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Cours Extensions Corps

Ce document traite des extensions de corps, en définissant les concepts fondamentaux tels que les morphismes de corps, les sous-extensions, et les éléments algébriques ou transcendants. Il présente également des théorèmes et des propositions concernant les propriétés des extensions finies et algébriques, ainsi que des exercices pour approfondir la compréhension des notions abordées. Enfin, il aborde la construction de la clôture algébrique d'un corps et les propriétés des nombres de Liouville.

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Cours Extensions Corps

Ce document traite des extensions de corps, en définissant les concepts fondamentaux tels que les morphismes de corps, les sous-extensions, et les éléments algébriques ou transcendants. Il présente également des théorèmes et des propositions concernant les propriétés des extensions finies et algébriques, ainsi que des exercices pour approfondir la compréhension des notions abordées. Enfin, il aborde la construction de la clôture algébrique d'un corps et les propriétés des nombres de Liouville.

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ENS Lyon Préparation à l'agrégation

2017-2018

Extensions de corps

Ce polycopié présente les notions de base sur les extensions de corps et leurs applications
(incluant les corps nis), allant jusqu'à la préparation de la théorie de Galois.
Tous les corps considérés seront commutatifs, et on désigne toujours par K un corps de base
xé.

1 Extensions de corps
Dénition.
Une extension L de K , notée L/K , est la donnée d'un corps L et, de manière équivalente, de
(i) Un morphisme de corps ι : K → L (forcément injectif).
(ii) Une structure de K -espace vectoriel sur L.
Pour faciliter les notations, on supposera souvent que K ⊂ L en tant qu'ensembles. Le mor-
phisme de corps est alors l'inclusion, et la structure de K -espace vectoriel est celle donnée par
multiplication par les éléments de K dans L.
 Une sous-extension de L/K est un sous-corps de L contenant K .
 L'extension L/K est nie si L est de dimension nie en tant que K -espace vectoriel, innie
sinon. On appelle degré de l'extension, noté [L : K], cette dimension.
 Si L et L0 sont deux extensions de K , un K -morphisme σ : L → L0 est un morphisme de
corps qui est de plus K -linéaire (ce qui revient à dire qu'il est l'identité sur K si K ⊂ L, L0 ). Si
σ est un isomorphisme, son inverse est également K -linéaire et on parle alors d'isomorphisme
de K -extensions.
 En particulier, les automorphismes de L/K sont les automorphismes K -linéaires de L, on
note leur ensemble AutK (L).
Exercice 1. Vérier l'équivalence, et pourquoi on peut toujours se ramener à K ⊂ L.

Exemple. Le corps C est une extension de R nie de degré 2, et R est une extension innie de Q
car il est indénombrable.
Proposition 1 (Théorème de la base téléscopique).
Soient M/L et L/K deux extensions nies.
On pose (ei )i∈I une K -base de L et (fj )j∈J une L-base de M . Alors, (ei fj )(i,j)∈I×J est une
K -base de M .
En particulier, M/K est une extension nie et
[M : K] = [M : L][L : K].

Démonstration. Soit m ∈ M . Par hypothèse, on peut écrire


X
m= µj fj , mj ∈ L.
j∈J

Ensuite, par hypothèse sur L, pour tout j ∈ J , on peut écrire


X
µj = λi,j ei .
i∈I

Alors, on a X
m= λi,j ei fj ,
i∈I
j∈J

1
ce qui prouve que la famille (ei fj )i,j est K -génératrice de M . Réciproquement, supposons qu'on a
une telle écriture pour m = 0, montrons que les λi,j sont tous nuls. On écrit
XX
0= ( λi,j ei )fj
j∈J i∈I

donc par liberté de (fj )j , pour tout j ∈ J ,


X
λi,j ei = 0,
i∈I

et donc les λi,j sont tous nuls par liberté de (ei )i . On a donc bien prouvé que notre famille est une
K -base, et le reste en découle directement.
Voici une construction naturelle d'extension de corps. Avant de la poser, on donne le lemme
suivant, car il sera utilisé à répétition (et sans mention explicite) dans la suite.
Lemme. Soient A et A0 deux K -algèbres (unitaires, commutatives). Alors, pour tout morphisme
de K -algèbres σ : A → A0 , tout polynôme Q ∈ K[X] et tout a ∈ A,
Q(σ(a)) = σ(Q(a)).

En particulier, si A = K[a] pour un certain a, un tel morphisme σ est entièrement déterminé par
σ(a).
Dénition (Corps de rupture).
Soit P ∈ K[X] irréductible. Le corps de rupture de P (sur K ) est le corps K[X]/(P ). C'est une
extension de corps de K de degré deg P .
Pour toute extension L/K , les K -morphismes σ : K[X]/(P ) → L sont en bijection avec les
racines de P dans L via l'application σ 7→ σ(X). Le corps de rupture est ainsi  la plus petite
extension contenant une racine de P .
Démonstration. Tout d'abord, K[X]/(P ) est bien un corps car P étant irréductible, (P ) est un
idéal maximal de K[X] (cet anneau étant principal, mais on peut le vérier à la main avec une
relation de Bézout). La structure d'extension de K peut se voir alternativement comme la structure
K -linéaire naturelle, ou bien l'image de K via la projection canonique K[X] → K[X]/(P ).
Soit maintenant une extension L/K . Si σ est un K -morphisme de K[X]/(P ) dans L, par
construction, pour tout polynôme Q de K[X] et tout x ∈ K[X]/(P ) on a
σ(Q(x)) = Q(σ(x)).

En particulier, pour x = X et Q = P , on a P (σ(X)) = σ(P (X)) = σ(P ) = 0. Donc σ(X) est bien
une racine de P dans L.
Réciproquement, si x est une racine de P dans L, le morphisme d'évaluation K[X] → L qui
à Q associe Q(x) est un morphisme d'anneaux, et son noyau contient (P ) par hypothèse, d'où la
factorisation K[X]/(P ) → L.
Lorsqu'on s'intéresse à une extension de corps, on essaie, comme souvent, de la décrire la plus
simplement possible, donc par générateurs.
Dénition (Générateurs).
Soit L une extension de K et S une partie de L. On note K(S) la plus petite sous-extension de L
contenant S (par exemple l'intersection de toutes ces sous-extensions). C'est également l'ensemble
des fractions rationnelles en les éléments de S .
En particulier, pour tout x ∈ L, on note K(x) l'extension engendré par x. On dit que L/K est
engendrée par x si L = K(x).
Remarque. Attention, le fait d'être engendré par une certaine famille dépend du corps de base !
Penser à L = L(1) par exemple, ou un peu plus subtilement à C/Q comparée à C/R.
Exercice 2. Trouver des générateurs de C/R et K(X)/K .

2
Maintenant qu'on a aaire à des générateurs, il s'agit de comprendre la structure d'un K(x).
Dénition (Eléments algébriques ou transcendants).
Soit L/K une extension de corps.
 Un élément x ∈ L est algébrique (sur K ) s'il existe un polynôme non nul P ∈ K[X] tel que
P (x) = 0, transcendant sinon. Le polynôme minimal de x sur K , noté Pmin,x est alors le
polynôme unitaire de K[X] de plus petit degré annulant x. Il est irréductible, et le degré
de x sur K est deg Pmin,x . Alors, K(x) est égal à K[x], l'ensemble des polynômes en x,
lui-même K -isomorphe à K[X]/(P ).
 Si x ∈ L est transcendant sur K , K(x) est K -isomorphe à K(X), en particulier de dimension
innie. Un élément x ∈ L est donc algébrique si et seulement si K(x)/K est nie.
 L'extension L/K est algébrique si tous ses éléments sont algébriques, transcendante sinon.
Elle est purement transcendante si tous les éléments de L\K sont transcendants.
Démonstration. Le polynôme minimal est irréductible ici car si (QR)(x) = 0, par intégrité Q(x) = 0
ou R(x) = 0. Ensuite, si x est algébrique de polynôme minimal P , le morphisme naturel du corps
de rupture de P vers L qui à X associe x a pour image exactement K[x], d'où l'isomorphisme.
On peut maintenant formuler et démontrer une forme d'unicité du corps de rupture
Dénition. Une extension L/K est un corps de rupture de P ∈ K[X] irréductible si elle est de la
forme L = K[x] avec x une racine de P dans L. Tous les corps de rupture de P sont K -isomorphes.
Démonstration. Soit L un corps de rupture de P et x une racine de P dans L telle que L = K[x].
Alors, par la construction originale du corps de rupture, on a un K -morphisme K[X]/(P ) → L
envoyant X sur x, mais il est surjectif par hypothèse, donc c'est un isomorphisme, ce qui prouve
par transitivité le résultat.
Proposition 2. Toute extension nie L/K est algébrique. Réciproquement, une extension L/K
est algébrique si et seulement si elle est réunion de ses sous-extensions nies.
De plus, si x, y ∈ L sont algébriques sur K , x + y et xy le sont également. Ainsi, l'ensemble
des éléments de L sur K est une sous-extension de L.
Démonstration. Soit L/K une extension nie de degré n et x ∈ L. Par hypothèse, la famille
(1, x, · · · , xn ), de cardinal n + 1, est nécessairement K -liée, d'où un polynôme annulateur de x (de
degré au plus n), celui-ci est donc algébrique.
Réciproquement, si L/K est algébrique, chaque x ∈ L est contenu dans l'extension nie K[x]/K .
Prenons maintenant x, y ∈ L algébriques sur K . Alors, y est algébrique sur le corps K[x], car
il l'est déjà sur K . On a donc K[x][y]/K nie, mais cette extension contient entre autres x + y
et xy , donc ceux-ci sont algébriques par le raisonnement précédent. Enn, x−1 est algébiique car
K(x−1 ) = K(x) qui est une extension nie de K .
Exercice 3.
(a) Soit L une extension de K et x, y algébriques sur K de degrés respectifs m et n premiers
entre eux. Montrer que
[K(x, y) : K] = mn.
(b) Soient M/L et L/K deux extensions de corps. Montrer que si L/K est algébrique, tout
x ∈ M algébrique sur L est également algébrique sur K .

Exercice 4. √
(a) Calculer les polynômes minimaux de d pour√tout entier d ∈ Z (on choisit une racine
carrée de d dans C), et en déduire les degrés des Q( d) sur Q. Faire de même pour d'autres
racines n-ièmes d'entiers de votre choix.
(b) Montrer que pour tout corps K , l'extension K(X)/K est purement transcendante. Montrer
que toute extension purement transcendante de K engendrée par un seul élément est en fait celle-ci.
(c) Montrer que l'extension R/Q est transcendante.
(d) Soit σ : L → L K -linéaire avec une extension L/K algébrique. En raisonnant sur toutes
les racines des polynômes minimaux d'éléments de x, montrer que σ est automatiquement un
automorphisme.

3
Théorème 1 (Liouville).
Soit α ∈ C algébrique irrationnel de degré d sur Q.
Montrer qu'alors, il existe une constante C > 0 telle que pour tout rationnel p/q , on a l'inégalité
C
|α − p/q| ≥ .
qd
Démonstration. Soit Pmin,α ∈ Q[X] le polynôme minimal de α sur Q. On xe m ≥ 1 tel que
P = mPmin,α ∈ Z[X].
Pour toute fraction p/q , par l'égalité des accroissements nis, il existe y ∈ [α, p/q] (ou l'intervalle
inverse) tel que
|P (p/q)| = |P (α) − P (p/q)| = |α − p/q||P 0 (y)|.
Mais comme P est à coecients entiers et n'annule pas p/q (sinon, comme il est irréductible, il
serait de degré 1, or α est irrationnel), on a |P (p/q)| ≥ 1/q d . On a donc
1
|α − p/q| ≥ .
q d |P 0 (y)|

Il sut alors de poser C = min(1, min|y−1|≤1 1


|P 0 (y)| ) pour conclure.
Exercice 5.
On appelle nombre de Liouville tout nombre réel α tel que pour tout d ≥ 2 et tout C > 0, il
existe un rationnel p/q tel que |α − p/q| < Cq −d .
(a) Montrer que tout nombre de Liouville est transcendant.
(b) Donner un exemple direct de nombre de Liouville.
(c) Montrer que l'ensemble des nombres de Liouville est de mesure de Lebesgue nulle, mais que
celui des réels transcendants est de mesure pleine.

Dénition (Clôture algébrique).


Un corps L est algébriquement clos si tous les polynômes irréductibles de L[X] sont de degré 1
(ce qui revient à dire qu'il n'admet aucune extension algébrique/nie non triviale).
Une clôture algébrique du corps K est une extension L/K qui est à la fois algébrique et algébri-
quement close. Il existe toujours une telle extension, souvent notée K , et deux clôtures algébriques
de K sont toujours K -isomorphes deux à deux.
Exemple. Le corps C est algébriquement clos, et l'ensemble des nombres complexes algébriques
sur Q est une clôture algébrique de Q.
Exercice 6. [Construction de la clôture algébrique]
On xe un corps K quelconque.
(a) Soit S l'ensemble des polynômes irréductibles de K[X]. On pose A = K[(XP )P ∈S ] et I
l'idéal de A engendré par les P (XP ), P ∈ S . Montrer que I 6= A.
(b) En prenant m un idéal maximal de A contenant I , montrer que dans l'extension K1 = A/m
de K , tout polynôme irréductible de K[X] a une racine.
(c) Itérer le procédé pour construire une suite d'extensions de corps

K ⊂ K1 ⊂ K2 ⊂ · · ·

et montrer que K∞ = n∈N Kn est un corps algébriquement clos.


S

(d) En posant K l'ensemble des éléments de K∞ algébriques sur K , montrer que K est bien
une clôture algébrique de K .
(e) Pour toute extension algébrique L de K , montrer qu'il existe un plongement de L dans K
prolongeant l'inclusion K ⊂ K . En déduire que la clôture algébrique de K est unique à isomor-
phisme près.
(f ) Montrer que pour toute extension nie L de K , il existe au plus [L : K] plongements K -
linéaires distincts de L dans K . On note [L : K]s le nombre de ces plongements. Montrer que pour
une extension nie M de L, [M : K]s = [M : L]s [L : K]s (utile pour l'exercice sur les extensions
séparables).

4
Plutôt que de manipuler impunément la clôture algébrique (qui relève en général de l'axiome
du choix), on peut se concentrer sur une autre manière d'avoir les racines d'un polynôme : le corps
de décomposition.
Dénition (Corps de décomposition).
Soit P ∈ K[X].
Un corps de décomposition de P sur K est une extension (nie) L de K telle que P est scindé
de racines α1 , · · · , αr sur K et que
L = K(α1 , · · · , αr ).

Exercice 7. Donner des corps de décomposition de X 4 − 1 et X 3 − 2 sur Q.

Proposition 3.
Soit P ∈ K[X]. Il existe toujours un corps de décomposition de P sur K , et si L et L0 sont
deux tels corps, il existe un K -isomorphisme entre L et L0 . On s'autorise donc souvent à dire  le 
corps de décomposition de P .
Démonstration. La preuve de l'existence, est relativement directe. Si P n'est pas scindé sur K
(auquel cas K convient), soit Q un facteur irréductible de P sur K[X]. Alors, dans K1 le corps de
rupture de Q sur K , le polynôme P admet une racine, notée α, et K1 = K[α]. On a donc
P = (X − α)P1 , P1 ∈ K1 [X].

On recommence avec un facteur irréductible de P1 si celui-ci n'est pas scindé sur K1 , ce qui donne
une tour d'extensions
K ⊂ K1 ⊂ · · · Kd
où d est majoré par le degré de P (vu que le degré du polynôme considéré décroît de 1 à chaque
étape). Par construction, Kd est une extension dans laquelle P devient scindé, et on n'a utilisé que
des racines de P pour l'engendrer, donc c'est bien un corps de décomposition.
La preuve de l'unicité est un peu plus subtile et requiert une dénition supplémentaire. Suppo-
sons qu'on a un isomorphisme de corps i : K → K 0 et des extensions respectives L et L0 de K et
K 0 . Alors, un i-isomorphisme σ : L → L0 est un isomorphisme de corps entre L et L0 tel que pour
tous λ ∈ K, x ∈ L,
σ(λx) = i(λ)σ(x).
Pour tout polynôme P ∈ K[X], on note i(P ) ∈ K 0 [X] le polynôme obtenu en appliquant i à
chacun de ses coecients. On va alors montrer le lemme suivant.
Lemme. Pour tous corps K, K 0 et i : K → K 0 un isomorphisme, et tout polynôme P ∈ K[X], si
L et L0 sont des corps de décomposition respectivement de P sur K et i(P ) sur K 0 , alors il existe
un i-isomorphisme σ : L → L0 .
Ce lemme, appliqué à K 0 = K et i l'identité, implique bien l'unicité des corps de décomposition,
et on va le démontrer par récurrence sur le degré de P .
Si P est constant ou de degré 1, il n'y a rien à faire car forcément ses racines appartiennent au
corps de base donc L = K , L0 = K 0 .
Supposons maintenant que le lemme est vrai pour tout polynôme (et tous corps notés comme
ci-dessus) de degré n. Soit P ∈ K[X] de degré n + 1, L un corps de décomposition de P sur K et
L0 un corps de décomposition de P sur K 0 , avec i : K → K 0 un isomorphisme de corps.
Alors, en prenant une racine α1 de P dans L, considérons son polynôme minimal P1 sur K . Il
est irréductible sur K donc i(P1 ) est irréductible sur K 0 , mais par ailleurs il divise i(P ) qui est
scindé sur L0 par hypothèse. Il existe donc α10 une racine de i(P1 ) dans L.
On peut alors construire un i-isomorphisme j entre K[α1 ] et K 0 [α10 ], en envoyant α1 sur α10 (en
passant par les corps de rupture respectifs de P1 et i(P1 )). Mais par hypothèse, L est alors un corps
de décomposition de P/(X −α1 ) sur K[α1 ], et de même pour L0 et i(P )/(X −α10 ) = j(P/(X −α1 )).
On peut donc appliquer l'hypothèse de récurrence à ce polynôme, aux extensions et à j , ce qui
conclut la preuve.

5
Exercice 8. Montrer que le corps de décomposition d'un polynôme de degré au plus n sur K est
de degré au plus n! sur K .

Exercice 9. Donner les corps de décomposition de X 4 − 2, X 5 − 3 et X n − 1 sur Q.

L'unicité du corps de décomposition a une application très importante : les corps nis.

2 Le cas des corps nis


Dans cette section (pour être sûr), tout les corps considérés sont commutatifs, de sorte qu'on a
pas besoin d'utiliser le théorème de Wedderburn.
Si F est un corps ni, il est forcément de caractéristique nie p (un nombre premier), et ceci en
fait un Fp -espace vectoriel. Il est donc de cardinal q = pn . Il reste à étudier l'existence et l'unicité
de tels corps. Dans la suite, on notera toujours q une puissance de p.
Proposition 4. Soit F un corps ni de cardinal q. Alors, pour tout x ∈ F, xq = x.
De plus, le morphisme x 7→ xp , appelé le Frobenius, est un automorphisme de corps.
Démonstration. Le groupe F∗ est de cardinal q − 1, donc par le théorème de Lagrange, pour tout
élément de F∗ , xq−1 = x. En multipliant cette égalité par x, on obtient l'égalité voulue, valide aussi
pour x = 0.
Ensuite, le morphisme ϕ : x 7→ xp est bien multiplicatif, et additif car F est de caractéristique
p (utiliser le binôme de Newton, pour rappel). C'est donc un morphisme de corps, injectif donc
surjectif par argument de cardinal.
Pour l'instant, on ne connaît comme corps nis que les Fp . Il s'agit donc d'en trouver des
extensions.
Si P ∈ Fp [X] est irréductible de degré n, son corps de rupture sur Fp est donc de cardinal
q = pn . Si on sait qu'il existe des irréductibles de tout degré (ce qui est vrai), on peut donc
construire des corps nis de tous les cardinaux possibles, mais on n'en sait pas beaucoup plus. La
bonne construction est en fait par corps de décomposition.
Exemple. Le corps F2 [X]/(X 2 + X + 1) est ni de cardinal 4.
Proposition 5. Pour tout nombre premier p et tout n ∈ N, soit F le corps de décomposition de
X p − X sur Fp . Alors, c'est un corps de cardinal q = pn , et réciproquement tout corps ni de
n

cardinal q = pn est un corps de décomposition pour ce polynôme.


Démonstration. Par dénition, F est un corps sur lequel P = X q − X est scindé. Ce polynôme est
à racines simples, car P 0 = −1 est inversible, en particulier premier à p. Dans F, l'ensemble des
racines de P est donc de cardinal exactement q , et c'est un sous-corps de F car le Frobenius est
un morphisme de corps. Comme F est par dénition engendré par ces racines, il est donc bien de
cardinal q . Réciproquement, pour tout corps F de cardinal q , on sait que les éléments de F sont les
racines de P par la proposition précédente, et donc F est en particulier un corps de décomposition
de P sur Fp .
Corollaire 6. Deux corps nis de même cardinal sont isomorphes.
Démonstration. On utilise la proposition précédente et l'unicité du corps de décomposition.
Voici quelques propriétés importantes supplémentaires.
Proposition 7.
Soit Fpn un corps de cardinal pn .
(a) Les sous-corps de Fpn sont exactement les Fpd = {x ∈ Fpn | xp = x} avec d divisant n, et
d

alors
[Fpn : Fpd ] = n/d.

6
(b) Pour tout n ∈ N∗ ,
n Y
Xp − X = P
P

où P parcourt les polynômes irréductibles de Fp [X] de degré divisant n.


(c) Pour tout polynôme irréductible P de degré d de Fp [X], le corps de rupture de P sur Fp est
de cardinal pd , et c'est également son corps de décomposition.
Démonstration. (a) Si F est un sous-corps de Fpn , alors Fpn est un F-espace vectoriel donc pn est
une puissance du cardinal de F. Ceci implique que N = pd avec d divisant n, et alors le degré de
l'extension est bien d. Ensuite, si F est de cardinal pd , il vérie que xp = x pour chacun de ces
d

éléments, donc c'est exactement Fpd avec notre notation.


(b) On a déjà montré que X p −X est scindé à racines simples (dans un corps Fpn de cardinal pn
n

xé), donc il sut de montrer que les facteurs irréductibles de X p −X dans Fp [X] sont exactement
n

les polynômes irréductibles P de degré d divisant n. Soit P un tel polynôme. Le corps de rupture
de P sur Fp est de cardinal pd ,n donc inclus naturellement dans Fpn . En particulier, sa racine sur
Fp est également racine de X p − X . Comme P est le polynôme minimal de cette racine, on en
déduit que P divise X p − X . Réciproquement, soit α une racine de X p − X dans Fpn (où il est
n n

scindé à racines simples). Son polynôme minimal sur Fp est de degré d, et on a (par propriété des
corps de rupture) sun morphisme de corps de Fpd vers Fpn d'où d divise n.
Exercice 10. Utiliser la décomposition des X p − X et la formule d'inversion de Möbius pour
n

dénombrer les polynômes irréductibles sur Fp .

Il reste maintenant à comprendre les automorphismes des corps nis.


Proposition 8.
Soit q une puissance de p.
Pour tout polynôme P irréductible de degré n sur Fq , pour toute racine α de P dans une
extension Fqk de Fq , les racines de P dans Fqk sont exactement α, αq , · · · , αq (toutes distinctes).
k−1

En conséquence, tout automorphisme de corps de Fqk xant Fq est une puissance de x 7→ xq .


Le groupe de ces automorphismes est donc isomorphe à Z/kZ.
Démonstration. Soit P un tel polynôme. Le morphisme de corps x 7→ xq xe point par point Fq
comme on l'a vu, donc pour tout x ∈ Fqk ,
P (xq ) = P (x)q .

En conséquence, α, αq , · · · , αq sont bien jdes racines de P si α l'est. Il sut de montrer qu'elles


n−1

sont toutes distinctes. Si jamais αq = αq pour 0 ≤ i < j ≤ n − 1, en appliquant l'inverse de


i

l'automorphise x 7→ xq à répétition, on a α = αq . Cela implique que α appartient au corps Fqj−i ,


j−i

mais alors son polynôme minimal est de degré au plus j −i, or celui-ci est de degré n, contradiction.
Les n racines exhibées sont donc bien distinctes deux à deux, et scindent explicitement P .

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