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Journal de pédiatrie et de puériculture (2010) 23, 84—95

ARTICLE EMC

Diarrhées aiguës de l’enfant夽


C. Dupont

Service de néonatologie et nutrition, hôpital Saint-Vincent-de-Paul,


université Paris-Descartes, 82, avenue Denfert-Rochereau, 75674 Paris cedex 14, France

La diarrhée aiguë est toujours potentiellement grave chez l’enfant, mais les variations des
tableaux cliniques sont importantes. De nombreuses recommandations existent, mais on ne
peut définir des indications thérapeutiques applicables à tous les cas. L’analyse clinique et
l’évaluation de la déshydratation sont cruciales. Les solutions de réhydratation par voie orale
sont d’utilisation systématique chez le jeune enfant. Le traitement antibiotique est réservé
à certaines étiologies. Les médicaments antidiarrhéiques sont utiles, toujours en complément
de la réhydratation par voie orale. La réalimentation précoce est systématique. Le processus
diarrhéique peut durer quelques jours, comme par exemple lors d’une infection à rotavirus,
cause la plus fréquente des diarrhées. Toute persistance exagérée doit faire rechercher un
risque de passage à la chronicité, source de dénutrition qu’il faut savoir prévenir.
© 2010 Publié par Elsevier Masson SAS.

Introduction
La diarrhée aiguë est toujours potentiellement grave chez l’enfant, mais les variations
des tableaux cliniques sont telles qu’on ne peut définir des indications thérapeutiques
applicables à tous les cas. L’analyse clinique est primordiale. Aucun marqueur biologique ne
remplace l’examen du médecin. Les prescriptions essentielles concernent la réhydratation,
en urgence et a priori systématique, et le traitement antibiotique éventuellement. La

夽 Grâce au partenariat mis en place en 2010 entre la revue Journal de pédiatrie et de puériculture et l’EMC, les articles de cette
rubrique sont issus des traités EMC. Celui-ci porte la mention suivante : Dupont C. Diarrhées aiguës de l’enfant. EMC (Elsevier Masson SAS,
Paris), Pédiatrie, 4-014-N-10, 2009. Nous remercions l’auteur qui a accepté que son texte, publié initialement dans les traités EMC,
puisse être repris ici.
Adresse e-mail : [Link]@[Link].

0987-7983/$ — see front matter © 2010 Publié par Elsevier Masson SAS.
doi:10.1016/[Link].2010.03.008
Diarrhées aiguës de l’enfant 85

vigilance est nécessaire car une aggravation est toujours


Tableau 1 Fréquence des entéropathogènes chez les
possible. Même dans les pays industrialisés, la mortalité
enfants européens de 0 à 5 ans (d’après [1]).
est loin d’être négligeable, probablement 250 cas par an en
Europe. Le processus diarrhéique peut durer quelques jours, Pathogènes Fréquence (%)
comme par exemple lors d’une infection à rotavirus, cause
Rotavirus 10-35
la plus fréquente des diarrhées. Toute persistance exagérée
Norovirus 2-20
doit faire rechercher un risque de passage à la chronicité,
Campylobacter 4-13
source de dénutrition qu’il faut savoir prévenir.
Adénovirus 2-10
Salmonella 5-8
EPEC 1-4,5
POINT ESSENTIEL
Yersinia 0,4-3
Définition de la diarrhée aiguë Giardia 0,9-3
La gastroentérite aiguë se définit généralement Cryptosporidium 0-3
comme une diminution de la consistance des selles EaggEC 0-2
(molles ou liquides) et/ou une augmentation de leur Shigella 0,3-1,4
fréquence (typiquement 3 par 24 heures), avec ou STEC 0-3
sans fièvre et/ou vomissements. La diarrhée dure ETEC 0-0,5
typiquement moins de 7 jours et toujours moins de Entamoeba 0-4
14 jours. Toutefois, une modification de la consistance Pas d’agent détecté 4,5-60
des selles par rapport à l’état antérieur est plus
EPEC : E. coli entéropathogène ; EAggEC : enteroaggregative
significative d’une diarrhée que le nombre de selles,
E. coli ; STEC : Shiga-toxin producing E. coli ; ETEC : E. coli
surtout dans les premiers mois de vie [1]. entérotoxinogène.

de gastroentérite dans une communauté d’enfants (crèche,


Physiopathologie de la diarrhée aiguë école) peut montrer une intoxication et aider à la mise en
œuvre éventuelle de mesures de prévention. Les demandes
La diarrhée est une élimination trop rapide de selles conte- de coproculture sont donc souvent limitées aux infections
nant principalement de l’eau. Cette définition simplifiée hospitalières, aux épidémies de crèche et aux diarrhées glai-
permet d’inclure les deux principaux mécanismes des diar- rosanglantes.
rhées infectieuses : les diarrhées par troubles de la sécrétion Les agents infectieux les plus souvent retrouvés au cours
et les diarrhées invasives par troubles de l’absorption. des gastroentérites infantiles (Tableau 1) varient selon les
Les toxines de certains agents pathogènes (entérotoxine études et les techniques de recherche ainsi que selon l’âge
cholérique, toxine thermolabile ou thermostable des coliba- de l’enfant (Tableau 2).
cilles entéropathogènes et certaines toxines virales, comme
NSP4 du rotavirus) stimulent différentes voies de signalisa- Diarrhées virales
tion, comme l’adénylcyclase membranaire, qui accroît la
sécrétion de sodium et de chlore vers la lumière intesti- Les virus sont la cause la plus fréquente des gastroenté-
nale. Cette sécrétion accrue entraîne l’eau et provoque une rites aiguës de l’enfant, particulièrement avant l’âge de
diarrhée de type aqueux. Les diarrhées invasives se caracté- 2 ans. Les diarrhées virales sont aqueuses et entraînent
risent par une destruction des entérocytes et une effraction souvent des déshydratations qui demandent à être compen-
villositaire, au niveau du grêle initial pour les virus, de la sées par des solutions de réhydratation orale. Les rotavirus
partie iléocolique pour la plupart des bactéries. Quand les représentent probablement 50 % des causes virales et leur
deux mécanismes s’associent, le trouble d’absorption des recherche est aisée car il existe des kits commerciaux très
sécrétions intraluminales s’ajoute à la nécrose cellulaire fiables (en particulier pour les techniques enzyme linked
pour entraîner un syndrome dysentérique. Le mécanisme immunosorbent assay [Elisa]). La place des autres virus
sécrétoire est impliqué, à un degré plus ou moins important, est sous-estimée, faute d’identification de routine et de
dans toutes les diarrhées de l’enfant. connaissance de tous les agents viraux de la diarrhée aiguë.

Causes des diarrhées aiguës Tableau 2 Entéropathogènes en fonction de l’âge de


l’enfant (d’après [1]).
L’épidémiologie des diarrhées aiguës de l’enfant est incom-
plète dans notre pays car la cause infectieuse d’une < 1 an 1—4 ans > 5 ans
gastroentérite infantile sans complication est rarement Rotavirus Rotavirus Campylobacter
recherchée en routine. Les diarrhées virales sont les plus Norovirus Norovirus Salmonella
fréquentes et les indications des antibiotiques rares. Chez Adénovirus Adénovirus Rotavirus
l’enfant hospitalisé, la recherche étiologique est utile pour Salmonella Salmonella
éviter ou limiter les infections nosocomiales et, dans les Campylobacter
cas les plus sévères, pour rechercher une diffusion septicé- Yersinia
mique. De même, la recherche de la cause d’une épidémie
86 C. Dupont

Rotavirus Diarrhées bactériennes


Le rotavirus (virus à ARN, famille des Reoviridae) possède
au moins quatre sérotypes, liés à des segments génomiques Les diarrhées bactériennes peuvent être aqueuses, comme
spécifiques et deux sous-groupes. Il est responsable de 30 % le choléra, mais seraient plus souvent glairosanglantes, avec
à 50 % des gastroentérites aiguës de l’enfant et de plus une fièvre élevée. Cette différence est toute relative : la
de 70 % de celles des nourrissons de moins de 1 an. La diarrhée glairosanglante est possible au cours des infections
transmission est féco-orale. L’épidémie est hivernale, sur à rotavirus et bien plus rare dans les salmonelloses. Les
un fond endémique discret, avec des contaminations intra- diarrhées bactériennes, en particulier à salmonelles et shi-
familiales et dans les crèches. Quelle que soit la saison, gelles, surviennent par petites épidémies intrafamiliales ou
de petites épidémies peuvent survenir dans les collectivi- en collectivité. Il est donc utile de faire une coproculture en
tés de nouveau-nés, chez qui la primo-infection déclenche cas de syndrome fébrile important, de diarrhée prolongée,
une diarrhée plus ou moins marquée ou des symptômes ou de mauvaise tolérance clinique, surtout chez le jeune
plus atypiques, comme des malaises. Beaucoup d’infections enfant.
sont modérées ou asymptomatiques puisque 90 % de la
population générale présente des anticorps sériques. Les Diarrhée à salmonelles
réinfections successives de l’enfant génèrent de moins en L’incidence des salmonelloses est sous-estimée en pédiatrie
moins d’épisodes cliniques et la diarrhée aiguë à rotavirus en raison du caractère bénin de nombreuses gastroentérites
est rare chez le grand enfant et l’adulte. En période endé- à salmonelles qui ne donnent pas lieu à coproculture. Sur
mique, beaucoup d’enfants et d’adultes sont des porteurs plus de 2 200 sérotypes de salmonelles, S. typhimutium et
asymptomatiques, ce qui favorise la dissémination du virus. S. enteritidis représentent 75 % du total des souches isolées
Les diarrhées à rotavirus sont plus sévères que les autres en France. La fièvre typhoïde (S. typhi), rare chez le jeune
diarrhées virales, parce que le virus sécrète une toxine enfant, se présente exceptionnellement comme une simple
sécrétoire (NSP4) et parce que l’infection survient dans la diarrhée aiguë. Les salmonelles non typhoïdiques peuvent,
première année de vie. La période d’incubation est de 2 à en pédiatrie, entraîner des tableaux gravissimes.
4 jours. Les selles sont liquides et abondantes, quelque-
fois sanglantes. La fièvre est élevée, l’atteinte générale Tableau clinique
et les vomissements fréquents, les convulsions hyperther- Les gastroentérites aiguës à salmonelles ne requièrent aucun
miques et un syndrome inflammatoire biologique possible traitement antibiotique si elles sont brèves et rapide-
(par exemple, taux de protéine C réactive très élevé). Le ment résolutives. Quand la diarrhée se prolonge au-delà de
maximum de la diarrhée est atteint en 24 à 48 heures. 4 jours, même sans fièvre, le traitement antibiotique est
La mise en évidence directe du rotavirus dans les selles cependant utile et contribue à raccourcir la durée de la
peut se faire par la microscopie électronique mais les tech- diarrhée. La seule indication au traitement systématique
niques les plus employées sont immunologiques (Elisa ou concerne le jeune nourrisson au-dessous de l’âge de 6 mois,
agrégation de particules de latex portant les anticorps). chez qui le risque de bactériémie est important, avec pos-
sibilité de localisations secondaires (méningites).
Autres virus À côté des gastroentérites à salmonelles banales et tran-
sitoires, les salmonelloses sévères avec signes d’invasivité
Les norovirus sont de plus en plus fréquemment reconnus, (diarrhée sanglante et profuse, fièvre persistante, atteinte
apparaissant juste après le rotavirus dans certaines séries, de l’état général) imposent un traitement antibiotique.
parfois responsables d’épidémies communautaires.
Les adénovirus entériques (sérotypes 40 et 41) sont égale- Traitement
ment susceptibles d’entraîner des diarrhées chez l’enfant. La gravité des tableaux cliniques des salmonelloses est
À la différence des autres adénovirus, ils sont difficiles à imprévisible et l’indication d’une antibiothérapie chez le
cultiver et ont été observés au microscope électronique lors jeune enfant se fonde sur des critères cliniques. Cette varia-
des examens pour rotavirus. Ils sont rarement recherchés et bilité du tableau, jointe au caractère très contagieux du
mis en évidence. germe, incite à surveiller l’entourage et à rechercher des
Les calicivirus, à ARN sans enveloppe, ont été recon- salmonelles chez les proches pour éviter qu’ils ne conta-
nus comme agents pathogènes lors de la description d’une minent d’autres sujets, notamment les patients à risque,
diarrhée chez des écoliers de Norwalk (Ohio, États-Unis) en drépanocytaires ou avec un déficit immunitaire.
1972, d’où le nom de virus Norwalk. Par la suite, d’autres Les ␤-lactamines, de faible pénétration intracellulaire,
calicivirus ont été mis en évidence (Norwalk-like) chez sont actives pendant la phase de dissémination et guérissent
l’homme et les animaux et ont été retrouvés dans de nom- l’épisode infectieux aigu. En revanche, elles ne peuvent pas
breux pays comme agents responsables de 2 % à 6 % des atteindre tous les foyers intracellulaires, ce qui explique les
diarrhées infantiles. Leur mise en évidence reste encore rechutes de la fièvre typhoïde malgré un traitement bien
du domaine de la recherche (microscopie électronique et conduit. Les fluoroquinolones sont le meilleur traitement
sérologies spécifiques). actuel des salmonelloses de l’adulte, car elles combinent
Les astrovirus, virus à ARN sans enveloppe, sont à une activité sur les salmonelles et une forte pénétration
l’origine d’épidémies de gastroentérites infantiles. intracellulaire. Elles ne peuvent pas être employées en
Les coronavirus sont probablement associés aux diar- pédiatrie en première intention pour des raisons de toxicité
rhées infantiles, mais il n’existe pas de preuve définitive. articulaire potentielle.
Ils sont facilement mis en évidence par la microscopie élec- En pratique, il est habituel de débuter par une céphalo-
tronique. sporine de 3e génération injectable, avec un relais per os par
Diarrhées aiguës de l’enfant 87

l’amoxicilline dès l’amélioration et, en cas d’échec clinique, quoique possible. Elle pourrait franchement aggraver les
une fluoroquinolone. troubles si le SHU a débuté. La vérification des paramètres
sanguins rénaux avant une antibiothérapie devant une diar-
Portage asymptomatique
rhée sanglante serait donc de bonne règle.
Le portage asymptomatique des salmonelles dans les selles
après un épisode aigu est fréquent. Les risques d’un portage
prolongé, pour l’enfant lui-même et pour son entourage,
POINTS IMPORTANTS
sont mal connus et les traitements possibles très peu éva-
lués. Ce portage asymptomatique dépend largement de E. coli 0157H7 et le syndrome hémolytique et
l’âge du sujet : presque 50 % des enfants de moins de 5 ans urémique
et 16 % des adultes excrètent le germe dans leurs selles Les colibacilles sécréteurs de Shiga- (véro-) toxines
plusieurs semaines après l’épisode aigu. sont des germes saprophytes du tube digestif des
Les recommandations officielles sont précises pour mammifères, dont le réservoir se situe principalement
les salmonelles typhoïdiques (S. typhi et paratyphi A ou chez les ruminants domestiques. La contamination
B) : l’éviction scolaire est requise jusqu’à disparition du humaine est possible par la consommation de viande ou
germe sur deux coprocultures successives, espacées de de lait, ou par la consommation d’eau douce (rivière,
8 jours (décret 73-75 du 22 janvier 1973). Il n’existe pas de lac) dans des zones d’élevage.
contrainte légale pour les salmonelles non typhoïdiques et Les gastroentérites provoquées par ces colibacilles,
l’initiative est laissée aux responsables des crèches ou des parfois épidémiques, s’accompagnent dans la moitié
écoles. des cas (seulement) d’une diarrhée sanglante
et se compliquent dans 10 à 15 % des cas de
Diarrhée à Escherichia coli (E. coli) SHU (une centaine par an en France, avec une
Le genre Escherichia comprend cinq espèces dont E. coli est incidence de 0,8 cas/an/100 000 enfants < 15 ans ; mais
de loin la plus importante. Les colibacilles sont des commen- 3,3 cas/an/100 000 < 3 ans).
saux du tube digestif largement répandus et le diagnostic E. coli 0157H7 est le plus fréquemment retrouvé
de gastroentérite à colibacilles impose que la coproculture comme à l’origine d’un SHU, mais d’autres sérotypes
recherche des souches qui ont un pouvoir pathogène parti- peuvent être en cause (0111, 026, 0103, 0126).
culier. En pratique, les tests sont difficiles et on s’oriente La prévention est essentiellement d’ordre sanitaire
vers la biologie moléculaire pratiquée par les laboratoires par la surveillance vétérinaire des troupeaux et de la
de référence. qualité des produits alimentaires (boucherie, laiterie,
fromagerie) et l’extension de la pasteurisation.
E. coli entéropathogène Les conseils à donner aux familles, particulièrement
L’E. coli entéropathogène (EPEC), responsable de nom- pour les enfants plus petits (< 3 ans), sont de cuire les
breuses diarrhées infantiles dans le tiers-monde, est à viandes « à cœur » (notamment le steak haché) et de
l’origine des épidémies des années 1950 et 1960 dans les préférer les fromages pasteurisés et cuits.
pays occidentaux, en particulier pour les sérotypes 0111 et Durant les périodes de vacances, la rupture de la
055. Le cotrimoxazole est parfois utile, mais le principal chaîne du froid, l’utilisation de glacière plutôt que de
traitement est celui de la déshydratation par les solutés de réfrigérateur, la consommation d’eau douce (torrent,
réhydratation orale. puits) lors de randonnées sont autant de facteurs de
E. coli entérotoxinogène risque évitables et donc à connaître.
L’E. coli entérotoxinogène (ETEC) est la principale cause de
diarrhée bactérienne infantile dans le tiers-monde et une
cause majeure de diarrhée des voyageurs chez l’adulte. La
diarrhée est sévère, de type toxinique, et nécessite l’emploi Diarrhée à shigelles
de solutés de réhydratation orale mais sans traitement anti-
Les shigelles, bactéries à Gram négatif non encapsu-
biotique.
lées, sont réparties en 40 sérotypes appartenant à quatre
E. coli entérohémorragique sérogroupes : A (Shigella dysenteriae), B (S. flexneri), C
Les E. coli entérohémorragiques (EHEC) correspondent à une (S. boydii) et D (S. sonnei). Les souches à l’origine des
souche rare (E. coli 0157 : H7) productrice de vérotoxine formes les plus graves, avec une mortalité élevée, sont
(ou Shiga-like-toxin), responsable d’un tableau digestif fait S. dysenteriae et S. flexneri. Toutes les souches de shigelles
d’une diarrhée sanglante ou limité à une diarrhée banale sécrètent aussi à des degrés divers une vérotoxine ou Shiga-
ou encore quasi asymptomatique. Cette toxine induit dans like-toxin, (le premier SHU a été décrit au cours d’une
10 % à 15 % des cas un syndrome hémolytique et urémique infection à shigelles).
(SHU), lié au déclenchement par la toxine d’une microangio- Les shigelles et les E. coli entéro-invasifs, très proches
pathie thrombotique glomérulaire, manifestation localisée des shigelles, dont ils possèdent les gènes de virulence,
d’une coagulation intravasculaire, dont les manifestations induisent des dysenteries bacillaires. Les shigelloses ne
cliniques sont une anémie sévère avec schizocytes, une concernent pas seulement le tiers-monde : les épidémies
thrombopénie, une insuffisance rénale et une protéinurie. sont possibles en France. Les shigelloses sont une des varié-
Le risque de SHU est d’autant plus élevé que l’enfant est tés les plus transmissibles de diarrhée.
plus jeune, âgé de moins de 3 ans. Le tableau clinique, très variable, est une banale diar-
Le traitement antibiotique représente une question dif- rhée guérissant spontanément ou au contraire un syndrome
ficile : son efficacité sur la survenue d’un SHU est discutée dysentérique avec choc et manifestations neurologiques.
88 C. Dupont

Les convulsions sont très fréquentes : la coproculture est contaminés, essentiellement viandes et produits laitiers.
systématique chez un enfant fébrile et diarrhéique qui Leur fréquence est mal connue car la déclaration obliga-
convulse. toire est peu adaptée aux différents aspects cliniques des
La recherche de shigelles par la coproculture n’est pas toxi-infections alimentaires chez l’enfant et la recherche
toujours aisée, le nombre de germes pouvant être faible : étiologique est souvent imparfaite.
il faut refaire les coprocultures plusieurs fois. Ceci est La présence de nombreux staphylocoques dans les selles
d’autant plus important que le souci épidémiologique doit d’un enfant ayant une diarrhée traînante est un problème
être constant : il faut déclarer aux autorités sanitaires les souvent évoqué en pédiatrie. Le traitement antibiotique
épidémies familiales, qui génèrent un risque collectif réel. n’est pas indiqué de façon systématique, mais le transit
La diarrhée à shigelles doit recevoir un traite- semble parfois réellement régularisé par l’éradication des
ment antibiotique. Le traitement de première inten- staphylocoques.
tion par l’ampicilline (100 mg/kg/j) ou le cotrimoxazole
(50 mg/kg/j) reste la référence en cas de sensibilité des
souches ainsi que par l’acide nalidixique (30 à 50 mg/kg/j Évaluation de la sévérité de la diarrhée
en 3 prises pendant 5 jours). Sinon, la ceftriaxone est utile
aiguë
mais elle nécessite deux à cinq injections pour être effi-
cace. Dans les cas d’épidémies à germes multirésistants, les Le risque de la diarrhée aiguë est de façon quasi exclusive la
fluoroquinolones sont devenues indispensables même chez déshydratation. Quand un médecin voit un enfant à risque
l’enfant, et l’espoir de pouvoir traiter avec une dose unique de déshydratation, il s’aide d’une combinaison de signes
est réel. et symptômes, qu’il doit connaître (Tableau 3). Ces signes
et symptômes peuvent-ils constituer un score, permettant
Diarrhée à Campylobacter d’optimiser le diagnostic ? Plusieurs scores de sévérité de la
Le genre Campylobacter regroupe plusieurs espèces dont déshydratation ont été définis. Celui dit de Ruuska-Vesikari
la plus importante est Campylobacter jejuni. Les diarrhées [3] est un score à 20 points, d’abord développé pour étudier
à Campylobacter sont plus fréquentes que les diarrhées à l’efficacité de la vaccination antirotavirus, et également uti-
shigelles et leur incidence est sous-estimée. Le traitement lisé pour évaluer la sévérité de l’infection à rotavirus dans
n’est indiqué que dans les formes sévères et prolongées ou une étude européenne récente [4]. Toutefois, aucune don-
chez les sujets immunodéprimés. Il faut traiter les enfants née ne permet de valider un score au niveau de la prise en
en collectivité présentant une diarrhée prolongée, et les charge individuelle, de sorte que l’analyse et l’expérience
formes plus sévères avec fièvre et diarrhée sanglante, où du médecin sont de valeur primordiale. Les facteurs de
le diagnostic peut être fait à l’examen direct des selles risque de déshydratation et ses manifestations ont été bien
retrouvant parfois le Campylobacter. décrits [5].
Généralement, on prescrit chez l’enfant des macrolides
pour une durée de 5 à 7 jours. Les antibiotiques ne sont Facteurs de risque de déshydratation
efficaces sur la durée de la diarrhée que s’ils sont entre-
pris très tôt, ce qui est rarement possible car le germe Les facteurs de risque de déshydratation sont les situations
n’est isolé qu’au 5e jour de la coproculture. Par ailleurs, où la gastroentérite risque de décompenser une maladie
l’excrétion du germe dans les selles peut persister plu- sous-jacente :
sieurs semaines après la guérison clinique de l’épisode • âge < 6 mois ;
diarrhéique. • antécédents de prématurité, de retard de croissance
intra-utérin ;
Choléra • cardiopathie, insuffisance respiratoire chronique, muco-
Les cas recensés en France chez l’enfant sont rares et impor- viscidose, maladie métabolique, diabète, insuffisance
tés. Le diagnostic est aisé en zone endémique ou lors d’une rénale chronique, insuffisance surrénale ;
• fréquence des selles au-dessus de 8 par jour ou des vomis-
épidémie. Il faut y penser pour rechercher le vibrion par la
coproculture. Chez le patient diarrhéique de retour d’une sements au-dessus de 4 par jour.
zone d’endémie, il doit être recherché au même titre que
les shigelles, les colibacilles, les Campylobacter ou les sal-
monelles. POINTS IMPORTANTS
L’antibiothérapie ne réduit qu’en partie la durée de la
diarrhée. Elle diminue surtout le portage, donc le risque de Les signes de gravité [5] :
contamination. Schématiquement, les antibiotiques servent • pli cutané persistant ;
surtout à traiter la collectivité, en diminuant le risque de • temps de recoloration cutanée > 2 s ;
transmission du choléra. L’individu n’est traité que par la • altération de l’état général ;
solution de réhydratation orale, qui seule guérit la mala- • absence de larmes lors des pleurs ;
die. • respiration rapide ;
• muqueuses sèches ;
Diarrhées à staphylocoques • yeux cernés ;
• pouls radial anormal ;
Plus de 50 % des souches de staphylocoques dorés peuvent • tachycardie (> 150/min).
produire des entérotoxines. Les toxi-infections alimen-
taires à staphylocoques sont liées à l’ingestion d’aliments
Diarrhées aiguës de l’enfant 89

Diagnostic de déshydratation

% de perte
Le diagnostic de déshydratation nécessite l’association de

de poids
plusieurs signes cliniques, la sensibilité et la spécificité de

5—10
chacun étant médiocre. Le nombre de signes présents aug-

> 10
<5
mente avec l’importance de la déshydratation :
• soif intense ou pleurs incessants chez le jeune nourrisson ;
• sécheresse de la muqueuse jugale ;
• pli cutané persistant (à rechercher au niveau du cou ou

rétracte lentement
immédiatement sous la clavicule) ;
• cernes, hypotonie des globes oculaires ;
Pli cutané se

Pli cutané se

Pli cutané se
rétracte très
• absence de larmes lors des pleurs ;

lentement
• fontanelle antérieure creuse.
rétracte
Peau

Diagnostic de choc hypovolémique


Les signes de choc hypovolémique (déshydratation plasma-
tique) associent aux signes précédents :
normalement n’a

Boit mal ou n’est

• troubles de la conscience, enfant irritable, inconsolable ;


pas capable de

• teint gris, cyanosé, extrémités froides ;


Assoiffé, boit

• tachycardie (fréquence cardiaque > 160/min chez le nour-


avidement
pas soif

risson) ;
• polypnée > 40/min ;
boire
Boit
Soif

• allongement du temps de recoloration cutané, mesuré au


niveau du front, ou du sternum (et non au niveau des
extrémités), et pathologique au-delà de 2 s ;
Bouche/langue

• l’hypotension est un signe trop tardif chez l’enfant (du


fait de l’importance de la vasoconstriction maintenant
Très sèches

une pression artérielle longtemps normale) ;


Humides

• l’oligurie et l’anurie sont difficiles à constater sans un


Sèches

dispositif de recueil des urines.

La constatation de signes de choc justifie l’appel immé-


diat du Samu : une volémie efficace doit être rétablie avant
Présentes
Les trois stades de sévérité de la déshydratation (d’après [2]).

Absentes

Absentes

transfert hospitalier.
Larmes

En pratique clinique
Il est essentiel de savoir repérer les signes de déshydratation
et de mauvaise tolérance d’une diarrhée aiguë de l’enfant
enfoncés et

pour agir vite. Un algorithme décisionnel est proposé dans


Enfoncés
Normaux

la Fig. 1 [2].
Yeux

secs
Très

POINTS ESSENTIELS
Évaluer le besoin de consultation médicale
Agité, irritable
agité, irritable

Les parents doivent systématiquement consulter


Bien, alerte,
État général

inconscient,
Léthargique

leur médecin traitant ou au service d’urgence dès


l’apparition d’un des signes de gravité [1] :
flasque

• diarrhée à fort débit avec un volume substantiel de


selles (> 8 épisodes/j) ;
ou

• vomissements persistants ;
• maladie sous-jacente sévère (diabète et insuffisance
rénale) ;
Signes et symptômes

• âge < 2 mois.


déshydratation
Pas de signe de

Déshydratation

Déshydratation

Pour le médecin, une consultation téléphonique


peut n’être pas suffisante dans la prise en charge d’un
Tableau 3

sévère

enfant souffrant de gastroentérite, même dans les cas


légère

non compliqués. Il doit de toute façon apprécier les


éventuelles difficultés de prise en charge familiale.
90 C. Dupont

Figure 1. Arbre décisionnel. Prise en charge de la diarrhée aiguë (d’après [2]). SRO : soluté de réhydratation orale ; i.v. : intraveineux ;
désh : déshydratation.

Repérer les signes de mauvaise tolérance de et indique une déshydratation sévère et, d’autre part, les
l’enfant enfants entre 8 et 12 mois sont relativement potelés, ce qui
masque le pli cutané.
Il est essentiel de savoir repérer les signes de déshydratation
La perte de poids corporel, autre marqueur habituel de
et de mauvaise tolérance d’une diarrhée aiguë de l’enfant
déshydratation, peut manquer. Lorsqu’elle est importante,
pour agir vite.
elle possède une valeur diagnostique de gravité majeure.
Les deux signes fondamentaux de déshydratation
Mais elle peut être masquée, s’il se constitue un troisième
sont l’aspect des yeux, cernés avec un enfoncement
secteur, qui correspond à un volume liquidien stagnant
des globes oculaires et les troubles du comporte-
dans la lumière intestinale. Ce volume peut atteindre
ment, l’enfant ne se comportant pas comme d’habitude
500 à 700 ml : si l’enfant émet ce liquide, son poids chute
au dire de la mère. Une muqueuse sèche et une
brutalement.
absence de larmes sont aussi deux signes de grande
Le rythme des selles est un paramètre clé. Si les
valeur.
parents signalent plus d’une selle par heure pendant plus de
6 heures, cela doit être considéré comme un signe de gravité
Connaître les pièges cliniques potentielle, qui annonce une déshydratation en train de se
Le pli cutané est un signe classique de déshydratation, constituer. L’évolutivité de la diarrhée peut faire modifier
mais qui risque d’être trompeur. Ce signe est souvent tardif la prise en charge.
Diarrhées aiguës de l’enfant 91

Il faut aussi se méfier des consultations médicales réa-


Tableau 4 Composition des solutions de réhydratation
lisées le soir et s’assurer de la capacité des parents de
par voie orale : diminution de l’osmolarité, d’après la
réhydrater leur enfant tout au long de la nuit. Une sur-
déclaration commune de l’OMS et de l’UNICEF (révision
veillance hospitalière est parfois préférable : des conseils
2004) et selon les recommandations de l’ESPGHAN.
de réhydratation délivrés le soir risquent de ne pas être
suivis entre minuit et 7 heures du matin, laissant l’enfant OMS OMS-UNICEF ESPGHAN
déshydraté au petit matin.
Sodium (mmol/l) 90 75 60
Potassium (mmol/l) 20 20 20
Quand faut-il hospitaliser ? Chlore (mmol/l) 80 65 60
L’hospitalisation est nécessaire lorsque la déshydratation est Bicarbonate (mmol/l) 30
sévère, dépassant 10 % du poids du corps, et s’accompagne Glucose 111 75 90
de signes cliniques patents. En pays développé, elle permet Citrate 10 10
une réhydratation par voie nasogastrique ou intraveineuse, Osmolarité (mOsm/kg) 331 245 240
de durée brève, permettant de franchir une étape qui sera
complétée par une réhydratation orale et une renutrition
précoce.
L’hospitalisation est aussi nécessaire lorsque, devant une rocytes. Les SRO favorisent cette absorption par la présence
déshydratation modérée, avec perte de poids inférieure à concomitante de glucose et de sodium. L’efficacité des SRO
10 % du poids du corps, le médecin craint une évolution est largement prouvée par de nombreuses études et méta-
rapide, les symptômes ayant débuté seulement quelques analyses, avec un taux d’échec faible [6].
heures plus tôt. Un autre facteur de risque est le peu La composition des SRO a évolué avec le temps et
d’adhésion de l’entourage familial au concept de réhydrata- le lieu d’utilisation (Tableau 4). La formule initiale de
tion orale, faisant craindre que la réhydratation ne soit pas l’Organisation mondiale de la santé (OMS)/Unicef conte-
conduite au mieux de l’intérêt de l’enfant. L’hospitalisation nait 3,5 de chlorure de sodium (sodium 90 mmol/l), 2,5 g
permet alors une réhydratation orale de bonne qualité, sur- de chlorure de potassium, 1,5 g de bicarbonate de sodium
veillée par le personnel soignant, et accompagnée par la et 20 g de glucose. L’OMS ([Link]
famille, dont la présence auprès de l’enfant est nécessaire, adolescent-health) a révisé en 2004 la composition des SRO
notamment dans un but éducatif. et recommande à l’heure actuelle des solutions à osmolarité
Enfin, l’hospitalisation peut se justifier lorsque le sujet abaissée à 245 mOsm/l (sodium 75 mmol/l, glucose 13,5 g/l),
est dénutri, éventualité qui n’est pas exceptionnelle. Sur qui tendent à se rapprocher de plus en plus de celle des SRO
ce terrain, la guérison de l’épisode diarrhéique peut être disponibles en Europe. Les SRO utilisés en Europe étaient
difficile et la restauration d’une fonction muqueuse longue en effet d’emblée moins riches en sodium, car les pertes
à obtenir. La mise en route d’une renutrition précoce bien sodées sont plus faibles dans les diarrhées de cette région du
conduite peut être salvatrice. globe. Actuellement, il existe une double tendance vers la
réduction des quantités de sodium dans les SRO et vers une
harmonisation mondiale, suivant en cela les recommanda-
POINTS ESSENTIELS tions non seulement de l’OMS mais aussi de sociétés savantes
comme l’European Society of Pediatric Gastroenterology,
Quand hospitaliser ? [1] Hepatology And Nutrition (ESPGHAN) [1,2,7].
• choc ; En France, sept solutés sont disponibles actuelle-
• déshydratation sévère (> 9 % du poids du corps) ; ment dont six sont remboursés à 65 % depuis fin 2003
• anomalies neurologiques (léthargie p, convulsions, (Tableau 5). Leur composition répond à des recommanda-
etc.) ; tions de l’ESPGHAN datant de 1992 : apport en sodium de
• échec de la réhydratation orale ; 60 mmol/l, en glucose de 14 à 20 g/l et osmolarité entre
• incapacité des parents de soigner correctement leur 200 et 250 mOsm/l. Ces solutés doivent être reconstitués à
enfant ; raison d’un sachet dilué dans 200 ml d’eau peu minéralisée,
• suspicion de situation chirurgicale ; conservés au réfrigérateur et utilisés dans les 24 heures sans
• se méfier des vomissements incoercibles avec ajout de sucre ou de jus de fruits car cela peut perturber la
intolérance alimentaire totale. concentration et l’équilibre osmolaire.
L’eau pure, l’eau de riz ou les boissons de type
Coca-Cola® ne sont pas adaptées à la réhydratation des
nourrissons. Les sodas ont en général une osmolarité éle-
vée (jusqu’à 500 mOsm/l), liée à leur forte teneur en sucre,
Réhydratation par voie orale un contenu en sodium insuffisant et au contraire volontiers
excessif en potassium (Tableau 6).
Depuis les années 1970 dans le tiers-monde, les solutés de Sur le plan pratique, le SRO est administré en petites
réhydratation orale (SRO) ont permis de réduire la morta- quantités et très fréquemment. Les vomissements ne sont
lité des diarrhées aiguës chez l’enfant de plus de 60 % et pas une contre-indication à leur utilisation. La fréquence des
de supprimer 80 % des perfusions intraveineuses. Quel que selles peut se majorer transitoirement, ce qui peut inquiéter
soit l’agent infectieux en cause (virus ou bactérie) et la la famille : il faut donc l’expliquer à l’avance. La quantité
physiopathologie de la diarrhée, il persiste une capacité à administrer varie selon l’intensité de la déshydratation,
d’absorption des électrolytes et donc de l’eau par les enté- l’âge, le poids et l’état clinique de l’enfant. Il boit ad libitum
92 C. Dupont

Tableau 5 Composition des solutions de réhydratation disponibles en France.


Composition pour 1 litre reconstitué
Adiaril® Alhydrate® , Fanolyte® GES 45® Picolite® Viatol® Novalac
Hydrigoz® Hydranova®
Énergie (kcal) 105 330 64 155 360 80 112
Osmolarité (mOsm) 250 < 270 240 246 245 < 270 245
Glucides totaux (g) 25,8 82,5 16,2 38 89,9 20 26
Glucose (g) 13,3 — 16,2 15 — 20 16
Dextrine-maltose (g) — 61 — 12,5 69,6 — 10
Saccharose (g) 12,5 20 — 10,5 20 — —
Sodium (mmol) 60 60 60 52 60 50 60
Potassium (mmol) 20 20 20 25 23 24,5 20
Bicarbonates (mmol) — — — — — — —
Citrates (mmol) 10 9 10 17 10 12 9,8

en fonction de ses besoins. Il est aussi possible de viser la


correction en 4 heures du déficit hydrique, en se fondant POINTS IMPORTANTS
sur la connaissance de la perte de poids puis d’administrer
La réhydratation par sonde nasogastrique
10 ml/kg par selle diarrhéique ou par vomissement [1].
Quand la réhydratation orale n’est pas faisable,
Au cours de cette réhydratation orale, la surveillance par
la réhydratation entérale par voie nasogastrique est
les parents est essentielle (conscience, émission d’urines,
aussi efficace, sinon meilleure que la réhydratation
présence de larmes, poids, nombre et aspect des selles
intraveineuse.
et des vomissements. . .). À l’hôpital, cette surveillance se
La réhydratation entérale par voie nasogastrique a
fonde aussi sur des paramètres objectifs (pression artérielle,
moins d’effets secondaire sévères que la réhydratation
pouls, etc.).
intraveineuse et permet de raccourcir le séjour à
L’échec de réhydratation orale, se traduisant notamment
l’hôpital.
par une intolérance alimentaire totale, est une condition
Si la réhydratation entérale est possible, elle doit
d’hospitalisation obligatoire.
être préférée à la réhydratation intraveineuse [1].
La réhydratation orale est alors relayée par une réhydra-
tation par sonde nasogastrique ou par voie intraveineuse.
L’alternative à la perfusion intraveineuse d’emblée est
l’administration du SRO par gavage gastrique ou à la seringue
à dose filée (5 ml par 5 ml par exemple).
Réhydratation par voie veineuse
Dans les situations de grande urgence avec déshydra- La réhydratation intraveineuse se déroule selon des modali-
tation majeure où une perfusion est indispensable, il est tés tenant compte de l’âge, du poids actuel, de la perte de
toujours extrêmement utile de commencer à proposer au poids et des besoins de base de l’enfant, selon des recom-
biberon des SRO pendant qu’on prépare la perfusion ou la mandations propres à chaque service d’urgence.
sonde nasogastrique. Cela permet de « regonfler » les veines En pratique, la réhydratation intraveineuse, si elle est
de l’enfant et de perfuser de façon beaucoup plus conforta- nécessaire, associe du sérum glucosé à 5 % avec du NaCl à
ble. En cas de perfusion intraveineuse, des petites quantités 3 g/l (moins de 2 ans) et 4,5 g/l (plus de 2 ans), et un débit
de SRO peuvent être administrées per os pour aider à la réab- de 150 ml/kg/j. Une évaluation plus précise peut se faire de
sorption de l’eau et du sodium. Il est exceptionnel en cas de la façon suivante : 100 ml/kg/j pour les 10 premiers kilos,
diarrhée aiguë d’avoir à imposer un repos digestif complet. plus 50 ml/kg/j pour les kilos suivants, plus 20 ml/kg/j pour

Tableau 6 Les boissons à ne pas utiliser comme solution de réhydratation.


Électrolytes (mmol/l)
Marque pH Osmolarité (mOsm/kg) Sodium Potassium
®
Coca-Cola 2,8 469 3,0 0,1
Pepsi-Cola® 2,7 576 1,0 0,1
Seven up® 3,5 388 4,0 0,0
Jus d’orange 4,0 587 1,0 46,0
Jus de pomme 3,6 694 0,0 27,4
Diarrhées aiguës de l’enfant 93

les kilos au-dessus de 20 kg. La perfusion doit durer en prin- et à la restauration d’une activité lactasique suffisante des
cipe au moins 6 heures. Lorsque l’ionogramme sanguin est entérocytes.
perturbé, la surveillance biologique est pratiquée le plus
souvent après 6 heures.
En cas d’hypernatrémie, la réhydratation orale est la plus Traitement médicamenteux
indiquée, le débit doit être un peu moindre et les apports
sodés plus importants pour corriger la déshydratation sur Les recommandations françaises et européennes concernant
12 heures. le traitement médicamenteux des diarrhées sont claires,
En cas de choc, le remplissage est pratiqué le plus superposables à celles de l’OMS et donnent la primauté à la
souvent par du sérum salé 9 % à 20 ml/kg suivi par les macro- réhydratation orale [1,10]. L’OMS considère comme antidiar-
molécules. Certains préconisent de traiter par du sérum rhéique un médicament qui réduit le débit des selles d’au
physiologique 20 à 40 ml/kg puis de réhydrater oralement. moins 30 % par rapport au placebo : peu de médicaments
présents sur le marché répondent à ce critère, la plupart
d’entre eux n’ayant fait la preuve que d’un raccourcisse-
ment de la durée de la diarrhée.
Réalimentation de la diarrhée aiguë
Des recommandations ont été énoncées par le Comité de Médicaments antidiarrhéiques
nutrition des Sociétés française et européenne de pédiatrie
[8,9]. Pour les probiotiques, plusieurs méta-analyses confirment
Il n’y a pas de justification à arrêter l’allaitement mater- qu’un traitement par Lactobacillus (toutes espèces et
nel chez un nourrisson présentant une diarrhée aiguë. souches confondues) est efficace en termes de réduction de
Il n’y a pas de justification à retarder la réintroduc- durée de la diarrhée [11,12], d’environ une journée en cas
tion de l’alimentation au-delà de 4 heures de réhydratation d’infection à rotavirus [13]. Aucune étude ne montre que les
orale exclusive chez un nourrisson nourri auparavant par probiotiques réduisent le volume des selles. Leur mécanisme
une préparation pour nourrisson ou une préparation de d’action dans les gastroentérites est probablement une
suite. stimulation de la réponse immunitaire. En France, Saccha-
Il faut utiliser, pour réalimenter un nourrisson de plus de romyces boulardii (Ultra-levure® ) est un probiotique tandis
4 mois, eutrophe sans antécédent pathologique, le lait qu’il que Lactéol fort® (Lactobacillus acidophilus), d’action simi-
recevait avec une reconstitution normale d’emblée. Chez le laire, ne rentre pas exactement dans la catégorie des
nourrisson de moins de 4 mois, certains auteurs proposent la probiotiques car il a été inactivé par la chaleur.
réintroduction du lait habituel, avec ou sans reconstitution Le lopéramide (Imodium® ) est un opiacé ayant à la fois
progressivement croissante du lait pendant 2 à 3 jours, alors une activité antisécrétoire et de ralentissement de la motri-
que d’autres conseillent l’utilisation systématique pendant cité intestinale. Des études réalisées contre placebo chez
1 à 2 semaines d’un hydrolysat de protéines ne contenant l’enfant ont montré une efficacité en termes de réduction
pas de lactose : Alfaré® , Pepti-Junior® (hydrolysats de pro- de la durée de la diarrhée et du débit des selles, mais ce
téines du lactosérum), Galliagène Progress® , Nutramigen® , médicament a été responsable de décès secondaires à des
Pregestimil® (hydrolysats de caséine), Pregomine® (hydro- iléus. Il est contre-indiqué chez l’enfant de moins de 2 ans
lysat de protéines de collagène de porc et de soja), pour et déconseillé chez l’enfant plus grand.
prévenir la survenue d’une allergie aux protéines du lait Le racécadotril est un inhibiteur de l’enképhalinase
de vache voire, en cas d’échec de ces produits, une for- intestinale ayant une action antisécrétoire pure, sans effet
mule à base d’acides aminés libres (Neocate® ). L’absence sur la motricité intestinale. Deux études, l’une au Pérou [14]
d’études contrôlées ne permet pas de conclure à la supé- et l’autre en France [15], montrent une diminution du débit
riorité de l’une ou l’autre de ces deux attitudes. Il est des selles, d’environ 50 % par rapport au placebo, avec une
conseillé d’utiliser un substitut du lait à protéines hydro- réduction de la durée de la diarrhée de presque 2 jours dans
lysées s’il existe des antécédents familiaux d’allergie et/ou le groupe rotavirus, ce que confirme une autre étude en
des antécédents personnels. Dans ce cas, ce lait qu’il rece- France [16].
vait auparavant est poursuivi pendant 2 à 4 semaines selon la La diosmectite (Smecta® ) est un agent intraluminal qui
sévérité de la diarrhée et au cas par cas (il n’y a pas d’étude réduit également le volume de selles, notamment en cas de
précisant la durée optimale d’utilisation de ces formules diarrhée à rotavirus [17]. Son efficacité sur la réduction de la
dans ce cadre-là). durée de la diarrhée avait été démontrée depuis longtemps
L’utilisation des laits sans ou pauvres en lactose peut [18], comme son action sur l’augmentation de la capacité
être justifiée en cas d’intolérance au lactose survenant au d’absorption intestinale au cours de la diarrhée aiguë [19].
décours d’une gastroentérite aiguë à rotavirus. Le diagnostic
d’intolérance au lactose est évoqué devant la réapparition
Antibiotiques
d’une diarrhée profuse dans les heures qui suivent la réin-
troduction du lait habituel ; il peut être affirmé par le pH
acide et la présence de sucres réducteurs dans les selles. La POINTS IMPORTANTS
disparition de la diarrhée rapidement après l’introduction
d’un lait sans lactose est aussi un argument supplémentaire Diarrhée virale ou bactérienne ?
en faveur du diagnostic. L’utilisation de ce type de lait pen- Une fièvre élevée (> 40 ◦ C), des rectorragies
dant 1 à 2 semaines suffit en général ; cela correspond au macroscopiques, des douleurs abdominales, et une
temps nécessaire à la réparation de l’atrophie villositaire
94 C. Dupont

études, ont montré, malheureusement, que les recomman-


atteinte du système nerveux central, sont tous des dations, connues des médecins, sont peu ou pas appliquées,
symptômes qui suggèrent une infection bactérienne. tant dans les pays pauvres que dans les pays favorisés, ce
Les vomissements et les symptômes respiratoires sont qui induit une augmentation majeure du coût économique
plus liés à une étiologie virale [1]. de la diarrhée aiguë dans le monde. Seuls le racécadotril et
la diosmectite ont montré un effet favorable sur le débit des
selles, critère unique d’efficacité d’un médicament retenu
Les antibiotiques peuvent être utilisés pour le traitement par l’OMS. La mise sur le marché français très prochaine
de diarrhées invasives sévères (survenue brutale d’une diar- de vaccins anti-rotavirus bouleverse déjà l’épidémiologie de
rhée mucosanglante, avec fièvre élevée). Les agents les plus cette pathologie.
habituels sont les shigelles, le Campylobacter et les salmo-
nelles. Il faut traiter les enfants hospitalisés et les enfants
en crèche pour réduire la transmission communautaire. Le
choix de l’agent antimicrobien dépend de la prévalence
Références
locale de ces pathogènes et des résistances.
[1] Guarino A, Albano F, Ashkenazi S, Gendrel D, Hoekstra JH,
L’antibiothérapie n’est pas recommandée au cours des Shamir R, et al. Evidence-based guidelines for the manage-
diarrhées aqueuses, à moins que le patient n’ait voyagé de ment of acute gastroenteritis in children in Europe. J Pediatr
façon récente ou qu’il n’ait été exposé au choléra. Gastroenterol Nutr 2008;46(suppl2):S81—122.
La diarrhée sanglante avec peu ou pas de fièvre est [2] Sandhu BK. European Society of Pediatric Gastroenterology,
typique d’un E. coli produisant de la shigatoxine, mais Hepatology and Nutrition Working Group on Acute Diarrhoea.
peut être une shigellose ou une salmonellose modérée. Practical guidelines for the management of gastroenteritis in
Les antibiotiques ne sont pas recommandés, à moins que children. J Pediatr Gastroenterol Nutr 2001;33(suppl2):S36—9.
l’épidémiologie ne suggère l’existence d’une shigellose. [3] Ruuska T, Vesikari T. Rotavirus disease in Finnish children: use
Une antibiothérapie parentérale, plutôt que par voie of numerical scores for clinical severity of diarrhoeal episodes.
Scand J Infect Dis 1990;22:259—67.
orale, est recommandée :
[4] Albano F, Bruzzese E, Bella A, Cascio A, Titone L, Arista S, et
• si le patient est incapable d’utiliser la voie orale (vomis-
al. Rotavirus and not age determines gastroenteritis severity in
sements, léthargie) ; children: a hospital-based study. Eur J Pediatr 2007;166:241—7.
• s’il existe un déficit immunitaire, sur lequel se greffe une [5] Steiner MJ, DeWalt DA, Byerley JS. Is this child dehydrated?
gastroentérite aiguë avec fièvre ; JAMA 2004;291:2746—54.
• s’il existe une toxémie sévère ou une bactériémie ; [6] Gavin N, Merrick N, Davidson B. Efficacy of glucose-based oral
• chez les nouveau-nés et les jeunes nourrissons de moins rehydration therapy. Pediatrics 1996;98:45—51.
de 3 mois fébriles, avec bilan de septicémie et antibiothé- [7] Szajewska H, Hoekstra JH, Sandhu B. Management of acute
rapie selon les protocoles locaux. gastroenteritis in Europe and the impact of the new recom-
mendations: a multicenter study. The Working Group on acute
Diarrhoea of the European Society for Paediatric Gastroente-
rology, Hepatology, and Nutrition. J Pediatr Gastroenterol Nutr
Prévention de la diarrhée aiguë 2000;30:522—7.
[8] Sandhu BK, European Society of Paediatric Gastroenterology.
Il existe deux vaccins contre le rotavirus, virus recombinants Hepatology and Nutrition Working Group on Acute Diarrhoea.
vivants atténués, disponibles sans ordonnance et utilisés Rationale for early feeding in childhood gastroenteritis. J
chez les nourrissons à partir de l’âge de 6 semaines [20]. Pediatr Gastroenterol Nutr 2001;33(suppl2):S13—6.
Rotarix® se prend en 2 doses orales espacées d’au moins [9] Bocquet A, Bresson JL, Briend A, Chouraqui JP, Darmaun D,
4 semaines et Rotateq® en 3 doses orales, la première entre Dupont C, et al. Comité de nutrition de la Société française
6 et 12 semaines de vie, puis à des intervalles minimaux de pédiatrie. Traitement nutritionnel des diarrhées aiguës du
de 4 semaines avant l’âge de 6 mois. L’efficacité vaccinale nourrisson et du jeune enfant. Arch Pediatr 2002;9:610—9.
contre les gastroentérites sévères à rotavirus a été estimée à [10] Cézard JP, Chouraqui JP, Girardet JP, Gottrand F, Groupe
Francophone de Gastro-entérologie et Nutrition Pédiatriques.
84,7 % pour l’un et à 98,0 % pour l’autre (les critères de juge-
Traitement médicamenteux des diarrhées aiguës infectieuses
ment diffèrent et rendent toute comparaison impossible), la du nourrisson et de l’enfant. Arch Pediatr 2002;9:620—8.
prévention des hospitalisations pour gastroentérites à rota- [11] Van Niel CW, Feudtner C, Garrisin MM, Christakis DA. Lacto-
virus étant estimée respectivement à 85,0 % et 95,8 %. Ces bacillus therapy for acute infectious diarrhea in children: a
médicaments peuvent déclencher une irritabilité, une perte meta-analysis. Pediatrics 2002;109:678—84.
d’appétit, des diarrhées, des vomissements et une fièvre. [12] Teitelbaum JE. Probiotics and the treatment of infectious diar-
Les autorités françaises ont différé la recommandation de rhea. Pediatr Infect Dis J 2005;24:267—8.
ce vaccin, à l’opposé de plusieurs autres pays européens, [13] Szajewska H, Mrukowicz JZ. Probiotics in the treatment
comme l’Autriche, la Belgique et le Luxembourg, ou même and prevention of acute infectious diarrhea in infants and
des sociétés savantes comme ESPID/ESPGHAN [21,22]. children: a systematic review of published randomised, double-
blind, placebo controlled trials. J Pediatr Gastroenterol Nutr
2001;33(suppl):17—25.
[14] Salazar-Lindo E, Santisteban-Ponce J, Chea-Woo E, Gutierrez
Conclusion M. Racecadotril in the treatment of acute watery diarrhea in
children. N Engl J Med 2000;343:463—7.
Le traitement de la gastroentérite à rotavirus n’est pas [15] Cézard JP, Duhamel JF, Meyer M, Pharaon I, Bellaiche M, Mau-
spécifique. Il est essentiellement symptomatique et repose rage C, et al. Efficacy and tolerability of racecadotril in acute
avant tout sur la réhydratation orale par les SRO. Plusieurs diarrhea in children. Gastroenterology 2001;120:799—805.
Diarrhées aiguës de l’enfant 95

[16] Cojocaru B, Bocquet N, Timsit S, Wille C, Boursiquot C, [19] Prise en charge clinique de la diarrhée aiguë. Déclara-
Marcombes F, et al. Effect of racecadotril in the manage- tion commune de l’OMS et de l’UNICEF WHO/FCH/CAH/
ment of acute diarrhea in infants and children. Arch Pediatr 04.7. [Link]
2002;9:774—9. Publications/CHILD HEALTH/Acute [Link].
[17] Dupont C, Kok Foo JL, Garnier P, Moore N, Mathiex- [20] Dupont C, Moreno JL, Barau E, Bargaoui K, Thiane E, Plique
Fortunet H, Salazar-Lindo E. Oral diosmectite reduces O. Effect of diosmectite on intestinal permeability changes
stool output and diarrhea duration in children with in acute diarrhea: a double blind placebo controlled trial. J
acute watery diarrhea. Clin Gastroenterol Hepatol 2009;7: Pediatr Gastroenterol Nutr 1992;14:413—9.
456—62. [21] Simonsen L, Taylor RJ, Kapikian AZ. Rotavirus vaccines. N Engl
[18] Madkour AA, Madina EM, el-Azzouni OE, Amer MA, el-Walili TM, J Med 2006;354:1747—51.
Abbass T. Smectite in acute diarrhoea in children: a double [22] Vesikari T. Foreword: ESPID/ESPGHAN evidence-based recom-
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