L’organisation de la comptabilité OHADA (Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du
Droit des Affaires) répond à une volonté de modernisation et de sécurisation de l'espace
économique juridique africain. Voici une synthèse structurée de ses fondements, de son
histoire et de son évolution.
1. Les causes de l'organisation de la comptabilité OHADA
Le législateur a instauré le Système Comptable OHADA (SYSCOHADA) pour répondre à
plusieurs impératifs majeurs :
Sécurité juridique et judiciaire : Avant l'OHADA, chaque pays disposait de ses propres
règles. L'unification permet aux investisseurs de s'appuyer sur un cadre légal stable et
prévisible.
Transparence financière : La comptabilité est l'outil de preuve par excellence. En imposant
des règles strictes, le législateur lutte contre l'informel et la fraude fiscale.
Attraction des investissements : Un langage comptable unique facilite la lecture des bilans
pour les banques et les investisseurs étrangers, réduisant ainsi le risque perçu.
Intégration économique régionale : L'objectif est de créer un marché unique fluide où les
entreprises peuvent comparer leurs performances d'un pays à l'autre sans barrière
normative.
Adéquation aux normes internationales (IFRS) : Le législateur a voulu rapprocher les
pratiques africaines des standards mondiaux pour faciliter la consolidation des comptes des
multinationales.
2. Historique de la comptabilité OHADA
L’histoire de la comptabilité dans l’espace OHADA se divise en trois grandes époques :
A. L'ère pré-OHADA (L'héritage colonial)
Avant les années 1990, la plupart des pays francophones utilisaient le Plan Comptable
Général (PCG) français de 1947 ou 1957. Plus tard, certains pays d’Afrique de l'Ouest ont
adopté le Plan Comptable OCAM (Organisation Commune Africaine et Malgache) en 1970,
qui était déjà une première tentative d'harmonisation.
B. La signature du Traité de Port-Louis (1993)
Le 17 octobre 1993, le Traité relatif à l'Harmonisation du Droit des Affaires en Afrique est
signé à Port-Louis (Maurice). Ce traité donne naissance à l'OHADA. La comptabilité devient
l'un des domaines prioritaires à uniformiser via un "Acte Uniforme".
C. La naissance du SYSCOHADA (2000)
Le premier Acte Uniforme portant Organisation et Harmonisation des Comptabilités des
Entreprises est adopté le 24 mars 2000. Il entre en vigueur le 1er janvier 2001 pour les
comptes personnels des entreprises et le 1er janvier 2002 pour les comptes consolidés. Il
remplace alors les anciens plans nationaux et le plan OCAM.
3. Évolution : Du SYSCOHADA au SYSCOHADA Révisé
La comptabilité OHADA n'est pas figée. Elle a connu une mutation profonde pour s'adapter
à l'évolution de la finance mondiale.
L'Acte Uniforme Relatif au Droit Comptable et à l'Information Financière (AUDCIF)
Adopté en janvier 2017 à Brazzaville, cet acte marque une évolution majeure (entrée en
vigueur en 2018). Ses principales innovations sont :
Fusion des référentiels : Le SYSCOHADA (OHADA) et le SYSCOA (UEMOA) ont été unifiés
en un seul outil : le SYSCOHADA Révisé.
Introduction des normes IFRS : Les sociétés cotées en bourse ou faisant appel public à
l'épargne ont désormais l'obligation de produire des comptes consolidés aux normes
internationales IFRS.
Simplification pour les petites structures : Remplacement du "Système Minimal de
Trésorerie" (SMT) par le Système Minimal de Trésorerie (SMT) réformé pour aider les très
petites entreprises à sortir de l'informel.
Dématérialisation : Mise en avant de la comptabilité informatisée et de la transmission
électronique des états financiers.
4. Structure actuelle du système
Aujourd'hui, le système se repose sur :
Le Plan de comptes : Une nomenclature normalisée des comptes (classes 1 à 9).
Les États financiers : Le Bilan, le Compte de Résultat, le Tableau de Flux de Trésorerie et
les Notes annexes.
La Double obligation : Une comptabilité de caisse pour les petits et une comptabilité
d'engagement pour les entités moyennes et grandes.
Conclusion
Le législateur a réussi à transformer la comptabilité, autrefois simple outil fiscal, en un
véritable instrument de pilotage économique. L'évolution de 2017 démontre la maturité de
l'OHADA, qui regarde désormais vers les standards mondiaux tout en respectant les réalités
du tissu économique africain.
Souhaitez-vous un focus particulier sur la différence entre le système normal et le SMT ou
sur les normes IFRS dans l'espace OHADA ?