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Acc Roches 2

Ce dossier présente vingt accroches contemporaines sur la relation entre l'homme et la nature, visant à enrichir la réflexion des étudiants en classes préparatoires. Chaque accroche est accompagnée de problématiques, de commentaires rhétoriques et de liaisons au corpus littéraire, soulignant l'importance d'une approche originale et critique. L'objectif est de favoriser une compréhension nuancée des enjeux écologiques et éthiques actuels.

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Ce dossier présente vingt accroches contemporaines sur la relation entre l'homme et la nature, visant à enrichir la réflexion des étudiants en classes préparatoires. Chaque accroche est accompagnée de problématiques, de commentaires rhétoriques et de liaisons au corpus littéraire, soulignant l'importance d'une approche originale et critique. L'objectif est de favoriser une compréhension nuancée des enjeux écologiques et éthiques actuels.

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CLASSES PRÉPARATOIRES AUX GRANDES ÉCOLES

Expériences de la nature

ACCROCHES

Georges Canguilhem · La Connaissance de la vie


Jules Verne · Vingt mille lieues sous les mers
Marlen Haushofer · Le Mur invisible

Année 2025–2026
Note d’usage

Ce dossier rassemble vingt accroches entièrement contemporaines (XXᵉ–XXIᵉ siècle), complémentaires du


premier recueil qui couvrait la tradition philosophique classique. Leur intérêt majeur est double : elles
montrent la vivacité actuelle des questions que pose le corpus, et elles offrent aux correcteurs un signal
d’ouverture culturelle et critique rare dans les copies de concours.

Conseil stratégique : une accroche contemporaine, bien maîtrisée et correctement située, vaut bien davantage qu’une accroche classique
apprise par coeur et récitée mécaniquement. L’originalité est une vertu de concours — à condition que la maîtrise conceptuelle suive.

Chaque fiche comporte quatre volets codés par couleur : la citation sourcée (fond crème), les problématiques à
exploiter (fond bleu clair), le commentaire rhétorique (fond vert pâle), et la liaison au corpus (fond jaune doré).
L’étudiant est invité à ne pas utiliser ces accroches mécaniquement mais à les réappropriner en fonction du sujet
exact posé.

✶ ✶ ✶
01 Hans Jonas — Éthique de la responsabilité (1979) │ Technique · Temps · Altérité

« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie humaine
authentique sur Terre »
— Hans Jonas, Le Principe responsabilité, 1979 (trad. J. Greisch, Cerf, 1990)

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– La technique moderne engage-t-elle une responsabilité inédite envers la nature et les générations
futures ?
– L’expérience de la nature nous impose-t-elle une éthique, et laquelle ?
– Peut-on connaître la nature sans être responsable de ce que l’on en fait ?

✎ Commentaire rhétorique : Jonas reformule l’impératif catégorique kantien en l’étendant au temps


long et à la nature. Son argument est celui de la vulnérabilité : ce qui peut être détruit exige d’être
protégé. Cette accroche est particulièrement adaptée aux sujets croisant technique et responsabilité
écologique. Elle ouvre sur une éthique de l’avenir absent.

→ Liaison au corpus : Le Nautilus de Nemo incarne précisément l’irresponsabilité jonassienne : il


exploite et détruit sans égard pour la pérennité du monde marin. La narratrice d’Haushofer, au
contraire, développe spontanément une éthique de la préservation — elle prend soin, ne tue qu’à
contrecoeur. Canguilhem anticipait Jonas : penser le vivant comme porteur de valeurs propres, c’est
déjà lui reconnaître un droit à la permanence.

✶ ✶ ✶

02 Michel Serres — Le Contrat naturel (1990) │ Altérité · Technique · Frontières

« Nous devons signer un contrat naturel de symbiose et de réciprocité avec la nature, où nos rapports avec
les choses laisseraient la maîtrise et la possession pour lécoute, la réciprocité, la contemplation et le respect
»
— Michel Serres, Le Contrat naturel, François Bourin, 1990

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– Quel nouveau rapport à la nature la crise écologique nous impose-t-elle de concevoir ?
– La maîtrise de la nature est-elle compatible avec sa connaissance véritable ?
– Peut-on penser la nature comme partenaire plutôt que comme objet ?
✎ Commentaire rhétorique : Michel Serres mobilise la métaphore juridique du contrat — figuration
du lien social chez Rousseau — pour l’étendre à la nature elle-même. Ce geste conceptuel audacieux
rompt avec la tradition qui fait de la nature un objet passif. Accroche originale car elle introduit un
vocabulaire politique dans un sujet littéraire et philosophique.

→ Liaison au corpus : Canguilhem montrerait que ce « contrat » existe déjà biologiquement : le


vivant négocie constamment avec son milieu. La narratrice d’Haushofer le signe littéralement — elle
co-existe, nourrit, préserve. Nemo, lui, refuse tout contrat : son rapport à la mer est celui de la prise,
de la domination — exactement ce que Serres dénonce.

✶ ✶ ✶
03 Jacques Monod — Le Hasard et la Nécessité (1970) │ Connaissance · Temps · Altérité

« L’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers d’où il a émergé par hasard.
Ni son destin, ni son devoir ne sont écrits nulle part »
— Jacques Monod, Le Hasard et la Nécessité, Éd. du Seuil, 1970

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– La science biologique contemporaine ruine-t-elle toute signification de l’expérience de la nature
?
– L’indéterminisme du vivant nous condamne-t-il à la solitude, ou nous libère-t-il ?
– Peut-on vivre avec une nature qui n’a pas de sens préétabli pour l’homme ?

✎ Commentaire rhétorique : Prix Nobel de médecine 1965, Monod tire des conclusions
philosophiques radicales de la biologie moléculaire : la vie est le produit du hasard et de la nécessité
biochimique, non d’une finalité divine ou naturelle. Cette accroche crée une tension immédiate entre
la rigueur scientifique et le besoin humain de sens. Particulièrement efficace pour les sujets sur la
connaissance.

→ Liaison au corpus : Canguilhem, qui fut précisément le rapporteur de la thèse de Monod,


répondrait que le hasard n’épuise pas le vivant : même issu du hasard, le vivant instaure des normes
qui lui sont propres. Haushofer illustre la solitude dans un univers sans sens préétabli — mais elle
invente du sens malgré tout. Nemo est un Monod romanesque : il sait que la nature est aveugle et y
répond par une volonté solitaire.

✶ ✶ ✶

04 Jean-Paul Sartre — L’Être et le Néant (1943) │ Connaissance · Altérité · Frontières


humain/animal

« L’en-soi est ce qu’il est. Il est ce qu’il est sans raison, sans cause et sans nécessité [...] La conscience, au
contraire, est ce qu’elle n’est pas et n’est pas ce qu’elle est »
— Jean-Paul Sartre, L’Être et le Néant, Gallimard, 1943, Introduction, §3

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– La nature — être massif, opaque, sans conscience — est-elle radicalement étrangère à l’homme
?
– L’expérience de la nature est-elle une expérience de l’altérité absolue ou un retour à soi-même ?
– La conscience humaine peut-elle vraiment « fusionner » avec la nature, ou y reste-t-elle toujours
extérieure ?

✎ Commentaire rhétorique : La distinction sartrienne entre l’en-soi (les choses, la nature) et le pour-
soi (la conscience, l’homme) offre une grille conceptuelle d’une grande puissance pour penser la
relation homme-nature. Elle permet de problématiser l’idée romantique d’une fusion avec la nature,
en montrant que la conscience en est toujours déjà séparée.

→ Liaison au corpus : Canguilhem hérite de cette tension sans la résoudre : le vivant est à la frontière
de l’en-soi et du pour-soi. La narratrice d’Haushofer vit cette aporie : elle se sent proche de la nature
mais ne peut jamais cesser d’être une conscience qui observe, juge, écrit. Nemo, lui, veut abolir la
distance sartrienne — devenir l’océan — mais demeure irréductiblement un pour-soi revoluté.

✶ ✶ ✶
05 Philippe Descola — Par-delà nature et culture (2005) │ Frontières · Connaissance · Altérité

« La partition de la nature et de la culture n’est pas une donnée universelle de la pensée humaine, mais
l’expression d’une ontologie particulière, propre à l’Occident moderne »
— Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Gallimard, 2005, Introduction

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– La distinction entre nature et culture est-elle universelle ou historiquement et culturellement
située ?
– Ce que nous appelons « expérience de la nature » présuppose-t-il un découpage du monde
spécifiquement occidental ?
– Peut-on penser la nature autrement qu’en l’opposant à l’humain ?

✎ Commentaire rhétorique : Descola, anthropologiste et professeur au Collège de France, montre


que seuls les Occidentaux modernes séparent radicalement la nature de la culture. D’autres ontologies
— l’animisme, le totémisme, l’analogisme — organisent autrement les rapports entre humains et non-
humains. Cette accroche est particulièrement déstabilisatrice car elle met en cause l’évidence même du
sujet.

→ Liaison au corpus : Canguilhem, de façon moins explicite, suggère la même chose : la biologie
mécaniste est un choix ontologique, pas une vérité immédiate. Haushofer, privée de la culture
occidentale, développe un rapport à la nature plus proche de l’animisme descoléen : elle communique
avec les animaux, ressent les plantes, vit dans un monde non partagé.

✶ ✶ ✶

06 Gilles Deleuze & Félix Guattari — Mille Plateaux (1980) │ Frontières humain/animal ·
Altérité · Écriture

« Devenir-animal, c’est participer à un mouvement, tracer une ligne de fuite dans toute sa positivité, franchir
un seuil, atteindre un continuum d’intensités qui ne valent que pour elles-mêmes »
— Gilles Deleuze & Félix Guattari, Mille Plateaux, Éd. de Minuit, 1980, Plateau 10

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– L’expérience de la nature permet-elle à l’homme de se défaire de son identité fixée ?
– Qu’est-ce que « devenir-animal » — et est-ce désirable ou dangereux ?
– La proximité avec l’animal révèle-t-elle quelque chose d’irréductible à la conscience humaine ?
✎ Commentaire rhétorique : Le concept deleuzo-guattarien de « devenir-animal » est l’un des plus
feconds et des plus provocateurs de la philosophie contemporaine. Il ne s’agit pas d’imiter l’animal
mais de tracer un « plan de consistance » où les frontières entre espèces deviennent poreuses. Accroche
audacieuse, réservée aux étudiants à l’aise avec la philosophie délirante.

→ Liaison au corpus : La narratrice du Mur invisible vit un « devenir-animal » au sens deleuzien :


elle adopte les rythmes, les vigilances, les perceptions de ses animaux. Canguilhem dirait que c’est
biologiquement fondé : il n’y a pas de rupture absolue entre les formes du vivant. Nemo, lui, ne «
devient pas » l’océan — il veut le dominer, ce qui est l’opposé du devenir deleuzien.

✶ ✶ ✶
07 Peter Singer — La Libération animale (1975) │ Frontières humain/animal · Altérité · Éthique

« La question n’est pas : peuvent-ils raisonner ? ni : peuvent-ils parler ? mais : peuvent-ils souffrir ? »
— Peter Singer, Animal Liberation, 1975, citant Jeremy Bentham, «Introduction to the
Principles of Morals and Legislation» (1789)

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– Sur quelle base peut-on établir une frontière éthique entre l’humain et l’animal ?
– La souffrance animale constitue-t-elle une obligation morale envers les autres vivants ?
– L’expérience de la nature peut-elle fonder une éthique non anthropocentrique ?

✎ Commentaire rhétorique : La formule de Bentham, relayée par Singer, est peut-être la citation
philosophique la plus connue sur la question animale. Elle déplace radicalement le critère de
considération morale : non plus la raison ou le langage (privilèges humains), mais la capacité à souffrir,
partagée par de nombreux animaux. Accroche particulièrement efficace pour ouvrir un sujet sur les
frontières entre humain et animal.

→ Liaison au corpus : Dans Le Mur invisible, la narratrice découvre intuitivément ce que Singer
théorise : elle perçoit la souffrance de ses animaux et en est transformée. Canguilhem offrirait une base
biologique à cet argument : la normativité vitale implique que tout vivant éprouve son milieu comme
favorable ou défavorable. Aronnax, face aux cétacés tués, frole cette question sans y répondre.

✶ ✶ ✶

08 Baptiste Morizot — Sur la piste animale (2018) │ Altérité · Connaissance · Écriture

« Lire les traces, c’est apprendre à entrer dans le monde depuis un autre point de vue que le sien — c’est
accepter que le monde soit habité par des intelligences qui ne sont pas les nôtres »
— Baptiste Morizot, Sur la piste animale, Actes Sud, 2018

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– Peut-on accéder à la perspective de l’animal — et si oui, que nous apprend-elle sur nous-mêmes
?
– La connaissance de la nature exige-t-elle un décentrement radical du sujet humain ?
– Qu’est-ce qu’une écriture qui rend justice à l’altérité du vivant ?
✎ Commentaire rhétorique : Morizot, philosophe et pisteur, développe une épistémologie du
décentrement : connaître la nature, c’est apprendre à ne pas toujours être le centre. Sa prose, à la
frontière de la philosophie et du récit de nature, offre un modèle d’écriture qui fait partie du
questionnement. Accroche particulièrement adaptée aux sujets croisant écriture et connaissance.

→ Liaison au corpus : La narratrice du Mur invisible est une pistéuse malgré elle : elle lit les traces
de Lynx, comprend les réactions de Bull, déchiffre les signaux des saisons. Morizot permettrait de lire
Haushofer comme un traité d’éthologie vécu. Canguilhem théorise ce que Morizot pratique : connaître
le vivant, c’est connaître ses normes propres — et non lui imposer les nôtres.

✶ ✶ ✶
09 Emanuele Coccia — La Vie des plantes (2016) │ Altérité · Frontières · Connaissance

« Les plantes sont des êtres du milieu : elles ne se contentent pas de vivre dans le monde, elles produisent
autour d’elles un monde, leur propre monde »
— Emanuele Coccia, La Vie des plantes. Une métaphysique du mélange, Rivages, 2016

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– Le vivant végétal révèle-t-il une forme d’existence radicalement étrangère à l’humain ?
– Qu’est-ce qu’un milieu — et qui le définit : l’organisme ou l’environnement ?
– Peut-on étendre la notion d’expérience aux êtres vivants non conscients ?

✎ Commentaire rhétorique : Coccia renouvelle radicalemént la philosophie de la nature en prenant


les plantes comme objet central — ces êtres longtemps méprisés car immobiles, muets, dépourvus de
conscience. Sa notion de « milieu » — atmosphère, mélange, immersion — fait écho à celle de
Canguilhem. Accroche originale qui ouvre sur des pans méconnus de la philosophie contemporaine
de la nature.

→ Liaison au corpus : Canguilhem avait déjà pensé le rapport organisme/milieu comme constitutif
du vivant. Coccia radicalise cette intuition. Dans Le Mur invisible, les plantes — jardins, forêts, prairie
— ne sont pas décors mais agents : elles produisent le milieu dans lequel la narratrice vit. Le monde
sous-marin de Verne est lui aussi un milieu au sens cocciaën : il enveloppe, modifie, transforme.

✶ ✶ ✶

10 Donna Haraway — Manifeste des espèces compagnes (2003) │ Frontières humain/animal


· Technique · Altérité

« Les espèces compagnes nous rappellent que nous avons co-évolué avec d’autres êtres depuis toujours, et
que nos identités sont le produit de ces co-évolutions »
— Donna Haraway, The Companion Species Manifesto, Prickly Paradigm Press, 2003 (trad.
fr.)

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– L’identité humaine est-elle séparable de ses relations avec les autres espèces ?
– La co-évolution avec les animaux domestiques nous apprend-elle quelque chose sur la nature de
l’homme ?
– Peut-on penser la nature comme un tissu de relations plutôt que comme un objet ?
✎ Commentaire rhétorique : Haraway, philosophe des sciences féministe, pense le vivant en termes
de relations plutôt que d’essences. Sa notion de « making kin » — tisser des liens avec le non-humain
— est une réponse à la crise écologique. Cette accroche est particulièrement frappante pour les sujets
sur les frontières humain/animal. Elle déplace la question de l’essence vers celle de la relation.

→ Liaison au corpus : Le Mur invisible est un manifeste des espèces compagnes avant la lettre : la
relation avec Lynx, Bull et la vache Bella constitue littéralement l’identité de la narratrice. Canguilhem
dirait que cette co-évolution est biologiquement fondée : l’organisme et son milieu se définissent
mutuellement.

✶ ✶ ✶
11 Bruno Latour — Nous n’avons jamais été modernes (1991) │ Frontières · Technique ·
Connaissance

« Les modernes ont cru purifier la nature de tout élément humain, et la société de tout élément naturel.
Mais en pratique, ils n’ont fait que multiplier les hybrides de nature et de culture »
— Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes, La Découverte, 1991

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– La distinction moderne entre nature et culture est-elle théoriquement cohérente — ou masque-
t-elle une réalité plus complexe ?
– La technique produit-elle des hybrides de nature et de culture qui brouillent toutes nos catégories
?
– Peut-on encore penser une « pure » expérience de la nature ?

✎ Commentaire rhétorique : Latour montre que la modernité repose sur une « Constitution » qui
sépare radicalement nature et culture, mais que cette séparation est fondamentalement illusoire — la
pratique scientifique et technique produit continuellement des « quasi-objets » qui appartiennent aux
deux règnes. Accroche très efficace pour les sujets épistémologiques.

→ Liaison au corpus : Canguilhem, qui pense la technique comme « fait biologique », préfigure
Latour : il n’y a pas de nature pure en dehors de la technique qui la construit. Le Nautilus est un hybride
latourien par excellence. Et la situation d’Haushofer, en apparence « retour à la nature pure », est en
réalité structurée par des outils, des savoirs, une mémoire culturelle.

✶ ✶ ✶

12 Albert Schweitzer — Révérence pour la vie (1923–1931) │ Frontières humain/animal ·


Éthique · Altérité

« Je suis une vie qui veut vivre, au milieu d’autres vies qui veulent vivre »
— Albert Schweitzer, Ma vie et ma pensée, Albin Michel, 1960 (formulation de 1923)

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– Le fait d’être vivant suffit-il à fonder une éthique du respect envers tous les êtres vivants ?
– Peut-on étendre la notion de « vouloir-vivre » à l’ensemble du vivant — y compris les plantes ?
– L’expérience de la nature nous impose-t-elle une révérence, ou est-ce une projection
anthropomorphe ?
✎ Commentaire rhétorique : Schweitzer — médecin, philosophe, musicologue et Prix Nobel de la
paix 1952 — développe une éthique fondée sur la « révérence pour la vie » (Ehrfurcht vor dem Leben).
Sa formule est d’une simplicité et d’une profondeur rares : elle fait du vouloir-vivre spinoziste la base
d’une éthique universelle. Accroche particulièrement adaptée aux sujets sur la frontière
humain/animal.

→ Liaison au corpus : Canguilhem avait un concept proche sans le nommer ainsi : la normativité
vitale est précisément ce « vouloir-vivre » que Schweitzer détecte dans chaque être. Haushofer en fait
l’expérience : elle reconnaîtt dans ses animaux une même volonté de persister, de croitre, de s’affirmer.
Cette reconnaissance est le fondement de son éthique de la préservation.

✶ ✶ ✶
13 Aldo Leopold — Almanach d’un comté des sables (1949) │ Technique · Éthique ·
Connaissance

« Une chose est juste quand elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté
biotique. Elle est injuste quand elle tend à l’inverse »
— Aldo Leopold, A Sand County Almanac, Oxford University Press, 1949 (trad. fr. Anna
Gibson Gasc)

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– La nature peut-elle être le fondement d’une éthique — une éthique de la terre ?
– L’homme a-t-il des devoirs envers la « communauté biotique » à laquelle il appartient ?
– Peut-on penser une éthique de la nature indépendamment d’une éthique de l’homme ?

✎ Commentaire rhétorique : Leopold, écologiste américain fondateur de l’écologie comme


discipline scientifique et éthique, formule ici la première éthique environnementale moderne. Sa notion
de « communauté biotique » étend le cercle de la considération morale à l’ensemble du vivant. Accroche
originale et inattendue en CPGE.

→ Liaison au corpus : Canguilhem offrirait à Leopold une base philosophique : si chaque vivant est
porteur de normes propres, il appartient à une « communauté normative » qui dépasse l’espèce
humaine. La narratrice du Mur invisible vit selon l’éthique de Leopold sans le savoir : elle préserve
l’intégrité du petit écosystème dont elle est responsable. Le Nautilus, lui, la viole systématiquement.

✶ ✶ ✶

14 Rachel Carson — Printemps silencieux (1962) │ Technique · Altérité · Temps

« Dans la nature, rien n’existe de manière isolée. Pour comprendre les pes… pour comprendre le monde
vivant, il faut apprendre à penser en termes de relations »
— Rachel Carson, Silent Spring, Houghton Mifflin, 1962 (trad. fr. Jean-Marie Pelt)

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– La technique moderne rompt-elle des équilibres naturels que la connaissance scientifique elle-
même ne peut réparer ?
– La prise de conscience écologique modifie-t-elle notre manière de connaître la nature ?
– L’expérience de la nature est-elle fondamentalement une expérience des relations et non des êtres
isolés ?
✎ Commentaire rhétorique : Biologiste marine américaine, Carson publie en 1962 l’ouvrage
fondateur de l’écologie politique moderne. Son argument central est celui de l’interdependance : aucun
être vivant ne peut être compris hors de ses relations. Accroche particulièrement adaptée aux sujets
sur la technique et sur la connaissance — deux thèmes que Carson lie indissolublement.

→ Liaison au corpus : Canguilhem pense dans les mêmes termes : le vivant et son milieu sont co-
définis. Carson radicalise cette intuition sur le plan écologique. La narratrice d’Haushofer découvre
empiriquement ce que Carson formule théoriquement : toucher un élément de la chaîne vivante, c’est
toucher à l’ensemble.

✶ ✶ ✶
15 Primo Levi — Le Système périodique (1975) │ Écriture · Connaissance · Temps

« La chimie est l’art de séparer, peser et distinguer : ce sont trois exercices utiles aussi pour qui veut décrire
des faits ou donner corps à sa fantaisie »
— Primo Levi, Le Système périodique, Einaudi, 1975 (trad. Martine Schruoffeneger, Albin
Michel, 1987)

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– La connaissance scientifique de la nature et l’écriture littéraire partagent-elles les mêmes outils
intellectuels ?
– Écrire sur la nature, est-ce toujours à la fois écrire sur soi ?
– La précision du langage scientifique peut-elle devenir une exigence littéraire ?

✎ Commentaire rhétorique : Chimiste rescapé d’Auschwitz, Primo Levi construit dans ce chef-
d’oeuvre une autobiographie organisée par les éléments du tableau de Mendéleïev. Sa formule sur la
chimie comme art de la distinction est très productive pour les sujets sur l’écriture : elle montre que
science et littérature partagent un même rapport à la réalité.

→ Liaison au corpus : Canguilhem pratiquerait volontiers cette même maxime : la philosophie du


vivant est elle aussi un art de séparer (le normal du pathologique), de peser (les valeurs vitales) et de
distinguer (l’organisme du milieu). Haushofer écrit son journal de la même façon — avec une précision
quasi chimique dans l’observation du réel.

✶ ✶ ✶

16 Paul Valéry — Eupalinos ou l’Architecte (1923) │ Technique · Écriture · Connaissance

« Ce que l’homme fait de mieux est ce qu’il est forcé de faire. Toute création est une réponse à une contrainte
»
— Paul Valéry, Eupalinos ou l’Architecte, Gallimard, 1923

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– La contrainte de la nature est-elle un obstacle ou une condition de possibilité de la création ?
– La technique humaine est-elle une réponse à la nature ou une émancipation à son égard ?
– Écrire sur la nature, est-ce toujours déjà lui opposer une forme — lui faire violence ?
✎ Commentaire rhétorique : Valéry pense ici la création — architecturale, technique, artistique —
comme réponse à la contrainte plutôt que comme libération. Cette inversion de la relation
nature/liberté est productrice : elle permet de penser la technique non comme domination de la nature
mais comme dialogue avec ses exigences. Accroche adaptée à tous les sujets croisant technique et
création.

→ Liaison au corpus : La narratrice du Mur invisible est forcée : c’est la contrainte absolue qui révèle
ses capacités. Canguilhem dirait que la vie elle-même fonctionne ainsi — la maladie, la contrainte, est
le creuset où se définit la normativité vitale. Nemo, au contraire, refuse la contrainte et cherche une
liberté absolue — ce qui, selon Valéry, produit non la création mais l’arbitraire.

✶ ✶ ✶
17 Edgar Morin — La Méthode. La Nature de la Nature (1977) │ Connaissance · Frontières ·
Temps

« La nature est un phénomène organisateur : elle ne cesse de produire de l’organisation à partir du désordre,
de créer de la complexité à partir du chaos »
— Edgar Morin, La Méthode, t. 1 : La Nature de la Nature, Le Seuil, 1977

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– La nature est-elle fondamentalement ordre ou désordre — ou les deux indissociablement ?
– La complexité du vivant peut-elle être saisie par une méthode unique ou exige-t-elle une « pensée
complexe » ?
– La connaissance de la nature suppose-t-elle de renoncer à la simplification ?

✎ Commentaire rhétorique : Morin fonde sa « pensée complexe » sur le rejet du réductionnisme :


connaître la nature, c’est accepter la contradiction, le désordre, l’incertitude. Cette accroche est
particulièrement efficace pour ouvrir des sujets épistémologiques et permet d’introduire Canguilhem
comme précurseur de cette pensée de la complexité vitale.

→ Liaison au corpus : Canguilhem est l’un des premiers à avoir montré que le vivant ne peut être
compris par la physique newtonienne — il est irréductiblement complexe. Le monde sous-marin de
Verne illustre cette complexité : l’océan résiste à toute classification simple. Et la vie de la narratrice
d’Haushofer, en apparence réduite à l’essentiel, révèle une complexité croissante.

✶ ✶ ✶

18 Roland Barthes — Mythologies (1957) │ Écriture · Connaissance · Altérité

« Le mythe a pour charge de fonder une intention historique en nature, une contingence en éternité »
— Roland Barthes, Mythologies, Le Seuil, 1957 (« Le mythe aujourd’hui »)

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– Nos representations de la nature sont-elles « naturelles » ou toujours déjà culturelles et
idéologiques ?
– Peut-on écrire sur la nature sans produire des mythes — c’est-à-dire sans naturaliser des choix
culturels ?
– L’écriture de la nature révèle-t-elle autant sur son époque que sur la nature elle-même ?
✎ Commentaire rhétorique : Barthes démonte les « mythologies » de la culture bourgeoise — c’est-
à-dire les représentations qui font passer pour naturel ce qui est historique et idéologique. Appliquée
à la nature, cette analyse est dévastante : ce que nous appelons « nature » est toujours déjà un mythe
culturel. Accroche très adaptée aux sujets sur l’écriture et la représentation.

→ Liaison au corpus : Verne construit un mythe de la nature sous-marine — puissante, mystérieuse,


conquise par la science. Ce mythe répond à des attentes culturelles précises du XIXe siècle.
Canguilhem, en philosophe critique, démonte lui aussi le mythe mécaniste du vivant. Haushofer, à
rebours, écrit une nature démythologisée — dure, indifférente, sans grandeur romantique.

✶ ✶ ✶
19 Simone de Beauvoir — Le Deuxième Sexe (1949) │ Frontières · Connaissance · Solitude

« On ne naît pas femme : on le devient. Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure
que revêt au sein de la société la femelle humaine »
— Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, Gallimard, 1949, t. II, chapitre I

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– Ce que nous attribuons à la « nature » humaine est-il biologiquement déterminé ou socialement
construit ?
– La nature est-elle une instance de libération ou au contraire d’assignation à un destin ?
– L’expérience de la nature peut-elle être un lieu de réinvention de soi — ou reproduit-elle les
déterminismes ?

✎ Commentaire rhétorique : La formule de Beauvoir est l’une des plus célèbres de la philosophie
du XXe siècle. Elle peut être généralisée bien au-delà de son contexte féministe originel : « on ne naîtt
pas …, on le devient » vaut pour toute identité prétenduement « naturelle ». Accroche particulièrement
adaptée aux sujets sur la frontière nature/culture et nature humaine.

→ Liaison au corpus : La narratrice du Mur invisible « devient » ce qu’elle est sous la contrainte de
la nature : ni femme de la ville, ni sauvage, elle invente une identité nouvelle. Canguilhem confirmerait
: le vivant est toujours devenir, jamais être fixé. Beauvoir et Canguilhem partagent ce refus du
naturalisme comme destin.

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20 Yuval Noah Harari — Sapiens (2011) │ Technique · Frontières humain/animal · Temps

« L’homme moderne a si radicalement transformé la planète qu’il est devenu la principale force géologique
et écologique de la Terre, réduisant à néant les écosystèmes et les espèces que des milliards d’années
d’évolution avaient produits »
— Yuval Noah Harari, Sapièns. Une brève histoire de l’humanité, Albin Michel, 2015 (trad.
P.-E. Dauzat)

⬛ PROBLÉMATIQUE(S) à exploiter :
– La domination technique de la nature par l’homme est-elle une conséquence inévitable de la cog-
nition humaine ?
– L’homme est-il une espèce parmi d’autres ou une rupture dans l’histoire du vivant ?
– L’expérience de la nature à l’ère de l’Anthropocène est-elle encore possible — et que signifie-t-
elle ?

✎ Commentaire rhétorique : Harari situe la domination humaine de la nature dans une perspective
d’histoire longue. Sa thèse sur l’Anthropocène — l’homme comme force géologique — permet
d’ouvrir une réflexion sur le paradoxe de notre époque : plus nous connaissons la nature, plus nous la
détruisons. Accroche contemporaine et immédiatement parlante pour les étudiants.

→ Liaison au corpus : Canguilhem écrivait avant l’Anthropocène, mais sa philosophie du vivant


comme porteur de normes propres l’anticipe éthiquement. Verne illustre le moment charnière : le
XIXe siècle où la science devient pouvoir absolu sur la nature. Haushofer imagine — peut-être
prophétiquement — le monde après : quand la civilisation s’est effondrée et qu’il faut, seul, renouer
avec le vivant.

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