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Maths

Ce chapitre traite des concepts fondamentaux de l'algèbre linéaire, y compris les espaces vectoriels, les sous-espaces vectoriels, et les familles génératrices. Il présente des définitions, propriétés et exemples pour illustrer les notions de dimension, de bases et de combinaisons linéaires. Les sections abordent également les sous-espaces engendrés et les conditions nécessaires pour qu'une partie soit un sous-espace vectoriel.

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Ce chapitre traite des concepts fondamentaux de l'algèbre linéaire, y compris les espaces vectoriels, les sous-espaces vectoriels, et les familles génératrices. Il présente des définitions, propriétés et exemples pour illustrer les notions de dimension, de bases et de combinaisons linéaires. Les sections abordent également les sous-espaces engendrés et les conditions nécessaires pour qu'une partie soit un sous-espace vectoriel.

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Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

Table des matières

1 Définitions 2

2 Sous-espaces vectoriels 3
2.1 Caractérisation d’un sous-espace vectoriel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
2.2 Sous-espace vectoriel engendré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4

3 Famille génératrice, libre et bases 5


3.1 Famille génératrice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
3.2 Famille libre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
3.3 Bases . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9

4 Espace vectoriel de dimension finie 10


4.1 Théorème de la base incomplète . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
4.2 Dimension d’un K-ev. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
4.3 Dimension d’un sous-espace vectoriel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
4.4 Espace produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
4.5 Rang d’une famille de vecteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
4.6 Famille échelonnée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16

5 Somme d’une famille de sous-espaces vectoriels 17


5.1 Somme de deux sous-espaces vectoriels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
5.2 Somme d’une famille finie de sous-espaces vectoriels . . . . . . . . . . . . . 20
5.3 Dimension de la somme de sous-espaces vectoriels . . . . . . . . . . . . . . 21

6 Hyperplans 22

1
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

Introduction
Ce chapitre est consacré à l’algèbre linéaire. Nous traiterons les espaces vectoriels.

1 Définitions

Définition [Link] (Espace vectoriel)

Soit K un corps commutatif.


(E, +, ·) est dit K-espace vectoriel (ou K-ev.) lorsque :
1. (E, +) est un groupe abélien.
2. · : K×E → E est une loi de composition externe (LCE), donc une application
vérifiant :
— ∀λ, µ ∈ K, ∀u ∈ E, (λ + µ) · u = λ · u + µ · u.
— ∀λ ∈ K, ∀u, v ∈ E, λ · (u + v) = λ · u + λ · v.
— ∀λ, µ ∈ K, ∀u ∈ E, (λµ) · u = λ · (µ · u).
— ∀u ∈ E, 1 · u = u.

Attention
Il faut faire attention à ne pas confondre les notations + et · dans E et K.

Propriété [Link]
Soit E un K-ev. Alors :
— ∀x ∈ E, ∀α ∈ K, α · x = 0E ⇐⇒ α = 0K ou x = 0E .
— ∀x ∈ E, −1K · x = −x.

Remarque [Link]
1. On déduit de la première et deuxième propriété de la définition et de la
deuxième propriété précédente que :
(
(α − β) · x = α · x − β · x
∀α, β ∈ K, ∀x, y ∈ E,
α · (x − y) = α · x − α · y

2. Les éléments de E sont appelés des vecteurs, les éléments de K sont appelés
des scalaires.

Exemple [Link]
1. Si K est un corps commutatif, alors Kn avec n ∈ N∗ est un K-ev avec les lois
de composition suivantes :
— ∀u = (u1 , . . . , un ), v = (v1 , . . . , vn ) ∈ Kn , u + v = (u1 + v1 , . . . , un + vn ).
— ∀λ ∈ K, ∀u = (u1 , . . . , un ) ∈ Kn , λ · u = (λ · u1 , . . . , λ · un ).
2. Si E est un corps et K est un sous-corps commutatif de E, alors E est un K-ev

2
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

dont la loi de composition externe est la multiplication de E. Par exemple, C


est un R-ev.
K × E → E, (λ, x) 7→ λ · x = λx
3. Si K est un corps commutatif et D est un ensemble non-vide, alors (KD , +, ·)
est un K-ev, avec :
( (
D → K D→K
∀x, y ∈ KD , ∀λ ∈ K, x + y : λ·x :
t 7→ x(t) + y(t) t 7→ λ · x(t)

2 Sous-espaces vectoriels

Définition [Link]
Soit E un K-ev, et soit F une partie de E.
On dit que F est un sous-espace vectoriel (sous-ev.) de E lorsque F est lui-même
un K-ev pour les lois de composition induites par celles de E.

2.1 Caractérisation d’un sous-espace vectoriel

Propriété [Link] (Caractérisation d’un sous-espace vectoriel)

Soit E un K-ev, et soit F une partie de E.


Les propriétés suivantes sont équivalentes :
1. F est un sous-ev. de E.
2. F ̸= ∅, et pour tous x, y ∈ F et α, β ∈ K, on a αx + βy ∈ F .
3. 0E ∈ F , et pour tous x, y ∈ F et λ ∈ K, on a λx + y ∈ F (très pratique pour
montrer que F est un sous-ev. de E).

Exemple [Link]

— Soient E un K-ev. et a ∈ E \ {0E }. L’ensemble K · a = {λ · a | λ ∈ K} est


appelé la droite vectorielle engendrée par a, et est un sous-ev. de E.
— F = {(x, y) ∈ R2 | xy = 0} n’est pas un sous-ev. de R2 , parce que (1, 0) et
(0, 1) sont dans F , mais pas leur somme (1, 1).
Soit a = (a1 , . . . , an ) ∈ Kn . On pose H = {x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Kn |
— P
n
i=1 ai xi =P0}. Alors H est un sous-ev. de Kn , appelé l’hyperplan de Kn
n
d’équation i=1 ai xi = 0.
▷ On a bien H ⊂ Kn .
▷ On a ni=1 ai · 0K = 0K , donc 0Kn ∈ H.
P

▷ PSoient x = (x1 , . . . , Pxn ), y = (yP1 , . . . , yn ) ∈ H, et λ ∈ K. Alors


n n n
a
i=1 i (λxi + y ) = λ a x + a y = 0K , donc λx + y ∈ H.
Pi n i=1 i i Pn i i
i=1
▷ Et on a bien i=1 ai (λxi + yi ) = λ i=1 ai xi + ni=1 ai yi = 0K , donc
P
λx + y ∈ H.
▷ Donc H est un sous-ev. de Kn .

3
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

— C n (I, K) est un sous-ev. de KI .


— K[X] est un sous-ev. de KN .
— Kn [X] est un sous-ev. de K[X].

Propriété [Link]
Soit E un K-ev.
T
1. Si (Fi )i∈I est une famille de sous-ev. de E, alors i∈I Fi est un sous-ev. de E.
2. Soient F , G deux sous-ev. de E. Alors F ∪ G est un sous-ev. de E si et
seulement si F ⊂ G ou G ⊂ F .

2.2 Sous-espace vectoriel engendré

Définition [Link] (Sous-espace vectoriel engendré)

Soient E un K-ev. et A une partie de E.


\
F
F sev. de E
A⊂F

est appelé sous-espace vectoriel engendré par A, et est noté Vect(A).

Propriété [Link]
Il s’agit du plus petit sous-ev. de E contenant A.

Remarque [Link]

1. Si F = Vect(A), alors on dit que A est une partie génératrice de F .


2. Vect(∅) = {0E }, et Vect({x}) = K · x.
3. Important : Soit E un K-ev. et A une partie non-vide de E.
n
X
x ∈ Vect(A) ⇐⇒ ∃n ∈ N∗ , ∃a1 , . . . , an ∈ A, ∃λ1 , . . . , λn ∈ K | x = λi ai
i=1
Pn
Le terme i=1 λi ai est appelé une combinaison linéaire de a1 , . . . , an .
i.e. Vect(A) = { ni=1 λi ai tel que n ∈ N∗ , a1 , . . . , an ∈ A, λ1 , . . . , λn ∈ K}.
P

Exemple [Link]

1. SiPA = {a1 , . . . , an }, alors Vect(A) est noté Vect(a1 , . . . , an ), et est égal à


{ ni=1 λi ai tel que λ1 , . . . , λn ∈ K}.
2. Soit F = {(x, y, z) ∈ R3 tels que x − 2y + z = 0}.
a) On a F = {(2y − z, y, z) tels que y, z ∈ R}.
b) Donc F = {y(2, 1, 0) + z(−1, 0, 1) tel que y, z ∈ R}.

4
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

c) Donc F = Vect((2, 1, 0), (−1, 0, 1)).


n
3. On
Pn a K = {x = (x1 , . . . , xn ) tel que x1 , . . . , xn ∈ K} =
{ i=1 xi ei tel que x1 , . . . , xn ∈ K}, où ei est le vecteur de Kn dont la i-ème
composante est égale à 1K , et les autres composantes sont égales à 0K (donc
1 , 0, . . . , 0)).
ek = (0, . . . , 0, |{z}
k

4. K[X] = Vect (X k )k∈N .
Pd
a) En effet, ∃d ∈ N, ∃α0 , . . . , αd ∈ K tel que P = k=0 αk X k .

5. Kn [X] = Vect(1, X, . . . , X n ) = Vect (X k )0≤k≤n .
6. F = {f ∈ C ∞ (R, R) telle que f ′′ + 2f ′ − 3f = 0}
a) Donc F = {f : t 7→ αet + βe−t tel que α, β ∈ R}
b) Donc F = Vect(et , e−t ).

Propriété [Link]
Soient E un K-ev. et A, B deux parties de E. Alors :
1. Vect(A) = A ⇐⇒ A est un sous-ev. de E.
2. Vect(Vect(A)) = Vect(A).
3. A ⊂ B ⇒ Vect(A) ⊂ Vect(B).
(
A ⊂ Vect(B)
4. Vect(A) = Vect(B) ⇐⇒ .
B ⊂ Vect(A)

3 Famille génératrice, libre et bases


3.1 Famille génératrice

Définition [Link]
Soient E un K-ev. et (ei )i∈I une famille d’éléments de E.
On dit que (ei )i∈I est une famille génératrice de E lorsque Vect(ei , i ∈ I) = E.
card(J)
P lorsque ∀x ∈ E, ∃J sous-ensemble fini de I, ∃(λj )j∈J ∈ K
i.e. tel que x =
λ e
j∈J j j .
Note : on ne peut pas définir cette famille génératrice à partir de la combinaison
linéaire de tous les éléments de la famille, car il peut y en avoir une infinité.

Remarque [Link]

Si I est fini tel que card(I) = p ∈ N∗ , alors :


p
X
p
(ei )i∈I famille génératrice de E ⇐⇒ ∀x ∈ E, ∃(λk )k∈I ∈ K tels que x = λk ek
k∈I

Si I = {1, . . . , p}, alors :


(e1 , . . . , ep ) famille génératrice de E ⇐⇒ ∀x ∈ E, ∃(λ1 , . . . , λp ) ∈ Kp tel que

5
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

Pp
x= k=1 λk ek

Exemple [Link]

1. Kn = Vect(e1 , . . . , en ), donc (e1 , . . . , en ) (la base canonique) est une famille


génératrice de Kn .
 
2. K[X] = Vect (X k )k∈N , donc (X k )k∈N est une famille génératrice de K[X].
3. Kn [X] = Vect(1, X, . . . , X n ), donc (1, X, . . . , X n ) est une famille génératrice
de Kn [X].

Propriété [Link]
Toute surfamille d’une famille génératrice est une famille génératrice.
i.e. si (ei )i∈I est une famille génératrice de E, et J est un sous-ensemble de I tel
que I ⊂ I ′ , alors (ei )i∈I ′ est une famille génératrice de E.

Exercice [Link]
R1
Montrer que F = {P ∈ R3 [X] tel que 0 P (t) dt = 0} est un sous-ev. de R3 [X],
puis trouver une famille génératrice de F .

3.2 Famille libre

Définition [Link] (Famille libre et famille liée)

Soit E un K-ev.
1. Une famille (ei )1≤i≤n d’éléments de E est dite libre lorsque :
n
X
n
∀(λ1 , . . . , λn ) ∈ K , λi ei = 0E ⇒ ∀i ∈ {1, . . . , n}, λi = 0K
i=1

Dans le cas contraire, la famille est dite liée.


2. S’il y a une infinité d’éléments, une famille (ei )i∈I d’éléments de E est dite
libre lorsque :
X
∀J sous-ensemble fini de I, ∀(λj )j∈J ∈ Kcard(J) , λj ej = 0E ⇒ ∀j ∈ J, λj = 0K
j∈J

Remarque [Link]
1. Toute famille qui contient le 0E est liée, car 1K · 0E = 0E .
(ei )1≤i≤n est liée si et seulement si ∃λ1 , . . . , λn ∈ K, pas tous nuls, tels que
2. P
n
i=1 λi ei = 0E . Cela équivaut aussi à dire que ∃i0 ∈ {1, . . . , n} tel que ei0 ∈
Vect(e1 , . . . , ei0 −1 , ei0 +1 , . . . , en ).

6
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

Conséquence [Link]

On a ∃(λ1 , . . . , λn ) ∈ Kn \ {0nK } tel que nk=1 λk ek = 0.


P
Donc ∃i0 ∈ {1, . . . , n} tel que λi0 ̸= 0, alors :
n
X
ei0 = −λ−1
i0 λk ek ∈ Vect(e1 , . . . , ei0 −1 , ei0 +1 , . . . , en )
k=1
k̸=i0

Exemple [Link]

1. Dans Kn , la famille (e1 , . . . , en ) est libre, car :


n
X
∀λ1 , . . . , λn ∈ K, λk ek = 0E ⇒ ∀k ∈ {1, . . . , n}, λk = 0K
k=1

2. (X k )k∈N est une famille libre de K[X].


• Soit J un sous-ensemble fini de N, par exemple J = {0, . . . , d} tel que
d ∈ N.
Pd k
• Soient λ0 , . . . , λd ∈ K, tels que k=0 λk X = 0E ⇒ ∀k ∈
{0, . . . , d}, λk = 0K (car les polynômes sont égaux si et seulement si
leurs coefficients sont égaux)
3. (X k )0≤k≤n est une famille libre de Kn [X].
4. Soient x0 , . . . , xn ∈ K deux à deux distincts (pour simplifier les calculs). Soit
X−x
lk = nj=0 xk −xjj le polynôme de Lagrange associé à xk . Alors (l0 , . . . , ln ) est
Q
j̸=k
une famille libre de Kn [X].
Soit (λ0 , . . . , λn ) ∈ Kn+1 , tels que nk=0 λk lk = 0E .
P

On a donc ∀i ∈ {0, . . . , n}, nk=0 λk lk (xi ) = λi = 0K .


P
| {z }
=δi,k

Exercice [Link]
Soient P0 , . . . , Pr ∈ Kn [X] tels que r ≤ n, et 0 ≤ deg(P0 ) < · · · < deg(Pr ) ≤ n.
La famille (P0 , . . . , Pr ) est dite famille échelonnée dans Kn [X].
Montrer que (P0 , . . . , Pr ) est une famille libre de Kn [X].
Solution :
Nous allons procéder par récurrence Pr inverse sur k ∈ {0, . . . , r}.
Soient λ0 , . . . , λrP∈ K tels que k=0 λk Pk = 0.
Donc λr Pr = − r−1 k=0 λk Pk .
Si λr ̸= 0, alors :
r−1
!
X
deg(λr Pr ) = deg(Pr ) et deg − λk Pk ≤ max deg(Pk ) = deg(Pr−1 ) < deg(Pr )
0≤k≤r−1
k=0

Ce quiPest absurde, donc λr = 0.


Donc r−1k=0 λk Pk = 0.

7
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

D’après le principe de récurrence, on a λr−1 = 0, puis λr−2 = 0, et ainsi de suite


jusqu’à λ0 = 0.
Solution plus rigoureuse :
Nous allons raisonner par absurde.
• Supposons que (P0 , . . . , Pr ) n’est pas une famille libre de Kn [X].
Pr
• Donc ∃(λ0 , . . . , λr ) ∈ Kr+1 \ {0r+1
K } tel que k=0 λk Pk = 0.
• On pose s = max({k ∈ {0, . . . , r} tel que λk ̸= 0}).
• Donc λs Ps = − s−1
P
k=0 λk Pk et ∀k > s, λk = 0.
Ps
• Donc k=0 λk Pk = 0.
• Donc λs Ps = − s−1
P
k=0 λk Pk .
• Donc deg(λs Ps ) = deg(Ps ), et deg − s−1
P 
k=0 λk Pk ≤ max0≤k≤s−1 deg(Pk ) =
deg(Ps−1 ) < deg(Ps ).
• Ce qui est absurde, donc (P0 , . . . , Pr ) est une famille libre de Kn [X].

Exemple [Link]
On pose ∀α ∈ R,
(
R→R
fα : (fonction exponentielle de base eα ).
x 7→ eαx

(fα )α∈R est une famille libre de RR .


Justification :
• Soit n ∈ N∗ , et soient α1 , . . . , αn ∈ R tels que α1 < · · · < αn .
• On suppose que (fαk )1≤k≤n n’est pas une famille libre de RR .
• Donc ∃(λ1 , . . . , λn ) ∈ Rn \ {0nR } tel que nk=1 λk fαk = 0.
P
Pn αk x
• Donc ∀x ∈ R, k=1 λk e = 0.
• Soit s = max({k ∈ {1, . . . , n} tel que λk ̸= 0}).
• Donc λs ̸= 0 et ∀k > s, λk = 0.
Ps αk x
• Donc ∀x ∈ R, k=1 λk e = 0.
• Donc ∀x ∈ R, λs eαs x = − s−1 αk x
P
k=1 λk e .
(αk −αs )
Ps−1 |{z} x
• Donc ∀x ∈ R, λs = − k=1 λk e ≤0
.
• Par passage à la limite x → +∞, on a λs = 0, ce qui est absurde, donc
(fαk )1≤k≤n est une famille libre de C ∞ (R, R).

Propriété [Link]
Toute sous-famille d’une famille libre est une famille libre.
i.e. si (ei )i∈I est une famille libre de E, et I ′ ⊂ I, alors (ei )i∈I ′ est une famille libre
de E.

8
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

Théorème [Link]
Soient e1 , . . . , en+1 des éléments de E, un K-ev.
(e1 , . . . , en , en+1 ) est une famille libre de E si et seulement si :
(e1 , . . . , en ) est une famille libre de E et en+1 ∈ / Vect(e1 , . . . , en )

3.3 Bases

Définition [Link]
Soient E un K-ev. et (ei )i∈I une famille d’éléments de E.
On dit que (ei )i∈I est une base de E lorsque :
1. (ei )i∈I est une famille libre de E.
2. (ei )i∈I est une famille génératrice de E.

Exemple [Link]

1. (e1 , . . . , en ) est une base de Kn .


2. (X k )k∈N est une base de K[X].
3. (1, X, . . . , X n ) est une base de Kn [X].
4. Soient x0 , . . . , xn ∈ K deux à deux distincts. Alors les polynômes de Lagrange
associés à x0 , . . . , xn forment une base de Kn [X].
• En effet, on sait déjà que (l0 , . . . , ln ) est une famille libre de Kn [X] (voir
l’exemple 5).
• Montrons maintenant qu’il s’agit d’une famille génératrice.
▷ Soit P ∈ Kn [X], alors deg(P ) ≤ n, donc P est déterminé par ses
valeurs en n + 1 points distincts, par exemple x0 , . . . , xn .
Pn
▷ Donc P ∀k ∈ {0, . . . , n}, P (xk ) = i=0 P (xi )li (xk ) = P (xk ), donc
n
P = i=0 P (xi )li , donc (l0 , . . . , ln ) est une famille génératrice de
Kn [X].
▷ Sinon, on peut poser Q = ni=0 P (xi )li , calculer sa différence avec
P
P , montrer qu’il admet n + 1 racines distinctes, et conclure que la
différence est nulle, donc P = Q.
▷ Donc ∀P ∈ Kn [X], P ∈ Vect(l0 , . . . , ln ), donc (l0 , . . . , ln ) est une
famille génératrice de Kn [X].

Propriété [Link]
Soit E un K-ev.
1. B = (e1 , . . . , en ) est une base de E si et seulement si :
n
X
n
∀x ∈ E, ∃! (λ1 , . . . , λn ) ∈ K tel que x = λk ek
k=1

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Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

2. B est une base de E si et seulement si :


n
X
∗ n
∀x ∈ E, ∃n ∈ N , ∃! (λ1 , . . . , λn ) ∈ K tel que x = λi ei
i=1

Théorème [Link]
Soient n ∈ N∗ , E un K-ev. et e1 , . . . , en des éléments de E.
Si v1 , . . . , vn+1 ∈ Vect(e1 , . . . , en ) alors (v1 , . . . , vn+1 ) est liée.

Conséquence [Link]

Si (e1 , . . . , en ) est libre dans E, un K-ev., et (g1 , . . . , gm ) est une famille génératrice
de E, alors n ≤ m.

Conséquence [Link]
Soient E un K-ev. et L une famille libre, G une famille génératrice et B une base
de E.
Alors card(L) ≤ card(B) ≤ card(G).

4 Espace vectoriel de dimension finie

Définition [Link] (Espace vectoriel de dimension finie)

Un espace vectoriel est dit de dimension finie si et seulement si il admet une


famille génératrice finie.

Exemple [Link]

• Kn est un K-ev. de dimension finie, car (e1 , . . . , en ) est une famille génératrice
finie de Kn .
• Kn [X] est un K-ev. de dimension finie, car (1, X, . . . , X n ) est une famille
génératrice finie de Kn [X].
• K[X] et C ∞ (R, R) ne sont pas des K-ev. de dimension finie, car ils n’admettent
pas de famille génératrice finie.

4.1 Théorème de la base incomplète


Nous allons initier le théorème de la base incomplète en utilisant deux propriétés.
• Nous allons voir que tout espace vectoriel de dimension finie admet une base.
• Nous allons aussi montrer qu’à partir d’une famille libre, on peut construire une
base.

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Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

Propriété [Link]

Soient E un K-ev. de dimension finie et G = {g1 , . . . , gm } une génératrice de E.


Si L0 est une famille libre telle que L0 ⊂ G, alors il existe B une base de E telle
que L0 ⊂ B ⊂ G.

Remarque [Link]

Tout espace vectoriel (non-nul) de dimension finie admet une base.

Propriété [Link]
Soient E un K-ev. de dimension finie et G une famille génératrice de E.
Si L0 est une famille libre de E alors il existe forcément B une base de E telle que
L0 ⊂ B ⊂ L0 ∪ G.

Théorème [Link] (Théorème de la base incomplète/extraite)

Soit E un K-ev. de dimension finie non réduit au singleton {0E }.


1. Si L est une famille libre de E, alors on peut la “compléter” en une base de
E. Autrement dit, il existe B une base de E telle que L ⊂ B.
2. Si G est une famille génératrice de E, alors on peut en extraire une base de
E. Autrement dit, il existe B une base de E telle que B ⊂ G.

4.2 Dimension d’un K-ev.

Définition [Link] (Dimension d’un espace vectoriel de dimension finie)

Soit E un K-ev. de dimension finie.


La dimension de E est le cardinal de toute base de E, noté dimK E.
Par convention, on pose dimK {0E } = 0.

Théorème [Link]
Toutes les bases de E ont le même cardinal, donc la dimension de E est bien définie.

Exemple [Link]

1. dimK Kn = n, car (e1 , . . . , en ) est une base de Kn .


2. dimC C = 1, et dimR C = 2, car (1, i) est une base de C en tant que R-ev.
3. dimK Kn [X] = n + 1, car (1, X, . . . , X n ) est une base de Kn [X] (attention à
l’erreur classique de la poser n au lieu de n + 1).

Exercice [Link]
Soit H = {x = (x1 , . . . , x4 ) ∈ R4 tel que x1 − 2x2 + x3 − 3x4 = 0}.
Montrer que H est un sous-ev. de R4 de dimension finie et donner la dimension de

11
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

H.
Solution :
(
x = x 1 · e1 + x2 · e2 + x 3 · e3 + x4 · e4
x ∈ H ⇐⇒
x1 − 2x2 + x3 − 3x4 = 0

⇐⇒ x = x2 (2e1 + e2 ) +x3 (−e1 + e3 ) +x4 (3e1 + e4 ) Donc H = Vect(V1 , V2 , V3 ),


| {z } | {z } | {z }
=V1 =V2 =V3
4
donc H est un sous-ev. de R de dimension finie, et (V1 , V2 , V3 ) est une famille
génératrice de H.
Nous allons maintenant montrer que cette famille est libre.
Soient λ1 , λ2 , λ3 ∈ R tels que λ1 V1 + λ2 V2 + λ3 V3 = 0.
Comme (e1 , e2 , e3 , e4 ) est une base de R4 , on a :

λ1 V1 + λ2 V2 + λ3 V3 = 0 ⇐⇒ λ1 = λ2 = λ3 = 0.

Donc (V1 , V2 , V3 ) est une famille libre de H.


Ainsi, (V1 , V2 , V3 ) est une base de H, et donc dim H = 3.
Conclusion : H est un sous-ev. de R4 de dimension finie, et dimR H = 3.

Propriété [Link]
Soit E un K-ev. de dimension finie avec dimK E = n ∈ N∗ .
(
L est une famille libre de E
1. ⇐⇒ L est une base de E
card(L) = n
(
G est une famille génératrice de E
2. ⇐⇒ G est une base de E
card(G) = n

Exercice [Link]
Soit (Tn )n la famille de polynômes définie par :

T0 = 1, T1 = X, et ∀n, Tn+2 = 2XTn+1 − Tn

(Polynômes de Tchebychev)
Montrer que (T0 , T1 , . . . , Tn ) est une base de Rn [X].
Solution :
• Famille libre : (T0 , T1 , . . . , Tn ) est une famille échelonnée de Rn [X], alors
d’après l’exercice 2, (T0 , T1 , . . . , Tn ) est une famille libre de Rn [X].
▷ Attention, il s’agit d’un cas particulier de famille échelonnée.
• Cardinal : (T0 , T1 , . . . , Tn ) est une famille de cardinal n + 1. La dimension de
Rn [X] est aussi n + 1.
• Conclusion : (T0 , T1 , . . . , Tn ) est une famille libre de Rn [X] de cardinal n + 1,
et dimR Rn [X] = n + 1, alors (T0 , T1 , . . . , Tn ) est une base de Rn [X].

12
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

4.3 Dimension d’un sous-espace vectoriel

Propriété [Link]

Soient E un K-ev. de dimension finie et non réduit au singleton {0E }, et F un


sous-ev. de E.
Alors F est un K-ev. de dimension finie, et dimK F ≤ dimK E.

Propriété [Link]
Soit E un K-ev. et F , G deux sous-ev. de E tels que G est de dimension finie.
Si F ⊂ G, alors F est de dimension finie et dimK F ≤ dimK G. . .
avec égalité si et seulement si F = G.

Méthode
Pour montrer l’égalité de deux K-ev. de dimension finie, il suffit de montrer que
l’un est inclus dans l’autre, et que les deux espaces ont la même dimension.

Exercice [Link]
On pose F = {P (X + 1) − P (X) tel que P ∈ Rn [X]}.
Montrer que F = Rn−1 [X].
SolutionP:
Soit P = nk=0 ak X k ∈ Rn [X], alors P (X + 1) − P (X) = nk=0 ak (X + 1)k − X k .
P 

n
X
ak (X + 1)k − X k

P (X + 1) − P (X) =
k=0
Xn−1
= an((X + 1)n − X n ) + ak (X + 1)k − X k ∈ Rn−1 [X]

| {z }
= n−1
P n
k=0 ( k )X k |k=0 {z }
∈Rn−1 [X]

On en déduit que F ⊂ Rn−1 [X]. P


On a aussi : P (X + 1) − P (X) = nk=1 ak (X + 1)k − X k .


Donc F = Vect (X + 1)k − X k 1≤k≤n .



Montrons que (X + 1)k − X k 1≤k≤n est une famille libre de Rn−1 [X].
Pour cela, on peut utiliser deux méthodes. . .
k k

• Première méthode : ∀k ∈ J1, nK, deg (X + 1) − X = k − 1, alors
(X + 1)k − X k 1≤k≤n est une famille échelonnée de Rn−1 [X], alors d’après

l’exercice 2, (X + 1)k − X k 1≤k≤n est une famille libre de Rn−1 [X].
• P
Deuxième méthode : Soient λ1 , . .P . , λn ∈ R tels que
n k k n
Pk=1 λk (X + 1) −P X = 0, P
alors k=1 λk (X P+ 1)k − X k =
n k n k n k n k
λ
k=1 k (X + 1) − λ
k=1 k X , donc λ
k=1 k (X + 1) = λ
k=1 k X .
Pn k
▷ On pose A(X) = k=1 λk X , alors A(X + 1) = A(X), donc A admet
une infinité de racines (tous les éléments de R, en commençant par 0,
puis 1, puis 2. . .), donc
k k
 A est le polynôme nul, donc ∀k ∈ J1, nK, λk = 0,
donc (X + 1) − X 1≤k≤n est une famille libre de Rn−1 [X].

13
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire


On en déduit que (X + 1)k − X k 1≤k≤n est une base de F , donc dimR F = n.
Or dimR Rn−1 [X] = n, alors F et Rn−1 [X] sont deux R-ev. de dimension finie de
même dimension, avec F ⊂ Rn−1 [X], alors F = Rn−1 [X].

Propriété [Link]
Soit E un K-ev.
E est de dimension infinie si et seulement si E admet une famille libre infinie.

Exercice [Link]
On pose E = C([0, 1], K). Montrer que E est de dimension infinie.
Solution :
On va s’aider de la fonction exponentielle de base eα pour construire une famille
libre infinie de E.
On pose ∀α ∈ R, fα : [0, 1] → R, fα (x) = eαx .
On sait déjà que (fα )α∈R est une famille libre, et infinie, donc E est de dimension
infinie.
Sinon, on peut aussi utiliser une fonction polynomiale pour construire une famille
libre infinie de E, en posant :

∀n ∈ N, en : [0, 1] → R, en (x) = xn

4.4 Espace produit

Définition [Link]
Soient E, F deux K-ev.
On pose E × F = {(x, y) tel que x ∈ E, y ∈ F }.
E × F est un K-ev. pour les lois suivantes :

∀(x1 , y1 ), (x2 , y2 ) ∈ E × F, ∀λ ∈ K, (x1 , y1 ) + (x2 , y2 ) = (x1 + x2 , y1 + y2 )

∀(x, y) ∈ E × F, ∀λ ∈ K, λ(x, y) = (λx, λy)

Remarque [Link]

• L’élément neutre de la loi + dans E × F est (0E , 0F ).


• Le symétrique de (x, y) par rapport à + dans E × F est (−x, −y).

Propriété [Link]
Si E et F sont deux K-ev. de dimension finie, alors E × F est aussi de dimension
finie, et dimK (E × F ) = dimK E + dimK F .

14
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

Remarque [Link]

Qr E1 × · · · × En est aussi Q
En général, si E1 , . . . , En sont des K-ev., alors un K-ev.
pour les lois suivantes : ∀x = (x1 , . . . , xr ) ∈ k=1 Ek , ∀y = (y1 , . . . , yr ) ∈ rk=1 Ek ,
∀λ ∈ K, x + y = (x1 + y1 , . . . , xr + yr ) et λx = (λx1 , . . . , λxr ). Qr
Pr de plus, les (Ek )1≤k≤r sont de dimension finie, alors dimK ( k=1 Ek ) =
Si,
k=1 dimK Ek .

Exemple [Link]
Qn
K est un K-ev. de dimension 1, alors Kn = k=1 K est un K-ev. de dimension
P n
i=1 1 = n.

4.5 Rang d’une famille de vecteurs

Définition [Link]
Soit E un K-ev. et (V1 , . . . , Vp ) une famille de vecteurs de E.
On appelle rang de la famille (V1 , . . . , Vp ), noté rg(V1 , . . . , Vp ), le nombre r =
dimK Vect(V1 , . . . , Vp ).

Exemple [Link]

Pour E = R4 , et V1 = (1, 2, 1, −1), V2 = (−1, −2, 2, −2), V3 = (2, 4, 0, 0).


La famille (V1 , V2 , V3 ) est une famille de vecteurs de E.
On a Vect(V1 , V2 , V3 ) = Vect(V1 , V2 ), car V3 = 2V1 −V2 , alors dimR Vect(V1 , V2 , V3 ) =
dimR Vect(V1 , V2 ). De plus, V1 et V2 sont linéairement indépendants, alors
dimR Vect(V1 , V2 ) = 2. Donc rg(V1 , V2 , V3 ) = 2.

Propriété [Link]
Soient V1 , . . . , Vp ∈ E.
rg(V1 , . . . , Vp ) ≤ p
avec égalité si et seulement si (V1 , . . . , Vp ) est une famille libre de E,
i.e. rg(V1 , . . . , Vp ) = p ⇐⇒ (V1 , . . . , Vp ) est une famille libre de E.

Propriété [Link]
Soient V1 , . . . , Vp ∈ E.
1. rg(0E , V1 , . . . , Vp ) = rg(V1 , . . . , Vp )
2. ∀σ ∈ Sp , rg(Vσ(1) , . . . , Vσ(p) ) = rg(V1 , . . . , Vp ) où Sp est l’ensemble des per-
mutations de {1, . . . , p}.
3. ∀λ ∈ K∗ , rg(λV1 , V2 , . . . , Vp ) = rg(V1 , V2 , . . . , Vp )
4. ∀λ2 , . . . , λp ∈ K, rg(V1 + pk=2 λk Vk , V2 , . . . , Vp ) = rg(V1 , V2 , . . . , Vp )
P

15
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4.6 Famille échelonnée

Définition [Link] (Famille échelonnée)

Soit E un K-ev. de dimension finie, et (e1 , . . . , en ) une base de E (donc dimK E = n).
Soient p ≤ n et v1 , . . . , vPp ∈ E une famille de vecteurs.
On a ∀1 ≤ i ≤ p, vi = nj=1 λi,j ej (tous ces vecteurs peuvent s’écrire comme une
combinaison linéaire de la base de E).
Si ∃φ : J1, pK → J1, nK strictement croissante telle que ∀i ∈ J1, pK, vi = nj=φ(i) λi,j ej
P

avec ∀i, λi,φ(i) ̸= 0, alors on dit que (v1 , . . . , vp ) est une famille échelonnée de E.
Plus concrètement, si le vecteur v1 = λ1 e1 + λ2 e2 + · · · + λn en , on aura aussi v1 =
λ1,φ(1) eφ(1) + · · · + λ1,n en .
Et pour le vecteur v2 = λ′1 e1 + λ′2 e2 + · · · + λ′n en , on aura aussi v2 = λ2,φ(2) eφ(2) +
· · · + λ2,n en , et on ne retrouvera pas de composante de eφ(1) dans v2 , et ainsi de
suite pour les autres vecteurs de la famille, parce que l’application φ est strictement
croissante.
Il s’agit d’une généralisation des familles de vecteurs échelonnés dans Kn à n’importe
quel K-ev, qu’on avait déjà utilisée dans l’exercice 2.

Exemple [Link]

Dans E = R4 , la famille de vecteurs ((1, 2, −1, −3), (0, −1, 3, 0), (0, 0, 0, 2)) est une
famille échelonnée de E.
• En effet, on a :
▷ v1 = (1, 2, −1, −3) = 1 · e1 + 2 · e2 − 1 · e3 − 3 · e4 , alors φ(1) = 1 et
λ1,φ(1) = λ1,1 = 1 ̸= 0.
▷ v2 = (0, −1, 3, 0) = 0 · e1 − 1 · e2 + 3 · e3 + 0 · e4 , alors φ(2) = 2 et
λ2,φ(2) = λ2,2 = −1 ̸= 0.
▷ v3 = (0, 0, 0, 2) = 0 · e1 + 0 · e2 + 0 · e3 + 2 · e4 , alors φ(3) = 3 et
λ3,φ(3) = λ3,3 = 2 ̸= 0.
• On peut construire l’application φ : J1, 3K → J1, 4K strictement croissante
telle que φ(1) = 1, φ(2) = 2, φ(3) = 4 et λ1,φ(1) = 1 ̸= 0, λ2,φ(2) = −1 ̸= 0,
λ3,φ(3) = 2 ̸= 0.

Propriété [Link]
Toute famille échelonnée de E est une famille libre de E.

Remarque [Link] (Ordre)

Si ∀1 ≤ i ≤ p, vi = φ(i)
P
j=1 λi,j ej avec φ : J1, pK → J1, nK strictement croissante et
∀i, λi,φ(i) ̸= 0, alors (v1 , . . . , vp ) est aussi une famille échelonnée de E.
Les (λi,φ(i) )1≤i≤p sont appelés les pivots de la famille échelonnée (v1 , . . . , vp ).

16
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

Exemple [Link]

Soit (e1 , . . . , en ) la base canonique


Pn de Kn .
On pose ∀1 ≤ i ≤ n, vi = k=i ek .
La famille de vecteurs (v1 , . . . , vn ) est une base de Kn .
Démonstration :
• La famille est libre car (v1 , . . . , vn ) est une famille échelonnée de Kn .
• Son cardinal est égal à n, qui est aussi la dimension de Kn .
• Donc (v1 , . . . , vn ) est une famille libre de Kn de cardinal n, et dimK Kn = n,
alors (v1 , . . . , vn ) est une base de Kn (voir propriété 11).

Méthode
Pour trouver le rang d’une famille de vecteurs (v1 , . . . , vp ), on peut faire des com-
binaisons linéaires de ces vecteurs pour construire une famille échelonnée de E,
et le rang de la famille (v1 , . . . , vp ) sera égal au nombre de vecteurs de la famille
échelonnée que nous avons construite.

Exemple [Link]

Dans E = R4 , on considère la famille de vecteurs :

V1 = (1, −1, −1, −1)


V2 = (1, 1, −1, −1)
V3 = (1, 1, 1, −1)
V4 = (3, 1, −1, −3)

Pour déterminer le rang de la famille (V1 , V2 , V3 , V4 ), on suit les étapes suivantes :


• On pose :
▷ V2′ = V2 − V1 = (0, 2, 0, 0),
▷ V3′ = V3 − V1 = (0, 2, 2, 0),
▷ V4′ = V4 − 3V1 = (0, 4, 2, 0).
• On continue et on pose :
▷ V3′′ = V3′ − V2′ = (0, 0, 2, 0),
▷ V4′′ = V4′ − 2V2′ = (0, 0, 2, 0).
• On a construit la famille échelonnée (V1 , V2′ , V3′′ , V4′′ ) = (V1 , V2′ , V3′′ ) de E, dont
le rang est 3 (sachant que le rang d’une famille libre est égal à son cardinal,
voir propriété 16), alors rg(V1 , V2 , V3 , V4 ) = 3.

5 Somme d’une famille de sous-espaces vectoriels

17
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

5.1 Somme de deux sous-espaces vectoriels

Définition [Link] (Somme de deux sous-espaces vectoriels)

Soient E un K-ev. et F , G deux sous-ev. de E.


On définit l’ensemble F +G = {x+y tel que x ∈ F, y ∈ G} ⊂ E comme la somme
de F et G.

Propriété [Link]
• F + G est un sev. de E.
• F + G = Vect(F ∪ G).

Attention
On ne peut pas sommer deux sous-espaces vectoriels d’espaces vectoriels différents.

Définition [Link] (Somme directe de deux sous-espaces vectoriels)

Soient E un K-ev. et F , G deux sous-ev. de E.


La somme F + G est une somme directe de F et G si F ∩ G = {0E }, c’est à dire
si F et G n’ont que le vecteur nul en commun.

Définition [Link] (Sous-espace vectoriel supplémentaire)

Soient E un K-ev. et F un sev. de E.


On dit que G est un sev. supplémentaire de F dans E si E = F ⊕ G, c’est à dire
si E = F + G et F ∩ G = {0E }.

Attention
Il ne faut pas confondre “supplémentaire” et “complémentaire”. En effet, si F est
un sev. de E, alors ∁E (F ) (le complémentaire de F dans E) n’est pas un sev. car
0E ∈/ ∁E (F ), alors ∁E (F ) ne peut pas être un sev. supplémentaire de F dans E.

Remarque [Link]

Si E = F ⊕ G, alors G ⊂ ∁E (F ) ∪ {0E }, car, en posant x ∈ G \ {0E }, alors si x ∈ F


on a x ∈ F ∩ G = {0E }, ce qui est absurde, alors x ∈/ F.

Propriété [Link]
Soient E un K-ev. et F , G deux sous-ev. de E.
Les propriétés suivantes sont équivalentes :
• E = F ⊕ G.
• E = F + G et F ∩ G = {0E }.
• ∀x ∈ E, ∃! (y, z) ∈ F × G, x = y + z.

18
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

Remarque [Link]
(
F ×G→E
E = F ⊕ G ⇐⇒ ψ : est bijective.
(y, z) 7→ y + z

Méthode
Pour montrer que E = F + G, on peut :
• Fixer x ∈ E.
• Puis chercher un élément y ∈ F tel que x − y ∈ G.

Exemple [Link]
Pn
• Dans E = Kn , on pose : H = {x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Kn tel que i=1 xi = 0} et
D = K · (1, 1, . . . , 1). On a Kn = H ⊕ D.
| {z }
=e
▷ On va suivre la méthode mentionnée précédemment pour montrer que
Kn = H + D.
— Soit x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Kn .
— On cherche un élément y ∈ D tel que x − y ∈ H (c’est plus simple
de trouver un élément de D que de trouver un élément de H).
— On a y ∈ D ⇒ ∃λ ∈ K tel que y = λe.
— Alors x − y = (x1 − λ, . . . , xn − λ).
— Et on a
n n n
X X 1X
x−y ∈ H ⇐⇒ (xi −λ) = 0 ⇐⇒ xi −nλ = 0 ⇐⇒ λ = xi
i=1 i=1
n i=1

— On peut aussi noter λ par λx pour montrer que λ dépend de x.


— Donc x = (x − λx · e) + λx · e.
| {z } | {z }
∈H ∈D
n
— D’où K = H + D.
▷ Montrons maintenant que l’intersection de H et D est réduite à {0E }.
— Soit x ∈ H ∩ D, alors x ∈ D ⇒ ∃λ ∈ K tel que x = λe.
— De plus, x ∈ H ⇒ ni=1 xi = 0, alors ni=1 λ = 0, alors n · λ = 0,
P P
donc λ = 0, alors x = 0 · e = 0E .
— Donc H ∩ D = {0E }.

Exercice [Link]
• Exercice 1 : Montrer que E = H ⊕ F , avec :
▷ E = C([a, b], R) avec a < b.
n Rb o
▷ H = f ∈ E telle que a f (x) dx = 0 .
▷ F = {f ∈ E telle que f est constante}.

19
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

• Exercice 2 : Donner un supplémentaire de K[X] dans K(X).


Solution de l’exercice 1 :
On utilise la méthode mentionnée précédemment pour montrer que E = H + F .
Ensuite, on montre que H ∩ F = {0E }. On cherchera un y ∈ F tel que f − y ∈ H
(c’est plus simple).
Solution de l’exercice 2 :
On cherche un ensemble candidat S tel que K(X) = K[X] + S et K[X] ∩ S = {0E }.
On va donc le définir à partir de la recherche d’un élément Y ∈ S tel que P − Y ∈
K[X] pour tout P ∈ K(X), ce qui nous rappelle facilement la DES de P , avec P −Y
la partie entière de P et Y la partie fractionnaire de P .
Donc on peut poser S = {R ∈ K(X) tel que R(0) = 0}. On montre que c’est un
sev. de K(X), que K(X) = K[X]+S et que K[X]∩S = {0E }, ce qui nous permettra
de conclure que S est un sev. supplémentaire de K[X] dans K(X).

Remarque [Link] (Unicité du supplémentaire)

Le supplémentaire n’est pas unique.


En effet, en reprenant l’exemple 15, on peut aussi montrer que Kn = H ⊕ D′ , avec
D′ = K · (1, 0, . . . , 0), et D′ ̸= D.

5.2 Somme d’une famille finie de sous-espaces vectoriels

Définition [Link] (Somme d’une famille de sous-espaces vectoriels)

Soient E un K-ev. et F1 , . . . , Fn des sev. de E.


Pn
1. On
P définit la somme des (Fk )1≤k≤n par k=1 Fk =
{ nk=1 xk tel que xk ∈ Fk } ⊂ E.
Qn
La somme des (Fk )1≤k≤n est dite directe si ∀(x1 , . . . , xn ) ∈
2. P k=1 Fk ,
n
k=1 xk = 0E ⇒ ∀k, xk = 0E .
Dans ce cas, on note la somme par nk=1 Fk .
L

Propriété [Link]
Soient E un K-ev. et F1 , . . . , Fn des sev. de E.
Pn
1. k=1 Fk est un sev. de E.
Pn Ln Pn Qn
2. k=1
PnF k = k=1 F k ⇐⇒ ∀x ∈ k=1 F k , ∃! (x1 , . . . , x n ) ∈ k=1 Fk tel que
x = k=1 xk .

Définition [Link]
Soient E un K-ev. et F1 , . . . , Fn des sev. de E.
de F1 , . . . , Fn si E =P nk=1 Fk , donc si et
L
On dit que E est la somme directeQ
seulement si ∀x ∈ E, ∃! (x1 , . . . , xn ) ∈ nk=1 Fk tels que x = nk=1 xk .
(Il s’agit du cas particulier où la somme de F1 , . . . , Fn est égale à E et que cette
somme est directe.)

20
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

Propriété [Link]
Soient E un K-ev. et F1 , . . . , Fn des sev. de E.
Les propriétés suivantes sont équivalentes :
Pn Ln
1. k=1 Fk = k=1 Fk .
2. ∀i ∈ J1, nK, Fi ∩ nk=1 Fk = {0E }.
P
k̸=i
Pi−1
3. ∀i ∈ J2, nK, Fi ∩ k=1 Fk = {0E }.

Remarque [Link]

∀1 ≤ i ̸= j ≤ n, Fi ∩ Fj = {0E } n’implique pas que nk=1 Fk = nk=1 Fk .


P L
Par exemple, dans E = R2 , on pose F1 = R · (1, 0), F2 = R · (0, 1) et F3 = R · (1, 1).
| {z } | {z } | {z }
=e1 =e2 =e
On a e1 + e2 − e = 0E , alors F1 + F2 + F3 n’est pas une somme directe, même si
F1 ∩ F2 = {0E }, F1 ∩ F3 = {0E } et F2 ∩ F3 = {0E }.

5.3 Dimension de la somme de sous-espaces vectoriels

Théorème [Link]
Soient E un K-ev. et F1 , . . . , Fn des sev. de E de dimension finie.
On pose ∀1S≤ i ≤ n, Bi est une base Lde Fi .
Alors B = i=1 Bi est une base de k=1 Fk , et dimK ( nk=1 Fk ) = ni=1 dimK (Fi ).
n n L P

Remarque [Link]
La base B est appelée la base adaptée à la somme directe.
noté
Et on écrit B = (B1 , . . . , Bn ) pour
S montrer que B est constituée de la réunion des
bases B1 , . . . , Bn , au lieu de B = ni=1 Bi .

Attention
La notation B = (B1 , . . . , Bn ) ne signifie pas que B est un n-uplet de bases, mais
plutôt que B est constituée de la réunion des bases B1 , . . . , Bn . C’est la notation de
la base adaptée à la somme directe.

Conséquence [Link]
Si E est K-ev. et F1 , . . . , Fn sont des sev. de dimensions
Pnfinies de E tels que E =
L n
k=1 Fk , alors E est de dimension finie et dimK (E) = i=1 dimK (Fi ).

Théorème [Link] (Lemme)

Tout sous-espace vectoriel R d’un K-ev. de dimension finie E admet un supplémen-


taire dans E, c’est à dire que :

∀F sev. de E, ∃G sev. de E, E = F ⊕ G

21
Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

Théorème [Link] (Formule de Grassmann)

Soient E un K-ev. et F , G des sev. de E de dimension finie.

dimK (F + G) = dimK (F ) + dimK (G) − dimK (F ∩ G).

Remarque [Link]
Soient F , G deux sous-espaces vectoriels de dimensions finies d’un K-ev. E.
Si H est un supplémentaire de F ∩ G dans F , alors H est un supplémentaire de G
dans F + G, i.e. : F + G = H ⊕ G.

Conséquence [Link]

Soient E un K-ev (de dimension finie) et F , G des sous-espaces vectoriels de E de


dimension finie.
Les propriétés suivantes sont équivalentes :
1. E = F ⊕ G.
(
F ∩ G = {0E }
2.
dimK (E) = dimK (F ) + dimK (G)
(
E =F +G
3.
dimK (E) = dimK (F ) + dimK (G)

6 Hyperplans

Définition [Link] (Hyperplan)

Soient E un K-ev. et H un sev. de E.


On dit que H est un hyperplan de E lorsque ∃a ∈ E \ {0E } tel que E = H ⊕ K · a.

Exemple [Link]
Pn
1. H = {x ∈ Kn tel que n
i=1 xi = 0} est un hyperplan de K , sachant qu’on a
déjà montré Kn = H ⊕ K · e1 .
2. Kn−1 [X] est un hyperplan de Kn [X], sachant que Kn [X] = Kn−1 [X] ⊕ K · X n
(on peut le démontrer en utilisant la conséquence 5).
n Rb o
3. Soit E = C([a, b], C). On pose H = f ∈ E telle que a f (x) dx = 0 et D =
(
[a, b] → C
{f ∈ E telle que f est constante}. On a D = C · 1 avec 1 : , et
x 7→ 1
on a E = H ⊕ C · 1. En effet, on a déjà montré que E = H ⊕ D (exercice 7).

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Riham Boughrara Chapitre XIV-A : Algèbre Linéaire

Propriété [Link]
Soient E un K-ev. et H un sev. de E tel que H ̸= E. Alors :

H est un hyperplan de E ⇐⇒ ∀b ∈ E \ H, E = H ⊕ K · b.

Propriété [Link]

Soient E un K-ev. et dimK (E) = n ∈ N∗ , et H un sous-espace vectoriel de E.

H est un hyperplan de E ⇐⇒ dimK (H) = n − 1.

Attention
Il faut toujours s’assurer que l’hyperplan “candidat” est bel et bien un sev. de E,
avant de chercher à étudier sa dimension.
Par exemple, Rn−1 n’est pas un hyperplan de Rn , même si dimR (Rn−1 ) = n − 1,
parce que Rn−1 n’est pas un sev. de Rn .

Fin du Chapitre XIV-A.

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