CONSCIENCE ET INCONSCIENT
Introduction
La question "de la conscience et de l’inconscient" révèle le paradoxe de l'être
humain, un mélange de libre arbitre et de déterminismes cachés. Tandis que la
philosophie classique, incarnée par Descartes et le "je pense, donc je suis", place
la conscience au fondement de l'identité et de la liberté, la psychanalyse
freudienne démontre l'influence prépondérante de l'inconscient, révélant que
nous sommes souvent des inconnus à nous-mêmes. Il est ainsi nécessaire de
concilier ces deux perspectives : la conscience offre la perception de soi et la
capacité de jugement, mais l'inconscient révèle les forces profondes qui nous
meuvent à notre insu. Nous analyserons donc chacune de ces notions lors de
notre travail. Qu’entendons-nous par conscience? Quelle valeur revêt-elle ?
Qu’est-ce-que l’inconscient ? Ses impacts?
I-LA CONSCIENCE
L'étymologie latine du mot conscience, « cum scientia » signifie «savoir avec»,
savoir que l'on sait. En effet, La conscience, c'est l'intuition plus ou moins claire
que l'esprit à de lui-même et du monde qui l’entoure, c'est à-dire le savoir qui
accompagne nos pensées et nos actes. Lorsqu'on fait une action, on est
conscient qu'à cet instant précis on est en train de l'accomplir.
1-Différents types de conscience
a-La conscience morale
La conscience morale est la faculté de l'être humain de juger ses actions (et
celles des autres) selon les principes du bien et du mal, agissant comme un «
juge intérieur » qui guide le comportement à travers un jugement basé sur des
critères éthiques et des valeurs. Elle implique la capacité d'évaluer les
conséquences de ses actes sur les autres, de ressentir de la culpabilité ou de la
fierté, et elle est façonnée par des influences externes comme la culture et
l'éducation, tout en permettant un choix libre et responsable.
b-La conscience immédiate
La conscience immédiate est la saisie spontanée et directe du monde extérieur et
de ses propres états mentaux (pensées, sensations, émotions) au moment où ils
se produisent. Elle s'oppose à la conscience réfléchie, qui est la capacité de
l'esprit à se prendre lui-même pour objet d'analyse et de connaissance. C'est une
forme de conscience de "première personne" qui nous rend présent à ce qui nous
arrive sans nécessiter de réflexion approfondie.
c-La conscience réfléchie
La conscience réfléchie est une forme de conscience où le sujet se prend lui-
même pour objet, effectuant un retour sur ses pensées, ses actions, ou ses états
psychiques pour les analyser et les juger. Contrairement à la conscience
immédiate, tournée vers le monde extérieur, la conscience réfléchie se centre sur
soi-même, permettant la connaissance de soi, le jugement moral et la prise de
responsabilité.
2-Les avantages de la conscience
a-Elle nous distingue des animaux
La conscience est ce pouvoir qu’a l’homme de se mettre à distance de lui-
même, et de se prendre lui-même pour objet de réflexion : que suis-je ? Que dois-
je faire ? Quel est le sens de la vie ?. Nous ne sommes plus simplement « dans le
monde » comme un simple objet posé çà ou là, mais nous nous connaissons
comme inséré dans un monde, en tant que sujet pensant. Cela constitue le
privilège de l’homme : les autres êtres vivants tels que les animaux vivent et
agissent, mais sans en être conscients. Leurs actions sont déterminées par
l’instinct. On ne trouvera jamais par exemple un chien ou un cheval qui médite
sur sa vie, et qui se pose la question du sens de cette dernière. De ce fait, la
conscience est ce qui vient fonder la supériorité humaine, ce par quoi il
surpasse les autres êtres vivants, et même l’univers lui-même s’il faut en croire
Pascal, dans les Pensées : “L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la
nature ; mais c’est un roseau pensant.”
b-Elle est source de liberté
Grâce à la conscience, nous n’agissons pas par simple réflexe, par instinct,
comme on peut penser que c’est le cas chez les animaux. Le principe de nos
actions se trouve dans notre volonté. Nous agissons de telle manière parce que
nous l’avons voulu. N’est-ce pas cela la liberté ? l'absence de contrainte et le
pouvoir de se déterminer soi-même. La conscience révèle la capacité de l'être
humain à choisir entre différents possibles et à décider de son propre devenir,
même si ce n'est pas une liberté absolue. "Conscience signifie choix. Le rôle de la
conscience est de le décider." - Henri Bergson
c-Elle favorise le vivre ensemble
la conscience peut favoriser le vivre-ensemble en développant l'empathie, la
tolérance, la compréhension des autres et en renforçant la capacité de chacun à
s'insérer dans un groupe, à interagir dans le respect des différences et à agir de
manière solidaire. Une conscience éclairée permet de reconnaître l'autre comme
un égal et de construire des relations harmonieuses fondées sur le respect
mutuel. En cultivant une conscience sociale, on favorise l'entraide, la coopération
et la solidarité, créant ainsi des liens forts au sein d'un collectif.
3-Inconvenients de la conscience
a-Obstacle à l'action et à la liberté
La conscience nous permet de prendre conscience de nos propres impulsions,
désirs et émotions, mais aussi des normes sociales, des valeurs morales et des
règles éthiques qui nous guident ou nous contraignent. Cette prise de conscience
peut nous amener à reconnaître des limites que nous ne voyions pas auparavant,
limitant ainsi la liberté d’agir. La conscience de ce que les autres pourraient
penser de nos actions (la honte) peut être un obstacle. ROUSSEAU
dira :”l’homme nait libre , mais partout il est dans les fers”
b-Inconfort existentiel
L'inconvénient de la conscience réside dans sa capacité à nous rendre misérables
en nous confrontant à notre condition de victime de la nature, à nous confronter
à notre propre misère existentielle face à notre finitude (notre condition de
mortels) et notre fragilité, ce qui peut générer de l'angoisse. Parmi ces facteurs
d’inconfort, nous avons La Conscience de la mort. En effet la conscience nous
rend parfaitement conscients de notre propre mort et de notre finitude. Cette
perspective peut être angoissante et source de misère, car elle rappelle notre
condition mortelle et notre insignifiance face à l'univers.
c-Poids de la culpabilité , le remords
Le fait d'agir contre ses propres principes peut provoquer un poids sur la
conscience et engendrer le malheur. Le remords est donc une douleur morale
intense, une culpabilité et une honte qui naissent de la conscience d'avoir mal
agi. Le remords est donc la manifestation douloureuse de la conscience morale
face à une faute. Le mot "remords" vient du latin "remordere", signifiant "mordre
de nouveau", ce qui évoque l'idée d'une douleur qui revient et ronge. Le remords
est le témoignage de la conscience qu'une action (ou inaction) est jugée
moralement répréhensible. Emmanuel Kant dira"Ce tribunal que l'homme sent en
lui est la conscience." Aussi Jean-Jacques Rousseau : «
Conscience ! conscience ! Juge infaillible du bien et du mal ! »
II-L’inconscient
Freud n'a pas apporté de preuves empiriques au sens scientifique, mais des
indices et des manifestations indirectes de l'inconscient, notamment les lapsus et
actes manqués révélant des désirs refoulés, les rêves comme réalisation
déguisée de ces désirs, et les symptômes pathologiques (comme les phobies ou
les troubles de la parole) qui sont des expressions déformées de conflits
inconscients. Pour Freud, ces phénomènes montrent qu'une partie de notre vie
psychique échappe à notre conscience et influence nos comportements et nos
pensées.
1-preuves de l’inconscient chez Freud
a-Les actes manqués (lapsus de mémoire, lapsus lingue)
Ces erreurs apparemment anodines sont, selon Freud, des symptômes de désirs
ou de pensées inconscients qui se sont glissés dans le discours ou les actions
[Link] : Un président qui déclare « je déclare la séance close » au
lieu d'« ouverte » révèle inconsciemment son désir de mettre fin à son travail.
b. Les rêves
Freud, dans son ouvrage « L'Interprétation des rêves », considère les rêves
comme la « voie royale » vers l'inconscient. Ils sont la réalisation déguisée d'un
désir refoulé. Ainsi,Un rêve, même confus ou absurde, peut révéler un désir
secret ou refoulé, qui est une manifestation directe de l'inconscient.
c. Les symptômes pathologiques
Les névroses, les phobies ou d'autres troubles psychiques sont, pour Freud, le
résultat de désirs refoulés qui n'ont pas pu être résolus consciemment. Un patient
souffrant de phobie pourrait inconsciemment manifester des peurs qui sont le
symptôme d'un conflit intérieur plus profond.
2-Trois instances de la psyché selon Freud
Le ça : La partie la plus primitive et inconsciente, qui recherche la satisfaction
immédiate de ses pulsions (principe du plaisir).
Le surmoi : L'intériorisation des règles morales et des interdits sociaux, qui
censure les désirs du ça.
Le moi : Le médiateur qui tente de concilier les exigences du ça, les interdits
du surmoi et la réalité extérieure.
3-La critique de l'inconscient par Sartre
Pour Sartre, l'inconscient freudien n'est qu'une invention de la "mauvaise foi",
c'est-à-dire un déni de notre liberté et de notre responsabilité fondamentale. Il
rejette l'idée d'un déterminisme inconscient, affirmant que nous sommes
"condamnés à être libres" et que tout acte, même apparemment dicté par
l'inconscient, est en réalité un choix conscient de se fuir soi-même. Le
refoulement n'est pas une force aveugle, mais un acte de la conscience qui se
ment à elle-même pour se dédouaner. Sartre critique l'idée d'un inconscient qui
agirait sans que la conscience en ait connaissance. Pour lui, le refoulement d'une
chose implique qu'on ait une conscience, même vague, de cette chose au
moment de la refouler. La célèbre formule "l'inconscient est la mauvaise foi
personnifiée" résume sa pensée. Ce que Freud nomme inconscient n'est qu'une
stratégie de la conscience pour se masquer à elle-même, pour nier sa
liberté. L'hypothèse de l'inconscient permet à l'individu de se déresponsabiliser,
en disant par exemple "c'est plus fort que moi" ou "c'est mon inconscient".
conclusion
Ni la conscience seule, ni l'inconscient seul, ne déterminent entièrement
l'homme. La conscience offre la possibilité de la réflexion, de la liberté et de la
responsabilité, tandis que l'inconscient révèle les forces profondes et les
contraintes qui influencent notre être.