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Valorisation Des Gisements Argileux Pour La Fabrication Des Blocs de Terre Comprimée

Cette thèse explore la valorisation des gisements argileux pour la fabrication de Blocs de Terre Comprimée (BTC) en Belgique et en République Démocratique du Congo. Elle évalue l'aptitude des formations argileuses et propose des méthodes pour améliorer la durabilité des BTC, en analysant divers paramètres tels que la composition minérale, la taille des particules et l'ajout de stabilisants. Les résultats montrent que les argiles sélectionnées peuvent produire des BTC à faible coût environnemental, adaptés aux besoins de construction durable dans les deux régions.

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Valorisation Des Gisements Argileux Pour La Fabrication Des Blocs de Terre Comprimée

Cette thèse explore la valorisation des gisements argileux pour la fabrication de Blocs de Terre Comprimée (BTC) en Belgique et en République Démocratique du Congo. Elle évalue l'aptitude des formations argileuses et propose des méthodes pour améliorer la durabilité des BTC, en analysant divers paramètres tels que la composition minérale, la taille des particules et l'ajout de stabilisants. Les résultats montrent que les argiles sélectionnées peuvent produire des BTC à faible coût environnemental, adaptés aux besoins de construction durable dans les deux régions.

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Université de Liège

Faculté des Sciences

École doctorale du Département de Géologie

Thèse en vue de l’obtention du grade de Docteur en Sciences

par Lavie Arsène Mango Itulamya

Valorisation des gisements argileux pour la fabrication


des blocs de terre comprimée

Thèse soutenue le 29 mai 2019 devant le jury composé de :

Frédéric BOULVAIN (Président, ULiège)


Nathalie FAGEL (Promoteur, ULiège)
Frédéric COLLIN (Secrétaire, ULiège)
Johan YANS (UNamur)
Pascal PILATE (INISMa)
Nicolas COECKELBERGHS (Bureau d’architecture BC materials)
Thierry JOFFROY (Université Grenoble-Alpes, France)
Aubin NZEUKOU NZEUGANG (MIPROMALO, Cameroun)
Remerciements
Le cœur rempli de reconnaissance et de gratitude, je voudrais rendre grâce d’être arrivé au
bout de ce travail. Je remercie de tout cœur ceux qui ont contribué de près ou de loin à sa
réalisation.
Je remercie de manière spéciale Madame Nathalie Fagel de m’avoir permis de réaliser ce
projet, et pour son encadrement.
Je remercie Fabienne Courtejoie, Pascal Pilate et Frédéric Collin qui ont suivi durant 3 années
l’état d’avancement de ce projet au sein du comité de thèse.
Je remercie Thomas Granier, Martin Rauch, Sophie Bronchart, Géry Despret, Laetitia
Fontaine, Laura Marcheggiano, Aurélien Nonet, Milly Caudron et Jonathan Michel qui m’ont
aidé dans la construction de ce projet par leurs conseils.
Je remercie Michaël Maertens, Laure Vandemeulebroeke, Hilde Chambart, Georges
Borremans, Yolande Jorissen, Arnaud Hins, Francis Deboever, Deroose Marleen, Philippe
Delporte, Kevin Meessen, Lambert Mayers, Solange Hermans-Charlier, Brecht Embo,
Frederic Duquennois, Pierre Flament, Jean-Benoît Collee et Alain Nicolas qui m’ont aidé
dans la collecte des échantillons en Belgique en me donnant accès à leurs argilières.
Je remercie Anne Vergari et Julien Delbecq qui m’ont fourni les granulats.
Je remercie Dominique Wetshondo Osomba, Ntombi, Musao Kalombo, Cédric Matuatambula
Kua Nzambi, Christophe Côte, Jada Zibika, William Mokuwa Kanku, Hodrine Mambuene,
Éduard Mahema, Jeanine Kuva, Adonis Galemba Ngal et Giscard Rukomeza qui m’ont
accueilli et accompagné lors de mon séjour à Kinshasa et au Kongo Central.
Je remercie tous ceux qui m’ont aidé dans les différentes analyses. Je pense tout
particulièrement à Joël Otten, Delmelle Nicolas, Amaury Daras, Véronique Szepetiuk,
Monique Denotte et Jean-Paul Cullus.
Je remercie l’INISMa et son directeur général Jacques Rennotte pour l’accès au laboratoire.
Je remercie Meriam El Ouahabi, François Fontaine, Élisa Pleuger, Jemaa Amakrane, Nadia
Bekkouch et Safae Oumnih, mes collègues de laboratoire, pour le soutien qu’ils m’ont
apporté.
Je remercie tout le personnel du Département de Géologie de l’Université de Liège que j’ai
côtoyé ces 3 dernières années, pour la bonne humeur.
Je remercie Hervé Blandin, qui m’a permis de participer à une auto-construction en terre.
Je remercie l’ensemble du personnel du laboratoire CRAterre-ENSAG qui m’a accueilli et
m’a guidé tout au long du stage effectué dans le cadre de cette thèse, qui m’a fourni de la
documentation et m’a orienté dans mes recherches. En particulier Arnaud Misse, Bakonirina
Rakotomamonjy, Hugo Gasnier, Alexandre Douline, Majid Hajmirbaba, François Streiff,
Martin Pointet, Patrick Ribet, Basile Cloquet, Eugénie Crete, Patrice Doat, Christian Belinga
Nko'o, Sébastien Moriset, Thierry Joffroy, Philippe Garnier, Romain Anger, Alba Ribeiro
Olmos, Nathalie Sabatier, David Gandreau, Christophe De Grave et Anne Collin.
Je remercie ceux qui, par leurs encouragements m’ont motivé à aller au bout de ce travail, en
particulier mes parents, mon frère et mes 4 sœurs.

2
Je remercie tous mes amis qui m’ont apporté leur aide d’une quelconque façon. Je pense
particulièrement à Christian Cirhuza, Marie Sangwe, Barbara Krzonkalla, Dricyl Angama-
Latchimy, Bernadette Cunin et Anne-Sophie Mreyen.
Je remercie Frédéric Boulvain, Johan Yans, Nicolas Coeckelberghs, Thierry Joffroy et Aubin
Nzeukou Nzeugang qui ont accepté de se joindre au jury de cette thèse.
Je vous remercie d’avance vous tous, mes amis, qui viendrez me soutenir à ma défense
publique.
Je vous remercie également vous tous qui lirez ce travail et qui y porterez un quelconque intérêt.

3
Résumé
Le matériau « terre » représente une ressource naturelle répandue dans les sols et les
formations sédimentaires superficielles. Il constitue une alternative pour construire des
logements durables à faible coût environnemental et pour les pays en développement à faible
coût économique à condition de sélectionner des terres adéquates et/ou prétraiter des terres
inadéquates. Cette thèse apporte une contribution sur la production des matériaux de
construction économiques et écologiques pour d’une part répondre aux défis de logement
dans les régions de Kinshasa et du Kongo Central et d’autre part promouvoir le
développement des matériaux en terre crue en Belgique. La thèse comporte deux objectifs
spécifiques. Le premier objectif spécifique consiste à évaluer l’aptitude des formations
argileuses superficielles pour la conception des Blocs de Terre Comprimée (BTC). Le second
objectif vise à augmenter la durée de vie de ces blocs.
Le matériel argileux étudié (167 échantillons) a été prélevé dans 62 sites répartis dans 21
formations et membres argileux en Belgique et en RDC. Ces échantillons ont été caractérisés
par la mesure de paramètres minéralogiques (minéralogie totale et fraction argileuse),
chimiques (éléments majeurs) et géotechniques (granulométrie, limites de consistance, perte
au feu, retrait longitudinal de séchage et nature), principaux tests pour sélectionner les terres
propices à la construction en BTC. Les résultats de ces tests ont montré que ces échantillons
peuvent être utilisés, moyennant ou non des prétraitements, dans la construction en BTC.
Des échantillons représentatifs ont été sélectionnés pour étudier cinq paramètres affectant
la durée de vie des BTC. L’influence de la nature des minéraux argileux a été étudiée en
utilisant 5 formations argileuses de composition minéralogique différente. L’influence de la
taille des particules a été testée en ajoutant 3 types de granulats de dimensions différentes (i.e.,
0/2, 0/4 et 0/6,3 mm). L’influence de la pression de mise en forme a été évaluée en
compactant les BTC avec 3 pressions (i.e., 100, 200 et 300 kN). L’influence de la quantité
d’eau a été évaluée en ajoutant de 3 à 10 % d’eau. L’influence de la stabilisation a été faite en
ajoutant, en différentes proportions, soit des substances minérales (granulat rocheux, sable
alluvionnaire), soit des déchets agricoles bruts (bagasse de canne à sucre) ou prétraités
(cendre issue de la combustion de la bagasse).
Des BTC et des éprouvettes ont été produits et caractérisés par leur retrait de séchage, leur
résistance à l’abrasion, leur résistance à la compression et à la flexion, les essais d’absorption
d’eau par capillarité, d’immersion complète, d’égouttement accéléré et enfin de gel-dégel. La
caractérisation des BTC et éprouvettes montre que les résistances à l’absorption d’eau par
capillarité, à l’égouttement accéléré et au gel-dégel augmentent avec le pourcentage du
stabilisant granulat ajouté. Les résistances à la compression, à la flexion et à l’abrasion
n’augmentent pas avec l’ajout de stabilisant pour toute formation argileuse. La résistance à
l’immersion complète diminue avec l’ajout de granulat. L’ajout des différents stabilisants
réduit le retrait dû au séchage. L’ajout de fibre augmente la résistance à la flexion. La
résistance à la compression diminue avec la quantité d’eau ajoutée. L’augmentation de la
pression de mise en forme permet d’augmenter la résistance en compression.
Cette étude démontre que les gisements argileux sélectionnés permettent de produire des
BTC à faibles coûts environnemental. En Belgique, les formations argileuses testées
permettent de produire des BTC avec une bonne performance mécanique, pouvant être utilisés
à l’intérieur ou à l’extérieur du bâtiment. En RDC, ces matériaux de construction répondent à
des normes de résistance à la détérioration et sont compatibles avec les cultures constructives
locales. De plus, ces matériaux représentent une alternative économique pour les pays en
développement comme la RDC.

Mots clés : Bloc de Terre Comprimée, Formation argileuse, Kinshasa, Kongo Central,
Belgique, Durabilité, Terre crue.
4
Abstract
"Earth" material represents a natural resource that is widespread in soils and superficial
sedimentary formations. It is an alternative to build sustainable housing on the condition of
selecting suitable earth and/or pretreating inadequate earth. Moreover in developing countries
it also represents an economic alternative for construction material. This thesis contributes on
one hand to produce economic and ecological building materials to meet housing challenges
in Kinshasa and Kongo Central regions and on another hand to promote the development of
earth materials in Belgium. The thesis is built on two main specific aims. The first aim is to
evaluate the ability of surface clay formations to produce Compressed Earth Block (CEB).
The second aim is to increase the lifetime of these blocks.
The material studied (167 samples) was collected from 62 sites in 21 clay formations and
clay members in Belgium and DRC. These samples were characterized by the measurement of
mineralogical (bulk powder and clay fraction), chemical (major elements) and geotechnical
(granulometry, plasticity, loss on ignition, longitudinal drying shrinkage and nature)
parameters; the main tests to select the earth suitable for CEB construction. The results of
these tests showed that these samples can be used, with or without pre-treatments, in CEB
construction.
Representative samples were selected to study five parameters affecting the lifetime of
CEB. The influence of the nature of the clay minerals was studied using 5 clay formations
with different mineralogical composition. The influence of particle size was tested by adding
3 types of aggregates with different sizes (i.e., 0/2, 0/4 and 0 / 6.3 mm). The influence of the
formatting pressure was studied by compacting CEB with 3 pressures (i.e., 100, 200 and 300
kN). The influence of the quantity of water was evaluated by adding 3 to 10% water. The
influence of the stabilization was differentiated by adding, in different proportions, either
mineral components (rock aggregate, alluvial sand) or vegetal raw (sugarcane bagasse) or
pretreated (bagasse ashes) wastes.
CEB and test pieces were produced and characterized by drying shrinkage, abrasion
resistance, compression test, bending test, capillary water absorption test, complete immersion
test, accelerated drip test and freeze-thaw test. The characterization of CEB and test pieces
shows that the resistance to water absorption by capillarity, accelerated drip and freeze-thaw
increase with the percentage of aggregate stabilizer added. Compressive, flexural and abrasion
strengths however do not increase with the addition of stabilizer for any type of clay
formation. Further, resistance to full immersion decreases with the addition of aggregate. Next
the addition of stabilizers reduces drying shrinkage and the addition of sugarcane bagasse
increases the flexural strength. Additionally, the compressive strength decreases with the
percentage of water added. Lastly, the increase of the formatting pressure allows to increase
the compressive strength.
This study enhances that selected clay deposits can produce CEB with low environmental
costs due to the use of local and natural materials. In Belgium, the tested clay formations
allow to produce CEB with good mechanical performance, which can be used inside or
outside the building. In DRC these building materials meet standards of resistance and are
compatible with local constructive cultures. In addition the local studied clay materials
represent an interesting economic alternative to meet the demand for housing in developing
countries like DRC.

Key words: Compressed Earth Block, Clay Formation, Kinshasa, Kongo Central, Belgium,
Durability, Raw earth.

5
Table des Matières
I. Introduction..............................................................................................................................9
I.1 Introduction générale.........................................................................................................9
I.2 La construction en terre crue............................................................................................14
I.2.1 Historique..................................................................................................................14
I.2.2 Avantages de la terre crue.........................................................................................15
I.2.3 Techniques de construction en terre crue..................................................................16
I.2.4 Bloc de Terre comprimée..........................................................................................18
I.3 Le matériau terre..............................................................................................................23
I.3.1 Généralités.................................................................................................................23
I.3.2 Propriétés des terres...................................................................................................25
I.3.3 Stabilisation...............................................................................................................29
I.4 La terre crue en Belgique.................................................................................................32
I.4.1 Généralités.................................................................................................................32
I.4.2 Patrimoine terre crue en Belgique.............................................................................33
I.4.3 Les produits de terre crue en Belgique......................................................................36
I.4.4 Les acteurs de la terre crue en Belgique....................................................................37
I.5 La terre crue à Kinshasa et du Kongo Central.................................................................38
I.6 Synthèse............................................................................................................................40
II. Méthodes expérimentales.....................................................................................................42
II.1 Analyse des terres et des argiles.....................................................................................42
II.1.1 Analyse chimique par Fluorescence X (FX)............................................................42
II.1.2 Caractérisation minéralogique (DRX).....................................................................42
II.1.3 Analyse granulométrique..........................................................................................43
II.1.4 Limites de consistance..............................................................................................44
II.1.5 Perte au feu...............................................................................................................44
II.1.6 Retrait longitudinal de séchage................................................................................45
II.1.7 Nature (classification des terres)..............................................................................46
II.2 Fabrication des Blocs de Terre Comprimée (BTC)........................................................48
II.2.1 Presse manuelle........................................................................................................48
II.2.2 Barrettes....................................................................................................................48
II.2.3 Presse hydraulique....................................................................................................49
II.3 Caractérisation des Blocs de Terre Comprimée (BTC)..................................................49
II.3.1 Retrait volumique de séchage..................................................................................49
II.3.2 Essai de flexion........................................................................................................49

6
II.3.3 Résistance à la compression.....................................................................................50
II.3.4 Résistance à l'abrasion..............................................................................................51
II.3.5 Capillarité.................................................................................................................52
II.3.6 Essais relatifs à la résistance à l'eau.........................................................................53
II.3.7 Essai relatif à la résistance aux cycles de gel-dégel.................................................54
II.3.8 Test de durabilité mouillage/séchage.......................................................................54
II.4 Synthèse..........................................................................................................................55
III. Résultats expérimentaux......................................................................................................56
III.1 Échantillonnage et propriétés des échantillons prélevés en Belgique...........................56
III.1.1 Introduction : les argiles belges, synthèse de la bibliographie................................56
a) Argiles du Quaternaire...............................................................................................56
b) Argiles du Tertiaire....................................................................................................59
c) Argiles du Secondaire................................................................................................65
d) Les argiles liées aux paléoaltérations.........................................................................67
III.1.2 Argiles échantillonnées en Belgique.......................................................................71
a) Argiles du Quaternaire......................................................Erreur ! Signet non défini.
b) Argiles du Tertiaire...........................................................Erreur ! Signet non défini.
c) Argiles du secondaire........................................................Erreur ! Signet non défini.
d) Argiles liées aux paléoaltérations.....................................Erreur ! Signet non défini.
III.1.3Résumé des caractéristiques minéralogiques et géotechniques des argiles belges . 72
III.2 Échantillonnage et propriétés des échantillons prélevés en [Link].......................81
III.2.1 Description de la région d’étude.............................................................................81
a) Géologie régionale..................................................................................................81
b) Sols..........................................................................................................................85
III.2.2 Sites étudiés.............................................................................................................85
a) Kwilu Ngongo.........................................................................................................85
b) Mbanza Ngungu......................................................................................................94
c) Nkamba...................................................................................................................96
d) Kasangulu................................................................................................................97
e) Lukala.....................................................................................................................99
III 2.3Résumé des propriétés des matériaux argileux de Kinshasa et du Kongo Central100
III.3 Formulations des matériaux à partir des échantillons collectés en Belgique..............102
III.3.1 Influence de la nature des granulats sur le comportement des BTC.....................102
a) Réalisation des mélanges.........................................................................................102
b) Caractérisations des BTC.........................................................................................103

7
III.3.2 Influence de la taille des granulats sur le comportement des BTC.......................107
a) Réalisation des mélanges.........................................................................................107
b) Caractérisation des mélanges...................................................................................112
III. 4Formulations des matériaux à partir des échantillons collectés à Kinshasa et au Kongo
Central.................................................................................................................................123
III.4.1 Formulation en terre-bagasse................................................................................123
III.4.2 Formulation terre – cendre de bagasse – chaux....................................................125
III.4.3 Formulations terre-sable et terre-concassé............................................................127
III.4.4 Test de durabilité mouillage/séchage....................................................................129
III.5 Synthèse.......................................................................................................................130
IV. Discussion et recommandations........................................................................................132
V. Conclusion et perspectives.................................................................................................137
Références...............................................................................................................................140

Annexes...................................................................................................................................213
I. Analyse chimique..............................................................................................................215
II. Retrait de séchage.............................................................................................................216
III. Perte au feu.....................................................................................................................219
IV. Limites d’Atterberg........................................................................................................223
V. Granulométrie Laser........................................................................................................237
VI. Résistance à la flexion....................................................................................................240
VII. Résistances à la compression des BTC.........................................................................243
VIII. Résistance à la compression des éprouvettes cubiques................................................253
IX. Diffractogrammes...........................................................................................................255
IX.1 Fraction argileuse..........................................................................................................255
IX.2 Poudre totale.................................................................................................................312
X. Rapport de séjour RDC....................................................................................................380
XI. Rapport de stage.............................................................................................................386
XII. Résumés et publications................................................................................................397

8
I. Introduction
I.1 Introduction générale
Objectifs de la recherche
Face aux défis environnementaux actuels liés aux changements climatiques et à l’épuisement des
ressources (Programme des Nations Unies pour l’environnement, 2016), le secteur du
bâtiment doit rénover ses pratiques et méthodes de conception tout en tenant compte de
critères économiques, sanitaires et de confort. ONU Habitat estime que 3 milliards d'êtres
humains seront mal logés à l'horizon 2030. Vu sa disponibilité, la terre crue constitue une
alternative viable dans le secteur de la construction afin de répondre aux besoins de la
population mondiale (Magniont, 2010, Niroumand et al. 2017). Cependant des études
scientifiques doivent être menées sur ce matériau afin de définir des conditions de fabrication
à l’échelle industrielle, les précautions de mise en œuvre et de maintenance. En effet, malgré
ses nombreux avantages écologiques, thermiques et économiques, la terre crue présente
l’inconvénient de se détériorer sous l'effet des conditions climatiques. Il est donc essentiel de
prendre des précautions afin d’accroître sa durabilité.
L’objectif global de cette thèse est de contribuer à l’amélioration et au développement des
matériaux de construction locaux élaborés à partir des Blocs de Terre Comprimée (BTC).
Spécifiquement, cette étude vise à :
1) définir les propriétés des matériaux argileux pour la conception des BTC ;
2) améliorer les performances et augmenter la durée de vie des BTC.
Deux zones cibles ont été choisies pour étudier les potentialités de la terre crue dans le domaine
de la construction. En Belgique, le secteur de la construction en terre crue est encore jeune et
peu connu du grand public. Son développement est confronté à un nombre de freins : le coût
élevé de mise en œuvre, le manque de standardisation, le manque professionnel pour la mise
en œuvre et une faible connaissance du matériau terre pour la construction en terre crue. Ces
freins conduisent à un manque de marché des produits en terre crue en Belgique (LOCI,
2016). Certaines initiatives développées récemment ont été arrêtées pour cette raison (e.g., la
société ARGIO à Tubize qui a abandonné la production des briques de terre crue en 2016 et la
société ARGIBAT à Wanlin qui a fait faillite en 2018). La Belgique a été choisie pour
améliorer la connaissance des produits en terre crue, notamment en caractérisant des
matériaux argileux belges et en développant des procédés d’amélioration des produits en terre
crue.
La région de Kinshasa et du Kongo Central a été choisie pour répondre au défi du développement
en R.D. Congo. Cette région connaît en effet une forte expansion spatiale et démographique
avec comme conséquence le développement d'une région périurbaine dans laquelle la qualité
de l’habitat est un problème crucial (Lateef et al., 2010 ; Mango-Itulamya, 2015 ; Halleux et
al., 2016).
Ce projet de recherche enrichira la base de données qui sert de support au démarrage de projets
d’exploitation industrielle ou semi-industrielle de matériaux argileux locaux. Il devrait aboutir
à l’élaboration d’un protocole opératoire pour la production de briques de terre crue, qui
pourra être appliqué dans d’autres régions.
Projet de recherche
Pour répondre aux objectifs spécifiques précités, l’étude comporte 2 volets complémentaires. Le
premier volet vise à caractériser les ressources argileuses des 2 zones cibles. Le second volet
consiste en la fabrication de briques de terre crue à partir des matériaux argileux locaux selon
9
la technique de Bloc de Terre Comprimée (BTC). Les performances mécanique et
hygrométrique, ainsi que la durée de vie des BTC ont été améliorées par l’ajout en
proportions variables de différents stabilisants. Les stabilisants testés varient dans les 2 zones
cibles. En Belgique, nous avons opté pour l’ajout de granulats. Parmi les différents granulats
commercialisés (calcaire, porphyre, grès, graviers alluvionnaires ou recyclage de démolition)
et généralement utilisés comme matériaux de construction (FEDIEX, 2018), nous en avons
testé 3 qui se distinguent par leurs compositions et leurs comportements mécaniques. Le
premier est un granulat calcaire issu d’une roche sédimentaire constituée essentiellement de
carbonate de calcium (75%). Le second granulat correspond à un porphyre, il s’agit d’une
roche d’origine magmatique constituée essentiellement de plagioclase (43 %) et de quartz (30
%). Le troisième granulat est un grès ou roche sédimentaire riche en mica (44 %), en quartz
(19 %) et en feldspath (16 %).
Dans la région de Kinshasa et Kongo Central, les stabilisants testés sont la bagasse de canne à
sucre (déchet agricole), la cendre issue de la combustion de la bagasse, le sable alluvionnaire,
et les fines concassées de broyage d’une roche gréseuse. Le sable alluvionnaire, et le concassé
de broyage sont largement présents et utilisés dans près de 83 % de nouvelles constructions à
Kinshasa (PNUD, 2009a). La bagasse de canne à sucre est un déchet largement présent dans
plusieurs régions rurales du Kongo Central. Les propriétés géotechniques des briques crues
obtenues sont comparées afin de retenir les formulations qui offrent la meilleure durabilité des
briques de terre crue.
Environnement de travail
La recherche a été réalisée dans l’unité de Recherche Argiles, Géochimie et Environnements
sédimentaires (AGEs) à l’Université de Liège (ULiège). Le comité de thèse est constitué
d'une géologue (Nathalie Fagel, promotrice de la thèse, laboratoire AGEs, ULiège), d'un
ingénieur civil des constructions (Frédéric Collin, laboratoire des Géotechnologies, GeO3
ULiège), d'une architecte (Fabienne Courtejoie, ULiège) et d'un ingénieur en chimie des
matériaux (Pascal Pilate, BCRC, Mons). Leur collaboration a permis une approche globale et
pluridisciplinaire de la construction en terre crue.
Les laboratoires impliqués entretiennent une collaboration via des projets de recherche
communs et ont apporté des expertises complémentaires et les infrastructures requises à la
réalisation du projet de thèse.
L’Unité de Recherche Argiles, Géochimie et Environnements sédimentaires (AGEs) du
Département de Géologie de l’ULiège possède une expertise reconnue dans la caractérisation
des argiles naturelles et dispose des infrastructures pour l’étude des matériaux argileux avec
en particulier un appareil de diffraction des rayons X performant (i.e., D8-Eco) permettant
l’interprétation qualitative et semi-quantitative des minéraux argileux. Depuis 2013, 4
mémoires et 3 thèses, concernant la thématique de la valorisation des géoressources argileuses
ont été réalisées au sein de ce laboratoire. AGEs a également participé à la thématique des
ressources naturelles développée au travers de la plateforme Afrique Centrale mise en place à
Kinshasa par le Centre pour le Partenariat et la Coopération au Développement (PACODEL,
ULiège) dans le domaine des territoires périurbains.
Le Laboratoire des Géotechnologies (GeO³, Département ArGEnCo) possède le matériel
nécessaire pour réaliser une identification géotechnique des matériaux argileux et caractériser
leur comportement hydro-mécanique. Il s’est spécialisé dans la modélisation du
comportement
10
des matériaux argileux, et participe à plusieurs projets sur des essais classiques de mécaniques
de sols.
Le Belgian Ceramic Research Centre (BCRC) possède une grande expertise dans le
développement et les applications des matériaux, dans l’investigation et la caractérisation des
sols et dans les problématiques liées à l’environnement. Il dispose des laboratoires et
équipements pour tout type de réalisations et tests portant sur les matériaux de construction.
En complément, le projet a bénéficié de l’expertise de Fabienne Courtejoie qui a participé à la
mise en place de la plateforme Afrique Centrale à Kinshasa ainsi qu’à plusieurs projets sur
l’architecture en zones périurbaines.

11
Plan de Travail Fabrication des Blocs de Terre Comprimée et éprouvettes :
Le schéma qui suit présente les étapes de la recherche. - Stabilisés par modification de la granulométrie et par ajout de
bagasse, de cendre de bagasse, de chaux et de ciment en
différentes proportions
Recherche bibliographique - En utilisant des terres de composition différente
- En faisant varier la quantité d’eau ajoutée
- En faisant varier la pression de mise en forme

Missions de terrain en Belgique et [Link] Caractérisation des BTC et éprouvettes


Prospection
Prélèvement
Cartographie
Essai de flexion et de compression

Analyses des échantillons collectés Essai d’abrasion


Minéralogie
Chimie
Géotechnique Essai d’absorption d’eau par capillarité,
d’immersion complète, d’égouttement accéléré
et de mouillage-séchage

Sélection des meilleures formulations Essai de gel-dégel

12
La recherche bibliographique a été orientée sur le matériau terre afin de définir ses propriétés
d’usage dans la construction en BTC ; les analyse des cartes géologiques afin de repérer les
lieux des gisements potentiels contenant des dépôts argileux ; et l’identification éventuelle des
principaux acteurs de la filière terre crue.
Les missions de terrain en Belgique et en RDC ont consisté en la prospection, le prélèvement
d’échantillons représentatifs. De plus en RDC 2 sites sur lesquels se développe une forte
activité de valorisation des matériaux argileux ont été cartographiés.
La caractérisation des échantillons collectés en laboratoire a porté sur les principaux tests qui
permettent de sélectionner les terres propices à la construction en BTC.
Pour répondre au premier objectif spécifique d’améliorer la durée de vie des BTC, la
caractérisation des BTC s’est faite par des tests de durabilité. La durabilité d’un BTC est sa
résistance à la détérioration au fil du temps, i.e. la résistance à l’action de l’eau, la résistance à
l’abrasion, la résistance au gel-dégel ou encore la résistance aux contraintes mécaniques
(NZS, 1998). Il existe plusieurs mesures de la durabilité d’un BTC (essai d'égouttement, essai
d’abrasion, essai de pulvérisation, rapport des résistances humide et sèche, etc., Ogunye et
Boussabaine, 2002a ; NZS, 1998). Il s’agit pour la plupart de mesures strictes transposées des
matériaux industriels (Bui et al. 2014). Plusieurs auteurs ont tenté de développer différents
types de tests de durabilité sur des BTC: test de précipitation (Ogunye et Boussabaine,
2002b), chambre de simulation climatique (Hall, 2005), test d’absorption d’eau par capillarité,
d’immersion complète et de gel-dégel (Guerin, 1985), test d’égouttement (Heathcote, 1995),
test de vieillissement (Guettala et al., 2006), etc. Dans notre étude, la durabilité a été mesurée
grâce aux tests d’abrasion, d’absorption d’eau par capillarité, d’immersion complète,
d’égouttement, de mouillage-séchage et de gel-dégel. Ces tests ont été choisis car il s’agit de
tests essentiels pour mesurer la durabilité d’un BTC face à l’action de l’eau, à l’abrasion et au
gel/dégel ; et que ces tests de durabilité nécessitent peu d’outils pour être réalisés. La
caractérisation des BTC par le test de compression a été choisie car il s’agit du principal test
cité dans les normes de production des BTC.
Plusieurs paramètres influencent la durabilité d’un BTC: la masse volumique de la terre
(Patty, 1936), la composition de la terre (Heathcote, 2002; Crowley, 1997), la nature du
stabilisant utilisé (Heathcote, 2002), le degré de compactage (Crowley, 1997), les
précipitations, les cycles gel-dégel et mouillage-séchage (Moevus et al., 2012), l’âge des
échantillons en terre (Heathcote, 2002), la texture de surface (Crowley, 1997), etc. Dans ce
travail on a étudié 5 paramètres pouvant affecter la durabilité des BTC : la nature des
minéraux argileux présents dans la terre, la taille des particules, la pression de mise en forme,
la quantité d’eau ajoutée et le pourcentage du stabilisant. La granulométrie et la plasticité sont
les 2 paramètres principaux pour déterminer la convenance d'une terre (Jiménez et Guerrero,
2007). Nous avons donc choisi d’étudier les effets de la nature des minéraux argileux présents
dans la terre et de la taille des particules. L’étude de l’effet du pourcentage du stabilisant sur
la durabilité d’un BTC consiste à répondre à l’objectif de valoriser les granulats et les déchets
végétaux dans la construction en terre. L’étude des effets de la pression de mise en forme et
de la quantité d’eau ajoutée vise à montrer s’il est possible d’augmenter la durée de vie des
BTC sans avoir recours à l’ajout de stabilisants.

13
I.2 La construction en terre crue
I.2.1 Historique
La « terre » est utilisée comme matériau de construction depuis onze millénaires sur tous les
continents (Anger et al. 2011). Ce terme désigne un matériau sédimentaire naturel présent
dans les sols et les sédiments qui résulte de l'altération physique (fragmentation sans
modification de la nature des minéraux), chimique et biologique d’une roche mère sous
l’action du climat, de l’érosion ou des organismes vivants (Pesson, 1971 ; Soltner, 1992). Il
s’agit d’un des matériaux de construction les plus anciens de l'histoire de l'Humanité. D'après
l'UNESCO, 20% du nombre de site enregistrés comme patrimoine mondial sont entièrement
ou partiellement construits en terre (Anger et al. 2011). Ceci témoigne du riche patrimoine
architectural en terre crue.
Au cours des temps, la terre est apparue comme le matériau de construction privilégié par
l'Homme. Car construire en terre crue permet d'exploiter le matériau que l'on a sous les pieds
(Anger et al. 2011). La ville syrienne de Tell Feres de plus de 7000 ans ainsi que la Citadelle
d’Ulug Dépé de plus de 5000 au Turkménistan sont quelques exemples (Fig. 1). À l'Antiquité
et au Moyen-Age, plusieurs constructions en terre ont été réalisées telles que la cité antique de
Volubilis au Maroc, ou le grand Kyz Kala à Merv au Turkménistan (Moriset, 2018, Fig. 1).

Fig. 1. Exemples anciens de constructions en terre. De gauche à droite : fondation d’une


maison dans la ville de Tell Feres en Syrie, citadelle d’Ulug Dépé au Turkménistan, traces de
pisé sur les vestiges des maisons à Volubilis au Maroc, le grand Kyz Kala au Turkménistan
(Moriset, 2018).
Plusieurs constructions modernes en terre réparties aux quatre coins de la planète montrent la
persistance de l’intérêt pour la construction en terre (Fig. 2). Dans des régions rurales
d’Amérique Latine, d’Asie ou d’Afrique, la terre a été et est toujours utilisée comme un
matériau de construction privilégié. Par contre, en Europe, comme dans d'autres pays
industrialisés, la terre crue a perdu de plus en plus d’importance avec l’industrialisation au
XIXe siècle. Il s'en est suivi une perte des savoir-faire (Casel, 2000). Suite à la crise
énergétique des années 1980, la terre crue a peu à peu regagné l'intérêt des architectes. Mais la
terre crue doit encore retrouver sa place dans la gamme des matériaux de construction
existants.
Dans les pays en voie de développement, la terre crue est souvent considérée comme symbole
de pauvreté. La construction en terre est remplacée par des constructions en béton, tôle et
parpaing, considérées comme modernes et durables (CRAterre et al., 1979 ; Anger et
Fontaine, 2009 ; Anger et al., 2011).
Dans le bâtiment, la terre peut être utilisée comme isolant associé à la paille ou pour la
rénovation, réparateur des bâtiments construits en terre, couche de finition intérieure, mur
porteur, enduit intérieur (Ecoconso, 2017).

14
Fig. 2. Exemples récents de constructions en terre. De gauche à droite : le Fort d’Al Jahili, Al
Ain à Abou Dhabi aux Emirats arabes unis créé en 1891 et restauré en 2008 ; le marché de
Koudougou au Burkina-Faso construite en blocs de terre comprimée au début des années 2000
; une école en pisé à Koné en Nouvelle Calédonie construite en 2017 ; quartier de 65
logements construit en 1985 principalement en blocs de terre comprimée et pisé à L’Isle-
d’Abeau en France (TerraLyon, 2016).
I.2.2 Avantages de la terre crue
Face aux préoccupations environnementales actuelles, la terre crue revient à l'honneur grâce à
ses nombreux avantages. La terre crue peut être utilisée en construction neuve, en rénovation
et pour la réhabilitation tant de manière traditionnelle que contemporaine. La terre crue
présente des nombreuses qualités et constitue un matériau d'avenir (AsTerre, 2016).
- La terre est issue d'une ressource locale ; ce qui réduit les problèmes liés au transport. Elle
nécessite peu d'énergie d'extraction, de transformation et de production. Son utilisation
« crue » ne contribue pas à la déforestation comme c'est le cas dans certaines régions du
monde où l'on utilise le bois pour la terre cuite (Aguarwal, 1981 ; Houben et Guillaud,
1989, Mango-Itulamya, 2015).
- Sa transformation est peu coûteuse et fait souvent appel à une main d’œuvre locale. La
fabrication se prête à l'auto-construction. La terre ne nécessite que des outils simples et
largement accessibles pour son extraction, sa transformation et sa mise en œuvre (La
maison écologique, 2004 ; Pignal, 2005).
- La terre joue un rôle d'amortissement acoustique et régule la température et l’humidité
ambiante. La terre crue purifie l'air ambiant en filtrant certains polluants et en absorbant les
odeurs (Fontaine et Anger, 2009 ; Ecologik, 2010).

Malgré ces nombreux avantages, la terre crue présente quelques inconvénients. D’une part,
dans les régions à climat tempéré comme en Belgique, la pluie et le gel diminuent ses
propriétés mécaniques et limitent sa durabilité. D’autre part, dans les régions à climat
équatorial comme en [Link], les variations importantes d’humidité rendent les matériaux
en terre crue instables. Ils s’érodent à chaque saison. Sans liant stabilisateur, le matériau
dégage de la poussière. La terre se dégrade au contact de l'eau et de l'humidité, ce qui rend son
emploi délicat (Agarwal, 1981 ; Kurf et al., 1998 ; AsTerre, 2016).

Dans plusieurs régions, les habitants ont développé des traditions architecturales basées sur
plusieurs styles et systèmes de constructions en terre (Fig. 3) pour protéger le mur de l’érosion
(Bolle, 2017).

La pyramide est une construction en damier qui alterne des blocs de terre plus sableux et des
blocs plus argileux. Les blocs sableux permettent un écoulement plus rapide de l’eau, les
blocs argileux donnent la stabilité à la structure (Daneels et Guerrero, 2011). Une évolution de
ce système consiste à insérer dans le mur en terre des bandes horizontales d’un matériau plus
résistant à l’érosion (terre cuite, mélange terre chaux ou terre ciment). Ces bandes ralentissent
la vitesse d’écoulement de l’eau. Cette technique est surtout utilisée dans les constructions en

15
pisé (Baur, 2012). Le revêtement à base d’enduit d’origine végétale ou animale est une
tradition millénaire pour lutter contre l’érosion des structures en terre (Daneels, 2008). La
technique la plus employée pour préserver un mur de terre de l’érosion liée à l’eau consiste à
protéger sa base et son sommet. Comme le dit un dicton, un mur en terre nécessite « un bon
chapeau et de bonnes bottes » (Heitz, 2014). Cela consiste à protéger le mur d’un toit
débordant qui évite au mur d’être trempé par la pluie, et d’un soubassement en pierre, brique
cuite, béton de ciment, qui empêche toute remontée capillaire.

Fig. 3. Illustration de quelques moyens de lutte contre la détérioration d’une construction en


terre crue. De gauche à droite : vestige de la pyramide en terre crue de La Joya au Mexique
(1er siècle) ; vestige d’un mur enduit à Dja’de el Mughara en Syrie (9 ème siècle av. J.-C) ;
maison en pisé avec un toit débordant et un soubassement en béton de ciment construite en
2018 à Villefontaine en France (Daneels, 2008 ; Moriset, 2018).

En outre, plusieurs obstacles ralentissent l’usage de la terre crue à grande échelle. Dans les
pays industrialisés, le manque des professionnels formés aux techniques de construction en
terre crue, le manque de normes constructives en terre crue, le manque de diffusion auprès du
grand public, du soutien institutionnel et des collaborations interprofessionnelles sont les
principaux freins (TerraLyon, 2016). La nécessité de main d’œuvre importante pour sa mise
en œuvre constitue également un important frein d’ordre économique. Ce frein est peu ou pas
présent dans les pays en développement : la construction en terre représente une alternative de
construction intéressante (Adam et Agib, 2001). Cependant la terre est parfois considérée
comme un matériel de mauvaise qualité et de ce fait rejetée par les populations locales (Njoya
et al., 2015 ; Bogaert et Halleux, 2015).
I.2.3 Techniques de construction en terre crue
Il existe différentes techniques de construction en terre crue selon les contextes
géographiques, les modes de vie, les coutumes locales, le climat ainsi que les matériaux
disponibles. Houben et Guillaud (1989) ont répertorié 12 techniques principales de
construction en terre crue (Fig. 4 et Tableau 1). Les cinq techniques de construction les plus
répandues dans le monde sont présentées ci-dessous, à savoir le pisé, l'adobe, le torchis, la
bauge et le bloc de terre comprimée (BTC, Anger et Fontaine, 2009 – Tableau 2).

16
Fig. 4. Techniques de construction en terre (Anger & Fontaine, 2009).

Techniques Description
Terre creusée Habitat creusé dans l'épaisseur du sol
Terre recouvrante Terre qui recouvre une structure construite avec un autre matériau
Terre remplissante Terre qui remplit une enveloppe faite de matériaux creux
Terre découpée Blocs de terre directement découpés dans le sol
Terre comprimée Terre comprimée dans des moules ou des coffrages
Terre façonnée Terre façonnée à l'état plastique à la main
Terre empilée Boules de terre empilées en murs épais
Terre moulée Terre moulée dans des moules de formes diverses
Terre extrudée Terre extrudée à l'aide d'une machine
Terre coulée Terre coulée dans un coffrage ou un moule
Terre-paille Matériau léger constitué d'une barbotine argileuse liée aux fibres
Terre garnissante Terre mélangée aux fibres qui garnit en couches minces un support
Tableau 1. Différentes techniques de construction en terre (Houben et Guillaud, 1989).

17
Techniques Pisé Bauge Torchis Adobe ou Terre
courantes brique crue
Comprimée
Description Le pisé est un La Le torchis Les adobesLe Bloc de
procédé de construction est une sont des Terre
construction en bauge technique de briques deComprimée
qui consiste à consiste à remplissage terre crue(BTC) est
compacter de façonner des d’ossature moulées sans
une
la terre murs massifs avec un compactageévolution de
disposée dans et épais à mélange de et séchées au
l'adobe. La
un coffrage en l'aide d'une terre fibrée soleil. Leur
terre,
couches terre mise en (CRAterre taille et leur
généralement
successives œuvre à l'état et al., 1979). forme stabilisée, est
peu épaisses à plastique, varient selon
compactée à
l’aide d’un généralement les moulesl'aide de
pilon (Houben sans l’aide de utilisés presse
et Guillaud, coffrage (Houben etmanuelle ou
1989). (Houben et Guillaud, mécanique
Guillaud, 1989). (Houben et
1989). Guillaud,
1989).
Terre La terre à pisé La terre à La terre Les terres La brique de
à utiliser est un bauge est limono- constituées terre
mélange généralement argileuse est de sable, de comprimée
hétérogène de très une des limon et est produite à
particules de argileuse, meilleures d'argile partir de la
terre de avec du terres pour la seraient les même terre
grosseurs sable, des construction plus aptes à que le pisé,
variables graviers, en torchis. la fabrication mais
allant de ainsi que des Cependant, de l'adobe débarrassée
cailloux (< 6 fibres différentes (CRAterre et par tamisage
cm) aux végétales recettes al., 1979). de grains > 2
argiles (< (Houben et existent pour cm (Houben
2µm) (Houben Guillaud, fabriquer le et Guillaud,
et Guillaud, 1989). torchis 1989).
1989 ; Anger (Babylas et
et Fontaine, al. 2012).
2009).

Tableau 2. Principales techniques de construction en terre crue.

I.2.4 Bloc de Terre comprimée


Le Bloc de Terre Comprimée (BTC) est une évolution de la terre moulée ou adobe. L’idée de
compacter la terre afin d’améliorer sa résistance serait apparue au XVIII e siècle. Les premiers
BTC étaient alors faits par pilonnage manuel dans un moule en bois. C’est à partir des années
1950 que sont apparues les premières presses pour BTC. La Cinva-Ram fut la première presse
manuelle développée en 1952 par Raul Ramirez à Bogota (Rigassi, 1995).
La production des BTC nécessite une organisation industrielle, semi industrielle ou artisanale
souvent en 6 étapes, ce qui fait du BTC un matériau largement accessible.
(1) Extraction de la terre.

18
(2) Préparation de la terre : séchage, broyage, tamisage.
(3) Mélange avec l’eau et éventuellement stabilisation.
(4) Pressage et démoulage.
(5) Séchage, précédé d’une cure lorsque le BTC contient un stabilisant hydraulique.
(6) Stockage.
Les BTC sont des éléments de maçonnerie dont le type et les dimensions varient selon le
moule utilisé (Fig. 5). Les dimensions les plus courantes sont 29,5 x 14 x 9 cm et 20 x 20 x 9
cm (L x l x h) et les types les plus courants sont les blocs pleins, les blocs évidés, les blocs
alvéolaires et les blocs à emboitement (Rigassi, 1995). Une maçonnerie en BTC est constituée
de blocs liés par un joint de mortier. Le mortier est généralement un mélange de sable et de
liant hydraulique (ciment ou chaux). Il permet en plus de lier les blocs, de transmettre les
efforts entre les éléments et de les distribuer sur tous les éléments, et de contribuer à
l’esthétique du bâtiment (Rigassi, 1995 ; P’Kla, 2002).

Fig. 5. À gauche, différents formats des BTC, à droite désignation des joints (P’Kla, 2002).
Les BTC peuvent être utilisés comme murs porteurs, cloisons, voûtes, arc, coupoles, fours à
pain, poêles, etc. (P’Kla, 2002) tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du bâtiment. Depuis son
apparition, plusieurs constructions se sont multipliées aux quatre coins de la planète (Fig. 6)

Fig. 6. Quelques réalisations en BTC. De gauche à droite : la Mosquée Al Medy à Ryad en


Arabie Saoudite ; un chantier en BTC à Lubumbashi en R.D. Congo ; une maison en BTC à
L’Isle-d’Abeau en France (Anger et Fontaine, 2009 ; Caritas Lubumbashi, 2011).
La comparaison des BTC par rapport à d’autres matériaux de construction a été faite par
plusieurs auteurs et est résumée dans le Tableau 3.

19
Caractéristiques BTC Adobe Pisé Brique cuite Bloc de béton
Aspects
Surface Lisse Irrégulière Rugueuse à lisse Rugueuse à lisse Rugueuse
Esthétique Moyen à bon Pauvre Bon à excellent Bon à excellent Moyen
Performances
Résistance en compression (MPa) 1à4 0à5 0,5 à 3 0,5 à 6 0,7 à 5
Dilatation thermique (%) 0,02 à 0,2 0 à 0,02 0,02 à 0,05
Isolation thermique (W/m°C) 0,81 à 1,04 0,4 à 0,8 1,05 0,7 à 1,3 1 à 1,7
Masse volumique (kg/m3) 1700-2200 1200 à 1700 1900 1400 à 2400 1700 à 2200
Durabilité Faible à très Faible Faible à très Faible à excellente Faible à très bonne
bonne bonne
Emploi en maçonnerie Porteur Porteur Porteur Porteur Remplissage
Coût au m2 (euros) : exemple à Kinshasa 100 à 180* 20 à 50 20 à 35
2
Coût au m (euros) : exemple en Belgique 250 à 500 500 à 700 50 à 140 60 à 90
Tableau 3. Comparaison entre le BTC et d’autres matériaux de construction (Rigassi, 1995 ; Caritas Lubumbashi, 2011 ; Chirhalwirwa
Mwilarhe, 2008 ; Moles et al. 2009 ; CRAterre et Urbaplan, 2010 ; Prix-construction, 2019).
* Ce coût est à prendre avec précaution étant donné qu’il a été calculé sur des projets réalisés par des ONG qui ne sont pas habituées à ce système
constructif.
Malgré le fait que le BTC soit un matériau accessible, construire en BTC reste cher, surtout dans les pays développés, car sa mise en œuvre
demande généralement plus de temps. Cependant ce temps plus élevé est souvent lié à un manque de professionnels formés à cette technique de
construction. Les BTC sont en général plus lourds et demandent plus de précautions lors de la mise en œuvre s’ils ne sont pas stabilisés (chantier
à l'abri des intempéries, Chirhalwirwa Mwilarhe, 2008 ; CRAterre et Urbaplan, 2010). Le prix plus élevé des matériaux en BTC par rapport aux
matériaux industriels est généralement dû au fait que ces derniers bénéficient d’un marché plus important, d’une production à grande échelle, et
d'automatisation des procédés de production plus importante (LOCI, 2016 ; Bolle, 2017).

20
Le choix du BTC dans cette étude se justifie par :
- la rapidité de production et de mise en œuvre par rapport à d’autres techniques de
construction en terre crue ;
- la régularité des matériaux obtenus, ce qui facilite leur comparaison ;
- sa longue durée de vie obtenue grâce au compactage ;
- le stockage plus facile, car les blocs directement produits peuvent être empilés et ont une
durée de séchage plus rapide ;
- la faible technologie nécessaire à la production ;
- l’intérêt des architectes et des populations pour ce matériau par rapport à d’autres
techniques de construction en terre crue.
- la fabrication contrôlée à l’échelle industrielle qui permet également d’assurer la
reproductibilité et favorisera la standardisation et une utilisation plus généralisée.
Les normes concernant l’usage des BTC trouvées dans la littérature concernent
principalement la résistance à la compression. Il existe en effet depuis quelques années dans
certains pays, des normes d’utilisation des BTC en construction. Ainsi, on peut citer ARS
(Afrique), ASTM E2392M-10 (Amérique), NBR (Brésil), NTC 5324 (Colombie), UNE
41410 (Espagne), KS 02-1070 (Kenya), IS 1725 (Inde), NT (Tunisie), NZS (Nouvelle-
Zélande), XP P13-901 (France), SLS 1382 (Sri Lanka), NMAC 147.4 (Nouveau-Mexique).
Ces normes sont variables d’un pays à l'autre. La Fig. 7 illustre un exemple de cette différence
basée sur la résistance en compression minimale admissible.

Fig. 7. Résistances à la compression minimales admises pour les


BTC (Cid-Falceto et al., 2012).
La plupart de ces normes (NZS, NBR, NTC 5324) concernent les BTC stabilisés au ciment,
fabriquées à l’aide d’une presse manuelle (Cid-Falceto et al. 2011). Notons également que ces
normes encouragent la stabilisation au ciment et recommandent l’usage d’un enduit protecteur
pour augmenter la durabilité des murs en terre (Bruce King, 2006).
Les conditions de test varient également d'une norme à l’autre. C'est pourquoi les valeurs
obtenues doivent être comparées avec précaution. Seules les données avec les mêmes
conditions de test (e.g., dimension des BTC, pression de mise en forme) peuvent être
comparées (Bruce King, 2006). La Fig. 8 illustre le mode opératoire de détermination de la
résistance à la compression des BTC selon certaines normes. Les informations obtenues dans
la bibliographie témoignent d’un manque de consensus sur la méthode à utiliser pour
caractériser les BTC.
Certaines normes donnent des recommandations sur la durabilité ou la résistance à la flexion
des BTC et sur leur usage (Tableau 4).
21
Fig. 8. Normes de détermination de la résistance à la compression. a) norme [CYT 93] Pérou,
Brésil et Cuba ; b) norme Afrique ORAN [NOR 98] ; c) norme [VEN 92] Inde. Il s’agit de
blocs 29,5x14x9,5 cm (Lxlxh, d’après P’kla,2002).
Région Durabilité Résistance Résistance en Mise en
à la flexion compression œuvre
(MPa) (MPa)
Afrique >2
[NOR 98] (compression 2 demi
blocs, h/e = 1,3)
USA Capillarité < 4% > 0,34 > 2 (compression d’un Construction
[CID 91] après 7 joursb (essai de flexion bloc entier) limitée à 2
3 points) étages,
élancement
h/e = 10
Pérou, 0,2a ; 2b
Brésil, (compression simple
Cuba sur maçonnerie)
a,b
Inde 2 (compression 3
[VEN 92] blocs maçonnés)
Australie Taux d’érosion ≥ 2 (compression sur Mur
Bull. 5 < 1mm/minb bloc h = 1,3 à 2 fois e) extérieur ou
intérieur
Nouvelle 3,5b (compression
Zélande d’un bloc entier)
[NZS
4298]
OIA 1970 Test d’érosionb ≥ 2,1
Tableau 4. Normes propres aux BTC (P’kla, 2002 ; Jiménez et Guerrero, 2007). h = hauteur, e
= épaisseur, a = non stabilisé, b = stabilisé au ciment.
D’autres normes donnent la valeur de l’épaisseur du mur en terre en fonction de la résistance
à la compression (Tableau 5, données concernent la technique du pisé).

22
Pays Norme Épaisseur Épaisseur Résistance à la
minimale du mur minimale du mur compression
extérieur (mm) intérieur (mm) (MPa)
Australie CSIRO Bull. 5 200 200 0,7-1
4th ed. (1995) et
EBAA (2004)
Allemagne Lehmbau Regein 400 400 0,3-0,5
(2009)
Inde IS : 2110 (1998) 300 200 1,4
Kirghizstan PCH-2-87 (1998) 0,63-3,6
Nouvelle NZS 4297-9 250 0,5
Zélande
Suisse Regein Zum 300 0,3-0,5
Bauen mit Lehm
(1994)
USA 14.7.4 NMAC 457 305 1,725-2,07
(2006)
Zimbabwe SAZS 724 (2001) 300 1,5 -2
Tableau 5. Normes concernant l’épaisseur du mur en fonction des résistances à la
compression pour le pisé (TotalBoox et TBX, 2012).
I.3 Le matériau terre
I.3.1 Généralités
On parlera ici de « terre » pour désigner un matériau sédimentaire naturel utilisé pour la
construction. Ce matériau résulte de l'altération d’une roche mère. La terre peut être résiduelle
(i.e., sol) ou avoir été transportée par l’eau ou le vent (i.e., dépôt sédimentaire). Ce matériau
sédimentaire est principalement constitué d'une fraction solide inorganique constituée de
particules de taille variable (i.e., gravier > 2mm, sable > 63 m, limon ou silt 63-2 m, argile
<2 m (Tucker et Hardy, 1988) et de constituants organiques (matière organique fraîche et/ou
transformée). Outre la fraction solide, la terre contient également une phase aqueuse et
gazeuse présente dans les pores du matériel (Soltner, 1992). Dans les sols, seuls les niveaux
situés sous les couches riches en matière organique (horizons O et A, Delecour, 1981)
peuvent être utilisés comme matériau de construction (Guérin, 1985 ; Fig. 9).

Fig. 9. Coupe dans la couche de terre


(Guérin, 1985, modifié).

23
L'importance relative des éléments constitutifs influence les propriétés physiques (plasticité,
pouvoir absorbant) et conditionne les applications techniques de chaque type de terre
(Rigassi, 1995).
Les graviers (2 mm ≤ D < 64 mm) et les sables (0,063 mm ≤ D < 2 mm) constituent les
éléments grossiers de la terre à bâtir. Ils constituent le squelette et augmentent la perméabilité
à l'eau de la terre. En outre, la fraction sableuse limite le gonflement et le retrait de la terre
(Houben et Guillaud, 1989).
Les limons ont une granulométrie comprise entre 0,063 et 0,002 mm. Ils possèdent une
grande friction interne, une faible cohésion en présence d'eau et une grande perméabilité
(Rigassi, 1995).
Les argiles sont définies soit par leur granulométrie (i.e., particules de taille inférieure à 2
micromètres), soit par leur minéralogie (i.e., famille des phyllosilicates, Weaver, 1989). Les
minéraux argileux sont des silicates ayant une structure cristalline en couches (i.e., phyllo
signifie feuille en grec). Cependant tous les phyllosilicates ne sont pas des argiles (Moore et
Reynolds, 1989). Un grain d’argile est donc un ensemble de feuillet, plus ou moins épais,
avec des liaisons plus ou moins fortes entre feuillets. Le feuillet est un édifice de moins d'un
nanomètre d’épaisseur, composé de trois ou quatre plans d’anions tels que l'oxygène O 2– ou
l'hydroxyle OH– entre lesquels s’insèrent de petits cations principalement de silicium,
d’aluminium et de magnésium. La charge nette du feuillet dépend des proportions d’anions et
de cations. L’empilement de feuillets correspond à une couche et l'ensemble de couches
constitue le cristal. Les feuillets sont formés par une combinaison de plans constitués par les
atomes agencés en tétraèdre SiO4-. Dans les phyllosilicates, six tétraèdres s'agencent en se
partageant les oxygènes pour former des feuillets (Fig. 10 - Brindley et Brown, 1980 ; Moore
et Reynolds, 1989 ; Bouchet et al, 2000 ; Anger, 2011)

Fig. 10. Éléments structuraux : les tétraèdres. a. Tétraèdre de silice b. tétraèdres de silice
arrangés dans un réseau hexagonal (in Eslinger et Peaver, 1988).
Les tétraèdres (T) s'agencent à des feuillets octaédriques (O) pour former des couches. Le
feuillet octaédrique comprend un cation central (Al3+, Fe3+, Mg2+, Fe2+) et 6 OH- (Fig. 11). Les
couches peuvent être neutres ou chargées négativement. Ces charges négatives sont
compensées par des cations qui se logent dans l’espace entre les couches (espace
interfoliaire). La charge de la couche dépend des substitutions de cations dans les feuillets T
ou O (Moore et Reynolds, 1989 ; Bouchet et al, 2000 ; Anger, 2011).

24
Fig. 11. Éléments structuraux : les octaédres. d. Unités octaédrique. e. Unités octaédriques
réunies dans une structure de feuille octaédrique (in Eslinger et Peaver, 1988).
Kaolinites, smectites, illites et chlorites constituent l’essentiel des argiles que l’on trouve dans
les terres. Ce sont elles qui assurent à la terre sa cohésion. Les kaolinites sont des argiles
combinant un feuillet T et un feuillet O (minéraux 1/1). L’équilibre des anions et des cations
est strictement respecté et le feuillet est donc électriquement neutre. Les smectites se
composent de 2 couches tétraédriques et d'une couche octaédrique. Elles ont un feuillet qui
porte une charge nette négative, compensée par des cations supplémentaires situés à la surface
des feuillets et entourés de molécules d’eau. Les illites ont une structure 2/1 comme les
smectites mais celle-ci diffère par un déficit de charges positives élevé compensé par la
présence de cations K+ dans l’interfoliaire. Les chlorites ont une structure de base formée de
deux feuillets alternés (minéral 2/1/1). Le premier est négatif, le second positif compense la
charge négative du premier, ce qui conduit à un assemblage neutre (Moore et Reynolds,
1989 ; Bouchet et al, 2000). La nature et les caractéristiques des argiles sont liées à leur mode
de formation (Moore et Reynolds, 1989).
I.3.2 Propriétés des terres
Toutes les terres ne sont pas adaptées à la technique de construction en BTC. Les normes
d’utilisation des terres dans la construction en BTC se basent principalement sur leur
granulométrie et leur plasticité (Tableau, 6). Ces caractéristiques influencent le comportement
des BTC produits (Khalfaoui et Hajjaji, 2009).

Pays Documents de référence Critères de sélection de la terre


USA NMAC 14.7.4 (2000) Peu de recommandations : les unités
constructives doivent être testées
France XP P 13-901 (2001) Granularité, plasticité et nature de la terre
Nouvelle Zélande NZS 4297 (1998) Les unités constructives doivent être testées
Pérou NTE E 080 (2000) Granularité
Afrique ARSO (1996) Granularité, plasticité et nature de la terre
Zimbabwe SAZS 724 (2001) Granularité, sels, teneur en matière
organique et cohésion
Allemagne Lehmbau Regeln (1999) Force de liaison, plasticité et granularité.
Australie HB 195 (2002) Granularité
Espagne MOPT (1992) Granularité
Tableau 6. Critères de sélection des terres pour la construction en BTC selon différentes
normes (Jiménez et Guerrero, 2007).
Une synthèse de l’état de connaissance des principales propriétés de la terre crue utilisée en
construction pour les BTC, selon différentes normes est représentée au Tableau 7.

25
Propriétés Unités Terre comprimée
Teneur en argile % 5 à 30
Indice de plasticité IP % 5 à 30
Teneur en eau initiale Win % 5 à 15
Masse volumique sèche ρ kg/m3 1600 à 2200
Teneur en eau ambiante w % 0à5
Retrait de séchage % 1à3
Coefficient résistance à la vapeur µ 5 à 20
Module de Young E GPa 1,0 à 6,0
Résistance compression Rc MPa 0,4 à 3,0
Résistance traction Rt MPa 0,1 à 0,5
Capacité thermique massique c J/kg.K 600 à 1000
Capacité thermique volumique C kJ/m3.K 960 à 2200
Conductivité thermique λ W/m.K 0,5 à 1,7
Tableau 7. Synthèse des principales propriétés de la terre comprimée (Moevus et al., 2012).
La granulométrie et la plasticité (limites d'Atterberg) constituent les paramètres principaux
pour déterminer la convenance d'une terre (Jiménez et Guerrero, 2007). La granulométrie
influence l’aptitude au façonnage et au séchage de la terre. Des terres qui n’ont pas la
granulométrie requise pour des matériaux en BTC peuvent cependant donner des bons
résultats en ajoutant des stabilisants adéquats (Moevus et al. 2012). Il existe plusieurs outils
de mesure de la granulométrie : tamisage, sédimentométrie, imagerie, diffraction laser,
microscopie. En l’absence de ces outils, des mesures peuvent être réalisées directement sur
terrain.
 Les tests de la vue et du toucher de la terre (sèche ou humide) permettent d’identifier
les graviers, les sables grossiers et les sables fins (> 100 µm).
 Le test de lavage de main consiste à se frotter les mains avec une terre liquide, puis à
les rincer doucement avec l’eau. Si le lavage des mains est difficile, cela confirme
qu’il s’agit d’une terre argileuse.
 Le test de la bouteille mesure les proportions des grains. On remplit une bouteille
transparente de 1/4 de terre et 3/4 d’eau, on l’agite puis on la laisse décanter jusqu’à ce
que l’eau soit claire. On note les proportions des différents constituants après
sédimentation : le gravier et le sable se retrouvent au fond, le silt et l’argile au sommet
(Houben et Guillaud, 1989).
La plasticité est la capacité des matériaux de maintenir une déformation sans rupture (Peltier
et Rumpler, 1959). La terre a un comportement élasto-plastique. Elle présente une
déformation élastique réversible et une déformation plastique irréversible. La plasticité d’une
terre dépend de la teneur en argiles et de leur nature (et donc de leur capacité d’adsorption
d’eau). Les limites d'Atterberg, i.e. limites de liquidité W L et de plasticité WP, sont les
indicateurs de plasticité couramment employés (Moevus et al. 2012). Le test du cigare permet
de mesurer la plasticité de la terre sur terrain. Il consiste à fabriquer un cigare de 3 cm
d’épaisseur et le pousser doucement dans le vide. Si le cigare ne se brise pas au-delà de 20
cm, il s’agit d’une terre argileuse et plastique (CRAterre et al., 1979).
La teneur en eau initiale est un paramètre essentiel. En effet, l'eau renforce la cohésion
naturelle de la terre en intensifiant l'interaction entre les particules d'argiles. Sans eau, il serait
impossible de construire un mur en terre (Fontaine et Anger, 2009).
La teneur en matière organique est généralement considérée comme néfaste dans les
constructions en terre crue car sa décomposition augmente la porosité et diminue leur
résistance
26
27
(CRAterre et al., 1979). Il est déconseillé d'utiliser une terre contenant plus de 2% de matière
organique. Certains stabilisants tels que la chaux peuvent réduire l'influence néfaste de la
matière organique (CRAterre et al., 1979). Une identification de la présence de la matière
organique peut être faite sur terrain en humidifiant la terre. Si la terre humide sent l’humus, il
s’agit d’une terre riche en matières organiques (Houben et Guillaud, 1989).
L'analyse chimique donne les principaux groupes d'atomes exprimés en pourcentage
massique d'oxydes présents dans l’échantillon. Ces éléments justifient plusieurs propriétés des
argiles dont la couleur, le degré d'interaction avec des liants, etc. Aucune recommandation sur
la teneur en pourcentage d'oxydes pour une terre crue n'a été trouvée dans la littérature.
Les minéraux argileux donnent au sol sa cohésion et l'essentiel de sa résistance mécanique en
agissant comme liant entre les éléments plus grossiers qui constituent le squelette. L’argile
garde sa cohésion lorsque la teneur d'eau est inférieure à la limite de liquidité. Pour des
teneurs d'eau élevées, les argiles perdent toute cohésion et acquièrent une consistance liquide
(CRAterre et al., 1979). La nature des argiles dans l'échantillon de terre va influencer les
propriétés de gonflement, de fissuration de la terre crue ainsi que la quantité d’eau nécessaire
à ajouter (Tardy, 1993 ; Andrate et al., 2011). Le Tableau 8 illustre les principaux
constituants minéraux de la terre et leurs propriétés physiques. Aucune recommandation sur
la nature des minéraux argileux pour une terre propice à la fabrication des BTC n'a été trouvée
dans la littérature.
Désignation Principaux composants Propriétés physiques
Sable siliceux Quartz Sans cohésion, abrasif
Mica Muscovite Sans cohésion
Carbonates Calcite, dolomite Susceptible d’influencer le pH
Sulfates Gypse Susceptible d’attaquer certains ciments
Argiles Kaolinite Pas de gonflement, plasticité faible
Peu de cohésion
Illites et micas Gonflement
partiellement dégradés Plasticité moyenne
Smectites Très gonflante, Très plastique
Chlorite, vermiculite Gonflement limité
Matière organique Débris végétaux, racine Dégradation rapide
Tableau 8. Principaux constituants inorganiques (minéraux) ou organique des sols et leurs
propriétés physiques (CRAterre et al., 1979).
Le réseau poreux détermine les phénomènes d'adsorption-désorption d'eau et de transport de
vapeur d'eau. La quantité d'eau dans la terre correspond à une valeur de succion qui détermine
les forces capillaires au sein de la microstructure. La présence d'eau influence les propriétés
mécaniques et thermiques de la terre (Moevus et al. 2012).
La consistance de la terre à la mise en œuvre dépend de la teneur en eau. Lorsqu’elle
augmente, on atteint la limite plastique. La pâte devient de plus en plus malléable jusqu’à la
limite liquide. Au-delà, la pâte ne peut plus être modelée (Andrade, 2011). Dans le cas des
BTC, la teneur en eau optimale de la terre peut être obtenue par essai Proctor et correspond à
la densité maximale pour une énergie de compaction donnée (Proctor, 1933).

28
Les propriétés hygrométriques, mécaniques et thermiques de la terre dépendent de la porosité
totale, la distribution et la taille des pores, la teneur en argiles, la surface spécifique des argiles
et leur capacité d'échange cationique, l'empilement granulaire (Heathcote, 2002 ; Moevus et
al. 2012).
La terre est un matériau qui permet de réguler l’hygrométrie dans une pièce. Si l'air ambiant
est humide la terre va se charger en humidité. Par contre si l'air ambiant est sec, la terre va
s'assécher. Cela participe au confort intérieur de la pièce (Jaquin 2009 ; Allinson et Hall,
2010). L’hygrométrie d’une terre dépend de plusieurs propriétés :
- de l'humidité relative et de la température ;
- de la taille, de la forme et du nombre de pores ;
- de l'affinité des argiles avec l'eau;
- du chemin hydrique parcouru (mouillage/démouillage, Moevus et al. 2012).
Dans les conditions d’une humidité relative inférieure à 70 %, la teneur en eau de murs en
terre est généralement comprise entre 0,5 et 5%. Elle peut être supérieure en présence
d'argiles gonflantes et de granulats contenant des micropores et micro-rugosités (Moevus et
al. 2012). Il existe plusieurs mesures hygrométriques :
1. La capacité d’absorption de la vapeur d’eau définit la quantité de vapeur que peut stocker
un mur en terre dans des conditions de température et d'humidité données. Elle peut être
établie par les isothermes de sorption ou les courbes de rétention d'eau (Jaquin, 2009).
2. La perméabilité à la vapeur d’eau d’une terre renseigne sur sa capacité d'échange
hygrométrique entre l'intérieur et l'extérieur d'une construction. Plus elle est élevée, plus
les échanges entre l'air extérieur et l'air intérieur se font facilement, et plus l'équilibre
hygrométrique est atteint rapidement (Moevus et al. 2012).
3. La diffusivité hydrique capillaire permet de décrire l’aptitude d’une terre à absorber l'eau
par capillarité. Lorsqu'un échantillon de terre est mis en contact avec de l'eau, celle-ci va
pénétrer le matériau par remontée capillaire dans les pores fins, sous l'action de la succion.
La diffusivité hydrique capillaire s'exprime en m²/s (Allinson et Hall, 2010).
Le retrait de la terre crue dépend de sa composition et de son squelette granulaire. Celui-ci
peut être modifié par stabilisation granulaire, i.e. ajout de sable graviers ou de paille. Le
retrait dépend également de la proportion d’argiles et de leur nature, de la porosité totale et de
la quantité d’eau à la mise en œuvre. Le retrait d'une terre à partir de son état à la mise en
œuvre peut varier entre 0,05 et 20% (Moevus et al, 2012).
La principale propriété mécanique de la terre est la résistance à la compression. La
résistance à la compression uniaxiale de la terre influence le dimensionnement des ouvrages.
Plus elle est élevée, plus l'épaisseur des murs pourra être faible pour une hauteur de bâtiment
donnée. Les paramètres qui améliorent la résistance à la compression sont entre autres une
densité élevée et une teneur en eau faible (Andrate et al., 2011).
Les propriétés thermiques intrinsèques du matériau terre sont la capacité thermique, la
conductivité, la diffusivité et l’effusivité.
- La conductivité thermique définit la capacité d’un matériau à transmettre ou à retenir la
chaleur. Plus la conductivité thermique est faible, plus le matériau est isolant. La
conductivité thermique de la terre dépend essentiellement de sa masse volumique et de sa
porosité. Utilisée seule, la terre n’est pas un isolant, elle le devient par l’ajout de fibres
(Speyer, 1994).

29
- La capacité thermique ou chaleur spécifique indique la quantité de chaleur à fournir à 1
m³ de matériau pour élever sa température de 1°K (Brown, 2001).
- La diffusivité thermique exprime la profondeur à laquelle la chaleur a un effet après une
période de temps donnée. Elle exprime la capacité du matériau à transmettre une variation
de température. La température à l’intérieur s'élève d'autant plus rapidement que la
conductivité de la paroi est élevée et que sa capacité thermique est faible (Jannot et
Degiovanni, 2018).
- L'effusivité thermique représente la capacité d'un matériau à échanger de l'énergie avec son
environnement. Un matériau absorbe d'autant plus de puissance que sa conductivité est
élevée, et que sa chaleur volumique est élevée (Speyer, 1994).
La durabilité d’un matériau est sa résistance à la détérioration au fil du temps. Elle dépend des
propriétés du matériau et des agressions extérieures (e.g., impact des gouttes de pluie, cycles
de mouillage/séchage, cycle de gel/dégel, retraits et expansions). Il existe 3 types d’essais
pour évaluer la durabilité des matériaux en terre crue dans le temps :
- les essais indirects consistent à réaliser des tests qui ont peu ou pas de rapport avec les
mécanismes de dégradations réels, mais où la propriété mesurée a un indicateur fiable de
durabilité ;
- Les essais accélérés consistent à appliquer des phénomènes réels avec une intensité plus
forte durant un laps de temps réduit ;
- les essais de simulation consistent à soumettre les échantillons à une sollicitation similaire
à celle qu'ils peuvent subir en conditions réelles (Heathcote, 2002).
Plusieurs paramètres influencent la durabilité d’un BTC :
- La masse volumique de la terre (Patty, 1936).
- La composition de la terre. Heathcote (2002) montre que la durabilité augmente avec la
teneur en argiles. Crowley (1997) montre que les sables argileux et les argiles ont une
meilleure durabilité que les silts argileux.
- La nature du stabilisant utilisé (Heathcote, 2002).
- Le degré de compactage qui augmente la durabilité de façon exponentielle (Crowley, 1997).
- Les précipitations, le cycle gel-dégel et le cycle mouillage-séchage (Moevus, 2012).
- L’âge des échantillons en terre car l’érosion du BTC est généralement plus rapide au
début de sa vie (Heathcote, 2002).
- La texture de surface, les BTC à surface rugueuse seraient plus érodables que les BTC à
surface lisse (Crowley, 1997).
- Le revêtement de surface par un enduit protecteur améliore la durabilité (Patty, 1936 ;
Crowley, 1997 ; Heathcote, 2002).
I.3.3 Stabilisation
Les constructions en terre présentent une vulnérabilité élevée face aux phénomènes d'érosion liés
aux pluies, vents ou gels. L'enjeu est donc de les préserver en utilisant des techniques de
stabilisation. La stabilisation a pour objectif d’améliorer la dureté (i.e., résistance aux chocs et
aux frottements, réduction de l’effritement) et l’imperméabilité. Cependant un stabilisant ne
remplace pas l’action du liant principal qui est l’argile (Rigassi, 1995).
La stabilisation de la terre consiste à lui donner des propriétés physiques « irréversibles ». Elle se
fait en fonction de la conception du bâtiment, de l'économie du projet, de la durabilité et de la
qualité du matériau. Il existe plus d'une centaine de produits stabilisants de la terre à bâtir. À
chaque variété de terre correspond le(s) stabilisant(s) approprié(s) (Rigassi, 1995).

30
Il existe 3 procédés de stabilisation.
- La stabilisation mécanique consiste à modifier les propriétés de la terre en agissant sur sa
structure et plus particulièrement sur sa porosité, perméabilité, densité et compressibilité
(Houben et Guillaud, 1989). Au niveau de la porosité, la stabilisation réduit le volume des
vides entre les particules ainsi que les variations de volume du matériau (gonflement-
retrait à l'eau). En ce qui concerne la perméabilité, la stabilisation agit en colmatant les
vides. Cela améliore la résistance à l'érosion (du vent et de la pluie). La stabilisation
améliore les liens entre les particules, ce qui augmente la résistance à la compression
(Rigassi, 1995).
- La stabilisation physique consiste à modifier la texture de la terre en mélangeant des
grains de tailles différentes (Rigassi, 1995).
- La stabilisation chimique consiste à mélanger la terre à d'autres matériaux ou des produits
chimiques (Rigassi, 1995).
La stabilisation n'est pas une obligation. Elle n'est, par exemple, pas nécessaire lorsque le
matériau n'est pas exposé à l'eau. Elle a en outre un coût important sur le prix de revient du
matériau. Elle doit de ce fait tenir compte « des propriétés de la terre à stabiliser,
des améliorations à envisager, de l'économie du projet et des délais de
réalisation, de la maintenance et de son coût, des techniques de
construction mises en œuvre » (repris dans Houben et Guillaud, 1989).
Il existe plusieurs moyens de stabiliser la terre :
- une manipulation mécanique permet d’évacuer l'air. Elle se fait en pétrissant la terre pour
la rendre plus homogène et en la comprimant ;
- un ajout de fibres animales, végétales, synthétiques permet de donner une armature à la
terre. Ce moyen de stabilisation améliore la résistance à la traction et au cisaillement, et
réduit le retrait du matériau terre en créant un réseau de fibres omni-directionnel ;
- un ajout de « liant » à la terre. Celui-ci agit en enrobant les grains et en empêchant leurs
mouvements. C’est généralement le ciment portland ou certaines colles et résines ;
- un ajout d'une matrice qui interagit avec la fraction argileuse. En fonction des charges
positives ou négatives des argiles ou de leur composition chimique, certains stabilisants
chimiques (polymères, floculants, quelques acides) peuvent lier les plaquettes argileuses
entre elles ou jouer le rôle de catalyseur de cette liaison. D'autres stabilisants tels que la
chaux interagissent avec les particules argileuses par réaction pouzzolanique. Ils
réagissent avec l'argile en formant un nouveau matériau insoluble et inerte par
précipitation. La cinétique de cette dernière réaction dépend de la quantité et de la qualité
d'argile ;
- une imperméabilisation de la matière en remplissant les pores et les fissures par une
matière insensible à l'eau telle que le bitume, ou par une matière gonflante comme la
bentonite qui au contact avec l'eau va s'expanser et empêcher l'accès aux pores ;
- un ajout des produits chimiques (acides, amines, résines) pour réduire la sensibilité des
plaquettes d'argile à l'eau (CRAterre et al., 1979 ; Houben et Guillaud, 1989 ; Rigassi,
1995).
Il existe plusieurs « stabilisants » de la terre à bâtir :
Les sables et graviers permettent de structurer la terre trop argileuse en donnant un squelette
au matériau. L’argile joue alors le rôle de liant. L'ajout de sable ou de gravier à la terre est
donc un procédé de stabilisation physique qui modifie la granulométrie de la terre afin
d'améliorer sa compacité (GATE, 1994). Il permet également d’utiliser moins d’argile et ainsi
d’épargner les gisements.
Les fibres sont utilisées pour apporter une armature à la terre. Elles sont d'origine animale
31
(poils et crins de bétail), végétale (les pailles, les balles de céréales, le chanvre, les fibres de
noix de

32
coco, de palmier, ...) ou synthétique (acier, fibres de verre, cellophane). La paille est la fibre la
plus employée pour stabiliser la terre. Elle s'adapte à l'état plastique, visqueux, et même à la
compression. Elle réduit la fissuration au séchage et augmente la résistance à la traction. Elle
contribue à la résistance de la terre à l’échelle du grain, mais n’interagit pas directement avec
les plaquettes d’argile, à l’échelle microscopique (Houben et Guillaud, 1989).
L'ajout des fibres permet :
- « d’empêcher la fissuration au séchage en répartissant les tensions
dues au retrait de l’argile dans toute la masse du matériau ;
- d’accélérer le séchage grâce aux canaux de fibres qui agissent
comme un drainage de l’humidité vers l’extérieur. Inversement la
présence de fibres augmente l’absorption d’eau;
- d’alléger le matériau en allégeant sa masse volumique et en
améliorant ses propriétés d’isolation ;
- d’augmenter la résistance à la traction » (repris dans Houben et Guillaud, 1989).
L’efficacité de la stabilisation aux fibres dépend des caractéristiques de la terre et des
interactions entre les fibres et la terre. La terre stabilisée aux fibres présentera une bonne
résistance à la fissuration, au cisaillement, et à la compression, et une meilleure capacité
d'absorption d'énergie sismique (Houben et Guillaud, 1989 ; Galán-Marínet al., 2010).
Certains paramètres sont néfastes à la stabilisation aux fibres (Houben et Guillaud, 1989). Il
convient d’éviter, une quantité trop importante de fibres pour ne pas diminuer les points de
contact entre les fibres et la terre et diminuer donc la résistance du matériau. L’orientation des
fibres est importante : les fibres doivent être placées dans toutes les directions.
Le bitume est un produit composé d'au moins 40% d'hydrocarbures lourds et de filler. Il doit
être mélangé à des solvants (gasoil, kérosène, naphta) ou à l'eau pour être utilisé comme
stabilisant. Il permet d'imperméabiliser en entourant les grains de terre d'un film imperméable
et boucher les pores et fissures. L'emploi du bitume comme stabilisant reste limité (Houben et
Guillaud, 1989).
Les résines dérivent souvent de substances végétales comme par exemple de résidus du
traitement du bois au cours de la fabrication de la pâte à papier. La résine est un hydrophobant
qui réduit la sensibilité de la terre à l’eau (Houben et Guillaud, 1989).
Le ciment est considéré comme un liant inorganique, et le meilleur stabilisant des BTC
(Houben et Guillaud 1989). Le ciment permet d'enchaîner : il crée une liaison inerte qui
s'oppose à tout mouvement. Il améliore la résistance à l'eau en créant des liens entre les
particules de sables et graviers. Les meilleurs résultats sont obtenus avec des terres sableuses
(Rigassi, 1995). Cinq ou 6% de ciment suffiraient pour avoir des résultats satisfaisants
(Rigassi, 1995). La stabilisation au ciment diminue l'importance du retrait et du gonflement et
nécessite peu d'eau. Le ciment diminue cependant la conductivité thermique de la terre. Plus il
y aura de ciment dans un bloc de terre, plus la conductivité thermique se rapprochera de celle
du ciment (Baffoue et al. 1997; Agridoc, 2004). L’inconvénient du ciment demeure son coût
de production élevé et la nécessité des gisements calcaires.
La présence d'oxydes de fer (i.e., terres latéritiques) qui favorisent les réactions
pouzzolaniques ou un indice de plasticité faible < 20 % (i.e., terres sableuses) sont des
paramètres d'efficacité pour l’utilisation du ciment. Par contre, la matière organique, une eau
chargée en sel, la présence des sulfates ou une terre trop argileuse (> 20 % d'argile) seraient
des paramètres néfastes à l’utilisation du ciment comme stabilisant (Houben et Guillaud, 1989

33
; Rigassi, 1995).

34
La chaux permet de former des liaisons chimiques stables entre les particules d'argiles. La
chaux aérienne vive (CaO) ou la chaux éteinte Ca(OH)2 sont utilisées pour les travaux
routiers. Elles réagissent positivement avec les terres argileuses et nécessitent une teneur en
eau relativement élevée qui dépend de la quantité de chaux utilisée. La chaux interagit avec
les argiles et peu avec les sables. En général, la chaux ne convient pas pour la stabilisation des
BTC qui nécessitent peu d'eau et des terres sableuses (GATE, 1994). La chaux aérienne
diminue le retrait et le gonflement, augmente la résistance à la compression, diminue la
sensibilité à l'eau, la masse volumique sèche et la plasticité (GATE, 1994 ; Rigassi, 1995). La
chaux nécessite des gisements calcaires mais demande moins d’énergie que le ciment pour sa
fabrication.
Il existe un dosage optimal pour chaque terre. La quantité de chaux pour stabiliser la terre est
de l'ordre de 6 à 12 % en général (Rigassi, 1995 ; Agridoc, 2004). Une terre argileuse (jusqu'à
70%) est favorable à l’utilisation de la chaux. Par contre, la présence des sulfates ou de
matière organique est néfaste (Houben et Guillaud, 1989 ; Rigassi, 1995).
I.4 La terre crue en Belgique
I.4.1 Généralités
En Europe, plusieurs pays (e.g., Allemagne, France et Pays-Bas) développent activement la
production de terre crue depuis les années 1980 pour faire face à la demande croissante de son
utilisation (Anger et Fontaine, 2009). En Belgique les exemples de l'architecture de terre sont
plutôt rares et le potentiel de cette architecture reste ignoré du grand public. Après
l'industrialisation au début du 19e siècle, la Belgique a connu une généralisation rapide des
matériaux provenant de la production industrielle (béton, terre cuite, pierre et métal). Cela a
modifié profondément le patrimoine monumental.
La construction en terre crue a connu un regain en Belgique à partir de 1990, lorsque plusieurs
professionnels, constructeurs et architectes, ont formé une association appelée TerraMorpho,
et introduit en Belgique la technique de construction argile-paille (i.e., remblayage d'un cadre
en bois avec un mélange d'argile et de paille – Bronchart et Bavay, 2011). Actuellement, la
filière terre crue en Belgique concerne 3 familles de matériaux de construction
complémentaires : les briques de terre crue naturelles ou stabilisées, les enduits (de corps, de
finition, décoratifs) et dans une moindre mesure d'autres produits en vrac (e.g., terre à pisé).
Suite au regain d'intérêt pour ces produits, on assiste à l'émergence de producteurs locaux
(e.g., Argio, Lebailly). Leur offre est complétée par celle des sociétés qui préparent des
enduits et autres matériaux en vrac (e.g., Hins, Comptoir des Argiles, Morpha Minera). Ces
entreprises offrent des alternatives locales à l'importation de produits étrangers,
principalement ceux de Claytec (Allemagne), Argilus (France) et Tierrafino (Pays Bas).
Récemment, la technique de l'argile-paille semble avoir été abandonnée en faveur des
matériaux qui permettent une meilleure portée et des meilleures performances énergétiques
(LOCI, 2016).
On rencontre en diverses régions de la Belgique des formations argileuses importantes,
utilisées pour la fabrication de briques, corps creux, tuiles et poteries et aussi dans l'industrie
du ciment. Les principaux gisements d'argile exploités en Belgique sont les argiles des
polders, l’argile de la Formation de Boom, les argiles de Campine, les argiles du Groupe
d’Ypres, les argiles du Groupe du Hainaut, les limons de couverture et d'alluvions et les
shales altérés (Gulinck, 1958). Ces formations argileuses constitueront la matière première
essentielle à la réalisation de ce projet.

35
I.4.2 Patrimoine terre crue en Belgique
L’architecture en terre en Belgique trouve ses sources dès le Moyen Age et s'épanouit entre
1650 et 1800 (Bavay, n.d., Fig. 12). Les témoins de cette architecture sont rares aujourd’hui
(Pereira-Goncalves, 2017).

Fig. 12. Répartition des techniques de construction en terre crue présentes en Belgique
(Pereira-Goncalves, 2017).
a) Le Pisé en Belgique
La technique du pisé date de l'époque préromaine. Elle atteint l'Europe à partir du VIIe siècle
avec l'expansion de l'Islam, d'abord autour du bassin de la Méditerranée, ensuite dans nos
régions (Anger et Fontaine, 2009).
En Belgique, la technique du pisé est peu développée (Lemaire, 1984). Lemaire (1984) note
quelques exemples historiques à Halle-Booienhoven (Dormaalstraat, Dorpsstraat), à
Tirlemont et dans le Limbourg. En Wallonie, des témoignages de cette technique ont été
observables dans le Hainaut (De Francesco, 2015). Dans les années 1920, plusieurs maisons
expérimentales ont été construites en pisé à Ypres dans un projet de reconstruction après la
Première Guerre mondiale (Fig. 13, Van Hoecke, 1924).
Cependant le pisé n'est pas encore ancré dans la culture constructive belge. Ce patrimoine
reste modeste et difficile à répertorier, les façades étant, dans la plupart des cas recouvertes
d'un enduit (De Francesco, 2015). Néanmoins, un renouveau du pisé est observable en

36
Belgique

37
depuis une dizaine d'années : la tour d’observation de Negenoord, le mur intérieur du musée
Source O Rama à Chaufontaine ou encore un pavillon de chasse à Alost (Fig. 14). Des
bureaux d'étude et des entrepreneurs (BC architects & studies, De Gouden Liniaal
Architecten, Eva Gheysen & Lef Spincemaille, Camimo, Hermans Marc) s'intéressent à
nouveau à ce mode constructif (De Francesco, 2015).

Fig. 13. Maison en pisé à Ypres, 1920 (Van Hoecke, 1924).

Fig. 14. Exemples des constructions récentes en pisé en Belgique. De gauche à droite : tour
d’observation de Negenoord, mur intérieur du musée Source O Rama à Chaufontaine,
pavillon de chasse à Alost (Claytec, 2004 ; Inhabitat 2016a et 2016b).
b) La bauge en Belgique
Dans nos régions, cette technique date dans sa grande majorité du 18e et 19e siècle. En
France, cette technique constructive a été observée lors de fouilles archéologiques depuis
l’époque gauloise ainsi que dans des édifices du 16e siècle (Bronchart et Bavay, 2011). La
technique de la bauge n'a pas fait l'objet de beaucoup d'attention en Belgique. Jusqu'au milieu
des années 1970, le patrimoine bâti en bauge est resté ignoré. Des anciennes constructions
s'observent aujourd'hui surtout dans le Hainaut et à l'ouest du Brabant, dans les régions de
Braine-Le-Comte, de Roisin et de Meaurain (granges, maisons, étables, fours à pain) (Fig. 15,
De Francesco, 2015).

38
Fig. 15. Étable (à gauche) et grange (à droite) en bauge à Braine-le-Comte (Pereira-
Goncalves, 2017).
c) Le torchis en Belgique
Le torchis est la technique la plus présente en Belgique. Dans nos régions, la construction en
torchis a connu son apogée au Moyen Age et fut utilisée jusqu'au début du XIXe siècle en
zone rurale. Cette technique de construction a résulté de l'abondance des ressources forestières
(en particulier dans les Ardennes), de l'importance des sols argileux, ainsi que de son faible
coût. L’abandon du torchis coïncide avec la diminution des constructions en pan-de-bois dès
le début du XVIIe siècle due à la déforestation intempestive et à la promulgation de
règlements urbains interdisant l’utilisation du pan-de-bois afin de diminuer les risques
d’incendie (Babylas at al. 2012).
En Belgique, les constructions de torchis deviennent rares. On dénombre actuellement
quelques dizaines d'édifices au patrimoine monumental wallon. Ils sont essentiellement situés
en Ardenne, Fagne, Famenne et sur le plateau hennuyer (LOCI, 2016, Fig. 16).

Fig. 16. Exemples de construction en torchis. À gauche la maison espagnole à Groupont


(XVIème siècle), à droite une grange à Saint-Sauveur (XIXème siècle) (Pereira-Goncalves,
2017).
d) L’adobe ou brique de terre en Belgique
En Belgique la brique de terre est restée rare. Elle consistait à utiliser des briques destinées à
être cuites ou façonnées selon des gabarits spécifiques pour les plafonds, cheminées, murs
intérieurs ou en façade (Bavay, n.d. ; Pereira-Goncalves, 2017, Fig. 17).

39
Fig. 17. Mur intérieur d’habitation du XIXème siècle à Estinnes (à gauche) et Remise à
Wasseiges (à droite) en adobes (Pereira-Goncalves, 2017).
I.4.3 Les produits de terre crue en Belgique
Actuellement en Belgique, la terre crue est utilisée dans la réhabilitation énergétique (pour
améliorer la performance énergétique des bâtiments) et dans l'éco-construction (i.e.,
construction répondant aux défis du développement durable).
Les produits en terre crue disponibles sur le marché belge actuellement sont de 6 types décrits
ci-dessous.
1. Les briques de terre crue sont réalisées par pressage mécanique ou hydraulique, elles sont
soit 100% naturelles ou stabilisées. Elles ont des teintes, formats et formes variables. Les
briques de terre crue peuvent être utilisées en intérieur ou en extérieur pour des murs porteurs
ou non (Lebailly, 2019 ; Ecobati, 2019 ; Druwig, 2019 ; Ecomat, 2019).
2. Les mortiers sont prévus pour le maçonnage des briques de terre crue. Ils ont une
granulométrie adaptée à l'épaisseur des joins choisis (Hins, 2019).
3. La barbotine correspond à une argile broyée préparée pour servir d'accroche (sur murs en
paille par exemple) (Hins, 2019).
4. Le revêtement de surface est composé de gypse, d’une pâte d’argile et généralement
stabilisée à la chaux. Ils sont de revêtement ou de dallage à utiliser uniquement pour des
surfaces intérieures (Stuc-and-staff, 2019 ; Argio, 2019).
5. Les enduits d’argile en terre crue connaissent depuis quelques années un développement
très important. Le terme enduit décrit une ou plusieurs couche(s) (différentes) appliquées
successivement sur un support. Son application tient compte de la nature et de la qualité du
support : e.g., mur ou plafond, fonction et fréquentation de la pièce, texture de surface).
Différentes nomenclatures sont utilisées pour les différentes couches de l'enduit.
- L’enduit de base est une couche qui rectifie et homogénéise la surface à enduire et qui est
destinée à recevoir une ou plusieurs couches de finition.
- L’enduit de finition est une couche qui apporte la planéité et qui empêche les fissures. Il
peut être recouvert d'un enduit de décoration ou d'une peinture.
- L’enduit monocouche est un enduit qui s’apparente à un enduit de finition lorsqu'il est
appliqué sur un support stable et homogène. Il s'applique alors en une seule couche et
apporte la planéité et parfois même la texture de surface et la couleur.

40
- L’enduit de décoration est un enduit de finition très mince (de deux à trois mm),
généralement à base d'argiles colorées et de sables fins. Il est utilisé en dernière couche
pour donner une couleur spécifique et une finition soignée à un enduit en terre.
Outre les différentes couches, les enduits peuvent contenir des fibres animales ou végétales qui
doivent empêcher la fissuration. Les enduits de terre peuvent également être stabilisés par un
liant hydraulique (e.g., chaux hydraulique, ciment, plâtre, laitier) (Hins, 2019 ; Ecobati, 2019 ;
Druwig, 2019 ; Ecomat, 2019).
6. Les produits de prêts à l'emploi sont la terre pour la réalisation de torchis, du pisé, et
d’autres terres de remplissage des cloisons et plafonds (Ecobati, 2019 ; Druwig, 2019 ;
Ecomat, 2019 ; BCmaterials, 2019).
I.4.4 Les acteurs de la terre crue en Belgique
Le matériau « terre crue » présente un réel regain d’intérêt et est plus que jamais d’actualité. En
effet, la terre crue est parfaitement adaptée à la démarche de construction à haute qualité
environnementale et celle du développement durable. La liste ci-dessous énumère les
principaux acteurs de la filière terre crue en Belgique. Elle fait suite aux travaux faits par
Loréa (2014), De Francesco (2015) et Pereira-Goncalves (2017).
Les artisans
Sont des maçons, ébénistes, spécialistes de la construction en paille ou architectes exerçant soit en
tant qu'indépendants, soit sous forme de petites structures pluridisciplinaires. Ils sont les
principaux acteurs de la filière terre crue en Belgique.
Les architectes
Des bureaux d'étude et des architectes s’intéressent de plus en plus à la consruction en terre crue :
BC architects & studies, De Gouden Liniaal Architecten, Eva Gheysen & Lef Spincemaille,
Camimo, Hermans Marc sont quelques exemples.
Les producteurs industriels et semi-industriels
Se composent de briquetiers, exploitant avant tout la brique de terre comprimée et extrudée et de
producteurs d'enduits et de torchis locaux prêts à l'emploi, et travaillent principalement à
l'échelle régionale.
Nous avons répertorié 2 producteurs de la brique crue en Belgique : LEBAILLY S.A et BC
materials. Deux autres entreprises ont produit des briques de terre crue : la société ARGIO
S.A. à Tubize et la société ARGIBAT à Wanlin. La première a abandonné la production des
briques de terre crue en 2016, la seconde a fait faillite et cessé toute activité en mai 2018.
La société LEBAILLY est située pour l'ensemble de son activité (usines et carrière) dans l'entité
de Saint-Ghislain (Hainaut, Belgique), à environ 15 km à l'ouest de Mons. Créée en 1842, la
Firme Emile LEBAILLY est devenue en mars 2005 LEBAILLY S.A. et fabrique des produits
réfractaires et crus. Les produits de terre crue sont les briques de terre crue, les mortiers, les
enduits de terre et la barbotine. La société Lebailly exploite dans la carrière Le Danube et
dans celle du Bois du Prince les dépôts fluviatiles et estuariens du Wealdien, argiles du
Groupe du Hainaut. La S.A Lebailly exploite également quelques mètres d'argiles sableuses
de la Formation de Tielt (Yprésien supérieur) à Saint-Ghislain (Lebailly, 2019).
BC materials est un producteur de matériaux de construction en terre crue de 3 types : BTC,
enduits et mélanges de terre pour le pisé. Basé à Bruxelles depuis début 2018, BC materials
utilise comme matière première des terres issues de déblai. BC materials possède également

41
une usine mobile qui se déplace sur les chantiers pour une production in situ des matériaux de
constructions en terre (BCmaterials, 2019).
Outre les producteurs de briques en terre crue, il existe 3 autres producteurs de prêts à
l'emploi pour la réalisation de torchis, du pisé ou d'enduits :
1. Les argilières Hins
Situées à Saint-Aubin, ils sont un ensemble d'exploitations d'argile dont la première fut créée
en 1962. Depuis 1982, la s.p.r.l. Argilières Hins exploite trois argilières, dans deux types de
gisement localisés dans l'Entre-Sambre-et-Meuse. Le premier résulte de L'altération in situ de
shales paléozoïques famenniens, le second correspond à l'accumulation de résidus d'altération
au sein de dépressions karstiques qui ont criblé à l'Eocène les calcaires dinantiens (Nicaise,
1998 ; Poty et Chevalier, 2014). La terre de ces trois argilières convient pour l'artisanat (argile
fine pour potiers, modeleurs, sculpteurs, etc.) et aussi pour la réalisation de briques, de
produits réfractaires et de carrelages. La société Hins propose des mélanges prêts à l'emploi
pour la réalisation d'enduits, de pisé ou de torchis.
2. Stuc & Staff
Implantée à Courtrai, Stuc & Staff est une entreprise de préparation de mélanges prêts à
l'emploi pour enduits intérieurs utilisés pour revêtement de sols, murs, les façades.
3. Argio/DécoSystème
Anciennement TERRACO Group S.P.R.L, Argio S.A. est né à Tubize après un premier dépôt
de brevet, en 2010, portant sur un bloc de terre crue stabilisé (i.e., le bloc ARGIO).
L’entreprise a depuis été reprise par la société DécoSystème en 2016 et a abandonné la
production du bloc ARGIO et développé la gamme des enduits de finition et des revêtements
de surfaces de type « granito ».
D'autres entreprises étrangères distribuent leurs produits en Belgique :
1. La société Tierrafino est implantée à Amsterdam depuis 1994, elle produit des enduits
d'argile, de la terre à pisé et des stucs d'argile. En Belgique, le distributeur officiel des
produits Tierrafino est Ecomat, situé à Zoersel dans la province d'Anvers.
2. Claytec a été créée en 1984 à Viersen près de Düsseldorf en Allemagne. Cette société
produit des enduits d'argile, des stucs d'argile, des panneaux d'argile, des briques de terre crue,
des matériaux spécifiques à la restauration de colombage et des prêts à l'emploi pour le
torchis, la bauge et le pisé (dalles et murs). L'importateur officiel pour la Belgique est la
société Druwid située à Gueuzaine, dans la province de Liège.
3. Créée en 2009, la société Argilus est implantée en Vendée dans l'Ouest de la France. Elle
produit des briques de terre crue, des enduits sur briques de construction, des sols de finition,
des bétons de remplissage, des enduits de finition. Les produits Argilus sont distribués en
Belgique à Arlon, Bruxelles, Herstal, Namur, Sprimont, Tournai et Wavre par Ecobati.
I.5 La terre crue à Kinshasa et du Kongo Central
Les régions de Kinshasa et du Kongo Central contiennent une abondance de matières
premières argileuses (terres) dans plusieurs localités (Mango-Itulamya, 2015). Ainsi, 6
localités contenant d’importants gisements argileux ont été sélectionnées : Kwilu Ngongo,
Kinshasa, Mbanza Ngungu, Nkamba, Kasangulu et Lukala. Les matières argileuses de ces 6
régions ont été échantillonnées et certaines d’entre elles ont servi à la confection des briques
de terre crue.
42
La terre est un matériau de construction largement utilisé dans cette région. Son exploitation
dans le domaine de la construction est généralement artisanale. Les terres extraites sont en
grande partie utilisées pour la fabrication des briques non cuites ou cuites chauffées au bois,
avec les problèmes qui en découlent, notamment, la déforestation (Schure et al. 2011 ;
Wetshondo, 2012). Ces activités sont fondées et gérées par des sociétés familiales et des
artisans (Wetshondo, 2012). Un autre matériau de construction largement utilisé dans la
région est le bloc de ciment ou parpaing. Depuis le début des années 1990, et la faillite de la
Briqueterie de Kinshasa, l’abandon de la construction en matériaux en terre cuite a été quasi
systématique à Kinshasa. La quasi-totalité de la population s’est tournée vers un matériau
local, i.e. le bloc de ciment. Il s’agit d’un bloc fait par compression manuelle ou mécanique en
mélangeant des fines concassées de broyage d’une roche gréseuse (le grès de l’Inkisi)
appelée localement
« poussière », de sables alluvionnaires (alluvions du fleuve Congo ou des rivières Mbinza,
Kalamu, Ndjili etc.) et de ciment. Le concassé est obtenu par concassage et broyage
mécanisée (Fig. 18) ou manuelle du grès de l’Inkisi. Le sable est prélevé directement le long
du fleuve Congo ou des rivières (Fig. 19). Trois sociétés implantées dans la province voisine
du Kongo Central fournissent du ciment de bonne qualité. Un sac de 50 kg coûte en moyenne
9 euros, et permet la fabrication de 30 à 50 blocs selon le dosage.

Fig. 18. Usine de concassage et broyage des grès de l’Inkisi.

Fig. 19. Plaine du fleuve Congo. Zone d’extraction de sable et de concassage manuel du grès
de l’Inkisi. Cette zone n’est accessible que durant la saison sèche, période de décrue.
Ces blocs de ciment de 10, 15 ou 20 kilos coûtent en moyenne 0,9, 1,2 et 1,7 euros le bloc.
Malgré ce coût élevé pour la plupart de ménages, l’architecture en blocs de ciment est la plus
développée à Kinshasa (Tableau 9). Implanter un mode de construction en terre crue est un
travail difficile à réaliser et nécessite une démarche plus conséquente pour les deux
principales raisons citées ci-dessous :

43
(1) Les briques de terre (même cuites) sont considérées comme matériaux du pauvre et
matériaux non durables. Les gens préfèrent les grosses briques de béton, qu’ils
considèrent comme étant plus esthétiques et plus solides.
(2) Le manque de maçons formés pour la construction avec d’autres types de matériaux.
Les briques de béton sont faites suivant les mêmes formats. Ce qui fait que les maçons
ne maitrisent qu’une seule façon de mise en œuvre.
Nous avons néanmoins tenté de proposer un autre matériau de construction (brique de terre
crue terre-sable, terre-concassé et terre-concassé-ciment), en espérant susciter un intérêt
auprès de la population kinoise.
Types de matériaux Kinshasa Kongo Central
Torchis 0,9% 4,8%
Adobe 5,4% 47,3%
Bloc de ciment 83,1% 13,5%
Brique cuite 6,5% 29,6%
Tableau 9. Types de matériaux pour mur utilisés dans les provinces de Kinshasa et du Kongo
Central (PNUD, 2009a et 2009b).
I.6 Synthèse
La construction en terre crue est une technique ancestrale, qui consiste à utiliser la terre non
cuite, mais simplement séchée. Elle peut être mise en œuvre selon plusieurs techniques.
L’adobe, le pisé, la bauge, le torchis et le Bloc de Terre Comprimée (BTC) sont les techniques
de mise en œuvre les plus courantes. Au fil du temps, la terre crue d’abord privilégiée par
l’Homme, comme en témoignent un grand nombre de vestiges (e.g., Fig. 1), a été
progressivement abandonnée dans plusieurs régions suite à l’industrialisation.
Cependant, la terre présente des avantages écologiques et économiques qui font qu’elle
regagne peu à peu l’intérêt des architectes et des entrepreneurs. Son développement doit tenir
compte de multiples critères techniques et économiques afin de s’intégrer harmonieusement
dans le cadre architectural local et d’être accepté par les populations locales comme une
alternative de construction. D’un point de vue technique, la qualité du matériau terre et la
mise en œuvre architecturale doivent garantir sa durabilité dans le temps en fonction, en
particulier, des conditions climatiques locales. D’un point de vue économique, le produit
confectionné en terre crue doit apporter une plus-value par rapport aux matériaux de
constructions classiques et/ou satisfaire les contraintes du marché en termes de disponibilité
et/ou de coût de la main d’œuvre.
La terre à bâtir est constituée de gravier, sable, limon, argile, matière organique, eau et air. Le
gravier et le sable constituent le squelette de la terre alors que les argiles assurent sa cohésion.
Toutes les terres ne sont pas à utiliser telles qu’elles sont prises sur le terrain pour produire
des BTC. Il existe des normes qui permettent de sélectionner les terres propices à la
construction en BTC. Ces normes sont principalement basées sur des critères de
granulométrie et plasticité des terres. Cependant d’autres critères tels que la nature de la terre,
la teneur en matière organique ou la cohésion sont également recommandés. Il s’agit de
critères de sélection non restrictifs parce qu’une terre peut toujours être modifiée. Le principal
moyen de modifier une terre est la stabilisation. Celle-ci se fait en ajoutant à la terre d’autres
composants tels que sable, gravier, fibres, bitume, résines, chaux, ciment.
En Belgique, les témoins de l’architecture ancienne en terre crue sont rares. Quelques traces
de pisé, de bauge, de torchis et d’adobe sont encore visibles dans le paysage belge. À partir
44
des

45
années 1990, la terre crue a connu un regain en Belgique. Ceci s’est traduit par l’apparition
d’acteurs et de produits en terre. Ces acteurs sont des artisans, architectes et producteurs
industriels et semi-industriels. Les produits en terre crue présents sur le marché belge sont les
briques de terre crue naturelles ou stabilisées, les mortiers, la barbotine, le revêtement de
surface, les enduits et les produits en vrac.
L’architecture en terre crue est de plus en plus absente dans la région de Kinshasa où moins
de 6 % des constructions sont encore en terre crue. Par contre, dans le Kongo Central, 52 %
des constructions seraient encore en terre crue, principalement dans les zones rurales. La terre
crue demeure un matériau connu par les populations locales de ces 2 régions. Cela représente
un avantage pour renforcer son usage dans ces régions.

46
II.Méthodes expérimentales
II.1 Analyse des terres et des argiles
II.1.1 Analyse chimique par Fluorescence X (FX)
La détermination des éléments majeurs par spectrométrie de fluorescence X (SFX ou FX) a
été faite à l’aide d’un spectromètre de marque ARL™ PERFORM'X du laboratoire de
pétrologie sédimentaire (PETROSED) de l'Université de Liège.
L’échantillon est séché à 40°C, broyé et tamisé à 250 µm. Ensuite il est chauffé à une
température de 1000 °C pendant 2 heures. Il est ensuite décomposé par un broyage manuel,
puis mélangé à une proportion de 11 fois sa masse avec du borax (Na2B4O7.10H2O) et environ
0,002 gr de LiBr. Ces composés ont pour propriété de baisser la température de fusion. Le
mélange est ensuite soumis à la fusion. La dernière étape consiste à réaliser des perles qui
seront analysées.
En bombardant de la matière avec des rayons X, celle-ci réémet de l’énergie sous la forme de
rayons X, dont le spectre est caractéristique de la composition de l’échantillon. En analysant
ce spectre, on peut en déduire la composition élémentaire (les concentrations massiques en
éléments. Adler, 1966 ; Lachnitt, 1983).
Les concentrations élémentaires ont été obtenues en réalisant une calibration par rapport à des
standards (Adler, 1966 ; Müller, 1972 ; Lachnitt, 1983).
II.1.2 Caractérisation minéralogique (DRX)
Une analyse minéralogique sur poudre totale et sur la fraction argileuse a été réalisée sur
chaque échantillon. Les échantillons ont été préparés selon le protocole du laboratoire Argiles,
Géochimie et Environnements sédimentaires de l'Université de Liège (AGEs) (Fagel, 2010),
adapté selon Moore et Reynolds (1989).
La minéralogie de la poudre totale, a été déterminée après que les échantillons soient séchés à
l’étuve à 40°C, broyés manuellement dans un bol en agate, puis tamisés à 250 μm. On a
ensuite constitué des pastilles à l'aide des supports métalliques pour la diffractométrie.
Pour la fraction argileuse, une petite portion de l’échantillon est séchée et placée dans un
berlin où elle est mélangée à l'eau distillée, puis homogénéisée par agitation sur une plaque
magnétique. S’en suit un tamisage humide à 63 μm. Le tamisat est récupéré et laissé au repos
pendant 50 minutes pour que la sédimentation s’effectue. On récupère enfin à l'aide d'une
pipette de 1,5 cc à la profondeur de 1 cm la fraction inférieure à 2 μm. L’analyse par DRX
des minéraux argileux étant basée sur la connaissance des distances réticulaires (001), on
cherche à renforcer les réflexions (001) en orientant les particules (Moore et Reynolds, 1989).
La fraction inférieure à 2 μm prélevée est posée sur une lame de verre de 25 x 25 mm et
laissée sécher pendant au moins 12 heures. Les lames orientées obtenues pour chaque
échantillon sont analysées au diffractomètre pour fournir les diffractogrammes à l’état normal
(N).
Certaines argiles ont des distances inter-réticulaires voisines et sont donc difficiles à
différencier sur un diffractogramme orienté à l'état normal. C’est pourquoi, toutes les lames
orientées à l'état normal ont subi 2 nouveaux traitements. Ces traitements modifient la
distance inter-réticulaire de manière spécifique et permettent de différentier les espèces
argileuses entre elles :
- la solvatation à la vapeur d’éthylène-glycol (EG) se fait sous cloche et a pour conséquence
de faire gonfler les feuillets de certains minéraux argileux ;
- la chauffe à 500°C permet de déshydrater les minéraux argileux.

47
L’échantillon est soumis à des rayons X obtenus en bombardant une anode de cuivre par un
faisceau d'électrons accélérés dans le vide. Au contact avec l’échantillon, ces rayons X sont
réfléchis par chaque cristallite de l’échantillon selon une orientation dans l'espace. Les rayons
X réfléchis interfèrent entre eux avec diverses intensités (Tucker et Hardy, 1988). On
enregistre l'intensité détectée en fonction de l'angle de déviation 2θ (deux-thêta) du faisceau.
La courbe obtenue s'appelle diffractogramme ou spectre DRX. En analysant les spectres DRX
obtenus, il est possible de déterminer les phases minérales qui constituent la poudre. En effet,
pour certains angles de déviation 2θ du faisceau, on détecte des rayons X. Ce sont les « pics »
du diffractogramme. Ces angles de déviation sont caractéristiques de l'organisation des
atomes dans la maille cristalline. Dans les autres directions, on ne détecte pas de rayon X,
c'est la ligne de fond du signal (Tucker et Hardy, 1988). Si l'on calcule les directions dans
lesquelles on a du signal, on s'aperçoit que l'on obtient une loi très simple ou loi de Bragg
(Tucker et Hardy, 1988)
[Link](θ) = n.λ
où θ est la moitié de l’angle de déviation, n représente un nombre entier appelé «ordre de
diffraction », λ est la longueur d'onde des rayons X et d la distance entre les plans
d'alignement des atomes.
Le logiciel EVA a été utilisé pour lire les diffractogrammes et permettre d'identifier les phases
minérales, grâce au paramètre d.
II.1.3 Analyse granulométrique
L’analyse granulométrique permet de classer les grains d'un échantillon selon leurs tailles, et
donne une répartition du pourcentage de chaque classe par rapport au poids total de
l’échantillon. La mesure de la distribution granulométrique des échantillons a été réalisée
selon deux méthodes : tamisage et granulométrie laser par voie humide. Le tamisage a été
réalisé au Laboratoire de Géotechnologies de l’Université de Liège ; la granulométrie laser a
été réalisée dans le Laboratoire de Chimie Structurale de l'Université de Liège, utilisant
l'analyseur granulométrique Malvern Mastersizer 2000.
L’échantillon à classer est passé dans une série de tamis emboîtés ayant des diamètres d'ouverture
croissants du bas vers le haut : 0,075 mm ; 0,150 mm ; 0,250 mm ; 0,500 mm ; 1,180 mm ;
2,36 mm et 4,75 mm. L'échantillon est placé dans le tamis supérieur et le classement se fait
par vibration manuelle. Le refus récupéré dans chaque tamis est alors pesé et le pourcentage
déterminé.
La granulométrie laser a permis de classer les particules dont le diamètre est compris entre 900
µm et 0,05 µm. Sa durée d’analyse courte, sa précision, la reproductibilité des mesures, la
calibration simple, la plage de mesures étendue et la grande souplesse opératoire, sont des
nombreux avantages par rapport à la technique par tamisage et par sédimentométrie.
La granulométrie laser est une technique basée sur la diffraction de la lumière. Lorsqu'un faisceau
laser entre en contact avec une particule considérée sphérique, on observe une diffraction dont
l'intensité du rayonnement et l'angle de diffraction sont fonction de la taille des particules
(Mie, 1908). Le granulomètre laser mesure l’intensité en fonction de l’angle. La position
angulaire permet de déterminer le diamètre des particules par comparaison avec les
diffractogrammes calculés par la théorie de Mie. L’intensité donne le volume cumulé des
particules pour chaque classe granulométrique (Rawle, 2001).
Un gramme d’échantillon préalablement séché est mis dans un pilulier rempli d’eau. Celui-ci est
secoué sur une table d’agitation pendant quelques heures afin de désagréger l’échantillon.
L’échantillon est ensuite versé dans la cuve du granulomètre laser. Avant les mesures, un

48
blanc

49
a été réalisé. Chaque échantillon est analysé 3 fois et la moyenne est calculée. Le résultat est
présenté sous forme d’une courbe granulométrique.
II.1.4 Limites de consistance
Les limites de consistance ou limites d'Atterberg servent à classer les échantillons et à prévoir
leur comportement lorsqu'ils sont sollicités mécaniquement. Elles correspondent aux
proportions en eau pour lesquelles le matériau argileux passe d'un comportement semi-liquide
à un comportement plastique (limite de liquidité, WL) et ensuite d'un comportement plastique
à un comportement semi-solide (limite de plasticité WP – Peltier et Rumpler, 1959). Les
limites d’Atterberg ont été réalisées sur un matériau dont la taille de particule est < 425µm à
l’aide de la coupole de Casagrande selon la norme NF P 94-051 (Fig. 20). Les limites
d'Atterberg ont été réalisées dans le Laboratoire de Géotechnologies de l'Université de Liège.

Fig. 20. Coupole de Casagrande.


Pour déterminer la limite de liquidité on utilise 200 gr de matériaux de granulométrie
inférieure à 425 μm. On y ajoute de l'eau distillée pour former une pâte argileuse. Celle-ci est
étalée ensuite dans une coupelle et on trace une lèvre calibrée. Ensuite l’échantillon est agité
sur l'appareil de Casagrande et on note le nombre de coups correspondant à la fermeture de la
lèvre sur 10 mm. On s'efforce à avoir toujours un nombre de coups compris entre 15 et 35. Il
faut au moins 4 mesures. Les mesures sont reportées dans un graphique teneur en eau-nombre
de coups. La limite de liquidité correspond à la teneur en eau lorsque le nombre de coups est
de 25 (AFNOR, 1999)
Pour déterminer la limite de plasticité, on utilise la pâte argileuse pour former un petit boudin
de 3 ou 4 cm de long, puis on le roule sur une surface plane jusqu’à ce qu'il atteigne une
longueur d'environ 10 cm de long et 3 mm de diamètre à sa rupture. La limite de plasticité
correspond à la teneur en eau du boudin à sa rupture. On répète la manipulation 3 fois et la
limite de plasticité correspond à la valeur moyenne de ces 3 mesures (AFNOR, 1999).
Les limites d’Atterberg permettent de calculer l’indice de plasticité. Elle s'obtient par la
différence entre la limite de liquidité et de plasticité : Ip = WL – WP. Elle caractérise
l'intervalle où le matériau argileux demeure plastique ou façonnable.
II.1.5 Perte au feu
La perte au feu (LOI, Loss-On-Ignition en anglais) est la diminution du poids de l'échantillon
par processus de déshydratation successifs liés à l’élimination de l'humidité résiduelle et de
l'eau de constitution des minéraux et la disparition de la matière organique.

50
L’échantillon est chauffé pendant 24 heures à 105°C dans un four afin d’être déshydraté. La
teneur en eau est obtenue en mesurant la différence des pesées entre l'échantillon non chauffé
et chauffé. La teneur en matière organique est obtenue par la suite en chauffant environ 1,5 gr
d’échantillon, placé dans un récipient en céramique d’environ 10 ml, pendant 4 heures à
550°C dans un four. La matière organique est éliminée sous forme de cendre et de CO2 (Dean,
1974 ; Heiri et al., 2001). Les mesures ont été réalisées au laboratoire AGEs de l’ULiège. La
teneur en eau est calculée selon l’équation suivante :

𝑇𝑒𝑛𝑒𝑢𝑟 𝑒𝑛 𝑒𝑎𝑢 = ∗ 100


(masse humide−masse sèche)
masse humide

La densité sèche peut être déduite de la teneur en eau suivant la relation suivante :
𝐷𝑒𝑛𝑠𝑖𝑡é 𝑠è𝑐ℎ𝑒 = ∗ 𝑑𝑒𝑛𝑠𝑖𝑡é 𝑑𝑢 𝑔𝑟𝑎𝑖𝑛.
100−teneur en eau

100

La densité est fonction du type de grain en g/cm3 : calcite 2,71 ; quartz 2,65 ; argiles 1,8-2,2 ;
opale 1,4 (Malinverno, 2008). Cette formule considère que l'échantillon contient de l’eau et
des particules sédimentaires.
La teneur en matière organique est calculée selon la perte au feu à 550 °C suivant l’équation
(Tucker et Hardy, 1988) :

masse sèche −
𝐿𝑂𝐼 550 = ∗ 100
masse550
𝑚𝑎𝑠𝑠𝑒 𝑠è𝑐ℎ𝑒

II.1.6 Retrait longitudinal de séchage


Lors du séchage de la terre, l’évaporation de l’eau engendre de la succion entre les particules
et provoque un retrait linéaire et volumique du matériau (Fig. 21).

Fig. 21. Retrait de séchage d’une boue argileuse (Flament, 2013).


Ce retrait est préjudiciable et dépend de la nature argileuse et de la technique de fabrication
(Molard et al. 1987). De par la compression de la terre, la fabrication d’un BTC nécessite une
quantité réduite d’eau. Par conséquent, le retrait est limité contrairement aux mises en forme
plastiques (torchis, bauge), et généralement compris entre 1 et 3 % (Moevus et al., 2012). La
reprise d’eau dans le temps d’une terre provoque le délitement et l’érosion de la matière
(Molard et al., 1987 ; Hall et Djerbib, 2006 ; Bui et al., 2009).

51
Pour les mesures de retrait longitudinal de séchage, nous avons réalisé à partir des pâtes
argileuses à teneur en eau comprise entre les limites de liquidité et de plasticité, et à taille de
particule inférieure à 425 µm, des éprouvettes dans un petit moule aux dimensions 9 x 6,5 x
2,3 cm (longueur x largeur x épaisseur). Les éprouvettes ont été placées sous une atmosphère
de 21°C (+/- 2°C) et 50% HR (+/- 5%). Le retrait longitudinal a été mesuré sur 7, 14 et 21
jours. Pour les différents temps de séchage (t = 0, t = 7 jours, t = 14 jours et t = 21 jours), on
mesure la longueur sur la face supérieure suivant la diagonale (Fig. 22). Le retrait longitudinal
de séchage se calcule suivant la formule (e.g., Walker, 1995 ; El Ouahabi, 2013) :
l0 − lt
𝑅𝑒𝑡𝑟𝑎𝑖𝑡 𝑙𝑜𝑛𝑔𝑖𝑡𝑢𝑑𝑖𝑛𝑎𝑙 % =
100 ∗
l0
avec lo = longueur de la diagonale de l’échantillon avant séchage ; lt = longueur de la
diagonale de l’échantillon après séchage à l’instant t. Les mesures ont été réalisées au
laboratoire AGEs de l’ULiège.

Fig. 22. Mesure de la longueur de la diagonale (ligne rouge).

II.1.7 Nature (classification des terres)


La nature des terres est déterminée par la combinaison des valeurs issues des essais de
granulométrie, plasticité et valeur de bleu de méthylène (Fig. 23). La valeur de bleu de
méthylène (VBS) sert à déterminer l’abondance de la fraction argileuse. L’essai au bleu de
méthylène est réalisé en ajoutant une solution de bleu de méthylène C 15H18ClN5S2.nH2O dans
une suspension argileuse placée dans l’eau distillée. Une goutte de la suspension est prélevée
périodiquement et déposée sur un papier chromatographique. La quantité d’argile présente
dans l’échantillon est évaluée par la forme de la goutte prélevée (AFNOR, 2013). Les tests ont
été réalisés au laboratoire de Géotechnologies de l’ULiège.

52
Fig. 23. Classification des terres selon leur nature (AFNOR, 2001). A1 : matériau acceptable
mais ayant un peu trop de fines. A2 : matériau acceptable mais ayant trop de fines. A3 :
matériau acceptable mais demandant une attention particulière car relativement actif. A4 :
matériau délicat à utiliser car très actif. B1 : matériau sableux demandant un rajout de fines
pour être acceptable. B2 : matériau acceptable ayant un léger déficit de fines. B3 : matériau
sableux demandant un rajout considérable de fines pour être acceptable. B4 : matériau
acceptable ayant un déficit de fines. B5 : matériau acceptable mais manquant un peu de fines.
B6 : matériau acceptable mais manquant un peu de fines. C1 : matériau trop graveleux, doit
être criblé pour changer sa nature. C2 : matériau trop graveleux, doit être criblé pour changer
sa nature. D1 : matériau sableux demandant un rajout de fines pour être acceptable. D2 :
matériau sableux demandant un rajout considérable de fines pour être acceptable. D3 :
matériau graveleux demandant un criblage pour changer sa nature et un rajout considérable de
fines pour être acceptable. R : matériaux qui ne conviennent pas (matériaux rocheux). F :
matériaux qui demandent des essais d’identification poussés notamment en ce qui concerne
leur analyse chimique et les essais mécaniques avant de pouvoir déterminer leur convenance.

53
II.2 Fabrication des Blocs de Terre Comprimée (BTC)
II.2.1 Presse manuelle
Cinq échantillons prélevés en Belgique ont été choisis pour concevoir des BTC. Ces
échantillons ont été séchés à 40°C dans un séchoir. Ils ont également été broyés à l’aide d’un
broyeur à meule pendant 20 à 30 minutes pour désagréger les concrétions d’argiles. Les BTC
ont été faits par pressage, à l’aide d’une presse manuelle de type TERASTARAM (Fig. 24).
Cette dernière effectue la compression et le démoulage. Le rendement est de l’ordre de 1
brique toutes les 2 minutes. Cette presse a permis de réaliser des blocs pleins de dimensions
correspondant au moule utilisé avec une pression de mise en forme de l’ordre de 2 à 3,6 MPa
selon la force de l’opérateur. Après démoulage, les briques sont pesées et mesurées avant
d'être séchées à l'air libre (21°C ± 2°C) pendant 72 heures, puis mises à 40°C dans un séchoir
jusqu'à séchage complet. Le séchage complet a été atteint lorsque la masse mesurée entre 2
jours consécutifs ne change pas. Les BTC fabriqués sont de format 29,5 x 14 x 9,5 cm.

Fig. 24. Presse TERASTARAM (Appro-techno, 2019).


La fabrication des BTC et a été réalisée au laboratoire de Géotechnologies de l’ULiège.
II.2.2 Barrettes
Les tests réalisés sur les échantillons prélevés dans la région de Kinshasa et Kongo Central
ont porté sur les barrettes (éprouvettes). Les mélanges ont été réalisés selon différentes
proportions entre la terre et les stabilisants. Un mélangeur de type Hobart a permis
d’homogénéiser le mélange. Les barrettes confectionnées correspondent aux dimensions 4 x 4
x 16 cm³. Les mélanges ont été placés dans les moules en respectant les étapes suivantes :
1. Verser l’échantillon et les stabilisants mélangés dans le bol du mélangeur,
2. Verser l’eau, dont la quantité permet d’assurer un état humide,
3. Mélanger pendant 1 minute,
4. Racler les parois du bol,
5. Re-mélanger pendant 1 minute,
6. Placer le mélange dans les moules préalablement huilés, en le damant en plusieurs couches.
7. Araser les moules afin d’obtenir des surfaces planes.
8. Démouler immédiatement les barrettes, et les placer sur une grille aérée.
La confection des éprouvettes a été réalisée au laboratoire de Géotechnologies de l’ULiège.
Les éprouvettes ont été conservées durant 14 jours en atmosphère contrôlée, dans une pièce
dont la température est maintenue en permanence à 21 ± 2 °C et l’humidité relative à 60 ± 10
%. Les propriétés mécaniques sont estimées grâce à des essais de flexion et de compression sur

54
des barrettes de 14 jours d’âge conformément à la norme NF EN 196-1 et exprimée en N/mm2
(AFNOR, 2001).
II.2.3 Presse hydraulique
D’autres éprouvettes ont été produites en utilisant une presse hydraulique de type Max
Voggenreiter mavo press LPP 150-500/100 (Fig. 25). L’échantillon est placé dans le moule de
la presse, puis comprimé à l’aide d’un piston (Fig. 25). La pression de compression variait
entre 100 et 300 kN. On obtient des éprouvettes cubiques de dimensions 7 x 7 cm (longueur x
largeur) et une hauteur de 6 à 9 cm selon la formulation de l’éprouvette. Ces éprouvettes ont
été réalisées au laboratoire BCRC (Belgian Ceramic Research Centre) à Mons.

Fig. 25. Presse hydraulique utilisée (à gauche) ; Moule et piston de la presse hydraulique (à
droite).
II.3 Caractérisation des Blocs de Terre Comprimée (BTC)
II.3.1 Retrait volumique de séchage
Lors du séchage de la terre, l’évaporation de l’eau engendre la succion entre les particules et
provoque un retrait linéaire et volumique du matériau. Le retrait pendant le séchage n’est pas
important dans le cas des BTC. Seules les dimensions des blocs à l’état sec intéressent les
bâtisseurs, ainsi que le retrait à partir de la mise en œuvre qui est de l’ordre de 1 à 3 %.
Cependant la terre à fort retrait de séchage est susceptible d’avoir des fortes variations
dimensionnelles au cours du temps si elle n’est pas stabilisée (Moevus et al. 2012).
Le retrait volumique a été mesuré sur les BTC 29,5 x 14 x 9,5 cm et correspond à la variation
de volume avant et après le séchage exprimé en pourcentage selon la formule :
Vo − Vf
Retrait volumique de séchage (%) = 100 ∗
Vo

où Vo : volume initial, Vf : volume final.


II.3.2 Essai de flexion
La résistance en flexion est déterminée par l'essai 3 points sur les éprouvettes 4 x 4 x 16 cm³.
L'éprouvette est supportée par deux appuis espacés de 100 mm et chargée en son centre (Fig.

55
26). La résistance à la flexion est alors définie à la rupture. La vitesse de mise en charge lors
de l’essai de flexion est de 300 N/min (AFNOR, 2001).

Fig. 26. Schéma et dispositif de l'essai de flexion 3 points.


II.3.3 Résistance à la compression
a) Résistance à la compression des BTC 29,5 x 14 x 9,5 cm
Il existe plusieurs procédures pour déterminer la résistance à la compression. La résistance à
la compression des BTC est mesurée soit sur une unité de maçonnerie (bloc et joint), sur un
demi-bloc ou sur un bloc entier (unité individuelle, Morel et al., 2007). Dans cette étude, la
résistance à la compression a été mesurée selon la méthode développée par Walker (2000) sur
un bloc entier. On charge à vitesse constante (0,02 mm/s) jusqu’à obtenir la rupture du bloc.
Deux plaques de fer ont été placées sur les deux surfaces du bloc avant l'application de la
charge, comme indiqué sur la Fig. 27. La résistance à la compression correspond à la charge
maximale rapportée à la surface.

Fig. 27. Test de résistance à la compression.


b) Résistance à la compression des éprouvettes 4 x 4 x 16 cm
Après rupture de l'éprouvette par flexion, les 2 morceaux sont récupérés et soumis séparément
à la compression (Fig. 28). La résistance à la compression est déterminée à la rupture. La
vitesse de mise en charge lors de l’essai de compression est de 14,4 kN/min (AFNOR, 2001).

56
Fig. 28. Schéma et dispositif de l'essai de compression.
c) Résistance à la compression des éprouvettes cubiques
La résistance à la compression des éprouvettes cubiques a été faite au laboratoire BCRC
utilisant un appareil TONIUNIVERSAL (Fig. 29). La résistance à la compression correspond
à la charge maximale rapportée à la surface (Fig. 29).

Fig. 29. Dispositif de l'essai de compression (à gauche) ; compression de l’échantillon (au


centre) ; rupture de l’échantillon à droite).
II.3.4 Résistance à l'abrasion
La résistance à l'abrasion ne s'applique qu'à des BTC destinés à être exposés au risque
d'abrasion résultant de l'activité humaine (AFNOR, 2001). La résistance à l’abrasion est
évaluée par la perte en poids d’un échantillon soumis à une abrasion simulée par l’essai à la
brosse, selon le test détaillé dans la norme AFNOR XP P 13-901 (AFNOR, 2001). Ce dernier
consiste à brosser la surface du bloc à l’aide d’une brosse métallique, à raison d’un aller-
retour par seconde pendant une minute sans appliquer de force verticale sur la brosse (Fig.
30). À la fin du brossage, le bloc est nettoyé des éléments qui s’en sont détachés puis à
nouveau pesé. La résistance à l’abrasion a été mesurée sur les BTC 29,5 x 14 x 9,5 cm.

57
Fig. 30. Dispositif d'essai d'abrasion (AFNOR, 2001).
Le coefficient d’abrasion Ca (en Cm2/g) est conventionnellement exprimé par la
formule (AFNOR, 2001) :
S
𝐶𝑎 =
m0 − m1
où S: surface brossée (cm), m0: masse du bloc avant le brossage (g), m1: masse du bloc après
brossage (g).
II.3.5 Capillarité
La capillarité est mesurée sur les BTC 29,5 x 14 x 9,5 cm par le test détaillé dans la norme
AFNOR XP P 13-901 (Fig. 31, AFNOR, 2001). Il consiste à immerger une face du bloc dans
une fine couche d'eau (5 mm) pendant 10 min et à observer la masse prise. Le coefficient
d'absorption d'eau Cb issu de cet essai est donné par la formule (AFNOR, 2001) :

Cb = S√t =
100 M 100 (P1−P0)
S√10 (g/cm2.min1/2)


M : masse d'eau absorbée par le bloc pendant l'essai (g)
S : surface immergée du bloc (cm2)
t : temps d'immersion du bloc dans l'eau (min)
P1 : poids du bloc après immersion dans l'eau (g)
P0 : poids du bloc avant immersion dans l'eau (g)

Fig. 31. Schéma de l'essai d'absorption capillaire (AFNOR, 2001).

58
II.3.6 Essais relatifs à la résistance à l'eau
Ces tests ont été faits sur les éprouvettes cubiques et permettent d'apprécier la résistance des
éprouvettes en présence d'eau. À défaut de normes, le test d’Absorption d'eau par
capillarité est réalisé en suivant le protocole proposé par Guerin (1985). Les éprouvettes sont
placées dans un récipient d’eau. La hauteur d'immersion est de 3 mm (Fig. 32). L’essai
consiste à mesurer la hauteur à laquelle l’eau est montée dans l’éprouvette après 5’, 10’, 20’,
40’, 1h, 2 h, 4h, 8h, … jusqu'à ce que l'eau atteigne le dessus de la brique. La durée du test est
de 7 jours. On veille à protéger les briques pendant le test de l’évaporation (grâce à un sac
plastique), et à ce que le niveau d'eau ne descende pas.

Fig. 32. Essai d’absorption d’eau par capillarité.


Le Test d’immersion complète a été développé par Guerin (1985). Il consiste à immerger
complètement une éprouvette pendant 8 heures. Pour être utilisables en milieu extérieur, les
éprouvettes ne doivent pas s'être désagrégées, n'avoir que peu ou pas de variations
dimensionnelles et absorber l'eau le plus lentement possible (Guerin, 1985).
Le Test d’égouttement accéléré consiste à libérer de l’eau en continu sur des éprouvettes qui
sont inclinées à un angle de 27° par rapport à l’horizontal, durant une période de 10 minutes,
en raison de 1 l/min (17,7 ml/s – Weisz et al. 1995, Heathcote, 2002). L’échantillon est placé
à 1 m du réservoir d’eau (Fig. 23). Après le test, la profondeur du trou creusé par l’eau sur la
face de l’éprouvette (D) est mesurée (Fig. 33). Le test permet de classer l’échantillon testé en
4 catégories (Tableau 10).

59
Fig. 33. Test d’égouttement accéléré (à gauche) et trou formé par l’égouttement accéléré (à
droite).

0 < D ⩽ 10
Classification Profondeur du trou (mm)

Bon (Légèrement érodable) 10 < D ⩽ 20


Excellent (Non érodable)

Limite (Érodable) 20 < D ⩽ 30


Pauvre (Très érodable) D > 30
Tableau 10. Classification des briques en terre à partir du test d'égouttement accéléré (Weisz
et al., 1995).
II.3.7 Essai relatif à la résistance aux cycles de gel-dégel
Ce test a été fait sur les éprouvettes cubiques. À défaut de normes, ce test a également été
réalisé en suivant le protocole proposé par Guerin (1985). Il consiste à soumettre l’éprouvette
à l’absorption d'eau selon le test d’absorption d'eau par capillarité (voir ci-dessus) jusqu’à ce
que l’eau atteigne la face supérieure de l’éprouvette. L’éprouvette humide est ensuite soumise
au gel à -18°C durant vingt-quatre heures ensuite au dégel à 40°C jusqu’à séchage complet.
On répète ce cycle cinq fois. À la fin de chaque cycle on mesure les variations des
dimensions. Moins ces variations sont élevées, et plus l’échantillon est résistant au gel-dégel.
II.3.8 Test de durabilité mouillage/séchage
Le but de l’essai de durabilité est d’évaluer l’aptitude du matériau à résister à l’action de
l’eau. Le principal inconvénient de la construction en terre crue est sa moindre résistance à
l’action de l’eau. Pour pallier à cela nous avons testé l’ajout de 6% de ciment sur 3 mélanges
faits à partir des matériaux collectés à Kinshasa et au Kongo Central. Les 3 nouveaux
mélanges avec ciment ont ensuite été soumis à un test de durabilité. Ce dernier a été fait par
l’essai d’humidification/séchage ou cycle de mouillage/séchage alterné (ASTM, 2003). Les
échantillons sont soumis à 6 cycles de mouillage/séchage. Ils sont immergés pendant 25
minutes puis séchés à 70°C, 40% humidité relative pendant 36h. Lors du dernier cycle, les
résistances à la compression des échantillons « vieillis » sont comparées à celles
d'échantillons « sains ». Le coefficient de résistance à l’humidité (C rh) est défini par le rapport
de la résistance à l’écrasement après 6 cycles mouillage/séchage alterné Rmsa sur la résistance
à la compression à sec Rsec (Crh = Rmsa/Rsec).

60
II.4 Synthèse
Ce chapitre décrit les différents outils utilisés pour caractériser les échantillons argileux et
pour produire et caractériser les Blocs de Terre Comprimée (BTC).
La caractérisation échantillons argileux pour la construction en BTC peut être faite in situ sur
le terrain par les tests de lavage de main, de la bouteille, du cigare ou de l’humidification.
Dans notre étude, cette caractérisation s’est faite en laboratoire par la caractérisation
minéralogique par diffraction des rayons X (DRX), la caractérisation chimique par
fluorescence X, la détermination de la teneur en matières organiques par la perte au feu, le
retrait de séchage, les limites de consistance par le test d’Atterberg, l’analyse granulométrique
par tamisage et par diffraction laser et la nature des terres grâce au test au bleu de méthylène.
Une presse manuelle de type TERASTARAM a été utilisée pour produire des BTC de
dimensions 29,5 x 14 x 9,5 cm (L x l x h). Ces BTC ont d’abord été caractérisés par retrait
volumique de séchage en mesurant la variation de volume avant et après le séchage. Ensuite
par la résistance à la compression et à l’abrasion. La première s’est faite par compression
uniaxiale d’un bloc entier, suivant la surface de pose. La seconde s’est faite en brossant la
surface du bloc à l’aide d’une brosse métallique et en mesurant la perte en poids. Enfin les
BTC ont été caractérisés par capillarité en immergeant le bloc dans une fine couche d’eau de
5 mm et en mesurant la masse d’eau absorbée.
La caractérisation de BTC s’est faite également par un test de flexion 3 points, d’absorption
d’eau par capillarité, d’immersion complète, de gel-dégel suivant les tests de Guerin (1985),
de mouillage/séchage d’après le test ASTM (2013), d’égouttement accéléré, suivant le test de
Weisz et al. (1995). Ces tests ont été faits sur des éprouvettes produites dans un moule 4 x 4 x
16 cm (l x h x L) et sur des éprouvettes 7 x 7 cm (L x l) produites à l’aide d’une presse
hydraulique de type Max Voggenreiter mavo press LPP 150-500/100.

61
III. Résultats expérimentaux
III.1 Échantillonnage et propriétés des échantillons prélevés en
Belgique
III.1.1 Introduction : les argiles belges, synthèse de la bibliographie
Nous utiliserons ici le mot « argile » pour désigner les formations ou membres géologiques
composés principalement de fines particules (i.e., < 2 microns). Il existe beaucoup
d’informations sur les argiles belges. Les principaux gisements argileux exploités en Belgique
peuvent être groupés suivant l'ordre stratigraphique décrit ci-dessous.
a) Argiles du Quaternaire
Les principales formations argileuses quaternaires sont les argiles poldériennes, les limons, les
argiles de la Campine et des plaines alluviales. Ces argiles sont toujours exploitées dans la
plaine campinoise pour la briqueterie (Marechal et Tavernier, 1971 ; Jacobs et al, 2004).
a1) Argiles des polders et du Bas-Escaut
Elles représentent une couche déposée au cours des dernières invasions marines quaternaires
(Jacobs et al. 2004, Fig. 34).

Entre 0 et – 15 m
Plus profond que – 15 m

Fig. 34. Morphologie de la vallée flamande. Vue générale de la profondeur des dépôts
quaternaires dans la vallée flamande (Jacobs et al. 2004).
L'argile de la plaine maritime s'étend sur une vingtaine de kilomètre à l'intérieur des terres.
Elle est également présente dans le bas-Escaut en aval d'Anvers (Calembert, 1947 ; Gulinck,
1958). L'argile inférieure est grise, très compacte et plastique et renfermant souvent des
concrétions calcareuses (Tavernier et De Moor, 1974). Elle ne conviendrait pas pour la
fabrication des briques et est par conséquent peu exploitée. L'argile supérieure située dans des
polders anciens donne des briques d’excellente qualité (Tavernier et Gulinck, 1947).
Ces argiles ont largement été exploitées à Furnes, Nieuport, Ramskapelle, Dixmude, Ostende,
Breedene, Westcapelle, pour la brique (Calembert, 1947 ; Tavernier et Gulinck, 1947).
Le polder côtier est une bande en cours de formation parallèle à la côte et d’environ 10
kilomètres de large. Il est un domaine essentiellement plat où l'altitude varie de 1 m à 4,5 m
(Jacobs et al., 2004). Les argiles des polders sont des dépôts quaternaires qui s’étendent du
Pléistocène Moyen à l’Holocène. Gullimp et de Moor (2001) subdivisent les dépôts marins et
estuariens des polders en 3 unités stratigraphiques :

62
- Formation de Herzeele déposée au Pléistocène Moyen, elle se compose de sables et
d’argiles avec des intercalations de couches de tourbe.
- Formation d’Oostende se compose de sables tidaux et subtidaux éemiens (Pléistocène
supérieur).
- Formation de Flandre se compose de sables et argiles tidaux avec des horizons de tourbes
post-glaciaires de l’Holocène. Il est subdivisé en Membres de Calais, Dunckerque, De Haan et
De Panne.
Les argiles de l’Escaut appartiennent au Groupe de l’Escaut (Gullentops et al., 2001). Cette
dernière est constituée des dépôts fluviatiles des bassins de l’Escaut et de l’Yser. Ces dépôts
sont des dépôts de terrasse du Pléistocène inférieur au Pléistocène supérieur (Paepe et
Vanhoorne, 1976 ; Gullentops et al., 2001). Le Groupe de l’Escaut regroupe tous les
sédiments fluviatiles du bassin de l’Escaut jusqu’aux périodes tardiglaciaires : Formations de
Rozebeke, Kruishoutem, Meulebeke, Melle, Adegem, Oostwinkel et de Eeklo (Bogemans,
2007).
Ces formations sont constituées de graviers, dont de graviers de silex avec ou sans
intercalations sableuses et argileuses, suivis des sédiments plus fins vers le sommet allant du
sable à l’argile (Bogemans, 2007).
Les limons de crue de la vallée de l’Escaut entre Audenarde et Termonde sont exploités
depuis longtemps pour la fabrication des briques (Tavernier et Gulinck, 1947).
a2) Les limons de couverture
Ils sont d'origine très diverses : fluviatile, de pente, glaciaire ou éolienne. La Moyenne
Belgique et des régions de la Haute Belgique sont recouvertes d'un manteau continu ou de
placages de limon d'origine essentiellement éolienne (Fig. 35). Le limon éolien typique (loess)
est très carbonaté mais l'action des eaux pluviales l'a superficiellement transformé en un limon
connu sous le nom de « terre à briques ». C'est à partir de ce limon lessivé que d'innombrables
exploitations (environ 400) temporaires ont produit les « briques cuites de campagne ». Dans
certaines régions, en particulier dans le sud de la Flandre Orientale, les limons de couverture
peuvent être exploités sur plus de 10 mètres d'épaisseur (Calembert, 1947 ; Gulinck, 1958).
Parmi les limons d'origine alluviale, on classifie les alluvions des rivières. Les alluvions de
l'Escaut, de la Lys, de la Basse-Meuse ont été jadis exploités (Tavernier et Gulinck, 1947).
Les caractéristiques de certains limons de couverture peuvent être obtenues dans les
publications de Camerman (1939) et de Thorez et Bourguignon (1973).

63
Fig. 35. Répartition des dépôts de couverture et localisation des principales localités types de
la ceinture de loess. 1 : Harmignies ; 2 : canal de Maisières ; 3 : Remicourt ; 4 : Rocourt ; 5.
Eben-Emael ; 6 : Kesselt et Veldwezelt (d’après Bogemans et al., 2017).
a3) Les argiles du Groupe de Campine
Elles sont un ensemble de dépôts d'estuaires de la Meuse, du Rhin et de l'Escaut du début du
Quaternaire (Pléistocène inférieur). Il s'agit des formations constituées par des argiles et des
sables fins compris entre les sédiments sableux et limoneux de l'Holocène, et les sables
marins de Merksplas (Bogemans, 1997). Les argiles du Groupe de Campine peuvent atteindre
une épaisseur de plus de quarante mètres (Bogemans, 1994, 1997, 1998).
Les argiles du Groupe de Campine sont délimitées à l’ouest par un escarpement de la rivière
Escaut (Scheldt) et au sud par la micro-cuesta de Campine. La limite orientale est formée par
les failles occidentales du Graben Central (Fig. 36). Elles se prolongent au Nord aux Pays-
Bas, où elles correspondent aux Formations de Tegelen et de Kedichem.
Dans la classification lithostratigraphique belge, les argiles du Groupe de Campine sont
comprises dans les Formations de Weelde et de Malle sous-jacente. La première est composée
par les Membres de Turnhout, Beerse et Rijkevorsel. La seconde comprend les Membres de
Vosselaar et de Brasschaat (Bogemans, 1997). Le Membre de Turnhout est constitué d'argile
gris bleuâtre, avec à sa base une alternance d'argile et de couches de sable (De Weerdt et al.
1998). Le Membre de Beerse est composé de sable périglaciaire et de tourbes (Dricot, 1962 ;
Kasse, 1993). Le Membre Rijkevorsel sous-jacent est constitué d'argiles gris bleuâtres avec
une fraction élevée d’argile (Kasse, 1988). Le Membre de Vosselaar est composé de sables
fins et le Membre de Brasschaat sous-jacent comprend des sables gris fins et moyens. Les
Membres
64
valorisés pour l’extraction des argiles au sein du Groupe de la Campine sont ceux de
Turnhout et de Rijkevorsel (De Weerdt et al. 1998).

Fig. 36. Distribution des argiles de la Campine (Mostaert, 1993).


Les argiles du Groupe de Campine constituent un gisement important, exploité entre
Westmalle et Turnhout, dans une région desservie par le canal de la Campine. Le gisement est
irrégulier, constitué de lentilles d'argiles intercalées dans des dépôts plus sableux (Tavernier et
Gulinck, 1947). Ces argiles conviennent pour la fabrication des briques mais aussi des tuiles
et des poteries (Calembert, 1947). Une partie de l'argile extraite est utilisée dans les
cimenteries de la région de Beerse et du Limbourg méridional. Les exploitations les plus
importantes ont été à St-Lenaards, Rijkevorsel, Vlimmeren, Merxplas, Beerse, Turnhout,
Ravels, Esschen (Tavernier et Gulinck, 1947).
Pour plus d’information sur les propriétés des argiles du Groupe de Campine, on peut se
référer à l’étude de De Weerdt et al. (1998) qui ont caractérisé les Membres de Rijkevorsel et
Turnhout dans la région entre Beerse, Rijkevorsel et Merksplas.
b)Argiles du Tertiaire
b1) Argiles d'Andenne et du Condroz
Les terres plastiques du Condroz datent du Miocène. Elles sont localisées dans les paléokarsts
formés dans les carbonates du Givétien, du Frasnien, du Tournaisien et du Viséen.
(Calembert, 1945 et 1947 ; Dosogne, 1942, 1943 et 1945 ; Thorez et Bourguignon, 1984
Nicaise et Dupuis, 1997 ; Dupuis et al. 1996) de la région comprise entre Andenne et Dave
(Fig. 37). Ces poches de dissolution pouvant atteindre 100 mètres de profondeur représentent
d'anciens lacs karstiques qui ont été colmatés au Miocène par les produits d'altération des
shales environnants. Ces gisements sont très irréguliers, et composés de sables, argiles et
lignites (Dupuis et al. 1996).

65
Fig. 37. Localisation des argiles d'Andenne et du Condroz (d’après Rekk, 2014).
Dans le Condroz, ils ont généralement été exploités par puits et galeries. Elles furent utilisées
pour la fabrication de poteries, de la céramique et de produits réfractaires. L'activité extractive
des terres plastiques du Condroz a débuté à la fin du Moyen âge, a connu son apogée au
XIXème siècle et a cessé définitivement dans les années soixante (Pacyna et Denayer, 2010).
Les caractéristiques des argiles d’Andenne et du Condroz peuvent être obtenues dans les
publications de Calembert (1945) et Thorez et Bourguignon (1973).
b2) Argiles de l'Entre-Sambre-et-Meuse
Les argiles de l’Entre-Sambre-et-Meuse occupent des poches de dissolution situées dans les
bandes calcaires du Dinantien ou du Dévonien (Fig. 38). Les gisements de l'Entre-Sambre-et-
Meuse (Hanzielle, Florennes, Silenrieux, Matagne, Oret, Bioul, Biesme, Morialmé, Onhaye,
Saint-Aubin, etc.) ont été exploités dans des carrières ouvertes, d'où l'on tirait des terres
plastiques et des sables divers (sables kaolineux et sables meubles). Ces argiles présentent une
grande valeur industrielle pour la fabrication de la poterie, des grès, de la céramique, de la
faïencerie et des produits réfractaires destinés à la métallurgie et la verrerie. Leur
hétérogénéité empêche cependant leur mise en valeur (Gulinck, 1958).

66
Fig. 38. Zones d'affleurement de la Formation de l'Entre-Sambre-et-Meuse (Rekk, 2014).
Quelques caractéristiques des argiles de l'Entre-Sambre-et-Meuse peuvent être obtenues dans
l’étude de Marcoen et al. (2000).
b3) Argile de la Formation de Boom
L’argile de Boom appartient à la Formation géologique de Boom, du Groupe de Rupel. La
Formation de Boom est considérée comme la seconde réserve d'argile encore disponible en
Belgique (Wouters et Vandenberghe 1994).
L'argile de Boom constitue un dépôt détritique marin du Rupélien (Oligocène inférieur, 33,9 à
28,4 Ma). Elle se trouve principalement dans le bassin de Campine, et affleure le long de
l’Escaut, du Rupel, de la Durme et dans la région d’Hasselt le long du Démer. Elle présente
un pendage de 1° à 2° vers le N-NE et une épaisseur qui peut atteindre plus de 100 m (Van
Simeays et Vandenberghe, 2006). La Fig. 39 illustre la distribution géographique de la
Formation de Boom.
L’argile de Boom comprend une alternance de couches d’argiles silteuses et de couches plus
argileuses (Vandenberghe et al., 1997, Wouters et Vandenberghe, 1994), ainsi qu'une
variation de couleur suivant la nature lithologique des couches (De Craen et al., 1999). La
division lithostratigraphique de l'Argile de Boom comprend quatre membres : le Membre de
Belsele-Waas caractérisé par une granulométrie plus grossière et des couches plus épaisses ;
le Membre de Terhagen, moins silteux, le Membre de Putte caractérisé par des couches riches
en matière organique et le Membre de Boeretang plus silteux (Vandenberghe et al., 1997 ;
Mertens et Wouters, 2003).

67
Fig. 39. Localisation de l’Argile de Boom. Affleurements présents le long du Rupel et au
Nord de Tongres (d’après ONDRAF/NIRAS, 2001).
L’argile de Boom est exploitée depuis de longues années pour l'industrie des matériaux
réfractaires (Decleer et al., 1983 ; Decleer et Viaene, 1993). Dans la région de Boom, il y a eu
des nombreuses exploitations notamment à Terhaegen, Rumst, Hemixem, Wilrijk, Contich,
Niel, Boom, Burght, Duffel, Lierre (Tavernier et Gulinck 1947).
Plusieurs études ont été réalisées sur les propriétés de l’Argile de Boom ces trente dernières
années. Les propriétés de ces argiles peuvent être trouvées dans les publications de Gens
(2012) et de Yu et al. (2012).
b4) Argiles de Hénis
Les argiles de Hénis sont des argiles verdâtres ou noirâtres d'origine marine déposées lors de
la transgression de l'Oligocène. Cette argile est bien développée dans la région de Tongres et
Bilzen où elle atteint une épaisseur de 8 m (Calembert et Gulinck, 1954).
Les argiles de Hénis appartiennent au Groupe de Tongres et à la Formation de Looz
(Borgloon en néerlandais, Fig. 40). Elles comprennent une assise inférieure (Horizon de
Neerrepen) et une assise supérieure (Vieux Joncs ou Oude Biezen). L’assise inférieure est
composée d'une alternance de couches d'argile grise et verte, de couches d'argile lignitique
noire, de couches de nodules calcaires et de cristaux de gypse, et de couches argileuses et
sableuses. L'assise supérieure est formée de sable blanc jaunâtre, moyen à grossier, alternant
avec 2 à 3 couches d'argile compacte gris blanc avec des couches d'argile noire (Laga, 1988).
Les argiles de Hénis ont été exploitées principalement dans la partie orientale du Limbourg
pour des tuiles, céramiques grossières et briques à Bilsen, (tuilerie), à Tongres, Hénis
(tuilerie) et Bautersem (Calembert et Gulinck, 1954).
b5) Argiles d'Assche
Les argiles d’Assche appartiennent à la Formation de Maldegem (Lutetien et Bartonien) et à
la Formation de Zelzate (Groupe de Tongres, Fig. 40). Il s’agit d’argiles en alternance avec
des sables d'origine deltaïques et intertidaux (Jacobs, 1995).

68
Fig. 40. Localisation des zones d’affleurement de la Formation de Maldegem (à gauche) et
des zones d’affleurement du Groupe de Tongres (à droite – Rekk, 2014).
Les argiles d’Assche sont présentes dans la région comprise entre Eecloo et Gand. Elles ont
été exploitées à Ursel, Knesselaere, Ocdelem, Balegem, Laken, Gijzenzele, Never-over-
Heembeek, Hekelgem et Gand (Tavernier et Gulinck, 1954).
b6) Argiles du Groupe d’Ypres
Les argiles du Groupe d’Ypres se sont déposées lors de la transgression yprésienne qui inonda
la Flandre, le Hainaut et le Brabant. Ces dépôts sont essentiellement marins et constitués à
leur base de graviers auxquels succèdent des sables et des argiles plastiques. Il s’agit des
Formations de Courtrai (Kortrijk en néérlandais), Mons-en-Pévèle, Tielt, Hyon et Gentbrugge
(Vanneste et Henneberg, 2005, Steurbaut et al. 2016).
Les argiles du Groupe d'Ypres affleurent en Flandre, Brabant et Hainaut (Fig. 41). Elles sont
la principale réserve d'argile encore exploitable en Belgique (Thorez et Monjoie, 1973 ;
Maréchal et Laga, 1988 ; Maréchal, 1993 ; Dupuis et al. 1998 ; Steurbault 1998, Laga et al.
2001). Plusieurs briqueteries ont exploité ces argiles dans toute la partie méridionale de la
Flandre Orientale et en quelques endroits du Hainaut et du Brabant pour la brique, la tuile, le
drain, etc. (Taverier et Gulinck, 1954).
Des études sur les argiles du Groupe d’Ypres ont été menées ces dernières années. Van
Marcke et Laenen (2005) ont fait un bilan des propriétés de ces argiles.

Fig. 41. Localisation des zones d’affleurement des Formations de Kortrijk et Gentbrugge
(Rekk, 2014).

69
b7) Argiles du Groupe de Landen
Il s’agit des dépôts de la transgression thanétienne (Paléocène supérieur) formés de gravier,
sable, argile sableuse et cailloutis (Hennebert et Doremus, 1995).
Les argiles du Groupe de Landen (Formations de Hannut et de Tienen, Fig. 42) ont été
exploitées dans la région de Tirlemont (Wommersom, Hakendover), dans le Brabant
méridional et le Hainaut pour la fabrication de briques (Taverier et Gulinck, 1954).

Fig. 42. Localisation des zones


d’affleurement des Formations de Hannut
et de Tienen (Rekk, 2014).

70
c)Argiles du Secondaire
c1) Argiles de Herve
Les argiles de Herve constituent un dépôt marin continental accumulé dans le Pays de Herve
lors de la transgression crétacée de l’Albien au Maestrichtien (Marlière, 1954, Fig. 43). Il
s’agit des argiles de la Formation de Vaals, encore parfois nommée « Smectite de Herve »
(Barchy et Marion, 2000). La Formation de Vaals a une composition très hétérogène. Elle
débute par un niveau graveleux suivi par une argile glauconifère décalcifiée ou par un niveau
de sable vert, ensuite par une masse d'argiles carbonatées, gris bleu à verdâtre glauconifère, et
au sommet une siltite sableuse grise, glauconifère. Son épaisseur varie de quelques mètres à
plus de 30 mètres (Thorez et Monjoie, 1973 ; Barchy et Marion, 2000).
La smectite de Herve a été exploitée à Herve, Petit-Rechain, Hallembaye, Loën. Elle a été
utilisée dans l’industrie textile, comme liant pour l'agglomération du poussier de houille,
comme apport argileux dans les cimenteries et comme couche imperméable dans certaines
décharges (Barchy et Marion, 2000). La minéralogie de l’argile de Herve comprend des
contenus variables en minéraux argileux (smectite, illite) et des passées plus glauconieuses
(Marcoen et al., 2000).

Fig. 43. Distribution géographique des dépôts marins crétacés en Belgique et lignes
isopaques. Les pointillées représentent les principales zones d’affleurement (d’après Legrand,
1952, in Marlière, 1954).
c2) Argiles d'Aix-la-Chapelle

71
Il s’agit des dépôts marins continentaux accumulés dans le Pays de Herve (Fig. 43) lors de la
transgression crétacée de l’Albien au Maestrichtien, et faisant partie de la Formation
d’Aachen. L’origine du nom de ces argiles provient de la région d’Aix-la-Chapelle, en
Allemagne, où leur épaisseur est la plus grande (> 100 m) (Laloux et al., 1996). La Formation
d’Aachen est constituée de sables jaunes et blancs à niveaux argileux d’une épaisseur
comprise entre 5 et 15 m et qui peut atteindre 20 à 30 m vers l’est (Barchy et Marion, 2000).
Les argiles d’Aix-la-Chapelle ont été exploitées dans la région du nord d'Eupen, et dans la
partie orientale du pays de Herve (Raeren, Hergenrath, Moresnet, Herbesthal) en briqueterie
(Vandenberghe, 1983). Sa minéralogie est constituée d'argiles silto-sableuses riches en
smectite et kaolonite, et des sables silteux et argileux de quelques dizaines de mètres
d'épaisseur (Spagna et al. 2006).
c3) Argiles du Groupe du Hainaut
Les argiles du Groupe du Hainaut sont comprises dans un ensemble de dépôts sédimentaires
accumulés dans le bassin de Mons (Fig. 43, Marlière, 1954). Ces derniers résultent
probablement de l'érosion des manteaux d'altération du Massif du Brabant et des shales
namuriens du nord du Hainaut durant les transgressions marines du Crétacé (Albien et
Cénomanien) (Yans et al. 2002). Elles affleurent principalement le long du bord nord du
Bassin de Mons sur une quarantaine de kilomètres entre Hautrage et Thieu (Marlière, 1934 ;
Druart 1997 ; Yans et al. 2002). Elles sont également piégées dans des karsts de l'entre
Sambre et Meuse et le Synclinorium de Namur (Legrand 1968 ; Vergari et Quinif, 1997).
Dans la classification lithostratigraphique actuelle, les argiles du Groupe du Hainaut sont
décrites comme étant des argiles noires ou grises de décalcification, plastiques, avec ou sans
lignite, d’intercalations sableuses et des cailloutis, avec parfois des débris de végétaux et de
sable dolomitique brun (Hennebert, 1999 ; Marcoen et al., 2000).
Il s’agit d’argile riche en kaolinite, illite, smectite et interstratifiés chlorite-smectite. Ces
argiles offrent comme particularité de présenter une plasticité élevée, d’où le nom de « terres
plastiques du Hainaut ».
Elles ont été valorisées depuis le Moyen-âge pour la fabrication de poteries, de céramique,
dans l'industrie du ciment blanc et des matériaux réfractaires du fait de leur haute teneur en
alumine (Spagna et al. 2006). Elles ont été exploitées dans de nombreuses petites carrières à
ciel ouvert et par puits temporaires dans le Hainaut autour de Saint-Ghislain (Villerot,
Hautrage, Sirault, Baudour), au nord de Mons (Saint-Denis) et à La Louvière (La Louvière
sud, Saint-Vaast – Pacyna et Denayer, 2010).
c4) Argiles d'Ethe et d’Arlon
Les argiles d’Ethe sont situées dans un ensemble de dépôts sédimentaires qui résultent des
périodes de transgression et de régression successives d’est en ouest qui ont marqué le
jurassique de la Lorraine belge (Boulvain, 2016, Fig. 44).

72
Fig. 44. Localisation des Formations d’Ethe et d’Arlon sur la carte géologique simplifiée de la
Lorraine belge et des principaux sondages (Boulvain et al. 2000).
La nature argilo-silteuse des argiles d'Ethe caractérise un net approfondissement du bassin
(Boulevain, 2016). Les argiles d’Ethe appartiennent à la Formation d’Ethe. Cette dernière est
constituée des argilites, des argilites silteuses très finement micacées et de l’argile carbonatée
ou marne (Boulvain et al. 2000).
La Formation d’Arlon est principalement constituée de marne, de marne sableuse et de grès
calcaire argileux en proportion variable (Boulvain et al. 2000). Elle comprend les Membres du
Trite (TRT), de Strassen (STR), de la Posterie (POS) et de Hondelange (HON). Les Membres
de Strassen et de la Posterie sont constitués d’argilite carbonatée grise. Le Membre de
Hondelange est représenté par des alternances de grès calcaire bleu charbonneux et d’argile à
argile sableuse grise (Dumont, 1842 ; Dormal, 1894).
Les argiles de la Formation d’Ethe et d’Arlon ont servi à la fabrication de tuiles, de drains, de
briques et pour amender les sols (Calembert, 1947 ; Belanger et al. 2002).
d)Les argiles liées aux paléoaltérations
Il s’agit principalement des argiles provenant de l'altération in situ des massifs schisto-gréseux
et des argiles piégées dans les paléokarsts résultant de la dissolution d'un substrat carbonaté
(Calembert, 1946). Outre les argiles continentales d'Andenne et du Condroz, et du Sillon
Sambre-et-Meuse, il existe d'autres argiles provenant de l'altération (Tableau 11).
Système Sous-système Série Argiles Age de l’altération
Carbonifère Silésien Stephanien Altération du Houiller
(Houiller) Westphalien
Namurien

73
Dinantien Viséen ESM, Andenne et Néogène
Tournaisien Condroz
Dévonien Supérieur Framennien Morialmé Paléocène
Wanlin
Frasnien Strée
ESM, Andenne et Paleogène
Condroz Néogène
Moyen Givétien
Eifélien
Inférieur Emsien
Praquien
Kaolin
Lochkovien
Andenne Tertiaire ou Crétacé
inf.

Silurien
Ordovicien
Cambrien Rocroi Permien au
Paléogène inf.
Tableau 11. Position stratigraphique des principales argiles liées aux paléo-altérations. ESM
= Entre Sambre-et-Meuse (Calembert, 1946 ; Spagna, Russo, 1991 ; Nicaise et Dupuis 1997 ;
Ertus, 1998 In Spagna et al. 2006).
d1) L'altération des massifs schisto-gréseux
Une dizaine de briqueteries ont exploité des produits d'altération de shales de natures diverses
(namurien, famennien, frasnien, virtonien). Ceux-ci peuvent être recouverts de limon éolien
ou avoir été mélangés avec ceux-ci (Spagna et al. 2006).
Les shales houillers s’altèrent en argile plastique. Ces argiles ont été exploitées à Montegnée,
à Amay, à Wierde, à Hergenrath, à Flönnes, etc. pour la céramique ou la briqueterie (Firket
1874). Dans la région de Morialmé on a exploité un regolithe argilisé d'âge anté-éocène
développé sur les grès famenniens de la Formation de Ciney (Boulvain et Marion, 1994).
Dans la région de Wanlin, on a extrait pour la confection des briques des roches argilisées
formées aux dépens des pélites et grès du Frasnien et du Famennien (Gullentops, 1952 ; Seret,
1957 ; Paepe, 1969 ; Spagna et al. 2006). Dans la région de strée on a exploité une argile
résiduelle verte pour la brique (argile de Strée, Groupe de Marbaix-la-Tour – Delcambre et
Pingot, 2000).
d2) Les kaolins
Ce sont des argiles obtenues par lavage des produits d'altération des shales et arkoses. Ils sont
présents dans les massifs de Rocroi et Stavelot (Voisin 1995) et sur les hauts plateaux de
l'Ardenne (Jérome, 1907 ; Dupuis et al. 1997, Demoulin et al. 2017, Fig. 45).

74
Fig. 45. Répartition des gisements des kaolins (Rekk, 2014).
Il s'agit d'un kaolin pauvre car il contient parfois 30 % de séricite (mica), 60% de kaolinite,
ainsi que du quartz et d'illite (Gulinck, 1958).
Il a été utilisé depuis le début du 20e siècle pour les papeteries, la porcelaine, les savons, dans
la fabrication de ciment blanc, de céramiques et faïences, comme matière de charge et produit
colorant (Asselberghs, 1920 ; Remacle, 2003). Les gisements exploités aujourd'hui sont situés
dans la région de Libin-Transinne. Plusieurs gisements de kaolin ardennais sont abandonnés
par manque de rentabilité (Yans et al, 2003).
Le Tableau 12 résume les principaux gisements argileux exploités en Belgique dans l'ordre
stratigraphique.
Ère Système Série Étage Argile Formation Membre Âge
(Ma)
Holocène Polder Lœss Flandre Gent 0,0117
Supérieur Herzeele Gembloux
Moyen Veldwezelt 0,781
Calabrien Escaut Escaut (Groupe) 1,806
Gélasien Campine Weelde Turnhout
Beerse
Quaternaire

Pléistocène

Rijkevorsel
Malle Vosselaar
Braasschaat 2,588
Pliocène Plaisancien Andenne et Entre Sambre-et-Meuse 3,6
Zancléen Condroz, Entre 5,333
Sambre-et-
Cénozoïque

Miocène Messinien Meuse 7,246


Néogène

Tortonien 11,62
Serravallien 13,82

Tableau 12. Stratigraphie des principales formations argileuses belges. Les argiles liées aux
paléoaltérations des massifs schisto-gréseux ne sont pas repris.

75
Serravallien 13,82
Langhien 15,97
Burdigalien 20,44
Aquitanien 23,03
Oligocène Chattien 28,1
Rupélien Boom Boom Putte
Terhagen
Belsele-
Waas 33,9
Éocène Priabonien Hénis Looz (Borgloon)
Hénis 38,0
Bartonien Assche Zelzate 41,3
Lutetien Maldegem 47,8
Yprésien Ypres Gentbrugge Vlierzele
Pittem
Merelbeke
Kwatrecht
Paléogène

Hyon Mont-
Panisel
Egem
Tielt Egemkapel
Kortemark
Kortrijk Aalbeke
Roubaix 56,0
Orchies
Mont-
Héribu
Het Zoute
Paléocène Thanétien Landen Tienen
Hannut 59,2
Sélandien 61,6
Danien 66,0
Supérieur Maastrichtien 72,1
Campanien Herve Vaals 83,6
Santonien Aix-la- Aachen 86,3
Chapelle
Coniacien 89,8
Turonien Wéaldien Hainaut 93,9
Crétacé

Cénomanien 100,5
Inférieur Albien 113,0
Aptien 125,0
Barrémien 129,4
Hauterivien 132,9
Mésozoïque

Valanginien 139,8
Berriasien 145,0
Supérieur Tithonien 152,1
Kimméridgien 157,3
Oxfordien 163,5
Moyen Callovien 166,1
Jurassique

Bathonien 168,3
Bajocien 170,3
Aalénien 174,1
Inférieur Toarcien 182,7
Pliensbachien Ethe + Arlon Ethe + Arlon 190,8
Sinémurien Arlon Arlon 199,3
Hettangien 201,3
Tableau 12 (suite). Stratigraphie des principales formations argileuses belges. Les argiles liées
aux paléoaltérations des massifs schisto-gréseux ne sont pas repris.

76
III.1.2 Argiles échantillonnées en Belgique
L’objectif de l’échantillonnage était d’évaluer l’aptitude des argiles belges à la confection des
blocs de terre comprimée. Les 56 sites échantillonnés correspondent à des sites répertoriés
comme en activité ou potentiellement exploitables, ainsi que des sites ayant été exploités par
le passé. Seuls quelques sites sont des zones d’affleurement non exploités. Les données sur
ces sites sont principalement extraites de l’« Inventaire des ressources du sous-sol et
perspectives des besoins à termes » réalisé par Poty (2010) et communiquées par le SPW-
DGO4 Jambes, le 17/05/2016. D’autres données proviennent de la Fédération Belge de la
Brique et de l’analyse des cartes géologiques. Les noms des lieux d’échantillonnage
correspondent aux noms des communes. Ils sont repris dans l’ordre stratigraphique des
dépôts.

77
III.1.3 Résumé des caractéristiques minéralogiques et géotechniques
des argiles belges
La réalisation des terrains en Belgique a consisté en des missions de prospection des
gisements d’argiles et le prélèvement d’échantillons représentatifs. Le critère
d’échantillonnage était basé sur la variabilité des matériaux et la représentativité des faciès.
L’exploration et la description des affleurements ont été faites en utilisant les méthodes
classiques de prospection (sondages à la tarière manuelle, prélèvement sur front de taille). Un
total de 19 formations et membres argileux et 56 sites ont été échantillonnés (Fig. 76) pour
135 échantillons prélevés.

La caractérisation des échantillons s’est basée sur des études minéralogiques (minéralogie
totale et minéralogie des argiles par DRX) et des analyses géotechniques (matière organique,
bleu de méthylène, limites d'Atterberg, granulométrie et retrait de séchage). Ces analyses ont
permis la sélection des argiles pour concevoir des briques de terre crue. Des Blocs de Terre
Comprimée ont été confectionnés et leurs propriétés de résistance en compression et à
l’abrasion ont été analysées, ainsi que leur absorption d’eau. Le Tableau 68 résume les
propriétés des formations et membres échantillonnés.

Texte manquant
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78
Fig. 76. Localisation des sites échantillonnés sur la carte des formations argileuses belges (modifié d’après Albon, 2009 ; Rekk, 2014 ;
Bogemans et al. 2017).
73
Toutes les terres naturelles ne sont pas adaptées à la technique de construction en BTC.
D’après Rigassi (1995), une terre recommandée pour la fabrication des BTC sans stabilisant
contient 0 à 40% de gravier ; 25 à 80% de sable, 10 à 25% de limon et 8 à 30% d’argiles (Fig.
77). Cependant, des terres qui ne s'inscrivent pas dans la zone recommandée peuvent donner
de bons résultats, en fonction des stabilisants utilisés. Cette zone sert de guide à l'utilisateur et
non de spécification rigide (Rigassi, 1995). La granulométrie n’est donc pas un critère de
sélection restrictif.

Fig. 77. Domaine granulométrique conseillé par Rigassi (1995) pour construire en BTC.
Pour la fabrication des BTC, Guérin (1985) et AFNOR (2001) recommandent un indice de
plasticité compris entre 3 et 28 ; une limite de liquidité comprise entre 25 et 50 et une limite
de plasticité comprise entre 10 et 25 (Fig. 78). Sur base des limites d’Atterberg, une majorité
des échantillons analysés (soit 111 échantillons) entrent dans ce fuseau.

Fig. 78. Fuseau du diagramme de plasticité des terres (AFNOR, 2001).


La teneur en matière organique (estimée par la valeur de la perte au feu) ne doit pas dépasser
les 2% (Rigassi, 1995). Sur base de ce critère la plupart de nos échantillons seraient à exclure.
Cependant ce paramètre n’est pas retenu comme critère de sélection. En effet la teneur en
matière organique varie fortement au sein d’un même profil.

74
Seules les dimensions des blocs à l’état sec intéressent les bâtisseurs, ainsi que le retrait à
partir de la mise en œuvre qui est de l’ordre de 1 à 3% pour le BTC. Le retrait pendant le
séchage n’est pas important dans le cas des BTC, puisqu’il est possible de produire des BTC
avec des terres à fort retrait sans risque de fissuration (Moevus et al. 2012). La valeur de
retrait n’est donc pas un critère de sélection restrictif. Cependant la terre à fort retrait de
séchage est susceptible d’avoir des fortes variations dimensionnelles au cours du temps si elle
n’est pas stabilisée. Les terres à fort retrait de séchage contiennent généralement une forte
teneur en argile (Moevus et al. 2012).
Sur base des résultats obtenus les formations et membres échantillonnés peuvent être classés
en 3 catégories (Tableau 69) :
- formations/membres pouvant être utilisés tels quels pour faire des BTC (catégorie A) ;
- formations/membres qui conviennent à la fabrication des BTC mais exigeant une
modification préalable par addition de particules grossières comme du sable ou du
gravier (catégorie B) ;
- formations/membres qui conviennent à la fabrication des BTC s’ils sont mélangés à
d'autres terres pour leur donner une meilleure consistance, et éventuellement des
particules grossières (sable, gravier) (catégorie C).

75
Catégories Formations Description
A Argile de la Campine (Formation de Weelde, Matériau acceptable, bonne
Membre de Turnhout) distribution de la taille des
Argile liée à l’altération des shales famenniens particules et bonne
consistance.
B Argile du Groupe de l’Escaut Matériau acceptable mais
Argile de la Campine (Formation de Weelde, contenant trop de particules
Membre de Rijkevorsel) fines, nécessitent l'ajout de
Argile d’Andenne et Condroz Argile particules grossières (sable,
de l’Entre Sambre-et-Meuse gravier).
Argile de la Formation de Boom (Membre de
Putte)
Argile du Goupe d’Ypres (Formation de Tielt)
Argile du Goupe d’Ypres (Formation de
Kortrijk)
Argile du Goupe d’Ypres (Formation de
Carnières)
Argile du Groupe de Landen (Formation de
Hannut)
Argile de Herve (Formation de Vaals)
Argile de la Formation d’Aachen
Argile du Groupe du Hainaut
Argile de la Formation d’Ethe
C Limons Matériaux avec une consistance
Argile liée à altérations des shales et grès faible. Ils nécessitent d’être
dévoniens mélangés avec d'autres
Argile liée à l’altération des shales matériaux (argiles, sables,
ordoviciens graviers) pour être utilisés
Kaolin ardennais dans la
production de BTC.
Tableau 69. Classification des formations argileuses.
Les matériaux de 5 sites ont été choisis pour la fabrication des BTC. Ces matériaux ont été choisis
sur base de leur diversité (i.e., appartenance aux 3 catégories - Tableau 69). Environ 300 kg
de matériaux ont été prélevés dans chacun des 5 sites.
1. L’argile liée aux paléoaltérations des shales ordoviciens à Gembloux.
L’argile échantillonnée provient de l’altération des shales ordoviciens, probablement de la
Formation de Rigenée qui se composent de shales et siltites noirs à gris-bleu avec des niveaux
gréseux. Il s’agit d’une argile gris-bleuâtre, contenant des résidus de shales. Cette argile est
surmontée d’une couverture limoneuse (Fig. 80). L’épaisseur de l’altération est d’une dizaine
de mètres.

76
Fig. 79. Argilière de Grand-Manil à Gembloux.

Fig. 80. Section à travers la carrière de Grand-Manil à Gembloux.


2. L’argile de la Formation de Boom (Membre de Putte) à Rumst

Fig. 81. Vue sur l’argilière Wienerberger à Rumst.


La division lithostratigraphique de la carrière comprend les Formations d’Eigenbilzen (sable) et
de Boom (argile, Fig. 82). Cette dernière est représentée par les Membres de Putte et de

77
Terhagen. Le premier est composé d’argile noire et grise. Il comprend une couche supérieure
plus argileuse d’une épaisseur d’environ 3 mètres et une couche inférieure plus silteuse
d’environ 6 mètres d’épaisseur. Le second est formé d’argile gris pâle pauvre en carbonates et
possède une épaisseur d’environ 15 mètres. Il comprend une couche supérieure plus argileuse.
L’argile échantillonnée provient du Membre de Putte et de la couche supérieure.

Fig. 82. Subdivision lithostratigraphique de l’argilière Wienerberger à Rumst.


3. Argiles du Groupe de Campine (Membre de Turnhout) à Beerse
L’échantillon prélevé provient de la Formation de Weelde et du Membre de Turnhout. Il
s’agit d’une argile sableuse gris bleuâtre (Fig. 84).

Fig. 83. Vue sur le site d’extraction de Beerse.

78
Fig. 84. Vue sur l’argile du Membre de Turnhout.
4. L’argile du Groupe d’Ypres (Formation de Kortrijk, Membre d’Orchies) à Tournai
Elle a été échantillonnée dans l’argilière de Barry, située à hauteur de la briqueterie de
Ploegsteert (Fig. 85). Active depuis 2014, la briqueterie exploite les argiles du Membre
d’Orchies (Formation de Courtrai). Ce dernier comprend, sur une épaisseur de 20 à 30 mètres,
une argile plastique gris bleuâtre à bleue à la base et une argile plus sableuse au sommet (Fig.
86). L’argile sableuse échantillonnée provient de la couche supérieure.

Fig. 85. Vue sur l’argilière de Barry

79
Fig. 86. Section à travers l’argilière de Barry montrant les différentes couches argileuses.
5. L’argile d’altération des shales dévoniens à Libin (kaolin ardennais)
L’échantillon a été prélevé dans la carrière de Libin. La carrière active depuis 2004 contient des
niveaux de kaolin blanc et coloré (Fig. 87) sur environ 30 mètres d’épaisseur (Nicolas, 2017).

Fig. 87. Vue sur la carrière de kaolin de Libin.


Le Tableau 70 résume les propriétés des 5 argiles sélectionnées. Les diffractogrammes de ces
échantillons sont présentés à la Fig. 88.

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80
III.2 Échantillonnage et propriétés des échantillons prélevés en
[Link]
III.2.1 Description de la région d’étude
La région d’étude est située à l’ouest de la RDC. Elle comprend la province du Kongo Central
et celle de Kinshasa (Fig. 89). D’une superficie de 53.920 km 2 soit 2,3% de la superficie du
territoire national, la province du Kongo central a une population estimée à près de 5 millions
d’habitants. Avec une superficie de 9.965 km 2, la ville province de Kinshasa occupe environ
0,4% de la superficie du pays. Sa population est estimée à 13 millions d’habitants.

Fig. 89. Carte de localisation des zones d’échantillonnage : 1. Kwilu Ngongo ; 2. Mbanza
Ngungu ; 3. Nkamba ; 4. Kasangulu ; 5. Lukala.
a) Géologie régionale
La région est située dans la ceinture de l'Ouest Congo aussi appelée super-groupe de l'Ouest
Congo. Cette dernière s'est mise en place à l'orogenèse panafricaine 1. Le Super-groupe Ouest
Congo comprend 3 groupes néoprotérozoïques : le Zadinien, le Mayumbien et l'Ouest-
Congolien, (Tack, 2001). L’ensemble repose sur un sous-sol polymétamorphique (Super-
groupe Kimezien) daté d'environ 2,1 Ga et entrecoupé d'intrusions granitiques hyperalcalines
(Noqui) post-panafricaines. Il s'étend sur environ 1400 km, parallèlement à la côte Atlantique,
du sud-ouest du Gabon au nord-ouest de l'Angola (Figs 90 et 91).

1
L'orogenèse panafricaine correspond à un événement tectonique dû à la collision entre le craton de Sao
Francisco, ancien craton situé dans la partie est de l'Amérique australe, et celui du Congo. Cette collision s'est
produite du Néoprotérozoïque au début du Paléozoïque, avant l'ouverture de l’Océan Atlantique (Pedro,
2012). À l'ouest de l'Afrique, elle est à l'origine de la ceinture Ouest Congo, et au Brésil, elle a causé la
formation de la ceinture Araçuai (Pedrosa-Soares et al., 2001 ; Frimmel et al., 2006).
147
- Le Groupe Zadinien comprend la Formation de Palabala (quartzites, schistes à biotite avec
quelques conglomérats), suivie des roches siliciclastiques continentales et métasédimentaires.
Les métasédiments sont recouverts par une épaisse succession de roches volcaniques
mafiques (métabasaltes de Gangila) (Hoffman, 1999 ; Frimmel et al., 2006).
- Le Groupe Mayumbien comprend des roches volcaniques felsiques, des roches volcano-
sédimentaires et des intercalations sédimentaires recoupées par endroits de divers granitoïdes
cogénétiques de composition monzogranitique à syénogranitique et de granites alcalins
feldspathiques. L'âge de la mise en place ces granitoïdes est d’environ 920 Ma (Tack, 2001).
- Le Groupe de l'Ouest-congolien comprend de la base vers le haut 6 Formations :
 Le Sous-groupe du Sansikwa correspond à une succession siliciclastique, associée à
des conglomérats, suivie d’argilites, de quart-zarénites et d’arkoses. Ce dernier est recouvert
par une diamictite (Lepersonne, 193).
 La Formation de la Tillite inférieure se compose de diamictite associée à un épisode
de coulée de laves basaltiques en coussin (De Paepe et al., 1975).
 Le Sous-groupe du Haut Shiloango est une succession variée de conglomérats,
d'argilites, de calc-pélites, quartzarénites, calcarénites (Kampunzu et al., 1991).
 La Formation de la Tillite supérieure est une diamictite (Frimmel et al., 2006).
 Le Sous-groupe Schisto-Calcaire correspond à une séquence de carbonate de rampe
et de plate-forme d’une épaisseur de 1200 mètres. Il comprend 4 unités qui sont de la base
vers le sommet :
- L'Unité de Kwilu (CI) possède une épaisseur de ± 600 m d'épaisseur. Elle est
subdivisée en trois formations : C1 ou Formation des Dolomies Roses : 0 à 15 m de
carbonates rosés ou gris, avec une alternance de dolomite et de fins lits de schiste violacés au
sommet ; C2 ou Formation de Bulu : ± 400 m de calcaire généralement argileux et sableux, de
calcpélites, de pélites argileuses ou sableuses et C3 ou Formation de Luanza : ± 200 m de
calcaires oolithiques (Tack, 2001 ; Delpomdor et al. 2016).
- L'Unité de Lukunga (CII) ou Formation C4, constituée de ± 300 m de dépôts plus
clastiques à la base, d’une alternance de schistes, de calcpélites ou de grès marqués
d'ondulations. La sédimentation a évolué vers des calcaires argileux ou dolomitiques, de
calcaires stromatolitiques ou oolitiques, et se termine par des dépôts de schistes, calcpélites,
grès calcaires contenant des lits ou nodules de cherts (Alvarez et al., 1995 ; Tack, 2001 ;
Delpomdor et al. 2016).
- L'Unité de Bangu (CIII) ou Formation C5, d’une épaisseur de ± 265 m, est caractérisée
par une succession de carbonates, avec des oolites, cherts, schistes et calcpélites. La présence
de matière organique suggère un épisode régressif. Les lithologies indiquent une
sédimentation dans des conditions lagunaires (Tack, 2001 ; Delpomdor et al. 2016).
- L'Unité de Ngandu (CIV). En RDC, l'unité de Ngandu possède 90 m d'épaisseur et
contient, de la base au sommet (1) des calcaires argileux gris clair à grisâtres, parfois
dolomitiques, avec une brèche lenticulaire et des niveaux de cherts foncé, (2) des lits de
calcaire rougeâtres à rosâtres et des intercalations de calcaire argileux rouge, (3) une argilite
gris-verdâtre avec des cherts, et (4) des calcaires argileux rougeâtres avec des très minces
couches de calcaires argileux verdâtres et calcaires rosâtres, évoluant vers des argiles
sableuses rougeâtres et des quartzites feldspathiques à grains fins (Delpomdor et al. 2016).
 Le Sous-groupe du Mpioka correspond à une succession siliciclastique avec des
conglomérats de quartzarénite, d'arkoses, et d'argilites. Elle est interprétée comme un dépôt de
molasse fin-orogénique (Tack et al., 2001 ; Frimmel et al., 2006). Sa succession comprend :
(1)

82
une séquence inférieure de siltstones et schistes avec alternance de grès carbonatés, des lits de
quartzite feldspathique et de conglomérat (Formation de Vampa) ou de grès et schistes
carbonatés, psammites, quartzites feldspathiques avec des lits de conglomérats (Formations de
Gidinga et Luvemba), et (2) une séquence de quartzites feldspathiques et de siltites et
occasionnellement de schistes et de conglomérats (Formations de Kubuzi et de Liansama)
(Tack, 2001 ; Delpomdor et al. 2016).

Le Sous-groupe/Groupe de l'Inkisi sus-jacent est interprété comme une molasse tardi-


panafricaine déposée dans un bassin d'avant-pays (Nicolini, 1959 ; Alvares et al., 1995).
Auparavant considéré comme faisant partie du Groupe Ouest Congo, il a été suggéré qu'il
n'aurait rien à voir avec l'orogenèse panafricaine et serait d'âge paléozoïque (Frimmel et al.,
2006). Pour cette raison, certains auteurs le considèrent comme une unité lithostratigraphique
individuelle. Il correspondrait à un édifice fluvio-deltaïque mis en place dans un bassin en
extension découpé par une importante série de faille NE-SO héritées du Panafricain (Alvarez
et Maurin, 1991 ; Alvarez et al. 1995). Il comprend du bas vers le haut des arkoses à micas
blancs et des lits à galets de grès, d’argilites, de psammites, et de quartz ; des grès siliceux
fins, feldspathiques et micacés avec localement des intercalations d'argilites (Cosson, 1955 ;
Alvares et al., 1995). Le Sous-groupe de l'Inkisi s'étend à l'Ouest de Brazzaville, à Kinshasa,
dans le bassin du Bas-Congo, et jusqu'au nord de l’Angola. Il a une épaisseur de 600 à 1000m
(Cosson, 1955 ; Alvarez et al., 1995). Il est recouvert par les dépôts du Karoo1 d'âge permien
en Angola et du Post Karoo en République Démocratique du Congo.

Le Super-groupe Post Karoo est caractérisé par des roches gréseuses et carbonatées (Lanfranchi
et Schwartz, 1990), déposées lors de la transgression du Crétacé inférieur à l'Eocène
supérieur. La transgression marine du sud vers le nord a fait suite à la dislocation du
Gondwana à la fin du Jurassique (Alvarez et al.1995). Cette transgression a donné lieu à des
dépôts lacustres ou alluviaux (série du Kwango). La série débute par des grès marneux
jurassiques, d'une dizaine de mètre d'épaisseur surmontés des grès tendres à sables quartzeux :
Formation des Grès tendres du Crétacé. On y observe également un niveau conglomératique à
galets de grès et une brèche englobant des cherts (Boissezon et Gras, 1970).
Les dépôts du Cénozoïque sont constitués des grès polymorphes formés de sables éoliens et de
lentilles calcaires ou argileuses, souvent cimentés par la silice (série de Kalahari inférieur).
Ils témoignent d'une période d'aridification. Ils sont surmontés par la série des sables ocres du
Néogène, appelés sables Batéké (série de Kalahari supérieur). Ces derniers font suite à la
fin de l'aridification et au début d'un régime de mousson (Giresse et al., 1990). L'Holocène se
caractérise par des dépôts d'alluvions formés principalement de graviers surmontés de limon
(Giresse et al., 1982).

1 Karoo : événement géologique défini en Afrique du sud qui va du Carbonifère supérieur au Jurassique inférieur,
marqué par l'existence du Gondwana (Delvaux, 2001).

83
Fig. 90. Carte géologique de la ceinture de l’Ouest Congo montrant les sites d’échantillonnage.
1. Kwilu Ngongo ; 2. Mbanza Ngungu ; 3. Nkamba ; 4. Kasangulu ; 5. Lukala (modifié d’après
Delpomdor et al. 2016, modifié d’après Lepersonne 1973).

84
Fig. 91. Subdivision lithostratigraphique du Super Groupe de l’Ouest-Congo dans le Bas-
Congo et événements orogéniques (Delpomdor et al. 2016, modifiée d’après Tack et al.,
2001).
b) Sols
Les sols du Kongo Central sont essentiellement issus de l’altération des Sous-groupe Schisto-
Calcaire, Mpioka et Inkisi. Les roches du Sous-groupe Schisto-Calcaire fournissent des sols
argileux jaunes. Les roches gréseuses et mésozoïques des Sous-groupe Mpioka et Inkisi
donnent des sols sablo-argileux jaunes ou brun clair (Baeyens, 1934 ; Goedert, 1938).
Les sols de Kinshasa sont de type tropical, développés sous l’action d’un climat chaud et
humide. Ils sont généralement pauvres chimiquement et leur acidité est prononcée. Ils
comprennent une teneur en argile généralement < 20 % et en certains endroits, ils sont argilo-
sableux (Egoroff, 1955).

III.2.2 Sites étudiés


a) Kwilu Ngongo
Du 19 au 24 août et du 18 au 29 septembre 2017 un séjour a été effectué dans la région de
Kwilu Ngongo, dans la province du Kongo Central, à l’ouest de la Rép. Dém. du Congo (Fig.
89). Ce séjour s’inscrivait dans un projet plus large qui visait à valoriser les gisements
argileux de la région du Kongo Central ([Link]) et à améliorer les matériaux de
construction à base de terre. Ce séjour visait un double objectif :

85
(1) Contribuer à la connaissance des terres de la région de Kwilu Ngongo : en
décembre 2016, s’est installée à l’est de la cité de Kwilu Ngongo une briqueterie (la
Briqueterie de Kwilu Ngongo). Cette dernière extrait de la terre de la région pour ses briques.
Il a donc été question de caractériser ces terres en vue de promouvoir leur meilleure
utilisation. Pour ce faire, des travaux de prospection et de cartographie ont été menés dans la
concession et aux alentours. Un total de 20 échantillons a été prélevé. Ces derniers ont été
caractérisés en laboratoire en termes de leur potentiel d’utilisation.
(2) Mettre en place une formulation de matériaux en terre crue : la briqueterie
voudrait diversifier ses produits en proposant une brique crue pour les populations locales. Il a
donc été question de réfléchir sur un produit capable de satisfaire à cette demande. Nous
avons décidé d’utiliser des résidus de canne à sucre, largement disponibles, et de les ajouter à
la terre comme stabilisant. Ces résidus sont de deux types :
- La bagasse de canne à sucre résulte du broyage de la canne à sucre lors de l’extraction
du jus (Fig. 92). Cette bagasse provient de la sucrière de Kwilu Ngongo, située 300 mètres à
l’ouest de la briqueterie.

Fig. 92. Tas de bagasse.


- La cendre de bagasse est un résidu obtenu après la combustion de la bagasse de canne
à sucre séchée. Pour cuire les briques, la briqueterie utilise la bagasse comme combustible.
Cette bagasse n’est pas totalement consumée, et, à la sortie du four, elle fournit une cendre
siliceuse (Fig. 93). Cette cendre peut être utilisée comme pouzzolane 1 favorisant la durabilité
et la résistance de la terre.

1
- Les pouzzolanes sont des matériaux n’ayant aucune capacité propre de liant mais pouvant réagir avec de la
chaux hydratée Ca(OH)2 en présence d’eau à température ambiante afin de former des composants du ciment.
Ce pouvoir est appelé « activité pouzzolanique ».

86
Fig. 93. Cendre de bagasse à la sortie du four.
Ces résidus de canne à sucre sont ajoutés à la terre pour faire des Blocs de Terre Comprimée
(BTC) qui sont caractérisés par les propriétés mécanique (résistance à la compression) et
hygrothermique (essais de durabilité). Les essais de durabilité ont consisté à évaluer les
aptitudes du matériau à résister à l’action de l’eau. Ils se font par l’essai de vieillissement.
Les terres de la région de Kwilu Ngongo sont des terres résiduelles formées par altération in
situ des roches du Sous-groupe Schisto calcaire. Il est difficile de déterminer avec précision la
nature des roches mères à l’origine des différentes terres ainsi que leur succession et
répartition litho-stratigraphique étant donné la rareté des affleurements dans la région. Dans la
région de Kwilu Ngongo, le Sous-groupe Schisto calcaire est représenté par l'Unité de
Lukunga (CII) ou Formation C4. Cette dernière est constituée pour l’essentiel de roches
calcaires avec des couches de grès ou grès argileux, de calcaire argileux souvent dolomitique,
d’argilites et de calcaires gréseux.
L’altération des horizons calcaires et argilo-calcaires donne une terre jaune, avec ou sans
résidus de graviers et blocs calcaires selon le degré d’altération (Fig. 94A). L’altération des
niveaux gréseux donne une terre mauve pâle violacée (Fig. 94B). L’altération des horizons
gréseux argilo-calcaires et calcaires gréseux donne une terre rougeâtre ou jaunâtre à taches
rouges avec ou sans graviers de grès et de calcaire selon le degré d’altération (Fig. 94C et
94D). Dans la région de Kwilu Ngongo, on observe essentiellement les terres jaunes avec ou
sans résidus de graviers ou blocs de calcaire sur les sommets des crêtes, et la terre à taches
rouges dans les dépressions. Ces dernières constituent l’essentiel des terres présentes dans la
concession de la briqueterie de Kwilu Ngongo.
Afin de comparer les terres présentes dans la concession de la briqueterie, et les terres
présentes sur les collines avoisinantes, des observations et échantillonnages ont été effectués
dans la cité de Kwilu Ngongo (voir ci-dessous).
Le gisement exploré est une concession que la sucrière de Kwilu Ngongo a cédée à la
briqueterie de Kwilu Ngongo. Il s’agit pour l’essentiel de champs de canne à sucre encore en
culture ou abandonnés. Sur le plan géomorphologique, la concession est caractérisée par un
relief fait de crêtes (altitude maximale 380 mètres) et de dépressions (altitude minimale de
355 mètres, Fig. 95). Cette géomorphologie est observée dans les différentes parcelles de
canne à sucre de la région de Kwilu Ngongo. La concession de Kwilu Brique est délimitée à
l’ouest par la rivière Kwilu et traversée d’ouest à l’Est par la rivière Ngongo, affluent du
Kwilu.

87
A B C D

Fig. 94. A – Aspect des résidus d’altération du calcaire argileux. B – Terre mauve pâle
violacé. Il s’agirait d’un produit d’altération d’un calcaire argileux rougeâtre avec des lits
d’argilites. C – Aspect de la roche mère. Il s’agit de blocs de grès dans une matrice argilo-
calcaire. D – Aspect de la terre. Il s’agit de la terre en majorité présente dans la concession.
L’altération de la matrice argilo-calcaire donne cette couleur blanchâtre. L’altération des
blocs de grès rouge donne cette couleur rougeâtre.

Fig. 95. Photographie montrant l’allure générale des parcelles de canne à sucre.
La cartographie du sol et du sous-sol a été faite sur base de puits et de zones d’extractions
présents dans la zone d’étude et sur base des observations de terrain. Les figures 96 et 97
représentent la carte du sous-sol de la concession de la Briqueterie de Kwilu Ngongo ainsi que
les coupes géologiques à travers la concession.
Afin de comprendre l’origine et les propriétés des matériaux de la concession de Kwilu
Brique, 10 échantillons ont été prélevés dans la concession au niveau de 4 sites (A, B, C et I)
et 8 en dehors dans 5 sites (D, E, F, G et H, Fig. 96) et caractérisés.

88
Fig. 96. Carte de couverture de la région de Kwilu Ngongo.

Fig. 97. Coupes géologiques à travers la concession.

Site A
Le site A (5°31’3,6’’S 14°43’19,7’’E, altitude 370 m) correspond à une zone d’extraction de
la briqueterie située sur une parcelle de la sucrière (parcelle 404). La figure 98 montre les 5
facies observés du haut vers le bas sur ce site.
1. une couche d’humus d’environ 1 mètre d’épaisseur (couche non échantillonnée)
2. une couche argileuse blanchâtre « argile blanche » (échantillon A), dont l’épaisseur est
plus importante au milieu de la dépression et diminue vers les sommets des collines
avoisinantes.

89
3. une couche argileuse jaunâtre (échantillon B) qui correspond probablement à la couche
lessivée. La coloration jaunâtre est observée dans la couche sous-jacente.
4. une couche argileuse rougeâtre avec des taches blanchâtres et jaunâtres, qui comporte des
fragments millimétrique à centimétrique de carbonates et de grés (échantillon C).
5. une couche argileuse mauve avec des horizons argileux centimétriques de couleur jaune
foncée (échantillon D).

Fig. 98. Facies observés à la parcelle 406. A : « argile blanche ». B. niveau jaunâtre, C. niveau à
taches rouges. Les cercles rouges montrent des niveaux qui contiennent des résidus de
carbonates.
Site B
Le site B (5°30’12,8’’S 14°43’4,5’’E @ 368 m) correspond à une zone d’extraction de la
briqueterie située sur une parcelle de la sucrière (parcelle 406). La figure 99A montre les 4
facies observés, du haut vers le bas, sur ce site :
1. une couche de graviers probablement de remblai d’environ 50 cm d’épaisseur ;
2. une couche humifère d’environ 60 cm d’épaisseur (non échantillonné). La proximité du site
de la rivière Kwilu expliquerait la texture sableuse de cet humus. Ce niveau comprendrait à
des alluvions de la rivière Kwilu. Ces alluvions sont principalement constituées de sables et
argiles déposés lors des périodes de crue de la rivière ;
3. une couche argileuse brune avec des taches rougeâtres et blanchâtres (échantillon E). Ces
colorations s’intensifient avec la profondeur ;
4. une couche argileuse avec des taches rougeâtres et blanchâtres (échantillon F).

Site C
La zone est située sur une parcelle de la sucrière (Parcelle 407, 5°30’28,9’’S 14°43’14,4’’E @
370 m). Il s’agit d’un niveau argileux observé sur une épaisseur supérieure à 5,5 mètres, sur le
flanc d’une colline de 4 m de haut. Un puits de 1,5 m a été creusé. Le niveau observé sur le
flanc de la colline se prolonge en profondeur dans le puits creusé. Il s’agit d’une couche
argileuse à taches rougeâtres, blanchâtres et jaunâtres (Fig. 99B). Un seul échantillon a été
prélevé sur ce site (échantillon G).

90
Site D
La zone est située en dehors des parcelles de la sucrière (5°30'31.30"S 14°43'48.30"E). Il
s’agit d’une colline proche d’une décharge de la sucrière. Le site comprend couche argileuse
mauve pâle comprenant des niveaux argileux centimétriques jaunes (échantillon I). Ce
niveau est surmonté d’un niveau jaune riche en graviers calcaires (échantillon H, Fig. 99C).
Site E
La zone est située en dehors des parcelles de la sucrière (5°30'45.30"S 14°44'19.00"E). Il
s’agit d’une zone où les habitants extraient de la terre pour une briqueterie artisanale (Poste
4B, Fig. 99D). Le site comprend un niveau argileux brun jaunâtre : échantillon J.
Site F
Il s’agit d’une zone sur laquelle sont faits des travaux d’excavation (5°30’35,3’’S
14°41’52,1’’E @ 379 m). La zone est située tout le long d’une parcelle de la sucrière (parcelle
507), en dehors de la concession de la briqueterie.
La figure 99F montre les 3 facies observés du haut vers le bas sur ce site. :
- 1. une couche d’humus d’environ 60 cm d’épaisseur (couche non échantillonnée)
- 2. une couche argileuse brun jaunâtre. Il s’agit de la couche lessivée : échantillon K
- 3. une couche argileuse à taches rouges et blanchâtres avec des résidus de roches
calcaires et gréseuses (échantillon L).
Site G
La zone, située en dehors des parcelles de la sucrière, correspond à une colline où les
habitants extraient de la terre jaune (échantillon M) pour une briqueterie artisanale
(5°30’4,4’’S 14°41’27,3’’E @ 402 m, Fig. 99G).
Site H
La zone, située en dehors des parcelles de la sucrière, correspond à une colline où les
habitants extraient de la terre pour une briqueterie artisanale (5°30’11,5’’S 14°41’17,0’’E @
358 m).
Le facies comprend un niveau argileux mauve pâle violacé (échantillon N) avec un niveau
argileux jaune foncé d’épaisseur décimétrique à la base (échantillon O) et un niveau de
concentration de fer sous forme de nodules1 au sommet (non échantillonné, Fig. 99E).
Site I
La zone est située sur une parcelle de la sucrière (parcelle 709), et dans la concession de la
briqueterie (5°29'35.33"S 14°43'12.99"E). 3 échantillons ont été prélevés dans cette parcelle
(échantillons P, Q et R). Ces échantillons ont été prélevés dans des puits d’environ 50 cm
creusés manuellement.

1
Il s’agit d’un niveau de concrétion ferrugineuse sous forme de nodules. Ces derniers seraient soit formés en
milieu anoxique durant la diagenèse, soit formés en milieu oxydant durant la pédogenèse. Il serait intéressant
de s’intéresser à la valorisation de ces nodules. Ils sont utilisés dans la région comme remblai.

91
A B C D E

F G

Fig. 99. A – Profil du site B. Le cercle rouge indique un niveau de graviers < 3 cm. B – Site d’échantillonnage C. C – Site d’échantillonnage D. E – Site
d’échantillonnage H. Le trait continu rouge délimite le niveau graveleux. Le cercle rouge montre le niveau jaune foncé. Les lettres désignent la
dénomination des échantillons prélevés. F – Site d’échantillonnage E. G – Facies observé au site F. G – Site d’échantillonnage G.

147
Les propriétés des différents échantillons sont reprises au Tableau 71.
Propriétés A B C D E F G H I J K L M N O P Q R
Perte au feu (%) 6,0 8,6 10,1 13,3 6,4 8,9 6,3 7,3 7,5 8,0 6,9 9,2 5,4 7,9 3,8 5,8 8,4
Limite d’Atterberg
(%) Liquidité 32,9 45,1 44,1 37,0 30,5 31,4 34,4 40 39,1 44,1 36,0 30,4 37,4 41,2 40,7 24,8 17,3
Plasticité 22,0 36,5 34,0 28,6 22,9 25,1 26,1 28,3 29,2 34,0 21,0 21,7 28,3 29,5 27,4 19,8 12,9
Indice de plasticité 10,9 8,6 10,1 8,4 7,6 6,3 8,3 11,7 9,9 10,1 15,0 8,7 9,1 11,7 13,3 5,0 4,5
IP
Granulométrie (%)
< 2 µm 6,5 14,6 14,6 5,6 4,5 14,1 10,2 3,8 17,8 5,5 26,6 12,4 12,4 3,8 4,3 7,7 8,0
< 63 µm 85,3 96,9 96,9 95,2 78,5 77,9 85,3 93,1 97,7 90,5 93,4 93,1 84,3 93,1 95,4 76,8 64,2
< 100 µm 96,6 100 100 100 88,3 88,6 94,2 99,9 100 99,8 95,9 98,6 98,4 99,9 100 91,9 83,5
< 250 µm 100 95,0 98,7 97,0 100 100 100 99,8 100 100 95,8 99,6
< 500 µm 98,6 99,9 98,8 100 99,6 100
< 1 mm 100 100 100 100
Minéralogie (%)
Quartz 65 34 21 30 16 41 53 39 32 41 59 41 37 45 63 52 60 41
Plagioclase <1 / 2 1 / 1 <1 / 1 / 1 <1 / <1 / <1 <1 <1
Orthose 2 3 / 3 7 3 2 2 2 2 5 1 1 2 / 1 2 1
Goethite / 8 24 10 26 13 7 14 9 16 7 16 22 8 13 8 4 16
Hématite / 3 / 2 1 / / 1 3 1 / / 1 4 / <1 / /
Magnétite / / / 3 6 / 2 3 / / 2 / / / / 2 2 /
Anatase / 3 / / 2 / 1 1 / / / / / / / 1 / /
Minéraux argileux 32 49 53 51 42 43 35 40 53 40 26 42 39 41 25 35 32 42
Illite 2 22 4 4 16 2 12 11 8 35 7 6 7 20 36 16 4 6
Chlorite / 1 / / / 1 / 1 1 / / / 2 1 2 1 1 /
Kaolinite 98 77 96 96 84 97 88 88 91 65 93 94 91 79 62 83 95 94
Chimie (%)
SiO2 69,2 57,6 66,6 61,5
TiO2 1,3 1,1 1,2 0,8
Al2O3 17,5 19,9 15,0 19,3
Fe2O3 3,5 10,6 8,8 9,2
MnO 0,0 0,0 0,1 0,0
MgO 0,0 0,0 0,0 0,0
CaO 0,1 0,1 0,1 0,1
Na2O 0,0 0,0 0,0 0,0
0,6 0,3 0,7 0,2
K2O
0,1 0,1 0,1 0,0
P2O5
7,8 10,3 7,6 8,7
LOI
Tableau 71. Propriétés des échantillons prélevés à Kwilu Ngongo.
93
b) Mbanza Ngungu
La ville de Mbanza Ngungu a été prise comme cas pour comprendre le mode de construction
développé sur la grande partie de la province du Kongo Central. La terre est le principal
matériau de construction utilisé dans cette province. Il suffit de prendre la Nationale 1
Kinshasa-Matadi, longue de 363 km pour s’en rendre compte. Du 10 au 16 septembre 2017 un
séjour a été réalisé à Mbanza Ngungu. Aidé par Mr Cedric Kwanza de l‘Université Kongo, les
travaux ont consisté à :
 Échantillonner : les matériaux argileux de la région de Mbanza Ngungu sont des
produits d’altération des roches du Super groupe Schisto calcaire. Ce dernier est
composé principalement de massifs calcaires mais également d’horizons gréseux et
argileux. L’altération des horizons gréseux donne une terre rougeâtre. L’altération
d’horizons argilo-calcaires donne une terre jaune. Un total de 8 échantillons a été
prélevé et caractérisé.
 Étudier le système constructif : le mode constructif rependu dans la région de Mbanza
Ngungu est l’auto-construction. La parcelle à construire constitue également l’argilière
(Fig. 100). La terre est humidifiée et laissée au repos pendant 12 à 24 heures, moulue
pour avoir des briques de type adobes. Celles-ci sont ensuite séchées à l’abri du soleil
durant 7 jours en moyenne puis cuites dans des fours traditionnels. Les briques
obtenues sont de mauvaise résistance, et s’altèrent vite. Principalement dû au fait
qu’elles sont moulues et non compressées, la patte argileuse n’est pas homogène, le
four n’atteint pas une température idéale et la température au sein du four n’est pas
homogène. Les briques proches de la source du feu sont mieux cuites. La fabrication
des briques est une activité qui se fait uniquement en saison sèche.

Fig. 100. Exemple de construction. A. parcelle à construire : il s’agit de la zone d’où a été
extraite la terre pour faire les briques. B. Fondation de la nouvelle maison faite de pierre et de
sable de la région et du ciment produit dans la province. C. Four traditionnel pour cuire les
briques. Ce four utilise le bois comme combustible. D. Bois de combustion.
Dans la région de Mbanza Ngungu, on retrouve les roches de l’Unité de Lukunga (CII) ou
Formation C4. Les terres observées dans la région de Mbanza Ngungu sont les mêmes que
celles qui ont été observées dans la région de Kwilu Ngongo (Fig. 101).

94
Fig. 101. Formations observées dans la région de Mbanza Ngungu. A – Terre jaunâtre. B –
Terre mauve pâle violacée. C – Roches de la Formation C4 : succession de bancs de calcaire,
de grès fins et d’argilites.
Les caractéristiques des sites d’échantillonnage et des échantillons sont présentées aux
Tableaux 72 et 73.
Échantillons Coordonnées géographiques Description
MV1 5°16’20,53’’S 14°51’30,94’’E Terre jaune foncée
MV2 et MV5 5°16’20,87’’S 14°51’19,15’’E Terre mauve pâle violacée
MV3 5°16’17,04’’S 14°51’24,41’’E Terre mauve pâle violacée
MV4 5°16’20,54’’S 14°51’23,16’’E Terre jaunâtre
MK 5°14’59,31’’S 14°51’24,85’’E Terre jaunâtre
ML 5°14’39,87’’S 14°52’44,31’’E Terre bariolée
MH 5°14’41,90’’S 14°52’45,11’’E Terre humifère
Tableau 72. Caractéristiques des sites d’échantillonnage à Mbanza-Ngungu.

95
Propriétés MV1 MV2 MV3 MV4 MV5 MK ML MH
Perte au feu (%) 2,9 7,1 8,1 5,4 8,8 4,9 7,0 9,5
Atterberg (%)
Liquidité 15,0 36,9 38,2 25,0 40,3 25,1 28,1 25,4
Plasticité 12,8 27,6 29,3 18,5 31,7 16,0 22,3 20,9
IP 2,2 9,3 8,9 6,5 8,6 9,1 5,8 4,5
Retrait (%) 5,7 2,8 9,4 5,7 10,5 5,7 8,7
Granulo. (%)
< 2 µm 4,4 12,4 17,8 7,7 5,5 9,0 7,3 11,8
< 63 µm 37,8 84,3 97,7 78,1 90,5 84,6 70,0 86,3
< 100 µm 51,8 98,4 100 92,1 99,8 91,6 87,1 95,2
< 250 µm 83,2 100 97,6 100 99,1 97,1 98,6
< 500 µm 99,0 100 100 99,2 99,8
< 1 mm 100 100 100
Minéralogie (%)
Quartz 63 44 32 37 46 39 66
Plagioclase / / / 1 <1 <1 <1
Orthose / / / 1 <1 1 1
Goethite 14 14 22 8 19 12 6
Hematite / 2 / 2 / <1 <1
Magnétite 1 2 2 / / / 2
Anatase 2 / 1 1 1 1 1
Min. argileux 20 38 42 50 34 46 23
Illite 23 12 6 5 37 3 14 8
Chlorite 1 1 4 1 / 3 3 2
Kaolinite 76 87 90 94 63 94 83 90
Chimie (%)
SiO2 61,3 60,6
TiO2 1,0 1,3
Al2O3 15,5 19,2
Fe2O3 7,3 6,2
MnO 0,0 0,0
MgO 0,0 0,1
CaO 0,1 0,1
Na2O 0,0 0,0
K2O 0,1 0,6
P2O5 0,1 0,1
LOI 14,6 11,9
Tableau 73. Propriétés des échantillons prélevés à Mbanza-Ngungu.
c) Nkamba
Du 14 au 16 août 2017 un séjour a été effectué à Nkamba afin d’effectuer des
échantillonnages. Dans la zone échantillonnée, la terre est issue de l’altération in situ des
roches gréseuses du Sous-groupe de l’Inkisi. Il s’agit d’une terre rougeâtre et jaunâtre. Ces
deux niveaux ont été échantillonnés (échantillon NKJ, niveau supérieur jaunâtre et échantillon
NKR, niveau inférieur

96
rougeâtre). La terre a été échantillonnée à un seul endroit (5°1’38,59’’S 14°35’30,74’’E). Les
propriétés des échantillons sont présentées au Tableau 74.
Propriétés NKJ NKR
Perte au feu (%) 6,5 8,2
Limite d’Atterberg (%)
Liquidité 35,5 31,9
Plasticité 24,7 24,3
Indice de plasticité IP 7,8 7,6
Granulométrie laser (%)
< 2 µm 13,1 8,7
< 63 µm 96,3 82,1
< 100 µm 100 95,9
< 200 µm 96,3
< 250 µm 97,1
< 500 µm 99,8
< 1 mm 100
Minéralogie (%)
Quartz 28 26
Plagioclase / 1
Orthose 2 1
Goethite 20 11
Hématite / 1
Magnétite / 4
Anatase / 1
Minéraux argileux 50 55
Illite 15 24
Chlorite 2 2
Kaolinite 83 74
Chimie (%)
SiO2 53,7 54,6
TiO2 1,2 1,2
Al2O3 22,0 22,9
Fe2O3 9,9 8,7
MnO 0,0 0,0
MgO 0,3 0,5
CaO 0,1 0,1
0,0 0,0
Na2O
1,4 2,1
K2O
0,0 0,0
P2O5
11,4 9,9
LOI
Tableau 74. Propriétés des échantillons prélevés à Nkamba.
d) Kasangulu
La région de Kasangulu avait déjà été échantillonnée lors de la réalisation de mon mémoire en
2014 (Mango-Itulamya, 2015). Du 2 au 8 septembre 2017, un séjour y a été effectué afin
d’établir une carte de la répartition spatiale de terres argileuses sur base d’observation faites
en surface (Fig. 102). La cité de Kasangulu est limitée à l’est par la plaine de la rivière
97
Lukaya,

98
affluant de la rivière Ndjili, elle-même affluant du fleuve Congo. Dans cette partie on trouve
des alluvions. Il s’agit principalement d’une terre compacte blanchâtre. La partie centrale est
occupée par une terre sableuse. Il s’agit de résidus d’altération de la Formation des grès
tendres du Crétacé. Dans la partie ouest on retrouve les formations argileuses. Les terres de la
région de Kasangulu sont des produits d’altération du grès de l’Inkisi. Il s’agit d’une terre
jaunâtre ou rougeâtre selon le degré d’altération (Fig. 103).

Fig. 102. Carte des formations de couverture de la région de Kasangulu.

Fig. 103. Vue sur la terre issue de l’altération du grès de l’Inkisi. C2 : Latérite, C3 : Saprolite
(Wetshondo. 2012).

99
e) Lukala
La cimenterie de Lukala (CILU) extrait des terres dans quatre argilières se situant au
maximum à 8 km de l’usine. Ces terres sont des produits d’altération des roches du Schisto-
Calcaire et entrent dans la composition du ciment. Le séjour à Lukala avait comme objectif
d’échantillonner les différentes terres utilisées par la cimenterie afin de mettre à jour leurs
fiches caractéristiques. Ce séjour devait aussi permettre de mieux comprendre l’origine des
terres issues de l’altération des roches du Sous-groupe Schisto-Calcaire, car on retrouve
beaucoup d’affleurements dans cette région.
Trois échantillons ont été prélevés dans la région de Lukala :
Le premier échantillon (LAL) a été prélevé dans la carrière de calcaire de la cimenterie de
Lukala (5°30'51.07"S 14°31'36.70"E). Il s’agit d’une terre mauve rougeâtre avec des horizons
jaune. Elle surmonte les bancs calcaires de la Formation C3 ou Formation de Luanza. La terre
provient de l’altération des horizons de grès et d’argilites de l'Unité de Lukunga (CII) ou
Formation C4 (Fig. 104).

Fig. 104. Contact entre les Formations C3 et C4.


Le deuxième échantillon (LSI) a été prélevé 150 mètres au sud-ouest de la carrière précédente
(5°30'54,82"S 14°31'33,34"E). Il s’agit probablement de la même terre que la précédente.
Le troisième échantillon (LFE) a été prélevé à 8 km de la carrière, dans le village de Luzolo.
Il s’agit d’une terre riche en concrétions ferrugineuses sous forme de nodules.
Les propriétés des échantillons sont présentées au Tableau 75.

100
Propriétés LAL LSI LFE
Perte au feu (%) 6,5 6,8 8,8
Limite d’Atterberg (%)
Liquidité 41,9 23,7
Plasticité 34,7 16,6
Indice de plasticité IP 7,2 7,1
Granulométrie laser (%)
< 2 µm 5,5 7,7
< 63 µm 90,5 78,1
< 100 µm 99,8 92,1
< 250 µm 100 97,6
< 500 µm 100
< 1 mm
Minéralogie (%)
Quartz 57 69 41
Plagioclase <1 / /
Orthose 2 1 /
Goethite 9 5 24
Hématite 1 / /
Magnétite / 1 /
Minéraux argileux 31 24 38
Illite 18 3 1
Chlorite / 1 /
Kaolinite 82 94 99
Chimie (%)
SiO2 66,6
TiO2 1,2
Al2O3 15,0
Fe2O3 8,8
MnO 0,1
MgO 0,0
CaO 0,1
Na2O 0,0
K2O 0,7
P2O5 0,1
LOI 7,6
Tableau 75. Propriétés des échantillons prélevés à Lukala.
III.2.3 Résumé des propriétés des matériaux argileux de Kinshasa et du
Kongo Central
Les matériaux argileux des régions de Kinshasa et du Kongo-Central sont des produits
d’altération des roches du Sous-groupe Schisto-Calcaire (à Mbanza Ngungu, Kwilu-Ngongo
et Lukala) ou du Sous-groupe de l’Inkisi (à Kinshasa, Kasangulu et Nkamba). Le Tableau 76
résume leurs propriétés.

101
Propriétés Inkisi Schisto-Calcaire
Perte au feu (%) 6,5 à 10,6 3,8 à 13,3
Limite d’Atterberg (%)
Liquidité 31,9 à 42,0 15,0 à 45,1
Plasticité 23,0 à 32,3 12,8 à 36,5
Indice de plasticité IP 7,6 à 11 2,2 à 15,0
Retrait (%) 2,8 à 10,5
Granulométrie laser (%)
< 2 µm 5,5 à 13,1 3,8 à 26,6
< 63 µm 77 à 96,3 37,8 à 97,7
< 100 µm 95,9 à 100 51,8 à 100
< 250 µm 97,1 83,2 à 100
< 500 µm 99,8 98,6 à 100
< 1 mm 100 100
Minéralogie (%)
Quartz 24 à 42 21 à 69
Plagioclase 0 ou 1 0 ou1
Orthose 1 ou 2 1 à 11
Goethite 11 à 20 4 à 26
Hématite 0 ou 1 0à4
Magnétite 0à4 0à8
Anatase 0 ou 1 0à2
Minéraux argileux 50 à 55 20 à 53
Illite 12 à 24 1 à 36
Chlorite 2 0à4
Kaolinite 74 ou 84 62 à 99
Chimie (%)
SiO2 53,7 à 54,6 54,6 à 69,2
TiO2 1,2 0,8 à 1,3
Al2O3 22,0 à 22,9 15,0 à 22,9
Fe2O3 8,7 à 9,9 3,5 à 10,6
MnO 0,0 0,0
MgO 0,3 à 0,5 0,0 à 0,5
CaO 0,1 0,1
0,0 0,0
Na2O
1,4 à 2,1 0,2 à 2,1
K2O
0,0 0,0
P2O5
9,9 à 11,4 7,6 à 14,6
LOI
Tableau 76. Propriétés des matériaux argileux de Kinshasa et du Kongo Central.
Une terre recommandée pour la fabrication des BTC 0 à 40% de gravier ; 25 à 80% de sable,
10 à 25% de limon et 8 à 30% d’argiles (Rigassi, 1995 ; Guérin, 1985 ; AFNOR, 2001). Les
terres de Kinshasa et du Kongo Central manquent de contenu en particules grossières (sable et
gravier) pour le BTC. Il serait judicieux d’en ajouter.

102
III.3 Formulations des matériaux à partir des échantillons collectés en
Belgique
III.3.1 Influence de la nature des granulats sur le comportement des
BTC
Dans ce point, nous présenterons les travaux réalisés afin d’augmenter la résistance
mécanique, la stabilité à l’eau et la durabilité des BTC par l’ajout de granulats. L'ajout de
granulats à la terre est un procédé de stabilisation physique qui modifie la granulométrie de la
terre, en mélangeant des grains de tailles différentes (GATE, 1994). Les minéraux argileux,
du fait de leurs forces de surface élevées, donnent au sol sa cohésion et l'essentiel de sa
résistance mécanique en agissant comme une sorte de liant entre les éléments plus grossiers.
Les éléments plus grossiers (granulats) constituent le squelette. Ils agissent comme correcteur
de granulométrie en rendant le matériau plus compact (Moevus et al. 2012).
a) Réalisation des mélanges
Des BTC ont été produits à l’aide d’une presse manuelle (voir II.2.1). Les échantillons de cinq
sites ont été sélectionnés pour cette étude (voir III.1.3, Tableau 68). L’utilisation
d’échantillons différents dans notre étude a pour but de comprendre les interactions entre le
liant (l’argile) et les granulats. En effet, l’ajout de granulats modifie les propriétés de l’argile.
Celles-ci en fonction du type d’argile (Sitton et al., 2018 ; Moevus et al., 2012).
Trois types de granulats, à savoir le calcaire, le grès et le porphyre, de distribution
granulométrique homogène (0/14 mm continue, Fig. 105), ont été incorporés aux échantillons
argileux. Les granulats ont été choisis pour obtenir une taille de particule optimisée. Houben
et Guillaud (1989) recommandent une gamme de granulométrie convenant à la fabrication des
BTC. On peut constater que la distribution granulométrique de nos échantillons ne correspond
pas à cette plage (Fig. 105). On mélange les granulats et les matériaux argileux de manière à
se situer dans la zone recommandée par Houben et Guillaud (1989).
Un volume d’échantillon est dosé pour être mélangé manuellement avec le stabilisant et l'eau.
La quantité d'eau ajoutée est inférieure à la limite de plasticité. La fabrication des BTC a été
réalisée à l’aide d’une presse manuelle (voir II.2.1), selon 5 formulations : sans granulats,
avec 20%, 33%, 43% et 50% de granulats en volume. Les courbes granulométriques des
mélanges sont présentées à la Fig. 106.

Fig. 105. Courbes granulométriques des échantillons utilisés pour la fabrication des BTC
(gauche), la zone grise correspond à la zone granulométrique recommandée par Houben et
Guillaud (1989) ; et courbe granulométrique des granulats utilisés (droite).
103
A B

C D

Fig. 106. Courbes granulométriques des mélanges. A – 20% granulats, B – 33% granulats, C
– 43% granulats, D – 50% granulats.
b)Caractérisations des BTC
b1) Retrait volumique de séchage
Les valeurs de retrait volumique de séchage sont indiquées sur la Figure 107. L'ajout de
granulats diminue le retrait de séchage à mesure que le pourcentage de granulat augmente.
Les échantillons avec granulats subiront donc moins de variations de volume dans le temps.
La présence de kaolinite et d’illite dans l’échantillon aura une influence sur les propriétés de
retrait. Les cristaux de kaolinite et d’illite contiennent peu de molécules d’eau entre leurs
couches en raison de l’étroitesse de leur espace interfoliaire. Par conséquent, ils ont peu de
gonflement intercristallin lorsqu'ils sont immergés dans l'eau. Lors du séchage, les boues de
kaolinite ou d’illite ont donc beaucoup moins de retrait que l’argile gonflante de type smectite
(Andrade et al, 2011 ; Tardy, 1993). Les échantillons de Gembloux et de Libin ne contiennent
que de la kaolinite et de l'illite (voir III.1.3, Fig. 88). Elles ont une valeur de retrait de séchage
inférieure aux échantillons de Rumst, Beerse et Barry, qui eux contiennent des argiles
gonflantes.

104
Fig. 107. Évolution du retrait volumique de séchage en fonction du pourcentage de granulat
ajouté.
b2) Capillarité
Les valeurs de capillarité sont présentées à la Figure 108. L'ajout de granulats réduit
l'absorption d'eau du bloc. Cela peut s'expliquer par le remplacement de l'argile sensible à
l'eau par le granulat insensible à l'eau. Kosmatka (1994) montre que des particules de
granulats plats proches de la surface du bloc empêchent l'eau d'entrer dans le bloc, contribuant
ainsi à la diminution de l'absorption d'eau.
Les échantillons de Libin et de Gembloux contiennent des argiles peu cohésives (kaolonite et
illite), ce qui se traduit par une faible plasticité (voir III.1.3Tableau 70). Ces deux échantillons
ont une faible cohésion générale et se lient moins à l'ensemble, créant une porosité résiduelle.
Ceci explique leur plus grand coefficient d'absorption d'eau. Le coefficient d’absorption d’eau
de l’échantillon de Libin est supérieur à celui de Gembloux, car l’échantillon de Libin est plus
riche en kaolinite et donc moins cohésif.
Notons que le coefficient d'absorption d'eau de Barry est supérieur aux coefficients
d'absorption d'eau de Rumst et Beerse. L’échantillon de Beerse contient moins d'argiles
sensibles à l'eau que ceux de Beerse et Barry. L’échantillon de Rumst a un coefficient
d'absorption d'eau inférieur à celui de Barry, alors que ce dernier contient moins d'argile
sensible à l'eau. Cela peut être justifié par le fait que l’échantillon de Rumst contient
davantage de particules fines qui peuvent boucher les vides et empêcher l'eau de pénétrer dans
le bloc.
Selon les seuils définis dans la norme AFNOR XP P13-901, les blocs sont classés faiblement
capillaires lorsque la valeur du coefficient d'absorption d'eau est inférieure à 20 (AFNOR,
2001 ; Adam et Agib, 2001). Les blocs testés sont faiblement capillaires à l’exception de ceux
de Libin avec moins de 33% de granulats.

105
Fig. 108. Évolution du coefficient d'absorption d'eau en fonction du pourcentage de granulat
ajouté.
b3) Résistance à la compression
Les valeurs des résistances à la compression sont indiquées sur la Figure 109. La résistance à
la compression augmente très légèrement (de 0,12 à 0,33 MPa) avec l'augmentation du
pourcentage de granulats ajoutés pour l'échantillon Libin. Les valeurs des résistances à la
compression augmentent significativement (de 0,24 à 1,35 MPa) pour l'échantillon de
Gembloux.
Le caractère non plastique (indice de plasticité <5) et peu cohésif des échantillons de Libin et
de Gembloux se traduit par une faible résistance à la compression. Les granulats constituent
un squelette qui améliore la résistance à la compression de ces 2 échantillons.
L'ajout de granulats augmente la résistance à la compression des échantillons de Rumst et de
Barry jusqu'à ce que la proportion optimale permettant une bonne cohésion entre les
particules fines et les granulats soit dépassée. La résistance à la compression du bloc de Barry
diminue au-delà de 43% de granulat ajouté et de 20% de granulat ajouté pour le bloc de
Rumst. Ce comportement s'explique par le caractère plus cohésif de la terre de Barry (indice
de plasticité plus élevé et moins de kaolinite) que celui de Rumst (voir Tableau 70).
Probablement qu’après le maximum de granulat ajouté, les contacts granulats-granulats
augmentent et l’épaisseur de liant entre les granulats n’est plus assez importante pour lier
correctement les granulats.
L'ajout de 20% ou plus de granulat à l'échantillon de Beerse diminue sa résistance à la
compression. 20% est une proportion trop élevée pour assurer une bonne cohésion entre les
particules fines et les granulats de cet échantillon. Cela s'explique par le fait que l’échantillon
de Beerse contient moins d’argile que ceux de Rumst et de Barry. L'ajout de granulat diminue
plus rapidement la cohésion globale des blocs de Beerse.

106
Pour un même échantillon et un même pourcentage de granulat, la variation de la résistance à
la compression avec des granulats de lithologie différente est très faible. Cette différence est
probablement plus due à la forme et à la texture des particules et non à leur lithologie
(calcaire, grès et porphyre).
Les granulats de grès utilisés présentaient une angularité et une texture plus lisse, tandis que
les granulats de porphyre avaient une forme plus sphérique et une texture plus rugueuse. Des
études antérieures ont démontré que la forme et la texture des granulats jouent un rôle dans le
comportement du béton frais et du béton durci. Un excès de particules anguleux pourrait
réduire la résistance du béton (Galloway, 1994). L'orientation des particules anguleux peut
également nuire à la résistance et à la durabilité du béton (Galloway, 1994 ; Popovics, 1979).
Les granulats sphériques ou cubiques produisent des résistances plus élevées et un retrait plus
faible que les granulats allongés (Shilstone, 1990). L'angularité affecte le vide. Les particules
angulaires créent plus de vide que les particules rondes (Kaplan, 1959). De plus, la texture
affecte le lien entre les particules. Les particules rugueuses donnent une liaison plus forte que
les particules lisses. En conséquence, les particules rugueuses produisent des résistances plus
élevées (Kaplan, 1959).
Il a été démontré que, pour garantir une stabilité mécanique minimale, la résistance à la
compression du BTC doit être supérieure à 1,3 MPa (Cid-Falceto et al. 2012). L'ajout de
granulat a permis d'atteindre une valeur maximale de 4,3 MPa. Néanmoins, l'échantillon de
Beerse atteint plus de 5 MPa sans addition de granulat.

Fig. 109. Évolution de la résistance à la compression en fonction du pourcentage de granulat


ajouté.
b4) Résistance à l’abrasion
Les valeurs de la résistance à l'abrasion sont indiquées sur la Figure 110. Le coefficient
d'abrasion est plus élevé pour les mélanges ayant une résistance à la compression plus élevée.

107
À mesure que la résistance à la compression augmente, la résistance à l'abrasion augmente, et
inversement (Wang et al. 2017 ; Rashad et al. 2014). La résistance à l'abrasion diminue
lorsque l'adhésion des agrégats sur les fines particules diminue (Yu, 1999 ; Ren et al. 2017).
La différence entre les granulats est faible et due à la forme des particules et non à leur
lithologie.

Fig. 110. Évolution de la résistance à l'abrasion en fonction du pourcentage de granulat ajouté.


III.3.2 Influence de la taille des granulats sur le comportement des BTC
a) Réalisation des mélanges
Des éprouvettes ont été produites en utilisant une presse hydraulique Max Voggenreiter mavo
press LPP 150-500/100. L’échantillon est placé dans le moule de la presse, puis comprimé à
l’aide d’un piston (voir II.2.2).
Nous avons observé au point précédent (III.3.1) que la nature de granulat avait peu
d’influences sur les comportements des BTC. Les essais suivants ont été réalisé à l’aide d’un
seul granulat (granulat de la roche gréseuse) avec trois distributions granulométriques
différentes, à savoir le 0/2, 0/4 et 0/6,3 mm. Les courbes granulométriques de ces 3
granulométries matières premières sont présentées à la Fig. 109.
Trois granulométries du granulat de la roche gréseuse ont été utilisées, à savoir le 0/2, 0/4 et
0/6,3 mm. Les courbes granulométriques de ces 3 granulats sont présentées à la Fig. 111.

108
Fig. 111. Courbes granulométriques des granulats utilisés.
Pour chaque taille de granulat, la fabrication des éprouvettes a été réalisée selon 4 formulations
: sans granulats, avec 12,5%, 25%, 40% et 60% de granulats en volume. Les courbes
granulométriques des mélanges sont présentées à la Fig. 112.

Fig. 112. Courbes granulométriques des mélanges.

109
Fig. 112. (Suite). Courbes granulométriques des mélanges.

109
Nous avons optimisé la quantité d’eau et la pression de mise en forme nécessaires pour
assurer les meilleures résistances des éprouvettes produites.
a1) Optimisation de la quantité d’eau ajoutée
L’eau favorise les effets lubrifiants et plastiques des argiles et facilite la compression et le
démoulage. Sans l’eau, il était quasi-impossible de retirer l’éprouvette du moule de la presse
hydraulique, car la pression de démoulage était trop élevée. La pression de démoulage
diminuait avec la quantité d’eau ajoutée.
L’influence de la quantité d’eau ajoutée sur la résistance à la compression des BTC a été
évaluée en partant de 3% d’eau ajoutée jusqu’à 10% d’eau, pour deux pressions de mise en
forme, i.e., 100 et 200 kN. Les valeurs moyennes des résistances à la compression sont
présentées au Tableau 77. Les valeurs moyennes des masses volumiques sont présentées au
Tableau 78.
Échantillons Résistance à la compression moyenne Résistance à la compression moyenne
(MPa) pression de mise en forme 100 (MPa), pression de mise en forme 200
kN kN
% eau 3% 6% 10 % 3% 6% 10 %
Libin 0,82 0,71 0,59 0,91 0,91 0,89
Gembloux 2,64 2,62 1,85 2,84 2,54 2,35
Beerse 9,94 9,04 5,10 11,27 8,87 4,45
Barry 10,90 10,31 8,00 14,59 11,08 6,39
Rumst 10,62 10,53 8,17 13,86 12,24 8,38
Tableau 77. Résistances à la compression moyennes (MPa) des différentes éprouvettes en
fonction de la teneur en eau (Pression de mise en forme = 100 kN et 200 kN).
Échantillons Masses volumiques moyennes Masses volumiques moyennes
(gr/cm3) – Pression de mise en forme (gr/cm3) – Pression de mise en forme
= 100 kN = 200 kN
% eau 3% 6% 10 % 3% 6% 10 %
Libin 1,89 1,86 1,86 1,95 1,94 1,94
Gembloux 2,06 2,05 2,05 2,05 2,03 2,03
Beerse 2,07 1,99 1,96 2,18 2,10 1,94
Barry 2,04 1,98 1,88 2,09 2,05 1,93
Rumst 2,0 1,96 1,93 2,09 2,06 1,93
3
Tableau 78. Masses volumiques moyennes (gr/cm ) des différentes éprouvettes en fonction
de la teneur en eau (Pression de mise en forme = 100 kN et 200 kN).
Le sol est composé de particules solides, d’eau et d’air. L'air permet les mouvements d'eau
dans le sol. Dans le cas où il y a trop d'eau, il n’y a pas de compactage possible. Par contre,
s’il y a trop peu d'eau, le frottement entre les particules est trop important et le compactage est
inadéquat (Proctor, 1933).
Drnevich (2007) montre que lorsque la teneur en eau est faible, le sol est rigide et difficile à
comprimer. Ainsi, la densité reste faible car la teneur en air reste haute. Lorsque la teneur en
eau augmente, l'eau agit en lubrifiant les particules et en leur permettant de se disposer de la
façon la plus dense possible. Ce qui diminue la quantité d’air et aboutit à des densités plus
élevées. Lorsque la teneur en eau est encore augmentée, l'eau et l'air ont tendance à maintenir
les particules du sol séparées, et à empêcher la diminution de la teneur en air et la
110
consolidation,

111
car une partie importante de l'énergie de compactage est absorbée par l'eau incompressible et
n’est donc pas communiquée aux grains de sol.
Les vides totaux augmentent donc avec la teneur en eau et de ce fait la masse volumique
sèche du sol diminue. C’est ce que nous remarquons avec les échantillons. La masse
volumique diminue avec l’augmentation de la teneur en eau, pour toutes les terres quel que
soit l’énergie de mise en forme (Tableau 78). Ce qui se traduit par une diminution de la
résistance à la compression (Tableau 77).
Camapum De Carvalho et al. (1987) montrent que les sols ayant une grande plasticité sont
peu sensibles à la modification de la teneur en eau par compactage. La diminution de la
résistance à la compression avec l’augmentation de la teneur en eau pour l’échantillon de
Beerse > à celui de Barry et > à celui de Rumst, car la plasticité Rumst > plasticité Barry >
Plasticité Beerse (voir Tableau 70).
a2) Optimisation de la pression de mise en forme
Nous avons mesuré les résistances à la compression des éprouvettes comprimées à différentes
pressions. Les 5 terres seules ont été utilisées. Elles ont été mélangées à 3 % d’eau puis
comprimées à 100, 200, et 300 kN. 3 éprouvettes ont été fabriquées pour chaque mesure. Les
valeurs moyennes des résistances à la compression et des masses volumiques sont présentées
au Tableau 79.
Echantillons Résistances à la compression moyennes Masses volumiques moyennes
(MPa) (gr/cm3)
Pression de 100 kN 200 kN 300 kN 100 kN 200 kN 300 kN
mise en forme
Libin 0,82 0,91 1,47 1,86 1,94 1,98
Gembloux 1,54 2,54 3,28 1,99 2,03 2,11
Beerse 9,94 11,27 14,89 2,07 2,18 2,27
Barry 10,90 14,59 18,06 1,98 2,09 2,14
Rumst 10,62 13,86 18,61 1,96 2,09 2,17
Tableau 79. Résistances à la compression moyennes (MPa) et masses volumiques moyennes
(gr/cm3) des différentes éprouvettes.
Le compactage permet de densifier le sol en tassant les particules ensemble avec la réduction
du volume d'air (Craig, 1987). L’augmentation de la pression de mise en forme de 100 à 300
kN permet d’augmenter la masse volumique et la résistance en compression de tous les
échantillons (Tableau 79). Attom (1997) montre que l’augmentation de l’énergie de
compaction permet de diminuer la teneur en eau optimale (plus l’énergie de compaction est
importante, moins le besoin d’eau pour permettre la lubrification des grains est important) et
d’augmenter la masse volumique. L’augmentation de la masse volumique augmente les points
de contact entre les grains en diminuant la porosité. Cette augmentation de la masse
volumique permet d’augmenter les résistances à la compression.
Les échantillons de Libin et Gembloux (non plastiques et peu cohésifs) ont une Rc plus
faibles que les 3 autres échantillons. Pour ces derniers échantillons, la résistance à la
compression est d’autant plus élevée que l’échantillon a une teneur élevée en argile (voir
Tableau 70).
Dans la suite des tests avec les mélanges, la pression de mise en forme retenue est de 300 kN
(Fig. 113), elle est celle qui a donné les meilleurs résultats. Les échantillons de cinq sites ont
112
été sélectionnés pour cette étude (voir III.1.3, Tableau 70). Un volume d’échantillon a été
dosé pour être mélangé manuellement avec le granulat et l'eau. La quantité d'eau ajoutée est
de 6%. Les meilleurs résultats d’optimisation de la quantité d’eau ont été obtenus avec 3%
d’eau. Cependant nous avons retenu 6% pour les mélanges avec le granulat, car la pression de
démoulage avec 3% d’eau était plus élevée et le démoulage plus long.

Fig. 113. Exemples de courbes de mise en compression à l’aide de la presse hydraulique.


b)Caractérisation des mélanges
b1) Résistance à la compression
Trois éprouvettes ont été réalisées pour chaque mélange. Après démoulage, les éprouvettes
sont pesées et mesurées avant d'être séchées à l'air libre à 21° ± 2°C pendant 1 semaine
jusqu'à séchage complet. Le séchage complet a été atteint lorsque la masse mesurée entre 2
jours successifs ne change pas. Les masses volumiques des éprouvettes sont présentées au
Tableau 80.
La masse volumique des éprouvettes augmente avec l’ajout de granulats pour tous les
échantillons. En augmentant la teneur et la taille des granulats on augmente la masse de
l’échantillon plus significativement que son volume.
La masse volumique diminue avec le pourcentage d’argile (Proctor, 1933). Zhong-Sen (2015)
montre que la masse volumique sèche diminue avec l’augmentation de la limite de liquidité
(LL). Les argiles plastiques sont plus compactables. LL Rumst > LL Barry > LL Beerse, d’où
les masses volumiques Beerse > Barry > Rumst.
Les résistances en compression (Rc) des éprouvettes sont présentées au Tableau 81.
L’échantillon de Libin atteint une Rc de 1,91 MPa sans ajout de granulat, et atteint une valeur
maximale de 3,45 MPa avec 60% de granulats de diamètre 6,3 mm. Nous pouvons conclure
que l’ajout de granulat améliore la Rc de cet échantillon. Les meilleurs résultats sont obtenus
avec le granulat 6,3 mm.
L’échantillon de Gembloux atteint une Rc de 2,83 MPa sans ajout de granulat, et atteint une
valeur maximale de 3,69 MPa avec 60% de granulats de diamètre 4 mm. L’ajout de granulat 2
mm ne permet pas d’améliorer la Rc. Les meilleurs résultats sont obtenus avec le granulat 4
mm.
Les granulats agissent dans le cas de ces 2 échantillons en donnant un squelette au matériau.

113
Échantillons % Masse volumique (gr/cm3)
granulat Granulat Granulat Granulat
ajouté 2 mm 4 mm 6,3 mm
Libin 0 2,01
12,5 2,05 2,06 2,07
25 2,10 2,12 2,25
40 2,18 2,20 2,33
60 2,22 2,29 2,38
Gembloux 0 2,11
12,5 2,25 2,20 2,23
25 2,27 2,24 2,29
40 2,31 2,28 2,35
60 2,35 2,30 2,36
Beerse 0 2,14
12,5 2,31 2,23 2,26
25 2,31 2,30 2,31
40 2,31 2,31 2,32
60 2,32 2,31 2,34
Barry 0 2,06
12,5 2,22 2,22 2,22
25 2,24 2,26 2,26
40 2,28 2,26 2,27
60 2,29 2,30 2,30

Rumst 0 2,08
12,5 2,19 2,23 2,24
25 2,20 2,24 2,25
40 2,22 2,26 2,27
60 2,25 2,30 2,30
Tableau 80. Masses volumiques moyennes des différentes éprouvettes.
Les échantillons de Beerse, Barry et Rumst montrent une augmentation de la Rc avec
l’augmentation du pourcentage de granulat par rapport à l’échantillon sans ajout de granulats.
Ensuite la Rc diminue en deçà de la valeur de l’échantillon sans ajout de granulats. Les
échantillons de Beerse, Barry et Rumst montrent tous une diminution de la Rc avec
l’augmentation du pourcentage de granulat de 12,5 à 60 % et du diamètre des granulats de 2 à
6,3 mm. Les meilleurs résultats pour ces 3 échantillons sont obtenus avec les granulats 2 mm.
Pour une même taille et une même quantité de granulat ajouté, l’échantillon de Beerse a une
valeur de Rc inférieure à celles des échantillons de Barry et de Rumst, car l’échantillon de
Rumst contient plus de sable au départ (voir Tableau 70). Ben Ayed et al. (2011) montrent
que la résistance à la compression augmente en fonction du pourcentage d’argile, dû au fait
que l’argile s’infiltre dans les pores de la matrice en formant un nombre important de
connections rigides liant les grains plus grossiers.

114
Échantillons % Granulat Résistance à la compression (MPa)
ajouté Granulat Granulat Granulat
2 mm 4 mm 6,3 mm
Libin 0 1,91
12,5 1,72 2,29 2,5
25 2,23 2,4 2,47
40 2,04 2,58 2,61
60 3,25 3,22 3,45
Gembloux 0 2,83
12,5 2,1 2,82 2,81
25 2,23 2,95 3,21
40 2,25 2,98 3,36
60 2,74 3,69 3,55
Beerse 0 9,69
12,5 11,69 11,29 11,09
25 10,17 9,66 9,40
40 8,69 7,78 7,68
60 7,57 6,42 6,17
Barry 0 8,95
12,5 12,53 12,41 11,97
25 11,39 11,31 10,76
40 9,88 9,66 8,24
60 8,23 8,84 7,72
Rumst 0 11,71
12,5 14,91 14,79 14,19
25 13,04 12,7 10,51
40 11,44 10,56 10,36
60 10,22 9,53 9,54
Tableau 81. Résistances à la compression moyennes des différentes éprouvettes.
Sarsby (2013) montre que les argiles plastiques donnent une meilleure compacité, et de ce fait
une meilleur Rc. Les meilleurs résultats sont dans notre cas obtenus avec l’échantillon de
Rumst, plus plastique.
Proctor (1933) a démontré que le compactage est fonction de la granulométrie. Un sol à
granulométrie mal classée a une densité plus faible qu'un sol bien classé, car dans ce dernier
cas les particules ne peuvent pas remplir tous les vides. La résistance à la compression du sol
à granulométrie bien classée sera donc meilleure que celui à granulométrie mal classée. Plus
on augmente la taille des granulats et plus on augmente l’étalement de la courbe
granulométrique (voir Fig. 112), empêchant les particules fines de combler tous les vides et
diminuant ainsi la Rc du matériau (Proctor, 1933 ; Taghiloha, 2013). En d’autres mots,
lorsque les pourcentages des grosses particules augmentent dans les mélanges, les
échantillons ont davantage de vides. Ceci expliquerait la diminution de la Rc des échantillons
de Barry, Beerse et Rumst avec l’augmentation de la taille des granulats.
L’ajout de fines des granulats au sol peut modifier le pH. Cette modification du pH peut
conduire à certaines minéralisations (Le Tacon, 1978). Afin de vérifier si l’ajout de granulat
n’aboutissait pas à la néoformation de certains minéraux pouvant expliquer l’augmentation de

115
la résistance à la compression, des analyses minéralogiques par DRX ont été réalisées sur
certains mélanges (Fig. 114). Les diffractogrammes des mélanges ont été comparés à ceux des
granulats et des 5 échantillons sélectionnés (Fig. 115a, 115b). L’ajout de granulat n’aboutit
pas à la néoformation des nouveaux minéraux sur la période testée (7 jours en moyenne).
b2) Résistances à l’action de l’eau
Absorption d'eau par capillarité
4 échantillons ont été testés par absorption d’eau par capillarité (Libin, Gembloux, Beerse et
Rumst). De façon générale, la vitesse d’absorption d’eau diminue avec l’augmentation du
pourcentage de granulats (la diminution du pourcentage d’argile – Fig. 116). Walker et Stace
(1997) justifient cela par le fait qu’une plus grande proportion d'eau est adsorbée par les
minéraux argileux et non par les granulats.
Les vitesses d’absorption d’eau sont plus importantes pour les échantillons de Rumst et
Beerse riches en argile sensible à l’eau (smectite) que ceux de Gembloux et Libin, plus riches
en illite et kaolinite (cfr Tableau 70).
Nous avons également remarqué durant ce test que l’érosion de la surface d’évacuation de
l’eau (Fig. 117) était plus importante avec l’augmentation du pourcentage de granulat. En
effet, les argiles diminuent l’érosion des particules par lavage Tannous (1995). Cette érosion
n’a pas été mesurée.

116
Fig. 114. Diffractogrammes des quelques éprouvettes. O= K-felspath, K= kaolinite, Q= quartz,
M= mica, P= plagioclase, C= calcite, G= gypse, I= illite.

117
Fig. 115a. Diffractogrammes des échantillons de terre utilisés. Ct= argile totale, K-F=P= K-
felspath, K= kaolinite, Q= quartz, M= mica, P= plagioclase, A= anatase, Gb= gibbsite, C=
calcite, D= dolomite, G= gypse.

118
Fig. 115b. Diffractogrammes des échantillons de granulats utilisés. Q= quartz, M= mica, P=
plagioclase, C= calcite, D= dolomite.

119
A B C

D E

Fig. 116. Résultats des absorptions capillaires. A : Libin + granulats 2 mm ; B : Gembloux + granulats 4 mm ; C : Gembloux + granulats 6,3 mm
; D : Beerse + granulats 2 mm ; E : Rumst + granulats 2 mm.

119
Fig. 117. Surface d’évacuation d’eau lors du test d’égouttement accéléré.
Test d’immersion complète
Aucun échantillon n’a satisfait à ce test. Toutes les éprouvettes testées se sont désagrégées
complètement en moins de 80 minutes. Néanmoins ce test a permis de démontrer que la
vitesse de désagrégement du matériau était moins élevée dans l’échantillon plus riche smectite
(Rumst) que ceux plus riches en illite et kaolinite (Libin et Gembloux). Et que la vitesse
d’érosion par désagrégement augmentait avec l’augmentation du pourcentage de granulat
(Tableau 82).
Lorsque l’échantillon est immergé dans l’eau, les argiles absorbent une grande quantité d'eau,
en fonction de leur nature. La force de liaison mécanique entre l'argile et les particules
grossières (sable, gravier) diminue, entraînant une réduction de la cohésion interne du
matériau (Morton et Buckman, 2008). Cela se traduit par un désagrégement du matériau.
Cette vitesse de désagrégement est d’autant plus rapide que la cohésion est faible.
ARS (1975) et Evans (1980) indiquent que les terres avec trop peu d’argile ont une faible
cohésion et donc une faible stabilité structurale ; qu'une argile sableuse ou une argile
constituent les matériaux les plus durables et que le limon argileux est moins durable que le
sable argileux.
120
Échantillons % granulat 2 Temps pour se désagréger
mm ajouté complètement (minutes)
Libin 0 37
12,5 30
25 26
40 23
60 22
Gembloux 0 32
12,5 25
25 21
40 18
60 17
Rumst 0 75
12,5 56
25 47
40 45
60 35
Tableau 82. Résultat de l’immersion complète.
Test d’égouttement accéléré
Les valeurs de la profondeur de la perforation créée par l’égouttement sont présentées au
Tableau 83.
Échantillons % granulat Granulat 2 Granulat 4 Granulat 6,3
ajouté mm mm mm
Libin 0 56
12,5 EP EP EP
25 EP EP EP
40 EP EP EP
60 EP EP EP
Gembloux 0 22
12,5 n.d 19 21
25 n.d 16 17
40 n.d 20 31
60 n.d 24 27
Beerse 0 12
12,5 11 13 n.d
25 12 12 n.d
40 11 11 n.d
60 10 10 n.d
Barry 0 9,5
12,5 9 8 9,5
25 8 7 5,5
40 6 5 4,5
60 3 4 4
Tableau 83. Valeurs des profondeurs percées par l’égouttement d’eau (mm). EP : échantillon
perforé ; n.d : non déterminé.

121
De façon générale, la profondeur percée par l’eau sur les éprouvettes diminue avec
l’augmentation du pourcentage de granulat. Crowley (1998) a effectué des tests de goutte à
goutte sur cinq terres à différentes teneurs en argile. Ses résultats ont montré une
augmentation de la profondeur du trou percé avec l'augmentation de la teneur en argile. En
effet, les particules de granulats à la surface du bloc empêchent l'eau de perforer le bloc,
contribuant ainsi à la diminution de l'absorption d'eau.
L’échantillon de Libin n’a pas résisté à ce test, à l’exception du mélange sans ajout de
granulat. Cependant ce dernier reste très érodable (D > 30 mm). L’échantillon de Barry résiste
mieux à l’égouttement que ceux de Beerse, Gembloux et Libin. Danso et al. (2015) suggèrent
que les sols avec une plasticité élevée résistent mieux à l’impact des gouttes de pluie que ceux
avec une plasticité faible. Car, la plasticité améliore les propriétés de liaison. La plasticité
Barry > plasticité Beerse > plasticité Gembloux > plasticité Libin (cfr Tableau 70).
La diminution de la profondeur de la perforation créée par l’égouttement peut s’expliquer
aussi par l’augmentation de la densité (cfr Tableau 80). Tannous (1995) a démontré une
augmentation exponentielle du temps de pénétration de l’eau dans les BTC avec
l'augmentation de la densité.
b3) Résistance aux cycles gel-dégel
Les 5 matériaux argileux sélectionnés contenant les granulats 2 et 4 mm ont été testées. Les
échantillons de Barry, Rumst et Beerse n’ont pas satisfait au test de gel-dégel. Dès le premier
cycle, toutes les éprouvettes étaient fragmentées. La fragmentation était d’autant plus
importante que l’échantillon contenait moins de granulats (Fig. 118). Il n’a donc pas été
possible de mesurer les variations dimensionnelles de ces échantillons. Les mélanges produits
avec ces 3 terres ne sont donc pas destinés à subir les effets du gel-dégel.

Fig. 118. Aspect de l’échantillon de Beerse après le gel-dégel. À gauche, mélange avec 12,5%
de granulats 2 mm, à droite, mélange avec 60% de granulats 4 mm.
Les échantillons de Libin et Gembloux ont mieux résisté aux cycles de gel-dégel. Les
échantillons de Libin se sont tous fissurés après 2 cycles de gel-dégel. Alors que les
échantillons de Gembloux contenant 40 et 60 % de granulats 4 mm se sont fissurés seulement
après 3 cycles de gel-dégel.
Il existe une relation entre la résistance au gel-dégel et l’absorption d’eau. Plus un échantillon
est susceptible d’absorber l’humidité, plus il est affecté par le cycle gel-dégel (Kenneth,
122
2014).

123
L’échantillon de Beerse (plus riche en smectite) a une vitesse d’absorption d’eau plus
importante que l’échantillon de Libin et résiste moins au gel-dégel que ce dernier.
La résistance au gel-dégel plus importante des échantillons de Libin et Gembloux peut
s’expliquer par leur teneur plus élevée en minéraux argileux moins sensible à l’eau (kaolinite
et illite). Il existe également une relation entre la résistance au gel-dégel et la granulométrie.
Par exemple, une terre sableuse présente un risque de gel-dégel inférieur à celui d’une terre
argileuse, car les micropores plus gros peuvent tolérer plus facilement l’expansion de l’eau
(Minke, 2000). Nous remarquons donc que la résistance au gel-dégel augmente avec l’ajout
de granulat.
III.4 Formulations des matériaux à partir des échantillons
collectés à Kinshasa et au Kongo Central
Les matériaux argileux des régions de Kinshasa et du Kongo-Central sont des produits
d’altération des roches du Sous-groupe Schisto ou du Sous-groupe de l’Inkisi. Leurs
propriétés sont résumées au Tableau 76 (voir III.2.3). Ces 2 matériaux ont été utilisés pour ces
formulations. Les formulations terre-bagasse et terre – cendre de bagasse – chaux ont été
faites avec les matériaux de Kwilu Ngongo. Les formulations terre-sable et terre-concassé ont
été faites avec les matériaux de Kinshasa.
Les matériaux prélevés à Kinshasa et au Kongo Central l’ont été en faibles quantités. Ils
n’auraient pas suffi pour fabriquer des BTC 29,5 x 14 x 9,5 cm ou des éprouvettes cubiques.
D’où le recours aux éprouvettes 4 x 4 x 16 cm, plus petites.
III.4.1 Formulation en terre-bagasse
Les propriétés de l’échantillon utilisé sont présentées au Tableau 84.
La bagasse de canne à sucre a été utilisée dans la stabilisation de l’échantillon de Kwilu
Ngongo. La canne à sucre est une graminée tropicale herbacée. La bagasse est le résidu
fibreux de la canne à sucre obtenue après l’extraction du jus. La bagasse de la sucrière est
utilisée comme combustible pour la production d’électricité. Les quantités excédentaires sont
redistribuées à la briqueterie de Kwilu Ngongo qui l’utilise comme combustible pour cuire les
briques. Malgré ces utilisations, il reste un excédent de bagasses. Les fibres de bagasse sont
employées dans cette étude afin de déterminer s’il est possible de les revaloriser pour
stabiliser des blocs de terre crue.

124
Propriétés Unité Échantillon
du Schisto-Calcaire (site B)
Perte au feu % 6,3
Limite d’Atterberg %
Liquidité 29,1
Plasticité 20,9
Indice de plasticité IP 8,2
Granulométrie (laser) %
< 2 µm (Argile) 6,2
< 63 µm (Limon) 63,8
< 100 µm (sable très fin) 84,8
< 250 µm (sable fin) 97,6
< 500 µm (sable moyen) 99,5
< 1 mm (sable grossier) 100
Minéralogie %
Quartz 55
Plagioclase 1
Orthose 11
Goethite 8
Minéraux argileux 25
Illite 8
Chlorite /
Kaolinite 92
Tableau 84. Propriétés de la terre utilisée pour la formulation en terre – bagasse.
La composition moyenne de la bagasse est de 45% de fraction fibreuse, 50% d’eau et 5% de
fraction inorganique. La composition chimique de la matière fibreuse dépend des variétés de
la canne à sucre. Elle est constituée de polymères de lignine (15 à 35%), hémicellulose (25 à
35%) et de cellulose (30 à 50%) (ICIDCA, 1990 ; Cuba9, 1990 ; Dinu, 2006 ; Berndt et
Hodzic, 2007). La fraction inorganique soluble se compose de molécules de saccharose
résiduel non extraites et de cires (ICIDCA, 1990).
Nous avons effectué des tests de flexion et de compression sur des mélanges de terre et de
bagasse. La terre a été mélangée avec 1%, 2,5%, 5% ou 7,5% en poids de bagasse (Tableau
85). Les résistances à la flexion (Rf) et à la compression (Rc) augmentent avec l'ajout de
bagasse. La résistance à la flexion passe de 0,66 MPa sans addition de bagasse à 0,99 MPa
avec 7,5% de bagasse dans le mélange. La résistance à la compression augmente d'une valeur
initiale de 2,54 à 3,14 MPa avec l’ajout de bagasse. Les meilleurs résultats sont obtenus avec
l’ajout de 7,5% de bagasse (Tableau 85).
Mélanges Masse Masse % Rf moyenne Rc moyenne
échantillon [gr] bagasse [gr] eau (MPa) (MPa)
I1 508,10 0 18 0,66 2,54
I2 500,00 5,00 (1%) 19 0,84 2,80
I3 495,17 12,38 (2,5%) 21 0,91 2,92
I4 496,00 24,80 (5%) 22 0,93 2,95
I5 450,00 33,75 (7,5%) 25 0,99 3,14
Tableau 85. Quantités mélangées et résistances à la flexion et à la compression des
éprouvettes terre – bagasse.
125
126
L’augmentation de la résistance à la compression avec l’ajout des fibres est souvent justifiée
par la réduction de la taille des fissures de retrait (Ramaswamy et al., 1983 ; Ziegler et al.,
1998 ; Filho et al., 2000). Les fibres limitent la formation des microfissures dues au retrait de
séchage, et empêchent leur propagation (Vergas et al., 1986). Millogo et al. 2014 justifient
l’augmentation de la résistance à la flexion avec l’ajout de fibre par la résistance à la traction
élevée des fibres et leur adhérence à la matrice argileuse.
Par contre, l’augmentation de la teneur en fibres au-delà d’une valeur optimale diminue la
contrainte d’adhérence des fibres à la terre. Cela conduit à une diminution de la résistance à la
compression (Khedari et al., 2005). Vergas et al. (1986) considèrent cette valeur à 8 % en
poids. Dans notre étude la valeur maximale de fibre ajoutée a été limitée à 7,5.
III.4.2 Formulation terre – cendre de bagasse – chaux
Les propriétés de l’échantillon utilisé sont présentées au Tableau 86.
Propriétés Échantillon
du Schisto-Calcaire (site A)
Perte au feu (%) 10,6
Limite d’Atterberg (%)
Liquidité 42,0
Plasticité 32,3
Indice de plasticité IP 9,7
Granulométrie laser (%)
< 2 µm 5,5
< 63 µm 90,5
< 100 µm 100
Minéralogie (%)
Quartz 24
Plagioclase /
Orthose 2
Goethite 18
Hématite 1
Magnétite 3
Minéraux argileux 52
Illite 12
Chlorite 2
Kaolinite 84
Tableau 86. Propriétés de la terre utilisée pour la formulation en terre – cendre de bagasse –
chaux.
Dans cette étude, seule la chaux hydraulique a été utilisée.
La vitesse globale de la réaction pouzzolanique dans les liants dépend de nombreux facteurs
(Hewlett, 2004) : la quantité de pouzzolane dans le liant ; la quantité de SiO 2 dans la
pouzzolane ; la nature des phases actives dans la pouzzolane ; la surface spécifique de la
pouzzolane ; les propriétés physiques et chimiques de la chaux ; la durée de durcissement ; la
température ; le rapport eau/solide.
D’une manière générale, la teneur en silice (SiO 2) augmente lorsque la température et/ou la
durée de combustion augmente, et lorsque la perte au feu, liée à la quantité de carbone,
diminue
127
(Sabuni, 1995, Lima et al., 2012). Un changement de couleur est observé en fonction de la
teneur en carbone (allant du noir vers le blanc, voir le rose pâle lorsqu’il n’y pas plus la
présence de carbone).
Une cendre pouzzolanique doit contenir de la silice amorphe (Feng et al., 2004). Durant la
calcination, la cendre peut se cristalliser donnant des faibles propriétés pouzzolaniques.
Plusieurs recherches ont montré que pour l'éviter, la température de combustion ne doit pas
excéder 600°C (Ajay et al., 2009 ; Basika et al., 2015).
Nous avons effectué une représentation qualitative des phases amorphes et cristallines par
DRX de la cendre calcinée (Fig. 119). Le spectre présente des raies correspondant aux
distances inter-réticulaires du quartz, de la cristobalite, de l’hématite, de la mullite et du
carbonate de potassium. On remarque que la cendre contient peu de silice amorphe par
rapport à la silice cristalline (quartz). Ceci s’explique par la haute température (>600°C)
atteinte dans le four lors de la cuisson des briques. Cette cendre est également contaminée par
des éléments provenant des briques. D’où des traces de la mulitte et de l’hematite.

Fig. 119. Diffractogramme de la cendre de bagasse.


La surface spécifique de la cendre influence sa réaction pouzzolanique avec la chaux. Elle est
plus importante lorsque la surface spécifique augmente (Feng et al., 2004). La granulométrie
de la cendre a été réalisée après un tamisage manuel (Tableau 87).
Tamis (µm) 500 425 300 250 212 150 106 75 63 53
Refus cumulé (%) 5,8 11,2 26,9 35,3 46,4 60,6 77,4 89,1 95,1 97,6
Tableau 87. Distribution granulométrique de la cendre de bagasse.
Hailu et Biruku (2012), recommandent que 50% de la cendre de bagasse à utiliser comme
pouzzolane aient un diamètre inférieur à 40 µm. Nous remarquons que la cendre calcinée a
une granulométrie très grossière liée à la présence de débris de briques cuites.
Les mélanges ont été réalisés selon différentes proportions présentées au Tableau 88. Les
éprouvettes ont été conservées sous cure durant 14 jours dans un sac en plastique, et dans une
pièce dont la température est maintenue à 21 ± 2 °C et l’humidité relative à 60 ± 10 %.
128
Les valeurs des résistances à la flexion (Rf) et à la compression (Rc) sont présentées au Tableau
88. L’ajout de la cendre de bagasse seule ou associée à la chaux n’augmente pas suffisamment
la résistance du matériau. Ceci s’explique par le fait que la cendre obtenue contient peu de
silice amorphe et a une granulométrie très grossière. Elle est donc peu pouzzolanique. Elle
interagit alors comme un simple stabilisant physique en modifiant la taille des particules de
l’échantillon. Cette cendre n’est donc pas un bon stabilisant.
Mélange Masse % cendre % chaux % eau Rf Rc
échantillon (gr) (gr) (gr) moyenne moyenne
(gr) (MPa) (MPa)
II1 513 0 0 24 0,40 1,02
II2 505 6 6 27 0,44 1,67
II3 450 8 8 30 0,43 1,37
II4 450 12 12 34 0,47 1,48
II5 600 6 0 n.d 0,46 1,51
II6 600 0 6 n.d 0,79 2,30
Tableau 88. Quantités mélangées et résistances à la flexion et à la compression des
éprouvettes terre – cendre de bagasse - chaux. n.d = non déterminé.
On observe une légère augmentation des résistances à la flexion et à la compression qui peut
être due à la réaction pouzzolanique ou à la chaux seule. Des essais complémentaires seraient
à réaliser. La stabilisation à la chaux seule est une perspective intéressante pour cette terre, car
elle augmente la résistance du matériau.
Un matériau ayant une résistance à la compression de 1,3 Mpa peut être utilisé en maçonnerie.
La valeur souhaitée de la résistance à la flexion des briques de terre crue à utiliser en
maçonnerie est de 0,4 Mpa (Jaime et al. 2012).
III.4.3 Formulations terre-sable et terre-concassé
L’échantillon utilisé provient de l’altération in situ des roches du Sous-groupe des grès de
l’Inkisi. Un échantillon a été prélevé dans la province de Kinshasa. Il s’agit d’une terre
largement présente dans la partie nord-ouest de la région. Ses caractéristiques sont présentées
au Tableau 89.
Le sable utilisé est un sable alluvionnaire prélevé le long du fleuve Congo. Il s’agit d’un sable
dont la distribution de la taille des particules est donnée à la Fig. 120. Le concassé (granulat)
utilisé provient de fines de broyage du grès de l’Inkisi appelées localement « poussière ». Sa
plage de répartition granulométrique est représentée à la Fig. 120.

129
Propriétés Échantillon de
l’Inkisi
Perte au feu (%) 10,6
Limite d’Atterberg (%)
Liquidité 34
Plasticité 23
Indice de plasticité IP 11
Granulométrie laser (%)
< 2 µm 7
< 63 µm 77
< 100 µm 100
Minéralogie (%)
Quartz 42
Plagioclase /
Orthose /
Goethite /
Hématite /
Magnétite /
Minéraux argileux 52
Illite 12
Chlorite 2
Kaolinite 84
Tableau 89. Propriétés de la terre de l’Inkisi.

Fig. 120. Répartition granulométrique du sable et du granulat utilisés.

130
Les mélanges ont été réalisés selon différentes proportions présentées aux Tableaux 90 et 91.
La résistance à la flexion augmente faiblement avec l’ajout de sable. La résistance à la
compression augmente lorsqu’on ajoute de 0 à 50% de sable. Les meilleurs résultats sont
obtenus avec l’ajout de 50% de sable (Tableau 90). L’ajout de granulat a peu d’effet sur la
résistance à la flexion. Cependant la résistance à la compression augmente. Les meilleurs
résultats sont obtenus avec 35% du granulat ajouté (Tableau 91).
Échantillon % sable Rf (MPa) Rc (MPa)
III1 0 0,56 2,28
III2 35 0,59 2,59
III3 50 0,71 3,09
Tableau 90. Résistances à la flexion (Rf) et à la compression (Rc) des mélanges terre - sable.
Échantillon % granulat Rf (MPa) Rc (MPa)
IV1 0 0,56 2,28
IV2 20 0,54 2,54
IV3 35 0,56 3,10
Tableau 91. Résistances à la flexion (Rf) et à la compression (Rc) des mélanges terre -
granulat.
On observe une augmentation de la résistance à la compression avec l’ajout de sable et de
granulat. Ceci peut s’expliquer par une densification du matériau. En ajoutant le sable ou le
gravier on apporte une structuration du matériau (Houben et Guillaud 1989 ; Olivier, 1994 ;
Morel et al., 2007 ; Kouakou et Morel, 2009). L’ajout de granulat n’améliore pas la résistance
à la flexion.
La résistance à la compression d'une terre mise en œuvre pour la construction peut varier
entre 0,4 et 5 MPa (Moevus et al. 2012). Les constructions en terre crue sont généralement
dimensionnées pour que le matériau ne soit soumis qu'à une contrainte de compression
(Moevus et al. 2012). Par conséquent, il existe peu d'exigences concernant la résistance à la
flexion des BTC. Celle-ci est souvent comprise entre 0,1 et 0,5 MPa dans les normes (Moevus
et al. 2012). Par exemple, la norme néo-zélandaise NZS 4298 (1998) recommande une
résistance minimale à la flexion de 0,25 MPa. Les éprouvettes testées atteignent toutes cette
valeur minimale.
III.4.4 Test de durabilité mouillage/séchage
La stabilisation à la bagasse de canne à sucre, au sable et au granulat est une perspective
intéressante. Cependant il est indispensable de faire des tests de durabilité sur ces matériaux.
Les fortes précipitations enregistrées dans les régions de Kinshasa et du Kongo Central
rendent les matériaux en terre fragiles. L’ajout de ciment a été tenté afin d’accroitre la
résistance du matériau face aux précipitations. Nous avons effectué des tests de durabilité
(résistance à l’action de l’eau) sur les mélanges terre- bagasse, terre-sable et terre- granulat.
Nous avons testé l’ajout de 6% de ciment sur 3 mélanges ayant donné les meilleurs résultats
(I5, III3 et IV3). D’après Rigassi (1995) 5 ou 6% de ciment suffiraient pour avoir des résultats
satisfaisants. Les résultats sont présentés au Tableau 92.
Il existe différents types de ciment selon leur composition, résistance, vitesse de prise et de
durcissement. Le ciment utilisé dans cette étude est un ciment de type Portland composé au
calcaire EN – 197-1 CEM II 32,5. Les ciments Portland composés résultent du mélange de
>65% de clinker et <35 % d’autres constituants. Le clinker est obtenu à partir de la cuisson de
80% de carbonates et 20% d’argile. Les autres constituants sont de nature et composition
131
variables. Il peut s’agir de laitiers de haut fourneau, cendres volantes, pouzzolanes, sulfate de
calcium (Rigassi, 1995).
I5 III3 IV3
Rc sans ciment 3,14 3,09 3,10
Rsec (MPa) 4,73 3,19 3,71
Rmsa (MPa) 3,54 3,00 3,64
Crch 0,75 0,94 0,98
Tableau 92. Valeurs des résistances à la compression à sec des mélanges avec ciment (R sec),
résistance à la compression après mouillage séchage des mélanges avec ciment (R msa) et de
coefficient de résistance à l’humidité (C rh). I5 : mélange terre- bagasse ; III3 : mélange terre-
sable ; IV3 : mélange terre-granulat.
Ce test montre qu’il y a une amélioration de la résistance à la compression avec l’ajout de 6%
de ciment. Le ciment permet de créer des liens entre les particules de sables et graviers et
d’augmenter la résistance à la compression (Rigassi, 1995). Cependant la durabilité n’est pas
suffisamment améliorée :
- Le traitement avec 7,5% de bagasse et 6% de ciment a une résistance à l’état sec très
satisfaisante, cependant la résistance après mouillage séchage est altérée de 25%.
- Le traitement avec 35% de poussière et 6 % de ciment a une résistance à l’état sec
satisfaisante. La résistance après mouillage séchage diminue de 6%, mais reste supérieure
au mélange précédent.
- Le traitement avec 50% de sable et 6% de ciment a une résistance à l’état sec satisfaisante.
La résistance diminue de 2% après 6 cycles de mouillage séchage, mais reste supérieure
aux deux autres mélanges.
Houben et Guillaud (1989), montrent que le BTC stabilisé aux fibres végétales a une faible
durabilité à l’eau due à l’absorption de l’eau par les fibres. Ceci explique l’altération de 25%
de la résistance à la compression de l’éprouvette stabilisée à la bagasse après mouillage-
séchage. Heathcote (2002) montre que pour une même teneur en ciment, la durabilité
augmente avec la teneur en sable. Ceci explique la durabilité plus élevée de la terre stabilisée
avec le sable et le granulat et 6% de ciment.
III.5 Synthèse
La Belgique contient différentes terres. Ces terres appartiennent à des formations
sédimentaires argileuses déposées à différentes périodes géologiques du Quaternaire au
Secondaire. Les argiles du Quaternaire sont les argiles des polders et du Bas-Escaut, les
limons de couverture et les argiles du Groupe de Campine. Les argiles du Tertiaire sont les
argiles d'Andenne et du Condroz, les argiles de l'Entre-Sambre-et-Meuse, l’argile de la
Formation de Boom, les argiles de Hénis, les argiles d'Assche, les argiles du Groupe d’Ypres
et les argiles du Groupe de Landen. Les argiles du Secondaire comprennent les argiles de
Herve, les argiles d'Aix-la-Chapelle, les argiles du Groupe du Hainaut, les argiles d'Ethe et
d’Arlon et les argiles liées à l’altération des massifs schisto-gréseux, des shales et arkoses.
Ces formations sédimentaires argileuses ou argiles constituent les principales ressources d’où
l’on peut extraire des terres propices pour la construction en BTC.
Des échantillons de terre ont été collectés en Belgique dans les dépôts allant du Quaternaire
au Secondaire et en RD Congo. Chaque échantillon de terre a été caractérisé par des
propriétés minéralogiques et géotechniques et pour certains échantillons par des propriétés
chimiques. 135
132
échantillons ont été prélevés en Belgique dans 56 sites. Pour chaque site, une description
géologique a été réalisée pour constituer une base de données des formations argileuses
belges. Cette caractérisation a permis de répondre au premier objectif de cette thèse à savoir
évaluer l’aptitude des terres collectées pour la fabrication des BTC. Pour ce faire les
formations argileuses échantillonnées ont été regroupées en trois catégories : A. formations
argileuses pouvant être utilisées telles quelles pour faire des BTC ; B. formations argileuses
qui conviennent à la fabrication des BTC mais exigeant modification préalable par addition de
particules grossières comme du sable ou du gravier ; C. formations argileuses qui conviennent
à la fabrication des BTC si elles sont mélangées à d'autres terres pour leur donner une
meilleure consistance, et éventuellement des particules grossières (sable, gravier). Cinq
échantillons (i.e., Libin, Gembloux, Rumst, Beerse et Barry) ont été sélectionnés sur base de
leur appartenance à ces 3 catégories, pour la confection des BTC.
Les échantillons de la RD Congo appartiennent à deux Super-groupes géologiques, i.e.,
l’Inkisi et le Schisto-Calcaire. Ils ont été échantillonnés à Kwilu Ngongo, Mbanza Ngungu,
Nkamba, Kasangulu et Lukala. Deux cartographies géologiques des dépôts argileux ont été
faits à Kwilu-Ngongo et Kasangulu. Ce projet a permis de tester la valorisation de déchets
végétaux de bagasse et de cendre de bagasse à Kwilu Ngongo.
Sept formations argileuses (Libin, Gembloux, Barry, Beerse, Rumst, Inkisi et Schisto-
calcaire) de composition minéralogique différentes ont été utilisées pour la fabrication des
BTC. Des essais de stabilisation ont été réalisés en ajoutant des proportions différentes de
composants inorganiques ou organiques, i.e., 3 types de granulats de dimensions 0/2, 0/4,
0/6,3 et 0/14 mm pour la Belgique et bagasse de canne à sucre, cendre issue de la combustion
de la bagasse, sable alluvionnaire en RDC. Trois énergies de compactions différentes ont été
utilisées en utilisant une presse hydraulique (100, 200 et 300 kN) avec 3, 6 et 10 % d’eau.
Des BTC et éprouvettes ont été produites et caractérisées par retrait de séchage, résistance à
l’abrasion, essai de compression, essai de flexion, essai d’absorption d’eau par capillarité,
essai d’immersion complète, essai d’égouttement accéléré et essai de gel-dégel. Ces essais
permettent de dégager 5 tendances.
 Les résistances à l’absorption d’eau par capillarité, à l’égouttement accéléré et au gel-
dégel ainsi que le retrait volumique de séchage augmentent avec le pourcentage de
granulat ajouté.
 Les résistances à la compression, flexion et à l’abrasion n’augmentent pas avec l’ajout de
granulat quel que soit le type de terre.
 La résistance à l’érosion par désagrégement diminue avec l’ajout de granulat.
 La résistance à la flexion augmente avec le pourcentage de fibre.
 La lithologie des granulats n’a pas d’influence sur les propriétés des BTC.
Ces résultats montrent que la stabilisation permet d’améliorer les paramètres de durabilité des
BTC.

133
IV. Discussion et recommandations
Le Tableau 93 résume les effets des différents stabilisants ajoutés sur les paramètres mesurés,
en reprenant les meilleures valeurs obtenues. Les résistances à l’absorption d’eau par
capillarité, à l’égouttement accéléré et au gel-dégel, ainsi que le retrait volumique de séchage
augmentent avec le pourcentage de granulat ajouté. Les résistances à la compression, à la
flexion et à l’abrasion n’augmentent pas avec l’ajout de granulat pour tout type de terre. La
résistance à l’érosion par désagrégement diminue avec l’ajout de granulat, alors que la
résistance à la flexion augmente avec le pourcentage de fibre. La nature et la quantité du
stabilisant doivent être déterminées en fonction du paramètre à améliorer.
La presse hydraulique a l’avantage par rapport à d’autres méthodes de mise en forme utilisées
(barrettes et presse manuelle) de compacter d’avantage l’échantillon, car la pression de mise
en forme est beaucoup plus élevée, et de produire des matériaux plus denses et avec une
meilleure résistance à la compression (Tableau 94). Cependant la presse manuelle a
l’avantage de couter moins cher et d’être plus mobile, ce qui faciliterait son déplacement d’un
chantier à un autre. Les barrettes sont adaptées pour des caractérisations en laboratoire,
surtout lorsqu’on ne dispose pas de grandes quantités d’échantillon.
La plupart de normes sur la résistance à la compression des BTC concernent les BTC
stabilisés au ciment (Cid-Falceto et al. 2011). Il est donc difficile de comparer ces valeurs
avec celles obtenues dans cette étude.
La caractérisation par compression des BTC 29,5 x 14 x 9,5 cm s’est faite sur un bloc entier,
comme dans les normes Nouvelle Zélande [NZS 4298] et USA [CID 91] (voir Tableau 4).
Les valeurs obtenues reportées dans le Tableau 94 peuvent donc être comparées à ces 2
normes. Nous pouvons en conclure que les BTC obtenus avec les terres de Beerse et Rumst
ainsi que certains BTC obtenus avec les terres de Barry peuvent être utilisés en mur extérieur
ou intérieur, dans une construction limitée à 2 étages, pour une épaisseur minimale de mur de
200 mm (voir Tableau 5). Par contre, les BTC produits avec les terres de Gembloux et Libin
sont à utiliser avec précaution.
Les normes concernant la durabilité (résistance à l’eau, résistance au gel-dégel) concernent
également les BTC stabilisés au ciment (voir Tableau 4). Les BTC 29,5 x 14 x 9,5 cm et les
éprouvettes cubiques produits ne satisfont pas à ces normes. Les matériaux produits doivent
donc être utilisés de façon à les préserver de l’eau et du gel en utilisant un enduit protecteur,
en adaptant le plan de construction « bon chapeau et bonnes bottes » (cfr I.2.2) ou pour un
usage intérieur.
Échantillons Libin Gembloux Barry Beerse Rumst Inkisi Schisto-
calcaire
Rc 0,12 à 0,24 à 1,77 à 2,19 à 2,46 à
presse 0,33 1,35 3,06 5,13 4,26
manuelle
(MPa)
Rc éprouvettes 0,59 à 1,85 à 6,39 à 5,10 à 4,45 à 2,28 à 1,02 à
(MPa) 3,45a 3,69a 18,06a 14,89a 18,61a 3,10b 3,14b

Rf barrettes 0,56 à 0,40 à


(MPa) 0,71 0,99
Tableau 94. Valeurs minimales et maximales des résistances à la compression obtenues.
Rc=résistance à la compression, Rf = résistance à la flexion. a : éprouvettes cubiques, b :
barrettes.
134
Bagasse Cendre bagasse Sable Granulat Granulat 0/14 mm Granulat 0/2 mm Granulat 0/4 mm Granulat 0/6,3 mm
– chaux 0/1mm 0/4,5 mm

Pourcentage 0 1 2,5 5 7,5 0 6 8 12 0 35 50 0 20 35 0 20 33 43 50 0 12,5 25 40 60 0 12,5 25 40 60 0 12,5 25 40 60


Inkisi ✔ ✔ ✔

Schisto- ✔ ✔ ✔
calcaire ✔
Libin ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔
✔ ✔ ✔ ✔ ✔
✔ ✔ ✔ ✔

Gembloux ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔
✔ ✔ ✔ ✔
✔ ✔ ✔ ✔

Beerse ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔
✔ ✔ ✔ ✔ ✔
✔ ✔ ✔
Barry ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔
✔ ✔ ✔ ✔ ✔
✔ ✔ ✔
Rumst ✔✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ ✔
✔ ✔ ✔ ✔
Tableau 93. Sélection des paramètres optimaux obtenus selon les différentes formulations et type de stabilisants utilisés. Chaque paramètre est indiqué
par une couleur différente : Retrait volumique de séchage, Résistance à l’absorption d’eau par capillarité, Résistance à la compression, Résistance à la
flexion, Résistance à l’abrasion, Résistance à l’érosion par désagrégement, Résistance à l’égouttement accéléré, Résistance aux cycles gel-dégel. Les
cases cochées correspondent aux meilleures valeurs des paramètres mesurés.

133
La détermination de la résistance à la compression des éprouvettes s’est faite selon une
méthode expérimentale qui ne correspond pas aux normes décrites ci-dessus. Il est donc
difficile de comparer les résistances à la compression obtenues sur les éprouvettes aux valeurs
des normes, et de proposer des pistes d’utilisation sur ces éprouvettes. Cependant cette étude
montre que le bon choix des terres, l’augmentation de la pression de mise en forme, l’ajout de
stabilisants et le bon dosage de la quantité d’eau à ajouter au mélange permettent d’avoir des
matériaux plus résistants. Cette étude a l’avantage de porter sur 2 régions aux contextes
différents. Un bilan comparatif de la construction en terre crue dans ces deux régions est
présenté au Tableau 95.
Belgique Kinshasa et Kongo Central
Stabilisants Les stabilisants utilisés ont été Les stabilisants utilisés ont été collectés
livrés. Leur accessibilité est par nos soins.
mieux garantie. L’accessibilité des stabilisants a été
difficile et les stabilisants plus longs à
collecter.
Protocole de (1) Extraction de la terre. (1) Extraction de la terre.
production des (2) Évaluation de la convenance (2) Préparation de la terre : séchageb,
matériaux de la terre en laboratoire. broyage.
(2) Préparation de la terre : (3) Mélange avec l’eau et les
a
séchage , broyage stabilisants.
(3) Mélange avec l’eau et les (4) Pressage et démoulage.
stabilisants. (5) Séchage des BTCb.
(4) Pressage et démoulage. (6) Stockage des BTC secs.
(5) Séchage des BTCa .
(6) Stockage des BTC secs.
Défis de la Coût de la matière première et La terre crue est souvent rejetée dans
construction en de la main d’œuvre élevée. le milieu urbain car considérée comme
terre matériau de seconde classe.
Manque de visibilité La forte pluviométrie exige de
protéger les murs en terre en adaptant
Normes d’utilisation strictes les plans
architecturaux.
Perspectives L’utilisation des granulats de L’utilisation de déchets agricoles de la
calcaire, grès et porphyre canne à sucre ouvre une voie à la
améliore certaines propriétés des valorisation plus large des déchets
BTC. D’autres types de granulat, agricoles, principalement dans la
notamment ceux provenant de la région de Kinshasa, où les
démolition, pourraient être conséquences de l’urbanisation rapide
envisagés. résident dans le problème de gestion
des déchets.
Ce travail a répertorié des La ville de Kinshasa produit 7000
gisements conventionnels pour tonnes de déchets par jour provenant
la terre de construction. des ménages, marchés, places
Caractériser d’autres gisements publiques et des entreprises (RATPK,
non conventionnels tels que les 2016). Parmi ces déchets, des plantes à
terres de déblais est une fibres (e.g., bananier, palmier, cocotier)
perspective de ce travail. pourraient être valorisées comme
stabilisant des BTC.

134
Tableau 95. Étude comparée de l’utilisation des BTC entre la Belgique et les régions de
Kinshasa et du Kongo Central. a: le séchage de la terre et des BTC nécessite plus
d’investissement car le climat ne favorise pas le séchage à l’extérieur. b: le séchage peut être
fait à l’extérieur en saison sèche et sous hangar en saison humide. Cela réduit le coût des
installations.

Une étude d’estimation des coûts est essentielle pour évaluer l’impact économique de
l’utilisation des matériaux locaux dans la construction. En fonction des conditions locales, les
coûts de production des BTC et de construction en BTC varient d’une région à l’autre, même
au sein d’un même pays. Adam et Agib (2001) ont établi une liste de conditions pouvant
affecter la variation des coûts de constructions en BTC. Ces conditions de variations sont
présentées au Tableau 96 et sont comparées dans les différentes régions étudiées.
Conditions de Belgique Kinshasa Kongo Central
variation des coûts
Disponibilité de la terre Certaines terres sont La terre est La terre peut être
disponibles en grande soit disponible sur le disponible sur le site
quantité et d’autres site de construction de production des
non. de l’habitation ou matériaux et de
La terre peut être doit être transportée construction de
disponible sur le site sur le site. Cette l’habitat (cas à
de production des BTC terre est Mbanza Ngungu,
(cas de l’entreprise disponible en quantité Nkamba, Kasangulu)
Lebailly) ou transporté importante dans la ou à proximité du site
sur ce site (cas de partie ouest de (cas à Kwilu Ngongo
BCmaterials). la région (environ 10% et Lukala). Cette terre
de la région) et est également
rare ailleurs. disponible en quantité
importante. Le
transport de la terre et
des BTC est très
limité.
Aptitude de la terre à Certaines terres La terre provient de Deux terres
la stabilisation et type, présentent des grandes l’altération des roches d’altération des roches
qualité et quantité de hétérogénéités et néoprotérozoïques néoprotérozoïques sont
stabilisant nécessaire nécessitent des (grès de l’Inkisi). Cette présentes dans la
précautions pour être terre est homogène et région (Inkisi et
utilisées dans la nécessite peu de Schisto-calcaire). Ces
construction en BTC. modifications pour être terres sont homogènes
Certaines terres utilisées dans la et nécessitent peu de
nécessiteront plus de construction en BTC. modifications pour être
stabilisants. Il sera généralement utilisées dans la
nécessaire d’ajouter du construction en BTC.
sable (jusqu’à 50 % Il sera généralement
dans notre cas) ou des nécessaire d’ajouter du
fibres. sable ou des fibres.

Tableau 96. Facteurs de variations des coûts de production et de construction en BTC.

135
Conditions de Belgique Kinshasa Kongo Central
variation des coûts
Prix des matières La terre, l’eau et les La terre, le sable et La terre est souvent
premières, en stabilisants naturels l’eau sont souvent disponible
particulier des (sable, granulats, disponibles à gratuitement.
stabilisants fibres végétaux) sont moindre coût. Le sable est un
souvent disponible à produit qui a un
coût modéré. certain coût, car rare
(cas à Nkamba,
Kwilu Ngongo,
Lukala, Mbanza
Ngungu). D’autres
stabilisants (déchets
végétaux) peuvent
cependant être
obtenus
gratuitement.
Formats des Les BTC sont de Les BTC produits Les normes
BTC et normes taille réduite ou sont généralement de d’utilisations sont
requises grande. grands formats. Ce moins strictes et les
Les normes qui réduit la quantité BTC de grande taille.
d’utilisation des de mortier.
BTC sont strictes
Niveau de salaire et Le prix de la main La main d’œuvre est La main d’œuvre est
Productivité de la d’ouvre est élevé et bon marché, et les très bon marché et
a
main-d'œuvre la main-d’œuvre ouvriers souvent les ouvriers souvent
généralement qualifiés. qualifiés.
qualifiée.
Tableau 96. (Suite). Facteurs de variations des coûts de production et de construction en
BTC. a: notons que la construction en BTC peut être réalisée de manière autonome, sans coût
de main-d'œuvre.
Sur base de ce tableau ; nous pouvons conclure que construire en BTC coûte plus cher en
Belgique qu’à Kinshasa, et plus cher à Kinshasa qu’au Kongo central. Un chiffrage des coûts
n’a pas été fait dans le cadre de cette étude et constitue une perspective.

136
[Link] et perspectives
Cent trente-cinq échantillons de matériaux argileux (terre) ont été prélevés dans 56 sites
répartis dans 19 formations et membres argileux en Belgique et 32 échantillons ont été
prélevés dans 5 sites en R. D. Congo. Ces échantillons ont été caractérisés en laboratoire.
Par comparaison avec la littérature, ces analyses ont permis de classer les dépôts argileux
belges échantillonnés en trois catégories selon leur aptitude à fabriquer les BTC. Quatre
d'entre eux (dépôts de limon, argiles de paléo-altération des schistes dévoniens, argiles de
paléo-altération des schistes ordoviciens et kaolin ardennais) ne conviennent pas à la
fabrication de BTC s’ils ne sont pas mélangés à d'autres matériaux (argiles, sable, gravier -
Catégorie 1). Treize d'entre eux (argiles de la Formation de l’Escaut, Membre de Rijkevorsel,
argiles d'Andenne et du Condroz, argiles de l’Entre Sambre-et-Meuse, Membre de Putte,
Formation de Tielt, Formation de Kortrijk, Formation de Carnières, Formation de Hannut,
argile de la Formation de Vaals, argile de la Formation d’Aachen, argiles du Groupe du
Hainaut, argile de la Formation d'Ethe) sont acceptables pour la fabrication des BTC mais
nécessitent l’ajout de particules grossières (sable, gravier - Catégorie 2). Deux d'entre eux
(Membre de Turnhout, argiles de paléo-altération des schistes du Famennien) peuvent être
utilisées sans modification (Catégorie 3).
Les matériaux argileux des régions de Kinshasa et du Kongo-Central sont des produits
d’altération des roches du Sous-groupe Schisto-Calcaire ou du Sous-groupe de l’Inkisi. Ces
matériaux conviennent pour la production des BTC, mais nécessitent un ajout de particules
grossières (sable et gravier).
La caractérisation de l’ensemble des échantillons suggère que toutes les terres prélevées
peuvent être utilisées dans la construction en BTC.
Soixante BTC ont été fabriqués à l’aide d’une presse manuelle. Vingt éprouvettes ont été
fabriquées dans un moule 4x4x16 cm. Cinq cent neuf éprouvettes ont été produites à l’aide
d’une presse hydraulique.
En agissant sur la nature des minéraux argileux, la taille des particules, la pression de mise en
forme, la quantité d’eau ajoutée, la nature et le pourcentage du stabilisant, on arrive à produire
des BTC avec une résistance mécanique et une durabilité améliorées.
A. La nature des minéraux argileux
À partir des terres prélevées à Libin, Gembloux, Barry, Beerse et Rumst, la caractérisation des
BTC produits a montré que :
(1) Une terre riche en kaolinite et illite présente un retrait plus faible qu’une terre riche en
smectite. Les terres de Gembloux et de Libin ne contiennent que de la kaolinite et de l'illite.
Elles ont une valeur de retrait de séchage inférieure aux terres de Rumst, Beerse et Barry.
(2) Les résistances à la compression, à l’abrasion et aux gouttes d’eau augmentent avec la
plasticité d’une terre. Le caractère non plastique des échantillons de Libin et de Gembloux se
traduit par une faible résistance à la compression, à l’abrasion et à l’impact des gouttes d’eau.
(3) La masse volumique sèche diminue avec l’augmentation de la limite de liquidité (LL). LL
Rumst > LL Barry > LL Beerse, d’où les masses volumiques Beerse > Barry > Rumst.
(4) La vitesse d’absorption d’eau par capillarité augmente avec la teneur en smectite. Les
vitesses d’absorption d’eau sont plus importantes pour les échantillons de Rumst et Beerse
riches en smectite que ceux de Gembloux et Libin, riches en illite et kaolinite.

137
(5) La résistance au gel-dégel augmente avec le pourcentage de kaolinite et d’illite et la
diminution de la smectite. Les échantillons de Libin et Beerse résistent mieux aux cycles de
gel-dégel que les échantillons de Barry, Beerse et Rumst.
B. La taille des granulats
Des éprouvettes ont été produites en incorporant des granulats de différentes tailles. Trois
granulométries ont été utilisées le 0/2, 0/4 et 0/6,3 m. Ceci a permis d’affirmer que :
(1) La masse volumique des éprouvettes augmente avec la taille de granulats.
(2) Les meilleurs résultats des résistances à la compression sont obtenus avec le granulat 6,3
mm pour la terre de Libin, 4 mm pour celle de Gembloux et 2 mm pour celles de Beerse,
Barry et Rumst.
C. La pression de mise en forme
Nous avons mesuré les résistances à la compression des éprouvettes comprimées à différentes
pressions de mise en forme : 100, 200 et 300 kN. L’augmentation de la pression de mise en
forme permet d’augmenter la masse volumique et la résistance en compression des 5 terres
testées.
D. La quantité d’eau ajoutée
La masse volumique diminue avec l’augmentation de la teneur en eau, pour toutes les 5 terres. Ce
qui se traduit par une diminution de la résistance à la compression.
E. La nature et le pourcentage du stabilisant
Six stabilisants ont été ajoutés à la terre à savoir la bagasse, la cendre de bagasse, la chaux, le
ciment, le sable alluvionnaire 0/1 mm, et le granulat de grès pour fabriquer des éprouvettes
avec les terres prélevées en RDCongo ; et les granulats de grès, porphyre et calcaire pour
stabiliser les terres prélevées en Belgique.
(1) L'ajout de 0 à 7,5% de bagasse augmente la résistance à la flexion de 0,66 à 0,99 MPa et la
résistance à la compression de 2,54 à 3,14 MPa en empêchant le développement des fissures
de retrait.
(2) L'ajout de 0 à 50% de sable 0/1 mm augmente la résistance à la flexion de 0,56 à 0,71
MPa et la résistance à la compression de 2,28 à 3,09 MPa.
(3) L'ajout de 0 à 35% de granulat 0/4,5 mm n'affecte pas la résistance à la flexion, mais
augmente la résistance à la compression de 2,28 à 3,10 MPa.
(4) La stabilisation avec 6 % de chaux seule est une perspective intéressante pour la terre de
Kwilu-Ngongo, car elle augmente sa résistance à la compression de près de 130 %.
Contrairement à l’ajout de la cendre de bagasse utilisée, seule ou associée à la chaux, qui
n’augmente pas suffisamment la résistance du matériau.
(5) L’ajout de 6% de ciment dans 3 mélanges contenant respectivement 7,5% de bagasse,
35% de granulat 0/4,5mm et 50% de sable 0/1 mm améliore leur résistance à l’eau, mesuré
par 6 cycles de mouillage-séchage.
(6) L'ajout de granulat réduit l'absorption d'eau et le retrait du BTC des 5 terres belges testées.
(7) L'ajout de 20 à 50% de granulat 0/14 mm améliore les résistances à la compression et à
l’abrasion des terres de Libin et de Gembloux. Cependant, les valeurs de résistance à la
compression de ces 2 terres restent moins élevées (<1,36 MPa pour l'échantillon de
Gembloux,
<0,34 MPa pour l'échantillon de Libin). Leurs valeurs de coefficient d'abrasion restent également
faibles (<2 cm2/g pour l'échantillon de Gembloux et <1 cm 2/g pour l'échantillon de Libin).
L'ajout de 20% de granulat 0/14 mm augmente la résistance à la compression et à l'abrasion
de la terre de Rumst. Au-delà de 20%, la cohésion des agrégats ajoutée diminue et le
138
matériau devient moins résistant à la compression et à l'abrasion. Les mêmes effets ont été
observés avec la terre de Barry, mais ils se sont produits au-delà de 43% de granulat 0/14 mm
ajoutés. L'ajout de 20% ou plus de granulat 0/14 mm diminue la résistance à la compression et
à l'abrasion de la terre de Beerse.
(8) L’ajout de 0 à 60 % de granulat 0/2 mm, 0/4 mm et 0/6,3 mm améliore la résistance à la
compression des terres de Libin et de Gembloux.
(9) Les échantillons de Beerse, Barry et Rumst montrent une augmentation de la résistance à
la compression avec l’augmentation du pourcentage de granulat 0/2 mm, 0/4 mm et 0/6 mm
par rapport à l’échantillon sans ajout de granulats. Ensuite la résistance à la compression
diminue en deçà de la valeur de l’échantillon sans ajout de granulats. Les échantillons de
Beerse, Barry et Rumst montrent tous une diminution de la Rc avec l’augmentation du
pourcentage de granulat de 12,5 à 60 %.
(10) La vitesse d’absorption d’eau diminue avec l’augmentation du pourcentage de granulats.
(11) La vitesse d’érosion par désagrégement, mesurée par le test d’immersion complète,
augmente avec l’augmentation du pourcentage de granulat.
(12) La résistance à l’impact de la goutte d’eau, mesurée par test d’égouttement accéléré,
augmente avec l’augmentation du pourcentage de granulat.
(13) La résistance au gel-dégel augmente avec l’ajout de granulat.
Le développement de la construction en BTC à Kinshasa et au Kongo Central devrait
bénéficier de la disponibilité et de l’homogénéité de la terre, de la connaissance traditionnelle
de l’architecture en terre par la population et d’une demande croissante en logement
accessible à faible coût économique.
En Belgique, l’intérêt croissant pour les matériaux de construction écologiques, est le
principal moteur actuellement. La disponibilité des terres et de la technologie de production
des matériaux de construction sont également des atouts pour le développement de la filière.
Cinq formations et membres argileux ont été choisis en Belgique et 2 en R. D. Congo pour
répondre à la question comment améliorer les performances et la durée de vie des BTC.
Élargir cette étude à d’autres formations argileuses et répertorier d’autres sites qui contiennent
des gisements argileux adéquats en Belgique et dans la région Kinshasa est également une
perspective de ce travail.
Cette étude montre que la durabilité des BTC est améliorée différemment pour chaque type de
terre. Afin de compléter nos analyses il aurait été intéressant d’effectuer les tests thermiques :
la conductivité thermique, la capacité thermique, la diffusivité thermique ou l'effusivité
thermique sur les échantillons stabilisés et non stabilisés pour voir le pouvoir isolant des
matériaux produits.
Ce projet a permis de valoriser les formations argileuses, de valoriser les sables
alluvionnaires, les granulats rocheux et les déchets agricoles dans le secteur de la construction
en BTC.
Outre les résultats obtenus, cette thèse a été aussi un apprentissage. Sa multidisciplinarité m’a
permis d’acquérir des connaissances dans la conception et la caractérisation des matériaux de
construction ou encore la conception architecturale du bâtiment. Mon souhait est de continuer
à acquérir les connaissances sur la construction en terre crue dans l'espoir d'être un jour un
acteur dans ce domaine.

139
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