprit fait ressortir, dans ce passage, Dieu, son Père ; nous avons notre héritage en Lui.
les conseils éternels de Dieu à l’égard des saints en Christ, avant de par-
Le bon plaisir de Dieu a été de réunir sous la main de Christ tout ce
ler de l’état d’où il les a retirés lorsqu’il les a trouvés dans leur condition
qui est créé ; c’est son dessein pour l’administration des temps où le
de pécheurs ici-bas. Or toute la pensée de Dieu à leur égard est révélée
résultat de toutes ses voies sera manifesté (*). En Christ, nous héritons
dans ces conseils, dans lesquels il se glorifie. C’est pourquoi il est dit que
de notre part, héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ. Ici cependant,
ce qu’il a trouvé bon de faire à l’égard des saints, est «selon la gloire de
l’Esprit nous présente la position en vertu de laquelle l’héritage nous est
sa grâce» [v.6]. Il se fait connaître en elle. Ce qu’il a fait pour les pauvres
échu, plutôt que l’héritage lui-même. Il l’attribue aussi à la volonté sou-
pécheurs est selon les richesses de sa grâce [v.7]. Dans ses conseils il
veraine de Dieu, comme il l’avait fait auparavant par rapport à notre
s’est révélé ; il est glorieux en grâce. Dans son oeuvre, il pense à notre
relation spéciale de fils avec Dieu. Remarquez aussi ici que dans l’héri-
misère, à nos besoins, selon les richesses de sa grâce ; nous y avons part
tage nous serons à la louange de sa gloire ; comme dans notre relation
comme en en étant les objets dans notre pauvreté, dans nos besoins.
avec Lui, nous sommes à la louange de la gloire de sa grâce. Manifestés
Dieu est riche en grâce. Ainsi notre position est faite et établie selon les
dans la possession de l’héritage, nous serons le déploiement de sa
conseils de Dieu et par l’efficacité de son oeuvre en Christ : notre posi-
gloire, rendue visible en nous, mais nos relations avec Dieu lui-même
tion, dis-je, vis-à-vis de Dieu. Si nous avons à penser ici où les pensées
sont le fruit pour nos propres âmes, avec Lui et devant Lui, de la grâce
et les conseils de Dieu sont révélés, si la rémission et la rédemption en
infinie qui nous a placés dans ces relations et nous a rendus capables de
découlent, nous avons à penser, non en prenant nos besoins comme
nous y trouver.
leur mesure, mais selon les richesses de la grâce de Dieu.
(*) Ce sera un beau spectacle, comme résultat des voies de Dieu, de voir
[v.8-12] Mais il y a plus. Dieu, nous ayant placés dans cette intimité
toutes choses réunies dans une paix et dans une union parfaites sous l’autorité
avec Lui, nous révèle ses pensées à l’égard de la gloire de Christ lui-
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

de l’homme, du dernier Adam, le Fils de Dieu ; nous-mêmes étant associée possession acquise par Christ lui soit remise, jusqu’à ce que de fait Il en
avec Lui dans la même gloire, nous-mêmes étant ses compagnons dans la ait pris possession par sa puissance qui ne laissera subsister aucun ad-
gloire céleste, comme objets des conseils éternels de Dieu. Je ne m’étends pas versaire. Remarquez qu’il ne s’agit pas ici de la régénération, mais d’un
ici sur cette scène, parce que notre chapitre dirige notre attention sur la com- sceau mis sur les croyants, qui est la démonstration et les arrhes de leur
munication des conseils de Dieu à l’égard de cette réunion de toutes choses
pleine participation à venir à l’héritage qui appartient à Christ — héri-
sous le Christ, et non sur la scène elle-même. L’état éternel dans lequel Dieu
tage auquel il a droit par la rédemption par laquelle il s’est acquis toutes
est tout en tous est encore autre chose. L’administration de la plénitude des
choses, mais qu’il ne s’appropriera par sa puissance que lorsqu’il aura
temps est le résultat des voies de Dieu en gouvernement, l’état éternel est
celui de la perfection de sa nature. Nous, même dans le gouvernement, rassemblé tous les cohéritiers pour en jouir avec Lui.
sommes introduits selon sa nature comme fils. Merveilleux privilège ! Le Saint Esprit n’est pas les arrhes de l’amour : «L’amour de Dieu
Voilà donc, sous le rapport de la gloire qui est conférée au Christ est versé dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.» Dieu
comme homme, les conseils de Dieu, notre Père, à son égard. Dieu ré- nous aime comme il nous aimera dans le ciel ; mais de l’héritage, l’Es-
unira toutes choses en un, en Lui comme leur chef. Et comme c’est en prit Saint n’est que les arrhes. Nous ne possédons encore rien de l’héri-
Lui que nous avons notre vraie position quant à notre relation avec Dieu, tage ; alors nous serons à la louange de sa gloire : la gloire de sa grâce
le Père, il en est de même aussi à l’égard de l’héritage qui nous a été est déjà révélée.
donné. Nous sommes unis à Christ quant à ce qui est au-dessus de Ainsi nous avons trouvé dans la première partie de ce chapitre,
nous, nous le sommes à l’égard de ce qui est au-dessous. L’apôtre parle ̶ la grâce qui a établi la position des enfants de Dieu
ici d’abord des chrétiens juifs, de ceux qui ont cru en Christ avant qu’il ̶ les conseils de Dieu à l’égard de la gloire de Christ, comme chef sur
soit manifesté ; c’est la force de l’expression : «Nous qui avons espéré toutes choses
à l’avance dans le Christ», ou, si j’ose employer un mot nouveau : «qui ̶ la part que nous avons en Lui comme héritier
avons préespéré en Christ», espéré en Lui avant qu’il paraisse. Le ré- ̶ et le don de l’Esprit Saint aux croyants pour être les arrhes et le sceau
sidu des Juifs, aux derniers jours, croira comme Thomas, quand il verra de l’héritage que Christ a acquis jusqu’à ce qu’ils en soient mis en
Christ : heureux celui qui aura cru sans voir ! L’apôtre parle de ceux qui, possession avec Lui.
d’entre les Juifs, avaient déjà cru en Lui.
[v.15-23] Du verset 15 à la fin du chapitre, nous avons la prière de
[v.13-14] Au verset 13, Paul étend aux gentils la même bénédiction,
l’apôtre pour les saints, prière qui découle de la révélation qui précède,
ce qui l’amène à présenter une autre précieuse vérité par rapport à
qui est fondée sur la manière dont les enfants de Dieu ont été intro-
nous, une chose qui est vraie de tout croyant, mais qui avait une force
duits dans leurs bénédictions en Christ, et qui nous conduit ainsi à
particulière à l’égard de ceux d’entre les nations : Dieu avait mis son
toute la vérité à l’égard de l’union de Christ et de l’Assemblée, ainsi
sceau sur eux par le don du Saint Esprit. Ils n’étaient pas, selon la chair,
que de la place que Christ prend dans l’univers qu’il a créé comme Fils,
héritiers des promesses ; mais, lorsqu’ils crurent, Dieu les scella du
et qu’il reprend comme homme. Elle est fondée en même temps sur la
Saint Esprit de la promesse, qui est les arrhes de l’héritage pour tout
puissance qui se déploie en nous plaçant, aussi bien que Christ lui-
croyant, pour le Juif aussi bien que pour le gentil, jusqu’à ce que la
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

même, à la hauteur de la position que Dieu nous a donnée dans ses appelle à être devant Lui saints et irrépréhensibles en amour, et en
conseils. Cette prière est fondée sur le titre de : «Dieu de notre Seigneur même temps à être ses fils. La gloire de son héritage est nôtre. L’apôtre
Jésus Christ» ; celle du troisième chapitre (v. 14 et suivants), sur le titre ne dit pas, remarquez-le bien, «notre appel», quoique nous soyons les
de : «Père de notre Seigneur Jésus Christ.» Il y a là plus de communion appelés. Il caractérise cet appel en le rattachant à celui qui appelle, afin
que de conseils. Dieu est appelé ici «Père de gloire» [v.17], comme en que nous le comprenions selon son excellence, selon son vrai caractère.
étant la source et l’auteur. Mais Dieu n’est pas seulement appelé le L’appel est selon Dieu lui-même ; toute la bénédiction et le caractère
Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, on verra aussi que Christ est envi- de cet appel sont selon la plénitude de sa grâce, sont dignes de Lui :
sagé comme homme. Dieu a opéré en Christ (v. 20) ; il l’a ressuscité c’est là ce que nous espérons. L’héritage est, aussi son héritage ; de
d’entre les morts, et l’a fait asseoir à sa droite : en un mot, tout ce qui même que la terre de Canaan était à Dieu, ainsi qu’il l’avait dit dans la
a été effectué à l’égard de Christ est considéré comme étant l’effet de loi, et que néanmoins il l’a héritée en Israël, de même l’héritage de l’uni-
la puissance de Dieu qui l’a accompli. Christ a pu dire . «Détruisez ce vers entier lorsqu’il sera rempli de la gloire de Dieu, est à Lui ; mais il
temple, et en trois jours je le relèverai», car il était Dieu ; mais ici, il est l’hérite dans les saints. Ce sont les richesses de la gloire de son héritage
envisagé comme homme, et c’est Dieu qui le ressuscite. dans les saints [v.18]. Il remplira toutes choses de sa gloire, et c’est dans
les saints qu’il les héritera. Voilà les deux parties de la première chose à
Cette prière se divise en deux parties. L’apôtre demande que les
laquelle les yeux des saints devaient être ouverts. Par l’appel de Dieu,
Éphésiens comprennent avec tous les saints :
nous sommes appelés à jouir de la bénédiction de sa présence auprès
1° quels sont l’appel et l’héritage de Dieu ;
de Lui-même, à jouir de ce qui est au-dessus de nous. L’héritage de Dieu
2° quelle est la puissance qui les met en possession de ce que cet appel
s’applique à ce qui est au-dessous de nous, aux choses créées qui sont
de Dieu leur confère, savoir cette même puissance qui a placé Christ
toutes assujetties à Christ, avec qui et en qui nous jouissons de la clarté
à la droite de Dieu, l’ayant ressuscité d’entre les morts.
de la présence de Dieu auprès de Lui. Le désir de l’apôtre est que les
Éphésiens comprennent ces deux choses.
1° L’appel & l’héritage

L’apôtre demande d’abord pour les saints l’intelligence des choses 2° La puissance
qui leur sont données. Nous retrouvons ici, il me semble, les deux
La seconde chose que demande l’apôtre pour les Éphésiens, c’est
choses que, dans la partie précédente du chapitre, nous avons vu être
qu’ils connaissent la puissance, déjà manifestée, qui avait déjà opéré
la part des saints, savoir l’espérance de l’appel de Dieu, et la gloire de
afin qu’ils eussent part à cette position bénie et glorieuse. Car de même
son héritage dans les saints. La première se rapporte aux versets 3-5,
qu’ils étaient introduits par la grâce souveraine de Dieu dans la position
c’est-à-dire notre appel ; la seconde au verset 11, c’est-à-dire notre hé-
de Christ devant Dieu son Père, ainsi aussi l’oeuvre qui a été opérée
ritage. Dans les versets 3-5, nous avons trouvé la grâce, c’est-à-dire Dieu
dans le Christ, et le déploiement de la puissance de Dieu qui a eu lieu
agissant envers nous, parce qu’il est amour ; dans le verset 11, la gloire,
en l’élevant depuis le tombeau jusqu’à la droite de Dieu le Père au-
l’Homme manifesté comme jouissant dans sa personne et dans son hé-
dessus de tout nom qui se nomme, sont l’expression et le modèle de
ritage des fruits de la puissance et des conseils de Dieu. Dieu nous
l’action de cette même puissance qui opère en nous qui croyons, et qui
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

nous élève de notre état de mort dans le péché, pour nous faire avoir corps». Christ est Tête (ou Chef) du corps sur toutes choses. Il remplit
part à la gloire de ce même Christ. Cette puissance est la base de la tout en tous, et l’Assemblée est sa plénitude. Voilà le mystère dans
position de l’Assemblée dans son union avec Lui, et celle du développe- toutes ses parties. En conséquence, on peut observer que c’est lorsque
ment du mystère selon les conseils de Dieu. Personnellement, Christ Christ, ayant accompli toute la rédemption, a été exalté à la droite de
ressuscité d’entre les morts, est placé à la droite de Dieu, bien au-des- Dieu, qu’il prend la place dans laquelle il peut être Chef ou Tête du
sus de toute puissance et autorité, et au-dessus de tout nom qui se corps.
nomme parmi les hiérarchies par lesquelles Dieu administre le gouver- (*) Comparez chap. 4: 9, 10 ; cette introduction de la rédemption et de la place
nement du monde qui existe maintenant, ou parmi celles du monde à que Christ a prise comme Rédempteur, comme remplissant tout en tous, est
venir. Et cette supériorité existe non seulement en rapport avec sa divi- pleine d’intérêt.
nité, dont la gloire ne change pas, mais en rapport avec la place qui lui
Merveilleux partage des saints, en vertu de leur rédemption et de
a été donnée comme homme, car nous parlons ici, ainsi que nous
la puissance divine qui a opéré dans la résurrection de Christ, après qu’il
l’avons vu, du Dieu de notre Seigneur Jésus Christ. C’est Lui qui l’a res-
fut mort, mort sous nos fautes et sous nos péchés, et qui l’a placé à la
suscité d’entre les morts et qui Lui a donné la gloire et une place au-
droite de Dieu ; partage qui, sauf sa séance personnelle à la droite du
dessus de tout, place dont il était sans doute personnellement digne,
Père, est nôtre aussi par notre union avec Lui.
mais qu’il reçoit et devait recevoir, comme homme, des mains de Dieu
qui l’a établi Chef (Tête) sur toutes choses, en unissant l’Assemblée à Chapitre 2
Lui comme son corps, et en ressuscitant les membres de ce corps de Le second chapitre (*) présente l’opération de la puissance de Dieu
leur mort dans les péchés par la même puissance que celle qui a res- sur la terre, qui a pour but d’amener les âmes à la jouissance de leurs
suscité et exalté la Tête, en les vivifiant ensemble avec Christ et en les privilèges célestes, et de former ainsi l’Assemblée ici-bas, plutôt que le
faisant asseoir dans les lieux célestes en Lui, par la même puissance déploiement des privilèges eux-mêmes, et, par conséquent, celui des
qui l’a exalté. Ainsi l’Assemblée, son corps, est sa plénitude. C’est bien conseils de Dieu. Ce ne sont pas même ces conseils, c’est la grâce et la
Lui qui remplit tout en tous ; mais le corps forme le complément de la puissance qui opèrent pour leur accomplissement, en amenant les
Tête. C’est Lui, parce qu’il est Dieu aussi bien qu’homme, qui remplit âmes au résultat que cette puissance doit produire selon ces conseils.
toutes choses, et qui remplit tout, étant homme, selon la puissance de Christ est d’abord vu, non comme Dieu descendu ici-bas et présenté aux
la rédemption qu’il a accomplie et de la gloire qu’il a acquise ; de sorte pécheurs, mais comme mort, c’est-à-dire où nous étions à cause du pé-
que l’univers qu’il remplit de sa gloire, en jouit selon la stabilité de la ché, mais ressuscité hors de cet état par la puissance de Dieu. Il était
rédemption, à la puissance et à l’effet de laquelle rien ne saurait le sous- mort pour le péché ; Dieu l’a ressuscité d’entre les morts et l’a placé à
traire (*). Lui, je le répète, remplit l’univers de sa gloire ; mais la Tête sa droite. Nous étions morts dans nos fautes et dans nos péchés : Dieu
n’est pas isolée, laissée, pour ainsi dire, incomplète comme telle, sans nous a vivifiés ensemble avec Lui. Mais puisqu’il s’agit de la terre, de
son corps. Celui-ci la complète dans cette gloire comme un corps natu- l’opération de la puissance et de la grâce sur la terre, l’Esprit naturelle-
rel complète la tête, non pas pour être la Tête ou pour diriger, mais ment parle de l’état de ceux en qui cette grâce agit, de fait, de l’état de
pour être le corps de la Tête, et afin que la Tête soit la Tête de «son tous. En même temps, dans les formes terrestres de religion, dans le
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

système qui existait sur la terre, il y avait ceux qui étaient près, et ceux il parle des Juifs : «Nous aussi, nous avons tous», dit-il. Il n’entre pas ici
qui étaient loin. Or nous avons vu qu’il s’agit, dans la pleine bénédiction dans les détails affreux que contient le troisième chapitre de l’épître aux
dont l’apôtre parle, de la nature de Dieu lui-même. En vue de cette na- Romains (*), parce qu’il s’agit non de convaincre de péché l’individu,
ture, et pour la glorifier, tous ses conseils étaient arrêtés. C’est pour- afin de lui montrer le moyen d’être justifié, mais de déployer les con-
quoi les formes extérieures — bien que quelques-unes eussent été éta- seils de Dieu en grâce. Ici donc, l’apôtre parle de l’éloignement de Dieu
blies provisoirement sur la terre par l’autorité même de Dieu — ne pou- où l’homme se trouvait, sous la puissance des ténèbres. Pour ce qui
vaient avoir aucune valeur. Elles avaient servi pour la manifestation des regarde les nations, il parle de l’état universel du monde. Tout le cours
voies de Dieu, comme ombres des choses à venir, et avaient été ratta- du monde, le système tout entier, marchait selon le prince de la puis-
chées au déploiement de l’autorité de Dieu sur la terre, parmi les sance de l’air ; le monde lui-même était sous le gouvernement de celui
hommes, pour maintenir quelque connaissance de Dieu. Ces choses qui opère dans les coeurs des fils de la désobéissance, qui, dans leur
avaient de l’importance à leur place ; mais ces figures ne pouvaient rien volonté propre, se soustrayaient au gouvernement de Dieu, quoiqu’ils
pour amener les âmes en relation avec Dieu afin de jouir de la mani- ne pussent se soustraire à son jugement.
festation éternelle de sa nature dans des coeurs qui en seraient rendus (*) Remarquez bien ici que, dans cette épître, l’Esprit ne décrit pas la vie du
capables par grâce, en participant à cette nature et en la reflétant. vieil homme dans le péché. Dieu et sa propre oeuvre sont tout. L’homme est
Pour cela elles étaient tout à fait inutiles, elles n’étaient pas la manifes- envisagé comme mort dans ses péchés ; ce qui se produit est par conséquent
tation de ces principes éternels. Mais les deux classes d’hommes entièrement de Dieu, une nouvelle création de sa part. Un homme qui vit
étaient là, les Juifs et les gentils, et l’apôtre parle de toutes deux. La dans le péché doit mourir, se juger lui-même, se repentir, être purifié par la
grâce prend des personnes de l’une et de l’autre pour former un seul grâce, c’est-à-dire qu’il est traité comme un homme vivant. Ici l’homme est
corps, un seul homme nouveau, par une nouvelle création en Christ. sans aucun mouvement de vie spirituelle. Dieu fait tout. Il vivifie et ressuscite.
C’est une nouvelle création.
(*) C’est la puissance qui, ressuscitant les saints avec Christ de la mort du pé-
ché, et les unissant à Lui, la Tête, forme leur relation avec Lui comme son Si les Juifs avaient des privilèges extérieurs ; s’ils n’étaient pas
corps. La première partie du chapitre 1 nous a présenté notre relation indivi- d’une manière directe sous le gouvernement du prince de ce monde,
duelle avec le Père ; en cela Christ est premier-né entre plusieurs frères. Ici, comme c’était le cas des nations plongées dans l’idolâtrie et tombées
nous arrivons à la relation comme corps avec Christ, le second homme res- dans toute la dégradation de ce système où l’homme se vautrait, dans
suscité. Jusqu’à la seconde partie de la prière, nous avons les conseils de Dieu. la licence où les démons se plaisaient à le plonger en dérision de sa sa-
Depuis la dernière partie, nous avons les opérations de la puissance pour les gesse ; si les Juifs n’étaient pas, comme les gentils, sous le gouverne-
accomplir. Et c’est là que notre union avec Christ est d’abord introduite, la-
ment des démons, toutefois, dans leur nature, ils étaient conduits par
quelle, bien que les conseils de Dieu qui la concernent soient révélés, est ce-
les mêmes convoitises que celles par lesquelles les démons agissaient
pendant opérée spirituellement maintenant, comme on le voit au chap. 2.
sur les pauvres païens. Les Juifs menaient la même vie que ceux-ci
[v.1-10] Dans les deux premiers versets de ce chapitre, l’apôtre quant aux convoitises de la chair ; ils étaient des enfants de colère
parle de ceux qui étaient sortis d’entre les nations qui ne connaissaient comme tous les autres, car c’est là l’état des hommes : ils sont dans leur
pas Dieu, des gentils comme on les appelle ordinairement. Au verset 3, nature des enfants de colère. Par rapport à leurs privilèges extérieurs,
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

les Israélites étaient le peuple de Dieu ; de nature ils étaient des en lui-même. Toutefois Christ a été ressuscité d’entre les morts ; et
hommes comme les autres ; et remarquez ici ces paroles : «par nature» lorsqu’il s’agit de nous, il nous est dit que toute l’énergie par laquelle
(v. 3). L’Esprit ne parle pas ici d’un jugement prononcé de la part de Christ est sorti de la mort, opère aussi pour notre vivification ; et non
Dieu, ni de péchés commis, ni d’Israël ayant manqué à ses relations seulement cela, mais en étant vivifiés, nous sommes associés à Lui. Il
avec Dieu en tombant dans l’idolâtrie et dans la rébellion, ni même de sort de la mort ; nous en sortons avec Lui. Dieu nous fait part de cette
ce qu’il avait rejeté le Messie et ainsi s’était privé de toute ressource, vie. C’est de sa pure grâce, et d’une grâce qui nous a sauvés, qui nous
en un mot de tout ce qu’Israël avait fait. Il n’est pas question non plus a trouvés morts dans nos péchés, et qui nous a tirés de la mort comme
d’un jugement positif de la part de Dieu, prononcé sur la manifestation Christ en est sorti, et cela par la même puissance, et nous en a fait sor-
du péché. Les Juifs, ainsi que tous les hommes, étaient de leur nature tir avec Christ (*), par la puissance de vie, en résurrection, afin de nous
des enfants de colère. Cette colère était la conséquence naturelle de placer dans la lumière et dans la faveur de Dieu, comme une nouvelle
l’état où ils se trouvaient (*). création, comme Christ s’y trouve lui-même. Juifs et gentils se trouvent
(*) La foi, quand on est enseigné par la Parole, retourne toujours à cela. Le ensemble dans la même nouvelle position en Christ. La résurrection a
jugement a rapport aux actes accomplis dans le corps. Mais nous étions morts mis fin à toutes les distinctions, elles n’ont point de place dans un Christ
dans nos péchés — sans aucun mouvement de vie vers Dieu. Nous ne venons ressuscité. Dieu a vivifié les uns et les autres avec Christ.
pas en jugement (Jean 5), mais nous sommes passés de la mort à la vie. (*) Ici, c’est tout à fait une nouvelle création, et le nouvel état du chrétien est
L’homme tel qu’il était, Juif ou gentil, et la colère, allaient naturel- envisagé simplement en lui-même. Dans notre ancien état, nous étions morts
lement ensemble, de même qu’il y a un lien naturel entre le bien et la à l’égard de Dieu. L’homme n’est pas considéré ici comme vivant dans les pé-
justice. Or Dieu — bien qu’en jugement il prenne connaissance de tout chés et responsable, mais comme entièrement mort en eux, et créé de nou-
veau ; c’est pour cela que, dans cette partie de l’épître, il n’est question ni de
ce qui est contraire à sa volonté et à sa gloire — est dans sa propre na-
pardon, ni de justification. L’homme n’est pas vu comme vivant et respon-
ture au-dessus de tout cela. À ceux qui sont dignes de colère, il peut
sable. Dans les Colossiens, les chrétiens sont représentés comme ressuscités
être riche en miséricorde, car c’est ce qu’il est en Lui-même. L’apôtre, avec le Christ, mais il y est dit : «Nous ayant pardonné toutes nos fautes», que
par conséquent, le présente ici comme agissant d’après sa propre na- Christ a portées en descendant dans la mort. Ici aussi, nous n’avons pas le vieil
ture envers les objets de sa grâce. Nous étions, dit-il, morts dans nos homme et la mort qui lui est appliquée, bien que la marche et le vieil homme
fautes et dans nos péchés ; Dieu vient, dans son amour, nous délivrer soient reconnus comme des faits, mais non pas en relation avec la résurrec-
par sa puissance, «Dieu qui est riche en miséricorde, à cause de son tion. Dans les Colossiens, au contraire, nous avons le vieil homme ; même il
grand amour dont il nous a aimés». Il n’y avait en nous aucun mouve- est parlé de «morts dans vos fautes», et il est ajouté : «et dans l’incirconcision
ment en bien : nous étions morts dans nos fautes et dans nos péchés. de votre chair», car c’est morts à l’égard de Dieu. L’épître aux Romains consi-
Le mouvement, grâces Lui en soient rendues, est venu de Lui. Il nous a dère l’homme responsable dans le monde ; c’est pourquoi nous y trouvons
vivifiés, et non seulement cela, mais il nous a vivifiés ensemble avec pleinement établies la justification et la mort au péché, mais non pas la résur-
rection avec Christ. L’homme est vivant ici-bas, justifié et vivant en Christ.
Christ. Paul n’avait pas dit d’une manière directe que Christ avait été
vivifié, quoique cela puisse se dire si l’on parle de la puissance de l’Esprit
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

Or, Christ ayant fait cela, Juifs et gentils se trouvent ensemble dans (***) «Cela ne vient pas de vous-mêmes» se rapporte aussi bien à la foi qu’à
le Christ ressuscité et monté en haut, sans les différences que la mort la grâce. Le faire rapporter à la grâce seule, serait simplement un non-sens.
avait abolies ; ils sont assis ensemble en Lui dans une nouvelle condi- Mais on pourrait supposer que la foi vient de nous-mêmes — ce qui ne se peut
tion qui leur est commune, et qui est décrite par celle du Christ lui- de la grâce — c’est pourquoi l’Esprit Saint ajoute : «Et cela (non pas elle) ne
vient pas de vous, c’est le don de Dieu.» C’est-à-dire que croire est un don de
même (*). Ces pauvres pécheurs d’entre les gentils et d’entre les Juifs
Dieu, et ne vient pas de nous. Et cela est confirmé par ce qui suit : «non pas
rebelles et contredisants, sont placés dans la position où le Christ se
sur le principe des oeuvres.» Le but de l’apôtre est de montrer que tout est
trouve par la puissance qui l’a ressuscité d’entre les morts et placé à la de grâce et de Dieu — l’ouvrage de Dieu — une nouvelle création. Jusque-là,
droite de Dieu (**), afin de montrer dans les siècles à venir les im- la grâce, la foi et tout vont ensemble.
menses richesses de la grâce qui les a introduits là. Une Marie de Mag-
De quelle manière puissante l’Esprit met Dieu lui-même en avant
dala, un brigand crucifié, et nous tous qui croyons, compagnons du Fils
comme seule source et seul opérateur de tout ! C’est une création,
de Dieu dans la gloire, nous serons les témoins de cette grâce merveil-
mais, comme étant son ouvrage, c’est un résultat qui est en accord avec
leuse. C’est par la grâce que nous sommes sauvés. Maintenant nous ne
son propre caractère. Or c’est en nous que cette oeuvre se fait. Dieu
sommes pas encore dans la gloire : c’est par la foi que nous sommes
prend de pauvres pécheurs pour montrer en eux sa gloire. Si l’opéra-
sauvés. Quelqu’un dira-t-il, qu’au moins la foi est de l’homme ? Non
tion est de Dieu, assurément elle sera efficace pour produire de bonnes
(***) : ce n’est pas, à cet égard non plus, de nous-mêmes. Tout est le
oeuvres. Il nous a créés en Christ pour elles.
don de Dieu, non pas par les oeuvres, afin que personne ne se glorifie ;
car nous sommes son ouvrage. Or remarquez ici que si Dieu nous a créés pour les bonnes oeuvres,
(*) Ce n’est pas seulement que la vie est communiquée ; cela nous l’avons dans
celles-ci dans leur nature doivent être caractérisées selon le caractère
l’épître aux Romains ; mais c’est une place et une position tout à fait nouvelles de Celui qui a opéré en nous, nous créant selon ses propres pensées.
que nous prenons, la vie ayant le caractère d’une résurrection en dehors d’un Ce qui nous est présenté ici, ce n’est pas l’homme qui cherche à se rap-
état de mort dans les péchés. Et ici, nous ne sommes pas envisagés comme procher de Dieu ou à le satisfaire en faisant des oeuvres qui Lui soient
vivifiés par Christ, mais avec Lui. Il est l’homme ressuscité et glorifié. agréables selon la loi, mesure de ce que l’homme devrait être ; c’est
(**) Dans l’épître aux Colossiens, les saints sont seulement considérés comme Dieu qui nous prend dans nos péchés, quand il n’y a pas un mouvement
ressuscités avec Christ, ayant une espérance réservée pour eux dans les cieux, moral dans nos coeurs (selon ce qui est dit : «Il n’y a personne qui ait
et ils sont appelés à mettre leurs affections dans les choses d’en haut, où sont de l’intelligence, il n’y a personne qui recherche Dieu»), et qui nous
cachés Christ et leur vie avec Lui. De plus, leur résurrection avec Christ est seu- crée de nouveau pour des oeuvres qui soient selon cette nouvelle créa-
lement une résurrection administrative pour ce monde dans le baptême, en tion. Nous sommes placés dans une position toute nouvelle, selon
rapport avec la foi dans la puissance qui a ressuscité Christ. Nous n’avons pas cette nouvelle création de Dieu : c’est un nouveau caractère que nous
dans cette épître l’union des Juifs et des gentils en Lui comme ressuscités et revêtons, selon la prédétermination de Dieu. Les oeuvres sont prédé-
dans les lieux célestes. De fait, dans l’épître aux Colossiens, les gentils seuls terminées aussi selon le caractère que nous revêtons par cette nouvelle
sont devant la pensée de l’apôtre.
création. Tout est absolument selon la pensée de Dieu lui-même. Ce
n’est pas le devoir d’après la vieille création (*), tout est le fruit des
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

pensées de Dieu dans la nouvelle. La loi disparaît à notre égard, même Ayant fait la paix, Christ l’a proclamée dans ce but aux uns et aux
quant aux oeuvres, avec la nature à laquelle elle s’appliquait. L’homme autres, qu’ils fussent loin, ou qu’ils fussent près ; car, par Christ, nous
obéissant à la loi était l’homme comme il devrait être selon le premier tous, Juifs ou gentils, nous avons accès auprès du Père par un seul Es-
Adam ; l’homme en Christ doit marcher selon la vie céleste du dernier prit. Ce n’est pas le Jéhovah des Juifs, duquel le nom n’était pas réclamé
Adam, et marcher d’une manière digne de Lui, le Chef de la nouvelle sur les païens, c’est le Père des chrétiens, des rachetés de Jésus Christ,
création. Étant ressuscité avec Christ, et étant le fruit de la nouvelle adoptés pour faire partie de la famille de Dieu. Aussi quoique gentil, on
création, il doit se conduire d’une manière digne de Celui qui l’a formé n’est plus étranger ni forain, on est de la bourgeoisie chrétienne et cé-
pour cela même (2 Cor. 5: 5). leste, de la vraie maison de Dieu lui-même. Telle est la grâce. Quant à
(*) Ce n’est pas que Dieu ne reconnaisse pas les relations qu’il a formées à ce monde, étant ainsi incorporés en Christ, voici notre position : tous,
l’origine ; il les reconnaît pleinement quand nous y sommes placés ; mais la Juifs ou gentils, rassemblés ainsi en un seul corps, constituent l’Assem-
mesure de la nouvelle création est une autre chose. blée sur la terre. Les apôtres et prophètes (du Nouveau Testament) for-
ment le fondement de l’édifice, Christ lui-même étant la maîtresse
[v.11-22] Ainsi, les gentils jouissant de ce privilège ineffable de la
pierre du coin. En Lui tout le bâtiment s’élève pour être un temple, les
nouvelle création — bien que l’apôtre ne reconnaisse pas le judaïsme
gentils y ayant leur place, et formant avec les autres la demeure, sur la
comme la vraie circoncision — ils devaient se souvenir d’où ils avaient
terre, de Dieu présent par son Esprit. En premier lieu, l’apôtre consi-
été tirés : sans Dieu et sans espérance dans le monde, étrangers à
dère l’oeuvre progressive qui édifiait, sur le fondement des apôtres et
toutes les promesses. Mais quelque éloignés qu’ils eussent été, main-
prophètes, l’ensemble de l’Assemblée selon les pensées de Dieu ; et,
tenant en Christ, ils avaient été rapprochés par son sang. Christ avait
en second lieu, il considère l’union dans laquelle les Éphésiens et les
abattu la paroi mitoyenne, ayant annulé la loi des commandements par
autres gentils croyants se trouvaient avec les Juifs comme formant la
lesquels le Juif, qui se distinguait par ces ordonnances, était séparé des
maison de Dieu sur la terre dans ce moment-là. Dieu y habitait par l’Es-
gentils. Ces ordonnances avaient leur sphère d’action dans la chair : or
prit Saint (*). Le premier chapitre nous avait présenté les conseils et les
Christ, comme vivant en rapport avec tout cela, étant mort, a aboli l’ini-
intentions de Dieu, commençant par la relation des fils et du Père, et,
mitié pour former en lui-même des deux, Juifs et gentils, un seul
lorsqu’il est parlé de l’opération de Dieu, montrant l’Assemblée comme
homme nouveau. Les gentils sont approchés par le sang de Christ, et le
le corps de Christ, unie à Lui qui est Chef sur toutes choses. Le second
mur mitoyen de clôture a été abattu, afin de réconcilier les uns et les
chapitre, traitant de l’oeuvre qui appelle l’Assemblée en dehors du
autres à Dieu dans un seul corps, ayant par la croix non seulement fait
monde, qui la crée ici-bas par la grâce, place devant nous cette Assem-
la paix, mais détruit, par une grâce qui leur était commune (et à laquelle
blée (**), d’un côté croissant pour être un temple saint, et d’un autre
l’un ne pouvait prétendre à avoir plus de droit que l’autre, car cette
comme étant présentement l’habitation de Dieu ici-bas par l’Esprit.
grâce s’appliquait au péché) l’inimitié qui existait jusqu’alors entre le
Juif privilégié et le gentil idolâtre loin de Dieu, abolissant dans sa chair (*) Il est extrêmement important de nos jours de voir la différence entre
l’inimitié, la loi du commandement, consistant en ordonnances. cet édifice qui s’élève progressivement — mais jamais complet jusqu’à ce que
tous les croyants qui doivent former le corps de Christ soient rassemblés — et
le temple actuel de Dieu sur la terre. Dans le premier, Christ est le
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

constructeur. Il en poursuit l’achèvement sans qu’il y ait un seul manquement, Merveilleuse et solennelle vérité ; immense privilège et source de bénédiction,
et les portes du hadès ne prévalent pas contre cette oeuvre. L’édifice n’est pas mais responsabilité également grande !
encore complet, ni considéré comme un tout, jusqu’à son entière édification.
On remarquera qu’en parlant du corps de Christ, on parle du fruit du des-
C’est pourquoi, dans ce cas, nous ne trouvons jamais, dans les épîtres,
sein éternel de Dieu et de sa propre opération, et bien que l’Esprit puisse ap-
quelqu’un qui construit. Ainsi, dans la première épître de Pierre, nous lisons :
pliquer ce nom à l’Assemblée de Dieu sur la terre, comme étant censée com-
«Duquel vous approchant comme d’une pierre vivante... vous-mêmes aussi
posée de vrais membres de Christ, toutefois le Corps de Christ comme formé
comme des pierres vivantes, êtes édifiés» ; de même ici, en Éphésiens, l’édifice
par la puissance vivifiante de Dieu selon son dessein éternel, se compose de
croit pour être un temple saint dans le Seigneur. Mais à côté de cela, le corps
personnes unies à la Tête comme de vrais membres. La maison de Dieu,
professant actuel manifesté est vu comme un tout sur la terre, et l’homme
comme établie maintenant sur la terre, est le fruit d’une oeuvre de Dieu, ici
est envisagé comme le construisant. «Vous êtes l’édifice de Dieu», dit
confiée aux hommes, non l’objet propre de ses conseils, quoique la cité dans
l’apôtre. «Comme un sage architecte. j’ai posé le fondement, ... que chacun
l’Apocalypse y réponde en une certaine mesure. En tant que l’oeuvre de Dieu,
considère comment il édifie dessus» (l Cor. 3). La responsabilité de l’homme
il est évident que cette maison se compose des vrais appelés de Dieu, et par
est introduite, et l’oeuvre est sujette à être jugée. Or c’est le fait d’attribuer
conséquent c’est Dieu qui l’édifie, et c’est ainsi qu’il en est parlé ici (comp.
à cela les privilèges du corps et de ce que Christ bâtit, qui a produit le papisme
Actes 2:47) ; mais il ne faut pas confondre le résultat pratique de cette oeuvre
et tout ce qui y est apparenté. La chose corrompue qui doit tomber sous le
accomplie par les mains des hommes, et sous leur responsabilité (1 Cor. 3),
jugement a été faussement revêtue de la sécurité qui appartient à l’oeuvre de
avec l’objet des conseils de Dieu. Nul ne peut être vrai membre de Christ sans
Christ. Ici, en Éphésiens, nous trouvons non seulement l’ouvrage progressive-
être réellement uni à la Tête, ni vraie pierre de la maison non plus ; mais la
ment et sûrement construit, mais en même temps l’édifice actuel comme un
maison peut être la demeure de Dieu, bien que ce qui n’est pas une vraie
fait dans la bénédiction qui lui appartient, sans référence à la responsabilité
pierre soit entré dans la construction ; mais il est impossible qu’une personne
humaine dans la construction.
qui n’est pas née de Dieu soit membre du corps de Christ. (Voyez la note pré-
(**) Le second chapitre parle bien du corps, v. 16 ; mais l’introduction de cédente.)
la maison est un élément nouveau et demande quelque développement.
Chapitre 3
Quoique l’oeuvre qui s’accomplit dans la création des membres qui doivent
former le corps, soit toute de Dieu, elle s’accomplit sur la terre. Les conseils de Ce chapitre tout entier est une parenthèse qui développe le mys-
Dieu ont en vue premièrement les individus, pour les placer auprès de Lui tels tère, et qui présente, en même temps, dans la prière qui le termine, le
qu’il les veut ; ensuite, ayant exalté Christ au-dessus de tout nom qui se second caractère de Dieu mentionné au commencement de l’épître, sa-
nomme dans ce siècle et celui qui est à venir, Dieu l’a donné pour être Chef du voir celui de Père de notre Seigneur Jésus Christ.
corps, formé des individus unis à Christ dans le ciel au-dessus de toutes choses. Voici comment ce sujet s’introduit ici.
Ils seront parfaits selon la perfection de leur Chef lui-même. Mais l’oeuvre sur
1. Le premier chapitre expose les conseils de Dieu tels qu’ils sont en
la terre, si elle rassemble les nouveaux-nés, les rassemble sur la terre. Or ce
eux-mêmes, en ajoutant à la fin le fait que Dieu ressuscite Christ et
qui répond ici-bas à la présence de Christ dans le ciel, c’est la présence du
le fait asseoir à sa droite.
Saint Esprit ici-bas sur la terre. L’individu croyant est bien le temple de Dieu,
mais dans notre chapitre, il est parlé de tout l’ensemble des chrétiens formé
sur la terre : ils deviennent la maison, la demeure de Dieu sur la terre.
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

2. Le second présente l’oeuvre de Dieu pour former, en vivifiant Testament, et Moïse lui-même, avaient bien montré que les gentils se
d’autres personnes avec Christ, l’Assemblée entière de ceux qui sont réjouiraient un jour avec le peuple, mais le peuple restait un peuple
ressuscités en Christ, pris par la grâce d’entre les Juifs et les gentils ; séparé. Que les gentils fussent cohéritiers et d’un même corps, toute
ces chapitres donnent les pensées et l’oeuvre de Dieu. distinction étant abolie, c’est ce qui avait été entièrement caché en
3. Le troisième chapitre traite de l’administration de ces choses con- Dieu, comme partie de son dessein éternel avant que le monde fût,
fiée à Paul ; il parle spécialement de l’introduction des gentils sur le mais cela ne faisait pas partie de l’histoire du monde, ni des voies de
même pied que les Juifs. C’était la partie entièrement nouvelle des Dieu à son égard, ni des promesses de Dieu révélées.
voies de Dieu. C’est un conseil merveilleux de Dieu qui, en unissant des rachetés
[v.1-13] Paul était prisonnier pour avoir prêché l’évangile aux gen- à Christ dans le ciel, comme un corps est uni à sa tête, leur donnait une
tils — circonstance qui fait ressortir très clairement le caractère spécial place dans le ciel. Car bien que nous cheminions sur la terre et que nous
de son ministère. Ce ministère, au fond, est présenté comme au cha- soyons l’habitation de Dieu par l’Esprit ici-bas, dans la pensée de Dieu
pitre premier de l’épître aux Colossiens. Seulement, dans cette dernière notre place est dans le ciel. Dans le siècle à venir les gentils seront bé-
épître, le sujet tout entier est traité plus brièvement, et le principe es- nis, mais Israël sera un peuple spécial et séparé.
sentiel et le caractère du mystère selon la place qu’il occupe dans les Dans l’Assemblée, toute distinction terrestre est perdue : nous
conseils de Dieu, est moins expliqué, et envisagé seulement d’un côté sommes tous un en Christ comme ressuscités avec Lui. Ainsi l’Évangile
spécial, approprié au dessein de l’épître, savoir Christ et les gentils. Ici, de l’apôtre s’adressait aux gentils, pour leur annoncer ces bonnes nou-
l’apôtre fait savoir qu’il avait reçu son ministère par une révélation par- velles, selon le don de Dieu accordé à Paul par l’opération de la puis-
ticulière, ainsi qu’il l’avait expliqué déjà en peu de mots, mais en paroles sance divine, pour leur proclamer non pas simplement un Messie selon
propres à mettre clairement en évidence la connaissance qu’il avait du les promesses faites aux pères, un Christ juif, mais un Christ dont les
mystère de Christ, mystère qui n’avait jamais été donné à connaître richesses étaient insondables. Personne ne saurait tracer jusqu’au
dans les siècles passés, mais qui maintenant était révélé par l’Esprit aux bout, et dans tout son développement en Lui, l’accomplissement des
apôtres et prophètes. On remarquera que les prophètes dont il est conseils et la révélation de la nature de Dieu. Ce sont les richesses in-
parlé ici sont très évidemment ceux du Nouveau Testament, puisque les compréhensibles d’un Christ en qui Dieu se révèle, et en qui toutes les
communications qui leur ont été faites sont mises en contraste avec le
pensées de Dieu sont accomplies et développées. Les conseils de Dieu
degré de lumière accordé dans les siècles précédents. Or le mystère à l’égard d’un Christ Tête de son corps l’Assemblée, Chef sur toutes
avait été caché dans tous les temps passés, et en effet, il avait dû être choses dans les cieux et sur la terre, d’un Christ, Dieu manifesté en
caché, car placer les gentils sur le même pied que les Juifs, eût été ren- chair, étaient maintenant donnés à connaître et s’accomplissaient pour
verser le judaïsme tel que Dieu lui-même l’avait établi. Dieu avait soi- autant que se faisait le rassemblement des cohéritiers en un seul corps.
gneusement élevé un mur mitoyen de clôture ; le devoir du Juif était de Saul, l’ennemi acharné de Jésus proclamé comme Messie, même quand
respecter cette séparation : il péchait s’il ne l’observait pas strictement. ce fut par l’Esprit Saint envoyé du ciel — Saul, par conséquent, le pire
Le mystère mettait toute barrière de côté. Les prophètes de l’Ancien des hommes — devient par la grâce Paul, l’instrument et le témoin de
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

cette grâce, pour annoncer aux gentils ces richesses incompréhen- et placée avec Christ à la tête de la création, ne faisait pas à propre-
sibles. C’était sa fonction apostolique par rapport aux gentils. Il y en ment parler partie de celle-ci : c’en était une nouvelle partie. Elle était
avait une autre : c’était d’éclairer tous les hommes à l’égard de ce mys- une création nouvelle, une manifestation distincte de la sagesse de
tère qui, depuis le commencement du monde, avait été caché en Dieu. Dieu ; une partie de ses pensées jusqu’alors réservée dans le secret de
Cela répond aux deux parties du ministère de l’apôtre signalées en Col. ses conseils, de laquelle l’administration actuelle dans le temps, sur la
1: 23-25, comme le verset 27 de ce même chapitre correspond au verset terre, par l’oeuvre de l’apôtre, donnait à connaître la sagesse de Dieu
17 de notre chapitre. Dieu, qui a créé toutes choses, avait cette pensée, selon son propos arrêté, selon son propos éternel dans le Christ Jésus.
ce dessein, avant la création, afin que lorsqu’il assujettirait toute la créa- «En qui», ajoute l’apôtre, «nous avons hardiesse et accès en confiance,
tion à son Fils fait homme et glorifié, le Fils eût dans sa gloire des com- par la foi en lui» ; et c’est selon cette relation que nous nous appro-
pagnons qui lui fussent semblables, membres de son corps spirituel, chons de Dieu.
vivants de sa vie. (*) C’est là, à ce qu’il me parait, le vrai mot, et non «la communion».
L’apôtre faisait connaître aux gentils les richesses insondables de C’est pourquoi eux, gentils croyants, ne devaient pas être découra-
Christ, qui leur donnaient une part dans les conseils de Dieu en grâce. gés à cause de l’emprisonnement de celui qui leur avait annoncé ce mys-
Il éclairait tous les hommes à l’égard, non pas précisément du mystère, tère, car les souffrances de l’apôtre étaient la preuve et le fruit de la
mais de l’administration (*) du mystère, c’est-à-dire non pas seulement position glorieuse que Dieu leur avait accordée et dont les Juifs étaient
du conseil de Dieu, mais de l’accomplissement dans le temps de ce con- jaloux.
seil, réunissant l’Assemblée sous Christ son Chef. Celui qui avait créé
[v.14-21] Cette révélation des voies de Dieu ne nous présente pas,
toutes choses pour être la sphère du développement de sa gloire, avait
ainsi que le premier chapitre, Christ comme homme ressuscité d’entre
gardé ce secret par devers Lui, afin que l’administration du mystère,
les morts par la puissance de Dieu, afin que nous soyons aussi ressusci-
révélé maintenant par l’établissement de l’Assemblée sur la terre, fût
tés pour avoir part avec Lui, et qu’ainsi l’administration des conseils de
en son temps le moyen de faire connaître aux plus élevés des êtres
Dieu soit accomplie. Elle nous fait voir Christ comme centre de toutes
créés la sagesse de Dieu qui se manifestait de tant de manières di-
les voies de Dieu, le Fils du Père, héritier de toutes choses comme Fils
verses. Ils avaient vu la création surgir et s’épanouir devant leurs yeux ;
créateur, et centre des conseils de Dieu. C’est au Père de notre Sei-
ils avaient vu le gouvernement de Dieu, sa providence, ses jugements,
gneur Jésus Christ que l’apôtre s’adresse maintenant, de même qu’au
son intervention en bonté sur la terre en Christ. Mais voilà un genre de
chapitre premier, il s’était adressé au Dieu de notre Seigneur Jésus
sagesse tout à fait nouveau, une chose en dehors du monde, renfer-
Christ. Ainsi «toute famille» (non pas «toute la famille») se range sous
mée jusqu’alors dans les conseils de Dieu, cachée en Lui, de sorte qu’il
ce nom de Père de notre Seigneur Jésus Christ. Sous le nom de Jéhovah,
n’y avait ni promesse ni prophétie qui la concernât, mais objet spécial
il n’y avait que les Juifs. «Je vous ai connus, vous seuls, de toutes les
de son dessein éternel, rattachée d’une manière particulière à Celui qui
familles de la terre» ; avait dit Jéhovah aux Juifs (Amos 3:2) ; «c’est
est le centre et la plénitude du mystère de la piété, ayant une place à
pourquoi je visiterai sur vous toutes vos iniquités.» Mais sous le nom
elle en union avec Christ, et qui, tout en étant manifestée sur la terre
de Père de Jésus Christ, toutes les familles, l’Assemblée, les anges, les
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

Juifs, les gentils, tous se rangent. Toutes les voies de Dieu dans ce qu’il devant nos yeux émerveillés comme appartenant justement à Christ. Il
avait arrangé pour sa gloire, se coordonnent sous ce nom et sont en le fait en ce que Christ habite en nous avec la plus tendre affection, et
rapport avec Lui. qu’il est la force de notre coeur. C’est comme enracinés et fondés dans
l’amour, et embrassant ainsi, comme premier cercle de nos affections
Et voici ce que l’apôtre demandait pour les saints auxquels il
et de nos pensées, ceux qui sont à Christ — tous les saints, objets de
s’adressait : c’était qu’ils fussent capables de saisir toute la portée de
son amour ; — c’est comme remplis de Lui et nous-mêmes comme
ces conseils, et l’amour de Christ qui en était pour leurs coeurs le centre
centre de toutes SES affections et pensant ses pensées, que nous nous
assuré. Dans ce but, l’apôtre désire qu’ils soient puissamment fortifiés
plongeons dans toute l’étendue de la gloire de Dieu, car elle est la gloire
par l’Esprit du Père de notre Seigneur Jésus Christ, et que le Christ, qui
de Celui que nous aimons. Et quelle est la limite de cette gloire ? Elle
est le centre de toutes ces choses dans les conseils de Dieu le Père, ha-
n’en a point : c’est la plénitude de Dieu. Nous la trouvons dans cette
bite dans leurs propres coeurs et soit ainsi le centre intelligent d’affec-
révélation de Lui-même. En Christ, il se révèle dans toute sa gloire : il
tion de toute leur connaissance — centre qui ne trouvait pas de cercle
est sur toutes choses Dieu béni éternellement.
qui limitât la vue. Celle-ci se perdait dans l’étendue que Dieu seul rem-
plit, longueur, largeur, hauteur, profondeur (*). Mais ce centre donnait Mais demeurant dans l’amour, nous demeurons en Dieu et Dieu
en même temps aux saints une place assurée, un appui inébranlable et en nous, et cela en rapport avec le déploiement de sa gloire, telle qu’il
bien connu, dans son amour qui était aussi infini que l’étendue incon- la développe en tout ce qu’il a formé autour de Lui afin de se montrer
nue de la gloire de Dieu dans son déploiement autour de Lui-même. «De en cela, afin que Christ, et Christ dans l’Assemblée, son corps, soit le
sorte que le Christ», dit l’apôtre, «habite dans vos coeurs» (v. 17). Ainsi centre de tout ce en quoi il manifeste cette gloire, et que le tout soit
Celui qui remplit tout de sa gloire, remplit Lui-même le coeur d’un en même temps la manifestation de Dieu lui-même dans sa gloire tout
amour plus puissant que toute la gloire dont il est le centre, et c’est entière. Nous sommes remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu, et
afin de nous donner la force qui nous rend capables, en paix et en c’est dans l’Assemblée que Dieu habite pour cela : il opère en nous par
amour, de contempler tout ce qu’il a fait, la sagesse de ses voies et la son Esprit dans ce but. C’est pourquoi l’apôtre désire et demande que
gloire universelle dont il est le centre. la gloire soit à Lui dans l’Assemblée dans tous les âges par Jésus Christ
(*) Christ est le centre de tout le déploiement de la gloire divine, mais il habite ! Amen.
dans nos coeurs de manière à les placer pour ainsi dire dans ce centre, et de Notez ici que ce qui est désiré est la réalisation de ce dont il est
là leur faire contempler toute la gloire déployée. Là nous pourrions nous parlé. Ce n’est pas, comme dans le chapitre 1, une chose objective, afin
perdre nous-mêmes ; mais l’apôtre nous ramène à l’amour bien connu de que les Éphésiens pussent connaître ce qui est certainement vrai, mais
Christ, non pas toutefois comme à quelque chose de moins étendu, car il est
afin qu’elle fût vraie pour eux, étant fortifiés en puissance par l’Esprit
Dieu, et son amour surpasse toute connaissance, de sorte que nous sommes
de Dieu. Il est bien beau de voir comment, après nous avoir lancés dans
remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu.
l’infini de la gloire de Dieu, l’apôtre nous ramène à un centre connu en
Je le répète : Celui qui remplit tout, remplit par-dessus tout nos Christ — à connaître l’amour de Christ, mais non pour nous rétrécir. Il
coeurs. Dieu nous fortifie selon les richesses de cette gloire qu’il déploie
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

est plus divin, à proprement parler, que la gloire, bien qu’il nous soit coeur des chrétiens d’entre les gentils. Or la première chose à laquelle
familier. Il surpasse toute connaissance. il s’attendait de la part de ses chers enfants dans la foi, comme étant ce
qui convenait à cette unité et comme moyen de la maintenir en pra-
Remarquez encore que l’apôtre ne demande pas ici que Dieu opère
tique, c’était l’esprit d’humilité et de douceur, le support des uns en-
par une puissance (ainsi qu’on l’exprime souvent) qui agisse pour nous,
vers les autres en amour : Voilà l’état individuel dont il désirait la réa-
mais en nous (*). Il peut faire au delà de tout ce que nous pouvons de-
lisation chez les Éphésiens. C’est le vrai fruit de la proximité de Dieu et
mander ou penser selon sa puissance qui agit en nous. Quelle portion
de la possession des privilèges, si l’on en jouit dans sa présence.
pour nous! Quelle place que celle qui nous est donnée en Christ !
(*) C’est là ce qui distingue absolument la prière du chap. 1 et celle-ci. Là, l’ap- À la fin du second chapitre, l’apôtre avait développé le résultat de
pel et l’héritage étaient dans le propos arrêté de Dieu, et la prière de l’apôtre l’oeuvre de Christ en unissant les gentils avec les Juifs, en faisant la paix,
est que les croyants les connaissent, ainsi que la puissance qui les a amenés à et en formant la demeure de Dieu sur la terre, Juif et gentil ayant accès
en jouir. Ici, au chap. 3, c’est ce qui est en nous, et l’apôtre demande que cela auprès du Père par un seul Esprit, par la médiation de Jésus, «les deux»
puisse exister, et cela comme puissance actuelle dans l’Assemblée. étant réconciliés en un seul corps à Dieu. Avoir accès auprès de Dieu,
Chapitre 4 être la demeure de Dieu par sa présence, par l’Esprit Saint, être un seul
corps réconcilié avec Dieu, tel est l’appel des chrétiens. Le troisième
Paul revient ainsi à la thèse posée à la fin du chapitre 2 : Dieu habi- chapitre avait développé ces choses dans toute leur étendue ; l’apôtre
tant dans l’Assemblée par l’Esprit, et les chrétiens, Juifs ou gentils, unis en fait l’application dans le quatrième.
en un seul corps. Il désire que les chrétiens d’Éphèse (et nous tous) mar-
chent d’une manière digne de cet appel. Leur appel, c’était d’être un, [v.1-6] Les fidèles, dans les dispositions mentionnées plus haut,
le corps de Christ, mais, de fait, ce corps manifesté sur la terre dans sa doivent chercher à garder cette unité de l’Esprit par le lien de la paix.
vraie unité par la présence de l’Esprit Saint. Nous avons vu (chap. 1) le Il y a trois choses dans cette exhortation :
chrétien introduit dans la présence de Dieu lui-même ; mais le fait que 1° le devoir pour le chrétien de marcher d’une manière digne de son
les chrétiens formaient le corps de Christ et qu’ils étaient la demeure appel ;
de Dieu ici-bas, la maison de Dieu sur la terre, en un mot, leur position 2° l’esprit dans lequel on doit ainsi marcher ;
tout entière, est compris dans l’expression «leur appel». Le chapitre 1, 3° la diligence pour garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix.
nous présente les saints devant Dieu ; la prière du chapitre 3, nous Il importe de remarquer que l’unité de l’Esprit n’est pas une similarité
montre Christ en eux. de sentiments, mais l’unité des membres du corps de Christ établie par
l’Esprit Saint, et maintenue pratiquement par une marche en harmonie
Or l’apôtre était en prison pour le témoignage qu’il avait rendu à avec l’Esprit de grâce. Il est évident que la diligence requise pour le
cette vérité, pour avoir maintenu et proclamé les privilèges que Dieu maintien de l’unité de l’Esprit, se rapporte à la terre et à la manifesta-
avait accordés aux nations, et en particulier celui de former, par la foi, tion de cette unité sur la terre.
avec les Juifs croyants un seul corps uni à Christ. Paul se sert de ce fait
dans son exhortation comme d’un puissant motif qui doit toucher le
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

L’apôtre fonde maintenant son exhortation sur les divers points de  À l’Esprit (v. 3), nous trouvons liée l’unité du corps, l’unité essentielle
vue sous lesquels cette unité peut être envisagée — en rapport avec le et réelle produite par la puissance de l’Esprit liant à Christ tous ses
Saint Esprit, en rapport avec le Seigneur et en rapport avec Dieu. membres.
 Au Seigneur se lie (v. 5) l’unité de la foi et du baptême : ici chaque
• Il y a un seul corps et un seul Esprit : non seulement un effet produit
individu a la même foi, le même baptême ; c’est la profession exté-
dans le coeur des individus afin qu’ils s’entendent entre eux, mais un
rieure, peut-être vraie et réelle, mais une profession se rapportant à
seul corps. L’espérance dont cet Esprit est la source et la puissance
Celui qui a des droits sur ceux qui s’appellent de son nom.
est une. C’est l’unité essentielle, réelle et subsistante.
 Le troisième caractère d’unité se rattache à des droits divins qui
• Il y a aussi un seul Seigneur : à Lui se lient «une seule foi» et «un seul s’étendent à toutes choses, quoique le lien de cette unité soit plus
baptême». C’est la profession publique et la confession de Christ étroit pour le croyant, parce que Celui qui a droit sur toutes choses
comme Seigneur (comp. 1 Cor.1: 2). demeure dans les croyants.
• Enfin il y a un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tout, Pour résumer
et partout, et en nous tous.
1° Il y a un seul corps et un seul Esprit, une seule espérance de
Quels puissants liens d’unité ! L’Esprit de Dieu, la seigneurie de notre appel.
Christ, l’universelle présence de Dieu, le Père, tout tend à amener en
2° Un seul Seigneur auquel se rattachent une seule foi et un seul
unité, comme à un centre divin, ceux qui sont en relation avec chacune
de ces choses. Toutes les relations religieuses de l’âme, tous les points baptême.
par lesquels nous sommes en contact avec Dieu, s’accordent pour for- 3° Un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tout, partout
mer tous les croyants en un dans ce monde, de telle sorte qu’on ne peut et dans tous les chrétiens.
pas être chrétien sans être un avec tous ceux qui le sont. On ne saurait
De plus, l’apôtre tout en insistant sur ces trois grandes relations
exercer la foi, ni jouir de l’espérance, ni exprimer d’une manière quel-
dans lesquelles les chrétiens sont placés, comme étant dans leur nature
conque, la vie chrétienne, sans avoir la même foi et la même espérance
les fondements de l’unité et les motifs pour la maintenir, nous montre
que les autres croyants, sans exprimer ce qui existe chez les autres qui
ces relations s’étendant successivement en largeur. La relation immé-
ont la foi. Seulement nous sommes appelés à maintenir pratiquement
diate s’applique proprement aux mêmes personnes ; mais le caractère
l’unité.
de Celui qui est la base de la relation élargit l’idée qui s’y rattache. Par
On peut remarquer que les trois sphères d’unité présentées dans rapport à l’Esprit, sa présence unit le corps, est le lien entre tous les
ces trois versets, ne sont pas de la même étendue ; le cercle d’unité membres du corps : les membres du corps seuls, et eux comme tels,
grandit chaque fois. sont envisagés ici. Le Seigneur a des droits plus étendus. Dans cette
relation, il n’est pas parlé des membres du corps : il y a une seule foi et
un seul baptême, une seule profession dans le monde, il ne peut y en
avoir deux. Mais quoique les personnes qui sont dans cette relation
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

extérieure puissent être aussi dans les autres relations et être bénédiction en Christ, nous sommes un : quant à notre service, nous
membres du corps, cependant la relation qui rattache au nom de Sei- avons chacun une place individuelle selon sa divine sagesse et selon ses
gneur, est celle de profession individuelle. Elle n’est pas une chose qui droits souverains dans l’oeuvre. Or voici sur quoi le titre de Christ à con-
ne saurait exister sans une réalité vitale dans l’âme : tandis que, lorsqu’il férer ces dons comme il veut, est fondé, quelle que soit la puissance
s’agit du corps de Christ, on en est membre ou on ne l’est pas. Dieu est divine qui s’exerce en eux : l’homme était sous la puissance de Satan —
Père de ces mêmes membres comme étant ses enfants, mais Celui qui misérable condition, fruit de son péché, condition où sa propre volonté
maintient cette relation, est nécessairement et toujours au-dessus de l’avait réduit, mais dans laquelle, d’après le jugement de Dieu qui avait
toutes choses — personnellement au-dessus de tout, mais divinement prononcé sur lui la sentence de mort, il était dans son corps et dans ses
partout. pensées esclave de l’ennemi qui a l’empire de la mort, sauf les souve-
rains droits et la souveraine grâce de Dieu (voyez chap. 2: 2). Or Christ
Remarquez qu’il ne s’agit pas ici seulement d’une unité de senti-
s’est fait homme, et est allé d’abord, comme homme conduit par l’Es-
ments, de désir et de coeur : cette unité-là est recommandée, mais c’est
prit, à la rencontre de Satan, Il l’a vaincu. Quant à sa puissance person-
afin de maintenir la réalisation et la manifestation ici-bas d’une unité
nelle, il a pu le chasser partout et délivrer les hommes. Mais l’homme
qui tient à l’existence et à la position éternelle de l’Assemblée en
n’a pas voulu avoir Dieu avec lui, et il n’était pas possible que dans leur
Christ. Il y a un seul Esprit, mais il y a un seul corps. L’union des coeurs
état de péché les hommes fussent, sans la rédemption, unis à Christ.
dans le lien de la paix, que l’apôtre désire, est pour le maintien public
Le Seigneur, cependant, poursuivant son oeuvre parfaite d’amour, a
de cette unité ; non qu’il ne puisse y avoir du support l’un à l’égard de
subi la mort et a vaincu Satan dans sa dernière forteresse que mainte-
l’autre, quand celle-ci a disparu, les chrétiens se contentant de son ab-
nait le juste jugement de Dieu contre l’homme pécheur, — jugement
sence. On n’accepte pas ce qui est contraire à la Parole, bien qu’on
que Christ par conséquent a subi, accomplissant une rédemption com-
doive supporter dans certains cas ceux qui sont dans une position qui
plète, finale, et éternelle dans sa valeur, de sorte que ni Satan, le prince
la contredit. La considération de la communauté de position et de pri-
de la mort et l’accusateur des enfants de Dieu sur la terre, ni même le
vilèges, qui est l’apanage de tous les enfants de Dieu, dans les relations
jugement de Dieu, n’ont plus rien à dire aux rachetés. L’empire de Sa-
dont nous venons de parler, servait à les unir les uns avec les autres
tan lui a été ravi ; le juste jugement de Dieu a été subi et complètement
dans la douce jouissance de cette position si précieuse, en les amenant
satisfait ; tout jugement et tout pouvoir sur tous les hommes sont com-
aussi chacun à se réjouir en amour de la part qu’avait chaque autre
mis au Fils, parce qu’il est Fils de l’homme. Ces deux résultats ne sont
membre du corps dans ce bonheur.
pas encore manifestés, quoique le Seigneur possède toute autorité dans
[v.7-14] Mais d’un autre côté, le fait que Christ était exalté pour les cieux et sur la terre. La chose dont il est question ici est un autre
être, dans le ciel, chef sur toutes choses, apportait une différence qui résultat qui s’accomplit en attendant. La victoire du Seigneur est com-
tenait à cette suprématie de Christ, suprématie exercée avec une sou- plète. Il a emmené captif l’adversaire. En montant en haut il a placé
veraineté et une sagesse divines. «À chacun de nous la grâce (le don) a l’homme victorieux au-dessus de toutes choses, et a emmené captive
été donnée selon la mesure du don de Christ» [v.7], c’est-à-dire comme toute la puissance qui auparavant dominait sur l’homme. [v.8]
Christ trouve bon de donner. Par rapport à notre position de joie et de
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

Or avant de manifester en personne le pouvoir qu’il s’est acquis l’homme en Christ, et qui servent de moyen pour la délivrance des
comme homme en liant Satan, avant de le déployer dans la bénédiction autres.
de l’homme sur la terre, il le montre dans l’Assemblée, son corps, en Car ce chapitre ne parle pas des signes plus directs de la puissance de
communiquant, selon sa promesse, à des hommes délivrés de la puis- l’Esprit, tels que les langues, les miracles, et tout ce qu’on appelle ordi-
sance de l’ennemi, des dons qui sont la preuve de ce pouvoir. nairement dons miraculeux. Mais nous avons ici ce que le Seigneur con-
fère comme Chef à des individus ; ceux-ci sont les dons, comme étant
1. Le premier chapitre nous avait exposé les pensées de Dieu ;
ses serviteurs en vue de former les saints pour être avec Lui, et pour
2. le second, l’accomplissement en puissance de ces pensées à l’égard l’édification du corps — c’est le fruit de sa sollicitude pour les saints.
des rachetés, Juifs ou gentils, tous morts dans leurs péchés, pour en C’est pourquoi, comme on l’a déjà remarqué, la persistance de ces dons
former l’Assemblée ; — jusqu’à ce que nous tous, l’un après l’autre, nous croissions jusqu’au
3. enfin le troisième était le développement spécial du mystère en ce Chef — est établie quant à la puissance, par l’Esprit. En 1 Cor. 12, il n’en
qui concernait les gentils dans l’administration du mystère sur la est pas ainsi.
terre par Paul. Arrêtons-nous un instant pour contempler la portée de ce que nous
4. Ici, au quatrième chapitre, l’Assemblée est présentée dans son unité venons de considérer. Quelle oeuvre complète et glorieuse que celle
comme corps, et dans les diverses fonctions de ses membres ; c’est- que le Seigneur a accomplie pour nous, et dont la communication de
à-dire que nous y voyons l’effet positif des conseils de Dieu dans ces dons est le précieux témoignage ! Esclaves de Satan et par consé-
l’Assemblée ici-bas. Mais cela est fondé sur l’exaltation de Christ quent de la mort comme aussi du péché, nous avons vu qu’il a plu à
qui, vainqueur de l’ennemi, est monté comme homme dans le ciel. Christ de subir pour la gloire de Dieu, ce qui pesait sur nous. Il est des-
cendu dans la mort, dont Satan avait le pouvoir. Or la victoire de
Ainsi exalté, il a reçu des dons dans l’homme, c’est-à-dire dans son
l’homme en Lui a été si complète, notre délivrance si entière, qu’exalté
caractère d’homme (comp. Actes 2:33). «Des dons dans l’homme»,
Lui-même, comme homme, à la droite du trône de Dieu, Lui qui avait
c’est l’expression par laquelle cette vérité est rendue dans le Ps. 68
été sous la mort, il nous a retirés de dessous le joug de l’ennemi et use
[v.18], d’où la citation est tirée. Dans le passage qui est devant nous, le
des privilèges que lui donnent sa position et sa gloire, pour faire de ceux
Christ ayant reçu ces dons comme Chef du corps, est le canal de leur
qui étaient auparavant captifs, les vases de sa puissance pour la déli-
communication à d’autres. Ce sont des dons pour les hommes.
vrance d’autres aussi. Il nous donne le droit, comme étant maintenant
Trois choses ici caractérisent Christ : sous sa juridiction, et comme étant rangés sous sa bannière, d’agir dans
1. un homme monté en haut, sa sainte guerre, mus par les mêmes principes d’amour que Lui. Notre
2. un homme qui a emmené captif celui qui tenait l’homme en capti- délivrance est si grande que nous sommes les instruments de sa puis-
vité, sance contre l’ennemi, ses collaborateurs en amour par sa puissance.
3. un homme qui a reçu pour les hommes, délivrés de cet ennemi, les De là découle la relation entre la piété pratique, le complet
dons de Dieu qui rendent témoignage de cette exaltation de
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

assujettissement de la chair, et la capacité de servir Christ comme des étroitement à Celui qui remplit ainsi toutes choses, avec ce qui a été
instruments dans la main de l’Esprit Saint et les vases de sa puissance. tout particulièrement l’objet de son oeuvre de rédemption, c’est-à-
dire son corps, son Assemblée, unie à Lui par le lien de l’Esprit pour
Or l’ascension du Seigneur a une portée immense en rapport avec
compléter cet homme mystique, pour être l’épouse de ce second
sa personne et son oeuvre. Il est bien monté comme homme, mais il
Homme qui remplit tout en tous — un corps qui en tant que manifesté
est premièrement descendu comme homme jusque dans les ténèbres
ici-bas, est placé au milieu d’une création qui n’est pas encore délivrée,
du sépulcre et de la mort ; et de là, ayant remporté la victoire sur la
et en présence d’ennemis qui sont dans les lieux célestes, jusqu’à ce
puissance de l’ennemi qui avait le pouvoir de la mort, et ayant effacé
que Christ exerce, de la part de Dieu son Père, la puissance qui Lui a été
les péchés de ses rachetés et accompli la gloire de Dieu en obéissance,
confiée comme homme. Lorsque Christ exercera ainsi sa puissance, il
il prend sa place comme homme au-dessus de tous les cieux, afin qu’il
tirera vengeance de ceux qui ont souillé sa création en entraînant
remplisse toutes choses, non seulement en tant que Dieu, mais selon
l’homme, qui avait été le chef de cette création ici-bas, et l’image de
la gloire et la puissance d’une position dans laquelle l’a placé l’accom-
celui qui devait être Chef sur toutes choses. Il délivrera aussi la création
plissement de l’oeuvre de la rédemption, oeuvre qui l’a conduit dans
de son assujettissement au mal. En attendant, personnellement élevé
les profondeurs de la puissance de l’ennemi et l’a placé sur le trône de
comme homme glorieux, et assis à la droite de Dieu jusqu’à ce que Dieu
Dieu. Et cette position, il la tient non seulement par son titre de Créa-
mette ses ennemis pour le marchepied de ses pieds, il communique les
teur, qui Lui appartenait déjà, mais par celui de Rédempteur qui met à
dons nécessaires pour le rassemblement de ceux qui doivent être les
l’abri du mal tout ce qui se trouve dans la sphère de la puissante effi-
compagnons de sa gloire, qui sont les membres de son corps, et qui
cacité de son oeuvre, sphère remplie de bénédiction, de grâce, et de
seront manifestés avec Lui quand sa gloire brillera au milieu de ce
Lui-même. Glorieuse vérité, qui tient en même temps à l’union de la
monde de ténèbres.
nature divine et de la nature humaine dans la personne du Christ, et à
l’oeuvre de rédemption accomplie par Lui en souffrant sur la croix. L’apôtre nous montre ici une assemblée déjà délivrée et exerçant
L’amour l’a fait descendre du trône de Dieu et étant devenu un la puissance de l’Esprit, qui d’un côté délivre les âmes, et de l’autre les
homme (*), par la même grâce, il est descendu dans les ténèbres de la édifie en Christ pour les faire croître jusqu’à la mesure de leur Chef,
mort. Ayant subi la mort en portant nos péchés, il est remonté jusqu’à malgré toute la puissance de Satan qui subsiste encore.
ce trône, comme homme, et remplit toutes choses. Il est descendu au- Mais une vérité importante se rattache à ce fait. Cette puissance
dessous de la création dans la mort, et a été élevé au-dessus de tout. spirituelle ne s’exerce pas d’une manière simplement divine. C’est
(*) La descente dans les parties inférieures de la terre est envisagée comme Christ monté en haut (Celui qui toutefois était auparavant descendu
ayant lieu depuis sa place comme homme sur la terre ; ce n’est pas sa venue dans les parties les plus basses de la terre) qui a reçu, comme homme,
du ciel pour être un homme. C’est Christ qui est descendu. ces dons de puissance. Je dis reçu comme homme, car c’est de cette
Mais en remplissant toutes choses selon les droits de sa personne manière que le Ps. 68 [spéc. v.15-22] et Actes 2: 33, expriment cette vérité,
glorieuse, et en rapport avec l’oeuvre qu’il a accomplie, il est aussi en ainsi que nous l’avons vu. Ce dernier passage toutefois parle aussi du
relation immédiate avec ce qui dans les conseils de Dieu est uni
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

don fait à ses membres. Dans notre chapitre, c’est de ce don seulement réunir en un seul corps devant Dieu — la croix où Christ a bu la coupe
qu’il est question : «il a donné des dons aux hommes». et a porté la malédiction, de sorte que la colère est passée pour le
croyant, la croix où un Dieu d’amour, un Dieu Sauveur est pleinement
[Remarque sur les dons]
manifesté.
Je voudrais aussi faire remarquer que ces dons ne sont pas présen-
L’existence des apôtres ne date donc ici que des dons qui ont suivi
tés ici comme des dons dispensés par le Saint Esprit venu ici-bas et dis-
l’exaltation de Jésus. Les douze, en tant qu’envoyés par Jésus sur la
tribuant à chacun selon sa volonté, et qu’il ne s’agit pas des dons qui
terre, n’ont point de place dans l’enseignement de cette épître qui traite
sont des signes de puissance spirituelle propres à agir sur ceux de de-
du corps de Christ, de l’unité et des membres de ce corps, et le corps
hors. Ils sont des ministères pour le rassemblement et l’édification, et
n’a pas pu exister avant que la Tête existât et eût pris sa place comme
sont établis par Christ comme Chef du corps par le moyen de dons dont
telle. Aussi avons-nous vu que lorsque Paul parle des apôtres et des
il revêt les personnes de son choix. Il est monté en haut, a pris sa place
prophètes, ces derniers sont pour lui exclusivement ceux du Nouveau
comme homme à la droite de Dieu, et il remplit toutes choses, mais
Testament, et ceux qui ont été faits tels par Christ après son ascension.
quelle que soit l’étendue de sa gloire, Christ a tout premièrement pour
C’est le nouvel homme céleste qui, comme Tête exaltée dans le ciel,
objet d’accomplir les voies de Dieu en amour en rassemblant les âmes,
forme son corps sur la terre. Il le fait pour le ciel en mettant les individus
et en particulier de les accomplir envers l’Assemblée, faisant valoir la
qui le composent, spirituellement et intelligemment en rapport avec
manifestation de la nature divine et communiquant à l’Assemblée les
Lui-même, la Tête, par la puissance du Saint Esprit agissant dans ce
richesses de cette grâce que ces voies déploient et dont la nature divine
corps sur la terre : les dons dont l’apôtre parle ici étant les canaux de
est la source. C’est dans l’Assemblée que la nature de Dieu, ses conseils
communication des grâces du Chef selon les liens que le Saint Esprit
de grâce, et l’oeuvre efficace de Jésus se concentrent dans leur objet.
forme entre la Tête et le corps.
Or ces dons sont les moyens d’administrer, dans la communication de
ces choses, la bénédiction à l’homme. [A] Apôtres, prophètes, [B]évan- L’effet propre et immédiat de l’action des dons est le perfection-
gélistes, [C] pasteurs et docteurs sont ces dons ; [A] les apôtres et pro- nement des individus selon la grâce qui se trouve dans la Tête. La forme
phètes, posant (ou plutôt étant posés) comme les fondements du bâti- que prend cette action divine est l’oeuvre du ministère et la formation
ment céleste et agissant comme venant directement du Seigneur d’une du corps du Christ, jusqu’à ce que tous les membres parviennent à
manière extraordinaire ; [B+C] les deux autres classes — [C] la dernière l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de Christ leur Chef. Christ
étant subdivisée en deux dons réunis dans leur nature — appartenant a été révélé dans toute sa plénitude ; c’est d’après cette révélation que
au ministère ordinaire de tous les temps. Il est important aussi de re- les membres du corps doivent être formés à la ressemblance de Christ,
marquer que l’apôtre ne voit rien d’existant avant l’exaltation de Christ, connu comme remplissant toutes choses, et comme Chef de son corps,
sinon l’homme enfant de colère, la puissance de Satan, la puissance — révélation de l’amour parfait de Dieu et de l’excellence de l’homme
qui nous a ressuscités (morts que nous étions dans le péché) avec devant Lui selon ses conseils, de l’homme vase de toute sa grâce, de
Christ, et l’efficacité de la croix qui nous a réconciliés avec Dieu, et qui toute sa puissance et de tous ses dons. Ainsi l’Assemblée et chacun des
a aboli la distinction entre le Juif et le gentil dans l’Assemblée pour les membres de Christ seraient remplis des pensées et des richesses d’un
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

Christ bien connu, au lieu d’être ballotés çà et là par toutes sortes de l’édification du corps en amour, se termine ce développement des con-
doctrines mises en avant par l’ennemi pour tromper les âmes. seils de Dieu, relativement à l’union de Christ et de l’Assemblée, dans
son double caractère du corps de Christ en haut, et de la demeure de
[v.15-16] Le chrétien devait croître d’après tout ce qui était révélé
l’Esprit sur la terre. Ces deux vérités ne peuvent être séparées, mais ont
en Christ, et ressembler toujours plus à son Chef, en usant pour sa
chacune leur importance distinctive, et elles concilient les opérations
propre âme de l’amour et de la vérité, les deux choses dont Christ est
certaines et immuables de la grâce dans le Chef avec les manquements
la parfaite expression. La vérité expose les vraies relations de toutes les
de l’Assemblée responsable sur la terre.
choses les unes avec les autres en rapport avec le centre de tout, qui est
Dieu maintenant révélé ; l’amour est ce que Dieu est au milieu de tout. (*) Le verset 11 présente les dons spéciaux et permanents ; le verset 16, ce
Or Christ, comme lumière, met tout précisément à sa place : l’homme, que chaque jointure fournit à sa place propre. Les deux choses ont leur fonc-
Satan, le péché, la justice, la sainteté, tout, et cela dans tous les détails tion pour la formation et la croissance du corps.
et en rapport avec Dieu. Et Christ a été l’amour, l’expression de l’amour [v.17-Ch.5 v.2] Après cela, nous trouvons les exhortations à une
de Dieu au milieu de tout ce qui existe. Il est ainsi notre modèle, et notre marche qui convienne à la position que Dieu nous a faite, pour que sa
modèle comme celui qui a vaincu, et qui, étant monté au ciel, est notre gloire en nous et par nous, et sa grâce envers nous, soient identifiées
Chef auquel nous sommes unis comme membres de son corps. dans notre pleine bénédiction. Nous ferons remarquer les grands prin-
De ce Chef découle, par le moyen de ses membres, la grâce néces- cipes de ces exhortations.
saire pour accomplir l’oeuvre d’assimilation à Lui-même. Son corps, D’abord nous avons le contraste (*) entre l’ignorance d’un coeur
bien uni, s’accroît par l’opération de sa grâce dans chaque membre, et aveuglé et étranger à la vie de Dieu, et par conséquent marchant dans
s’édifie lui-même en amour (*). Telle est la position de l’Assemblée se- la vanité de son entendement, c’est-à-dire d’après les convoitises d’un
lon Dieu jusqu’à ce que tous les membres du corps parviennent à la coeur livré aux impulsions de la chair, sans Dieu, et l’état d’un homme
stature de Christ. Hélas ! la manifestation de cette unité est obscurcie, qui a appris Christ comme la vérité est en Jésus, expression de la vie de
mais la grâce et l’opération de la grâce du Chef pour nourrir et faire Dieu dans l’homme, de Dieu lui-même manifesté en chair. C’est le fait
croître les membres ne s’affaiblit jamais, non plus que l’amour du d’avoir dépouillé le vieil homme qui se corrompt selon ses convoitises
coeur du Seigneur d’où cette grâce découle. Nous ne glorifions pas le trompeuses et d’avoir revêtu le nouvel homme, Christ. Ce n’est pas
Seigneur, nous n’avons pas la joie d’être les ministres de la joie l’un de une amélioration du vieil homme ; c’est l’avoir dépouillé et avoir re-
l’autre, comme nous pourrions l’être, mais le Chef ne cesse pas d’opé- vêtu Christ.
rer pour le bien de son corps. Le loup vient bien et disperse les brebis,
(*) J’ai déjà fait remarquer que ce contraste entre l’ancien et le nouvel état
mais il ne peut les ravir de la main du berger. Sa fidélité se glorifie dans caractérise l’épître aux Éphésiens plus que celle aux Colossiens. Dans cette
notre infidélité, sans l’excuser. Avec ce précieux objet de l’administra- dernière, on trouve davantage le développement de la vie.
tion de la grâce, c’est-à-dire de faire croître chaque membre du corps
Ici même l’apôtre ne perd pas de vue l’unité du corps : nous par-
de Christ individuellement jusqu’à la mesure de la stature du Chef lui-
lons la vérité, parce que «nous sommes membres les uns des autres»
même ; avec l’administration de chaque membre à sa place pour
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

[v.25]. «La vérité», l’expression de la simplicité et de l’intégrité du coeur, moralement, soit en puissance. Il agit selon ce jugement, il est juste. Il
est en rapport avec «la vérité telle qu’elle est en Jésus» [v.21], dont la connaît aussi le mal parfaitement, étant Lui-même le bien, de sorte qu’il
vie est transparente comme la lumière, ainsi que le mensonge est en a le mal en horreur parfaitement, et qu’il le repousse par sa nature : il
rapport avec les convoitises trompeuses. est saint. Or le nouvel homme, créé d’après la nature divine, est tel en
justice et en sainteté de la vérité. Quel privilège et quelle bénédiction !
De plus, le vieil homme est sans Dieu, étranger à la vie de Dieu. Le
C’est être comme le dit un autre apôtre, «participants de la nature di-
nouvel homme est créé, c’est une nouvelle création, et une création
vine». Adam n’avait rien de cela.
(*) selon le modèle de ce qu’est le caractère de Dieu : «Justice et sain-
teté de la vérité». Le premier Adam n’était pas créé à l’image de Dieu (*) Il y a un sens dans lequel Dieu est, moralement, la mesure d’autres êtres
de cette façon-là. Par la chute, la connaissance du bien et du mal est — considération qui fait ressortir l’immense privilège de l’enfant de Dieu. C’est
entrée dans l’homme : il ne peut plus être innocent. Innocent, il était l’effet de la grâce en ce qu’étant né de Dieu et participant de sa nature, l’en-
ignorant de ce qu’est le mal en soi-même ; maintenant déchu, il est fant de Dieu est appelé à être imitateur de Dieu, à être parfait comme son Père
est parfait. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu, car Dieu est amour.
étranger à la vie de Dieu dans son ignorance : mais la connaissance du
Dieu nous rend participants de sa sainteté, en conséquence nous sommes ap-
bien et du mal qu’il a acquise, la distinction morale entre le bien et le
pelés à être imitateurs de Dieu comme ses chers enfants. Cela fait voir les im-
mal en ce qu’ils sont en eux-mêmes, est un principe divin : «L’homme
menses privilèges de la grâce. La grâce, c’est l’amour de Dieu au milieu du mal,
est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal», dit amour qui, supérieur à tout mal, marche dans la sainteté et nous réjouit aussi
Dieu. Mais il faut l’énergie divine, la vie divine, pour posséder cette ensemble, d’une manière divine, dans l’unité des mêmes joies et des mêmes
connaissance et subsister dans le bien devant Dieu. sentiments. C’est pourquoi Christ dit (Jean 17) : «Un, comme nous, nous
(*) Dans l’épître aux Colossiens nous avons : «Le nouvel homme qui est renou- sommes un» et «qu’eux soient un en nous».
velé en connaissance, selon l’image de celui qui l’a créé.» Adam était parfait comme homme innocent. La respiration de vie
Chaque chose a sa vraie nature, son vrai caractère aux yeux de dans ses narines venait du souffle de Dieu, et il était responsable
Dieu; c’est là la vérité. Ce n’est pas que Lui soit la vérité. La vérité est d’obéir à Dieu dans une chose où il n’y avait ni bien ni mal à connaître,
l’expression juste et parfaite de ce qu’est une chose — et d’une manière mais simplement un commandement. L’épreuve était seulement celle
absolue, de ce que sont toutes choses — et des relations dans lesquelles de l’obéissance, non pas la connaissance du bien et du mal en soi. Main-
elle est avec d’autres ou des relations de toutes choses entre elles. Ainsi tenant, en Christ, la portion du croyant est la participation à la nature
Dieu ne saurait être la vérité : il n’est pas l’expression de quelque autre divine elle-même dans un être qui connaît le bien et le mal, et qui par-
chose. Tout se rapporte à Lui ; il est le centre de toute vraie relation et ticipe vitalement au souverain bien, à la nature de Dieu lui-même,
de toute obligation morale. Dieu n’est pas non plus la mesure d’autres quoique cependant dépendant toujours de Lui. C’est notre mauvaise
choses, car il est au-dessus de tout, et rien d’autre ne peut tenir cette nature qui n’est pas dépendante de Lui, ou au moins ne veut pas l’être.
place, ou bien Dieu ne l’aurait pas (*). C’est Dieu fait homme, c’est Or il y a un prince de ce monde étranger à Dieu ; et outre la parti-
Christ qui est la vérité et la mesure de tout ; mais toutes choses ont leur cipation à la nature divine, il y a l’Esprit lui-même qui nous a été donné.
vrai caractère aux yeux de Dieu, et il juge justement de tout, soit Ces solennelles vérités entrent aussi comme principes dans les
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

exhortations de l’apôtre. D’un côté, «ne donnez pas occasion au o Nous avons à marcher dans l’amour, «comme le Christ nous a ai-
diable», ne lui donnez pas lieu d’entrer et d’agir sur la chair, et, d’un més et s’est livré lui-même pour nous en offrande et sacrifice à
autre, «n’attristez pas le Saint Esprit» qui demeure en vous. La rédemp- Dieu». «Pour nous», voilà l’amour divin ; «à Dieu», c’est la per-
tion de la créature n’est pas encore arrivée, mais vous avez été scellés fection de l’objet et du motif. La loi prend l’amour de soi-même
pour ce jour-là : respectez et chérissez ce saint et puissant hôte qui, en comme mesure de l’amour pour les autres. Christ s’est livré lui-
grâce, demeure en vous. Ainsi, que toute amertume et malice cessent, même entièrement et pour nous, mais à Dieu. Notre indignité
même en paroles, et que la douceur et la bonté règnent en vous, selon rehausse la valeur de l’amour ; mais d’un autre côté, une affection
le modèle que vous en avez dans les voies de Dieu en Christ envers vous. et un motif tirant leur valeur de leur objet (et avec Christ, c’était
«Soyez imitateurs de Dieu» : beau et magnifique privilège, mais qui dé- Dieu lui-même qui était l’objet), c’est Lui-même qui se livre en-
coule naturellement de la vérité que nous sommes rendus participants tièrement. Car, pour ainsi dire, nous pouvons aimer au-dessus ou
de sa nature, et que son Esprit demeure en nous. au-dessous de nous. Lorsque, dans nos affections, nous regardons
au-dessus de nous, plus noble est l’objet, plus nobles sont nos af-
Voici les deux grands principes subjectifs du chrétien :
fections ; quand c’est au-dessous, plus indigne est l’objet, plus
1. avoir dépouillé le vieil homme et revêtu le nouveau, puis
pur et plus absolu est l’amour. Christ a été parfait dans ces deux
2. l’Esprit Saint demeurant en lui.
manières d’aimer, et cela d’une manière absolue. Il s’est livré Lui-
Il ne peut y avoir rien de plus précieux que le modèle de vie donné ici
même pour nous, et il l’a fait à Dieu. Ensuite, nous sommes lu-
au chrétien, et fondé sur le fait que nous sommes une nouvelle créa-
mière dans le Seigneur. Nous ne pouvons pas dire que nous
tion. Il est parfait subjectivement et objectivement.
sommes amour, car l’amour est la bonté souveraine en Dieu ;
• D’abord, subjectivement, la vérité en Jésus est d’avoir dépouillé le nous marchons dans l’amour comme Christ.
vieil homme et revêtu le nouveau qui a Dieu pour modèle à imiter.
o Mais nous sommes lumière dans le Seigneur. C’est le second nom
Il est créé selon Dieu dans la perfection du caractère moral de Dieu.
essentiel de Dieu, et comme participants de la nature divine,
Mais ce n’est pas tout. Le Saint Esprit de Dieu, par lequel nous
nous sommes lumière dans le Seigneur. Ici encore, Christ est le
sommes scellés pour le jour de la rédemption, demeure en nous :
modèle : «Christ luira sur toi». Nous sommes donc appelés
nous ne devons pas l’attrister. Ce sont là les deux éléments de notre
comme de chers enfants à être imitateurs de Dieu.
état, le nouvel homme créé selon Dieu et la présence du Saint Esprit
de Dieu. Le Saint Esprit est ici appelé l’Esprit de Dieu, en rapport avec Cette vie à laquelle nous participons et de laquelle nous vivons
le caractère de Dieu. comme participant à la nature divine, nous a été objectivement pré-
sentée en Christ dans toute sa perfection et dans toute sa plénitude
• Ensuite, objectivement : étant créés selon Dieu et Dieu demeurant
dans l’homme, et dans l’homme maintenant amené à la perfection
en nous, il est le modèle de notre marche, et cela en rapport avec
dans le ciel selon les conseils de Dieu à son égard. Cette vie, c’est
les deux mots qui seuls expriment l’essence de Dieu, savoir amour
Christ, cette vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous a été
et lumière.
manifestée, Celui qui étant d’abord descendu, est maintenant
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

monté au ciel pour y porter l’humanité et la déployer dans la gloire, 1. D’abord courir la course comme un homme vers l’objet de son appel
la gloire de Dieu, selon ses conseils éternels. Nous avons vu cette vie céleste : il la poursuit tendant vers Christ monté en haut. Il court la
ici-bas dans son développement terrestre : Dieu manifesté en chair, course vers le ciel. L’excellence de Christ là-haut est son motif — il
l’homme parfaitement céleste et obéissant en toutes choses à son veut gagner Christ.
Père, mû, dans sa conduite envers les autres, par les motifs qui ca- 2. Mais tel n’est pas le point de vue de l’épître aux Éphésiens. Là, il est
ractérisent Dieu lui-même en grâce. Plus tard, il sera manifesté en assis dans les lieux célestes en Christ, et il est comme venu hors du
jugement. Déjà ici-bas, il a passé à travers toutes les expériences ciel, ainsi que cela eut lieu réellement pour Christ, et il manifeste le
d’un homme, comprenant ainsi comment la grâce s’adapte à nos be- caractère de Dieu sur la terre, duquel, comme nous l’avons vu, Christ
soins, et la déployant actuellement selon cette connaissance, comme est le modèle. Nous sommes appelés, comme étant de bien-aimés
il exercera plus tard le jugement avec une connaissance de l’homme, enfants, à manifester les voies de notre Père.
non seulement divine, mais avec celle d’un homme qui, ayant tra- Nous ne sommes pas créés de nouveau selon ce qu’était le premier
versé ce monde en étant parfaitement saint, laissera les coeurs sans Adam, mais selon ce que Dieu est : Christ en est la manifestation, et il
excuse et sans échappatoire. est le second Homme, le dernier Adam (*).
Mais c’est de l’image de Dieu en Lui que nous parlons maintenant (*) Il est bon de remarquer ici la différence entre Rom. 12: 1, 2, et cette épître.
; c’est en Lui que la nature que nous avons à imiter nous est présentée, En Romains, nous l’avons vu, l’homme est envisagé comme vivant sur la terre,
et présentée dans l’homme comme elle doit se développer en nous ici- c’est pourquoi il doit offrir son corps en sacrifice vivant — vivant en Christ, il
bas dans les circonstances que nous traversons. Nous voyons en Lui la doit livrer ses membres entièrement à Dieu. En Éphésiens, les saints sont vus
manifestation de Dieu, et cela en contraste avec le vieil homme. Là, comme déjà assis dans les lieux célestes, et ils doivent venir de là en témoi-
nous avons «la vérité comme elle est en Jésus», sauf qu’en nous elle gnage. de ce caractère devant les hommes, marchant dans l’amour et dans la
comprend le dépouillement du vieil homme et le revêtement du nou- lumière comme Christ l’a fait.
veau, correspondant à la mort et la résurrection de Christ (comp. par- Quand l’apôtre entre dans les détails, on trouve ces traits caracté-
ticulièrement quant à sa mort : 1 Pierre 3: 18 ; 4: 1). Ainsi pour attirer et ristiques du nouvel homme :
faire marcher nos coeurs, pour nous donner le modèle sur lequel ils doi- 1. la vérité,
vent être formés, le but auquel ils doivent tendre, Dieu nous a donné 2. l’absence de toute colère ayant le caractère de haine (le mensonge
un objet dans lequel il se manifeste Lui-même, et qui est l’objet de et la haine sont les deux caractères de l’ennemi),
toutes ses délices. 3. la justice pratique liée au travail selon la volonté de Dieu, vraie posi-
La reproduction de Dieu en l’homme est l’objet que Dieu s’est pro- tion, de l’homme, et
posé dans le nouvel homme, et que le nouvel homme se propose à lui- 4. l’absence de corruption.
même, comme il est lui-même la reproduction de la nature et du ca- C’est l’homme soumis à l’ordre que Dieu a établi depuis la chute et dé-
ractère de Dieu. Il y a deux principes pour la marche du chrétien, selon livré de l’effet des convoitises trompeuses. Mais il y a plus : un principe
la lumière dans laquelle il s’envisage lui-même. divin est introduit dans l’homme, le désir de faire du bien aux autres,
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

à leur corps et à leur âme. Je n’ai pas besoin de dire combien on trouve vraiment il a appris la vérité comme elle est en Jésus, sait qu’elle con-
ici le portrait de la vie de Christ, comme ce qui précède est le dépouille- siste à avoir dépouillé le vieil homme, et à avoir revêtu le nouvel
ment de l’esprit de l’ennemi et du vieil homme. Ensuite l’esprit de paix homme créé selon Dieu en justice et en sainteté, Christ en étant le mo-
et d’amour régnant dans le coeur, malgré le mal chez les autres et les dèle selon les conseils de Dieu en gloire, et le chrétien doit croître
torts qu’ils peuvent nous faire, complète le tableau. L’apôtre ajoute, ce jusqu’à la mesure de la stature de Christ, qui est la Tête, et il ne doit pas
qui se comprendra facilement après ce que nous venons de dire, qu’en attrister le Saint Esprit par lequel il a été scellé. La révélation la plus
nous pardonnant les uns aux autres, nous devons être les imitateurs de complète de la grâce n’affaiblit pas la vérité immuable que Dieu a un
Dieu et marcher dans l’amour, comme Christ nous a aimés et s’est livré caractère qui Lui est propre ; au contraire, elle développe pour nous ce
pour nous. Beau tableau, précieux privilège ! Que Dieu nous donne de caractère par le moyen des plus précieuses révélations de l’Évangile et
regarder ainsi à Jésus, de manière à ce que son image soit empreinte des relations les plus intimes avec Dieu, qui se forment par ces révéla-
sur nous, et qu’en quelque sorte nous marchions comme Lui. tions ; mais ce caractère ne saurait changer, ni le royaume de Dieu sup-
porter des caractères qui lui seraient contraires. Par conséquent la co-
En outre, remarquons ici, et c’est un trait important de ce tableau
lère de Dieu contre le mal et contre ceux qui le commettent, est clai-
des fruits de la grâce et du nouvel homme, que la grâce et l’amour qui
rement constatée.
descendent de Dieu, agissant dans l’homme, remontent toujours vers
Dieu en dévouement. «Marchez», dit l’apôtre, «dans l’amour, comme Or nous étions ce qui est contraire au caractère de Dieu : nous
le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous comme of- étions ténèbres ; non seulement dans les ténèbres, mais ténèbres dans
frande et sacrifice à Dieu, en parfum de bonne odeur». C’est ce que notre nature, l’opposé de Dieu qui est lumière. Pas un rayon de ce qu’il
l’on voit en Christ. Il est cet amour qui descend en grâce, mais cette est, ne se trouvait dans notre volonté, nos désirs, notre intelligence.
grâce, agissant dans l’homme, fait qu’il se dévoue à Dieu, quoique ce Nous en étions moralement destitués. Il y avait en nous la corruption
soit en faveur d’autres. Il en est de même en nous ; et cette direction du premier Adam, mais nulle participation à aucun des traits du carac-
du coeur vers Dieu est la pierre de touche de l’activité du coeur chrétien. tère divin. Maintenant nous participons à la nature divine, nous avons
les mêmes désirs, nous connaissons ce que Dieu aime, et nous aimons
Chapitre 5
ce qu’il aime, nous jouissons de ce dont il jouit, nous sommes lumière,
[v.3-21] Ensuite, l’apôtre parle clairement à l’égard du péché, afin pauvres et faibles, en vérité, mais cependant tels par nature dans le Sei-
que personne ne se déçoive soi-même, ni ne s’occupe de vérités pro- gneur, envisagés comme étant en Christ. Ce sont les fruits de la lumière
fondes en en usant intellectuellement pour négliger la moralité ordi- (*) qui se développent dans le chrétien. Il doit éviter toute association
naire, ce qui est une des marques de l’hérésie proprement dite. Il a rat- avec les oeuvres infructueuses des ténèbres.
taché, dans son enseignement, les doctrines les plus profondes à la pra-
(*) Il faut lire : «fruits de la lumière», non pas «fruits de l’Esprit».
tique de chaque jour. Il a montré Christ glorifié, Lui le Chef de l’Assem-
blée, modèle du nouvel homme, le dernier Adam, l’Assemblée étant Mais en parlant des motifs qui doivent gouverner le chrétien,
une avec Lui en haut, et étant, sur la terre, l’habitation de Dieu par l’apôtre revient aux grands sujets qui le préoccupent, et il y revient non
l’Esprit, par lequel chaque chrétien est scellé. Chaque chrétien, si seulement pour que nous revêtions le caractère mis en évidence par ce
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

dont il parle, mais afin que nous en réalisions toute l’étendue et que rendre grâces en toutes choses — il faut un oeil simple qui prend ses
nous en expérimentions toute la force. Il nous avait dit que la vérité en délices en la volonté de Dieu.
Jésus était d’avoir revêtu le nouvel homme en contraste avec le vieil [v.22-33] En entrant dans les détails des relations et des devoirs
homme, et que nous ne devions pas attrister le Saint Esprit. Il exhorte particuliers des chrétiens, l’apôtre ne peut pas abandonner le sujet qui
maintenant ceux qui dorment à se réveiller, et Christ sera leur lumière. lui est cher. Le commandement qu’il donne aux femmes de se sou-
La lumière manifeste tout ; mais quoiqu’il ne soit pas mort, celui qui mettre à leurs maris, amène immédiatement à sa pensée la relation
dort ne profite pas de la lumière. Pour ce qui est d’entendre, de voir, entre Christ et l’Assemblée, non pas comme sujet de connaissance
et de toute réception et communication mentale, il est dans l’état d’un maintenant, mais afin de montrer son affection et ses tendres soins
homme mort. Hélas ! que de fois ce sommeil nous prend ! Mais en se
pour elle.
réveillant, on ne verra pas la lumière d’une manière vague et incertaine
; Christ lui-même sera la lumière de l’âme ; on aura toute la pleine ré- Nous avons vu que l’apôtre, ayant posé les grands principes qui se
vélation de ce qui est agréable à Dieu, de ce qu’il aime ; on aura la sa- déploient dans la révélation de notre relation avec Dieu — notre appel
gesse divine en Christ ; on saura profiter des occasions et en trouver, — en tire les conséquences pratiques à l’égard de la vie et de la con-
étant ainsi éclairé, au milieu des difficultés d’un monde gouverné par duite des chrétiens : ils ont à marcher comme ayant revêtu le nouvel
l’ennemi ; et on saura agir selon l’intelligence spirituelle dans tous les homme, ils doivent avoir Christ pour leur lumière, ne pas attrister le
cas qui se présenteront. Ensuite, si l’on ne doit pas perdre sa raison par Saint Esprit et en être remplis. Or tout cela, tout en étant un fruit de la
les moyens d’excitation dont use le monde, on doit être rempli de l’Es- grâce, était ou connaissance ou responsabilité pratique.
prit. L’apôtre entend par là que le Saint Esprit prendra de telle sorte Mais ici le sujet est envisagé sous un autre aspect. La grâce agit en
possession de nos affections, de nos pensées, de notre intelligence, Christ lui-même, dans ses affections, dans ses soins protecteurs, dans
qu’il sera leur unique source, selon sa propre et puissante énergie, à son dévouement à l’Assemblée. Rien de plus précieux, de plus tendre,
l’exclusion de toute autre. Ainsi plein de joie, on loue, on chante de joie de plus intime à la fois. Il a aimé l’Assemblée ; voilà la source de tout.
et l’on rend grâces pour tout ce qui arrive, parce qu’un Dieu d’amour Et il y a trois actes dans l’oeuvre de cet amour.
est la vraie source de tout. On est plein de joie dans la réalisation spiri- 1. Il s’est donné lui-même pour elle,
tuelle des objets de la foi, et le coeur demeurant comme rempli de l’Es- 2. il la lave,
prit, et soutenu par cette grâce, l’expérience de la main de Dieu en 3. il se la présente glorieuse.
toute chose ici-bas ne donne lieu qu’à des actions de grâces. Tout vient Ce n’est pas précisément de l’élection souveraine de l’individu de la part
de la main de Celui en qui nous nous confions et dont nous connaissons de Dieu que ces versets parlent, mais de l’affection qui se déploie dans
l’amour. Mais rendre grâces en toutes choses est la pierre de touche la relation que Christ entretient avec l’Assemblée (*).
de l’état de l’âme, parce que la conscience que toutes choses viennent
(*) Il est, bon de remarquer ici ce caractère de l’amour, savoir l’amour dans
de la main de Dieu, la pleine confiance en son amour, et la mort quant une relation établie. La parole de Dieu est plus exacte dans ses expressions
à toute propre volonté de notre part, doivent exister, afin de pouvoir qu’on ne le pense habituellement, parce que l’expression a son origine dans la
chose elle-même. Il n’est pas dit que Christ a aimé le monde ; il n’a pas de
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

relation avec le monde comme il est. Mais il est dit que Dieu a tant aimé le Or nous pouvons toujours compter sur cet amour qui y a été parfaite-
monde : c’est ce qu’il est envers le monde dans sa propre bonté. Il n’est pas ment déployé. Il n’a pas changé. Jésus, que son nom en soit béni et
dit que Dieu aime l’Assemblée : la relation propre de celle-ci comme telle est loué, est pour nous selon l’énergie de son amour, en tout ce qu’il est,
avec Christ, son Epoux céleste. Le Père nous aime : nous sommes ses chers dans toutes les circonstances et pour tous les temps, et dans l’activité
enfants. Dieu, dans ce caractère, nous aime. C’est ainsi que Jéhovah aime
de cet amour selon lequel il s’est donné. «Il a aimé l’Assemblée et s’est
Israël. — D’un autre côté, toute la tendresse et toute la fidélité qui appartien-
livré lui-même pour elle.» Voilà la source de toutes nos bénédictions
nent à la relation dans laquelle Christ se trouve, sont notre portion en Lui, ainsi
comme membres de l’Assemblée.
que tout ce que le nom de Père signifie aussi de son côté.
Mais cet amour de Christ ne s’épuise pas et ne change point. Il ef-
[(1) Le don de Lui-même pour l’Assemblée]
fectue la bénédiction de son objet bien-aimé en le préparant pour un
Voyez aussi l’étendue du don, et quel fondement merveilleux de bonheur dont son coeur est à la fois la mesure et la source (*), bonheur
confiance il renferme. Christ se donne lui-même : ce n’est pas seule- d’une pureté parfaite dont Christ connaît l’excellence dans le ciel. C’est
ment sa vie qu’il donne, tout vrai que cela soit, mais il se donne Lui- une pureté qui convient à la présence de Dieu et à celle qui doit s’y
même. Tout ce que Christ était a été donné, et donné par Lui-même : trouver éternellement, à l’épouse de l’Agneau, pureté qui la rend ca-
c’est l’entier dévouement et le don complet de Lui-même. Et mainte- pable de jouir de l’amour parfait et de la gloire, comme cet amour tend
nant tout ce qui est en Lui, sa grâce, sa justice, son acceptation auprès à purifier l’âme en se faisant connaître à elle et en l’attirant, la dépouil-
du Père, l’excellente gloire de sa Personne, sa sagesse, l’énergie de lant d’elle-même, et la remplissant de Dieu, le centre de son bonheur
l’amour divin qui peut se donner, tout est consacré au bien de l’Assem- et de sa joie.
blée. Il n’y a pas de qualités, pas d’excellences en Christ, qui ne soient
(*) Quand j’ai dit, ici et plus haut, que l’amour de Christ est la source du bon-
à nous dans leur exercice en conséquence du don de Lui-même. Il les a
heur de l’Assemblée, ce n’est pas comme si l’amour du Père et les conseils
déjà données et les a consacrées pour la bénédiction de l’Assemblée éternels de Dieu n’y avaient pas leur place. Je parle de la bénédiction appli-
pour laquelle il s’est donné afin de la posséder. Non seulement ces quée et effectuée dans la relation qui nous est présentée dans ce passage : or
choses sont données, mais Lui les a données ; c’est son amour qui l’a cette relation a lieu avec Christ. Au reste, l’amour du Père et celui de Christ
fait (*). sont le même amour divin.
(*) C’est spécialement le dévouement de son amour ; il donne et se donne [(2) Il lave l’Assemblée]
Lui-même.

Nous savons bien que c’est sur la croix que ce don de Lui-même a
été accompli ; c’est là que la consécration de lui-même pour le bien de Il est important de remarquer qu’ici Christ ne sanctifie pas l’Assem-
l’Assemblée a été complète. Mais dans le passage qui nous occupe, blée pour la faire sienne, mais la fait sienne pour la sanctifier. Elle est
cette oeuvre glorieuse n’est pas considérée précisément au point de d’abord sienne, ensuite il la rend propre pour Lui. Christ qui aime l’As-
vue de son efficacité expiatoire et rédemptrice, mais à celui du dévoue- semblée comme étant sienne, et qui se l’est déjà appropriée en se don-
ment et de l’amour pour l’Assemblée que Christ a manifestés en elle. nant lui-même pour elle, et qui veut l’avoir telle que son coeur la
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

désire, s’en occupe quand il se l’est acquise pour la rendre pure et belle seulement en Lui, mais en nous. (C’est ce dont le ministère du chap. 4
selon ce désir. Il s’est livré lui-même pour elle, afin de la purifier par le est occupé, formant les coeurs des saints sur la terre en communion
lavage d’eau par la Parole (*). Ici, nous trouvons l’effet moral produit avec le Chef duquel la grâce et la lumière descendent.) C’est donc ainsi
par les soins de Christ, le but qu’il se propose dans son oeuvre accom- que Christ sanctifie l’Assemblée pour laquelle il s’est donné. Il la forme
plie dans le temps, et le moyen qu’il emploie pour l’atteindre. Il s’ap- pour les choses célestes par la communication des choses célestes,
proprie l’Assemblée moralement, il la met moralement à part pour Lui, dont il est Lui-même la plénitude et la gloire. Mais la Parole trouve l’As-
lorsqu’il l’a faite sienne, car il ne peut désirer que les choses saintes — semblée mêlée avec des choses qui sont contraires à cette pureté et à
saintes selon la connaissance qu’il a de la pureté — en vertu de son sé- cet amour célestes. Ses affections, hélas ! — au moins quant au vieil
jour éternel et naturel dans le ciel. Il place alors l’Assemblée en rapport homme — sont mêlées avec les choses terrestres contraires à la nature
avec le ciel d’où il est, et où il va l’introduire. Il s’est livré Lui-même, de Dieu et à sa volonté. Ainsi il faut que Christ, en sanctifiant l’Assem-
afin qu’il la sanctifiât. Dans ce but il se sert de la Parole, qui est l’expres- blée, la purifie. C’est donc là l’opération de l’amour de Christ dans le
sion divine des pensées de Dieu, de l’ordre et de la sainteté célestes, temps présent ; mais en vue du bonheur éternel et essentiel de l’As-
de la vérité même, c’est-à-dire des relations vraies de toutes choses semblée.
avec Dieu, et cela selon l’amour de Dieu en Christ, et qui, par consé- Il la sanctifie ; mais il le fait par la Parole, en communiquant en
quent, juge tout ce qui s’écarte de ces relations en fait de pureté ou amour les choses célestes, tout ce qui appartient à la nature, à la ma-
d’amour. jesté et à la gloire de Dieu ; mais les appliquant en même temps pour
(*) Non pas : «et par la Parole». La Parole est l’eau par laquelle il purifie l’As- juger tout ce qui, dans les affections actuelles de l’Assemblée, est en
semblée. désaccord avec ce qu’il communique. Oeuvre précieuse d’amour de Ce-
Il forme l’Assemblée pour être son épouse, une compagne pour Lui lui qui non seulement nous aime, mais qui travaille pour nous rendre
en tout ce qui est selon la gloire et l’amour de Dieu, par la révélation propres à jouir de cet amour, propres à être avec Lui-même dans la
de ces choses, comme elles existent dans le ciel, et il le fait par la Parole maison du Père !
qui en descend. Or Christ lui-même est la pleine expression de ces Quel profond intérêt il nous porte ! Non seulement il a accompli
choses, l’image du Dieu invisible. Ainsi en les communiquant à l’Assem- l’oeuvre glorieuse de notre rédemption en se donnant lui-même pour
blée, il la prépare pour Lui-même. Aussi, en parlant de son propre té- nous, mais il agit continuellement avec une patience et un amour par-
moignage dans ce sens, Jésus dit : «Nous disons ce que nous connais- faits pour nous rendre tels qu’il veut nous avoir en sa présence, propres
sons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu» (Jean 3: pour les demeures et les choses célestes.
11).
Quel caractère aussi que celui de la Parole ainsi envisagée, et quelle
Mais c’est là ce qu’est la Parole, comme nous l’avons reçue de Jé- grâce dans son emploi ! Elle est la communication des choses divines
sus, et plus particulièrement comme partant depuis le ciel, avec le ca- selon leur propre perfection, et maintenant, comme Dieu lui-même est
ractère du nouveau commandement, les ténèbres s’en allant et la vraie dans la lumière, elle est la révélation de Dieu lui-même comme nous le
lumière luisant maintenant, et par conséquent, la chose étant vraie non connaissons dans un Christ glorifié, dans un amour parfait, afin de nous
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

former aussi selon cette perfection pour la jouissance de Lui-même ; et sanctification. Christ s’acquiert d’abord l’Assemblée. Ensuite, dans son
toutefois elle nous est adressée et même elle est appropriée dans sa amour parfait, il la fait être telle qu’il veut qu’elle soit, vérité précieuse
nature même pour nous ici-bas (comp. Jean 1:4), afin de nous faire part pour nous de toute manière : premièrement pour affranchir l’âme de
de ces choses en introduisant la lumière au milieu des ténèbres, ju- toute crainte servile, pour donner à la sanctification son vrai caractère
geant ainsi nécessairement tout ce qui s’y trouve, mais dans le but de de grâce et sa vraie étendue ici-bas. C’est la joie du coeur que de savoir
nous purifier en amour. que Christ lui-même nous rendra tout ce qu’il désire que nous soyons.
Remarquez aussi l’ordre dans lequel cette oeuvre de Christ nous Nous avons considéré deux effets de l’amour de Christ pour l’As-
est présentée. L’amour tout premièrement : Il a aimé l’Assemblée. semblée.
Voilà, nous l’avons déjà dit, la source de tout. Tout ce qui suit est le ré- 1. Le premier, c’est le don de Lui-même, qui, dans un certain sens, em-
sultat de cet amour et ne peut le démentir. Ensuite vient la preuve par- brasse tout ; c’est l’amour parfait en soi : «Il s’est donné lui-même.»
faite de cet amour. «Il s’est donné lui-même pour elle.» Il ne pouvait 2. Le second est la formation morale de l’objet de son amour afin qu’il
donner davantage. Il l’a fait à la gloire du Père, sans doute, mais pour soit avec Lui, et selon les perfections de Dieu lui-même, pouvons-
l’Assemblée. S’il avait réservé quelque chose, l’amour, en se donnant nous ajouter, car en effet la Parole est l’expression de la nature, des
lui-même, n’eût pas été parfait et absolu, il n’aurait pas été un dévoue- voies et des pensées de Dieu.
ment qui ne laissât rien à désirer au coeur réveillé. Le don n’eût pas été
[(3) Il se présente l’Assemblée telle qu’Il désire qu’elle soit]
Christ, car Lui ne pouvait être que parfait. Nous connaissons l’amour et
la perfection en le connaissant, mais il a pris le coeur de l’Assemblée en Il reste encore un troisième effet de cet amour de Christ, qui le
se donnant lui-même pour elle. Il l’a gagnée ainsi ; elle est à Lui selon complète. «Christ se présente à lui-même l’Assemblée glorieuse, sans
cet amour. Oui, c’est là que nous avons appris ce que c’est que l’amour tache, ni ride.» S’il s’est livré lui-même pour l’Assemblée, c’est afin de
: «Par ceci nous avons connu l’amour, c’est que lui a laissé sa vie pour l’avoir avec Lui ; mais alors il a dû la rendre propre à être dans sa pré-
nous.» Tout était pour la gloire du Père, sans cela ce n’aurait pas été la sence glorieuse, et il l’a sanctifiée en la purifiant selon la révélation de
perfection, et la révélation des choses célestes n’aurait pas eu lieu, car Dieu lui-même et des choses célestes, dont il est lui-même le centre en
elle dépendait de la parfaite glorification du Père. En cela les choses à gloire. Le Saint Esprit a pris les choses de Christ et les a révélées à l’As-
révéler se trouvaient manifestées et vérifiées pour ainsi dire malgré le semblée, et tout ce que le Père a, est à Lui. Ainsi rendue parfaite selon
mal ; mais tout est entièrement pour nous. la perfection du ciel, il se présente à Lui-même une Assemblée glo-
rieuse. Moralement l’oeuvre était faite, les éléments de la gloire cé-
Si nous avons appris à connaître l’amour, nous avons appris à con-
leste avaient été communiqués à celle qui devait se trouver dans cette
naître Jésus tel qu’il est pour nous ; et il est tout entier pour nous.
gloire, ils étaient entrés dans son être moral et l’avaient ainsi formée
Ainsi toute l’oeuvre de purification et de sanctification est le résul- pour participer à la gloire elle-même. La puissance du Seigneur est né-
tat de l’amour parfait. Ce n’est pas le moyen d’obtenir l’amour, ni d’en cessaire pour la faire participer de fait à cette gloire, pour la rendre glo-
être l’objet. C’est bien le moyen de nous rendre capables d’en jouir, rieuse, pour détruire en elle toutes les traces de son séjour sur la terre,
mais c’est l’amour même qui, dans son exercice, opère cette sauf le fruit excellent qui en résulte. Il se la présente glorieuse : c’est le
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

résultat de tout. Il l’a prise pour Lui, il se la présente, fruit et preuve de amené naturellement à ce point par l’allusion qu’il avait faite à la Ge-
son amour parfait, et pour elle, c’est la jouissance parfaite de ce même nèse, mais il revient immédiatement au sujet qui l’occupe. Personne,
amour. dit-il, n’a jamais haï sa propre chair ; mais il la nourrit et la chérit, comme
aussi le Christ nourrit et chérit l’Assemblée (v. 29). Voilà le côté précieux,
Mais il y a plus. Ces paroles du verset 27 nous décèlent toute la
pour le temps actuel, de l’amour de Christ, que l’apôtre présente ici.
portée de ce déploiement admirable de grâce. L’Esprit nous reporte à
Non seulement Christ a un but céleste, mais son amour accomplit
l’histoire d’Adam et d’Ève, où Dieu, après qu’il eut formé Ève, la pré-
l’oeuvre qui, pour ainsi dire, lui est naturelle. Il soigne avec tendresse
sente à Adam toute complète selon ses propres pensées divines et en
l’Assemblée ici-bas ; il la nourrit, il la chérit. Les besoins, les faiblesses,
même temps propre à faire les délices d’Adam comme aide adaptée à
les difficultés, les anxiétés de l’Assemblée ne sont pour Christ que des
sa nature et à sa condition. Or Christ est Dieu. Il a formé l’Assemblée,
occasions pour l’exercice de son amour. Elle a besoin d’être nourrie,
mais avec ce droit de plus sur son coeur qu’il s’est donné Lui-même pour
comme notre corps en a besoin, et il la nourrit ; elle est l’objet de ses
elle. Mais il est aussi le dernier Adam en gloire, et il se la présente glo-
tendres affections, il la chérit. Si le but est le ciel, l’Assemblée n’est pas
rifiée, telle qu’il l’a formée pour Lui-même. Quelle sphère pour le dé-
délaissée ici-bas : elle apprend l’amour de Christ là où son coeur en a
ploiement des affections spirituelles que cette révélation ! Quelle grâce
besoin ; elle en jouira pleinement quand les besoins seront passés pour
infinie que celle qui a donné lieu à un pareil exercice de ces affections !
toujours. Au reste, il est précieux de savoir que Christ prend soin de l’As-
On remarquera bien la liaison entre la purification et la gloire, c’est- semblée comme un homme le ferait de sa propre chair. «Car nous
à-dire que la purification est selon la gloire et par elle, et que la gloire sommes membres de son corps, de sa chair et de ses os» (v. 30).
est l’état parfait de la purification, et y répond complètement. Car la L’apôtre fait allusion à Ève. Nous sommes, pour ainsi dire, une partie de
purification est par la Parole, qui révèle toute la gloire et toute la pensée Lui-même, tenant notre existence et notre être de Lui, comme Ève
de Dieu. Présentée en gloire, l’Assemblée n’a ni ride, ni tache ; elle est d’Adam. Le Seigneur peut dire : «Je suis Jésus, que tu persécutes»
sainte et irréprochable. C’est une vérité très importante, et qui se re- (Actes 9: 5). Notre position, d’un côté, c’est que nous sommes membres
trouve ailleurs (comp. 2 Cor. 3: 18 ; et Phil. 3, depuis le verset 11 jusqu’à de son corps ; d’un autre, comme chrétiens, nous tirons notre existence
la fin). Il en est ainsi en 1 Thess. 3: 13. Ce qui est complet en gloire alors, de Lui. C’est pourquoi l’homme doit abandonner ses relations natu-
est opéré maintenant dans l’âme par l’Esprit agissant avec la Parole. relles, afin de s’attacher à sa femme (v. 31). Or c’est bien ce que Christ
Voilà donc le but, la pensée du Seigneur à l’égard de l’Assemblée a fait comme homme, dans un certain sens divinement, et c’est un
et l’opération sanctifiante qui la prépare pour Lui et pour le ciel. Mais grand mystère que son union avec l’Assemblée. Au reste, chacun doit
ce ne sont pas là tous les effets de son amour. Il veille tendrement sur ainsi aimer sa propre femme, et la femme respecter son mari.
elle pendant le temps de son séjour ici-bas. Chapitre 6
L’apôtre, qui ne perd pas de vue la thèse qui a donné lieu à cette [v.1-9] Il y a encore certaines relations de la vie auxquelles la doc-
digression si instructive pour nous, dit que le mari doit aimer sa femme trine de l’Esprit de Dieu se rapporte : ce sont celles des enfants avec
comme son propre corps, et que c’est là s’aimer soi-même. Il était
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

leurs parents, des pères avec leurs enfants, des serviteurs avec leurs On remarquera que, dans les deux relations que nous considérons
maîtres, et de ceux-ci avec leurs serviteurs. ici, ainsi que dans celle des femmes avec leurs maris, c’est du côté où la
soumission est due que les exhortations commencent. C’est le carac-
Il est intéressant de voir les enfants des croyants introduits comme
tère du christianisme dans un monde mauvais où la volonté de
les objets des soins du Saint Esprit, et les esclaves mêmes (car les servi-
l’homme est la source de tout le mal, où elle exprime sa séparation
teurs étaient tels) élevés par le christianisme à une position que les cir-
d’avec Dieu à qui toute soumission est due. Le principe de soumission
constances de leur avilissement social ne sauraient affecter.
et d’obéissance est le principe guérissant de l’humanité ; seulement il
Tous les enfants des chrétiens sont considérés comme objets des faut y introduire Dieu, afin que la volonté de l’homme ne soit pas après
exhortations «dans le Seigneur», qui appartiennent à ceux qui sont de- tout ce qui guide. Mais le principe qui gouverne le coeur de l’homme
dans, qui ne sont plus dans ce monde dont Satan est le prince. Douce pour le bien, est toujours et partout l’obéissance. Je puis avoir à dire
et précieuse consolation pour les parents, que de pouvoir considérer qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’à l’homme ; mais se départir de l’obéis-
leurs enfants comme ayant droit à cette position, et comme ayant part sance, c’est entrer dans le péché. On peut avoir, comme père, à com-
à ces tendres soins que prodigue l’Esprit Saint à tous ceux qui sont mander et à diriger, mais un père le fait mal, s’il ne le fait pas en obéis-
dans la maison de Dieu! L’apôtre fait remarquer l’importance que Dieu sant à Dieu et à sa Parole. Ce principe d’obéissance était l’essence de
attachait sous la loi au devoir des enfants envers les parents. C’est le la vie de Christ : «Je viens, ô Dieu, pour faire ta volonté.» En, consé-
premier commandement auquel il a rattaché une promesse (v. 2). Le quence l’apôtre commence ses exhortations à l’égard des relations mu-
verset 3 est la citation seulement de ce dont l’apôtre parle au verset 2. tuelles, en posant ce principe général : «Étant soumis l’un à l’autre.»
L’exhortation faite aux pères est aussi remarquable. Ils ne doivent [v.21]. Cela rend l’ordre facile, lors même que l’ordre des institutions et
pas provoquer leurs enfants ; leurs coeurs doivent être tournés vers de l’autorité vient à manquer. La soumission, l’obéissance morale ne
eux, afin de ne pas les repousser et détruire ainsi l’influence qui est la peut jamais en principe manquer au vrai chrétien ; c’est le point de dé-
plus puissante garantie pour les enfants contre le mal qui est dans ce part de toute sa vie. Il est sanctifié pour l’obéissance (1 Pierre 1:2).
monde. Dieu forme le coeur des enfants autour de ce centre heureux ; Dans le cas qui nous a amenés à faire ces remarques, il est frappant
c’est à les lier par leurs affections à ce centre, que le père doit veiller. de voir comment ce principe élève l’esclave dans sa condition : il obéit
Mais il y a plus : le père chrétien, car c’est toujours à ceux qui sont de- par un principe intérieur divin, comme si c’était à Christ lui-même.
dans que l’apôtre s’adresse, doit reconnaître la position dans laquelle Quelque méchant que soit son maître, il obéit comme Christ lui-même
nous avons vu que les enfants sont placés, et les élever sous le joug du a obéi. Trois fois l’apôtre répète ce principe d’obéissance à Christ ou de
Christ dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur. La po- service de Christ, en ajoutant : «Faisant de coeur la volonté de Dieu»
sition chrétienne doit être la mesure et la forme des influences (v. 6). Quelle différence cela fait dans la condition du pauvre esclave!
qu’exerce le père, et de l’éducation qu’il donne à ses enfants. Il les En outre, chacun, soit esclave ou libre, recevra sa récompense du Sei-
traite comme élevés pour le Seigneur, et comme le Seigneur les élève- gneur. Le maître lui-même avait, dans le ciel, le même Maître que l’es-
rait. clave, un Maître auprès duquel il n’y a pas d’égard à l’apparence des
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

personnes. Toujours est-il que c’est au maître que l’apôtre dit cela, non produit de ce bon pays dans les plaines de Jéricho. Il en est de même à
pas à l’esclave ; car le christianisme est délicat dans le tact qu’il déploie, l’égard du chrétien. Quoique nous soyons dans le désert, nous sommes
et il ne fausse jamais ses principes. Le maître devait aussi traiter l’es- aussi dans les lieux célestes en Christ. Nous avons passé le Jourdain,
clave avec une équité parfaite, comme il voudrait que l’esclave lui- nous sommes morts et ressuscités avec Christ ; nous sommes assis dans
même fît, et il ne devait pas menacer. les lieux célestes en Lui pour jouir des biens célestes comme du fruit de
notre propre patrie. Mais le combat est devant nous, si nous voulons
Il est très beau de voir la manière dont la doctrine divine entre dans
en jouir d’une manière pratique. La promesse comprend toute béné-
tous les détails de la vie, et jette le parfum de sa perfection sur tous les
diction, tout le pays promis ; mais c’est partout où nous mettrons le
devoirs et sur toutes les relations. Elle reconnaît ce qui existe autant que
pied que nous en jouirons (Josué 1). Pour cela, il nous faut la force du
cela peut être reconnu et dirigé par ses principes ; mais elle relève et
Seigneur ; et c’est de cette force que l’apôtre parle maintenant : «For-
rehausse la valeur de chaque chose selon la perfection de ces principes,
tifiez-vous dans le Seigneur», dit-il (v. 10). L’ennemi est rusé ; il s’agit
non en touchant les relations, mais le coeur de l’homme qui y marche.
de faire face à ses stratagèmes plutôt même qu’à sa force : la force de
Elle prend le côté moral et celui de soumission en amour et dans l’exer-
l’homme, ni sa sagesse n’y peuvent rien. Il faut s’armer de la «pano-
cice de l’autorité que la doctrine divine peut régler, en introduisant
plie», de l’armure complète de Dieu.
dans la grâce qui gouverne l’emploi de l’autorité de Dieu.
Mais d’abord, remarquez que l’Esprit dirige nos pensées vers Dieu
[v.10-20] Mais ce n’est pas tout qu’il y ait une conduite à suivre, un
lui-même avant de parler de ce qu’il y a à vaincre : «Fortifiez-vous dans
modèle à imiter, un Esprit dont on puisse être rempli ; ce n’est pas seu-
le Seigneur.» Cela n’est pas tout premièrement un refuge de devant
lement des relations entre lui-même et Dieu, et de celles dans lesquelles
l’ennemi ; nous sommes dans le refuge pour nous-mêmes avant de
il se trouve ici-bas, que le chrétien a à s’occuper : il a des ennemis à
nous en servir contre les ruses de l’ennemi. C’est dans l’intimité des
combattre. Israël sous Josué, dans la terre de Canaan, était bien dans la
conseils et de la grâce de Dieu que l’homme se fortifie pour le combat
terre de la promesse, mais il s’y trouvait aux prises avec des ennemis
auquel il ne saurait échapper, s’il veut jouir de ses privilèges chrétiens.
qui y étaient avant lui, quoique ce ne fût pas selon les droits d’après
Ensuite, il faut l’armure complète : le manque d’une seule pièce nous
lesquels Israël possédait la terre par le don de Dieu. Dieu l’avait mise à
expose à Satan de ce côté-là. Cette armure doit être celle de Dieu, di-
part pour Israël (voyez Deut. 32: 8) ; Cham s’en était emparé.
vine dans sa nature. Des armes d’homme ne parent pas les coups de
Or, pour nous, ce n’est pas contre le sang et la chair que nous avons Satan. La confiance dans les armes humaines nous engage dans le com-
à combattre, comme c’était le cas d’Israël. Nos bénédictions sont spiri- bat, mais seulement pour nous faire succomber dans une lutte avec un
tuelles dans les lieux célestes. Nous y sommes assis en Christ, nous y esprit plus puissant et plus rusé que nous.
sommes en témoignage aux principautés et aux autorités, nous avons à
Voici les caractères attribués aux ennemis que nous avons à com-
lutter contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les
battre. Ce sont des principautés et des autorités, des êtres possédant
lieux célestes. Israël avait traversé le désert ; il avait passé le Jourdain ;
une énergie de mal dont la source est dans une volonté qui domine
la manne avait cessé ; il mangeait du cru du pays. Il était établi sur le sol
ceux qui ne savent pas comment lui résister ; des êtres qui ont aussi de
de Canaan comme si tout était à lui sans coup férir ; il se nourrissait du
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

la force pour faire valoir cette volonté. Ils tiennent leur énergie de Dieu Pour résister à de pareils ennemis, il nous faut l’armure de Dieu.
; mais la volonté qui s’en sert vient d’eux-mêmes : ils ont abandonné Les manifestations de la puissance de ces ennemis, lorsque Dieu les per-
Dieu ; la source de leurs actions est dans leur propre volonté. Sous ce met, constituent les mauvais jours. Toute cette période actuelle de l’ab-
rapport, c’est une source d’action indépendante de Dieu, et l’énergie sence de Christ est, dans un certain sens, le mauvais jour. Christ a été
et les qualités qu’ils ont de Dieu sont les instruments de cette volonté, rejeté par le monde, dont il était la lumière tandis qu’il s’y trouvait, et
volonté qui n’a de frein qu’en dehors d’elle-même. Ils sont des princi- il est maintenant caché en Dieu. Ce pouvoir que l’ennemi a déployé
pautés et des autorités. Il y en a qui sont bonnes, mais la volonté de lorsqu’il a conduit le monde à rejeter Christ, il l’exerce encore sur lui.
celles-ci n’est que celle de faire ce que Dieu veut, et d’employer à son On s’y oppose par l’action et par la puissance du Saint Esprit qui est
service les forces qu’elles ont reçues de Dieu. avec nous pendant l’absence du Seigneur. Mais il y a des moments où il
est permis à cette puissance de se montrer d’une manière plus particu-
Ces principautés et ces autorités rebelles dominent les ténèbres de
lière, des jours où l’ennemi se sert du monde contre les saints, obscur-
ce monde. La lumière est l’atmosphère dans laquelle Dieu demeure,
cissant la lumière qui y brille de la part de Dieu, troublant et faisant
qu’il répand tout autour de Lui. Les mauvais esprits trompent et domi-
s’égarer les esprits des professants et même des croyants ; des jours,
nent dans les ténèbres. Or ce monde n’ayant pas de lumière de Dieu,
en un mot, où sa puissance se fait sentir. Nous avons à lutter contre
est entièrement dans les ténèbres et les démons y gouvernent ; car
cette puissance, à résister à tous ses efforts, à tenir ferme contre tout
Dieu n’y est pas, sauf en ce qu’il tient le pouvoir suprême en toutes
dans la confession de Christ, de la lumière ; nous avons à faire, malgré
choses, faisant tourner tout à sa gloire, et, en résultat, au bien de ses
tout et à tout prix, tout ce que la confession du nom du Seigneur exige,
enfants.
et à être trouvé debout quand l’orage et le mauvais jour sont passés.
Mais si ces principautés dominent dans les ténèbres de ce monde,
Il ne s’agit donc pas seulement de jouir en paix de Dieu et des con-
elles ne possèdent pas simplement une force extérieure ; elles sont
seils de Dieu et de leur effet ; mais puisque ces conseils mêmes nous
dans les lieux célestes, et sont occupées là avec une méchanceté spiri-
introduisent dans les lieux célestes et font de nous la lumière de Dieu
tuelle. Elles y exercent une influence spirituelle, comme ayant la place
sur la terre, nous avons aussi à rencontrer les malices spirituelles qui
de dieux.
sont dans les lieux célestes et qui cherchent à nous faire fausser notre
Il y a donc : position élevée, à nous égarer, et à obscurcir la lumière de Christ en
• 1° le caractère intrinsèque de ces principautés, leur genre d’être, et nous, sur la terre. On a à échapper pour soi-même aux pièges de la mé-
l’état dans lequel elles se trouvent ; chanceté spirituelle qui est dans les lieux célestes, et à maintenir ici-
• 2° leur pouvoir dans le monde comme le gouvernant, et bas le témoignage pur et sans corruption (*).
• 3° leur ascendant religieux et mensonger comme habitant dans les
(*) Ce que nous avons à vaincre, ce sont les ruses du diable. Sa puissance sur
lieux célestes.
nous est brisée. Il peut soulever le monde pour persécuter les saints et être un
Elles ont aussi pour sphère de l’exercice de leur puissance, les convoi- lion rugissant, mais quant aux tentations personnelles, si nous résistons au
tises de l’homme, et même les terreurs de sa conscience.
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

diable, il s’enfuira de nous. Il sait qu’il a rencontré Christ et que Christ l’a moyen, et en mettant un frein au coeur pour qu’il ne se meuve que
vaincu, mais ses ruses sont toujours là. sous le regard de Dieu. Brider ainsi la volonté est la vraie liberté et la
Or, par la puissance de l’Esprit Saint, qui nous a été donné dans ce vraie joie, parce que le nouvel homme jouit de Dieu dans une commu-
but, nous trouverons que l’armure de Dieu se rapporte premièrement nion non interrompue ; mais ici, l’Esprit en parle en rapport avec la sau-
à ce qui, en mettant la chair de côté et en maintenant l’existence d’une vegarde que nous y trouvons contre les attaques de l’ennemi. En même
bonne conscience, ôte toute prise à l’ennemi ; ensuite à la conserva- temps, il ne s’agit pas seulement de la répression de mauvaises pensées,
tion d’une entière confiance objective en Dieu, et puis à l’énergie ac- répression qui est la conséquence du jugement de nous-mêmes. C’est
tive qui se tient avec confiance en présence de l’ennemi, et qui se sert l’action de la vérité, de la puissance de Dieu agissant dans la révélation
contre lui des armes de l’Esprit. Le tout se termine par l’expression de de toutes choses comme elles sont, de tout ce que Dieu enseigne, pla-
l’entière et continuelle dépendance de Dieu dans laquelle le guerrier çant la conscience dans sa présence, et gardant ainsi le coeur dans ses
chrétien se trouve. pensées. Tout ce que Dieu a dit dans sa Parole et les réalités invisibles
ont ainsi leur vraie force et leur application au coeur qui bat en nous,
Examinons ces armes de Dieu pour les connaître. Elles sont toutes
de sorte que les mouvements de ce coeur tiennent leur caractère de la
pratiques, fondées sur ce qui est accompli, mais en elles-mêmes pra-
propre parole de Dieu et non pas de ses propres désirs, tout se passant
tiques ; car il ne s’agit pas ici de comparaître devant Dieu, mais de résis-
dans la présence de Dieu (*).
ter à l’ennemi et de maintenir notre terrain contre lui.
(*) Les reins ceints sont une figure communément employés pour représenter
[la ceinture de la vérité] un esprit et un coeur gardés en bon ordre par la parole de Dieu et dans la
Devant Dieu, notre justice est parfaite ; c’est Christ lui-même, et présence de Dieu.
nous sommes la justice de Dieu en Lui. Là nous n’avons pas besoin d’ar- Sur le coeur ainsi gardé dans la vérité comme Dieu la révèle, Satan
mure ; nous sommes assis dans les lieux célestes ; tout est paix, tout n’a pas de prise ; il n’y a rien dans les désirs du coeur qui réponde à ses
est parfait. Mais ici nous avons besoin d’armure, d’une armure réelle suggestions. Prenez Jésus pour exemple. Sa sauvegarde n’était pas de
et pratique, et premièrement il faut avoir les reins ceints de la vérité juger tout ce que Satan disait. Dans le désert, au moment où il allait
(v. 14). «Les reins» sont la place de la force, quand ils sont ceints comme commencer son service publie, sauf dans la dernière tentation [*], il ap-
il faut, mais ils représentent les affections intimes et les mouvements pliquait d’une manière parfaite la Parole à lui-même, à ce qui concernait
du coeur. Si l’on permet au coeur d’errer où il veut, au lieu de demeurer sa propre conduite, aux circonstances dans lesquelles il se trouvait. La
dans la communion de Dieu, Satan a facilement prise sur nous. Cette vérité gouvernait son coeur, de sorte qu’il ne se mouvait que selon
pièce de l’armure consiste donc dans l’application de la vérité aux mou- cette vérité dans la circonstance qui se présentait. «L’homme ne vivra
vements les plus intimes, aux premiers mouvements du coeur. On a pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de
ses reins ceints : ce n’est pas le moment de les ceindre lorsque Satan Dieu.» Nulle parole n’était sortie de la bouche de Dieu, et il ne fait rien.
est là. Cette oeuvre se fait avec Dieu, et elle se fait en appliquant la Il n’y avait pas de motif pour agir, et par conséquent agir eût été un
vérité à nos âmes dans sa présence, en jugeant tout en nous par ce acte de son propre mouvement, de sa propre volonté. Cette vérité
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

gardait son coeur en relation avec Dieu dans la circonstance où il se à la vue de tous ? Il se tait devant l’ennemi. Sa propre conscience même
trouvait. Quand la circonstance surgissait, son coeur était déjà en com- le fera taire, s’il est droit, sans qu’il pense aux conséquences, à moins
munion avec Dieu, de sorte qu’il ne suivait d’autre mobile que celui que qu’une confession ne soit nécessaire. Outre cela, la force de Dieu et
la Parole de vérité Lui suggérait. Sa conduite était purement négative, l’intelligence spirituelle lui manqueront : où est-ce qu’il les aurait ac-
mais elle découlait de la lumière que la vérité jetait sur la circonstance, quises en marchant mal ? On va en avant sans crainte quand la cons-
parce que le coeur du Seigneur était sous le gouvernement absolu de cience est bonne.
la vérité. La suggestion de Satan l’aurait fait sortir de cette position ; [les chaussures de la préparation de l’Evangile de la paix]
c’était suffisant. Il ne veut rien avoir à faire avec elle. Jésus ne chasse
pas encore Satan. Il ne s’agissait que de conduite — non pas d’opposi- Mais c’est en marchant avec Dieu, pour l’amour de Dieu, pour
tion flagrante à la gloire de Dieu. Dans le dernier cas, il chasse l’ennemi l’amour de la justice elle-même, qu’on a cette cuirasse-là, et ainsi, l’on
; dans les deux premiers, il agit selon Dieu sans s’occuper lui-même de est sans crainte lorsqu’on est appelé à avancer et à faire face à l’ennemi.
quoi que ce soit au delà. La ruse de Satan a totalement manqué son On acquiert une bonne conscience devant Dieu par le sang de l’Agneau.
effet : elle n’a simplement rien produit. Elle est absolument impuis- En marchant avec Dieu on la conserve devant les hommes et pour la
sante contre la vérité, parce qu’elle n’est pas la vérité ; et le coeur a la communion avec Dieu, afin d’avoir la force et l’intelligence spirituelle,
vérité pour règle. Les ruses ne sont pas la vérité. C’est tout ce qu’il faut et de les avoir d’une manière croissante. C’est là la force pratique d’une
pour empêcher que nous ne soyons pris dans ces ruses, si le coeur est bonne conduite, d’une conscience sans reproche. «Je m’exerce tou-
ainsi gouverné. jours à cela», dit l’apôtre. Quelle intégrité dans une telle marche, quelle
vérité de coeur quand nul oeil ne nous voit ! On est décidé envers soi-
[*] comme expliqué plus loin, dans cette dernière tentation, il est question
même, envers son coeur et à l’égard de sa conduite ; ainsi on peut être
d’une atteinte à la gloire de Dieu, et non plus seulement une question relative
paisible dans ses voies. Dieu aussi est là ; «marchez ainsi», dit l’apôtre,
à sa propre conduite.
«et le Dieu de paix sera avec vous» [Philippiens 4 v.9]. Si les fruits de justice
[la cuirasse de la justice] sont semés dans la paix, le chemin de la paix se trouve dans la justice.
En second lieu, il y a «la cuirasse de la justice» (v. 14) : une cons- Si j’ai une mauvaise conscience, je suis fâché contre moi-même, je m’ir-
cience qui n’a rien à se reprocher. L’homme naturel sait combien une rite contre les autres. Quand le coeur est en paix avec Dieu et qu’il n’a
mauvaise conscience lui ôte de force devant les hommes. Il y a seule- rien à se reprocher, quand la volonté propre est tenue en échec, la paix
ment à ajouter ici la manière dont Satan s’en sert pour enlacer l’homme règne dans l’âme. On marche sur la terre, mais le coeur est au-dessus
dans ses pièges. En maintenant la vérité, on a Satan pour ennemi ; si de la terre, en communion avec de meilleures choses, et l’on marche
nous cédons à l’erreur, il nous laissera sous ce rapport en repos, ex- dans un esprit de paix avec les autres, et rien ne trouble nos rapports
cepté qu’il se sert de nos fautes et de nos crimes pour nous enchaîner avec Dieu. Il est le Dieu de paix. La paix, la paix de Jésus, remplit le
davantage, pour nous lier pieds et mains dans ce qui est faux. Com- coeur. Les pieds en sont chaussés, on marche dans l’esprit de paix (v.
ment un homme qui a la vérité, qui a peut-être échappé même à l’er- 15).
reur, supportera-t-il, si sa conduite a été mauvaise, qu’elle soit exposée [le bouclier de la foi]
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

Mais, avec toutes celles qui précèdent, il y a une arme défensive, casque du salut sur notre tête. Les premières parties de l’armure nous
nécessaire par-dessus toutes les autres, afin que nous soyons capables laissent libres de jouir de ces deux dernières.
de nous tenir debout malgré toutes les ruses de l’ennemi, une arme, [l’épée de l’Esprit]
toutefois, qui est pratiquement maintenue dans sa force par l’emploi
des précédentes, de sorte que si celle-ci est essentielle, les autres ont la Ainsi munis de ce qui nous protège dans notre marche, ainsi que
première place en pratique. C’est le bouclier de la foi, c’est-à-dire une dans la confiance pratique en Dieu et la connaissance de Dieu qui en
confiance pleine et entière en Dieu, la conscience de sa grâce, et de sa découlent, nous sommes en état de nous servir des armes offensives.
faveur maintenue dans le coeur (v. 16). Ici, la foi n’est pas simplement Nous n’en avons qu’une seule contre l’ennemi, mais c’en est une à la-
la réception du témoignage de Dieu, quoiqu’elle soit fondée sur ce té- quelle il ne peut résister si nous savons la manier ; témoin le combat
moignage, mais elle est l’assurance présente du coeur à l’égard de ce du Seigneur avec Satan dans le désert : c’est «la parole de Dieu» (v. 17).
que Dieu est pour nous, assurance fondée, ainsi que nous venons de Dans sa tentation Jésus a toujours répondu par la Parole, par la puis-
dire, sur le témoignage qu’il a rendu de Lui-même ; elle est la confiance sance de l’Esprit. Elle place l’homme dans sa vraie position selon Dieu,
dans son amour et dans sa fidélité, ainsi que dans sa puissance. «Si comme homme obéissant dans les circonstances où il se trouve. Satan
notre coeur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance envers ne peut rien contre l’homme qui est dans cette position ; nous n’avons
Dieu.» [1 Jean 3 v.31] L’oeuvre de l’Esprit Saint en nous est de nous inspi- qu’à nous y maintenir. Si Satan nous tente ouvertement à désobéir, il
rer cette confiance. Lorsqu’elle existe, toutes les attaques de l’ennemi, n’y a pas de ruse en cela. Ne pouvant rien faire d’autre, Satan a agi ainsi
qui cherche à nous faire croire que la bonté de Dieu n’est pas si sûre, avec le Seigneur, et s’est manifesté tel qu’il est. Le Seigneur, par la Pa-
tous ses efforts pour détruire ou affaiblir dans nos coeurs la confiance role, le renvoie. Satan n’a aucune force lorsqu’il est manifesté comme
en Dieu et à le cacher à nos yeux, sont inutiles. Ses dards tombent à Satan. Nous avons à résister aux ruses du diable. Notre affaire est d’agir
terre sans nous atteindre ; nous tenons ferme dans la conscience que selon la Parole, arrive que pourra ; le résultat montrera que la sagesse
Dieu est pour nous, notre communion n’est pas interrompue. Les de Dieu était en cela. Mais remarquez ici que cette épée est «l’épée de
dards enflammés de l’ennemi ne sont pas les convoitises, mais les at- l’Esprit». Ce n’est pas l’intelligence ni la capacité de l’homme, bien que
taques spirituelles. ce soit l’homme qui se sert de la Parole. Son épée est bien trempée ;
mais il ne peut ni la tirer, ni frapper avec elle, si le Saint Esprit n’agit pas
[le casque du salut]
en lui. Les armes sont spirituelles ; on s’en sert par la puissance de l’Es-
Ainsi nous pouvons tenir notre tête haute ; le courage moral, prit. Dieu doit parler, quelque faible que soit l’instrument.
l’énergie qui va en avant est maintenue ; non que nous ayons de quoi L’épée est aussi employée activement dans le combat spirituel, en
nous vanter en nous-mêmes, mais le salut et la délivrance de Dieu sont ce qu’elle juge tout ce qui s’oppose à nous ; dans ce sens, cette arme
vivants dans nos esprits (v. 17). Dieu a été pour nous ; il est pour nous est à la fois défensive et offensive.
; qui sera contre nous ? Il l’a été quand nous n’avions aucune force ;
c’était le salut quand nous ne pouvions rien. C’est là notre confiance — [la prière]
Dieu lui-même — en ne regardant pas à nous-mêmes. Nous avons le
Ephésiens – Commentaires de J.N. Darby

Mais derrière toute cette armure, il y a un état, une disposition, un [v.21-24] La mission de Tychique était l’expression de la certitude
moyen de force qui les vivifie et donne au reste sa puissance. C’est la qu’avait l’apôtre de l’intérêt que l’amour des Éphésiens mettrait à avoir
dépendance complète de Dieu, unie à la confiance en Lui, qui s’exprime de ses nouvelles, et de celui qu’il mettait lui-même à s’assurer de leur
dans la prière «Priant en tout temps» ; la dépendance doit être cons- bonheur et de leur état spirituel en Christ. C’était la preuve touchante
tante. Quand elle est réelle et que je sens que je ne peux rien faire sans de sa confiance dans leur affection, affection que son coeur dévoué le
Dieu, et qu’il veut mon bien en toutes choses, elle s’exprime. Elle conduisait à attendre chez les autres.
cherche la force qu’elle n’a pas, et elle la cherche auprès de Celui en Il présente les Éphésiens comme jouissant des privilèges les plus
qui elle se confie. C’est le mouvement de l’Esprit dans nos coeurs, dans élevés en Christ et comme capables de les apprécier. Il ne les blâme en
leur relation avec Dieu, de sorte que nos combats se livrent dans la
rien. L’armure de Dieu pour repousser les assauts de l’ennemi et pour
communion de sa force et de sa faveur, et dans la conscience que nous croître en paix vers la Tête en toutes choses, l’armure préservatrice de
ne pouvons rien et qu’Il est tout. «Priant en tout temps, avec des sup- Dieu, était naturellement la dernière chose qu’il avait à placer devant
plications» (v. 18). Cette prière est l’expression du besoin de l’homme, eux.
du désir du coeur, dans la force que l’Esprit lui donne, aussi bien que
dans la confiance en Dieu. Aussi, puisqu’elle est l’action même de l’Es- Il est à remarquer que l’apôtre, dans cette épître, ne parle pas de
prit, elle embrasse tous les saints, dont aucun ne saurait être oublié la venue du Seigneur. Il suppose les croyants dans les lieux célestes en
par Jésus (et l’Esprit en nous répond aux affections de Christ et les re- Christ, et non pas sur la terre traversant ce monde en attendant qu’il
produit). Nous devons être vigilants et diligents pour nous servir de vienne les prendre et rendre le bonheur au monde. Ce que les saints
cette arme, évitant tout ce qui nous détourne de Dieu, nous servant de attendent dans cette épître, c’est que toutes choses soient réunies sous
toute opportunité, et trouvant, par la grâce de l’Esprit, en tout ce qui Christ, leur vrai Chef, selon les conseils de Dieu. Les bénédictions sont
surgit (en étant diligents), une occasion de prière et non de distraction dans les cieux, le témoignage dans les cieux, l’Assemblée est assise
(*). dans les cieux, le combat est dans les cieux.

(*) La prière est fondée sur l’immense privilège d’avoir avec Dieu des intérêts L’apôtre leur répète son souhait de paix, d’amour et de foi ; il ter-
communs, soit quant à nous-mêmes, soit quant à tous ceux qui sont siens, oui, mine son épître par la salutation ordinaire tracée de sa propre main.
même quant à la gloire de Christ. Merveilleuse pensée ! Grâce ineffable !
Cette épître expose la position et les privilèges des enfants de Dieu
L’apôtre, dans le sentiment de ses propres besoins et de ce qu’il et de l’Assemblée dans leur union avec Christ.
voudrait être pour Christ, demande avec effusion de coeur cette inter-
cession de leur part.
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

Commentaires de W. Kelly

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Introduction parties de la Parole de Dieu, la rehausse au contraire infiniment, et


montre qu’elle est de Lui, surtout par la manière merveilleuse dont elle
Il doit être évident, même pour un lecteur tout à fait occasionnel
convient aux pauvres pécheurs, tirés de leur bas état pour être adoptés
de cette épître, que nous nous trouvons sur un terrain très élevé et
dans Sa famille par la foi en Jésus Christ, dans la richesse de Sa miséri-
saint. Que personne ne voie là des propos pouvant porter atteinte à
corde.
d’autres portions des Écritures inspirées : qui pourrait nier que Dieu, en
révélant Ses pensées, ait trouvé bon d’employer divers instruments à Or de toutes les épîtres de l’apôtre Paul, je n’en vois point de si
différents degrés ? Il aurait pu, s’Il avait voulu, faire tout écrire par une élevée que celle aux Éphésiens. On ne saurait douter que la condition
seule personne. Il aurait pu se révéler Lui-même au niveau maximum de des saints de cette localité fût en harmonie avec la manière et la me-
sa propre gloire par chacun des instruments utilisés, et ne donner au- sure des communications qui leur ont été faites par l’Esprit. La même
cune autre révélation. Mais nous pouvons être certains que les voies de chose se retrouve ailleurs. Lorsqu’il s’adresse aux saints à Rome,
Dieu sont aussi admirables dans les formes où Il s’est révélé, que dans l’apôtre ne les qualifie pas d’église, car ils étaient encore dans un état
tout ce qu’Il a fait d’autre à Sa propre louange. Ces manières diverses infantile. Il y avait là des saints de Dieu, ils étaient bénis, mais l’assem-
de déployer Sa nature et Son caractère, Ses conseils et Ses voies, ma- blée ne fut pas fondée par un apôtre. Des années s’écoulèrent avant
nifestent Sa gloire sous un jour infiniment plus béni que si l’éclat de la qu’aucun apôtre n’aille à Rome. Dieu voyait bien que cette cité de Rome
lumière avait été uniforme. La sagesse qui contribue le plus à Sa majesté allait s’arroger des prétentions exorbitantes à caractère spirituel. Il prit
et à Sa louange par la manière dont elle opère, est précisément la même donc soin que des localités bien moindres, comme Corinthe et d’autres,
que celle qui répond aux besoins de Ses enfants, et est efficace pour aient un apôtre pour y fonder l’église et pour y travailler assez long-
leur bénédiction. Est-il besoin de dire qu’une révélation qui vient de temps, tandis que le grand centre de la gloire du monde n’aurait pas la
Dieu, est pour Son peuple ? Sans doute, elle Le glorifie ; mais quand visite d’un apôtre avant que beaucoup de croyants ne s’y trouvent ras-
Dieu parle, Il a un objet en vue, et Il pourvoit en grâce en faveur de ceux semblés, s’étant rendu là pour toutes sortes de raisons. Au vu des cir-
auxquels Il s’adresse. Ainsi donc, si d’un côté les révélations de Dieu dé- constances des saints de Rome, on peut comprendre combien il était
coulent de Dieu et sont dignes de Lui, elles présupposent nécessaire- approprié de leur adresser une épître ayant le caractère d’un exposé
ment la condition de l’homme, et y sont adaptées. Or tout ceci, loin complet de la doctrine chrétienne en partant des éléments de base de
d’amoindrir aucunement la gloire divine manifestée dans les diverses la vérité. C’est pourquoi, après l’introduction, la première chose qu’on
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

y trouve démontrée, c’est la ruine totale de l’homme, de l’homme en- l’importance, vous n’avez que ce qui est individuel. Qu’il s’agisse de
visagé sous tous les points de vue, — de l’homme examiné et pesé à la l’homme perdu ou sauvé, de toute manière il n’y a rien touchant
balance de Dieu, en commençant depuis le déluge. Après avoir possédé l’Église. Il y a ce qui concerne les membres de l’Église, mais rien ne fi-
une connaissance extérieure de Dieu, les hommes « ayant connu Dieu, gure sur l’assemblée de Dieu, envisagée comme telle. La ruine de
ne le glorifièrent point comme tel » (Rom. 1:21). De fait, on voit l’ori- l’homme et la rédemption en sont le thème, ainsi que les effets de la
gine de l’idolâtrie, et aussi la période entre le déluge et l’arrivée de rédemption, et l’ordre des dispensations, et les devoirs pratiques qui
l’idolâtrie. Les versets de Rom. 1 auxquels j’ai fait allusion, portent sur découlent de tout cela.
la période où la race avait la connaissance de Dieu, en toute simplicité. Quand on passe aux Éphésiens, quelle différence ! Par rapport aux Ro-
Mais l’homme s’en éloigna, se corrompit; et nous trouvons le tableau mains, on peut dire que l’homme disparaît, et Dieu est envisagé
terrible de la dépravation humaine, tracé dans le premier chapitre. Nous comme agissant de Lui-même.
avons ensuite l’homme philosophe, puis l’homme sous la loi —
C’est pourquoi il n’y a point de préface, ni de preuve de l’état de
l’homme sous tous les points de vue — avant que le sujet de la ré-
l’homme. Cela n’était pas nécessaire, et ce n’est pas le point de départ
demption soit traité, et avant d’avoir quoi que ce soit sur la manière
de l’enseignement de cette épître, contrairement aux Romains, où rien
d’être justifié. Voici la raison : l’apôtre n’ayant jamais été à Rome, les
n’est plus simple. Mais dans les Éphésiens, au lieu de montrer que nous
saints de cette localité étaient relativement ignorants, et avaient be-
avons été retirés de l’abîme de corruption où l’homme reste enseveli,
soin d’être instruits sur la nature de la chute et ses conséquences fa-
la première chose dont parle l’apôtre, c’est Dieu dans le ciel. C’est Dieu
tales. Il leur fallait apprendre ce qu’était l’histoire de l’homme, comme
déversant la bénédiction sur l’homme, et non l’homme amené à Dieu.
Dieu la voit, et selon les pensées de Dieu. L’homme est donc présenté
C’est Dieu montré dans les voies de Sa grâce et dans les pensées de
comme ruiné sur tous les plans, sans qu’il n’y ait aucun secours pour
Son cœur, avant même que le monde existe, en dehors de toute ques-
lui, ni de la part de la créature, ni de la part de la loi, ni d’aucune part.
tion de Juifs ou de Gentils. C’est Dieu, formant un plan de gloire et de
Il en est résulté qu’« ils se sont tous détournés … il n’y a point de juste,
bénédiction à Sa propre louange ; Dieu, trouvant Ses délices à manifes-
non pas même un seul » (Rom. 3:12, 10). En un mot, toute bouche est
ter Sa bonté, dans le but de bénir, et de bénir de la bénédiction du ca-
fermée, et le monde entier est devenu coupable devant Dieu. Ce n’est
ractère le plus élevé et le plus complet. C’est pourquoi on n’a pas sim-
qu’alors, et pas avant, qu’on a la ressource de Dieu préparée pour
plement Dieu en tant que Dieu agissant à l’égard de l’homme, mais
l’homme, en miséricorde et en justice, dans les ch. 3 et 4 ; à partir du
comme ayant Christ en vue, en conséquence de quoi la bénédiction est
ch. 5, des conséquences sont présentées, des difficultés sont résolues,
sans limite. Il voulait avoir quelque canal de grâce envers nous pour la
et tout s’achève par la conclusion triomphante du ch. 8.
pleine satisfaction de Son propre cœur. Or aucun objet ne pouvait pro-
Quel sommaire important de doctrine chrétienne ! Il commence duire et maintenir les délices de Dieu, aucun ne pouvait être en soi un
par la condition actuelle de l’homme, des Juifs comme des Gentils, et objet propre à être contemplé avec satisfaction, — aucun sauf un :
conduit jusqu’à la position assurée que Dieu a donnée en Christ, mort Christ. Quant aux anges, Il les charge de folie (Job 4:18), et pourtant ils
et ressuscité, à celui qui croit. Mais dans tout cela, quelle qu’en soit sont saints. Et que peut-Il voir en dessous des anges, sinon un monde
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

perdu dans le péché ? Ainsi il n’y a qu’un seul capable de satisfaire le sensibles et touchés par des marques tangibles et quotidiennes des in-
cœur et les affections de Dieu — c’est Christ Lui-même. terventions divines, et de temps à autre par des interventions extraor-
dinaires de Sa providence. Peut-être sont-ils dans une grande épreuve,
Ayant donc cette grande vérité devant nous — Dieu bénissant, et
et Dieu en tire aussi pour eux une nouvelle bénédiction. Mais ici les
Christ l’objet que Dieu a devant Lui, et par lequel Il va bénir, selon tout
Éphésiens étaient si simples, et marchaient si volontiers avec Dieu, que
ce qui est dans Son cœur, — nous trouvons qu’en tant que source de
l’apôtre, au lieu d’être retenu par leur état, ne pouvait que louer et
bénédiction, Dieu est nommé de deux manières : « Béni soit le Dieu et
rendre grâces. Combien cela est béni quand une communion si heu-
Père de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a bénis de toutes bénédic-
reuse nous est donnée dans nos rapports l’un avec l’autre !
tions spirituelles dans les lieux célestes en Christ». Ces deux titres sont
réellement la clef de l’Épître. Qu’on me permette d’insister fortement Chapitre 1
sur l’importance de peser les mots de l’Écriture. Quand nous avons af- [v.1-2] Avant d’entrer dans ce que je vais tâcher de développer,
faire aux hommes, ne rendons pas quelqu’un coupable pour un mot Paul se présente comme apôtre. Il ne dit pas ici « serviteur » ou « es-
(És.29:21). Mais pour Sa Parole, Dieu n’a pas besoin d’excuses. Si nous clave », comme il le fait en écrivant aux Romains : « Paul, esclave de
pouvons accepter que l’un ou l’autre fasse des erreurs, cela ne peut pas Jésus-Christ» ; il l’était vraiment. Pourquoi Paul leur écrivait-il ? Parce
arriver avec l’Écriture. Quand nous nous approchons pour écouter qu’il était Son esclave. N’appartenaient-ils pas à Jésus ? L’idée d’« indé-
Dieu, la seule attitude convenable est de s’incliner en adorant. C’est pendance » n’était pas approuvée à l’époque, et il n’y avait rien qui res-
pourquoi, dans cette épître qui est une expression si pleine de Son semblât à cette pratique d’avoir de petites régions ou assemblées ré-
amour, l’apôtre commence ainsi : « Béni soit le Dieu et le Père » etc. Il servées à un tel ou un tel. Mais l’Église, où qu’elle soit, était l’objet des
ne pouvait écrire aux Éphésiens sans éclater en louanges et en adora- affections des serviteurs du Seigneur. Le vrai serviteur, c’est celui qui
tion envers Dieu. Ailleurs aussi, on le voit bénir Dieu, mais quand il le est capable de réaliser qu’il est l’esclave de Jésus Christ ; et il servira
fait, comme en 2 Cor. 2:14, il y a des circonstances spéciales qui en sont d’autant mieux les âmes, qu’il réalisera davantage ce que c’est que ser-
la cause ; or ce n’est pas le cas ici. À Corinthe, il y avait une intervention vir le Seigneur. « Paul, esclave de Jésus-Christ, apôtre appelé » (Rom.
bénie de la grâce de Dieu, brisant les cœurs orgueilleux des disciples 1:1). Il était apôtre par l’appel de Dieu. À l’époque il n’existait pas de
rebelles, et les rendant honteux d’eux-mêmes. Mais dans l’épître aux congrégation faisant appel à un candidat. Paul était un apôtre appelé
Éphésiens, cette bénédiction adressée à Dieu est en dehors des circons- de Dieu, et eux étaient des saints appelés de Dieu, et ils le savaient. Il
tances passagères, sinon que l’apôtre les voyait dans une condition était très doux pour eux de penser qu’ils avaient été ainsi appelés. Selon
d’âme leur permettant de marcher avec Dieu et d’entrer dans Ses pen- leur mesure, ils marchaient dans le sentier de Christ, et l’apôtre était
sées et Ses conseils. « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus- Son serviteur, et il était aussi apôtre. Son but était de mettre en relief
Christ » : ce n’était pas à cause d’une grâce ou d’une consolation parti- son apostolat. Les Corinthiens étaient en danger de se mettre à douter
culières, mais cela découle de ce que Dieu est toujours pour nous. Or à son égard, et à penser qu’il leur fallait regarder à Jérusalem. Il recon-
c’est justement la raison pour laquelle bien des chrétiens ne peuvent naissait entièrement la simple position de frère ; mais si des gens
entrer dans Ses pensées et Ses conseils. Certains sont particulièrement comme les Corinthiens levaient trop haut la tête, il se disait simplement
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

« apôtre » sans ajouter « esclave» (1 Cor.1:1). Si on se mettait à con- l’intelligence de la chose. Ils avaient eu l’apôtre Paul à Éphèse ; il avait
tester ce point, il prouvait la réalité de son appel. Dans l’adresse de été l’instrument de Dieu dans l’œuvre. Douze hommes avaient cru là,
l’épître aux Galates, j’ai montré ailleurs la force particulière de la ma- avant que Paul y aille (Actes 19:7), mais jusqu’à sa visite, aucun d’eux
nière dont il se présente : « Paul, apôtre, non de la part des hommes, n’avaient jamais reçu le Saint Esprit à la manière de la Pentecôte. C’est
ni par l’homme » etc. (Gal.1:1). La controverse commençait là d’em- la présence personnelle du Saint Esprit, fondée sur notre foi en Christ
blée, mais avec un calme divin et une force divine. Il y avait de faux prin- mort et ressuscité, qui nous introduit dans ce caractère d’Église. Mais le
cipes dans la Galatie ; c’est pourquoi il utilise un langage énergique et Saint Esprit, outre qu’Il nous fait membres du corps de Christ, qui est
pressant lorsqu’il écrivait aux saints. Ils adoptaient des notions juives de l’Église, nous donne aussi la conscience de notre relation comme fils
succession terrestre. Alors l’apôtre se place sur le terrain le plus élevé, avec Son Dieu et Père. C’est lorsqu’il traite de questions d’ordre et de
et montre que, même s’il reconnaissait pleinement les douze à leur discipline que l’apôtre s’adresse « à l’assemblée de Dieu qui est à Co-
place, il ne voulait pas céder par soumission, non pas même un mo- rinthe » comme telle. Ici il va envisager l’Église à un point de vue bien
ment, pour ce qui touchait à la vérité de l’Évangile (Gal.2:5), en sorte plus élevé ; néanmoins il commence par ce qui est individuel : « aux
que l’épître entière porte l’empreinte de cette ré-affirmation catégo- saints qui sont à Éphèse et fidèles dans le Christ Jésus. Grâce et paix
rique de l’appel de la grâce et de son caractère céleste, fondés sur la vous soient de la part de Dieu notre Père, et du Seigneur Jésus
mort et la résurrection de Christ. Christ ! » Puis il introduit le double titre de Dieu auquel j’ai déjà fait
allusion — le même annoncé par notre Seigneur après Sa résurrection
Dans l’épître aux Éphésiens, l’apôtre n’a en vue aucune contro-
d’entre les morts, quand Il envoya par Marie de Magdala le premier
verse, ni même de poser les fondements de la vérité chrétienne, comme
message à ses disciples : « Va vers mes frères, et dis-leur : Je monte
dans le cas des saints de Rome. Mais il met en avant sa fonction apos-
vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » — non
tolique : « Paul, apôtre de Jésus Christ». Il montre pleinement quelle
pas vers « le Dieu Tout-Puissant », ni vers « l’Éternel».
en était la source, la même « volonté de Dieu », de laquelle découlait
leur propre bénédiction. Il va faire le suivi du fil de la bénédiction, [v.3] Notre Seigneur se trouvait dans une double relation avec
d’abord individuelle, puis comme corps. C’est une erreur de supposer Dieu : Il était Fils de Dieu, non seulement comme personne divine, mais
que la dernière est plus profonde que la première. Au contraire, nos comme homme dans le monde (Luc 1), outre Sa gloire personnelle si
bénédictions les plus élevées se rattachent à ce que nous avons comme élevée qui brille partout dans l’évangile de Jean, et ailleurs. « La sainte
individus. Tout en reconnaissant pleinement le caractère béni de ce qui chose qui naîtra de toi sera appelée Fils de Dieu» (Luc 1:31). Ce dernier
se rapporte au corps, ce que nous avons individuellement est plus élevé titre se réfère à Christ, envisagé dans Son humanité dans ce monde ;
encore ; et c’est la manière de l’Esprit de Dieu de commencer par là, c’est pourquoi il n’en est fait état que dans l’évangile de Luc, qui est par-
avant d’entrer dans ce qui est commun à tous. C’est pour cela, je pense, dessus tout la biographie humaine de Christ, si on ose s’exprimer ainsi.
qu’il s’adresse ici « aux saints qui sont à Éphèse et aux fidèles dans le On n’aurait pas su, si Dieu ne nous l’avait dit, que Christ garda cette
Christ Jésus» en tant que tels. Ils étaient l’Église à Éphèse, non seule- même relation comme homme dans Sa résurrection. Il nous enseigne
ment sur un plan formel comme rassemblement, mais aussi dans que la mort et la résurrection Lui donnèrent le droit, selon la justice de
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

Dieu, de nous placer dans Sa position. Ainsi donc Il put dire pour la pre- nature n’a pas besoin que quelqu’un meure pour elle, contrairement à
mière fois, dans la plénitude du sens de ces paroles : « Je monte vers la vieille nature en avait besoin ; tout est accompli. En Christ crucifié,
mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu» (Jean 20:17). Il Dieu a condamné le péché dans la chair (Rom. 8:3), et, pour la foi, tout
n’est plus simplement « mon Père » et « mon Dieu », mais Il est main- le mal a disparu. La bénédiction de Christ est maintenant devenue la
tenant « votre Père » et « votre Dieu ». nôtre, et nous pouvons regarder en haut et dire : « Béni soit le Dieu et
Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toute béné-
La mort de Christ a complètement effacé tout ce qui était contre
diction spirituelle dans les lieux célestes en Christ» (1:3). On porte une
les enfants de Dieu : la résurrection de Christ, faisant suite à l’œuvre
grande atteinte à la puissance pratique du christianisme quand on dif-
de la rédemption, Le mit à même de leur donner Sa place devant Dieu
fère la bénédiction que le Saint Esprit nous attribue maintenant, pour
en résurrection et dans la relation de fils. Quelle merveilleuse posi-
la renvoyer au moment où nous quitterons ce monde pour aller au
tion ! Quand nous pensons que maintenant, alors même que nous
ciel.
sommes encore dans ce monde, notre Seigneur veut que nous sachions
que nous sommes fils, en Lui et par Lui, devant notre Dieu, et que nous Supposez qu’il vous faille dire à la grande masse des enfants de
sommes dotés d’une vie de résurrection — « vivants à Dieu dans le Dieu sur la terre : vous êtes « bénis de toute bénédiction spirituelle
Christ Jésus » (Rom. 6:11) ; que nous nous tenons devant Dieu sans ac- dans les lieux célestes en Christ », ils le regarderaient comme de l’exal-
cusation ni condamnation ; et qu’il en est ainsi parce qu’en grâce, sur tation ou du mysticisme à l’état pur. Ils ne sont pas prêts à recevoir de
la croix, Il s’est placé sous « le même jugement » (Luc 23:40) que les telles vérités, et en général, ils ne cherchent même pas le sens de ce
coupables ! Il était « la sainte chose » — nous étions profanes, entière- verset, ou bien le réduisent à un sentiment d’ordre simplement émo-
ment perdus. Mais sur la croix Il a été fait péché pour nous, et Il est tionnel. Ils n’ont aucune idée qu’il s’agit d’un fait actuel, vrai pour tous
entré sous « le même jugement » — le prenant contre Lui-même sur les chrétiens. Quoique nous ne soyons pas encore manifestés dans cet
la croix, en sorte que, maintenant, il n’y en a plus pour moi. Je suis état de bénédiction, il ne s’agit pas d’une question de sentiment. Puis-
introduit dans la même position qu’Il a prise comme homme ressuscité sions-nous le croire ! Les sentiments peuvent me tromper, mais la foi
devant Dieu. Bien sûr, je ne parle pas maintenant de Sa gloire divine. ne le peut jamais. Si je vois une chose, c’est simplement mon œil qui la
L’idée que la créature, aussi bénie soit-elle, pourrait être dans une po- voit. Si je crois une vérité sur la Parole de Dieu, je la considère, pour
sition autre que celle d’élever ses yeux vers Dieu et de L’adorer, ne sau- ainsi dire et dans une mesure, avec les yeux de Dieu. Le monde a l’idée
rait entrer dans un esprit renouvelé. Le Seigneur Jésus était Fils, dans sa que la foi implique de ne faire confiance qu’à des choses incertaines. Or
nature divine, de toute éternité ; mais comme homme aussi, Il était dans le domaine des choses de Dieu, « je crois » n’a pas ce sens. Ma
Fils ; et aussi comme ressuscité d’entre les morts. Par Sa mort et Sa propre vision n’a qu’une faible portée de vue, mais que dire de l’œil de
résurrection, Il nous a amené devant Dieu, et devant Son Père, dans la Dieu ? Le croyant se tient sur le terrain le plus élevé ; il se repose sur la
même position que Lui-même, — au point d’être fils, absolument sans certitude de ce que Dieu dit. Aussi, c’est le bonheur qui en résulte ; car
péché dans notre nouvelle nature, et délivrés de toute condamnation quand vous croyez, vous commencez bientôt à ressentir. Si vous croyez
devant Dieu, parce que la vieille nature est déjà jugée. La nouvelle que Dieu a effacé vos péchés, vous ne tardez pas à en jouir, si même
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ce n’est pas sur-le-champ. Si je regarde à moi-même, je verrai toujours de Son merveilleux amour envers nous. Il nous a ainsi bénis selon la
quelque chose qui ne va pas. Comment cela se fait-il ? Mes péchés sont plénitude de la valeur de Christ à ses yeux.
tous ôtés, et pourtant, si je regarde à l’intérieur, je vois tellement de L’expression « les lieux célestes » est en contraste avec la portion
sujets de douleur, de dégoût, d’humiliation. des Juifs, dont les bénédictions étaient dans les lieux terrestres. Consi-
Ôter le péché n’est pas quelque chose qui se passe dans mon cœur, dérons Ézéchiel 36, qui fait ressortir le caractère particulier de nos bé-
mais une œuvre puissante qui a été opérée par Dieu à la croix de Son nédictions par opposition aux leurs. « Et Je répandrai sur vous de l’eau
Fils bien-aimé, une œuvre sur laquelle Il m’appelle à me reposer, parce pure, et vous serez purs … Et vous habiterez dans le pays que J’ai
que Lui-même y trouve Son repos. donné à vos pères, et vous serez Mon peuple, et je serai votre Dieu »
Vais-je en chercher un signe ou une preuve en moi-même ? Si je le fais, (Éz.36:25, 28). Ainsi donc, leurs bénédictions sont mêlées avec des
je n’en aurai jamais l’assurance, — une assurance établie sur le vrai grâces spirituelles, mais elles seront dans le pays de leurs pères, que
fondement. Si je pense que mes péchés doivent être pardonnés, parce Dieu assurera à la génération à venir. Ce sont surtout des érudits, dé-
que j’ai changé de caractère, humainement parlant, puis-je avoir une pourvus de spiritualité, qui font de la confusion sur ces sujets. Si les lec-
paix réelle, ne serait-ce que pour une heure ? Le résultat inévitable est teurs étaient seulement simples à l’égard de l’Écriture, ils ne tombe-
que, plus on se juge soi-même, moins on est heureux. Voici ce que Dieu raient pas dans de telles erreurs. Le prophète dit : « Vous habiterez
met devant Ses enfants : dans le pays que J’ai donné à vos pères ». Rien n’est plus clair. Il va
ils devraient être entièrement heureux, dans la certitude que leurs pé- bénir Israël sur la terre — et aussi dans leur âme sans doute ; mais la
chés sont ôtés, par le sang de Christ qui a été versé, et pourtant ils ne sphère de cette bénédiction, c’est la terre sainte. Il s’agit de Son peuple
doivent rien épargner de ce qu’ils trouvent au-dedans d’eux-mêmes, terrestre, et non de l’Église, comme nous le verrons plus loin. « Je mul-
se jugeant eux-mêmes chaque jour, parce que Christ a été jugé pour tiplierai le fruit des arbres et le produit des champs, afin que vous ne
eux, et Dieu a effacé leurs péchés, et ils ne peuvent supporter de traiter portiez plus l’opprobre de la famine parmi les nations » (Éz.36:30). Il
légèrement ce qui a coûté le sang de Son Fils. s’agit évidemment d’une bénédiction dans les lieux terrestres. Je ne
trouverai pas à redire à des hommes pieux qui tentent de donner à ces
Ici pourtant, la première grande pensée, c’est que « le Dieu et Père
passages une tournure spirituelle pour s’en servir pour prêcher l’évan-
de notre Seigneur Jésus Christ… nous a bénis de toute bénédiction spi-
gile, pourvu qu’ils n’en fassent pas disparaître les espérances pro-
rituelle dans les lieux célestes en Christ». Ce n’est pas la rédemption,
chaines d’Israël. Le peuple dont il y est question ici, c’est avant tout
quoique cela soit bien sûr basé sur elle. Je suis ici sur la terre, et pour-
Israël, et ils doivent être bénis de cette manière-là. La terre de Palestine
tant je sais que je suis béni là où est Christ, à la droite de Dieu. Non
est maintenant désolée, telle un désert ; mais en ce jour-là « le désert
seulement c’est là que j’ai des bénédictions, mais je suis béni de
se réjouira... et fleurira comme la rose » (És. 35:1). Certaines bénédic-
« toutes bénédictions spirituelles ». La bénédiction la plus élevée que
tions s’appliquent au croyant maintenant, il est vrai. Notre Seigneur fait
Dieu puisse conférer, est celle qu’Il donne dans les lieux célestes en
ainsi allusion en Jean 3 à « l’eau » et à « l’Esprit » en leur donnant, de
Christ à tous ceux qui sont Ses enfants. Ces quelques mots nous font
manière merveilleuse, une portée plus vaste et plus profonde. Mais je
contempler la hauteur du merveilleux conseil de Dieu à notre égard et
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ne suis pas d’accord de soutenir que Dieu a abandonné son peuple, et rendant désirable que l’héritier du Souverain traverse incognito un pays
que cette prophétie touchant les lieux terrestres doit être identifiée étranger. Il en est ainsi du chrétien. Il n’est ni de ce monde, ni de ce
avec nos droits célestes. C’est la terre et les bénédictions terrestres sur siècle. Son corps est de la terre, mais ce qui le fait être ce qu’il est,
lesquelles l’Esprit de Dieu insiste ici. Pourquoi serions-nous jaloux, soit comme un fils de Dieu, n’a rien à faire avec la scène ou les circonstances
à l’égard des Juifs, soit à l’égard de la terre ? Dieu nous a montré une présentes. Il appartient entièrement à un Christ glorifié. Quand Dieu
faveur tellement surabondante et sans égal, que nous pouvons bien recommencera à agir à l’égard d’Israël, il en ira tout autrement. L’atten-
nous réjouir et Lui rendre grâces de réserver la terre à Son ancien tion du monde entier sera dirigée sur eux. Il fut un temps où, même au
peuple. milieu de tout leur péché, le peuple d’Israël exerçait une influence
énorme dans le monde, quoiqu’ils ne fussent qu’une petite nation,
Ayant considéré ces choses — les bénédictions prédites à Israël sur
n’ayant pour habitation qu’une étroite bande de terre. Leurs sacrifica-
la terre — tournons maintenant nos regards vers nos propres bénédic-
teurs et leurs rois abandonnèrent le vrai Dieu, qui en retour fit d’eux la
tions dans les Éphésiens : quelle différence radicale ! « Béni soit le
triste démonstration de Ses jugements. Mais le jour vient bientôt où
Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toutes
ceux qui frappèrent Christ reconnaîtront leur Messie rejeté, et alors
bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ » (1:3). C’est
brillera toute la splendeur à laquelle Dieu destine Israël. Il les couron-
Dieu, se révélant de la manière la plus complète imaginable. Qui était
nera de toute sorte de bénédictions ici-bas. Toutes les nations de la
celui qui, par excellence, connaissait Dieu ? Qui était l’objet de l’amour
terre se prosterneront devant Israël ; les rois seront ses nourriciers, et
de Dieu comme nul autre auparavant ? Si jamais il y en eut un qui son-
les reines ses nourrices (És. 49:23). La chrétienté, méprisée comme une
dât la pleine signification de l’expression : « Mon Père », ce fut le Sei-
machine politique orgueilleuse et usée, et dégénérant toujours plus
gneur Jésus. Et quel autre que Lui mesura les profondeurs des mots :
dans l’apostasie, sera mise de côté comme Vasthi ; Dieu bénira Son
« Mon Dieu » ? Or maintenant, cet Être béni, par la rédemption et le
peuple d’Israël, l’Esther du grand Roi, de toutes bénédictions exté-
don de l’Esprit, a rendu celui qui croit en Lui capable de jouir du même
rieures dans les lieux terrestres, en se révélant non pas comme le Dieu
privilège que Lui-même. C’est dans la mesure où nous recevrons cette
et Père du Seigneur Jésus-Christ, mais comme le Seigneur Dieu, l’Éter-
vérité avec simplicité, et que nous jugerons la vieille nature (elle ne
nel, le Très-Haut, enfin identifié avec l’humble Jésus de Nazareth.
peut jamais y entrer, et ne fait qu’obscurcir notre bénédiction comme
un épais nuage), que nous entrerons dans la réalisation de nos béné- Est-ce là la manière dont Éph. 1:3 parle ? Nullement. « Le Dieu et
dictions Père de notre Seigneur Jésus Christ … nous a bénis de toutes bénédic-
tions spirituelles dans les lieux célestes en Christ ». L’Ancien Testament
L’espérance d’Israël n’est pas seulement tournée vers l’intérieur,
ne donnait nulle part aux Juifs l’espérance d’être bénis dans leur Mes-
mais aussi vers l’extérieur ; elle est dans les lieux terrestres, — l’espé-
sie. Être cohéritiers avec Christ, non seulement bénis par Christ, mais
rance de devenir le peuple le plus exalté ici-bas. À l’opposé, la scène de
en Christ, c’est une idée qui ne pouvait absolument pas entrer dans les
nos bénédictions est dans les lieux célestes, et nous y sommes déjà
pensées de l’Israélite le plus intelligent. En un mot, leur portion sera
maintenant bénis en Christ. En un mot, le chrétien est comme une per-
toujours d’être sous leur Messie, d’être gouvernés par Lui comme un
sonne de la famille d’un Souverain. Il peut y avoir des raisons d’état
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peuple terrestre. Mais notre portion à nous qui croyons en Christ main- Christ assis à la droite de Dieu. Or maintenant, c’est comme Dieu du
tenant, sera d’avoir la même bénédiction que Dieu le Père confère à Seigneur Jésus Christ qu’Il bénit — c’est la pleine bénédiction qui con-
Christ ressuscité d’entre les morts. Qu’a-t-Il fait pour Christ ? Il L’a res- viendrait à Christ Lui-même en tant qu’objet de la bénédiction. La grâce
suscité, et a mis toutes choses sous ses pieds (Ps.8:6). Cette gloire, Il ne fait que nous sommes, avec Christ, les objets communs de la bénédic-
la prendra pas seul. Il attend Son épouse — ceux qui sont appelés main- tion de Dieu : c’est de cette manière et selon cette mesure qu’Il bénit.
tenant d’entre les Juifs et d’entre les Gentils pour être amenés à la con- Mais ce n’est pas tout : Il est le Père du Seigneur Jésus, et comme tel
naissance du nom de Christ. Ainsi notre Seigneur, quoique personnel- aussi Il nous bénit. En sorte que ces deux caractères, les plus élevés
lement exalté, possède Sa gloire comme en suspens, parce qu’Il attend sous lesquels on puisse envisager Dieu, sont ceux selon lesquels nous
que Ses compagnons la partagent avec Lui — héritiers par Sa grâce, non sommes bénis. Les caractères de Dieu, comme Dieu et comme Père, qui
pas des pères simplement, mais de Dieu, et cohéritiers avec Christ. sont en rapport avec Christ, se traduisent dans une bénédiction qu’Il
nous donne, et une bénédiction à leur mesure. C’est donc une bénédic-
Rien ne saurait être plus vaste ni plus élevé que les bénédictions
tion sans limites. Il nous a bénis « de toutes bénédictions spirituelles »,
dont il est parlé ici. Christ aura les Siens célestes en haut, et les Siens
et de plus, non pas sur la terre, comme nous l’avons vu, — comparati-
terrestres en bas ; chaque classe sera pleinement bénie, quoique dans
vement, elle est la partie la plus basse de l’univers — mais dans la scène
des sphères différentes. Qu’il me soit permis de recommander aux en-
la plus élevée de la puissance de Dieu, « dans les lieux célestes » ; et
fants de Dieu d’étudier sérieusement la vérité présentée en Éph. 1. Si
pour couronner le tout, et le compléter, c’est « en Christ » ; tout est
d’un côté il nous convient d’écouter la Parole de Dieu, de l’autre cette
assuré dans sa Personne.
Parole requiert de nous une volonté fervente de la sonder, comme pour
y trouver des trésors cachés. Ne nous attendons pas à être réellement [v.4-5] Le verset 4 correspond particulièrement au premier de ces
et pleinement bénis par le moyen de la Parole, sans diligence de nos caractères dans lesquels Dieu s’est révélé, et le verset 5 plutôt au se-
âmes à cet égard. cond. [v.4] « Selon qu’Il nous a élus en Lui », c’est-à-dire en Christ,
« avant la fondation du monde, pour que nous fussions saints et irré-
Nous avons déjà vu le double titre sous lequel Dieu bénit Ses saints
prochables devant Lui en amour ». C’est en tant que Dieu de Christ qu’Il
aujourd’hui ; des deux côtés la bénédiction est sous une forme qui ne
nous bénit ainsi ; non pas en tant que Père, mais en tant que Dieu. [v.5]
se trouve qu’en Christ. Si par exemple, Dieu s’était seulement révélé
Au verset 5, c’est en tant que Père, parce que nous lisons : « … nous
comme le Dieu d’Abraham ou d’Isaac, Il n’aurait pas assuré une béné-
ayant prédestinés pour nous adopter pour Lui par Jésus Christ ». Le
diction allant au-delà de celle promise aux pères. Mais Il le fait. Au lieu
genre et le caractère de cette bénédiction correspondent clairement au
de n’avoir que la bénédiction juive devant Lui, c’est Christ qu’Il a en vue,
caractère du Père. Une relation spéciale avec Lui est introduite. « …
Christ qu’Il a ressuscité d’entre les morts et fait asseoir à Sa droite
Nous ayant prédestinés pour nous adopter » — il ne s’agit pas simple-
(Héb.1:13), ce qu’Il n’avait jamais fait ni pour David, ni pour aucun autre.
ment d’un choix de Sa part, mais — « prédestinés pour nous adopter
C’est une place qui Lui appartient, en vertu de Sa gloire personnelle, et
pour Lui par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté ». Ce lan-
de Ses souffrances jusqu’à la mort. Nous pourrons être assis avec Christ
gage n’est pas celui du verset 4. Il ne dit pas qu’Il nous a prédestinés
Sur son trône, mais c’est là une chose bien différente de la position de
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pour être « saints et irréprochables devant Lui en amour ». Il ne dit pas Mais c’est bien loin d’être tout : il fallait que ce soit « en amour », parce
non plus qu’Il nous a appelés à cette merveilleuse position « selon le qu’il n’y aurait rien de plus misérable, que de tels êtres soient là sans
bon plaisir de Sa volonté ». La raison est tout à fait évidente. Quand il être capables d’entrer dans Ses propres affections. Être simplement
nous est parlé du « bon plaisir de Sa volonté », c’est un langage qui con- dans la place la plus bénie pour des créatures, et y être sans tache ni
vient à l’amour souverain, cet amour spécial qu’Il déploie afin de mani- rien qui puisse souiller la présence de Dieu, cela ne suffisait pas.
fester Sa propre faveur. Mais quand il nous est parlé d’être « saints et L’homme fut créé pour avoir un cœur et des affections, et il ne pouvait
irréprochables », c’est Dieu qui nous a élus pour cela : il ne pouvait pas y avoir du bonheur chez des créatures qui savent ce qu’est l’affection,
en être autrement. Si Dieu voulait que des hommes soient amenés près à moins qu’il n’y eut ce sur quoi l’affection peut se fixer. Si Dieu per-
de Lui, près au point d’être dans Sa présence dans le ciel, du moment mettait que de tels êtres soient introduits en Sa présence, — nécessai-
qu’ils sont élus en Christ, il fallait d’une manière ou d’une autre qu’ils rement sans péché, sous quelque forme que ce soit, — il fallait que ce
soient « saints et irréprochables » devant Lui en amour. Tout vient ré- soit aussi en amour. Il voulait leur donner une nature qui soit non seu-
ellement de Sa grâce. lement capable de se tenir devant Lui sans reproche et sans crainte,
L’une des bénédictions vient du caractère qui est nécessairement mais qui réponde aussi à Son propre amour. « Nous l’aimons parce que
celui de Dieu comme Dieu ; l’autre découle de la relation spéciale dans Lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4:19). Cet amour n’est connu
laquelle Il entre envers nous par notre Seigneur Jésus. qu’en Christ ; mais l’apôtre Jean parle de Dieu et de Christ d’une ma-
nière telle qu’on ne peut guère trancher s’il parle de l’un ou de l’autre.
[Sous le caractère de Dieu – v.4]
Il utilise le pronom « Lui », non pas sans faire de distinction, mais en
Notre élection est un élément nécessaire, parce qu’il est évident glissant ensuite de l’un à l’autre. Cela découle de leur unité : « Moi et
que personne, hormis Dieu, ne peut élire. C’était avant la fondation du le Père, nous sommes un » (Jean 10:30), ce que Jean est seul à rappor-
monde, lorsque Dieu seul existait. L’homme ne contribuait en rien à ce ter.
choix, ni n’avait droit à la parole. Dieu agissait purement de Lui-même. Nous avons ici Dieu nous choisissant à titre personnel. Car il ne
Il s’agissait du propre choix de Dieu, voulant que d’autres soient dans s’agissait pas simplement d’avoir un peuple, vu de manière vague,
le ciel avec Lui. Mais s’il fallait qu’ils soient près de Lui et devant Lui, comme s’il y avait dans le ciel un certain nombre de niches à remplir par
comment le pourraient-ils avec du péché sur eux ? Impossible. Com- le nombre d’âmes correspondant. On ne trouve pas de notion pareille
ment Dieu pourrait-Il autoriser des âmes à être avec du péché sur elles, dans la Bible. Ce sont des personnes qu’Il choisit. Il ne peut y avoir un
même si c’était au coin le plus reculé de Son royaume ? C’est encore tel amour sans avoir une personne bien distincte devant lui. Même
plus impossible dans le ciel, où trône Sa majesté. Le jour vient où tout parmi les hommes, l’amour n’est pas un sentiment incertain — ce con-
mal devra être banni et rejeté dans l’étang de feu. Comment pourrait- cept relève plutôt de l’imagination — à plus forte raison quand il s’agit
Il alors tolérer le péché chez ceux qui doivent être introduits dans le de l’amour de Dieu. Il nous aime individuellement. C’est pourquoi Il
cercle le plus intime de Sa présence ? S’Il choisissait d’avoir des gens nous a élus en Christ avant la fondation du monde, pour montrer que
avec Lui dans le ciel, c’était une nécessité positive de Son caractère et c’était un choix entièrement indépendant de notre caractère et de nos
de Sa nature, qu’ils y soient « saints et irréprochables devant Lui ».
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

voies. Or s’il en est ainsi, il faut que Son amour trouve quelque chose quelconque en Christ ? Si Christ est irréprochable en amour, dans la
en retour vers Dieu d’une manière qui soit selon Lui. Et c’est ce qui a propre nature de Dieu Lui-même, Il est précisément la vie de tout chré-
lieu. S’il y a ce choix de Dieu en Christ avant la fondation du monde, Il tien, quel que soit le nom dont les hommes l’appellent.
veut avoir les saints devant Lui d’une manière qui n’est possible que [Sous le caractère de Père – v.5]
pour Dieu. Il ne veut jamais avoir ce qui est indigne de Son amour et de
Sa présence. C’est pourquoi il est dit alors : « afin que nous fussions Mais même là, ce n’est pas tout. Il ne suffit pas de répondre à la
saints et irréprochables devant Lui en amour » (1:4). Ce n’est pas seu- sainteté du caractère et de la nature de Dieu, aussi béni que cela soit —
lement de la sainteté, ou de l’irréprochabilité, ou de l’amour, l’un ou chacun des saints le fera bientôt dans la gloire, et le possède réellement
l’autre ou chacune de ces choses en partie. C’est pourquoi il n’y a pas déjà maintenant en Christ, comme étant une nouvelle créature. Nous
de mention de ce que nous avons été. Si nous examinons n’importe qui, pourrions être « saints et irréprochables devant Lui en amour », et
nous pouvons lui trouver des défauts graves. Même comme chrétien, n’être pourtant que des serviteurs. Sa majesté la Reine (*) peut s’en-
on est en effet bien loin d’être ce qui est dû à Dieu. On a honte de soi, tourer de serviteurs pour faire sa volonté ; elle peut introduire l’un ou
étant peiné du peu de réponse du cœur à la faveur que Dieu a montrée l’autre en sa présence, et ils devraient s’estimer grandement honorés
à notre égard. Cela peut-il convenir à Sa présence ? Dieu va-t-Il se sa- d’avoir été mis au rang des instruments de son bon plaisir, en l’absence
tisfaire de ce que même un chrétien trouve défectueux ? Impossible. de toute relation de famille avec elle : voilà qui sera encore bien plus
Ce verset 4 envisage, non pas l’homme complexe, mais ce que Dieu fait vrai dans le domaine des choses célestes. Telle est la merveille de la
de nous en Christ, Son Fils. Or dans les saints il y a effectivement ce qui grâce de Dieu. Juste dans le verset 5 suivant, nous trouvons ce fait, que
est bien contraire à la sainteté, ce qui ne ressemble ni à Dieu ni à Son non seulement Dieu agit de Son propre chef pour nous appeler et nous
Fils Bien-aimé : l’orgueil, la vanité, la folie, toute sorte de mauvaises introduire en cette merveilleuse position, pour être une reproduction
voies et de mauvaises pensées qui ne découlent jamais de Christ, ni ne de Sa propre nature morale et de Son propre caractère. Dieu est saint
Lui ressemblent aucunement. Malgré tout cela, ne sont-ils pas pourtant et irréprochable, et Il est amour dans Sa propre nature. Cela caractérise
des saints ? À Dieu ne plaise qu’ils n’en soient pas ! Or c’est bien là la notre vie maintenant, et sera entièrement notre part quand nous serons
ferme pensée de Dieu. Il nous a élus en Christ, « afin que nous fussions introduits au ciel, bientôt, par la puissance et la grâce de notre Seigneur
saints et irréprochables devant Lui en amour ». Comment est-ce pos- Jésus-Christ. Or nous ne serons pas là seulement comme des serviteurs,
sible ? La réponse est que c’est possible, parce que Dieu nous envisage mais comme des fils, et des fils conscients de l’être. Nous ne nous tien-
ici selon ce qu’Il nous donne en Christ, et rien moins. Dans ce verset, drons pas là comme des anges, comme des administrateurs de Son bon
tout ce qui est en dehors de la nouvelle nature découlant de Sa grâce plaisir, mais comme ceux qui ont leur intérêt en tout ce en quoi Il a Lui-
sur les objets de Son choix, est ignoré. Il nous a élus pour être tels, et Il même intérêt. Ce que nous sentirons ne sera pas simplement pour Lui,
veut nous avoir parfaitement tels, et rien d’autre, quand le moment mais avec Lui. Nous aurons nos intérêts communs avec Lui — et, si je
viendra pour nous d’être en Sa présence. Mais même maintenant, cela puis reprendre l’image déjà utilisée, nous aurons le même genre de sen-
est vrai quant à l’essence de la chose, dans la mesure où nous sommes timents, que les membres de la famille royale ont en commun avec la
en Christ et que nous avons Sa vie en nous. Puis-je trouver un défaut couronne.
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(*) Note Bibliquest : La reine Victoria d’Angleterre quand cela a été écrit de Sa grâce dans laquelle Il nous a rendus agréables dans le Bien-
C’est ce que le Saint Esprit nous présente au verset 5. Le chrétien aimé ». Le verset 6 nous montre ce qui répond aux deux versets qui le
est planté en Christ devant Dieu, et il a une nature sainte et aimante. précèdent. Le membre de phrase « à la louange de la gloire de sa
Mais en outre, une relation positive a été formée, dans laquelle nous grâce », etc., inclut à la fois le choix du verset 4, et la prédestination du
sommes amenés au Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ : cette verset 5 — le caractère du choix de Dieu, et la faveur spéciale de la
relation n’est rien moins que celle de fils selon le modèle du Fils de Dieu prédestination du Père. « À la louange de la gloire de sa grâce dans
ressuscité. En tant que Fils éternel du Père, nul ne pourrait avoir une laquelle Il nous a rendus agréables dans le Bien-aimé ». Acceptés serait
telle place avec Lui. C’est même une pensée répugnante pour une âme un terme plutôt froid pour rendre le sens du verset. Ce n’est pas ce
renouvelée. Or il a plu à Christ de nous appeler Ses frères après sa ré- qu’on appelle, en langage doctrinal, l’acceptation, qui se rapproche de
surrection d’entre les morts, et non pas avant. C’est sur la terre, là où la réconciliation quant à sa nature. Mais il me semble qu’ici, il y a la plé-
nous avons péché, où nous étions esclaves de Satan — c’est là que, par nitude de la faveur divine, ce qui va bien au-delà d’une simple accep-
la foi de Christ, nous laissons derrière nous tout ce que nous étions, tation. En bref, Dieu fait de nous des objets de Sa faveur selon tout ce
nous entrons dans cette relation bénie, glorieuse et si intime avec qu’il y a dans Son cœur, et pour que cela ressorte plus pleinement, Il
Dieu. « Nous ayant prédestinés pour nous adopter pour Lui ». Le mot dit : « dans le Bien-aimé », non pas simplement « en Christ ». Il n’y avait
« prédestinés » est un terme plus spécial que « élus », qui signifie que qu’un objet dans lequel Dieu trouvait toute sa satisfaction, qui répon-
Dieu nous a choisis du monde. Il n’y a que l’incrédule pour s’imaginer dait à toutes Ses pensées et à tous les désirs de Son cœur : cet objet,
que tous vont se trouver dans une telle place, ou que des hommes ayant c’était Christ bien sûr, le seul Bien-aimé, en un sens où nulle créature
vécu toute leur vie dans le blasphème contre Dieu vont être « saints et ne pourrait l’être en elle-même. Afin de nous bénir pleinement, Dieu
irréprochables » à leur mort. Dieu a fait un choix : à nous de Le bénir nous a faits les objets de Sa faveur dans ce Bien-aimé, et tout est « à la
pour Son grand amour — non pas de juger ou blâmer Ses voies. « Qui louange de la gloire de sa grâce ». Ceci comprend toutes les hauteurs
es-tu, toi, qui contestes contre Dieu ? » (Rom.9:20) : c’est la réponse de et toutes les profondeurs de la grâce ; or cette grâce, c’est le Dieu et
Dieu à toutes les vaines pensées et les vains raisonnements. Mais alors Père de notre Seigneur Jésus-Christ nous bénissant en Christ. De fait, Il
s’Il choisit selon Sa nature et Sa sainteté, Il nous a prédestinés pour nous ne pouvait pas aller au-delà. Pouvait-Il montrer à qui que ce soit autant
adopter pour Lui par Jésus Christ. Ainsi donc, nous trouvons mainte- de faveur qu’à Christ ? Or c’est précisément ainsi qu’Il nous aime et
nant le privilège spécial et la relation glorieuse de fils devant Dieu, en nous bénit. Il ne pouvait faire plus, et Il ne voulait pas faire moins. Il
Sa présence, par Jésus-Christ. Il aurait pu ne pas le faire, mais c’était s’est élevé au caractère suprême de l’amour et de la bénédiction dans
« selon le bon plaisir de Sa volonté ». la grâce selon laquelle Il nous voit dans le Bien-aimé.

[v.6] Non seulement Il voulait avoir des personnes, et par suite de [v.7] Quel était donc notre état précédent ? Le verset 7 dit : « En
cette volonté, Il les a choisies ; mais en outre, il y a eu une manifestation qui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés
particulière de Son bon plaisir, et par suite de ce bon plaisir, Il a mis ces selon les richesses de sa grâce ». Ce n’est qu’une allusion en passant,
personnes choisies dans cette place bénie, « à la louange de la gloire mais cela suppose que nous étions de misérables esclaves de Satan. Or
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

Celui en qui nous sommes devenus les objets d’une si grande faveur, de la gloire de Sa grâce » découle des sentiments de Dieu, et par con-
c’est la même personne en qui nous avons la rédemption. Dieu n’ou- séquent de ce qu’Il fait, afin de Se manifester pour nous.
blie en aucune manière la condition où nous étions lorsqu’Il nous a ainsi Remarquez encore, avant de quitter ce point, qu’on trouve plus
bénis. Il sait bien qu’il fallait nous sortir de tout ce que nous étions, car loin une autre rédemption — celle « de la possession acquise » ; c’est
en réalité nous n’avions rien hormis nos péchés. Si on s’en était tenu quelque chose de tout différent. En rapport avec la rémission des pé-
aux versets précédents, on aurait pu concevoir l’idée que de telles bé- chés, nous avons la rédemption. Mais en rapport avec l’héritage, — ce
nédictions et une telle gloire ne pouvaient aller avec des individus tels qui dépend de la venue de Christ pour le prendre effectivement sous
que nous étions. Mais il nous est dit que nous avons la rédemption en Son gouvernement, — nous attendons la rédemption. La possession
Christ. Et encore, l’apôtre n’a pas abordé la question de la rédemption
acquise est en rapport avec l’héritage, non pas simplement en rapport
ni de la rémission des péchés, avant de nous avoir introduits dans toute avec ce qui touche nos âmes. En ce qui concerne l’âme, nous avons la
la hauteur et la profondeur des privilèges découlant de Dieu Lui- rédemption dès maintenant, aussi complètement que nous ne pour-
même : toute question quant à ce que l’homme est, est tellement mise rons jamais l’avoir ; il est bon de bien garder cela à l’esprit. Le croyant
de côté ici, que nous ne découvrons qu’incidemment, pour ainsi dire, la ne peut pas être plus pardonné qu’il ne l’est maintenant, et Dieu ne
triste vérité de sa condition. Au vu des quelques premiers versets de peut pas faire plus pour ôter le péché que ce qu’Il a déjà fait. Il a donné
l’épître, on aurait pu ignorer que des personnes aussi bénies aient ja- Son Fils, et le sang de Son Fils est déjà versé, et il est impossible que
mais été coupables d’un seul péché. Mais nous trouvons ici qu’elles Dieu Lui-même fasse davantage pour effacer le péché de devant Sa
avaient besoin d’être rachetées, d’avoir leurs péchés pardonnés ; et face. Quelle consolation pour nos âmes ! Si nous pensons à nos péchés,
c’est le même Christ, en qui et par le moyen duquel nous avons toutes nous pouvons avoir la consolante assurance que toute notre culpabilité
les autres bénédictions, qui est Celui en qui nous avons aussi « la ré- est ôtée de devant Dieu. Nous pouvons tomber dans le péché, car il
demption par Son sang, la rémission des péchés, selon les richesses de existe encore ; mais il y a encore place pour le jugement de soi-même,
Sa grâce ». au lieu d’une attente terrible du jugement prochain.
Remarquons ici qu’il y a une différence entre « la gloire de Sa Voilà justement la différence réelle. En ce qui concerne le juge-
grâce » et « les richesses de Sa grâce ». La « gloire de sa grâce » com- ment divin, le péché est ôté en Christ ; en ce qui concerne le jugement
prend tous les privilèges dont il a été question dans les versets précé-
de soi-même, le péché doit toujours être confessé si nous y tombons.
dents. Au v. 7, le Saint Esprit a fait ressortir « les richesses de sa grâce » Or le jugement de soi-même n’est jamais complet tant que nous
— les moyens et les ressources pour nous en tant que pauvres pé- n’avons pas appris que le jugement de Dieu à l’égard du péché a eu sa
cheurs. Mais ce n’était pas suffisant pour Dieu, dans la mesure où Il agit fin pour nous à la croix. Sous l’Ancien Testament, il n’y avait pas, à cause
en vue de manifester la gloire de Sa grâce, non pas seulement en vue du péché, un jugement de soi-même tel que celui qui doit avoir lieu sous
de manifester Ses riches ressources lorsqu’Il s’occupe des individus les le Nouveau Testament. C’est pourquoi, dans l’Ancien Testament, on
plus misérables. Il voulait manifester Son propre caractère — ce que Lui trouve souvent le péché laissé de côté sans commentaire, quoique Dieu
est, et non pas se borner à remédier à ce que nous étions. La « louange n’ait jamais traité aucun péché avec indifférence, ni ne pouvait le faire.
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

Mais ce n’était pas agir avec légèreté : Dieu laisse l’affaire parler d’elle- suivant, le résultat complet de l’épreuve est manifesté ici : quel est donc
même. Il exerce d’autant plus le cœur de Ses enfants. S’ils sont dans un le verdict ? Que l’homme est mort — moralement et spirituellement
état d’opiniâtreté, ils peuvent se servir du récit du péché pour traiter — mort dans ses fautes et dans ses péchés. Dieu avait la parfaite com-
légèrement le mal de leurs propres voies ; sinon, l’exercice de cons- préhension du caractère de l’homme déjà auparavant, mais Il veut que
cience a lieu. Ce n’est qu’après la mise en évidence de la pleine condi- nous le comprenions. Nous avons besoin de rédemption : nous l’avons
tion de l’homme à la croix de Christ, qu’on voit ce qu’est le jugement — de pardon : nous l’avons. Mais nous attendons encore d’avoir « la
de Dieu à l’égard du péché. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là qu’on rédemption de la possession acquise ». Ceci englobe toute la création
commence à entendre parler de « la chair » au sens du Nouveau Tes- de Dieu, y compris, peut-être, nos corps, comme faisant partie de la
tament. L’expression peut se trouver dans l’Ancien Testament, mais création de Dieu. Mais la rédemption du verset 7 est une chose plus
sans jamais revêtir le même caractère de méchanceté — fort, précis et intime, et nous sommes maintenant mis en position de pouvoir nous
complet, que dans le Nouveau. La chair n’avait pas encore démontré ce juger nous-mêmes entièrement, parce que nous savons que nous ne
qu’elle était, et avant de prononcer Son jugement, Dieu attend tou- serons pas condamnés avec le monde (1 Cor. 11:32). Dieu nous place
jours qu’une personne ou qu’une chose démontre son caractère réel. ainsi dans une position où nous avons un intérêt commun avec Lui ; Il
Nous devrions apprendre de Dieu à cet égard. La patience de Dieu en nous met de Son côté, pour prendre Son parti contre nous-mêmes. Or
jugement est un des côtés les plus merveilleux de Ses voies ; nous de- c’est ce que signifie la repentance, et c’est pourquoi on l’appelle la « re-
vrions être à cet égard des imitateurs de Dieu. Il a attendu la croix de pentance envers Dieu » (Actes 20:21).
son Fils avant de montrer pleinement le vrai caractère de l’iniquité de [v.8-10] Le verset suivant (8) aborde un autre sujet : « laquelle Il a
l’homme. Dans l’Ancien Testament nous voyons du support à l’égard fait abonder envers nous en toute sagesse et intelligence ». Il n’est pas
de certaines choses à cause de la dureté de cœur des hommes (Matt. dit : « … Sa grâce : laquelle Il a fait abonder envers nous en nous par-
19:8) ; mais dans le Nouveau Testament, la mesure n’est plus la même, donnant », parce que le plein pardon est un besoin positif. Mais quand
et aucun mal n’est plus toléré un instant. La pensée de Dieu à l’égard nous entendons parler de « sagesse et intelligence », il est question des
du mal est déclarée : les ténèbres s’en vont, et la vraie lumière luit déjà conseils de Dieu touchant son Fils, au-dessus de toute pensée de be-
(1 Jean 2:8). Ni Dieu, ni l’homme ne sont plus cachés. Tout est mis à nu. soins, et indépendamment d’une telle pensée. C’est comme s’il disait :
L’homme est perdu. Dieu n’est pas simplement connu comme un légi- « Vous êtes maintenant capables d’entrer dans Mes pensées, et de les
slateur, mais comme un Dieu Sauveur ; et si je ne Le connais pas ainsi, comprendre quand Je parle. Vous êtes délivrés de toute inquiétude
je ne Le connais pas du tout. « Et c’est ici la vie éternelle, qu’ils te con- quant à vos péchés, et vous êtes libres maintenant d’entrer dans Mon
naissent seul vrai Dieu, et Celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jean dessein ». « Nous ayant fait connaître le mystère de sa volonté selon
17:3).
Son bon plaisir, qu’Il s’est proposé en Lui-même » (1:9). Or le secret de
Tout ceci nous apprend que c’est maintenant seulement que le ca- Sa volonté est que « dans la dispensation (*) de la plénitude des
ractère final du mal a été manifesté. L’Ancien Testament commandait temps, Il puisse réunir en un toutes choses dans le Christ, tant les
de ne pas faire le mal ; mais, comme nous le verrons au chapitre choses qui sont dans les cieux, que celles qui sont sur la terre, en Lui :
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

en qui nous aussi nous avons obtenu un héritage » (1:9-11). Dans ces savoir avant que Dieu nous en parle. Ne vous détournez pas en disant :
versets centraux, il est clairement indiqué que (la question du péché Tout ce que je désire savoir c’est d’être sauvé. Il faut désirer apprendre
étant réglée dans nos âmes) la capacité nous est donnée d’entendre ce tout ce que Dieu daigne nous enseigner. Le mot « mystère » désigne
que Dieu a à nous dire sur toutes les autres choses. Il n’a pas simple- tout ce que Dieu s’est plu à garder secret — quelque chose qu’Il n’avait
ment à nous dire ce qu’Il va faire sur la terre, comme dans le cas d’Abra- pas encore révélé, mais qui est tout à fait intelligible une fois dévoilé.
ham. La relation est plus élevée que celle donnée à connaître aux pa- Le mot « mystère », dans le sens populaire, est complètement différent
triarches. Au commencement, quand l’Éternel Dieu eut formé tous les de son emploi dans la Parole de Dieu. Il y a bien des choses tout à fait
animaux des champs et tous les oiseaux des cieux, Il les fit venir vers merveilleuses dans les prophéties, mais elles ne sont pas appelées des
Adam, seigneur de la création, pour voir comment il les nommerait ; et mystères. Ce qui est présenté maintenant pour la première fois, c’est le
tout nom que l’homme donnait à un être vivant fut son nom. « Et Adam mystère de Sa volonté. Il y a bien des mystères expliqués dans le Nou-
donna des noms à tout le bétail, et aux oiseaux des cieux, et à toutes les veau Testament, comme ceux du royaume des cieux. Babylone aussi,
bêtes des champs » (Gen. 2:19-20). C’était une sagesse qui lui avait été est appelée un mystère. Le mystère ici, c’est que Dieu veut réunir
conférée dans le domaine de la nature. Mais maintenant c’est une sa- toutes choses dans les cieux et sur la terre sous Christ comme Chef. Il
gesse beaucoup plus profonde et vaste ; car il s’agit de la suprématie ne s’agit pas seulement d’avoir les cieux entièrement séparés de la
du second Homme et du discernement qui suffit et qui convient par terre, comme maintenant, mais d’avoir un système unifié de gloire cé-
rapport aux hauteurs et profondeurs sans bornes de cette suprématie. leste et terrestre, tout étant sous notre Seigneur — c’est cela le mys-
C’est pourquoi Dieu a fait abonder Sa grâce envers nous en toute sorte tère de Sa volonté.
de sagesse et d’intelligence. Tout ce qui manifeste Son caractère et la
Mais il y a plus encore. Il veut que nous participions à la gloire
gloire de Christ, Il nous le fait connaître. Il nous traite, non comme des
comme associés avec Christ. Ainsi, il y a deux grandes parties dans le
serviteurs, mais comme des amis. Il y a une chose qui Lui tient à cœur
mystère de Sa volonté. La première, c’est Christ, et la seconde, c’est
de plus près que toute autre chose, c’est ce qu’Il va faire pour Son Fils :
l’Église : c’est pourquoi il est dit dans cette même épître : « Ce mystère
Il nous communique les secrets les plus intimes de Son cœur.
est grand ; mais moi je parle relativement à Christ et à l’Assemblée »
(*) note Bibliquest : WK traduit « dispensation » le mot grec « oikonomia » (5:32). Ce n’est pas « l’Assemblée » sans doute, qui est le mystère, mais
que JND traduit « administration ». La pensée est la même. — Cette note vaut
« Christ et l’Assemblée ». L’Église [ou : l’Assemblée], si bénie soit-elle,
ici et plus loin, dans le texte — Voir prochaine note, de WK.
n’en est qu’une partie subordonnée. Qu’elle ait même ce privilège, cela
Si quelqu’un dit : Je ne désire pas comprendre les mystères, je ré- vient uniquement de ce qu’elle appartient à Christ, le Chef céleste de
ponds : Vous ne voulez pas connaître ce que Dieu désire vous ensei- toutes choses. Le dessein de Dieu est « pour la dispensation de la pléni-
gner. L’incrédulité montre toujours un caractère ayant une certaine tude des temps ». Alors les heures de honte et de douleur qui s’écoulent
hostilité contre Dieu. Dans Sa parfaite bonté, Il nous donne d’abord, maintenant, auront achevé leur cours — le temps de l’assujettissement
Lui, la consolation du salut, puis Il nous découvre ces autres vérités. de la créature à la vanité (Rom. 8:20), le temps de l’aveuglement judi-
« Nous ayant fait connaître le mystère de Sa volonté ». Il ne s’agit pas ciaire pour Israël, le temps pour les Gentils de gouverner comme si Dieu
de quelque chose d’incompréhensible, mais de ce qu’on ne pouvait pas
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

n’intervenait pas ni ne prenait connaissance de ce qui se passe, le temps gouvernement sera du passé, et où Christ aura remis le royaume afin que
où l’Église de Dieu est dans un état de faiblesse et de fractionnement, Dieu soit tout et en tous » (1 Cor. 15:24, 28). C’est le millénium, l’époque si-
tuée entre les deux périodes dont nous venons de parler. Ce sera la plénitude
le temps où Satan a la liberté de séduire et de tourmenter les hommes. des temps, les époques précédentes en ayant été comme la préparation né-
Ces choses persistent maintenant — l’homme, le chef, est assujetti à la cessaire. En attendant, la rédemption par le sang de Christ ayant été opérée,
maladie et à la mort, par le moyen du péché, et toute la création gémit. le Saint Esprit scelle le croyant, et est les arrhes de l’héritage.
Mais Dieu Lui-même mettra fin à tout ce genre de choses. Il veut lier [v.10-12] Si les hommes avaient un sens juste de l’état actuel de
Satan et délivrer l’homme de sa séduction. Il veut avoir Israël béni et l’Église, ils se couvriraient de sac et de cendre, au lieu de sonner de la
uni sous son Messie — les Gentils bénissant Dieu, et Dieu étant sancti- trompette. Ce que nous avons à faire, c’est de nous humilier devant
fié parmi eux — la terre elle-même n’étant plus la scène pauvre, misé- Dieu, à cause de ce que nous sommes et de ce que nous voyons autour
rable et gémissante qu’elle est aujourd’hui, mais la malédiction sera de nous, même chez les meilleurs. Il faut beaucoup de patience, non
ôtée, et le désert se réjouira et fleurira comme la rose (Esaïe. 35:1). Dieu seulement pour supporter les autres, et pour que les autres nous sup-
accomplira un jour toutes ces choses ; et quand les temps convenables portent, mais pour poursuivre dans l’amour. Si nous avons réellement
selon Dieu seront achevés (  ) (*), Il changera tout, amènera du cœur pour Dieu et pour Ses enfants, nous sentirons ces choses pro-
Christ comme le Chef, le centre et le moyen de toute bénédiction. fondément, et nous chercherons la bénédiction de ceux qui sont dé-
Christ est l’homme plus fort qui doit lier l’homme fort (Luc 11:22 ; Matt. tournés par cet état — nous le ferons vraiment en profondeur et de tout
12:29), Celui qui brisera la tête du serpent (Gen. 3:15), le Seigneur du cœur — nous rappelant combien est proche le jour béni où Christ sera
ciel et de la terre (Matt. 11:25) — le Messie d’Israël, et le Fils de exalté comme le Chef de toutes choses, célestes et terrestres. Il reste
l’homme ayant le gouvernement suprême sur toutes les nations. Toutes convenable pour nous de nous humilier nous-mêmes, sans toutefois se
ces choses seront un jour accomplies de la manière la plus simple et la décourager. Nous savons que notre espérance est une espérance qui
plus efficace, mais ce ne sera pas par la puissance de l’homme, ni même ne rend pas honteux (Rom. 5:5). Elle n’est pas fondée sur ce que vont
par la propagation de l’évangile. Christ administrera en personne, et faire l’Église ou une quelconque association, car notre espérance c’est
maintiendra la gloire de Dieu dans l’univers. Christ. Nous savons que Dieu nous a fait connaître le secret de Sa vo-
(*) Comme ce verset renferme plusieurs mots et expressions qui, générale- lonté. Lorsque la conscience n’est pas exercée, cette vérité n’est pas ré-
ment, ne sont pas compris, il vaut la peine d’ajouter dans cette note que le alisée ni appliquée, même si elle n’est pas rejetée. Le remède béni de
mot « dispensation » () ne se réfère pas à une époque ou une ère Dieu au désordre de ce monde, c’est Christ sortant de Sa position ca-
particulière (ce qui dans le Nouveau Testament est exprimé par ). Ce mot
chée actuelle ; du moment qu’Il en sort, quel changement ! Toutes
signifie « intendance » ou plutôt « administration », la forme particulière uti-
lisée ici signifiant la réunion, ou le regroupement sous une autorité unique choses, dans les cieux et sur la terre, seront réunies en Christ ; et quand
(), de toutes choses, les choses célestes et les choses ter- ce jour arrivera, nous entrerons visiblement dans notre héritage. Nous
restres, sous Christ. Cela aura lieu dans le siècle (ou : ère) à venir, quand Christ y avons déjà droit, mais nous n’en avons pas la possession publique.
sera manifesté comme Chef sur toutes choses, et que les saints glorifiés régne- « En qui nous aussi nous avons obtenu un héritage, ayant été prédesti-
ront avec Lui. Il ne s’agit ni du présent siècle où Satan a encore la permission
de régner comme dieu de ce monde (2 Cor. 4:4), comme prince de l’autorité nés selon le propos arrêté de Celui qui opère toutes choses selon le
de l’air (Éph. 2:2) ; il ne s’agit pas non plus de l’état éternel, où tout
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

conseil de Sa volonté ; afin que nous soyons à la louange de Sa gloire, « vous » se rapportent, le premier à Paul et à ceux d’Israël qui croyaient
nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ » (1:10-12). comme lui ; le second aux Gentils croyants, comme les Éphésiens. S’il en
est ainsi, le sens est : « afin que nous [les Juifs chrétiens] soyons à la
Nous avons d’abord (1:5) notre prédestination comme enfants.
louange de Sa gloire, nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ ».
« Et si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers » (Rom.
La nation d’Israël ne sera pas des gens ayant espéré à l’avance « à la
8:17) — héritiers d’un glorieux héritage, Christ ayant été fait Chef de
louange de Sa gloire ». Ils seront les sujets de cette gloire. « Lève-toi,
l’univers (1:10, 11). L’interprétation généralement reçue, c’est d’appli-
resplendis, car ta lumière est venue, et la gloire de l’Éternel s’est levée
quer le verset 10 à la position actuelle de Christ. On s’imagine que « la
sur toi » (És. 60:1). Sa gloire englobera leur salut ; mais ce qui sera « à
plénitude des temps » ici, signifie la même chose qu’en Galates 4:4.
la louange de Sa gloire », ce sera ceux qui, d’entre cette nation incré-
Mais « la plénitude des temps » diffère grandement de « l’accomplis-
dule, auront reçu Christ avant de le voir, et qui, par conséquent, appa-
sement [ou : plénitude] du temps » cette dernière expression désignant
raîtront avec Lui en gloire. Heureux sont ceux qui reçoivent Christ
la période qui s’est terminée par l’incarnation de Christ, ou qui a été
quand ils Le voient ; mais encore plus heureux ceux qui ne L’ont point
complétée par elle. La naissance de Christ est une chose bien différente
vu, et qui pourtant ont cru ! (Jean 20:29).
de l’exaltation de Christ, comme le chef de tout. Mettre l’incarnation
du Fils à la place de la rédemption, est une erreur mortelle, et qui fait [v.13-14] Nous avons donc vu, au verset 12, que l’apôtre présente
son œuvre. On fait dépendre notre union avec Christ simplement de Son les Juifs croyants comme introduits maintenant dans toutes les béné-
incarnation, et non du fait de Sa résurrection d’entre les morts, et de dictions dont ont parlé les versets précédents. Puis s’adressant aux
Son entrée dans la position de Chef. Mais si notre union avec Christ est saints d’entre les Gentils à Éphèse, il dit : « en qui vous aussi vous avez
confondue avec Son humanité, alors Il s’est uni avec la nature humaine, espéré, ayant entendu la parole de la vérité, l’évangile de votre salut,
et il n’y a point d’union spéciale du chrétien avec Christ, parce que l’hu- auquel aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la pro-
manité appartient à la race entière, c’est-à-dire à l’homme dans le pé- messe » (1:13).
ché. L’étape suivante est naturellement l’hérésie selon laquelle Christ a Il peut être utile ici d’aller un peu plus loin dans le sujet de la pré-
pris l’humanité dans sa condition déchue. sence et de l’action du Saint Esprit. Les hommes se sont écartés vite et
Il est dit encore : « Afin que nous soyons à la louange de Sa gloire, loin de la vérité de Dieu. Nous savons qu’avant 1500, un nuage
nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ » (1:12) — autrement d’épaisses ténèbres couvrait la chrétienté. Mais même depuis que la lu-
dit : avant que les Juifs (car c’est d’eux qu’il est spécialement parlé) con- mière a brillé à la Réformation, les chrétiens ont continuellement lutté
templent Christ au temps et selon la manière déterminés. « Ils regarde- pour réaliser dans leurs propres âmes la vérité qu’ils étaient nés de
ront vers Moi, celui qu’ils auront percé » (Zach.12:10). Or, dit-il, nous Dieu et justifiés en Christ. On admet pleinement l’immense importance
sommes ceux qui ont espéré à l’avance dans le Christ. Notre espérance pour l’âme d’être totalement affermie. Mais la régénération et la justi-
s’est fondée sur Christ, avant que le reste de la nation Le voie et croie fication devaient-elles être la somme et la substance de la recherche du
en Lui. Le nous dans le verset 12 ne va pas au-delà des Juifs croyants : chrétien, de ses efforts, et de ses désirs ? Au contraire, sont-elles plus
« En qui vous aussi » de 1:13 est mis en opposition. Le « nous » et le que le seuil, ou au mieux, le fondement sur lequel le chrétien doit bâtir ?
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

Dieu n’attend-Il pas de nous, qu’une fois nés de nouveau, nous fassions honnêtement, aucune dépréciation de cette institution de Christ. Car je
des progrès en Christ au lieu de nous occuper à chercher continuelle- maintiens que nul ne devrait être reconnu comme étant sur le terrain
ment des marques et des signes pour prouver que nous sommes sau- chrétien, tant qu’il n’a pas été baptisé d’eau. Je ne veux pas dire qu’il ne
vés ? Être né de nouveau est la première œuvre essentielle de l’Esprit peut pas être un croyant ; mais s’il ne s’est pas soumis au baptême au
de Dieu, sans laquelle il n’y a pas de vie quant à Dieu, aucune possibi- nom du Seigneur, il n’est pas sorti ouvertement du terrain juif ou païen.
lité d’avancer dans les choses de Dieu. C’est le besoin universel, la con- Notre Seigneur insiste ailleurs sur la nécessité d’être baptisé, aussi bien
dition indispensable pour toute âme pour avoir part aux bénédictions que de croire (Marc 16).
de Dieu, dans tous les temps et toutes les dispensations. Mais aussi important que soit le baptême, comme signe institué de
Quand Nicodème vint vers notre Seigneur (Jean 3) avec le désir la mort et de la résurrection en Christ, ce n’est pourtant pas à ce rite
d’être enseigné par Lui, c’est bien par la nouvelle naissance que notre que notre Seigneur faisait directement allusion lorsqu’Il parlait à Nico-
Seigneur a aussitôt commencé. Ce rabbin reconnaissait que Jésus était dème. Il ne dit pas, en effet : « Tu es disciple de Christ… », mais : « Tu es
un docteur venu de Dieu, par lequel il désirait être enseigné. Mais notre le docteur d’Israël, et tu ne connais pas ces choses » ? Autrement dit,
Seigneur l’arrêta d’une manière particulièrement solennelle : « Si c’est bien comme Juif qu’il aurait dû connaître ces choses. Comment
quelqu’un n’est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ». aurait-il pu connaître le baptême chrétien en tant que Juif ? Pour un tel
Nicodème, étonné, lui demanda comment une telle chose pouvait se homme, c’était une nouveauté, d’autant plus qu’il n’existait même pas
faire. Devant sa question inintelligente, notre Seigneur répondit en re- à l’époque. Comment pouvait-on connaître ce qui n’avait pas encore
nouvelant son affirmation, en termes encore plus forts : « Si quelqu’un débuté ? Il aurait dû savoir ce que signifiait être né d’eau et de l’Esprit,
n’est né d’eau et de l’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de et en avoir senti la nécessité absolue. Quel était donc le sens de ces
Dieu ». C’est clairement une explication de ce qu’est être né de nou- paroles ? Le voici : Indépendamment de toute question d’époque, de
veau. C’est être né d’eau et de l’Esprit. Nicodème renouvelle sa surprise lieu ou de personne, pour voir ou entrer dans le royaume de Dieu, il
à cet égard ; qu’un Juif, un Juif moral et religieux, non pas un païen, un faut être né d’eau et de l’Esprit, il faut que le Saint Esprit ait commu-
Juif qui avait la loi, et semblait avoir été spécialement honoré de Dieu, niqué une vie nouvelle. Mais cette vie, comment est-elle produite ?
eût besoin d’être né une seconde fois ; que lui, docteur d’Israël au sens Par un rite ? Non. Par une marche chrétienne ? Non. Par quel moyen
le plus noble, reçût en réponse ce qui était réellement une réprimande, donc ? Par la prière ? Pas non plus. Cette vie est produite par la récep-
insistant sur la nécessité d’un changement vital qu’il n’avait ni réalisé tion de la Parole de Dieu révélant Christ. C’est pourquoi il est écrit que
ni même pensé qu’il fût nécessaire ! C’était bien là un coup d’arrêt pour nous sommes nés de nouveau [ou : régénérés], « non par une semence
Nicodème dès le premier pas. Pourtant, notre Seigneur lui montre qu’il corruptible, mais par une semence incorruptible, par la vivante et per-
aurait dû savoir ces choses, d’après les prophètes bien sûr. Remarquez manente Parole de Dieu » (1 Pierre 1:23). À ce témoignage de Pierre
bien ce point, parce que cela suffit entièrement pour répondre à ceux s’ajoute celui de Jacques (1:18) : «De sa propre volonté, Il nous a en-
qui voudraient rattacher l’expression « être né d’eau » au baptême. gendrés par la parole de la vérité, pour que nous soyons une sorte de
Quelqu’un qui a bien saisi les vues ainsi présentées, ne peut pas y voir, prémices de Ses créatures ». L’instrument employé pour nous
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

engendrer de Dieu, c’est « la parole de la vérité ». Ainsi, dans ce pas- de Dieu, passés, présents ou à venir, sont nés de nouveau ; tous ont
sage de Jean 3, l’eau est clairement employée comme figure de la pa- cette vie nouvelle, elle leur est donnée. La vie divine leur est communi-
role de Dieu appliquée par l’Esprit. Les deux sont mis ensemble, afin quée ; et, dans le cas de ceux qui entendent la Parole, cette communi-
qu’on ne puisse pas supposer qu’il s’agit simplement d’un rite ou de la cation a clairement lieu par le moyen du Saint Esprit se servant de la
parole, mais qu’il s’agit bien de l’Esprit appliquant la parole de Dieu Parole comme d’un moyen de vie. Il opère par-dessus tout en présen-
avec une puissance vivifiante pour l’âme. C’est pourquoi, quand il est tant Christ.
parlé de croire, il est dit : « Comment croiront-ils en celui dont ils n’ont
Dans Jean 4, nous trouvons une autre opération du Saint Esprit. « Si
point entendu parler ? » (Rom.10:14). Il est nécessaire que la Parole
tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : Donne-moi à
soit prêchée. « Ainsi la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend
boire, tu Lui aurais demandé, et Il t’aurait donné de l’eau vive » (4:10).
par la Parole de Dieu ». Comparez aussi 1 Cor.4:15. Peu importe le pas-
L’eau vive, c’est clairement le Saint Esprit, que Jésus donne : Ce n’est
sage positif de l’Écriture que vous preniez ; tous enseignent la même
pas ici l’opération vivifiante de l’Esprit, indispensable en tout temps et
chose. Notre Seigneur insiste sur ce que, quiconque entre dans le
toute circonstance pour qu’une âme appartienne à Dieu ; mais c’est un
royaume, doit y entrer par cette porte. Qu’en a-t-il été alors d’Abra-
privilège spécial que Christ confère personnellement. Dans la suite du
ham, Isaac et Jacob ? Certains diront que la circoncision est l’équivalent
discours du Seigneur, qui se lie avec ce qu’Il avait dit à la femme Sama-
de cette porte : ne croyez pas un seul instant un tel rêve ; si cela était
ritaine, vous trouverez que le Saint Esprit est donné aux croyants main-
vrai, qu’en serait-il des multitudes ayant existé avant la circoncision et
tenant comme le moyen pour adorer leur Dieu et Père en esprit et en
le baptême, ou en dehors d’eux ? Toutes ces explications ne sont que
vérité. Jean 4 présente donc une opération de l’Esprit totalement diffé-
des hypothèses maladroites sur l’Écriture. Quand même il n’y aurait au-
rente de celle sur laquelle le Seigneur insiste en Jean 3. Or, à qui notre
cune différence réelle entre le baptême et la circoncision, lorsque notre
Seigneur le révèle-t-Il ? À une pauvre femme, abandonnée et misé-
Seigneur pose le principe de la nouvelle naissance, Il ne fait allusion ni à
rable ; pas même à une Juive, mais à une Samaritaine. Notre Seigneur
l’un ni à l’autre. Il n’insiste pas sur un rite ayant de si nombreuses ex-
montre par là la grâce qui s’adresse aux plus vils. Désormais, Dieu ne
ceptions, mais sur une nécessité spirituelle, absolue et universelle. Il
mettait plus en avant la loi comme auparavant. Il se révèle comme Celui
ne parle pas du rite relativement moderne du baptême — quelque
qui donne. Sous la loi, Dieu était plutôt Celui qui recevait ; Il demandait,
chose entré tardivement dans le monde et destiné à ne pas y subsister
requérait, insistait, que la créature Lui rende l’honneur dû à Sa majesté.
à toujours. Car, que je sache, il n’y a pas de base pour supposer qu’on
Dans l’évangile, Dieu est Celui qui donne Son propre Fils. Au lieu de
continuera à baptiser d’eau les personnes pendant le millénium. C’est
chercher à obtenir quelque chose de l’homme coupable et perdu, Il
un rite particulier à l’époque située, au moins, entre les deux venues du
donne le meilleur de ce qu’Il a à une personne qui au premier abord ne
Seigneur, — le baptême pour la mort de Christ.
Lui demandait rien. « Si tu connaissais le don — l’acte de donner gra-
Jean 3 parle de ce que chacun doit traverser, sans distinction ni tuitement — de Dieu (quels propos nouveaux pour la Samaritaine !) tu
exception, s’il doit voir le royaume de Dieu et y entrer — et cela a été Lui aurais demandé, et Il t’aurait donné de l’eau vive ». C’est bien là ce
vrai autant du brigand sur la croix que de Saul de Tarse. Tous les enfants qu’Il fait : Il donne l’Esprit, la puissance de la vie éternelle. La
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

conséquence de cette révélation si précieuse de la vérité, est que nous de Celui qui se révèle comme Père ? Le temps des formes et des céré-
savons que le Saint Esprit est en nous comme la source de la commu- monies est entièrement fini. On prétend si souvent ne plus y attacher
nion et la puissance de l’adoration. Il ne s’agit pas tellement de l’Esprit d’importance ; or maintenant, c’est en vérité une très mauvaise chose,
employant la Parole de Dieu pour agir envers nous dans notre souillure contraire à l’ordre actuel établi par Dieu. Ce n’est pas seulement que
naturelle, pour nous communiquer une vie nouvelle qui s’attache à Dieu de beaux spectacles ou de beaux sons ne devraient pas contribuer au
et hait le péché, — une vie nouvelle qui a de nouveaux sentiments, de culte, mais c’est un péché positif que de les rechercher ou de les ad-
nouveaux désirs, de nouveaux besoins, qui ne trouvent leur réponse mettre. Dans leur principe, c’est un retour à l’idolâtrie et à un monde
qu’en Christ, — une vie nouvelle que toute âme régénérée a nécessai- condamné. C’est pourquoi, en Jean 4, notre Seigneur introduit cette vé-
rement, même si ce n’est qu’une pauvre religieuse ou un prêtre supers- rité que « l’heure vient, et elle est maintenant, que les vrais adorateurs
titieux disant la messe. Cependant si quelqu’un est né de Dieu, il est adoreront le Père en esprit et en vérité ». Ces mots énoncent la vérité
impossible qu’il ne soupire pas après ce qu’il n’a pas, et qu’à la longue quant au culte. La splendeur des cérémonies à Jérusalem avait atteint
il ne trouve Christ comme l’objet qui attire son âme — Christ en con- un sommet ; mais tout cela était maintenant fini, et tous ceux qui lut-
traste avec tout ce qu’il trouvait sur la terre ou ailleurs — Christ le Seul tent en leur faveur maintenant sont involontairement en rébellion
qui lui convienne, et le Seul dont c’est la gloire de le bénir. Qu’est-ce contre Christ. Notre Seigneur montre que ce n’est plus sur cette mon-
que prouve un tel état ? Qu’un tel homme est né de Dieu. Car il n’existe tagne [Garizim], ni à Jérusalem, que Dieu doit être adoré. L’aurore d’un
aucune preuve qui ne puisse tourner en illusion, sauf celle-ci — savoir nouvel état de choses allait poindre. Qu’est-ce qui a de la valeur aux
que mes besoins me tournent vers Christ, et me font trouver en Lui le yeux de Dieu maintenant ? Les vrais adorateurs adorant le Père en es-
Seul qui puisse satisfaire l’âme. prit et en vérité. Que sont-ils ? Ses enfants. « Le Père en cherche de tels
qui l’adorent ». Il rassemble des enfants, les forme à Sa propre louange,
En Jean 4, on n’a pas affaire à un chef de Pharisiens, fier de l’être,
met le Saint Esprit en eux pour leur donner conscience de leur relation
amené à sentir le besoin d’être régénéré, mais à une femme dépravée,
avec Lui-même, et pour que, en ayant cette conscience, ils s’approchent
perdue de réputation, à qui personne ne se soucie de parler, sauf, et
de Lui comme de leur Dieu et Père.
c’est merveilleux de le dire — sauf le Fils de Dieu ! C’est à elle que le
Seigneur fait connaître cette grande vérité, le don de l’Esprit : non plus Il est donc clair que l’idée actuelle d’avoir un culte mélangé de la
agissant seulement moralement sur l’âme, ou la vivifiant, mais l’Esprit part de personnes dont les unes sont converties et les autres non, est
lui-même habitant dans le cœur, le Saint Esprit comme la puissance de en contradiction directe avec le christianisme. Avant la croix, c’était
communion divine et d’adoration. Quelle joie : Le Saint Esprit habite inévitable. Dieu ne séparait pas Ses enfants d’avec ceux qui n’avaient
dans les croyants, le Père en cherche de tels qui L’adorent ! Connais- pas cette relation avec Lui. C’eût été un péché pour un Israélite croyant
sez-vous ces choses ? Ou bien êtes-vous encore entravés par les choses de dire à un incrédule : Je ne puis adorer avec toi, parce que tu n’es pas
qui sont maintenant du passé, celles qui avaient autrefois l’approbation né de Dieu. Mais maintenant c’est un péché de se joindre pour l’adora-
divine ? par les règles d’une dispensation ancienne concernant un tion de Dieu à ceux qui ne sont pas Ses enfants ; la raison en est simple :
peuple terrestre ? par des rites qui n’ont plus aucune valeur aux yeux le Père cherche de vrais adorateurs pour L’adorer, et personne d’autre.
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

Je ne veux pas dire que ce soit un péché pour des inconvertis de se trou- (1 Cor.1:27). Quoiqu’un apôtre Paul puisse être introduit à l’occasion,
ver dans le lieu d’adoration des enfants de Dieu en tant que spectateurs cela reste une exception, et Dieu ne veut jamais que les exceptions de-
ou auditeurs. Mais tenter de réunir les uns et les autres pour rendre viennent la règle.
culte à Dieu, c’est une illusion fatale, qui déshonore Dieu et détruit les Ainsi donc, outre la régénération, qui est la première opération de
âmes de ceux qui ne sont pas de vrais adorateurs. Les gens n’ont pas la l’Esprit de Dieu, il y a en plus le don du Saint Esprit. « En qui vous aussi…
foi pour se tenir séparés du monde. On aime avoir l’appui des hommes ; ayant entendu la Parole de la vérité, l’évangile de votre salut » (1:13).
et certes, c’est éprouvant de devoir agir résolument. Dieu nous avertit Ils étaient nés d’eau et de l’Esprit. Ils avaient entendu la Parole de vé-
que, si nous cherchons à plaire aux hommes, nous ne pouvons être des rité, présentée dans cette même épître sous la figure de l’eau : « afin
serviteurs de Christ. Il nous faut courir le risque de leur faire de la peine,
qu’Il la sanctifiât en la purifiant par le lavage d’eau par la Parole »
mais les blessures faites par un ami sont fidèles (Prov.27:6). Certains (5:26). Ce n’est pas seulement que l’Église est lavée par la Parole, mais
font la confusion entre le culte et entendre l’évangile, ou d’autres vé- le pauvre pécheur est engendré par la Parole (Jacq. 1:18) quand il croit
rités. Or ce sont des choses entièrement différentes. Dans le culte, les l’évangile — il est né d’eau et de l’Esprit. Mais étaient-ils simplement
chrétiens font monter en offrande à Dieu un service de louanges et d’ac- nés d’eau et de l’Esprit ? « Auquel aussi ayant cru, vous avez été scellés
tions de grâce. Le culte, c’est ce qui monte du croyant vers Dieu ; tandis du Saint Esprit de la promesse » (1:13). Beaucoup s’étonnent de trou-
que, dans l’évangile ou tout autre ministère, il y a un message qui des- ver quelque chose comme le sceau du Saint Esprit, après être nés de
cend de Dieu pour le bien des âmes, pour l’instruction des croyants, ou l’Esprit. D’autres encore, voyant les deux faits, ont inventé la confirma-
pour convaincre ceux qui ne croient pas et les amener au salut. Qu’on tion. Ils ont senti, d’après l’Écriture, qu’il y a quelque chose se rajoutant
s’adresse aux uns ou aux autres, c’est toujours quelque chose qui des- au fait d’être né d’eau, et situé au-dessus. C’est ainsi qu’une religion de
cend de Dieu vers eux, et non pas quelque chose qui monte d’eux vers formes a d’abord présenté le baptême pour régénérer tout le monde,
Dieu ; confondre ces deux choses est donc un mal grave. Ce qui attache puis la confirmation pour couronner le tout. Mais les formes ne valent
beaucoup de gens aux vieilles murailles et à la routine, ce n’est pas les pas mieux que l’idolâtrie : c’est mettre quelque chose à la place de
prières, mais l’espoir d’entendre quelque chose de bon dans le sermon. Christ. Après le départ des apôtres, cette tendance s’amplifia rapide-
Ils sortent ainsi entièrement de la condition d’adorateurs. Le culte ment. À la puissance du Saint Esprit agissant sur l’âme des hommes, on
est la vraie expression de la louange et des actions de grâce du cœur substitua des cérémonies exécutées par la main des hommes. Trou-
par le Saint Esprit, que ce soit par un homme illettré, ou non. Nous sa- vant, d’après la Parole de Dieu, qu’il y avait deux choses, d’abord la ré-
vons que les apôtres ne pouvaient pas parler correctement (Act.4:13) ; génération, puis le don subséquent du Saint Esprit, on adopta deux cé-
or ils étaient, malgré tout, les vases choisis d’une telle puissance de rémonies différentes : en un sens c’était juste, si on voulait une religion
Dieu, que jamais, ni avant ni depuis, aucune puissance pareille n’a visité de formes. Mais c’est une erreur complète quant à la nature même du
cette terre dans des hommes sujets aux mêmes passions que nous. Je christianisme.
crois qu’il en est encore ainsi, et qu’il en sera toujours ainsi. Dieu choisit Il n’en reste pas moins vrai qu’il y a deux opérations différentes du
les choses faibles de ce monde pour couvrir de honte les choses fortes Saint Esprit. La première, c’est quand un homme est amené à la
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conscience du péché. Qu’est-ce qui fait qu’un homme s’abhorre lui- rédemption a été effectuée. Pourquoi cela ? Afin que nous puissions
même ? Il est né de Dieu. Il peut ne pas être heureux du tout, avoir un être scellés — afin que nous, qui n’avions aucun droit naturel à nous
sentiment réel de sa ruine ; et pourtant son cœur s’attache à Dieu. Cet approcher de Dieu, nous en qui le Saint Esprit n’aurait jamais pu établir
homme est né de Dieu — vraiment converti, même s’il n’a peut-être Sa demeure, nous puissions avoir en nous l’habitation du même Saint
encore aucune consolation dans son âme, quoique son cœur soit ouvert Esprit qui habitait en Lui.
pour continuer à écouter la parole de la vérité, l’évangile du salut C’est là ce que notre Seigneur montre progressivement. « Tu lui
(1:13). Il croit cet évangile. Qu’en est-il alors ? Il est scellé du Saint Es- aurais demandé, et Il t’aurait donné de l’eau vive ». C’est pour cela que
prit, comme ayant cru non seulement à Christ, mais à l’évangile de le Seigneur enseignait à ses disciples à demander le Saint Esprit, — alors
notre salut, à l’œuvre accomplie par Christ. Car je ne crois pas qu’une qu’ils étaient déjà régénérés. Il leur dit pourtant bien de demander le
âme puisse être scellée du Saint Esprit, à moins d’entrer dans ce qui Saint Esprit au Père (Luc 11). Est-ce pareil maintenant qu’Il a donné l’Es-
concerne l’œuvre, aussi bien que la personne, de Christ. Cela explique prit ? Dois-je demander le Saint Esprit quand je l’ai habitant en moi ?
le fait qu’il y a eu des personnes nées du Saint Esprit, mais qui n’ont Cela aurait été l’incrédulité la plus flagrante de demander à Dieu d’en-
jamais été scellées. Les saints de l’Ancien Testament, par exemple, voyer Christ au moment où Christ se trouvait présent parmi Ses dis-
croyaient en Christ, et portaient leurs regards vers Lui. Tous étaient nés ciples. Et maintenant que le Saint Esprit a été envoyé du ciel, et qu’Il a
de Dieu, mais aucun n’était scellé du Saint Esprit. Être né de l’Esprit, et été donné pour être en nous une fontaine d’eau jaillissante en vie éter-
être scellé de l’Esprit, sont deux choses bien différentes, qui peuvent, nelle (Jean 4:14), est-ce à nous de supplier pour que le Saint Esprit nous
ou non, se trouver réunies chez la même personne. Pour entrer dans le soit donné ? Est-ce aux chrétiens de prier pour une effusion du Saint
royaume de Dieu, on doit tous être nés de l’Esprit, mais il n’est jamais Esprit ? Ce serait nier pratiquement que le Saint Esprit a été envoyé du
dit qu’on doit tous être scellés de l’Esprit. Partout où le Saint Esprit ciel, et qu’Il habite en nous. Il est très juste de prier pour que nous ne
parle d’être scellé de l’Esprit, c’est juste le contraire qu’on voit. Quelle L’attristions pas, et que nous ne L’éteignions pas. Prier que nous soyons
est la première personne à avoir été scellée de l’Esprit ? Notre précieux fortifiés en puissance par Son Esprit quant à l’homme intérieur, c’est
Seigneur Lui-même. Le sceau Lui a été conféré d’une manière particu- selon la Parole de Dieu (3:16), mais nous ne devrions absolument rien
lière. Quand a-t-Il été scellé ? Après la rédemption et l’ascension ? dire qui implique que le Saint Esprit n’est pas ici, alors qu’Il y est. Un
Non ; Il l’a été pendant qu’Il marchait sur la terre. « C’est Lui que le nuage de ténèbres bien affligeant enveloppe l’esprit de beaucoup d’en-
Père, Dieu, a scellé » (Jean 6:27). C’est comme Fils de l’homme qu’il a fants de Dieu à ce sujet. Ils ne croient pas à leurs privilèges ; ils ne sa-
été scellé, et comme Fils de l’homme sur la terre avant la rédemption vent pas que le Saint Esprit habite en eux. Le Saint Esprit n’en est-Il pas
— sans effusion de sang, parce qu’Il n’avait pas connu le péché (2 Cor. attristé ? Si quelqu’un s’occupait de vous par des soins journaliers, et
5:21), et que dans sa bouche, il n’a pas été trouvé de fraude (1 Pierre que vous ayez l’habitude de mettre en question votre relation avec lui,
2:22). Il était absolument sans péché : Le Saint Esprit pouvait demeurer ou de douter de ses soins, cela montrerait que vous êtes dans un état
sur Lui, indépendamment de toute application du sang, parce qu’Il maladif. Un brouillard couvre vos yeux, et vous demandez les grâces
était le Saint — le Sauveur. Il n’avait besoin d’aucune œuvre, ni de sang, qui vous ont déjà été données. Ce n’est ni de la sagesse ni de la foi. Il
ni de rédemption. Pourtant Il est mort, le sang a été versé, et la
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est bien vrai qu’on peut demander à Dieu de bénir l’évangile pour les décisive pour savoir si un homme est chrétien. Pierre soutient ce fait
inconvertis, et de les régénérer. Mais prier pour une effusion de l’Esprit, de la manière suivante : « Quelqu’un pourrait-il refuser l’eau, pour que
c’est tout différent de la conversion ; l’effusion de l’Esprit n’est men- ceux-ci ne soient pas baptisés, eux qui ont reçu comme nous l’Esprit
tionnée qu’en rapport avec le don du Saint Esprit, d’abord aux Juifs, Saint » ? (Actes 10:47). Ils n’avaient pas simplement cru ; Dieu leur avait
puis aux Samaritains, et en troisième lieu aux Gentils. Depuis ce jour-là aussi donné le Saint Esprit : quelqu’un pouvait-il oser refuser des per-
jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas la moindre base pour demander à Dieu sonnes en qui habitait cette Personne Divine, et à qui Dieu avait conféré
une effusion du Saint Esprit. C’est une prière sans intelligence, fondée une grâce aussi remarquable ? Cette présence du Saint Esprit est aussi
sur l’incrédulité à l’égard de la vérité que le Saint Esprit a été envoyé le fondement de toute unité chrétienne. Il ne s’agit pas seulement de
ici-bas. Dieu Lui-même ne peut rien ajouter à la bénédiction d’un don savoir si on a la vie, mais si on a cru que le Saint Esprit habite en nous.
qu’Il a déjà fait. Il y avait une grande différence entre les Juifs, les Gen- Le point qui change tout, ce n’est pas simplement la possession de la
tils et les Samaritains ; c’est pour cela que le don du Saint Esprit est ex- vie, mais la possession du Saint Esprit. Les Gentils n’ont été reconnus
pressément mentionné en rapport avec chacune de ces classes de per- comme faisant partie intégrante de l’Église de Dieu qu’après avoir reçu
sonnes. Le Saint Esprit ne sera jamais répandu à nouveau sur l’Église. le Saint Esprit (Actes 11). L’Église n’est pas seulement tenue de s’assu-
C’est ignorer les voies de Dieu que de s’y attendre. Il a été répandu pour rer qu’il y a la vie, et de croire qu’il y a la vie dans l’âme, mais, d’après la
l’Église, aussi réellement qu’il était possible pour Dieu de le donner. Parole de Dieu, elle est encore autorisée à attendre jusqu’à ce qu’il y en
Mais une fois que les saints célestes auront été enlevés pour être avec ait une manifestation telle qu’il soit clairement manifeste que
Christ à Sa venue, il y aura en son temps une effusion de Son Esprit sur l’homme a le Saint Esprit habitant en lui. Il n’y a jamais eu d’assemblée
un peuple nouveau, lorsque Juifs et Gentils, comme tels, seront ame- reconnue comme telle, avant qu’il soit pleinement reconnu qu’elle était
nés séparément à la connaissance de Jésus. Par contre, tant que sur le terrain commun à l’Église en général, par la réception du Saint
l’Église est sur la terre, il n’y aura jamais — et il ne saurait jamais y avoir Esprit.
— une nouvelle effusion de l’Esprit. Elle ne peut pas plus être répétée Tout cela rend bien évidente la vraie manière dont on doit agir
qu’il ne peut y avoir de seconde mission du Seigneur Jésus pour répéter avec les saints maintenant. L’Église a le droit de s’attendre à cette ma-
Son œuvre pour nous. Il ne s’agit pas de spéculer. Ces vérités se lient nifestation de la puissance de l’Esprit. Ce n’est pas un amour vrai si on
de la manière la plus intime à notre culte et même à notre paix. ne s’en enquiert pas.
La foi en la présence de l’Esprit de Dieu, ou l’incrédulité à cet « Auquel aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de
égard, c’est un test qui met les saints à l’épreuve aujourd’hui. Il nous la promesse, qui est les arrhes de notre héritage, jusqu’à la rédemp-
convient de bien examiner si nous entrons réellement dans la pensée tion de la possession acquise, à la louange de Sa gloire » (1:14).
de Dieu à ce sujet. Comprenons bien que ce qui nous constitue chré-
tiens, ce n’est pas seulement le fait de croire en Christ, mais d’être main- Sans m’attarder sur ce dernier verset, je voudrais de nouveau éta-
tenant scellés du Saint Esprit. Il régénère un inconverti par la foi en blir la concordance des faits suivants : il ne pouvait y avoir de sceau de
Christ, mais le sceau ne concerne que les croyants. C’était la preuve l’Esprit avant que l’œuvre de Christ fût accomplie (le Fils seul a été
scellé sur la terre, Lui qui n’avait pas besoin de la rédemption, mais qui
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

est venu, au contraire, pour nous racheter pour Dieu) ; mais maintenant la gloire, elle n’est pas encore là. C’est pourquoi il y a un changement
que la rédemption est accomplie, sur la base de cette œuvre accom- de figure quand l’apôtre parle de notre héritage. « Sceller » ne va pas
plie, nous recevons le Saint Esprit pour habiter en nous, et nous rece- avec l’héritage, parce que nous ne l’avons pas encore, en fait ; nous at-
vons ainsi les arrhes de l’héritage. Je crois que cette dernière vérité est tendons d’être mis en possession de ce que nous allons avoir avec
tout autant particulière à l’Église de Dieu, depuis la Pentecôte, que le Christ. C’est pourquoi il est dit du Saint Esprit qu’Il est « les arrhes de
sceau de l’Esprit. Les disciples n’étaient pas scellés de l’Esprit, et notre héritage ». Le même Esprit qui nous scellé est les arrhes de notre
n’avaient pas non plus les arrhes de l’héritage avant que le Saint Esprit futur brillant, « jusqu’à la rédemption de la possession acquise ».
fut envoyé du ciel. Ces arrhes, c’est la puissance du Saint Esprit don- • En tout premier lieu, nous avons les privilèges de la grâce divine qui
nant maintenant au croyant une joie actuelle, une anticipation actuelle nous a élus en Christ (1:4) ; qui nous a prédestinés à la position de
de la gloire vers laquelle il marche. Certes cela peut bien être entaché fils (1:5) ; qui nous a introduits dans une pleine faveur « dans le Bien-
chez beaucoup de croyants par manque de connaissance de la vérité, aimé » (1:6), sans que plus rien ne soit mis en question ; qui nous a
ou par l’activité de la chair, la mondanité, etc. Il n’en demeure pas moins déjà donné la rédemption en Christ par son sang, et même la rémis-
vrai que, maintenant que le Saint Esprit est donné, un croyant devrait sion des péchés (1:7).
regarder en haut et demander à Dieu que soit détecté et ôté tout ce • Mais à peine le Saint Esprit nous a établis dans la pleine connaissance
qui est un empêchement à l’entrée dans la joie de son héritage béni. de l’amour de Dieu pour nous, et dans son effet présent pour ôter nos
Je suis certain que le fait de se contenter de savoir que l’on est né de péchés, voilà qu’Il place devant nous l’héritage.
Dieu, a fortement été au détriment des enfants de Dieu ; cela les a ar- C’est la raison pour laquelle est introduite la relation du Saint Esprit avec
rêtés très tôt, comme s’ils n’avaient pas d’autre but que d’apprendre ces deux choses. Et de même qu’il y a deux grandes parties dans notre
qu’ils étaient enfants de Dieu, et rien de plus. Mais, après avoir cru, élection par Dieu personnellement, ainsi le Saint Esprit prend une
notre affaire est de poursuivre et d’apprendre d’autres vérités, et par- double relation. Il est le sceau de la grâce et de la bénédiction que nous
dessus tout, d’apprendre à connaître Christ Lui-même. Ainsi, la régéné- avons en Christ, et il est les arrhes de la gloire que nous allons avoir
ration d’une âme par le Saint Esprit, ne doit pas l’arrêter au fait qu’elle avec Christ. Voilà les relations du Saint Esprit avec le croyant individuel-
est régénérée ; mais, étant nés de Dieu, il nous faut aller de l’avant, et lement. Toutes les opérations collectives de l’Esprit ont une place se-
entrer dans les vérités bénies que Dieu nous donne, — vérités qui se condaire, si on les compare avec Ses voies avec l’âme individuellement ;
rattachent à la fois à notre rédemption et à notre gloire future, et qui quant à ces dernières, bien qu’on pourrait les développer beaucoup
trouvent leur centre dans la personne et l’œuvre de Christ. plus complètement, je m’y suis arrêté assez longuement en rapport
En tant que sceau, le Saint Esprit est le témoin de notre parfaite avec ce que je me proposais maintenant.
purification de nos péchés — elle résulte de l’œuvre de Christ. Cette [v.15-23] Le Saint Esprit conduit maintenant l’apôtre à une prière
opération de l’Esprit implique que l’œuvre est accomplie, et que nous remarquable, qui découle, au moins partiellement, du sujet qui nous a
sommes mis à part pour Dieu sur le fondement de la rédemption. Nous occupés. On trouvera que tout est placé dans le meilleur ordre possible
sommes scellés, parce que la rédemption est accomplie. Si je regarde à quant à ses relations avec le reste, même quand il s’agit de révélations
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

nouvelles ; c’est un ordre que nous n’aurions jamais pu imaginer, si Dieu caché, Il est esprit, et par conséquent le culte qu’on Lui rend doit
ne nous l’avait fait connaître, mais une fois communiqué, il s’impose être de nature spirituelle. Il ne s’agit donc pas simplement de cet
immédiatement au jugement spirituel. Car la bénédiction que l’apôtre amour immense, qui cherche des adorateurs, les rend tels, les met à
transporté a déversée dans les premiers versets, découle — nous part et les rassemble, mais il s’agit du caractère indispensable du
l’avons vu — du double caractère de Dieu : « Le Dieu et Père de notre seul culte qu’Il admet maintenant.
Seigneur Jésus-Christ ». Du moment qu’Il se révèle pleinement, Il ne peut rien reconnaître
d’autre qu’une adoration réelle dans l’Esprit. Le temps des formes, des
Deux prières, dans cette épître, répondent à ce double titre. La pre-
rites et des cérémonies est totalement passé. Dès lors, non seulement
mière prière se trouve dans le passage qui nous occupe, et se rattache
Il n’en attend plus, mais Il les méprise ; Il les traite comme une injure
au titre de Dieu de notre Seigneur Jésus Christ ; au ch. 3 v. 14, nous
faite à Sa nature, comme un manque d’égard envers son Fils, et comme
avons la prière correspondante, qui répond au second titre de Père de
un produit de substitution de Satan voulant remplacer la puissance du
notre Seigneur Jésus-Christ. Les deux ont clairement Christ comme fon-
Saint Esprit. Il faut que ceux qui L’adorent, L’adorent en esprit et en
dement et comme centre, mais Christ y est considéré d’un point de vue
vérité. Je crois qu’il est important de faire ressortir les relations qu’on
totalement différent. Dans la première prière, Christ est vu comme un
trouve dans la précieuse Parole de Dieu, pour montrer que la distinc-
homme, quelqu’un qui appelle Dieu son Dieu. Dans la seconde prière,
tion indiquée n’est pas un produit de l’imagination. Hélas ! les hommes
Christ est considéré dans Sa relation plus intime de Fils, et Il place donc
sont séduits jusqu’à faire des inventions en présence des trésors ignorés
le Père devant nous. Nous aussi, nous avons communion avec Dieu sous
de la Bible. Tout ce que nous avons à faire, c’est de nous incliner devant
ces deux rapports ; nous avons affaire avec Lui comme Dieu et comme
ce qui nous est donné là. Sans doute, nous avons à apprendre ; mais
Père. Il est dit dans Jean 4 : « L’heure vient, et elle est maintenant, que
quand la vérité est connue, quelle grâce d’être entièrement délivré du
les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ». Puis
vain désir de quelque invention, ou de besoin semblable ! Il est naturel
notre Seigneur ajoute : « Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’ado-
pour l’homme insatisfait de chercher des nouveautés excitantes. Mais
rent, l’adorent en esprit et en vérité ». La différence entre ces deux cô-
Dieu est infiniment au-dessus de l’homme, et sa Parole est riche au-delà
tés est immense.
de tout ce que nous pouvons penser ; tout ce que nous avons donc à
• Comme Père, Il cherche des adorateurs, Il fait savoir la faveur inex- faire, c’est de soumettre nos âmes à l’Écriture, étant bien assurés que
primable de les amener à la connaissance de son amour. Il forme la révélation de Dieu, aussi ancienne qu’elle soit, offre pratiquement
leurs cœurs selon la manifestation qu’Il a faite de Lui-même en ce qui est toujours nouveau pour le cœur.
Christ ; Il fait déborder ces cœurs d’actions de grâces et de louanges,
[v.15] Nous avons donc, dans notre épître, ces deux prières. En in-
et les constitue ainsi adorateurs en esprit et en vérité.
troduisant ici la première, l’apôtre dit : « c’est pourquoi moi aussi, ayant
• Mais il est alors ajouté que Dieu est esprit, etc. Quelle que soit la
entendu parler de la foi que vous avez au Seigneur Jésus, et de l’amour
forme sous laquelle Il a pu se manifester dans le Judaïsme, pour des
que vous avez pour tous les saints ». Du fait que notre amour suggére-
raisons spéciales, — quelles que soient les manifestations de Sa ma-
rait la pensée de quelque chose de la part de l’homme qui nous
jesté en jugement, d’une manière tangible tout en restant Lui-même
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

donnerait de l’importance, l’apôtre introduit son sujet par « la foi », personne. Si nous ne sommes pas dans cet état de cœur, il vaut mieux
bien qu’il allait parler de l’amour pour les saints : cela nous renvoie à attendre en comptant sur Dieu, jusqu’au moment où nous pourrons
Son amour pour nous plutôt qu’à notre amour pour Lui. nous occuper du cas dans un esprit de grâce divine. Il faut bien sûr agir
avec justice, mais même en s’occupant de son enfant, on ne devrait pas
« C’est pourquoi », dit-il, « moi aussi, ayant entendu parler de
châtier sous l’effet de la passion. Tout ce qui n’est que le résultat d’une
votre foi au Seigneur Jésus », puis il en tire la conséquence : « et de
impulsion soudaine, n’est pas un sentiment qui glorifie Dieu à l’égard
l’amour que vous avez pour tous les saints ». C’est là une parole bien
du mal. C’est pourquoi, dans les cas de discipline, il devrait y avoir du
importante pour juger de notre amour. Nous sommes tous enclins à
jugement de soi-même, et aussi une grande patience, sauf si l’affaire
former un cercle même parmi les enfants de Dieu — à avoir nos préfé-
est si grave qu’une hésitation à son sujet serait une faiblesse coupable,
rés, ceux qui nous conviennent le mieux, dont les pensées, les senti-
ou un manque de décision et de jalousie pour Dieu. Certains péchés sont
ments et les habitudes sont plus ou moins les mêmes que les nôtres, ou
en effet une telle offense contre Dieu et les hommes, que si l’on a le
au moins, ceux qui ne sont pas une trop grande épreuve pour nous. Mais
sentiment de Sa sainteté et de l’obéissance qui Lui est due, il faut agir à
ce n’est pas là l’amour pour les saints. C’est plus de l’amour pour nous-
leur encontre avec une énergie solennelle, et pour ainsi dire sur-le-
mêmes que pour eux. La chair aime ce qui nous est agréable, — ce qui
champ. Dieu veut que le champ d’activité du péché soit le lieu du juge-
ne nous fait pas de peine, ce qui est peut-être une récompense des
ment de ce péché, selon Sa volonté.
amabilités naturelles. Tout cela se rencontre facilement là où il n’y a
aucun exercice réel de la nouvelle nature, aucune énergie puissante Supposons que quelque chose ait été fait dans l’assemblée publi-
de l’Esprit de Dieu opérant dans nos cœurs. Nous avons toujours à quement, une fausse doctrine est annoncée au milieu du peuple de
éprouver nos âmes, et à nous demander où nous en sommes à cet Dieu ; s’il y a la puissance de Dieu, et s’il y a du cœur pour Ses droits,
égard. Le Seigneur Jésus est-Il le motif prédominant et l’objet principal ce peut être un devoir à l’égard de Sa Majesté de traiter le cas sans
de nos cœurs ? Est-ce avec Lui et pour Lui que nous pensons à tous les délai. Ceci est assez clair d’après la Parole de Dieu : en cas d’hypocrisie
saints, et que nos sentiments à leur égard sont formés ? positive et de mensonge contre Dieu, nous y trouvons la promptitude
d’action du Saint Esprit par le moyen de l’apôtre, en présence même de
J’admets pleinement que l’amour pour les saints ne peut ni ne doit
l’Église, pour juger sur-le-champ la fraude qui était tentée à l’égard de
revêtir la même forme envers tous. Il faut qu’il s’exerce dans l’énergie
Celui qui a là Sa demeure (Actes 5). Je nie qu’il y ait eu du manque
et l’intelligence de l’Esprit, de manière variée selon la nature de l’appel
d’amour dans cette affaire : c’était plutôt ce qui devait nécessairement
fait à l’amour. Si d’un côté l’on doit aimer même une personne sous la
accompagner l’action de l’amour divin, par la puissance du Saint Esprit,
discipline, d’un autre côté ce serait une très grave erreur de supposer
dans l’assemblée, ou du moins par le moyen de Pierre, comme instru-
que notre amour doit se montrer de la même manière que si elle n’était
ment spécial de Sa puissance au milieu d’elle. C’était sans doute un ju-
pas sous la discipline. Vous ne cessez pas de l’aimer : en absence
gement sévère, mais il était le fruit d’un désir profond du bien des saints
d’amour, on n’est même jamais dans la position ou l’esprit convenable
de Dieu, et d’un sentiment d’horreur à la pensée qu’un tel péché pût
pour exercer la discipline avec le Seigneur, — joignant une juste haine
trouver un appui et un abri parmi eux ; ce sentiment d’horreur jaillissait
du péché, voire de l’indignation, mais une réelle charité envers la
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

aussi à la pensée que le Saint Esprit puisse être déshonoré d’une ma- souvent l’effet d’une prétention déplacée à avoir une spiritualité supé-
nière aussi abominable, et attristé, ainsi que l’Église entière, si ce péché rieure. L’importance de cela revient constamment ; si nos âmes étaient
était toléré. plus simples à cet égard, on commettrait moins de fautes.
Mais dans les cas ordinaires, ce même amour attend, et laisse du Quand le cœur est vrai, Christ a la première place ; l’objet suivant
temps pour avouer la faute et s’en repentir. Dans neuf cas sur dix, on de notre amour, ce sont « tous les saints ». Si deux personnes sont en
commet des fautes quand on agit précipitamment, parce que nous faute, l’une étant un favori de premier ordre, et l’autre un mal-aimé,
sommes enclins à être jaloux pour notre propre réputation. Oh ! com- inutile de dire que ce dernier est en grand danger d’être éliminé. L’ob-
bien peu nous réalisons que nous sommes crucifiés et morts avec jet de mon aversion sera enveloppé d’un nuage obscurcissant la vérité,
Christ ! Nous ressentons le scandale, ou ce qui affecte les pensées de même si celle-ci est évidente pour quelqu’un qui garde son sang-froid.
l’auditoire : mais ce n’est pas là la puissance du Saint Esprit ; ce n’est Au contraire, le favori trouvera de quoi contrebalancer les preuves de
que de l’égoïsme opérant dans nos cœurs. Nous n’aimons pas perdre sa culpabilité dans la réticence de ses amis à dire quoi que ce soit de
notre réputation, ni partager la douleur et la honte de Christ chez ceux défavorable à son égard. Dans de telles circonstances, ces sentiments
qui portent Son nom. Sans doute on ne veut pas traiter à la légère ce sont de part et d’autre, en complet désaccord avec la pensée de Dieu.
qui est mal : une pareille attitude ne sera jamais convenable, tant dans Le favoritisme et les préjugés sont tous clairement condamnés par la
les affaires graves que dans les affaires mineures. Nous ne devrions ja- précieuse Parole de Dieu. « La sagesse d’en haut est premièrement
mais justifier le moindre mal, ni en nous, ni chez les autres, mais il faut pure, ensuite paisible, modérée, traitable, pleine de miséricorde et de
habituer nos âmes à avoir l’habitude de juger ce qui déshonore le nom bons fruits, sans partialité, et sans hypocrisie » (Jacq. 3:17).
du Seigneur, ne fût-ce qu’une parole dite avec précipitation. Si nous Il y a un devoir d’amour « pour tous les saints » parce que ce sont
commençons par être insouciants au sujet de petites fautes, rien ne des saints. Les aimer, parce que Dieu les a mis à part et les a introduits
nous préservera de péchés graves, sinon la pure miséricorde de Dieu. Si dans une relation éternelle avec Lui, c’est là le seul vrai amour chrétien
l’amour envers tous les saints agissait dans nos cœurs, il y aurait moins pour les saints. La grande difficulté est de toujours faire découler nos
de précipitation. pensées, nos sentiments et nos actes de cette base-là. Comprenez-moi
Il nous arrive de mal interpréter les choses, et de tâcher de donner bien. Je ne veux pas dire qu’il y a du mal à avoir des amis. Notre Seigneur
autant que possible un tableau très sombre, alors que le mal n’est en avait. Il aimait Jean d’un autre amour que les autres ; mais sous un
qu’apparent. Prenons garde de juger sur la première impression, alors autre aspect, Il les aimait tous pareil ; c’étaient Ses saints, aussi étaient-
que la réalité peut se révéler être toute autre : ce n’est pas là un juge- ils incomparablement précieux à Ses yeux. Il pouvait apprécier la fidélité
ment juste. Nous devrions chercher à juger les choses avec une meil- de certains de Ses serviteurs ; il Lui arrivait d’encourager, de reprendre
leure mesure, et à la lumière de Dieu. Dans ces affaires sérieuses, nous ou de corriger Son entourage. Il faut laisser de la place pour toutes ces
sommes tenus à la certitude des choses, et à ne pas agir sur la base de choses ; il reste la grande base de l’amour pour tous les saints. Mais il
simples soupçons. Tout jugement, s’il est selon Dieu, doit résulter de ce est évident que nous ne sommes pas tenus de dévoiler nos affaires per-
qui est connu et certain, non pas d’allégations — lesquelles sont trop sonnelles à tous les saints au seul motif que ce sont des saints. Les
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

saints, par exemple, ne sont pas toujours les hommes les plus sages. l’estime que nous avons de nous-mêmes. Pourrions-nous garder une
Même si nous n’avons pas à méconnaître leur position de saints, nous très haute opinion de nous-mêmes si nous sentions comme nous le de-
ne sommes pas tenus d’exposer nos difficultés à tous, ni non plus d’aller vrions, nos manquements si fréquents (hélas !) en présence de la riche
chercher conseil dans ce qui peut demander de la maturité et de la spi- et parfaite grâce de Dieu envers nos âmes ? Quant aux autres, si nous
ritualité de jugement, auprès de ceux qui peuvent n’être d’aucun se- avions devant nous, non pas leurs manquements, mais l’amour de
cours dans l’affaire. L’amour doit être toujours présent. Christ pour eux, Sa vie en eux, et la gloire qui leur est réservée, quel en
serait l’effet ? « L’amour... pour tous les saints ». Christ discerné dans
Ceci amène la valeur du principe divin : « que… l’un estime l’autre
les saints, voilà la puissance de l’amour qu’Il voudrait voir s’épancher
supérieur à lui-même » (Phil. 2:3). Je maintiens que cela est vrai de tous
vers eux. Il peut arriver des circonstances où vous avez eu confiance que
les saints. Il peut s’agir de quelqu’un n’ayant guère d’idées en tête, mais
Dieu manifesterait telle personne comme étant l’un de Ses saints, vous
qui pourtant a Christ devant son âme. Peut-être est-il très ignorant et
avez prié pour cette personne et cherché son bien d’une manière ou
bien sot — peut-être trop prompt dans son esprit, marqué de forts pré-
d’une autre, — et voilà qu’il arrive un moment et des circonstances où
jugés, faible pour sympathiser, sans valeur comme conseiller ; mais s’il
ce serait un péché que de s’associer à elle comme chrétien. Je parle
est, de manière évidente, une âme attachée à Christ, estimant Christ
d’un cas où la personne, par quelque souillure de chair ou d’esprit, a
au-dessus de tout, ne puis-je pas, ne dois-je pas l’estimer supérieur à
amené du déshonneur sur le nom du Seigneur. Quoique qu’on puisse,
moi-même ? Est-ce que je ne vois pas en lui ce qui reprend mon âme,
pour un temps, s’abstenir de toute expression de relations d’amour,
ce qui me rafraîchit, et m’édifie, — bien plus que s’il était simplement
néanmoins l’amour trouve toujours moyen de se montrer, même si ce
un ami des plus dévoués et un conseiller très sage ? Dans le moindre
n’est qu’en la présence de Dieu, hors de la vue des hommes. Ainsi donc,
des saints de Dieu, il y a à la fois ce qui réjouit et ce qui humilie notre
quant à la manière de montrer l’amour, il nous faut rechercher dans la
cœur. Je n’ai pas à estimer une personne pour des qualités qu’elle n’a
Parole de Dieu. Mais le principe général ne peut être mis en question,
pas : Dieu ne nous fait pas voir, ne peut pas nous faire voir, de l’imagi-
savoir que Dieu veut placer tous les saints sur nos cœurs. Il les porte
naire. Inversement, il est bon de se rappeler combien sont précieux tous
tous sur son propre cœur, et Il veut que nous cultivions cette largeur
les saints comme tels. Montrez-moi les plus faibles et les plus éprou-
d’affection pour la famille.
vants d’entre eux … malgré cela on peut et on doit cultiver un respect
réel et vrai envers eux, en tant qu’enfants de Dieu. L’important n’est [v.16-17] C’est en rapport avec ceci que Paul ajoute ce qui suit —
pas seulement que Dieu est pour eux, mais ce qui est de Christ en eux ; lui qui entrait dans ces choses dans une mesure que même les saints
cela suffit à les recommander, au-dessus de toute autre considération, auxquels il s’adressait ne connaissaient guère pratiquement. Il dit donc :
à celui qui attache du prix à la communion avec le Père et le Fils. « C’est pourquoi moi aussi … je ne cesse pas de rendre grâces pour
vous, faisant mention de vous dans mes prières, afin que le Dieu de
Quand nous pensons à nous-mêmes, ne devrions-nous pas au con-
notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, vous donne l’esprit de
traire ressentir tout ce qui, en nous, n’est pas selon Christ ? Puissions-
sagesse et de révélation, dans sa connaissance ». Nous retrouvons ici
nous toujours ressentir ce en quoi nous manquons et attristons l’Esprit
le titre si souvent évoqué : « le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ ». Il
de Dieu ! Cela aurait pour effet de rabaisser, et même de jeter par terre,
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

va parler de la manière que Dieu a d’agir avec l’homme, et même avec maison du Père. C’est une scène en dehors de la terre, où aucun œil
Christ comme homme ; car bien sûr, ce n’est que sous cet aspect qu’on d’homme ici-bas ne peut pénétrer. Mais Il nous manifestera aussi de-
peut parler ainsi. Or s’Il agit avec nous sur ce pied-là [comme Dieu de vant le monde.
notre Seigneur Jésus Christ], exerçant Sa miséricorde par le moyen de C’est pourquoi, vous verrez qu’en Jean 17:22, quant à la gloire que
l’homme ressuscité, et donnant de nouvelles bénédictions en accord le Père donne au Fils et que le Fils nous donne à cause de Son amour
avec ce caractère, Il est pourtant « le Père de gloire », en ce qu’il est la infiniment parfait, — cette gloire est donnée afin que le monde con-
Tête et la grande Source de toute bénédiction céleste, Celui duquel tout naisse que le Père a envoyé le Fils, et qu’Il nous a aimés comme Il a
découle pour la gloire de Son nom et pour Sa louange. aimé le Fils. Pour prouver cet amour, la gloire, là comme ici, est mise en
Cela nous fait aussitôt entrer dans le secret de cette prière. La avant. Comme il y a la prière de la gloire en Éph. 1, et la prière de
gloire est la pensée principale — un aspect majeur de cette prière, mais l’amour en Éph. 3, ainsi en Jean 17, la gloire qui est donnée a pour but
non pas le seul aspect. C’est pourquoi le Dieu de notre Seigneur Jésus- de prouver ce qui sans cela n’aurait pas été si clairement donné à con-
Christ, le Père de gloire, se propose de nous donner certaines bénédic- naître au monde. Les hommes ici-bas peuvent voir la gloire, mais ils ne
tions, et agit par Lui pour le faire ; on trouvera que la base de la colonne peuvent pénétrer l’amour. Le monde pourra conclure du fait que nous
brillante de bénédictions, c’est Christ ressuscité et glorifié à la droite serons dans la gloire avec le Seigneur Jésus, que nous étions aimés du
de Dieu. Si vous regardez la prière du chapitre 3, il n’y a pas un mot sur même amour dont le Seigneur Jésus a été aimé. La gloire s’exprime
Son élévation « au-dessus de toute principauté et autorité et puis- extérieurement, mais l’amour va plus profond et introduit dans la
sance » ; car le sujet de cette prière n’est pas du tout la gloire, ni ce que scène où le Père se révèle dans Son Fils bien-aimé. C’est ce que je peux
Dieu a fait : ce n’est rien de ce qui a été conféré à Christ, mais le sujet appeler une scène d’intimité, une scène de famille hors du monde, le
est Christ Lui-même et Son amour, la somme et la substance de ma repos et la demeure célestes. Ce n’est pas simplement l’éclat, la gloire,
bénédiction ; comme il est dit là : « de sorte que le Christ habite dans la majesté ou la puissance. Toutes ces choses seront pleinement mani-
vos cœurs par la foi ». La prière du chap. 1 est en contraste à tous festées ; mais il y a quelque chose de plus profond que tout, et qui est
égards avec celle du chapitre 3. Dans cette dernière, l’amour est l’idée- à la racine de tout. C’est l’amour, qui, bien qu’il soit ce qu’on pénètre
mère, non pas la gloire. Il est bon de toujours garder à l’esprit cette le moins, n’en est pas moins ce qui était réellement avant tout, et ce
merveilleuse relation entre l’amour et la gloire ; parce que l’un ne va vers quoi tout tournera. C’est ce qu’il y a de plus élevé, et il est éternel.
pas sans l’autre. Même si la gloire est l’effet et la manifestation brillante Le royaume peut avoir son terme, mais l’amour jamais. La manifesta-
de l’amour, toutefois l’amour est encore plus profond et n’est jamais tion devant le monde aura un commencement et une fin. De même que
pleinement connu sinon dans la présence immédiate de notre Père. En l’amour ne finira jamais, ainsi l’amour a toujours été dans le sein de
ce qui nous concerne, le royaume n’est pas la preuve de l’amour de Dieu le Père.
Dieu ; la preuve de cet amour, quant à nous, c’est que nous devons être Cette prière demande « que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ,
avec le Fils dans la maison du Père, et que nous apparaîtrons avec le Père de gloire, vous donne l’esprit de sagesse et de révélation, dans
Christ en gloire. Qui nous y amène ? Le monde ne connaît rien sur la Sa connaissance » ou plutôt dans la pleine connaissance de Lui. Il
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

pourrait y avoir quelque difficulté, si c’était seulement « dans Sa con- et les richesses de l’héritage étaient plutôt la gloire convenant à un
naissance ». La vraie signification du mot, c’est « la pleine connaissance tel appel. Mais, à côté de ce caractère de gloire, il y a d’abord la por-
de Lui ». Ils Le connaissaient déjà, mais Paul priait qu’ils Le connaissent tion cachée convenant au fait d’être élus pour être saints et irrépro-
encore plus. Il désirait qu’ils soient des pères en Christ, et ce qui carac- chables devant Lui en amour — appelés à être le reflet de Sa propre
térise un père, c’est une connaissance profonde et croissante de Christ nature, sainte et pleine d’amour, que, bien sûr, nous possédons dans
Lui-même. Seul l’Esprit de Dieu pouvait leur donner d’y entrer ; mais la vie de Christ, et que nous aurons, dans son plein développement,
c’était dans la pleine connaissance de Lui. quand nous serons transformés à Son image, de gloire en gloire. [2
[v.18-19a] « Les yeux de votre cœur étant éclairés, pour que vous sa- Cor.3 :18] Car Son appel a sa propre espérance de ce dont nous jouirons
chiez quelle est l’espérance de Son appel, et quelles sont les richesses en Sa présence.
de la gloire de Son héritage dans les saints ; et quelle est l’excellente 2. En second lieu, il y a donc l’héritage. L’apôtre désirait qu’ils connais-
grandeur de sa puissance envers nous qui croyons ». Nous avons ici sent les richesses de la gloire de l’héritage, afin de mieux connaître
trois choses qui nous sont présentées, et qui demandent une considé- l’héritage. Mais il emploie une expression remarquable : « les ri-
ration spéciale. chesses de la gloire de son héritage dans les saints ». Il faut être bien
1. « L’espérance de Son appel » vient en premier. Je comprends qu’il en garde contre l’erreur assez générale sur ce sujet, selon laquelle les
se réfère dans une mesure, à ce que nous avons déjà trouvé dans la saints signifient l’héritage. Ce n’est nullement la force de l’expres-
première partie du chapitre. « Béni soit le Dieu et Père de notre Sei- sion, et même, je n’hésite pas à dire que ce serait falsifier la princi-
gneur Jésus-Christ qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle pale bénédiction de l’appel de l’Église. Dans l’Ancien Testament,
dans les lieux célestes en Christ, selon qu’Il nous a élus en Lui, avant nous trouvons qu’Israël était l’héritage de Dieu et le peuple de Dieu,
la fondation du monde, afin que nous fussions saints et irrépro- et que Dieu, par le moyen d’Israël, prenait possession de la terre.
chables devant Lui en amour ». Je pense que l’apôtre pense ici au Quand le jour viendra pour Dieu d’être roi, et plus que roi, quand Il
verset 4 dans une mesure. Le verset 5 présente Sa place comme Père. prendra sous Son gouvernement l’univers entier, comment cela s’ac-
« L’espérance de Son appel » est fondée sur la plénitude de béné- complira-t-il ? Sera-ce par le moyen d’Israël ? Non, mais par le
diction qui nous appartient selon ce dessein de Dieu qui est déjà moyen de Ses saints célestes — l’Église de Dieu. L’expression semble
nôtre en Christ, et qui nous a été déjà donné à connaître et a été reçu être de portée volontairement large. Incontestablement cela désigne
dans nos cœurs — l’appel de Dieu pour que nous fussions saints et les saints transmués ou ressuscités, pour être semblables à Christ,
irréprochables devant Lui en amour (1:4). Mais alors, si ceci est l’es- dans une condition entièrement céleste (1 Cor. 15:52 ; Phil. 3:21).
pérance de Son appel (car il faut que tout découle de Dieu Lui- Voilà la manière dont Dieu s’attribuera l’héritage et le prendra bien-
même), il ajoute : « et quelles sont les richesses de la gloire de son tôt de Sa propre main. Quand Il prit Canaan, Il ne descendit pas pour
héritage dans les saints » (1:18). C’est ici une allusion claire à ce que en prendre possession par une puissance céleste, mais par le moyen
nous avons trouvé dans le corps du chapitre : l’héritage, et non pas de Son peuple. Alors, quand Dieu chassera les esprits méchants des
seulement l’appel. L’appel était l’œuvre efficace de la grâce de Dieu, lieux célestes et de toute liaison avec eux, quand Il renversera
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

toutes les puissances sur la terre, tout ce qui Le contredit, et qu’Il 3. Le point restant à voir est « l’excellente grandeur de Sa puissance
amènera l’univers entier à être soumis au nom de Christ, — qui sont envers nous qui croyons selon l’opération de la puissance de Sa
ceux qui sont destinés à le prendre en Son nom, comme Israël au force ; qu’Il a opérée dans le Christ, en le ressuscitant d’entre les
pays de Canaan ? Les saints ressuscités. C’est de là que vient l’ex- morts, et Il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux célestes » (1:20).
pression « les richesses de la gloire de Son héritage dans les saints ». Pourquoi ne pas attirer l’attention sur la puissance déployée lors de
L’idée commune que les saints constituent l’héritage n’est pas scrip- la création du monde ? Lorsque Dieu s’adresse à Israël, Il parle de Lui-
turaire. Car dans tout le Nouveau Testament, les saints sont toujours même comme l’Éternel-Dieu, qui fendit la mer Rouge et fit sortir
représentés avec le plus grand soin non pas comme l’héritage, mais Son peuple hors d’Égypte à main forte, et à bras étendu (Deut. 5:15 ;
comme les héritiers, « héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ » 26:8).
(Rom.8:17). Ils ne sont traités nulle part comme étant l’héritage, mais [v.19b-20a] Qu’est-ce qui est pour nous la traversée de la mer
au contraire, le sens de ce qui est révélé comme étant l’héritage si- Rouge ? La résurrection de Christ ; ce n’est ni l’incarnation, ni même la
gnifie les choses dans les cieux et les choses sur la terre ; l’Église en croix de Christ, bien que nous ne puissions nous passer ni de l’une ni de
est toujours soigneusement distinguée. Je considère que ce point ne l’autre. Mais la croix, bien qu’absolument essentielle entre tout pour la
peut pas être mis au rang des questions discutables ; le témoignage gloire de Dieu et pour nos besoins, elle ne nous donne pas la puissance
de la Parole est trop abondant et précis. Ce qui est clairement révélé de Dieu. Elle nous montre ce que Dieu appelle Sa faiblesse (1 Cor. 1:25),
dans l’Écriture ne devrait jamais être laissé comme sujet à débattre et si je considère Christ à la croix, Il a été « crucifié en infirmité » (2 Cor.
ou incertain : le doute a toujours un effet nuisible sur l’esprit, outre 13:4). C’était Celui qui s’est soumis à tout, qui s’est livré au pouvoir de
qu’il insulte Dieu et attriste Son Esprit. La certitude qu’un autre pos- Ses créatures ; qui est descendu sous le jugement de Dieu et s’est
sède ne peut nous suffire, mais il ne faut pas hésiter à parler claire- abaissé sous la main chétive de l’homme. Mais quand nous considérons
ment quand nous n’avons aucun doute quant à la pensée de Dieu sur la résurrection, toute trace de faiblesse a disparu pour toujours, et on
un sujet. En y regardant sous ce point de vue, cela s’accorde bien ne voit rien d’autre que la puissance de Dieu la plus triomphante ; une
avec la structure du chapitre. Comme il y a « l’espérance de Son ap- puissance bien au-delà de tout ce qui est en rapport soit avec la loi, soit
pel » dans le premier membre de phrase (1:18), correspondant à ce avec la création. Il s’agissait de la descente dans le tombeau, non pas
qui figurait dans les premiers versets, de même « la gloire de Son simplement d’un homme, mais de cet homme-là qui a porté en Sa per-
héritage » correspond aux versets du milieu du chapitre. Dieu se pro- sonne les péchés de toute âme qui croit en Lui.
pose d’avoir tout l’univers béni et heureux sous Christ, et non pas [v.20b-23] Et Dieu a été si complètement glorifié à l’égard de ces péchés
seulement que la gloire Lui soit donnée au ciel, ou qu’un peuple Lui qu’Il a relevé l’homme méprisé, rejeté, abandonné, de dessous ce far-
soit assujetti ici-bas. Nous avons ici une vue incomparablement plus
deau inouï, et l’a placé à Sa droite dans les lieux célestes. Il y a là le
vaste des intentions de Dieu. Christ aura la bénédiction et la gloire contraste surprenant entre le tombeau où Christ gisait, et la gloire dans
universelles, toutes choses dans le ciel et sur la terre Lui étant assu- laquelle Il est maintenant haut élevé, toujours comme homme —
jetties ; et c’est en Lui que nous avons obtenu cet héritage. l’homme glorifié — infiniment au-dessus de toute créature, même les
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

plus élevées et les plus bénies : au-dessus de créatures [anges] qui, en Même ceux qui, par la miséricorde de Dieu, l’ont entendu, combien y
un sens, étaient bien au-dessus de l’homme et n’avaient jamais connu entrent-ils peu !
ni corruption ni chute ; au-dessus de toute principauté, et autorité, et C’est une chose de ne pas le nier doctrinalement, c’en est une autre de
puissance, et domination (1:21), des puissances en haut et des ordres l’appliquer et de vivre dans cette vérité, non seulement quand il s’agit
célestes, et au-dessus de tout nom qui se nomme, non seulement dans de grandes détresses ou d’épreuves lourdes, mais aussi en rapport avec
ce siècle, mais aussi dans celui qui est à venir (1:21). Quand le Fils de le train ordinaire des devoirs journaliers, le train ordinaire de ce qui
l’homme viendra dans Sa gloire, et tous les saints anges avec Lui, il y nous convient en tant que saints soumis à la volonté de Dieu.
aura un déploiement des armées angéliques (Matt. 25:31). Mais Il est Si nous sommes dans des circonstances difficiles, au milieu d’ennemis,
maintenant élevé au-dessus d’eux tous. Il n’y aurait rien de nouveau à ayant affaire à des ennemis invisibles, nous oublions l’objet de la prière
ce qu’Il fût au-dessus d’eux comme Dieu ; Il l’est toujours. Mais Il a de l’apôtre pour nous : que nous sachions quelle est l’excellente gran-
porté l’humanité au-dessus d’eux ; Il y est haut élevé en notre nature deur de Sa puissance envers nous qui croyons, selon l’opération de la
— ressuscité, sans doute, mais toujours dans la nature de l’homme. Il puissance de Sa force, qu’Il a opérée dans le Christ, en le ressuscitant
nous a donné d’être associé présentement avec le trône de Dieu. Car d’entre les morts. Si la puissance du Saint Esprit opérait ainsi dans Paul,
l’application de tout cela nous est donnée ici — « l’excellente grandeur ce n’était que la réponse du serviteur au cœur du Maître, qui intercé-
de Sa puissance envers nous qui croyons selon l’opération de la puis- dait en haut, afin que nous connaissions la puissance qui est au-dessus
sance de Sa force, qu’Il a opérée dans le Christ, en Le ressuscitant de tous les obstacles. Nul saint ne pouvait le connaître avant que la
d’entre les morts » (1:19-20). Ce n’est pas seulement l’excellente gran- résurrection soit accomplie. C’est « envers nous qui croyons » — stric-
deur de Sa puissance envers Christ, mais envers nous en Christ. La puis- tement envers les saints du Nouveau Testament, ceux qui ont été appe-
sance qui a opéré pour nous délivrer de Satan, qui nous a donné notre lés et introduits après la mort et la résurrection du Seigneur.
place, comme saints devant Dieu, est absolument la même puissance
Hélas ! comment sont tombés les hommes forts ! (2 Sam. 1:19, 25,
qui a ressuscité Christ d’entre les morts et L’a mis à la place la plus
27). Combien les croyants réalisent peu maintenant leurs privilèges !
glorieuse dans le ciel. Y a-t-il quelque chose de trop difficile après
Supposons qu’on attende un libérateur pour une chose quelconque ; il
ceci ? Si nous savions que nous avons à notre disposition la puissance
est parfaitement convenable d’implorer pour avoir ce libérateur, de
qui a appelé le monde à l’existence, ne nous ririons-nous pas des im-
sentir qu’il tarde à venir. Mais une fois qu’il est venu, pensez-vous qu’il
possibilités ?
est bon et convenable de le presser de venir ? C’est l’erreur que les
Or nous avons une énergie plus grande que celle déployée lors de gens font maintenant. Ils prennent le langage des Psaumes et l’appli-
la création — rien moins que celle qui a ressuscité Christ d’entre les quent à l’expérience chrétienne. Or on ne peut pas avoir dans les
morts. La Parole de Dieu nous le dit positivement. Pourquoi donc Psaumes la révélation de ce qu’on a ici. Sans doute, la miséricorde de
sommes-nous si faibles ? Parce que nous le croyons si faiblement. La Dieu existait avant la résurrection de Christ, mais non pas l’opération
grande masse des enfants de Dieu n’en a jamais entendu un seul mot. de cette puissance qui a ressuscité Christ d’entre les morts. Faire de
l’Ancien Testament le langage de notre expérience, c’est une profonde
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

erreur, mais c’est aussi le pervertir. Ce serait péché de ne pas se servir lieux célestes », etc. Il lui a donné le siège suprême de gloire. Qu’on
de l’Ancien Testament pour notre profit et pour notre bien ; mais ce imagine tout ce qu’on veut pour l’ange le plus élevé ou l’archange :
dont nous parlons serait en abuser, non pas en user. C’est de l’incrédu- Christ a reçu une dignité plus élevée encore, avec cette position. Il le
lité de confondre les choses d’autrefois avec la puissance céleste de la détient en association présente avec nous ici-bas. Non seulement Il
résurrection de Christ. nous reconnaît, et montre Sa bonté envers nous, et emploie la grandeur
de Sa gloire pour notre bien, mais Il fait bien plus encore. Celui qui est
Voici donc la mesure de la puissance qui opère envers nous, la
à la tête d’un vaste empire peut faire servir le trône pour le bien de ses
même puissance qui a opéré en Christ. Comment ces choses sont-elles
sujets et à la gloire de ceux qu’il désire honorer, mais sans association
connues selon Dieu ? « dans la pleine connaissance de Lui » [sens de
positive, immédiate et personnelle avec lui. Or c’est là ce que le chré-
l’expression « dans Sa connaissance », 1:17]. Vous n’apprendrez jamais
tien a avec Christ. Ce que nous avons ici, ce n’est rien moins que d’être
aucune vérité correctement sinon dans la connaissance de plus en plus
un avec Christ.
profonde de Christ. C’est le manque de cette connaissance qui est la
cause de la faiblesse parmi nous : la doctrine à l’état pur n’est pas une C’est pourquoi il est ajouté que ce précieux Sauveur, sous les pieds
relation avec Christ. Quand la fleur est séparée de ce qui est sa source, duquel Dieu a assujetti toutes choses, a été aussi donné pour être chef
sa subsistance, et son soutien, elle est désormais condamnée à dépérir sur toutes choses à l’Assemblée [ou : Église] ». Il n’est pas dit : « chef
et à mourir. L’amour et la plénitude de bénédictions sont en Christ ; sur l’Église », mais « chef sur toutes choses à l’Église » (1:22). L’Église
mais pour connaître ces choses elles-mêmes, pour en éprouver la vérité partage Sa place de Chef sur toutes choses ; mais comme elle est Son
et en jouir toujours, il est nécessaire de les prendre comme liées à corps, elle est en union inséparable avec Lui. L’Homme glorifié a une
Christ. Si je regarde à Christ, je vois en Lui la vie même que Dieu m’a élévation universelle au-dessus de toutes les créatures de Dieu ; or c’est
donnée, et aussi l’espérance de cette vie, y compris même l’héritage. ce qu’Il partage avec nous, et qu’Il manifestera bientôt comme étant
Qui oserait dire que c’est de la présomption pour Christ de l’avoir ? Bien notre portion avec Lui. Le chrétien est maintenant un membre du corps
au contraire, c’est ce qui Lui est dû. L’amour de Dieu pour Lui et les de Christ — maintenant : c’est pourquoi, par le Saint Esprit, il est dans
délices de Dieu en Lui comme homme, sont tels que Dieu ne pourrait l’association la plus intime avec Christ, non seulement comme ayant la
priver Christ d’une seule des choses qu’Il a faites pour Lui. Christ est vie en Lui, mais comme jouissant du privilège d’être un avec Celui qui
l’héritier de tout ; quant à nous, étant cachés en Christ, nous pouvons est le Chef suprême, élevé au-dessus de tout. Il est un membre de Son
entrer dans la plénitude de Son appel, et dans l’héritage, parce que corps ; or quoique Dieu n’ait pas donné la domination directement à
nous sommes en union réelle avec Christ. Vous ne pouvez connaître Ève, elle y a eu part néanmoins, selon Sa volonté. La domination fut
l’appel et l’héritage que dans la pleine connaissance de Christ, et il en donnée à Adam, mais par association Ève la possédait avec Adam. C’est
est aussi exactement de même pour « l’excellente grandeur de sa puis- ainsi que l’Église la possède en tant que Ève — dépendante et associée
sance ». — de l’Homme céleste, du dernier Adam. Cela nous donne immédiate-
ment une vue lumineuse de ce qu’est notre appel, et de la raison pour
La grandeur de cette puissance, Dieu l’a déployée quand Il a res-
laquelle Dieu attend de nous une séparation complète du monde. Au
suscité Christ « d’entre les morts, et l’a fait asseoir à Sa droite dans les
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

temps du Lord-Protecteur en Angleterre [qui avait pris le pouvoir à la n’est pas la bonne mesure de référence pour considérer la Parole de
place du roi], il aurait été malséant pour ceux qui restaient attachés à la Dieu ou bien les voies de Dieu. Dieu n’agit jamais si ce n’est pour Sa
famille royale de rechercher, ou même d’accepter un poste d’honneur. propre gloire. Il s’ensuit que, même si nous trouvons bien des parties de
Il en est ainsi du chrétien aujourd’hui. Nous appartenons à Celui qui est la Parole de Dieu en rapport étroit avec notre condition, nos besoins,
caché loin de la terre — et est maintenant haut élevé dans cette place nos bénédictions et notre gloire, nous restons toujours en dessous de
de suprématie universelle. Le monde visible n’est pas encore assujetti la vraie portée de la vérité de Dieu et de sa valeur comme modèle, si
à Christ pratiquement, quoique pour la foi, toutes choses soient assu- nous nous contentons de penser à ce qui s’applique à nous. Nous n’at-
jetties. Mais nous savons qu’Il est haut élevé, « le Chef sur toutes teignons jamais la pleine étendue de la portée à notre égard d’une vé-
choses à l’Église ». rité quelconque, si nous ne prenons pas en compte la sphère infiniment
plus élevée où elle révèle et déploie la gloire, le caractère et les des-
Nous Lui appartenons, et Il voudrait que nos cœurs s’élèvent en
seins de Dieu. C’est pourquoi, même si nous trouvons dans l’Écriture la
haut, au-dessus de la scène présente. L’Église est « Son corps, la pléni-
grâce déjà montrée envers nous, et la gloire à laquelle nous allons bien-
tude de Celui qui remplit tout en tous » (1:23). Elle est le complément,
tôt participer, néanmoins combien la bénédiction est infinie quand nous
ou ce qui complète Christ envisagé comme homme ressuscité d’entre
ne la regardons plus dans son seul rapport direct avec des créatures
les morts. Comme Fils de Dieu, sans doute, Il n’a besoin de rien pour
aussi limitées et faibles que nous ! Quand nous réalisons qu’il s’agit de
compléter Sa gloire ; mais comme Homme, c’est nécessaire. Dans Sa
la grâce et de la gloire de Dieu, combien tout est changé complète-
gloire de résurrection, Il ne serait pas plus complet sans l’Église que ne
ment ! Nous entendons alors et nous découvrons cette grande vérité —
l’était Adam sans Ève. Dieu l’a ainsi ordonné dans les conseils de Sa
Il parle de nous et Il éprouve des sentiments à notre égard selon des
gloire. De toute éternité, Son intention était que, quand Son Fils devien-
manières, des formes, des profondeurs et des hauteurs qui sont dignes
drait cet Homme béni et glorifié, toute la gloire qu’Il aurait comme
de Lui. Il entre dans tous nos petits besoins aussi bien que dans les plus
homme ressuscité, Il la partagerait — pour Sa propre gloire et à Sa
grands. Même dans les moindres choses dont Il s’occupe en nous, la
louange — avec ceux qui par nature étaient de pauvres pécheurs, en-
ressource répondant à ce besoin découle de Celui qui ne connaît pas
tièrement morts, mais délivrés maintenant de leurs péchés, et faits un
de limites ; si la ressource est adaptée à notre capacité du moment pré-
avec Christ en haut. Par l’Esprit qui leur a maintenant été donné, Il leur
sent, il n’en sera pas toujours ainsi. Dieu ne se reposera jamais dans
en communique la connaissance tandis qu’ils sont dans le monde, pour
Son amour, tant qu’Il n’aura pas accompli Son dessein, — et ce dessein
que, dans leur esprit et dans leurs voies, ils soient entièrement au-des-
est non seulement de nous donner par le Saint Esprit de goûter mainte-
sus du monde.
nant, dans une certaine mesure, la douceur du déploiement de Son
Chapitre 2 propre caractère, mais c’est aussi de nous en rendre dignes de toute
Nous entrons maintenant dans une nouvelle portion de notre manière. Il nous a appelés à être ses enfants. Le jour vient où non seu-
épître ; elle n’est pas d’un ton aussi élevé que celle du chapitre 1, mais lement Son amour n’aura pas honte de nous appeler tels, mais où il
elle est aussi importante à sa place, et de la plus grande valeur pour n’y aura aucune raison d’avoir honte : au contraire, tout ce qui con-
nous. Gardons bien présent à l’esprit que ce qui a de l’intérêt pour nous cerne la famille de Dieu manifestera alors autant la saveur de ce qu’Il
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

est, que maintenant, hélas ! nos pauvres voies, misérables et mon- Le chapitre 2 est principalement basé sur Sa puissance de résurrec-
daines, portent souvent la triste empreinte du moi, et non de Dieu. tion, et plus encore, si l’on peut dire, sur la puissance d’ascension.
L’énergie qui a ressuscité Christ et l’a fait asseoir à la droite de Dieu
Dans ce chapitre donc, ce n’est pas le développement des conseils
s’exerce maintenant dans et pour ceux qui croient en Lui. Nous en ver-
de Dieu et de Ses desseins magnifiques, tels qu’ils découlent de Ses pen-
rons les conséquences. Mais pesons un peu ce que le Saint Esprit pré-
sées, — remontant par conséquent au commencement du temps, avant
sente ici. C’est l’application de la puissance de la force de Dieu au
même que la création ait eu encore aucune place, et qu’il n’y avait rien
croyant. Ce n’est donc pas simplement Son dessein de grâce, ni l’exé-
d’autre que Dieu Lui-même dans l’éternité de Sa propre existence.
cution prochaine de Son dessein de gloire, mais c’est l’exercice de Sa
Même alors, comme le ch. 1 nous l’a appris, avant que Sa main ait puissance selon le modèle de Christ ressuscité et glorifié, et son appli-
formé quoi que ce soit, il y avait cette pensée bénie dans Son cœur : Il cation au croyant déjà maintenant.
voulait avoir un peuple, ou plutôt des fils, en dehors de la scène qui
[v.1-10] Il était donc nécessaire que nous soit d’abord présentée la
n’était pas encore créée, — des fils rassemblés par Sa propre grâce sou-
condition de ceux en qui cette puissance s’exerce, ce qu’ils étaient
veraine, tirés du péché, pour partager Son amour et Sa sainteté, avec
quand elle a commencé à opérer en eux. Ce n’est donc qu’au chapitre
Son Fils bien-aimé. C’était là Son conseil.
2 qu’on commence à trouver un développement de la condition précé-
Le ch. 1 nous l’a montré, non seulement ce qui était dans la pensée dente réelle de ceux qui sont liés à Dieu si étroitement. Le chapitre 1
de Dieu depuis l’éternité, mais ce qui y répond dans le jour de gloire à est surtout occupé de ce que Dieu avait dans Ses pensées, et de ce qu’Il
venir. Deux grandes pensées nous y étaient présentées : doit encore accomplir. La question est maintenant soulevée, et la ré-
1. d’abord l’appel de Dieu ; ponse donnée, de savoir qui sont ces gens, et quel était leur état quand
2. ensuite l’héritage qui reste encore à être manifesté dans le déploie- Dieu a pu ainsi agir à leur égard ? Il est bien merveilleux, quand on
ment éclatant de la gloire, lorsque Christ prendra tout ce que Dieu a écoute Sa Parole, de ne trouver dans aucune autre épître rien qui nous
fait et en sera le Chef reconnu et glorifié (toutes choses dans les cieux donne un tableau si profond, si pénétrant, si humiliant de l’état déses-
et sur la terre Lui étant assujetties) et que, nous qui croyons en Lui, péré et dégradé dans lequel étaient ceux que Dieu a destinés à être
serons appelés à partager l’héritage avec Lui, notre Seigneur et notre cohéritiers avec Christ. L’épître aux Romains met à nu la corruption
Époux. morale, prouvant pleinement ce qu’est l’homme, s’il se met sur le ter-
• En troisième lieu, nous avons vu un point supplémentaire majeur — rain de ce qui se trouve en lui. Qu’il s’agisse du Juif sous la loi, si favorisé,
savoir que la même puissance de Dieu qui a ressuscité Christ d’entre ou du Gentil suivant sa conscience, tout y est discuté en détail, et toute
les morts opère maintenant envers les croyants. Ce n’est qu’une al- prétention de l’homme est réduite en poussière. Mais dans l’épître aux
lusion en passant dans la prière de l’apôtre à la fin du ch. 1. Ce que Éphésiens, il n’est pas besoin de faire la preuve de sa culpabilité.
nous avons ici en est, dans une mesure, une sorte de développe- L’homme y est envisagé comme étant mort si complètement que cela
ment. revient à l’enlèvement du linceul d’un cadavre. C’est pourquoi ce que
dit l’apôtre au v. 1 revient à dire : « [Il vous a vivifiés,] vous qui étiez
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

morts dans vos fautes et dans vos péchés » (2:1 + 5 — (*)). Ce n’est pas seule manière dont il soit parlé de la mort dans l’épître aux Romains,
seulement : « comment un pécheur est-il pardonné et justifié ? », mais c’est comme d’un privilège, l’heureuse condition dans laquelle la foi
« [Il vous a vivifiés,] vous qui étiez morts dans vos fautes et dans vos nous amène quand nous sommes baptisés pour la mort de Christ. Nous
péchés ». La pensée du v. 1 n’est complétée qu’au v. 4 et 5, mais il est sommes ainsi vus comme morts au péché, mais comme vivants à Dieu
clair que l’action vivifiante affecte aussi bien ceux qui sont appelés (Rom. 6:11).
« vous » (2:1) que ceux qui sont appelés « nous » (2:5). J’espère mon- Dans l’Épitre aux Éphésiens, au contraire, la mort était notre état
trer plus loin le sens de la distinction, mais je souligne ici que le lien se de misère. C’est l’expression de la pensée de Dieu sur la ruine extrême
fait bien entre les v. 1 et 5. « [Il vous a vivifiés] » est implicite au v. 1 où nous gisions. Les Juifs comme les Gentils (non pas seulement les uns
dans le langage du Saint Esprit, au moins quant au sens.
ou les autres) — autrement dit, l’homme en tant que tel — sont morts
(*) Notre Bibliquest : Le texte anglais de W.K. suit ici le texte de la version moralement. Il reste donc à savoir ce que Dieu peut faire. Dieu en haut,
autorisée du roi Jacques qui donne : Éph. 2:1 « Et Il vous a vivifiés, vous qui et l’homme ici-bas, sont en présence l’un de l’autre ; et si l’homme est
étiez morts dans les fautes et les péchés », Éph. 2:5 « même quand nous étions
morts dans nos péchés, Il nous a vivifiés ensemble avec le Christ (vous êtes mort, grâces soient rendues à Dieu ! Il ressuscite les morts et vivifie les
sauvés par la grâce) ». W. Kelly souligne que les mots « Il vous a vivifiés » dans âmes (Il peut le faire). Or ce que l’Écriture appelle « vie » n’est pas sim-
le v. 1 ne sont pas dans le texte grec, mais ont été volontairement ajoutés pour plement l’existence, mais une nature spirituelle bénie donnée à
faciliter la compréhension du lecteur anglais. La formulation de ce v. 1 en an- l’homme qui, naturellement, n’en avait pas, et qui n’éprouvait des sen-
glais correspond à combiner des v. 1 et 5 de la traduction française de JND ;
WK le confirme quand il souligne le lien de la pensée entre les v. 1 et 5. Le timents et n’agissait que d’après une nature dominée par le péché.
texte du commentaire de WK sur les Éphésiens a été modifié ici pour tenir Telle est la condition de tout homme avant que l’Esprit de Dieu opère
compte de cette variante de traduction du texte biblique du v. 1. cette bonne œuvre dans l’âme.
Il reste ce grand fait majeur que l’état moral de l’homme ne relève Notre Seigneur reprochait à Nicodème de ne pas comprendre ces
pas d’une simple question de maladie, mais les hommes sont choses. Déjà comme simple Juif, il aurait dû les comprendre ; mais en
« morts ». C’est le renversement de toutes les pensées de l’homme, de tant que « docteur d’Israël », n’était-ce pas une honte de ne pas con-
l’idée qu’il serait dans un stade de mise à l’épreuve, ou qu’il n’aurait naître ces choses ? Quand il entendit parler de la nécessité d’être « né
qu’une maladie morale ; ou qu’il suffirait de le calmer, de le consoler et de nouveau », ou né sur un principe entièrement nouveau, il s’imagi-
de l’éduquer : après tout, il n’est pas si mauvais que ça ! Certains nait que le Sauveur parlait d’une sorte de répétition de la naissance na-
croient qu’il y a une différence entre croyants et incroyants au niveau turelle, ce qui, si tant est que ce fût possible, n’eut été qu’un recom-
de leur état d’inconvertis : je suis convaincu du contraire. Quant à l’idée mencement de la vieille nature. Mais le mot « de nouveau » ()
que des gens mériteraient plus la miséricorde que d’autres, elle est en est extrêmement fort, tout comme cette découverte de la vérité. Écou-
opposition à tous les passages de la Parole de Dieu traitant du sujet. Le tez bien ceci : « Ce qui est né de la chair, est chair, et ce qui est né de
Saint Esprit insiste au contraire sur la réalité de la mort et de la ruine l’Esprit, est esprit ». La chair ne peut jamais devenir esprit. Spirituali-
qui atteignent tous pareillement. Dans l’épître aux Romains, il est dit ser, rénover ou sanctifier la vieille nature, cela n’existe pas. Ce dont
que nous étions « sans force », mais ici, que nous étions « morts ». La l’âme non régénérée a besoin, c’est une nouvelle nature, ou, selon
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

l’explication du Seigneur, elle a besoin d’être « née d’eau et de l’Es- l’enseignement, c’est que le témoignage de Dieu est le moyen divin
prit ». Le sens de ce passage, c’est la Parole de Dieu, présentée sous pour communiquer la vie à l’âme quand il est appliqué par le Saint Es-
cette figure, et appliquée à l’âme par la puissance du Saint Esprit. Le prit, c’est-à-dire par la foi. Et si nous désirons savoir plus précisément
baptême peut bien manifester ce dont parle ce passage, mais c’est la ce qui, dans la vérité de Dieu, est employé spécialement pour vivifier
figure de la réalité. Notre Seigneur montre qu’il faut la communication ceux qui sont morts dans leurs péchés, c’est toujours, plus ou moins, la
d’une nouvelle vie, et comme il est dit ailleurs, « de Sa propre volonté, révélation de Christ. Croire que la créature a été créée par Dieu, ne vi-
Il nous a engendrés par la parole de la vérité » (Jacq. 1:18). Or ceci est vifiera pas mon âme. Je peux croire n’importe quel fait de l’Ancien Tes-
présenté non seulement par Jacques, mais aussi par Pierre qui déclare tament, être certain de tous les miracles, tous les discours, et toutes les
que nous sommes « régénérés, non par une semence corruptible, mais voies de Jésus dans le Nouveau Testament, et pourtant mon âme va
par une semence incorruptible par la vivante et permanente parole de rester sans être vivifiée. Mais croire en Christ lui-même, c’est une
Dieu » (1 Pierre 1:23). L’apôtre Paul montre positivement que le lavage chose bien différente que de ne pas douter des choses qui Le concer-
d’eau par la parole est l’explication de cette figure par Dieu Lui-même. nent. Cela suppose que j’en ai plus ou moins fini avec moi-même ; que
je me suis incliné devant la sentence humiliante de l’Écriture sur ma
Encore un point : Nicodème pouvait-il savoir quelque chose du
nature, et que je reconnais n’être qu’une pauvre créature perdue et
baptême chrétien ? Il n’était pas encore institué, et le baptême des dis-
morte aux yeux de Dieu.
ciples n’était qu’une sorte de modification du rite de Jean le Baptiseur,
c’est-à-dire la confession d’un Messie vivant, venant ou venu sur la Tout cela est au-delà de la nature. Certains hommes sont fiers de
terre. Mais le baptême chrétien proprement dit, est fondé sur la mort ce que nous avons des affections qu’on retrouve chez les bêtes brutes,
et la résurrection de notre Seigneur. « Ne savez-vous pas que nous et d’autres vont plus loin en se déifiant à cause de la conscience ; mais
tous qui avons été baptisés pour le Christ Jésus, nous avons été bapti- la conscience elle-même fut acquise par le péché. Adam, avant la chute,
sés pour sa mort ? » (Rom. 6:3). Le baptême chrétien est la confession n’aurait pas pu dire ce qu’était le bien ou le mal. Quand il ne mangeait
de la mort et de la résurrection de Christ, et a été institué par notre pas du fruit défendu, ce n’était pas parce qu’il savait que c’était mal en
Seigneur après Sa résurrection d’entre les morts. C’est alors, et non soi ; et quand il a mangé du fruit de cet arbre, il n’y avait pas de mal
pas avant, qu’Il leur a dit d’aller et de baptiser toutes les nations, ou moral dans la nature même de l’acte de manger de cet arbre. Mais le
Gentils, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Il établit la grande commandement de Dieu en fit un test — un test moral dont Adam
et pleine révélation de la Déité, et l’introduit dans la confession que le n’aurait rien su, si Dieu ne lui avait dit : « Tu n’en mangeras point ».
croyant est amené à faire par son baptême. C’est ainsi que, dans le but d’exercer l’obéissance chez un enfant, on
pourrait lui dire : tu ne sortiras pas de cette chambre ; alors qu’avant
Dans les passages de l’Écriture auxquels il vient d’être fait allusion,
cette défense, il n’y avait pas de mal à le faire. Ce ne fut qu’après avoir
nous voyons clairement que, lorsqu’un langage non figuré est employé,
mangé du fruit défendu, qu’Adam acquit la connaissance intuitive pour
le moyen indiqué comme donnant la vie nouvelle est la Parole de Dieu
distinguer le bien du mal. Il ne connut donc le mal qu’en tombant sous
appliquée par le Saint Esprit ; et lorsque des figures sont employées,
sa puissance. Si on avait dit à Adam avant la chute : « Tu ne convoiteras
l’eau est la figure choisie. Mais la somme et la substance de tout
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

point », il aurait pu dire : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Je ne com- vanité là, partout l’amour de sa propre volonté — ce qui caractérise le
prends pas ». Mais dès l’instant où il écouta le diable et qu’il eut pris du pécheur en toutes circonstances. Cherchez et voyez, et vous ne serez
fruit défendu par Dieu, un autre élément pénétra la nature d’Adam, pas long avant de trouver ce qui trahit Adam, non pas Christ. Regardez
qui ne s’y trouvait pas auparavant. Avant sa chute, Adam avait corps, l’histoire de l’homme, selon la Genèse, et voyez ce qu’il est. Il peut être
âme et esprit ; après la chute, il acquit ce que l’Écriture appelle « la attiré à cause de ses affections ; mais pourquoi permettre à ces affec-
chair ». Ce n’est pas simplement « la chair et le sang » : notre Seigneur tions d’opérer au point de l’entraîner à la désobéissance contre Dieu ?
les avait (sinon il n’aurait pas été réellement un homme), mais il n’avait Dieu lui avait-Il dit d’écouter sa femme ? Il aurait dû agir en chef, et
pas « la chair » qui est le principe de propre volonté, autrement dit le rappeler à sa femme ce que Dieu leur avait dit. On n’oublie jamais im-
principe consistant à aimer ses propres voies, et non celles de Dieu. punément un commandement divin. L’homme ayant donc laissé sa
C’est là le péché, — ce que l’Écriture veut dire par le mot péché, — ce femme prendre la direction, en a vite récolté les conséquences amères.
désir fort, fiévreux, ardent d’avoir ce qu’on veut, que ce soit ou non Mais en Christ, je trouve exactement le contraire. Y a-t-il un trait plus
selon la volonté de Dieu. Satan aveugle l’âme quant à ce qu’est la vo- remarquable, moralement, que ceci : Quelqu’un qui est tout, et est
lonté de Dieu, la pensée de Dieu. L’amour de sa propre volonté ne fai- content de n’être rien ; quelqu’un qui, tandis qu’Il était un homme ici-
sait pas partie de la nature primitive de l’homme. « La chair » a été ac- bas, n’a jamais agi selon un droit à Lui, un droit indépendant ;
quise par la chute, et elle s’est montrée dans l’amour de notre propre quelqu’un qui, en toute circonstance, petite ou grande, a toujours cher-
volonté et l’indépendance à l’égard de Dieu. L’apôtre Paul insiste cons- ché la volonté de Son Père et s’y est soumis. « Ne saviez-vous pas qu’il
tamment sur ce sujet, et l’apôtre Jean (1 Jean 3:4) l’appelle « l’ini- me faut être aux affaires de mon Père ? » dit-Il en Luc 2, alors qu’Il
quité », littéralement « une marche sans loi », et non pas comme tra- n’était encore qu’un enfant. Ce n’était pas seulement lorsqu’il s’est pré-
duit la version autorisée du roi Jacques : « la transgression de la loi ». senté en public ; mais il a toujours eu conscience des affaires du Père.
C’est le désir de suivre notre propre chemin, malgré la volonté de Dieu Si je désire savoir ce qu’était notre Seigneur dans les années où Il grandit
et Son chemin, qu’ils soient exprimés positivement ou implicites. C’est jusqu’à la maturité, je trouve encore la même chose. Partout où je Le
là l’essence du péché, le triste héritage des pécheurs, dont le croyant contemple, en tout temps et en toute circonstance, ce trait se mani-
est délivré, grâces à Dieu. Quand donc un homme reçoit Christ, il a en- feste comme une couronne : Quelqu’un qui n’a jamais cherché ni fait
core sa vieille nature, non seulement corps, âme et esprit, mais aussi Sa propre volonté.
« la chair » — car il l’a encore, et hélas ! elle peut être encore l’occasion Ne voyez-vous pas qu’il y a là un homme d’une toute autre sorte ?
de bien des écarts et des douleurs, s’il n’est pas vigilant. Outre tout cela, Il n’est pas étonnant que le Saint Esprit dise de Lui, et de Lui seul, « le
il y a pour le croyant une nouvelle nature qu’il n’avait pas auparavant. Second homme » (1 Cor. 15:47). Tous les autres hommes n’étaient que
Dieu nous a donné une vie nouvelle, et celle-ci est aussi distincte des reproductions d’Adam, tous des fils à sa ressemblance à lui, d’après
dans ses œuvres que la vie ancienne l’est dans les siennes. Mais Dieu son image à lui. Étant des hommes, et vus simplement comme tels, ils
nous a vivifiés, et nous a donné une vie nouvelle. Prenez un homme : portaient tous ce caractère commun et unique, celui d’Adam. Mais un
qu’y a-t-il en lui ? De l’amour propre, un peu d’orgueil ici, un peu de autre homme est venu maintenant, et a été manifesté ; de ce tronc et
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

dans ce tronc mort et ressuscité, nous devenons des créatures nou- 2). Cela ne montre-t-il pas combien cette sorte de mort était active en
velles, et Sa vie nous est communiquée par la foi en Lui. Par la nais- mal ? Ceux qui étaient ainsi morts, marchaient en même temps selon le
sance naturelle, nous avons la vie d’Adam, et tout ce qui découle natu- train de ce monde, ce qui était bien la preuve de leur mort morale. Ils
rellement d’un commencement si effrayant : la même volonté propre, n’avaient aucun désir de conformer leur marche à la Parole de Dieu.
la faiblesse, la vanterie, la frayeur de Dieu, le manque de droiture et Comme le dit Job (21:14) : « Ils disent à Dieu : Retire-toi de nous, nous
l’insolence à Son égard, etc. Tel est l’homme : c’est justement ce que ne prenons pas plaisir à la connaissance de tes voies ». N’était-ce pas
je trouve en moi-même. Si je lis la Bible correctement, Dieu me forcera là la condition de nos âmes ? N’avons-nous pas le souvenir du temps où
de le reconnaître. Lorsqu’Il vivifie une âme, Il l’oblige toujours à assu- c’était une chose pénible de devoir avoir affaire à Dieu au sujet de nos
mer cette image et à dire : c’est moi-même, aussi noire soit-elle. péchés ? Il faut que j’aie à faire à Dieu. Or voici en quoi c’est solennel :
Lorsqu’une personne est alors brisée sous la terrible découverte du pé- Si je n’ai pas affaire à Dieu maintenant au sujet du Sauveur, il faudra que
ché au-dedans d’elle-même, et qu’elle le juge selon Dieu, c’est là ce que j’aie affaire à Lui au sujet de mes péchés. Si je dédaigne de rencontrer
l’Écriture appelle la repentance. C’est reconnaître non seulement ce le Sauveur au sujet de mes péchés, il faudra que je rencontre Dieu dans
que nous avons fait, mais aussi ce que nous sommes. Comment y porter mes péchés, — pour être perdu pour toujours. Vous honorez en
remède ? « Ce qui est né de la chair, est chair ; et ce qui est né de l’Es- quelque sorte un ennemi en faisant attention à lui ; mais vous ne sauriez
prit est esprit » (Jean 3:6). L’Esprit a donné une nouvelle vie, dans ce insulter plus profondément un ami qu’en ne tenant pas compte de lui
monde même, par le moyen de la connaissance de Christ. Ainsi donc, ni ne faisant attention à lui. Il en est de même de l’indifférence vis-à-vis
cette vie est par la Parole de Dieu (« la foi est de ce qu’on entend », de Christ. Nous essayons peut-être de régler nos comptes avec Dieu une
etc., Rom. 10:17), et non par le baptême, ni par aucune autre institution fois ou deux par jour — c’est un tort contre Dieu, et un tort contre mon
du Seigneur, aussi précieuse soit-elle. Il nous faut être attentifs à mettre âme ! Si des péchés pèsent sur moi — c’est notre condition naturelle à
toute chose à sa vraie place. C’est la Parole, appliquée à l’âme par le tous, dans le présent et dans le passé — qu’y a-t-il à faire ? Il est facile
Saint Esprit, qui produit la foi, non pas en améliorant le premier Adam, de dire ce que nous avons fait : nous avons marché « selon le train de
mais en révélant le dernier Adam. Dieu est descendu du ciel pour ac- ce monde ». Il ne s’agit pas ici seulement de choses grossièrement mau-
complir ce grand dessein : me donner la vie nouvelle, et me délivrer vaises. Supposons que tous les hommes soient aussi aimables et bien-
du péché et du moi ; comment cela se fait-il ? C’est le Saint Esprit qui veillants que possible — qu’il n’y ait ni prisons, ni juges, ni condamnés
l’opère par la Parole de Dieu, faisant connaître Christ à l’âme. — qu’on puisse raisonner les gens pour les dissuader d’être méchants,
quelle serait encore la condition des hommes ? « Ce qui est né de la
Mais ici l’Apôtre n’entre pas dans le détail de cette opération du
Saint Esprit ; il ne fait qu’énoncer les grands faits : « Et vous, [il vous a chair, est chair » (Jean 3:6). L’homme, comme tel, ne peut jamais voir
le royaume de Dieu (Jean 3:3). Le seul moyen de pouvoir avoir accès à
vivifiés] lorsque vous étiez morts dans vos fautes et dans vos péchés
Son royaume, c’est d’être né de nouveau, et d’avoir cette nouvelle na-
[la pire de toutes les morts] ; dans lesquels vous avez marché autrefois,
ture qui est de Christ, et non d’Adam. Le baptême en est le signe. Paul
selon le train de ce monde, selon le prince de l’autorité de l’air, de
avait déjà cru au Seigneur, lorsqu’Ananias lui dit : « Lève-toi et sois bap-
l’esprit qui opère maintenant dans les fils de la désobéissance » (2:1-
tisé, et te lave de tes péchés » (Actes 22:16). C’est la figure du lavage ;
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

mais le seul moyen, ou instrument, efficace aux yeux de Dieu, c’est le était-ce leur respiration de vie et le motif qui les gouvernait ? Nulle-
sang de Christ. « À lui qui nous aime, et qui nous a lavés de nos péchés ment. Il se peut qu’ils aient satisfait les désirs de leur nature aimable,
dans son sang » (Apoc. 1:5). mais Dieu n’était pas dans leurs pensées ; ou bien c’était une manière
de soudoyer Dieu pour qu’Il les laisse tranquilles. Car dans le paganisme,
La pensée de la vivification conduit alors l’apôtre à exposer la con-
un sacrifice est nécessaire par tradition, mais cette tradition est cor-
dition dont ils étaient délivrés. Ils marchaient selon le train de ce
rompue, affaiblie et pervertie de toutes sortes de manières.
monde, et non seulement cela, mais ils imitaient l’ennemi en chef. Le
titre « prince de l’autorité de l’air » a pour but de montrer son in- Nous avons donc ici la condition commune dans laquelle tous, Juifs
fluence qui pénètre tout. Comme l’air environne et pénètre tout, ainsi et Gentils, se trouvaient par nature. Il distingue pourtant les « volontés
fait le diable vis-à-vis du règne de la nature — « l’esprit qui opère main- [ou : désirs] de la chair et des pensées », désignant par là les tendances
tenant dans les fils de la désobéissance ». C’était la manière dont ils plus grossières, et d’autre part l’activité intellectuelle plus raffinée.
montraient qu’ils étaient sous sa puissance, à savoir par leur désobéis- Supposons qu’un homme se consacre à la science, et qu’il en fasse son
sance. « Parmi lesquels nous aussi avons tous conversé autrefois ». objet, est-ce là faire la volonté de Dieu ? Non, bien sûr ; c’est plutôt lais-
Pourquoi dit-il nous ? Pourquoi ce changement du vous au nous ? ser libre cours aux désirs de l’esprit, ce qui est tout autant le moi que
Quand il s’adresse aux Éphésiens qui étaient des Gentils, il se sert du lorsque d’autres cèdent aux appétits plus grossiers de la nature. Le
mot vous, mais maintenant, dans la sentence morale de morts dans les grand point, c’est que je n’ai aucun droit sur moi-même — j’appartiens
fautes et dans les péchés, il inclut les Juifs aussi bien que les Gentils. à un autre. Est-ce que je fais Sa volonté ? Quand nous entrons dans les
Lorsque Dieu mesurait l’homme par rapport à Christ, c’était là leur état, relations de la foi, nous ne sommes plus simplement des créatures de
pas un seul qui ne fût mort. Or il n’y a pas divers degrés dans la mort. Dieu, responsables d’accomplir ce qu’Il commande comme un devoir
Si un homme est mort, c’en est fini avec lui. Pourtant, si on considère naturel, mais nous sommes achetés par le sang de Christ, et en Lui,
les hommes moralement, on peut faire des distinctions, et dire : Voilà nous sommes faits vivants d’entre les morts (Rom. 6:13), afin que nous
un homme qui s’enfonce plus bas et plus vite que d’autres ; mais si vous ne vivions plus désormais pour nous-mêmes, mais pour celui qui est
regardez plus à fond, ces distinctions disparaissent, et tous sont ruinés mort et ressuscité pour nous (2 Cor. 5:15). Qu’il s’agisse des meilleurs
sans distinction, et même ils sont morts aux yeux de Dieu. Il dit donc, hommes dont le monde puisse se vanter, voici leur état : « enfants de
pour le prouver : « parmi lesquels nous aussi avons tous conversé au- colère comme aussi les autres » (2:3). Quelle parole ! Même les Juifs
trefois dans les convoitises de notre chair, accomplissant les volontés avec la lumière de Dieu comme lumière extérieure, étaient « par na-
de la chair et des pensées ». Il importe peu qui nous étions, ou ce que ture » enfants de colère, autant que les Gentils, dégradés, idolâtres et
nous étions, il appelle tout cela « les convoitises de notre chair ». Cer- adorateurs du bois et de la pierre. Ainsi donc, ce verset anéantit com-
tains d’entre eux pouvaient avoir été des philosophes, d’autres des plètement tous les privilèges religieux de l’homme, ainsi que l’impor-
hommes moraux et bienveillants, d’autres des gens grossiers vivant ou- tance de la créature. Ce n’est pas seulement que les gens ont mal agi,
vertement dans la méchanceté la plus affreuse. Mais prenez les meil- mais ils sont par nature des enfants de colère. Dieu n’avait pas créé
leurs d’entre eux, et jugez-les selon ce critère : faire la volonté de Dieu, l’homme tel : c’est l’homme qui a choisi le sentier de la désobéissance,
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

qui a abandonné Dieu au profit du diable. Sans doute, ce n’était pas vivifiés avec le Christ (vous êtes sauvés par [la] grâce), et nous a res-
son intention ; car Satan s’est présenté comme un ange de justice ; mais suscités ensemble, et nous a fait, asseoir ensemble dans les lieux cé-
quels que soient ses agissements, nous sommes tous ramenés au seul lestes dans le Christ Jésus, afin qu’il montrât dans les siècles à venir les
et même résultat, sans exception : « par nature des enfants de co- immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans le
lère ». Qu’est-ce que Dieu fait dans ces conditions ? — car il est abso- Christ Jésus ». Nous ne sommes pas seulement vivifiés — ceci aurait été
lument nécessaire qu’Il agisse pour apporter ne serait-ce qu’un rayon vrai de tous les saints ayant vécu sur la face de la terre à n’importe
de lumière au milieu de cette scène de naufrage et de ruine irrémé- quelle époque ; mais peut-on dire que tous aient été ressuscités en-
diables. Or les hommes ne veulent pas croire qu’ils sont ruinés ; ils pen- semble avec Christ ? qu’ils étaient assis dans les lieux célestes dans le
sent qu’après tout, ce monde est bon, que c’est un état de choses donné Christ Jésus ? N’est-ce pas là une déclaration de la bénédiction plus
par Dieu à l’homme pour le cultiver — oubliant que Dieu « chassa complète qui appartient aux chrétiens maintenant ? — on n’aurait pas
l’homme », et que toutes les inventions de l’homme ne sont que des pu la faire à l’égard de quiconque avant la résurrection et l’ascension de
expédients pour couvrir sa nudité, et le conduire à oublier qu’il est Christ. Notre Seigneur dit « Moi, je suis venu afin qu’elles [les brebis]
exilé du Paradis. Nous pouvons sans doute faire usage de ces inven- aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance » (Jean 10:10). Pourquoi
tions, à condition de ne pas en abuser. Gardons bien à l’esprit que, fait-Il la distinction entre la vie, et la vie « en abondance » ?
comme chrétiens, notre vie et notre demeure ne sont point ici ; nous Sur quel principe le Seigneur vivifie-t-Il donc ? Parce que le Fils, en
appartenons à un autre domaine, où Christ se trouve. Nous ne sommes Lui-même, est la vie (Jean 1:4), et cette vie devient la portion de ceux
pas du monde, nous sommes achetés à prix pour faire la volonté de qui croient en Lui. « L’heure vient, et elle est maintenant, que les
Dieu (1 Cor. 6:19-20 ; Héb. 13:21), sanctifiés pour l’obéissance, la même morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue
sorte d’obéissance que celle de notre Seigneur (1 Pierre 1:2). Pesons- vivront » (Jean 5:25). Il a toujours été la source de vie pour l’âme, en
nous ces choses ? les appliquons-nous sérieusement, assidûment, tout temps et en tout lieu, mais bien sûr, ce n’était qu’en vertu de la
consciencieusement, au sein de la famille de Dieu, ou en tout autre en- rédemption prévue que des hommes pécheurs pouvaient recevoir la
droit où nous soyons placés ? En notre Seigneur était la vie, et Il était vie. Toutefois, avant Sa mort et Sa résurrection, c’était simplement la
toujours heureux, dans la conscience de l’amour de Son Père. Le croyant vie. Or notre Seigneur ajoute qu’Il la donne « en abondance ». Les dis-
aussi, a la vie en Lui, et est aimé comme Lui a été aimé. Dieu peut se ciples qui l’entouraient avaient déjà la vie, parce qu’ils croyaient en Lui.
servir des dix commandements pour écraser l’homme dans la chair ; Mais une fois ressuscité d’entre les morts, la première fois que notre
mais le croyant chrétien est appelé à obéir comme Christ a obéi, à mar- Seigneur apparut parmi ses disciples, Il souffla en eux, et leur dit : « Re-
cher comme Lui a marché (1 Jean 2:6) ; car Il nous a laissé un modèle, cevez l’Esprit Saint » (Jean 20:22). De quoi s’agissait-il ? C’était l’Esprit
afin que nous suivions ses traces (1 Pierre 2:21).
comme puissance de la vie en abondance (non pas encore comme
Nous avons ensuite la puissante intervention de Dieu, qui, étant don). Il leur avait donné la vie pendant qu’Il était ici-bas, et une fois res-
« riche en miséricorde, à cause de son grand amour dont il nous a ai- suscité, Il la leur donna en abondance, la vie en résurrection.
més, alors même que nous étions morts dans nos fautes, nous a
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

Quelle différence cela fait-il pour nous, demandera-t-on ? Elle est rêveries des hommes. Le mot « mystère » dans l’Écriture, ne signifie pas
immense. La différence qui compte, c’est celle qui est dans les pensées quelque chose de vague, mais une vérité que l’intelligence humaine ne
de Dieu, et sa portée en rapport avec Sa gloire. C’est pourquoi, que je découvrirait jamais, mais qui est parfaitement intelligible dès lors que
comprenne ou non, je désire m’incliner et bénir Dieu, étant parfaite- le Saint Esprit la présente à la nouvelle nature. Il y a des choses de ca-
ment assuré qu’il existe une bonne et sage raison pour tout ce qu’Il fait ractère plus profond que d’autres, et certaines peuvent dépasser toute
et dit. Nous allons bientôt être ressuscités d’entre les morts : nos corps connaissance, comme, par exemple, la nature du Fils de Dieu. « Per-
ne sont pas encore transmués. Le corps du croyant se décompose et sonne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ; ni personne ne connaît le
tombe en poussière comme celui de l’incrédule, et pourtant il possède Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils voudra le révéler » (Matt.
la vie de résurrection de Christ, la vie « en abondance ». « Comme mon 11:27). Pour le membre de phrase « si ce n’est le Père » qui concerne la
Père m’a envoyé, ainsi moi je vous envoie » (Jean 20:21) n’est pas une connaissance du Fils, il n’est pas rajouté « et celui à qui le Père voudra
parole limitée aux douze. Sans doute ils ont eu une mission que nul le révéler » : Le Père maintient avec une sainte jalousie la gloire inscru-
parmi nous n’a reçue. Mais bien que cela soit vrai, et que nul aujourd’hui table de la personne de Son Fils. Mais à part ceci, les mystères de l’Écri-
ne puisse être mis à leur niveau comme apôtres, toutefois je soutiens ture sont des vérités autrefois scellées, mais maintenant révélées et
en même temps qu’ils avaient aussi des fonctions administratives, dis- destinées à être connues, et qui, de fait, sont la portion et la joie du
tinctes de leur caractère spécialement apostolique, et que dans ces croyant.
fonctions ils ont des successeurs, — ils n’en ont pas eu dans ce carac- Nous avons jeté un coup d’œil jusqu’ici sur le contraste si fort entre
tère d’apôtre. Notre Seigneur, au jour de Sa résurrection, se présenta la condition de l’homme dans les trois premiers versets, et la puissante
au milieu des « disciples », ce qui embrasse une pensée bien plus large. intervention de la grâce de Dieu qui suit. Nous avons vu le sombre por-
C’était la compagnie chrétienne de ce moment-là, tous ceux qui étaient trait de la corruption morale abjecte des Gentils, et de leur idolâtrie stu-
là, hommes et femmes, dans la mesure où ils étaient disciples. Ce fut pide, le Saint Esprit mettant tout à nu en quelques traits puissants. Ils
en eux qu’Il souffla. Il fallait qu’ils aient tous Sa vie « en abondance ». étaient « morts » dans leurs fautes et dans leurs péchés, entièrement
Cela a pour effet de tous les amener dans la liberté (comparez Rom. assujettis au prince de ce monde. Ils ne faisaient que suivre le train de
8:1, 2). ce monde, fils de désobéissance, ne tenant aucun compte de Dieu dans
Je n’entre pas davantage dans ce qui accompagne de manière si leurs voies. Il n’y a pas la pensée de faire ressortir le détail des formes
bénie cette vie nouvelle, mais je remarquerai seulement que, quant au affreuses de l’impiété humaine, et de la dépravation et de la dégrada-
fait d’être ressuscité et d’être assis ensemble dans les lieux célestes tion dans lesquelles l’homme est tombé à l’instigation de Satan. Néan-
dans le Christ Jésus, tout cela est dit comme étant vrai pour le croyant moins cela nous donne une vue de la condition mauvaise et sans espoir
maintenant. Il n’y a pas d’idée mystique là-dedans, comme celle de ne de l’homme bien plus profonde que si l’épître s’appesantissait sur tous
pas être sur terre ici-bas ou d’être décorporé. L’Écriture est en tout les détails de l’impureté, de la superstition et de la rébellion. L’énergie
point tout à fait à l’opposé de l’extravagance. Le mysticisme est l’imi- réelle de la Parole de Dieu ne dépend guère de la force apparente du
tation par le diable des mystères de Dieu, et n’est que le brouillard des langage ! Nous trouvons cela également chez les hommes qui veulent
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

exprimer quelque chose avec force. L’Écriture ne contient pas d’expres- depuis le commencement du monde, était de Christ et par Christ. « En
sions violentes ou exagérées. lui était la vie » (Jean 1:4). Il est la vie éternelle qui était auprès du Père,
et il n’y a pas d’autre vie pour le pécheur. Il y avait un arbre de vie avant
Nous avons là simplement Dieu Lui-même sondant la condition de
la chute de l’homme ; non seulement l’« arbre de la connaissance du
l’homme (quel fait que celui-là !), et ne regardant plus à son cœur
bien et du mal », mais un « arbre de vie ». Or ce n’était là qu’une vie de
comme s’il s’agissait d’en refréner les désirs, — Il l’avait fait sous la loi.
créature, qui aurait pu faire subsister jusqu’à la fin une créature inno-
Mais maintenant il s’agit de l’état complet de mort de la nature hu-
cente. Qu’advenait-il si la créature tombait ? Qu’arriva-t-il
maine en présence de Dieu — la puissance de Satan substituée à la di-
lorsqu’Adam devint un homme pécheur ? L’arbre de vie pouvait-il alors
rection de Dieu — l’homme lui-même étant évidemment ruiné et sans
lui profiter ? Pas un instant. Dieu chassa l’homme (Gen. 3:24). Dieu ne
espoir. C’est dans cette scène de ruine que Dieu entre — Dieu riche en
voulait pas permettre que l’homme touchât le simple arbre naturel de
miséricorde. Il n’est fait allusion à Son grand amour dont Il nous a aimés
la vie. À supposer qu’il en ait mangé après avoir péché, qu’en serait-il
que comme la source de tout ce qu’Il a fait. « Dieu qui est riche en mi-
résulté ? Uniquement le maintien à perpétuité du mal dans une condi-
séricorde, à cause de son grand amour dont il nous a aimés, alors
tion de péché misérable et sans remède — une existence éternelle dans
même que nous étions morts dans nos fautes » — nous, soit Juifs, soit
une condition d’éloignement de Dieu, sans moyen de s’en soustraire.
Gentils, quoique cela se rapporte ici plus particulièrement aux Juifs.
Ainsi donc, bien que la mort soit intervenue comme sentence sur
Dans les versets 2 et 3, l’apôtre avait présenté le contraste entre les
l’homme coupable, en un certain sens il y a de la miséricorde là-dedans,
deux. Il se peut que dans le verset 5 il les introduise tous les deux ; mais
maintenant que l’homme entre par sa naissance dans un monde pé-
s’il en est un auquel il soit fait particulièrement allusion, c’est le Juif, car
cheur, et où il est sujet à toutes sortes de misères qu’un ennemi a intro-
il est autant mort que le Gentil — il n’y a point de différence sur ce
duites, — elles font partie de la juste sentence de Dieu sur l’iniquité de
point.
l’homme, si on considère que la mort en fait partie. Mais Satan s’em-
« Alors même que nous étions morts dans nos fautes, [Dieu] nous pare de tout cela, et le fait servir à ses desseins, à quoi se joint une mau-
a vivifiés avec le Christ (vous êtes sauvés par grâce), et nous a ressus- vaise conscience sur laquelle Satan opère, en sorte que l’homme est
cités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes rempli de terreur et d’horreur par rapport à Dieu. C’est de cela que
dans [le] Christ Jésus ». Étant déjà entré dans le sujet général de la ré- Dieu délivre l’âme en présentant Christ. Ce n’est pas seulement que
génération, je désire seulement ajouter le point suivant : maintenant l’âme trouve une vie qui correspond à tous ses besoins ; ce n’est pas du
que le christianisme est proclamé, la régénération se poursuit au moins tout une simple continuation perpétuelle d’une existence misérable ;
autant que jamais, mais le Saint Esprit imprime en fait un caractère mais la vie en Christ assure la délivrance du mal et de tous ses effets,
plus profond à la régénération du temps présent. Car il n’y a pas seule- et de la malédiction qui s’y rattache, — une délivrance qui découle de
ment la vie donnée, et des âmes nées de nouveau, mais elles sont vivi- Dieu dans Sa grâce, et est fondée sur la sainteté ; et l’on trouve une
fiées ensemble avec Christ. Un tel langage n’aurait pas pu être employé sainte position de bénédiction en la présence de Dieu dans ce même
avant la mort et la résurrection de Christ. Il ne faut pas hésiter à dire Christ qui apporte cette vie. Il y a aussi ceci, que l’âme retrouve Dieu,
que toute la vie que les saints, quels qu’ils soient, ont jamais reçue aussi sûrement que Dieu retrouve l’âme pour Lui-même. L’homme, par
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le péché, ne perdait pas seulement sa vie naturelle, mais il perdait vie, et ne pouvait pas la quitter, sans dire : « Père ! entre tes mains je
Dieu ; et ce que Christ me donne maintenant n’est pas seulement une remets mon esprit », montrant ainsi la parfaite confiance et les par-
vie nouvelle et meilleure que celle que l’arbre de vie pouvait donner, faites délices de Son cœur en Dieu. « Nos pères se sont confiés en toi…
mais Il me donne Dieu ; Il m’amène à Dieu et me met dans la présence ils ont crié vers toi, et ils ont été sauvés » (Ps. 22:4-5). Mais Il ne pouvait
de Dieu. Il fait connaître Dieu à mon âme, et me donne d’être assuré de être exaucé avant que l’épreuve complète fût achevée. Il ne fut exaucé
Son amour, de l’intérêt qu’Il prend à moi, de Sa profonde compassion que « d’entre les cornes des buffles » (Ps. 22:21). Il a dû traverser tout
et même de Sa satisfaction ; car Dieu ne se borne pas à aimer d’une cela — quelle douleur et quelle angoisse inexprimables, que nul autre
manière naturelle, mais il aime d’un amour plein de satisfaction et de que Lui n’aurait pu endurer ; et même pour lui, n’était-ce pas intolé-
relation intime. rable ? — Il a dû traverser toute la colère de Dieu pour que la déli-
vrance soit complète et selon Dieu. Or Il l’a fait ; et en quittant cette
Voilà donc ce que nous trouvons en Christ ; et quoiqu’on puisse
scène, il nous fait savoir que, quoi qu’Il ait souffert, cependant Son cœur
parler de vie en rapport avec tous les saints de l’Ancien Testament avant
s’est reposé en confiance en Dieu, et Il a confessé résolument, non seu-
la mort et la résurrection de Christ, toutefois je doute fort que l’Esprit
lement que Dieu restait toujours saint, mais que le Père était plein
de Dieu puisse parler de cette vie qu’ils ont reçue comme étant la vie
d’amour. « Père ! entre tes mains je remets mon esprit ».
avec Christ. Ce ne pouvait être que la vie par Christ et en Christ, mais la
vivification avec Christ va beaucoup plus loin. Or, c’est ce que nous Mais il y a encore autre chose avec cela : Dieu est intervenu pour
avons maintenant. Car Dieu dirige nos regards vers Christ lorsqu’Il était délivrer entièrement. L’apôtre ne pouvait pas dire que Dieu a vivifié
sous le poids de nos péchés, sous toutes les conséquences de ce que Christ d’une manière absolue. L’expression est toujours modifiée d’une
méritait ma nature en raison de son éloignement de Dieu et de son manière ou d’une autre, parce que Christ était Lui-même la vie. Il était
inimitié contre Lui — son esprit de désobéissance et de volonté la vie éternelle auprès du Père, manifesté au temps convenable sur la
propre. Tout le mal Lui fut mis à charge, et Il fut traité comme s’Il eût terre ; comment donc pourrait-on utiliser la moindre expression laissant
été tout cela ; comme si Lui, souffrant pour nous sur la croix, avait en supposer qu’Il dût Sa vie à un autre ? Il pouvait être dit que, comme
Sa propre personne toute la somme et la substance du mal de la na- homme mis à mort en chair, Il a été vivifié par l’Esprit (1 Pierre 3:18) ;
ture humaine. Bien sûr, s’il y avait eu en Lui la moindre parcelle de ce mais Sa gloire intrinsèque et personnelle demeure, et c’est elle en effet
mal, Il n’aurait pas pu faire l’expiation pour d’autres — le jugement de qui a donné sa vraie valeur à toute l’immensité de Son humiliation et
Dieu aurait dû frapper ce mal ; mais l’absence totale de ce mal en Sa de Ses souffrances jusqu’à la mort. Le Père aussi lui avait donné, comme
propre personne indiquait qu’Il était parfaitement à même d’être la homme, d’avoir la vie en Lui-même (Jean 5:26). C’était là la perfection
victime. Dans la personne de Christ sur la croix, Dieu s’est occupé de de Christ ici-bas : Il ne voulait pas prendre la vie comme y ayant droit
toute la hauteur, et la longueur, et la profondeur et la largeur du pé- Lui-même (Jean 10:18) ; Il ne voulait pas dire une parole ni faire une
ché. Mais Dieu a ressuscité cette Personne bénie qui est ainsi descen- œuvre, qu’Il n’eût entendue de la part de Dieu et en Dieu (Jean 5:30 ;
due sous la colère de Dieu, et qui, après avoir goûté ce que c’était que 12:49). Il était l’homme parfaitement dépendant. Le même Évangile
d’être abandonné, et d’avoir Dieu cachant Sa face, n’a pas quitté cette qui insiste, comme aucun autre sur Sa gloire divine, nous montre aussi
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

Son absolue dépendance de Dieu. D’un autre côté, qu’il est doux de voir Considérons ce qu’implique une pensée si merveilleuse, ce avec
dans les Écritures comment Dieu le Père veille sur la gloire de Christ ! Il quoi elle nous met en association. Nous savons ce que notre vieille na-
ne voulait pas dire un seul mot qui pût en aucune manière porter at- ture aime, fait et est ; nous ne savons que trop bien dans quelle vie, ou
teinte à la dignité de Son Fils. plutôt dans quelle mort, Adam nous a entraînés. Qu’avons-nous reçu
de notre premier père, qu’avons-nous mérité et produit nous-mêmes,
C’est pourquoi il est dit ici qu’Il nous a « vivifiés ensemble avec le
sinon le péché, la douleur, la souffrance, la maladie, la mort, la mauvaise
Christ ». C’est nous qui avions besoin de la vie. Christ avait pu des-
conscience et une attente terrible de jugement ? Toutes ces choses
cendre jusque dans la mort, mais Dieu nous a vivifiés ensemble avec
sont les œuvres et l’effet de cette existence, le triste héritage que nous
Lui. Christ était mort d’une manière infiniment plus solennelle qu’aucun
a laissé le premier homme. Mais maintenant vient la source nouvelle
homme ordinaire ne le peut. Il était par excellence Le Saint de Dieu, le
et surnaturelle de vie dans le Second Homme ; où en connaîtrons-nous
seul homme saint, et malgré cela Il est mort. Bien sûr, aucun être qui
le mieux le caractère ? Levons les yeux vers Christ. Comment Dieu le
n’eût pas été saint n’aurait pu mourir comme Lui. Il sut ce que c’était de
Père Le voit-Il ? Trouve-t-Il Ses délices en Lui ? Il les a toujours trou-
goûter la mort dans toute son amertume, le jugement et la colère de
vées, et jamais plus assurément, que lorsqu’Il contemplait les pas de
Dieu, comme nul autre ne le pouvait ; et pourtant Il était Celui qui l’a
Christ dans Sa marche comme Homme parmi les hommes. Or il restait
ressenti d’autant plus qu’Il était essentiellement dans le sein du Père
la terrible question du péché, de notre péché. Cette question n’est-elle
(Jean 1:18). Or cette personne bénie est descendue dans toutes les pro-
pas réglée maintenant ? Christ n’y a-t-Il pas répondu pour toujours à la
fondeurs de la mort, comme jugement de Dieu sur notre nature et sur
croix ? Oui, et c’est justement ce qui a fourni à Dieu l’occasion de mon-
nos péchés, et c’est après cela qu’est intervenue la puissance de la
trer Son amour comme rien d’autre ne le pouvait. Comment aurais-je
force de Dieu pour nous vivifier ensemble avec Christ. En un mot, cette
pu savoir combien Dieu m’aime, si je ne m’étais trouvé, en tant qu’en-
vie est dans l’association la plus intime avec Christ, et nous sommes
nemi de Dieu, dans une telle profondeur de besoin, un abîme sans fond
dans l’union avec Christ Lui-même, mis à mort en chair, mais mainte-
sinon pour Sa grâce en Christ, qui apporte le salut ? Je ne dis pas cela
nant vivifié par l’Esprit (1 Pierre 3:18). Quant à la vie qu’Il avait ici-bas,
pour atténuer le péché de mon inimitié contre Dieu, ni pour laisser sub-
elle fut laissée et quittée ; et maintenant Il ressuscite dans une nouvelle
sister l’idée qu’il y avait ou qu’il pouvait y avoir le moindre droit à la
condition de vie, en résurrection. C’est pourquoi il est ajouté immédia-
faveur de Dieu. Mais mon mal sans ressource devient la mesure de la
tement après, que non seulement Dieu nous a vivifiés ensemble avec
profondeur de Son amour ; et il en est ainsi parce qu’il amène Christ
Christ, mais nous a aussi ressuscités ensemble ; et plus encore, Il nous
sur la scène, Christ comme Rédempteur et Sauveur de la part de Dieu,
a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus. Ainsi
la pleine valeur qui appartient à la vie, telle qu’elle est maintenant en Christ le don infini de la grâce de Dieu, Christ que rien ne pouvait dé-
tourner, Christ qui endura tout de la main de l’homme et de Satan et
Christ, nous est aussi donnée, en sorte qu’il peut être parlé de nous,
du juste jugement de Dieu, afin que nous fussions sauvés d’une ma-
même durant notre séjour dans ce monde, selon la position parfaite de
nière divine ; et nous l’avons bien été en vérité. De quoi ne sommes-
bénédiction de vie telle qu’elle se voit maintenant en Christ à la droite
nous pas redevables au Sauveur et au Dieu qui L’a donné ? Reste-t-il
de Dieu.
quelque chose que Christ n’a pas porté ? Notre ruine et notre péché
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

terribles ont précisément manifesté ce que Dieu est dans Son grand De ceci nous apprenons donc que nous possédons le même droit
amour envers nous, et la valeur de Christ aux yeux de Dieu, et la puis- que Christ, pendant que nous sommes dans ce monde — et même plus
sance de la force de la vie dans laquelle Il est ressuscité et monté en que cela : la vie même de Christ est la nôtre, en vertu de ce que nous
haut, et s’est assis — et nous en Lui — dans les lieux célestes. Deman- sommes vivifiés avec Lui, et même ressuscités, et assis dans les lieux
dez-vous encore quel est le caractère de la vie que le chrétien possède célestes en Lui. Gardons bien à l’esprit que tout cela n’est jamais dit de
maintenant ? Regardez Christ, et voyez combien Il est précieux pour quiconque en rapport avec le dessein de Dieu ni avec l’élection, mais
Dieu, combien Sa personne bénie, qui est la pleine expression de cette seulement là où la foi existe. Cela ne nous est pas applicable avant que
vie, ne saurait être trop près de Dieu ! Dieu L’a ressuscité, et L’a fait nous croyions : cela ne serait vrai de personne, avant qu’il y ait une
asseoir à Sa droite dans les lieux célestes (1:20 ; 2:6). En Éph. 2, c’est association positive et vivante avec Christ. Ce qu’on appelle habituel-
simplement « Il nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans lement la théologie calviniste est totalement fausse sur ce point,
le Christ Jésus ». Il n’est pas ajouté ici « à sa droite » comme en Éph. quoiqu’elle renferme bien des vérités par ailleurs. Un de ses traits prin-
1:20. De telles paroles ne sont jamais, que je sache, utilisées à propos cipaux réside dans son effort pour établir que l’amour de Dieu demeu-
des enfants de Dieu, et je ne crois pas qu’elles pourraient l’être. Ne sem- rant d’éternité en éternité, notre relation reste toujours exactement la
blent-elles pas plutôt indiquer la place personnelle de Christ ? Il est dit : même ; que Dieu nous regarde toujours comme ses enfants, parce qu’Il
« dans les lieux célestes », parce que c’est à eux que nous appartenons, a le dessein de faire de nous Ses enfants ; que si un homme est un élu,
non pas à la terre. Israël, comme tel, appartenait à la terre dans ses et qu’il soit encore incrédule ou blasphémateur, il est tout autant un
meilleurs jours (nous, c’est dans nos plus mauvais jours que nous y ap- enfant de Dieu que quand le Saint Esprit le régénère et qu’il marche
partenions, quand nous étions loin de Dieu) ; or maintenant, dans dans les voies de Dieu. Cette théologie soutient que Dieu l’aime exacte-
l’épître aux Éphésiens, nous avons beaucoup plus que nos « noms écrits ment du même amour avant (au temps où il est, par exemple, un
dans les cieux » (Luc 10:20 ; Héb. 12:23), alors que cette expression ivrogne ou un jureur) qu’après. Peut-on imaginer, parmi les croyants,
montre déjà l’amour merveilleux de Dieu qui nous destine et nous en- une doctrine plus déshonorante pour Dieu et plus destructrice pour
registre pour être en haut, et nous lie avec le ciel pendant que nous l’homme ? Il est évident que l’apôtre parle ici, non pas de personnes
sommes sur la terre. Dans l’épître aux Éphésiens, nous trouvons qu’en simplement élues, bien que naturellement elles le soient, mais de per-
vertu de notre union avec Christ, nous sommes considérés non seule- sonnes vivifiées. Autrement dit, ce sont des personnes ayant effective-
ment comme ressuscités avec Lui, mais comme assis avec Lui dans les ment la vie. Non seulement il y avait un dessein de Dieu à leur égard,
lieux célestes. En un mot, tout ce qui est dit de Christ Lui-même, est mais elles étaient vivantes à Dieu en tant qu’ayant foi en Christ. Vous
vrai de nous par grâce, à la seule exception de ce qui Lui est propre ne pouvez pas dire qu’un homme a la vie, avant qu’il ait la foi. C’est la
comme Dieu le Fils, ou de ce qui est exprimé à Son propos au suprême réception de Christ par le Saint Esprit, qui d’un côté est appelée la foi,
degré. Car après tout, il y a une distinction entre la tête et le corps, et de l’autre la vie. Vous ne pouvez pas mettre l’une avant l’autre sans
même comme tels ; quoique d’un autre côté, cette différence elle- commettre d’erreur. Vous ne pouvez guère dire que la foi existe avant
même montre leur association extrêmement étroite : nous sommes Sa la vie, et en tout cas pas que la vie existe avant la foi. Le premier exer-
plénitude ou Son complément. cice de la foi, est aussi le premier exercice de la vie. C’est la puissance
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de l’Esprit de Dieu présentant Christ à l’âme ; c’est pourquoi il est dit : sauvés par [la] grâce ». C’est la source de toute la bénédiction. C’est
« L’heure vient, et elle est maintenant, que les morts entendront la voix pourquoi l’expression est très forte. Ce qu’implique la forme de l’ex-
du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront » (Jean 5:25). Si pression, c’est en effet que le salut est complet, et que les sauvés jouis-
tant est qu’il y ait une différence, le fait de vivre est ici le résultat de ce sent maintenant de son résultat actuel.
qu’on a entendu, plutôt que le fait d’entendre proviendrait de ce qu’on [les sens du mot « salut » dans la Parole]
a la vie. C’est très important, parce que nul ne peut affirmer que des
personnes sont vivifiées avec Christ avant d’être ici-bas pour être appe- Il n’est pas toujours parlé ainsi du salut dans l’Écriture : il y a des
lées ; et il est impossible de dire qu’elles ont la vie avant d’avoir en- épîtres entières où le sujet n’est jamais traité de cette manière. Ainsi,
tendu la voix du Fils de Dieu. La première preuve qu’un homme est une particulièrement dans l’épître aux Philippiens, le salut est envisagé
brebis, c’est qu’il entend la voix du bon Berger. Il n’est pas abandonné comme une chose future — comme n’étant pas complet jusqu’à ce que
à l’observation de certains indices (ou plutôt à des indices incertains) de nous voyions Christ en gloire. Dans cette épître le salut est une chose
la vie au-dedans de lui-même, mais il a le grand critère objectif, la solennelle (non pas un processus précaire) qui se poursuit maintenant,
preuve que Dieu requiert : non pas simplement ce que je fais ou ne fais parce qu’il est clair que nous ne sommes pas avec Christ dans la gloire,
pas (c’était ce que la loi demandait), mais ai-je reçu le Fils de Dieu pour mais dans nos corps naturels. En conséquence, dans cette épître aux
m’appuyer sur lui ? Suis-je arraché à tous les bruits du monde ? La voix Philippiens, Christ est vu comme Sauveur, non pas simplement parce
du Fils de Dieu attire-t-elle mon âme ? S’il en est réellement ainsi, vous qu’Il est mort et ressuscité, mais parce qu’Il va revenir pour ma pleine
avez la vie. « Qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jean 3:36). « Celui qui délivrance et pour ma parfaite joie. C’est ce qui explique le sens du texte
a le Fils a la vie » (1 Jean 5:12). Je prouve que j’ai la vie par le fait bien qui rend bien des personnes si perplexes : « Travaillez à votre propre
simple, sûr et béni, que j’entends la voix du Fils de Dieu. Ce n’est salut avec crainte et tremblement » (Phil. 2:12). Dans le sens que la Pa-
qu’ainsi que j’ai la vie, et ce n’est qu’alors que je suis assuré d’être vi- role a en vue dans ce passage, nous ne posséderons le salut que lorsque
vifié et ressuscité avec Christ. Remarquez-le bien : ce qui constitue le nous serons dans la gloire avec Christ. En attendant, nous y travaillons
caractère chrétien d’être vivifié, c’est l’association avec Christ après avec crainte et tremblement, nous rappelant que Satan nous hait parce
qu’il soit entré dans la mort pour nos péchés. Il est dit aussi que nous que nous allons être dans la gloire avec Christ. Nous sommes vus
sommes assis dans les lieux célestes, parce que nous avons la vie de comme des personnes dans ce monde, qui savent sans le moindre doute
Christ qui y est, et il est parlé de nous selon la place où est entré Celui qu’elles auront le prix, mais qui ont à combattre et à courir pour l’avoir,
qui est notre vie. Aussi, quand l’Écriture dit que Dieu nous a ressuscités quoique nous devions retenir ferme l’assurance que nous l’aurons,
et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, elle ne veut pas quand nous verrons Christ venir d’en haut pour nous.
dire seulement que nous sommes tels dans le décret ou la pensée de Quand nous examinons le langage de l’épître aux Éphésiens, c’est
Dieu. Elle ne se réfère pas à notre résurrection future, mais elle pré- tout différent. Là, le salut est regardé comme une chose absolument
sente expressément l’association présente du croyant en vertu de son passée : « Vous êtes sauvés par [la] grâce » — ce n’est pas simplement
union avec Christ, qui est en la présence de Dieu. Et en faisant allusion que le salut se poursuit, et doit bientôt être achevé ; mais nous sommes
à la première chose, le fait d’être vivifiés, l’apôtre dit : « Vous êtes sauvés et, en Christ, nous ne pouvons pas être plus sauvés que nous ne
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le sommes. Tandis que selon l’épître aux Philippiens, Paul lui-même ne voyage ici-bas : nous sommes ignorants, et toujours exposés à la tenta-
possédait pas encore son salut : « Non que j’aie déjà reçu le prix, ou tion de glisser de côté à cause de notre méchant cœur d’incrédulité
que je sois déjà parvenu à la perfection » (3:12). La perfection dont il (Héb. 3:12). Voilà pourquoi nous avons besoin de l’épître aux Hébreux.
est parlé là, se rapporte entièrement et uniquement au temps où nous La doctrine de l’épître aux Éphésiens ne suffirait pas à elle seule pour
serons transformés en la glorieuse ressemblance de Christ. C’est alors répondre à ma faiblesse, à mes difficultés, à mes douleurs. Supposons
que nous serons sauvés, non pas avant. Si vous appliquez le même sens que je me sois égaré, qu’y a-t-il dans les Éphésiens pour faire souvenir
au mot salut dans les deux épîtres, vous rendez la doctrine contradic- mon âme et la consoler ? J’y lis : « afin que nous fussions saints et irré-
toire. Prenez encore l’épître aux Hébreux. Là aussi, le salut est toujours prochables devant Lui en amour » (1:4). Étant égaré, ceci ne donne au-
représenté comme une chose future. « C’est pourquoi Il peut sauver cun soulagement à mon angoisse. Je peux essayer de fixer mon cœur
entièrement ceux qui s’approchent de Dieu par lui » (Héb. 7:25). Ceux sur l’élection de Dieu et sur Ses conseils si élevés, mais, si ma conscience
dont il est dit qu’ils s’approchent de Dieu par Christ, c’est du peuple de est sensible, ce passage tout seul ne fait que me rendre plus misérable.
Dieu qu’il s’agit, non pas des inconvertis. Pour qui est-Il sacrificateur ? Mon cœur raisonnera même pour dire : Si Dieu m’a réellement tant
Pour le croyant seulement. Ainsi donc, c’est le saint qui a besoin d’être aimé, comment se fait-il que j’en arrive à le déshonorer pareillement ?
sauvé dans l’épître aux Hébreux, parce que le salut dans cette épître Dans l’épître aux Hébreux, il n’y a pas un mot sur le fait que je suis assis
s’applique à toutes les difficultés de notre voyage à travers le désert. dans les lieux célestes, mais par contre j’y trouve Christ à la droite de
Toute la doctrine est fondée sur ce type, que nous, maintenant, comme Dieu, plaidant pour moi après avoir fait par Lui-même la purification de
Israël autrefois, nous traversons le désert et ne sommes pas encore en- mes péchés (Héb. 1:3 ; 7:25). Le premier chapitre commence même sur
trés en Canaan. À l’inverse, l’enseignement caractéristique de l’épître cette glorieuse vérité, que Christ ne s’est assis dans les hauts lieux que
aux Éphésiens, c’est que Christ est entré en Canaan, et que nous y lorsqu’il a pu prendre cette place sur le fondement de cette œuvre par
sommes en Lui. Quand on est occupé d’une portion de la Parole de Dieu laquelle Il avait complètement effacé nos péchés, — et cela « par Lui-
et non de l’ensemble, parce qu’on s’attache fortement à une certaine même » (Héb. 1:3), c’est-à-dire à l’exclusion de tout autre aide. C’était
vérité, au lieu de l’ensemble de la vérité, c’est ainsi qu’on se trouve en- Son œuvre à Lui, et Il l’a accomplie, ne voulant même prendre aucun
traîné dans des vues confuses et fautives, lesquelles à leur tour condui- repos dans cette gloire qui Lui était familière, sinon sur ce fondement-
sent à des fautes dans la pratique. là. C’est bien là le fondement le plus certain. Mais tout en ayant la pu-
rification de nos péchés par Christ, nous sommes dans un lieu de tenta-
La raison de ces différences est extrêmement intéressante. Vous
tion, où nous sommes constamment en danger de nous écarter et de
avez dans chaque épître ce qui convient exactement à son caractère
propre. Dans les Éphésiens, la révélation ne porte pas sur Christ comme glisser, à cause de l’ignorance, de la faiblesse, et de mille autres causes
qui peuvent survenir. Qu’allons-nous donc devenir ? Qu’est-ce qui va
celui qui intercède pour nous devant Dieu (Héb. 7:25) : c’est ce que
nous soutenir et nous porter jusqu’au bout ? Dieu révèle le précieux Sa-
nous avons dans les Hébreux. Pourquoi est-Il Sacrificateur ? Afin qu’Il
crificateur qui prend soin de l’âme, — Celui qui possède la pleine con-
ait « de l’indulgence pour les ignorants et les errants » (Héb. 5:2). C’est
fiance de Dieu le Père, — Celui qui Lui a donné la plus entière satisfac-
justement le danger auquel nous sommes exposés du fait de notre
tion — Celui qui est assis à la droite de Dieu, occupé sans cesse de nos
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besoins, sur le fondement que nous appartenons à Dieu, étant déjà ra- 9:28). Il a si parfaitement ôté le péché par le sacrifice de Lui-même, que,
chetés, et n’ayant plus aucune conscience de péché. Il se peut que nous quand Il sera ainsi vu une seconde fois par ceux qui L’attendent, ce sera
ne puissions comprendre comment il se fait que des personnes si bénies « sans péché » (à part toute question de péché, du moins pour ce qui
de Dieu, soient si faibles, si misérables, si peu semblables à Celui qui, à les concerne), et « à salut », non pas pour le jugement. Le salut et le
ses propres dépens, nous a acquis la bénédiction et l’a rendue assurée. jugement sont deux choses qui, par dessus tout, présentent le con-
La foi reçoit de Dieu et Lui demande ce qu’Il destine à être notre force traste le plus complet. Vous ne pouvez avoir le jugement et le salut ap-
et notre consolation au milieu de notre faiblesse et de nos dangers. Sa pliqués au même individu. Ainsi donc dans l’épître aux Hébreux, vous
réponse est que Christ est là pour plaider notre cause, aussi certaine- avez le salut en relation avec l’apparition de notre Seigneur la seconde
ment que l’Esprit est ici pour nous en donner la conscience. Et c’est par fois.
le moyen de l’intercession de Christ à la droite de Dieu, que nous Dans l’épître aux Éphésiens, au contraire, nous sommes déjà sau-
sommes amenés à sentir nos besoins et nos manquements. Nous ne ju- vés, et il n’y est jamais fait allusion au retour de Christ pour recevoir Son
geons jamais ces manquements sans recevoir une bénédiction morale peuple. Dans les épîtres où le salut est présenté comme devant être
au moyen de ce jugement. Toute la puissance de Christ reposant sur achevé bientôt, nous y trouvons la venue de Christ pour l’accomplir.
nous est proportionnelle à la profondeur de l’appréciation morale pro- Dans l’épître aux Philippiens, il est dit : « notre bourgeoisie est dans les
duite dans notre âme par l’Esprit de Dieu en réponse à l’intercession cieux, d’où aussi nous attendrons le Seigneur Jésus-Christ comme Sau-
de Christ ; cela fait partie de l’effet de l’intercession de Christ pour veur, qui transformera le corps de notre abaissement en la conformité
nous que nous soyons amenés à sentir quand nous nous sommes éga- de Son corps de sa gloire, selon l’opération de ce pouvoir qu’Il a de s’as-
rés dans nos pensées et dans nos actes. Dans l’épître aux Hébreux, il sujettir même toutes choses » (Phil. 3:20-21). Nous avons donc là notre
ne pouvait pas être parlé du salut comme d’une chose passée. Nous Seigneur transformant ce corps d’abaissement pour le rendre conforme
savons que nous serons pleinement sauvés, et que Christ va venir pour au corps de Sa gloire, prouvant ainsi qu’Il est le Sauveur ; car ce n’est
cela. Quoiqu’il soit réservé aux hommes de mourir, il n’en est pas né- pas une délivrance partielle, mais un salut complet pour l’homme tout
cessairement ainsi pour les saints. Nous savons qu’il peut se faire que entier. Mais dans l’épître aux Éphésiens, où la venue de notre Seigneur
certains ne s’endorment jamais, et que les saints ne viendront certai- n’apparaît jamais, ceci se lie au fait que le salut est vu comme un fait
nement pas en jugement, même si tout ce qu’ils ont fait doive assuré- déjà accompli, et dont nous jouissons dès maintenant. Cette manière
ment être manifesté devant le tribunal de Christ. Mais Il est passé par d’envisager le salut est rare dans l’Écriture : il est généralement envi-
la mort pour eux, et par conséquent, il n’est pas nécessaire qu’ils meu- sagé comme quelque chose qui est encore devant nous. Les gens con-
rent ; Il a enduré le jugement comme nul autre ne le pouvait, et nous fondent le salut avec la justification ou la réconciliation avec Dieu ; or
avons Sa propre parole pour nous assurer qu’en aucun cas nous ne
dans l’épître aux Romains la distinction est faite de manière évidente :
viendrons jamais en jugement. Celui qui croit au Fils de Dieu « a la vie « Si étant ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de
éternelle et ne viendra pas en jugement » (Jean 5:24). La conséquence Son Fils, beaucoup plutôt, ayant été réconciliés, serons-nous sauvés par
en est, que, tandis que nous attendons Sa venue, nous savons que Sa vie » (Rom. 5:10). Ainsi nous avons la réconciliation, mais non pas le
quand Il apparaîtra une seconde fois, ce sera sans péché et à salut (Héb.
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salut au sens de ce passage. « Nous serons sauvés ». Il est vivant pour ni de l’intelligence. Ce n’est pas que Paul eût aucune crainte d’être
nous ; et en conséquence, nous allons être sauvés. Le salut se poursuit, perdu, mais il s’applique ce cas à lui-même, pour le rendre plus percu-
et quand Christ reviendra en gloire, alors le salut sera complet. C’est tant, en faisant la supposition qu’il en vînt à renoncer à Christ et à la
pourquoi, en Rom. 13:11, cette doctrine est encore appliquée : « Main- sainteté. Quelle est la conséquence ? Il aurait pu être alors prédicateur,
tenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru ». et pourtant être un réprouvé. Personne de régénéré ne peut devenir
Nous ne l’avons pas encore, mais il est plus près, et nous l’aurons bien- un réprouvé ; aussi ne dit-il pas : Bien que je sois né de Dieu, je pourrais
tôt entièrement et parfaitement. Avant d’avoir cru, nous étions enne- être un réprouvé. On ne peut pas, ni ne doit supposer pareille chose.
mis et perdus ; puis, ayant cru, nous avons été réconciliés avec Dieu par Mais il donne cet exemple si sérieux de ce qui n’est que trop banal, hé-
la mort de Son Fils. Maintenant Il vit pour nous, et Il va bientôt revenir las ! qu’un homme puisse prêcher à d’autres et être un réprouvé. Nous
pour nous, et alors tout sera complet. savons que l’un des apôtres a prêché et fait des miracles ; mais le Sei-
gneur ne l’a jamais connu (Matt. 7:22-23).
Prenez maintenant les épîtres aux Corinthiens, et vous y trouverez
le même enseignement. Le salut n’y est pas envisagé comme complet. Ceci montrera l’importance qu’il y a à laisser au salut la place que
C’est pourquoi l’apôtre dit qu’il mortifie son corps et l’asservit (1 Cor. l’Écriture lui donne, selon toutes les manières dont elle l’envisage. Dans
9:27). Il ne veut pas permettre qu’une convoitise mauvaise ait de l’em- la plupart des passages de l’Écriture, il n’est pas envisagé de la même
prise sur lui. Il pouvait prêcher au monde entier, mais si le mal avait le manière que dans l’épître aux Éphésiens, mais de la manière que je
dessus sur lui, comment pourrait-il lui-même être sauvé ? Il présente viens de décrire dans l’épître aux Romains, etc. On ne peut légitime-
la chose de la manière la plus forte possible, en rapport avec son propre ment soulever la question de tomber loin, quand l’apôtre parle du salut
cas, et il montre que prêcher (ce qui, pour quelques-uns, était plus im- dans ce sens, mais le fait est que nous n’avons pas encore comme notre
portant que Christ), n’a rien à faire avec le fait d’être sauvé : c’est la vie portion actuelle tout le résultat de la bénédiction, ni toute la plénitude
en Christ qui se lie au fait d’être sauvé ; car la grâce de Christ se mani- de délivrance. Qui pourrait dire que nous avons cette portion ? Ici, nous
feste dans une sainte soumission à Dieu et dans le jugement de soi- souffrons encore : alors nous serons entièrement en dehors de la
même quant au mal. Ce sont là deux conséquences inséparables du fait scène de tentation. Dans l’épître aux Éphésiens, lorsque l’apôtre con-
d’avoir la vie de Christ par la puissance du Saint Esprit dans l’âme. « Je sidère le caractère de notre vie, il dit qu’elle est entièrement hors de
mortifie mon corps », dit-il, « et je l’asservis, de peur qu’après avoir tout danger, de toute tentation, et de toute chose de ce genre. « Vous
prêché à d’autres, je ne sois moi-même réprouvé ». Je prends ce mot êtes sauvés par [la] grâce ». Il veut dire par là que nous avons été sau-
de « réprouvé » dans le sens le plus fort, ce qui est même le seul sens vés et que nous sommes sauvés ; c’est-à-dire que nous avons la jouis-
scripturaire. Ce mot, dans le langage du Nouveau Testament, ne signifie sance présente de ce qui est déjà réalisé dans le passé et complet de-
pas simplement qu’un homme va perdre quelque chose, mais qu’il va vant Dieu. C’est un fait accompli, parce que c’est en Christ, et dans les
perdre et son âme et Christ. Il n’y a aucun cas où ce mot soit employé Éphésiens tout est considéré comme étant en Christ, notre paix entre
dans les épîtres avec un sens modifié — il signifie invariablement autres. C’est pourquoi Christ lui-même est appelé plus loin « notre
« perdu pour toujours » ; modifier la force de ce mot n’est ni de la foi paix ». C’est pourquoi aussi, il est si vrai que le salut est envisagé
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comme étant en Christ, que, le Sauveur étant assis dans les lieux cé- Mais ce n’est pas tout. L’apôtre nous met à nouveau en garde
lestes, il est dit de nous que nous sommes complètement sauvés, non contre certaines conceptions erronées, en reprenant ou répétant l’ex-
pas en voie de l’être, au point de ne plus avoir besoin de rien d’autre à pression : « Car vous êtes sauvés par [la] grâce » et y ajoutant « par la
cet égard. Et il est ajouté, en parfaite harmonie avec ce que nous venons foi », ce qui confirme fortement ce qui a été déjà dit. Nous ne sommes
de voir, que Dieu « nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir pas sauvés par le dessein d’élection de Dieu, aussi vrai et béni soit-il,
ensemble dans les lieux célestes dans [le] Christ Jésus ; afin qu’il mon- mais par le moyen de la foi dans nos cœurs, par le moyen de cette per-
trât dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans sa suasion divine que le Saint Esprit opère dans le cœur de l’homme au-
bonté envers nous dans [le] Christ Jésus ». Qu’y a-t-il de plus clair que trefois incrédule. « Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi » (2:8). Dieu
le caractère complet de ce salut ? Combien il est manifeste qu’il se ca- n’introduit pas quelqu’un dans la relation d’enfant sans que son cœur
ractérise par une association avec Christ qui est au-delà de toute con- et sa conscience n’aient été mis en action. Le Saint Esprit donne à un tel
ception humaine ! Il est facile de concevoir que nous aurons bientôt homme de sentir sa propre condition telle que Dieu la voit, et de con-
une telle position de bénédiction, mais ce qui est merveilleux, c’est que naître, malgré tout, ce que Dieu est pour lui en Christ. Il ne s’agit pas
cela puisse être annoncé comme étant la portion présente de pauvres d’un simple acte notarial et froid, d’un salut mécanique, ni non plus d’un
et faible chrétiens, maintenant dans ce monde. Si nous nous arrêtons changement de la vieille nature pouvant servir de fondement à une es-
beaucoup sur des choses humaines, elles deviennent banales et sans pérance en Dieu. On ne peut pas plus se fier au sentiment humain, qu’à
valeur, et nous cessons de nous émerveiller ; mais quand il s’agit de une simple acceptation des décrets de Dieu, fût-elle parfaitement or-
cette œuvre glorieuse de Dieu dans Son Fils Bien-Aimé, plus nous y thodoxe. Quand Dieu parle dans Son Fils, et de son Fils, c’est une chose
pensons, plus nous demeurons frappés d’étonnement devant elle ! Re- réelle, et d’une solennité dont celui qui écoute doit avoir la conscience
marquez que le but est justement « qu’Il montrât dans les siècles à ve- plus ou moins profonde. Il n’a plus de mauvaise volonté ou d’indiffé-
nir les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans rence quant à Christ. Il peut sentir le péché et se haïr lui-même comme
[le] Christ Jésus ». Autrement dit, ce n’est pas seulement que Dieu nous jamais auparavant, justement parce qu’il est sous la main de Dieu et
a regardés et nous donne ce dont nous avons besoin, mais Dieu a agi devant l’enseignement de Dieu. Ce que précisément vous alléguez pour
pour satisfaire Ses propres affections, par le moyen de Son Fils. C’est prouver que vous n’êtes pas de ceux qui appartiennent à Dieu, est ainsi
comme si Dieu disait : Je désire montrer ce que Je suis, et non pas sim- plutôt la preuve que vous en êtes. Si vous étiez mort quant à Dieu, sen-
plement pourvoir à vos besoins. Ainsi, c’est Dieu s’élevant à la hauteur tiriez-vous ce qui L’attriste ? C’est quand Christ a commencé à reluire
de Sa propre bonté, et agissant d’après ce qu’Il est, d’une manière com- sur votre âme, que vous commencez à réaliser que vous gisiez dans
plètement indépendante de ce que nous sommes, sauf que nous deve- tout ce qui est ténébreux et dégoûtant, quoiqu’une lueur d’espérance
nons l’occasion pour Dieu de montrer Son amour sans pareil ; et cela, perce à travers les nuages. Vous avez sérieusement la conscience des
non pas simplement maintenant, mais « dans les siècles à venir », ou, choses mauvaises auxquelles vous étiez insensibles auparavant. C’est
comme je le pense, pour un temps illimité. là un effet de la puissante opération de Dieu en grâce ; or la vie sans la
foi ou la vie dans l’inconscience, cela n’existe pas. Il y aura toujours
quelque chose qui éveille de nouvelles pensées et de nouveaux
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sentiments à l’égard de Dieu, une crainte et un désir à l’égard de Dieu, parce que ce serait ajouter quelque chose à Christ, et à l’œuvre de
une horreur du péché, et une haine de soi-même. Toutes ces choses, Christ. Or ceci est impossible, vu que ce salut vient entièrement de la
et d’autres encore, traversent l’esprit de celui qui est né de Dieu ; et ce grâce gratuite de Dieu, imméritée et sans mélange. C’est là le grand
qui produit tous ces sentiments par l’Esprit de Dieu, c’est Christ — rien point pour l’âme.
d’autre ne le fera. Autrement, il ne sert à rien de fréquenter une église Suis-je capable de me confier en Lui maintenant, en dehors de toute
ou une chapelle — de se joindre au meilleur ou au pire des témoi- question de ce que je suis ou de ce que j’espère être, ou de ce que je
gnages : le principe sur lequel on y va, c’est de se croire obligé d’y as- devrais faire pour Dieu ? Puis-je me reposer sur Christ, quant à tout ce
sister, peut-être chaque jour — c’est de se croire obligé de rendre à que j’ai été et tout ce que je suis, sans aucune promesse ni aucun gage
Dieu un service religieux, et que, si on le fait diligemment, Dieu devrait de ma part — sans aucune espérance ni aucune pensée quant à ce que
se souvenir de nous sur le lit de mort et au jour du jugement. Voilà une je puis faire, parce que Dieu pourrait m’enlever en un instant ? Puis-je
partie des devoirs que l’homme accomplit dans l’espoir d’échapper à me reposer en Lui entièrement et aveuglément ? Pensez au cas du bri-
l’enfer. Or tout ceci se fonde sur une sorte d’obligation que l’homme gand mourant, qui est un témoignage vivant et notoire du salut par
ferait reposer sur Dieu. L’homme fait quelque chose, et il pense qu’à grâce dans tous les âges. D’autres peuvent avoir une œuvre à accomplir
cause de cela Dieu doit user de grâce envers lui. Or ceci n’est rien moins ensuite, mais nous avons là un homme qui a été l’objet de la grâce dans
que nier de manière flagrante à la fois le péché de l’homme et la grâce les dernières heures de sa vie. Or il n’y a pas d’autre chemin. S’il avait
de Dieu. Car il est dit : « Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi » (2:8). même vécu mille ans de plus, il n’aurait pas été d’un millimètre plus en
L’expression « être sauvé par la grâce » veut dire qu’on est sauvé par sécurité par grâce, qu’il ne l’était alors. Il est d’une grande importance
ce que Dieu est pour moi dans Son Fils, en dehors de la moindre chose de soumettre nos âmes à la pierre de touche de temps en temps, pour
en moi qui le mériterait. Consentez-vous à vous confier en Dieu seul vérifier si nous nous reposons uniquement sur la grâce de Dieu envers
pour votre salut, — en son Fils Bien-Aimé ? C’est là la foi. « Vous êtes nous, et non sur ce que les gens appellent la grâce en nous, c’est-à-dire
sauvés par la grâce, par la foi ». Si j’y mêle un brin de ce qui vient de notre fidélité envers Lui. Car c’est là l’idée de la grâce qui court partout.
moi, ce n’est à proprement parler ni la grâce ni la foi ; car la foi renonce On veut parler d’un grand changement qui a eu lieu dans le cœur par
à soi-même pour Christ, et la grâce est la pure faveur de Dieu envers rapport à Dieu. Ce que Dieu appelle la grâce, ce n’est pourtant pas ce
moi, pécheur, à la croix. Quand j’écoute Christ, alors la parole de Dieu changement, mais c’est ce qu’Il nous a donné gratuitement dans
commence à agir à l’égard de tout ce qui, en moi, est égoïste et opposé l’œuvre que Christ a accomplie pour le péché. « Vous êtes sauvés par
à Dieu ; il ne faut pas que j’essaie de modifier la Parole de Dieu, ni de la grâce, par la foi » (2:8). L’Esprit exclut toute pensée selon laquelle
l’accommoder à mes propres pensées, ménageant ainsi un moyen l’homme contribuerait à la foi, ou se procurerait un crédit quelconque
d’accorder un peu d’indulgence à la chair. en venant à Christ, car Il dit immédiatement après : « Cela ne vient pas
Je maintiens donc que de vous, c’est le don de Dieu » (2:8). Ceci se rapporte probablement
non seulement au salut, mais aussi à la foi ; c’était tout le don de Dieu,
le salut dont il est parlé dans l’épître aux Éphésiens est déjà complet
et non le fruit de l’homme : « Non pas sur le principe des œuvres, afin
pour celui qui croit — si absolu même, que nul ne peut rien y ajouter,
que personne ne se glorifie » (2:9). Bien loin que ce soit une question
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de nos œuvres, c’est nous, qui sommes l’ouvrage de Dieu, la nouvelle de la présomption et de l’auto-suffisance d’Israël ; elle n’est pas
création à Sa propre louange. « Car nous sommes Son ouvrage, ayant quelque chose que Dieu avait préparé à l’avance pour que Son peuple
été créés dans [le] Christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a pré- y marche. C’est pourquoi il est dit en Romains que la loi est intervenue
parées, afin que nous marchions en elles » (2:10). Vous avez là une (). C’était quelque chose arrivé incidemment, comme une
preuve claire qu’aucune négligence n’est admissible dans la marche du sorte de parenthèse introduite dans un but spécial, mais très impor-
croyant ; et le même verset enlève toute pensée que l’œuvre de tant. Or la loi a achevé ce qu’elle avait à faire, et le croyant, même s’il
l’homme puisse être le fondement ou le moyen de salut. avait été sous la loi, est amené hors de sa sphère, et est fait vivant pour
Nous voyons donc ici le croyant comme l’ouvrage de Dieu en Dieu. Il a un nouveau mari, et est mort vis-à-vis du premier (Rom. 7:1-
Christ, et cela « pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées, afin que 6). Mais la vérité est présentée ici sous une forme très belle, en harmo-
nous marchions en elles ». C’est une expression très remarquable, que nie avec le caractère de toute l’épître. Comme l’appel de Dieu, et Son
nous ne saurions trop peser. Il ne s’agit pas des bonnes œuvres de la dessein, et toutes Ses pensées à notre égard, existaient avant que le
loi — ni de celles qui pourraient paraître telles au jugement de l’homme, monde fût, ainsi aussi le caractère même de la marche du croyant était
mais d’un sacrifice [ou : offrande] d’un caractère nouveau, céleste et de préparé avant que nous venions dans le monde, et il est, dans sa nature
grâce, qui était dans les pensées de Dieu et entièrement déterminé à même, entièrement au-dessus de ce monde. Il s’agit que nous mani-
notre égard avant qu’existât la scène où nous sommes maintenant. Le festions Dieu correctement, selon qu’Il se manifeste Lui-même mainte-
même Dieu qui, avant que le monde fût, avait le dessein de nous sauver nant. « Soyez imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants » (5:1).
et de nous bénir avec Christ, avait aussi devant Lui une certaine ligne de Quelle place merveilleuse que celle où nous sommes mis ! Nous
marche, un courant d’action spécial, dans lesquels Il avait la pensée que avons été « créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu
ceux qui auraient reçu une telle faveur, marcheraient. Ce n’est pas la a préparées, afin que nous marchions en elles ». Nous avons un carac-
pensée du bien que nous devrions faire en tant qu’hommes, comme tère de vie entièrement nouveau, jamais envisagé par la loi, et il y cor-
moyen de montrer que nous désirons obéir à Dieu sous la loi. Ce n’est respond un caractère de bonnes œuvres tout nouveau.
pas simplement aimer Dieu, et son prochain comme soi-même ; mais
[v.11-22] Ici s’ouvre une section à part dans l’épître. Ce n’est pas le
c’est un genre et une manifestation de l’amour tout différents. C’est
déploiement des pensées de grâce de Dieu, pensées qui, dès avant la
un amour qui découle de nos nouvelles relations, et s’il doit s’exercer
fondation du monde, s’étendent jusqu’à l’héritage de gloire quand
en aimant Dieu et en aimant ceux qui sont autour de nous, c’est selon
toutes choses seront assujetties à Christ — l’Église étant une avec Lui
l’amour si riche que Dieu nous a montré en Christ. Ce n’est pas un
dans Sa suprématie sur tout (ch. 1). Ce n’est pas non plus le moyen par
simple devoir, même dans la forme la plus élevée d’obligation. Si un
lequel Dieu relève des âmes qui, les unes autant que les autres, étaient
homme marchait simplement de cette manière là, même tout le temps,
mortes sous la puissance de Satan, et par nature enfants de colère, —
il demeurerait en dessous de ce que le chrétien devrait être, et de
les vivifiant avec Christ, et les ressuscitant, et les faisant asseoir en-
toute façon, ce ne sont pas là « les bonnes œuvres que Dieu a prépa-
semble en Lui dans les lieux célestes. Nous avons vu cela dans la pre-
rées, afin que nous marchions en elles ». La loi a été introduite par suite
mière partie du chapitre 2. Mais, maintenant nous avons la mise à
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

exécution actuelle des plans de Dieu dans le monde. Le ch. 1 nous a Messie. Dieu ne se repentira jamais de Ses desseins, et ne retirera pas
donné les conseils de Dieu à l’égard de ces âmes-là ; le ch. 2:1-10, pré- Son don. Mais en attendant, toute l’histoire du rejet de Dieu par Israël
sente la manière dont Il a opéré en elles ; et maintenant nous avons la est survenue, leur culte des idoles, et finalement la crucifixion de leur
manière dont Il a exécuté Ses plans sur la terre. Ceci fait ressortir d’une propre Messie ; pour le temps présent ils sont dépossédés de leur pays,
manière bien distincte la condition dans laquelle l’homme avait été au- et dispersés sur la face de la terre.
paravant. Il y avait déjà eu des voies de Dieu ici-bas. Après le déluge, Pendant, et même avant le temps de la dispersion d’Israël, dès le
quand le monde entier s’était éloigné de Dieu, et avait établi une forme moment où leur culpabilité a été consommée, ce dessein céleste de
de mal particulièrement pernicieuse — le culte de faux dieux, le vrai Dieu a été manifesté progressivement sur la terre. Il faut nous rappeler
Dieu appela un homme pour le mettre à part des autres, et Il fit de lui
en effet que l’Église a aussi une existence sur la terre et qu’elle entre
le dépositaire de Ses promesses et de Son témoignage sur la terre. Ce dans les voies de Dieu ici-bas, outre le fait qu’elle est l’objet des conseils
fut Abraham et sa semence. À partir de cet appel d’Abraham, nous trou- éternels de Dieu, et qu’elle a une part glorieuse dans le ciel avec Christ
vons donc la scène des opérations de la puissance de Dieu, de Sa bonté (c’est cette portion que nous attendons). C’est là le point auquel nous
et de Son gouvernement, quoique Son gouvernement en fût dissocié sommes arrivés dans cette épître.
ensuite, puis remis aux Gentils, à cause du mal invétéré d’Israël. Mais
la croix de Christ a mis fin à toutes ces épreuves. Dieu a bien tardé un [v.11-12] Nous avons vu les pensées plus profondes de Dieu, mais
bon nombre d’années après, dans Sa patience, comme nous le savons, comme l’épître touche aux voies de Dieu sur la terre, nous n’aurions
mais le sort de la nation juive était scellé à la croix de Christ ; et dès ce pas eu une vue complète de la place de l’Église, si la succession des dis-
moment-là, Dieu commença à manifester les desseins beaucoup plus pensations ici-bas ne nous avait pas été donnée. C’est pour cela que
profonds de Son amour. En ce qui concerne le peuple Juif, dans le meil- les éléments qui composent l’Église nous sont présentés : « C’est pour-
leur des cas, en supposant qu’il eût été converti et qu’il eût reçu le Mes- quoi souvenez-vous qu’autrefois vous, les nations dans la chair, qui
sie, il n’aurait pu être mieux ici-bas qu’un peuple terrestre. Ils auraient étiez appelés incirconcision par ce qui est appelé la circoncision, faite
été régénérés, mais seraient restés terrestres. Les promesses qui leur de main, dans la chair » (2:11). Nous sommes ici sur un terrain totale-
étaient si pleinement et si richement accordées dans l’Ancien Testa- ment différent. Il ne s’agit plus d’« enfants de colère », de personnes
ment se rapportaient à la terre. Je ne dis pas que la foi n’avait pas par nature aussi mauvaises et aussi mortes les unes que les autres, mais
quelque chose de plus profond ; je ne dis pas qu’il n’y avait pas quelque ici ce sont des hommes distingués par rapport à d’autres sur la terre —
chose hors de cette scène présente, dans la pensée cachée de Dieu. la circoncision d’un côté, et l’incirconcision de l’autre. Nous sommes
Mais, qu’il me soit permis de le répéter : ils étaient un peuple terrestre, donc sur un terrain terrestre, le terrain des voies de Dieu selon les dis-
et le don spécial de Dieu leur attribuait les « choses terrestres » du pensations, où Dieu sépare une partie du genre humain d’avec une
royaume ; et c’est par rapport à cette condition que Dieu déclare que autre, de Sa propre volonté ; ce n’est pas parce que l’une était meil-
Ses dons et son appel sont sans repentir (Rom. 11:29). Il avait donné leure que l’autre, mais c’était en vue de la manifestation de Sa sagesse
des bénédictions terrestres aux Juifs, et les avait appelés à part pour et de Son dessein. La grande masse des Juifs était tout aussi mauvaise
jouir du pays. Ce sera réalisé dans une condition de gloire sous leur que les Gentils aux yeux de Dieu ; et certains Gentils étaient convertis,
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

comme Job, tandis que beaucoup de Juifs périrent dans leurs péchés. le Christ Jésus (2 Cor. 1:20). Si nous avons Christ, nous sommes se-
Malgré tout cela, Dieu établit une différence entre Juif et Gentil, et Il mence d’Abraham, et héritiers des promesses (Gal.3:29), mais d’une
dit : « Souvenez-vous qu’autrefois vous, les nations dans la chair ». manière totalement différente de celle dont les Juifs les ont eues au-
Vous étiez parmi le reste du genre humain, laissés hors de l’appel de trefois, ou les auront bientôt. Nous entrons sur le terrain de la grâce
Dieu ; vous n’aviez pas été placés dans une position à part, de témoi- pure, et comme entièrement en dehors de toute alliance. Il n’y a pas
gnage pour Dieu, comme le fut Abraham ; vous êtes appelés incirconci- d’alliance avec l’Église, ni avec nous les Gentils. Je ne veux pas dire que
sion par ce qui est appelé la circoncision. « Vous étiez en ce temps-là nous ne recevons pas les bénédictions renfermées dans la nouvelle al-
sans Christ, sans droit de cité en Israël » (2:12). Ils n’avaient aucune liance : nous avons tout qui s’y trouve de béni, et mieux encore, mais
part à l’ordre établi de Dieu en Israël ; et ils étaient « étrangers aux al- nous ne l’avons pas comme Israël. Ils y ont part comme objets des pro-
liances de la promesse ». Dieu donna de glorieuses promesses en forme messes de Dieu, tandis que c’est la grâce souveraine qui nous a cher-
d’alliance, et s’engagea à les accomplir. Les Gentils n’y avaient ni part chés, trouvés, et bénis — nous n’avions droit à rien, et pourtant le meil-
ni portion. Il y avait des promesses au sujet des Gentils, mais aucune leur nous est réservé. Nous entrons comme remplissant l’intervalle
faite aux Gentils. Israël était la partie concernée par les promesses, eux entre la réjection du Messie et Sa réception par Israël bientôt ; nous
et eux seuls. Or il faut nous rappeler soigneusement ce que signifient faisons partie de cette parenthèse, plutôt que des voies de Dieu ici-bas,
ces promesses. Elles ne furent faites ni à Abel, ni à Énoch, encore moins et cela d’une manière fort intéressante, comme j’espère le montrer.
à Adam et Ève, bien qu’il soit courant de parler de la promesse faite au Ici donc, c’est la différence qui est présentée en premier. Dieu veut
jardin d’Eden. Mais là, l’Écriture ne parle jamais de promesse. Si vous que nous sachions quelle était notre condition. Nous n’avons droit à
examinez Gen.3, vous verrez la sagesse de Dieu qu’il y a en cela ; car ce rien ; nous n’avons pas le moindre titre à faire valoir auprès de Dieu ;
ne pouvait en aucun sens être une promesse. À qui promettre ? À qui aucune place ne nous était spécialement attribuée, comme pour Israël
cela fut-il prononcé ? Au serpent ancien. Aucun croyant ne va imaginer par les promesses. Ceux d’Israël avaient une certaine place, même
qu’il y ait des promesses pour lui. C’était une menace de l’extinction comme hommes inconvertis dans le monde ; et le jour approche où,
de sa puissance. Dieu jugeait le péché qui venait d’entrer dans le après avoir été convertis, ils auront dans le monde une position très en
monde : est-ce le temps convenable pour faire des promesses ? Au sens vue — une distinction et une gloire terrestres qui n’ont jamais été et
strict, c’est une révélation de Dieu, nullement en forme de promesse, ne seront jamais notre portion. N’allez pas supposer que nous n’aurons
mais une déclaration faite sous forme de jugement accusant publique- pas bien mieux ; mais nous n’aurons jamais ce genre de place sur la
ment le serpent, et montrant que la Semence de la femme lui briserait terre. Nous aurons une place avec Christ dominant sur toutes choses,
la tête. mais ce ne sera pas au temps de notre vie naturelle ici-bas. Vis-à-vis du
« Les promesses », donc, ne remontent pas avant Abraham : elles monde, c’est dans l’état de résurrection que la gloire de l’Église doit
se rattachent aux dispensations de Dieu. On pourra demander : être manifestée, dans toute sa plénitude. Ainsi l’Apôtre rappelle ici aux
N’avons-nous pas des promesses ? Je réponds : Nous avons toutes les saints d’Éphèse ce qu’avait été leur condition comme Gentils. « Vous
promesses de Dieu, mais où et comment ? Elles sont oui et amen dans étiez en ce temps-là sans Christ, sans droit de cité en Israël, et
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étrangers aux alliances de la promesse, n’ayant pas d’espérance, et en Rom.11, il est parlé de branches arrachées ; et c’est pourquoi les
sans Dieu dans le monde » (2:12). Ils n’avaient point d’espérance. Ils branches qui sont greffées dessus sont maintenues en place par la
n’attendaient aucune intervention divine pour les délivrer sur la terre : bonté de Dieu, et sont averties d’y persévérer, de peur d’être arrachées
ils pouvaient rêver à ce à quoi les gens rêvent encore, — un perfection- à leur tour. Il est question de la profession, de ses dangers, et du sort
nement de l’homme sur la terre. Ils n’avaient aucune relation avec Dieu qui l’attend immanquablement si elle n’est pas fidèle. Mais en Éphé-
dans le monde, tandis que les Juifs avaient Dieu pour diriger tous leurs siens il n’est pas question d’être coupé, parce que le sujet principal, c’est
mouvements, leur manière de vivre et la manière d’établir leur héritage. la condition de membres du corps de Christ. Certains parlent mainte-
Dieu entrait dans toutes leurs affaires domestiques aussi bien que dans nant de ne pas déchirer le corps de Christ ; mais on ne trouve pas cela
leur culte : tout faisait l’objet d’ordonnances spéciales de Dieu. S’ils dans l’Écriture ni dans la lettre ni dans l’idée. Vous trouverez des pas-
avaient ainsi Dieu dans ce monde, les Gentils ne connaissaient rien de sages qui insistent beaucoup sur la position solide des vrais croyants, et
semblable. En dehors de cette condition misérable, dans quoi sommes- d’autres qui avertissent les professants qu’ils vont être réduits à rien ou
nous introduits ? Est-ce dans la position d’Israël ? Cela est traité ail- bien jugés par Dieu. L’idée de retrancher un membre du corps de Christ
leurs. Le grand point de Rom.11, est de montrer que les branches natu- n’existe pas. Il y a des avertissements solennels pour les chrétiens pour
relles de l’olivier ont été arrachées, afin que nous, qui étions des les préserver du mal, mais rien qui ressemble à de l’insécurité.
branches sauvages, nous soyons greffés dessus. Le sujet ici n’est pas [v.13-14] En poursuivant le chapitre, le côté positif de la question
l’Église, mais simplement la possession des promesses, et la place de apparaît. Les Gentils ne possédaient pas par nature les privilèges des
témoignage pour Dieu ici-bas. Ce sont des choses distinctes. Toute per- Juifs. « Mais maintenant dans le Christ Jésus, vous qui étiez autrefois
sonne baptisée — c’est-à-dire toute personne qui professe Christ exté- loin, vous avez été approchés par le sang du Christ. Car c’est lui qui est
rieurement — appartient à l’olivier. Tous ceux qui sont tels ont une res- notre paix, qui des deux en a fait un », — les Juifs et les Gentils, —
ponsabilité spéciale, n’étant pas des païens (ni des Juifs non plus), mais « ayant détruit le mur mitoyen de clôture » (2:13-14). C’est ici la décla-
parce qu’ils sont en possession des oracles de Dieu, et qu’ils portent le ration bien claire que les institutions mêmes établies par Dieu dans Ses
nom de Christ extérieurement. voies avec les Juifs sont renversées maintenant. Dieu lui-même a dé-
Mais en Éph. 2, il y a une ligne de pensée bien plus profonde : truit le mur mitoyen de clôture. Lui seul avait le droit de le faire. C’eût
l’apôtre parle du corps de Christ et de l’assemblée de Dieu. Rappelons- été un péché pour tout autre d’essayer de le faire. D’un autre côté, vous
nous qu’au commencement du christianisme, ces deux choses étaient trouverez des personnes ignorantes de l’Écriture, qui soutiendront que,
très proches : en d’autres termes, l’assemblée ne se composait guère parce que Dieu a commandé ces choses autrefois, Il doit toujours les
que de membres du corps de Christ, de vrais croyants unis à Christ par approuver. Rien n’est moins fondé. C’est limiter Dieu à des bornes, et
le Saint Esprit. Assez tôt des individus s’y glissèrent, qui n’étaient pas fermer les yeux sur les déclarations les plus claires de Sa Parole. Dans
nés de Dieu, et bien sûr pas non plus membres de Christ, et ils entrèrent toute une partie importante du Nouveau Testament, Dieu met de côté
pourtant dans l’assemblée de Dieu. Ainsi le terme « chrétien » au- les institutions juives, dans tous leurs éléments. Sans doute il y a des
jourd’hui, désigne quelqu’un qui n’est ni païen, ni Juif. C’est pourquoi principes moraux qui étaient vrais avant la loi — des voies révélées de
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Dieu depuis le commencement, qui doivent toujours régler la conduite sommes approchés de Dieu. Il ne s’agit pas de ce que nous allons être
de l’homme en rapport avec Dieu ; mais ces choses n’ont pas nécessai- bientôt, mais de ce que nous sommes maintenant. Nous avons « été
rement rapport avec la loi. Sous le système de la loi, elles pouvaient se approchés par le sang du Christ ».
trouver plus ou moins incorporées dans la loi et prendre la forme de Rien ne saurait être plus clair et positif, « car c’est Lui qui est notre
commandements ; mais leur racine est bien plus profonde que la loi paix » (2:14) — expression bien merveilleuse ! Notre paix n’est pas seu-
donnée à Moïse. Les idées dont je parle sont fondées sur la notion lement quelque chose dont nous jouissons intérieurement, mais c’est
fausse que, si l’on parle de délivrance du chrétien de la loi, certains Christ en dehors de nous. Si les âmes ne se reposaient que sur cela, y
pensent que vous êtes en train de détruire toute moralité et de renver- aurait-il de l’anxiété quant à la plénitude de la paix ? C’est entièrement
ser la sainte mesure divine du bien et du mal. Mais il ne nous convient
ma faute si je ne me repose pas sur cela, et si je n’en jouis pas. Or ceci
pas de juger ce qui est le plus à la gloire de Dieu. L’humilité se trouve étant admis … dois-je douter que Christ soit ma paix ? Je le déshonore
dans l’obéissance, et se prouve par elle ; et l’obéissance dépend de la si je le fais. Si j’avais une personne se portant caution pour moi, et dont
soumission à la parole de Dieu. Le même acte, selon les circonstances, la richesse soit inépuisable, pourquoi douterais-je de ma situation et
peut être un devoir ou un crime : le seul test infaillible pour le croyant, de mon crédit ? Ils ne dépendent ni de ma richesse, ni de ma pau-
c’est la Parole de Dieu. C’était un péché pour les Juifs de ne pas détruire vreté : tout dépend des ressources de celui qui s’est rendu responsable
tous les Cananéens : Dieu leur avait commandé de le faire — Il est seul pour moi. Il en est ainsi avec Christ. C’est Lui qui est notre paix, et il est
compétent pour juger, et le seul à avoir le droit de commander par Sa tout à fait impossible qu’Il vienne à manquer. Lorsque le cœur a con-
volonté souveraine. Si un chrétien faisait maintenant la même chose, ce fiance à cet égard, quel en est l’effet ? Nous pouvons alors trouver le
serait se tromper sur la pensée de Dieu. Le monde est tenu d’agir à repos et la jouissance. Comment jouir d’une bénédiction avant d’y
l’égard des meurtriers aussi rigoureusement aujourd’hui que jamais : croire ? Il faut commencer par croire avant de jouir des bénédictions ou
Dieu n’a nullement révoqué la parole prononcée sur le caractère sacré privilèges. Dans Sa grâce, le Seigneur donne très tôt à Son peuple des
de la vie humaine. Dieu l’a établi longtemps avant la loi de Moïse, et transports de joie, mais la joie peut être fluctuante. La paix est, ou de-
longtemps avant qu’existe la distinction entre Juifs et Gentils, et elle vrait être quelque chose de permanent : le chrétien y a toujours droit,
n’est annulée ni par la loi donnée à Israël, ni par l’Évangile qui répand pour la raison que Christ est notre paix. Il n’est pas appelé notre joie, et
aujourd’hui la grâce dans le monde. Le gouvernement parmi les Dieu n’est pas appelé le Dieu de joie, mais de paix, parce qu’Il L’a ac-
hommes repose sur son fondement propre, et était compris dans la dé- complie lui-même : et elle repose entièrement sur Christ. « C’est lui
légation d’autorité donnée à Noé (Gen.9:6) ; mais le chrétien est en de- qui est notre paix, qui de deux en a fait un, ayant détruit le mur mi-
hors et au-dessus de tout cela. Il est appelé d’un appel nouveau, et c’est toyen de clôture » (2:14).
ce que nous avons ici. « Mais maintenant dans le Christ Jésus, vous qui
étiez autrefois loin, vous avez été approchés par le sang du Christ » Il y a une notion très répandue, mais inconnue dans la Bible, selon
(2:13). Notre tâche n’est pas le maintien de l’ordre dans le monde ni le laquelle Christ a accompli notre justice quand Il était ici-bas. Or je ne
châtiment de ses désordres ; mais un nouvel édifice s’élève et croit, sur mets pas en doute que la vie de Christ était nécessaire pour répondre à
le fondement béni, saint et divin du sang de Christ, par lequel nous ce que demandaient Dieu lui-même et Sa loi sainte, aussi bien que pour
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

Le manifester Lui-même et Son amour ; mais la justice que nous De plus, Adam ne connaissait pas le sens de l’expression « la loi »
sommes devenus en Christ est une tout autre pensée — non pas la loi bien que sans aucun doute il fût sous une loi qu’il a enfreinte. Qu’est-ce
accomplie par Lui, mais la justice justifiante de Dieu, fondée sur la que les mots « tu ne convoiteras point » auraient pu signifier pour
mort de Christ, manifestée dans Sa résurrection, et couronnée par Sa Adam dans l’innocence ? Son expérience ne comportait aucun senti-
gloire dans le ciel. Ce n’est pas simplement Christ accomplissant notre ment de ce genre. Nous voyons donc que ce ne fut qu’après la chute de
devoir pour nous, mais Dieu pardonnant mes fautes, jugeant mon pé- l’homme que la loi fut donnée, au temps convenable, pour condamner
ché, et trouvant même une telle satisfaction dans le sang de Christ, la manifestation du péché. Or Christ est mort pour le péché et sous le
que maintenant Il ne saurait trop faire pour nous ; cela devient, si je puis péché — notre péché. Quelle en est la conséquence ? Tous les croyants
m’exprimer ainsi, une dette positive envers Christ, à cause de ce que maintenant, Juifs ou Gentils, dans le Christ Jésus, sont introduits dans
Christ a souffert. On ne réalise pas que la loi est la puissance du péché une position entièrement nouvelle. Le Gentil est retiré de sa position
(1 Cor.15:56), et non pas de la justice. Si Christ n’avait fait que garder la d’éloignement de Dieu ; le Juif est retiré de la proximité où le mettait la
loi, ni votre âme ni la mienne n’auraient pu être sauvées, encore moins dispensation judaïque ; les uns et les autres jouissent d’une bénédic-
bénies, comme nous le sommes. Quel que fût celui qui aurait gardé la tion commune dans la présence de Dieu, qu’ils n’avaient jamais eue
loi, ce n’aurait été que la justice de la loi, et non pas la justice de Dieu, auparavant. L’ancienne séparation disparaît et fait place, par la grâce, à
laquelle n’a aucun rapport avec l’obéissance rendue à la loi. Il n’en est l’union dans le Christ Jésus. Quand cela a-t-il commencé ? Question im-
jamais parlé ainsi dans la Parole de Dieu. Parce que Christ a obéi jusqu’à portante, car c’est réellement la réponse à la question : — Qu’est-ce
la mort, Dieu a introduit une nouvelle sorte de justice, — non pas la que l’Église, selon les Écritures ? Demandez à beaucoup d’enfants de
nôtre, mais la Sienne, à Lui, en notre faveur. Christ est devenu malédic- Dieu. Ne vont-ils pas dire : L’ensemble de tous les croyants ? Mais est-
tion pour nous sur le bois (Gal.3:13) ; Dieu L’a fait péché pour nous, afin ce là le corps de Christ qui nous est montré ici ? Il y avait des saints
que nous devinssions justice de Dieu en Lui (2 Cor.5:21). Si la doctrine depuis le commencement, tous ceux qui étaient nés de Dieu ; mais fu-
courante sur ce sujet était vraie, nous pourrions nous attendre à ce qu’il rent-ils constitués en une assemblée unie sur la terre ? Y a-t-il jamais eu
fût dit : « Il a obéi à la loi pour nous, afin que la justice légale nous fût dans l’Ancien Testament quelque chose qui corresponde au « seul
imputée ou transférée ». Or la vérité est en contraste à tous égards corps » ? Jusqu’au jour de la Pentecôte, on n’en avait jamais entendu
avec de telles idées. Assurément l’obéissance de Christ à la loi n’est pas parler, sinon comme une chose promise. Il fallait attendre la croix de
la même chose que Dieu faisant Christ péché. Il en est de même du pas- Christ. C’est en elle que Dieu a aboli l’inimitié. Auparavant Dieu avait
sage dont on se sert si souvent : « Par l’obéissance d’un seul, plusieurs commandé aux Juifs de rester séparés des Gentils, et notre Seigneur a
seront constitués justes » (Rom.5:19). Comment Son obéissance est- maintenu fortement cette séparation quand Il était sur la terre. Il enjoi-
elle liée ici à la loi ? L’apôtre, il est vrai, introduit la loi dans le verset gnit à ses disciples de n’entrer dans aucune ville des Gentils (Matt.10:5).
suivant, mais comme une chose nouvelle et additionnelle, introduite in- Il dit à la femme Syro-phénicienne qu’il n’était envoyé qu’aux brebis
cidemment. perdues de la maison d’Israël (Matt.15:24). Elle s’était placée sur le ter-
rain des promesses, et Il lui montrait qu’elle n’avait ni part ni portion
dans les promesses. Si elle s’était adressée à Lui comme Fils de Dieu,
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

notre Seigneur l’aurait-Il fait attendre ? Elle faisait appel à Lui comme les prêtres : il en est toujours ainsi. Ce qui est le plus sans cœur, c’est la
Fils de David ; or en cette qualité, Sa relation était avec Israël. Il fallait religion de ce monde ; s’il en était déjà ainsi à l’époque, c’est encore
qu’elle apprenne l’erreur de se placer sur le terrain de promesses aux- pire aujourd’hui. Qu’est-ce qui est pire sous le soleil que la contrefaçon
quelles elle n’avait pas droit. C’est souvent là la raison pour laquelle les du christianisme ? Elle peut employer un beau langage, et être mélan-
gens ne jouissent pas de la paix. Ils plaident les promesses de Dieu ; gée à une bonne proportion de vérité ; mais la conscience n’y est pas
mais à quoi servent-elles si elles ne sont pas pour moi ? Rien d’étonnant purifiée, ni les affections divines ; le plus terrible sera sa fin. Nous avons
que la réponse tarde ! C’est aussi la raison pour laquelle il y a en général besoin de prendre garde à ce que nous approuvons dans le temps pré-
si peu de paix solide. Qu’il était bon pour la pauvre femme, qu’il est bon sent, car le temps est court. Le Seigneur a mis en lumière ce qu’est Son
pour nous, de connaître et de confesser ce que nous sommes réelle- Église. La volonté de l’homme a ramené du tombeau de Christ la loi des
ment. Elle reconnaît qu’elle n’était ni un enfant, ni une brebis. « Cepen- commandements, et cherche à la remettre en vigueur. On trouve cela
dant les chiens mangent ! » Elle voit bien pourquoi elle ne pouvait ob- partout dans la chrétienté. Pourtant devant un chapitre comme le
tenir ce qu’elle désirait sur le fondement erroné de privilèges qu’elle ne notre, où nous trouvons que toutes les institutions spéciales de Dieu
possédait pas. Elle est amenée à se reconnaître dénuée de toute pro- en rapport avec Son peuple terrestre, y compris les malédictions et tout
messe ; alors il n’y a pas de limite à la bénédiction dans la grâce de le reste, sont mises de côté par l’autorité de Dieu, même pour les Juifs
Christ. « Ô femme ! ta foi est grande ; qu’il te soit fait comme tu croyants, il est inimaginable, si on ne réalise pas la puissance de Satan,
veux ». à quel point les chrétiens peuvent les relever et les récupérer. C’est une
négation pratique du sang et de la croix de Christ. Quelle preuve solen-
Les deux cas où le Seigneur a admiré la foi de ceux qui venaient à
nelle de l’état de ruine de l’Église de Dieu ! La vérité est pourtant claire :
lui sont des Gentils — le centurion et la Syrophénicienne. Notre Sei-
« Ayant aboli dans sa chair l’inimitié, la loi des commandements, qui
gneur ne peut démentir Son amour, et ils le savaient. C’est pourquoi ils
consiste en ordonnances ; afin qu’il créât les deux en lui-même pour
insistent sur ce qu’ils demandent. C’était au milieu d’une profonde
être un seul homme nouveau, en faisant la paix ; et qu’il les réconciliât
ignorance, mais au fond, l’œil était simple, et l’objet sur lequel cet œil
tous les deux en un corps à Dieu par la croix, ayant tué en elle l’inimi-
se reposait, c’était Celui qui pouvait bénir au-delà de tout ce qu’on
tié » (2:15-16). C’est à cette figure d’un seul homme nouveau, que cor-
pouvait imaginer. En conséquence la bénédiction ne pouvait être per-
respondent les chrétiens. Un tel état de choses n’a jamais été connu
due, et même si elle était retardée, elle était infinie.
pendant tout le temps de l’Ancien Testament, et même pendant la vie
[v.15-16] Ainsi dans cette épître nous avons les Gentils dans la con- de notre Seigneur sur la terre. Ce ne fut qu’après l’ascension [suivit de
dition la plus déplorable d’éloignement de Dieu et de séparation de l’envoi du Saint Esprit] que les Juifs et les Gentils ont été unis sur la terre, et
tout ce que Dieu avait choisi sur la terre. Mais la croix de Christ a ont adoré Dieu sur un pied d’égalité. C’est là l’Église. Ce n’est pas sim-
anéanti toutes les distinctions de ce genre. Elle a prouvé que les Juifs plement qu’ils sont tous des croyants, mais ils sont membres de Christ
si favorisés étaient encore plus iniques que les pauvres Gentils, pour et membres l’un de l’autre sur la terre (1 Cor. 12:27 ; Rom. 12:5). Sans
autant que cela soit possible. Ils avaient rejeté et crucifié leur propre doute, lorsque nous irons au ciel, ce sera encore l’Église ; mais elle com-
Messie ; et ceux d’entre eux qui insistaient le plus pour Sa mort, c’était mence ici-bas, avec Christ crucifié et monté au ciel. Une fois qu’Il y a
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

ainsi pris Sa place, alors commence l’œuvre de formation du corps en prêcher l’évangile, et ils nient l’Église de Dieu. Le chrétien n’est en rien
union avec la Tête. Toutes les distinctions ont disparu dans la sphère du tout sous la loi, parce qu’il est sous Christ mort et ressuscité. Christ
de l’Église. La nature de l’Église ressort à l’évidence des paroles sui- a été autrefois sous la loi, mais je n’avais alors aucun contact avec Lui.
vantes : Afin « qu’il les réconciliât tous les deux en un seul corps à Dieu Il est sorti de cette position à la croix, et c’est là que mon association
sur la croix, ayant tué en elle l’inimitié » (2:16) — or cette inimitié était avec Christ a son point de départ. Je suis uni à Christ dans le ciel, non
inhérente aux commandements de la loi, qui séparaient rigoureuse- pas sur la terre. Christ dans le ciel a-t-Il affaire avec la loi ? C’est pour-
ment et totalement l’un de l’autre. quoi il est dit que nous sommes sous la grâce et non pas sous la loi. De
plus, cette doctrine est tout à fait pratique. Le niveau de la marche est
[v.17-18] Mais Christ « étant venu, il a annoncé la bonne nouvelle
incroyablement abaissé lorsqu’on se trompe sur ce sujet. Après qu’une
de la paix à vous qui étiez loin, et à ceux qui étaient près ». Tout est
âme a cru, Satan s’efforce de ramener la loi, s’il n’arrive pas à pervertir
attribué à Christ, parce que tout est fondé sur la croix ; et c’est Christ,
la loi pour l’empêcher de croire.
par le Saint Esprit, qui proclame maintenant cette paix céleste aux Gen-
tils autrefois si éloignés, aussi bien qu’à Israël jusqu’alors si favorisé. Ici c’est donc la paix qui est prêchée « à vous qui étiez loin, et à
Lorsque cette vérité est inconnue, on peut plus ou moins prêcher Christ, ceux qui étaient près ; car par lui nous avons, les uns et les autres, ac-
et discourir longuement en généralités sur les promesses de Dieu ; mais cès auprès du Père par un seul Esprit » (2:18). Au lieu de la loi qui éta-
un Juif le ferait tout aussi bien ; et c’est spécialement à eux qu’il sera blissait une distinction entre le Juif et le Gentil, le Saint Esprit les unit
bientôt donné de chanter le cantique que « la bonté de l’Éternel de- sur un terrain commun, et les place dans une relation commune
meure à toujours » — c’est le grand thème des Psaumes en rapport comme fils ayant à faire au Père. C’est là notre position. Lorsque Dieu
avec le millénium. La position pratiquement juive que prennent la plu- agissait comme gouverneur, Il choisit une nation ; Il avait Ses propres
part des chrétiens, les conduit à se servir des Psaumes de David comme serviteurs. Maintenant qu’il a une famille, tout cet ordre de choses pré-
la substance principale de la communion chrétienne, et comme l’ex- cédent disparaît. Il a Ses enfants, et veut les avoir près de Lui. C’est à
pression de leur propre condition devant Dieu. Toute l’Écriture a bien la croix de Christ que prennent fin toutes les formes juives quant aux
sûr été donnée par Dieu pour le profit et la bénédiction du chrétien. lieux saints, aux jours consacrés, à la sacrificature et aux sacrifices. Dieu
Mais dois-je offrir un taureau et un bouc au motif que tel était le com- a essayé jusqu’au bout, et abandonné, toute transformation des
mandement autrefois ? Imiter le Lévitique est une chose, le com- hommes par une religion visible, ou par la vue ou les sons qui frappent
prendre en est une autre, bien différente. « Par la foi nous établissons les sens. Le Saint Esprit envoyé du ciel conduit les enfants de Dieu pour
la loi » (Rom.3:31), mais nous ne sommes pas sous la loi. C’est ainsi les approcher du Père. Comment un chrétien peut-il reconnaître que
qu’en parlant de ma marche comme chrétien, l’apôtre Paul dit que le c’est là ce que Dieu lui a donné pour le guider, et néanmoins prendre
péché ne dominera pas sur moi, parce que je ne suis pas sous la loi, part, ne fût-ce que par sa présence, à ce qui est positivement juif ? Ce
mais sous la grâce (Rom.6:14). Qu’il est triste de voir l’ensemble des que Dieu a disposé pour les Juifs, et ce qu’Il enjoint au chrétien, sont
Évangéliques prêcher le contraire avec zèle ! Ils peuvent prêcher une des choses bien différentes. Nous ne sommes pas des Juifs, mais des
certaine mesure de vérité sur d’autres sujets, mais ils ne peuvent pas chrétiens. Ce sur quoi Il insiste auprès des chrétiens, est bien plus
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

tranchant à l’égard de la nature, et honore beaucoup plus Christ, que prophètes, Jésus Christ lui-même étant la maîtresse pierre du coin »
tout ce qu’Il a pu faire ou donner à Israël. Il nous a amenés à Lui comme (2:20). Ce n’est pas seulement la prophétie ou la promesse, mais « Jé-
Sa famille, et par Christ nous avons « accès auprès du Père par un seul sus-Christ Lui-même » — Sa Personne. C’est ce que l’apôtre Pierre avait
Esprit » (2:18) — nous, c’est les Juifs et les Gentils. Jusqu’à quel point appris des lèvres de notre Seigneur : « Sur ce roc, je bâtirai mon assem-
le réalisons-nous en pratique ? Allons-nous accepter l’incrédulité qui blée », c’est-à-dire sur la confession de Christ comme le Fils du Dieu
retourne aux faibles et misérables éléments du monde (Gal. 4:9) ? ou vivant. De même ici, vous avez Jésus Christ comme la maîtresse pierre
bien allons-nous rester attachés à Christ seul, rendant culte à Dieu du coin. Or ici, ce n’est pas Christ qui bâtit, comme en Matthieu ; mais
dans l’Esprit ? Nous pourrons avoir à souffrir, si nous demeurons fidèles ces apôtres et prophètes sont employés (d’une manière subordonnée
à la grâce et à la vérité ; mais bienheureux sommes-nous, s’il en est bien sûr), parce qu’ils ont été les instruments pour révéler l’Église. Ainsi
ainsi. l’Écriture limite l’Église à ce qui a suivi la mort et la résurrection de
Christ, et la fait dépendre du Saint Esprit envoyé du ciel pour les former
[v.19-22] Il ajoute encore : « Ainsi donc vous [les Gentils] n’êtes
en un seul corps sur la terre. « En qui tout l’édifice, bien ajusté en-
plus étrangers, ni forains, mais concitoyens des saints, et gens de la
semble, croît pour être un temple saint dans le Seigneur » (2:21). La
maison de Dieu » (2:19). Ils avaient été retirés de cette condition d’éloi-
chose n’est pas encore complète. « En qui aussi vous êtes édifiés en-
gnement, et appartenaient désormais à la maison (*) de Dieu, « ayant
semble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit » (2:22). Dieu
été édifiés sur le fondement des apôtres et prophètes » (2:20) — non
avait autrefois une habitation sur la terre, le temple ; Il y habitait, non
pas sur le fondement de la loi. Quels prophètes ? Ceux du Nouveau
par l’Esprit, mais de manière visible. Maintenant Dieu habite sur la
Testament uniquement. Dieu ne s’est pas servi d’un ancien fondement,
terre d’une manière encore plus bénie, savoir par l’Esprit. Le Saint Es-
mais en a posé un nouveau ; et Il a commencé ce nouveau fondement
prit constitue les saints en habitation divine, et les unit comme un seul
en Christ mort et ressuscité. C’est le fondement non pas des prophètes
corps. Il habite dans l’Église, faisant d’elle le temple de Dieu. Ce n’est
et des apôtres, mais « des apôtres et prophètes ». La phrase, en Grec,
pas Son habitation dans les individus que nous avons ici. Cette dernière
signifie que ces deux classes, les apôtres et prophètes, ont été unies
vérité est absolument vraie et importante ; mais en outre, Il habite dans
dans ce travail commun. Ils étaient employés ensemble à poser cette
l’Église : Il fait de l’Église l’habitation de Dieu. Quelle vérité ! Il est clair
base commune. Il est parlé au ch. 3:5 du mystère du Christ, « lequel,
que ce que Dieu demande, c’est que nous marchions fidèlement dans
dans d’autres générations, n’a pas été donné à connaître aux fils des
la vérité, et selon Christ.
hommes comme il a été révélé maintenant à ses saints apôtres et pro-
phètes par l’Esprit ». Ces paroles écartent toute controverse, car elles (*) note de Bibliquest : les versions anglaises (JND, WK, version autorisée
prouvent qu’il n’est question que du temps présent. De même au ch. du roi Jacques) traduisent « gens de la maison » par un seul mot :
« household ». Le texte grec ne comprend pareillement qu’un seul mot
4:11 : « Et lui, a donné les uns comme apôtres, les autres comme pro- pour cette expression.
phètes ». Certains écrivains du Nouveau Testament n’étaient pas
Chapitre 3
apôtres, et ils étaient pourtant tout autant inspirés. Il est donc dit de
nous, que nous sommes édifiés sur ce « fondement des apôtres et
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

Nous avons ici un exemple remarquable du style de l’épître marqué Gentil, — l’inimitié tuée, — le mur mitoyen de clôture détruit. Quelles
par des parenthèses : le chapitre 3 dans son entier en est une. Nous vérités pour un Juif ! N’était-il pas extraordinaire que Dieu détruise ce
trouverons des parenthèses emboîtées à l’intérieur de parenthèses. Si qu’Il avait édifié, et si longtemps approuvé ? N’était-il pas extraordi-
on ne le voit pas, on augmente les sources d’incompréhension de naire que Dieu, après avoir créé la distinction entre Juifs et Gentils, et
l’épître ; mais une fois qu’on s’en rend compte, tout est facile. Notons à avoir insisté dessus, sous peine même de mort pour ceux qui n’y
cette occasion combien il est approprié moralement de se servir de avaient pas égard, — que Dieu Lui-même le réduise à néant et intro-
cette manière d’écrire par parenthèses pour décrire ce qui est juste- duise quelque chose d’entièrement différent de l’ordre ancien, et in-
ment en soi une sorte de parenthèse dans les voies de Dieu. Nous pou- compatible avec lui ? Il n’est pas étonnant que ce soit une difficulté si
vons chercher, par la grâce de Dieu, à apprendre et à considérer la rai- on amalgame tout cela pour en faire la pensée de Dieu pour la même
son de ces digressions, en forme de tiroirs de longueur peu ordinaire. période de temps. Mais il y a une clef à toute cette énigme : c’est que
Tout le chapitre 3 s’intercale entre la doctrine de la fin du chapitre 2 et Dieu ne les a pas instituées pour la même époque. Ainsi toute la diffi-
l’exhortation du début du chapitre 4, qui est fondée sur cette doctrine culté se réduit à ceci, que Dieu, à une époque, a établit la distinction
du ch. 2. Quel est le sens de cette diversion ? Le Saint Esprit s’arrête entre Israël et les Gentils, puis maintenant et pour un temps, Il trouve
tout à coup au milieu du développement de la doctrine : où veut-Il nous bon de l’abolir et d’introduire quelque chose d’entièrement nouveau.
conduire ? La réponse, je crois, est très claire. Il vient juste de commen- La première partie du chapitre 3 est consacrée à l’explication de ce
cer à parler de ce qui a dû paraître une grande pierre d’achoppement côté spécial du mystère de Christ, selon lequel les Gentils sont mis en
pour les Juifs, savoir la formation par Dieu d’un seul corps dans lequel avant et exactement au même niveau que les Juifs croyants qui reçoi-
il n’y a ni Juif ni Gentil. Je suis au regret de dire que bien des chrétiens vent Christ maintenant, en sorte que dans ce monde ils ne forment
aujourd’hui ne sentent même pas la difficulté, ni ne comprennent cette qu’un seul et même corps. Or plus un homme s’attachait à la vérité de
vérité. La raison en est qu’ils ont fort peu saisi la fidélité et les desseins la loi et des prophètes, plus ce côté du mystère de Christ devenait in-
de Dieu. Or c’est une épreuve réelle pour la foi d’un esprit pieux, surmontable, parce que l’Ancien Testament ne parle jamais d’un tel
lorsqu’une partie de la vérité de Dieu semble en contredire une autre. état de choses. De fait, si l’on ne connaissait que les anciennes révéla-
Il ne peut y avoir de désaccord réel ; tout est nécessairement d’une har- tions hébreues, c’était un renversement sans précédent devant lequel
monie et d’un accord parfaits. Mais nous ne sommes pas toujours ca- on se retrouvait sans préparation. Il y avait même la difficulté appa-
pables de comprendre comment les différentes parties de la vérité se rente d’aller à l’encontre de la parole de Dieu exprimée clairement.
lient ensemble. Quand nous sommes ainsi dans l’ignorance, nous de- C’est donc justement l’obstacle que le Saint Esprit enlève ici.
vrions attendre avec foi, sans avoir ni doute ni indifférence.
Remarquez tout d’abord la sagesse de Dieu qui pose un fondement
Cherchons un instant à nous mettre à la place des croyants juifs, admirable avant d’introduire la nouvelle doctrine. Nous avons ainsi vu
avec tout leur héritage de pensées, de sentiments et de préjugés en tant (ch. 1) les conseils de Dieu, de toute éternité, centrés sur Christ, et em-
que saints de l’Ancien Testament. Imaginez qu’on leur présente avec brassant la pensée glorieuse d’âmes tirées du monde et rassemblées
clarté et insistance des paroles du genre : un seul corps, — ni Juif ni pour partager le même amour et la même gloire, dans lesquels Christ se
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trouve maintenant en la présence de Dieu. Ensuite (ch. 2), nous avons Chef de toute gloire, céleste et terrestre, et qu’Il remettrait tout
les moyens employés pour répondre au besoin d’âmes dont la condi- l’univers entre les mains de Christ pour administrer le royaume et y
tion sur la terre est la ruine. Enfin, au ch 3, nous avons une digression maintenir la gloire de Dieu le Père. C’est là la première partie du
dont le but est d’expliquer pleinement la nature de cette partie du mystère, la partie la plus essentielle.
mystère qui a trait plus particulièrement aux Gentils. 2. La seconde partie, qui a trait à l’Église, n’en est que la conséquence.
La suprématie universelle de Christ n’est pas un thème de l’Ancien
[le mystère] Il faut se garder de la notion selon laquelle le « mys-
Testament. On l’y voit comme Fils de David, Fils de l’homme, Fils de
tère », ou secret, signifie l’évangile. L’évangile en lui-même ne signifie
Dieu, le Roi ; mais on ne voit nulle part l’univers entier de Dieu Lui
pas, et ne peut jamais signifier un mystère. À sa base, l’évangile a tou-
être assujetti (ce serait plutôt le royaume sous tous les cieux). Dans
jours été devant les pensées du peuple de Dieu, sous forme de pro-
cette suprématie sur toutes choses, Christ partagera tout avec Son
messe, ou sous forme d’une révélation de grâce non encore accomplie.
épouse. Christ veut avoir Son Église partageant Sa domination sans
Mais nulle part, dans l’Écriture, l’évangile est appelé un mystère. Il peut
limite, quand le jour de gloire commencera à briller sur le monde.
être en relation avec un mystère, mais sans être le mystère lui-même.
Ce n’était pas un mystère, qu’un Sauveur allait être donné : c’était Le mystère se compose donc de deux grandes parties, résumées
même la première révélation de grâce, après que l’homme soit devenu ainsi en Éph. 5:32 : « Ce mystère est grand ; mais moi je parle relative-
pécheur. La Semence de la femme devait briser la tête du serpent. Un ment à Christ et à l’assemblée ». Ainsi le mystère ne signifie ni Christ
mystère est quelque chose qui n’était pas révélé autrefois, et qui ne seul, ni l’Église seule, mais Christ et l’Église unis dans une condition cé-
pouvait être connu sans révélation. Dans les prophètes aussi, on a une leste de bénédiction et de domination sur tout ce que Dieu a fait. C’est
pleine déclaration que la justice de Dieu allait bientôt venir, et l’affir- pourquoi, comme nous l’avons vu au ch. 1, quand Christ a été ressuscité
mation aussi claire que possible que Dieu allait se manifester Lui-même d’entre les morts, Dieu l’a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes,
comme Dieu-Sauveur. On y trouve aussi qu’Il allait en finir avec les pé- bien au-dessus de toute principauté, et autorité, et puissance, et do-
chés, et introduire la réconciliation et la justice éternelle (cf. Dan. mination, et « Il a mis toutes choses sous ses pieds, et L’a donné pour
9:24). Toutes ces choses n’étaient, en aucun sens, « le mystère ». Le être chef sur toutes choses à l’Assemblée » (1:20-22). Il n’est pas dit
mystère signifie ce qui était gardé secret, — non pas ce qui ne pouvait « sur l’Église », ce qui renverserait le mystère, au lieu de l’enseigner. Il
être compris, ce qui n’est qu’une idée humaine du mystère. Le mystère sera chef sur Israël et sur les Gentils, mais il n’est jamais dit qu’Il règne
est un secret qui n’avait point été révélé, — un secret que l’Ancien Tes- sur l’Église. L’Église est Son corps. J’admets que c’est une figure, mais
tament n’avait pas encore dévoilé, mais que le Nouveau révèle pleine- une figure qui donne l’idée d’une profonde intimité, pleine d’une très
ment. riche consolation, et de l’espérance la plus élevée. Les saints que Dieu
appelle maintenant, partageront toutes choses avec Christ dans ce jour
Qu’est-ce donc que ce mystère ?
de gloire. Savoir ce qu’est la nature de l’Église devient donc un sujet du
1. C’est d’abord que Christ, au lieu de prendre le royaume prédit par
plus grand intérêt. Quand son appel a-t-il commencé ? quel est le
les prophètes, allait disparaître complètement de la scène de ce
monde, et que Dieu Le ferait asseoir à Sa droite dans le ciel, comme
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

caractère de cet appel ? et quelles sont les responsabilités qui en dé- Nous ferions bien de regarder plus près de chez nous et d’examiner
coulent ? à quoi nous en sommes, de voir si nous ne sommes pas entraînés dans
une grave incompréhension de ce pour quoi Dieu nous a sauvés. Les
L’épître aux Éphésiens est l’assise principale de la doctrine de
chrétiens en général réalisent-ils seulement qu’ils sont sauvés ? Sont-
l’Église ; or si l’Esprit de Dieu s’écarte ici de l’exposé proprement dit de
ils pénétrés simplement du bonheur de demeurer dans l’heureuse
cette doctrine, c’est pour donner un aperçu d’une des difficultés ma-
conscience d’avoir part au salut de Dieu ? Regardez les hymnes qu’on
jeures qui s’y rattache, savoir que les croyants Gentils étaient réunis
chante, pensez aux prières offertes. Ce sont les aspirations d’âmes in-
aux croyants Juifs dans l’unité du corps de Christ. Un Juif n’aurait pas
quiètes et troublées, qui se nomment pécheurs misérables, parce
trouvé trop étrange l’idée que Dieu bénisse un Gentil, mais il aurait
qu’elles n’ont pas la conscience de posséder la bénédiction, mais se
pensé que sa bénédiction devrait être inférieure à celle d’un Juif, ré-
bornent à la désirer. Est-il possible d’en arriver à ce que les âmes met-
servant la place de rang supérieur à Israël, et la place inférieure aux
tent au rang de l’humilité leurs doutes au sujet de Dieu ? qu’on vante
Gentils. La doctrine développée maintenant renversait tout cela. Pour
comme faisant bien partie du culte de Dieu l’expression de la misère
un esprit nourri de l’Ancien Testament, cela revenait à saper la parole
et de l’esclavage des âmes rachetées, au jour même qui proclame que
de Dieu exprimée clairement. Comment surmonter une objection si
leurs péchés sont effacés et que leur paix a été faite ? Où est, dans tout
naturelle et si forte ? C’était une chose nouvelle, en vue du ciel, pen-
ceci, le simple repos du cœur dans la connaissance d’une rédemption
dant le temps du rejet d’Israël sur la terre.
accomplie, dans la connaissance que le chrétien en a entièrement fini
En outre, c’est pour n’avoir pas compris ce qu’est « le mystère », avec ses péchés en ce qui concerne le jugement de Dieu ? Assurément
ni ce qu’est réellement l’Église, qu’a surgi le système papiste ou anti- il reste toujours pour nous la nécessité de reconnaître nos péchés, et
église. Mais ce n’est pas tout : les protestants se sont aussi écartés de de nous juger nous-mêmes ; mais c’est une toute autre sorte de juge-
la Parole de Dieu sur ce sujet par incrédulité vis-à-vis de notre relation ment et de confession ; c’est la confession d’âmes qui se condamnent
céleste avec Christ, et par amour du monde — l’amour des honneurs d’autant plus qu’elles n’ont aucun doute d’être fils de Dieu — de cœurs
présents et de la grandeur mondaine. Ils n’ont ni la foi ni la patience qui sont parfaitement en paix, et qui expriment leur bonheur dans des
pour attendre le jour de Christ. Un chrétien est appelé à souffrir main- chants de louanges et des actions de grâces au Dieu qui les a sauvés
tenant, à être rejeté comme mauvais (Luc 6:22), à attendre d’être glo- pour toujours.
rifié avec Christ, — non pas seulement par Christ, mais avec Christ, —
[v.1] C’est sur la base d’un salut achevé que le Saint Esprit amène
pour être avec Christ Lui-même là où Il est. Ceci suppose que notre
à comprendre l’Église. Si vous ne connaissez pas la rédemption de
place est « hors du camp », c’est-à-dire hors de toute forme de la reli-
Christ comme une chose accomplie, et même comme une chose accep-
gion mondaine (Héb. 13:13). Le monde ne se met-il pas maintenant à la
tée par Dieu en notre faveur, et si vous ne vous reposez pas sur cette
place de l’Église de Dieu ? C’est la part de Babylone ; et même si l’ex-
rédemption, vous ne pouvez pas avoir la moindre idée vraie de l’Église.
pression la plus forte de Babylone — et son centre, si vous voulez — se
Ceci montre l’extrême sagesse de l’Esprit de Dieu qui introduit ici la doc-
trouvent dans le papisme, ce système de confusion n’est pas limité à
trine de l’Église après avoir pleinement traité et réglé toute la question
Rome.
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

du salut. « C’est pour cela que moi, Paul, le prisonnier du Christ Jésus Tim. 2:2). Le Seigneur opère par ceux qui comprennent bien la vérité,
pour vous, les nations » (3:1). Il souffrait même jusqu’à être lié de pour la communiquer à ceux qui la comprennent moins. Mais le prin-
chaînes à cause des Gentils. Partout où une personne prend vraiment cipe reste que tout don vient immédiatement de Christ, et ne dérive
sa place comme membre du corps du Christ, lui est-il encore possible pas de l’homme.
de recevoir de l’honneur dans le monde, ou d’échapper à l’opprobre et Il y avait des charges attribuées, extérieures et locales, comme
à l’épreuve ? La vraie demeure de l’Église est dans le ciel, mais lui qui celles d’anciens et de diacres (serviteurs), mais c’était une tout autre
présentait cette vérité bénie sur la terre, était content d’être prison- chose. L’ancien pouvait enseigner ou non, éventuellement formelle-
nier. ment et publiquement, s’il était docteur [maître qui enseigne] ; mais sa
[v.2] « Si du moins vous avez entendu parler de l’administration position d’ancien était simplement une certaine charge communiquée
[ou : dispensation] de la grâce de Dieu qui m’a été donnée envers par l’autorité des apôtres, et distincte de la question du don. Je ne
vous ». Ici le mot « dispensation » signifie « administration » ou « inten- parle que du caractère direct du don proprement dit, que l’Esprit dis-
dance » — ce dont il était responsable devant Dieu. L’apôtre Paul était tribue dans l’Église. Il vient directement de Christ qui est en haut (Éph.
l’instrument choisi de Dieu pour faire connaître la nature, l’appel, le 4), et non pas par un canal humain, sauf cas exceptionnel et miraculeux,
caractère et les espérances de l’Église. Remarquez bien les voies de comme lorsque l’apôtre imposa les mains à Timothée, et lui donna un
Dieu. Il ne voulait pas développer cela parmi les Juifs, ni le révéler par  (*) selon la prophétie.
Pierre ou par Jacques. Cela leur fut révélé sans doute, mais ce ne l’a pas
(*) note Bibliquest :  = « charisma » = don [de grâce]. Comparer
été par eux. L’apôtre Paul a été le seul des écrivains inspirés, par lequel le mot français « charisme ».
Dieu l’a fait connaître.
[v.3-5] L’apôtre Paul continue en disant : « Comment, par révéla-
C’est pourquoi, s’il y avait la moindre vérité dans la succession tion, le mystère m’a été donné à connaître (ainsi que je l’ai déjà écrit
apostolique, Paul devrait être la racine et le canal de transmission de la en peu de mots ; d’après quoi, en le lisant, vous pouvez comprendre
succession, et non pas Pierre, dont il est dit expressément qu’il était quelle est mon intelligence dans le mystère du Christ) » (3:3-4). Il avait
l’apôtre de la circoncision. L’apostolat de Paul venait directement du déjà touché ce sujet au ch. 2, mais il y entre maintenant plus à fond.
Seigneur, et son domaine était l’incirconcision. C’est lui qui a été le « Lequel, en d’autres générations, n’a pas été donné à connaître aux
grand témoin de cette vérité que tout vrai ministère doit provenir di- fils des hommes » (3:5). On a ici une déclaration positive que le secret
rectement de Christ. n’avait pas été révélé dans d’autres époques — non pas qu’il fût indi-
Le Seigneur peut se servir de moyens. Il peut appeler une personne qué obscurément, ou mal compris, mais il n’avait pas été révélé du
à prêcher, et il peut y avoir des personnes dont le don soit développé tout.
par le moyen de l’enseignement. Le même apôtre qui avait reçu son don C’était un secret à l’égard duquel le silence avait été gardé, comme
du Seigneur, et qui insistait là-dessus si fortement, avait l’habitude d’en- l’apôtre nous le fait savoir en Romains 16 : « Or, à celui qui est puissant
seigner les autres. Il communiqua la vérité à Timothée, et lui donna pour vous affermir … et la prédication de Jésus-Christ, selon la révéla-
l’ordre d’enseigner à son tour aux autres ce qu’il avait lui-même reçu (2 tion du mystère à l’égard duquel le silence a été gardé dès les temps
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

éternels, mais qui a été manifesté maintenant » (Rom.16:25-26). Il l’Église de Dieu. « Le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux
n’était dévoilé que maintenant. Ce n’était pas que les prophètes qui devaient être sauvés » (Actes 2:47). Nous trouvons là ce qui est ap-
l’avaient prédit, et qu’il n’était saisi par la foi que maintenant. En vérité, pelé l’Église ou l’assemblée : un corps dans lequel Dieu s’est proposé
c’est maintenant qu’il était manifesté, publié et enseigné, alors qu’il ne d’avoir indistinctement Juifs et Gentils ; or un tel état de choses n’a
l’avait jamais été auparavant. « Mais qui a été manifesté maintenant, jamais existé avant le jour de la Pentecôte. Juifs et Gentils sont donc
et qui, par des écrits prophétiques, a été donné à connaître à toutes introduits maintenant dans ce nouvel ordre de choses, — un ordre
les nations, selon le commandement du Dieu éternel pour l’obéissance nouveau pour tous les deux et auquel les révélations de Dieu anté-
de la foi » (Rom. 16:26). Il ne fait pas de doute que les « écrits prophé- rieures ne s’appliquaient plus comme une description directe de leurs
tiques » mentionnés ici, sont les Écritures du Nouveau Testament. Si la privilèges.
version autorisée du Roi Jacques dit « par les écrits des prophètes », le Je saisis l’occasion, si vous le permettez, de vous mettre en garde
sens est, à proprement parler, par « des écrits prophétiques » ce qui ne contre le fait de prendre tout ce que Dieu dit dans les Écritures, comme
se réfère pas du tout aux prophètes de l’Ancien Testament. La raison si c’était dit de vous, de moi, ou de l’Église. L’Église est une chose rela-
est donnée : « maintenant [le mystère] a été manifesté, et par des tivement nouvelle sur la terre ; c’est un sujet qu’on trouve exclusive-
écrits prophétiques… [il] a été donné à connaître à toutes les na- ment dans le Nouveau Testament. Si je disais que les saints sont une
tions ». Si la signification avait été les prophètes de l’Ancien Testament, chose nouvelle, ce serait faux ; mais si vous dites que l’Église englobe
cette expression aurait été vraiment bien extraordinaire. L’apôtre aurait les saints de l’Ancien Testament, vous négligez la Parole de Dieu et vous
pu dire que le mystère avait été révélé aux prophètes, mais compris allez à son encontre, car elle limite l’Église de Dieu à ce qui a commencé
maintenant. Or il dit qu’il a été manifesté maintenant. « Lequel n’a pas avec Christ assis à la droite de Dieu, et avec le Saint Esprit envoyé du
été donné à connaître aux fils des hommes dans d’autres générations, ciel, pour baptiser en ce seul corps tous ceux qui croient maintenant
comme il a été révélé maintenant par l’Esprit à ses saints apôtres et (1 Cor. 12:13).
prophètes » (Éph.3:5). Il y avait des hommes inspirés, hormis les
apôtres, qui étaient prophètes. Cela était maintenant révélé à ces deux Que signifie « l’Église » ? C’est l’assemblée des âmes rassemblées par
classes de personnes ; mais nous ne pouvons pas dire que les « écrits la connaissance de Christ mort et ressuscité, et unies à Christ par le
prophétiques » de Romains 16, s’étendent au-delà des écrits de Paul Saint Esprit, — Christ en Sa qualité d’homme glorifié à la droite de
qui dévoilent ce précieux secret de Dieu. Dieu. Un tel état de choses n’existait point avant la Pentecôte.

Le développement de l’Église eut lieu lorsque le Saint Esprit fut Il n’y avait pas de rédemption accomplie avant la croix. Christ est seul
donné d’une manière nouvelle. « L’Esprit Saint n’était pas encore, à avoir été Fils de Dieu de toute éternité — une personne divine égale
parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jean 7:39). Le Saint au Père. Mais Il devint homme afin de mourir pour les hommes sur la
Esprit avait opéré auparavant, mais il fallait qu’il soit répandu person- croix ; et une fois ressuscité d’entre les morts, Il prend Sa nouvelle
nellement ; et cela s’identifie avec l’appel de l’Église. À la Pentecôte, place de Chef pour l’Église, qui est Son corps ; Il est l’Époux de l’Épouse.
pour la première fois, nous avons une assemblée qui est appelée L’expiation a été faite, et le péché a été ôté par le sacrifice de Lui-
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

même. Devenir membre du corps de Christ ne pouvait exister, jusqu’à sur cette attente des hommes pieux en Israël. Ainsi dans le psaume 67
ce que ceci soit accompli. L’Église est fondée sur la rémission des pé- nous avons la prière : « Que Dieu use de grâce envers nous, et nous
chés par le sang de Christ déjà répandu, et elle se compose de ceux qui bénisse, qu’Il fasse lever la lumière de sa face sur nous ! Sélah. Pour
sont unis à Christ pour partager toute Sa gloire, sauf celle qui est Sienne que ta voie soit connue sur la terre, ton salut parmi toutes les nations »
essentiellement et éternellement, en sa qualité de Fils unique du Père. (67:1-2). Le préliminaire à la bénédiction des autres nations, c’est la ré-
ponse au cri d’Israël : « Que Dieu use de grâce envers nous, et nous
[v.6-11] Alors vient cette partie spéciale du mystère — « que les
bénisse ». Toute espérance pour le monde, comme monde, dépend de
nations seraient cohéritières, et d’un même corps, et coparticipantes
la bénédiction des Juifs.
de sa promesse dans le christ Jésus par l’évangile ». Les promesses de
Dieu à Abraham, et cette promesse de Dieu dans le Christ, sont deux Il n’en est pas ainsi quant à l’Église, que Dieu appelle maintenant
choses non seulement différentes, mais qui sont en contraste. Car si je hors du monde. Sa bénédiction ne dépend pas des promesses ni de la
considère la promesse à Abraham en Genèse 12 : « Je te ferai devenir bénédiction d’aucun peuple. C’est pourquoi ces psaumes ne s’appli-
une grande nation », est-ce l’attente de l’Église ? Quand les chrétiens quent pas à elle. Certains persistent pourtant à les détourner pour les
deviennent grands sur la terre, c’est qu’ils ont glissé hors de leur place appliquer aux circonstances présentes. Rien d’étonnant qu’ils s’égarent.
de bénédiction en communion avec Christ. Mais quand Israël sera fait La faute vient de ce qu’ils pervertissent la Parole de Dieu. « Que les
une grande nation, dans le vrai sens du terme, ils seront alors bénis, et peuples te célèbrent, ô Dieu ! que tous les peuples te célèbrent » (Ps.
une bénédiction pour d’autres, comme jamais auparavant. La promesse 67:3). La bénédiction s’étend maintenant à d’autres. « Que les peu-
a été donnée à Abraham, et va être bientôt accomplie dans sa semence plades se réjouissent, et chantent de joie ; car tu jugeras les peuples
sur la terre : « Je te ferai devenir une grande nation, … et en toi seront avec droiture, et tu conduiras les peuplades sur la terre » (Ps. 67:4).
bénies toutes les familles de la terre » (Gen. 12:2-3). Ceci laisse place Quand ce jour-là poindra, au lieu que la terre soupire et soit en travail
pour une bénédiction s’étendant aux Gentils ; mais notez bien, ceux-ci comme jusqu’à maintenant (Rom.8:22), « la terre donnera son fruit ;
seront bénis d’abord en Abraham, et ensuite en sa semence [ou : pos- Dieu, notre Dieu, nous bénira » (Ps. 67:6). C’est bien loin d’être le cas
térité] [Gen.12:7]. En Genèse 22, la promesse est renouvelée à Isaac, et maintenant. C’est l’état millénaire qui est attendu dans ce psaume,
c’est à cela que se réfère l’épître aux Hébreux. « J’ai juré par moi- quand la puissance de Dieu sera exercée triomphalement, et que Dieu
même, dit l’Éternel… certainement je te bénirai, et je multiplierai reconnaîtra Son peuple Israël, et que les autres nations seront bénies
abondamment ta semence comme les étoiles des cieux et comme le en eux. Maintenant les nations sont « cohéritières et d’un même
sable qui est sur le bord de la mer ; et ta semence possédera la porte corps » (Éph. 3:6) — cohéritières avec qui ? Avec Christ, et avec tous
de ses ennemis » (Gen. 12:16-17). Est-ce là ce que nous attendons ? Je ceux qui sont en Christ. Qu’ils soient Juifs ou Gentils, ils sont cohéri-
ne crois pas. Nous désirons être au ciel avec Christ, et nous y serons par tiers. La grâce les a mis sur le même terrain. Mais les Juifs ne sont pas
le moyen de Son amour et de la faveur de notre Dieu. Mais Israël doit élevés maintenant au sommet de la bénédiction terrestre. Au contraire,
posséder la porte de ses ennemis, et être élevé au-dessus de tous les comme nation, ils sont dispersés, et Dieu les juge, sans montrer Sa mi-
peuples de la terre. On a dans les psaumes une sorte de commentaire séricorde envers eux : leurs limites d’autrefois sont entièrement
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

effacées. La raison en est que les Juifs ont été vraiment les meneurs de l’évangile ; duquel je suis devenu serviteur, selon le don de la grâce de
l’inimitié du monde contre Christ, et de la crucifixion de leur propre Dieu, qui m’a été donné selon l’opération de sa puissance » (3:6-7).
Messie. Quel est l’effet de cette vérité ? Il est le plus humiliant possible. « À moi
qui suis moins que le moindre de tous les saints, cette grâce a été don-
La croix de Christ a mis fin aux distinctions entre Juif et Gentils, et
née d’annoncer parmi les nations les richesses insondables du Christ »
c’est sur le fondement de cette croix que Dieu édifie l’Église. Les pires
(3:8). Cela fait ressortir la valeur de Christ, comme rien d’autre ne pour-
des pécheurs sur la face de la terre, qu’ils soient Juifs ou Gentils, Dieu
rait le faire. Il ajoute encore : « et de mettre en lumière devant tous
les relève ; et en les sortant de leur condition de péché, et d’éloigne-
quelle est l’administration [non pas la communion (*)] du mystère »
ment de Dieu, Il les met au même niveau, — un niveau céleste comme
(3:9). Il montre ainsi qu’outre l’aspect du mystère à l’égard des saints, il
membres du corps de Christ. C’est ce que Dieu fait maintenant, et il est
a aussi son application à tous les hommes, sans distinction — à ceux qui
très important de le comprendre, afin d’avoir communion avec les
sont en dehors de l’Église. Les personnes qui prêchent l’évangile, prê-
voies de Dieu. En outre, quand on le comprend, toute la Bible devient
chent nécessairement Christ, mais peu nombreuses sont celles qui com-
pratiquement un livre nouveau et encore plus précieux. La vérité n’ad-
prennent le caractère de la grâce qui unit les âmes à Christ dans la re-
met pas de compromis, même si nous cherchons à juste titre à être pa-
lation de membres de Son corps, de Sa chair et de Ses os. Or c’était là
tients. Du fait que Dieu révèle Sa pensée, cela exclut nécessairement
une partie majeure du travail de Paul ; c’est pourquoi il ajoute : l’admi-
l’idée qu’on puisse avoir son propre jugement particulier. Ni vous, ni
nistration du mystère « qui était, caché dès les siècles en Dieu, qui a
moi, n’avons droit à avoir notre opinion en matières de foi. Dieu est
créé toutes choses » (3:9). Remarquez bien qu’il n’est pas dit « caché
seul à avoir le droit de parler sur ces choses ; et Il en a parlé si claire-
dans les Écritures », mais « caché en Dieu ». « Afin que la sagesse si
ment, que c’est péché de ne pas l’écouter. Mais vous ne pouvez pas
diverse de Dieu soit maintenant donnée à connaître aux principautés
séparer la vérité d’avec les affections spirituelles. C’est pourquoi si l’on
et aux autorités dans les lieux célestes, par l’assemblée » (3:10).
ne garde pas la vérité de l’Église sur le plan pratique, on la perd et on
s’aigrit contre elle. La pensée de Dieu à l’égard de l’Église attire tou- (*) note Bibliquest : La version autorisée du Roi Jacques, comme le Texte
jours l’inimitié du monde contre celui qui la connaît, et spécialement Reçu traduisent « communion », avec seulement l’appui de quelques ma-
nuscrits postérieurs au 10° siècle
l’inimitié des chrétiens qui ne la comprennent pas. Il en a été ainsi par
dessus tout avec Paul, et la même histoire s’est toujours répétée depuis, Considérons quelle place merveilleuse est celle-ci : savoir, que Dieu
chaque fois que des âmes se sont emparé de son témoignage ; il ne peut fait maintenant connaître aux anges en haut, une nouvelle sorte de sa-
en être autrement. La doctrine tenue par Paul, si elle est enseignée par gesse, par le moyen de Ses voies envers nous. Et quand je dis nous,
l’Esprit de Dieu, ne peut jamais admettre l’existence de partis, parce j’entends tous les saints de Dieu maintenant sur la terre. Car quel que
qu’elle a pour centre Christ dans le ciel. soit le nom qu’on lui donne, tout saint de Dieu est un membre du corps
de Christ. Tous appartiennent véritablement et pareillement à l’Église
L’apôtre poursuit ses déclarations. Voici la phase particulière du
de Dieu. On ne peut qu’être affligé que si peu de gens comprennent ce
mystère qu’il dévoile ici : « Que les nations seraient cohéritières et d’un
qu’est l’Église de Dieu, ni se soucient de le savoir ou d’agir en consé-
même corps, et coparticipantes de sa promesse dans le Christ par
quence. Nous devrions connaître l’intention de Dieu se propose, et
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

quelle est Sa pensée quant à la marche de l’Église. Tous possèdent Trinité, pour faire Sa demeure en eux, et faire d’eux Son temple, pen-
Christ pareillement, mais tous ne comprennent pas pareillement quelle dant qu’ils sont dans ce monde, — quel appel que celui-là !
est la volonté de Dieu à l’égard de Son Église ; ni comment Il voudrait Si un ange veut savoir où est Son grand amour, il n’a qu’à regarder en
que nous l’adorions, et que nous agissions ensemble selon Sa Parole ; ni bas, dans ce monde, et c’est ainsi qu’il le voit. Vous ne pouvez pas sépa-
comment Il voudrait que nous nous aidions l’un l’autre à manifester rer Christ de l’Église.
pratiquement cette vérité glorieuse, savoir que Dieu donne mainte-
Mais la chose merveilleuse, c’est que, devant les anges de Dieu, le
nant à connaître Sa sagesse si diverse par le moyen de l’Église. Mar-
conflit étonnant se poursuit — Satan et toutes ses armées s’efforçant
chons-nous selon la volonté de Dieu pour Son Église, en sorte qu’Il
d’égarer ces objets des affections de Dieu en les mettant sur une fausse
puisse nous signaler aux anges de Dieu comme une leçon pour eux ?
base, en prêchant mille formes différentes de justice pour les détour-
Telle est l’intention de Dieu, et rien moins que cela. Vous ne pouvez as-
ner de la grâce et de la croix de Christ. D’un autre côté, Dieu opère par
surément pas échapper à la responsabilité qui y est attachée en refu-
Sa Parole et Son Esprit pour amener les Siens à la conscience de leurs
sant d’agir selon cette intention ! Ce n’est pas dans un avenir proche, ni
privilèges. Que les enfants de Dieu soient fidèles ou non, l’amour par-
quand nous arriverons au ciel, que Dieu fera connaître Sa sagesse si di-
fait repose sur eux et agit envers eux (éventuellement en discipline) ;
verse aux multitudes célestes par le moyen de l’Église, mais c’est main-
Dieu s’occupe d’eux, en prend soin, gardant toujours devant Lui la pen-
tenant sur la terre, pendant que les membres de l’Église sont appelés.
sée qu’il veut les avoir parfaitement semblables à Christ. Rien ne peut
« Afin que la sagesse si diverse de Dieu soit maintenant donnée jeter un nuage là-dessus. La faiblesse peut pour un temps déshonorer
à connaître aux principautés et aux autorités dans les lieux célestes, le Seigneur, détruire notre propre consolation, et aider le monde à
par l’assemblée » (3:10). Cela ne nous fait-il pas réfléchir bien sérieuse- tromper. Tout cela est possible. Mais le dessein de Dieu reste im-
ment ? Il n’est pas question de ce que les hommes pensent de nous, ni muable : ce que Dieu a dit doit s’accomplir. Notre faiblesse peut être
si on nous aime ou non, ici-bas. Je suis bien sûr que, si nous marchons manifestée, mais Dieu, dans la puissance de Son amour achèvera Son
selon Christ, nous ne pouvons qu’être haïs par le monde ; et si nous dessein. Or c’est par ce moyen qu’il enseigne une nouvelle sorte de sa-
voulons qu’il en soit autrement, cela montre que nous aimons le gesse aux principautés et aux autorités dans les lieux célestes, — une
monde. Il est douloureux de sentir que c’est inévitable, mais, si je crois sagesse qu’on n’avait jamais vue auparavant dans le monde. On avait
Christ, il faut que je croie cela, et je dois me réjouir d’être estimé digne vu les voies de Dieu en création, au déluge, et en Israël. Mais voici
de souffrir même à un faible degré. En outre, l’Église est appelée à être quelque chose maintenant dont il n’y avait même pas trace dans les
comme un livre d’enseignement pour les anges de Dieu. Écritures données de Dieu, une chose qui n’avait pas été promise à
Quand nous réfléchissons que Dieu a l’œil sur nous avec les anges qui l’homme — une chose gardée entièrement secrète entre le Père et le
L’entourent ; qu’Il s’occupe d’objets tels que nous ; qu’Il voit là les ob- Fils.
jets les plus chers de ses affections ; qu’Il leur a donné Christ pour être Maintenant cela est dévoilé. Le Saint Esprit est Celui qui déve-
leur vie ; et qu’Il a envoyé le Saint Esprit, cette Personne bénie de la loppe cette vérité glorieuse de l’Église de Dieu, et qui la réalise. Jusqu’à
quel point nos âmes y sont-elles entrées ? Jusqu’à quel point nous
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

contentons-nous de vagues suppositions sur ce sujet, l’estimant de peu plus élevés et les plus profonds, et d’autre part les plus simples vérités
d’importance ? Une ignorance volontaire de cette vérité provient d’un fondamentales sur laquelle le croyant se repose. Cela est très instruc-
amour caché pour le monde. Chez celui qui laisse cette vérité de côté, tif : en effet, d’un côté, nous avons déjà vu qu’il est tout à fait vain de
il y a ce sentiment qu’on ne peut pas à la fois la saisir dans son cœur et chercher à entrer dans la nature de l’Église si l’on n’a pas une compré-
marcher avec le monde. Il faut rompre entièrement avec tout ce que hension simple, claire et entière, de la paix que Christ a faite, et de ce
la chair estime sous le soleil. Vous avez une place au-dessus du soleil qu’Il est pour nous dans la présence de Dieu ; d’un autre côté, quand
avec Christ, et la conséquence en est que vous êtes appelés à vous sou- nous saisissons en quelque mesure le caractère de l’Église, et que nous
mettre à la sentence de mort qui frappe tout ici-bas, à glorifier le nom voyons les privilèges étonnants qui sont les nôtres, comme étant faits
de Christ, à vous réjouir en Lui, quelle que soit la volonté de Dieu à un avec Christ, nous regardons les premiers éléments avec une jouis-
notre égard. Aucune circonstance ne peut nous soustraire à la respon- sance plus intense, et nous réalisons la stabilité stupéfiante des fon-
sabilité d’être les témoins d’une gloire qui est au-dessus de ce monde. dements sur lesquels nos âmes ont le privilège d’être établies. On voit
Le monde devrait voir dans l’Église le reflet de Christ. Vous pouvez ainsi que Dieu voulait prendre soin de ce que la paix de la conscience
trouver un moine ou une religieuse agréables moralement, mais ce peut et la paix du cœur soient maintenues en pratique. Rien ne nous est
n’être que l’expression de la nature, sans être Christ. Je ne dis pas que donné simplement dans le but d’étonner notre esprit. Je ne dis pas
Christ ne puisse pas s’y trouver également, dans des cas isolés, en dépit qu’il n’y ait pas un sujet perpétuel d’admiration, ni qu’il n’y ait pas un
du système extrêmement mauvais. Cependant pour la foi, il s’agit de infini à apprendre ; mais chaque pas que nous faisons, et même les plus
faire la volonté de Dieu et de glorifier Christ dans le lieu de l’opprobre grands progrès dans la connaissance des desseins de Dieu en Christ,
sur la terre. Dieu attend de nous la confession du nom de Son Fils au sont intimement liés à la confiance de nos âmes dans Son amour. Ainsi
prix de tout ce qui nous est cher. Même si le monde n’en tient pas donc, alors que nous ne pouvons pas saisir correctement la nature de
compte, cette confession est-elle inutile vis-à-vis des principautés et l’Église avant de connaître la simple paix avec Dieu, une fois que nous
des autorités dans les lieux célestes ? y entrons, cette paix est illuminée de la lumière céleste des privilèges
dans lesquels le Saint Esprit a conduit nos âmes. Nous revenons avec
[v.12-13] Quelques mots maintenant sur les versets 12 et 13. Après
une intelligence renouvelée et une jouissance plus profonde de la grâce
une allusion à Christ, comme Celui qui est exalté en haut, et en qui le
illimitée qui est à nous en Christ.
propos éternel de Dieu a été maintenant révélé par l’Esprit (3:11),
l’apôtre ajoute, que dans cette même personne « nous avons hardiesse C’est pourquoi après avoir annoncé l’étendue merveilleuse de
et accès en confiance, par la foi en Lui. C’est pourquoi je vous prie de l’amour et des desseins de Dieu, l’apôtre jette un coup d’œil sur cer-
ne pas perdre courage à cause de mes afflictions pour vous, ce qui est taines conséquences pratiques en nous. « En qui », dit-il, « nous avons
votre gloire » (3:12-13). hardiesse et accès en confiance, par la foi en Lui » (3:12). Nous n’avons
pas seulement la paix, mais « nous avons hardiesse », ce qui se rap-
Il est très doux de trouver comment, même dans le sujet si vaste
porte plus particulièrement au langage avec lequel nous nous adressons
qui occupait le cœur de l’apôtre, et sur lequel il désirait insister auprès
à Dieu : nous pouvons en quelque sorte tout Lui dire, à cause de la
des saints, il peut faire un lien entre d’une part les conseils de Dieu les
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

confiance que nous avons en Son amour. Et il s’agit d’un accès « en con- dans les cieux et sur la terre ; afin que, selon les richesses de Sa gloire,
fiance », qui n’est pas limité à ce que nous exprimons, mais nous nous Il vous donne d’être fortifiés en puissance par Son Esprit, quant à
approchons de Lui, même sans qu’il y ait d’expression positive du cœur l’homme intérieur » (3:14-16). Nous sommes ici sur un terrain notable-
sous forme de prière formelle ; mais il y a la jouissance de la proximité, ment différent de celui du ch. 1, et je peux dire plus élevé. C’est l’une
l’« accès en confiance par la foi en Lui ». des deux grandes relations dans lesquelles Dieu est vis-à-vis de Christ,
et par conséquent vis-à-vis de nous. Car Dieu agit maintenant envers
« C’est pourquoi je vous prie de ne pas perdre courage à cause de
Christ, non seulement au vu de Sa personne, mais aussi au vu de Son
mes afflictions pour vous, ce qui est votre gloire » (3:13). C’est là un
œuvre. La conséquence en est que l’œuvre nous met effectivement
autre fruit pratique de cette vérité bénie. Nous avons vu plus haut com-
dans la même place devant Dieu que celle qui appartient à Christ
ment il introduit la révélation de l’Église en même temps que le fait
comme homme, — oui, à Christ comme homme ressuscité d’entre les
d’être prisonnier de Jésus-Christ. Au moment même où il était sous la
morts et dans le ciel. Je me garde soigneusement de dire que nous
main de la puissance de ce monde, avec la peine de mort comme suite
sommes tout ce que Christ est, car cela n’est pas vrai. Nous ne pourrons
éventuelle, le Seigneur se plait à dévoiler par le moyen de l’apôtre, l’ap-
jamais partager ce qui Lui appartient comme le Fils du Père, de toute
pel glorieux de l’Église. Il le leur rappelle encore une fois. Ils avaient pu
éternité. Ce serait impossible, et simplement en avoir l’idée, c’est déjà
être découragés par ses afflictions ; il dit, au contraire, vous ne devez
manquer de révérence. Aucune créature ne peut outrepasser les limites
pas perdre courage. La tribulation devrait plutôt être ce qui exerce et
qui la séparent de Dieu, et une créature renouvelée ne le désirerait
fortifie votre foi. En 2 Corinthiens 1, l’apôtre parle d’être « chargés ex-
même pas. Car en vérité, c’est la joie de la créature la plus élevée de
cessivement, au-delà de notre force, de sorte que nous avons déses-
rendre l’hommage le plus humble à Celui qui est au-dessus d’elle. C’est
péré même de vivre ». Mais les Corinthiens avaient besoin de consola-
pourquoi je ne doute guère que, parmi les anges de Dieu dans le ciel, le
tion, et alors lui la recevait de Dieu, et pouvait la leur communiquer.
plus élevé est celui qui montre la révérence la plus profonde. De même,
Maintenant c’était lui qui était sous la puissance du monde et en prison,
dans les choses terrestres, c’est le devoir évident de chacun de marquer
et c’est là que Dieu révèle la gloire de l’Église. Ils seraient, sans doute,
son respect vis-à-vis du souverain ; mais celui qui a la place la plus
appelés aussi à souffrir, et ils auraient à apprendre ce qu’était la tribu-
proche du souverain, a beaucoup plus d’occasions et d’obligation de
lation. Ainsi donc, dans la plénitude de sa propre jouissance de la vérité
faire preuve de ce qu’est le souverain à ses yeux. Il en est ainsi de nous
qui le rendait capable de se réjouir même dans ses afflictions, l’apôtre
maintenant dans les choses spirituelles.
les exhorte à ne pas perdre courage. L’Esprit de Dieu a uni les saints si
complètement ensemble, non seulement avec Christ, mais aussi l’un Dans cette portion donc, nous avons le second des deux grands
avec l’autre, que ce que Paul souffrait, était leur gloire, non pas la titres de Dieu en relation avec Christ et avec nous. Ce n’est pas ici,
sienne seulement. Ils avaient un intérêt commun en tant que comme au ch. 1, le Dieu, mais le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. Le
membres du même corps. Dieu de Christ présente davantage Christ comme l’homme glorieux, ce
qu’Il est, — l’homme glorifié dans la présence de Dieu, le centre de tous
[v.14-16] « C’est pour cela que je fléchis mes genoux devant le
les conseils de la puissance de Dieu, qui est déjà maintenant élevé au
Père de notre Seigneur Jésus-Christ, duquel est nommée toute famille
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

trône le plus élevé dans le ciel, toutes choses étant mises sous ses pieds. Toi, tu m’as envoyé, et que Tu les as aimés comme Tu m’as aimé »
Mais il est clair que Christ a ce qui est plus précieux pour Lui que tout (17:23). C’est là le but de la demande. Tous sont consommés [rendus
ce qui est mis sous Sa domination — Il a l’amour et les délices de Son parfaits] en un dans cette gloire (Jean 17:23), mais le résultat final de
Père en Lui. Nos cœurs eux-mêmes sont capables de le comprendre, et cette manifestation de gloire, c’est que le monde connaisse combien le
d’en jouir dans le Saint Esprit. En effet dans l’histoire de la plupart des Père les a aimés. Ainsi la gloire qui est vue, aussi bénie soit-elle, n’est
hommes, même quand le monde les a considérés comme les plus pas la fin de tout. L’amour existait avant la gloire. Je ne dirai donc pas
grands et les plus heureux, il arrive un moment où ils sont devant un qu’il y a de l’amour après qu’il y ait de la gloire, mais je dis néanmoins
vide que rien ne peut satisfaire. Mais dans le cas de Christ, la gloire ne que ce qui produit, donne, et maintient la gloire, est meilleur que la
sera pas comme une plante qui se flétrit par les manipulations de gloire elle-même. De plus, il n’y a rien dans les pensées de Dieu de plus
l’homme. Nous savons que dans Ses mains la gloire sera éclatante au- merveilleux que ceci, que Dieu puisse aimer des êtres tels que nous du
tant que sainte, parce que Dieu en sera entièrement l’objet ; et par même amour dont Il aime Son Fils. C’est ainsi, en effet, qu’Il nous
conséquent tout tournera à Sa louange ; comme il est dit, « tout genou aime ; je le sais pour moi-même, et je déshonore Sa Parole si je ne le
se ploiera et toute langue confessera que Jésus-Christ est Seigneur à sais pas. S’Il le dit, n’est-ce pas pour que je le croie, que je le reçoive
la gloire de Dieu le Père » (Phil. 2:10-11). Ni la possession de l’univers, dans mon cœur, et que j’en jouisse maintenant dans ce monde ? —
ni l’expulsion du mal, ni le juste jugement, ni le gouvernement béni de pour que je m’en serve constamment de bouclier contre tout ce que la
toute la création pour la gloire de Dieu, rien de tout cela ne pourrait chair, le monde et Satan peuvent insinuer contre moi ? Il nous aime
satisfaire le cœur. Certes il y aura en cela quelque chose du sel de l’al- comme Il L’a aimé. Ne dites pas que c’est là une pensée trop élevée. Je
liance éternelle de Dieu : le maintien continuel de la volonté et de la ne connais rien de si humiliant — rien qui nous convainque autant que
gloire de Dieu sera senti. Mais il y a quelque chose de plus doux que nous ne sommes rien — que ce fait, qu’étant tellement aimés, nous le
toute la puissance, aussi glorieuse et bien administrée soit-elle, et c’est sentions si peu ; qu’étant tellement aimés, nous le rendions si peu ;
ce que nous avons ici : L’amour du Père, il est au-dessus de tout. L’effet qu’étant tellement aimés, nous cédions aux soucis, aux vanités, aux
de la première prière (ch. 1) est de vous faire regarder en bas vers la pensées, aux recherches, en bref à tout ce qui n’est pas selon un tel
scène immense assujettie à Christ, et le faire est bien ce que Dieu veut. amour. C’est le délice, et si l’on peut dire, le désir de Dieu que les Siens
Mais l’effet de la seconde prière (ch. 3) est plutôt de faire regarder en entrent dans la grandeur de Son amour. Car ni la gloire, ni le sentiment
haut dans la jouissance de l’amour qui est le secret de la gloire : la gloire de la gloire, ni la confiance en la gloire, ni l’attente de cette gloire, ne
est l’effet et le fruit de l’amour, et elle démontre ce que l’amour a dû devraient suffire même pour des cœurs comme les nôtres. C’est une
être pour avoir donné une telle gloire. Même aussi bénie que soit la chose merveilleuse de penser que nous allons partager la gloire de
gloire, l’amour qui donne la gloire est encore meilleur et plus profond. Christ, mais c’est encore plus merveilleux que nous bénéficions du
même amour. Le même Dieu qui nous donne la gloire de Christ, veut
C’est pourquoi, quand notre Seigneur prie pour les saints en Jean
que nos âmes entrent déjà maintenant par le Saint Esprit, dans le par-
17, et qu’il dit : « La gloire que Tu m’as donnée, moi, je la leur ai don-
tage en commun de ce même amour — telle est la grande pensée
née » (17:22), quel en est le but ? « Afin que le monde connaisse que
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

centrale de cette prière. « C’est pour cela que je fléchis mes genoux saisit, et qui nous fait adorer encore plus Dieu et l’Agneau ; ainsi donc,
devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ ». lorsque le Fils bien-aimé du Père sortit du Jourdain où tous les autres
confessaient leurs injustices, et où Lui accomplissait toute justice — où
L’expression le Père de Christ correspond à cette relation qui ma-
Lui, qui n’avait aucune iniquité à confesser, ne voulait pas être séparé
nifeste l’amour, tout comme le royaume de Christ est liée à Sa gloire,
de ceux qui faisaient ce qui était convenable à l’égard de leurs injus-
qu’elle soit conférée ou humaine. Comme Père de Christ, Il va manifes-
tices, et reconnaissaient le Dieu dont les droits avaient été oubliés —
ter Son amour pour nous. Si nous considérons ce que Dieu fit pour
lorsque, sympathisant avec le sentiment de sainteté qui les y condui-
Adam, ce qu’était Son dessein à l’égard de l’homme, que ne fera-t-Il pas
sait, ce Fils bien-aimé voulut se trouver là avec eux — alors le Père
pour le dernier Adam, savoir Christ ? Or tout ce qu’Il fait pour Lui,
déclara : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plai-
l’homme béni et glorieux, Il veut nous le faire partager. Mais il y a plus
sir » (Matt. 3:17). C’était juste au moment convenable, et avec la sa-
encore. L’amour que le Père de notre Seigneur Jésus Christ Lui porte, Il
gesse la plus parfaite ; mais avec quel amour le Père prononça ces pa-
nous le porte aussi. Nous savons comment Il l’a exprimé lorsque Son
roles ! Celui qui Le servait comme Il n’avait jamais été servi auparavant
Fils était ici-bas — dans quels moments frappants Il a manifesté Son
— Celui qui Le glorifiait comme jamais Dieu n’avait été glorifié sur
amour — combien Il prenait soin que l’homme ne pût s’imaginer qu’Il
cette terre — Celui qui acheva l’œuvre que Dieu Lui avait donnée à
était indifférent à l’égard de Son Fils bien-aimé. Qu’Il ait permis la souf-
faire — Dieu allait-Il laisser paraître la moindre chose pouvant laisser
france ne prouve pas qu’Il ne l’aimait pas, bien au contraire : cela
supposer qu’Il détournait Son cœur de Lui ? Nous savons pourtant
prouve non seulement combien Il compte sur notre amour, mais com-
qu’au moment même où Il en a eu le plus besoin, quand tout était
bien aussi Il voudrait que nous ayons confiance en Son amour, — ayant
contre Lui, alors, pour couronner le tout, Dieu L’abandonna. Si le péché
cette confiance en Lui, que, malgré toutes les apparences, Il nous aime
devait être jugé et ôté pour toujours, il fallait qu’il fût jugé dans toute
comme Il aime Son Fils. Nous pouvons être exposés à tout ce que Satan
sa réalité. Dans la colère de Dieu contre le péché, il ne fallait aucun
peut disposer contre nous, mais ce n’est rien d’autre qu’être dans la
ménagement ni atténuation. Tout le jugement de Dieu tomba sur Lui.
même scène que celle que le Fils de Son amour a foulé de Ses pieds
L’œuvre était accomplie : le péché était ôté par le sacrifice de Lui-
avant nous. Quand les hommes auraient pu déduire de ceci ou cela, que
même.
Jésus n’était rien de plus qu’un autre homme, voyez comment Dieu Le
justifie. C’est ainsi qu’au baptême de Jésus par Jean le Baptiseur, il y a Et maintenant, tout l’amour que le Père avait pour cette Personne
eu quelque chose de plus que la tentative de Jean d’empêcher le Sei- bénie, peut découler vers nous sur la base de cette œuvre. C’est là que
gneur Jésus d’être baptisé, comme s’Il avait eu besoin de confesser l’Apôtre nous met, étant introduits dans la position de fils avec le Père ;
quelque chose, — car ce baptême était en lui-même une confession de et il fléchit les genoux devant « le Père de notre Seigneur Jésus-Christ,
péchés ; Jean a donc été surpris qu’il puisse y avoir même l’apparence duquel est nommée toute famille dans les cieux et sur la terre ». L’ex-
d’une confession de la part de quelqu’un comme Jésus ; or Dieu avait pression « toute la famille » [de la version autorisée du Roi Jacques] est
des pensées plus profondes, et Il permit qu’il se produise ce que l’in- embrouillée avec des notions populaires sur l’Église, comme si on sup-
crédulité pouvait dénaturer en une insinuation de mal, mais que la foi posait qu’une partie était dans le ciel, et une partie sur la terre. Mais la
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

vraie force du texte de Éph. 3:15 est « toute famille ». Ce n’est pas une J’ai parlé de ce sujet seulement en passant, pour illustrer, par con-
allusion à l’unité de l’Église. Au contraire, l’apôtre veut dire que, quand traste, la phrase « toute famille dans les cieux et sur la terre ». Lorsque
nous regardons au Père de notre Seigneur Jésus Christ, nous nous éle- Dieu se révélait dans une relation spéciale avec Israël, c’était comme
vons assez haut pour embrasser toutes les classes des créatures que l’Éternel. En Daniel, nous n’entendons pas parler de l’Éternel, mais du
Dieu a faites. Supposons que vous considériez Dieu comme Il se faisait Dieu des cieux, évidemment par opposition à Dieu se révélant sur la
connaître anciennement, c’est-à-dire comme l’Éternel en rapport avec terre à un peuple particulier auquel Il avait donné une terre et des pri-
Israël. Est-ce que « toute famille dans les cieux et sur la terre » était vilèges particuliers, qu’aucune autre nation ne partageait avec eux. Ils
comprise sous ce titre ? Aucune famille dans les cieux, et une seule fa- s’en vont après de faux dieux : Il prend Sa place dans les cieux, et re-
mille sur la terre ! Sous ce titre de l’Éternel, il y a une relation spéciale court à ce qui ne pouvait jamais être nié ; comme « le Dieu des cieux »,
dans laquelle Dieu se révèle aux Juifs. Il était leur Dieu dans un sens où Il dit qu’Il choisirait désormais qui Il voudrait ; Je prendrai justement le
Il n’était le Dieu d’aucun autre peuple. Comme Créateur, Il est le Dieu pire peuple dans le monde entier, et je lui donnerai l’empire de la
de tous ; ainsi, dans certains passages de l’Écriture, c’est le terme terre. C’est ainsi qu’Il choisit l’ennemi des Juifs — les Babyloniens. Si
« Dieu » qui est employé, et non pas « l’Éternel », parce qu’il est traité Dieu agit ainsi d’une manière souveraine, comme le Dieu des cieux, les
de certains affaires avec les Gentils. Mais quand il s’agit de l’ancien plus vils peuvent posséder le pouvoir ici-bas. Mais « il y a un Dieu qui
peuple de Dieu, il emploie le terme « l’Éternel ». Il y a plus : dans le se- juge la terre » (Ps. 58:11) ; et lorsqu’arrive le jour de le constater, c’est
cond livre des Psaumes, quand le Saint Esprit contemple les Juifs pieux au milieu de Son peuple qu’il agit comme l’Éternel. Vu de cette ma-
qui restent attachés à Dieu loin de Son temple, le mot saillant n’est plus nière, Dieu n’a qu’une seule famille, qui soit en relation d’alliance avec
« l’Éternel », mais « Dieu », car ils ne sont pas en mesure de jouir de ce Lui-même : « Je vous ai connus, vous seuls, d’entre toutes les familles
qui est donné spécialement à Israël. Il ne cessera jamais d’être Dieu ; et de la terre » (Amos 3:2). Mais ici nous avons le contraste. Il n’est pas
ils trouvent leur bénédiction en ce que, quoiqu’il arrive, Dieu ne peut se révélé simplement comme l’Éternel, qui a Israël comme peuple sur la
renier Lui-même. Ils sont en dehors du lieu spécial où Il a promis de les terre, mais comme « le Père de notre Seigneur Jésus-Christ ». Du mo-
bénir, mais Dieu est Dieu partout. De sorte que, s’ils étaient chassés de ment qu’Il parle selon une pareille relation, c’est expressément en as-
la Terre Sainte, et empêchés d’aller au temple pour adorer selon la loi, sociation avec Celui qui a fait toutes choses, comme il est dit aupara-
Dieu ne pourrait jamais cesser d’être Dieu. C’est le même principe de vant : « qui a créé toutes choses par Jésus-Christ » (*). C’est donc
grâce, que Christ voulut apporter à la pauvre femme Syrophénicienne ; toutes les créatures qui sont considérées, et qui trouvent leur vraie
car il nous faut toujours en venir à notre vraie position ; c’est d’ailleurs place avec Lui comme le Père, parce que le Seigneur Jésus est Celui qui
ce qui, en substance, se vérifie dans toute vraie conversion. Il me faut a créé toutes choses, et pour la gloire duquel tout a été créé. Ainsi
toujours être abaissé jusqu’à la vérité de ce que je suis, aussi bien que « toute famille dans les cieux et sur la terre », qu’il s’agisse de princi-
recevoir la vérité de ce que Dieu est : alors il n’y a pas de limite à la pautés et d’autorités, d’anges, de Juifs ou de Gentils, aussi bien que de
bénédiction. l’Église de Dieu, — toutes sont placées sous « le Père de notre Seigneur
Jésus-Christ ». Le titre de l’Éternel est restreint à une race particulière ;
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

celui de Père de notre Seigneur Jésus Christ est sans limite dans sa por- une vérité solennelle. Il n’y a rien de plus intolérant vis-à-vis du mal que
tée, et embrasse toutes les classes d’êtres que Dieu a faites. l’amour ; et en arrière-plan de l’évangile de Dieu, il y a la condamna-
(*) note Bibliquest : citation de Éph. 3:9, selon le Texte Reçu et la version tion éternelle de toute âme qui méprise Jésus, le Fils de Dieu. Il doit en
autorisée du Roi Jacques. être ainsi. Le même disciple qui a reçu de Dieu le privilège spécial de
Cela place l’Église dans une position bien remarquable, nous déta- présenter l’amour comme nul autre ne l’a fait, c’est lui qui présente la
chant de tout ce qui est local ou temporaire. Nous-mêmes pouvons mort éternelle de ceux qui refusent Son amour. C’est pourquoi il y a la
avoir la place la plus spéciale dans ce déploiement de la gloire divine, relation la plus étroite possible entre la révélation de la ruine sans fin
tout en continuant à avoir à faire à un Dieu et Père qui est proclamé de ceux qui méprisent Christ, avec l’amour qui présente la bénédiction
comme la source suprême de tout. Nous pouvons être, et nous sommes éternelle de ceux qui s’attachent à Lui. Cette universalité est ainsi in-
— si nous comprenons l’appel de l’Église — près de Lui, dans une place troduite : « Duquel toute famille dans les cieux et sur la terre est nom-
que nul autre ne peut partager, dans une proximité dont aucun des mée ».
anges ne jouit. J’entends par « nous », tous les membres de l’Église de [v.17-19] Mais, par grâce, il y a ceux qui auront ce qui est le plus
Dieu. Par grâce, nous avons une place d’association avec Christ devant spécial, le plus proche de Son cœur, au milieu de cette scène d’amour
Dieu dans laquelle n’entre personne d’autre. Mais comme Il se révèle et de gloire. Pour eux, la prière est « que selon les richesses de sa gloire,
en relation avec Christ comme le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, il vous donne d’être fortifiés en puissance par son Esprit quant à
de même Il introduit d’autres classes d’êtres qu’Il a créés dans le des- l’homme intérieur ; de sorte que le Christ habite, par la foi, dans vos
sein de leur donner des bénédictions selon la mesure qui leur convient. cœurs, et que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour, afin que
Il a manifesté l’Héritier et le Centre de tous Ses desseins, et il n’y a pas vous soyez capables de comprendre, avec tous les saints, quelle est la
une seule classe d’êtres faits pour Sa louange, qui ne soit mise à sa place largeur et la longueur, et la profondeur et la hauteur ». La prière du ch.
propre devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. C’est en contraste 1 demandait une compréhension profonde et vraie de leur position de-
avec la spécificité des Juifs, seuls possesseurs des privilèges que Dieu vant Dieu ; ici c’est plutôt en vue d’une puissance pratique intérieure
leur avait donnés en tant qu’Éternel. Le Père est l’Éternel, et Jésus l’est par le Saint Esprit. Au ch. 1 c’était, pour qu’ils puissent mieux connaître
aussi ; mais ce n’est pas ainsi que nous avons à faire à Lui, et utiliser ce leur place en Christ, quant à l’appel de la grâce et l’héritage de la gloire ;
nom n’est pas la manière intelligente de s’adresser à Lui. C’est devant au ch. 3 c’est pour que Christ ait Sa place dans leurs cœurs par la foi.
le Père de notre Seigneur Jésus Christ que l’apôtre fléchit les genoux En un mot, il est ici question d’un état présent, et d’affections occupées
ici. Nous devrions avoir la conscience que nous nous approchons de Lui de Christ au dedans, et d’être enracinés et fondés dans l’amour, pour
dans toute la proximité qu’un tel titre implique. De Son œil et de Son être parfaitement capables (car c’est là le sens) de comprendre ce qui
cœur, Il embrasse toute la création comme l’objet qu’Il veut bénir avec est en réalité sans mesure.
Christ. Mais il y a ceux qui ont rejeté Christ ; et souvenez-vous que ce
L’apôtre ne dit pas à quoi se rapportent la largeur, la longueur, la
même amour de Dieu pour Christ, qui se propose de bénir la création
profondeur et la hauteur ; il vous laisse là sans terminer la phrase. Il
par Christ, maintiendra Sa gloire contre ceux qui Le méprisent. C’est
vous amène dans l’infini. Je ne crois pas que cela veuille dire la largeur,
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

la longueur, la profondeur et la hauteur de l’amour de Christ. Le passage de connaître l’amour de Christ qui surpasse toute connaissance « afin
est souvent cité de cette manière, et la plupart du temps c’est ainsi que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu ». On ne
qu’on le comprend. Mais le « et » du verset suivant indique nettement peut pas plus arriver à la fin de l’amour, qu’à la fin de Dieu Lui-même.
un autre sens : — « et de connaître l’amour du Christ qui surpasse Rien n’est plus merveilleux qu’un tel désir pour nous, faibles créa-
toute connaissance ». L’amour du Christ est évidemment une pensée tures que nous sommes, « afin que vous soyez remplis jusqu’à toute la
additionnelle. Quel est alors le sens ? Si ce n’était pas trop hardi de plénitude de Dieu ». Or c’est bien pour les saints maintenant, que
compléter une esquisse que l’apôtre a laissée ainsi dans le vague, j’ose- l’apôtre priait. Il ne priait pas que nous sachions que nous sommes le
rais penser que ce qu’il met ici devant nous, — avec des marques si par- corps de Christ, la plénitude de celui qui remplit tout en tous, mais il
ticulières de grandeur indéfinie, — c’est le mystère dont il a parlé plus
priait pour un élargissement pratique de notre entrée par la puissance
haut, et certainement pas l’amour de Christ, qu’il rajoute aussitôt de l’Esprit dans la plénitude de Dieu. Ce qui est ici devant nous, c’est la
après. Il avait montré comment toute famille dans les cieux et sur la condition du cœur, et une croissance réelle dans la communion avec
terre est rangée sous Celui qui est le Père de notre Seigneur Jésus- Dieu. Combien cela est particulièrement approprié après l’exposé de la
Christ. En relation avec cela, il prie qu’ils soient capables de comprendre position, et avant les exhortations quant à la marche et à la conduite.
avec tous les saints « quelle est la largeur et la longueur, et la profon-
deur et la hauteur ». C’est en relation avec le dessein céleste de Dieu le [v.20-21] C’est pourquoi il poursuit ainsi : « Or à Celui qui peut faire
Père, autrefois un secret, mais maintenant dévoilé. Toutes choses ont infiniment plus que tout ce que nous demandons ou pensons ». Il ne
été faites pour la gloire de Son Fils — toute la création, céleste et ter- dit pas « infiniment plus que nous pouvons demander ou penser ». Le
restre ; et les saints auront la place la plus élevée avec Lui, au-dessus de Saint Esprit prend bien soin de ne pas le dire. Il y a quelque différence
tout le reste. entre ce que nous demandons ou pensons effectivement, et ce que
nous pouvons demander et penser. Il n’y a pas de limite à ce que nous
Mais il y avait encore quelque chose de plus profond que cela, et pouvons demander, sauf que Dieu est au-dessus de tout ce qui peut Lui
qui devait nécessairement être connu avec. C’est pourquoi il ajoute : être demandé ; cependant Il aime nous entendre demander toujours
« et de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance ; plus. Il voudrait nous exercer à demander plus abondamment.
afin que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu ». Aussi
glorieuses que soient toutes ces perspectives, qu’y a-t-il de comparable Par ailleurs, il y a la dépendance de Dieu, « selon la puissance qui
à son amour ? Le meilleur vin est gardé pour la fin. « Connaître l’amour opère en nous ». De quelle puissance s’agit-il ? C’est celle de Dieu, qui
du Christ qui surpasse toute connaissance ». L’expression peut paraître demeure Lui-même en chaque chrétien. C’est Dieu Lui-même qui, de
paradoxale, mais c’est un paradoxe béni. L’apôtre ne veut pas dire que tout saint, de tout chrétien, fait maintenant Son temple. Aussi faible et
nous arriverons à connaître cet amour parfaitement ; mais il peut y avoir pauvre que soit le croyant, envisagé comme il est, quel est l’état dans
progrès dans la connaissance de ce qui surpasse toute connaissance. Il lequel Dieu ne puisse pourtant pas l’amener ? Il est le temple de Dieu.
suppose que nous sommes lancés sur cette mer sans rivage : nous ne Dieu sera toujours au-dessus de lui, plus haut que tout ce que l’homme
pouvons jamais atteindre l’extrémité de Son amour. Cependant il parle attend de Son amour ; mais ce que dit l’apôtre tient compte de ce qu’il
y a une puissance qui opère en nous maintenant, aussi bien qu’une
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

puissance qui a opéré pour nous, et à laquelle nous ne pouvons fixer exactement la même chose qui est appelée ici l’Église. Dieu habitant
aucune limite. Quant à la puissance qui a opéré pour nous, nous l’avons dans l’Église, prendra Sa place avec les hommes ; de sorte que la de-
vu au ch. 1. C’est la puissance qui a ressuscité Christ d’entre les morts. meure particulière de Dieu dans l’Église se poursuivra, même quand la
Oui, c’est la même puissance qui a opéré envers nous, qui nous a res- scène sera devenue la scène éternelle.
suscités de notre état de mort, et qui a ressuscité Christ d’entre les Quand les cieux et la terre s’en seront allés, après le grand trône blanc,
morts. Mais maintenant Il va plus loin, et nous signale la puissance qui et lorsque tous les saints auront leur corps de résurrection, alors non
opère en nous, pour nous faire entrer dans Son amour et dans la pléni- seulement Dieu sera en face des hommes, mais « l’habitation de Dieu »
tude de Dieu. Nous souvenons-nous que ceci est justement ce en quoi [ou : le tabernacle de Dieu] descendra pour être avec les hommes —
nous manquons le plus ? Car il y a bien des âmes qui prouvent constam- Dieu demeurant avec eux dans Sa propre habitation [Son propre ta-
ment combien elles pensent peu à cette puissance — combien elles sont bernacle], laquelle ne peut guère être autre chose que ce qui est ici
enclines à murmurer, et à être affligées par ce dont elles devraient jus- appelé l’Église. De sorte que l’Église, même dans l’éternité, quand tous
tement bénir Dieu, si elles avaient seulement le sentiment de Son les ennemis et toutes choses seront assujettis, jouira du doux et mer-
amour. veilleux privilège d’être l’habitation ou la demeure de Dieu.
« Or à Celui qui peut faire infiniment plus que tout ce que nous Quelles gens devrions-nous donc être en sainte conduite et en piété !
demandons et pensons, selon la puissance qui opère en nous, à Lui (2 Pier. 3:11).
gloire dans l’assemblée, dans le christ Jésus, pour toutes les généra- Ainsi il y a dépendance à l’égard de Dieu, mais il s’agit de Celui qui
tions du siècle des siècles ! Amen ! » Quel point de vue spécial sur peut nous bénir sans limite, « selon la puissance qui opère en nous ».
l’Église ici ! Il donne à entendre qu’il n’y aura jamais de temps où
Chapitre 4
l’Église n’aura pas sa propre place particulière. Non seulement il est vrai
que les saints doivent être merveilleusement introduits dans l’amour de [v.1-16] Avant d’entrer dans le sujet des dons pour le ministère, qui
Christ et la plénitude de Dieu, par Sa puissance qui opère en nous main- nous est présenté plus loin dans ce chapitre, le Saint Esprit s’arrête un
tenant ; mais il apparaît aussi, que dans tous les âges à venir, il n’y aura peu sur l’unité qui appartient maintenant aux saints de Dieu en Christ.
jamais de période de temps sans un caractère de relation unique et béni Il était nécessaire que cette unité fût posée comme une grande plate-
entre l’Église comme telle, et Dieu Lui-même — « le Dieu et Père de forme sur laquelle, et en rapport avec laquelle, le ministère s’exerce.
notre Seigneur Jésus-Christ ». Ceci est confirmé par la belle scène Car le ministère met en avant des membres individuels de Christ, plutôt
d’Apocalypse 21, où nous n’avons plus ni nations, ni rois, mais Dieu avec que le corps dans son ensemble. En effet, bien qu’on affirme couram-
les hommes. Il n’y est pas simplement dit : « Voici, Dieu est venu de- ment que l’Église enseigne, c’est en réalité entièrement dénué de fon-
meurer avec les hommes », mais il est parlé de Son habitation [ou : Son dement. C’est même cette notion qui conduit à la prétention à l’infailli-
tabernacle]. Ce n’est pas seulement que Dieu daignera alors demeurer bilité, dont l’expression se trouve ouvertement dans le Romanisme. La
avec les hommes, mais il est dit que « l’habitation [le tabernacle] de vérité est que l’Église n’enseigne jamais, mais qu’au contraire, elle est
Dieu est avec les hommes » (Apoc. 21:3). Il semble que c’est le corps qui est enseigné. Un corps qui enseigne, cela n’existe pas. Sans
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

doute, l’Église renferme en son sein les ouvriers que le Seigneur em- d’autre part, en relation avec cette unité, vous avez le ministère à
ploie ; mais elle est elle-même le labourage de Dieu (1 Cor.3:9), la scène l’œuvre, ministère qui appartient à des membres en particulier, plutôt
où Dieu travaille afin de produire du fruit pour Lui-même. C’est une qu’à l’Église comme ensemble. Les dons sont dans quelques-uns, et ap-
vérité importante en pratique, parce qu’elle détruit toute prétention partiennent à quelques-uns, pour le bien de tous.
qu’aurait l’Église à créer, ou même à définir des doctrines. L’Église est Cela divise la première partie du chapitre [v.1-15] en deux sous-par-
appelée à être la colonne et le soutien de la vérité (1 Tim.3:15) ; elle est ties. Dans les premiers versets, jusqu’à la fin du verset 6, nous trouvons
tenue de veiller, par le moyen d’une sainte discipline, à ce que rien de plutôt l’unité de l’Esprit ; à partir du verset 7, la diversité des membres
contraire à la vérité ne soit toléré en son sein : l’assemblée de Dieu ne de Christ.
peut pas se soustraire à cette responsabilité. Ceci concerne l’ensemble
de la communauté chrétienne, qui devrait être le corps qui présente sur [v.1-6] Remarquez bien, tout d’abord, que le Saint Esprit est passé
terre la vérité devant les hommes, et au sein de laquelle il faut venir si, maintenant sur le terrain des exhortations. Après avoir eu de la doc-
après avoir cru à la vérité, on veut agir en s’y conformant, — mais d’un trine dans les trois premiers chapitres, nous arrivons maintenant à la
autre côté, le moyen dont Dieu s’est plu à se servir pour répandre Sa pratique. « Je vous exhorte donc, moi le prisonnier dans le Seigneur, à
vérité et atteindre par elle les consciences, ce sont des membres indi- marcher d’une manière digne de l’appel dont vous avez été appelés ».
viduels de son Église, qui ont la qualification appropriée. La puissance Cet appel comprend plus particulièrement deux parties.
pour enseigner dépend du don conféré par la grâce souveraine. Il ne 1. D’abord, les saints, — tous ceux qui connaissent le Seigneur Jésus
s’agit nullement d’un droit abstrait selon lequel tout homme pourrait maintenant, — forment un seul corps en Lui.
enseigner ou prêcher, s’il en a envie. Il n’y a pas de telle licence dans 2. En second lieu, ceux-ci sont l’habitation de Dieu par l’Esprit.
l’Église de Dieu. Le Seigneur Jésus a le droit d’appeler et de communi- Ainsi donc, bien que l’assemblée de Dieu soit un corps sur la terre, elle
quer la puissance dans le Saint Esprit, comme Il lui plait. L’Église n’est est pourtant fondée sur des privilèges célestes, — le corps de Christ
pas une société d’hommes ayant des vues particulières sur tel ou tel nous montre plutôt notre état de bénédiction collectif, tandis que l’ha-
sujet ; encore moins est-elle le rassemblement du monde pour former bitation de Dieu par l’Esprit place plutôt devant nous la responsabilité
un seul tout. C’est l’assemblée de Dieu, composée de ceux qu’Il appelle, d’avoir Dieu habitant au milieu de nous. Il est évident que les vrais en-
et dans laquelle Il habite. Ceci est vrai à l’égard de l’ensemble, et il est fants de Dieu eux-mêmes n’entrent que très faiblement dans ces deux
vrai également qu’il appartient à Dieu, que c’est Dieu qui le forme et le choses. Quand ils entendent parler du corps de Christ, leur idée ne dé-
protège, et qui y maintient Sa sainteté et Sa gloire ; — pareillement, passe guère le fait d’être pardonnés, d’être enfants de Dieu, et d’aller
tout ceci est vrai par rapport au ministère, qui est une fonction très au ciel. Or tout cela n’est qu’une bien faible partie de tout ce que le
importante maintenue dans des membres particuliers de l’Église. Au- corps de Christ implique ! Beaucoup de vrais croyants pensent que
trement dit, il y a d’une part l’unité que les croyants possèdent mainte- cette notion de corps signifie un assemblage de ceux qui sont réconciliés
nant dans le Christ Jésus, en vertu de laquelle l’assemblée de Dieu existe avec Dieu — les objets de Sa faveur, ceux qui ne sont pas laissés pour
— l’unité commune de bénédictions dans laquelle tous les croyants sont mourir dans leurs péchés. Or on pourrait avoir tous ces privilèges, sans
placés maintenant, et qui forme, si je puis dire, l’assise de tout. Mais posséder aucun des traits caractéristiques du corps de Christ, ni de
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

l’habitation de Dieu par l’Esprit. Il aurait été tout à fait possible, s’il spéciale de faveur que le peuple Juif avait possédée jusque là. Dieu a
avait plu à Dieu d’arranger les choses ainsi, que les chrétiens soient des effacé Lui-même la frontière séparant Israël des Gentils ; et au lieu de
enfants de Dieu, conscients de leur rédemption, connaissant leur rela- faire d’Israël le canal unique de Ses promesses, l’ère de bénédiction
tion de fils, attendant d’être glorifiés avec Christ dans le ciel, sans jamais s’est au contraire tournée franchement et visiblement vers les Gentils.
être pourtant unis ensemble en un seul corps en Christ, et sans avoir Il rassemble d’entre les Juifs et les Gentils un peuple pour Son nom
Dieu habitant au milieu d’eux par la présence spéciale du Saint Esprit (Actes 15:14), et unit ensemble les élus d’entre eux tous, ceux qui
envoyé du ciel. C’est un privilège rajouté en plus et au-dessus de la croient en Christ, pour les mettre en possession de privilèges nouveaux
rédemption par le sang de Christ. Cela est si vrai, que dans tout l’Ancien qui n’avaient jamais été goûtés auparavant d’une manière semblable,
Testament, on ne trouve jamais mention des saints de Dieu comme ni à un pareil degré.
étant membres du corps de Christ, une habitation de Dieu par l’Esprit. Un trait bien remarquable de la bénédiction, c’est que la distinc-
Mais il y a plus. Les prophètes sont remplis de la scène glorieuse tion entre Juif et Gentil est finie. À la croix, ils se sont unis dans la mé-
qui se déroulera sur la terre quand le Seigneur renversera la puissance chanceté devant Dieu ; mais à quoi Dieu s’en sert-Il ? C’est comme s’Il
de Satan. Le temps vient où le mal ne sera plus laissé impuni, et le bien disait : Je vais justement prendre cette croix dont l’homme a fait la
ne souffrira plus ici-bas. Quand ce jour sera là, il est clair selon l’Écriture scène de sa rébellion outrageante contre Moi — cette croix qui a
que Dieu aura bien un peuple à Lui sur la terre, mais qu’ils ne seront prouvé que mon ancien peuple est devenu violent dans son hostilité
pas unis ensemble en un seul corps, ni ne formeront Son habitation contre Moi dans la personne de Mon Fils ; et Je vais faire de cette croix
par l’Esprit. Il est parlé de l’appel spécial dont nous sommes appelés le pivot d’une bénédiction plus riche et plus complète que tout ce que
entre les deux venues de Christ, entre la grâce déjà apparue et la gloire des croyants ont jamais pu espérer dans ce monde auparavant. Ainsi,
qui va apparaître (Tite 2:11-13). Considérons en effet ce qu’est le corps comme la croix a été le point de ralliement de Satan pour rassembler
de Christ — je ne veux pas dire, bien sûr, Son corps comme celui dont il les hommes dans une union impie contre Dieu et contre Son Fils, ainsi
est dit qu’il est à Lui personnellement, mais Son corps, comme composé aussi Dieu fait de la croix le centre précieux où Il rassemble les Juifs et
de ceux qui croient en Christ maintenant, et comme une expression qui les Gentils qui croient en Son Fils, pour les former en un corps nouveau,
s’applique à eux — cette personne morale ou corps spirituel dont font où toutes les distinctions de ce genre sont effacées à jamais. Or si Dieu
partie tous les vrais saints de Dieu qui se trouvent maintenant sur la s’est plu à appeler un peuple pour le faire sortir dans le but de donner
terre, ou qui s’y sont trouvés depuis la Pentecôte. Quelles sont les bé- un témoignage pratique à cette nouvelle manifestation de Son amour,
nédictions qui constituent ce corps ? Qu’est-ce que le Saint Esprit veut qui s’y opposera ? La loi est juste, et ce serait faire outrage à Dieu que
dire par le fait d’être membre de ce corps ? Je réponds : La croix étant de jeter la moindre flétrissure sur les dix commandements, mais s’il de-
le témoin et l’expression de la culpabilité des Juifs plus particulièrement meure vrai que le commandement est saint, juste et bon (Rom. 7:12),
(la culpabilité est celle de tous les hommes en général sans doute, mais la grâce introduit quelque chose de meilleur et de plus élevé. Il est
tout spécialement celle des Juifs), la croix, dis-je, a fourni à Dieu l’occa- juste, bien sûr, si j’agis bien, que j’en sois récompensé ; mais n’est-ce
sion de faire disparaître entièrement, pour le temps présent, la position pas plus béni si, en faisant bien, je souffre, et je l’endure avec patience
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

(1 Pier. 2:20) ? C’est là la grâce, une chose digne de louange devant dévoile des privilèges jamais goûtés auparavant, et en rapport avec la-
Dieu, et le principe pratique sur lequel Il appelle maintenant Ses enfants quelle Il attend des fidèles une marche d’une manière qu’Il n’avait
à agir. Ce n’était pas là la règle publique de gouvernement au temps de même jamais demandée aux saints d’autrefois.
l’Ancien Testament, mais juste le contraire. Dieu se contredit-Il donc ? Il y a sans doute certains principes clairs et bien établis, qui restent
Loin de là. Dieu peut agir d’une certaine manière avec le peuple Juif, et toujours obligatoires. Dieu n’approuvera jamais le mensonge, ni la con-
Il peut ensuite établir un autre principe d’action avec les chrétiens. Qui voitise, ni la méchanceté : aucune dispensation ne peut neutraliser ou
peut en effet nier qu’Il l’ait fait ? Le Juif aurait été coupable d’un grave affaiblir les grandes distinctions morales entre le bien et le mal. Mais
péché, s’il n’avait pas été circoncis ; et je crois que, pour ce qui concerne le Dieu qui a opéré en puissance sur la terre pour protéger Son peuple,
la terre, dans le jour de gloire à venir, les Juifs auront leur terre, leur
et qui l’aurait protégé s’il avait été fidèle sous la loi, c’est Lui maintenant
ville, leur sacrificateur, et leur temple, etc. La volonté de Dieu à l’égard qui, au contraire, appelle Son peuple à souffrir en grâce. Le même Dieu,
des Juifs restera inchangée en substance. Je trouve dans les prophéties qui mettait Israël à l’abri et les fit traverser la mer Rouge, et qui a em-
un état de choses non encore accompli, alors que toutes ces ordon- pêché qu’aucune puissance du monde n’obtienne la suprématie univer-
nances extérieures de Dieu seront, elles, accomplies. Faut-il ne pas selle sur la terre avant qu’Israël se soit montré infidèle, c’est Lui qui, plus
croire Dieu tant que ces prophéties ne sont pas réalisées ? Ce n’est pas tard, quand Israël s’est montré entièrement indigne, a permis qu’ils
ainsi qu’on traite la parole d’un homme de bien. Mais si nous recevons soient renversés par Babylone, la pire des puissances des Gentils. Les
le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand (1 empires se succédèrent ensuite les uns aux autres, jusqu’à ce que fina-
Jean 5:9). Si quelqu’un reçoit les livres de Samuel et des Rois, et ne croit lement, au temps des Romains, les Juifs et les Gentils se réunirent pour
pas Ézéchiel ou Osée, c’est qu’il traite Dieu comme vous ne traiteriez crucifier le Seigneur de gloire. Le sort du monde a été alors scellé, et le
pas un homme ordinaire. Mais si je crois tout ce que Dieu a dit, il existe glas de son jugement se faisait entendre de la croix de Jésus. Si Dieu
des principes divins spéciaux pour les Juifs, qui restent encore à accom- avait agi alors d’après des principes de justice, on se serait attendu à ce
plir par le Messie dans Son règne en puissance, lorsque le diable sera que l’univers de Dieu soit aussitôt bouleversé, et qu’au moins Jérusalem
lié. Dieu accomplira tout ce dont Il a parlé dans les prophètes aux jours et Rome soient détruites dans l’ardeur de Son indignation. Or les choses
où les cieux domineront sur la terre. Or, en attendant, le Messie promis se sont passées tout autrement. Le ciel s’est ouvert, mais pour recevoir
pour introduire cette gloire, est venu et a été rejeté. Au lieu d’avoir un Jésus le crucifié, non pas pour juger Ses meurtriers ; le ciel s’est encore
trône, il a eu la croix ; et bien loin de prendre la terre pour héritage, il ouvert pour envoyer d’en haut le Saint Esprit sur la terre, afin de for-
en a été chassé et est monté au ciel. Comme conséquence, un nouvel mer, par grâce, ce corps nouveau, l’Église de Dieu, c’est à dire pour
état de choses a débuté, totalement différent de celui envisagé en gé- introduire ces vils meurtriers de Jésus, — si seulement ils Le reçoivent,
néral dans les prophéties, et dont le Nouveau Testament donne la ré-
— dans une position de bénédiction dont personne n’avait jamais
vélation. Dans cette révélation du Nouveau Testament, on trouve ce goûté ni connu auparavant ni la largeur, ni la longueur, ni la profondeur
qui correspond à quelques maigres indications ça et là dans l’Ancien ni la hauteur. C’est cela la grâce. « La loi a été donnée par Moïse ; la
Testament, mais en même temps elle introduit, comme un tout, une grâce et la vérité vinrent par Jésus-Christ » (Jean 1:17). L’évangile de la
scène qui fait un tout, une scène sans égal ni avant ni après, où Dieu
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

grâce de Dieu est annoncé, mais il ne se borne pas à sauver des âmes aucune position ne peuvent justifier ceux qui semblent penser que l’ex-
— il les rassemble, il les unit à Christ, il en fait les membres de Christ et hortation à la douceur et à l’humilité n’a pas lieu d’être dans leur cas.
les membres l’un de l’autre. L’ancienne position privilégiée des Juifs a D’un autre côté, il faut prendre garde à ce que la douceur ne soit pas
disparu ; les privilèges lévitiques sont complètement éclipsés en ce qui que dans la manière d’être, et que l’humilité ne soit pas qu’en paroles,
concerne l’Église. Les Gentils étaient enfoncés dans l’idolâtrie, et les car Dieu recherche la réalité en nous. Trop souvent l’humilité en pa-
Juifs étaient satisfait d’eux-mêmes sous une loi divine qu’ils ne gar- roles ne fait que couvrir l’orgueil le plus profond, et on parle beaucoup
daient pas. Mais, par la foi en Christ, Juifs et Gentils sont introduits par d’amour et d’esprit de Christ là où il y en a le moins. Gardons-nous des
le moyen de l’Esprit dans ce seul corps, et ils adorent Dieu sur le même vaines apparences.
terrain commun, celui de la grâce. Ils sont « édifiés ensemble, pour
Supposons qu’il y ait chez d’autres des choses que vous ne pouvez
être une habitation de Dieu par l’Esprit » (2:22). C’est là « l’appel dont
pas laisser passer, comme étant contraires à la pensée de Dieu, — com-
nous avons été appelés » (4:1).
ment agir ? Sans doute, si c’est nécessaire, il faut la parole de répréhen-
« Je vous exhorte donc, moi le prisonnier dans le Seigneur » etc. sion exprimée comme il convient. Mais il faut aussi la « longanimité » ;
Il attire de nouveau l’attention sur cette cicatrice honorable due à l’ini- et s’il y a un cas qui requiert spécialement la longanimité, c’est bien
mitié du monde, parce qu’il est en train de faire ressortir d’une manière lorsque le mal nous touche nous-mêmes. Il ne faut pas tolérer le mal
pratique ce qui résulte dans ce monde de cette inimitié, même pour le contre le Seigneur ; mais quand c’est à nous qu’il est fait tort, la longa-
plus grand serviteur de Dieu qui ait jamais vécu (le plus grand après nimité est le mot d’ordre, « vous supportant l’un l’autre dans l’amour,
Christ). Après tout, il était le prisonnier du Seigneur. N’est-ce pas un vous appliquant à garder l’unité de l’Esprit dans (*) le lien de la paix ».
honneur merveilleux ? Il n’y avait point de chariots de feu pour l’entou- Le chrétien n’a pas seulement à nourrir des sentiments de grâce et pa-
rer, comme avec Élie ; pas de puissance mise en avant pour le préserver. tience humbles, mais aussi la diligence spirituelle avec laquelle il est ap-
Il souffrait de la part du même empire qui avait crucifié le Seigneur de pelé à tenir ferme ce qu’il y a de plus précieux et divin ici-bas.
gloire ; et depuis sa prison, il encourageait les saints à marcher d’une
(*) note Bibliquest :
manière digne du même appel ! Même maintenant le monde a affaire a) J.N. Darby traduit « par le lien de la paix », mais il met en note la traduction
à plus fort que lui : que sera-ce à la venue de Christ ? alternative « dans le lien de la paix ». Nous avons partout laissé la traduc-
tion choisie par W. Kelly sur ce point.
Néanmoins il est ajouté : « Avec toute humilité et douceur, avec b) En ce qui concerne « vous appliquant à garder », WK traduit plusieurs fois
longanimité, vous supportant l’un l’autre dans l’amour ». Il y avait le « étant diligent pour » au lieu de « vous appliquant à », — et « maintenir »
danger du contraire : les saints peuvent faire mauvais usage des privi- au lieu de « garder ». Ces variantes n’ont guère été retenues, car elles n’ont
pas paru significatives.
lèges spirituels pour s’enfler d’orgueil. Il traite donc ce point, et leur
montre le seul genre qui convient à un chrétien : « avec toute humilité « Vous appliquant à garder l’unité de l’Esprit dans le lien de la
et douceur ». C’est une bénédiction de trouver du zèle, mais comment paix ». Combien l’Écriture est parfaite ! Elle ne dit pas : « l’unité du
racheter une marche qui manque d’humilité et de douceur ? Il y a un corps », bien qu’elle y soit inclue. S’il avait été dit : « l’unité du corps »,
temps pour être ferme, et un temps pour céder ; mais aucun don ni les hommes auraient pu construire (comme ils l’ont fait en réalité) une
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

institution extérieure, et faire que ne pas s’en séparer soit une question communiquer Ses pensées. Ce qu’on a à faire, c’est de cesser de se
de vie ou de mort. Or ce que le Saint Esprit demande à ceux qui appar- mettre en travers, pour que la lumière de Dieu puisse illuminer le cœur
tiennent à Christ, c’est de s’appliquer (avec tout le sérieux nécessaire), de Ses enfants. Les hommes, avec l’importance qu’ils se donnent, se
non pas à faire, mais « à garder l’unité de l’Esprit ». Il s’agit de quelque font recouvrir de leur ombre obscure, eux-mêmes et les uns les autres ;
chose déjà formé par l’Esprit, que nous avons à maintenir, et à nous y ils empêchent ainsi la communication de la vérité divine, au lieu de l’ai-
conformer. Ce n’est pas simplement qu’il faille avoir des sentiments der. À l’inverse, quand un serviteur de Christ a le désir que Dieu con-
d’amour envers les autres chrétiens. On peut trouver cela dans mille duise et fortifie Ses enfants, est-ce en vain ? Jamais. Dès l’instant où
associations ou corps les plus divers, mais même en faisant très atten- vous commencez à rassembler des gens autour d’une personne, d’un
tion à cela, ce ne serait pas garder « l’unité de l’Esprit ». Qu’est-ce que point de vue ou d’un système particuliers, vous ne faites que former
cela veut donc dire ? L’unité du Saint Esprit, qui est déjà formée, em- une secte. Car c’est un parti, même si l’on englobe beaucoup de
brasse tous les membres de Christ. Où va-t-on trouver les membres de membres de Christ ; en effet ce qui forme la base de l’union n’est pas
Christ ? En un sens partout, Dieu merci ; dans un autre sens, hélas ! Christ, mais des points de différence, qui deviennent un signe d’identi-
n’importe où. Partout où Christ est prêché et où des âmes L’ont reçu, fication spécial et un moyen de séparer les enfants de Dieu les uns des
là il y a Ses membres. Qu’avons-nous alors à faire ? À nous appliquer à autres. L’Église apostolique n’a jamais récusé la foi d’un nouveau con-
maintenir l’unité qui embrasse tous ceux qui appartiennent à Christ — verti par rapport à un système national ou une dissidence — elle n’a
« dans le lien de la paix ». La paix dont il est parlé ici n’est pas tant celle jamais demandé : Croyez-vous à l’épiscopat, au volontarisme (*), ou
de nos âmes avec Dieu, mais plutôt la jouissance et la contribution à même à l’Église de Dieu ? La vraie question — celle qui glorifie Dieu, a
l’avancement de l’union pratique parmi les saints de Dieu. La chair est toujours été et demeure : Croyez-vous au Christ de Dieu ? Il est vrai
inquiète et remuante ; un esprit paisible est le fruit du Saint Esprit, et que dans les temps primitifs, si quelqu’un confessait Christ, il était re-
contribue puissamment à lier les cœurs ensemble dans la pratique. L’Es- jeté des Juifs et des Gentils, et devenait un objet d’inimitié pour tout
prit de Dieu ne s’occupe pas simplement de donner des opinions justes le monde ; ceci contribuait beaucoup à dissuader les gens de confesser
sur tel ou tel point : Il a des desseins plus profonds. Il incline les âmes Christ, à moins de croire réellement en Lui. Si quelqu’un avait reçu le
vers Christ, et Il L’exalte à leurs yeux. Mais c’est assurément précieux Saint Esprit sur le principe de l’ouïe de la foi (Gal. 3:2), il était immédia-
d’amener ne serait-ce qu’une seule âme des ténèbres à la lumière tement membre du seul corps, et reconnu comme tel.
(Actes 26:18), ou de la pénombre à la pleine clarté : c’est à cela que Dieu (*) note Bibliquest : ce mot désigne ici le principe de rassemblement des dissi-
Lui-même travaille maintenant. Nous ferons bien de tenir ferme notre dents — ceux qui refusaient l’Église nationale — ce principe étant la séparation
liberté pour Christ, et de ne pas permettre les barrières introduites par de l’Église et de l’État et le soutien de l’Église par des contributions volontaires.
les hommes, mais de les traiter comme nulles et non avenues. Pourquoi cela ne ferait-il pas autorité maintenant ? La sagesse de
Mais alors, dit-on souvent, tout homme a droit à son jugement par- Dieu ne me suffit-elle pas ? Voudrais-je un supplément à la Parole de
ticulier. Je le nie totalement. Personne n’a droit à une opinion dans les Dieu, ou agir sans elle ou contre elle ? Il n’y a pas secte, si vous agissez
choses divines ; Dieu seul, et de manière absolue, a le droit de selon les pensées de Dieu ; mais il y a secte si vous vous en écartez. La
question est donc : Quelle est l’intention de Dieu au sujet de Son
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

Église ? Comment veut-Il que nous nous réunissions ! Est-ce que je Quand nous pensons que cette unité est formée par le Saint Esprit,
veux recevoir tous les vrais chrétiens — ceux que tous croient être con- n’est-ce pas une pensée solennelle ? Ne devrions-nous pas être en
vertis ? Sans doute il y a la nécessité de les mettre dehors, s’ils montrent garde contre tout ce qui L’attristerait ? Notre Seigneur attachait une
qu’ils ne le sont pas ; car il ne peut exister de cas de mal en dehors de importance spéciale à ce qui touchait au Saint Esprit ; c’est ce que nous
ceux auxquels la Parole de Dieu s’applique, en sorte qu’il n’y a pas le ferons, si nous sommes sages. Si le Saint Esprit est ici dans ce but sur la
moindre besoin d’une quelconque règle ou règlement des hommes. À terre, Il devient un test divin pour les âmes, qui détermine si elles sont
moins d’être spirituels, les hommes ne gardent pas longtemps l’unité prêtes à L’honorer ou non. Mais certains vont vous dire : Si vous rece-
de l’Esprit ; ils trouvent bientôt d’abondantes raisons pour censurer. vez tous les chrétiens, sans exiger d’eux de gage pour l’avenir, vous
Mais ceux qui tiennent solidement et fermement à Christ, en tant que allez tacitement ou même ouvertement, accepter des Sociniens, ou des
centre de l’unité de l’Esprit, ne sont pas une secte, et ne peuvent jamais Ariens. Or je ne reconnais pas du tout ces gens comme des chrétiens ;
en devenir une, quels que soient les schismes, divisions ou hérésies de et vous ? Quel est le fondement de l’Église ? « Et vous, qui dites-vous
leurs adversaires. C’est très douloureux que des âmes s’en aillent dans que je suis ? » (Matt.16:15) disait notre Seigneur dans le chapitre même
un chemin qui les condamne elles-mêmes, mais c’est d’autant plus béni où pour la première fois Il annonçait qu’Il allait bâtir son Église. « Tu es
pour ceux qui, malgré tout, ont la foi, la patience et la grâce pour rester. le Christ, le Fils du Dieu vivant », dit un des disciples. Que lui répond
L’apôtre dit, en écrivant aux Corinthiens : « Il faut aussi qu’il y ait des notre Seigneur ? « Tu es Pierre, et sur ce roc je bâtirai mon assem-
sectes parmi vous, afin que ceux qui sont approuvés soient manifestes blée ». C’est pourquoi, on doit être tout à fait fermes et stricts quand
parmi vous » (1 Cor. 11:19). C’étaient dans ce temps là, les hommes qui on s’occupe des âmes, pour s’assurer qu’en action et en vérité (1 Jean
demeuraient attachés au Seigneur de tout leur cœur. Que cela puisse 3:18) elles croient et confessent la gloire divine du Seigneur Jésus
être aussi vrai de nous maintenant ! Je nie que la Parole de Dieu ne s’ap- Christ. Si l’âme fait le moindre compromis sur ce sujet, il y a lieu d’être
plique plus, ou que je sois en quelque manière obligé de pécher main- dans le doute à son égard. Vous n’avez aucune base pour recevoir
tenant plus qu’alors. L’unité de l’Esprit que les Éphésiens devaient gar- comme chrétien quelqu’un qui touche à la pureté, à la gloire, ou à l’in-
der, c’est l’unité que Dieu met sur tous Ses enfants. Si la Parole a régé- tégrité de la personne de Christ. L’Église est fondée sur Christ, le Fils
néré mon âme par le moyen du Saint Esprit ; si par elle je connais mon de Dieu : si ce roc est ébranlé, tout s’en va. « Si les fondements sont
Sauveur et mon Père ; si je suis redevable à cette Parole d’avoir en elle détruits, que fera le juste ? » (Ps. 11:3). Toucher à Christ, c’est toucher
le moyen que Dieu emploie pour purifier mon âme jour après jour, — à la base même sur laquelle l’Église de Dieu repose.
puis-je dire que, dans l’assemblée de Dieu, où Dieu habite par l’Esprit, Par contre, quand une âme confesse Christ en réalité et en vérité,
il n’est pas nécessaire que je me conforme à cette Parole en tant que qu’elle Le confesse d’une manière qui se recommande à votre cons-
membre du corps de Christ ? Si mon âme reconnaît l’autorité divine de
cience comme étant une manière divine, recevez-la ; car Dieu l’a reçue.
cette Parole, je suis assuré de mon malheur si je ne cherche pas à la Ce peut être un Baptiste ou un Pédobaptiste : n’importe, recevez-la. Si
suivre en tout. Dieu nous appelle à nous appliquer à garder « l’unité de cette personne vit dans le péché, ai-je besoin de dire que Christ et
l’Esprit dans le lien de la paix ». Ce n’est pas l’unité de nos esprits, mais l’ivrognerie, etc., ne peuvent aller ensemble ? La foi au Fils de Dieu est
l’unité de L’Esprit.
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

incompatible avec une marche dans les ténèbres. Peu importe la ma- parfaits ? Je réponds : Nous nous appliquons à tenir ferme et dans la
nière dont une personne parle de Christ ; si sa confession se joint à l’in- paix l’unité de l’Esprit, nous cherchons honnêtement à être soumis à la
différence pour la gloire morale de Dieu, elle prouve par là qu’elle n’est volonté de Dieu : faites-vous de même ? C’est la question principale
pas née de Dieu. Simon le magicien pensait que le don de Dieu pouvait pour tout enfant de Dieu : Est-ce que je m’applique à garder l’unité de
s’acheter avec de l’argent. Certains diront qu’il a fait une erreur. Oui, l’Esprit ? Et si je le fais, est-ce à la manière de Dieu, ou selon mes
mais cette erreur était vitale, et prouvait qu’il ne pouvait avoir la vie propres idées ? Ai-je renoncé à moi-même pour faire Sa volonté ?
de Dieu ; c’est pourquoi, bien qu’il fût baptisé, il ne fut pas reçu comme Notre affaire c’est de Lui être soumis. Nous avons reçu des ordres, et
membre du corps de Christ. Nous n’avons aucune raison de penser qu’il notre responsabilité est de les exécuter, dans la soumission à Celui à qui
ait jamais pris part à la fraction du pain. Au vu de ce qui s’était passé, le nous appartenons et que nous sommes tenus de servir.
baptême n’était pas une raison pour que l’assemblée reçût celui qu’ils Mais encore, cette unité doit être gardée dans le lien de la paix.
ne croyaient pas être un saint. Dieu forme maintenant son Église de tous ceux qui Lui appartiennent.
Ceci montre dans une mesure, le caractère et les limites de l’unité Il ne s’agit pas de personnes chrétiennes ayant des vues spéciales sur
de l’Esprit. Car, si le Saint Esprit appelle les âmes et leur donne la force ceci ou cela, mais c’est l’Esprit tenant à Sa propre unité, et à ce que
de confesser Christ, Il ne les laisse jamais marcher dans le bourbier de Christ est pour ces personnes, non pas aux points sur lesquels elles dif-
leur propre méchanceté. Si un croyant tombe dans un péché ayant cer- fèrent les unes des autres. Si je désire garder l’unité de l’Esprit dans le
tain caractère, il doit être mis dehors. Ce qui est purement personnel, lien de la paix, il faut que mon âme soit bien établie sur le point sui-
doit être traité en privé ; il serait monstrueux de mettre tous les man- vant : le Saint Esprit est occupé à glorifier Christ, et Christ seulement.
quements au même niveau. Quand on défend l’honneur de Dieu, le pre- La meilleure façon de plaire au Père est d’exalter le Fils, et la pire at-
mier sentiment de notre âme, un sentiment profond, devrait être de teinte contre le Père est de faire peu cas de Son Fils. Tout est assuré
redresser la personne. L’Église est un témoin de la grâce divine, et elle quand on maintient ce qui en est de Christ. Cela ramène la question à
doit chercher la bénédiction des inconvertis, et la restauration des quelque chose de tout simple. Est-ce notre affaire de forcer les gens à
chrétiens égarés. Nous efforçons-nous de garder l’unité de l’Esprit ? abandonner leurs vues pour adopter les nôtres, si correctes soient-
Comment se fait-il que les chrétiens sont constitués en associations di- elles ? La parole de Dieu fournit un terrain, dans le nom de Christ, sur
verses ? Si la Parole de Dieu est ce qu’ils cherchent à tout prix à prati- lequel vous pouvez embrasser tous les saints, quels que soient leur fai-
quer, quel besoin y a-t-il de règles humaines et d’inventions modernes ? blesse et leurs préjugés. Gardons-nous de mieux veiller à notre réputa-
Si Dieu donne une règle, je n’ai pas besoin d’en avoir une autre. Je dé- tion et à nos aises qu’à Sa volonté. Ne soyons pas vaniteux à cause de
sire avoir la Sienne, dans toute sa force, de manière à manifester la vé- notre petite connaissance, ou du stade pratique que nous avons atteint.
rité à la conscience de l’homme, et à dire : C’est là la volonté de Dieu. Regardons en haut, vers le Seigneur, afin d’avoir la foi et la patience
Est-il bon ou sage de céder sur ce point ? Dieu a écrit une Parole qui a pour reconnaître tout vrai membre de Christ, et tout vrai serviteur de
trait à tout ce qui est moral, en vue que Ses enfants marchent d’après Christ, où qu’il se trouve. Demeurons attachés à l’unité de l’Esprit dans
elle : le faisons-nous ? Certains demanderont : êtes-vous donc le lien de la paix, et appliquons-nous à la garder, quelles que soient les
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

difficultés, et certes, elles sont grandes. La foi ne voit pas plusieurs corps tous les chrétiens professent, par opposition à la religion ou loi des
et un seul Esprit — elle ne connaît qu’un seul corps. Supportons ceux Juifs, et à l’idolâtrie des Gentils. Selon ce verset, « un seul Seigneur, une
qui ne voient qu’obscurément dans ce domaine, ou qui voient double, seule foi » est suivi par « un seul baptême », car quiconque faisait pro-
mais soyons inflexibles pour tenir ferme le nom de Christ, et quant à fession de croire en Christ était baptisé d’eau. Simon le magicien avait
nous-mêmes, veillons à ne rien accréditer de contraire à ce nom. reçu Christ de nom, et fut baptisé, quoiqu’il fût bientôt démontré n’être
pas chrétien. Ainsi, le verset 5 nous donne, non pas l’unité qui est réelle,
« Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été
sainte et durable, mais celle de la profession du christianisme.
appelés pour une seule espérance de votre appel ». C’est là notre bé-
nédiction en Christ la plus essentielle et vitale, « car nous sommes En dernier lieu, nous avons : « Un seul Dieu et Père de tous, qui est
membres de son corps, de sa chair, et de ses os » (5:30). Il est ajouté au-dessus de tout, et qui est partout et en vous tous » (4:6).
immédiatement : « un seul Esprit », parce que c’est le Saint Esprit qui Il est évident que nous sommes là devant une étendue encore plus
rend cela effectif ; et ce que nous sommes maintenant, par la puissance vaste. Une immense partie du genre humain ne fait pas du tout profes-
du Saint Esprit, nous espérons en jouir bientôt avec Christ. Nous l’au- sion de christianisme. La masse des hommes a continué à vivre avec ses
rons pleinement et parfaitement dans la présence de Dieu au ciel. C’est idoles, malgré la loi et l’évangile. N’y a-t-il là rien à revendiquer ? Nous
là la première unité. reconnaissons « un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tout,
Il y a une différence entre cela et les versets suivants. Le verset 4 et qui est partout et en vous tous ». Autrement dit, c’est un Dieu per-
présente un caractère d’unité, le verset 5 en présente un autre, et le sonnel, non pas du tout l’idée que tout est Dieu, ce qui est l’incrédulité
verset 6 un troisième. Ce sont des unités concentriques qui vont respec- dans sa pire forme, le Panthéisme.
tivement en s’élargissant. « Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme Nous reconnaissons « un seul Dieu », non pas une pluralité de di-
aussi avez vous été appelés pour une seule espérance de votre appel » vinités, comme les Gentils, mais « un seul Dieu et Père de tous ». Le Juif
(4:4). Nul n’entre là, s’il n’est né et baptisé du Saint Esprit. Ce seul corps ne croyait pas que Dieu était le Père de tous, ni même, à proprement
est sur terre, sans aucun doute, mais c’est une chose réelle maintenant, parler, un Père pour la nation élue, mais Il était plutôt leur Gouverneur,
et qui est de Dieu, quelle que soit la gloire qui lui appartiendra en l’Éternel. La révélation chrétienne fait connaître Dieu sous un caractère
propre, plus tard. Mais au verset 5, on a une unité plus extérieure, un infiniment plus vaste, en même temps que plus intime pour nous —
domaine de profession [de christianisme] — plus vaste que celui de la plus vaste en ce qu’il embrasse tout l’ensemble des créatures — « un
puissance spirituelle réelle. Ici, c’est le « Seigneur » qui est mis en seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tout, et partout » (Sa
avant ; or il y en aura beaucoup qui diront en ce jour-là : « Seigneur, suprématie et Sa providence, mais il y a plus que cela) ; « et en vous
Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en ton nom ? » (Matt. 7:22). tous ». Il y a Sa relation intime avec quelques-uns, non pas avec tous.
Il nous est ensuite parlé d’« une seule foi », ce qui signifie la foi Car il n’est pas dit « en tous », mais « en vous tous ». Le Saint Esprit
chrétienne. Si je parle de la foi au sens du moyen par lequel nous saisis- parle ici de la relation particulière du Père avec les chrétiens. Il n’y a
sons Christ et nous sommes sauvés dans la grâce de Dieu, elle n’est ja- donc rien de plus complet, de plus beau, de plus ordonné que ces dé-
mais appelée une seule foi. La phrase se rapporte à la foi commune que ploiements de l’unité en Christ notre Seigneur, et autour de Lui.
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

[v.7-10] Nous avons ainsi terminé les déclarations de l’apôtre sur comme étant proprement le donateur ; et je doute beaucoup, avec un
l’unité de l’Esprit, la position commune qui concerne tous les enfants autre frère, que l’expression « les dons de l’Esprit » soit correcte. Vous
de Dieu qui ont appelés par Sa grâce par le Saint Esprit envoyé du ciel. pourrez trouver dans Héb. 2:4 un texte qui semble l’impliquer, mais l’ex-
Nous arrivons maintenant aux manières particulières par lesquelles le pression exacte est les « distributions de l’Esprit Saint ». Partout où il
Seigneur appelle les divers membres de Son corps à Le servir — non est parlé précisément et simplement de donner, c’est Christ qui est vu
pas tant la position commune que doivent avoir tous ceux qui Lui ap- comme le donateur. C’est ainsi que, quant à ce qui est à la source de
partiennent, mais les privilèges particuliers et les responsabilités de cha- tout, le Seigneur Lui-même dit : « l’eau que je lui donnerai sera en lui
cun des membres de Christ individuellement. C’est ainsi que le v. 7 com- une fontaine d’eau », etc. L’eau ici représente l’Esprit Saint. L’Esprit est
mence : « Mais à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure donc envisagé dans ce passage comme le don, et Christ comme le do-
du don de Christ ». C’est la base. Christ, selon Son bon plaisir, comme nateur. Et comme ceci est vrai en rapport avec cette grande vérité fon-
Tête et Seigneur, donne certains dons. Il est important de remarquer damentale, savoir la présence de l’Esprit Saint Lui-même, c’est aussi
que c’est sous ce point de vue que l’Esprit Saint présente le ministère vrai de tous les détails. Christ, la Tête de l’Église, agit dans les membres
dans les Éphésiens. Inutile de dire que personne n’est mis aussi mani- individuellement selon Ses propres affections en grâce ; c’est là le côté
festement en évidence que Christ. Dans les Corinthiens, au contraire, béni de la vérité présenté ici. « À chacun de nous la grâce a été donnée
c’est l’Esprit Saint qui plus en vue que Christ. Ces deux aspects sont né- selon la mesure du don de Christ ». L’apôtre parle de don pour le mi-
cessaires à la gloire de Dieu, et également parfaits à leur place ; mais il nistère ; mais c’est appelé ici une grâce, parce que ce que ce n’est pas
y a une distinction à faire. Dans chaque épître, la sagesse de Dieu tant envisagé comme une position d’autorité (même si certains de ces
s’adapte à l’objet spécial que Dieu Lui-même a en vue. dons l’impliquent), que comme provenant de Celui qui aime Son Église
et a soin de chacun de ses membres ; or Il ne peut manquer de fournir
Pour une âme spirituelle, il n’est pas possible de regarder l’Épître
tout ce qui est convenable, et digne de Lui-même et de Son amour. « À
aux Éphésiens sans apercevoir que la grande vérité qu’elle présente est
chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de
la plénitude de bénédiction qui appartient à l’Église en vertu de son
Christ ».
union avec Christ. Cela met Christ en relief de manière correspondante.
D’un autre côté, nous ne pouvons pas étudier l’épître aux Corinthiens, Ceci conduit à une autre remarque d’ordre général. L’épître aux
spécialement la partie traitant des manifestations spirituelles, sans voir Corinthiens donne un champ plus vaste d’activité où l’Esprit Saint
qu’il ne s’agit pas tant de Christ exalté à la droite de Dieu, mais plutôt opère ; on y a des miracles, des langues, des guérisons, — les manières
de l’Esprit Saint envoyé ici-bas. La conséquence en est que, dans les remarquables par lesquelles l’Esprit Saint agit en puissance extérieure.
Corinthiens, nous avons plutôt l’assemblée sur la terre et la personne Tout cela est omis dans les Éphésiens. À quel principe faut-il l’attri-
divine se plaisant à y habiter et y opérer. C’est pourquoi c’est l’Esprit buer ? Car Dieu ne fait rien arbitrairement, mais toujours avec un amour
Saint qui y est en vue ; tandis que dans les Éphésiens, c’est Christ et une sagesse dignes de Lui, et assurément en vue de notre profit. Ce
comme la Tête (ou chef) de l’Église, qui est vu comme le donateur de qu’Il n’a pas révélé, il ne nous convient pas de le sonder ; mais ce qu’Il a
ces dons. En fait l’Esprit Saint n’est présenté nulle part dans l’Écriture fait connaître dans Sa Parole, nous sommes non seulement libres, mais
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

tenus de chercher à l’apprendre simplement et avec reconnaissance. rattache un certain rang social. Cela fausse entièrement la nature du
Pourquoi donc les opérations plus éternelles de l’Esprit sont-elles dans ministère, et il en résulte que la pleine bénédiction et le sens de la Pa-
les Corinthiens ? Pourquoi, en écrivant aux Éphésiens, les manifesta- role sont perdus pour l’âme. Qu’on me comprenne bien. Je ne nie pas
tions extérieures sont-elles omises, et on n’y trouve que celles concer- que Dieu agisse là où il y a beaucoup de choses anti-scripturaires. Il a
nant la croissance de l’âme, le fondement de l’Église et son fonction- toujours raison, et les défaillances de l’Église ou de nous-mêmes comme
nement, le maintien de la sainteté, de la croissance et de la commu- individus, ne peuvent pas porter atteinte à la bonté souveraine de Celui
nion, et de l’ordre divin parmi les enfants de Dieu ? Les déclarations du qui veille constamment sur chacun des membres de Christ, et sur l’en-
ch. 4 ne s’appliquent en effet qu’à cela. Je crois que la clef se trouve semble, en vue de les bénir. Mais Il permet que des manquements se
dans ce que nous avons déjà indiqué. Dans les Corinthiens, la pensée manifestent, et que nous en souffrions les conséquences afin de nous
dominante, c’est l’Esprit Saint présent dans l’Église, et tout ce qu’Il fait humilier et de nous faire sentir que tout le bien vient de Lui, et que tout
est mis devant nous. Comme l’Esprit Saint peut opérer d’une manière le mal est de notre côté. Tout au long de l’histoire de la chrétienté, ces
extraordinaire, et qu’Il est la puissance de ce qui est visiblement sur- deux choses apparaissent : l’homme qui corrompt sa voie sur la terre,
naturel tout comme de ce qui répond aux besoins de l’âme, — il en ré- et Dieu qui se manifeste au-dessus du mal que Sa lumière juge. Cela est
sulte que tout nous y est présenté. Mais dans les Éphésiens, où Christ vrai à propos du ministère comme de toute le reste.
est vu dans une relation directe avec Son Église, et où il s’agit de Son Si nous nous tournons vers l’Écriture pour voir la base sur laquelle
amour, et du soin pour les membres de Son corps découlant de cet repose le ministère, nous découvrons qu’il n’y a rien de plus glorieux ;
amour, — il est clair que ce qui se borne à s’occuper du monde et à être — mais aussi, hélas ! rien de plus contraire à la forme ordinaire du mi-
un témoignage aux non-croyants, est non pas nécessaire, mais super- nistère parmi les hommes. Car sa base n’est rien moins que la rédemp-
flu : seul ce qui a trait aux membres de Christ est là à sa place au bon tion que Christ a accomplie par Son sang, et Son ascension au ciel. Le
moment. Oh ! si seulement nous avions plus de patience et de con- ministère chrétien découle de Christ à la droite de Dieu ; il n’existait pas
fiance en Dieu et en Sa parole ! Nous trouverions en son temps la ré- auparavant. Je ne nie pas que Dieu avait Ses manières d’agir en Israël,
ponse à toutes les difficultés. Dieu reconnaît la confiance que le cœur mais ce qu’Il faisait relevait plus du caractère de sacrificature, qui dif-
met en Lui. En examinant une portion particulière d’un livre à la lumière fère totalement du caractère du ministère.
de l’ensemble où elle se trouve, combien il nous arrive souvent de dis-
cerner la vrai clef de sa signification. La sacrificature terrestre était une caste d’hommes agissant en rap-
port avec Dieu de la part de ceux pour lesquels ils étaient sacrificateurs :
Avant de considérer les dons eux-mêmes, je désire d’abord attirer autrement dit, ils étaient chargés des affaires spirituelles de gens qui,
l’attention sur ce qui est d’une importance et d’un intérêt encore plus pour une raison ou une autre, étaient incapables de les traiter en direct
profonds, la base dont dépend l’attribution de ces dons par Christ. avec Dieu, et dépendaient par voie de conséquence de ces médiateurs
Nous avons tous souffert immensément des vues purement tradition- entre Dieu et eux. Le sacrificateur allait là où le peuple ne pouvait pas
nelles sur le ministère : il y est vu en général comme une profession ho- aller ; il entrait dans le lieu saint, il présentait le sang, il faisait fumer
norable parmi les hommes, ou comme une position à laquelle se
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

l’encens ; en bref, il avait à faire à Dieu pour tous les besoins spirituels du ministère, et pour montrer que la confusion des deux est une con-
de ceux qu’il représentait. séquence lamentable de l’état de l’Église. Quand les gens vont écouter
un sermon, ils disent qu’ils vont au culte. Les gens sont tellement habi-
Le ministère part d’une base tout à fait différente : il agit par le
tués à confondre l’enseignement et le culte, qu’ils ont l’habitude d’ad-
moyen de l’homme, de la part de Dieu envers des hommes, et non pas
mettre que l’un implique l’autre.
de la part de l’homme envers Dieu. Le contraste est donc complet
entre la sacrificature et le ministère. Si le serviteur de Dieu est vrai- J’admets l’existence d’une sacrificature chrétienne, mais le minis-
ment quelqu’un suscité par Dieu, ayant un message de Sa part et une tère est quelque chose de tout autre. Tous les chrétiens, sans exception
œuvre à faire pour Lui, ce message et cette œuvre émanent de l’auto- — hommes, femmes et enfants — sont sacrificateurs ; car le sacrifica-
rité de Dieu pour la bénédiction des hommes. teur est quelqu’un qui a un appel et une qualification émanant de Dieu,
et qui lui ouvrent l’accès à la présence de Dieu. La sacrificature, en un
Prenons le cas d’un évangéliste. C’est quelqu’un qui a été lui-
mot, donne à l’âme le droit de s’approcher de Dieu. C’est toujours ce
même enseigné de Dieu pour les besoins de sa propre âme, qui non
qui la distingue. D’un autre côté, le ministère de la parole est un service
seulement connaît le chemin du salut, mais a une puissance qu’il n’avait
varié ; mais c’est seulement par des membres particuliers de Son corps
pas auparavant et donnée par Christ pour agir sur les âmes des autres.
que Christ agit ainsi pour le bien de tous. La sacrificature est univer-
Tout chrétien devrait être capable de confesser la vérité, de confesser
selle, et nul ne peut être chrétien sans être sacrificateur, tandis que
Christ ; mais cela ne suffit pas pour en faire un évangéliste ; car il s’agit
seuls quelques-uns parmi l’ensemble sont ce que l’Écriture appelle des
de proclamer l’évangile de manière à agir puissamment sur les âmes,
ministres de la parole, ou des serviteurs publics de Christ. Je ne parle
spécialement sur celle des inconvertis, pour réveiller, éclairer, et établir
pas ici du sens vague selon lequel tous doivent servir Christ tous les jours
dans la grâce de Dieu. L’action spirituelle est par l’Esprit Saint ; mais
de leur vie ; mais la question ici est celle du ministère de la parole pro-
elle vient de Dieu et de Son Fils bien-aimé, Christ notre Seigneur, et elle
prement dit. Il est clair que tous n’ont pas la puissance de prêcher la
s’adresse à l’homme. Ainsi le don, sous la main du Seigneur, est exercé
parole de Dieu de manière profitable aux âmes. La grande masse des
dans l’amour des âmes pour chercher leur bien, et il implique une puis-
enfants de Dieu a besoin qu’on lui montre le chemin tracé par Dieu, et
sance venant d’en haut pour agir sur elles, ou plutôt il est cette puis-
qu’on en enlève les difficultés. Exercer correctement ces fonctions, dé-
sance.
pend du ministère, ou plutôt le constitue, sous une forme ou sous une
Prenons maintenant le don d’enseigner. C’est une autre forme de autre.
la puissance de Dieu. Beaucoup comprennent la vérité et en jouissent
Le ministère donc, comme déjà vu, s’adresse à l’homme de la part de
dans leur âme, sans pour autant être en mesure d’aider les autres : ils
Dieu, tandis que la sacrificature s’adresse à Dieu de la part de l’homme.
sont incapables de présenter la vérité devant les croyants de manière
Quand nous sommes réunis pour rendre culte à Dieu, il s’agit de l’exer-
suffisamment convaincante, ou d’agir suffisamment sur les affections,
cice de la sacrificature, non pas du ministère. L’un ou l’autre de ceux
pour faire pénétrer la vérité avec énergie dans l’âme. Lorsque cela se
qui prennent part au culte peuvent être ministres, mais à ce moment-
trouve, c’est qu’il y a le don d’enseigner. J’y fait référence seulement
là ils n’exercent pas leur ministère, ils rendent culte. Le culte est
pour souligner le contraste entre la nature de la sacrificature et celle
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

l’exercice de la sacrificature chrétienne, l’offrande de louange et d’ac- peut nous fortifier pour marcher d’une manière digne de Lui. À une
tions de grâces. Il s’adresse à Dieu de la part de l’homme — c’est la telle âme s’adresse cette parole : « et qu’ainsi il mange » (1 Cor. 11:28).
direction de la sacrificature. Quand donc la louange et l’action de grâces Ce n’est pas : Qu’il s’abstienne ; mais : qu’il se juge soi-même et qu’il
s’épanchent, vous avez le caractère le plus élevé de la sacrificature. L’in- vienne.
tercession et la prière en sont une forme inférieure, même si l’interces- Ces deux choses, le culte et le ministère, ne devraient donc jamais
sion est vraiment bénie, parce qu’elle se charge des besoins d’autrui. Au être confondues. Quelques paroles peuvent être prononcées à la table
sens strict, le culte consiste plutôt en louanges et actions de grâces. du Seigneur, pour aider à la communion ; mais on ne peut guère appeler
C’est pour cela que la Cène du Seigneur, l’Eucharistie, forme une partie cela l’exercice ordinaire du ministère. Un discours régulier y serait, selon
si centrale du culte chrétien. C’est elle qui appelle nos âmes avec tant
moi, bien contraire aux règles : il détournerait de l’objet principal que le
de puissance et de joie solennelle à se souvenir de Jésus, et à rendre Seigneur a en vue. On peut déployer les affections de Christ dans une
grâces à Dieu. De là vient aussi, bien sûr, que la participation au pain et mesure ; il peut y avoir plus encore dans certaines circonstances,
au vin n’a pas en soi un caractère de culte, mais elle est néanmoins ce comme un visiteur de passage pour un temps limité, à l’exemple de Paul
qui agit sur l’âme et attire le cœur, par l’Esprit Saint, dans le culte rendu qui prolongea son discours jusqu’à minuit. Il est clair que l’exercice for-
à Dieu. Là où la Cène du Seigneur est vue comme un moyen de grâce, mel du ministère trouve sa place, à proprement parler, ailleurs qu’à la
les personnes y ont recours pour leur consolation, ou du moins dans table du Seigneur, car la Cène du Seigneur n’est pas liée au ministère,
l’espoir d’en trouver. Elle n’est jamais présentée ainsi dans la parole de mais plutôt au souvenir du Seigneur rappelé par les membres de Christ,
Dieu. Au contraire, elle montre que si les communiants n’entrent pas et à leur culte quand ils se réunissent pour Le louer. Il est bien approprié
dans la pensée de Dieu quant à la Cène (c’est-à-dire qu’ils ne distin- et opportun d’avoir quelques paroles pour réveiller les affections des
guent pas le corps du Seigneur), elle devient un instrument de juge- âmes et les concentrer sur Christ dont nous nous souvenons, pour au-
ment contre eux. « Celui qui mange et qui boit indignement, mange et tant que cela soit donné du Seigneur. Mais il est important de voir la
boit un jugement contre lui-même, ne distinguant pas le corps du Sei- place, l’ordre et le but de ces deux choses d’après l’Écriture.
gneur » (1 Cor. 11:29). Il ne s’agit pas là de faux chrétiens, mais de chré-
tiens bien réels, qui prennent la Cène du Seigneur avec légèreté et sans Dans le ministère, le Seigneur fournit les ressources spirituelles
jugement de soi-même. Quand donc une âme marche dans un péché correspondant aux besoins de Son peuple. Sur quoi est-ce fondé ? Sur
connu, et vient à la table du Seigneur, il en résulte que la main du Sei- le fait que Christ est monté en haut comme la Tête, ayant préalablement
gneur s’étend d’une manière ou d’une autre, et il est impossible ôté le péché et glorifié Dieu sur la terre ; de là où Il est assis présente-
d’échapper quand on badine ainsi avec Dieu. Et si quelqu’un se met lui- ment dans la gloire céleste, Il communique les dons nécessaires. À quel
même dehors pour éviter ce résultat, il proclame son propre péché, et titre Christ a-t-Il pris cette place ? Il ne l’a prise pas en tant que Dieu,
s’excommunie lui-même pratiquement. Ainsi l’âme n’a rien d’autre à mais pas non plus simplement comme homme. Christ n’est pas non plus
faire que d’aller tout droit à Dieu, et de regarder à Lui pour avoir la entré en la présence de Dieu, parce que Satan n’avait pas pu L’atteindre,
grâce d’être vigilante contre le péché, contre ses moindres résurgences, lorsqu’Il était tenté de toutes manières. Il s’était passé une scène encore
et de s’appuyer, dans le jugement de soi-même, sur le Seigneur qui seul plus solennelle — cette heure capitale pour laquelle Il était venu,—
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

quand Il a porté le péché — la croix où Il s’est laissé imputer toutes les Le monde en entend le son (Jean 3:8), mais seulement pour mécon-
fautes, mes péchés et vos péchés. Voilà ce qu’Il a fait. Christ n’a pris Sa naître la bonne nouvelle, et même l’enfant de Dieu ne le voit qu’obscu-
place à la droite de Dieu que sur le fondement de ce qu’Il avait ôté le rément s’il raisonne à son sujet ; mais si je crois ce que Dieu me dit sur
péché par le sacrifice de Lui-même. C’est sur cette base que le minis- ce que Son Fils bien-aimé a fait, je dois savoir que sont ôtées toutes les
tère est fondé. Le juste jugement de Dieu a été porté et satisfait ; le choses qui s’interposaient entre mon âme et Dieu, et le savoir avec une
péché et Satan sont complètement vaincus pour nous par Christ. Le certitude aussi simple que si elles n’avaient jamais existé du tout. Je de-
témoignage de la grâce divine, et même la plénitude de la grâce, peu- vrais être aussi sûr que le péché a été effacé, que si je n’avais été cou-
vent être maintenant la portion du croyant sans empêchement. La vic- pable de rien — que Satan est aussi complètement jugé que s’il était
toire pour Dieu en faveur des pécheurs les plus coupables est acquise. déjà dans l’étang de feu — que le juste jugement de Dieu est complè-
Christ a pris Sa place au plus haut des cieux comme l’homme victorieux. tement arrêté, et qu’il ne reste pour moi plus rien que Sa grâce. Cela
C’est comme tel qu’Il a porté l’humanité jusqu’au trône de Dieu, et qu’Il est vrai pour tous Ses enfants. C’est la seule chose qui convienne au
est là, comme homme, assis bien au-dessus de tous les anges, des prin- chrétien, parce que c’est ce dont Dieu l’assure. Dieu ne reconnaît pas
cipautés, et des puissances. C’est de là qu’Il donne ces dons. les chrétiens qui sont dans le trouble et l’hésitation pour savoir si tout
est achevé pour eux. Douter que tout ce dont Christ s’est chargé soit
Ainsi donc, la véritable origine du ministère chrétien réside dans la
réglé en leur faveur, c’est nier pratiquement la rédemption ; mais si
pleine rémission des péchés de la part de Dieu et la glorification céleste
tout ceci est fait et accepté, que vouloir de plus ? Christ ne savait-Il pas
de l’homme dans la personne de Christ. Ce sont les fruits et les témoins
mieux que moi-même ce qu’il fallait ? Dieu n’éprouvait-Il pas mieux
d’une victoire complète. Néanmoins tout cela n’est connu que de la foi,
que vous et moi ce qui était dû à Sa sainteté ? Et encore, c’est Christ
sauf dans la mesure où les miracles autrefois étaient un signe aux incré-
qui était et est Dieu, qui a dit : « c’est accompli ». Qui suis-je ou que
dules. Quelle en est la conséquence ? L’homme continue dans le pé-
suis-je pour en douter ? C’est donc à Christ que je dois de rendre ce
ché. Satan rôde encore autour de nous comme un lion rugissant, cher-
témoignage.
chant qui il pourra dévorer (1 Pier. 5:8). Le jugement de Dieu est sus-
pendu sur le monde. Quelle est donc la valeur de la mort de Christ et Le ministère est fondé sur l’œuvre et l’exaltation de Christ. Sans
de Sa victoire ? Elle est immense, mais immense seulement pour ceux doute les douze et les soixante-dix furent envoyés avant que Christ
qui croient en Christ ; c’est pourquoi, au milieu de ce monde en ruine, monte à la droite de Dieu, mais leur mission durant les jours de la chair
tandis que le péché et Satan sont encore là, et que le jugement de Dieu de Christ ne relève pas d’Éph. 4. Bien sûr les apôtres sont mentionnés,
est imminent, il y a ce lien merveilleux entre Celui qui est assis à la mais non pas en vertu de leur appel pendant qu’Il était le Messie sur
droite de Dieu et ceux qui étaient autrefois de pauvres pécheurs, per- terre. Au contraire, « étant monté en haut, Il a emmené captive la cap-
dus aux yeux de Dieu. Il envoie les dons ici-bas ; Il appelle celui-ci et tivité, et a donné des dons aux hommes » (4:8). Cela ne veut pas dire
celui-là, et en fait les témoins de Sa puissance, Lui qui a gagné tout cela que ceux qui avaient été établis apôtres quand Christ était ici-bas, ne
et plus encore, et qui, en un mot, n’a rien laissé d’inachevé dans ce qui furent pas introduits dans cette nouvelle position, sauf Judas ; mais le
était nécessaire pour la gloire de Dieu et la bénédiction de l’homme. fait d’être apôtres de l’Église est fondé sur le fait d’avoir ce don de
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

Christ après qu’Il fut monté en haut. C’est pourquoi il est dit ici : « Et sentiment que toute l’assemblée chrétienne en est satisfaite. L’Église
Lui, a donné les uns comme apôtres » (4:11). Pourquoi y en avait-il eu donne ce qu’elle peut, et c’est pourquoi Dieu lui donne le droit de dési-
douze [avant l’ascension] ? C’était en rapport avec les douze tribus gner qui s’occupera de ce qu’elle leur confie, — c’est-à-dire qui admi-
d’Israël ; c’est pourquoi, lorsque notre Seigneur les envoya, Il leur dé- nistra les affaires extérieures de l’Église. Mais en matière de dons spiri-
fendit d’entrer dans aucune ville des Gentils (Matt. 10:5). Mais les tuels, d’enseignement, de prédication, d’exhortation, de gouverne-
apôtres de l’Église, furent-ils envoyés seulement vers les Juifs ? Tout le ment, l’Église peut-elle donner ? Évidemment non. La parole de Dieu ne
monde sait bien que non. Après la crucifixion de Christ, les liens avec contient nulle part la notion de choix ou de nomination par l’Église, sauf
Israël furent rompus. Le Fils de l’homme, après avoir été rejeté et avoir à l’égard de dons tels que l’Église puisse en donner. L’Église donne de
souffert, est monté au ciel, et depuis Sa gloire céleste, Il a envoyé ici- l’argent, et peut nommer des personnes pour l’administrer. L’Église ne
bas l’Esprit Saint, et Il appelle des âmes hors du monde dans Sa grâce donne pas de dons de ministère, et n’a pas le droit de s’en mêler et
souveraine, et les constitue membres de Son corps, et les revêt de puis- elle n’est pas le lieu pour le faire. Qui a ce droit ? C’est Christ seul qui
sance pour Le servir en toute manière qui Lui semble bonne. donne, comme nous lisons ici : « Selon la mesure du don de Christ »
(4:7). « Étant monté en haut, Il… a donné des dons aux hommes… les
Il s’ensuit que ce qu’on appelle succession, est complètement éli-
uns comme apôtres, les autres comme prophètes » (4:8, 11). Cela ex-
miné. Dans la sacrificature juive il y avait un ordre de succession, et tout
clut toute prétention à pouvoir nommer de la part de la vraie Église de
ministère terrestre se forme sur ce modèle. Mais le ministère chrétien
Dieu. Si on examine l’histoire selon l’Écriture, on verra combien elle
ne provient pas d’une nomination humaine, mais divine au sens le plus
s’accorde avec ce principe et le confirme. Qui choisit Matthias, sinon le
complet du terme. C’est pourquoi toute la source des pensées de
Seigneur (Actes 1) ? Qui nomma Pierre et les autres ? Qui s’est adressé
l’homme sur le sujet est manifestement et totalement erronée. Faut-il
à la multitude au jour de la Pentecôte ? Ce ne pouvait être l’Église, car
abandonner la parole de Dieu qui est claire, au profit des opinions fu-
l’Église ne fut formée que ce jour-là. Pierre a prêché, et l’Église fut as-
gaces des hommes ? S’il en est ainsi, je n’aurai jamais aucune certitude.
semblée par sa prédication. Ce fut le Seigneur qui amena ainsi ceux qui
Le dissident dira que l’église locale doit appeler un homme pour qu’il
devaient être sauvés ; de sorte que le ministère précède l’Église,
soit son ministre. Celui-ci peut avoir un don de ministère de la part de
comme l’expiation et l’ascension de Christ précèdent le ministère. Le
Christ, et en être un ; mais ce qui fait de cet homme leur ministre, c’est
Seigneur appelle d’en haut des vases de Sa grâce, leur communique de
l’appel de la congrégation. Ainsi le fondement du choix réside dans
la puissance, les mène en avant par la direction de son Esprit, agissant
l’église particulière de la personne à qui il plait de l’avoir comme mi-
par toutes les circonstances et les contrôlant de manière que Ses servi-
nistre. Celui-ci est leur choix, et est donc leur ministre. Que se passe-t-
il alors s’il n’y a rien de tout cela dans l’Écriture ? Que se passe-t-il si une teurs fassent Son œuvre — plus ou moins fidèlement. Le résultat en est
que des âmes sont rassemblées et l’Église est formée. Ainsi le ministère
telle idée est étrangère à la parole de Dieu ? Or on n’en trouve même
de la Parole ne découle jamais de l’Église, mais de Christ, et c’est
pas trace dans l’Écriture. On trouve une nomination de personnes pour
l’Église qui en est le résultat. Le ministère précède donc l’Église, au lieu
s’occuper de fonds d’argent et des pauvres, l’assemblée y donnant son
d’être fondé sur son autorité. C’est ce qui met entièrement de côté non
accord. Personne ne devrait se charger d’un tel travail sans le vrai
seulement le principe dissident de l’élection populaire, mais tout autre
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

arrangement humain. Ce ne sont pas les apôtres qui ont donné les C’est en effet un principe constant de Dieu ; Il est toujours le pre-
dons, mais Christ. A-t-Il cessé de les donner ? Est-Il encore à la droite mier à descendre. Nous avons besoin d’être élevés, et il n’y a rien d’où
de Dieu ? Y est-Il, je le demande, comme la Tête de l’Église ? Ne de- nous puissions descendre. Christ, étant Dieu, était le seul homme qui
meure-t-Il pas maintenant la Tête de l’Église, aussi parfaitement et ef- avait une gloire qui Lui était propre, au-dessus de toute la création. Il
ficacement qu’au jour de la Pentecôte ? Il était déjà là, à la droite de est premièrement descendu dans les parties inférieures de la terre. Son
Dieu, en train d’amener l’Église à l’existence ; et Il y est encore main- humiliation même est la preuve de Sa dignité personnelle. C’est de sa
tenant pour perpétuer l’Église et fournir le nécessaire pour ses be- suprématie naturelle, pour ainsi dire, qu’Il est d’abord descendu pour
soins. Il est donc tout autant impossible que le ministère manque, que faire Son œuvre ici-bas. « Celui qui est descendu est le même que Celui
Christ quitte la droite de Dieu avant que le corps soit complet. Il est là qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin qu’Il remplit toutes
comme le donateur de tous les dons nécessaires ; et l’exercice de ces choses » (4:10). Voilà un aperçu magnifique de notre Sauveur. En deux
dons est ce que nous appelons ministère. courts versets, l’Esprit Saint nous donne, l’immensité de la gloire et du
triomphe de Celui qui a condescendu à devenir un homme et un servi-
On trouve un peu plus loin une parenthèse magnifique de l’apôtre
teur. Celui qui est maintenant monté, est le même que Celui qui est
sur ce sujet. « C’est pourquoi il dit : Étant monté en haut, Il a emmené
d’abord descendu, et Il n’a voulu remonter dans la gloire qu’après avoir
captive la captivité, et a donné des dons aux hommes » (4:8). Autre-
entièrement ôté ce qui nous aurait inévitablement tenus pour tou-
ment dit, Il a emmené captifs ceux qui avaient emmené l’Église captive.
jours éloignés de Lui. Il est descendu pour l’ôter, et n’a pas voulu re-
Nous étions emmenés captifs par le diable, et en montant en haut,
monter en haut avant d’avoir achever de le faire. Il nous a tant aimés,
Christ a passé triomphalement au-dessus de la puissance de Satan. Les
d’un amour selon les conseils glorieux de Dieu, que nos péchés, tout
esprits déchus ont eu une défaite complète, et c’est Christ comme
grossiers et funestes qu’ils étaient, n’ont fait que Lui donner l’occasion
homme qui l’a fait. L’homme, dans la personne de Christ, a vaincu Sa-
de montrer ce que Dieu est, et ce qu’Il est pour nous, dans sa propre
tan, et nous pouvons regarder en haut comme ceux qui sont un avec
Personne. Maintenant il s’agit de la justice de Dieu, non seulement en-
Celui qui a opéré la défaite Satan. Nous ne devrions jamais traiter avec
vers Lui, mais envers nous, à cause de Lui. Quelle différence ! Il pouvait
Satan comme s’il avait quelque pouvoir contre nous. Satan étant dé-
descendre en amour, mais en soi, ce fait ne nous aurait pas donné de
tecté, nous avons toujours le droit de lui commander de s’éloigner de
place dans la présence de Dieu. Mais Il est monté en justice ; et c’est la
nous. Nous pouvons et devons toujours lui résister : si nous le faisons,
raison pour laquelle notre Seigneur dit, que quand l’Esprit serait venu,
il nous est dit qu’il s’enfuira de nous (Jacq. 4:7), non pas parce que nous
Il convaincrait le monde de justice, « parce que je m’en vais à mon
sommes forts, mais parce que Celui à qui nous appartenons s’est acquis
pour Lui-même la victoire par la mort et nous l’a donnée. « Or qu’il soit Père » (Jean 16:10). La pleine manifestation de la justice se trouve
maintenant en Christ assis à la droite de Dieu. De la justice envers Lui
monté, qu’est-ce, sinon qu’Il est aussi descendu dans les parties infé-
dans ce monde, il n’y a en a eu nulle part, rien d’autre que des torts
rieures de la terre ? » (4:9). Cela suppose la gloire de Sa personne. Celui
infâmes et l’indignité. Où me faut-il chercher cette justice ? À la droite
qui est monté est Celui qui est premièrement descendu.
de Dieu ; j’y vois Celui envers qui Dieu est redevable, — disons-le en
toute révérence, — pour le déploiement et la défense de Sa gloire
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

morale, et pour la seule expression adéquate de tout ce qui manifestait de Christ, plus j’ai de confiance et de paix. « C’est ici la vie éternelle,
et maintenait Son caractère devant les hommes — tout cela dans qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et Celui que tu as envoyé, Jésus
l’homme Christ Jésus. Le caractère de Dieu n’avait jamais été complè- Christ » (Jean 17:3).
tement réhabilité depuis que le péché était entré dans le monde, [v.11] Nous voyons donc dans ces versets la source céleste du mi-
jusqu’au moment où Christ est mort sur la croix. Quand Son sang a été nistère. Ce n’est pas une position qui, dans la pensée de Dieu, donne de
versé pour la gloire de Dieu et la délivrance de l’homme, Dieu a été l’importance dans le monde : Nous savons tous que l’ouvrier est digne
manifesté sous un nouveau jour devant ce monde. Dieu n’était plus re- de son salaire ; or ne voyez-vous pas que l’apôtre Paul ne voulait point
gardé comme le maître dur de la représentation mensongère de Satan. user du droit que l’évangile lui donnait à être soutenu dans ses besoins
Le voile a été déchiré. Il n’a plus été possible de cacher la vérité que
(1 Cor. 9:12, 15) ? Il ne voulait pas voir anéantir ce qu’il appelle son as-
toutes les preuves d’amour que la créature aurait jamais pu demander surance avec laquelle il s’était glorifié (2 Cor. 9:4) ; car quoiqu’il eût de
à Dieu, Dieu les a surpassées en son Fils, mort, ressuscité, et glorifié la puissance, il préférait travailler de ses propres mains, plutôt que
dans le ciel. Jusqu’à la mort de Christ, la justice de Dieu aurait dû dé- d’être à charge à quelqu’un. C’est là la merveilleuse liberté de la grâce :
truire toute créature ayant sur elle ne serait-ce qu’un péché. C’est main- sous la grâce il n’y a rien que nous ne puissions faire, sauf le péché. Mais
tenant au contraire la justice de Dieu, de me justifier, moi croyant, quoique toutes choses soient permises, elles ne sont pas toutes avanta-
même si j’ai été un vil pécheur. C’est pour cette raison que, quoique geuses (1 Cor. 6:12 ; 10:23), et ce fut certainement selon la sagesse de
mes seuls péchés personnels, pesés sur une balance, auraient dû en Dieu que le grand apôtre fît ce que bien des serviteurs de Christ auraient
faire plonger le plateau jusqu’en enfer, toutefois Christ et Son sang, mis honte de faire. Quel terrible déclin tant par rapport à l’esprit du chris-
dans l’autre plateau, pèsent beaucoup plus lourd, et m’élèvent tianisme, que vis-à-vis de la lettre ! Quel changement complet par rap-
jusqu’au ciel. Quelle en est la conséquence ? Mes péchés ont complè- port au caractère de l’évangile, que les hommes — protestants ou ca-
tement disparu devant ce sang précieux, et le plateau de la balance tholiques, nationaux ou dissidents, presbytériens ou méthodistes —
divine où est Christ s’avère être le seul à conserver son poids devant considèrent tous pareillement comme une tache, ou un motif de cen-
Dieu. C’est de ceci que dépend la justice même de Dieu. Il n’est plus sure, ce qui faisait la gloire de l’apôtre ! Sa conduite impliquait un prin-
question de justice légale ; mais maintenant Dieu a Christ, et c’est ce cipe important. Il reçut un don des Philippiens ; des secours lui furent
dont Dieu est redevable à l’obéissance de Christ jusqu’à la mort, et à envoyés en prison et en dehors de la prison. Il recherchait du fruit qui
la mort même de la croix. C’est en vertu de cette obéissance jusqu’à la abonde pour le compte des saints (Phil. 4:17). Si l’apôtre n’avait rien
mort que Dieu justifie le coupable, ce qu’Il ne pourrait faire en aucune reçu d’eux en aucune occasion, c’eût été une perte pour leurs âmes. Le
manière s’il agissait à son égard selon la loi. « De tout ce dont vous christianisme, ce n’est pas employer pour soi ce dont on est redevable
n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse, quiconque croit, est justifié
à Dieu, ni ce que la grâce aime à faire pour tout un chacun. Mais l’apôtre
par Lui » (Actes 13:39). Ce qui était connu de Dieu dans la création ne n’agissait jamais de manière que l’on pût dire, soit qu’il se servait lui-
renfermait aucun remède pour le péché ; ce qui était connu de Lui sous même par le moyen de l’évangile, soit qu’il était indifférent à l’égard des
la loi, n’aurait fait qu’anéantir le plus faible espoir du pécheur. Tandis saints. Dieu avait soin qu’il en fût ainsi dans le cas de Paul. Il y aurait eu
que maintenant, au contraire, plus je vois ce que Dieu est dans la croix
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

le danger de mépriser les dons moindres. Or l’apôtre s’efforçait, dans manière inspirée comme l’ont fait Marc et Luc, mais il y a eu des pro-
un esprit de grâce, de maintenir les dons qui étaient moindres. Les dons phètes comme Judas et Silas (Actes 15:32). L’Écriture n’était pas écrite
plus importants avaient moins besoin de sa grande protection. Mais dans son entier au commencement de l’Église, et il n’y avait pas partout
quand d’autres s’étaient voués au service de l’évangile, l’apôtre prend des apôtres. C’est pourquoi Dieu a suscité des prophètes qui, au moins
le plus grand soin d’affirmer leur droit de vivre de l’évangile. Que ceux dans certains cas, ont été des moyens de révélation. Pourquoi n’avons-
qui vivent ainsi aient soin de servir le Seigneur Christ à cet égard ! nous pas de tels canaux aujourd’hui ? Parce que la révélation est com-
(Rom. 16:18). plète : nous avons la Parole de Dieu, et n’avons pas besoin d’un mot de
plus. Supposer aujourd’hui quelque autre révélation serait porter at-
[Apôtre & prophète]
teinte à celle que nous avons ; de sorte que le besoin de tels prophètes,
« Et Lui, a donné les uns comme apôtres, les autres comme pro- au sens le plus élevé du terme, a pris fin avec l’achèvement du canon
phètes ». Je comprend que les apôtres et prophètes sont manifeste- des Écritures. Dans un sens secondaire, ce qui correspondrait à l’œuvre
ment ce qu’on peut appeler les dons de fondation, tels que ceux dont prophétique, serait le renouveau de la vérité et de l’action puissante sur
Dieu s’est servi pour poser l’assise large et profonde sur laquelle l’Église les saints en général, en les ramenant à ce qui a été déjà révélé, mais a
devait être bâtie. Cette fondation a été faite par ceux que Dieu avait complètement disparu. Prenez, par exemple, la vérité capitale de la
spécialement revêtus de puissance. Ces deux classes des apôtres et venue du Seigneur comme espérance de l’Église. Cette vérité a souffert
prophètes ont été les tout premiers instruments utilisés pour l’appel de d’une longue éclipse, presque totale. De nos jours elle a brillé de nou-
l’Église de Dieu. Les évangélistes furent à l’œuvre dès les premiers jours, veau avec une certaine mesure de puissance de la part de Dieu. Dans
et les pasteurs peu après. Mais les deux premières catégories, les quel écrit, depuis les jours des apôtres, trouvez-vous exposés la nature
apôtres et les prophètes, ont spécialement servi dans toute leur force et l’appel de l’Église ? où a-t-on le déploiement de l’espérance de
pour l’établissement de l’Église de Dieu au commencement. Il n’y a pas l’Église, à savoir la venue du Seigneur pour recevoir l’Église et lui don-
de raison de supposer qu’au sens strict, les apôtres et prophètes dus- ner une place céleste ? Ces vérités avaient disparu des pensées des
sent continuer, ni qu’ils aient continué en fait, bien que quelque chose hommes, pour n’être retrouvées que dans ces dernières trente ou qua-
d’analogue à un apôtre puisse être suscité en des temps appropriés. rante années (*). La justification par la foi avait été partiellement con-
Prenez Luther, par exemple. Les saints de Dieu ont pu en partie être nue par Augustin et Bernard. Les Vaudois possédaient une grande fidé-
ramenés à la vérité fondamentale en général, alors que celle-ci avait été lité, mais aucune doctrine claire. La nature de l’Église comme le corps
perdue de vue depuis longtemps. Cette œuvre correspond, dans une de Christ, et le caractère de l’espérance du chrétien, ont été, pour au-
petite mesure, au travail d’un apôtre. Un prophète, quant à lui, était tant que je sache, complètement perdus de vue. Ces vérités avaient
quelqu’un qui ne se bornait pas à exposer les Écritures, mais qui ouvrait disparu de l’Église. Il me semble que leur redécouverte est assez ana-
les yeux sur la vérité d’une manière à rattacher l’âme directement à logue, sur ce plan, à l’œuvre prophétique, bien qu’on puisse hésiter à
Dieu. appeler apôtre ou prophète aucun de ceux qui ont été employés à ce
Au tout début sont apparus des hommes de Dieu qui n’étaient pas travail.
apôtres, et qui ne communiquaient pas nécessairement la vérité de
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

(*) note du traducteur : écrit en novembre 1863 du Seigneur pour le faire. Si quelqu’un prétend faire des ordinations,
[Evangéliste, pasteur & docteur] qu’il prouve son droit à le faire.

Nous en venons aux classes suivantes de dons : « évangélistes, pas- Le ministère et la charge d’ancien ne sont pas la même chose ; on
teurs et docteurs ». Il est évident qu’ils sont encore à l’œuvre dans une les confond presque toujours, mais ce sont des choses totalement dif-
certaine mesure dans l’état disloqué actuel ; et ils ne sont pas res- férentes. On trouve les deux dans l’Écriture : des charges locales, dû-
treints à tels ou tels croyants, mais ils sont distribués partout, comme ment établies par des apôtres ou leurs délégués ; et des dons de minis-
il plaît au Seigneur. On confond le ministère avec les charges locales. tère qui n’ont jamais eu besoin d’authentification humaine. Dans
Peut-être dira-t-on que j’escamote une partie de l’Écriture — l’imposi- l’Écriture, personne n’a jamais été choisi pour être apôtre, ni appelé à
tion des mains des apôtres sur les anciens, etc. Sans rien oublier de cela, être prophète ou évangéliste, si ce n’est par Christ. Il en était précisé-
qu’on me permette de dire que les anciens ne sont pas la même chose ment de même pour les pasteurs et les docteurs (*), comme on le voit
que les ministres. Le ministère est l’exercice d’un don de Christ ; les dans notre chapitre. Pourquoi n’en serait-il pas encore de même ?
anciens étaient établis par des hommes, mais jamais par d’autres que Christ n’a pas déserté Son poste, et Il a pour fonction d’appeler et de
des apôtres ou des délégués d’apôtres, comme Tite. Où en sommes- donner des pasteurs, des évangélistes, des docteurs, etc. Mais il y a un
nous de cette question maintenant ? Où sont les hommes dûment auto- autre principe tout à fait distinct de celui qui est impliqué dans ces dons,
risés à nommer des anciens aujourd’hui ? Savez-vous mieux que moi où savoir que Christ donnait le droit aux apôtres d’agir par voie d’autorité.
on les trouve ? Certes, il y a des gens qui prétendent avoir ce pouvoir de C’est en vertu de cela qu’ils nommaient des gens pour être anciens ou
nommer, mais la prétention ne suffit pas à rendre valides leurs nomina- diacres, selon le cas. Nous ne pouvons faire ce que les apôtres faisaient
tions. En matière civile, si quelqu’un s’avisait de nommer un magistrat à moins d’être revêtus de la même autorité. Mais Christ demeure tou-
sans en avoir le plein pouvoir, il risquerait d’être puni sévèrement. Se- jours le donateur direct des dons de ministère : c’est toujours vrai. Le
rait-il moins important dans les choses de Dieu d’empiéter sur l’auto- ministère ne dépend pas et n’a jamais dépendu des apôtres ni de
rité du Seigneur ? Ce n’est pas que certaines branches de l’Église ont l’Église, mais seulement de Christ ; et c’est pourquoi il ne saurait cesser.
des apôtres, alors que d’autres n’en ont pas, car aucune n’en a plus que Par contre, comme la nomination d’anciens, selon l’Écriture, dépendait
les autres. Je ne vois pas ce que l’on gagne à prétendre faire l’œuvre des apôtres, et qu’il n’y a pas d’apôtre aujourd’hui, le pouvoir légitime
d’un apôtre quand ce n’est qu’une prétention. N’est-il pas plus humble pour nommer des anciens a nécessairement et évidemment pris fin.
de s’abstenir de prétendre faire l’œuvre apostolique, si l’on n’est pas L’Écriture laisse entendre la continuation de l’existence des dons, mais
apôtre ? Nous ne pouvons pas ordonner légitimement des anciens non pas de l’autorité de nommer. Il y a abondance d’anciens dans tous
parce que l’autorité apostolique nous fait défaut pour le faire. N’est- les corps religieux, ou plutôt de personnes officielles ; mais que vaut
ce pas bien en harmonie avec l’humilité qui nous convient de rester leur nomination (je ne dis pas leurs dons) ? Que ceux qui connaissent la
dans les limites de nos pouvoirs ? Je n’admets pas que quiconque vivant Bible disent si je traite correctement cet important sujet selon la Parole
actuellement ait le droit de nommer des anciens, ou rien de semblable, de Dieu.
parce qu’il n’y a ni apôtre ni délégué apostolique ayant reçu mission
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

(*) note du traducteur : nous utilisons le terme « docteur » pour suivre S’ensuit-il que je doive aller à la messe, en supposant que le prêtre Ro-
la version JND de la Bible, mais le terme utilisé partout par W. Kelly dans main prêche une certaine mesure de vérité ? Il faut que j’examine si ce-
le présent ouvrage est « enseignant » ou « maître » [qui enseigne].
lui qui peut être un réel serviteur de Christ fait la volonté de Dieu dans
La question pour nous est donc de savoir si nous faisons la volonté ce domaine. Nous ne sommes pas appelés à suivre celui-ci ou celui-là,
de Dieu. Plusieurs ont l’idée qu’un rite humain d’ordination a une valeur sinon dans la mesure où ils suivent Christ. Nous sommes appelés à faire
spéciale pour faire d’un homme un ministre. Or aux jours des apôtres la volonté de Dieu ; et « celui qui fait la volonté de Dieu demeure éter-
eux-mêmes, personne n’a jamais eu l’idée qu’on puisse être nommé nellement » (1 Jean 2:17). Rien n’est donc plus simple que le chemin
pour prêcher l’évangile. Si quelqu’un pouvait prêcher, il était tenu de du chrétien. Qu’il apprécie les serviteurs de Christ à leur place, mais non
le faire ; s’il ne le faisait pas, il était comme le serviteur paresseux qui pas nécessairement tout ce qu’ils font, à moins que ce ne soit conforme
cachait son talent. Si quelqu’un prend la position d’avoir un droit de à la volonté de Dieu. N’est-il pas dit que nous devons obéir à ceux qui
prêcher ou de parler dans l’assemblée, vous pouvez en toute sûreté lui ont autorité sur nous ? Oui, certainement, et c’est aussi vrai mainte-
dénier ce droit. nant que jamais. Mais en supposant que vous êtes converti à Dieu, et
Nul autre que Dieu n’a le droit de proclamer au monde la bonne nou- qu’un prêtre de Rome vous dise que vous devez obéir à ceux qui ont
velle, ou de parler à Son assemblée par qui bon Lui semble. autorité sur vous, et que ce sont eux qui ont cette autorité, ne dois-je
C’est donc Lui qui peut appeler des hommes et les mettre en avant, l’un pas poser de question sur ce qu’il veut dire par là, et sur quel texte il se
pour faire telle œuvre, l’autre pour faire telle autre. Ici se pose alors la base ? Est-ce pour m’entraîner à désobéir à Dieu ? Si c’est le cas, ne
question qui interpelle : Faut-il reconnaître le Seigneur honnêtement dois-je pas dire que je dois « obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » ?
et entièrement comme le Chef (*) sur Son Église à Lui ? Dans le minis- (Actes 5:29). Ainsi, il y a toujours un chemin pour le saint de Dieu qui
tère proprement dit, il n’est pas question d’hommes nommant des désire faire Sa volonté, et ce chemin est simplement l’obéissance. Il est
hommes, mais de savoir s’il est permis à Christ d’être le Chef de Son possible que cela prenne parfois la forme de ce que des gens dans l’er-
Église à Lui. Dès lors, ne reconnaissez pas que l’affaire de l’Église soit reur, ou conduits par leur propre volonté, appellent désobéissance ;
d’établir des ministres de la parole. Mon Seigneur, ce n’est pas l’Église, mais ce sera certainement obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Rien ne
mais c’est Christ ; il ne faut jamais mettre l’Église à la place de Christ. peut nous dispenser du devoir positif et immuable d’obéir à Dieu.
C’est là l’une des sources principales, et des plus pernicieuses, de la pa-
On voit donc que, quelle que soit la valeur du ministère, il n’a ja-
pauté.
mais été prévu pour contraindre les enfants de Dieu à simplement ac-
(*) note du traducteur : Chef et Tête sont le même mot en anglais quiescer aveuglément. Le vrai ministère manifeste ce qu’est la volonté
Il s’ensuit que nous devons reconnaître tous ceux que le Seigneur de Dieu partout où il y a la simplicité de cœur. Il présente la vérité de
nomme. Si quelqu’un prêche la vérité dans tel ou tel groupement, je ne manière suffisamment convainquante pour placer les consciences
dois pas l’ignorer, mais je dois reconnaître les serviteurs de Christ où dans la lumière, et leur faire sentir la responsabilité de suivre cette lu-
qu’ils soient. Peut-être ne présentent-ils pas la vérité complètement, mière. Si vous faites quelque chose simplement parce qu’un ministre de
mais en tous cas, c’est Christ qui donne les dons, et non pas les frères. Dieu le dit, c’est une influence qui est à l’œuvre, non pas la puissance
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

de l’Esprit de Dieu. L’obéissance chrétienne, ce n’est pas un aveugle qui portée de l’expression n’est pas « les écrits des prophètes » [selon la
conduit un aveugle, ni un voyant qui conduit un aveugle, mais c’est un version autorisée du Roi Jacques], mais bien « des écrits prophé-
voyant qui conduit un voyant. Tout croyant a la puissance de l’Esprit tiques », ce qui se rapporte exclusivement aux Écritures du Nouveau
pour voir la pensée de Dieu pour lui-même ; et celui qui est appelé de Testament, lesquelles n’ont pas toutes été écrites par des apôtres. Deux
Dieu à guider les autres sera, en général, rendu capable d’appliquer la des Évangiles n’émanent pas d’apôtres, mais sont tout autant inspirés
pensée de Dieu d’une manière si complète à la conscience que celui qui que s’ils l’étaient. Ceci est aussi vrai quant à l’enseignement oral donné
est simple de cœur ne manquera pas de la voir. Souvenons-nous qu’il aux jours des apôtres. Car l’Église commença avant que rien ne fût en-
est toujours grave de connaître la vérité et de ne pas la suivre. « Pour core écrit du Nouveau Testament. Ce fait est d’ailleurs appliqué à tort
celui donc qui sait faire le bien et qui ne le fait pas, pour lui c’est pé- comme un argument favori par ceux qui soutiennent une sorte d’inspi-
cher » (Jacques 4:17). ration dans l’Église. Ils insistent pour dire que les Écritures ne sont pas
aussi essentielles que nous le prétendons. Mais je réponds que, si
J’ai déjà expliqué que les deux premières classes de dons présen-
l’Église avait au commencement la présence d’hommes inspirés, l’Église
tées au verset 11 avaient pour but de donner naissance à une œuvre et
a eu ensuite le saint dépôt des apôtres et des prophètes, consigné par
un témoignage nouveaux. Elles étaient destinées — et c’est bien ainsi
écrit, sous la garde parfaite de l’Esprit de Dieu. C’est donc là ce qui cons-
qu’elles furent employées — à poser le fondement de cet édifice in-
titue l’unique norme de la vérité divine : l’Ancien Testament, la révéla-
connu auparavant, l’assemblée réunie en un d’entre les Juifs et les Gen-
tion originelle de Dieu telle que donnée à Israël, — et le Nouveau Tes-
tils pour confesser Jésus, le Fils de Dieu. Les apôtres n’ont pas simple-
tament, le supplément de Sa vérité nécessaire à l’Église. Mais avant
ment servis comme des prophètes, c’est-à-dire des gens inspirés com-
que le canon de l’Écriture fût clos ou même commencé, il est évident
muniquant la pensée de Dieu qui n’avait pas été révélée jusque-là, mais
qu’il y avait besoin d’une classe d’hommes pour faire connaître la pen-
ils ont aussi agi comme investis d’autorité au nom du Seigneur. Il y avait
sée de Dieu au travers des difficultés qui surgissaient dans l’Église. Il y
donc à la fois un pouvoir de gouvernement compétent, et un moyen
fut pourvu par le moyen des apôtres et des prophètes. On voit que
sûr de communication de la part de Dieu vers l’homme. Les prophètes
parmi les saints à Corinthe, il y en avait de tels qui étaient prophètes.
comme tels n’avaient rien à faire avec le gouvernement proprement dit.
Ils ne visitaient pas les assemblées en tant qu’agents revêtus d’autorité De là vient une parole remarquable de 1 Cor. 14 dont je voudrais
(1 Cor. 4 ; 11 ; 2 Cor. 12 ; 13), et n’instituaient rien nulle part pour diriger vous entretenir un moment. Le Saint Esprit posait la règle du v. 29, qu’au
l’Église comme l’ont fait les apôtres (voir 1 Cor. 7:17). cas où quelqu’un parlait dans l’assemblée de manière ordinaire, si une
révélation était donnée à un autre, le second avait le droit d’arrêter le
Toutefois le prophète était employé à quelque chose d’extrême-
premier pour apporter sa révélation. Si on objecte qu’aujourd’hui une
ment important, savoir apporter directement et immédiatement de la
chose pareille produirait de la confusion, je réponds plutôt que Dieu
part de Dieu des vérités encore inconnues ou jamais révélées. Ils se
n’accorde plus de nouvelles révélations aujourd’hui. Tant que subsis-
rattachaient donc tout spécialement à la révélation de la vérité, que ce
tait l’état de choses où le plein déploiement de la pensée de Dieu n’avait
soit oralement ou par écrit ; tel est le sens de Rom. 16:26. Quiconque
pas encore été donné, et tant qu’il y avait ces personnes inspirées sur la
est capable d’examiner le langage utilisé par le Saint Esprit verra que la
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

terre, Dieu maintenait Son droit d’interrompre quelqu’un par la com- Ce sujet du ministère est précisément un sujet sur lequel il y a ac-
munication de quelque vérité nouvelle de Sa part. Mais si quelqu’un tuellement beaucoup d’ignorance et d’incrédulité. L’idée courante est
aujourd’hui soutenait avoir une nouvelle révélation de la part de Dieu, simplement que l’intelligence a été sanctifiée. J’admets bien que Dieu
il ne ferait que prouver qu’il se berce d’illusions, voire même qu’il est donne et forme la puissance intellectuelle : c’est ce qui est appelé dans
un imposteur. Maintenant que ces personnes inspirées ont disparu, l’Écriture « la capacité ». Mais examinez la parabole où notre Seigneur
nous possédons la pleine communication et la pleine mesure de la pen- fait justement allusion à cela, et vous verrez qu’Il distingue entre « le
sée de Dieu. Aussi le critère de la pensée de Dieu auquel s’en remet don » et « la capacité ». — « Il donna à chacun selon sa propre capa-
l’Église n’est plus des apôtres ou des prophètes, mais la parole écrite de cité » (Matt. 25:15). Quand Il appelle des hommes à Le servir, Dieu fa-
Dieu. Bien sûr il y a les moyens plus ordinaires dont l’Esprit de Dieu se çonne le vase selon Son dessein avant même leur conversion. Sa pro-
servait alors, et se sert encore — les dons, aussi réels que les apôtres et vidence choisit une personne dès sa naissance, et Il dispose toutes les
les prophètes, mais sans avoir le même caractère d’autorité active que circonstances de sa vie ultérieure. Cette personne peut avoir été édu-
les apôtres, ni le droit à communiquer des vérités nouvelles comme les quée pour être prêtre, ou juriste. Paul connaissait ainsi tellement à fond
prophètes. Aujourd’hui tout est d’ordre inférieur par comparaison à ces toutes les ressources de la propre justice qu’il put recourir à la grâce
dons-là. Toute éventuelle mesure d’autorité dans le temps présent, en jugeant ce que la justice de l’homme aime, ce dans quoi elle vit, et
doit prouver qu’elle est de Dieu dans son caractère et dans sa fin ; elle où elle mène. Sa propre expérience était la preuve que même cultivée
ne doit pas prétendre à être quelque révélation nouvelle de la pensée au plus haut degré, elle aboutit à l’antagonisme direct avec le Seigneur
divine, mais elle doit utiliser et appliquer correctement ce qui a déjà de gloire. Il y avait aussi chez Paul un caractère naturel très remar-
été donné. quable, et une éducation et des connaissances acquises peu ordinaires.
Tout cela avait été agencé providentiellement chez Saul de Tarse. Mais
D’un autre côté, les dons que le Saint Esprit suscite encore pour le
à côté de cela, quand il fut appelé par la grâce de Dieu, il lui fut confié
bien de l’Église sont appelés ici évangélistes, pasteurs et docteurs. Ce
un don qu’il ne possédait pas auparavant, une capacité par le Saint Es-
ne sont pas là les seuls dons qui demeurent, car l’Écriture n’en donne
prit de se saisir de la vérité et de l’inculquer aux âmes. Dieu s’est servi
nulle part une liste complète, comme les hommes voudraient. Il faut
de son caractère naturel, de sa manière de parler, de son style d’écrire
rechercher dans toute l’Écriture. Il est salutaire et béni de ne jamais
particulier ; mais tout était dans cette nouvelle puissance du Saint Es-
trouver quelque chose de complet dans la parole de Dieu au simple exa-
prit communiquée à son âme, même si cela coulait par le canal de sa
men d’une seule portion particulière de celle-ci. Dieu a rendu néces-
capacité naturelle. Il y a donc ces deux choses, la capacité qui est le vase
saire la recherche approfondie dans toute Sa Parole, pour arriver à avoir
Sa pensée complète au moins dans une mesure. S’il n’en était pas ainsi, du don, et le don lui-même qui, dépendant du Seigneur, est l’énergie
directrice de la capacité. Un don n’a pas d’existence à part du vase dans
nous serions disposés à nous en tenir à des passages favoris en laissant
lequel il agit.
le reste de côté. C’est ce que font beaucoup de chrétiens qui négligent
pratiquement une grande partie de la Parole de Dieu, comme si elle Encore une autre remarque maintenant. Dans cette épître les dons
n’était plus applicable. ne sont pas vus simplement comme des puissances spirituelles. C’est
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

ainsi qu’ils sont considérés dans les Romains et les Corinthiens, mais de l’état des choses. Mais ni lui ni Tite n’ont été sédentaires, comme
dans les Éphésiens ce sont toujours des personnes. Il a donné des dans les diocèses modernes. Encore bien moins y a-t-il eu des disposi-
apôtres — non pas simplement des dons apostoliques. Je trouve le don tions prises pour des successeurs. Timothée devait confier ce qu’il avait
d’enseignement dans les Romains, et le don de docteur [enseignant] appris de l’apôtre à des hommes fidèles qui fussent capables d’ensei-
dans les Éphésiens. Les deux vérités s’accordent parfaitement. Il y a une gner aussi les autres ; autrement dit, la charge concernait la transmis-
raison divine à cette différence, qui me semble être la suivante : dans sion de la vérité, et non pas la transmission d’une autorité ou d’ordres
les Éphésiens l’amour de Christ pour l’Église est l’idée dominante de saints, comme on le dit perversement.
toute l’épître — c’est la plénitude de bénédiction qui appartient au C’est un fait que dans chaque église où un certain nombre de saints
corps de Christ, l’Église, en vertu de son union avec la Tête. Ce qui agit
se trouvaient rassemblés, plusieurs évêques [= surveillants] étaient éta-
sur les affections de l’Église n’est pas une simple puissance. Vous pou- blis, au moins après mise à l’épreuve et expérience faite pendant un
vez aimer une personne, mais non pas une puissance ; et une personne certain temps. Ils étaient choisis là par un apôtre, ou un délégué
par laquelle le don s’épanche, agit évidemment sur les affections de d’apôtres. Quand des individus doués d’un don remplissent les fonc-
ceux pour le bien desquels le don est employé. Tout le long de l’épître, tions de l’Église, c’est une usurpation, et c’en est une tout autant quand
c’est de Christ qu’il s’agit, non pas de l’Esprit, sauf exception. Dans les l’Église assume les fonctions des dons individuels. Bien sûr s’il y a de
Corinthiens, c’est au contraire le Saint Esprit qui est mis en avant. Ici l’immoralité dans la conduite d’un serviteur de Christ, il est autant res-
c’est Christ, à quoi correspondent ces personnes qui agissent de la part ponsable qu’un autre, et même davantage. Les enfants de Dieu, lui y
de Christ pour le bien de Son corps. C’est là un bel exemple de l’harmo- compris, sont tenus de veiller avec une sainte jalousie, parce que son
nie qui règne dans la vérité de Dieu. L’amour actif de Christ est repré- péché amènerait plus de honte et de scandale sur le nom de Christ que
senté dans cette épître comme la source de toute la bénédiction de le péché d’un membre du corps moins en évidence. Mais en dehors des
l’Église ; il en est de même des dons personnels de Christ, qu’Il aime Lui- affaires de nature morale, nul ne doit intervenir le moins du monde,
même et dont Il se sert pour entretenir Son amour chez d’autres. dans l’exercice de son ministère, entre lui et le Maître qui l’a appelé à
La différence entre les évangélistes, les pasteurs et les docteurs est Le servir. À cet égard les dissidents sont complètement et radicalement
évidente. L’évangéliste est le moyen ordinaire de rassembler les âmes dans le faux, parce qu’ils considèrent que l’Église nomme les ministres
vers Christ. On peut dire qu’il est par nature un don itinérant, non pas et a bien sûr le pouvoir de les démettre si elle veut. Cela fait du ministre
confiné en un lieu, mais appelé à être ici ou là, partout où le Seigneur le ministre de leur église. Or l’Écriture ne parle jamais, comme tous le
peut le conduire par l’Esprit pour répondre au besoin des âmes. Timo- font aujourd’hui, du ministre d’une église particulière ; on n’y trouve ja-
thée qui, par un tour de passe-passe clérical a été métamorphosé en mais rien qui ressemble à ces expressions « notre » ministre, ou
archevêque, est appelé dans l’Écriture un « évangéliste ». Il avait été si- « votre » ministre. Ce que l’Écriture nous montre, c’est que tous les
gnalé par prophétie pour une œuvre particulière, et un certain don lui dons sont des dons dans l’unité du corps de Christ. Si quelqu’un est ré-
avait été accordé par le moyen de l’apôtre accompagné des anciens. Au ellement pasteur ou docteur, il est établi comme pasteur ou docteur
commandement de l’apôtre, il va quelque part, et y prend connaissance dans l’Église tout entière. Cela va jusqu’au point que le lieu où il se
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

trouve n’a pas d’importance ; où qu’il aille, et pour autant qu’il marche yeux des incrédules, il lui reste toutefois le plus important, sauf les
selon l’Écriture, il est appelé par Christ, et non pas par une congréga- dons fondamentaux qui n’avaient pas besoin d’être continués.
tion, à exercer son ministère sans crainte, humblement bien sûr, et sans Le fondement a été si parfaitement posé que les apôtres et les pro-
prétendre à plus qu’il n’a reçu. Si quelqu’un s’élève au-dessus de ce qu’il phètes ne sont plus nécessaires. C’est ce qui est laissé entendre ici.
a reçu, il arrive en général qu’il se discrédite même pour ce qu’il a reçu. L’Esprit de Dieu ne prépare pas les saints en vue d’une longue continua-
La tendance générale chez les enfants de Dieu n’est pas de déconsidérer tion des choses dans ce monde. Christ a donné « les uns comme
le ministère, mais de lui donner une place qu’il ne mérite pas. Satan apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes,
travaille toujours à disloquer les ressources destinées à faire fonction- les autres comme pasteurs et docteurs ; en vue du perfectionnement
ner le corps, et pour ce faire il pousse les saints soit à donner de l’im-
des saints, pour l’œuvre du service (*), pour l’édification du corps de
portance là où ils ne devraient pas, soit à être pointilleux et à discrédi- Christ ; jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la
ter là où ils devraient être reconnaissants. Toutes ces choses ont besoin connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la
d’être réglées par la Parole. stature de la plénitude du Christ » (4:11-13).
Les gens fondent en général leurs idées sur l’Ancien Testament et (*) note du traducteur : JND traduit ce mot par « service », alors que W.
non sur le Nouveau : d’où l’idée de considérer le ministère comme une Kelly le traduit par « ministère ». Nous avons maintenu le terme « ser-
sorte de profession honorable, ou un titre reconnu par le monde. Or si vice » ici.
nous examinons notre chapitre ou tout le reste des épîtres, on verra Les croyants de ces jours-là pensaient forcément que l’ensemble
bien que les titres d’apôtres, etc., ne sont jamais quelque chose de re- de l’œuvre de l’Église allait s’achever dans leur génération : notre pas-
connu dans le monde. Le monde les a méprisés. Pierre, en son temps, sage n’enseigne nullement l’idée d’une succession, même si nous pou-
n’a pas été plus honoré dans le monde après être devenu apôtre vons maintenant le voir de manière implicite. Le ministère est l’exercice
qu’avant. Le monde pouvait reconnaître qu’il opérait des miracles, ce d’un don spirituel ; et ces dons dépendent de ce que Christ demeure
qui est tout autre chose. Beaucoup d’hommes charnels ont opéré de toujours la Tête [le Chef] de l’Église, et que Son office ne prend jamais
grands miracles. Les Corinthiens n’étaient que de petits enfants dans fin comme celui des souverains sacrificateurs qui, à leur mort, passait
leur compréhension des choses, à cause de leur enthousiasme pour les à leurs successeurs. Christ a été dans le ciel après Sa résurrection, et ces
miracles et les manifestations de dons extérieurs. Ils aimaient aussi apôtres sont ce qu’Il a donné après être monté en haut. Nous sommes
s’écouter parler ; et l’apôtre leur montre que prononcer seulement aujourd’hui sur le même terrain qu’eux au jour de la Pentecôte. Christ
quelques paroles pour le bien de l’Église, c’était beaucoup plus élevé et a alors quitté le monde, et c’est de là qu’Il a donné les dons énumérés
bien meilleur que tous les signes et prodiges qu’ils opéraient. Il pouvait ici. Le Saint Esprit demeure dans l’Église, et par le Saint Esprit Christ
faire plus de miracles qu’eux tous, et pourtant il déclare qu’il préfère donne de la puissance à des hommes sur la terre pour tout ce dont
prononcer cinq paroles avec son intelligence (afin que j’instruise aussi l’Église peut avoir besoin. Nous avons les évangélistes, les grands
les autres), que dix mille paroles en langue inconnue (1 Cor. 14:19). Si agents recruteurs du Seigneur pour son armée spirituelle. Nous avons
donc l’Église est dépouillée des pouvoirs miraculeux qui frappent les ensuite les pasteurs et les docteurs que le Seigneur suscite et donne
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

pour conduire, guider et gouverner ces saints de Dieu introduits par le reconnaître comme une chose divine — que nous n’en sommes pas ré-
travail des évangélistes. Tous ces dons demeurent à toujours. Je ne duits à l’idée q&ue nous n’avons plus maintenant qu’un ministère hu-
parle pas de mesure de la puissance, car il y bien de la faiblesse effecti- main, au lieu d’un ministère divin comme autrefois — que nous avons
vement ; mais ces dons demeurent nécessairement, parce qu’ils dé- la certitude que ces dons découlent de Christ qui ne saurait faillir à Sa
pendent de Christ en haut et du Saint Esprit ici-bas, et que Christ ne parole et à Son œuvre !
peut jamais cesser d’être la Tête là-haut et le Saint Esprit ne peut pas Mais comment reconnaître un ministre, un évangéliste, un pasteur,
quitter l’Église ici-bas. Aussi est-il ajouté, « jusqu’à ce que nous parve- un docteur ? Je répondrai par une question : Comment reconnaissez-
nions tous à l’unité de la foi » (4:13). Il n’y a pas de garantie divine d’une vous un chrétien ? Tout chrétien qui fréquente des chrétiens, en a une
continuation des miracles, mais c’est implicite pour que les dons d’édi-
idée générale. Je ne dis pas qu’on le discernera infailliblement. Même si
fication continuent en vue du bien des âmes. personne ne peut se prononcer d’une manière infaillible, et que nous
Notre Seigneur a donc donné ces dons « jusqu’à ce que nous par- dépendons nécessairement dans notre mesure du secours actuel de
venions tous » (4:13). Il n’est pas dit qu’Il les donnera, parce que l’Église Dieu, toutefois nous savons qu’en règle générale il y a dans un chrétien
primitive était mise en position d’attendre le retour du Seigneur. Paul quelque chose qui se recommande à la généralité de ses frères. Il y a
et les autres apôtres appelaient les saints à toujours guetter la venue de dans sa confession de Christ quelque chose qui est plus ou moins en
Christ. Il n’y avait pas d’indication que Christ viendrait, mais qu’on L’at- harmonie avec la Parole de Dieu. Ensuite, l’esprit, le ton, la vie et la
tende constamment. C’est pourquoi il n’y a aucune préparation à une marche en général, après qu’ils se soient un peu frotté aux épreuves du
longue suite de siècles en rapport avec le ministère, mais on trouve sim- chemin, vont fortifier ou affaiblir la conviction initiale.
plement Christ à la droite de Dieu, fournissant ce qui est nécessaire. C’est exactement pareil quand il s’agit de juger du ministère. Nous
« Il a donné les uns … jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de sommes tenus d’éprouver toutes choses (1 Thes. 5:21). Quelqu’un est
la foi ». Si Christ était venu aux jours de la génération des apôtres, cette employé par Dieu pour remuer les âmes avec puissance et bénédiction,
affirmation aurait été vraie. Christ a différé, et cela demeure exact, pour les rassembler et les amener à Christ : c’est manifestement un
« jusqu’à ce que nous parvenions tous ». De sorte que, hormis les ex- évangéliste. D’un autre côté vous en voyez un autre dont le cœur n’est
ceptions déjà mentionnées, nous sommes assurés de pouvoir s’at- pas aussi fervent à présenter l’évangile aux âmes, mais qui jouit de la
tendre à la continuation d’un ministère de même caractère et issu de la
vérité de Dieu, et aime amener les autres à de pareils sentiments :
même source que celui qu’avait l’Église apostolique. Tout ce qui est né- n’est-ce pas un docteur ? D’autres connaissent aussi bien, peut-être, la
cessaire pour amener et rassembler les âmes, et pour prendre soin vérité de Dieu, mais n’arrivent pas à l’exposer de manière à agir pareil-
d’elles une fois rassemblées, demeure jusqu’à ce que Christ vienne et lement sur les autres. Mais voilà une troisième personne qui entreprend
achève tout. de s’occuper pratiquement des âmes, et fait régulièrement de graves
Quelle bénédiction de savoir que nous pouvons accepter de la part erreurs : puis-je dire que c’est un pasteur ? Dès qu’il se présente des
de Dieu ce ministère qui a été si orgueilleux et /ou si servile dans les difficultés, il est à bout d’idées, ne sachant que faire ni que conseiller. Il
mains de l’homme, — que nous pouvons l’attendre de Lui et le se peut qu’il soit capable d’expliquer la Bible, mais dès qu’il s’agit de
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

l’appliquer à la vie pratique des chrétiens, voilà des bévues sans fin. Être a reçu Christ, nous n’avons pas de motif justifiant de refuser sa profes-
pasteur suppose non seulement la connaissance de la vérité, mais la sion selon laquelle elle est un membre de Christ », la personne est alors
puissance pour la faire valoir chaque jour auprès des individus : cela reçue dans l’assemblée, puis vient l’épreuve — la dépendance de Dieu
implique d’agir sur la conscience et les affections d’une manière qui après que quelqu’un est reçu. Christ est absolument nécessaire pour
n’est pas forcément celle d’un docteur. Un homme peut être docteur une marche droite. Ceux même qui sont nés de Dieu ne seront pas gar-
sans être pasteur (et vice versa), ou il peut être les deux. Un apôtre pou- dés à moins de marcher dans une réelle humilité et en regardant à Dieu.
vait être aussi docteur, évangéliste et pasteur. Vous trouverez un don L’Esprit de Dieu opère dans l’assemblée. L’un manifeste une apti-
particulier chez un homme, et chez un autre un don d’une toute autre tude pour prêcher, l’autre pour enseigner ; certains servent le Seigneur
sorte.
en privé, d’autres en public. Quelle est la puissance pour en juger ? Le
Encore un autre cas : voilà quelqu’un incapable d’exposer la vérité même Esprit de Dieu. Après tout, c’est une question plus simple que
avec puissance, mais capable d’exhorter ; il peut agir sur la conscience. beaucoup ne l’imaginent. C’est juste comme l’être humain qui connaît
C’est là un don de valeur inestimable, qu’on trouve en Rom. 12 [v.8], la nourriture qui lui est bonne, qu’il soit un petit enfant ou un homme
mais qui est absent en Éph. 4. Ici nous avons les dons les plus saillants fait : de même pour les saints, il leur est inhérent de connaître en gros
pour bien mettre les saints à leur place dans l’ordre et les fonctions qui ce qui est pour leur bénédiction spirituelle. Si l’on est en bas état, ou
leur conviennent. Or tout en étant persuadé que l’Esprit de Dieu habi- charnel, on sera séduit par des riens pompeux ; mais on trouve en gé-
tant en nous est la seule puissance permettant de discerner, selon le néral un jugement sain et droit depuis le chrétien au jugement spirituel
degré de certitude qu’il plaira à Dieu, si un homme est chrétien ou s’il le plus mûr jusqu’au simple petit enfant. Bien que tous ne soient pas
ne l’est pas, s’il a un don ou s’il n’en a pas, il n’en reste pas moins que le capables de détecter le point critique, tous ceux qui sont guidés par Dieu
degré de discernement dépend de ce que nos cœurs sont, ou non, au- en quelque mesure sont en état d’apprécier la valeur de ce qui leur est
dessus de la chair et de son activité. Cela requiert de la spiritualité, et présenté dans le ministère.
suppose du jugement de soi-même. L’Église tout entière est respon- Que se passe-t-il en cas d’hérésie ? Comment l’assemblée peut-
sable de juger. Un évangéliste peut se tromper sur une personne, en elle juger de la fausse doctrine ? Christ est la mesure de référence.
pensant qu’elle est vraiment convertie, et il peut en arriver à la baptiser. Tout ce qui, en accord avec l’Écriture, exalte Christ est vrai ; tout ce qui
Mais voilà quelque chose de mis en évidence, et l’église refuse cette
rabaisse Christ est faux, et est du diable. Christ est la puissance de Dieu
personne. Supposons une personne qui confesse le nom de Christ, et et la sagesse de Dieu (1 Cor. 1:24). Mais Dieu opère par des instruments,
est baptisée, et elle recherche la communion : l’assemblée de Dieu de et s’il y a un faux docteur qui introduit ce qui est mauvais, il y a de vrais
la localité est tenue de l’examiner. Personne n’a le droit de s’appro- docteurs capables de le discerner. Si le faux docteur cherche à enrober
cher : qui a des droits aujourd’hui, sauf Dieu seul ? Il nous faut être sou- son enseignement sous des formes attrayantes, le Saint Esprit qui de-
mis plutôt de parler de droits. L’Église examine donc, — et s’il y a com- meure dans l’Église travaille contre Satan, et par des membres divers, Il
munion d’une manière générale ou une mesure de satisfaction suffi- dévoile et manifeste le véritable caractère du mal devant l’assemblée
sante pour amener à dire « nous croyons que la personne en question de Dieu ; et une fois que celui-ci est mis à découvert, tous ceux qui
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marchent avec Dieu sont en état de prononcer un jugement divin à son apostolique ou quasi-apostolique. Ne nous convient-il pas aujourd’hui
égard. S’il nous fallait construire un chemin de fer, nous ne saurions pas de dire que, n’étant pas apôtres, nous ne prétendons pas en exercer les
comment commencer le travail ; mais quand le chemin de fer est fonctions en faisant des ordinations, bien que nous reconnaissions de
achevé, nous pouvons parfaitement bien dire son usage et sa valeur, et tout cœur ceux qui possèdent les qualifications requises pour ces
nous pouvons bien juger en pratique s’il est bon ou non. Il en est de charges locales, partout où on les trouve ?
même de l’Église de Dieu. Tous ne sont pas également capables de dis- Or le système qui prévaut actuellement non seulement assume une
cerner et de signaler le mal, mais Dieu suscite certains qui le peuvent, autorité qu’on ne possède pas en réalité, mais il introduit le plus grand
et tous portent ensuite aisément un jugement à son égard. désordre et la confusion la plus coupable, si nous en jugeons par l’Écri-
Ces dons sont indispensables à l’Église dans son ensemble, sans ture, ou même par ses résultats pratiques. Il en est ainsi dans toutes les
pour autant affirmer que partout où il y a une assemblée de Dieu, il soit associations humaines, qu’elles soient de type épiscopal, presbytérien
absolument nécessaire pour la marche des saints en commun que telle ou congrégationaliste. Qu’y a-t-il en effet de plus fatal à la bénédiction
ou telle sorte de personnes soit suscitée parmi eux. Nous pouvons bénir ou à la gloire du Seigneur que de voir un évangéliste plein d’ardeur en-
Dieu de cette ressource pour les besoins de Son Église aussi longtemps chaîné à une sphère limitée d’activité et essayant en vain de répondre
qu’Il a une Église ici-bas. L’existence de l’Église et celle du ministère re- aux besoins d’un corps de chrétiens qui ont justement besoin d’être
posent sur la même base ; ils découlent tous les deux de l’amour de édifiés en Christ ? ou de savoir que, dans le voisinage, un docteur ac-
Christ, et tant que nous avons l’un, nous aurons aussi l’autre : c’est le compli est forcé d’abandonner son don particulier parce que sa congré-
même amour de Christ qui voit Son corps et qui fournit à certains gation ne se compose guère que d’inconvertis ? Y a-t-il un arrangement
membres la puissance spirituelle requise pour le bien-être de ce corps. plus douloureusement conçu pour entraver l’Esprit de Dieu que ce tissu
Tous les hommes de Dieu, où qu’ils soient, reconnaissent que Dieu doit de canons et cérémonial ecclésiastiques, etc. qui dégrade le ministère
avoir à faire avec le ministère, et par conséquent, quand les dissidents au rang de servitude de l’homme, et dispose des âmes comme si elles
mettent leur vote dans l’urne, ils ne nient pas que le Saint Esprit doive étaient les serfs du sol sur lequel ils vivent.
donner la capacité d’être ministre. Si la personne était ministre avant, Inversement, quand on se place sur le terrain de l’Écriture par cons-
naturellement elle l’est aussi après ; mais ils disent désirer faire de lui cience envers Dieu, il peut y avoir de la faiblesse, mais il y a place pour
leur ministre. Ne vaudrait-il pas mieux abandonner cette forme non
le Saint Esprit pour entrer et opérer par qui Il veut. Sans doute, l’ennemi
scripturaire, et le reconnaître toujours comme ministre de Christ ? De a ses ruses spéciales pour détourner, et si possible pervertir ceux qui se
cette manière vous le laissez sur son propre et véritable terrain comme tiennent sur ce terrain ; personne plus que ceux-ci, n’a autant besoin de
quelqu’un tenu de servir Dieu à tout prix et de toutes manières. veiller et prier, pour ne pas dire de s’humilier. Mais grâce à Dieu, ce ter-
J’admets que la Parole de Dieu parle d’évêques et de diacres, mais rain est le champ d’activité de la foi ; il honore la Parole de Dieu ; il
il n’en est pas parlé ici en Éph. 4. Il n’est pas dit que Christ a donné les donne à l’Esprit la place qui Lui appartient ; il reconnaît la seigneurie de
uns comme évêques et diacres. Mais je maintiens que selon l’Écriture Christ, accueillant chaque membre du corps là où la Tête l’a placé. C’est
ces évêques et ces diacres devaient être nommés par l’autorité pourquoi si on allègue qu’il faut y mettre de l’ordre, je demande quelle
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sorte d’ordre ? Ce que vous voulez, est-ce un ordre selon votre concep- en tant que personnes, ni en rapport avec les devoirs moraux ; mais on
tion, ou selon celle de Dieu ? Si nous sommes soumis à l’Écriture, nous ne laisse pas à l’Esprit de Dieu Sa place dans l’assemblée, ni même dans
ne laisserons sous aucun prétexte, aussi spécieux soit-il, mettre de côté ses membres individuels. Sa puissance n’est pas reconnue comme une
le seul ordre que Dieu approuve pour Ses enfants maintenant sur la personne divine descendue du ciel, non pas simplement pour convertir
terre, c’est-à-dire Son assemblée, guidée par le Saint Esprit, présent au des pécheurs, mais pour être le guide de l’assemblée chrétienne. Qu’en
milieu d’elle pour maintenir la gloire de Christ et opérer souveraine- est-il du déroulement des réunions de l’Église ? (se réunit-elle même
ment par qui Il veut, quoique, bien sûr, seulement pour l’édification et jamais comme telle ?) — la question se pose partout. Qu’en est-il de
avec la bienséance qui convient à la présence de Dieu. Il peut y avoir du l’exercice des dons de Christ dans l’assemblée de Dieu, à part du
désordre par manque de spiritualité, tant de la part de ceux qui ont des monde ? Lorsque les chrétiens se réunissent ensemble, n’a-t-on pas éta-
dons que de ceux qui n’en ont pas. Mais assurément, l’Écriture est une bli une méthode qui n’a rien de scripturaire, en ceci ou en cela, au lieu
règle plus sûre et plus efficace pour corriger tous les désordres, que les de laisser l’assemblée de Dieu être saintement soumise au Saint Esprit,
plus sages règlements des hommes ; cependant tout sera vain si l’on ne et se confier en Lui pour qu’Il opère librement, pleinement, et avec
dépend pas présentement du Saint Esprit. puissance, par les membres qu’Il veut, pour le bien de l’ensemble ? La
Parole révélée de Dieu concernant Son assemblée, n’est-elle pas,
Cependant l’apôtre Paul, tout en faisant face aux abus charnels,
comme toute autre vérité, éternelle pour la conduite de l’Église ici-
suppose la plus grande liberté pour l’exercice de tous les dons du Sei-
bas ? Je maintiens qu’elle l’est ; et je crois que ceux qui contestent la
gneur dans l’assemblée chrétienne, sous réserve seulement de Ses
permanence de son autorité et leur responsabilité actuelle auront bien
propres restrictions formulées expressément (voir 1 Cor. 14). Si c’était
du mal à répondre devant le tribunal de Christ ; tandis que ceux qui s’en
là l’ordre de Dieu à l’époque, quand a-t-il cessé ? L’Église de Dieu n’a-t-
tiennent à la volonté de Dieu exprimée dans Sa parole, auront sûrement
elle plus de points de repère divins pour ses services publics ? Je ne
Sa bénédiction maintenant, et Son approbation en ce jour solennel.
porte aucune envie à ceux qui abandonnent le système de Dieu au pro-
fit d’un de leur choix ou de leur invention, et qui malgré cela, n’ont Or ce n’est pas tout de sortir de ce qui est manifestement mauvais.
aucun scrupule à citer des bribes çà et là, comme les versets 33 et 40 de La séparation d’avec nos associations doit nous être douloureuse, et il
1 Cor. 14, pour appuyer des arrangements humains directement con- ne faut jamais le faire sans croire que c’est clairement la volonté de
traires tant à la lettre qu’à l’esprit de la Parole inspirée dont on les tire Dieu. Certes, on ne doit pas refuser les plus faibles chrétiens qui vien-
tout à coup. Ce que Dieu a établi pour le culte et le service de l’Église nent d’ailleurs, mais je ne pense pourtant pas que quelqu’un doive être
est et doit être aussi obligatoire pour la conscience que ce qu’Il a écrit prompt à recevoir ce qui est nouveau pour lui, à moins d’être con-
pour notre marche et notre activité individuelles. En un sens, il me vaincu que c’est assurément de Dieu. Si des gens viennent seulement
semble même que la désobéissance publique de l’Église collectivement à cause de certaines circonstances heureuses, cela ne tiendra pas : s’ils
est plus insultante pour Dieu qu’aucune faute individuelle, aussi grave disent « il y a là tellement d’amour, de vérité, d’union, de simplicité,
soit-elle. Or quel est l’état actuel de la chrétienté ? Le peuple de Dieu, etc., parmi ces chrétiens, qu’il nous faut les rejoindre », il surviendra
mêlé au monde, s’est écarté de la parole de Dieu. Je ne parle pas d’eux bientôt quelque épreuve, et ils seront prêts à dire, « il n’y a point du
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tout d’amour parmi eux — comme ils sont tous changés ! ». Ces effets conseils de Dieu, et Dieu opéra en eux, forma leurs cœurs, et les ho-
spirituels peuvent agir sur les affections et retenir l’attention, mais ils nora, jusqu’au jour où ces méprisés devinrent les héros et les cham-
ne suffisent pas comme travail de fond pour le chrétien en présence de pions de la cause du Seigneur, alors que tout était en ruine en Israël.
la volonté révélée de Dieu. Supposons même que vous arriviez à réunir Que notre part soit de Le servir fidèlement ! Je crois que, sur le plan
une assemblée de croyants heureux, tous de la même pensée quant à ecclésiastique, nous sommes là où nous devons être — là où le Saint
l’Esprit, à l’Église et à la venue du Seigneur, outre les vérités fondamen- Esprit est libre de déployer, manier et appliquer cette vérité qui a pour
tales, — je ne voudrais pas en faire partie si on mettait pour condition but de nous séparer du monde, de cœur et en pratique, pour être pour
d’adhérer à leur sentiment. Cela manque de fondement divin, ou le Dieu et pour les objets de Son cœur. C’est maintenant notre faute à
méconnaît. Que ce soit ma part de toujours m’attacher seulement au nous seuls si nous ne faisons pas de progrès. Si tout ce qui nous entra-
nom du Seigneur Jésus, le seul centre, parfaitement suffisant, de ras- vait autrefois (lorsque nous étions lié à ce qui était un déshonneur sys-
semblement pour toute l’Église de Dieu ! — et faire cela quoi qu’il en tématique au Saint Esprit) est ôté, puissions-nous sentir profondément
coûte, et aussi peu nombreux et faibles que soient ceux qui se rassem- nos manquements personnels ! Notre principe de rassemblement n’est
blent de la sorte. Il est possible que mon plus cher ami s’égare ; cela plus un motif humain, mais bien un motif divin, car ce n’est ni plus ni
peut aussi m’arriver. Bien sûr c’est douloureux et humiliant d’être jugé moins que la mise en pratique, par la foi, de la Parole de Dieu concer-
par les autres parce qu’on a manqué à se juger soi-même. Mais je n’ose nant Son Église, selon la lumière et la puissance qu’Il accorde. Si
pas rester loin du bon chemin, parce que je sais que la volonté de Dieu d’autres pouvaient nous montrer en quoi nous pourrions faire Sa vo-
s’y oppose. Nous ne sommes pas libre de faire de l’Église de Dieu un lonté plus parfaitement, nous leur en serions très reconnaissants, et
club religieux à notre convenance. C’est à Dieu à choisir et à appeler nous bénirions Dieu pour cette aide. Puissions-nous tenir ferme la vérité
comme Il Lui plait pour la gloire de Son Fils ; c’est à nous à obéir de tout dans la soumission à Son Esprit, désirant le bien de tous les croyants, où
notre cœur. Dans la condition de dislocation actuelle de la chrétienté, qu’ils se trouvent, sans nous préoccuper de les faire sortir ou entrer un
nous avons appris que les principes de Dieu obligent toujours la cons- instant plus tôt que celui où Dieu leur donnera de connaître Sa pen-
cience, et nous nous sommes réunis pour être là où on est libre de sée ! Je ne reconnais à aucune société humaine, grande ou petite,
mettre en pratique Sa Parole par le Saint Esprit. Si quelqu’un parmi d’avoir le moindre droit sur un seul enfant de Dieu. C’est seulement de
nous tombe dans le péché, nos adversaires s’écrient aussitôt : Voyez ! Sa volonté qu’il s’agit. Obéir à Sa Parole, insister là-dessus auprès des
ils ne sont pas plus parfaits que leurs voisins. Mais qui a jamais parlé de autres, ce n’est ni de l’arrogance ni du manque de charité, mais de la
supériorité personnelle ? Nous ne prétendons à rien pour nous- foi en Dieu. Puissions-nous y abonder avec actions de grâces.
mêmes, désirant seulement être conduits de Dieu pour marcher indivi- [v.12] Nous nous sommes déjà arrêtés sur les formes les plus re-
duellement et collectivement comme Il le veut.
marquables du déploiement de la grâce de Christ par le moyen des dons
Voulez-vous ressembler à ceux qui s’assemblèrent autour de David — apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs et docteurs — mais nous
dans la caverne d’Adullam ? La détresse et la misère où ils étaient en n’avons pas encore abordé le but que notre Seigneur avait en vue, le
arrivant ne dura pas. Celui qui les attirait à lui était le centre des but général du ministère. Le verset 12 nous apprend que les dons sont
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accordés « en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du avant la fin du chapitre 1. Qu’est-ce qui remplit la première partie de
service, pour l’édification du corps du Christ ». Remarquez dès la pre- ce chapitre 1 ? ce qui est nécessaire pour le perfectionnement des
mière de ces expressions de l’Esprit de Dieu, ce qui corrige l’une des saints. Dieu Lui-même révèle Sa vérité précisément dans le même
erreurs les plus répandues dans la chrétienté aujourd’hui — non pas ordre, et en vue du même but premier. Ici au ch. 4 on trouve de même
simplement dans les formes les plus ténébreuses de la chrétienté (car les dons de Christ juste après le schéma de ce qu’Il opère. Le perfec-
je ne parle pas tant des églises Latines et Grecques), mais là où il y a la tionnement de Ses saints est l’objet le plus près de Son cœur ; puis vien-
lumière orthodoxe du protestantisme, et même des sentiments évan- nent les moyens employés pour introduire dans la connaissance des
géliques forts. Tous ceux qui sont au courant de la manière de voir si privilèges qui nous sont communs, et le travail de l’Esprit dans l’assem-
générale aujourd’hui, n’ont aucun doute que, même parmi les chré- blée, ce qui est lié avec Sa gloire sur la terre. Ainsi donc, quelle que soit
tiens, la notion principale qu’on a sur le ministère, c’est qu’il consiste la condition de l’Église, quelles que soient les précieuses voies de Dieu
simplement à appeler les âmes pour les amener à la connaissance de pour s’occuper de l’Église, quelles que soient les affections de Christ
leur salut personnel en Christ. pour Son corps, après tout ce qui compte le plus directement pour
Or ce n’est pas le but ultime du ministère pour le Seigneur. Gagner Dieu, ce sont Ses saints ; leur perfectionnement est Son objectif pre-
des pécheurs au Sauveur n’est qu’une partie de la bénédiction, même mier et principal, et Il y tient toujours. Quelles que soient les fluctua-
si c’en est une partie nécessaire. Les évangélistes, comme les autres, tions de l’œuvre, et quel que soit le caractère de Son témoignage à un
sont donnés « en vue du perfectionnement des saints », ce qui va moment donné sur la terre, le perfectionnement des saints est l’objet
beaucoup plus loin. Il est évident qu’il faut d’abord devenir des saints ; qui ne cesse d’être devant Lui.
mais ce que le Saint Esprit signale comme le véritable objectif du minis- Il y a dans cette pensée quelque chose d’extrêmement doux. Quoi
tère, c’est de former les saints selon Christ ; de les ajuster ensemble qu’il arrive, Dieu accomplira le perfectionnement de Ses saints, et
conformément à l’appel du Seigneur et à Sa volonté souveraine à leur changera les choses douloureuses et affligeantes en moyens de béné-
égard ; de les mettre en état correctement, justement et librement, diction pour eux, la plupart du temps, sinon toujours, à leur honneur.
pour les amener à agir à leur place vis-à-vis de Dieu et les uns envers Quand nous avons besoin d’être humiliés, c’est évident que nous ne
les autres. Voilà ce qui semble impliqué dans l’expression « le perfec- sommes pas humbles ; si nous ne sommes pas petits à nos propres yeux,
tionnement des saints ». Ce qui suit présente plutôt les formes inter- il faut que Dieu nous rende tels. Le processus selon lequel Dieu opère
médiaires que ce but suppose, « pour l’œuvre du service, pour l’édifi- n’est pas de nature à nous donner de l’importance, mais Dieu garde
cation du corps de Christ ». toujours en vue la fin bénie qu’Il se propose, et ne manque jamais de
Pour Dieu, Ses saints considérés individuellement sont toujours de l’accomplir. Il en résulte que nous avons toujours lieu de L’adorer pour
première importance, y compris leur bonne condition devant Lui, et Sa bonté ; même si dans tout cela il y a de la détresse dans le temps
leur façonnement complet d’après Sa norme. Ce qui tient à leur rassem- présent, toutefois Dieu ne fait jamais défaut. Il est résolu à perfection-
blement et à leur fonctionnement comme assemblée, aussi important ner les saints. Il est fidèle et Il le fera. Il signale cette œuvre à Ses saints
soit-il, ne vient qu’après. Ainsi le sujet du corps, l’Église, n’apparaît pas comme étant l’objectif pratique de Christ. C’est là que nous avons le
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

ministère sous ces diverses formes selon ce qu’Il dispose souveraine- que n’importe quelle connaissance de Son œuvre. C’est avec Christ
ment. comme Personne divine que la vérité appliquée par Dieu à nos âmes
par le ministère, nous rend de plus en plus intimes. C’est ceci qui est
Le Seigneur a à faire au ministère directement et sans intermé-
mis devant nous « jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la
diaire, sans intervention de l’assemblée. Un ministère qui émane de
foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait ». La
l’Église, cela n’existe pas dans l’Écriture, bien que le ministère
connaissance des voies de Dieu dans le passé ne produirait pas cela. Les
s’adresse à l’Église. Paul parle de lui-même comme d’un ministre de
saints de l’Ancien Testament regardaient au Messie comme une espé-
l’Église, non pas qu’il en dérive, mais dans le sens que son ministère
rance ; mais la forme sous laquelle l’Esprit de Dieu nous présente le but
était à son service : car l’Église est formée par le ministère, et ce n’est
aujourd’hui, c’est la connaissance de Sa personne, comme le Fils plei-
pas le ministère qui découle de l’Église. Les dons ont pour but le perfec-
nement révélé pour notre joie, notre louange et notre culte. Ainsi, ce
tionnement des saints. Le ministère peut faillir, mais le Seigneur ne
que nous avons ici, c’est le grand but chrétien, la grande forme de con-
manque jamais d’arriver à Ses fins. Ce sera peut-être d’une manière plus
naissance que Dieu a en vue pour tous Ses saints maintenant. Si l’on
lente, éventuellement dans une extrême faiblesse, voire même dans
compare avec le verset 14, on voit la force de l’expression « à l’état
l’affliction, mais Il accomplira Ses desseins. Il accorde ces dons « en vue
d’homme fait » ; c’est en contraste avec l’état d’enfance, et le verset
du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du service, pour l’édifi-
se continue ainsi : « à la mesure de la stature de la plénitude du Christ ;
cation du corps de Christ ». Ces deux derniers membres de phrase sont
afin que nous ne soyons plus des petits enfants, ballottés et emportés
subordonnés au premier.
çà et là par tout vent de doctrine ». Ce que Dieu a en vue pour nous,
[v.13-14] Il est très précieux de voir les saints agir ensemble ; mais c’est que nous soyons au stade de pleine croissance, et cela « dans
même si l’œuvre du service vient à faillir ou à se gâter entre les mains l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme
de l’homme, le grand but que le Seigneur S’est assigné, et pour lequel Il fait, à la mesure de la stature de la plénitude du Christ ». Le contraste
a donné ces dons, est exécuté malgré tout. Et de plus cela est vrai signalé est par rapport à cette condition de faiblesse où l’on est exposé
« jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi, et de la con- à toutes les ruses des hommes, à leurs variations, et à leurs plans de
naissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la sta- propagation de l’erreur.
ture de la plénitude du Christ » (4:13). L’expression « l’état d’homme
[v.15-16] À l’opposé de cela, on arrive à la manière pratique selon
fait » ne se rapporte pas à la résurrection, mais à notre croissance ache-
laquelle notre accroissement a lieu. « Mais que, étant vrais dans
vée dans la connaissance de Christ.
l’amour, nous croissions en toutes choses jusqu’à Lui qui est le chef, le
On peut observer cela chez l’apôtre Paul. Bien que son grand travail Christ » (4:15). L’expression est bien « étant vrai dans l’amour », ce qui
ait été d’exposer la rédemption de Christ et les conseils de gloire de Dieu est beaucoup plus profond que « parlant la vérité dans l’amour » selon
fondés sur la rédemption, il ne peut pourtant pas s’empêcher d’insister le texte de la version autorisée du roi Jacques. Certes, « parler la vérité
sur cette pleine croissance des saints liée à l’approfondissement de la dans l’amour » est une partie très importante de « être vrai dans
connaissance du Fils de Dieu. C’est la personne de Christ qui se dresse l’amour », mais ce n’est pas tout. Nous savons tous qu’il est très possible
devant l’âme, ce qui est vraiment un test de spiritualité, beaucoup plus
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de ne pas être vrai en pensée et en sentiment, tout en tenant des pro- L’avons Lui à l’exclusion de tout notre propre mal. Dès que nos cœurs
pos tout à fait correct. « Être vrai dans l’amour » implique la vérité se fixent sur une chose ou une personne quelconque en dehors de
dans les parties intérieures de l’être. Christ, voilà le mal qui se montre — c’est bon pour nous de le savoir et
de le reconnaître. Il n’en a jamais été ainsi avec notre Seigneur. Il pou-
Nous trouvons ici les deux traits essentiels de la piété qui se trou-
vait dire : « Je me suis toujours proposé l’Éternel devant moi » (Ps.
vaient en Christ en perfection infinie. Il était la lumière. En tout ce qu’Il
16:8). Il s’est donné Lui-même à nous comme objet à avoir toujours
disait, Il reflétait exactement la pleine vérité venant de Dieu Lui-
devant nous.
même ; bien plus, il était Lui-même cette vérité. Il y a une expression
remarquable en Jean 8:25, quand notre Seigneur discutait avec les Juifs La viande de notre Seigneur et son breuvage étaient de faire la vo-
et se présentait comme la lumière du monde. Ils lui demandèrent ce lonté de son Père (Jean 4:34) ; toutefois bien sûr, Il devait rencontrer
qu’Il était et Il répond : « Absolument ce qu’aussi je vous dis » (traduc- Dieu au sujet de nos péchés d’une manière à laquelle nul autre n’est
tion exacte de l’original ; la version autorisée du roi Jacques traduit à appelé. Notre point de départ à nous, c’est une rédemption accomplie
tort « Cela même que je vous ai dit au commencement » ; or il n’y a pas par Christ, qui nous a amenés dans la présence de Dieu, et nous appelle
« au commencement », mais « absolument » ; il n’y a pas non plus « ce à marcher selon la grâce qui nous y a amenés et nous y garde. Même si
que j’ai dis », mais « ce que je dis »). Si vous pesez ces mots, vous en nous ne le réalisons pas tous, nous en avons fini avec nous-mêmes en
verrez la force. Notre Seigneur est exactement et absolument ce qu’Il vertu de l’œuvre de Christ ; nous sommes approchés de Dieu, amenés à
exprime ; Ses paroles communiquent ce qu’Il est avec une certitude in- avoir notre chez nous avec Lui, et c’est de là que nous sommes appelés
faillible. Lui était certainement vrai en amour. Les paroles de notre Sei- à entreprendre tout ce qui est convenable pour nous ici-bas ; nous
gneur faisaient ressortir si complètement l’homme intérieur, Il était si avons ici à juger ce qu’est la volonté de Dieu, car nous sommes la fai-
parfaitement transparent, que rien en Lui ne déviait de la vérité ; rien blesse même si nous ne faisons pas clairement Sa volonté. Dieu ne veut
n’avait même l’apparence d’être autre chose que ce qu’Il était exacte- pas seulement que nous soyons bientôt semblables à Christ, mais c’est
ment. Il en était ainsi parce qu’il n’y avait pas de péché en Lui (1 Jean maintenant qu’Il a cela en vue pour nous. C’est là les délices de Dieu
3:5), et qu’il n’y avait pas de fraude en sa bouche (És.53:9). Il n’avait pas avec Ses enfants, envers et contre tout, partout où le cœur est vrai et
d’autre objet que Dieu devant Son âme, comme Il dit Lui-même : « Je où Christ est devant l’âme, bien qu’il puisse y avoir des différences im-
fais toujours les choses qui Lui plaisent » (Jean 8:29). On peut être cer- menses. L’enfant ne reste pas toujours un enfant, mais il devient
tain que ce qui seul nous donne la puissance de la vérité, c’est d’avoir adulte : il devrait en être de même dans la famille de Dieu. Il veut que
Christ devant nous comme l’objet de nos âmes pratiquement et en tous nous croissions.
tout. Dès l’instant où nous avons quelque chose de nous-mêmes Or c’est là le but des dons de Christ. Il s’applique à bénir les âmes
comme objet, nous nous écartons d’autant, et il en sort ce qui n’est pas déjà maintenant dans ce monde : tel est l’objet de tout ministère. Ce
la pleine vérité, car Christ seul est la vérité, et Lui seul nous donne la n’est pas laissé à nos pensées ou à nos arrangements, mais c’est tout
vérité dans l’amour parfait. Nous ne marchons nous-mêmes dans la vé- entre les mains du Seigneur. C’est Lui qui aime Ses saints, qui veut les
rité que dans la mesure où nous sommes remplis de Lui, et que nous bénir, et qui met en relation directe avec Lui-même Ses serviteurs
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

particuliers qui doivent avoir à faire aux saints, et qui met devant les la terrible condition du pécheur. L’effet produit sur le cœur de celui qui
yeux de ces serviteurs ces objets auxquels Il tient, avec le devoir de s’ac- est renouvelé n’est donc pas simplement la foi en Christ, mais la repen-
quitter de leur charge, — comme un devoir envers Lui et non envers tance envers Dieu ; c’est le jugement de toute sa condition morale
eux. En effet, dès que l’Église devient le principal objet de l’âme, la bé- comme Dieu la voit. Ces deux effets se trouvent donc ensemble dès le
nédiction prend directement un caractère très inférieur, sur tous les commencement quand Dieu opère dans une âme, et dans la réponse
plans spirituels. morale produite dans l’âme du saint, et on continue à les trouver tout
le temps ensemble. Quand un saint agit de manière saine en la présence
On peut éprouver des sentiments justes les uns envers les autres,
de Dieu, il y aura place tout autant pour l’amour divin, que pour le main-
mais il y a quelque chose de beaucoup plus élevé que l’amour de ses
tien de la sainteté et de la majesté de Dieu. Nous ne devrions pas dési-
frères, aussi divin soit-il. Si vous ne connaissez rien au-dessus de
rer que la peine nous soit épargnée pour échapper à cela aux dépens
l’amour fraternel comme l’objet personnel auquel vous tenez, vous
de Dieu. Aucune épreuve du cœur n’a jamais été passée avec Dieu,
n’arriverez pas à marcher dans l’amour. Dieu est plus élevé que
sans en avoir reçu de la bénédiction. On pourrait avoir de la bénédic-
l’amour, et c’est justement ce qui fait toute la différence, si nécessaire
tion encore plus richement, sans autant de manquement ou de mani-
dans le temps présent. L’une des choses principales contre lesquelles
festation de ce que nous sommes. Mais si nous ne saisissons pas Christ
nous avons à être en garde, c’est l’effort que fait Satan pour persuader
de manière à être élevés au-dessus de nous-mêmes, alors il faut ap-
les gens que, parce que Dieu est amour, en conséquence l’amour est
prendre avec douleur ce que nous sommes. Mais Dieu fait tourner tout
Dieu. Or il n’en est pas ainsi. Quand je dis que Dieu est amour, j’exprime
cela pour la bénédiction. C’est là la pensée capitale de ce chapitre. Dieu
ce qu’Il est dans l’énergie active de Sa nature sainte. Mais ce n’est pas
nous a amenés dans une position de bénédiction. Tout d’abord nous
tout ce que Dieu est. Il est lumière autant qu’Il est amour ; je dois re-
sommes en Christ devant Dieu, et, ensuite, Dieu demeure en nous : la
connaître Son amour sans renier Sa lumière. Ce qui prévaut chez beau-
première de ces choses est notre grand privilège, l’autre est notre res-
coup aujourd’hui, c’est qu’on déifie l’amour pour dépouiller Dieu de Sa
ponsabilité solennelle, qui découle de ce que Dieu a fait de nous le lieu
lumière. Or quand nous avons clairement devant nous, non pas que
de Son habitation.
l’amour « est Dieu », mais que « Dieu est amour », alors l’amour n’en
sera pas moindre, mais au contraire plus vrai et plus pur. L’amour sera Cette vérité de l’habitation de Dieu exclut immédiatement toutes
alors la source active de nos cœurs, et ne sera pas en conflit avec le notions ecclésiastiques rétrécies. Si nous nous réunissons simplement
caractère de Dieu, mais il laissera place à Dieu pour Se manifester selon comme une église, une telle relation avec Dieu disparaît. Même si je
tout ce qu’Il est. Dieu est vrai dans l’amour. ne me réunis qu’avec deux ou trois, il faut que ce soit sur la base de
L’Église, faute de quoi il n’a pas en lui de vérité devant Dieu ; si deux
Considérez, par exemple, comment Il a agi envers mon âme à la
ou trois chrétiens se réunissent sur cette base, ils font la volonté de
conversion. La foi est-elle la seule chose produite par le Saint Esprit ?
Dieu, et ont Dieu demeurant chez eux. C’est là que Christ est, et c’est
Quel est le premier effet de Son entrée chez un pécheur ? C’est de
là que Dieu demeure d’une manière spéciale. Dieu peut bénir dans un
l’amener à n’être rien. N’est-ce pas de l’amour ? Si, mais c’est l’amour
rassemblement qui n’a pas Son approbation ; Il peut bénir même dans
de Dieu agissant avec moi dans la vérité de ce qu’Il est, et de ce qu’est
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

le papisme. La grâce de Dieu est si riche et donnée si librement, et elle Sa volonté est parfaite dans d’autres domaines, l’est-elle moins dans ce
est tellement au-dessus des voies mauvaises des hommes, qu’Il peut qui concerne si profondément et de si près la gloire et le nom de Christ,
se servir du nom de Christ dans les circonstances les plus fâcheuses. à savoir l’Église ? On raisonne à partir du fait que les choses ne sont plus
Mais que le sceau de Dieu soit mis sur ce que nous faisons, c’est tout aujourd’hui dans l’ordre et dans la beauté du commencement ; on va
autre chose. Pour qu’Il puisse s’y associer, il faut que nous soyons dans même jusqu’à nier la responsabilité des saints, comme si les chrétiens
la vérité des choses, et que nous agissions selon la pensée divine. De- n’avaient rien à voir, d’une manière ou de l’autre, avec ces écarts pu-
puis le temps où les apôtres ont été suscités, Paul spécialement, je crois blics d’avec Dieu. Va-t-on soutenir qu’il faut adopter ces écarts parce
que ce n’est que de nos jours que cette grande vérité a été mise en qu’on a été élevé au milieu de cela, tant soi que ses pères ? La question
lumière par le Saint Esprit de manière à agir sur les âmes selon Dieu. qui se pose pour nous est certainement la suivante : Désirons-nous ap-
prendre et faire la volonté de Dieu ? Est-ce là le grand objectif qui nous
Depuis la ruine de la chrétienté, je ne connais pas de témoignage
dirige ? ou nous contentons-nous de savoir où trouver assez de bien-
adéquat qui ait été rendu à cette grande vérité. Il y a eu abondance d’ef-
être et de bénédiction pour surnager ? Je suis pleinement assuré que
forts humains pour améliorer le présent et imiter le passé, mais tout
c’est en faisant la volonté de Dieu, que vous aurez le plus de bénédic-
cela est bien différent de ce que Dieu a préparé dans la Parole pour les
tions, et les meilleures ; cependant là n’est pas le vrai motif chrétien,
saints dans une condition déchue. Quand vous voyez un homme s’effor-
et c’est même un guide incertain. On peut aller ici et y trouver un peu
cer simplement et avec toujours plus de sérieux de s’améliorer, vous
de bénédiction, et puis aller là avec l’espoir d’en trouver un peu plus.
avez raison de dire qu’il est sous la loi et ne comprend pas l’Évangile. De
Mais, comme le dit notre passage, la croissance a lieu « afin que nous
la même manière, quand un ensemble de chrétiens essaient d’amélio-
ne soyons plus de petits enfants, ballottés et emportés çà et là par tout
rer la chrétienté par de nouveaux plans et de nouveaux efforts, je dois
vent de doctrine » (4:14). Dieu veut que nous soyons gardés de toute
dire que, s’ils comprenaient la nature de l’Église de Dieu et la relation
la tromperie des hommes et de leur habileté à user de voies détour-
du Saint Esprit avec elle, ils sentiraient combien l’union est un misé-
nées pour égarer (4:14).
rable substitut à l’unité ; ils s’humilieraient devant Dieu à cause de
l’état de l’Église, et reviendraient à la Parole de Dieu pour voir s’il n’y N’y a-t-il donc aucun moyen d’avoir de la certitude au milieu de la
a pas une réelle direction, humble mais divine, pour l’état de choses confusion régnante ? Assurément il y en a. Quand l’âme est suffisam-
actuel dans la chrétienté. Dieu veuille délivrer Ses saints de l’idée aussi ment brisée pour sentir ce qui est dû à Dieu, Il rendra tout clair. Nous
profane qu’incrédule, mais si généralisée, que, vu les circonstances pré- ne devrions jamais, ni en privé ni en public, nous joindre à quoi que ce
sentes, nous sommes obligés de continuer çà et pécher ! Pour ceux qui soit que nous savons être mauvais. Bien sûr on trouve partout des
ont du discernement spirituel, cette pensée revient à faire de Dieu choses dites ou faites qu’on ne saurait approuver ; mais de tels man-
quelqu’un comme nous. Si je fais l’abandon de Sa sainteté sur un point, quements individuels sont quelque chose de bien différent de la parti-
comment puis-je la maintenir ou me confier en Lui sur un autre ? Main- cipation à des actes publics de culte suivant un ordre qu’on sait d’avance
tenons au contraire qu’il n’y a pas de situation d’urgence telle que Dieu être systématiquement non scripturaire : Là, je m’identifie avec l’of-
puisse abaisser Sa sainteté, ou approuver que nous en manquions. Si fense de ce qui est commis en contradiction avec la Parole de Dieu et
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

établi par une autorité humaine. Ceci montre l’importance de ne rien source de malheurs pour tous ceux qui sont concernés, et il faut y résis-
faire dans l’assemblée sans qu’il s’y rattache tout le poids de l’assem- ter avec tout le sérieux possible. Les saints sont eux aussi exposés à
blée. avoir des préjugés ou des préventions en ce qui les concerne l’un
l’autre, spécialement dans les petites choses qui prêtent tant à l’esprit
Il est donc évidemment désirable de laisser hors de l’assemblée
de parti. Pour bien des âmes, ce serait en outre une vraie torture, si
tous les questions de controverses. Nous pouvons en parler à un servi-
toutes les questions privées étaient susceptibles d’être produites en pu-
teur de Dieu, ou à un frère sage. Mais même si je jouis personnellement
blic. Dieu soit béni ! Il a établi Ses propres jalons pour nous guider, et Il
de quelque chose, cela ne m’autorise pas à en occuper l’assemblée de
nous a montré clairement qu’on ne devrait jamais rien amener sur la
Dieu, à moins que je ne croie que Dieu veuille que j’en parle, — il en
place publique de la discipline de l’Église avant d’avoir tout fait pour
est ainsi spécialement si cela peut jeter du doute dans les pensées du
l’empêcher. Le désir de nos cœurs devrait être la gloire du Seigneur
croyant le plus simple de cette assemblée. Les affaires mineures de
dans la bénédiction réciproque de nos âmes ; or nous savons tous
discipline ne devraient jamais être présentées à l’assemblée. En pré-
qu’une publicité inutile ne fait que rajouter de la honte, de la souf-
sence de ce qui paraît être une fausse doctrine fondamentale ou avoir
france et des difficultés. Quand c’est nécessaire, qu’on le fasse, et
un caractère d’immoralité grossière, quoi que ce puisse être, on doit
d’une manière qui soit pour le Seigneur, en toute gravité et amour vé-
évidemment supposer que tous les saints auront le même jugement sur
ritable. Quand on détruit la vraie idée de l’Église et de son action, on
de pareils points. Tous sentiront qu’on ne peut avoir aucune commu-
tend à la rabaisser au niveau d’un simple club, quelquefois plus bas que
nion avec le blasphème ou l’ivrognerie, ni avec toute autre manifesta-
le monde, même s’il y a des prétentions plus hautes.
tion fatale du mal de telle ou telle nature. Ce sont des cas qui réclament
le jugement uni de toute l’assemblée. Si un saint est ce qu’on appelle Quand nous avons saisi la vérité que le Seigneur a sur terre ce à
un membre de l’Église nationale, ou un dissident, peu versé dans ce quoi Il lie Son nom, même si deux ou trois seulement sont rassemblés
qu’enseigne l’Écriture quant à l’idée et l’action ecclésiastiques, — mal- à ce nom, renonçant à leur relation avec ce qui est du monde et de
gré cela, s’il est réellement né de Dieu, il peut ne pas y avoir de diffé- l’homme ; — quand nous en sommes arrivés à apprendre de Dieu que
rence de fond sur le jugement à porter dans de tels cas. La puissance de Celui qui a sauvé nos âmes est Le seul compétent pour former, garder
l’Esprit est grande, le Seigneur sait comment opérer, et les instincts spi- et diriger l’Église — si nous savons qu’Il nous a faits membres de Sa
rituels communs à tous les enfants de Dieu, guidés par Sa parole sur de propre Église, tout ce qu’il nous reste à faire est d’agir sur la base de
tels sujets, trouvent leur expression dans le rejet et le jugement de l’Église que Dieu a faite. Si nous appartenons réellement à Dieu, nous
toutes ces choses mauvaises. La discipline publique dans l’Église est appartenons à Son assemblée et nous sommes appelés à la réaliser
une affaire si sérieuse, qu’on ne devrait jamais y recourir tant que le d’une manière pratique. Si j’en connais bien peu qui agissent selon ce
mal n’a pas atteint un degré tel que tous les croyants dépourvus de qui s’applique à ce sujet dans la parole de Dieu, j’ai la liberté, bien plus,
préjugés soient unis à son égard. Il y a une tendance chez ceux qui ont je suis tenu dans la liberté de Christ de me réunir avec eux. Ce serait,
un esprit juste et actif, à faire de tout sujet sur lequel on diffère une naturellement, un sujet d’actions de grâces si des centaines de milliers
question que l’Église doit traiter et trancher. C’est une grave erreur, se réunissaient de la sorte, bien que ceci puisse occasionner d’autres
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

souffrances et épreuves sur d’autres plans ; mais l’épreuve n’est pas communiants, ni de la forme et des moyens de la puissance dans le mi-
simplement du trouble pour la chair ; si nous marchons avec Dieu, elle nistère, mais bien davantage de l’état de nos propres âmes avec Dieu,
sera une occasion pour l’exercice de la grâce et de la patience ; elle fera et de ce qu’on fait Sa volonté, non seulement dans le service et la vie
appel au vrai amour pour Christ qui cherche le bien des autres, et qui individuels, mais aussi comme Son assemblée, qui devrait se réunir se-
se traduit toujours en intercession sous la pression du mal de tous cô- lon Sa parole.
tés.
Il y a donc ces trois choses :
Si donc deux ou trois en arrivent à ne plus pouvoir reconnaître 1. d’abord et par-dessus tout, le perfectionnement des saints indivi-
d’église humaine, ni de salut humain, faut-il qu’ils continuent à rester, duellement ;
au déshonneur de Dieu et pour la ruine de leur conscience, en persis- 2. ensuite, de manière subordonnée, l’œuvre du service [ou : minis-
tant dans un mal connu ? Ne doivent-ils pas plutôt, par la foi, se réunir tère], où d’autres personnes agissent sur moi ; et,
au nom du Seigneur ? Qu’ils fassent tout pour se réunir, en suivant la 3. enfin, l’édification du corps de Christ.
Parole et en faisant confiance à l’Esprit de Dieu. Ils rencontreront des
Le but profond et le résultat désiré de tout cela est la croissance jusqu’à
épreuves, mais ils auront la vraie liberté et le Saint Esprit opérant au
l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude de Christ ;
milieu d’eux. Cet Esprit a été donné pour demeurer avec eux éternelle-
« afin que nous ne soyons plus des enfants ballottés et emportés çà et
ment (Jean 14:16) ; qu’ils le croient et qu’ils ne manquent pas de comp-
là par tout vent de doctrine dans la tromperie des hommes, dans leur
ter là-dessus. Peut-être sont-ils très faibles, mais le Saint Esprit n’est
habileté à user de voies détournées pour égarer ; mais que, étant vrais
pas faible. Quand ils se réuniront, peut-être que personne ne leur par-
dans l’amour, nous croissions en toutes choses, jusqu’à Lui qui est le
lera longuement, avec profit ; mais l’assemblée de Dieu ne se réunit
chef, Christ ». Permettez-moi d’en montrer une preuve pratique. Vous
pas pour des sermons. Qu’il y ait beaucoup ou peu de paroles, leur but
savez que très tôt, toutes sortes de fausses doctrines et d’hérésies ont
est de faire la volonté de Dieu, de se souvenir de Christ, d’agir selon
surgi. Quelle fut la ressource des hommes pieux de ce temps-là ? On
l’Écriture en ayant foi au but et à la gloire de Dieu dans Son Église. S’il y
inventa des credo et des confessions servant à mettre à l’épreuve les
a vingt-mille chrétiens dans les environs, mais qui se réunissent sur des
personnes suspectes. Or où était l’autorité pour agir ainsi ? Ces rem-
principes humains, quel croyant pourra soutenir que ces deux ou trois
parts ont-ils maintenus le mal dehors ? Nullement, jamais et nulle
ne jouissent pas de la présence spéciale de Dieu parmi eux d’une ma-
part. Il n’y a qu’une seule puissance capable de maintenir la vérité et
nière impossible aux vingt-mille ? Plus nous avons le sens de la ruine de
l’amour — c’est Christ. Là où Christ est réellement retenu et où on Lui
l’Église, plus aussi nous avons pleine confiance que les principes de
demeure attaché, sans instruments humains, on peut commencer dans
Dieu demeurent toujours intacts et aussi obligatoires aujourd’hui
la faiblesse et l’ignorance, mais la force de Christ finira par être rendue
qu’au jour de la Pentecôte. Plus l’âme est heureuse dans le Seigneur,
parfaite dans leur faiblesse. La puissance de Christ reposera sur ceux
plus elle sera amenée à s’épancher en amour pour tous les saints. Que
qui, sentant leur propre faiblesse, s’attachent à Lui seul. Imposer des
ce soit notre part par grâce « de croître en toutes choses jusqu’à Lui qui
credo fait souvent trébucher les consciences faibles des fidèles, mais
est le Chef, le Christ ! » (4:15). Cela ne dépend pas du nombre des
parvient rarement, voire jamais, à exclure les hommes mauvais ; et les
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

chrétiens spirituels non plus n’estiment pas juste de les reconnaître, car tous les dons dans sa personne. Tel membre de Christ dans une congré-
ils sont sensibles à l’honneur dû à la parole de Dieu, et ils ont été ame- gation peut être qualifié de Dieu pour édifier occasionnellement par une
nés à voir que ces credo sont sans garantie, aussi corrects soient-ils. Il parole de sagesse, ou pour prêcher l’Évangile, ou pour exhorter, ou pour
en résulte que vous brouillez les faibles parmi les enfants de Dieu, et agir comme ministre de telle ou telle manière ou à tel degré, selon la
vous excluez les forts. Vous avez une foule de gens qui y souscrivent de Parole de Dieu. La porte est gardée ouverte dans l’Écriture en principe
manière irréfléchie ou bigote ; quant aux hommes dangereux, quel est et en pratique pour tout ce que Dieu donne. Ce n’est certes pas là dé-
le voleur ou le brigand qui va se laisser arrêter par un credo ? Les bar- précier le ministère ; au contraire, c’est l’affirmer, et affirmer les droits
rières humaines sont capables d’entraver ou de déshonorer l’œuvre du Seigneur dans le ministère. Mais le principe sur lequel s’exerce le
de Dieu, mais non pas d’empêcher le mal de l’homme ou de Satan. Ce ministère aujourd’hui, est si entièrement, certainement et manifeste-
que vous trouvez dans l’Écriture, ce sont les saints conduits en avant, et ment humain, qu’il en résulte inévitablement que bon nombre de per-
le corps bien uni ensemble par les divers jointures et liens, et ainsi ali- sonnes même pas chrétiennes sont accréditées comme ministres, et
menté (Col.2:19). Tel est l’exercice et le fruit du ministère exercé dans que sont discrédités tous les vrais ministres qui, à cause du Seigneur,
toute son étendue ; car le Saint Esprit peut donner là une parole par rejettent les formes non scripturaires, nouvelles ou anciennes. C’est là
quelqu’un qui n’a pas de don permanent, bien qu’habituellement Dieu un mal qu’aucun homme pieux, s’il a le désir d’être obéissant, ne doit
opère dans un homme pour en faire un évangéliste ou un docteur. Ainsi tolérer ni même considérer à la légère, ne serait-ce qu’un instant. Voilà
l’existence d’un ministère régulier est une vérité divine, même si la vé- une bonne raison, me semble-t-il, pourquoi c’est un tort de devenir mi-
rité va bien au-delà. nistre d’une dénomination quelconque qui suit ces traditions sans fon-
dement, — ce qu’elles font toutes. Si vous êtes ministre en aucune ma-
Un ministère exclusif, c’est, j’ose le dire, interférer avec les droits
nière, vous êtes ministre de Christ et de personne d’autre. C’est clair
de Christ et l’action du Saint Esprit. Dieu a fait en sorte que, dans ces
comme le jour selon la Parole de Dieu. L’action de l’assemblée, en tant
derniers jours, la ruine de l’Église soit plus ressentie qu’elle ne l’a été à
que telle, est quelque chose d’entièrement distinct. S’il veut agir correc-
aucune autre époque que je sache de son histoire passée ; mais Il a aussi
tement, le ministre doit agir de la part de Christ, et de Christ seul, tout
fait apprendre et ressentir aux âmes qu’aucune ruine de l’Église ne dé-
en faisant, bien sûr, partie de l’assemblée ou qu’il en soit membre. Il
truit un principe divin. Ce qui était la vérité pour l’Église est la vérité
peut s’efforcer d’édifier les croyants par des discours, des exhortations ;
pour celui qui croit. Le principe originel du ministère demeure toujours
il peut chercher sérieusement la conversion des non croyants ; mais
le seul principe que Dieu approuve et que nous devons suivre. La pra-
avec ou sans ministère (naturellement dans ce dernier cas, il y a une
tique moderne n’existait nullement aux temps apostoliques, c’est une
chose humaine propre à nos jours : pourquoi un saint devrait-il alors s’y perte), l’assemblée continue, et elle reste compétente pour remplir ses
fonctions propres dans la soumission au Seigneur, étant tenue de le
tenir ou la justifier ? L’Église doit absolument au Seigneur de ne pas in-
faire. Répétons que ce qui constitue la puissance de l’assemblée, ce
terférer avec ceux qui font l’œuvre du Seigneur selon l’Écriture (*). Tous
n’est pas le ministère, mais la présence et l’opération de l’Esprit. Il est
doivent aussi laisser au Seigneur la place pour susciter d’autres minis-
aussi important pour l’assemblée de garder cela à l’esprit, que pour les
tères comme il Lui plait. Nul ouvrier, si habile et si béni soit-il, ne réunit
serviteurs de se rappeler qu’ils ont directement à faire avec Christ
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

comme leur Seigneur. Bien entendu, l’abus du ministère, comme tout jamais rien qui ne soit entièrement selon Dieu, — la proposition con-
autre péché, amène nécessairement le coupable sous le jugement de traire n’étant que de la folie. Mais l’on insinue qu’il n’est pas possible
l’assemblée. Nul n’est hors du champ de jugement de l’Église, s’il y d’avoir sur terre aucun groupe de saints selon la volonté de Dieu, je nie
donne occasion par quelque mal dans sa conduite. Mais on ne doit ja- cela formellement, et je crois que vous pouvez trouver aisément le che-
mais voir l’Église interférer, sauf en cas de mal connu, en doctrine ou min de Sa volonté, et que tout croyant devrait le trouver. Si vous êtes
pratique. membre de l’Église de Dieu, vous avez la responsabilité d’apprendre la
(*) Si l’on suppose avoir des droits à interférer parce qu’on honore ceux qui volonté de Dieu concernant cette Église, et de ne rien faire d’autre. Si
travaillent, ou qu’on contribue à les soutenir, eux et leurs familles, selon je connais quelque part deux ou trois chrétiens cherchant à marcher
ce qui est nécessaire, cette pensée provient d’une source mondaine et selon les Écritures, c’est là ma part. L’un peut être naturellement une
mauvaise qui est manifeste. Achèterait-on le don de Dieu avec de l’argent, personne d’avant-garde, l’autre un original dans ses idées et sa marche.
ou réduirait-on un serviteur de Christ au rang de mercenaire des
hommes ? D’un autre côté, prenons garde à l’esprit humain d’indépen- Il peut y avoir des fautes chez tout individu. Mais rien de tout cela ne va
dance, qui n’est pas autre chose que de l’orgueil, dans un domaine où il me faire hésiter un instant, parce que je reconnais en eux cette partie
est des plus inconvenants et des plus nuisibles. de l’Église qui, là où ils sont, agit selon Dieu, — et que je le reconnaisse,
Voici quelque chose susceptible d’aider à faire voir la portée pra- ne dépend pas d’une idéal sans tache sur tel ou tel point. La question
tique du passage. Ce que Dieu fait et ce que Christ donne, les services qui se pose est celle-ci : font-ils la volonté de Dieu selon Sa Parole ? La
réciproques des divers membres du corps, les jointures et les liens, — volonté de Dieu est parfaite, et celui qui la fait demeure éternellement
tout a pour but que nous « croissions en toutes choses jusqu’à Christ ; (1 Jean 2:17). Sa volonté touchant son Église n’est-elle pas aussi absolue
duquel tout le corps, bien ajusté et lié ensemble par chaque jointure qu’à l’égard de toute autre chose ? Si j’admets cela, je dis qu’il y a là le
du fournissement, produit, selon l’opération de chaque partie dans sa principe pour agir. Ne nous faut-il pas être aux affaires de notre Père
mesure, l’accroissement du corps pour l’édification de lui-même, en (Luc 2:49) à cet égard ? Il s’ensuit que, pour tous ceux qui veulent plaire
amour » (4:16). à Dieu, il n’y a qu’une question à se poser : quelle est Sa volonté ? Il ne
s’agit sûrement pas de se rassembler en tant que troupeau de M. Untel
Nous avons là la théorie de l’Église, parce que Dieu, en posant ces
(car où trouvons-nous quelque chose de pareil dans l’Écriture ?), mais
principes bénis, n’introduit pas les simples accidents du mal. Il n’y a pas
bien de se rassembler comme des chrétiens qui s’attachent simple-
la moindre idée qu’ici ou là une vis puisse être mal vissée, ou quelque
ment à Christ, et qui comptent sur le Saint Esprit pour leur enseigner
chose d’autre soit de travers. Tout est supposé se mouvoir harmonieu-
toute la volonté de Dieu. N’est-ce pas là la seule vraie base sur laquelle
sement en vue du grand but final pour lequel le Seigneur l’a établi. C’est
les chrétiens devraient agir collectivement ? Où vais-je donc trouver
ailleurs qu’il faut chercher (et qu’on trouve) l’action en discipline et les
des chrétiens rassemblés de cette manière ? Y en a-t-il qui ont eu la foi
ressources quand le mal domine.
pour sortir de ce qui est simplement humain, pour se tenir sur le fon-
On allègue souvent la difficulté qu’on ne saurait avoir d’Église par- dement posé dans la Parole de Dieu ? La même Écriture qui me dit
faite sur terre. Qu’entend-on par là ? Ce n’est qu’une évidence banale, comment je dois être sauvé, me dit aussi comment marcher dans Sa
si l’on entend par là une condition où aucune âme ne dit ni ne fait maison, l’Église de Dieu. Ni l’assemblée, ni le ministère ne sont laissés
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

à l’intelligence humaine ou aux caprices des hommes. Pour tous les être très influencés par l’atmosphère de pensées et de sentiments qui
deux, il nous faut chercher dans la Parole de Dieu, et nous y soumettre. les entoure dans le monde. La passion dominante qui emporte le
Le système de Dieu (car Il en a un, révélé dans l’Écriture), voilà ce que monde d’aujourd’hui risque toujours d’être en piège au moins à ceux
nous avons à apprendre, et d’après quoi nous avons à agir. Nous pou- qui se dérobent devant la croix chaque jour, d’autant plus qu’ils ne se
vons rencontrer de grandes épreuves et de grandes difficultés, et nous défient pas d’eux-mêmes. Quelle que soit la forme prise par ce qui oc-
trouver nous-mêmes dans les mêmes détresses que les saints d’autre- cupe les énergies du monde, spécialement si c’est la philanthropie, le
fois, toutefois cela même nous confirme la vérité. Nous aurons certai- progrès moral ou la religion, nous sommes toujours en danger d’être
nement de la joie et de la force si nous sommes simplement dépen- pris au dépourvu. En outre, et c’est ce dont il s’agit ici directement, les
dants du Seigneur, et si nous lui obéissons. Les épreuves mêmes de- vieilles habitudes sont tenaces, en sorte que l’apôtre n’hésite pas à
viendront une source de nouvelles bénédictions ; et nous ferons l’ex- avertir ces saints qui se distinguaient, non seulement par la fraîcheur de
périence combien Dieu peut vraiment nous donner bien des choses de la joie de la foi, mais aussi par leur position extérieure, bien séparée du
Sa Parole pour l’employer à Sa propre gloire — des choses qui nous monde (la ligne de démarcation était nettement définie à l’époque).
étaient jusque-là pratiquement inutiles, et que nous supposions ne se Malgré cela, dans cette première parole d’exhortation, le Saint Esprit
rapporter qu’aux temps apostoliques. Nous commençons alors à trou- met en garde très solennellement les saints contre le danger d’être en-
ver une application présente à la Parole de Dieu en rapport avec notre traînés dans les voies et les pratiques des Gentils. C’est souvent un
position collective, comme à l’égard de la satisfaction des besoins jour- danger pour les chrétiens, parce qu’ils n’aiment pas être singularisés.
naliers de nos âmes. S’il en est ainsi, puissions-nous avoir le bonheur Il peut y avoir des originaux parmi les enfants de Dieu, sans que l’apôtre
non seulement de savoir ces choses, mais de les faire (Jean 13:17), en ne nous parle, bien sûr, d’individus excentriques, pour lesquels ce n’est
persévérant jusqu’à la fin (Marc 13:13 ; Apoc. 2:26). pas une difficulté mais un plaisir de ne pas être comme les autres : Ils
affectent l’originalité en paroles et en actes, et leurs efforts dans ce
[v.17- Ch.5 v.21] Nous en arrivons maintenant à la marche des
sens les rendent bizarres à tous égards. Mais l’apôtre les met en garde
chrétiens en général, celle qui est en harmonie avec la doctrine de notre
contre le danger moral ordinaire, quand la foi a perdu quelque chose
épître et qui s’y rattache. Au début du ch. 4, il y avait déjà eu une exhor-
de sa simplicité et de sa fraîcheur.
tation à marcher d’une manière digne de l’appel dont nous sommes ap-
pelés, mais ici l’apôtre rentre dans les détails. D’un autre côté, l’apôtre a montré ailleurs — efforçons-nous tou-
jours de nous en rappeler —qu’il est sage et important d’agir envers les
[v.17-19] Cela commence par une solennelle injonction faite aux
âmes en grâce autant que possible, et de ne pas imposer aux autres ce
saints de ne plus marcher dorénavant comme le reste des nations, dans
qu’ils n’ont pas la force de porter. En écrivant aux Corinthiens, l’apôtre
la vanité de leurs pensées. L’Esprit de Dieu nous met en garde contre ce
avait insisté sur ce point, et son ministère en donnait l’exemple. Il était
que nous estimerions peut-être inutile — la marche de ceux qui nous
devenu comme Juif pour les Juifs, afin de gagner les Juifs (1 Cor. 9:20).
entourent — la marche qui était la nôtre avant d’avoir été amenés à
Il était devenu toutes choses pour tous, afin que de toute manière il en
Christ. Pourtant, si on y réfléchit tant soit peu, la sagesse d’une telle
sauvât quelques-uns (1 Cor. 9:22). On ne trouvait là aucune sorte
exhortation est manifeste, car les chrétiens sont d’habitude exposés à
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

d’insistance sur des points particuliers. Le désir de son cœur était le bien nébuleuses, imaginant une chose et en exprimant une autre. Quel en
des âmes ; et nous pouvons l’avoir sans pour autant insister sur nos pen- était le résultat ? Leur entendement était obscurci. « Ils étaient étran-
sées et sentiments particuliers, aussi justes soient-ils. Voilà la souplesse gers à la vie de Dieu à cause de l’ignorance qui est en eux, à cause de
du chrétien s’il est établi dans la grâce. Quand il s’agit de nos propres l’endurcissement de leur cœur » (4:18). On a là des descriptions va-
âmes, nous ne saurions guère tirer trop fort sur la corde, ni veiller et riées, non pas de la marche extérieure, mais de la racine de tout le mau-
prier trop rigoureusement pour éviter de glisser ça et là. Mais il en va vais fruit qu’ils portaient. Dieu n’était dans aucune de leurs pensées.
tout autrement quand on a à faire aux autres. Nous devons supporter Ils étaient « étrangers à la vie de Dieu ». Comment aurait-il pu en être
leurs infirmités, même si nous restons forts quant à la vérité. C’est pour autrement ? La vie de Dieu ne se trouve que dans Son Fils (1 Jean 5:11) ;
leur bien que le Seigneur les met sur nos cœurs. Même vis-à-vis de Ses or n’ayant pas le Fils, ils n’avaient pas non plus la vie (1 Jean 5:12). Bien
propres disciples, nous voyons que le Seigneur n’allait pas au-delà de loin d’avoir de l’attrait pour le bien, ou un juste sens d’en avoir besoin,
ce qu’ils étaient en état de supporter à ce moment-là. Or le désir même ils étaient étrangers au bien ; la raison en était l’aveuglement, ou en-
d’aller à la rencontre des âmes, et de ne pas soulever des questions sus- durcissement, de leur cœur. C’est là qu’il faut remonter pour trouver la
ceptibles d’engendrer des disputes, pourrait exposer le chrétien animé source de la mauvaise conduite de ces Gentils. En bref et dans le fond,
d’un esprit de grâce, à prendre la couleur de son entourage, et d’aban- elle provenait de leur ignorance, et leur ignorance venait de l’endurcis-
donner ses propres principes. Il nous faut veiller de tous côtés. sement de leurs cœurs, non pas de la lourdeur de leurs esprits. Quelle
vérité solennelle et pratique, pour toute âme d’homme, convertie ou
Quant au support dans lequel nous sommes appelés marcher les
non ! Notre conduite découle de notre manière de juger, et notre ma-
uns avec les autres, il n’y a pas de doute à ce sujet. Néanmoins il nous
nière de juger découle de nos affections. C’est pourquoi l’état de nos
faut veiller à ne pas tourner la grâce en légèreté ou en dissolution.
cœurs est ce qu’il y a de plus important en pratique. Nous apprenons
« Voici donc ce que je dis et témoigne dans le Seigneur, c’est que vous
ici que tout l’homme extérieur a sa source dans l’homme intérieur, et
ne marchiez plus comme le reste des nations aussi marche, dans la va-
que l’homme intérieur est formé par ce qui gouverne le cœur.
nité de leurs pensées, ayant leur entendement obscurci, étant étran-
gers à la vie de Dieu à cause de l’ignorance qui est en eux, à cause de De là l’immense importance d’avoir Christ comme l’objet de nos
l’endurcissement de leur cœur » (4:17-18). L’apôtre commence ici par cœurs, et même comme l’objet exclusif. Il n’y a rien de plus commun
l’intérieur. Vous remarquerez que nous avons tendance à nous occuper que des affections partagées. C’est même le grand point sur lequel nous
et occuper les autres de ce qui est extérieur. Mais l’apôtre va à la racine avons tous à veiller. Si nous avions davantage l’œil simple et un cœur
de la marche mauvaise des Gentils. Leurs pensées étaient vaines et plus entièrement consacré à Christ, se jugeant mieux lui-même, quelle
creuses, ce qui est inévitable pour des gens qui n’ont pas nettement, en serait la conséquence ? Comme c’est le cœur qui donne toujours au
positivement et d’une manière intelligente, Dieu devant eux, quel que jugement sa direction, son caractère et son énergie, il n’y aurait jamais
soit le sujet qui les occupe. Ces Gentils n’avaient Dieu devant eux en d’hésitation pour la marche individuelle, et la marche ensemble serait
rien. Ils étaient « sans Dieu dans le monde » (2:12). En conséquence, il tout à fait paisible et dans la lumière de Dieu, sans faux pas ni trébuche-
n’y avait chez eux que les pensées et la bouche de l’homme, creuses et ment d’aucune sorte. C’est bien là la théorie du chrétien (comp. Phil. 1
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

et Col. 1). En pratique les difficultés ne manquent pas. Qui de nous n’a deviennent par suite la proie de toute sorte de maux. Ils s’étaient livrés
pas eu à confesser de tristes chutes et du péché ? Qui n’a pas dû dire : à la débauche pour pratiquer avidement toute impureté.
je ne connais pas la pensée de Dieu à l’égard de ceci ou de cela ? En un [v.20-24] Voici maintenant le chrétien, par contraste : « Vous
mot, l’entendement a été trop souvent obscurci, et la marche ne res- n’avez pas ainsi appris le Christ », dit l’apôtre (bien que tout ce qui avait
semblant pas à celle de Celui à qui nous appartenons. Certes ils ne sont atteint les Gentils soit un danger pour nous, et que Dieu se serve du
pas tels que ceux décrits dans notre passage. Mais n’est-ce pas solennel sentiment même du danger pour nous empêcher d’y tomber). Comme
que le chrétien ait à veiller contre les mêmes choses mauvaises que tout le mal pratique des Gentils provenait de leur ignorance de Dieu, en
celles qui, dans des âmes qui ne connaissent pas Dieu, nient et outra- suite de quoi le cœur, les pensées, la marche, tout était de travers, —
gent Son caractère et Sa volonté ? Pourtant c’est ce que nous avons
un mal qui s’aggravait sans cesse, — ainsi aussi maintenant, la déli-
tous à sentir et à confesser quant à nous-mêmes. Nous avons si souvent vrance de la part de Dieu de tout mal, racine, branche et fruit, c’est
manqué de lumière divine ! Cela ne devrait jamais être le cas chez un Christ. Quelle délivrance bénie, simple, sainte et à la gloire de Dieu !
saint. Il n’en a jamais été ainsi avec Christ. Il était la lumière ; de sorte Cependant l’apôtre n’entre dans aucun des divers processus dont Dieu
que ce ne serait pas du tout à la hauteur de Sa gloire que de dire qu’Il se sert pour amener ce résultat. En outre, Christ est le chemin aussi bien
marchait toujours non seulement dans la lumière, mais selon la lu- que la vérité (Jean 14:6). L’unique grand moyen qui s’applique à tous les
mière. Il n’a jamais connu ce que c’est que d’avoir l’ombre d’un doute. cas, et qui donne la délivrance la plus sûre, c’est Christ Lui-même.
S’Il attendait, ce ne fut jamais pour cause de doute, mais par simple « Vous n’avez pas ainsi appris le Christ ». C’est intentionnellement qu’il
dépendance de la volonté de Son Père, comme en Jean 11. Notre che- présente Christ comme la personne qui a à faire directement avec
min peut être d’attendre ; c’est bien de le faire quand nous n’avons pas l’âme. C’est une manière remarquable, quoique habituelle dans Jean,
une assurance comme la Sienne. de nous rattacher à notre Seigneur. « Mes brebis écoutent ma voix »
Le développement qui suit est une description de la terrible dépra- (Jean 10:27). Nous nous rapprochons ici de l’enseignement de l’Ancien
vation des Gentils, « qui, ayant perdu tout sentiment moral, se sont (2 Jean 1 ; 3 Jean 1), bien que le point sur lequel il est insisté ici ne soit
livrés à la débauche, pour pratiquer avidement toute impureté » pas la vie, mais l’union des membres avec la Tête. C’est comme si nous
(4:19). Sans aucun doute, c’est le plus bas niveau de dégradation morale avions entendu Christ nous-mêmes. « Si du moins vous l’avez en-
dont soit capable la vie de l’homme. Mais ce qu’il est salutaire de voir, tendu » (4:21a) — il est bien dit « vous L’avez entendu » et non pas
pour nous, et de nous appliquer pour y trouver une aide, un guide et « vous avez entendu à son sujet ».
une protection de nos propres âmes, — c’est que tous les excès de ce Ils étaient aussi « instruits en Lui selon que la vérité est en Jésus »
mal extérieur proviennent de ce que les cœurs sont obscurcis, et qu’ils (4:21b). N’y a-t-il pas une grande emphase dans cette expression ? Ce
le sont par manque de la vie de Dieu. Chez ces Gentils, il n’y avait rien n’est pas « selon que la vérité est en Christ ». Nous savons bien que Jé-
d’autre que ce que Satan tirait du propre esprit de l’homme, d’où il ré- sus est Christ, et que Christ est Jésus, mais l’emploi d’un mot par Dieu
sulte que ses jugements et ses sentiments sont faussés. Les hommes n’est jamais gratuit, et je pense que la différence est d’autant plus
grande qu’il est fait usage des deux noms. En tout premier lieu, Il
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

emploie le mot Christ : « vous n’avez pas ainsi appris le Christ » — ne pourraient l’être : quand vous parlez de la vérité, vous n’entendez
parce qu’Il place là devant l’âme toute l’étendue de mon privilège. pas simplement la nature divine dans sa perfection, ni Sa personne « de
Christ est le nom spécialement utilisé quand je regarde à Lui comme qui descend tout don parfait » (Jacq. 1:17). Pourquoi est-ce Jésus qui
l’Homme ressuscité, exalté. C’est en Lui que j’ai reçu ma bénédiction. est par excellence la vérité ? Jésus est Celui qui m’a présenté objecti-
Ce terme apporte à mon esprit la pensée de Celui en qui tout est con- vement ce qui me fait voir la portée et la relation de toute chose avec
centré, comme étant mort, crucifié, mais maintenant dans le ciel. Jésus Dieu aussi bien qu’avec l’homme. Si je veux tester une chose quel-
est le nom personnel qu’Il porte sur la terre. L’Esprit a révélé au cours conque, je ne puis jamais parvenir à son vrai caractère avant de la voir
des chapitres précédents le grand nom placé devant nous en Christ. en relation avec la personne de Christ. Le Saint Esprit est la vérité sub-
Mais lorsqu’il va parler de connaissance pratique s’appliquant aux de- jectivement, parce que nul ne peut contempler Jésus ni trouver la vé-
voirs de leur marche ici-bas, Il dit : « si du moins vous l’avez entendu rité en Jésus sans le Saint Esprit. Le Saint Esprit est le révélateur de
et avez été instruits en lui, selon que la vérité est en Jésus ». Selon ce Jésus ; notre propre esprit ne peut pas Le voir. Même le nouvel homme
que je comprends, l’Esprit parle plutôt ici de Lui comme de cette per- ne peut pas par lui-même comprendre Jésus, ni entrer dans les choses
sonne qui, aux yeux des hommes comme aux yeux de Dieu, a été dans de Dieu. Remarquez la manière frappante dont cela fut montré quand
Ses voies ici-bas l’exemple béni de toute lumière et de toute pureté. les disciples eux mêmes, déjà nés de Dieu, eurent à attendre que le Sei-
Toute personne spirituelle saisira bien vite quelle manière bénie il y a gneur leur ouvre l’intelligence pour comprendre les Écritures (Luc
de placer ceci devant nos âmes. Il place devant nous le tableau vivant 24:45), et recevoir ensuite la puissance pour agir d’après elles. Après
de tout ce que nous avons en Christ, mais nous le voyons dans les voies avoir été convertis, ils avaient besoin de la puissance de l’Esprit pour
de cet Homme béni, Jésus, ici-bas. Par « la vérité qui est en Jésus » être capables de comprendre les Écritures. Il leur fallut ensuite à nou-
n’entend-il pas la vérité que nous voyons, entendons et savons conte- veau attendre la puissance pour rendre témoignage de la vérité d’après
nue dans toute parole qu’Il a prononcée, dans toutes Ses voies, Son les Écritures à d’autres. Ils eurent besoin d’avoir la puissance de l’Esprit,
obéissance, Son service, dans toutes les sortes de souffrances qu’Il a chose distincte de la nouvelle nature, afin d’entrer dans les choses de
traversées sur la terre, dans Sa patience, Sa ferveur, Son zèle pour la Dieu. La simple nature humaine ne comprend jamais les choses de Dieu,
gloire de Dieu, Sa compassion pour les pécheurs qui périssent ? Et mais le nouvel homme les comprend ; toutefois, pour qu’il les com-
pourtant, regardez où vous voudrez, et voyez qu’Il ne tolérait rien de prenne, la conduite de l’Esprit est indispensable. Le nouvel homme est
contraire à Dieu. Toutes ces choses, et infiniment plus encore, nous les caractérisé par la dépendance. Le Saint Esprit agit dans Sa propre puis-
trouvons en Jésus, et nulle part ailleurs, en perfection. sance. Pour entrer dans la vérité, nous n’avons donc pas seulement be-
Ce n’est que dans la personne de Jésus que nous avons toute la soin de dépendance de Dieu, mais de puissance de Sa part. Je ne parle
pas ici simplement à propos de la conversion, mais de l’entrée pratique
vérité pleinement manifestée. Je puis apprendre la vérité par le Saint
dans les pensées de Christ, et dans les voies de Dieu telles que mani-
Esprit, qui est la seule puissance par laquelle je connais la vérité, et je
festées dans les voies de Jésus.
crois que c’est la raison pour laquelle Il est appelé « la vérité » en 1 Jean
5:6. Ni Dieu, comme tel, ni le Père, ne sont jamais appelés la vérité, ni
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

[La valeur de la vérité telle qu’elle est en Jésus] (v.21) caractères immenses et éclatants de la majesté, de la sagesse et
de la bonté divines qu’on rencontre de toute part dans tout ce que
Permettez-moi d’illustrer la valeur de la vérité telle qu’elle est en
Dieu a fait sur la terre, je rencontre aussi d’autres caractéristiques,
Jésus. comme la faiblesse, la déchéance, la souffrance, la mort, etc.
• Prenez n’importe quelle vérité, l’homme, par exemple. La question se pose : d’où cela vient-il ?
Où vais-je apprendre la vérité à son sujet ? La trouverai-je en Autant là tout est tordu, autant les premiers caractères n’étaient
Adam — un homme qui a écouté sa femme après qu’elle ait que droiture. Les derniers caractères débordent de misère alors
écouté le diable — un homme qui, quand Dieu est descendu, est que les premiers portent l’empreinte de la sagesse et de la puis-
parti se cacher, et a même osé L’insulter en rejetant le blâme sur sance. Le résultat de tout cela est que, pour celui qui se borne à
Lui ? Vais-je regarder à ses fils — à Caïn le premier-né, ou à Abel raisonner dans la vanité des pensées de l’homme, l’intelligence
tué par Caïn ? La merveilleuse grâce qui se voit en Abel provenait s’obscurcit ; et tout ce qui peut être appris, même en considérant
de Dieu, non pas de lui-même. Si vous poursuivez l’histoire de ce qui sort de la main de Dieu, ne réussit aucunement à donner
l’homme comme tel, vous ne trouverez que du mal, de l’orgueil, une connaissance de Lui. J’y vois les effets d’une main autre que
une présomption toujours croissante, jusqu’à ce que vous laissiez celle de Dieu, — la main d’un menteur et destructeur. Au lieu de
toute cette histoire de côté, par honte et par dégoût. C’est d’ail- vous élever de la nature vers le Dieu de la nature, comme les
leurs ainsi qu’elle aurait fini s’il n’y avait pas eu le Second Adam. poètes le chantent en vain, vous risquez de sombrer de la nature
Et là je trouve à chacun de Ses pas, dans chacune de Ses paroles, jusqu’au diable qui l’a toute ruinée. En vous efforçant de trouver
dans tout ce qui a découlé de Son cœur et qui s’est reflété dans Dieu par vos propre forces, vous tombez dans les pièges de l’en-
Ses voies, Celui qui n’a jamais fait Sa propre volonté. Alors j’ap- nemi. C’est un autre chemin qu’il me faut pour apprendre ce que
prends la beauté et la merveille d’un homme soumis à Dieu sur la Dieu est. Recueillir des preuves de Son existence est une chose ;
terre — Le seul qui ait jamais marché dans une dignité morale par- Le connaître Lui en est une autre. Je peux me réjouir dans tout ce
faite, quoique méprisé de tous, et par dessus tout haï des chefs qu’Il a fait, mais que sont Ses pensées, Ses sentiments, Ses voies,
religieux du monde de l’époque. Comment Dieu n’aurait-Il pas pris spécialement envers le pécheur ? Si vous parlez de la Providence,
son plaisir en Lui ? Nous trouvons donc ici l’humiliante vérité. ne voit-on pas Abel souffrir et Caïn prospérer ? Il se fit de grandes
L’homme s’est entièrement manifesté : Jésus, la croix, nous en œuvres dans la famille de l’orgueilleux meurtrier ; tandis que
disent toute l’histoire. ceux qui ont alors brillé d’une manière ou d’une autre de la lu-
• Prenons un autre cas. Si je regarde en haut et que je pense à Dieu, mière de Dieu, ont été détestés et méprisés par le monde ; ils
où vais-je Le trouver avec certitude ? Dans la création ? étaient souvent faibles à leurs propres yeux, mais souffrants et
rejetés partout où leur foi les rendait odieux à ceux qui n’en
Elle est toute ruinée. De plus, se borner à lire quelque chose au
avaient pas. C’est une énigme impénétrable pour l’homme. En
sujet de Dieu dans le livre de la nature, c’est n’avoir que des coups
présence de tels faits, comment l’homme peut-il discerner le
d’œil sur Sa puissance et Sa libéralité. Or au milieu de ces
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

contrôle puissant d’un Dieu selon que la conscience lui en parle ? Mais du moment que le même Être béni, qui m’a montré dans Sa
Il surgit constamment des difficultés, et la raison en est très propre vie et dans Sa mort ce qu’est l’homme, m’a là aussi mon-
claire : je ne peux pas trouver la vérité dans les circonstances qui tré ce qu’est Dieu, alors tous les nuages se dissipent et les diffi-
nous entourent, pas plus que dans mes propres pensées. Cela ne cultés disparaissent. Désormais je connais Dieu, Le contemplant
veut pas dire qu’il n’y en a pas des traces et des indications dans en Jésus. De nouvelles pensées concernant Dieu se font jour dans
la providence comme dans la création, mais j’ai besoin de la vé- l’âme, et me soumettant à Lui, je suis rendu parfaitement heu-
rité et je ne puis la trouver ni dans l’une ni dans l’autre. reux ; peut-être pas tout d’un coup, mais aussi sûrement que
mon âme a reçu Jésus, et a appris en Jésus ce qu’est le vrai Dieu,
• Passons maintenant à la loi.
je possède la vie éternelle, et je trouve une paix inébranlable. Ce
Me donne-t-elle la vérité ? Pas du tout. Ce n’est pas que la loi ne n’est qu’en Lui que je reçois tout ce dont j’ai besoin, tout ce que
soit pas bonne et sainte, mais elle n’est jamais appelée la vérité, Dieu a en vue pour mon âme, parce que la vérité est en Jésus.
et elle ne pourrait pas l’être en soi. Elle était plutôt destinée à Ainsi donc, comme croyant, je connais Dieu ; je connais ce que les
faire connaître l’homme que Dieu. Son effet a été de permettre à païens n’ont jamais atteint, ni pu atteindre. Leur entendement
l’homme d’apprendre par elle ce qu’il est lui-même. Quand c’est était obscurci. N’ayant aucune connaissance de Jésus, ils
l’Esprit qui s’en sert, elle fonctionne comme une charrue dans le n’avaient pas les moyens de connaître Dieu, ni des moyens com-
cœur, ouvrant beaucoup de sillons et manifestant ce que plets ni des moyens procurant le salut. Or c’est justement ce que
l’homme n’avait jamais pensé s’y trouver auparavant. Mais rien l’évangile apporte à toute âme misérable et dans le besoin qui
de tout cela ne montre ce que Dieu est envers l’homme en grâce. l’entend aujourd’hui.
La loi elle-même ne peut pas donner la vérité sur ce point. Je ne
peux absolument rien apprendre d’elle sur ce qu’est un Dieu-Sau-  Qu’est-ce que j’apprends alors de Dieu quand je regarde à la vé-
veur, et je ne peux pas non plus apprendre pleinement ce qu’est rité telle qu’elle est en Jésus ?
l’homme. Tout au plus fait-elle voir ce qu’un homme doit être et J’apprends d’abord ceci — un Dieu qui descend vers moi, un Dieu
doit faire ; mais cela n’est point la vérité. Ce que je dois être n’est qui cherche mon âme pour me faire du bien, un Dieu qui peut me
pas la vérité de Dieu, mais c’est mon devoir. Elle était la norme suivre avec amour, tout égoïste que je sois, et avoir pitié de mon
pour l’homme dans la chair, et c’est pourquoi elle n’a pas été don- ignorance ; et non seulement cela, mais Quelqu’un qui peut
née avant que l’homme devienne pécheur. La loi a été donnée par m’instruire, et veut le faire, en dépit de mon obstination et de ma
Moïse (Jean 1:17), et non pas à Adam ni par Adam. Le comman- stupidité ; en bref, un Dieu plein de grâce et de fidélité qui se fait
dement imposé à Adam n’est jamais appelé la loi, bien que, natu- connaître en Jésus. Je trouve Quelqu’un qui, après avoir employé
rellement, il fût une loi. d’autres moyens, s’est dépensé en amour sur moi afin que je Le
• Et encore : vous ne trouverez jamais la vérité, même dans la connaisse ; Quelqu’un qui a pris sur Lui de porter le jugement de
Bible, si vous la séparez de Jésus. mes péchés. Car Jésus est venu et a pris sur Lui tous les péchés de
toute âme qui croit en Lui. J’apprends maintenant qu’Il a été
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

jusqu’à souffrir pour ce moi haïssable qui L’a rejeté et dédaigné, réflexion que d’autres en donnent ! Il me faut regarder à la vérité
et qu’Il en a complètement fini avec lui. Ce moi a été jugé à la telle qu’elle est en Jésus : dans ce qu’Il a été ici-bas, comme Celui
croix de Christ. Si mon âme croit que Dieu est assez bon pour faire qui, tout au long de Sa vie et jusqu’à Sa mort, m’a montré ce que
tout cela pour moi, pour souffrir tout cela pour moi, pour en pren- Dieu est et ce qu’est l’homme, Lui l’homme-modèle.
dre et porter toutes les conséquences sur Lui-même dans la per- C’est dans la même personne de Jésus seul que je vois la pleine
sonne de Son Fils bien-aimé ; si je vois cela et que je m’incline de- vérité à l’égard de tout. On pourra constater combien cela est vrai
vant, et que je le reçois de la part de Dieu, qu’est-ce qui pourrait non seulement dans les grandes leçons de ce qu’est Dieu et de ce
encore ébranler ou tourmenter mon âme ? Mes péchés ? — qu’est l’homme, mais aussi dans toutes les épreuves ou difficultés
Certes, si quelque chose doit troubler mon âme, ce sont eux par-
particulières auxquelles nous avons à faire : quel est alors le seul
dessus tout. — Or à quoi sert la croix ? Qu’est-ce que Dieu y a test pour voir ce qui est bon ou mauvais ? La vérité selon qu’elle
fait ? Que m’a-t-Il dit dans l’évangile ? S’Il me dit que Dieu se ré- est en Jésus. Telle est la puissance qu’il y a à se servir de Jésus
vèle Lui-même dans Son Fils bien-aimé, et que Jésus le Fils de Dieu pour résoudre cette difficulté, et à voir l’effet de Son nom en rap-
a été fait péché sur la croix, pourquoi aurais-je le moindre doute port avec elle. Il a exprimé Sa volonté à cet égard, — où je dois
ou la moindre inquiétude à ce sujet ? Tout dépend de ceci : Me demeurer tranquille, où je dois agir, comment je dois marcher, et
suis-je incliné devant ce que Dieu a opéré et m’a donné dans la comment je dois supporter : Il m’a donné un exemple afin que je
croix de Christ ? Si je me désespère par rapport au péché, cela suive Ses pas. Le secret de la puissance qu’il y a à imiter Jésus dé-
revient à rendre la croix de Christ sans effet, et à faire de l’œuvre pend de la mesure de spiritualité que nous avons pour appliquer
de Christ une chose vaine. Christ a parfaitement accompli Sa Son nom. Ce que je dis implique de la droiture dans le but qu’on
tâche, et j’ai le droit de me reposer sur celle-ci, en sorte que je se propose, et un désir de marcher devant les autres comme l’on
sais que mes péchés ne peuvent plus jamais s’élever contre moi. marche soi-même dans la vérité devant Dieu. Il en est d’autant
Ne devrais-je pas être heureux et me reposer dans la paix la plus plus ainsi que nous nous tournons vers Jésus, et que nous usons
parfaite en raison de ce que Jésus a fait et souffert ? Ici, la foi de Lui, et que nous envisageons les choses en Lui : c’est là la règle
peut se reposer. La mort de Christ a une telle valeur dans les pen- et la source d’une vraie puissance spirituelle. C’est cela qui cons-
sées de Dieu, qu’Il aime donner cette paix comme conséquence titue la force et la maturité en Christ, et non pas le degré de zèle,
de cette mort. Voilà la vérité telle qu’elle est en Jésus. Vue de ni les victoires sur le monde, ni une connaissance approfondie de
cette manière, quelle profondeur et quelle étendue merveilleuses ceci ou cela, mais c’est de Le connaître Lui-même. « Je vous écris,
de vérité ! Combien mon expérience personnelle est quelque pères, parce que vous connaissez celui qui est dès le commence-
chose de pauvre par comparaison avec la vérité telle qu’elle est ment » (1 Jean 2:13). De qui s’agit-il ? De Jésus. La connaissance
en Jésus ! La puissance spirituelle est bien mieux démontrée en de Jésus est la puissance, la force et la sagesse pratiques du chré-
discernant Jésus chez les autres, qu’en mesurant ou comparant ce tien. C’est en cela que consiste le progrès dans les choses de Dieu,
que les gens sont en eux-mêmes, ce qui est certes bien loin de la et c’est ce qui le démontre. En vérité, c’est ce que tous ont à
sagesse. Que de déceptions si on ne voit Jésus que selon la
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

apprendre, à des degrés divers. Mais avoir cette connaissance en dépouiller… », ni « pour que vous dépouilliez », mais « que vous avez dé-
profondeur, de manière à l’appliquer et à le manifester, c’était ce pouillé ». Pour ma part, je n’ai pas changé la traduction, ni le commen-
taire que j’ai laissé comme auparavant. Le lecteur pourra juger de lui-
qui caractérisait spécialement les pères. — Chacun parle dans sa même.
propre langue. L’esprit le plus lourd est capable d’employer intel-
Il ne s’agit pas d’amélioration. Il n’y a pas d’amélioration du vieil
ligiblement les mots de sa langue maternelle. Mais il y a entre les
homme. Le cœur peut être purifié par la foi (Actes 15:9), mais en lui-
diverses personnes une différence immense de capacité à manier
même il est « trompeur par-dessus tout, et incurable » (Jér. 17:9). La
leur propre langue : tous ne sont pas capables de parler selon ce
foi peut opérer la vie nouvelle, et l’Esprit aussi le peut ; mais la chair ne
que requiert le sujet. Celui qui maîtrise sa langue le prouve en
peut jamais être changée ni renouvelée. Nous trouvons ici ce qu’il faut
l’appliquant d’une manière appropriée aux sujets les plus divers.
faire de notre vieille nature : « Que vous dépouilliez, etc ». C’est à des
De la même manière, tous les saints ont saisi plus ou moins la vé-
chrétiens que l’apôtre parle. Ils ont le vieil homme, et ont besoin de le
rité en Jésus, mais la puissance de bien la connaître, de s’en servir
dépouiller pratiquement. Il faut se méfier, nous souvenant que nous
correctement, et de bien la faire ressortir selon les besoins du mo-
avons encore cette chose incurablement mauvaise, et qu’avant notre
ment et de la faire tourner à notre profit et à celui des autres, —
conversion nous avons été habitués à laisser le champ libre à ses mau-
voilà le vrai secret de nos progrès dans les choses de Dieu, et ce
vaises voies, et qu’elle tend encore à nous entraîner dans le mal, si nous
qui tend à la bénédiction des âmes et à l’avancement de la cause
ne veillons pas.
de Dieu.
Maintenant commence la partie positive. Il y a eu d’abord le dé-
On ne saurait trop insister sur l’importance d’une telle croissance
pouillement du vieil homme, le jugement moral porté sur lui, sur la base
dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur Jésus (1 Pier.
du jugement de Dieu à la croix de Christ, qui en a définitivement fini
3:18).
avec lui. Vient ensuite le renouvellement de l’esprit de l’entendement,
Le but pratique de tout cela nous est ensuite déclaré : « pour que impossible à avoir sans jugement du vieil homme. Le renouvellement
vous dépouilliez selon la première manière de vivre du vieil homme, est présenté comme un processus actuel et progressif, à mesure que
qui est corrompu selon les convoitises trompeuses » (4:22). (*) (**) l’esprit de l’entendement s’imprègne de Christ. Le dépouillement et le
(*) note Bibliquest : ce texte biblique est celui de la version autorisée du revêtement ne sont pas vus comme s’opérant actuellement, mais
roi Jacques, le mot anglais « conversation » étant rendu en français par comme des actes opérés une fois pour toute. « … et d’être renouvelés
« manière de vivre ». La version J.N. Darby donne : « c’est-à-dire, en ce dans l’esprit de votre entendement, et d’avoir revêtu le nouvel
qui concerne votre première manière de vivre, d’avoir dépouillé le vieil
homme, créé selon Dieu, en justice et sainteté de la vérité » (4:23-24).
homme qui se corrompt selon les convoitises trompeuses »
(**) note de W. Kelly : Certains supposent que la vérité en Jésus est « que Ils avaient le nouvel homme, bien sûr, mais il s’agit du revêtement pra-
vous avez dépouillé votre première manière d’agir, le vieil homme … et tique du nouvel homme, de la manifestation extérieure de l’homme
que vous avez revêtu le nouvel homme, etc. » (v. 22-24). Ainsi font le Dr. nouveau qui était déjà en eux. Il est bon de garder à l’esprit que ceci est
Eadie et Mr. Peile, dont la traduction me semble tout à fait cohérente
« la justice et la sainteté de la vérité ». C’est de nouveau quelque chose
avec le contexte, malgré la note défavorable d’Alford et Elliott. Mr. Darby
considère que la vérité en Jésus n’est pas exactement « que vous devriez de produit par la vérité. Tel est le sens réel et profond de l’expression.
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

peut rendre une conscience nette que le sacrifice de Jésus. Si quelqu’un


de nous était capable de vivre sans iniquité jusqu’à la fin de ses jours,
[La différence entre la justice et la sainteté] (v.24)
cela lui donnerait-il une bonne conscience ? Pas du tout. Il continuerait
Voici la différence entre la justice et la sainteté. d’avoir mauvaise conscience à cause de la conscience de son péché
La justice est la vraie perception de nos devoirs relatifs en tant passé, qui n’a été ni ôté ni pardonné. Aucun processus humain, ni le fait
qu’hommes de Dieu, et, bien sûr, la marche selon ces devoirs ; la sain- de nous donner une nouvelle nature, ne peut nous débarrasser du mal
teté consiste plutôt dans le rejet dans le cœur et dans la pratique, selon que nous avons fait. Mais le sacrifice de Christ l’a fait parfaitement. Là
la nature de Dieu, de ce qui Lui est contraire. mon mal est jugé selon Dieu. C’est dans la mort de Christ qu’est traité
devant Dieu le mal du vieil homme. Christ est ressuscité d’entre les
La sainteté est donc une chose beaucoup plus absolue que la jus- morts et me communique Sa vie, qui est le nouvel homme. Christ en
tice, qui concerne nos obligations envers Dieu et envers l’homme. Elle résurrection est la source même de l’homme nouveau dans mon âme.
est en contraste avec le premier homme. Adam était bon en tant que S’il en est ainsi, nous devons nous occuper du vieil homme. C’est une
créature, mais il n’y avait pas chez lui de juste perception de Dieu Lui- chose réglée pour la foi. Jésus m’a montré que le vieil homme est une
même, ni de ce qu’était le mal selon Dieu. Il ne connaissait pas alors le chose jugée à Sa croix, et je dois le juger, ne pas tolérer mon orgueil,
péché ; il n’y avait pas de péché à connaître. Si on avait parlé de convoi- ma vanité et ma folie d’autrefois. Je les ai tous encore au dedans de
tise à Adam dans le jardin d’Eden, je crois qu’il aurait avoué son igno- moi, mais je dois les traiter comme mort : autrement j’attristerai le Sei-
rance de ce que cela voulait dire. S’il avait été donné à Adam la loi « tu gneur et ferai peser Sa main sur moi. Nous avons tous à veiller soigneu-
ne convoiteras point », il n’en aurait pas compris le sens, n’ayant fait sement contre notre première manière de vivre ; mais il arrive facile-
qu’ultérieurement l’expérience du péché. Nous avons des cœurs qui ré- ment qu’on se laisse séduire par un mal où on n’était jamais tombé
clament ce qu’ils n’ont pas, mais ce n’était pas le cas d’Adam. Il était avant, parce qu’on s’est imaginé qu’il était impossible d’y tomber. Rien
simplement un échantillon humain du caractère bon de la création. Il n’expose tant à chuter que l’idée qu’on ne peut s’écarter de cette ma-
n’était pas créé selon Dieu en justice et sainteté de la vérité (4:24). Dieu nière. La confiance en soi détourne de la dépendance de Dieu, et a été
a fait l’homme droit ; mais la droiture est une chose différente d’être souvent la ruine du chrétien, au moins par rapport à la gloire de Dieu.
créé dans la sainteté. L’homme a été créé droit et innocent, mais le
nouvel homme est beaucoup plus que cela ; il connaît très bien par l’en- Ainsi, il est parlé du nouvel homme de manière à faire ressortir le
seignement de l’Esprit, ce qu’est le mal et ce qu’est le bien. Adam n’a contraste avec ce qu’était l’homme auparavant, même dans son meil-
appris ce que sont le bien et le mal qu’à sa chute, jamais avant. Il devint leur état. Oui, même quand Adam sortait des mains de Dieu, on ne pou-
alors conscient du bien qu’il avait perdu, et qu’il n’était pas, et du mal vait le décrire avec les expressions de bénédiction qui sont vraies au-
où il était tombé, que Dieu haïssait et devait juger. Quand un homme jourd’hui de tout croyant. L’idée d’une restauration de l’état adamique
est amené à la vérité selon qu’elle est en Jésus, il connaît désormais le n’existe pas. Une fois convertie, l’âme a la place du second Homme ; or
bien et le mal avec une conscience bonne et purifiée, alors qu’aupara- comme Lui, le Seigneur, ne peut tomber, de même le chrétien a une
vant il ne les connaissait qu’avec une conscience mauvaise. Rien ne vie à laquelle il ne peut être porté atteinte. Il est impossible qu’un
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

chrétien soit perdu, tout autant qu’il est impossible que Christ perde manifeste. Quel est le principe que nous avons ici ? Nous sommes trop
sa place à la droite de Dieu : car Christ est la vie du chrétien. Si vous enclins à considérer le mensonge plutôt sous l’angle humain d’une
dites qu’on peut déchoir de la grâce, rien n’est plus certain. Mais si en question d’honneur. Bien des gens ne voudraient pas mentir pour des
disant cela, vous voulez dire que la vie du chrétien peut périr, vous con- raisons morales, ou par fierté ; et celui qui a un peu le sens de la crainte
tredisez directement la Parole de Dieu. Il s’agit donc de comprendre de Dieu, ne voudrait pas mentir parce que c’est renier Dieu pratique-
les Écritures. Christ Lui-même est la vie du chrétien : peut-Il tomber ? ment ; cela reviendrait à dire que Dieu n’entend pas. De sorte qu’en re-
C’est en principe renier Christ Lui-même, que d’admettre le moindre gardant simplement à l’homme dans son orgueil naturel, ou à l’homme
doute à cet égard. Toutes ces exhortations aux Éphésiens sont basées religieux, comme un juif, vous trouvez les principes d’après lesquel
sur ceci, qu’ils avaient appris Christ et connaissaient la vérité selon beaucoup agissent. Or c’est insuffisant pour le chrétien. Il est très im-
qu’elle est en Jésus. Ils étaient déjà dans une relation vivante avec Lui, portant pour nos âmes, non seulement de marcher bien et justement,
et c’est sur cette base que viennent s’appuyer toutes les exhortations mais que le motif, le caractère et l’étendue de notre marche soient aussi
chrétiennes. Est-ce raisonnable de parler de fruit tant que la plante n’a selon Dieu. Non seulement cette exhortation est nécessaire, mais il s’y
pas bien pris racine ? Inutile de parler à un bébé des devoirs de joint ce à quoi nous pensons rarement dans nos rapports réciproques :
l’homme. Il faut d’abord qu’il y ait l’homme comme tel avant de pouvoir nous sommes exhortés à parler la vérité chacun à son prochain, « car
s’attendre à voir s’acquitter des devoirs de l’homme. De même pour le nous sommes membres les uns des autres ». Ceci ne concerne que les
chrétien, avant qu’il soit permis d’insister sur les devoirs du chrétien. chrétiens, car il n’y a qu’eux qui sont membres, c’est évident. Il veut
Mais maintenant qu’est connue la vérité selon qu’elle est en Jésus, rattacher à Christ les devoirs les plus ordinaires, alors que nous
vous ne devez pas tolérer le vieil homme. L’apôtre parle de fruit et de sommes en danger de les reléguer sur une base de niveau inférieur.
marche pratiques, parce qu’on est déjà en Christ et qu’on connaît la Voici le principe qu’il pose : Il est autant absurde qu’inconvenant pour
vérité en Lui. Ceci doit toujours être un grand encouragement pour un chrétien de ne pas dire simplement la pure vérité à un frère chrétien,
l’âme. Même si Dieu m’exhorte à me juger moi-même, c’est toujours que pour un homme de se tromper soi-même. Les frères chrétiens font
en supposant que j’ai été béni au préalable comme possesseur de la partie de nous-même. « Nous sommes membres les uns des autres ».
vie éternelle. C’est sur cette base que Dieu s’adresse, pour ainsi dire, à Le réalisons-nous ? Si oui, quels en sont les effets ? Assurément, l’un
nous de cette manière : Est-il possible, qu’après que J’aie tant fait pour des effets est une parfaite clarté quand on s’occupe de ce qui est mal ;
toi, que tu sois si insouciant de Ma volonté ? C’est toucher la source de un autre effet est d’avoir un réel désir du cœur de redresser ceux qui
la grâce dans l’âme, afin que nous poursuivions notre marche avec Lui agissent mal. Il est évident que nous ne pouvons pas désirer nous nuire
et que nous fassions Sa volonté. à nous-mêmes. Si je regarde les autres comme une partie de moi-
même, je dois agir envers eux en conséquence. De la même manière
[v.25] Il insiste ensuite auprès d’eux, sur quelques-uns des résul-
aussi, nous devons sentir ce qui est contraire à Dieu dans un autre. Et
tats. « C’est pourquoi dépouillant le mensonge, parlez la vérité chacun
comme lorsqu’on est réveillé au sentiment de son propre péché, on a le
à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres » (4:25).
grand désir d’aller à Dieu pour régler cette question pour nos âmes,
Ayant appris la vérité en Jésus, la honte du mensonge est d’autant plus
ainsi devrait-il en être dans nos rapports les uns avec les autres. Réaliser
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

plus profondément cette vérité aurait pour effet de produire un plus avec force contre le mal de ceci ou de cela, c’est manquer de charité. Il
profond désir du bien de nos frères. Et du fait que ce doit être selon la n’en est pas ainsi ; la vraie charité dénonce le mal, elle ne le laisse pas
gloire de Dieu, nous ne devrions pas simplement juger ce qui est mal, passer. Le véritable amour consiste à avoir toujours les sentiments de
mais nous devrions chercher à obtenir ce qui est juste et selon Dieu. Dieu sur ce qui est devant nous. C’est la seule question. Ce avec quoi
Par exemple, quand des personnes ont été mises hors de communion, Dieu a communion, c’est aussi ce avec quoi, nous, nous pouvons avoir
nous sommes enclins à ne voir que le fait de s’être débarrassé du mal ; communion ; et ce que Dieu hait, nous ne devons ni l’aimer ni le tolé-
mais est-ce là ce qu’on trouve quand on sent et reconnaît dans la pré- rer. Mais nous devons prendre soin d’être dans l’intelligence de la pen-
sence de Dieu le fait d’être membres les uns des autres ? Même quand sée de Dieu. « Mettez-vous en colère et ne péchez pas ». Si on se met
on en arrive à cette mesure extrême avec quelqu’un qu’on a cru être un en colère, on a le plus grand risque de pécher ; c’est pourquoi ceci est
membre du corps de Christ, la finalité de toute discipline est d’ôter le ajouté. Le simple mouvement de colère envers quelqu’un qui a péché
mal, afin que ce qui est de Christ puisse briller. peut et devrait être un sentiment saint, pourvu qu’il en reste là. C’est
ainsi que la colère est ressentie dans la présence de Dieu. Mais com-
[v.26-27] « Mettez-vous en colère et ne péchez pas ; que le soleil
ment savoir que je ne pèche pas dans ma colère ? « Que le soleil ne se
ne se couche pas sur votre irritation ». Je considère ceci comme une
couche pas sur votre irritation ». Si l’esprit conserve de l’irritation, et
recommandation sainte et très importante pour nos âmes. On a sou-
que cela se trahisse par de l’impatience, de l’aversion, ou du mépris,
vent l’idée que c’est mal pour un chrétien d’être mécontent ou en co-
chacun voit bien que ce n’est pas de Dieu. Quand le soleil se couche,
lère. Ce passage et d’autres font voir que cela peut être juste. Mais il
c’est un moment pour avoir une communion paisible avec Dieu, et pour
faut faire attention à ce qui est la source de la colère, et quel en est le
faire disparaître toute ressentiment qu’on a laissé germer. Aussi est-il
caractère. Si la colère est simplement liée à ce qui affecte le moi, et
ajouté : « Et ne donnez pas occasion au diable ». Si la colère est entre-
qu’elle prenne alors la forme de rancune, c’est bien sûr et sans aucun
tenue, et qu’on garde des griefs dans ses pensées, Satan entre facile-
doute, contraire à tout ce qui est de Christ. Le Seigneur Lui-même
ment, et il est malaisé de le déloger.
(Marc 3:5) a regardé tout à l’entour des gens avec colère, et Il a fait voir
clairement qu’Il avait le sentiment le plus profond de ce qui était con- Dans ces exhortations, comme dans la doctrine de l’épître, il n’est
traire à Dieu. Il ne se bornait pas à dénoncer la chose, mais aussi les pas question d’améliorer la nature humaine. On voit que le chrétien
personnes qui en étaient coupables. On trouve la même analogie dans possède une nouvelle nature : Christ est sa vie. L’objectif pratique est
les épîtres. Il ne nous est pas seulement dit de tenir ferme au bien, mais que cette vie soit exercée et manifestée.
aussi d’avoir le mal en horreur. La pensée naturelle de l’homme est
Il y a néanmoins un sérieux obstacle, car le vieil homme subsiste,
que ce n’est pas au chrétien de juger et d’être en colère contre ce qui
et la chair est encore dans le chrétien. La nouvelle créature n’est aucu-
est mal. La Parole de Dieu nous enseigne que nous devrions juger cer-
nement le résultat de l’amélioration de l’ancienne, pas plus que celle-
taines choses, et d’autres pas. Je ne dois pas juger ce qui est caché ; je
ci ne saurait être absorbée par la nouvelle ou amenée à sa hauteur. Elles
dois juger le mal positif, connu. La ligne de démarcation est tracée clai-
sont opposées sans réconciliation possible. « Ce qui est né de la chair
rement et nettement par Dieu. On entend souvent dire que si l’on parle
est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit » (Jean 3:6). La seule
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

marche, la seule consolation, le seul devoir du fidèle est de refuser la qu’auparavant il les aurait jugées presque inutiles pour les saints. Dé-
chair, et de la mortifier, de telle sorte que le nouvel homme ait toute sormais, il ressent aussi combien cet appel du Saint Esprit est extrême-
liberté pour accomplir la volonté de Dieu. ment vaste, embrassant aussi bien les formes plus grossières de mal-
honnêteté, que toute espèce de coutumes mondaines, profession-
[v.28] Nous avons vu plus haut le danger de céder à la colère ; elle
nelles ou commerciales, qui sont frauduleuses quelle qu’en soit la res-
dégénère aisément en haine, et cela fournit au diable une occasion
pectabilité. Dieu fait l’éducation de l’homme nouveau selon Sa sagesse
d’entrer. Nous trouvons ensuite une autre exhortation qui semble
et Sa grâce.
guère devoir être adressée à des chrétiens « Que celui qui dérobait ne
dérobe plus ». Le sens du terme n’est pas exactement « celui qui déro- Un tel précepte montre aussi de manière frappante que le chrétien
bait », mais « le dérobeur ». « Voleur » serait un terme trop fort ; « celui est sur un terrain plus vaste, plus élevé et plus ferme que celui sur lequel
qui dérobait » est trop faible. L’apôtre a été conduit à choisir un terme se tenait Israël selon la chair, ou plutôt dans lequel il est tombé. Vous
assez large pour englober toutes les nuances de ce type de malhonnê- n’entendez jamais la loi dire : « Que celui qui dérobait, ne dérobe
teté. Estimez-vous cette prudence inutile ? Faites attention de ne pas plus ». Elle dit plutôt : « Qu’il meure ». La loi est bonne si on en use
vous faire piéger par la confiance que vous avez en vous-même ni par légitimement (1 Tim.1:8) ; mais cet usage légitime n’est formellement
le peu de cas que vous faites de toute parole écrite par Dieu. Il est hors pas pour régler, guider et diriger la marche des justes, mais pour s’oc-
de doute que l’Esprit qui a inspiré l’épître, a aussi jugé nécessaire cuper des iniques et des désobéissants, des impies et des pécheurs, des
d’avertir tous les saints, pas seulement ceux d’Éphèse. Pourtant nous gens sans piété et des profanes, en bref, tout ce qui est contraire à la
ne trouvons nulle part une assemblée aussi heureuse, florissante et bé- saine doctrine. Romains 6 déclare que le péché ne dominera pas sur les
nie de Dieu que celle d’Éphèse. Or même pour eux, vivifiés et ressuscités chrétiens, « parce que vous n’êtes pas sous la loi, mais sous la grâce »,
avec Christ, et assis en Lui dans les lieux célestes, le Saint Esprit a estimé et ceci se trouve dans un chapitre qui traite de la sainteté de la marche
cet avertissement approprié. Dieu nous connaît mieux que nous ne du saint, non pas de sa justification. Pourtant en présence de cette dé-
nous connaissons nous-mêmes, et un saint a beau être le plus instruit, claration, qui n’est autre que l’enseignement clair et constant du Nou-
le plus dévoué et le plus zélé, aucune de ces vertus, hormis la jouissance veau Testament, la tendance générale ordinaire dans la chrétienté est
de la communion présente et la dépendance effective de Dieu, ne de retourner à la loi, spécialement là où il y a peu de séparation du
constitue une sauvegarde suffisante. En outre, si par manque de vigi- monde. Cela se comprend facilement. Le monde ne reçoit pas la grâce
lance, une âme s’est écartée et a glissé dans ce qui est si dégradant de Dieu, ni ne la comprend, tandis qu’il peut apprécier dans sa lettre la
même aux yeux des hommes, nous pouvons concevoir aisément la force justice de la loi de Dieu. Quand donc le monde et les saints sont mélan-
d’une telle parole pour un cœur brisé et couvert de honte, en danger gés, la volonté de l`homme ne tarde pas à prendre le dessus ; et comme
de succomber à une douleur excessive. Combien le cœur sent peu les le saint ne peut élever le monde au niveau de sa position, il est obligé
dangers qu’il court, et combien il connaît peu sa faiblesse et la puis- de s’abaisser à ce qu’il a de commun avec le monde ; tous deux se ren-
sance de Satan ! Une fois restauré, et rendu capable de se juger selon contrent ainsi une fois de plus sur le terrain juif, comme si la croix de
Dieu, il reconnaît la valeur de paroles comme celles-ci, alors Christ n’avait jamais existé, et que le Saint Esprit n’avait pas été
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

envoyé du ciel pour retirer les croyants de cette condition de mélange 35), et du Maître Lui-même, se souvenant de Ses paroles qu’ils a dites,
et les rassembler dans l’assemblée de Dieu, à part du monde. La perte qu’Il est plus heureux de donner que de recevoir. Vivre, c’est le but que
est incalculable, aussi bien pour le chrétien pris individuellement, que l’homme du monde se propose en travaillant ; donner est le motif du
pour l’Église, et par-dessus tout pour la vérité, la grâce et la gloire de chrétien. Il ne s’agit pas simplement de superflu fortuit, mais c’est un
Dieu. La marche ordinaire est réduite à une série d’interdits, en dehors but formel, spécialement pour celui qui a le sentiment de la miséricorde
des actes publics de philanthropie, d’activité religieuse et d’observation qui l’a délivré du péché de convoitise, de sa honte et de son jugement.
de rites que le chrétien partage avec quiconque veut se joindre à lui. Seulement on ne doit travailler qu’à ce qui est bon et honnête. Il ne sert
Ce n’est pas là s’occuper du bien selon la volonté de Dieu, et encore à rien de plaider qu’on utilise le gain mal acquis à des fins de bienfai-
moins souffrir pour Christ ou pour la justice de la part d’un monde qui sance ou religieuses. Aucune activité contraire à la volonté de Dieu n’est
ne connaît ni l’Un ni l’autre. Ce n’est pas là le christianisme, bien que bonne pour le chrétien, mais elle doit être abandonnée immédiate-
ce soit l’état et le système de la plupart des chrétiens. Christ a-t-il jamais ment.
obéi par crainte du jugement ? Sa vie n’a-t-elle pas été l’abandon de Jamais l’alliance de Sinaï n’a évoqué pareil motif pour travailler.
soi-même à la sainte volonté et au bon plaisir de Son Père ? C’est de Parler des dix commandements comme la règle pour la marche du chré-
cette manière que nos âmes doivent être occupées de la grâce de Dieu tien maintenant, c’est reculer du soleil qui domine le jour (Gen. 1:16)
en Christ, si nous voulons trouver la force de Lui être agréables. Se bor- pour revenir à la lune qui domine la nuit ; c est éclipser Christ par Moïse
ner à éviter le mal, à ne pas faire ceci ou cela, c’est en dessous de notre sous le prétexte illusoire de servir Dieu. En général, ce que la loi exigeait,
appel. Désirons-nous vraiment connaître et faire Sa volonté comme Ses sur le principe du droit, de ceux qui lui étaient assujettis, le chrétien est
enfants ? Sommes-nous zélés pour apprendre à bien faire, aussi bien tenu, sur le principe de la grâce, d’en faire beaucoup plus de toutes les
qu’à cesser soigneusement de mal faire en tout ? (És. 1:16). Sinon le jour manières possibles. L’étendue de l’obéissance est considérablement ac-
viendra où nous recommencerons à mal faire, et où notre conscience crue ; les motifs intérieurs sont fouillés et mis à nu ; toute tendance à
aura d’autant plus perdu sa sensibilité, que nous aurons appris la vérité la violence, à la corruption, à la fausseté est jugée dans sa racine, et
sans la mettre en pratique (Jacq. 1:22). souffrir injustement, tout en aimant, remplace la justice terrestre pour
Le côté positif de l’exhortation de l’apôtre est fort belle : « Mais les disciples. Tel est l’enseignement incontestable de notre Seigneur et
plutôt qu’il travaille [l’oisiveté n’est ni bonne ni saine] en faisant de ses de Ses Apôtres. Cet enseignement est obscurci, sapé et nié par ceux qui
propres mains ce qui est bon, afin qu’il ait de quoi donner à celui qui poussent à judaïser l’Église en donnant la loi au chrétien pour règle de
est dans le besoin » (4:28). C’est ainsi que l’Esprit encourage et dirige vie. En vérité, ils « ne comprennent ni ce qu’ils disent ni ce sur quoi ils
l’homme dont les mains étaient autrefois employées de manière in- insistent » (1 Tim.1:7).
digne. Il ouvre ainsi un chemin heureux où la grâce peut faire valoir sa [v.29] Ensuite, nous n’avons pas seulement à veiller sur nos actions,
puissance, en dépit d’un naturel et d’habitudes malhonnêtes. Celui qui mais sur nos paroles : « Qu’aucune parole déshonnête ne sorte de
dérobait avant de connaître le nom du Sauveur, peut avoir maintenant votre bouche, mais celle-là qui est bonne, propre à l’édification, afin
communion avec l’esprit et la pratique du grand Apôtre (Actes 20:33- qu’elle communique la grâce à ceux qui l’entendent » (4:29). Il faut
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

éviter un langage indigne comme on rejette un fruit bon à rien. Si une notre corps sera transformé à la ressemblance de la gloire de Christ
parole sans profit arrive sur la langue, qu’elle n’aille pas plus loin. Au (Phil.3:21), aussi sûrement que nos âmes sont maintenant vivifiées dans
chapitre suivant nous verrons les allusion impures spécifiquement in- Sa vie.
terdites. Ici le domaine visé est plus vaste. Bien des gens qui ne tien- En présence de ce privilège infini actuel, et de cette assurance
draient ni n’écouteraient une conversation impure, ont souvent à dé- d’une gloire éternelle, l’apôtre ajoute : « Et n’attristez point le Saint Es-
plorer d’avoir prononcé ou approuvé un discours équivoque. Il vaut prit de Dieu, par lequel vous avez été scellés pour le jour de la rédemp-
mieux se taire si l’on n’a rien à dire (telle est la force du passage) qui tion » (4:30). L’Esprit est la source de l’énergie pour fortifier le saint
soit propre à l’édification. Le besoin donne la mesure du service, et pour qu’il fasse tout ce qui est agréable à Dieu. Mais ceci suppose qu’il
l’amour édifie au lieu d’enfler comme le fait la connaissance (1 Cor. 8:1).
y a du jugement de soi-même et de la dépendance de Dieu. Sinon, nous
Il est également vrai que « dans la multitude des paroles la transgres- L’attristons, et Il nous est fait sentir non pas Sa puissance, mais notre
sion ne manque pas » (Prov. 10:19), et que « les lèvres du juste en re- propre misérable infidélité.
paissent plusieurs » (Prov. 10:21) et qu’elles « savent ce qui est
agréable » (Prov. 10:32), et ceux qui les entendent en sont rafraîchis et Il semble étrange qu’un chrétien soit assez inintelligent pour con-
bénis. fondre la parole qui nous occupe [n’attristez pas le Saint Esprit] avec
« n’éteignez pas l’Esprit » de 1 Thes. 5:19. Le contexte (1 Thes. 5:20)
[v.30] Jusqu’ici nous avons eu des bases pour agir dans la sainteté, montre clairement que c’est un avertissement à ne pas empêcher la
ainsi que des mises en garde contre le péché, issues des caractères du moindre manifestation réelle de l’Esprit Saint dans un saint, aussi faible
nouvel homme. Mais tout cela ne nous présente pas le caractère com- soit-il. L’histoire de la chrétienté jusqu’à aujourd’hui prouve combien ce
plet et la pleine puissance du chrétien. Le Saint Esprit de Dieu habite précepte était nécessaire, et combien peu on a prêté attention à cette
en lui. Il est insisté maintenant sur la portée pratique de cette vérité injonction de l’apôtre. Mais le passage d’Éph. 4 concerne personnelle-
solennelle et bénie. Il est dit (2:22) que nous sommes édifiés ensemble ment chaque saint et sa manière de vivre journalière.
pour être une habitation de Dieu par l’Esprit, en conséquence de quoi
l’apôtre nous exhorte au chap. 4 à marcher d’une manière digne de Notons aussi la différence de langage du Psaume 51 (v. 11) : « Ne
l’appel dont nous avons été appelés. Mais il y a une habitation indivi- m’ôte point l’esprit de ta sainteté ». Même quand l’apôtre insiste pour
duelle de l’Esprit, outre Sa relation avec la maison de Dieu. Nous avons qu’on n’attriste pas le Saint Esprit, il ne suggère jamais qu’Il puisse être
été scellés par l’Esprit, devenant par là la propriété de Dieu sur la base ôté. Au contraire, dans la même exhortation, l’apôtre nous assure que
d’une rédemption accomplie. Le sang précieux de Christ a effacé nos nous avons été scellés par Lui pour le jour de la rédemption. Où trouver
péchés ; en Lui nous avons la rédemption par Son sang, le pardon des une déclaration plus complète de notre sécurité personnelle que dans
fautes selon les richesses de la grâce de Dieu (1:7). Ainsi, Son sacrifice a une telle phrase ? À quoi devons-nous alors attribuer la différence ? Il
effacé tout notre mal devant Dieu et pour la foi, et nous possédons une ne faut pas l’attribuer, je n’ai guère besoin de le dire, à un degré d’ins-
nouvelle nature en Christ, en sorte que le Saint Esprit peut venir et ha- piration plus élevé chez l’apôtre Paul que chez le roi David ; mais cela
biter en nous, et nous sceller pour le jour de la rédemption (4:30), où provient de la modification des relations de l’Esprit avec le saint de-
puis que Jésus est mort, ressuscité et monté au ciel, — modification
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

nécessaire et révélée dans la Parole. Jusque-là il n’y avait rien de pareil de tout ce qui s’y passe ! Combien nous devrions prendre soin de ne
au don du Saint Esprit et à Sa demeure pour toujours avec le croyant. Il pas l’attrister ! Ce n’est pas une vérité seulement pour la conscience,
bénissait les âmes, Il agissait en elles et par elles, Il les remplissait de mais c’est une vérité si riche en consolation ; car Il habite en nous éter-
bonne heure de joie et de force ; mais avant la glorification de Jésus, il nellement, non que nous soyons dignes d’un tel hôte céleste, mais c’est
n’y avait pas, et ne pouvait pas y avoir, d’habitation du Saint Esprit en vertu de la valeur de Jésus et de la perfection avec laquelle Son
comme le chrétien la possède et la connaît présentement, à cause du œuvre nous a purifiés de nos péchés aux yeux de Dieu ; et Il habite en
péché ôté par Son sang. C’est pourquoi il nous est dit de ne pas attrister nous pour notre joie, notre force, et notre bénédiction éternelle, par
l’Esprit, mais depuis qu’Il a été donné, nous ne sommes jamais supposés Christ et en Christ le Seigneur. Puissions-nous être rendus capables
prier pour que Son départ n’ait pas lieu. Il est incontestable que ceci d’être toujours pleins de confiance, priant sans cesse, sans faiblir !
aggrave le péché du chrétien, et confère dans ce cas un caractère poi- On a déjà vu plus haut la doctrine de la présence du Saint Esprit
gnant et amers aux remords ; mais Dieu se sert de cela même pour don- dans le croyant individuellement, et de ce qu’il est scellé pour le jour de
ner un avertissement d’autant plus sérieux à Son enfant. Ce verset la rédemption ; cette doctrine paraît liée de la manière la plus étroite à
prouve donc clairement d’un côté le danger de pécher et, par là, d’at- la sainteté pratique, en constituant un motif et un moyen de préserver
trister l’Esprit ; de l’autre, la sécurité du saint même dans des circons- cette sainteté, tout autant que la puissance de cette sainteté. Qu’y a-
tances aussi tristes, et en dépit d’elles. Il est amené à Dieu, réconcilié, t-il, en effet, de plus solennel et touchant que le rappel de l’habitation
lavé, sanctifié, justifié ; il a la vie éternelle et ne périra jamais ; il est permanente d’un tel hôte dans le corps du croyant ? Quoi de plus cer-
scellé de l’Esprit, et qui pourrait briser ce sceau ? S’il tombe dans le pé- tain que le fait qu’Il est, non un Esprit de crainte, mais de puissance,
ché, assurément Dieu le verra et châtiera, éventuellement jusqu’à la d’amour et de sobre bon sens ? (2 Tim.1:7). Nous pouvons être extrê-
mort. Car Dieu ne passera pas à la légère sur le mal chez le croyant, ni mement faibles, avec un cœur naturel trompeur par-dessus tout et in-
ne le condamnera avec le monde (1 Cor. 11:32). Aussi Pierre exhorte-t- curable. Mais ce n’est pas la seule vérité. Le chrétien est caractérisé par
il les fidèles à marcher dans une sainte obéissance (1 Pier. 1:2), et s’ils l’habitation du Saint Esprit en lui. Est-Il faible, Lui ? Ou, s’Il est tout
invoquaient comme Père celui qui, sans acception de personnes, juge puissant, est-Il dans le croyant le témoin passif et inactif de toute ses
selon l’œuvre de chacun, ils avaient à se conduire avec crainte pendant fautes et ses infirmités ? N’est-Il pas au contraire en lui pour attacher
le temps de leur séjour ici-bas (1 Pier. 1:17). En même temps, loin d’af- ses affections à Christ, pour glorifier Christ, prenant de ce qui est à Christ
faiblir leur confiance, l’apôtre continue son exhortation « sachant qu’ils pour le lui communiquer ? (Jean 16:14). Sans doute, Il peut être attristé,
avaient été rachetés, non par des choses corruptibles, de l’argent ou et Il l’est, par les folies que l’on se permet, par la négligence, par le mal,
de l’or, mais par le sang précieux de Christ » (1 Pier. 1:18-19). Ainsi la — ce contre quoi nous venons d’être sérieusement mis en garde. Ce
vérité de Dieu a pour effet d’attirer et de fortifier les affections, même
serait bien que ceux qui parlent sans cesse de la chair bonne à rien (ce
quand elle nous jette le front dans la poussière. Au contraire l’erreur qui est clair et certain) gardent présent à l’esprit que le croyant, le chré-
humaine affaiblit la pleine grâce de Dieu, et échoue complètement à tien, n’est plus dans la chair mais dans l’Esprit, vu que l’Esprit de Dieu
humilier l’âme. Mais quelle vérité pour le croyant, qu’il a au-dedans de habite en lui. Il convient par conséquent, que le péché, absolument tout
lui la présence constante d’une personne divine, le Saint Esprit, témoin
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

péché, soit confessé et jugé ; mais ce n’est ni de la vraie humilité, ni la Ainsi, de même que nous avons été mis en garde contre la malhonnê-
foi des élus de Dieu (Tite 1:1) d’ignorer ce fait béni et encourageant, et teté en parole et en acte avant l’allusion au sceau du Saint Esprit, de
en même temps sérieux, que l’Esprit de Dieu est en nous pour nous même maintenant après cette allusion, l’apôtre dénonce la haine sous
communiquer toute force en révélant Christ à nos âmes (3:16-17). Il est ses diverses formes et manifestations. C’est, hélas ! naturel au premier
incontestablement salutaire d’apprendre la douloureuse leçon de Ro- homme Adam — c’est la même corruption et la même violence qui ont
mains 7:7 et les versets suivants ; mais en rester là démontre que cette amené le déluge sur l’ancien monde, et qui, malgré le jugement de
leçon a été mal apprise. Car la vraie place du chrétien, à cet égard, est Dieu, se sont renouvelées et se renouvelleront encore, jusqu’à ce que
la fin du chapitre qui l’introduit dans les exercices encore plus profonds Christ s’occupe Lui-même, en personne, de l’homme et de Satan.
et les souffrances plus désintéressées du ch. 8, avec la liberté, la puis-
Comme on l’a déjà observé dans les versets précédents, il ne suffit
sance, l’espoir et la sécurité qui sont notre part par grâce, selon ce que pas de s’abstenir des pensées et des œuvres de la chair. Il y a l’activité
montre si abondamment ce chapitre 8. La rédemption de notre corps et pour le bien en Christ, le Second Homme, et c’est ce que le Saint Esprit
de la création extérieure n’est pas encore opérée, mais Celui qui en est produit dans le chrétien, et en même temps réclame de lui. C’est pour-
les arrhes est au-dedans de nous. quoi il est ajouté : « Soyez bons les uns envers les autres, compatis-
[v.31-32] Ceci étant, « que toute amertume, et tout courroux, et sants, vous pardonnant les uns aux autres comme Dieu aussi, en
toute colère, et toute crierie, et toute injure, soient ôtées du milieu de Christ, vous a pardonné». Ce dont il s’agit clairement, c’est de manifes-
vous, de même que toute malice » (4:31). La proximité étroite dans la- ter la grâce, et le modèle de tout cela, c’est Dieu en Christ, non pas
quelle la famille de Dieu est amenée peut devenir un piège à moins dans la loi, aussi saint, juste et bon que soit le commandement (Rom.
d’être vigilants et de regarder simplement à Christ. Le Saint Esprit ne 7:12). Mais si bonne que fût et que soit la loi, Christ est bien mieux que
laisse le champ libre à aucun sentiment mauvais quelconque. Ce sont tout, étant la véritable et seule expression parfaite et complète de ce
là les infractions à notre proximité ; au chapitre suivant (v. 3 et suiv.) que Dieu est. Laissant à la loi le soin de s’occuper des méchants selon
nous trouverons les abus de cette proximité. son usage légitime que l’apôtre déclare expressément (1 Tim. 1:8-9),
nous qui sommes morts avec Christ nous ne sommes plus sous la loi,
Venons-en aux détails.
mais sous la grâce, laquelle, par la puissance de l’Esprit, nous fortifie
• « Toute amertume », désigne, je pense, toute espèce d’humeur
selon son propre caractère et nous donne communion avec Celui qui
acerbe, impitoyable, qui repousse les âmes au lieu de les gagner, et
en est la source.
amplifie à l’extrême les fautes réelles ou imaginaires d’autrui.
• « Le courroux et la colère » qui viennent ensuite, se rapportent à Le lecteur notera que la traduction retenue ci-dessus pour le v. 32
l’éclat de la passion, et au ressentiment rancunier bien établi, lequel se démarque de la version autorisée du roi Jacques (*). C’est à bon es-
se développe quand on laisse le champ libre à l’aigreur ; cient. Il est difficile de dire pourquoi les traducteurs du roi Jacques ont
• « la crierie et les injures » en sont respectivement la contre-partie délaissé le grec, suivis par Wycliffe, Coverdale, et même la version de
en paroles : tous ces sentiments proviennent de la source souter- Reims (1582), d’autant plus que Bèze, qui les a souvent influencés, est
raine de « toute malice », condamnée à la fin du v. 31. correct ici. La traduction erronée obscurcit la vraie grâce de Dieu qui est
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

placée devant nous comme notre source et notre modèle, et elle tend limite peut-il y avoir quand on est exhorté à imiter Dieu Lui-même ! Ce
à appuyer l’erreur selon laquelle Christ est la cause qui a produit l’amour n’est plus comme avec la loi, l’affirmation d’une exigence de la part de
de Dieu, au lieu d’être le canal béni et infini nous communiquant cet l’homme placé sur le pied de sa responsabilité devant Dieu, en tant que
amour, le seul moyen possible par lequel Son amour pouvait nous pro- créature. Dieu s’est révélé Lui-même en grâce, et en outre, Il est Dieu, il
fiter en sainteté et en justice. Cela fait partie de la même erreur de pen- n’y en a pas d’autre (És. 45:22) ; et comme Il nous a communiqué Sa
ser à Dieu comme « notre Père réconcilié », ou de dire que Christ « est propre nature, il ne peut pas y avoir de norme moindre ni inférieure. Ce
mort pour Le réconcilier avec nous ». L’expiation était nécessaire sans serait Le déshonorer, Lui et la grâce qu’il nous a montrée et qu’Il ne
aucun doute, l’expiation de nos péchés par le sang de Christ. « Il a été montre nulle part plus pleinement qu’au début de cette épître. Ce serait
blessé pour nos transgressions, il a été meurtri pour nos iniquités » (És. aussi la plus fâcheuse perte pour Ses bien-aimés enfants qu’Il désire
53:5). Mais Dieu était en Christ, réconciliant … (2 Cor. 5:19). C’est nous éduquer et bénir de plus en plus dans cette scène même de mal et de
(non pas Lui) « qui avons maintenant reçu la réconciliation » (Rom. douleur, transformant les circonstances les plus adverses en occasion
5:11). « Et vous qui étiez autrefois étrangers, et ennemis, quant à votre de nous enseigner ce qu’Il est dans les profondeurs de Sa grâce, et nous
entendement, dans les mauvaises œuvres, il vous a toutefois mainte- remplissant du sentiment de cette grâce de manière à former nos
nant réconciliés » (Col. 1:21-22). Telle est la doctrine constante de cœurs et à façonner nos voies, — tandis que nous nous oublions nous-
l’Écriture. Combien tout est béni quand on le met et le garde à sa place ! mêmes et que nous vivons dans la vérité de Christ, au-dessus de nos
L’expiation est cet aspect de l’œuvre de Christ envers Dieu, pour ôter habitudes et des conventions humaines.
le péché en subissant dans Sa propre personne le jugement divin du pé- Ni la loi, ni même la promesse n’avaient jamais ouvert un pareil
ché ; à l’inverse, la réconciliation, est envers nous, pour nous ramener domaine. Le seul fait d’être appelés à imiter Dieu, suppose la grâce par-
en Christ vers Dieu. Les deux choses sont parfaitement vraies. Les con- faite dans laquelle nous sommes : sinon, un tel appel serait insuppor-
fondre, c’est perdre beaucoup, et tout affaiblir, et, plus grave encore, table. Sans doute il est très humiliant de penser combien peu nous
c’est donner une représentation plus ou moins erronée du caractère de avons répondu à cet appel de Dieu ; mais le sentiment même de nos
Dieu, comme si, de juge courroucé qu’Il était, Il était changé en Père insuffisances antérieures, s’il est profond, et si nous ne perdons pas de
plein d’amour par le moyen de Christ. Dieu est amour, aussi véritable- vue Sa grâce, est mis précieusement à profit, et ainsi nous croissons et
ment qu’Il est lumière. Il est ce qu’Il est, non pas ce qu’Il est fait. poursuivons avec Dieu sans même guère y penser. La loi exigeait ce
(*) la version autorisée du roi Jacques traduit le verset 32 de la manière que l’homme devait rendre à Dieu : aimer Dieu et notre prochain n’est
suivante : « Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous rien de plus que le devoir auquel nous sommes clairement tenus. La
pardonnant les uns aux autres, même comme Dieu vous a pardonné à
cause de Christ». [KJV : « for Christ’s sake » JND « in Christ »]
promesse présentait l’espérance de la Semence qui amènerait la béné-
diction, non pas pour Israël seulement, mais pour toutes les familles de
Chapitre 5
la terre. Mais maintenant que la promesse a été méprisée et la loi vio-
[v.1-2] Quel principe puissant s’ouvre ici pour les saints ! « Soyez lée, Dieu s’est révélé Lui-même en Christ ; et en même temps qu’Il ac-
imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants ! » (5:1). Quelle complit tout en Christ, Il a manifesté des conseils plus élevés en grâce
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

infinie envers nous, de telle sorte que Son propre caractère, ainsi dé- Seigneur, mais à ce qu’Il s’est livré Lui-même pour nous, dans un amour
ployé, devient le Seul modèle convenable d’après lequel Il veut former incomparable, « comme offrande et sacrifice à Dieu en parfum de
Ses enfants déjà ici-bas. « Soyez donc imitateurs de Dieu comme de bonne odeur ».
bien-aimés enfants ; et marchez dans l’amour, comme aussi le Christ Il ne faudrait pas se méprendre sur un tel sujet, ni affaiblir un ins-
nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous, en offrande et sacrifice tant la certitude que dans les souffrances du Seigneur sur la croix, il y a
à Dieu en parfum de bonne odeur » (5:1, 2). des profondeurs qu’on ne trouve que là ; mais ces souffrances ne nous
Se pardonner les uns aux autres, comme Dieu aussi nous a par- sont pas données en modèle, ni ne pouvaient l’être, car elles appar-
donné en Christ (4:32), est quelque chose de béni, mais c’est insuffi- tiennent exclusivement à Celui qui a porté nos péchés en Son corps et
sant, même que ce soit selon Son cœur et Ses propres voies. Un tel par- qui a été fait péché pour nous, en subissant ce jugement de Dieu que ni
don est assurément divin dans sa source, et pour la chair il est impos- homme, ni ange, ni créature renouvelée ou non, ne pouvait partager
sible dans tout son caractère et toute son étendue ; mais il est en vue avec Lui, — même si cela nous comble de bénédiction, et nous remplit
de l’homme, des manquements de l’homme et des éclats de la nature de reconnaissance, d’adoration et de délices en Celui qui a été ainsi seul,
mauvaise. Dieu aimerait voir en nous un pardon de cette qualité. C’est non seulement pour nous, mais pour la gloire de Dieu, étant l’objet de
le fruit de Sa grâce, tellement nécessaire dans un monde tel que le la colère que Dieu ressentait et devait exécuter contre le péché. Mais
nôtre, et tellement salutaire pour Ses saints dans leurs rapports et leurs ici il est question de ce qui fait ressortir l’amour admirable de Christ
relations mutuels. Mais c’est encore loin d’être l’expression de tout ce dans tout son parfum positif et toute sa beauté, en vue d’appeler et
qu’Il est et de tout ce dont Il voudrait que nous jouissions et que nous susciter, dans l’énergie du Saint Esprit, une marche pratique de la nou-
reflétions. Il y a l’activité du bien vers l’extérieur selon Son cœur, sans velle nature dans les saints qui réponde à cet appel ; car en effet Christ
qu’il soit question de mal à pardonner, car le pardon, aussi réel et doux est notre vie, et y a-t-il des limites à la puissance de l’Esprit qui habite
qu’il soit, reste en un sens purement négatif. Ici tout est positif et coule en nous ? L’amour conduit à servir dans le renoncement à soi-même,
comme tout à nouveau, au-dessus de la pensée humaine. Aussi est-il soit en Christ d’une manière parfaite, soit en nous selon notre mesure ;
dit : « Marchez dans l’amour, comme aussi le Christ nous a aimés et mais assurément c’est cet amour qui donne et forme l’esprit de service,
s’est livré Lui-même pour nous », etc. Être pardonné était notre besoin comme nous le voyons en notre précieux Seigneur (Phil. 2).
urgent et pitoyable, si nous voulions avoir la moindre consolation de la
[v.3-5] Toutefois plus l’amour est doux et béni, plus il est exposé
part de Dieu, et le moindre espoir d’être délivrés de la colère et d’être au mal, à moins d’être maintenu dans la puissance divine et le juge-
bénis ensuite ; c’était par grâce, bien sûr, la grâce de Dieu, mais la grâce ment de soi-même. Il rapproche les uns des autres, il éveille les affec-
répondant au besoin de l’homme, voire même délimitée par lui. Mais tions spirituelles ; mais ce qui est commencé par l’Esprit peut finir dans
maintenant nous sommes sur le terrain nouveau de l’excellence de la corruption de la chair, comme on le voit à Corinthe, ou bien dans la
Christ et de l’exercice de ce qui est propre à Dieu dans l’activité de Sa recherche de la perfection charnelle d’une forme religieuse, comme en
propre nature. Aussi il n’est pas fait allusion ici au sacrifice pour le pé- Galatie. C’est pourquoi l’apôtre poursuit en avertissant les saints
ché, ni simplement au sang et aux souffrances de notre précieux d’Éphèse des dangers auxquels exposent des relations libres et
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

familières sans le soutien du Saint Esprit. « Mais que ni la fornication, autre côté, qui n’a eu la consolation de voir se dissiper des apparences
ni aucune impureté ou cupidité ne soient même nommées parmi vous, pénibles et repoussantes, pour laisser briller de plus en plus la grâce
comme il convient à des saints » (5:3). Il ne suffisait pas de ne pas tolé- de Christ, et de voir la chair jugée par la vérité en la présence de Dieu ?
rer ces convoitises de la chair, il ne fallait même pas les nommer. Ceux Ainsi certains dont l’aspect extérieur défavorable faisait germer le doute
à qui Paul s’adressait étaient des saints, des saints de Dieu ; et ce qui chez la plupart, ont fini par gagner la confiance de tous. Quelquefois il a
était en cause était ce qui convient à des saints, non pas simplement à fallu que Dieu s’en occupe sérieusement : une maladie grave, des revers
des hommes. de fortune, des chagrins domestiques, avant que l’âme soit remise
d’aplomb ; cela est arrivé quand même, quoique tardivement. L’un et
L’apôtre ne limite pas son avertissement au dévergondage sans
l’autre de ces extrêmes nous enseignent la nécessité de s’attendre à
frein ou aux convoitises qui satisfont l’homme, mais il l’étend au lan-
Dieu pour juger justement, au lieu de faire confiance à ses impressions
gage profane, soit ouvertement honteux soit recouvert d’un voile de
personnelles. Le cœur naturel peut tirer profit de la grâce, mais il ne
raffinement : « ni aucune chose honteuse, ni parole folle ou plaisante-
faudra pas attendre longtemps pour que se manifeste le mal qui sub-
rie, lesquelles ne sont pas bienséantes, mais plutôt des actions de
siste. Des hommes pervers peuvent se lever, des loups s’introduire, et
grâces » (5:4). Ici encore, nous n’avons pas simplement l’abstention de
des brebis être induites en erreur pour un temps. Mais Dieu demeure,
ce qui est malséant pour le chrétien, mais il est présenté le côté positif,
ainsi que la parole de Sa grâce (Actes 20:32) : pourquoi être inquiets ?
avec le cœur qui pense à la bonté de Dieu et éclate en actions de grâces.
Ayons foi en Dieu, imitons Le comme de bien-aimés enfants, et mar-
« Cela en effet vous le savez, connaissant qu’aucun fornicateur, chons dans l’amour, non seulement parce que Christ nous a aimés, mais
ou impur, ou cupide (qui est un idolâtre), n’a d’héritage dans le comme Il nous a aimés ; et quoi qu’il en résulte, nous aurons la conso-
royaume du Christ et de Dieu » (5:5). Il est important de se rappeler lation de plaire à Dieu, tout en étant préservés entre temps de se jeter
que, même si la grâce souveraine fait ce qu’elle veut, même si elle se dans une voie ou dans l’autre. Épier le mal est fort éloigné des « actions
tourne vers le plus vil, même si elle purifie le plus souillé, les voies mo- de grâce », et c’est même incompatible. N’abaissons jamais le niveau
rales de Dieu demeurent inflexibles. Sa nature ne change pas. Il hait de la marche que Dieu attend de Ses enfants. Si aucun corrompu n’a
l’iniquité et ne peut jamais la tolérer. Son amour peut trouver, et a d’héritage dans Son royaume, ne traitons pourtant jamais le péché à la
trouvé, une solution glorieuse à cette difficulté dans la croix de Christ ; légère maintenant.
mais Dieu et le péché ne peuvent jamais marcher ensemble ni cohabi-
[v.6-7] « Que personne ne vous séduise par de vaines paroles ;
ter.
car, à cause de ces choses, la colère de Dieu vient sur les fils de la dé-
Des dangers opposés à ceux-ci guettent les enfants de Dieu, aussi sobéissance. N’ayez donc pas de participation avec eux » (5:6-7). Être
ont-ils besoin de veiller sur leurs sentiments. Ils peuvent être prompts associé en quelque mesure avec de telles personnes est grave pour un
à s’écrier, dans certains cas flagrants, qu’il ne peut pas y avoir la vie, ou saint. Tenons-en compte.
bien ils peuvent accorder trop facilement leur confiance à ce qui a une
[v.8-10] Le v. 8 de notre chapitre donne un autre motif d’appel.
belle apparence dans la chair. Quelques-uns des retours au monde les
Cette exhortation à la marche n’est ni à cause de l’appel dont nous
plus solennels sont ceux dont presque personne ne se doutait ; d’un
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

avons été appelés (4:1), ni en contraste spécial avec les autres Gentils, soit « la lumière », ce qui est autant supporté par les preuves externes
étrangers à la vie de Dieu (4:17, 18), ni dans l’amour seulement (5:2), que par la portée du contexte. En Galates 5, le fruit est celui de l’Esprit,
mais « comme des enfants de lumière ». « Car vous étiez autrefois té- non pas de la lumière, parce que ce qui est souligné est le contraste
nèbres, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur » (5:8). avec les œuvres de la chair — l’impureté, la violence contre Dieu et
Soyez donc conséquents avec ce que vous êtes, non pas simplement contre l’homme, qui joue avec les tromperies de l’ennemi et s’y fait
avec ce que vous devriez être. Nous sommes lumière, et même lumière prendre ; tandis que le fruit de l’Esprit est l’amour, la paix, la longani-
dans le Seigneur — il y a là à la fois la base, le caractère, et la mesure de mité, la bienveillance, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance —
ce qui convient à notre marche comme chrétiens : marchons en con- choses contre lesquelles il n’y a pas de loi, déclare emphatiquement
séquence. Combien il est encourageant de voir la grâce appeler à mar- l’apôtre à ceux qui affectaient de se placer sous la loi. Dans notre pas-
cher saintement ! La grande solennité de cet appel nous rappelle notre sage d’Éph. 5, il est question d’un contraste, non pas avec le penchant
bénédiction et sa certitude, même si cet appel nous est adressé avec vers le légalisme et les œuvres de la chair, ce que la loi provoque tout
une insistance si pressante. Quelle sainteté dans notre position en en le condamnant, mais avec les ténèbres de notre état lorsque nous
Christ, pour que Dieu lui-même puisse dire de nous : « Vous êtes lu- étions sans Dieu. Mais maintenant nous sommes appelés à marcher
mière dans le Seigneur » ! S’Il le déclare, ne devons-nous pas le dire de comme des enfants de lumière, laquelle est notre nature même dans
nous-mêmes, tant sur le plan du privilège que de la responsabilité ? Re- le Seigneur, et il nous est rappelé que le fruit de cette lumière consiste
gardons à Lui, afin que, placés ainsi en dehors de toute souillure (car en toute bonté, justice et vérité. Les immenses richesses de la grâce de
rien n’est plus pur que la lumière), nous puissions avancer en mon- Dieu n’affaiblissent pas, mais plutôt confirment le déploiement de Ses
trant cette lumière que nous sommes maintenant dans le Seigneur. principes moraux, et en produit la réalisation en nous qui sommes Ses
C’est dans la lumière que nous marchons, et par elle nous devons tout enfants, quoi que nous ayons pu être ou que nous soyons naturelle-
juger, car nous sommes lumière. Dieu rejette toute norme inférieure ment. La vie nouvelle qu’Il nous a donnée en Christ répond à Sa bonté,
ou toute atmosphère moins pure. Il est lumière, et en Lui il n’y a pas de à Sa justice et à Sa vérité. Il ne peut ni ne devrait en être autrement,
ténèbres ; si nous sommes Ses enfants, nous sommes enfants de lu- et le cœur renouvelé ne voudrait pas consentir de sang-froid à ce que
mière. Il n’est jamais dit que nous soyons amour (c’est la nature et la Dieu soit déshonoré ou même représenté de manière défectueuse
prérogative de Dieu), bien que nous soyons évidemment appelés à ai- dans les objets de Sa faveur. Il implante en nous le désir de Lui plaire,
mer comme étant nés de Dieu et connaissant Dieu en Christ. Combien et Il veille sur nous pour que ce désir ne soit ni vague ni stérile, mais qu’il
la loi disparaît complètement comme motif ou moule de notre marche ! porte du fruit — le fruit de la lumière — « éprouvant », comme il est
« Car le fruit de la lumière consiste en toute bonté, et justice et ajouté, « ce qui est agréable au Seigneur » (5:10).
vérité ». Ce sont là sans doute les caractéristiques de l’opération en [v.11-13] Répétons qu’il ne suffit pas à nos âmes de refuser d’être
grâce de l’Esprit, et c’est ce qui a peut-être conduit le Texte Reçu à rem- associées aux fils de désobéissance, comme aux versets 6 et 7. Nous ne
placer « fruit de la lumière » par « fruit de l’Esprit ». Mais on ne saurait devons pas avoir de communion avec les œuvres infructueuses des té-
raisonnablement douter que la vraie pensée et le mot correct du v. 9 ne nèbres, mais plutôt les reprendre (5:11). Tout cela fait partie de notre
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

position merveilleuse comme enfants de lumière et de la responsabi- constamment veiller et être dépendants. Il faut rechercher et saisir le
lité qui en découle. Ce n’est pas la loi qui se borne à condamner par moment opportun, quel qu’en soit le prix, si, dans ces jours mauvais,
application d’une règle extérieure, mais c’est une capacité divine inté- nous voulons ne pas être dépourvus de sens, mais comprendre quelle
rieure, profondément scrutatrice, qui, malgré l’amour qui en est la est la volonté du Seigneur (5:16, 17). Évitons l’excitation du monde, les
source et le but, épargne beaucoup moins le mal, mais introduit au incitations à agir selon l’homme naturel, qui embellissent les aspira-
contraire le bien par le Saint Esprit en Christ. tions de l’homme, en quoi il y a de l’excès. Nous pouvons et devrions
être remplis d’une puissance au-dessus de la nature, qui exclut non
« Car les choses qu’ils font en secret, il est honteux même de les
seulement le mal, mais aussi la puissance d’influence des choses pré-
dire. Mais toutes choses, étant reprises par la lumière, sont manifes-
sentes.
tées ; car ce qui manifeste tout, c’est la lumière » (5:12, 13). C’est une
propriété spéciale de la lumière de se manifester elle même et de tout [v.18-21] « Soyez remplis de l’Esprit, vous entretenant par des
manifester, ce qui est vrai tant dans le domaine spirituel que dans la psaumes et des hymnes et des cantiques spirituels, chantant et psal-
nature. modiant de votre cœur au Seigneur ; rendant toujours grâces pour
toutes choses, au nom de notre seigneur Jésus Christ, à Dieu le Père ;
[v.14-17] Mais la pensée du Seigneur à notre égard va plus loin. Il
étant soumis les uns aux autres dans la crainte de Christ » (5:18-21).
voudrait que, non contents de posséder la bénédiction, nous en jouis-
sions pleinement. Il y a autour de nous des morts — choses ou per- « Vous entretenant » pourrait être traduit par « vous entretenant
sonnes — et si leur influence est tolérée, elle est des plus nuisibles. les uns les autres » comme au ch. 4:32, et je crois que c’est le sens ; il
« C’est pourquoi il dit : «Réveille-toi, toi qui dors, et relève-toi d’entre s’agit de se parler les uns aux autres sous toute forme exprimant la joie
les morts, et le Christ luira sur toi» (5:14). Il ne s’agit pas ici de nous de l’Église. Je comprends qu’il s’agit de toutes les compositions poé-
donner la vie comme si nous étions morts, ni la lumière comme si nous tiques sacrées des chrétiens, qui font jaillir l’adoration et la louange et
n’étions pas déjà lumière ; mais il s’agit du resplendissement de la lu- les sentiments de sainteté, le terme « spirituel » étant ajouté à la der-
mière sur nous qui sommes lumière en Lui, et qui pourtant nous assou- nière classe de ces expressions, la moins élevée, pour marquer que
pissons avec insouciance au milieu de ce qui est mort et fait mourir. même là, il y a la consécration au Seigneur. C’est la joie sainte et vraie.
Quelle vigilance dans Son amour qui pense ainsi à nous, pour que notre Puissions-nous la cultiver en simplicité ! Nous avons vraiment une heu-
coupe de bénédiction déborde et que nos âmes soient délivrées de ce reuse part ! Y a-t-il quelque chose dont nous ne pourrions pas rendre
qui est dégradant pour Lui et pour nous-mêmes qui sommes en Lui, — grâces à notre Dieu et Père, au nom de notre Seigneur Jésus ? Y a-t-il
de telle sorte que nous soyons remplis de ce que nous sommes en tant rien d’autre qui soit susceptible de nous faire soumettre les uns aux
que Lui appartenant ! Combien chacune de Ses paroles, chacune de nos autres dans Sa crainte ?
circonstances, nous appellent à revoir si nous marchons soigneuse- [v.22-33] Nous arrivons maintenant au sujet des relations ter-
ment (5:15), non pas comme étant dépourvus de sagesse, mais comme restres spéciales. Nous avons eu jusqu’ici les exhortations générales
étant sages, rachetant l’occasion parce que les jours sont mauvais ! concernant les saints de Dieu comme tels — les enfants de Dieu et les
Nous avons toutes les ressources, mais il nous faut néanmoins membres du corps de Christ. Mais maintenant le Saint Esprit montre
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qu’Il n’est pas indifférent aux relations que ces saints peuvent avoir, soit l’obéissance de Christ (1 Pierre 1:2) : rien n’est plus beau pour l’âme, et
l’un envers l’autre, soit en rapport avec les autres sur la terre. Il peut y rien ne glorifie Dieu davantage. La manière ordinaire du Nouveau Tes-
avoir, par exemple, des maris et des femmes tous deux chrétiens, ou tament pour présenter l’instruction est la suivante : une relation est
bien seul l’un d’eux peut être converti, l’autre étant encore juif ou formée, et nous avons à glorifier Dieu selon le caractère de cette rela-
païen ; et pareillement pour les relations de père et d’enfants, de maître tion, qui est amplement développé et appliqué dans la Parole. Ceci est
et de serviteur. Pour commencer nous avons à faire seulement à ce qui vrai dans les choses naturelles, et l’Esprit de Dieu saisit l’occasion de
a rapport au lien terrestre le plus intime, celui de mari et femme. Nous cette relation journalière pour faire ressortir la relation spirituelle qui
allons voir que l’Esprit Saint pourvoit abondamment aux besoins des en- y correspond. Nos cœurs étant alors occupés de la grâce extraordinaire
fants de Dieu ainsi liés, en sorte que, quelles que soient leurs difficultés, qui a formé ce lien nouveau et éternel, nous trouvons ainsi non seule-
ils peuvent trouver des instructions de grâce et de sérieuses exhorta- ment un motif, mais le modèle et la puissance pour glorifier Dieu tant
tions, non pas simplement des commandements touchant leurs cir- dans la relation naturelle que dans la relation spirituelle.
constances par rapport à Dieu — car les directions présentées ici aux Nulle part cette vérité n’est démontrée d’une manière plus frap-
chrétiens ne revêtent pas tellement cette forme de commandements. pante que dans la première de ces relations sur laquelle le Saint Esprit
Bien sûr il y a des préceptes et des commandements dans tout le Nou- s’étend particulièrement : « Femmes, soyez soumises à vos propres
veau Testament. Et c’est bien l’écrivain inspiré qui met le plus l’accent maris, comme au Seigneur ». La première comparaison qu’Il emploie,
sur l’amour, qui insiste aussi le plus sur les commandements ; car c’est avant d’entrer dans la relation spirituelle présentée sous la figure du
l’évangile et les épîtres de Jean qui insistent le plus sur de telles injonc- mariage, — la toute première pensée est de présenter la position de
tions ; pourtant chacun sait qu’aucune autre portion de l’Écriture ne fait l’homme comme étant à la tête, et il la présente comme ayant une force
autant ressortir l’amour de Dieu de manière frappante et constante. particulière dans la vie matrimoniale. Nous savons tous (1 Cor. 11) que,
C’est donc une immense erreur de supposer que l’amour de Dieu n’est même sans qu’il soit question de mariage, l’homme est le chef [= tête]
pas compatible avec des injonctions très strictes adressées à Ses enfants de la femme. Autrement dit, même si le mariage n’existait pas, l’homme
et revêtues de Son autorité. a une place que la femme n’a pas, — une position entièrement indé-
Rajoutons qu’il est incontestable que le caractère général des ins- pendante du caractère. Tel homme peut être imbécile et telle femme
tructions données aux chrétiens ne prend pas la forme de commande- avoir beaucoup de fermeté et de sagesse ; cela ne change pas pour au-
ments de forme légale, en sorte que, comme chrétiens, nous ne tant l’ordre de Dieu. Tel enfant peut faire preuve d’une grande pru-
sommes pas placés sous les commandements de Moïse pour former nos dence, alors que ses parents manquent de sagesse et sont faibles. Il n’en
pensées, nos sentiments et régler nos voies. Bien plus, nous n’avons rien reste pas moins que la relation est entièrement distincte du caractère
qui ressemble à la loi, mais selon l’Écriture, nous avons ce qui lui est en particulier, de l’état et de la condition des personnes, aussi bien de celle
contraste complet et très marqué, car « la grâce et la vérité vinrent par qui a la position supérieure, que de celle en position subordonnée. Il est
Jésus-Christ ». Nous avons bien des commandements, mais ils suppo- très important que ce soit une question réglée dans nos âmes, afin que
sent que nous avons la vie, et ils la dirigent avec le but d’amener jamais aucune circonstance ne serve de prétexte pour renverser
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

l’ordre selon Dieu. Certaines circonstances éprouvantes rendent la dif- l’abus du principe : « Femmes, soyez soumises à vos propres maris,
ficulté immense dans l’une ou l’autre relation. Mais il est lourd de con- comme au Seigneur ». Le Seigneur est introduit, et cela met tout à sa
séquences de bien se souvenir que les droits de l’ordre selon Dieu sub- juste place. S’il s’agit d’épreuve ou de souffrance, la parole est encore
sistent toujours, et que rien ne justifie de désobéir à Sa volonté. la même. Le Seigneur peut faire passer par de grandes difficultés et de
grands dangers. Quelle est la place qui convient au chrétien en de telles
Il peut y avoir des cas où l’obéissance dans l’ordre naturel selon
circonstances ? Une soumission sans réserve. Car je dois être assuré
Dieu serait un péché ; il n’y en a pas où la désobéissance soit un devoir.
que, quels que soient les brisements d’esprit que de telles épreuves
Il n’est pas de circonstance où l’on soit tenu de désobéir, mais il y a des
peuvent occasionner, néanmoins tout ce que le Seigneur fait est le
crises où il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Actes 5:29). C’est
mieux et le plus heureux, et, en fin de compte, le plus propre à fortifier
une bien grande grâce, en vérité, que les cas soient rares où l’obéis-
mon âme — le Seigneur étant incapable de quoi que ce soit pour moi
sance à Dieu implique une infraction apparente à l’ordre naturel et au
qui ne soit pas en vue d’un bien durable à la louange de Son nom.
devoir moral, mais cela peut arriver. Ainsi au début des Actes par
exemple, les autorités qui gouvernaient en Israël à l’époque, comman- Cette épître ne fait pas simplement ressortir que Dieu contrôle
dèrent à Pierre et à Jean de ne pas enseigner au nom de Jésus. Que tout, mais elle met en évidence une relation spéciale. Ici c’est le Sei-
pouvaient-ils faire, sinon de se rejeter sur l’autorité de Dieu ? Ils purent gneur aimant les Siens, de cet amour qui a tout sacrifié pour eux. Com-
déclarer à ces gouverneurs eux-mêmes que leurs consciences étaient ment douter de la bénédiction et de la valeur de me soumettre au Sei-
tenues envers Dieu avant de l’être par les hommes. Ainsi donc, l’obéis- gneur ? La femme chrétienne a peut-être un mari, et il peut être dur et
sance est toujours la part du chrétien : c’est le premier grand principe pénible de supporter tout. Peut-être vous traite-t-il comme rien et de-
qui demeure et reste parfaitement clair, avant d’entrer dans les détails. mande-t-il souvent ce qui est déraisonnable. Qu’est-ce qui peut alors
alléger le fardeau, tout en continuant à le sentir ? « Soyez soumises à
C’est comme suite à l’exhortation générale à la soumission les uns
vos propres maris, comme au Seigneur ». Je dois me soumettre à mon
aux autres dans la crainte de Christ (car Christ est Celui qui nous est
mari comme au Seigneur : que je voie seulement le Seigneur dans l’af-
continuellement présenté à l’honneur dans cette épître), que l’Esprit
faire, au lieu du manque de considération et de la mauvais humeur du
aborde ce premier point de la place appropriée de la femme chré-
mari, et le chemin devient évident. Il faut en faire une affaire non pas
tienne, et Il pose le principe suivant : « Femmes, soyez soumises à vos
de simple devoir, mais de confiance dans le Seigneur comme étant au-
propres maris, comme au Seigneur ». Ce langage peut paraître extraor-
dessus de tout dans Son amour, dans Ses soins et dans Son gouverne-
dinairement fort quand nous pensons à ce que sont ou peuvent être les
ment. C’est là le point de départ du Saint Esprit, et ce dont Il fait la base
maris, mais c’est important d’être toujours sûr que Dieu ne se trompe
des instructions variées qui vont suivre. Il commence par cette grande
pas. Pour la prudence humaine, cela peut paraître imprudent. Peut-être
vérité que la femme chrétienne a qualité pour se soumettre à son mari
avez-vous même affaire à un mari inconverti ! Mais introduisez seule-
comme au Seigneur. Ce n’est donc pas une simple question d’affection,
ment le Seigneur et vous verrez tout de suite la puissance qui rend la
ce qui serait humain : l’affection est tout à fait nécessaire comme un
soumission facile, et vous apprendrez jusqu’à quelle mesure la soumis-
élément naturel, mais ce serait aussi vrai si la personne n’était pas du
sion doit être supportée. De plus, vous avez ce qui préserve contre
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

tout chrétienne. Il n’est pas non plus question de ce à quoi le mari s’at- l’homme la place la plus basse, mais en vérité, la plus élevée. Il com-
tend, ni de ce que j’estime juste. Tout cela relève du domaine des sen- prenait le secret de Sa relation avec Dieu le Père. Bien que tout ceci fut
timents convenables et de la moralité. Mais l’important est que Dieu vrai de Christ comme de nul autre, néanmoins cela est sûrement vrai
ne peut pas être avec une femme chrétienne qui marche dans la mé- de tout croyant dans une mesure.
connaissance habituelle du fondement qu’Il a établi pour elle dans sa Nous avons à veiller très soigneusement sur nous-mêmes dans ce
relation comme épouse. Il ne laisse pas le chrétien marcher simplement domaine. Là où il y a la moindre tendance à s’écarter du sentier de la
selon des principes moraux ou conventionnels. Ceux-ci peuvent être soumission, il nous faut chercher à voir si nous sommes sages selon
justes à leur place, mais si je suis chrétien, j’ai un appel plus élevé ; et Dieu. La nature n’aime jamais être assujettie. Partout où il y a danger
alors — quelle que soit la difficulté, lors même que celui à qui je dois la
de se prévaloir de la vérité de Dieu pour agir d’une manière qui paraît
soumission n’est pas chrétien — il arrive cette direction bénie : « Soyez manquer de soumission à l’autorité d’autrui, j’ai besoin, là plus qu’ail-
soumises à vos propres maris, comme au Seigneur ». Il me donne le leurs, de veiller sur moi-même avec une jalousie toute spéciale. Quand
droit de Le voir Lui, le Seigneur, derrière la personne du mari ; et c’est nous sommes dans un sentier où la soumission est requise, laissons de
Lui que j’ai à suivre et à Lui que je dois me soumettre. Il y a dans cette la place pour y introduire le Seigneur. Pour ajouter la puissance et la
pensée une grande consolation pour la femme chrétienne qui est tou- foi à notre obéissance, et pour qu’elle ait le caractère de sainteté, il
jours si éprouvée. Mais alors arrive la limite de l’épreuve — car il y a un faut réaliser que c’est au Seigneur que j’obéis, même quand c’est à une
terme à tout chemin — et le voici : Dieu ne me met jamais dans des autorité terrestre que je suis soumis. La vérité bénie que le Seigneur va
circonstances où je suis libre de pécher. C’est pourquoi, au cas où le introduire, commence à s’ouvrir devant nous : « parce que le mari est
mari commanderait ce qui serait un péché positif, de cela j’apprends sur le chef de la femme, comme aussi le Christ est le chef de l’assemblée,
le champ que je ne suis pas tenue d’obéir, parce qu’il m’est dit de me lui le Sauveur du corps » (5:23). Ces paroles font allusion à la relation
soumettre à mon mari comme au Seigneur. Le Seigneur n’approuve étroite, qui est censée nous montrer comment nous avons à marcher
jamais le péché. Il peut me passer au crible, et je peux ne pas com- l’un envers l’autre à cet égard. Bien que Christ, et Christ seul, soit le Sau-
prendre tout d’abord en quoi cela est bon et nécessaire ; mais la foi veur, la position de soumission du saint ou de l’Église n’est pas éliminée,
trouve toujours sa force et sa direction dans la sagesse du Seigneur — bien au contraire.
se confiant en Lui, et non pas dans ma sagesse lorsqu’elle Le comprend.
Vous constaterez que nous croissons en sagesse lorsque nous nous con- « Mais comme l’assemblée est soumise au Christ, ainsi que les
tentons de prendre la place de celui qui n’a pas de sagesse. Si ma con- femmes le soient aussi à leurs propres maris en toutes choses ». Tel est
fiance est dans la sagesse du Seigneur, j’acquerrai de la sagesse et j’y le principe général. Mais notez bien que dans toute parole de ce genre
ferai des progrès. Notre Seigneur a été parfaitement homme, et bien dans l’Écriture, il est toujours donné une mesure et une sauvegarde. Il
que toujours parfait dans toutes les conditions de la vie, la grande n’est pas dit simplement : « Que les femmes soient soumises en toutes
marque de Sa perfection a été d’être toujours Celui qui était dépendant choses à leurs propres maris », mais « comme l’assemblée est soumise
et regardait à Dieu, et qui pouvait dire : « Ne saviez-vous pas qu’il me au Christ, ainsi que les femmes etc. ». Je trouve ici que la manière bénie
faut être aux affaires de mon Père ? » (Luc 2:49). Voilà bien pour dont Christ prend soin de l’assemblée et dont Il s’occupe d’elle dans sa
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

soumission envers le Seigneur, est mise comme modèle pour les mariage, ainsi dans la nature, il est aussi le secret qui rend le mariage
femmes en rapport avec leurs maris. C’est quand on arrive à la plus éle- heureux une fois qu’il est formé. L’amour de Christ, dont il est parlé ici,
vée des deux relations que le Saint Esprit en fait ressortir plus claire- nous est présenté comme un tout indivisible, du commencement à la
ment le caractère. « Maris, aimez vos propres femmes ». Nous voyons fin. Il est bon de se le rappeler dans la vie de mariés : l’amour qui était
ici ce qui peut être un piège du côté du mari. D’abord la femme doit vrai avant la formation du lien, est l’amour qui demeure après que le
veiller à son humeur pour discipliner son esprit dans une entière sou- lien est formé et qui doit croître jusqu’à la fin.
mission à son mari. À elle, il ne lui est pas dit d’aimer son mari, mais de Bien sûr, il en a été ainsi parfaitement pour notre Seigneur. Il a
lui être soumise. Or Satan pourrait en prendre avantage, et, dans l’exer- aimé l’assemblée. Il est question ici de la part de Christ d’une affection
cice de la relation mutuelle, le mari pourrait manquer d’égards, d’af-
très spéciale. Ce n’est pas la vérité générale de l’amour de Dieu, qui a
fection et de tendresse. D’un côté il y a ce qui gouverne et guide la même aimé le monde ; car aucune relation avec le monde n’a été for-
femme, mais l’exhortation adressée ici au mari porte sur ce dont il a mée. L’important à voir ici, c’est que, bien que ce soit un amour exis-
tant besoin dans ses circonstances propres et qui serait si bénéfique tant avant la relation, c’est dans cette relation qu’il s’exerce vraiment
pour son âme et si consolant pour sa femme. C’est pourquoi nous li- et qu’il garde toujours sa force réelle et sa joie. Si maintenant nous pas-
sons : « Maris, aimez vos propres femmes, comme aussi le Christ a sons de ce qui est terrestre à ce que cela représente, combien la grâce
aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle ». Quel saint mo- est grande et combien la bénédiction est riche ! Ce fut autrefois une
dèle ! Quel exemple d’abnégation, de prévenance, de pureté, de carac- grande joie pour nos cœurs de réaliser que Dieu pouvait aimer des pé-
tère céleste ! et cet exemple est mis devant nous pour que cette rela- cheurs, et de les aimer au point de livrer Son Fils pour nous, pécheurs,
tion, qui se dégrade facilement, soit tenue et maintenue au niveau tels que nous étions. Mais il y a une autre sorte d’amour que nous con-
élevé qui lui est dû, et que même les saints les plus pauvres de la terre, naissons maintenant. Dieu a pris vis-à-vis de nous la relation de Père, et
unis ensemble par ce lien, puissent jouir de la lumière et de l’amour du en tout cas Il nous a introduits, par Jésus-Christ, dans celle d’enfants vis-
ciel brillant sur eux. à-vis de Lui. Nous sommes « enfants de Dieu par la foi en Jésus-Christ ».
« Maris, aimez vos propres femmes, comme aussi le Christ a aimé Par conséquent le Père nous aime d’un cœur de père ; ce n’est pas seu-
l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle, afin qu’il la sanctifiât, en lement qu’Il aime la créature en tant que Dieu, mais Il nous aime
la purifiant par le lavage d’eau par la parole ; afin que lui se présentât comme un père — bien plus, Il nous aime comme le Père de notre Sei-
l’assemblée à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de gneur Jésus L’a aimé, non pas seulement dans la mesure de l’affection
semblable, mais afin qu’elle fût sainte et irréprochable » (5:25-27). humaine de parents pour leurs enfants. Dans un tel cercle, il peut y avoir
Ainsi l’amour de Christ pour l’Église est posé comme le modèle selon de la satisfaction et des délices ; et en pensant à ce que nous sommes
lequel le mari chrétien doit chercher à conformer son propre amour et qui nous étions, il est vraiment merveilleux de penser que quelqu’un
pour sa femme. Voyez-en la source et le caractère : « Comme aussi le comme Dieu le Père puisse trouver Son délice en nous maintenant
Christ a aimé l’assemblée ». Tout découle de ceci. Ai-je besoin de dire dans ce monde ! qu’Il nous aime infiniment plus qu’un père terrestre
que, même du point de vue humain, comme l’amour doit précéder le aime l’enfant qu’il aime le plus, et que cet amour s’étend aux plus
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

faibles et aux plus nécessiteux de Sa famille ! Il y a aussi un amour con- qui sont liés par ce lien, alors il ne saurait y avoir de plus grande joie
ditionnel en faveur de ceux qui marchent fidèlement, ce que Jean ex- pour nos âmes que d’entrer dans Son amour, puis de chercher à agir
pose aux ch. 14 et 15 de son évangile. Mais je parle maintenant de cet par Sa Parole sur d’autres membres du corps de Christ pour les amener
amour qui ne fait jamais défaut, cet amour personnel qui existe dans à croire et à jouir de cet amour. C’est l’assemblée qu’Il a aimée, non
la relation où Dieu se trouve comme Père vis-à-vis de Ses enfants en pas une partie seulement de celle-ci. Je me sers à dessein du terme
tant que tels ; cet amour qui ne se borne pas à de la compassion, mais « assemblée », parce que les gens ont souvent une notion très vague de
qui pose Son regard avec plaisir sur ces enfants, et trouve Son délice en ce qu’est l’Église. De nos jours, le terme « église » est la plupart du
eux maintenant, malgré tout ce qui tend à détourner ou affaiblir cet temps appliqué complètement à tort. On le dit d’un édifice, d’un groupe
amour. Étant en Christ, ne dois-je pas être assuré d’un tel amour autant particulier, de l’ensemble dominant quelque part. Mais substituez le
que je le suis de mon existence comme homme ? Bien plus, ne dois-je terme d’ « assemblée » à celui d’ « église », et comprenez par là le corps
pas avoir plus de connaissance et plus de certitude de ce qu’est Son entier de ceux que Dieu appelle hors du monde par le Saint Esprit des-
amour envers moi, que de tout ce qui me touche comme personne vi- cendu du ciel ; et alors vous apprenez là l’amour spécial que Dieu a
vant sur la terre ? Ce qui est en moi ne me garantit pas des tromperies révélé en Christ, non pas simplement à l’âme individuelle, mais à l’as-
du monde extérieur ; mais dans les choses de Dieu, là où la foi est vi- semblée qui est Son corps sur la terre.
vante, il n’en est pas ainsi : il y a, et il doit y avoir, une certitude divine. [v.25b] Bien sûr, la mort de Christ était essentielle pour que l’Évan-
[v.25b-27] Quand Dieu se révèle clairement, l’âme doit recevoir gile soit maintenant prêché au monde. Cette mort est également le fon-
cette révélation avec humilité d’esprit ; et plus il y a d’humilité, plus il y dement sur la base duquel les cieux et la terre seront purifiés de tout ce
a de certitude, parce que le fondement de cette assurance est que Dieu qui aujourd’hui corrompt et souille. Tout ce qui a servi à la justification
s’est révélé à nous : il s’agit de Lui-même, et pas du tout de nous. S’il de Dieu dans le passé et qui servira dans le futur à l’épanchement de
en est ainsi, quelle merveilleuse position que d’être en Christ ! Il est bien Son amour, est fondé sur la mort de Christ. De là la valeur immense de
vrai que Christ m’a aimé, mais ici il est question de l’Église — « l’assem- Sa rédemption, pour la terre et pour le ciel, pour les Juifs, les Gentils et
blée » ; — et Christ a pour Son assemblée un amour spécial que j’ai le l’Église de Dieu, pour le temps et pour l’éternité. Mais en outre, quelle
droit de m’approprier et sur lequel j’ai le droit de compter. Voilà ce qui grande force dans cette expression : « Il s’est livré Lui-même pour
rend si précieux le rassemblement des enfants de Dieu comme assem- elle ». Il n’y a rien eu en Christ qu’il n’ait pas donné. Ce n’est pas ce qu’Il
blée, et qui montre l’importance extrême de ne pas le réduire à une a fait, ni seulement ce qu’Il a souffert, mais Il s’est donné Lui-même.
association volontaire, petite ou grande. Dès l’instant où vous introdui- Bien sûr, ceci implique tout ce qui était en Lui et de Lui, mais cela va
sez la volonté de l’homme, vous détruisez sur le champ en principe le beaucoup plus loin parce que c’est le renoncement absolu de Lui-
fondement divin que l’Écriture tient comme établi. Si au contraire vous même en amour en vue de l’objet qu’Il aimait, c’est le modèle parfait
comprenez que Dieu a formé un certain lien dans le Saint Esprit pour de la vraie plénitude d’amour, et cela dépasse infiniment toute relation
la gloire de Son Fils parmi ceux qui Lui appartiennent maintenant sur la humaine qui voudrait l’imiter. En s’adressant au mari chrétien, l’Esprit,
terre, et que Christ regarde d’un amour parfait et tout particulier ceux nous montre justement que Christ a la prééminence en toutes choses :
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

« Il s’est livré Lui-même pour nous ». Quelle en est la conséquence ? [v.26] Une autre pensée se présente maintenant. Si Christ a achevé
que l’Église est sans péché devant Dieu — que les péchés sont effacés cette œuvre, si c’est une chose passée qui n’a pas besoin d’être retou-
pour toujours — que la rédemption est accomplie — que Satan est chée, nous entrons dans la seconde preuve de Son amour : « afin qu’il
vaincu — que la colère et le jugement divin ont été portés — que les la sanctifiât, en la purifiant par le lavage d’eau par la parole ». Je com-
ordonnances, qui étaient contraires à ceux qui y étaient assujettis, sont prends que cette sanctification de l’Église dont il est parlé ici, est une
clouées à la croix [Col.2:17] — que l’inimitié est détruite — que le nouvel chose distincte du lavage d’eau par la parole, bien qu’elle s’y rattache
homme est formé. Tout cela, et beaucoup plus encore, est fondé sur étroitement. Il y a là deux opérations, et il y a une différence impor-
Christ se livrant Lui-même. L’effet pour nous en est que nous avons ici tante entre sanctifier l’Église et la purifier. Cette sanctification ne se
Christ dans Son amour, dans une lumière sans nuage, sans qu’aucun rapporte pas simplement à notre croissance dans la grâce, elle se rat-
doute ni question ne se soulèvent, et Christ est là l’objet dans lequel tache à Christ. Ce n’est pas simplement le travail de l’Esprit de Dieu
nos âmes trouvent leur délice, et auquel elles se soumettent et dans le croyant. On parle souvent de justifier comme étant l’affaire du
qu’elles servent et adorent toujours plus. Fils, et sanctifier, l’affaire de l’Esprit. Or nous sommes lavés, nous
sommes sanctifiés, nous sommes justifiés au nom du Seigneur Jésus et
J’ai autant le droit de croire que Christ s’est livré Lui-même pour
par l’Esprit de notre Dieu. Tout ce en vertu de quoi nous sommes lavés,
moi, que j’en ai de croire que mes iniquités sont entièrement ôtées par
et sanctifiés et justifiés, c’est Christ ; et c’est par l’Esprit de notre Dieu.
Son sang précieux. Si je crois l’une de ces choses, je dois à Dieu de
L’Esprit de Dieu est l’agent actif dans la justification tout autant que
croire aussi l’autre ; et le fondement de ma foi est le témoignage rendu
dans la sanctification, mais Il agit toujours en se servant de Christ. C’est
par Dieu à la perfection de ce que Christ a fait selon la gloire de Sa
pourquoi il y a un grand danger à déconnecter Christ de la sanctifica-
Personne. Dieu attache une telle valeur à l’œuvre de souffrance de Son
tion. Christ s’est livré lui-même pour l’Église, « afin qu’il la sanctifiât et
Fils sur la croix, qu’Il peut m’aimer parfaitement. Nous sommes libres.
la purifiât ». Dans le fait que Christ s’est livré Lui-même, Son sang est
Nous avons la rédemption par Son sang. Mais c’est en Lui, non pas seu-
impliqué, mais il y a plus que cela.
lement par Son sang, mais en Lui, comme il est dit au chap. 1 : « en qui
nous avons la rédemption par Son sang, la rémission des fautes selon En fait, tout ce que comporte la rédemption proprement dite, et
les richesses de Sa grâce » (1:7). Il est donc très important que, tout en tout ce qui en découle, est impliqué dans le verset 25 : « Il a aimé l’as-
tenant ferme à la rédemption, nous n’y tenions pas en dehors de Christ, semblée et s’est livré lui-même pour elle ». C’est là une chose passée,
mais seulement en Lui, si l’on peut s’exprimer ainsi. C’est Sa Personne mais suivie par ce qui continue pendant tout le temps de l’existence
qui me rendra capable d’estimer et de tenir ferme la valeur de cette de l’Église sur la terre. Comme fruit de Son amour, il y a la mort de
œuvre. Il faut nous rappeler non seulement ce qui a été fait, mais qui Christ pour nous — Christ se livrant Lui-même pour l’Église. Et mainte-
est Celui qui l’a fait. Si en vous jugeant vous-mêmes, vous vous attachez nant, sur le fondement de la croix, on a la sanctification et la purifica-
à Lui et à ces deux vérités bénies en Lui, jamais un seul nuage ne vien- tion qui se poursuivent continuellement. Mais comment s’opèrent-
dra envelopper votre âme quant à la parfaite délivrance vis-à-vis de elles ? C’est par le lavage d’eau par la Parole dans les deux cas. Cela
toute accusation devant Dieu. nous montre l’immense importance de la Parole de Dieu. Combien il
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

est essentiel pour tout enfant de Dieu d’apprécier cette Parole et de Répéter l’œuvre dans ce domaine prouve son imperfection. Selon
chercher, par elle, à croître dans la connaissance de Dieu ! Appartenir l’épître aux Hébreux, le fondement a été posé si complètement qu’il
à l’Église ou plutôt à Christ, bien loin d’être la somme ou la substance n’est plus jamais besoin de le re-poser à nouveau. Une nouvelle asper-
de ce que nous avons à apprendre, ce n’en est que la base ; c’est seule- sion du sang de Christ est aussi impossible que de recommencer Sa
ment après que nous avons acquis cette connaissance fondamentale mort pour verser Son sang. Lorsqu’une âme L’a trouvé, Lui, et a été
que viennent toute la sanctification et la purification qui s’opèrent par lavée du péché dans Son sang, elle demeure dans cette position pour
le lavage d’eau par la parole. toujours. Voilà ce qui rend si grave le péché du chrétien. Si vous pouviez
recommencer l’aspersion, quel en serait le résultat ? À peu près le
Ainsi, il est clair qu’il y a trois fruits de l’amour de Christ bien distincts :
même que celui de la confession devant le prêtre pour les catholiques
1. Le premier, c’est qu’Il s’est livré Lui-même (c’est-à-dire, jusqu’à la
romains. Les gens apprennent bientôt à jouer avec le péché, et à s’en-
mort) ; [v.25]
durcir par sa tromperie. Bien que ce soit différent quand on regarde à
2. le second, c’est le travail présent de Sa vie. Depuis la croix, Il s’oc-
Christ, pourtant l’effet moral n’en diffère guère en ce qui concerne la
cupe Lui-même de l’Église, dans le ciel ; Il prend soin de Ses
légèreté vis-à-vis du péché. Si l’on peut toujours repartir à zéro comme
membres, opérant par le Saint Esprit, et appliquant la Parole de
s’il ne s’était passé qu’une bagatelle, puis recommencer toujours de
[Link] est lié à Lui-même, parce que tout le point de départ est
nouveau à chaque nouvelle chute, le péché n’est presque plus jamais
l’amour de Christ pour l’Église. Il sanctifie et purifie maintenant par
senti aussi profondément. D’un côté, nous sommes tenus de ne pas
le lavage d’eau par la Parole ; mais nous savons que nos péchés ont
laisser souiller ce qui a été lavé dans le sang de Christ, mais de l’autre,
été ôtés par Son sang. [v.26]
nous avons la conscience de manquements continuels.
3. [voir plus loin v.27] : Il se la présentera
N’y a-t-il donc pas de ressource ? L’accès à la croix ne peut-il pas
Avant de passer au troisième effet de Son amour, permettez-moi
être renouvelé ? Ce serait terrible s’il n’était pas pourvu contre nos
de dire ici que l’idée d’un renouvellement de l’application du sang de
manquements et nos chutes, s’il n’y avait pas de moyens de traiter ces
Christ est étrangère au christianisme. Sans doute, il y a des chrétiens
écarts ; mais il y a une ressource, et elle est donnée ici : « Afin qu’il la
qui vous disent qu’il faut avoir à nouveau recours au sang ; mais leur
sanctifiât, en la purifiant par le lavage d’eau par la parole ». Jean 13
opinion ne se fonde sur rien dans l’Écriture. Au contraire, une pareille
expose la même vérité, mais dans son application individuelle ; elle se
idée ne fait qu’affaiblir la vérité fondamentale de l’efficacité du sacri-
trouve fondée, là, sur ce que les disciples étaient à Jésus, qu’Il les aimait,
fice de Christ, — alors qu’on cherche à appuyer et à exalter ce sacrifice
et que ceux qu’Il aimait, Il les aimerait jusqu’à la fin ; nous voyons en-
de manière humaine. C’est là ce qui résulte de se faire sa propre idée
suite que, du fait qu’ils étaient exposés à se souiller dans le monde, le
sur l’usage à faire de la vérité, au lieu de s’incliner simplement devant
Seigneur voulait les mettre en garde contre deux choses : première-
la Parole de Dieu. Dès l’instant où nous détachons une vérité de la re-
ment contre l’inquiétude à l’idée qu’Il pourrait cesser de les aimer à
lation que Christ a pour nous, c’est comme si l’on déracinait ce qui croît
cause de leur infidélité ; secondement contre le danger de se servir de
à sa place dans le jardin de Dieu et y produit son fruit abondant et pré-
Sa fidélité pour traiter le péché à la légère. Christ ne cessera jamais
cieux, mais qui dépérit quand l’homme le prend dans ses mains.
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

d’aimer, et ne traitera jamais le péché à la légère, ni ne nous permettra déclaration ait pour effet sur le cœur corrompu de l’homme, qu’on en
de le faire. Il nous fait toujours reposer sur Son sang. Mais alors, si déduise qu’après tout, le péché n’est pas si grave que ça. Aussi précise-
quelqu’un est coupable de péché après avoir reçu la rémission des pé- t-il : « Mes petits enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne pé-
chés, que faut-il faire ? Il faut aller l’exposer devant Dieu. Le voile n’est chiez pas ». Jamais nous n’avons la liberté de pécher ; nous sommes
pas rétabli parce que nous avons agi follement au dehors. Nous avons toujours inexcusables quand nous péchons. Il ajoute alors : « Si
le droit de nous approcher et de confesser notre défaillance devant quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus Christ,
Dieu — de venir à Lui sur la même base que celle par laquelle nous le juste » (1 Jean 2:2).
sommes lavés dans le sang de Christ. Quel en est le résultat ? et de quoi C’est la vérité qui correspond à notre passage d’Éph. 5 ; non pas
cela résulte-t-il ? Cela est dû à ce que Christ sanctifie et purifie, et pour-
que dans les deux passages la position de Christ soit la même, mais l’ef-
suit le lavage d’eau par la Parole. Ce lavage a un aspect collectif, comme fet vis-à-vis de l’âme est similaire. Christ poursuit Son précieux travail
ici (5:25), et un aspect individuel (Jean 13) : les deux sont vrais. C’est d’amour, et il en résulte qu’il y a dans la Parole telle portion qui, par la
vrai pour chaque âme, comme pour l’Église en général. Christ agit con- grâce de Dieu, s’applique à nos fautes — de sorte que la sanctification
tinuellement, dans la présence de Dieu, en faveur de l’Église ; la consé- dont il est parlé ici est la mise à part pratique, selon notre appel comme
quence nécessaire en est la répréhension et le châtiment. On est amené assemblée de Dieu — l’accomplissement de cette sanctification dans
à sentir ce que l’on a fait. Quelque portion de la Parole de Dieu, soit lors nos âmes par la Parole de Dieu. Cela s’opère par la révélation de Christ,
de sa méditation personnelle, soit reçue par le moyen d’autrui, éclaire et de Christ tel qu’Il est maintenant dans la présence de Dieu. C’est à
l’âme d’un coup. On est alors convaincu de folie ; la volonté propre cela qu’il est fait allusion en 2 Cor. 3:18 où nous lisons : « Nous tous,
cesse d’agir ; la parole de Dieu ouvre les yeux avec puissance par le contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes
Saint Esprit, et en s’y soumettant, on s’incline devant le Seigneur. transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Sei-
Tel est le lavage d’eau par la Parole. Il est l’effet de la sacrificature gneur en Esprit ». Nous voyons que le Saint Esprit révèle Christ tel qu’Il
de Christ à la droite de Dieu. L’application de la Parole de Dieu à l’âme est glorifié maintenant devant Dieu, et Il nous sépare du monde qui ne
est l’effet de l’intercession de Christ pour ôter les manquements où connaît rien de Sa gloire, mais est préoccupé de sa propre gloire qui se
qu’ils soient. Le travail qu’Il exerce à la droite de Dieu a un caractère rapporte aux choses présentes. Dieu nous révèle Christ en haut, ce qui
d’intercession. Une grande partie de ce travail qui se poursuit dans a pour effet de nous sevrer du faux éclat du présent siècle mauvais.
l’âme n’est pas tant de remédier aux manquements, que de prémunir. [v.27] Comme nous avons ici l’exposé complet de ce que Christ fait,
Dieu ne compte pas sur le péché, Il n’attend pas de Son enfant qu’il il y a la purification aussi bien que la sanctification de l’Église. Il faut ôter
pèche. Il y a, au contraire, une exhortation solennelle à ne pas pécher : toute souillure, et dans les deux cas, Dieu se sert du lavage d’eau par la
« Mes enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez pas » Parole. Mais il y a un troisième fruit encore futur de Son amour : « afin
(1 Jean 2:1). L’apôtre venait de leur dire que si nous disons que nous que lui se présentât l’assemblée à lui-même, glorieuse, n’ayant ni
n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité tache, ni ride, ni rien de semblable ». Il est clair que nous avons ici la
n’est pas en nous (1 Jean 1:8). Or il y avait le danger que cette bénédiction complète de l’Église, quand il ne sera plus question de la
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

purifier ; quand l’amour de Christ aura son résultat parfait, et que « car personne n’a jamais haï sa propre chair, mais il la nourrit et la
l’Église sera glorieuse à Sa ressemblance : « afin que lui se présentât chérit, comme aussi le Christ l’assemblée » (5:29). C’est un beau com-
l’assemblée à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de plément, bien doux, ajouté à la vérité déjà présentée. Dans ce qui pré-
semblable ; mais afin quelle fût sainte et irréprochable ». cède, nous avons vu la rédemption, la purification pratique présente, la
glorification future de l’Église. Mais maintenant l’apôtre ajoute que
Tel est l’exposé complet et divin de l’amour de Christ.
Christ « la nourrit et la chérit ». Ces expressions entrent spécialement
[v.28-30] Remarquez qu’il n’est pas présenté sous forme simple- dans la pensée de Christ, et Son intérêt plein d’égards pour ceux qui
ment doctrinale, mais d’une manière très pratique, en vue d’illustrer la Lui appartiennent. C’est une grande consolation de savoir que cela de-
position du mari chrétien vis-à-vis de sa femme. Le mari ne peut agir meure vrai dans l’état actuel de l’Église, malgré toute la ruine qui nous
correctement à l’égard de sa femme que si la relation est considérée à entoure. Christ va-t-il jamais cesser de nourrir ce qui Lui appartient ?
un niveau plus élevé que le niveau naturel. Le chrétien doit agir sur des C’est impossible. Malgré toute la ruine, il a la même sollicitude pour les
principes célestes, pour se comporter comme il faut dans une relation Siens. Nous ne prierons jamais trop pour l’Église ; mais cela n’est pas du
naturelle. Un mari peut être attaché à sa femme, et la femme tout au- tout être troublé dans nos pensées comme si le Seigneur l’oubliait et ne
tant attachée à son mari ; mais si toute la base de leur vie matrimoniale prenait pas soin correctement des saints selon leurs besoins et leurs
se limite à cet attachement réciproque, il n’y aura jamais ni la puissance douleurs. Le Seigneur n’a jamais failli ; et ce qu’Il nous dit ici de faire
de Dieu, ni Sa bénédiction ni Son honneur. Ces sentiments sont tout à dans notre relation terrestre n’est rien d’autre que ce qu’Il fait Lui-
fait justes, mais il y a besoin de plus que cela, et le plus qui est néces- même en perfection à l’égard de l’Église. Il aime l’Église ; Il la nourrit et
saire, c’est que nos âmes se rappellent constamment les sentiments la chérit, et Il le fait parce que « nous sommes membres de son corps,
de Christ envers l’Église, et comment Il se conduit à son égard. Il y a de sa chair et de ses os » (5:30). Tout comme Ève était partie d’Adam,
toujours de la bénédiction et de la puissance à croire la Parole de Dieu. ainsi l’Église est partie de Christ. Le Seigneur prit un côte d’Adam pour
Si nous ne nous servons pas de la Parole, nous n’aurons pas la force de en former sa femme. C’est dans cette même proximité de relation que
Dieu dans les relations naturelles de la vie ; or il faudrait bien l’avoir. Si nous sommes vis-à-vis de Christ.
cette force manque, n’est-ce pas que nous avons agi jusqu’ici sans ce
On applique quelquefois ce verset à l’incarnation de Christ ; mais
qui donne la puissance, et que Dieu voudrait reconnaître et honorer ?
c’est l’inverse. Il ne veut pas dire que Christ a pris notre chair et nos os,
L’Esprit l’applique ainsi : « De même aussi, les maris doivent ai- mais que nous avons été faits membres de Son corps, de Sa chair et de
mer leurs propres femmes comme leurs propres corps ; celui qui aime Ses os. Il s’agit de notre relation avec Christ ressuscité d’entre les
sa propre femme s’aime lui-même » (5:28). Il part de l’instinct commun morts, et non pas de la relation de Christ avec nous, comme étant Lui
selon lequel les hommes cherchent naturellement à éviter la peine et un homme sur la terre. Je mentionne cela seulement pour prévenir les
prennent soin d’eux-mêmes. L’apôtre parle seulement des faits, et il rai- âmes contre une fausse interprétation. Il n’y a là aucune allusion à notre
sonne ainsi : Considérez votre femme comme étant une partie de vous- Seigneur prenant la chair et le sang : nous savons bien qu’Il l’a fait, mais
même ; or tout ce qui lui fait tort, c’est autant de tort causé à votre l’enseignement sur ce sujet se trouve dans l’épître aux Hébreux, non
propre corps. Cela devrait vous apprendre à avoir des soins affectueux,
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

pas ici. Nous sommes membres de Son corps, de Sa chair et de Ses os. ou inconsidérées, que ce soit lui ou d’autres qui les entendent. C’est
Nous faisons réellement partie de Lui-même, étant unis à Lui tel qu’Il dans de telles circonstances que doivent briller la sagesse et le sens spi-
est maintenant dans la présence de Dieu. Dans notre passage, il s’agit rituel de la femme pieuse, et briller sans brillant : car la bénédiction du
de notre union avec Lui, non pas de Son incarnation. couple suppose que l’homme paraisse, non pas la femme. Quand le
cœur regarde simplement au Seigneur, ce résultat est atteint : bien qu’il
[v.31-33] Le cas d’Adam et d’Ève est ensuite cité en reprenant le
semble incongru qu’un tel couple soit uni ensemble, et que cette atti-
langage de Genèse 2 : « C’est pour cela que l’homme laissera son père
tude ne fasse que rendre leur chemin plus difficile, pourtant rien n’est
et sa mère et sera joint à sa femme ; et les deux seront une seule chair.
impossible à Dieu. Si la femme chrétienne cherche la pensée de Dieu,
Ce mystère est grand ; mais moi je parle relativement à Christ et à l’as-
et cherche à L’honorer dans ces circonstances, Dieu se servira d’elle
semblée. Toutefois, que chacun de vous aussi en particulier aime sa
d’une manière heureuse et bénie pour aider son mari et pour couvrir ce
propre femme comme lui-même ; et quant à la femme, qu’elle craigne
qui serait mortifiant pour lui. Le principe demeure toujours. Rien ne
son mari » (5:31-33).
justifie le mari de ne pas aimer sa femme, et pareillement rien ne justifie
Le sujet se trouve ainsi résumé dans cette parole toute pratique. la femme de ne pas craindre son mari. Que le Seigneur nous accorde de
Inutile de dire que ce verset exclut tout ce qui serait contraire à la con- garder à l’esprit Son avertissement saint et plein de grâce.
fiance la plus absolue dans cette relation. Si le mari agit dans l’esprit de
Chapitre 6
cette parole, il n’aura pas de secret pour celle qui est une partie de lui-
même ; quant à la femme, qu’elle s’assure de bien craindre son mari. Ce [v.1-9] Considérons brièvement les relations entre enfants et
n’est pas là la simple familiarité de l’amour, ce qui serait une faute au pères, et entre serviteurs et maîtres. L’obéissance est ici le grand point
point de vue céleste. Quelle que soit la confiance d’une femme en son sur lequel il est insisté dans tous les cas auprès de ceux qui occupent la
mari, c’est assurément convenable pour elle de le craindre. Qu’on ne position inférieure.
pense pas que la crainte soit en quelque mesure incompatible avec [v.1-4] Comme tous les saints sont appelés à se soumettre les uns
l’amour : Il nous est dit de retenir [tenir ferme] la grâce, en vue de quoi ? aux autres dans la crainte de Christ, et particulièrement les femmes à
pour servir Dieu, d’une manière qui Lui soit agréable, avec révérence et leurs maris en toutes choses, ainsi les enfants doivent obéir à leurs pa-
avec crainte (Héb. 12:28). Sans doute, il y a une immense différence rents dans le Seigneur (6:1). Le Saint Esprit a bien aussi pour leurs pères
entre Dieu et l’homme, mais cela peut servir d’exemple. une parole appropriée et sérieuse ; mais en général combien le fonc-
Dans notre passage, il s’agit de cette crainte qui redoute d’offenser tionnement d’une maison chrétienne est aisé quand les jeunes obéis-
et recherche activement l’honneur du mari. Ceci reste vrai dans tous sent, surtout s’ils obéissent « dans le Seigneur ». L’affection naturelle
les cas. Prenez le cas d’un mari sot avec une femme intelligente ; si tous est douce, et son absence est un signe des temps fâcheux de la fin ; mais
les jours il montre ce qu’il est, sa femme devra d’autant plus se garder elle ne suffit pas. Et la conscience, si importante soit-elle à sa place, est
dans son esprit, afin de mettre ses capacités au profit du mari sans que aussi une sauvegarde insuffisante, et elle ne peut pas être une source
cela paraisse. Il est très important, dans ces circonstances, qu’elle ho- de puissance ; seul le Seigneur est cette source. Combien il est béni
nore Dieu et son mari, au lieu de laisser échapper des paroles blessantes
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

quand le devoir est revêtu de Christ, et absorbé par Lui ! C’est là-des- et leur était soumis » (Luc 2:51). Tel fut Jésus, le Seigneur de tout, pen-
sus, et rien moins que cela, que le Saint Esprit insiste. dant la plus grande partie de Sa carrière terrestre.
Le Seigneur Lui-même l’a réalisé quand Il était ici-bas, Il a su ce que Le même principe est vrai de l’enfant chrétien, à cette différence
c’est d’être dans la position d’enfant. « Et l’enfant croissait et se forti- près que la relation de Christ avec le Père tenait à l’essence même de
fiait en esprit, étant rempli de sagesse ; et la faveur de Dieu était sur Sa personne, tandis que notre relation avec Christ et avec Son Père est
lui » (Luc 2:40). Nous ne sommes pas laissés sur une déclaration vague bien sûr un pur don de la grâce. Mais néanmoins nous sommes nous
et générale, mais nous avons le tableau vivant de Ses voies : « Et quand aussi des enfants, ce titre nous étant conféré et assuré dans et par notre
il eut douze ans, comme ils étaient montés à Jérusalem, selon la cou- Seigneur Jésus-Christ. « Voyez de quel amour le Père nous a fait don,
tume de la fête, et qu’ils avaient accompli les jours de la fête, comme que nous soyons appelés enfants de Dieu… Bien-aimés, nous sommes
ils s’en retournaient, l’enfant Jésus demeura dans Jérusalem ; et ses maintenant enfants de Dieu » (1 Jean 3:1-2). Et ceci, par l’opération du
parents ne le savaient pas. Mais croyant qu’il était dans la troupe des Saint Esprit, est le secret d’une obéissance heureuse dans la relation
voyageurs, ils marchèrent le chemin d’un jour et le cherchèrent parmi terrestre. Conscients de ce que nous sommes vis-à-vis du Seigneur,
leurs parents et leurs connaissances ; et ne le trouvant pas, ils s’en re- nous pouvons obéir en Lui. « Dans le Seigneur » est tout à la fois le mo-
tournèrent à Jérusalem à sa recherche. Et il arriva qu’après trois jours tif d’encouragement, la sauvegarde et la limite. Que les parents soient
ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écou- Juifs ou païens, ou qu’ils portent indignement le nom de Christ, les en-
tant et les interrogeant. Et tous ceux qui l’entendaient s’étonnaient de fants chrétiens (tout en reconnaissant pleinement leur relation avec
son intelligence et de ses réponses. Et quand ils le virent, ils furent leurs parents, quoi qu’il en soit de ceux-ci) ont néanmoins le doux pri-
frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi nous vilège d’obéir « dans le Seigneur ». Combien cela simplifie des ques-
as-tu fait ainsi ? Voici, ton père et moi nous te cherchions, étant en tions autrement si embarrassantes ! Combien aussi cela détermine le
grande peine. Et il leur dit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez- chemin à suivre et le point jusqu’où il faut aller ! Car puisque c’est
vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père ? » (Luc 2:42-49). « dans le Seigneur » que les enfants sont appelés à obéir, un tel appel
Ainsi, même comme enfant de douze ans, il avait la conscience de Sa n’est ni une raison ni une excuse pour pécher.
relation personnelle. L’humanité qu’il avait prise comme né de femme, Dans l’épître aux Colossiens, où les saints étaient en danger de faire
loin d’affaiblir le sentiment qu’il avait de l’amour et des affaires de Son
mauvais usage des ordonnances légales, le motif donné aux enfants
Père, lui donnait plutôt une occasion d’en manifester la réalité. En pour obéir à leurs parents en toutes choses est que « cela est agréable
même temps nous voyons ce qui est si beau — combien Son œil, abso- au Seigneur » (Col. 3:20). Ici dans les Éphésiens, les fidèles étaient dé-
lument simple, percevait ce qui Lui convenait du point de vue ter- gagés de ce piège, et le Saint Esprit pouvait se servir librement d’un
restre, en contraste frappant avec Joseph et même sa mère, qui « ne principe incorporé dans la loi ; c’est pourquoi il ajoute : « car cela est
comprirent pas la parole qu’il leur disait » (Luc 2:50). Aussi lisons-nous juste ». Il peut même poursuivre par une citation du décalogue, légère-
immédiatement après : « Et il descendit avec eux, et vint à Nazareth, ment modifiée, et attirer ainsi l’attention, dans une parenthèse, sur la
place spéciale qu’elle y occupe. « ‘Honore ton père et ta mère’, (c’est
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

le premier commandement avec promesse,) ‘afin que tu prospères et [v.5-9] Ensuite les esclaves chrétiens sont exhortés à obéir à leurs
que tu vives longtemps sur la terre’ » (6:2-3). Si Dieu estimait ainsi la maîtres selon la chair (tels qu’ils étaient, convertis ou non), et à leur
piété filiale sous la loi, l’estime-t-Il moins maintenant qu’Il révèle Sa na- obéir avec crainte et tremblement, en simplicité de cœur comme à
ture comme le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ et qu’Il nous Christ ; ne servant pas sous leurs yeux seulement, comme voulant plaire
appelle à la relation de fils avec Lui ? Si le respect porté à cette parole aux hommes, mais comme esclaves de Christ, faisant de cœur la volonté
d’autrefois était approuvé et récompensé dans le juste gouvernement de Dieu, servant joyeusement le Seigneur et non pas les hommes, sa-
de Dieu, si Dieu veillait alors sur ceux qui honoraient leurs parents, et chant que chacun, soit esclave, soit homme libre, quelque bien qu’il
les faisaient prospérer, la révélation de Lui-même en grâce était-elle fasse, le recevra du Seigneur (6:5-8). Ne convient-il pas de bien noter
susceptible d’affaiblir l’obligation sous laquelle se trouvent Ses enfants, l’étendue et la profondeur de la liberté en Christ ? Il n’y a rien de violent
ou de rendre maintenant moins précieux à Ses yeux l’amour qui inspirait ni de révolutionnaire, et pourtant le changement est complet, absolu,
et soutenait l’honneur ainsi rendu ? Aucun chrétien intelligent ne niera final dans son principe et dans son caractère, bien qu’il y ait des progrès
qu’il s agit bien ici d’un précepte de la loi, mais appliqué, si je ne me à faire dans l’appréciation et la manifestation de ce changement. De tels
trompe, de manière à suggérer au croyant du Nouveau Testament une progrès sont moralement importants, parce qu’ils forment une partie
sorte de conclusion à fortiori. Il est certain que depuis la croix de Christ, essentielle du christianisme pratique, où la moindre des bénédictions
la portion spéciale des saints ne leur est habituellement pas présentée accordée par la grâce de Dieu en Christ ne se saisit que par la foi, et ne
sous forme de prospérité ou d’une prolongation de jours sur la terre. peut être réalisée du commencement à la fin que dans la puissance de
l’Esprit et dans le jugement de soi-même, et ne sera notre possession
Aux pères est adressé un avertissement (peut-être plus nécessaire
effective, ouvertement manifestée, que quand ce qui est parfait sera
à eux qu’aux mères, bien que les deux soient concernés) : « Ne provo-
venu (1 Cor. 13:10) en gloire de résurrection. Néanmoins, combien il
quez pas vos enfants à la colère, mais élevez-les dans la discipline et
est précieux de savoir que si, en un sens, nous n’avons encore rien, dans
sous les avertissements du Seigneur » (6:4). Quelle connaissance du
un autre sens, tout aussi juste et réel, nous possédons toutes choses
cœur tant des vieux que des jeunes ! Combien la Parole, après avoir
(2 Cor. 6:10). C’est à cette vérité que la foi doit tenir et d’après laquelle
insisté sur l’obéissance, ajoute des considérations de tendresse, de peur
elle doit agir ; et entre autres, quel privilège pour l’esclave chrétien !
qu’un exercice trop rigoureux et capricieux de l’autorité parentale
Quel puissant motif pour ceux qui, déjà conscients de leur liberté en
n’exaspère. D’un autre côté, élever les enfants et les nourrir doit se faire
Christ — une liberté absolument supérieure aux circonstances, — ont
sous la discipline et les avertissements du Seigneur. Comme le chrétien
justement pour cette raison une telle perspective de triomphe de leurs
connaît les voies du Seigneur qu’il a vues s’exercer envers lui et envers
les autres, ainsi doit-il former ses enfants pour le Seigneur : c’est un chaînes et du service de Christ dans l’obéissance aux pires maîtres, si
c’est la volonté du Seigneur de les éprouver ainsi. Sans doute, le
principe de toute importance pour le cœur et la conscience des pa-
maître, lui aussi, a ses devoirs ; mais s’il y manque, qu’arrive-t-il ? L’es-
rents. Désirons-nous pour nos enfants le Seigneur seulement, ou aussi
clave est-il déchargé de sa responsabilité ? En quoi cela soulève-t-il une
le monde ?
difficulté, si l’on obéit en simplicité, comme à Christ. Christ fait-il jamais
défaut ? Combien cela délivre de toute tendance à la déloyauté ! — « ne
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

servant pas seulement sous leurs yeux comme voulant plaire aux apprennent par leur moyen la sagesse si diverse de Dieu ; — et c’est
hommes, mais comme esclaves de Christ [quel titre d’honneur partagé donc aussi là que se tient le réel combat contre le chef de l’autorité de
avec un apôtre !] faisant de l’âme la volonté de Dieu » (6:6 ; car tel est l’air (2:2) et ses armées.
le vrai sens ici). Mais il y a plus : il y a non seulement un appel à servir Mais si, d’un côté, il n’y a pas d’arrêt à ce formidable combat dans
de bon cœur, comme pour le Seigneur et non pour les hommes, mais il lequel les croyants sont inévitablement engagés, de l’autre côté leurs
était rappelé aux esclaves que le jour approchait où chacun, soit esclave, mains ne sont pas affaiblies. Au contraire, la trompette de convocation
soit homme libre, quelque bien qu’il fasse, le recevra du Seigneur (6:8). à la bataille rend ici des sons certains du bon courage, sans présomp-
Qu’ils soient donc assurés d’une large rémunération, car Lui, au moins, tion, qu’il y a chez les saints, et des abondantes ressources pour la vic-
n’est pas injuste.
toire qu’il y a auprès du Seigneur, — c’est Lui qui les a appelés à la
Ensuite, les maîtres (6:9) sont exhortés à leur tour à être justes et guerre à Ses propres dépens (1 Cor. 9:7). Quelle était, par la foi en Son
impartiaux, à faire ce qu’ils aimeraient qu’on leur fit, et à s’abstenir des nom, la valeur de Son nom pour celui qui était boiteux dès le ventre de
menaces si habituelles envers les pauvres esclaves. Ils devaient savoir sa mère et qu’on portait chaque jour à la porte du temple pour deman-
que le Seigneur des maîtres et des esclaves est dans les cieux, et der l’aumône ? (Actes 3:2 ; 4:10). Ce nom est-il moins capable de ré-
qu’avec Lui, il n’y a point d’acception de personnes : ce sont deux con- pondre à notre besoin ? Loin de nous une telle pensée ! Tout ce qu’il
sidérations de poids pour un maître, et qui, avec à propos et délicatesse, nous faut, c’est la foi en Lui ; et la foi vient de ce qu’on entend, et ce
sont placées devant lui plutôt que devant l’esclave. qu’on entend, par la Parole de Dieu (Rom. 10:17). Or, qu’y a-t-il de plus
propre à ranimer notre esprit que ces mots « Fortifiez-vous dans le Sei-
[v.10-20] Nous arrivons aux exhortations finales de l’épître, qui
gneur et dans la puissance de sa force ? » (6:10).
laissent les différentes relations des saints dans leurs circonstances ter-
restres, et cessant de regarder à des catégories distinctes, s’adressent Néanmoins, celle lutte gigantesque avec les puissances des té-
à tous. « Au reste, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans nèbres ne supporte aucune négligence de notre part. Nous ne pouvons
la puissance de sa force » (6:10). Ainsi s’ouvre le sujet solennel du com- nous permettre de ne pas être sur nos gardes, où que ce soit. Nous
bat chrétien proprement dit ; dans les Éphésiens, il est naturellement avons à tenir ferme, non pas tellement contre la force du diable (Christ
vu comme un combat mené à la hauteur de nos privilèges en Christ. En l’a fait), mais plutôt contre ses ruses. En vérité, pour nous, c’est un en-
1 Pierre (5:8), la scène du combat se trouve pour ainsi dire au désert, et nemi vaincu à la croix, et nous avons toujours le droit de le traiter
c’est bien à propos qu’il est commandé d’être sobres et vigilants à ceux comme tel. C’est pourquoi Jacques dit (4:7) : « Résistez au diable et il
qui sont pèlerins et voyageurs en route vers l’héritage incorruptible, — s’enfuira de vous ». Ce sont ses artifices qui sont surtout et toujours à
parce que leur adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde au- redouter, et pour y résister il nous faut revêtir l’armure de Dieu, ainsi
tour d’eux cherchant qui il pourra dévorer. En Éphésiens, l’ennemi est qu’il est ajouté « Revêtez-vous de l’armure complète de Dieu, afin que
envisagé comme dans les lieux célestes : c’est là que les saints sont bé- vous puissiez tenir ferme contre les artifices du diable : car notre lutte
nis de toute bénédiction spirituelle, — que leur chef est exalté, — n’est pas contre le sang et la chair, mais contre les principautés, contre
qu’ils sont assis en Lui, — que les principautés et les puissances
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

les autorités, contre les dominateurs de ces ténèbres, contre la puis- Seulement, fortifie-toi et sois très ferme ». (Josué 1:2-3, 5-7 ; voir aussi
sance spirituelle de méchanceté dans les lieux célestes » (6:11-12). les v. 9 et 18). Il est clair que si les Cananéens n’étaient que des ennemis
de chair et de sang, ils étaient des types des ennemis encore plus mor-
Nous pourrions bien trembler si nous étions livrés à nos propres
tels que nous avons à combattre — ces ennemis qui s’efforcent d’em-
ressources en présence d’une pareille armée. Mais il n’en est pas ainsi.
pêcher les chrétiens de prendre possession de leur héritage céleste,
La bataille est celle du Seigneur et le danger que nous courons ne fait
comme une jouissance présente.
qu’attirer vers nous Sa main puissante et Sa sagesse sans défaut. Néan-
moins, il nous faut combattre. Il ne sert à rien d’alléguer notre faiblesse Il ne s’agit pas ici, notez bien, de traverser la mer Rouge, suivie du
ou Sa force pour nous soustraire à notre responsabilité. Il ne suffit pas désert, où il faut apprendre ce qu’est Dieu et être mis à l’épreuve nous-
de regarder l’armure de Dieu comme étant la nôtre, ni d’en désigner les mêmes. Le désert est la grande scène de tentation. Sans doute il s’y
éléments ; il faut s’en revêtir selon Son commandement. trouve des combats occasionnels, comme avec Amalek et Madian, mais
toutefois c’est le lieu où nous avons à marcher ou à faire halte au com-
Il y a un autre point à garder à l’esprit : il ne s’agit pas ici de nos
mandement de Dieu, avec le besoin journalier de ressources envoyées
besoins devant Dieu. Il n’est pas, Lui, en conflit avec nous ; mais ayant
du ciel, où rien d’autre ne peut soutenir, tandis qu’on marche toujours
délivré nos âmes, Il nous appelle à combattre pour l’emporter sur les
en avant, avec la patrie céleste devant soi. Mais, le combat, dans les
armées invisibles de Son ennemi. Lorsque nous étions nus dans notre
Éphésiens comme dans le livre de Josué, implique le passage du Jour-
état de perdition autrefois, nous avions besoin d’être revêtus (2 Cor. 5),
dain et l’entrée en Canaan, et c’est le début du jour du combat, plutôt
ce que Sa grâce a fait au moyen de la plus belle robe (Luc 15), Christ Lui-
que celui de la tentation au désert.
même. C’est ce dont nous sommes revêtus aux yeux de Dieu : rien
moins que cela, rien d’autre ne conviendrait à Ses hôtes en Sa présence. L’école évangélique est-elle dans le vrai en appliquant le type du
Mais la question ici est de combattre l’ennemi après avoir été revêtus Jourdain à la mort du chrétien, à la fin de sa carrière, quand il déloge
de Christ ; nous avons donc besoin d’une armure de trempe divine pour pour être avec Christ ? Assurément non ; car dans ce cas, à quoi corres-
tenir debout d’une manière assurée. Nous allons voir les détails de cette pondraient les guerres de Canaan ? Non ! si excellent qu’ait été Bu-
armure ; pour le moment, je ne fais qu’insister sur la vérité générale. nyan, il s’est trompé sur ce point, suivant en cela les erreurs de certains
prédécesseurs, et les ayant perpétuées très largement jusqu’à au-
Il est bien remarquable de voir le souvenir de Josué rappelé au v.
jourd’hui. En vérité, c’est l’un des tests montrant où en est l’âme et dans
10, et celui des ennemis d’Israël rappelé au v. 12 ! La parole adressée à
quelle mesure elle s’est émancipée de la théologie traditionnelle, la-
Josué disait : « Lève-toi, passe ce Jourdain, toi et tout ce peuple, pour
quelle restreint ses disciples à un niveau minimum de vérité. Dans
entrer dans le pays que je leur donne à eux, les fils d’Israël. Tout lieu
d’autres domaines comme celui de la Pâque ou de la mer Rouge, leurs
que foulera la plante de votre pied, je vous l’ai donné, comme j’ai dit à
applications sont défectueuses, mais sur le sujet des guerres de Canaan,
Moïse… Personne ne tiendra devant toi, tous les jours de ta vie ; comme
leur application est absolument nulle, ou erronée. Je dis ceci en procla-
j’ai été avec Moïse, ainsi je serai avec toi : je ne te laisserai point et je
mant l’auteur du « Voyage du pèlerin » comme un échantillon noble et
ne t’abandonnerai point. Fortifie-toi et sois ferme, car toi, tu feras héri-
très avancé des vues populaires. Les meilleurs auteurs du monde
ter à ce peuple le pays que j’ai juré à leurs pères de leur donner.
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

religieux n’ont fait que le commenter, quelques-uns même de façon lit- Canaan et n’avait plus rien à faire pour y parvenir : il ne lui restait qu’à
térale. N’est-ce pas la meilleure preuve de l’ignorance de la véritable s’approprier le pays.
portée de cette épître ? En vérité, dans la mer Rouge nous avons Christ N’est-ce pas instructif pour nous ? Avons-nous consciemment saisi
mort et ressuscité pour nous, alors que dans le Jourdain nous avons notre union avec Christ en haut ? Savons-nous que notre place est là,
notre mort et notre résurrection avec Lui ; dans le premier de ces types en Lui, et que c’est là que nous avons à nous tenir ? La nature — racines
nous sommes introduits dans le monde comme le lieu aride de notre et branches — est-elle jugée en nous ? Rendons-nous un témoignage
pèlerinage, et dans le second nous sommes en vue de nos bénédiction céleste, — non pas seulement juste et saint, mais céleste ? Avançons-
célestes, que nous avons à nous approprier par la victoire sur Satan. La nous effectivement contre l’ennemi, en faisant valoir, par une victoire
distinction entre ces deux vérités est tout à fait claire et très importante,
présente, notre droit à jouir des bénédictions infinies d’en haut que
quoique l’une et l’autre soient la part actuelle du chrétien. Au jour glo- nous avons en Christ ? Ou bien sommes-nous encore, quant à la réali-
rieux où l’héritage sera à nous, de fait et non par la puissance de la foi sation, des rachetés dans le désert, n’ayant pas traversé le Jourdain ni
qui défait pratiquement l’ennemi et nous assure le pays que Dieu nous goûté au vieux blé du pays ? Veillons-nous simplement à nous garder
a donné, alors nous n’aurons plus à lutter contre ces principautés et des manifestations extérieures de la chair, et de l’envahissement par
ces puissances dans les lieux célestes : le combat sera fini pour nous les tentations mondaines sur tel ou tel point ? S’il en est ainsi, il ne faut
pour toujours. L’expulsion du dragon, « le serpent ancien », n’est pas pas s’étonner si le verset 12 parait mystérieux, ni si l’on demande ce que
notre affaire, mais celle de Michel et ses anges. Il nous appartient, à veut dire le combat contre les ennemis dans les lieux célestes. C’est pro-
nous, de le vaincre, mais non pas de le chasser de force du ciel. Pendant bablement pour avoir mal compris, ou pas compris du tout, la vérité ré-
tout le temps de l’Église ici-bas, notre lutte se poursuit contre ces puis- vélée ici, que nos traducteurs anglais ont changé dans ce passage (6:12)
sances spirituelles de méchanceté dans les lieux célestes ; quand elles l’expression « lieux célestes » en « hauts lieux », sans avoir de base
seront effectivement chassées par la puissance providentielle de Dieu, pour le faire — ils ne l’ont fait qu’ici. Il nous incombe cependant de con-
nous ne serons pas ici, mais en haut. sidérer si nos âmes ont fait, et font encore l’épreuve de l’armure de
Après la Pâque et la mer Rouge, Israël n’est pas retourné sous l’es- Dieu dans ce combat, où, plus que partout ailleurs, il est clair que « la
clavage du Pharaon ; leurs oppresseurs étaient vaincus et anéantis : « il chair ne profite de rien » (Jean 6:63).
n’en resta pas même un seul » (Ex. 14:28) ; « l’Éternel délivra en ce
Dans ces versets, après un résumé servant de préface, nous en ve-
jour-là Israël de la main des Égyptiens ; et Israël vit les Égyptiens morts nons aux détails de l’armure du chrétien. « C’est pourquoi prenez l’ar-
sur le rivage de la mer » (Ex. 14:30). Mais la circoncision n’était pas la mure complète de Dieu, afin que, au mauvais jour, vous puissiez résis-
caractéristique des rachetés dans le désert. Dès que les fils d’Israël fu- ter, et après avoir tout surmonté, tenir ferme. Tenez donc ferme,
rent sur le bord cananéen du Jourdain, ils roulèrent de dessus eux l’op- ayant vos reins ceints de la vérité » etc. (6:13-17).
probre de l’Égypte à Guilgal (Jos. 5:9). Le couteau de la circoncision leur
fut appliqué avant qu’ils tirent l’épée contre ces habitants de Canaan La première chose à remarquer, c’est que le Saint Esprit nous ap-
sur lesquels la sentence était prononcée. Israël était maintenant en pelle à revêtir l’armure de Dieu. Ni la force, ni la sagesse de l’homme
n’ont d’efficacité dans cette bataille. Pour avoir à faire aux armées de
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

Satan, c’est de « l’armure complète de Dieu » que nous avons besoin. et un saint qui a vaincu l’ennemi pendant longtemps et à plusieurs re-
Nos habitudes et notre caractère naturel n’ont pas d’importance, quand prises, peut se lasser du combat et se tourner vers un sentier plus aisé
l’Esprit de Dieu travaille pour sauver nos âmes dans Sa grâce, mais ils en en apparence, ce qui prouve sa folie et le danger très grand qu’il court,
ont au contraire une immense en présence d’un ennemi qui sait com- même s’il est finalement délivré par la pure miséricorde de Dieu. Il ne
ment mettre à profit la moindre absence de protection. Même aux Co- suffit donc pas de résister, mais « après avoir tout surmonté », après
rinthiens, tout charnels qu’ils étaient et seulement capables de suppor- s’être entièrement acquitté de tout ce qui est requis, il faut encore « te-
ter la nourriture des petits enfants (non pas la nourriture solide offerte nir ferme ». Le ou les combats peuvent avoir été ardents, la victoire
aux Éphésiens), il leur avait montré qu’en marchant dans la chair, nous peut avoir été complète par la bonté et la puissance du Seigneur ; pour-
ne combattons pas selon la chair (2 Cor. 10:3). Car les armes de notre tant la guerre n’est pas finie : nous avons encore à tenir ferme notre
guerre ne sont pas charnelles, mais puissantes par Dieu pour la des- terrain.
truction des forteresses, détruisant les raisonnements et toute hauteur « Tenez donc ferme, ayant ceints vos reins de la vérité, et ayant
qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et amenant toute pensée revêtu la cuirasse de la justice, et ayant chaussé vos pieds de la prépa-
captive à l’obéissance du Christ (2 Cor. 10:4-5). Ce n’est pas la chair, ration de l’évangile de paix ». Le vrai sens de ces paroles diffère un peu
mais l’Esprit qui a de la puissance contre Satan. de la version autorisée du roi Jacques, et il n’implique pas seulement
Ici aussi, le caractère du temps pendant lequel le combat se dé- une position établie, mais une activité de l’âme selon les sommations
roule, est désigné sous le nom de « mauvais jour ». C’est bien toute la du Saint Esprit. Il y a eu bien des erreurs sur ce passage parce qu’on l’a
période depuis la crucifixion de Christ qui est mauvaise, depuis aussi considéré comme traitant de la position chrétienne, alors qu’en réalité
que l’ennemi a acquis le titre de « prince de ce monde » [ou chef de ce c’est tout différent. Il s’agit de s’armer et de combat dans le sens pra-
monde]. C’est pourquoi, au chap. 5, nous sommes exhortés à marcher tique, tout cela étant basé sur la position la plus précieuse jamais révé-
soigneusement, non point comme étant dépourvus de sagesse, mais lée dans le Nouveau Testament : c’est une fin admirable pour cette
comme étant sages, saisissant la bonne occasion « parce que les jours épître qui nous la révèle.
sont mauvais » (5:15-16). Ici il y a quelque chose de plus précis : « afin [La ceinture de la vérité]
que, au mauvais jour, vous puissiez résister » (6:13). En certaines occa-
sions, il est permis à la puissance du mal de nous serrer de plus près, et Connaître la vérité et être affranchi par elle est une chose ; avoir
le danger est alors grand pour l’âme insouciante. C’est là spécialement les reins ceints de la vérité en est une autre. Il s’agit de la vérité opérant
« le mauvais jour », et il est bon que le chrétien prennent ses mesures de manière intime dans l’âme, de sorte qu’il n’y ait ni laxisme du cœur
à l’avance ; car quand ce moment arrive, il ne s’agit pas de revêtir l’ar- ni tolérance de la volonté propre, mais au contraire les affections et le
mure, mais l’ayant déjà prise, c’est le moment de « résister ». Quand jugement personnel ancré sur Christ et les choses de Christ. Dans ces
« le mauvais jour » arrive, il faut être déjà complètement armés si nous conditions, le croyant s’attache au Seigneur de propos délibéré du
voulons résister de manière efficace. Mais cela ne suffit pas. Car bien cœur ; le moi étant sondé et jugé par la vérité, il y a de la vigueur com-
souvent la victoire de la foi est trop grande pour la foi qui l’a remportée, muniquée par la révélation de Ses pensées et de Sa grâce, qui sont main-
tenant goûtées mieux que jamais. C’est la puissance de la vérité
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

gardant l’âme, celle-ci étant délivrée par la riche miséricorde de Dieu, gouverne, la conscience se maintient pure, et étant soi-même heureux,
et profondément reconnaissante de se trouver placée sous une autorité on répand le bonheur autour de soi.
si vaste, si pénétrante et si absolue que rien, même le plus intime, n’est [le bouclier de la foi]
laissé hors du cadre de la volonté de Dieu et de l’obéissance du saint.
Toutefois, assumer cela et en jouir implique que le cœur soit établi dans Le verset 16 apporte une autre pièce de l’armure divine, tout aussi
la grâce ; c’est alors qu’il peut accueillir la vérité dans toute l’énergie de nécessaire ; mais c’est à juste titre qu’elle vient après ce que nous avons
ses exigences et de son autorité. déjà vu. « Par-dessus tout, prenant le bouclier de la foi, par lequel vous
pourrez éteindre tous les dards enflammés du méchant ». Il s’agit de
[La cuirasse de la justice] cette confiance en Dieu Lui-même, que l’âme a droit de chérir et qu’elle
Ensuite c’est « la cuirasse de la justice » qui est revêtue, — vérité est encouragée de chérir. Je dis en Dieu Lui-même, parce que, bien
tout à fait distincte de la justice de Dieu, que nous sommes faits en qu’elle soit inséparable de l’état de justice et de piété qu’impliquent les
Christ (1 Cor. 1:30). Nous avons besoin de la justice de Dieu pour nous premières pièces de l’armure, cependant cette confiance découle seu-
tenir devant Dieu, et de la cuirasse de la justice pour combattre avec lement de ce qu’on connaît de Dieu dans Sa nature et dans Son carac-
succès notre adversaire, le diable. Avec la ceinture de la vérité autour tère. Tous les efforts empoisonnés du méchant sont vains quand Dieu
des reins, l’Esprit nous enseigne que la première pièce de l’armure est est ainsi connu dans la puissance du Saint Esprit non contristé au-de-
l’application profonde de la Parole à nous-mêmes, en jugement de soi- dans de nous. Non seulement les dards ne réussissent pas à produire le
même et avec énergie morale ; quant à la seconde pièce requise pour désespoir et la méfiance, mais ils sont éteints par le bouclier de la foi.
l’armure, elle consiste à revêtir la justice pratique comme une cuirasse. [le casque du salut] et [l’épée de l’Esprit]
Rien ne met les saints plus à découvert pendant le combat qu’une mau-
vaise conscience dans leurs voies : — je ne veux pas dire une conscience Mais il y a plus : « Prenez aussi le casque du salut et l’épée de l’Es-
non purifiée, mais la situation où après avoir connu la rédemption, on a prit, qui est la Parole de Dieu » (6:17). Le bouclier de la foi représente
toléré le mal, et la communion s’en est trouvée interrompue. une confiance à caractère plus général ; le casque du salut est plutôt la
conscience hardie et joyeuse de la pleine délivrance opérée par Dieu
[les pieds chaussés de la préparation de l’évangile de paix] pour nous en Christ. Ce casque couronne les différentes pièces de l’ar-
Lié à cela, on a « les pieds chaussés de la préparation de l’évangile mure déjà examinées, et il n’est pas suivi par un nouveau moyen de dé-
de paix ». C’est évidemment de nouveau une affaire de puissance et de fense (la liste en est complète), mais par l’instrument de l’énergie offen-
jouissance pratiques, découlant du maintien d’une bonne conscience, sive contre l’adversaire : « l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu ».
cette dernière ne pouvant exister que là où tout est soutenu et préservé La sagesse de placer cette arme en dernier apparaîtra de manière évi-
par la vérité. Alors, l’âme chemine en paix. Comme dit un autre apôtre, dente à toute âme instruite des pensées de Dieu ! En effet, si cet ordre
« le fruit de la justice, dans la paix, se sème pour ceux qui procurent la n’est pas connu dans la pratique, la Parole n’est qu’un jouet, ou un
paix » (Jacq. 3:18). S’il y a du relâchement, la conscience devient mau- fouet pour le moi, au lieu d’avoir ce caractère d’épée de l’Esprit ; on
vaise ; il en résulte du trouble, et du trouble qui se propage. Si la vérité s’en sert à tort et elle n’a pas de puissance. Si elle est maniée par
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

l’Esprit, quelle délivrance elle opère ! Combien elle rend impuissants l’importance de soi ! Quel champ d’exercice pour les affections de la
les adversaires et combien elle manifeste Satan ! Elle sert au combat. grâce qui font tourner tout ce qui est bon ou mauvais en occasions d’en-
tretiens avec le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, pour tout
[la prière]
tourner en canaux de bénédiction éternelle, — alors que sans cela ce ne
Nous avons vu les détails de l’armure de Dieu, une énergie active serait que des circonstances passagères ou un aliment de bavardages !
qui suit ce qui a trait à l’état de l’âme, à sa sécurité pratique et à sa Combien sont sages et bonnes toutes les paroles de notre Dieu ! Que
confiance. Mais il y a une source cachée de puissance sans laquelle on cela puisse être précieux à nos yeux, aussi bien la chose elle-même, que
ne peut rien — qui est l’expression de la faiblesse, c’est étrange à dire, Sa Parole à ce sujet ! Quand il en est ainsi, on veille à avoir l’habitude
mais de la faiblesse dans la dépendance de Dieu. Aussi lisons-nous : de prier, « avec toute persévérance et des supplications pour tous les
« priant par toutes sortes de prières » — priant en tout temps. Il n’est saints ». Quand on réalise ainsi la présence de Dieu, il n’y a pas d’étroi-
rien que l’Ennemi redoute davantage, rien que la chair cherche plus à tesse dans les affections, mais l’amour s’épanche avec énergie vers Lui
empêcher, ou au moins à aiguiller à tort lorsqu’il y en a la forme. Mais et en communion avec Lui au sujet de tous les saints. C’est le service
nous avons d’autant plus besoin de nous souvenir cet appel à une dé- de l’amour devant Celui qui est amour. Si l’on a à cœur les intérêts de
pendance complète et habituelle. Christ, on se souviendra d’une manière particulière de ceux qui se ras-
Il y a en outre l’exercice de désirs spirituels, non pas de la dépen- semblent autour de Christ. C’est ainsi que l’apôtre parle ici de leurs sup-
dance seulement ; comme le dit notre Seigneur ailleurs : « Quoi que plications en sa faveur ; et il semble qu’il le fasse en vertu d’un lien
vous demandiez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié ayant plus d’énergie que celle qui suscite ordinairement des désirs pour
dans le Fils. Si vous demandez quelque chose en mon nom, moi, je le les saints devant le Seigneur — « et pour moi (pas seulement , mais
ferai » (Jean 14:13-14). « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles   comme indiquant quelque chose de particulier parmi les ob-
demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez, et il vous jets généraux de l’action) — « afin qu’il me soit donné de parler à
sera fait » (Jean 15:7). En bref, c’est un encouragement et une exhorta- bouche ouverte pour donner à connaître avec hardiesse le mystère de
tion à toutes sortes de prières et en toutes occasions, tandis qu’il existe l’évangile, pour lequel je suis un ambassadeur lié de chaînes, afin
aussi un caractère particulier de requête qui est soutenue par la puis- qu’en le faisant j’use de hardiesse en lui, comme je dois parler ».
sance du Saint Esprit, des supplications par l’Esprit (6:18), ce que ne
Il est précieux de rencontrer une preuve si pratique du sens
sont pas toutes les prières des saints.
qu’avait l’apôtre de la valeur de l’intercession, de l’intercession des
Une autre parole de poids est l’appel à « veiller à cela » ; cela sup- saints, pour son ministère. La conscience qu’il avait de la dignité de ce
pose l’activité de cet amour qui est prompt à discerner, dans la crainte ministère augmentait, plus qu’elle ne diminuait en lui le désir qu’on s’en
du Seigneur et par les entrailles de Christ, ce qui d’une part pourrait souvînt ainsi.
ternir Sa gloire, et inversement, ce qui contribue à exalter Son nom
[v.21-24] Il comptait de plus, que leur amour les porte non seule-
dans ses saints et dans Son témoignage. Combien tout cela délivre, non
ment à prier pour lui, mais aussi à désirer connaître ce qui le concernait,
seulement de la volonté propre, mais aussi de l’inquiétude et de
comment il allait. Il leur dit donc : « Tychique, le bien-aimé frère et
Ephésiens – Commentaires de W. Kelly

fidèle serviteur dans le Seigneur, vous fera tout savoir : je l’ai envoyé comme si ses affaires pouvaient intéresser les autres. Mais Christ
vers vous tout exprès, afin que vous connaissiez l’état de nos affaires, change tout dans les cœurs de ceux qui L’ont reçu.
et qu’il console vos cœurs ». Quel contraste entre l’esprit des hommes « Paix aux frères, et amour, avec la foi, de la part de Dieu le Père,
et cet exercice, puissant et plein de grâce, de l’amour divin dans le et du Seigneur Jésus Christ ! Que la grâce soit avec tous ceux qui ai-
cœur, qui compte sur la tendre sollicitude des saints envers lui, qui les ment notre Seigneur Jésus Christ en pureté ! »
servait et les aimait dans le Seigneur ! L’homme, comme tel, ou bien
serait dur et indifférent, ou bien craindrait d’être accusé de vanité,
Ephésiens – Commentaires de Henri Rossier

Commentaires de Henri Rossier

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Sur la doctrine de Nous savons que l'état actuel dans lequel se trouve l'Eglise est un
état de ruine, mais nous devons reconnaître que celui dans lequel nous
L’Epître aux Ephésiens nous trouvons comme corps de témoins est un état de ruine tout aussi
Ses résultats pratiques pour le complet que celui de l'Eglise.
temps actuel
Beaucoup d'âmes sérieuses perdent courage devant ces constata-
tions, parce que préoccupées d'elles-mêmes elles s'étaient dit : nous
AVANT-PROPOS sommes le témoignage, nous, qui ayant constaté la ruine, nous sommes
séparés du mal. Et voici qu'il leur faut constater que la ruine s'est éten-
Les vérités fondamentales présentées dans l'épître aux Ephésiens due à elles-mêmes ! Je leur réponds : Vous êtes ruinés comme porteurs
exercent, quand elles sont comprises, une influence prépondérante sur du témoignage, mais vous n'êtes pas le témoignage de Dieu qui ne peut
notre marche comme Assemblée, comme individus et même sur nos re- être ruiné. Il a été laissé pour le moment entre vos mains ; si vous y avez
lations de famille. Ces vérités sont de plus en plus négligées par les chré- été infidèles, Dieu ne vous a pas encore ôté l'administration des vérités
tiens qui les avaient une fois connues et maintenues. Il nous a paru utile qu'Il vous avait confiées. Il les avait d'abord révélées à Paul, qui en fut
de les rappeler et d'en faire ressortit les conséquences pratiques, car l'administrateur fidèle, elles sont encore, malgré tout, entre vos mains
leur abandon est l'une des causes principales de l’état de ruine dans le- coupables. Son témoignage demeure ; vous en êtes les porteurs in-
quel nous nous trouvons. dignes et nous nous joignons à vous pour accepter avec humiliation le
Puissent ces quelques pages réveiller les âmes et les ramener à la jugement de Dieu sur notre infidélité.
pratique des choses qui leur ont été une fois enseignées.
Arguments contre la valeur du témoignage
La ruine et le témoignage Les âmes découragées dont nous parlons jugent inutile de s'occu-
Les tendances qui se manifestent actuellement, fruit de l'action de per dorénavant de ce témoignage parce qu'elles n'ont pas réalisé ce à
l'Ennemi pour nous détourner de ce que Dieu nous a donné, sont sou- quoi elles étaient appelées, et comme si, par la ruine, ces vérités
verainement dangereuses pour le témoignage qui nous a été confié. avaient prouvé leur non-valeur. Il faut étendre dorénavant nos vues et
nos notions, disent-elles. Il y a des compagnies de chrétiens qui se
Ephésiens – Commentaires de Henri Rossier

réunissent à peu près comme nous ; donnons-leur la main, élargissons Il est donc nécessaire pour nous de maintenir les vérités que Dieu
nos limites. On trouve chez elles beaucoup d'activité chrétienne. Les nous a confiées au commencement, vérités remises en lumière de nos
fausses doctrines qui peuvent les avoir caractérisées au début n’ont jours, comme témoignage, et de ne pas nous laisser enlever de nouveau
plus, à leurs yeux, qu'une importance restreinte. par l'ennemi ces principes qui furent abandonnés pendant des siècles.
Si nous acceptons ce principe, il n'y a plus que quelques pas à faire Le résultat de la ruine est que l'Eglise est devenue invisible dans ce
jusqu'à l'abandon complet du témoignage. Satan qui cherche toujours monde, Satan nous dit alors : Pourquoi vous en occuper ? ̶ Nous recon-
à nous faire perdre notre position de séparation comme témoins y ré- naissons l'avoir rendue invisible par notre infidélité, mais elle n'en
ussit avec de tels arguments, et cela doit nous faire comprendre l'im- existe pas moins sur la terre aux yeux de Dieu et aux yeux de la foi.
mense importance pour nous de retenir les vérités fondamentales du
Je vais plus loin : Je dis que cette vérité de l'unité du Corps de Christ,
témoignage, de demeurer dans les choses que nous avons apprises, et
est le point de départ pratique de toutes les relations des chrétiens
connues dès le commencement, de combattre pour la foi qui a été une
entre eux, et que, sans elle, ces relations ne peuvent exister dans leur
fois enseignée aux saints (2 Tim. 3, 14 ; 1 Jean 2,24 ; Jude 3).
intégrité. C'est ce que je chercherai à prouver en considérant quelques
Un autre argument qui est de même nature se présente souvent parties de l'épître aux Ephésiens qui place d'une manière particulière
ainsi : Quelle folie de prétendre que ceux qui, comme chrétiens, sont devant nous les conseils de Dieu de toute éternité, conseils qui ne sont
aussi ruinés que les autres, possèdent seuls la Table du Seigneur ! N'est- nullement atteints par la ruine de l'Eglise. Le Seigneur s'occupe de son
elle pas partout où se réunissent des chrétiens ? On ne va pas jusqu'à Assemblée, Il a les yeux sur elle, Il la purifie par le lavage d'eau, par la
dire qu'elle se trouve là où les chrétiens se rassemblent avec le monde, Parole, afin que les conseils de Dieu soient pleinement accomplis à son
mais on affirme que des centaines de communautés chrétiennes possè- égard ; il ne lui restera pas une tache, pas une ride, quand le Seigneur
dent la Table du Seigneur. l'introduira dans la gloire et se la présentera dans son éternelle jeunesse
Une telle pensée est la conséquence de l'abandon de la vérité fon- et son inflétrissable beauté. Dieu avait de toute éternité la pensée « que
damentale que Dieu nous a confiée pour le jour actuel (car, ne l'ou- les nations seraient cohéritières et d 'un même corps (sussôma) et co-
blions pas, le témoignage de Dieu a revêtu, suivant les temps, des ca- participantes de sa promesse dans le Christ Jésus par l'Evangile. » Il avait
ractères divers). Cette vérité est l'unité du Corps de Christ, l'Eglise. Il la pensée d'acquérir une Epouse pour son Fils. Ce mystère, caché dans
faut distinguer la Table du Seigneur de la Cène. La Cène, mémorial de la le cœur de Dieu, nous a été révélé. Toutefois, il est important de remar-
mort de Christ, se trouve dans toutes les congrégations protestantes, quer que ses conseils ne sont pas encore pleinement accomplis à
mais la Table du Seigneur n'existe de fait que là où l'unité du Corps de l'égard de Christ, ni à notre égard.
Christ est reconnue et proclamée, car un seul pain auquel nous partici-  Chapitre 1
pons tous est le signe visible, le seul de l'unité du Corps de Christ (1
Cor. 10). Si ce principe était reconnu par tous les chrétiens, ils seraient Conseils de Dieu au point de vue individuel et mesure de
tous réunis ensemble, et ceux qui maintiennent la vérité de l'unité du
leur accomplissement
Corps de Christ n'auraient pas à se séparer des autres.
Ephésiens – Commentaires de Henri Rossier

Le premier chapitre de l'épître nous dévoile les conseils de Dieu, « Agréables dans le Bien-aimé », nous ne le sommes pas en
d'abord quant à notre position individuelle. nous-mêmes. En cela les conseils de Dieu ne sont donc pas en-
core complètement accomplis à notre égard.
[v.3] Il nous a voulus devant lui en Christ. Il nous a bénis de toute
bénédiction spirituelle en Christ : En Lui, non pas encore avec [9-10] Il en est de même pour ce qui concerne Christ : « Nous ayant
Lui. Christ est l'objet de toutes les bénédictions, et ce grand fait fait connaître le mystère de sa volonté ... savoir de réunir en
nous appartient, car Dieu nous a donné une position en Christ un toutes choses dans le Christ, les choses qui sont dans les
(v. 3). cieux et les choses qui sont sur la terre. » Dieu veut établir
Christ comme centre de toutes choses, mais tout ne lui est pas
[v.4] Au v. 4, Dieu nous donne un caractère « Selon qu'il nous a élus
encore assujetti. Il est déjà le centre des lieux célestes, mais ce
en lui avant la fondation du monde, pour que nous fussions
qui concerne la terre est encore à venir.
saints et irréprochables devant lui en amour. » Saint, irrépro-
chable devant lui en amour ? Christ l'est et je le suis en lui. Un
jour, je le serai personnellement, mais dès maintenant ce con-
Trois parties des conseils de Dieu
seil de Dieu est réalisé pour moi en Christ. Christ est devant [v.11-12] Mais de plus, Il veut nous faire cohéritiers de Christ, c'est
Dieu dans toute la perfection de son caractère et veut nous y la troisième partie de ses conseils.
avoir. 1. La première traite de ce qui nous concerne (v. 3-8)
[v.5-6] Il nous donne une relation, actuellement établie et déjà plei- 2. la deuxième a rapport à Christ (v. 9-10),
nement réalisée. « Nous ayant prédestinés pour nous adopter 3. la troisième à l'héritage (v. 11-12) . Nous sommes héritiers, mais
pour Lui, par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté, à nous ne sommes pas entrés en possession de l'héritage.
la louange de la gloire de sa grâce dans laquelle il nous a ren- [v.17-18] Nous n 'avons pas encore tout ce que comportent pour nous
dus agréables dans le Bien-aimé » (v. 5-6). L'adoption est un les conseils de Dieu, c'est pourquoi l'apôtre demande (v. 17-18) que
fait accompli ; je suis un enfant de Dieu, Dieu m'a engendré et nous ayons l'esprit de sagesse et de révélation pour que nous sachions
m'a mis en rapport avec Lui dans cette relation d'enfant. Celle quelle est l'espérance de son appel. L'espérance de son appel, c'est
adoption n'a pas le caractère d'une adoption humaine. Quand d'être un jour avec Christ, dans la gloire, tels que Dieu nous voit main-
j'adopte un enfant, je puis lui donner tous mes biens, mais je ne tenant en Lui.
pourrai jamais faire qu'il ne soit pas l'enfant d'un autre. Dieu
nous adopte en nous communiquant sa nature, car nous Une quatrième partie de ces conseils
sommes adoptés en Christ et rendus participants de la nature L'unité du corps
divine. Nous trouvons la même pensée dans la première épître
[v.22-23] A la fin du chap. 1, nous voyons une quatrième partie des
de Jean : « Voyez de quel amour le Père nous a fait don, que
conseils de Dieu. Dieu a voulu former un corps ici-bas pour Christ, Tête
nous soyons appelés enfants de Dieu » (1 Jean 3 v. 1). Il nous a
ressuscitée dans le ciel. Celle partie de ses conseils est réalisée ; Christ
fait don de sa nature qui est amour.
Ephésiens – Commentaires de Henri Rossier

est assis à la droite de Dieu et l'Eglise est son corps sur la terre, la plé- édifice de pierres vivantes, dont Jésus Christ lui-même est la maîtresse
nitude de Celui qui remplit tout en tous (v. 23). L'homme mystique est pierre du coin, n'est pas terminé, l'œuvre se continue, le temple se bâ-
formé, il n'est pas à venir. Nous sommes le corps de cette Tête, unis à tit. Nous ne le voyons pas, mais Dieu le voit. Ici encore, les conseils de
elle par le Saint Esprit, et cet ensemble est aussi appelé « le Christ » (1 Dieu n'ont pas leur plein accomplissement. Il veut avoir cet édifice com-
Cor. 12, 12). Dieu nous laisse maintenant sur la terre ; en cela son conseil plet dans la gloire et pour les temps éternels. A cause de la ruine de
n'est pas encore pleinement accompli, car il veut nous avoir dans les l'Eglise responsable, nous n'assistons pas de nos yeux à l'édification de
lieux célestes avec Christ, tandis qu'au chap. 2, v. 6, « Il nous a ressus- ce temple, mais quand il sera terminé, quand la dernière pierre de l'édi-
cités ensemble et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes fice dont Christ est l'angle et la clé de voûte (cf. Zach. 3 : 9 ; 4 : 7) sera
» en Christ. Nous pouvons donc nous considérer comme assis en Christ placée, le conseil de Dieu sera accompli.
dans les lieux célestes, sans que nous le soyons toutefois encore avec Comme nous l'avons vu, d'une part, le Corps de Christ existe, il est
Lui. établi sur la terre ; d'autre part, Christ bâtit son temple qui ne sera
 Chapitre 2 achevé que dans la gloire. Mais nous avons encore une autre notion de
l'édifice : il est considéré comme une unité, formée actuellement ici-
[v.13-18] A la fin du second chapitre (v. 13-17), le Seigneur a non
bas, maison où Dieu habite par l'Esprit. Nous sommes aussi édifiés en-
seulement réuni, par sa croix, en un seul corps les Juifs et les gentils,
semble, dans le Seigneur, pour être cette habitation actuellement ici-
autrefois complètement séparés et ennemis, et entre lesquels s'élevait
bas. C'est l'édifice confié à notre responsabilité et que nous avons
un mur mitoyen que sa croix a fait tomber : « Il est notre paix » (v. 14) ;
ruiné. Néanmoins, nous sommes appelés à montrer ce qu'est cette ha-
mais, de plus, il a « fait la paix » (v. 15). Il l'a faite par l'œuvre de la croix
bitation de Dieu par l'Esprit, ici-bas sur la terre, et à agir envers les âmes
aussi bien entre Juifs et Gentils qu'avec Dieu. Possédant la paix sous ce
de manière à ce qu'elles y prennent place.
double caractère, nous pouvons ensemble nous approcher ; « nous
avons les uns et les autres accès auprès du Père par un seul Esprit »  Chapitre 3 & 4
(v.18), comme une seule famille. C'est la grande vérité de l'unité de fa-
mille, développée dans les écrits de Jean, et qui n'est touchée ici qu'en Grand sujet de l'unité du corps
passant.
Aux chapitres 3 et 4., nous retrouvons ce qui n'avait été que touché
à la fin du chapitre 1, l'unité du Corps de Christ.
L'unité de l'édifice
Au premier et au deuxième chapitre, nous avons les conseils de
Ensuite vient l'unité de l'édifice. C'est un temple qui s'accroît. Il est Dieu et la mesure dans laquelle il les a déjà réalisés et les réalisera. Nous
très important de saisir cette pensée du Temple de Dieu : « Tout l'édi- trouvons au troisième chapitre l'administration ou la gérance du mys-
fice ... croît pour être un Temple saint dans le Seigneur » (v. 21). C'est tère confié à Paul, c'est-à-dire, du conseil de Dieu quant à l'Eglise
l'œuvre de Dieu, elle n'a rien à faire avec la responsabilité de l'homme.
Il n'ajoute à son temple que des pierres vivantes. C'est aussi l'œuvre Nous sommes tenus, à notre tour, d'insister sur les choses que Paul
de Christ, car il a dit : « Sur ce roc, je bâtirai mon assemblée ». Cet présentait. Ce mystère merveilleux, « lequel, en d'autres générations,
Ephésiens – Commentaires de Henri Rossier

n'a pas été donné à connaître aux fils des hommes » (3:5), nous en oreille à m'avertir d'un danger qui s'approche ? Non, mes membres na-
sommes les dépositaires. Dieu nous a confié son secret le plus intime, turels s'avertissent, s'aident, se supportent les uns les autres, parce que
sans en rien distraire. Quand il s'agissait de ses voies en jugement sur la mon corps est un. Toutes les exhortations contenues dans le chapitre 4
terre, Il ne les a pas cachées à Abraham. De nous qui ne sommes pas s'appliquent au fonctionnement du corps. Aucun membre ne s'élève
des Abraham, mais misérables en tout point, Dieu dit : Est-ce que je leur au-dessus des autres. Si le pied fait un faux pas, la tête n'use pas de
cacherai ce que je n'ai pas fait connaître depuis la création du monde ? sévérité, mais de douceur envers lui. Si la main est inhabile, le cerveau
Ces choses, Il nous les a révélées par son Esprit, non seulement à l'égard la supporte jusqu'à ce que la main parvienne à s'acquitter de sa tâche
de Christ, mais à l'égard de notre propre position en Lui. Il a ouvert un (4 : 1 ; 1 Cor. 12 ; Rom. 12).
horizon sans limites devant nos yeux, pour que nous connaissions son
Si nous réalisons l'unité du Corps de Christ, et rien ne peut être plus
conseil, que nous en jouissions et que nous y conformions notre odieux que de la proclamer comme vérité sons sentir la nécessité de la
marche. réaliser pratiquement, nous le montrerons dans nos rapports les uns
avec les autres. C'est ce que l'apôtre développe en Rom. 12 et en Eph.
Comment on réalise l’unité 4. Hélas ! quand il s'agit du Christ dont nous faisons partie, nous devons
Telle est la seconde partie de l'épître, nous devons réaliser ce confesser avec humiliation que nous savons bien peu réaliser ce prin-
qu'est l'Eglise dans la pensée de Dieu. cipe : « Marchez d'une manière digne de l'appel dont vous avez été
appelés, avec toute humilité et douceur, ... vous supportant l'un
[3 v.14-21] Si j 'ai compris l'unité du corps de Christ, le caractère de
l'autre. » Combien peu d'humilité, de douceur, de support, combien
ma marche doit dépendre de la connaissance de cette vérité. Mais n’ou-
peu d'amour parmi nous ! Cela ne vient-il pas de ce que nous sommes
blions pas qu'elle ne peut en dépendre sans la communion de l'amour
devenus plus ou moins indifférents à celte vérité de laquelle doivent dé-
de Christ. C'est pourquoi les exhortations du chapitre 4 sont précédées,
pendre toutes nos relations fraternelles ? Du moment que nous com-
tout d'abord, de la prière instante de l'apôtre, pour que nous ayons la
prenons réellement quelle est notre place respective dans le Corps de
connaissance et la jouissance en commun de cet amour (3 : 14-21).
Christ, tous les caractères de nos rapports mutuels seront nécessaire-
[4 v.1-6] « Je vous exhorte donc ... à marcher d'une manière digne ment conformes à cette connaissance. Ces choses sont abstraites et
de l'appel dont vous avez été appelés, avec toute humilité et douceur, difficiles à saisir, direz-vous. Elles ne le sont aucunement, mais il est de
avec longanimité, vous supportant l'un l'autre dans l'amour » (4 : 1, 2). toute importance de comprendre qu'on ne peut avoir une vie de rela-
Les membres de notre corps offrent un exemple frappant de cette vé- tions conforme à la pensée de Dieu, là où l'on ignore la vérité de l'unité
rité. Chacun a sa place et concourt au but commun ; ainsi l'œil, mon du corps de Christ, de cet ensemble que Dieu a formé ici-bas. « Vous
organe le plus noble, laisse à ma main ses fonctions et, bien plus, lui appliquant à garder l'unité de l'Esprit par le lien de la paix » (4 : 3).
vient en aide. Serait-il possible qu'il se refusât à voir ce que ma main L'unité de l'Esprit est la réalisation pratique de l'unité du corps. Nous
doit prendre, ou ma main à prendre ce qu'elle doit rapprocher de mon n'avons pas à garder l'unité du corps, elle existe, mais à la réaliser pra-
œil ? Que mon pied se refusât à marcher vers le but que mon œil entre- tiquement par l'unité de l'Esprit, car, comme il y a un seul corps, il y a
voit, ma main à porter à ma bouche les aliments dont j'ai besoin, mon
Ephésiens – Commentaires de Henri Rossier

un seul Esprit (4 : 4). Notez que, comme membre du corps de Christ, je Toutefois, le témoignage que Dieu nous a confié a eu ce résultat, qui
ne dois nullement me séparer de cœur de celui qui n 'aurait aucune n'existait pas auparavant, c'est que beaucoup de chrétiens en dehors de
idée de cette unité. Il suffit que je la connaisse pour pouvoir réaliser par nous, reniant tout caractère ecclésiastique, vont sous la libre direction
l'Esprit, avec le chrétien même le plus ignorant, que nous appartenons de l'Esprit, annoncer l'Evangile dans le monde. Cependant, ces chrétiens
tous deux à un seul corps. Je cultiverai la communion avec lui dans le ignorent après tout une vraie séparation du monde, et l'ennemi s'en
Seigneur et m'appliquerai à trouver en quoi nous pouvons la réaliser ; sert, comme de toute autre chose, pour nous ébranler dans notre té-
je chercherai, par le lien de la paix, à garder l'unité de l'Esprit qui nous moignage et nous amener à les imiter. Dans leur désir sincère d'attirer
unit et dans lequel nous pouvons nous édifier et nous réjouir ensemble. les âmes, ils usent des moyens usités par le monde, organisations hu-
Je serai gardé de tout esprit sectaire en gardant cette unité de l'Esprit, maines, annonces dans les journaux, affiches, etc. Si, abandonnant le
parce que, connaissant l'unité du corps, je réaliserai, même avec ceux terrain de séparation sur lequel Dieu nous a placés, nous donnons la
qui l'ignorent, les rapports qui en découlent. main à ces chrétiens en vue d'une action commune, qu'en résultera-t-il
? Nous renierons ce qui doit nous distinguer dans la prédication de
L'évangélisation en rapport avec l'unité du corps l'Evangile. Leur but est d'amener des ânes à Christ, j'en rends grâces à
Dieu et je le prie instamment de bénir leur ministère et les âmes ame-
[4 v.7-14] Il y a un Corps de Christ ici-bas, dans ce monde. Les dons
nées par eux. Mais ce que Dieu nous a confié va plus loin ; nous avons
sont le moyen de le faire arriver à sa perfection, à l'état d'homme fait,
à réaliser ce que c'est que l'Assemblée, et par conséquent, nous ne li-
à la mesure de la stature de la plénitude du Christ, et de nous faire tous
miterons pas l'Evangile au pardon des péchés et à la justification par
parvenir à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu (4 : 7-
la foi ; il nous faudra quelque chose de plus. Nous le trouvons aux v. 10
15).
et suivants du chapitre 4 : « Celui qui est descendu est le même que
Ici surgit un nouveau danger. En examinant ce qui se passe dans la celui qui est aussi monté au-dessus de tous les cieux, afin qu'il remplît
chrétienté, on trouve, à côté d'un effort formidable de l'Ennemi pour toutes choses ; et Lui, a donné les uns comme apôtres, les autres
détruire, effort aboutissant à l'apostasie qui amènera la chrétienté à re- comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme
nier le Père et le Fils, on trouve, disons-nous, une action puissante de pasteurs et docteurs, en vue du perfectionnement des saints, pour
l'Esprit de Dieu pour amener des âmes à la connaissance de Christ par l'œuvre du service, pour l'édification du Corps de Christ ». Ainsi l'évan-
l'Evangile. Nous traversons un temps d'activité spirituelle plus étendue géliste n'est pas séparé du prophète, du pasteur, du docteur, dans
qu'à aucune autre époque. Dans tous les pays, l'Esprit de Dieu agit puis- l'œuvre qui lui est confiée, en vue de la perfection des saints : pour
samment par l'Evangile ; son action n'est pas confiée spécialement à l'édification du corps de Christ. Il occupe ici une place très préémi-
ceux qui connaissent les vérités que nous avons exposées. Bien loin de nente, car sans lui l'assemblée ne pourrait se former ni s'accroître. Ce
là. Si nous avions été fidèles, nous en aurions été des agents beaucoup que les frères dont je parle ne comprennent pas, c'est que si Dieu nous
plus actifs ; le Seigneur nous aurait ouvert très largement des portes appelle à être des instruments de salut pour les âmes, c'est pour l'édi-
pour annoncer le salut, mais nous portons la conséquence de notre in- fication du corps de Christ. Tant que l'évangéliste n 'a pas amené une
fidélité, et Dieu opère puissamment par toutes sortes d'agents. âme convertie à comprendre qu'elle prend sa place dans le Corps de
Ephésiens – Commentaires de Henri Rossier

Christ, il n'a pas pleinement accompli sa mission. C'est là ce qui doit Vérité pratique et de la plus haute importance pour nous tous !
nous distinguer dans l'évangélisation. Elle a pour nous un caractère Chaque membre a une fonction dans le corps pour l'édification de lui-
plus étendu et nous ne devrions jamais l'oublier. Du moment que même en amour (v. 16). Chacun de nous a-t-il compris que sa place dans
l'évangélisation se trouve entre les mains d'ouvriers libres, appartenant le Corps et sa relation avec le Chef, l'obligent à travailler de manière à
aux différentes sectes de la chrétienté, ou de pasteurs qui s'associent ce que le corps fonctionne et s'accroisse d'une manière normale ? Si
à eux en reniant momentanément leur caractère ecclésiastique, ces ou- nous faisons partie du Corps de Christ, de l'Assemblée de Dieu, pour-
vriers, dont nous reconnaissons hautement le zèle et le dévouement, rons-nous rester inactifs et nous borner à nous laisser faire du bien et
disent aux âmes qui acceptent le salut : Restez où vous êtes, dans vos à recevoir de l'édification par d'autres ? Des milliers de chrétiens n'ont
églises ; nous n 'avons aucune pensée de vous en faire sortir ; vous con- pas l'idée que, tous, sans exception, nous sommes des membres actifs
naissez Christ, c'est tout ce qu'il faut. Grâce à Dieu, nous disons : Il y a du Corps de Christ, et que celte énergie spirituelle que la Tête dispense
un témoignage de Dieu rendu dans le monde : la grande vérité cachée à chaque partie du corps appelée une « jointure du fournissement » a
jusque-là dans les conseils de Dieu et dont l'administration fut confiée pour but le fonctionnement normal de l'ensemble. Il n 'y a pas dans le
à l'apôtre Paul, c'est qu'en vertu de la descente du Saint Esprit, il y a corps un membre inutile, fût-ce le plus insignifiant, et s'il n 'agit pas,
dans ce monde un seul Corps de Christ, une habitation de Dieu par l'Es- tout le corps s'en ressent. Toute âme, frère ou sœur, qui ne se rend pas
prit, et que c'est là, et nulle autre part, qu'est la place de tous les ra- compte, pour le réaliser, du rôle que Dieu lui a confié, entrave toute
chetés. Une telle vérité, reçue dans l'âme, la sort nécessairement de l'action de l'ensemble. La vérité de l'unité du corps a donc, sous tous
tous les systèmes religieux humains, fruits de la ruine dont tout fidèle les rapports, des conséquences pratiques immenses. Chacun de nous
gémit. doit : se rendre compte de la place qui lui est assignée dans le Corps, et
nous devons nous y tenir, sans fausse humilité, avec prière et dans une
Le corps s'édifiant lui-même dépendance complète de Lui. Et de plus, nous pouvons désirer avec ar-
deur les dons spirituels. S'il en était ainsi, quelle autre activité ne ver-
[4 v.15-16] Au milieu du chapitre 4, depuis le v. 15, nous trouvons,
rait-on pas se produire ? Rencontrerait-on, dans les assemblées des
outre les dons destinés à l'édification du Corps de Christ (v. 9-13), que
saints et dans la vie journalière, cette paresse spirituelle qui est un fait
le Corps de Christ s'édifie lui-même, la Tête infusant à tout le Corps
général ? Nous pouvons nous rendre compte de ce qu'est la solidarité
l'énergie spirituelle qui produit son développement. « Le Chef, le
quand il s'agit du Corps de Christ. L'ignorance de l'unité du Corps a fait
Christ, duquel (comme source) tout le Corps, bien ajusté et lié en-
perdre à la plupart des chrétiens tout sentiment de cette solidarité. Il
semble par chaque jointure du fournisse ment, produit, selon l'opéra-
nous faut revenir à ces vérités premières et capitales que Dieu nous a
tion de chaque partie dans sa mesure, l'accroissement du corps pour
confiées, car elles ont perdu pour nos âmes l'intérêt qu'elles devraient
l'édification de lui-même en amour » ; n'en est-il pas ainsi de notre
avoir. Combien cela est douloureux à constater ; cette négligence a son
corps naturel ? La tête constitue le centre nerveux actionnant tous les
retentissement sur toute notre vie pratique.
membres au moyen des organes divers, nerfs, muscles, etc., qui les re-
lient.
L'appel de Dieu et ses deux caractères
Ephésiens – Commentaires de Henri Rossier

(4:17 à 5:21). - Considérons maintenant ce que c'est que l'appel de La connaissance de l'appel de Dieu est d'une immense importance
Dieu. Au chapitre 1, nous trouvons en premier lieu le côté individuel de pour notre marche.
l'appel, c'est pourquoi l'apôtre prie pour que les Ephésiens soient éclai- Nous retrouvons, d'une manière plus particulière, les exhortations
rés et sachent « quelle est l'espérance de Son appel » (1 : 18). Ici, l'appel relatives à notre appel collectif aux v. 25 à 32 du chapitre 4. L'épître aux
a trait au caractère que Dieu a voulu nous donner dans sa présence pour Colossiens (Col.3:15), nous présente les mêmes exhortations, basées
toujours : « saints et, irréprochables devant lui en amour » (1 : 4). Il est sur cet appel : « Que la paix du Christ, à laquelle aussi vous avez été
dit : « l'espérance de son appel », parce que, comme nous l'avons vu, le appelés en un seul corps, préside dans vos cœurs ». Nous sommes ap-
conseil de Dieu n'a pas encore reçu son plein accomplissement. L'espé- pelés à cultiver en un seul corps les relations habituelles de la vie, aussi
rance de son appel est d 'être une fois, en personne dans la gloire, ce
ne devons-nous pas faire comme le monde dont la plupart des rapports
que nous sommes déjà en Christ devant Dieu. sont basés sur le mensonge : « Ayant dépouillé le mensonge, parlez la
Au chapitre 4, v. 1, nous sommes exhortés à « marcher d'une ma- vérité chacun à son prochain, car nous sommes membres les uns des
nière digne de l'appel dont nous avons été appelés ». C'est le côté col- autres » (4:25). Nos rapports, si nous avons l'intelligence de l'appel de
lectif de l'appel. Nous sommes appelés à être ici-bas un seul peuple, le Dieu, seront selon la vérité, parce qu'ils sont basés sur Christ et sur
peuple de Dieu, un seul édifice, un seul Corps, en un mot, nous l'union intime des membres de son Corps. Nous ne pouvons dérober,
sommes appelés à une position collective dans laquelle nous sommes le Seigneur ne dérobe point ; ni prononcer des paroles déshonnêtes, le
unis intimement avec la Tête glorifiée. Le Corps est toujours considéré Seigneur n'en prononce point. Nous trouvons encore, au v. 32 : « Soyez
comme un tout existant ici-bas à un moment quelconque, quoique le bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant les uns
temple ne soit pas terminé et que nous ne soyons pas encore assis dans aux autres, comme Dieu aussi, en Christ, vous a pardonné ». Objet du
la gloire avec Christ. pardon de Dieu, est-il possible qu'un membre du Corps ne pardonne
pas à l'autre ? Tel membre peut avoir fait un tort réel à tel autre, par-
Conséquences pratiques de l'appel lons-lui en vérité, mais sans conserver du ressentiment dans nos cœurs
; ne pardonnons pas à moitié, mais pardonnons comme Dieu nous a
Ces deux caractères de l'appel : l'appel à être un seul corps et l'ap-
pardonné en Christ, d'une manière absolue et basée sur le fait que nous
pel à être individuellement tels que Christ dans la gloire, sont réunis,
sommes unis par un seul Esprit pour être membres d 'un seul Corps.
mais non pas confondus, depuis le chapitre 4, 17 au chapitre 5, 21. Dans
Nous manquons tous honteusement à réaliser ainsi notre appel, c'est
ce passage, nous sommes exhortés à marcher d'une manière digne des
pourquoi nous insistons sur ce point. Si nous ne maintenons pas cette
deux caractères de notre appel. A ces vérités, le chapitre 5 ajoute que
vérité profonde, l'unité du Corps de Christ, nous pécherons grièvement
nous possédons la vie, l'Esprit et la nature de Dieu. Nous sommes faits
dans nos relations mutuelles et nous déshonorerons aux yeux du
lumière dans le Seigneur parce qu'Il est lumière, nous pouvons marcher
monde le témoignage de Dieu. Au chap. 5 v.21, nous lisons encore : «
dans l'amour parce que Dieu est amour et qu'Il nous a fait don de cet
Etant soumis les uns aux autres dans la crainte de Christ ». Remarquez
amour, de sa propre nature (v. 8 et v. 2).
combien cette unité du Corps de Christ a dans toute l'épître son
Ephésiens – Commentaires de Henri Rossier

influence sur nos relations comme formant un ensemble. Nous ne se- saints sont rafraîchies, comme l'écrivait Paul à Philémon (Philé. 7).
rions que deux sur la terre à comprendre l'unité du Corps, que nous au- Quand nous marchons dans l'amour, nous apportons le parfum de
rions à être soumis l'un à l'autre, il nous exhorter l'un l'autre, etc. Christ dans nos rapports les uns avec les autres. Christ nous est donné
comme modèle et nous avons à l'imiter dans le sacrifice de nous-mêmes
[4:17-32] Dans la seconde partie du chapitre 4, v.17-32, nous
pour les autres. On trouve ici, comme cela a été dit par un frère, un
voyons, en outre, ce qui découle de notre appel individuel. Nous avons
amour montant et un amour descendant ; le premier, montant de nous
la nature de Dieu, nous en avons fini avec le vieil homme, la vérité de ce
à Christ, a d'autant plus de valeur que son objet en a davantage ; le se-
fait est en Jésus (v. 21). On s'imagine souvent que nous avons à dépouil-
cond, descendant de Christ à nous, a d 'autant plus de valeur que ceux
ler le vieil homme et à revêtir le nouvel homme. Il n 'en est pas ainsi,
qui en sont les objets sont des êtres plus vils. L'amour de Christ a ces
nous avons à dépouiller ses actes (Col. 3, 5-8), par la raison même que
deux caractères : Il s'est livré pour nous : c'est l'amour descendant ; Il
le vieil homme est dépouillé et le nouvel homme revêtu (4:22, 23 ; Col.
s'est donné en offrande et sacrifice à Dieu en parfum de bonne odeur
3, 9, 10). Nous possédons une nature nouvelle qui nous met en état de
: c'est l'amour montant qui a Dieu pour objet. Nous pouvons montrer
représenter le caractère divin devant le monde. D'autre part « le re-
l'amour envers tous les misérables dans ce monde, et nous pouvons le
nouvellement de l'esprit de notre entendement » (4 : 23) n 'est pas
montrer également en ayant Christ pour seul objet de nos cœurs. Dieu
accompli une fois pour toutes, mais il a lieu continuellement. Nous
est amour ; il n'est pas dit que nous soyons amour, Dieu se réserve son
sommes, comme individus, des créatures nouvelles, selon toute la pen-
caractère essentiel, mais nous avons à marcher dans l'amour.
sée de Dieu révélée en Christ à notre égard. Et comme tels, quelle sera
[v.3-21] Dieu est lumière ; nous sommes lumière dans le Seigneur ;
notre conduite ? Nous ne marcherons pas comme les nations, selon le
nous avons donc à marcher dans ce monde comme des enfants de lu-
vieil homme, chapitre 4 , v. 25, etc.
mière (v. 7-13). La lumière est représentée, dans ce verset, comme une
Nous trouvons, au v. 30, un nouveau caractère du nouvel homme arme contre le mal : « Rejetons les œuvres des ténèbres et revêtons
« de l'homme intérieur » ; il possède, avec la vie de Dieu, la puissance les armes de la lumière » (Rom.13:12). Certains magasins de bijouterie,
de cette vie qui est le Saint Esprit, afin de marcher d'une manière con- dans les grandes villes, restent illuminés toute la nuit comme garantie
forme à la nature divine. contre les voleurs. Les commerçants se servent ainsi de la lumière
 Chapitre 5 comme arme contre les œuvres des ténèbres. Il en est de même pour
nous. Si nous manifestons la lumière dans ce monde, nous ne succom-
[v.1-2] Au chap. 5, v. 1 et 2, nous lisons : « Soyez imitateurs de Dieu
berons pas aux entreprises des ténèbres. « N'ayez rien de commun
comme de bien-aimés enfants, et marchez dans l'amour, comme aussi
avec les œuvres infructueuses des ténèbres, mais plutôt reprenez-les
le Christ nous a aimés et s'est livré lui-même pour nous, comme of-
aussi » (v. 11) ; c'est-à-dire montrez-en le vrai caractère. La lumière
frande et sacrifice à Dieu, en parfum de bonne odeur ». Nous avons à
manifeste le caractère des ténèbres, et tout ce qui n'est pas d'elle est
marcher comme Christ et selon la nature que nous possédons, qui est
de l'ennemi. Dieu a fait de nous des lumières célestes (des luminaires)
l'amour. Le grand secret de nos relations dans la vie de chaque jour,
dans ce monde selon Phil.2:15, comme des astres descendus du ciel sur
c'est l'amour. Là où est l'amour rien ne manque, et les entrailles des
la terre, car notre origine est Là-Haut. Envoyés comme des porte-
Ephésiens – Commentaires de Henri Rossier

lumière, consentirons-nous à faire un mélange, à donner une main aux relations naturelles (5, 22-23). Nous ne pouvons réaliser nos relations
œuvres de lumière et l'autre aux œuvres de ténèbres ? « Réveille-toi, de famille, mari et femme, parents et enfants, maîtres el serviteurs,
toi qui dors, et relève-toi d'entre les morts, et le Christ luira sur toi » d'une manière qui soit réellement selon Dieu, que lorsque nous connais-
(v. 14). On comprendrait l'application de ce passage d'Esaïe 60:1, aux sons la relation dans laquelle nous sommes avec Christ. II est impos-
Corinthiens ou aux Galates, mais on peut se demander pourquoi ce « sible de réaliser sérieusement le mariage chrétien, si nous ne connais-
réveille-toi » s'adresse précisément aux Ephésiens qui réalisaient leur sons pas notre union avec Christ, comme son Epouse.
position céleste. C'est que Dieu connaît le cœur naturel de l'homme, ce Ce terme, l'Epouse de Christ, suppose évidemment une relation
cœur qui s'endort parce que le vieil homme est en lui. Les vierges s'en d'ensemble. Du moment que les enfants de Dieu ne la connaissent pas,
sont allées avec un zèle remarquable au-devant de l'Epoux, mais, trou-
les relations naturelles de familles établies par Dieu perdent leur valeur
vant l'attente trop longue, elles se casent quelque part pour y dormir. et leur puissance et ils y montrent leur propre caractère au lieu de celui
Telle est toujours notre tendance. Lorsque Dieu suscite un témoignage, de Christ. Cette relation de l'Epouse avec Christ que nous avons en com-
quelle fraîcheur au début, quelle vigueur spirituelle ! Au commence- mun avec tous les chrétiens, doit avoir une influence prépondérante
ment, tous les chrétiens, les yeux ouverts, attendaient le Seigneur. Peu sur notre vie chrétienne. C'est par le cœur attaché à Christ, que nous y
de temps après, cette attente est négligée ; ils s'endorment. De plus, la entrons ; nous sommes pénétrés de son amour et nous l'étendons au
vérité de l'unité du Corps de Christ est oubliée, des dissensions se ma- domaine de nos relations naturelles.
nifestent ; Dieu nous châtie, alors nous sommes réveillés pour un mo-
ment, un renouvellement de vie se montre, puis nous nous endormons L'Epouse et l'attente collective du Seigneur
de nouveau. Nous avons besoin continuellement de ce : « Réveille-toi
» dont l'effet, hélas ! ne dure pas longtemps. Comme en Ephésiens 5 : 22-23, nous trouvons, en Apocalypse 22 :
16 et 17, ce dernier caractère de l'unité ; non plus sous la figure du
« Réveille-toi, toi qui dors ! » Conséquence bénie de ce réveil, le
Corps, mais sous celle de l'Epouse. Dans ce passage, le Seigneur se pré-
Christ ̶ non pas la lumière ̶ « le Christ luira sur toi ». Si nous nous
sente à l'Eglise, son Epouse. Il est la racine de David, le vrai Isaac ; Il est
réveillons, nous apprendrons à connaître cette personne bénie d'une
la postérité de David, le vrai Salomon. Il est homme, mais il se présente
manière toute nouvelle. Il deviendra notre soleil. Le Christ resplendira
aussi· comme Dieu : Il est « l'Etoile du matin », l'astre qui n'éclaire rien
sur nous !
sur la terre, mais qui illumine le ciel, à son apparition. Il est à la fois
l'Homme parfait et l'Etoile divine qui va se lever pour nous à l'horizon.
L'Epouse de Christ et les relations mutuelles
Remarquons la valeur de ce passage : « L'Esprit et l'Epouse disent
[v.22-33] Les rapports de Christ avec l'Epouse, aux v. 22 et suivants : Viens ». C'est l'ensemble de ceux qui lui appartiennent, qui le dit.
du chap. 5 (forme nouvelle et plus intime encore d'unité, comme C'est une attente collective, et l'Epouse ne peut exprimer son attente
« membres de son corps » (v. 30), parce que ces rapports sont basés que par l'Esprit.
sur une relation d'amour avec Christ), donnent lieu à toute une série
de conséquences pratiques dans notre marche, quand il s'agit de nos
Ephésiens – Commentaires de Henri Rossier

Des milliers d'enfants de Dieu ne s'occupent nullement de cet en- (v. 33). Le mari montre de l'amour à sa femme, la femme de la soumis-
semble, mais tous ceux qui connaissent cette vérité, ont à pousser par sion et de la crainte à son mari. Cela nous manque souvent, nous nous
l'Esprit ce cri d'appel. L'Epouse connaît l'Epoux, Il a attiré son cœur et rendons peu compte des droits que Christ a acquis sur nous. Nous
ses affections vers Lui. Si nos cœurs ne vont pas au-devant de Lui, c'est étions esclaves de Satan, mais Christ nous a mis en liberté, il nous a ac-
que nous ne réalisons pas cette attente, dans la puissance de notre re- quis pour lui, et maintenant nous sommes ses esclaves. Désormais,
lation comme Assemblée avec l'Epoux divin de l'Eglise. nous appartenons à Celui qui a tout payé pour nous acquérir ; nous
reconnaissons ses droits et nous le craignons. La crainte se trouve donc
Une grande partie de notre faiblesse dans l'attente de la venue du
associée à l'amour. Craindre le Seigneur n'est pas la peur, c'est recon-
Seigneur vient du manque de jouissance de nos relations avec Lui.
naître les droits absolus qu'Il a sur nous, ainsi que la dignité souveraine
L'intensité du désir, jointe à la connaissance du lien qui fait de nous un
de Celui qui nous a acquis. « Comme les yeux des serviteurs regardent
tout, produit une attente réelle.
à la main de leurs maîtres, comme les yeux de la servante à la main de
L'attente individuelle du Seigneur sa maîtresse » (Ps. 123), ainsi nos yeux regardent à notre Maître en qui
nous avons confiance et qui peut tout nous donner. Nous regardons à
Mais l'Esprit ajoute : « Que celui qui entend dise : Viens. » C'est Lui parce que nous dépendons entièrement de Lui, nous qui n'avons
l'individu ; chaque chrétien est donc appelé aussi à l'attendre indivi- droit à rien. Mais le désir de Lui plaire et de Le servir selon sa volonté
duellement. Cela suppose un état inférieur de connaissance, mais à ne peut se séparer de la crainte. Reconnaître la Seigneurie de Christ est
ceux qui ne comprennent pas la relation de l'Epouse avec l'Epoux, il est un des grands secrets de notre vie chrétienne. C'est mettre de côté
dit : « Que celui qui entend dise : Viens ». Tenant compte de notre igno- notre propre volonté pour n'obéir qu'à celle du Maître.
rance, le Seigneur fait appel à notre attente individuelle. Que chacun
Hélas ! ne voyons-nous pas souvent, au contraire, les chrétiens
de nous lui dise : Viens ! Confessons avec humiliation l'ignorance de nos
choisir chacun son chemin, son église, ses relations mondaines, selon
relations, mais ne nous décourageons pas d'attendre individuellement
son propre jugement du bien et du mal. Chacun se laisse conduire dans
le Seigneur.
ce choix par sa conscience, nous dit-on, alors que Celui qui seul a des
droits sur nous devrait être notre unique conducteur ? Si nous appré-
De nouveau l'Epouse et les relations naturelles
cions nos relations avec le Seigneur et son autorité, nous éviterons ces
La crainte dangers dans notre marche. « L'Assemblée est soumise au Christ » (v.
Dans l'épître aux Ephésiens (5 : 22) , les rapports de Christ avec 24). Du moment que sa volonté se fait connaître, il n'y a pas à la discu-
l'Epouse sont établis en premier lieu et l'Esprit en fait découler le carac- ter, mais à la faire, même sans la comprendre.
tère de nos relations naturelles. Il dit : « Femmes, soyez soumises à vos
propres maris comme au Seigneur ». Cela est de toute importance. L'amour
Nous avons à reconnaître l'Epoux comme notre Seigneur et cette pen-
Qu'il est précieux de connaître l'Amour dans la relation de Christ
sée implique la crainte. « Quant à la femme, qu'elle craigne son mari »
avec l'Assemblée ! Il caractérisera la relation entre le mari et sa femme.
Ephésiens – Commentaires de Henri Rossier

Que Dieu nous donne de sonder l'intimité de nos relations avec Christ. Christ nous a confié une responsabilité. Nous y avons manqué ;
Le Seigneur s'occupe de nous en amour, pour nous purifier : c'est ce c'est un sujet de profonde humiliation ; mais Lui ne manque pas à l'ac-
qu'Il fait maintenant : « Christ a aimé l'Assemblée et s'est livré lui- complissement de ses conseils !
même pour elle, afin qu'II la sanctifiât, en la purifiant par le lavage
 Chapitre 6
d'eau, par la Parole » (v. 25, 26). Combien nous avons à nous humilier
d'opposer, par notre propre volonté, un obstacle à cette sanctification N.B. : pas traité dans cette publication de HR
et à cette purification dans notre marche !
Mais le Seigneur s'en occupe pour chacun de nous en particulier et,
dans ce passage, pour l'ensemble. Christ exerce en amour une œuvre
de purification pour son Eglise, et cette œuvre ne se terminera que
lorsqu'Il se présentera son Epouse à Lui-même, « glorieuse, n'ayant ni
tache, ni ride, ni rien de semblable » et qu'elle sera « sainte et irrépro-
chable » (v. 27).
Combien nous montrons, n'est-ce pas, de rides, de taches, de dé-
fauts ? Mais le Seigneur s'occupe de nous, et toutes nos misères auront
disparu lorsqu'il nous introduira, tous ensemble, dans la gloire. Ses
conseils envers son Epouse seront alors pleinement accomplis, ainsi
que les conseils de Dieu quant à l'unité de sa famille, de son temple et
du corps de Christ.
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

Jean Muller – notes-résumés (réunions de semaine à Paris)

1 2 3 4 5 6

Éphésiens 1 Une deuxième lettre parviendra plus tard à la même assemblée,


de la part de Christ lui-même sous la plume de Jean (Apoc. 2), alors
Éph. 1:1-3
qu’elle avait abandonné le premier amour. Éphèse n’a pas tenu compte
17.11.1970 de l’avertissement en grâce qui lui était adressé, et la lampe a été ôtée
de son lieu : solennelle leçon pour nous tous individuellement et pour
Lors de son troisième voyage, Paul était venu à Éphèse, capitale de
les assemblées à veiller sur l’état de nos cœurs et de nos affections
l’Asie mineure, province romaine (Actes 19), et y avait séjourné 3 ans
pour Christ.
(Actes 20), une porte grande et efficace lui étant ouverte par Dieu mal-
gré beaucoup d’adversaires (1 Cor. 16:9). [v.1-2] L’épître aux Éphésiens est adressée par Paul, apôtre de Jé-
sus Christ par la volonté de Dieu aux saints et fidèles d’Éphèse c’est-à-
Il avait prêché le royaume de Dieu et n’avait mis aucune réserve à
dire aux croyants qui gardaient fidèlement la foi qu’ils avaient reçue.
leur annoncer tout le conseil de Dieu (Actes 20:27).
Elle n’est pas adressée à l’assemblée de Dieu comme celle aux Corin-
Dans son adieu aux anciens de l’Assemblée qu’il avait appelés à Mi- thiens ; elle ne comporte que de brèves salutations (1:2 ; 6:23-24), de
let, l’apôtre avait déclaré qu’après son départ il entrerait parmi eux des telle sorte qu’elle présente un caractère de lettre circulaire.
loups redoutables qui n’épargneraient pas le troupeau, des hommes de-
[v.3-14] Tout est présenté dans cette épître comme découlant de
vant se lever d’entre eux-mêmes pour annoncer des doctrines per-
Dieu pour l’accomplissement de ses conseils selon le bon plaisir et le
verses.
mystère et le conseil de Sa volonté (1:5, 9) — soit Dieu dans sa nature,
Lorsque l’apôtre écrit cette épître, il était prisonnier à Rome (voir Christ étant envisagé comme homme — soit le Père dans sa relation,
3:1 ; 4:1 et 6:20) ; cette lettre a été portée par Tychique (6:21-22) en Christ étant considéré comme le Fils de son amour.
même temps que celle aux Colossiens (Col. 4:7-8).
En même temps tout est en Christ, « bénis… en Christ,… élus en
L’Assemblée d’Éphèse était encore dans un bon état, les vérités qui Lui,… adoptés… par Jésus Christ,… agréables dans le bien-aimé », et l’Es-
lui sont présentées étant les plus élevées touchant la position et les prit Saint est souvent mentionné, à la différence de l’épître aux Colos-
privilèges des enfants de Dieu et de l’Assemblée dans leur union avec siens.
Christ.
L’esprit de l’apôtre était rempli du sentiment de la bénédiction, qui
appartient à l’Assemblée, liée à l’immensité de la grâce de Dieu.
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ nous a bénis de toute des frères seulement, l’apôtre expose la première d’entre elles qui est
bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ. Le premier cha- l’élection en Christ avant la fondation du monde.
pitre développe ces bénédictions : L’élection concerne la personne ; elle est liée au nom de Dieu ; et
• le moyen d’y participer (v. 4-7) les caractères attribués aux croyants — saints et irréprochables devant
• le propos arrêté de Dieu pour la gloire de Christ (v. 8-11) lui en amour — sont ceux de Dieu lui-même.
• l’héritage et l’Esprit Saint comme sceau et arrhes (v. 12-14) Vient ensuite la prédestination qui touche à la place ou à la condi-
Vient ensuite la prière de la fin du premier chapitre, prière de pos- tion, liée au verset 5 au nom du Père ; la prédestination a toujours un
session de caractère objectif, alors que celle du chapitre 3 est une prière but : c’est ici de nous adopter pour Dieu par Jésus Christ selon le bon
de réalisation de caractère plus subjectif. plaisir de Sa volonté.
[v.3] Les bénédictions des croyants et de l’Église sont spirituelles Les saints de l’Église sont donc élus avant la fondation du monde.
(non pas matérielles comme pour le peuple juif) en caractère et dans Si Dieu choisit maintenant quelques-uns d’entre les hommes, c’est
les lieux célestes (non pas terrestres comme pour les rachetés de la pé- comme Souverain qu’Il le fait, mais avant que le monde fût. L’Église était
riode millénaire). dans les conseils de Dieu en Christ avant la création du monde ; son ori-
C’est dans les lieux célestes qu’est Christ (1:20) ; donc les chrétiens gine et sa destinée sont entièrement célestes ; elle est en dehors du
y sont aussi en Lui (2:6). En même temps les saints sont encore sur la monde lorsque celui-ci existe, sauf qu’elle y est laissée pour rendre té-
terre et le Seigneur vient au milieu d’eux (Matt. 18:20), non pas dans moignage ; elle subsistera dans l’éternité à venir lorsque le monde aura
des édifices faits de main. passé et que le temps aura pris fin.

Les croyants de l’Ancien Testament avaient autrefois entendu l’ap- C’est aussi avant la fondation du monde que le Père a aimé le Fils
pel céleste, les croyants hébreux y étaient participants (« frères saints, (Jean 17:24) et que l’Agneau de Dieu était préconnu (1 Pierre 1:19-20).
participants à l’appel céleste », Héb. 3:1). L’appel spécial de l’Église L’élection, secret de famille, la famille céleste, entre le Père et les
unie à Christ était maintenant une chose nouvelle, la première dans les saints, touche aux conseils de Dieu. En même temps, l’évangile est prê-
conseils de Dieu, mais mystère révélé maintenant par l’apôtre. L’Église ché à tous les hommes dont la responsabilité demeure de répondre aux
ne peut pas être séparée de Christ ; elle est sa plénitude, bien que appels de la grâce de Dieu, « car Dieu veut que tous les hommes soient
n’ayant pas part à Sa déité ou à la gloire de Fils éternel. Elle a part à la sauvés » (1 Tim. 2:4) et aussi « Il ordonne maintenant aux hommes que
gloire de Christ comme Fils de l’homme. tous, en tous lieux, ils se repentent » (Actes 17:30), et « la justice de
Éph. 1:4, 5 Dieu est envers tous (tous les hommes) et sur tous ceux qui croient »
(les élus) (Rom. 3:21-22).
23.11.1970
À la croix la responsabilité du premier homme a été mise à
[v.4] Ayant parlé des bénédictions spirituelles dans les lieux cé- l’épreuve finale, tandis que le conseil de Dieu en Christ dans la nouvelle
lestes en Christ, qui sont la part de tous les vrais croyants, et non pas création était manifesté. « Dieu qui nous a sauvés et nous a appelés
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

d’un saint appel … selon son propre dessein, et sa propre grâce qui en relation intime avec Lui-même comme avec des fils. La conscience
nous a été donnée dans le Christ Jésus avant les temps des siècles, personnelle de cette relation avec le Père est par le Saint Esprit, l’Esprit
mais qui a été manifestée maintenant par l’apparition de notre Sau- d’adoption, par lequel nous crions : « Abba, Père ! » (Rom. 8:15).
veur Jésus Christ » (2 Tim. 1:9-10), et aussi « l’espérance de la vie éter- Si donc Christ est l’image du Dieu invisible, nous portons Son
nelle que Dieu, qui ne peut mentir, a promise avant les temps des image ; s’Il est Fils nous entrons dans la même relation avec le Père.
siècles » (Tite 1:2).
Éph. 1:5
L’élection des saints est présentée comme en Christ, qui est
l’image du Dieu invisible et celui en qui Dieu trouve toutes ses délices : 1.12.1970
nous sommes élus pour être saints et irréprochables devant Dieu en
Les vérités présentées au début de ce chapitre sont d’une merveil-
amour ; Lui-même est saint dans son caractère, irréprochable dans ses
leuse richesse, au reste, le mot richesse, rencontré 6 fois, caractérise
voies et amour dans sa nature. Il y a maintenant parfait accord entre
l’épître :
notre nature et celle de Dieu. Le choix de Dieu est le fruit de sa grâce et
la preuve de son amour, et nos bénédictions sont liées maintenant à la • 1:7 : les richesses de sa grâce
nature même de Dieu. • 1:18 : les richesses de la gloire de son héritage dans les saints
Si nous sommes élus pour être saints et irréprochables, nous • 2:4 : Dieu est riche en miséricorde
sommes néanmoins encore sur la terre et exhortés à la fin de cette • 2:7 : les richesses de sa grâce
épître ou dans d’autres épîtres à manifester pratiquement de tels carac- • 3:8 : les richesses insondables du Christ
tères : « Soyez saints, car moi je suis saint » (Lév. 19:2, cité en 1 Pierre • 3:16 : les richesses de sa gloire
1:16) ; « Poursuivez … la sainteté » (Héb. 12:14) ; « Soyez sans re- La louange et les richesses de la grâce, sont toujours mentionnées
proche et purs, des enfants de Dieu irréprochables » (Phil. 2:15). avant celles de la gloire de Dieu.

Pour que nous puissions réaliser ces choses pratiques, le Seigneur Les bénédictions qui sont développées ici ne peuvent être saisies
purifie Son Assemblée par le lavage d’eau par la Parole, puis Il se la pré- que par la foi et par l’action de l’Esprit Saint. On ne peut comprendre
sentera « sainte et irréprochable » (Éph. 5:27). l’adoption que si on est effectivement dans la relation d’enfants vis-à-
vis de celui qui est un Père. Il faut être croyants, assurés du pardon et
[v.5] À partir du verset 5 nous sont présentés des privilèges parti-
ayant la vie éternelle d’abord, mais ensuite affranchis de la loi du pé-
culiers, auxquels nous sommes prédestinés. Ce n’est plus en rapport
ché et de la mort (dans l’état moral de Romains 8 et non plus de Ro-
avec la nature de Dieu, mais dans la réalisation d’une relation positive,
mains 7).
celle de l’adoption, Dieu étant pour nous un Père bien-aimé.
Dieu, selon le bon plaisir de Sa volonté a voulu nous adopter pour
En Romains 8:29 la préconnaissance précède la prédestination, qui
Lui par Jésus Christ
est présentée là en rapport avec notre conformité à l’image de Christ,
lui étant premier-né entre plusieurs frères. Le Père veut donc nous avoir • Les anges sont appelés fils de Dieu (Gen. 6:2 et Job 38:7).
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

• Israël est présenté comme l’objet de l’élection (Rom. 9:11 et Ceux qui sont nés de nouveau et scellés du Saint Esprit sont enfants
11:7), de la préconnaissance (Rom. 11:2) et de l’adoption pour toujours et ont aussi le Saint Esprit pour toujours (le Consolateur
(Rom. 9:4) divines, le peuple de Dieu, ses fils et ses filles (2 Cor. que le Seigneur a envoyé pour être avec nous éternellement, Jean
6:18). 14:16). Les bénédictions qui en découlent sont saisies par la foi dans un
• Les saints de l’Ancien Testament : Abraham, Joseph, David (par exercice continuellement entretenu, afin qu’étant enfants, nous
ex.) étaient l’objet de l’appel céleste et avaient la vie et la na- soyons des enfants obéissants, et qu’ayant l’Esprit Saint nous en
ture de Dieu. soyons remplis et qu’il ne soit ni contristé ou attristé en nous, ni éteint
• Dans la dispensation millénaire, les rachetés terrestres jouiront parmi nous.
du royaume qui leur est préparé dès la fondation du monde Éph. 1:6, 7
(Matt. 25:34).
• Les saints de la période actuelle (s’étendant de la Pentecôte à 8.12.1970
la venue du Seigneur), par nature créatures terrestres infé-
[v.6-7] L’adoption des saints pour Dieu par Christ est selon le bon
rieures aux anges, ont, comme tous les élus des autres dispen-
plaisir de la volonté de Dieu et à la louange de la gloire de Sa grâce.
sations la vie et la nature divines. Ils sont seuls à former toute-
Selon la nature d’amour de Dieu, Ses conseils opèrent ainsi tout pour Sa
fois la famille céleste du Père, et l’Église, corps de Christ ; la
gloire. C’est pour cette gloire que Christ a été offert, le Père n’ayant pas
volonté souveraine de Dieu, le Père, a été telle ; le caractère de
épargné son propre Fils (Rom. 8:32). Il convenait pour Dieu de consom-
cette relation, c’est qu’elle est en Christ et par Lui et pour Dieu
mer le chef de notre salut par des souffrances (Héb.2:10), « il plut à
lui-même. Dans Ses conseils d’amour, Dieu lie ainsi les saints à
l’Éternel de le meurtrir » (És. 53:10). Si l’œuvre de l’expiation était donc
Christ en grâce. Si c’était la volonté de Dieu de nous adopter
selon le bon plaisir de la volonté de Dieu, le Père lui-même a connu des
pour Lui, c’est Christ qui a accompli cette volonté en venant ici-
souffrances préfigurées par Abraham offrant Isaac sur la montagne de
bas (Héb. 10:7 et Ps. 40:7) ; nous sommes sanctifiés par l’of-
Morija dont le nom signifie « Amertume de l’Éternel » (Gen.22). La
frande du corps de Jésus Christ (Héb. 10:10). L’adoption — en
gloire de Dieu sera révélée plus tard dans le jugement des impies car
tant que réception de la position de fils comme don — est éga-
elle l’est maintenant dans Sa grâce qui est venue ici-bas par Jésus Christ
lement liée à la venue de Jésus sur la terre en Galates 4, et à
qui en est la mesure et par qui nous sommes rendus agréables à Dieu.
l’envoi de l’Esprit du Fils de Dieu dans nos cœurs qui crient
Mais Christ est présenté ici comme le bien-aimé de Dieu, l’objet parti-
« Abba, Père ! » (Gal. 4:6).
culier des affections du Père. C’est en Lui que nous sommes bénis, aimés
La présence de l’Esprit Saint dans les saints et dans l’Église sur la
par le Père du même amour que Jésus lui-même (Jean 17).
terre caractérise la période actuelle. C’est un frein efficace au déborde-
ment du mal et de l’apostasie morale et religieuse, « celui qui retient » Si notre position est en Christ selon les conseils de Dieu, nous trou-
(2 Thes. 2:7) qui sera ôté à la venue du Seigneur pour enlever l’Église. vons aussi en Lui la rédemption qui nous y place : « la rédemption par
son sang, la rémission des fautes » (1:7). Christ a pris notre place
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

comme Agneau de Dieu quand Dieu a visité le péché, et maintenant Il L’épître aux Colossiens nous parle des richesses de la gloire de ce
nous donne la sienne quant aux résultats de son œuvre accomplie. mystère parmi les nations, c’est-à-dire Christ en vous l’espérance de la
gloire (Col.1:27) et les richesses de la pleine certitude d’intelligence
La rédemption présente le rachat :
(Col. 2:2).
Nous sommes achetés et rachetés alors que nous étions esclaves
Nos propres besoins ne sont donc pas la mesure des pensées et des
de Satan et de la chair.
conseils de Dieu à notre égard, ce sont les richesses et la gloire de la
La rémission des fautes a trait au pardon. « Nous ayant pardonné grâce de Dieu.
toutes nos fautes » (Col. 2:13)
L’Éternel a tout fait pour lui-même, et même le méchant pour le
La rédemption est « par le sang précieux de Christ » (1 Pierre 1:19) jour du malheur (Prov.16:4).
et « sans effusion de sang il n’y a pas de rémission » (Héb.9:22).
Éph. 1:7-10
• C’est le sang de l’agneau pascal que Dieu voyait pour épargner
les maisons sur lesquelles le signe en était placé (Ex. 12:13). 15.12.1970
• Le sang placé sur le propitiatoire sous le regard de Dieu (Lév.
Selon les richesses de la grâce de Dieu, nous avons en Christ la ré-
16 et Héb. 9), avec lequel Christ est entré dans le ciel et qui
demption par son sang, et la rémission des fautes ; le vrai croyant est
transforme le trône de jugement en trône de grâce pour nous.
ainsi assuré, d’une manière absolue et définitive, que toutes ses fautes
• Le sang qui nous approche de Dieu (Éph. 2:13) et par lequel la
lui sont pardonnées. Pratiquement il peut manquer à l’énergie de la foi
paix est faite (Col. 1:20).
pour s’approprier cette vérité, ou, au contraire, penser pouvoir pécher
• Le sang par lequel Dieu s’est acquis l’Assemblée (Actes 20
afin que la grâce abonde (Rom. 6:1, 15).
[v.28]).
• Le sang par lequel nous sommes justifiés (Rom.5:9) et lavés de Nous ne pouvons éviter ces deux dangers qu’en nous tenant de-
nos péchés (Apoc.1:5). vant Dieu où nous apprenons à nous connaître dans le sentiment de la
• Le sang qui nous purifie de tout péché (1 Jean 1:7). rédemption et de la rémission des fautes.

L’enseignement du v. 6 est donc que Dieu, dans ses conseils s’est En rapport avec les conseils de Dieu et notre adoption pour Lui,
révélé à la gloire de Sa grâce. nous est présentée la louange de la gloire de Sa grâce, ornement du ciel
dès avant la fondation du monde (1:6).
Celui du v. 7 est que, dans Son œuvre par Christ, Il a pensé à nous
selon les richesses de sa grâce, car Dieu est riche en miséricorde (2:4). [v.8-14] La grâce maintenant est manifestée dans toutes ses ri-
chesses, en tant qu’adaptée à notre état par nature, auquel elle fait
L’épître aux Romains nous présente les richesses de sa bonté de sa face. Ce n’est plus la nature même de Dieu qui est présentée, mais ce
patience et de sa longue attente (Rom.2:4), les richesses de sa gloire qu’Il s’est plu à accomplir pour de pauvres pécheurs : les sauver puis les
(Rom. 9:23). bénir. Les détails des effets produits par l’œuvre de Christ ne sont pas
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

donnés ici, mais les vérités sont présentées comme liées aux conseils moi, je ferai de lui le premier-né, le plus élevé des rois de la terre » (Ps.
de Dieu et aux lieux célestes, la position des croyants étant acquise et 89:27).
assurée pour toujours. L’administration de la plénitude des temps touche au royaume éta-
Cette grâce de Dieu, qui n’est jamais aveugle règne maintenant par bli par le Dieu des cieux et qui ne sera jamais détruit (Daniel 2, 7, 9), au
la justice surabondant là où le péché abondait (Rom.5:20-21) ; elle siècle à venir des bénédictions juives, introduit par le changement moral
anéantit l’homme plus que ne peut le faire la loi ; elle affermit le cœur complet annoncé par Ésaïe « Je crée de nouveaux cieux et une nouvelle
(Héb. 13:9) et nous enseigne quant à notre marche dans ce monde et à terre » (Ésaïe 65:17). L’état éternel dans lequel Dieu est tout et en tous
l’attente du Seigneur (Tite 2:12) ; maintenant elle abonde envers nous est autre chose : c’est l’aboutissement de tous les conseils de Dieu se-
en toute sagesse et intelligence. lon la perfection de Sa nature. Mais pour que la terre puisse être le lieu
de la bénédiction des rachetés terrestres selon le règne glorieux de
C’est de la plénitude de la personne de Jésus — la Parole faite chair,
Christ s’associant Son Église, il fallait que Satan soit vaincu, que son
pleine de grâce et de vérité que nous avons reçu grâce sur grâce (Jean
pouvoir sur l’homme soit annulé, que la création souillée et les lieux
1:16), la faveur de Dieu en abondance de bénédictions divines données
célestes mêmes soient purifiés. C’est ce que Christ a fait par l’œuvre
comme fruit de son amour.
de la croix, et en vertu du sang versé, ayant réconcilié toutes choses
Les conseils de Dieu en grâce envers les croyants sont donc déve- avec la plénitude de la Déité (Col.1:20) et ayant fait aussi propitiation
loppés dans les versets 3 à 8. Les versets 9 et 10 déploient maintenant pour le sanctuaire (Lév. 16 et Héb. 9:24).
ses conseils en gloire à l’égard de Christ, mystère révélé par le ministère
Satan qui avait pris la terre par fraude, en mentant à l’homme, et
de l’apôtre. Nous sommes ainsi les dépositaires du propos arrêté de
qui aura pendant tant de siècles été l’accusateur des croyants (Job, Jos-
Dieu à l’égard de la gloire universelle de Christ, pour l’administration de
hua) et des frères (Apoc. 12:10), après avoir été précipité du ciel, sera
la plénitude des temps.
lié pour 1000 ans dans l’abîme. La création étant remise en ordre,
La sphère du déploiement de la volonté de Dieu à cet égard est la toutes choses seront réunies en paix sous l’autorité de Christ, Fils de
première création, la terre sur laquelle Jésus est venu, a souffert, et a l’Homme et Fils de Dieu, l’Église étant associée avec Lui dans cette
été déshonoré. Là où la question du péché a été réglée, tout ce qui est gloire. Que cette pensée nous amène à plus de séparation du monde,
créé sera un jour — dans le temps et non pas dans l’éternité — réuni le présent siècle mauvais, et à plus de vraie compassion à l’égard de tant
sous la main de Christ, comme résultat des voies de Dieu en gouverne- de créatures emportées !
ment.
Éph. 1:15-17
C’est l’état annoncé au Psaume 8, Christ prenant la place de pre-
mier-né (c’est-à-dire chef) de toute la création, « toutes choses ont été 5.1.1971
créées par lui et pour lui » (Col. 1:16). De Salomon — dixième fils de
[v.15-23] Les conseils de Dieu sont exposés dans le paragraphe des
David — et type de Christ régnant en gloire — il avait été dit : « Aussi
versets 3-14 :
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

• en rapport avec les saints (v. 3-8) à la louange de la gloire de la grâce • Leur foi au Seigneur Jésus : une foi pratique et vivante,
de Dieu et selon les richesses de celle-ci • L’amour pour tous les saints : des rapports heureux avec le Seigneur
• en rapport avec Christ, héritier sur toutes choses (v. 9 et 10) engendrent naturellement l’amour pour tous les saints, celui-ci se
• enfin touchant l’héritage, cet héritage de Dieu dans les saints, à la manifestant toutefois de manière différente suivant la conduite et
louange de sa gloire, l’Esprit Saint en étant les arrhes, comme il est l’état de chacun. Il ne faut pas confondre amour et communion : si
aussi le sceau de l’appel des saints. l’apôtre manifestait de la réserve et de la froideur extérieure vis-à-
L’exposé de ces vérités devrait marquer le caractère de notre vie vis de Démas, il aurait été en même temps prêt à donner sa vie pour
ici-bas. Nous sommes assez riches en bénédictions spirituelles célestes lui.
pour ne pas contester aux habitants de la terre les richesses et les biens Dans les Colossiens les actions de grâce de l’apôtre découlaient de
de ce monde. Un jour viendra où ceux qui ont eu part à l’opprobre de leur foi et de leur amour pour tous les saints lié à l’espérance qui leur
Christ sur la terre règneront avec Lui. était réservée dans les cieux.
À partir du verset 15, l’apôtre intercède pour les Éphésiens ; ils Aux Thessaloniciens, l’apôtre parle de leur œuvre de foi, de leur
n’avaient pas encore abandonné leur premier amour, et leur bon état travail d’amour et de leur patience d’espérance dans la première
permettait à l’apôtre de déployer devant eux toutes les richesses des épître ; et seulement de leur foi et de leur amour, dans la deuxième
bénédictions divines. Néanmoins des progrès illimités restaient encore épître.
à faire : même dans le ciel, nous étudierons la gloire. Les Éphésiens étant vus moralement déjà dans le ciel, l’espérance
Cette remarquable prière qui termine le chapitre 1 découle des ré- est liée ici à l’appel de Dieu (v. 18) de même que leur marche au début
vélations qui précèdent selon lesquelles les saints, bénis en Christ, sont du chapitre 4.
unis comme assemblés à Lui-même. Christ créateur de toutes choses, L’apôtre ne cessait de rendre grâces et priait sans cesse, comme il
comme Fils de Dieu, prend, comme homme, la première place dans cet exhortait les Thessaloniciens à le faire (1 Thess. 5:17).
univers qu’Il a créé. La puissance de Dieu qui opère à cet effet en Christ,
opère aussi dans les saints. Aussi, la prière est-elle naturellement adres- Il priait pour tous les saints, les exhortant en même temps à prier
sée à Dieu, le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, car Jésus y est vu pour lui (Éph. 6:18) comme aussi les uns pour les autres. C’est un aspect,
comme homme. C’est une prière de possession. La prière qui termine peut-être le plus important, du combat chrétien, comme Épaphras (Col.
le troisième chapitre est, au contraire, une prière de réalisation, plus 4:12).
subjective car touchant davantage l’état intérieur des saints ; on y On peut remarquer enfin que Dieu, le Dieu de notre Seigneur Jésus
trouve plus de communion que de conseils. Au reste, elle est adressée Christ est appelé ici le Père de gloire, car Il en est la source et l’auteur ;
au Père de notre Seigneur Jésus Christ car Jésus y est vu comme Fils. c’est le déploiement des perfections divines, liées à l’excellence de Son
Comme toujours, l’apôtre prend comme départ, ce qu’il y avait de être. Le chrétien peut se glorifier dans l’espérance de la gloire de Dieu
bon dans les saints auxquels il s’adressait : (Rom. 5:2) en la contemplant dès maintenant dans la face de Christ (2
Cor. 4:6).
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

2. quelle est la puissance qui opère envers nous, celle-là même qui a
opéré en Christ en résurrection.
Éph. 1:17, 18
Tout ceci est rapporté à Dieu : ce sont l’appel et l’héritage de Dieu
12.1.1971 (pas les nôtres), la puissance de Dieu aussi.

Le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, à qui l’apôtre adresse la L’épître aux Romains, traitant de la responsabilité de l’homme et
prière qui clôt le chapitre 1, est aussi appelé le Père de gloire. Le Dieu non des conseils de Dieu rapporte tout à Lui aussi : l’évangile, la colère,
créateur, est Dieu et Père de tous — tous les hommes dans la chair — Il la justice, la gloire. Au chapitre 8 de cette épître les saints sont vus ap-
est aussi Père de gloire, seul dispensateur de toute gloire, dans laquelle pelés, justifiés et glorifiés alors que dans les Éphésiens l’espérance de
Il veut introduire des hommes car : « Il nous appelle à son propre l’appel de Dieu est placée devant nous. Dieu, seul souverain, peut parler
royaume et à sa propre gloire » (1 Thess. 2:12). La puissance de cette de l’avenir avec la certitude du présent car tous les résultats sont entre
gloire céleste est notre part présente par la foi. Dès lors « comment ses mains, ceci n’exclut évidemment pas la responsabilité des hommes,
pouvez-vous croire, vous qui recevez de la gloire l’un de l’autre et qui et des saints en particulier, et le fruit de nos actes qui portent des con-
ne cherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul ? » (Jean 5:44). La gloire séquences éternelles.
du croyant est d’honorer Dieu dans la première création, en gardant la [v.17-18] L’appel et l’héritage nous introduisent dans deux sphères
place qu’Il a assignée à chacun. différentes de bénédictions pour les saints :
L’apôtre demande d’abord dans sa prière que les saints possèdent 1. l’appel est lié aux bénédictions spirituelles dans les lieux célestes dé-
l’intelligence des choses qui leur sont données : l’effort humain et les veloppées aux versets 3-5 en rapport avec le Saint Esprit comme
capacités naturelles ne le permettent pas. Il faut la piété par la grâce sceau, et Dieu agissant en grâce,
de Dieu et l’action de l’Esprit Saint qui éclaire l’intelligence. Dans la
2. l’héritage est lié à l’univers où Christ fera valoir ses droits, Dieu agis-
prière du chapitre 3 le Saint Esprit fortifie l’homme intérieur.
sant en gloire et le Saint Esprit étant les arrhes pour nous.
Le cœur est présenté ici comme le chemin de la connaissance : les
Il convient de remarquer cette expression : « les richesses de la
yeux de notre cœur (ou de notre entendement) sont éclairés. Cette lu-
gloire de son héritage dans les saints ». Les saints eux-mêmes ne sont
mière est en sagesse et révélation dans la connaissance de Dieu, alors
pas l’héritage, et l’héritage n’est pas celui des saints : c’est l’héritage de
qu’au v. 8 les richesses de la grâce de Dieu envers nous étaient en toute
Dieu lui-même qui en prend possession dans les saints qui sont faits
sagesse et intelligence. Lorsque la Parole nous parle de notre état pra-
héritiers, cohéritiers de Christ.
tique, la conscience est présentée comme le seul moyen de faire entrer
la lumière dans l’âme. L’image du peuple d’Israël est instructive à cet égard. La terre
d’Emmanuel était à l’Éternel : « le pays est à moi ; car vous, vous êtes
La prière elle-même se divise ensuite en deux parties, l’apôtre de-
chez moi comme des étrangers et comme des hôtes ». Mais Dieu intro-
mandant que les Éphésiens comprennent avec tous les saints :
duit son peuple terrestre sur la montagne de son héritage (Ex. 15:17),
1. quels sont l’appel et l’héritage de Dieu (v. 18). et Il lui a plu d’hériter du pays dans son peuple Israël (Éz. 20).
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

Il en est de même pour les rachetés célestes, l’Église : l’univers en- Christ est Fils de Dieu et Fils de l’Homme. Comme Fils de Dieu il est
tier, rempli de la gloire de Dieu, lui appartient, comme à Christ. Il l’hérite créateur de toutes choses et comme Fils de l’Homme il hérite de l’uni-
dans Ses saints qui en jouissent avec Christ. vers (Il est premier-né de toute la création). Comme Fils de Dieu il vivifie
qui Il veut, et comme Fils de l’Homme il a autorité de juger (Jean 5).
Déterminé Fils de Dieu en puissance par la résurrection des morts (Rom.
Éph. 1:19, 20 1), Il avait, comme tel, le pouvoir de reprendre Sa vie (Jean 10 :18).
Comme Fils de L’Homme il est ressuscité par Dieu, par la gloire du Père
19.1.1971
(Rom.6:4). Nous savons aussi que la Parole nous enseigne qu’Il a été
[v.19-20] Nous avons dans ces deux versets la seconde partie de la vivifié en Esprit, les trois Personnes divines étant ainsi engagées dans
prière l’apôtre pour les Éphésiens : qu’ils sachent quelle est l’excellente cette œuvre de la rédemption et de la résurrection de Christ.
grandeur de la puissance de Dieu envers les croyants, puissance qui a
Il en est de même de plusieurs faits du christianisme :
opéré en Christ, en le ressuscitant d’entre les morts.
• La venue de Jésus dans ce monde. Dieu l’a envoyé. Il est venu conçu
Une nouvelle question est ainsi touchée maintenant, celle de la
de l’Esprit et appelé Fils de Dieu (offrande de gâteau pétrie à l’huile
mort :
et ointe d’huile).
• le roi des terreurs (Job 18:14),
• Au baptême de Jean, le ciel s’ouvre, l’Esprit Saint descend sur Jésus,
• les gages du péché (Rom. 6:23),
et la voix du Père désigne son Fils bien-aimé.
• ce qui, selon le gouvernement de Dieu, est réservé aux hommes
(Héb. 9:27). • Pendant son ministère Jésus accomplissait les œuvres de son Père,
le monde a rejeté les œuvres de Jésus (Jean 9) et Il chassait les dé-
Christ, comme homme, est venu sur la terre et a passé partout où
mons par l’Esprit de Dieu.
les conséquences du péché avaient produit leurs effets. Il a été crucifié
en infirmité, étant entré dans la mort dans un abaissement volontaire • À la croix, Dieu a livré son propre Fils, le Seigneur s’est donné lui-
(Phil. 2), mais, en résurrection, Il prend cette position glorieuse de pre- même, et Il s’est offert par l’Esprit éternel à Dieu (Héb. 9 :14).
mier-né d’entre les morts (Col. 1), où toute trace d’infirmité ayant dis- • La Déité est engagée dans le salut des pécheurs (Luc 15), les trois
paru, la puissance de Dieu triomphe à jamais. La puissance de Dieu qui Personnes divines étant activées maintenant pour garder le
a ressuscité Jésus et l’a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes, croyant : la grâce du Seigneur, l’amour de Dieu et la communion du
est aussi celle qui nous vivifie, nous ressuscite et nous fait asseoir en- Saint Esprit (2 Cor. 13 :13).
semble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus (c’est l’enseigne-
Dans la première partie du chapitre, la grâce souveraine de Dieu
ment du chapitre 2). La présence du Saint Esprit en nous est le gage
introduit les croyants dans la position de Christ devant Dieu, et expose
aussi que cette puissance vivifiera nos corps mortels (Rom. 8:11).
les bénédictions qui en découlent.
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

Maintenant l’œuvre qui a été opérée en Christ à la croix, la puis- comme son corps. C’est là le mystère du conseil de Dieu relativement
sance qui L’a élevé du tombeau à la droite du Père sont l’expression de à l’Église. Ces vérités sont développées jusqu’au verset 10 du chapitre
la puissance qui arrache des pécheurs à leur état de mort et les intro- 2. Christ ayant accompli la rédemption, a été exalté à la droite de Dieu
duit dans la gloire avec Christ. Toute la position de l’Assemblée en dé- comme homme glorifié ; Il prend la place dans laquelle Il est Chef de
coule. L’Esprit Saint est présenté ici, de plus, comme se manifestant de l’Assemblée, Tête du corps. Christ, vainqueur, peut seul s’asseoir avec
deux manières dans l’Église : c’est un Esprit de sagesse et un Esprit de son Père sur Son Trône (Apoc. 3:21), mais Il ne sera pas seul dans la
puissance. Du reste Christ lui-même est « la puissance de Dieu et la gloire, l’Assemblée étant unie à Lui — spirituellement dès maintenant
sagesse de Dieu » (1 Cor. 1:24). Ces deux bases de tout ministère chré- — comme Sa plénitude c’est-à-dire son complément.
tien sont présentées en Luc 24 comme normalement liées à l’élévation
[v.20b-23] La parenthèse des versets 21 à 23 relative à Christ, pré-
de Christ, quittant les siens de Béthanie et présenté comme homme sentée au verset 20, est remarquable.
glorifié devant son Père.
Dieu l’a fait asseoir à sa droite, dans les lieux célestes, au-dessus de
Nous pouvons comprendre par la sagesse et l’intelligence spiri- tout, lui assujettissant toutes choses. Toutes ces vérités sont présentées
tuelles notre position en Christ et la position de l’Église, mais cette con- ici dans leur caractère absolu.
naissance est liée à la puissance de résurrection qui nous place dans la
même position que Christ dans les cieux. L’expression du Ps. 110 : « L’Éternel a dit à mon Seigneur : Assieds-
toi à ma droite » est citée :
• dans les trois évangiles synoptiques (Matt. 22, Marc 12 et Luc 20) en
Éph. 1:20, 21
rapport avec la question du Seigneur restée sans réponse, sur Lui-
26.1.1971 même
• en Actes 2, dans le deuxième discours de Pierre, Christ, homme
La seconde partie de la prière de l’apôtre, à partir du verset 19,
exalté, ayant reçu l’Esprit Saint promis.
nous introduit dans le sujet qui forme l’objet essentiel de l’épître et lui
en donne son caractère. La grâce et la puissance de Dieu se déploient • en Hébreux 1:13 pour montrer la supériorité de Christ aux anges,
pour accomplir ses conseils, tels qu’ils ont été développés au début du bien que fait de peu inférieur à eux, à cause de la passion de la mort.
chapitre 1 en rapport avec les relations des saints individuellement avec • Christ prend cette place à la droite de Dieu
Dieu. Christ est présenté au verset 20 comme dans la mort, c’est-à-dire
là où nous étions à cause du péché ; mais Dieu par sa puissance, le res- o en Hébreux 10:13, comme ayant achevé l’œuvre de la rédemp-
suscite et le fait asseoir à sa droite, en l’élevant au-dessus de tous les tion,
cieux. o en Hébreux 1:3 : ayant fait la purification des péchés,
Nous, nous étions morts dans nos fautes et nos péchés : Dieu nous o en Hébreux 8 : apôtre, mais aussi souverain sacrificateur.
a vivifiés ensemble avec le Christ, les saints ressuscités étant unis à Lui
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

• en Marc 16 : Serviteur parfait se reposant de son service, bien que Christ ressuscité d’entre les morts, reçoit comme homme une
coopérant avec les siens sur la terre. place au-dessus de tout, Dieu l’établissant chef sur toutes choses, et
unissant l’Assemblée à Lui comme Son corps. L’Assemblée, corps de
• dans les trois évangiles, le Seigneur est enfin vu assis à la droite de
Christ, est Sa plénitude, le corps formant le complément de la Tête.
Dieu, en rapport avec le jugement du monde, « dorénavant vous
Christ, Dieu et homme, remplit toutes choses (mais la Tête n’est pas
verrez le fils de l’homme assis à la droite de la puissance, et venant
sans le corps qui complète la Tête), dans Sa gloire qui remplira l’univers.
sur les nuées du ciel » (Matt. 26:64 ; Marc 14:62 ; Luc 22:69).
Christ donc remplit tout en tous, et l’Assemblée est Sa plénitude.
Christ est aussi au-dessus de toutes principautés, autorités, puis-
Voilà le mystère de l’Église, le premier dans les conseils de Dieu,
sances, dominations, toutes choses étant assujetties sous ses pieds.
caché dès les siècles et les générations, mais révélé par le ministère de
C’est devant ces autorités et principautés que l’Assemblée est le vase
Paul pour compléter la Parole de Dieu (Col. 1:25, 26), mystère fondé sur
par lequel, Dieu donne à connaître dans les lieux célestes, sa sagesse si
l’œuvre expiatoire et la mort de Christ.
diverse (Éph. 3:10). Parmi toutes ces autorités, les mauvaises ont été
produites en public à la croix (Col. 2), le combat chrétien se livre contre La puissance de Dieu opère maintenant sur la terre par l’action de
elles (Éph. 6), avant qu’elles ne soient détruites par Christ lui-même, l’Esprit Saint depuis le jour de la Pentecôte et jusqu’au retour du Sei-
quand le royaume millénaire sera remis à Dieu (1 Cor. 15). gneur pour former ce corps et le donner à Christ.

Cette domination universelle de Christ s’accomplit aussi bien dans De précieux types dans l’Ancien Testament et dans la Genèse déjà,
ce siècle (le temps présent) que dans le siècle à venir (le millénium). dirigent nos cœurs vers ces vérités :
Moralement, et aux yeux de Dieu, ces choses sont déjà accomplies : • Adam était chef de la première création. Dieu lui donne Ève, sa
« nous ne voyons pas encore… mais nous voyons Jésus… couronné de femme, formée de lui-même dans son sommeil, figure de la mort,
gloire et d’honneur » (Héb. 2).
• Abraham, vase de toutes les promesses reçoit Isaac, l’héritier cé-
Il y a donc ici plus qu’une révélation prophétique ; ce qu’est le ciel leste, comme ressuscité d’entre les morts, après l’avoir offert,
nous est maintenant révélé.
• Sara, instrument naturel de la promesse, ayant quitté la scène, le ser-
L’Église se réjouit en contemplant son Seigneur, s’oubliant elle-
viteur fidèle Eliezer — figure du Saint Esprit — cherche une épouse
même, tout en pensant que toute trace du monde sur elle ne peut être
pour Isaac qui demeure dans le pays promis.
qu’une tache.
Christ, par Sa mort, est le Sauveur de nos âmes, de notre course et
de notre corps, assurance de tous ceux qui croient en Lui. Mais Sa mort
Éph. 1:22, 23 nous arrache au monde pour nous constituer en un seul corps dans la
puissance de l’Esprit, qui produit aussi dans le cœur de l’Église, des sen-
2.2.1971 timents correspondants à Sa relation avec Christ.
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

Les saints constituant l’Église sont pardonnés de leurs fautes, ra- • dans la prédication de l’évangile où le salut des âmes ne doit pas faire
chetés et réconciliés par la mort de Christ (c’est la deuxième réconcilia- perdre de vue l’activité de l’Esprit pour former l’Assemblée,
tion de Col. 1:20-22). L’héritage dont le Seigneur prendra possession un
• dans le maintien des vérités confiées à l’Assemblée dans les derniers
jour avec Son Église, est encore actuellement en plein désordre, la ré-
jours, le terrain est celui de Philadelphie qui garde toute la Parole
conciliation de toutes choses dans les cieux et sur la terre n’étant pas
de la patience du Seigneur,
encore accomplie (c’est la première réconciliation de Col. 1). La paix est
faite par le sang de la croix, mais la promesse de Dieu n’est pas encore • dans la réalisation du culte, il nous convient de rappeler notre état
intervenue pour placer tout en relation avec Lui et sous l’assujettisse- (l’épître aux Éphésiens nous voit dans l’état le plus affreux, morts
ment de Christ. dans nos fautes et nos péchés), mais l’objet de la louange adressée
au Père, c’est Christ lui-même qui remplit le cœur de Son Église.
Les cieux sont actuellement souillés par la puissance de Satan et
des anges déchus, « les cieux ne sont pas purs à ses yeux » (Job 15:15).
Ils en seront purifiés à la suite du combat d’Apocalypse 12, à l’issue du- Éphésiens 2
quel Satan et ses anges sont précipités sur la terre, et qui marquera le
Éph. 2:1, 2
début de la dernière demi-semaine de la tribulation finale, et l’introduc-
tion du royaume céleste. Alors les choses célestes elles-mêmes seront 9.2.1971
purifiées (Héb. 9:23).
Ayant rappelé précédemment que les cieux et la terre, les deux
La terre est pleine de corruption et de violence, le royaume de Sa-
sphères dans lesquelles Christ prendra possession de son héritage, se-
tan ; elle sera elle aussi purifiée, lorsque Satan sera lié dans l’abîme, et
ront un jour purifiés, toutes choses y étant mises en ordre ; nous avons
que les jugements introduiront le règne millénaire de Christ.
ouvert une importante parenthèse sur la position de l’Église sur la
Alors Christ sera tout et en tous. C’est comme homme qu’Il est pré- terre aujourd’hui.
senté ici prenant cette place. « Celui qui est descendu est le même que
Il existe maintenant, au sein même de la première création en dé-
celui qui aussi monté au-dessus de tous les cieux, afin qu’il remplît
sordre, une sphère dans laquelle l’ordre de Dieu doit régner et les
toutes choses » (Éph. 4:10).
droits du Seigneur doivent être reconnus : c’est l’Assemblée de Dieu
L’expression est donnée aussi en Colossiens 3 où le chrétien est ap- sur la terre.
pelé à revêtir le caractère de Christ qui est pour l’objet de son cœur et La mission et le devoir de tous les vrais croyants, membres du corps de
de ses affections, et il est la puissance de vie. On note la différence avec Christ, sont de maintenir cet ordre divin dans les cœurs et les pensées,
l’état éternel où Dieu habite parmi les hommes : tout est en tous (1 Cor. et de manifester maintenant dans le monde que l’Église, habitation de
15). Dieu par l’Esprit Saint sur la terre, est céleste dans son appel et ses
La portée morale de ces vérités est immense pour nous : destinées.

Deux choses ont marqué le témoignage du Seigneur au début :


Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

1. La pensée de Christ : « nous, nous avons la pensée de Christ » dit et Gentils. Aux Romains, la justification par le sang est présentée en
l’apôtre aux Corinthiens (1 Cor. 2:16) ; elle est liée à la piété vraie et rapport avec la conviction de péché, de ceux qui sont pécheurs par na-
l’Esprit Saint nous en donne l’intelligence. ture et vivants dans le péché, tous Juifs et Gentils étant enfermés dans
la même désobéissance, car il n’y a pas de différence. L’épître aux Co-
2. La puissance du Saint Esprit. Au cours des siècles, l’Église a aban-
lossiens, en dépit des apparences extérieures, présente les deux côtés
donné son premier amour, et plus encore, Satan lui-même s’est in-
de la vérité.
troduit dans son sein. La piété remplacée par la forme a perdu sa
puissance, et, ainsi que l’a remarqué un devancier : En rapport avec les nations, l’apôtre parle de l’état universel du
⎯ La conscience fait place à l’intelligence monde, ce système asservi à son prince. L’influence puissante de Satan
⎯ La vérité est remplacée par le jugement des individus pénètre partout, comme l’air qui est son siège. Nous en avons mainte-
⎯ et Christ est remplacé par l’homme. nant de solennels exemples : les tendances à la révolte et au mépris des
autorités établies par Dieu, se font jour simultanément aux quatre coins
Néanmoins, dans la pensée de Christ, qui s’occupe de Son Assem- de la terre.
blée pour la sanctifier, rien n’est changé, et si l’Église a failli quant à sa
responsabilité, Lui demeure le fidèle témoin, et il reprendra, dans Sa Le chrétien est exhorté à se soumettre aux autorités (Rom. 13) et à
ne pas porter de jugement sur les puissances de méchanceté (ou leur
personne, ce que l’Assemblée a cessé d’être.
prince — Jude) contre lesquelles se livre le combat dans les lieux cé-
Un chemin subsiste cependant toujours pour la foi : l’obéissance lestes (Éph. 6).
dans le cœur et le renoncement conduisent au progrès dans la connais-
Cette marche dans les convoitises, en étant jouets de Satan, con-
sance de Christ, dans la puissance, et dans les bénédictions que nous
vaut Son œuvre. séquence de l’état de mort, était l’état antérieur de ceux que Dieu
avait vivifiés. « Vous avez marché autrefois ». La même pensée se
Chapitre 2 : trouve en Tite 3:3 : « Nous étions, nous aussi, autrefois, insensés, dé-
[v.1-7] Nous y avons l’opération de la puissance de Dieu sur la terre sobéissants, égarés, asservis ». Mais le croyant est maintenant délivré
pour prendre des morts, les vivifier et les amener à la jouissance de de cet esclavage, le Seigneur ayant triomphé de tous les ennemis à la
leurs privilèges célestes en formant ainsi l’Assemblée. croix. Nous aussi, nous pouvons avoir la victoire, car « c’est ici la victoire
qui a vaincu le monde, savoir notre foi » (1 Jean 5:4).
Les deux premiers versets parlent de ceux qui étaient sortis
d’entre les nations, les païens arrachés à l’idolâtrie, à la puissance de
Satan et au gouvernement des démons. Éph. 2:2, 3
Au verset 3, il parle des Juifs : « Nous aussi, nous avons tous ».
16.2.1971
En rapport avec le déploiement des conseils de Dieu en grâce,
l’apôtre présente ici l’état d’éloignement de Dieu, et de mort morale, Le chapitre 2 se divise en trois parties :
spirituelle et judiciaire, partage de tous les hommes par nature, Juifs
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

1. Les versets 1-7 présentent le sujet de la mort et de la vie en rapport [v.2-4] La parenthèse des versets 2 à 4 définit à la fois l’état des
avec l’état de ceux que Dieu a pris pour en faire le corps de Christ, et nations (« et vous, lorsque vous étiez morts ») et des Juifs (« nous aussi,
les vases des privilèges développés dans le chapitre 1. nous avons tous conversé autrefois »). Les détails du tableau de
l’homme de Romains 3 ne sont pas reportés ici, car l’apôtre n’a pas en
2. Les versets 8-10 traitent le sujet des bonnes œuvres.
vue d’établir la culpabilité de l’homme et la justification par la foi,
3. Les versets 11-22 traitent le sujet de l’éloignement et de la proximité choses infiniment importantes à leur place, mais de présenter ici l’état
de Dieu. d’éloignement de Dieu où se trouvait l’homme, gisant dans les té-
L’homme est vu comme mort dans ses fautes et dans ses péchés, nèbres.
c’est-à-dire sans aucun mouvement de vie spirituelle vers Dieu. L’état Mais quel solennel avertissement néanmoins quant à notre état
de l’homme est d’être, par nature, enfant de colère. Il ne s’agit pas d’un naturel, donc aux dangers qui guettent les croyants s’ils ne sont pas vi-
jugement prononcé par Dieu, sur le péché, les péchés ou les transgres- gilants : la désobéissance, les convoitises et les volontés de la chair et
sions de l’homme, mais de l’état naturel dans lequel il se trouve, qui des pensées. À tous égards, nous ne sommes pas meilleurs que les
appelle nécessairement la colère de Dieu sur tous, Juifs et Gentils. autres, mais beaucoup plutôt responsables de marcher d’une manière
Le croyant, enseigné de Dieu, souscrit intérieurement à ces décla- digne de notre appel, nous gardant du monde qui gît dans le méchant,
rations touchant à son état par nature. La profondeur des exercices qui et du mal dont il est rempli.
se rattachent à ces vérités, marque l’authenticité de la conversion, la La puissance de Dieu a agi envers nous pour nous vivifier avec le
valeur de la piété vraie, et le niveau de la louange qui s’élève vers Dieu, Christ. Cette puissance agit maintenant en nous pour nous donner
qui nous a arrachés à notre état. Mais si l’homme montre ce qu’il est conscience de notre état, de l’étendue de la grâce de Dieu, des dimen-
par nature, Dieu, qui est riche en miséricorde, montre aussi ce qu’est Sa sions de Ses conseils, de l’amour de Christ, et pour nous fortifier par
propre nature, lumière et amour, en venant en grâce, délivrer par Sa Son Esprit quant à l’homme intérieur (Éph. 3).
puissance ceux qui étaient dignes de Sa colère.
Cette même puissance enfin nous garde ici-bas. « Vous, qui êtes
Deux motifs sont donnés pour cette œuvre de Dieu envers nous. gardés par la puissance de Dieu par la foi » (1 Pierre 1:5), Dieu est « ce-
1. Au verset 4 : « Dieu… à cause de son grand amour dont il nous a lui qui a le pouvoir de nous garder sans que nous bronchions » (Jude
aimés ». En Romains 5:8, « Dieu constate son amour à lui envers 24).
nous, en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est
mort pour nous ».
Éph. 2:4-6
2. Au verset 7 : « Afin qu’il montrât dans les siècles à venir les im-
menses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans le 23.2.1971
Christ Jésus ».
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

En regard de notre état, morts dans nos fautes et par nature en- Dans l’épître aux Éphésiens, la grâce de Dieu nous a trouvés morts
fants de colère, l’apôtre présente le grand amour de Dieu, les richesses dans nos péchés, nous en fait sortir avec Christ, en résurrection, pour
de sa miséricorde et les immenses richesses de sa grâce. nous placer dans la faveur de Dieu, comme une nouvelle création. Nous
ne sommes pas envisagés comme ressuscités par Christ, mais avec Lui ;
Dieu a trouvé en Lui-même les motifs pour nous aimer, et le pre-
nous sommes ressuscités et glorifiés. Aussi est-il dit ensuite que nous
mier mouvement est venu de Lui, car jamais l’homme ne peut faire le
sommes ressuscités ensemble : il s’agit d’une résurrection spirituelle
premier pas : « À cause de son grand amour ».
(non pas celle de notre corps), la vie prenant maintenant pour le croyant
La miséricorde, est une manifestation à l’individu de l’amour de le caractère d’une résurrection en dehors d’un état de mort dans les
Dieu, en rapport avec la grandeur de la misère dans laquelle l’homme péchés.
se trouve ; la grâce présente plutôt la richesse de ce qui est en Dieu
De plus, la position de tous les croyants, Juifs et Gentils, est d’être
pour faire face à cette misère de l’homme.
maintenant assis ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus,
[v.5-6] Dieu nous a vivifiés, vivifiés ensemble et vivifiés ensemble nouvelle condition qui est celle de Christ lui-même, position bien assu-
avec le Christ. La puissance de Dieu opérant par l’Esprit, en Christ, pour rée dont nous pouvons jouir par la foi, en attendant notre présence ré-
le ressusciter d’entre les morts, opère maintenant pour notre vivifica- elle avec le Seigneur à Sa venue.
tion. C’est la vivification de l’âme et la communication de la vie éter-
On peut encore remarquer la différence avec l’enseignement de
nelle. Dieu nous a vivifiés ensemble, c’est-à-dire Juifs et Gentils, sans
l’épître aux Colossiens où il est parlé des saints pris d’entre les Gentils,
les distinctions que la mort a abolies. Il n’y avait pas de différence quant
ressuscités avec Christ (pas en Lui), pour ce monde dans le baptême,
à la culpabilité (Rom. 3:22), il n’y a pas de différence de Juif et de Grec,
ayant une espérance réservée pour eux dans les cieux, là où Christ et
car le même Seigneur de tous est riche envers tous ceux qui l’invoquent
leur vie sont cachés en Dieu (Col. 3:1).
(Rom. 10:12), et Dieu a renfermé tous, Juifs et nations, dans la désobéis-
sance, afin de faire miséricorde à tous (Rom. 11:32). Dans l’épître aux Éphésiens les saints sont donc vus déjà dans les
lieux célestes, là où est Christ et où ils sont bénis de toute bénédiction
Nous sommes enfin vivifiés ensemble avec le Christ : en étant vivi-
spirituelle, le lieu aussi où se situe le combat (Éph. 6).
fiés, nous sommes associés à Christ. Il sort de la mort, nous en sortons
avec Lui. L’épître aux Hébreux, celle des cieux ouverts nous montre Christ
entrant et siégeant dans les lieux célestes pour nous, apôtre et souve-
Dans l’épître aux Romains nous trouvons la justification et la vie
rain sacrificateur ayant offert un seul sacrifice pour les péchés ; avec
communiquée (la justification de vie de Rom. 5:18), mais non pas la vi-
son propre sang, Il est entré une fois pour toutes dans les lieux saints.
vification avec Christ. Celle-ci se trouve dans l’épître aux Colossiens
2:13, l’état de mort dans nos fautes étant alors lié à l’incirconcision de Rien ne souligne mieux la valeur du sang de Christ, que la déclara-
la chair (c’est-à-dire morts à l’égard de Dieu), et la vivification ensemble tion des conséquences de Son œuvre parfaite : l’abandon de Dieu, l’en-
avec Christ liée au pardon des fautes et à la délivrance du vieil homme trée dans la mort, le sang versé, la résurrection, l’ascension dans la
et des obligations. gloire ; Dieu est à tous égards pleinement satisfait et glorifié, et la
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

louange de la gloire de Sa grâce est de recevoir tous ceux qui ont la foi avant qu’existât la scène dans laquelle nous sommes maintenant intro-
en Son Fils, sur le terrain le plus élevé que nous présente l’épître aux duits.
Éphésiens : Christ est notre justice (1 Cor. 1:30) et nous sommes justice Le croyant n’est donc pas laissé ici-bas pour s’y promener ou s’y
de Dieu en Lui (2 Cor. 5:21). distraire, mais pour manifester Dieu en marchant dans les bonnes
œuvres qu’Il a préparées pour lui.
Éph. 2:6-10 Il n’appartient pas au serviteur de choisir ses œuvres ; le maître les
place devant lui.
2.3.1971
Pour les discerner,
[v.6-10] Il est dit à deux reprises (versets 5 et 8) que nous sommes • il faut être rempli de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse
sauvés par la grâce. et intelligence spirituelle (Col. 1:9, 10). On peut alors porter du fruit
Le salut est présenté comme une chose passée et entière dans en toute bonne œuvre. C’est l’amour pour Christ qui nous rend intel-
cette épître, car le croyant est déjà vu dans le ciel, et la venue du Sei- ligent à cet égard.
gneur n’y est pas présentée. Dans d’autres épîtres — Romains, Philip- • Il faut aussi se purifier des vases à déshonneur, pour être soi-même
piens, Hébreux, en particulier — le salut est présenté comme au bout un vase à honneur, sanctifié, utile au maître, préparé pour toute
de la course chrétienne ; le salut du corps étant alors lié au retour du bonne œuvre (2 Tim. 2:21).
Seigneur, car le salut est non seulement celui de l’âme, mais il com- • Enfin, nous devons nous appliquer à être les premiers dans les
prend toute l’œuvre de Dieu pour arracher un homme à son état de bonnes œuvres (Tite 3:8).
péché, et l’introduire de fait dans la gloire. Pour être fidèle et heureux, le serviteur doit être gardé dans la dé-
Si le salut est par la grâce, il est aussi par la foi (opération inté- pendance de son maître : il vaut mieux faire peu avec Lui que beaucoup
rieure par laquelle l’âme reçoit ce que Dieu offre), les deux choses sans Lui.
étant un don de Dieu ; l’œuvre de Dieu se fait en nous, mais non par le Ces progrès nous sont proposés dans ce chemin afin que « ceux qui
principe de nos œuvres, afin que toute la gloire soit à Lui. « Nulle chair ont bien servi acquièrent un bon degré pour eux et une grande har-
ne se glorifie devant Dieu. Or vous êtes de lui dans le Christ Jésus » (1 diesse dans la foi qui est dans le Christ Jésus » (1 Tim. 3:13).
Cor. 1:29, 30). C’est nous qui sommes l’œuvre de la main de Dieu, « son
ouvrage », « en Christ », une nouvelle création où toutes choses sont
faites nouvelles. Éph. 2:11-13
Mais, de plus, Dieu nous a créés dans le Christ Jésus pour des 9.3.1971
œuvres qui sont selon le caractère même de cette nouvelle création.
Dans la pensée de Dieu tout était déterminé à l’avance à notre égard,
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

[v.11-13] Le chapitre 1 développe les conseils de Dieu, à l’égard des Messie. Toute relation de Dieu avec Israël a cessé à la destruction de
saints individuellement, en rapport avec Christ ressuscité et assis dans Jérusalem, et les croyants hébreux étaient exhortés à sortir vers Christ
les lieux célestes. hors du camp (Héb. 13). Sur le pied de la grâce pure — la grâce règne
par la justice (Rom. 5) — Dieu introduit dans l’Église ces croyants en
Le chapitre 2 présente l’œuvre de Dieu envers eux pour former
vertu de l’œuvre de Christ et de la valeur de son sang versé.
l’Assemblée.
Les Éphésiens, sortis d’une ville entièrement plongée dans l’idolâ-
Dans le premier paragraphe (versets 1-10) : ceux qui étaient morts
trie, n’avaient aucun des privilèges extérieurs du peuple juif : incircon-
(c’était notre position morale individuelle avant notre conversion) sont
cis, sans Christ, sans droit de cité en Israël, étrangers aux alliances,
vivifiés avec Christ et introduits dans une nouvelle création, assis dans
sans espérance, sans Dieu et éloignés de Lui ; telle était leur condition
les lieux célestes.
morale et spirituelle qui est aussi la nôtre : aucun droit, aucun titre ;
À partir du verset 11, le deuxième paragraphe présente maintenant mais ces Gentils avaient maintenant part, avec les Juifs, au privilège de
la manière dont les plans divins se réalisent sur la terre, en commençant la nouvelle création, car ils étaient approchés par le sang du Christ. Les
par montrer l’état religieux des nations d’où les croyants Gentils avaient deux, Juifs et Gentils, sont créés maintenant en un seul homme nou-
été tirés, en contraste avec la position religieuse des Juifs, le peuple ter- veau.
restre de Dieu.
Mais la paix aussi est faite, elle a été faite par Christ, par le sang
Après le déluge par lequel Dieu a jugé le monde d’alors rempli de de Sa croix (Col. 1:20). Tout est attribué à Christ, parce que tout est
corruption et de violence, l’homme est tombé dans l’idolâtrie, les dé- fondé sur la croix et sur son précieux sang, toujours placé sur le propi-
mons prenant la place de Dieu dans son cœur. tiatoire sous le regard de Dieu.
Dieu a alors élu Abraham, l’a appelé hors de son pays, et l’a mis à
part en lui donnant le signe de la circoncision — qui est pour nous la
Éph. 2:14-16
figure du dépouillement de la chair, liée à l’identification par la foi à
Christ dans sa mort (Rom. 4 et Col. 2). — En Genèse 17, la circoncision 16.3.1971
est liée aux alliances et aux promesses inconditionnelles, basées sur la
fidélité de Dieu. [v.14-17]

Dès lors, Dieu a eu un peuple sur la terre, extérieurement en rap- • Christ est notre paix (v. 14)
port avec Lui, bien que la majorité des Israélites soit demeurée in- • Il a fait la paix (v. 15), l’épître aux Colossiens nous dit qu’Il l’a faite
croyante. par le sang de sa croix.
Collectivement, le peuple est retourné à l’idolâtrie, en abandon- • Il a annoncé la bonne nouvelle de la paix aux Gentils et aux Juifs (v.
17)
nant Dieu ; le gouvernement du monde lui a été ôté et transféré aux
Dieu donnait la paix comme au reste des Juifs remontés de la trans-
Gentils ; puis les Juifs remontés dans la terre d’Israël ont mis à mort leur
portation par la parole d’Aggée 2:9 : « dans ce lieu, je donnerai la
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

paix ». Il pouvait aussi l’ôter (dans son gouvernement) : « il n’y avait pas de la bergerie juive étaient amenées, elles aussi, pour qu’il y ait un
point de paix pour ceux qui sortaient et qui entraient » (2 Chroniques seul troupeau, un seul berger (Jean 10:16).
15:5). En tout temps, « il n’y a pas de paix, dit l’Éternel, pour les mé- Dans les dispensations antérieures, le peuple d’Israël avait joué un
chants » (Ésaïe 48:22), mais elle est promise, avec la gloire et l’honneur, rôle considérable : « Un peuple merveilleux dès ce temps et au-delà »
à tout homme qui fait le bien (Romains 2:10). (Ésaïe 18:2), séparé de tous les autres peuples et dépositaire des
• La paix de la conscience est une conséquence de la justification par oracles de Dieu. Après l’enlèvement de l’Église il reprendra sa place au
la foi : « Ayant donc été justifiés sur le principe de la foi, nous avons centre du monde dans les voies et le gouvernement de Dieu. Mais main-
la paix avec Dieu par notre seigneur Jésus Christ » (Romains 5:1). tenant, les Gentils étant approchés par le sang du Christ, le mur mitoyen
de clôture (allusion au mur qui entourait le Temple et son parvis, dans
• La paix du cœur est donnée par le Seigneur aux siens : « Je vous laisse
lesquels aucun Gentil ne pouvait jamais pénétrer) était détruit morale-
la paix ; je vous donne ma paix » (Jean 14:27). Elle sera goûtée par
ment ; l’inimitié qui existait entre le Juif extérieurement près de Dieu et
le résidu fidèle d’Ésaïe 26 : « Tu garderas dans une paix parfaite l’es-
le Gentil idolâtre loin de Lui, était abolie par la croix de Christ, comme
prit qui s’appuie sur toi, car il se confie en toi » (v.3).
conséquence de Sa mort. En même temps, la loi des commandements
• Individuellement, nous goûtons la « paix de Dieu », par la prière (Phi- qui séparait les Juifs des Gentils est aussi abolie. Les ordonnances qui
lippiens 4:7) ; et si nous faisons les choses qui lui plaisent, « le Dieu s’y rattachaient avaient leur sphère d’action dans la chair ; au-delà de
de paix sera avec nous » (Philippiens 4:9). la mort de Christ, elles sont mises de côté et n’ont plus de prise sur le
• Collectivement, nous sommes exhortés à poursuivre la paix, avec la nouvel homme. Christ après avoir accompli la loi, s’est placé sous sa
sainteté (Hébreux 12) ; de même en Marc 9:51 : « Ayez du sel en malédiction pour nous en délivrer. Christ « ayant effacé l’obligation
vous-mêmes, et soyez en paix entre vous ». La paix est le lien pra- qui était contre nous, laquelle consistait en ordonnances et qui nous
tique par lequel l’unité de l’Esprit peut être maintenue entre les était contraire, et il l’a ôtée en la clouant à la croix » (Colossiens 2:14)
croyants (Éphésiens 4:3). et « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi » (Galates 3:13).
Il demeure toutefois que « la loi donc est sainte, et le commande-
ment est saint, et juste, et bon » (Romains 7:12). Ce que l’homme dans
En Éphésiens 2, la pensée est très élevée : Christ est notre paix. la chair ne pouvait accomplir, le nouvel homme peut en manifester
Elle est fondée sur une personne en dehors des croyants, Christ lui- maintenant les fruits dans la puissance de l’Esprit.
même ; elle est liée aux souffrances de Christ (« le châtiment de notre
Il fallait sous la loi, aimer Dieu et son prochain, comme soi-même,
paix a été sur Lui » : Ésaïe 53) et à la valeur du sang de Christ versé.
car l’amour est la somme de la loi. Maintenant nous aimons Dieu car
De plus, la paix est établie entre les croyants Gentils et les croyants Lui-même nous a aimés le premier et que Son amour est versé dans
Juifs, le Saint Esprit les unissant ensemble en un seul homme nouveau, nos cœurs, et nous devons laisser nos vies pour les frères.
dans la sphère d’une nouvelle création. Les autres brebis qui n’étaient
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

Éph. 2:18, 19 [ … il semble qu’il manque une des réunions ]

23.3.1971 Éphésiens 3
Éph. 3:1-6
Retour sur une pensée au sujet de la loi : elle était si parfaite que
personne n’a pu l’accomplir, sauf un seul, Christ. À la mort de Christ, elle 13.4.1971
est remontée jusqu’au trône de Dieu, qui l’avait donnée, et qui a été
honoré de la manière la plus élevée par la mort du Juste. L’apôtre venait de parler de l’Église, épouse et corps de Christ, de-
meure de Dieu par l’Esprit. Parlant aux croyants Gentils introduits dans
Nous sommes maintenant délivrés de la loi, mais « pécherions- l’unité du corps, il se présente comme le prisonnier du Christ Jésus pour
nous, parce que nous ne sommes pas sous la loi, mais sous la grâce ? » eux, car c’était à cause des nations et par la méchanceté des Juifs que
(Romains 6:15) — Qu’ainsi n’advienne ! Nous devons réaliser, comme l’apôtre était en prison à Rome. Le début du chapitre 3 se lie directe-
l’apôtre, que n’étant pas nous-mêmes sous la loi, nous sommes juste- ment au début du chapitre 4 : « Je vous exhorte donc, moi, le prisonnier
ment soumis à Christ (1 Corinthiens 9:21). dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de l’appel dont vous
Verset 17 : Christ lui-même est venu nous apporter la paix, aux avez été appelés », cette exhortation découlant des vérités présentées
Gentils et aux Juifs. Pierre dit à Corneille (en Actes 10) que Dieu avait à la fin du chapitre 2, que nous sommes l’habitation de Dieu par l’Es-
« annoncé la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ ». Ici, c’est prit.
Christ lui-même et non pas l’Esprit qui apporte la paix, une paix accom- Le chapitre 3 est une parenthèse qui développe la vérité que le
plie devant Dieu. Saint Esprit demeure dans l’Église, où il n’y a ni Juifs, ni Grecs, les pre-
[v.18-22] Verset 18 : Puis c’est par Christ que nous avons, les uns miers n’étant pas placés au-dessus des derniers.
et les autres, accès auprès du Père par un seul Esprit ; ce n’est pas au [v.1-8] Paul avait été choisi par Dieu pour révéler ces choses, selon
Jehovah de l’Ancien Testament, mais au Père : les rachetés de Christ qu’il le dit à Agrippa en Actes 26 : « désigné pour serviteur et témoin,
sont les enfants de Dieu et constituent la famille du Père. Toute la Déité et des choses que tu as vues et de celles pour la révélation desquelles
est présentée ici comme agissant pour nous bénir. Le Père agit par le je t’apparaîtrai ».
Fils, le Fils en nous par l’Esprit, l’Esprit d’adoption par lequel nous disons
« Abba, Père ! » (Romains 8:15). Puis, ayant l’Esprit, c’est par le Fils que L’Église n’avait pas été révélée dans l’Ancien Testament bien que
nous venons au Père et que nous nous adressons à Lui. les prophètes de l’Ancien Testament aient annoncé que la bénédiction
de Dieu s’étendrait un jour aux nations ; au reste ces prophètes, David
Dans le chapitre 1 l’Esprit Saint est le sceau de notre appel et les en particulier, ne pouvaient entrer dans la portée de ce qu’ils annon-
arrhes de notre héritage. çaient et n’administraient pas ces choses pour eux-mêmes, mais pour
Dans le chapitre 2 nous avons accès auprès du Père par le Saint Es- nous (1 Pierre 1:12).
prit et les croyants sont, pour le présent, une habitation de Dieu par lui.
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

Mais maintenant, à la suite de la mort et de la résurrection de Ce mystère lui-même est alors expliqué au verset 6 : « les nations
Christ et de Son élévation dans la gloire, le mystère de l’Église est plei- seraient cohéritières et d’un même corps et coparticipantes de sa pro-
nement révélé à ceux-mêmes qui en sont les objets. messe dans le Christ Jésus ».
Paul, vase d’élection, en a reçu la mission de la part de Dieu : il est
ainsi « serviteur de Christ et administrateur des mystères de Dieu » (1 Éph. 3:6-9
Corinthiens 4:1), « serviteur selon l’administration de Dieu…, pour
compléter la parole de Dieu » (Colossiens 1:25). 20.4.1971
Ce mystère de l’Église, est appelé ici le mystère de Christ (v. 4), et La période dans laquelle nous sommes est celle du déploiement de
le mystère caché dès les siècles en Dieu (v. 9), les croyants Juifs et Gen- la grâce absolue de Dieu s’exerçant envers tous, toute distinction entre
tils étant vus unis en Christ par le Saint Esprit devant Dieu. les créatures étant abolie ; même si l’évangile n’est pas reçu par tous, il
Au chapitre 5 l’union de Christ et de Son épouse est appelée un est annoncé à tous les hommes.
grand mystère. Maintenant les croyants des nations participent avec les croyants
Aux Colossiens, l’apôtre parle du « mystère parmi les nations, Juifs à la promesse dans le Christ Jésus : c’est l’envoi du Saint Esprit de
c’est-à-dire Christ en vous l’espérance de la gloire » (Colossiens 1:27), la promesse comme sceau (Éphésiens 1:13), appelé aussi la promesse
car ici Christ est en nous, croyants des nations, devant le monde, et l’Es- du Père (Actes 1:4), l’une des sept très grandes et très précieuses pro-
prit Saint n’est pas nommé. messes de 2 Pierre 1.

Enfin, dans Romains 16, l’apôtre enseigne la même vérité. L’Église Sur la base d’une rédemption accomplie, et par l’efficace du sang
avait toujours été dans les conseils et les pensées de Dieu, mais était de Christ, Dieu ouvre Son ciel à tous — on y entre par la foi — et peut
restée cachée jusqu’à la glorification de Christ. « La révélation du mys- bénir directement et en grâce ceux qui étaient entièrement perdus :
tère à l’égard duquel le silence a été gardé dès les temps éternels, mais c’est l’évangile duquel Paul était devenu serviteur (v. 7), évangile prêché
qui a été manifesté maintenant, et qui, par des écrits prophétiques, a dans toute la création qui est sous le ciel (Colossiens 1:23).
été donné à connaître à toutes les nations ». En même temps, l’apôtre avait été désigné par Dieu pour mettre
Ce mystère donc, a été donné à connaître à l’apôtre, par révélation en lumière devant tous, l’administration du mystère caché dès les
(v. 3), est aussi maintenant révélé aux saints apôtres et prophètes de siècles en Dieu (v. 9). C’était le ministère de l’apôtre quant à l’Église
Christ, par l’Esprit (v. 5). Les apôtres et prophètes constituant le fonde- (mentionné aussi en Colossiens 1:25-27). Ici l’apôtre s’appelle aussi le
ment sur lequel l’Église est bâtie et dont Christ est la pierre angulaire, serviteur de l’Assemblée, comme il s’était appelé, à deux reprises, ser-
sont les apôtres et prophètes du Nouveau Testament (les noms des 12 viteur de l’évangile.
apôtres de l’Agneau sont écrits sur les fondements de la muraille de la Il est merveilleux de voir comment Paul oubliant qu’il était docteur
cité céleste, Apocalypse 21:14). et apôtre et en fait « en rien moindre que les plus excellents apôtres,
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

quoique je ne sois rien » (2 Corinthiens 12:11), prend la place de service les siècles en Dieu : les conseils de Dieu en Christ et la position de
et d’humilité « moins que le moindre de tous les saints ». Les vérités l’Église.
qu’il annonçait avaient un effet moral sur lui, inclinant et formant son
âme ; en même temps le sentiment de la grâce ouvre le cœur et produit
le brisement d’esprit et l’humilité. Éph. 3:9-13

Saul, autrefois le plus aveuglé des hommes, est maintenant par la 27.4.1971
grâce, l’instrument et le témoin de cette grâce, pour annoncer aux Gen-
L’apôtre annonçait parmi les nations les richesses insondables du
tils les richesses insondables du Christ, c’est-à-dire les richesses dont
Christ.
on ne peut suivre la trace et dont on ne peut sonder la profondeur, tant
elles ont d’étendue : les gloires personnelles du Fils éternel du Père Il mettait aussi en lumière devant tous, l’administration du mystère
que les saints contempleront, les gloires conférées à Christ, Fils de caché dès les siècles en Dieu qui a créé toutes choses.
l’Homme, que Christ donne aux saints. Tout ce que Christ est : amour Il s’agissait à la fois de la révélation du mystère du conseil de Dieu
et grâce, lumière et vérité, sagesse et puissance, est maintenant donné touchant l’Église, mais aussi de l’administration de ce mystère, c’est-à-
à connaître en Christ homme, par qui Dieu déploie la puissance de Sa dire de son accomplissement dans le temps.
grâce pour la manifestation de Sa gloire.
Dieu qui avait créé toutes choses pour manifester sa gloire, avait
Il est clair que si nous avons contemplé les richesses insondables gardé le secret de Christ et de l’Église par devers Lui (le mystère était
de Christ et saisi par la foi — même imparfaitement — notre part en caché en Lui). L’administration du mystère, révélé maintenant par la
Lui, les richesses, honneurs et grandeurs du monde ne seront que des formation de l’Assemblée sur la terre — constituée de tous les vrais
ordures pour nous ; nous pourrons aussi traverser paisiblement les cir- chrétiens de la période de la grâce — était un moyen choisi par Dieu
constances éprouvantes de la vie. pour faire connaître aux créatures les plus élevées (les principautés et
Les expressions riches et richesses sont caractéristiques de l’épître les autorités dans les lieux célestes) Sa sagesse si diverse.
aux Éphésiens Dieu est seul sage (Romains 16). La profondeur de Sa sagesse est
• Richesses de la grâce (1:7) manifestée par ses jugements insondables et ses voies introuvables
• Richesses de la gloire de son héritage dans les saints (1:18) (Romains 11:33, 34). Cette sagesse avait été manifestée brillamment à
• Dieu est riche en miséricorde (2:4) la création des mondes quand les fils de Dieu éclataient de joie (Job
• Les immenses richesses de sa grâce (2:7) 38:7), cette création étant encore maintenant un témoignage à la puis-
• Richesses insondables du Christ (3:8) sance éternelle et à la divinité de Dieu (Romains 1:20), malgré la souil-
• Richesses de sa gloire (3:16). lure et la servitude de la corruption liées au péché (Romains 8).

[v.9-13] Ensuite, la deuxième fonction apostolique est développée Les créatures célestes, archange, myriades d’anges, chérubins et
au verset 9 : éclairer tous les hommes à l’égard du mystère caché dès séraphins proclament la justice et la sainteté de Dieu, témoins du
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

gouvernement de Dieu sur la terre, de ses voies providentielles, de ses La première est adressée au Dieu de notre Seigneur Jésus Christ.
jugements, et enfin de Sa venue en grâce dans la personne de Christ Jésus y est présenté comme homme entrant en relation avec Dieu et
sur la terre. objet de Ses pensées et de Ses affections. C’est une prière de posses-
sion, de caractère objectif, pour que les croyants connaissent l’appel et
Mais maintenant, d’une manière unique, Dieu manifeste une sa-
l’héritage de Dieu et Sa puissance qui s’exerçait envers les croyants.
gesse d’une nature nouvelle, dont Christ est le centre et la plénitude au
milieu de la nouvelle création. Les saints sont vus comme devant Dieu en Christ, et l’Esprit Saint
éclaire leur intelligence.
L’Église, élue avant le temps et avant que le monde fût, traversant
le monde sans en être, est le vase de la manifestation de la sagesse de La seconde prière est adressée au Père de notre Seigneur Jésus
Dieu : c’est dans les lieux célestes qu’elle rend témoignage (3:10), là où Christ. Jésus y est présenté comme Fils du Père en rapport avec la rela-
se livre le combat (ch. 6), où sont ses bénédictions (1:3), où elle est tion intime du Fils avec le Père ; cette relation d’enfants est celle dans
assise (2:6), comme Christ lui-même (1:20). laquelle nous sommes introduits.
En même temps, le lieu du témoignage actuel de l’Église est la C’est une prière de réalisation, de caractère subjectif, dans laquelle
terre aussi, l’habitation de Dieu étant dans l’Église par l’Esprit. se déploie plus de communion que de conseil.
Puis, en vertu du propos éternel de Dieu dans le Christ Jésus, nous La puissance de Dieu opère en nous, et non plus envers nous. Ici
nous approchons de Dieu, ayant hardiesse et accès en confiance par la Christ est vu dans les saints et l’Esprit Saint fortifie leur homme inté-
foi. rieur. Les versets 16 et 17 considèrent les saints individuellement, les
versets 18 et suivants collectivement.
Les Éphésiens, croyants Gentils, ne devaient pas être découragés à
cause des afflictions de l’apôtre qui leur avait annoncé ce mystère. Ses La prière du chapitre 3 commence par la déclaration que du Père
souffrances étaient une gloire pour eux, car elles rendaient témoignage est nommée toute famille dans les cieux et sur la terre. Toute créature
à la position glorieuse que Dieu leur avait accordée, et qui avait suscité céleste ou terrestre est donc dans un état de subordination vis-à-vis de
la jalousie et la haine des Juifs. Lui.
Les Juifs avaient été réunis autrefois sous le nom de l’Éternel, ou
de Jéhovah, selon la déclaration d’Amos 3:2 : « Je vous ai connus, vous
Éph. 3:14-17
seuls, de toutes les familles de la terre ». Mais sous le nom du Père, Il
4.5.1971 réunit toutes les nations (l’Assemblée, les Juifs et les Grecs) et toutes
les armées des cieux.
[v.14-21] Paul, pensant à ses chers Éphésiens qui auraient pu
perdre courage à cause de ses liens et de ses souffrances, les présente L’apôtre parle alors des richesses de la gloire de Dieu — au chapitre
à nouveau à Dieu, dans cette remarquable prière qui termine le chapitre 1 il avait parlé des richesses de Sa grâce — comme mesure de ce qu’Il
3, et qui complète celle qui terminait le chapitre 1. désire nous donner = que nous soyons fortifiés en puissance par son
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

Esprit, quant à l’homme intérieur. C’est une expression remarquable- 2. qu’ils soient enracinés et fondés dans l’amour.
ment forte. À cette puissance se lie la force pour le combat chrétien Puis, collectivement, d’autres effets sont produits. Le cercle de nos
dans les lieux célestes présenté au chapitre 6, et nous sommes exhortés pensées et de nos affections embrasse ceux qui sont du Christ, objets
à nous fortifier dans le Seigneur et dans la puissance de Sa force, de son amour : ce sont tous les saints. Avec eux nous pouvons com-
l’homme extérieur dépérissant, mais l’homme intérieur étant renou- prendre et ensuite connaître.
velé de jour en jour. On peut remarquer que la puissance précède ici
l’amour dans l’opération de l’Esprit de Dieu, qui est un esprit de puis- Comprendre la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur : il
sance, et d’amour, et de conseil (2 Tim. 1:7). C’est l’excellence de la puis- n’est pas dit de quoi — peut-être l’infini de la gloire de Dieu et le mys-
sance qui est de Dieu dans des vases de terre (2 Cor. 4:7), ou la puis- tère de Ses conseils révélés précédemment. C’est comme remplis de
sance du Christ qui demeurait sur l’apôtre (2 Cor. 12:9, 10) qui le rendait Christ, et nous-mêmes objet de Ses affections, que nous sommes placés
fort alors qu’il était faible. Aux Colossiens l’apôtre souhaitait qu’ils au centre de cette étendue illimitée, comme Dieu lui-même, que
soient fortifiés en toute force, selon la puissance de sa gloire (Col. 1:11). l’homme ne pouvait comprendre : « Peux-tu, en sondant, découvrir ce
qui est en Dieu » (Job 11:7).
Deux conséquences découlaient pour les Éphésiens de cette puis-
sante action de l’Esprit en eux : Mais nous sommes aussi capables de connaître l’amour du Christ
1. le Christ habite dans leurs cœurs par la foi : Christ, centre des con- qui surpasse toute connaissance. Le centre de cet infini c’est Christ lui-
seils de Dieu, devient ainsi dans le cœur des croyants le centre des même et son amour connu, bien qu’infini aussi. Certes nous ne connais-
affections et de l’intelligence spirituelle. Le Seigneur avait déjà parlé sons maintenant qu’en partie (1 Cor. 13), mais nous pouvons entrer da-
à ses disciples de leur place : vous en moi (devant le Père) et moi en vantage dans ce qui surpasse toute connaissance.
vous (en témoignage devant le monde). Pour les Colossiens c’était Le couronnement est enfin que nous soyons remplis de toute la
« Christ en vous l’espérance de la gloire » (Col. 1:27), plénitude de Dieu : cet infini que nous ne pouvons ni comprendre ni
2. puis les Éphésiens seraient enracinés et fondés dans l’amour : nous mesurer, c’est la plénitude de Dieu. Dieu remplit tout en tous — par-
sommes ainsi plongés dans toute l’étendue de la gloire de Dieu ayant dessus tout, nos cœurs — et cela par l’Esprit. Nous sommes dans cette
comme centre l’amour de Christ, nous abandonnant à Lui avec une position bénie quelle que soit notre petitesse ; l’Église étant aussi le
entière confiance. vase de ce que rien ne peut contenir.
Au chapitre 4, les soins du Seigneur pour Son Église, manifestés par
Éph. 3:18, 19 les dons pour l’édification du corps en amour, produisent la mesure de
la stature de la plénitude du Christ. (Ch.4 v.13)
18.5.1971
C’est ainsi que les lieux célestes sont ouverts à notre foi pour voir
La puissante action de l’Esprit Saint dans l’homme intérieur produit l’immensité de la gloire et de l’amour divin qui caractérise ce lieu, où
dans les croyants individuellement : l’apôtre avait été ravi pour y entendre des paroles ineffables (2 Cor. 12).
1. que le Christ habite par la foi dans leur cœur ;
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

Mais dès maintenant, Dieu habite par Son Esprit dans l’Assemblée révélé après la mort, la résurrection et la glorification de Christ. L’apôtre
sur la terre pour que nous soyons remplis de toute Sa plénitude. déploie les richesses insondables du Christ et la sagesse si diverse de
Dieu manifestée par l’Assemblée devant les principautés et autorités
dans les lieux célestes.
Résumé des chapitres 1 à 3 de l’épître aux Éphésiens
Le chapitre se termine par la seconde prière. La puissance de Dieu
Le chapitre 1 développe les conseils de Dieu à l’égard des saints opère en nous, Christ est vu dans les saints et l’Esprit Saint fortifie
individuellement en rapport avec Christ ressuscité et assis dans les lieux l’homme intérieur. Nous pouvons être capables de connaître l’amour
célestes. Les saints sont élus en lui avant la fondation du monde, pré- de Christ et sommes remplis de toute la plénitude de Dieu.
destinés pour être adoptés pour Dieu par Jésus Christ — le propos de
Le début du chapitre 4 se relie alors directement au début du cha-
Dieu étant de réunir toutes choses en un en Lui comme héritier, l’Esprit
pitre 3. Paul était à Rome, le prisonnier du Christ Jésus pour les nations
Saint étant le sceau de l’appel céleste de l’Église et les arrhes de l’héri-
— prisonnier dans le Seigneur.
tage.
La prière qui termine le chapitre présente l’appel et l’héritage et la
grandeur de la puissance de Dieu envers nous qui a opéré en Christ en Éphésiens 4
le ressuscitant d’entre les morts, le faisant asseoir à Sa droite dans les Éph. 4:1-3
lieux célestes et assujettissant toutes choses sous ses pieds, l’Assemblée
étant son corps et sa plénitude. 5.10.1971

À partir du chapitre 4, nous trouvons l’application pratique actuelle


Le chapitre 2 présente alors l’œuvre de Dieu envers les saints pour des principes et vérités précédemment développés.
former l’Assemblée. Ceux qui étaient morts sont vivifiés avec Christ et [v.1-2] Le chrétien est introduit dans la présence de Dieu lui-
assis dans les lieux célestes. même ; il y est tel que Christ dans la gloire. C’est l’appel individuel pré-
Les plans de Dieu se réalisent maintenant sur la terre ; Juifs et Gen- senté au chapitre 1, dont le Saint Esprit est le sceau (l’espérance de l’ap-
tils sont introduits par la grâce dans la nouvelle création et créés pour pel de Dieu, 1:18).
être un seul homme nouveau ayant accès auprès du Père par un seul Collectivement, l’appel céleste des saints se lie aux vérités de l’As-
Esprit, pour être un temple saint dont Jésus Christ est la maîtresse pierre semblée, corps de Christ (1:23) — un édifice (dont Jésus Christ est la
de coin et une habitation de Dieu par l’Esprit. maîtresse pierre de coin) qui croît pour être un temple saint dans le Sei-
gneur et une habitation de Dieu par l’Esprit, maintenant sur la terre
(2:20-22).
Le chapitre 3 est une parenthèse qui développe la vérité que le
Saint Esprit demeure dans l’Église, dont le mystère est pleinement L’apôtre était prisonnier à Rome pour le témoignage qu’il avait
rendu à ces vérités, selon lesquelles les nations étaient cohéritières et
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

d’un même corps et coparticipantes de la promesse de Dieu dans le Philippiens 4, une manifestation du fruit de l’Esprit (avec la longanimité)
Christ Jésus (ch. 3). selon Galates 5 et un caractère de l’amour selon 1 Corinthiens 13.
C’est pourquoi il exhortait les Éphésiens (et nous aussi avec eux) à Les mêmes exhortations relatives à l’humilité, la douceur, la longa-
marcher d’une manière digne de leur appel. nimité et le support mutuel sont aussi adressées aux Colossiens
« comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés » (Col. 3:12) ; le sup-
Les exhortations relatives à l’appel collectif sont données dans les
port étant alors lié au pardon mutuel et au souvenir de la grâce de
versets 2 à 16 en rapport avec le corps de Christ, puis dans les versets
Christ qui nous a pardonné, vérité de la plus grande importance pour la
25 à 32 en rapport avec la marche pratique, tandis que les exhortations
vie des saints et des assemblées.
des versets 17 à 24 se rapportent à la marche individuelle.

L’apôtre — dans ses épîtres — exhorte plusieurs fois les saints à


marcher d’une manière digne (caractère inimitable d’un homme qui se Éph. 4:3
tient dans la présence de Dieu).
12.10.1971
• Digne de Dieu pour les Thessaloniciens qui venaient de se tourner
des idoles vers Lui pour le servir. [v.3]

• Digne du Seigneur pour les Colossiens qui étaient en danger d’ou- Nous avons essentiellement considéré cette exhortation si impor-
blier leur union avec la tête du corps. tante : « Vous appliquant à garder l’unité de l’Esprit par (ou dans) le
lien de la paix » qui se lie directement à la première exhortation « à
• Digne de l’évangile du Christ pour les Philippiens.
marcher d’une manière digne de l’appel dont vous avez été appelés ».
• Digne de l’appel pour les Éphésiens à qui les privilèges les plus éle-
• Être réconciliés en un seul corps à Dieu (2:16),
vés, des saints et de l’Église, étaient révélés. Mais cette dernière ex-
hortation se lie à l’esprit dans lequel chaque croyant doit individuel- • avoir, les uns et les autres, accès auprès du Père par un seul Esprit
lement marcher — humilité, douceur, longanimité, support mutuel (2:18),
dans l’amour vis-à-vis de tous les hommes et des saints particulière- • être édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit
ment — et à la diligence pour maintenir l’unité de l’Esprit (dans sa (2:22), tel est l’appel des saints, et tels sont les principes de l’unité
manifestation actuelle sur la terre) par le lien de la paix. de l’Esprit, établie par l’Esprit Saint entre les membres du corps de
L’humilité ne peut se réaliser que dans la présence de Dieu, étant Christ.
occupés du Seigneur et non pas de nous-mêmes. L’absence d’humilité • « Nous qui sommes plusieurs, sommes un seul corps en Christ »
conduit à l’humiliation, ce qui n’est pas l’état normal du croyant (Rom. 12:5)
quelque nécessaire qu’elle soit s’il manque. L’humilité se lie à la dou-
• « Nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps,
ceur, caractère de l’homme qui n’insiste pas sur ses droits selon
car nous participons tous à un seul et même pain » (1 Cor. 10:17).
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• « Tous les membres du corps, quoiqu’ils soient plusieurs, sont un La paix est liée au fruit de la justice dans l’épître de Jacques 3:18 :
seul corps, ainsi aussi est le Christ. Car aussi nous avons tous été « Or le fruit de la justice, dans la paix, se sème pour ceux qui procurent
baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps » (1 Cor. 12:12, 13). la paix ». Elle est aussi liée à la sainteté que nous sommes exhortés à
poursuivre ensemble en Hébreux 12.
Dans ces trois passages il s’agit de l’unité indestructible du seul
corps de Christ que nous ne sommes pas exhortés à garder car elle À cette vérité se lie la déclaration du Seigneur en Marc 9:49, 51 :
existe de manière absolue, même si elle n’est pas manifestée. D’autre « Chacun sera salé de feu ; et tout sacrifice sera salé de sel », « Ayez
part, le Saint Esprit est toujours avec les saints et dans l’Église. L’unité du sel en vous-mêmes, et soyez en paix entre vous », le sel étant le
de l’Esprit, au contraire, n’est pas un fait absolu ; elle se réalise lorsque symbole de la séparation du mal dans une âme qui a Christ pour objet
les pensées des saints sont d’accord avec la pensée du Saint Esprit, et pour centre des affections.
l’unité de pensées, de sentiments et d’affection étant cimentée par la
paix qui règne entre croyants.
Éph. 4:4-6
Dans l’ensemble de la chrétienté, l’unité de l’Esprit n’a pas été gardée
par l’Église sur la terre, de telle sorte que l’unité du corps de Christ 19.10.1971
n’est pas publiquement manifestée. [v.4-6] Les écrits de Paul, et l’épître aux Éphésiens en particulier,
Nous sommes néanmoins tenus de mettre en pratique l’exhortation de nous présentent l’unité entre les croyants en rapport avec l’Assem-
l’apôtre à garder l’unité de l’Esprit notamment : blée, corps de Christ. L’unité de l’Esprit que nous sommes appelés à
garder dans le lien de la paix est la réalisation pratique de la vérité in-
• dans nos relations fraternelles : si un frère manque à notre égard, destructible de l’unité du corps.
nous manifestons l’unité de l’Esprit en lui répondant par la douceur,
l’humilité et le support. Dans les écrits de Jean, l’unité est vue en rapport avec la vie, par-
ticulièrement dans la prière de Jean 17 : tous les croyants possèdent la
• à la Table du Seigneur et dans la fraction du pain, nous rendons té- vie du Père et du Fils, c’est l’unité de nature (v. 11) ; ils sont appelés à
moignage à la vérité de l’unité du corps de Christ, mais nous garde- la manifester en témoignage devant le monde, c’est l’unité de commu-
rons pratiquement l’unité de l’Esprit en pensant à l’Église entière et nion (v. 20-21), en attendant que le Seigneur la manifeste avec tous ses
en embrassant dans nos affections tous les saints sur toute la terre. saints glorifiés, c’est l’unité en gloire (v. 22 et 23).
La réalisation de l’unité de l’Esprit ne signifie évidemment ni tolé- [Les 3 cercles des v.4-6]
rance du mal ecclésiastique, ni recherche de la paix à tout prix au dé-
En Éphésiens 4, l’unité de l’Esprit est présentée en rapport avec 7
triment de la vérité, ni absence de séparation. L’unité de l’Esprit a la
puissants liens d’unité, développés dans les versets 4 à 6 et se ratta-
paix pour lien pratique, caractère très important des enfants de Dieu.
chant aux trois personnes divines : l’Esprit, le Fils, Celui que Dieu a fait
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Seigneur et Christ, enfin Dieu le Père. À chacune des personnes divines tous les hommes, dans lequel on entre par la naissance, Dieu souf-
se rattache une sphère d’unité d’étendue croissante : flant dans les narines de l’homme une respiration de vie. Cette der-
nière unité est celle de Dieu le Père, créateur de tous les hommes,
1) Il y a un seul corps, et un seul Esprit et une seule espérance de notre
selon Malachie 2:10 : « N’y a-t-il pas pour nous tous un seul père ?
appel. On entre dans ce cercle par la nouvelle naissance et le bap-
Un seul Dieu ne nous a-t-il pas créés ? ». Tous les hommes sont donc
tême du Saint Esprit : c’est la place de tous les vrais croyants de la
contenus dans cette troisième sphère, les professants dans la deu-
période de l’Église qui sont scellés du Saint Esprit, membres du corps
xième et la troisième, les vrais croyants participent seuls aux trois. Ils
de Christ, liés à Lui par la puissance et la présence du Saint Esprit.
sont particulièrement exhortés à maintenir et à réaliser une unité qui
Cette unité est manifestée à la Table du Seigneur, en participant à la
est fondée sur la position éternelle de l’Assemblée en Christ.
Cène du Seigneur en souvenir de Sa mort. Chaque vrai croyant est
vivifié par l’action de la Parole et de l’Esprit, puis oint et scellé du
Saint Esprit : « Celui qui nous lie fermement avec vous à Christ et
Éph. 4:7-10
qui nous a oints, c’est Dieu, qui aussi nous a scellés, et nous a donné
les arrhes de l’Esprit dans nos cœurs » (2 Cor. 1:21, 22), « Christ, au- 26.10.1971
quel aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la pro-
messe, qui est les arrhes de notre héritage » (Éph. 1:13, 14). [v.7-10] À chacun de nous (en contraste maintenant avec l’unité du
corps) la grâce a été donnée (grâce spéciale conférée à chaque croyant
2) Il y a un seul Seigneur auquel se rattache une seule foi et un seul
pour le service, car chaque membre du corps a reçu un don) selon la
baptême. C’est l’unité de la profession extérieure liée aux droits du
mesure du don de Christ (Christ étant ici le donateur et non pas l’objet
Seigneur sur ceux qui se réclament de Son Nom. On entre dans ce
donné comme en 2 Cor. 9:15 : « Grâces à Dieu pour son don inexpri-
cercle par le baptême chrétien, identification avec la mort de Christ
mable ! »)
(différent du baptême de Jean de la repentance qui baptisait pour un
Christ vivant et non pour un Christ mort). Ce passage est à rapprocher de :
• « Ayant des dons de grâce différents, selon la grâce qui nous a été
Au début de la période de l’Église, les deux cercles précédents
donnée » (Rom. 12:6),
étaient confondus : et il n’y avait que les Juifs (peuple terrestre), les
Grecs (Gentils) et l’Assemblée de Dieu. Maintenant la maison de Dieu • « Suivant que chacun de vous a reçu quelque don de grâce, em-
sur la terre est devenue la grande maison de 2 Tim. 2, dans laquelle il y ployez-le les uns pour les autres, comme bons dispensateurs de la
a des vases à honneur et des vases à déshonneur. La chrétienté compte grâce variée de Dieu » (1 Pierre 4:10),
maintenant beaucoup de professants sans la vie de Dieu, qui seront • « Il y a diversité de dons de grâce, mais le même Esprit : et il y a
jugés en rapport avec la profession extérieure qu’ils auront prise. diversité de services, et le même Seigneur ; et il y a diversité d’opé-
3) Il y a un seul Dieu et Père de tous qui est au-dessus de tout, partout rations, mais le même Dieu qui opère tout en tous » (1 Cor. 12:4-6).
et dans tous les chrétiens. C’est le cercle le plus grand qui comprend
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

La venue du Saint Esprit sur la terre dans les croyants et dans l’As- Son ministère, lors du baptême de Jean au Jourdain. « Ayant donc
semblée s’accompagne de la manifestation d’un travail accompli. Le Sei- été exalté par la droite de Dieu, et ayant reçu de la part du Père l’Es-
gneur bâtit Son Église : Il se sert des siens pour cela en leur confiant des prit Saint promis, il a répandu ce que vous voyez et entendez »
dons pour l’édification de Son corps. Les deux titres du Seigneur selon (Actes 2:33). Selon le Psaume 68 cité par l’apôtre il a reçu des dons
lesquels Il communique ces dons sont : dans l’homme, c’est-à-dire comme homme. Il fait maintenant don
• Sa victoire sur l’adversaire, aux membres de Son corps de ces dons de puissance, c’est pourquoi
• Son élévation comme homme glorifié dans la gloire. l’apôtre dit : « Il a donné des dons aux hommes ». Tout ce que le
1) À la croix, le Seigneur a remporté la victoire sur Satan qui, ayant Seigneur donne maintenant concourt à l’accomplissement de Sa
entraîné le premier homme dans le malheur avait le pouvoir de la pensée et des conseils de Dieu en rapport avec l’Assemblée.
mort. Captif volontaire, le Seigneur a lié l’homme fort, est entré
dans sa maison et a pillé ses biens : Il a emmené captive la captivité,
Éph. 4:11
c’est-à-dire, Il a fait captif celui qui retenait des captifs (même ex-
pression employée dans le cantique de Débora au sujet de Barak en 9.11.1971
Juges 5:12). C’est par la mort que le Seigneur a vaincu Satan qui en
avait le pouvoir (selon Hébreux 2). Comme homme sur la terre, Il est [v.11-16] Le sujet présenté par l’apôtre dans les versets 11 à 16 dé-
alors descendu dans les parties inférieures de la terre — « fait un peu finit la manière selon laquelle toutes les activités selon le Seigneur se
moindre que les anges à cause de la passion de la mort » (Héb. 2:9) déploient pendant la période chrétienne.
— car Il est entré dans les ténèbres du sépulcre et de la mort (la • Au verset 11 l’apôtre cite les dons fondamentaux et permanents
Parole ne nous enseigne pas que le Seigneur soit descendu dans les s’exerçant vis-à-vis de tout le corps pendant la période de l’Église
lieux infernaux selon une interprétation erronée de 1 Pierre 3:18-19).
• Au verset 16 : ce que chaque jointure du fournissement (c’est-à-dire
2) Mais Dieu, ayant délié les douleurs de la mort, car il n’était pas pos- chaque croyant à sa place), produit pour l’édification du corps en
sible qu’Il fût retenu par elle (Actes 2:24), le même Seigneur prend amour.
sa place comme homme au-dessus de tous les cieux afin qu’Il rem-
plisse toutes choses, comme Dieu et créateur, et aussi comme Ré- • Enfin, dans les versets 12 à 15, le but pour lequel les dons sont don-
dempteur ayant achevé l’œuvre de la rédemption. nés : le perfectionnement des saints (jusqu’à la plénitude du Christ),
l’œuvre du service et l’édification du corps de Christ.
Il s’est assis à la droite de Dieu dans les lieux célestes (Éph. 1:20),
souverain sacrificateur, et Jésus, Fils de Dieu, ayant traversé les [v.11] Les dons sont présentés ici en rapport avec le Seigneur lui-
cieux (Héb. 4:14), élevé plus haut que les cieux (Héb. 7:26), monté même, donnés par Lui, et non pas comme une manifestation en puis-
au-dessus de tous les cieux (Éph. 4:10). sance de l’Esprit vis-à-vis du dehors ou dans l’Assemblée, ou encore
comme un don de Dieu comme en 1 Cor. 12.
Dans cette position, Christ comme homme a reçu l’Esprit Saint une
seconde fois ; l’Esprit Saint était descendu sur Lui, déjà au début de
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

Dans l’épître aux Éphésiens, c’est de plus, la vie du corps de Christ L’évangéliste va au dehors pour amener des âmes à Christ et
en rapport avec la Tête qui est déployée : aussi les dons occasionnels qu’elles soient ajoutées à l’Assemblée. Celle-ci ne peut prospérer s’il n’y
ou des dons de puissance développés en Corinthiens ne s’y trouvent règne pas un esprit d’évangélisation.
pas, mais les évangélistes sont nommés dans les Éphésiens et pas dans Le pasteur est un don rare. Il soigne les âmes et en prend soin.
les Corinthiens. Fondé dans la doctrine, il doit posséder une expérience de la vie et doit
Les dons sont confiés par le Seigneur à des saints : c’est un don de avoir un cœur pour les brebis du Seigneur.
pasteur et non pas un pastorat, etc… Celui qui le reçoit dépend du Sei- Le docteur expose les vérités et la doctrine, présente les liens entre
gneur seul, et rend compte de son administration au Seigneur. Toute les différentes parties de la révélation divine.
pensée d’activité de groupe ou d’organisation humaine est étrangère
à l’Écriture, bien que la communion des saints dans le service soit une Plusieurs dangers se rattachent à l’exercice des dons :
chose normale et heureuse. • Par sommeil spirituel, des croyants peuvent négliger le don qui leur
Les dons fondamentaux sont les apôtres et les prophètes : Il s’agit a été confié. Timothée était exhorté à ranimer le don de grâce qui
des dons du Nouveau Testament après l’exaltation de Christ, homme était en lui.
glorifié dans le ciel. Comme maison de Dieu sur la terre, maintenant, • Un don peut être un sujet de contentement de soi-même et même
nous sommes édifiés sur le fondement des apôtres et prophètes, Jésus d’orgueil (la faute et le piège du diable nommés en rapport avec la
Christ lui-même étant la maîtresse pierre du coin (Éph. 2:20). Les 12 charge de surveillant en 1 Timothée 3:5, 6), si on oublie cette vérité :
apôtres du Seigneur pendant Sa vie, ont une place particulière, devant qu’as-tu que tu n’aies reçu ?
juger plus tard les 12 tribus d’Israël, leurs noms devant être écrits sur
les fondements de la muraille de la cité céleste (Apoc. 21:14). Les • Enfin, les tendances naturelles du cœur pourraient conduire à
apôtres et prophètes ont disparu mais leurs écrits nous restent (ce sont mettre en opposition les dons des uns par rapport à ceux des
les écrits prophétiques de Rom. 16 [v.26]). Dans une moindre mesure, autres. La mise en pratique des exhortations qui précèdent nous per-
le don de prophète a été maintenu par le Seigneur dans l’Assemblée mettent d’éviter de tels dangers : humilité, douceur, unité de l’Esprit.
jusqu’à maintenant, le Saint Esprit déployant Sa puissance d’une ma-
nière particulière en mettant par ce moyen les âmes directement en
Éph. 4:12-14
rapport avec Dieu. C’est le plus grand des 3 dons de grâce plus grands
de 1 Corinthiens 12 [v.28] que nous sommes exhortés à désirer avec 16.11.1971
ardeur selon 1 Corinthiens 14 [v.39].
[v.12-13] L’action des dons confiés par le Seigneur aux saints pour
Les trois dons permanents sont ensuite : les évangélistes, les pas-
les saints est le perfectionnement des saints, selon la grâce qui est en
teurs et les docteurs, dons maintenus jusqu’à la fin.
Christ, chef du corps. Cette action divine s’opère par l’œuvre du service
pour l’édification du corps de Christ, ces deux buts des dons concourant
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

au perfectionnement des saints. La mesure est la plénitude de Christ combattant… » (Col.1:28,29). C’était le couronnement de son ministère
lui-même, révélé entièrement et révélant l’amour parfait de Dieu. L’ac- à l’égard de l’assemblée (en souffrant des afflictions du Christ), minis-
tion du Saint Esprit n’est pas spécifiquement mentionnée ici, quelque tère qu’il exerçait en même temps que celui de l’Évangile à toute la créa-
réelle qu’elle soit, car l’œuvre intérieure s’opère en nous d’après un mo- tion (Col. 1:23 et 24-29). Il exprimait la même pensée aux Galates en
dèle qui est Christ lui-même. désirant que Christ soit formé en eux (Gal.4:19).
Le terme présenté ici est : jusqu’à ce que nous parvenions tous à La sagesse de Dieu est révélée par l’Esprit aux parfaits, c’est-à-dire
l’unité de la foi (la seule foi du v. 5) et de la connaissance du Fils de les hommes faits (1 Cor. 2:6, 9). Paul qui avait atteint cet état moral
Dieu (v. 13), pensée à rapprocher du verset 11 où il est dit que Lui d’homme parfait, bien que n’étant pas parvenu à la perfection (c’est-à-
(Christ), a donné ; de sorte que nous savons que les dons subsistent dire la gloire) montre le chemin, vers le but qui est Christ, présenté en
jusqu’à ce que le Seigneur vienne, car l’Église croît jusqu’à ce moment rapport avec la connaissance de Christ : « pour le connaître, lui, et la
là. puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances »
(Phil. 3:10). Enfin, en Hébreux 5, l’apôtre désigne les hommes faits, par
La connaissance est celle du Fils de Dieu (seule mention de ce Nom
opposition aux petits enfants, comme propres pour la nourriture solide
du Seigneur dans toute l’épître). Jésus est Fils de Dieu éternellement
(la parole de la justice) et possédant le discernement du bien et du mal,
(Jean 1 ; Colossiens 1 ; Hébreux 1) :
comme de toutes choses (1 Cor. 3). Un exemple remarquable nous est
• à sa naissance (Luc 2)
donné par ces hommes pleins de foi et de l’Esprit Saint du début de
• reconnu tel par le Père au baptême de Jean et sur la montagne
l’Église (Étienne et Philippe).
• déclaré par Pierre lorsque le Seigneur révèle la vérité de l’Assemblée
(Matt. 16) Par le moyen des dons que Christ a placés dans l’Assemblée, et qui
• à Sa mort par le centurion (Marc 14) présentent Sa personne révélée dans la Parole, les membres de Son
• en puissance par la résurrection des morts (Rom. 1) corps croissent donc jusqu’à la mesure de la stature de la plénitude de
• Celui que Paul prêchait maintenant (2 Cor. 1) et par le Nom de qui Christ. Dans la connaissance de Son amour, ils sont ainsi remplis jusqu’à
nous avons la vie éternelle (Jean 20) toute la plénitude de Dieu (Éph. 3:19). La perfection sera réalisée dans
la gloire en résurrection lorsque tous seront semblables à Christ et ren-
• Celui enfin qui jugera Thyatire (Apoc. 2).
dus conformes à l’image du Fils de Dieu.
La connaissance pratique du Seigneur (qui caractérise les pères de
1 Jean 2 dans la famille de Dieu) acquise dans le dépouillement de soi-
même conduit à l’état d’homme fait ou parfait ou d’homme en Christ. Éph. 4:14
Ce qui est vrai en Christ et qui nous est connu par la révélation de Sa
23.11.1971
personne s’établit dans nos cœurs et devient vrai en nous (1 Jean 2:8).
L’apôtre travaillait pour que ce travail s’accomplisse : « afin que nous [v.14] Le Saint Esprit agit sur la terre pour former l’Église en y ajou-
présentions tout homme parfait en Christ : à quoi aussi je travaille, tant des âmes : à cet égard le don d’évangéliste est de toute valeur. Ce
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

n’est toutefois pas le seul car le Seigneur s’occupe aussi de l’état des Il est important de demeurer dans la foi, fondés et fermes (Col.
saints, membres de Son corps : la Parole et le ministère écrit laissé par 1:23). Si les vérités ne nous gardent pas, elles nous conduisent à Celui
nos conducteurs contribuent à l’édification des saints. qui seul peut nous garder sans que nous bronchions.
Une âme ne pourra trouver seule cependant, par la lecture de la
Parole et des écrits, tout ce que le Seigneur veut lui communiquer par Éph. 4:15, 16
le moyen des dons placés par Lui dans l’Église pour que chacun sorte de
l’état de petits enfants (v. 14), pour tendre vers celui d’hommes faits (v. 30.11.1971
13).
[v.15-16] Les dons ont pour objet d’assembler en premier lieu
En croissant dans la connaissance du Fils de Dieu, on peut échap- l’Église de Christ en dehors du monde, puis d’édifier cette Église, ras-
per à l’agitation et à l’inconstance produites par les doctrines humaines, semblée autour de Christ ; il est désirable que chacun de ceux qui s’y
présentées avec habileté, ruse et tromperie, toutes fruit d’un cœur cor- trouvent ait l’intelligence de sa position, car le rassemblement autour
rompu habitant les ténèbres. Car au fond de toute erreur, se manifeste de Christ — tête et chef du corps —, et la réalisation de Sa présence
une tendance morale du cœur naturel. dans l’Assemblée, sont les conditions essentielles du témoignage indi-
L’état d’enfance est naturel au début de la vie chrétienne (1 Jean viduel et collectif des saints.
2:13) : les petits enfants connaissent le Père par la révélation que le Fils L’apôtre désirait que les croyants, vrais dans l’amour, croissent en
en donne (Matt. 11 :27), la conscience de cette relation étant donnée toutes choses jusqu’à Christ, par opposition aux petits enfants ballottés
par le sceau du Saint Esprit (Rom.8 et Gal.4) dont l’onction garde de et emportés ; vrais (par opposition à la tromperie des hommes) dans
l’erreur (1 Jean 2 :20). Si les croyants ne croissent pas spirituellement, l’amour : amour pour Christ d’abord, pour les saints ensuite, la vérité
ils restent de petits enfants : charnels comme les Corinthiens (1 Cor. 3), place toutes choses à leur place en rapport avec Dieu, centre de tout.
paresseux comme les Hébreux (Héb. 5), soumis à toutes sortes d’in- L’amour est la nature même de Dieu, révélée en Christ, au milieu de
fluences (Éph. 4) ; De telles âmes ont bien l’assurance du salut mais sont tout ce qui existe, l’assemblée étant la sphère dans laquelle Dieu dé-
mal affermies, manquent de lumière et n’ont pas de chemin tracé. ploie les immenses richesses de Son amour.
Notre sauvegarde contre un tel danger, — très réel aujourd’hui La vie passée du témoignage a montré que l’absence de vérité et
même dans les assemblées, car le niveau de la piété a baissé, — est de d’amour pour les âmes était à la source de la plupart des divisions et
réaliser la présence du Seigneur et de garder une bonne conscience. des misères. Au contraire, la réalisation de l’amour dans la vérité
Si la présence du Seigneur est goûtée dans les réunions, les âmes (épîtres de Jean caractéristiques pour les derniers temps), opère la
seront heureuses et dirigées vers Christ. Et lorsque les brebis écoutent croissance des saints jusqu’à Christ, tête du corps. Il s’agit de l’orienta-
la voix du bon berger qu’elles connaissent, elles n’écoutent pas celle des tion de l’âme de chaque croyant individuellement, mais aussi d’une ré-
étrangers (Jean 10). alisation collective, où Christ est reconnu comme seul centre = les

S’occuper pratiquement du bien, garde du mal.


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croyants échappent dès lors au danger de grouper d’autres chrétiens qui est en Christ, tête du corps, opère malgré les manquements de
autour d’eux-mêmes. l’Assemblée responsable sur la terre.
Le corps doit être bien ajusté et lié ensemble = l’indestructible
unité du corps (v. 4) forme la base selon laquelle nous sommes exhortés Éph. 4:17-19
à goûter l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix (v. 3) ; le terme de
l’édification est l’unité de la foi (v. 13), ces diverses expressions d’unité 7.12.1971
de l’Église faisant partie, en gloire, de la beauté éternelle de celle que le
[v.17-19] Les exhortations pratiques commençant au chapitre 4
Seigneur se présentera à lui-même.
qui touchent à des points les plus ordinaires de la vie morale, présen-
Chaque jointure du fournissement, c’est ce qui lie les parties les tées à côté des vérités les plus élevées des conseils de Dieu, se rappor-
unes aux autres et les fait communiquer entre elles. tent à la marche digne de l’appel dont nous sommes appelés.
L’opération de chaque partie dans sa mesure (mesure départie à Cet appel présente un caractère individuel et un caractère collectif :
chacun par le Dieu de mesure, 2 Cor. 10:13), montre que chacun dans • Individuellement, chaque croyant est appelé à être saint et irrépro-
l’assemblée doit aider : le service le moins apparent peut être le plus chable devant Dieu en amour (1:4), et à être plus tard comme Christ
précieux parce qu’il est réalisé devant Dieu et non devant les hommes. dans la gloire : c’est l’espérance de l’appel de Dieu (1:18).
À cet égard, la piété vraie et le service de la prière chez un croyant peu-
• Collectivement, les saints sont un Temple saint dans le Seigneur, une
vent attirer la bénédiction de toute une assemblée.
habitation de Dieu par l’Esprit, Juifs et Gentils unis en un seul corps,
Le service de chaque membre du corps (v. 16), dans sa mesure et à membres les uns des autres : c’est le côté collectif de l’appel.
sa place, est présenté comme le complément des dons fondamentaux
Les exhortations du chapitre 4 se lient à ces deux caractères de l’ap-
et permanents (du v. 11). Tout service concourant à l’édification du
pel de Dieu :
corps en amour = dans l’assemblée, l’individualité de tous les saints se
• versets 1-16 : collectivement, l’Esprit Saint étant dans le corps, Christ
fond dans l’amour.
donnant des dons pour son édification,
C’est ainsi que se termine cette partie de l’enseignement de • versets 17-24 : marche individuelle des saints,
l’apôtre :
• versets 25-32 : marche collective des saints.
• Administration de la grâce pour que chaque membre croisse indivi-
duellement jusqu’à Christ. Les exhortations pratiques commençant au verset 17 sont données
à des croyants qui sont sur la terre et qui ont la chair en eux-mêmes ;
• Administration de chaque membre à sa place pour l’édification du
elles présentent un contraste entre :
corps en amour, terme du développement des conseils de Dieu rela-
• versets 17-19 : la marche des Gentils, païens dégradés, figure de
tivement à l’union de Christ et de Son Assemblée, à la fois comme
l’homme naturel dans ses péchés et
corps de Christ dans le ciel et habitation de Dieu sur la terre : la grâce
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• versets 20-24 : les vrais caractères du chrétien qui appartient à une exhortation souvent répétée et toujours nécessaire dans la vigilance de
nouvelle création. ce que nous sommes par nature.
Il s’agit essentiellement de la marche, liée intimement à l’état mo- Le seul chemin est de tenir pour morte la chair en portant en nous-
ral de l’âme, et qui occupe une place importante dans l’épître : mêmes la mort de Christ (enseignement de Col. 3 et Rom. 6) ; il était
• 2:2 : la marche des païens dans les péchés selon le train de ce réalisé par l’apôtre et dans une moindre mesure, quoique remarquable,
monde, état précédent dans Éphésiens avant leur conversion, dont par ceux qui nous ont devancé.
les caractères sont définis en 4:17-19.
• 2:10 : la marche dans les bonnes œuvres préparées à l’avance par
Dieu. Éph. 4:20-24

• 4:1 : marche digne de l’appel pour les croyants, à la fois dans 14.12.1971
l’amour (5:1), dans la lumière (5:8) et soigneusement (5:15).
[v.20-24] Le triste tableau de l’état individuel de l’homme dans la
La marche du reste des nations est caractérisée par :
chair, donné aux versets 17 à 19, est mis en contraste dans les versets
• La vanité des pensées : occupées des choses terrestres et maté-
20 à 24 avec le nouvel état du chrétien, possédant la vie de Dieu et
rielles, se nourrissant de soi-même ; par opposition, nous sommes
introduit dans une nouvelle création (le nouvel homme est créé selon
exhortés à occuper nos pensées de choses bonnes (vraies), pures et
Dieu).
justes selon Philippiens 4:8.
L’apôtre présente donc ici les vérités des deux natures : le vieil
• L’entendement obscurci : l’entendement comprend les facultés in-
homme (descendance déchue d’un Adam tombé) que rien ne peut amé-
tellectuelles : c’est la source profonde des pensées. L’esprit de l’en-
liorer mais qui est dépouillé, et le nouvel homme que le chrétien a re-
tendement est renouvelé pour les croyants (selon Rom. 12 et Éph.
vêtu. Ces deux natures cohabitent jusqu’à la fin de sa vie sur la terre
4:23).
dans un chrétien, l’ensemble de ses facultés, esprit, âme et cœur for-
• Étrangers à la vie de Dieu : c’est-à-dire pratiquement sans Dieu dans mant un seul être moral responsable.
le monde (2:12).
Dans les Éphésiens deux caractères du chrétien sont présentés : 1)
• Ignorants et endurcis de cœur : le cœur est le siège des affections
il a dépouillé le vieil homme et a revêtu le nouvel homme (v. 22-24) et
mais aussi du sens moral.
2) le Saint Esprit de Dieu habite en lui (v. 30), — ces vérités étant liées,
Le caractère des nations conduit à une immoralité sans frein : dé- comme dans toute l’épître, à la nouvelle création dans laquelle Juifs et
bauche et impureté dans l’absence de tout sentiment moral. Tenons- Gentils sont introduits en grâce. Dans l’épître aux Colossiens le même
nous sur nos gardes vis-à-vis du monde qui nous entoure, qui présente enseignement est lié plus particulièrement à Christ et à la puissance de
aujourd’hui les mêmes caractères que le monde païen d’où sortaient la vie divine : le nouvel homme est renouvelé en connaissance, selon
les Éphésiens. Se retirer du mal et l’avoir en horreur est une l’image de celui qui l’a créé, et Christ est tout et en tous (Col. 3:10, 11).
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

Pour le chrétien, la connaissance de Christ remplace l’ignorance C’est en réalisant ces choses et en jouissant de Lui, que nous serons
des nations : « apprendre le Christ, l’entendre et être instruits en Lui ». pratiquement gardés du mal.
C’est entrer dans l’intimité de la vie de perfection de Christ, en qui sont [v.25-30] les versets 25 à 30 manquent
cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance (Col. 2:3).
La condition « si du moins » rappelle toujours que le chrétien est
encore sur la terre, et responsable. Éph. 4:31, 32

La vérité est en Jésus : la vérité est l’expression parfaite de ce 11.1.1972


qu’est une chose, en rapport avec un modèle qui est Christ, Dieu de-
[v.31-32] Le dernier paragraphe du chapitre 4 développe les con-
venu homme, en qui toutes choses sont parfaitement manifestées dans
séquences de la vie et de l’état du nouvel homme, créé selon Dieu,
la lumière. La vérité est en Jésus — nom du Fils de Dieu porté par
ainsi que de la présence du Saint Esprit de Dieu dans les croyants :
l’homme parfait sur la terre, particulièrement à l’égard du nouvel
• vérité et absence de mensonge,
homme en qui est la vie de Dieu.
• sainte colère, expression de l’horreur du mal, mais sans ressentiment
Trois résultats de cette connaissance de Christ, en qui la réalité de car la chair est toujours en nous. Le Seigneur a manifesté la colère
la vie a été manifestée, sont présentés par l’apôtre : (Marc 3), Ses paroles de grâce mais de vérité ont été même considé-
1. dépouiller le vieil homme : le vieil homme a trouvé sa fin à la croix rées par les hommes comme des injures. Moïse, l’homme le plus
de Christ où il a été crucifié. C’est la mort avec Christ, figurée en type doux et le plus humble, est entré dans une ardente colère devant
par le passage du Jourdain et Guilgal. Nous sommes exhortés à en l’endurcissement du Pharaon ou devant le veau d’or d’Aaron,
faire maintenant mourir les actions, non plus à le dépouiller,
• la justice pratique pour accomplir le bien,
2. être renouvelés dans l’esprit de notre entendement, par opposition
• les paroles bonnes et édifiantes et l’absence de paroles déshonnêtes,
au verset 18 où l’entendement — source profonde des pensées —
• le respect de la présence du Saint Esprit de Dieu dans chaque croyant
était obscurci chez les païens. C’est une exhortation continuelle qui
comme sceau,
implique un exercice constamment renouvelé,
3. avoir revêtu le nouvel homme. Il ne s’agit pas d’améliorer l’ancien • l’absence de toute amertume, courroux, colère (charnelle), crierie,
état de choses, mais la création par Dieu même, dans Sa puissance, injure et malice, mais la manifestation de la bonté, compassion et
d’une chose nouvelle, infiniment supérieure à l’état d’innocence. Le pardon vis-à-vis des autres,
nouvel homme a pour type parfait Christ, le second homme ; il est • enfin, à tous égards, il convenait d’être imitateurs de Dieu lui-même
créé selon Dieu, selon Sa nature, et nous sommes ainsi participants et de marcher dans l’amour.
de la nature divine (2 Pierre 1:4) et de la vie de Dieu. Le verset 31 met en garde contre les sentiments et actes du vieil
homme qu’il convient de dépouiller :
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

• l’amertume est produite par la pensée des torts réels ou non que similitude du royaume des cieux de Matthieu 18, le roi remet sa
peuvent avoir les autres envers nous, dette à l’esclave qui lui devait 10000 talents. Aussi sommes-nous in-
• le courroux et la colère sont produits par la passion, l’irritation ou le vités à pardonner 70 fois 7 fois sans limite pratique.
ressentiment, Le pardon ne peut intervenir qu’à l’égard des fautes ou manque-
• les crieries et les injures sont l’expression, en paroles, des sentiments ments confessés, abandonnés et jugés.
qui précèdent, Dans l’assemblée, le pardon suppose la restauration de celui qui a
• enfin, la malice est la racine de tout : ce sont les mauvais sentiments manqué selon 2 Corinthiens 2. L’amour peut être, alors, ratifié, alors
nourris envers les autres. que ce même amour avait conduit précédemment à l’exercice solennel
de la discipline.
Toutes ces exhortations à mettre de côté ces choses — fruits de la
chair en pensées ou en paroles — nous invitent à être fidèles dans les Le pardon selon Dieu suppose enfin que tout est oublié, c’est-à-
détails, car la vie chrétienne est faite de détails, et à ne pas chercher à dire enfoui à jamais dans les profondeurs de la conscience.
se contrôler par soi-même, la puissance du Saint Esprit étant notre Éphésiens 5
seule ressource.
Éph. 5:1, 2
Le verset 32 donne alors, par contraste, les sentiments conve-
nables au nouvel homme : 18.1.1972

1) La bonté les uns envers les autres. Dieu seul est bon, et la bonté a [v.1-2] Ces deux versets se rattachent aux divers paragraphes du
été manifestée parfaite en Christ le Saint de Dieu. Car bonté, sainteté chapitre 4 dont ils forment la conclusion.
et piété dans l’homme sont inséparables, conduisant à la miséri-
Participants de la nature divine, et bien-aimés enfants du Père,
corde. La bonté est une qualité morale précieuse : « ce qui attire
ayant en eux le Saint Esprit, les croyants — nouvelle créature — sont
dans un homme, c’est sa bonté » (Prov. 19:22).
exhortés à être les imitateurs de Dieu lui-même. L’exhortation se rat-
2) La compassion en découle : c’est entrer en sympathie dans les souf- tache ici à la nature même de Dieu, Être souverain. Mais nous sommes
frances des autres et apporter les consolations de Christ comme de aussi exhortés ailleurs à imiter Christ : « Soyez mes imitateurs, comme
Sa part. moi aussi je le suis de Christ » (1 Cor. 11:1), Philippiens 2, Colossiens 2,
L’action du Saint Esprit dans le croyant devient une fontaine qui peut « Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle, afin que vous
couler en bénédiction pour d’autres (le rafraîchissement de l’âme en suiviez ses traces » (1 Pierre 2:21). Ces dernières exhortations se ratta-
Jean 4 le devient pour d’autres selon Jean 7). chent surtout à la Personne de Christ, qui a parfaitement manifesté les
caractères de Dieu sur la terre.
3) Enfin le pardon vis-à-vis des autres. La mesure, c’est le pardon de
Dieu en Christ, à l’égard de chaque croyant, ou le pardon de Christ Étant imitateurs de Dieu nous sommes ensuite appelés à marcher
lui-même (Col. 3:13). Dieu nous a remis notre dette, comme dans la dans l’amour = un amour en activité, dans l’oubli de soi-même et dans
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

le dévouement pour les autres, qui va beaucoup plus loin que le support parfum de bonne odeur sur l’autel d’airain, comme l’encens était pré-
mutuel ou la disposition de cœur à pardonner les torts des autres. senté sur l’autel d’or. C’est à de tels sacrifices que l’apôtre fait ici allu-
sion ; les sacrifices pour le péché ou pour le délit, anticipation de Christ
Le motif puissant et l’exemple parfait, c’est Christ lui-même, qui
fait péché et portant la colère de Dieu contre le péché, en accomplissant
nous a aimés et s’est donné Lui-même pour nous à Dieu. « Pour nous »,
l’œuvre de l’expiation, étaient brûlés hors du camp. Nous n’avons au-
c’est l’expression de l’amour divin, « à Dieu » c’est la perfection du mo-
cune part à cette œuvre accomplie entre Dieu et Christ.
tif et de l’objet.
Par contre, le chrétien est appelé à offrir son corps en sacrifice vi-
L’amour selon Dieu s’élève en haut = Christ dans Son amour pour
vant (Rom. 12), privilège qui se rattache, à un point de vue inférieur, à
Son Père, s’offrant lui-même à Dieu. Pour nous maintenant, en regar-
l’offrande de gâteau de la vie parfaite de Christ homme. Toutefois, dans
dant à Christ, les affections du cœur sont formées à l’image de son ob-
l’épître aux Éphésiens, les croyants sont vus comme dans les lieux cé-
jet.
lestes et descendant sur la terre pour être imitateurs de Dieu lui-
Mais l’amour regarde aussi en bas = l’amour de Christ était d’au- même, en marchant dans l’amour.
tant plus absolu que les objets en étaient plus indignes. Christ était
[v.3-17] les versets 3 à 17 manquent
l’amour de Dieu descendu en grâce sur la terre. Il s’est entièrement
dévoué à Dieu au prix de sa propre vie, mais en faveur d’autres que
lui-même. Éph. 5:18-20
Pour nous maintenant, la grâce et l’amour qui descendent de Dieu
(car son amour est versé dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a 22.2.1972
été donné), agissent en nous et remontent vers Dieu en dévouement. [v.18-21] Le vin, mentionné au verset 18, est au sens littéral, une
La puissance de l’amour et l’élévation des motifs est ainsi la pierre de des trois choses qui ôtent le sens dans Osée 4. Le livre des Proverbes
touche de tout service chrétien. On mesure la différence entre le chris- met en garde contre l’abus que le monde en a toujours fait pour oublier
tianisme qui présente aux croyants Christ comme modèle et comme ob- ses angoisses et ses tristesses : « Ne regarde pas le vin quand il est ver-
jet, et la loi, parfaite à sa place comme expression du bien dans meil » (Prov. 23:31), « ce n’est point aux rois de boire du vin, ni aux
l’homme, qui présentait l’amour pour soi-même comme mesure de grands de dire : Où sont les boissons fortes ? » (Prov. 31:4). C’est pro-
l’amour pour les autres. bablement l’oubli de cette mise en garde liée à la position de nazaréen,
Christ se livrant lui-même pour nous (les croyants individuelle- qui avait conduit Nadab et Abihu à offrir un feu étranger, figure pour les
ment, comme aussi pour l’Assemblée selon Éph. 5:25) a été comme of- chrétiens, de la chair non tenue en bride qui rend impropre à l’adora-
frande et sacrifice à Dieu, en parfum de bonne odeur. Sous la loi, les tion.
sacrifices de bonne odeur étaient offerts volontairement : l’holocauste, Les Éphésiens sortis du monde païen et de son bourbier de corrup-
l’offrande de gâteau et les sacrifices de prospérités, figures de Christ tion (selon l’expression de 1 Pierre 4:3), « les excès dans le manger et
s’offrant volontairement et parfaitement à Dieu. Ils étaient brûlés en
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

le boire et les criminelles idolâtries », devaient abandonner de telles 1. En premier lieu les chants, effusion de l’âme devant Dieu comme ex-
choses, et les chrétiens maintenant doivent se garder d’y retourner. pression de la joie (« Quelqu’un est-il joyeux, qu’il chante des can-
tiques », Jacques 5:13). Ce sont des Psaumes, hymnes et cantiques
La portée morale va beaucoup plus loin encore. Le vin est une fi-
spirituels, chantés avec l’Esprit mais aussi avec l’intelligence (1 Cor.
gure spirituelle de l’union et des rapports entre convives dans la joie
14:15), car nous sommes engagés dans ce que nous chantons,
selon Juges 9:13 : « le moût qui réjouit Dieu et les hommes ».
comme expression de nos sentiments (chantant et psalmodiant de
Cette joie n’était pas la part du nazaréen, et Jésus, vrai nazaréen et votre cœur au Seigneur). Dans Colossiens 3 [v.16] nous chantons de
ami des pécheurs, mais moralement entièrement séparé d’eux, ne de- notre cœur à Dieu dans un esprit de grâce. Cette activité selon l’Es-
vait boire de vin que d’une autre manière avec ses disciples dans le prit de Dieu, est un puissant moyen d’édification mutuelle.
royaume de Son Père, figure de la joie millénaire, annoncée dans les
2. Ensuite, le fait d’être rempli de l’Esprit nous conduit à rendre tou-
noces de Cana en Jean 2 qui sera alors celle de tous.
jours grâces à Dieu pour toutes choses, expression à rapprocher de :
Pour nous sur le plan moral le vin appesantit le cœur (Luc 21:34), • 1 Thessaloniciens 5:18 : « En toutes choses rendez grâces, car
fait perdre le contrôle de soi-même et ôte le sain jugement. telle est la volonté de Dieu dans le Christ Jésus à votre égard ».
À l’opposé, l’apôtre exhortait les Éphésiens et nous-mêmes à être • Colossiens 3:17 : « Faites tout au nom du Seigneur Jésus, ren-
remplis de l’Esprit (v. 18). Le Saint Esprit est présenté d’abord comme dant grâces par lui à Dieu le Père ».
sceau et arrhes de la promesse pour les croyants en rapport avec l’appel • Hébreux 13:15 : « Offrons donc, par lui, sans cesse à Dieu un
et l’héritage (ch. 1), comme éclairant l’intelligence et fortifiant l’homme sacrifice de louanges ».
intérieur (prières des ch. 1 et 3), lié à l’accès auprès du Père et à l’habi- Rendre grâces en toutes choses est la pierre de touche de l’état de
tation de Dieu dans l’Assemblée (ch. 2), dans le corps et par les dons, l’âme, parce que pratiquement la volonté de Dieu fait notre joie et
enfin dans la marche du croyant : ne pas l’attrister et en être rempli (2 remplace notre volonté. Cette louange devrait être réalisée par les
exhortations individuelles). Le Saint Esprit est la source d’énergie pour croyants individuellement pendant toute leur vie, même à travers
la marche dans la sainteté et la joie, prenant possession de nos pensées les épreuves (Paul et Silas chantaient les louanges de Dieu dans la
et de nos affections. Il nous occupe du bien et produit des fruits prison de Philippes), puis collectivement, lorsqu’ils sont réunis en
agréables au Seigneur dans la connaissance de Sa volonté (v. 10, 17 et Assemblée dans la présence du Seigneur, là où toute la pensée de
18) : Dieu est manifestée.
• d’abord des chants et cantiques spirituels (v. 19), 3. La soumission
• ensuite des actions de grâces envers Dieu (v. 20),
• enfin la soumission les uns aux autres dans la crainte de Christ (v.
Éph. 5:22
21).
29.2.1972
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

[v.22-ch.6 v.9] Ayant posé les grands principes qui se déploient La mesure de cet amour parfait et infini, c’est qu’il s’est livré Lui-
dans la révélation de nos rapports avec Dieu par notre appel, l’apôtre même pour elle, pour se l’acquérir pour Lui et l’avoir avec Lui.
en tire les conséquences pratiques à l’égard de la conduite des chrétiens
sur le terrain des diverses relations de la vie, là où ce qu’il y a de plus
pénible dans la nature humaine peut se faire jour si la grâce n’agit pas. Éph. 5:26, 27

Les exhortations diverses s’adressent : 7.3.1972


• aux femmes et aux maris (v. 22 à 33),
S’il est vrai que Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils
• aux enfants et aux pères (6:1 à 4),
unique, et que le Père nous aime comme ses bien-aimés enfants, le
• aux esclaves et aux maîtres (6:5 à 9).
Christ a aimé l’Assemblée. La mesure de cet amour de relation c’est
Dans le cercle de la famille et des liens formés et reconnus par Dieu qu’Il s’est livré Lui-même pour elle. Ce n’est pas seulement le don de Sa
d’abord, puis dans le monde même, là où les liens entre esclaves et vie à la croix, mais aussi un entier dévouement et un don complet de
maîtres, découlaient de la présence du péché. Dans chacun des cas, Lui-même pour Son Assemblée.
l’apôtre s’adresse d’abord à ceux à qui l’obéissance est demandée —
Deux conséquences se rattachent à ce don du Seigneur : Il sanctifie
femmes, enfants et serviteurs — car de telles exhortations découlent
l’Assemblée et Il se la présentera à Lui-même.
du principe général donné au verset 21 : « Étant soumis les uns aux
autres dans la crainte de Christ ». Alors que l’Assemblée appartient à Christ, Il la sanctifie — c’est-à-
dire Il la met à part pour Lui — en la purifiant par le lavage d’eau par la
[v.22-33] L’apôtre demande d’abord aux femmes d’être soumises
Parole, l’eau de purification est la Parole de Dieu. Il prépare ainsi main-
à leurs propres maris, comme au Seigneur, introduisant Christ pour
tenant l’Assemblée pour un bonheur ayant sa source et sa mesure en
sanctifier, par un motif aussi élevé, l’obéissance qui convient à leur po-
Lui, car Il veut la voir telle que Son cœur la désire. C’est par ce travail
sition. C’est ainsi que ce sujet amène immédiatement à la pensée de
actuel du Seigneur, qui s’exerce par la Parole et l’Esprit, dans les
l’apôtre la relation entre Christ et l’Assemblée, qui forme le grand sujet
croyants et dans les familles et dans les assemblées, par le moyen des
de l’épître, mais ici envisagé du point de vue de l’affection, des soins et
dons et ministères, que se forme le vêtement de fin lin, éclatant et pur
du dévouement, de Christ pour l’Assemblée. Christ est le Chef de l’As-
(les justes actes et faits des saints) de l’Épouse ornée pour Son mari
semblée, ou la Tête du corps, et l’Assemblée lui est soumise : c’est sa
(Apocalypse 19:8 et 21:2). Christ désire que Son Assemblée réponde à
condition, quelle que soit la mesure de sa réalisation sur la terre à un
ce qu’Il est (« comme Lui est pur » 1 Jean 3), qu’elle soit propre à la
moment donné.
demeure dans laquelle Il veut l’introduire, la gloire représentant ainsi
Les maris sont exhortés à aimer leurs propres femmes ; la mesure l’état parfait de cette purification par la Parole.
en est l’amour de Christ pour Son Assemblée : « Christ a aimé l’Assem-
Dans la prière du Seigneur de Jean 17, le travail de sanctification
blée » (5:25). C’est un amour qui s’exprime dans une relation établie, et
est celui du Père : « Sanctifie-les par la vérité ; ta parole est la vérité »
duquel tout découle.
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

(v. 17) et du Seigneur : « Et moi, je me sanctifie moi-même pour eux, Ce combat dans les lieux célestes est la responsabilité de chaque
afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité » (v. 19). chrétien qui comprend sa position en Christ, mais il est présenté ici en
relation avec le terrain de l’Assemblée, comme toutes les vérités de
C’est le service du lavage des pieds que le Sauveur céleste accom-
l’épître.
plit pour les siens (Jean 13), allant jusqu’à la discipline que le Seigneur
exerce envers les Siens : « Moi, je reprends et je châtie tous ceux que Nous devons tenir ferme contre les artifices du diable, c’est-à-dire
j’aime » (Apocalypse 3:19). ses ruses, pas sa puissance qui a été vaincue à la croix par Christ, qui a
produit en public les principautés et les autorités et a triomphé d’elles
Ce travail étant achevé, Christ se présentera l’Assemblée à lui-
(Col. 2).
même, glorieuse, rendue parfaite de la perfection du ciel, sans tache
(aucune trace de souillure), sans ride (aucune trace de fatigue), sainte Néanmoins Satan est toujours actif cherchant à atteindre les struc-
et irréprochable. tures spirituelles de l’Église sur la terre pour en ruiner les fondements,
et faire abandonner les deux principes fondamentaux de tout témoi-
gnage sur la terre pendant l’absence de Christ : l’unité du corps et la
Éphésiens 6 séparation du mal. La comparaison entre l’état moral de l’Église après
[v.1-9] manquent la Pentecôte, et celui du témoignage actuel des derniers jours, montre
les ravages que Satan a déjà opérés et la solennelle importance de l’ex-
Éph. 6:11, 12
hortation de l’apôtre répétée trois fois de « tenir ferme ».
18.4.1972 Il faut pour cela la force du Seigneur, car la confiance dans des
[v.10-12] Nos bénédictions sont spirituelles dans les lieux célestes armes humaines ne pourrait que nous engager dans un combat contre
(1:3), là où est Christ (1:20), où nous sommes assis en Lui (2:6), en té- un esprit plus puissant et rusé, où nous succomberions. Au reste ce
moignage aux principautés et autorités (3:10). C’est là que nous avons combat est d’ordre entièrement spirituel — non pas contre le sang et la
à lutter contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les chair comme beaucoup de chrétiens ont pris les armes pour défendre
lieux célestes (6:12). le christianisme — car les armes de notre guerre ne sont pas charnelles
mais puissantes par Dieu (2 Cor. 10:4).
Si nous sommes encore pèlerins dans le désert (enseignement de
l’épître de Pierre), nous avons en figure passé le Jourdain, morts avec Nous devons donc individuellement et collectivement combattre
Christ (enseignement de l’épître aux Romains), comme tels invités à re- contre le relâchement moral et l’abandon des principes chrétiens
vêtir le Seigneur Jésus Christ (Rom. 13:14) ; nous sommes aussi ressus- (laxisme) :
cités avec Christ (enseignement de l’épître aux Colossiens) et comme • réaliser notre mort aux éléments du monde (Col. 2),
tels, à revêtir le nouvel homme qui est renouvelé en connaissance (Col. • veiller à l’éviction de la chair sous ses multiples visages,
3:10) ; nous sommes enfin dans le pays de la promesse, engagés dans
un combat, qui nous permette d’en jouir d’une manière pratique.
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

• tenir ferme pour que Satan ne pénètre pas dans l’Assemblée On trouve donc :
comme Pergame, qui s’était d’abord associée au monde (Apocalypse 1) La ceinture de la vérité sur les reins (exhortation qui s’adresse au
2:13). cœur d’abord)
2) La cuirasse de la justice (c’est la justice pratique et l’exhortation
s’adresse à la conscience)
Éph. 6:13, 14 3) Les chaussures de la préparation de l’évangile de paix
4) Le bouclier de la foi
25.4.1972
5) Le casque du salut
[v.13-18] Tous les croyants doivent prendre l’armure complète de 6) L’épée de l’Esprit
Dieu pour résister au mauvais jour, contre les ennemis qui sont dans 7) La prière, une disposition de dépendance complète et constante en-
les lieux célestes, tout surmonter et enfin tenir ferme. Le mauvais jour, vers Dieu.
dans un sens général, embrasse toute la période pendant laquelle Satan
[Pièce 1 &2] Il faut premièrement avoir les reins ceints de la vérité.
et ses anges peuvent exercer leur puissance, c’est-à-dire la période ac-
Les reins sont la place de la force en même temps que les affections
tuelle de l’absence de Christ. Mais il peut y avoir des moments où la
intimes et les mouvements du cœur ; les reins ceints sont de plus la
puissance de l’ennemi se manifeste d’une manière particulière, le
figure d’un cœur gardé en ordre, se tenant dans la présence de Dieu, et
monde même se dressant contre les saints. Il faut avoir auparavant re-
dont les affections ne se portent pas sans cesse d’un objet à l’autre.
vêtu toute l’armure de Dieu pour pouvoir tenir debout, par la force du
Seigneur, quand l’orage passe et tenir ferme jusqu’au bout. C’est l’ins- C’est la ceinture de la vérité qui opère ce contrôle intérieur des af-
truction donnée par l’histoire de Néhémie et de ceux qui bâtissaient la fections : la puissance de Dieu agit ainsi dans la révélation de toutes
muraille avec lui, tout en combattant : « ceux qui bâtissaient avaient choses comme elles sont, en rapport avec Dieu lui-même (c’est la vérité
chacun leur épée ceinte sur leurs reins et bâtissaient… nous n’ôtâmes = expression de la lumière de Dieu en rapport avec l’état de l’homme,
nos vêtements ; chacun avait son arme à sa droite » (Néh. 4:18, 23). vérité qui est en Jésus, qui est Jésus lui-même et dont l’Assemblée est
la colonne). Cette action de la vérité est présentée ici en rapport avec la
Toutes les armes de Dieu qui constituent cette armure sont essen-
sauvegarde que nous y trouvons contre les attaques de l’ennemi, pour
tiellement pratiques fondées sur ce que Dieu a accompli pour nous.
que nos cœurs soient gouvernés par la Parole de Dieu et gardés dans
C’est un état d’âme subjectif chez le chrétien. Les pièces de l’armure
Sa présence. Satan ne peut ainsi avoir aucune prise sur le cœur, car rien
sont au nombre de sept si on y inclut la prière ; toutes défensives, à
ne répond à ce qu’il offre.
l’exception de la sixième, qui est l’épée de l’Esprit c’est-à-dire la Parole
de Dieu.
Il faut toutes les avoir ensemble et on ne peut les revêtir que dans Éph. 6:14
l’ordre indiqué car elles découlent l’une de l’autre.
2.5.1972
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

Nous sommes revenus sur l’expression du mauvais jour et avons Devant Dieu, notre justice est parfaite : c’est Christ lui-même qui
considéré ensuite les deux premières pièces de l’armure de Dieu. nous a été fait sagesse de la part de Dieu et justice, et sainteté, et ré-
demption (1 Cor. 1:30) et nous sommes la justice de Dieu en Lui (2 Cor.
L’apôtre Paul a annoncé prophétiquement à Timothée (deuxième
5:21). Assis dans les lieux célestes nous n’avons pas besoin d’armure et
épître) l’arrivée des derniers jours, ceux de l’apostasie morale, comme
tout est paix et perfection. Mais ici nous avons besoin de cette armure.
l’apôtre Jean reconnaissait que la dernière heure était caractérisée par
Nous revêtons la cuirasse de la justice en marchant avec Dieu et dans
la présence de l’esprit de l’antichrist.
Sa crainte, enseignés par la grâce à vivre justement (Tite) en conservant
Le mauvais jour présente avant tout un caractère moral : il désigne une bonne conscience devant Dieu et les hommes, comme Paul s’y ap-
des moments où le monde nuit particulièrement aux saints et à l’Assem- pliquait.
blée, Satan exerçant toutes ses ruses et ses tentations pour produire un
Mais cette justice pratique est liée aussi à la crainte de Dieu : Noé,
relâchement moral, un affaiblissement de l’intelligence et de l’énergie
Daniel et Job selon Ézéchiel 14 ont reçu le témoignage de l’approbation
spirituelles qui se traduisent par des faits dans la marche des saints et
divine ; Corneille, vers qui l’apôtre Pierre est envoyé en Actes 10, a reçu
des assemblées. Notre ressource est de tenir ferme contre tout, dans la
le témoignage d’un homme juste et craignant Dieu.
confession de Christ, par la puissance de l’Esprit Saint.
[Pièce 3] La justice est ensuite liée à la paix. « Le fruit de la justice,
L’armure de Dieu se rapporte d’abord à ce qui, en mettant de côté
dans la paix, se sème pour ceux qui procurent la paix » (Jacques 3:18),
la chair et en maintenant l’existence d’une bonne conscience, ôte pra-
de sorte que le chemin de la paix se trouve dans la justice. Une mau-
tiquement toute prise à l’ennemi. C’est pourquoi la ceinture de la vé-
vaise conscience produit de l’irritation envers soi-même et envers les
rité sur les reins et la cuirasse de la justice sont mentionnées les pre-
autres. Quand la conscience est bonne, la paix règne dans l’âme.
mières.
Le nouvel homme, en soi, n’est pas appelé à ceindre la vérité
puisqu’il est créé selon Dieu en justice et sainteté de la vérité. Mais Éph. 6:16, 17
nous avons la chair en nous et Satan contre nous, de sorte que notre
être moral tout entier et les reins — le siège intime de nos affections — 23.5.1972
doivent être maintenus en ordre par l’action de la vérité, dont l’expres- [Pièce 4] Le bouclier de la foi est la confiance entière en Dieu dans
sion est la vérité. la conscience de Sa grâce. Elle est réalisée dans la mesure où la vérité
Si la vérité est connue et saisie dans le cœur, elle devient vérité habite dans le cœur, et la justice caractérise la vie pratique, toute con-
pratique en nous, moralement et doctrinalement, et nos pensées ou fiance dans la chair et en nous-mêmes étant abandonnée (Phil. 3:3 :
nos affections n’errent pas, la volonté est brisée puis maintenue en « nous… qui n’avons pas confiance en la chair »).
bride. C’est ainsi que l’ont peut marcher dans la justice pratique, avec Les dards enflammés du méchant non seulement ne nous attei-
une bonne conscience : on revêt la cuirasse de la justice. gnent pas alors, mais sont éteints, c’est-à-dire perdent toute efficacité.
Il ne s’agit pas ici de convoitises, mais des attaques spirituelles de la
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

part de Satan pour produire souffrances morales et rongement d’esprit notre guerre ne sont pas charnelles, 2 Cor. 10:4). Il faut que Dieu agisse
chez ceux qui n’ont pas une entière confiance en Dieu, dans Sa fidélité par son Esprit (c’est l’épée de l’Esprit), pour nous permettre d’agir se-
et Sa puissance. lon Sa Parole.
Là encore, il ne s’agit pas du combat contre la chair — la question
[Pièce 5] Si nous avons revêtu, avec l’énergie morale que Dieu peut
du vieil homme doit avoir été réglée auparavant — mais d’un combat
accorder, les quatre premières pièces de l’armure, nous recevons,
spirituel contre Satan par une arme spirituelle. Le Seigneur, la Parole
comme une juste conséquence, la cinquième des armes défensives, le
devenue chair, identifié avec la Parole de Dieu nous montre en perfec-
casque du salut : c’est un sentiment de liberté et de joie produit par la
tion comment dans la tentation, Il a toujours répondu à Satan par la
réalisation de tout ce que Dieu a fait et fera pour nous en Christ, depuis
Parole dans la puissance de l’Esprit.
le salut de l’âme jusqu’à l’introduction dans la gloire céleste. Gardés
dans l’assurance d’un salut parfait, nous pouvons marcher la tête
haute, mais dans l’humilité et en réalisant que Dieu est pour nous (selon Éph. 6:17
Rom. 8:31).
30.5.1972
La cuirasse et le casque sont aussi mentionnés par l’apôtre aux
Thessaloniciens (1 Thess. 5:8) : Un croyant ne peut revêtir l’armure complète de Dieu que dans la
• la cuirasse de la foi et de l’amour mesure où il réalise l’affranchissement chrétien et la délivrance de la
• le casque = l’espérance du salut. puissance de la chair. Si celle-ci agit en lui, il sera une proie facile pour
Ces trois vertus qui habitaient de façon si heureuse chez les Thes- Satan, son bouclier tombant à terre, la jouissance de son salut pouvant
saloniciens étant présentées ici en rapport avec la vigilance pour veiller être entièrement perdue.
pendant la nuit jusqu’au retour du maître. C’est pourquoi l’épée de l’Esprit qui est la Parole de Dieu doit
[Pièce 6] Dans l’épître aux Éphésiens, l’armure est présentée pour d’abord accomplir son travail en nous comme l’épée à deux tranchants
le combat spirituel dans les lieux célestes : Lorsque nous sommes mu- de Hébreux 4, avant de pouvoir être employée comme arme contre
nis de ce qui nous protège dans la marche, et que nous réalisons notre l’ennemi : ceci explique qu’on ait dit que cette épée n’avait pas de poi-
confiance en Dieu, et Le connaissant, nous sommes en mesure de pren- gnée, tout était lame en elle.
dre la seule arme offensive, l’épée de l’Esprit qui est la Parole de Dieu
Il faut d’abord que la Parole habite en nous richement (selon Col.
(la deuxième des armes de justice de la main droite et de la main
3). C’est le caractère des jeunes gens de la famille chrétienne de 1 Jean
gauche, 2 Cor. 6:7).
2, qui ont vaincu le méchant, c’est-à-dire Satan. Nous connaissons alors
La Parole de Dieu est la vérité qui sanctifie (Jean 17:17). Dans la
la Parole, elle est la règle de notre vie et nos cœurs ne sont pas habités
mesure où elle a pénétré en nous comme une épée à deux tranchants
par toutes sortes d’objets, même d’apparence innocente. Il faut ensuite
(selon Héb. 4), nous pourrons nous en servir comme d’une épée contre
se servir de la Parole par l’Esprit. La Parole et l’Esprit sont intimement
l’ennemi. Posséder simplement la Parole ne suffit pas, et elle ne peut
liés dans la révélation divine : les deux ressources laissées au résidu
être utilisée par l’intelligence et la capacité humaines (les armes de
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

remonté de la transportation, selon Aggée 2, l’Esprit étant la source de Les prières doivent s’étendre à tout : « toutes sortes de prières »,
puissance qui avait réveillé le résidu pour reprendre le travail de la mai- et s’exprimer avec ferveur, dans la conscience de notre faiblesse : « des
son de l’Éternel (Zach. 4:6 et Esdras 1:5). Les choses librement données prières et des supplications ». Mais il faut aussi prier par l’Esprit de
par Dieu le sont en paroles enseignées de l’Esprit communiquant des même que la Parole de Dieu doit être employée par l’Esprit comme
choses spirituelles par des moyens spirituels, choses que l’homme ani- l’épée de l’Esprit.
mal ne reçoit pas car elles lui sont folie (1 Cor. 2:12-14). À cet égard, La Parole et la prière sont ainsi les deux ressources données par
l’intelligence humaine ne nous est donc d’aucun secours. Dieu pour le temps actuel : les deux deniers du samaritain, les deux ex-
Mais lorsque le Saint Esprit non contristé agit en nous, nous pou- hortations de Hébreux 4 : la Parole de Dieu et le trône de la grâce, liés
vons nous servir de la Parole comme d’une épée par la puissance de ici au service sacerdotal de Christ dans la gloire pour les siens. La prière
l’Esprit. Avec elle nous combattons, mais elle juge aussi tout ce qui et le service de la Parole caractérisaient les apôtres en Actes 6 et la
s’oppose à nous : c’est une arme défensive et offensive dans l’attitude prière est nommée la première comme étant la condition d’un minis-
permanente de vigilance. tère en bénédiction.
Le Seigneur comme homme parfait sur la terre a revêtu cette ar- • La prière est d’abord individuelle dans le secret (discours du Sei-
mure complète de Dieu. Plein de l’Esprit Saint — dont Il était oint sans gneur sur la montagne en Matt. 6) pour nous-même ;
mesure —, Il a été mené par l’Esprit dans le désert où Il a remporté la
• Quand nous sommes dans la détresse : « Alors ils crièrent à l’Éternel
victoire sur Satan par la Parole. Il est écrit, il est encore écrit, il est dit.
dans leur détresse » (Ps. 107:6) ;
Dès lors, dans la puissance de l’Esprit le Seigneur a commencé son
• Si nous manquons de sagesse (Jacques 1:5) pour avoir celle d’en
ministère.
haut ;
• Si nous désirons l’intelligence des choses divines, comme Jérémie :
Éph. 6:18 « Crie vers moi, et je te répondrai, et je te déclarerai des choses
grandes et cachées que tu ne sais pas » (Jér. 33:3).
6.6.1972
Dieu répond à la piété (« Certainement tout homme pieux te
[Pièce 7] Derrière toutes les pièces de l’armure se trouvent un état
priera au temps où l’on te trouve », Ps. 32:6), qui conduit à présenter
et une disposition de cœur qui donnent puissance à ces pièces et cons-
des demandes faites selon Sa volonté : « Si nous demandons quelque
tituent en eux-mêmes la dernière arme : c’est la prière, qui est comme
chose selon sa volonté, il nous écoute… nous savons que nous avons
la respiration de l’âme et qui exprime la dépendance complète de Dieu
les choses que nous lui avons demandées » (1 Jean 5:14, 15), « Si vous
et la confiance en Lui, de façon continuelle :
demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous de-
• Priant en tout temps (Éphésiens 6:18)
manderez ce que vous voudrez, et il vous sera fait » (Jean 15:7).
• Priez sans cesse (1 Thess. 5:17)
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

Si nous prions beaucoup, nous prierons naturellement pour les


autres, tel Paul assiégé par la sollicitude pour toutes les assemblées et Éph. 6:18-20
se dépensant pour les saints ; la prière de la foi peut sauver un malade
et « la fervente supplication du juste peut beaucoup », (Jacques 5:16). 20.6.1972
Nous sommes exhortés à prier en tout temps, comme Daniel, qui Dieu répond aux prières — par lesquelles nous témoignons de
trois fois le jour priait et rendait grâce devant Son Dieu (Daniel 6:10). notre dépendance vis-à-vis de Lui — lorsque les ressources humaines
Le matin comme le Psalmiste : « Éternel ! le matin, tu entendras sont épuisées : c’est ainsi qu’Isaac l’héritier de la promesse, a été donné
ma voix ; le matin, je disposerai ma prière devant toi, et j’attendrai » à Abraham qui avait cru Dieu, alors qu’il n’y avait plus d’espérance.
(Ps. 5:3). Dieu est un secours dans les détresses toujours facile à trouver (Ps.
Le soir : « Que ma prière vienne devant toi comme l’encens, l’élé- 46:1).
vation de mes mains comme l’offrande du soir ! » (Ps. 141:2). Nous sommes appelés à prier par l’Esprit, comme pour toutes les
L’exercice de la prière prend ainsi le caractère d’un combat comme activités du croyant, qui doit être rempli de l’Esprit (Éph. 5:18) et ne
« Épaphras… combattant toujours pour vous par des prières » (Col. doit pas l’attrister (Éph. 4:30) : vivre et marcher (Gal. 5:25), rendre
4:12), comme Moïse qui élevait ses mains vers Dieu pour qu’Israël ait le culte (Philippiens 3:3).
dessus dans le combat contre Amalek en Rephidim (Ex. 17), précieux [v.19-20] La prière doit être persévérante pour tous les saints et
service, caché mais béni, part de ceux qui sont malades ou isolés, mais pour l’apôtre en particulier.
auquel nous sommes tous appelés.
Prier pour ceux qui sont faibles et malades dans leurs corps ou
La prière ne peut être réalisée par la profession qui ne possède pas leurs âmes, pour ceux qui enseignent, qui sont à la tête parmi nous (1
la vie divine. Le Psaume 109 faisant allusion à Judas, déclare même Thess. 5:12), ceux qui paissent le troupeau.
« que sa prière lui soit comptée comme un péché » (Ps. 109:7).
Si l’apôtre priait constamment pour les saints (les Éphésiens en par-
Il peut aussi y avoir de la part de Dieu un endurcissement gouver- ticulier), il réclamait aussi les prières des saints pour lui :
nemental et que Dieu ne répond plus : « Ne prie pas pour ce peuple,
« Frères, priez pour nous » (1 Thess. 5:25),
et ne fais monter pour eux ni cri ni prière » (Jér. 7:16 et 11:14).
« Priez pour nous… je vous prie, d’autant plus instamment de
La prière présente aussi un caractère collectif : la prière de l’as-
faire cela, afin que je vous sois rendu plus tôt » (Héb. 13:18, 19),
semblée, présentée avec l’Esprit et avec l’intelligence (1 Cor. 14),
comme au début des Actes où l’assemblée faisait d’instantes prières « J’espère que, par vos prières, je vous serai donné » (Philémon
pour Pierre en prison. 22).
L’intérêt pour les réunions de prières d’assemblée et les prières ex-
primées reflètent, du reste, le niveau spirituel d’une assemblée.
Ephésiens – Nite-résumés des réunions de semaine à Paris – Jean Muller

[v.21-24] Paul, à ce moment était prisonnier à Rome, ville qui n’a part de Dieu, la hardiesse pour annoncer le mystère de l’évangile, cet
été que sa prison, comme Jérusalem a été celle où s’est achevé son libre évangile qu’il appelle « mon évangile » dans l’épître aux Romains
ministère public dans la puissance de l’Esprit. Mais il était prisonnier du (16 :25) et qui comprend toutes les vérités divines liées à l’œuvre de la
Christ Jésus (3:1), ou dans le Seigneur (4:1), souffrant des afflictions rédemption pour les chrétiens de la période de la grâce.
pour les Éphésiens (3:13), ce qui était leur gloire, il était aussi ambassa- La fin du livre des Actes nous montre que le souhait de l’apôtre a
deur pour Christ quoique lié de chaînes : c’était sa gloire, plus brillante été exaucé et que cette hardiesse dans la prédication du salut de
que celle des grands de ce monde comme Agrippa, devant lequel il rend l’évangile et du royaume de Dieu lui a été accordée (Actes 28).
le si beau témoignage de Actes 26. Ce qu’il désirait c’était d’avoir, de la

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