INTRODUCTION :
I. LE CONTEXTE DU NATURALISME :
a. Les mutations sociales :
b. Les mutations urbaines :
c. La fascination pour les sciences :
II. POÉTIQUE DU NATURALISME :
d. LA LITTERATURE DU PEUPLE :
e. UN TRAITEMENT RÉALISTE DE LA VIE :
1. Des sujets banaux :
2. Des héros ordinaires :
III. UNE NARRATION OBJECTIVE :
IV. LE NATURALISME CHEZ ZOLA:
CONCLUSION :
INTRODUCTION :
Dans la continuité du réalisme, le naturalisme (1865-1893) est un mouvement littéraire qui
prône, à partir de l'observation, de l'enquête et de la documentation, une étude et une
description exactes du réel. Le naturalisme se nourrit des découvertes de son époque,
notamment médicales, et il s'instruit de la méthode scientifique qu'il prétend appliquer en
littérature, Une autre de ses innovations est d'avoir voulu, au nom de la vérité, décrire toutes
les classes sociales dont le peuple. Le chef d'école de ce mouvement et son principal acteur
est Emile Zola, qui connait cependant de vives contestations au sein même de ses « troupes》
(Guy de Maupassant, Joris-Karl Huysmans). Le naturalisme se reconnaisse quelques
précurseurs dont Balzac et surtout Flaubert contemporain du début du naturalisme.
I. LE CONTEXTE DU NATURALISME :
a. Les mutations sociales :
La Ill" République est caractérisée par de nouveaux phénomènes économiques consécutifs à
la révolution industrielle : les villes s'agrandissent grâce à l'exode rural et la classe ouvrière, de
plus en plus importante dans le pays, a des revendications sociales nouvelles.
b. Les mutations urbaines :
Le naturalisme est contemporain du développement du capitalisme, de I ‘industrialisation, de
l'essor des grandes villes et de l'exode rural. Paris, qui vient de se transformer grâce aux travaux
du préfet Haussmann, est l'enjeu constant de descriptions naturalistes. Zola déclare ainsi :
Jamais temps n'a été plus grand, plus passionnant, plus gros de futurs prodiges : je suis un
homme qui aime les halles, les gares, les grandes villes modernes, les foules qui les peuplent,
la vie qui s'y décuple ».
L'essor de la classe ouvrière :
La classe ouvrière au sein de la population française voit son importance s’accroitre : inferieure
a cinq millions dans les années 1870, elle atteint six millions a la fin du siècle. La situation des
ouvriers est souvent pénible. Dans les agglomérations industrielles, ils sont écrasés par la
puissance d'une industrie dominante qui fait la fortune de la ville, ainsi au Creusot, à
Montceau-les-Mines, à Roubaix. L'insécurité, la vie au jour le jour, l'absence d'épargne,
l'impossibilité d'accéder à la culture, voilà ce qui définit la classe ouvrière. La journée de douze
heures est habituelle à l'époque. A la fin du siècle, les revendications sociales
Sont de plus en plus véhémentes : le 1er mai 1891, une manifestation ouvrière pour la journée
de huit heures est écrasée dans le sang par les autorités politiques. Les naturalistes,
notamment Zola, sont très tôt conscients de l'injustice sociale et se font les avocats du peuple
dans leurs romans.
c. La fascination pour les sciences :
Le naturalisme nait de la fascination pour toutes les sciences et notamment les sciences nature
liés et médicales. La théorie de l'évolution du savant anglais Charles Darwin, diffuse en français
à partir de 1862, commence à se vulgariser. En excluant d’Humanité toute transcendance et
en suggérant l'animalité originelle de I ‘homme, Darwin exerce une influence fondamentale
sur les travaux naturalistes. Le naturalisme se passionne pour les découvertes de la médecine
et surtout pour celles qui portent sur le pathologique : psychose, névrose, folie,
dégénérescence. Germinie Lacerteux, des frères Goncourt, est le premier exemple d'étude de
la femme hystérique. Guy de Maupassant, lui, suit les cours de Charcot sur la neurasthénie à
la Salpêtrière de 1884 à 1886. Il s'en inspire pour écrire toutes ses nouvelles sur l’aliénation,
dont Le Horla (1887).
II. POÉTIQUE DU NATURALISME :
d. LA LITTERATURE DU PEUPLE :
Après le monde bourgeois illustré par les réalistes, le monde du travail entre dans le roman.
Le roman naturaliste se donne pour enjeu d'explorer tous les milieux sociaux, y compris le
peuple. Deux thèmes, l'adultère et le mauvais ouvrier, sont ressassés par la littérature
naturaliste avec leur cohorte de sujets associés : la prostitution (Elisa des frères Goncourt,
Nana de Zola), Hôpital (Soeur Philomène des frères Goncourt), l'alcoolisme (L'Assommoir de
Zola) et la révolution (Germinal de Zola).
e. UN TRAITEMENT RÉALISTE DE LA VIE :
1. Des sujets banaux :
Le romancier refuse l'intervention de péripéties spectaculaires qui seraient contraires à la
réalité, L'intrigue se débarrasse de tout élément superflu. Ainsi, Une vie (1883) de Maupassant
est le parcours ordinaire qui transforme une jeune fille pleine d'illusions en une grand-mère
désabusée, La nuit de noces, l'accouchement, le veuvage sont les expériences initiatiques
banales d'une héroïne somme toute très ordinaire.
2. Des héros ordinaires :
Pour les mêmes raisons d'objectivité et de vraisemblance, les personnages principaux des
romans naturalistes ne sont plus rien des héros classiques. lls n'ont pas d'attributs
exceptionnels (beauté, intelligence), ils n'ont pas issus de milieux favorisés, ils ne se
caractérisent pas par une volonté a toute épreuve, Ce sont souvent des personnages
médiocres, faibles, voues à l'échec. Gervaise ne résiste pas a l'alcoolisme (L'Assommoir),
Etienne ne réussit pas la révolution (Germinal). Même Bel-Ami, dans Bel-Ami de Maupassant,
en dépit de sa réussite et de sa prestance, est un personnage veule et sans talent. Sans doute,
cette dimension humaine des personnages finit par forcer la sympathie du lecteur. Ces
histoires aux héros ordinaires nécessitent une narration objective, neutre.
III. UNE NARRATION OBJECTIVE :
L'écrivain comme le scientifique vise à l'objectivité. Le romancier naturaliste affecte de
disparaitre derrière l'action. C'est ce qui explique l'abandon du narrateur omniscient et le choix
principal de la focalisation interne. Une autre technique narrative, utilisée par les romanciers
naturalistes après Flaubert, est le discours indirect libre qui permet de faire fusionner discours
du narrateur et discours du personnage.
La focalisation interne :
Les scènes naturalistes sont vues, le plus souvent, par les yeux des personnages. Ainsi, au
début de Germinal, Etienne Lantier erre en pleine nuit sur la route venteuse du Nord. Il est pris
d'une sorte d'hallucination devant les entrées des mines qu'il confond avec les silhouettes
fantastiques de monstres antiques. Le lecteur partage le point de vue d'Etienne et n'est rassuré
qu'au moment même où celui-ci parvient à dissiper l'illusion
Le discours indirect libre :
Le discours indirect libre permet de rendre compte du langage propre des personnages sans
les inconvénients du discours direct (qui représente une parole brute, sans art) ni ceux du
discours indirect (qui est un discours d'auteur distancié de la réalité du langage populaire). Le
discours indirect libre offre le seul moyen de satisfaire simultanément aux exigences du
naturalisme et de la littérature. Par ce procédé, le romancier peut offrir la parole au peuple,
tout en maitrisant sa syntaxe et son vocabulaire, en les intégrant à l'économie d'une narration,
efficace et concise.
ÉMILE ZOLA:
Émile Francois Zola est un écrivain et journaliste français, né à Paris le 2 avril 1840 et mort dans
la même ville le 29 septembre [Link]éré comme le chef de file du naturalisme, c'est l'un
des romanciers français les plus populaires, les plus publiés, traduits et commentés au monde.
Ses romans ont connu de très nombreuses adaptations au cinéma et à la télévision.
Sa vie et son œuvre ont fait l'objet de nombreuses études historiques. Sur le plan littéraire, il
est principalement connu pour Les Rougon-Macquart, fresque romanesque en vingt volumes
dépeignant la société française sous le Second Empire et qui met en scène la trajectoire de la
famille des Rougon-Macquart, à travers ses différentes générations et dont chacun des
représentants d'une époque et d'une génération particulière fait l'objet d'un roman.
Les dernières années de sa vie sont marquées par son engagement dans l'affaire Dreyfus avec
la publication en janvier 1898, dans le quotidien L'[Link] l'article intitulé 《 J'accuse » qui
lui a valu un procès pour diffamation et un exil à Londres dans la même année.
IV. LE NATURALISME CHEZ ZOLA:
Dès le début du 18tm siècle, ce dérivé savant de « naturel » avait désigné le système
symbolique, et notamment mythologique d'interprétation des
Phénomènes de la nature. Vers le milieu du siècle, le terme naturalisme s'emploie pour
dénommer les théories excluant toute causalité surnaturelle. Au 18ème siècle, le mot
s'emploie aussi en science pour désigner le caractère naturel de quelque chose, d'un
phénomène. Peu à peu, ce terme tombe en désuétude jusqu'en 1857 où la Revue Moderne
publie un texte du critique d'art Castagnary qualifiant la peinture de Courbet de naturaliste ;
le sens en est ici : peintre traitant de la nature avec réalisme.
Zola, au nom de la modernité rejette le romantisme « démodé comme un jargon que nous
n'entendons plus ». Il faut noter que c'est au nom de cette même modernité que les
romantiques étaient partis en guerre contre les classiques. Zola poursuit le but d'une
littérature scientifique qui « obéisse à l’évolution générale du siècle ». En rendant au Congrès
scientifique de France en 1866, Zola adresse un mémoire mettant en rapport roman naturaliste
et épopée. Or, le genre épique est un genre spécifique à la Grèce Antique : on reconnait donc
l'influence du déterminisme défini par Taine dans ses œuvres de critique littéraire, influence
reconnue par Zola. Zola applique en effet, la fameuse démarche critique de Taine : 《la race,
le milieu, le moment et la faculté maitresse ». Zola applique ce protocole à la technique
romanesque transformée en « étude du tempérament et des modifications profondes de
l'organisme sous la pression des milieux et des circonstances ». Dans cette préface, Zola parle
pour la première fois d'un « groupe d'écrivain naturaliste ».
Le naturalisme consiste en fait en la recherche des causes du vice dans I ‘hérédité et Zola va
s'élever contre le romantisme en donnant trois définitions importantes.
·Ecran classique: écran qui rend les couleurs que l'auteur veut bien donner.
·Ecran romantique: écran qui rend aveugle l'intelligence et cache la vérité.
. Ecran réaliste : écran qui donne la vision la plus objective.
Le romancier naturaliste est alors « observateur et expérimentateur. L’observateur accumule
des renseignements sur les milieux sociaux, sur les conditions de vie et d'environnement. Il va
cerner d'aussi près que possible une réalité qu'il va tenter de transposer dans la réalité du
langage. Puis l'expérimentateur prend le relais, organisant les faits recueillis, montant en
quelque sorte un mécanisme où tout s'enchaine en fonction de la double détermination de
l'hérédité et du milieu. Le personnage naturaliste est moins la marionnette d'un créateur que
celle d'un système et d'une méthode. Le romancier naturaliste a un but moral. Zola écrit : «
nous sommes les juges d'instruction des hommes et de leurs passions, c'est à dire des
moralistes expérimentateurs ».
On peut se demander ce que devient l'écriture naturaliste dans cette perspective plus
scientiste, c'est à dire qui prétend résoudre des problèmes
Philosophiques par la science, que scientifique. Réduit à un simple véhicule, le style se confond
avec le sens du réel dont la définition consiste à « sentir la nature et la rendre telle qu'elle est
» d'où la nécessité d'une langue qui ne soit pas écran. Quoique les naturalistes aient multiplié
les déclarations selon lesquelles le naturalisme s'intéresse autant au vice qu à la vertu, 《la
littérature n'est pas toute dans l'ouvrier, elle est aussi dans la nature qu'elle peint》 La
littérature naturaliste proposera en fait essentiellement des figures populaires (ouvriers et
petits fonctionnaires) dans un décor urbain.
CONCLUSION :
Lorsque Emile Zola publie en 1893 le vingtième et dernier volume des Rougon-Macquart, Le
Docteur Pascal, c'est un roman psychologique, illustré par Paul Bourget, Pierre Loti et Anatole
France, le symbolisme et le décadentisme qui séduisent désormais. Le naturalisme semble
donc illustrer une loi des mouvements littéraires qui veut que le succès entraine leur
dissolution plus vite que l 'échec. Il manifeste de manière exemplaire la différence qui peut
exister entre un appareil théorique lourd comme celui mobilise par Zola et I' œuvre elle-même.
Par souci de se démarquer du romantisme, Emile Zola souligne de manière un peu excessive
la nécessité réaliste et scientifique du roman naturaliste. Or, tous les critiques ont montré que
son œuvre était a contrario un appel constant à l'imaginaire, au symbole. Cependant, c’est
cette revendication matérialiste du naturalisme que vont retenir les mouvements suivants. Le
surréalisme et le Nouveau Roman vont se construire contre cette pesanteur réaliste.