Alger
Alger
Située au bord de la mer Méditerranée, la ville d'Alger est en fait constituée de plusieurs
communes de la wilaya d'Alger dont elle tire son nom en tant que chef-lieu mais n'a ni
personnalité juridique, ni structure d'administration en propre. L'unité urbaine d'Alger
comptait 2 481 788 habitants selon l'Office national des statistiques algérien d'après le
dernier recensement de 2008[4]. Avec 4,4 millions d'habitants selon le ministère des Affaires
étrangères français[5], tandis que l'agglomération en comptait environ 6 727 806 habitants
en 2010 suivant le classement des 100 plus grandes villes du monde par World Gazetteer[6]
et 7 796 923 habitants en 2020 selon Population Data[7], Alger serait d'après ces deux
dernières sources la première agglomération du Maghreb et du littoral méditerranéen.
Fondée au IVe siècle av. J.-C. comme comptoir par les Phéniciens, sous le nom d'Icosim, elle
est occupée par les Romains qui la renomme Icosium, puis par les Vandales, les Byzantins et
les Arabes, puis enfin au début du Moyen Âge par la tribu berbère des Beni-Mezghana, avant
d'être récupérée en 1204 par la tribu arabe des Thaâliba qui règneront sur la région d'Alger
jusqu'en 1516[8].
C'est le souverain berbère de la dynastie ziride Bologhine ibn Ziri, au milieu du Xe siècle qui
refondera l'Alger actuelle sur les ruines d'Icosium. El-Djazaïr est la transcription la plus
courante en arabe littéraire, Dzeyer ou Ledzayer seront employés en arabe algerien jusque
de nos jours. Elle ne prend son rôle de capitale de l'Algérie qu'à partir de la période de la
régence d'Alger en 1515. Elle est alors une des cités les plus importantes de la mer
Méditerranée entre le XVIe siècle et le début du XIXe siècle, pratiquant régulièrement le
corso, et à laquelle les puissances maritimes non musulmanes versent un impôt pour le
passage de leur flotte.
Son rôle de capitale du pays sera confirmé lors de la colonisation française où elle devient le
siège du gouverneur général de l'Algérie. Alger fut la capitale de la France libre de 1942 à
1944. Depuis l'indépendance du pays à la suite de la guerre d'Algérie, en 1962, Alger est
devenue capitale de l’État algérien. Elle abrite le siège des institutions politiques du pays en
plus de tenir un rôle de premier plan économiquement.
Géographie
Localisation
Blida (Ben Khellil, Boufarik) Blida (Chebli, Bougara, Ouled Slama, Larbâa, Meftah)
Boumerdès (Khemis El Khechna, Hammadi)
Topographie
La topographie de la côte algéroise est caractérisée par la succession à partir du rivage actuel
et jusqu'à une altitude de plus de 300 mètres, d'une série de gradins, disposés les uns au-
dessus des autres comme les marches d'un escalier.
Ces marches interrompent brusquement la continuité des pentes, en général très rapides,
qui bordent le littoral algérois.
Hydrographie
Alger est traversée par plusieurs fleuves et plusieurs cours d'eau qu'on nomme
indifféremment « oued ». Tous les fleuves qui la traversent se jettent dans la Méditerranée
qui borde toute la côte algéroise. Son système hydrographique est propre au milieu
méditerranéen : le débit d’eau est faible mais ses cours d’eau connaissent des crues
importantes en cas de pluies. Le massif de Bouzaréah, connu par ses reliefs accidentés,
possède un réseau hydrographique très dense, drainé par huit principaux cours d'eau
(Baranès, Sidi Medjber, Frais vallon, jaubert, Scotto Nadal, Chemin du Fort, Birtraria et Oued
Koriche ou Oued Atoun (ex-Oued Mkacel)). La moitié de ses cours d'eau a été artificialisée et
canalisée par des collecteurs enterrés. À l'ouest l'Oued Mazafran constitue la frontière entre
les wilayas d'Alger et de Tipaza, plus à l'est, entre Chéraga et Aïn Benian, l'embouchure de
l'Oued Beni messous. À l'est, les Oueds El Harrach, El Hamiz et Réghaïa ainsi que la zone dite
« le lac de Réghaia », un site d’importance écologique de dimension internationale protégé
par la convention de Ramsar, sont particulièrement touchés par la pollution due aux
nombreuses usines implantées dans cette zone. L'Oued El Harrach bénéficie depuis ces
dernières années d'un projet d'assainissement et d'aménagement.
La surexploitation des nappes d'eau souterraines en saisons sèches provoquerait un
rabattement important du niveau piézométrique, une inversion du sens de l’écoulement
souterrain et par conséquent des problèmes d’intrusion marine vers l’aquifère côtier[9]. Le
barrage réservoir de Douéra (Skalandji) permet le stockage des eaux des Oueds Mazafran (39
hm3) et El Harrach (71 hm3). La capacité totale de ce réservoir est de 87 hm3 destiné
principalement à l’irrigation de 17 200 ha de la plaine de la Mitidja centre et la
réalimentation de la nappe par infiltration[10].
Alger est alimentée en eau potable par les barrages de Bouroumi[11], Keddara[12], Beni
Amrane[13] et Taksebt[14] et par la station de dessalement d'El Hamma mise en exploitation
en mars 2008.
Géologie et relief
L'étude géologique de la région algéroise, peu étendue en surface et formant un rocher qui
s'avance dans la mer, révèle qu'en arrière il est recouvert par un cordon de dunes au-delà
duquel on retrouve les terrains sédimentaires[15] de la série tertiaire[16].
Dans une esquisse géologique et topographique du littoral d'Alger datant de 1911, il apparaît
que ce littoral comprend essentiellement toute la région basse qui borde sur plus de 100
kilomètres le pied de l'Atlas, depuis le massif de Sidi-Fredj au nord de Thénia des Béni Aïcha,
jusqu'au mont Chenoua à l'ouest de Tipaza[17].
Climat
Alger bénéficie d'un climat méditerranéen[18],[19]. Elle est connue par ses longs étés chauds
et secs. Les hivers sont doux et humides[20], la neige est rare mais pas impossible. Les pluies
sont abondantes et peuvent être diluviennes. Il fait généralement chaud surtout de la mi-
juillet à la mi-août[21].
Station de sports d'hiver de Chréa à 50 km d'Alger.
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc.
année
Températures (°C)
Record de chaleur 27,4 31,3 36,3 37,2 41,2 44,6 48,7 47,5 44,4 39,4
32,8 29,1 48,7
Maximale moyenne 16,5 17,3 18,5 20,4 23,5 27 30,6 31,2 29,2 25,1
20,7 17,2 23,1
Moyenne 11,2 11,9 12,8 14,7 17,7 21,3 24,6 25,2 23,2 19,4 15,2
12,1 17,4
Record de froid −3,3 −1,9 −1 −0,8 2,6 5,5 9 9,5 8,2 4,1
−0,1 −2,3 −3,3
Précipitations
Hauteur (mm) 80 81,8 73,4 61,1 39,9 16,7 4,6 7,4 34,2 76 96,4
115,2 686,6
Nombre de jours avec précipitations 11,4 10,6 9,7 9,1 7,3 2,5 1,5 2,5
5,3 8,6 11,1 12,1 91,7
Source : NOAA[22]
Diagramme climatique
jan.
17,36,481,8
fév.
18,5773,4
mars
20,4961,1
avril
23,51239,9
mai
2715,616,7
juin
30,618,54,6
jui.
31,219,17,4
août
29,217,134,2
sep.
25,113,776
oct.
20,79,696,4
nov.
17,27115,2
déc.
Risques naturels
Alger est une zone sismique sensible, plusieurs failles sont détectées dans son territoire
(Khaïr al Dine, Zemmouri, Sahel, Chenoua, Blida, Thenia). Ces failles aux potentiels sismiques
différents sont susceptibles de générer des séismes[23]. Le plus violent qui ait jamais été
recensé est celui du 3 janvier 1365, par suite duquel Alger fut complètement détruite et en
partie inondée[24]. Le dernier séisme important date du 3 février 1716 et coûta la vie à 20
000 personnes. En outre, plusieurs quartiers furent touchés par le séisme de Boumerdès en
2003 (faille Zemmouri).
Démographie
Période actuelle
D'après la source ANIREF [archive] la wilaya d'Alger comptait 3 309 896 habitants en 2020.
Toutefois, l'aire urbaine d'Alger s'étale au-delà de la seule wilaya d'Alger, dans les trois
wilayas voisines de Blida, Boumerdes et Tipaza. Ces trois wilayas comptaient respectivement
1 275 568, 801 068 et 809 311 habitants en 2018 ou 2020 selon la même source.
Ainsi, la population cumulée des wilayas d'Alger, Blida, Boumerdes et Tipaza était de 6 195
843 habitants en 2018-2020. En en excluant les parties les plus éloignées d'Alger (ouest de la
wilaya de Tipaza et est de la wilaya de Boumerdes), il paraît raisonnable d'estimer la
population de l'aire urbaine algéroise à environ 5 millions d'habitants. La publication des
données issues du recensement de la population de 2022 devrait permettre d'affiner cette
estimation.
Des sources non-officielles et étrangères avancent parfois une population allant jusqu'à 8
millions d'habitants pour l'agglomération ou l'aire urbaine d'Alger, mais une telle population
paraît impossible vu les chiffres officiels fournis par les autorités algériennes (recensement ce
la population, ONS et ANIREF). En effet, de telles estimations dépassent la population
cumulée des quatre wilayas englobant l'aire urbaine d'Alger, ce qui est objectivement
impossible.
La pyramide des âges de la wilaya d'Alger met en avant une population jeune relativement
importante, presque un tiers de la population a moins de 20 ans. Cependant on observe une
diminution des naissances à partir de 1983 et une reprise de natalité sur la période
2004/2008.
0,5
80 ans et +
0,58
1,51
70 à 79 ans
1,59
2,30
60 à 69 ans
2,51
4,16
50 à 59 ans
4,05
6,57
40 à 49 ans
6,47
8,53
30 à 39 ans
8,58
9,29
20 à 29 ans
9,39
8,46
10 à 19 ans
8,15
8,75
0 à 9 ans
8,32
0,12
nd
0,15
Période ottomane
La population d’Alger aurait été d’environ 100 000 habitants au XVIIe siècle puis aurait
décliné jusqu’à 30 000 habitants en 1830.
Période française
1830 30 000
1876 61 255
Avec 365 040 habitants en 1954, Alger était la 4e ville française derrière Paris, Marseille et
Lyon[28]. Avec sa banlieue (215 046 habitants dont 131 315 musulmans et 83 731
européens), la population totale de l'agglomération s'élevait en 1954 à 580 086
habitants[29].
Toponymie
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Cet article ne s'appuie pas, ou pas assez, sur des sources secondaires ou tertiaires (novembre
2017).
Dans les plus anciens documents cartographiques, Alger s'est écrit de différentes façons :
Alguer (1275), Algezira (1300), Zizera (1318), Zizeria (1367) Zizara (1409), Aurger (1339) chez
Angelino Dulcert. Cependant, dans ces mêmes documents se trouve le nom d'Alger (dès le
XIVe siècle) qui était prononcé Aldjère, voire « Algir » sur la mappemonde de Martin Béhaïm
(à la fin du XVe siècle), et enfin, Alger chez Sébastien Cabot (au milieu du XVIe siècle)[30].
Tous ces noms proviennent de la racine Djezaïr Beni Mezghenna.
Le point sur lequel il y a divergence est la signification du nom Djezaïr Beni Mezghenna[31].
Les premiers à citer Alger furent Ibn Hawqal dans son livre S'urat al Ardh ( )صورة االرضet Al-
Bakri dans Des Routes et des Royaumes ( )كتاب المسالك والممالكau chapitre sur « La route
d'Achir à Djzayer Beni Mezghenna » (vers l'an 1068)[32]. Le premier l'écrit ( جزائر بني
)مزغّناي, le second ()جزاير بنى مزغنى, sans qu'aucun d'eux donne la signification du nom.
William Mac Guckin de Slane, en traduisant le livre d'Al-Bakri, ajoute une traduction « îles »
pour ([)جزاير33],[34].
Au début du XVIe siècle, Hassan al-Wazzan dit Léon l'Africain pense que le nom « gézeir »
viendrait de sa proximité avec les îles Baléares[35]. Diego de Haedo rattache le nom à
l'unique île qui faisait face à Alger[36],[37]. En 1843, Louis Adrien Berbrugger explique que le
nom d'Alger viendrait des îles qui faisaient, selon lui, face au port d'Alger à l'époque et qui
furent plus tard rattachées à sa jetée actuelle ; en arabe Al-Djaza’ir ()الجزائر, « les îlots »[38],
[39], en français « les îles des Mezghenna » (جزاير بني مزغنا, Djezaïr Beni Mezghenna)[40].
Le terme d'île pourrait, selon des géographes musulmans du Moyen Âge, également désigner
la côte fertile de l’actuelle Algérie[41], coincée entre le vaste Sahara et la Méditerranée,
apparaissant alors comme une île de vie, Al-Jaza’ir. Ibn Hawqal ne cite qu'une île à un jet de
flèche de la côte[42],[31] et Al-Bakri aussi[43].
Par ailleurs, le géographe Al-Idrissi mentionne dans « » نزهة المشتاق في اختراق اآلفاق
l'existence de la ville qu'il transcrit indifféremment Djézayr beni Mezghena ([)جزاير بني مزغنا4
4] et parfois Al Djézayr ([)الجزائر45],[46].
Une autre hypothèse existe pour l'origine du mot Djezaïr Beni Mezghenna. Cette hypothèse
attribue une origine berbère au nom d'Alger. « Selon Smaïl Medjeber, Alger fut prise par
Bologhine ibn Ziri qui lui donne le nom de Ziri pour honorer son père[47] ». Alger viendrait
donc de l'anthroponyme Ziri[47] qui signifie « clair de lune » en berbère. Al-Bakri, repris par
Louis de Mas-Latrie, décrit les habitants d'Alger et de ses alentours (Mitidja) comme des
Berbères vivant à la limite du royaume hammadide encore en place[33].
La ville fut dénommée Icosium durant la période romaine. Selon une légende gréco-romaine,
Icosium aurait été fondée par vingt (Eïkosi) compagnons d’Hercule[48]. Selon la légende,
vingt des hommes d’Hercule, embarrassés de choisir le lieu de la fondation de la future ville
d’Alger, s’accordèrent à sacrifier trois moutons et placer chacun d’eux sur un emplacement
donné (L’Harrach, Pointe-Pescade et l’actuel centre-ville d’Alger) pour constater ensuite
lequel des trois moutons demeurera intact. Ils s'aperçoivent que celui du site actuel n'est pas
affecté par la décomposition. Ils résolurent de fonder Alger sur cet emplacement en lui
attribuant le nom d’Icosium (dérivé du mot grec Eikosi, qui signifie en grec vingt)[49].
Marmol affirme de son temps qu'une tradition indigène locale attribuait la fondation d’Alger
sur les ruines de Sassa, près d'El-Harrach, aux Mosgan (Mezghana), peuple plus basané que
blanc et dont les principaux habitats étaient en Libye, d’où, ayant acquis une certaine
puissance, il serait venu dans la province d’Alger et y aurait régné longtemps avant la venue
des Romains[50].
Histoire
Préhistoire
Antiquité
Une localité appelée à l'origine par les Puniques Ikosim (nom signifiant « l'île aux mouettes »
d'après Victor Bérard ou « l'île aux épines » ou « aux hiboux » d'après Joseph Cantineau et
Louis Leschi[54]), lorsqu'elle acquit le statut de comptoir phénicien d'importance, la
fondation d'Ikosim est antérieure au IVe siècle av. J.-C. Des débris de vases campiniens datant
du IIIe siècle av. J.-C. y furent découverts dans un puits de vingt mètres de profondeur en
1940.
Déjà au début du Ier millénaire av. J.-C., Ikosim était un important comptoir phénicien. En -
202, la ville passa sous influence romaine à la suite de l'alliance scellée entre Massinissa et
Scipion l'Africain contre Carthage. Le nom d'Ikosim prend sa forme romanisée, Icosium, sous
Juba Ier et Ptolémée.
Les tribus berbères Maghraouas étaient très nombreuses dans les environs d'Icosium et
Ptolémée de Maurétanie devait les contenir. Ptolémée de Maurétanie fit transférer une
partie des Maghraoua vers le Chlef[55] et il combat les résistants berbères soulevés par
Tacfarinas[56], dans cette même période. Après Tibère, Vespasien envoya une colonie à
Icosium pour arrêter les révoltes[57].
Après la révolte de Tacfarinas, Firmus (général maure berbère) détruisit Icosium en mettant
le feu avec l'aide de toutes les tribus berbères maures (non romanisés) qui vivaient dans les
montagnes des environs au IVe siècle[58].
C'est vers le Ve siècle que le christianisme s'introduisit à Icosium. En 429, la ville passa sous
domination vandale, lors de leur conquête de l'Afrique du Nord. En 442, un traité entre
Romains et Vandales permit aux Romains de récupérer Icosium et ce durant les cent ans de
présence vandale en Algérie.
Après 533, la ville, à peine contrôlée par les Byzantins, fut attaquée par des tribus berbères.
Moyen Âge
Bologhine ibn Ziri, fondateur des trois villes : Alger, Miliana et Médéa.
La guerre continua entre les Zénètes et les Sanhadjas. Ziri ibn Menad fut tué en 971[65] dans
une bataille contre les Maghraouas, sa tête fut rapportée à Cordoue par les Maghraoua afin
d'obtenir de l'aide pour affronter l'armée des Zirides, vassal des Fatimides. Les Zénètes
vengèrent ainsi la mort d'Abu Yazid[66]. C'est ainsi que Moez, calife fatimide, désigna
Bologhine ibn Ziri comme calife du Maghreb. Ce dernier continua le combat contre les
Zénètes. Ces derniers demandèrent alors l'aide des Omeyyades de Cordoue pour reprendre
leur territoire et leurs villes y compris Alger. Bologhine ibn Ziri s’empare de presque tout le
Maghreb en suivant les directives de Moez[66].
Bologhine possédait toutes les villes du Maghreb, il avait pour ordre de tuer tous les Zénètes,
de ramasser l'impôt des Berbères sous l'emprise de l'épée. Ceci provoqua une marche de
contestation de la part des autres tribus. Les Kutama devinrent jaloux des Zirides et la guerre
éclata entre les deux tribus ; Mila et Sétif furent rasées par les Zirides[66]. Les Omeyyades
acceptèrent enfin d'aider les Zénètes à reconquérir leurs territoires, en particulier des
Maghraoua[66]. Bologhine ibn Ziri rebroussa chemin en voyant toute l'armée des Zénètes
venue d'Andalousie par voie maritime qui s'installa à Ceuta[66]. En 983, Bologhine ibn Ziri
mourut. S'ensuivit une longue période de défaite pour les Zirides. Les Maghraouas
regagnèrent leurs territoires et leur souveraineté dans le Maghreb central et dans l'Ouest
grâce à Ziri Ibn Attia issue des Maghraouas. Toutes les villes du Centre jusqu'à Tanger
redevinrent des villes Zénètes, y compris Alger[66].
Les Fatimides voulaient prendre l'Al-Andalus, mais ils décidèrent d'abandonner ce projet
pour garder l'Égypte et les autres provinces. Les Zirides restèrent souverains dans leurs
territoires à l'est de l'Algérie ainsi que les Hammadides (tribu des Sanhadja)[66]. Les
Almoravides prirent Alger en 1082 grâce à Youssef Ibn Tachfin. Ce dernier défit tous les
Zénètes. La première grande mosquée du rite malikite Djamaâ el Kebir ou la Grande
Mosquée (de 1097) y fut construite par Youssef Ibn Tachfin. Les Almoravides n'ont jamais fait
la guerre contre les Zirides, les deux tribus sont des Sanhadjas[66]. En 1151, Abd al-Mumin
(Almohades), un Berbère zénète, reprit Alger ainsi que tout le Maghreb et l'Andalousie aux
Almoravides[66]. Par la suite, Alger fut rattachée aux capitales des dynasties Zianides, ainsi
que Hafsides et Mérinides pour des courtes périodes. Longtemps la ville fut dépendante de
Tlemcen sous les dynasties Ifrenides, Maghraouides, Almoravides, Almohades et
Zianides[66].
Époque moderne
Alger était alors un port peuplé d'environ 20 000 habitants, dont la population s’était
fortement accrue avec l’arrivée des Juifs et des Maures expulsés d’Andalousie après la chute
de Grenade. Elle devint une « petite république municipale »[67].
En 1510, les Espagnols soumirent Alger et bâtirent une forteresse sur un îlot de la baie, le
Peñon d'Alger, destinée à défendre et surveiller la ville. À la mort du roi Ferdinand le
Catholique en 1516, les habitants se révoltèrent et imposèrent à l'émir Salim at-Toumi, de
faire appel au corsaire turc Barberousse[68]. Ce dernier devint maître de la ville après avoir
assassiné Salim at-Toumi[69] qui avait intrigué avec les Espagnols et sa tribu des Tha'alibi
pour se débarrasser des corsaires[70], mais les Espagnols conservèrent la forteresse du
Peñon. En 1516 et 1518, Alger fut attaquée par des expéditions espagnoles commandées
respectivement par Diego de Vera et Hugo de Moncada, qui échouèrent toutes deux.
Par la suite, Khayr ad-Din Barberousse fut évincé d'Alger par le chef kabyle Sidi Ahmed ou el
Kadhi, mais s'y rétablit à la fin des années 1520 avec le soutien du gouvernement ottoman et
réussit cette fois à prendre et à détruire la forteresse du Peñon ; il fit construire la jetée
Kheir-Eddine, reliant les îlots à la terre ferme et constituant ainsi le premier abri du port
d'Alger. Cette date marque le début de la régence d'Alger, qui fit d'Alger la capitale d'un État
vassal de l'Empire ottoman, quoiqu'assez indépendant de facto.
En même temps, une double extrapolation se produisit. La ville, El Djazaïr en arabe, donne
son nom au pays entier (en arabe, « Alger » et « Algérie » s'écrivent de la même façon : El
Djazaïr) tandis que la citadelle perchée en haut de la ville ancienne, la casbah, donne son
nom à la ville. De nos jours encore, « casbah » désigne la ville précoloniale, désormais
classée au patrimoine mondial de l'UNESCO[71].
En octobre 1541, l'empereur réunit une flotte de guerre. Alger était alors sous l'autorité de
Hassan Agha. Hassan Agha renforça les fortifications et les arsenaux de la ville. Lors du siège
de la ville, un orage violent éclata. La tempête continua toute la soirée et même la nuit
entière. Au petit matin, la pluie ne cessant de tomber, elle rendit inutilisable la poudre pour
les canons et les arquebuses. Les troupes impériales furent alors décimées par les troupes
d'Hassan Agha et les irréguliers venus des campagnes environnantes. L'armée impériale
battit ensuite en retraite vers le cap Matifou.
La retraite fut désastreuse pour les forces impériales car la route était coupée par une crue
de l'Oued El-Harrach tandis que les troupes algéroises et irrégulières les harcelaient, leur
occasionnant de grandes pertes. Les survivants arrivèrent à Tamentfoust, puis les troupes de
Charles Quint se réfugièrent à Béjaïa, alors toujours aux mains des Espagnols. Après cette
débâcle, la ville devint la plus puissante des villes neuves de la Méditerranée. La régence
d'Alger, solidement établie, dura trois siècles, jusqu'en 1830.
La régence
Au début du XVIIIe siècle, Laugier de Tassy décrivait la population d'Alger en ces termes « On
ne voit presque dans la ville que les Maures, qui ont été chassés d’Espagne »[72]. Au début
du XIXe siècle, on comptait à Alger une centaine d'écoles primaires et quatre collèges
supérieurs (pour moins de 20 000 habitants), à savoir celui de la Grande Mosquée, celui de la
Quashashiyya, celui des Andalous et celui de Shaykh al-bilâd[73].
À la veille de la conquête française, Alger était une ville très cosmopolite, la société se
composait de Turcs, de Maures mêlés de Berbères et d’Arabes avec un fort apport andalou,
de Kouloughlis, de Kabyles, de noirs affranchis, d'esclaves, de Juifs et de Beranis qui se
composaient de minorités régionales : les Biskris, les Laghouatis et les Mozabites[74]. Alger
connaissait notamment plusieurs langues et dialectes : l'osmanli parlé par les Turcs, un arabe
citadin parlé par les Maures, un hébreu arabisé parlé par les Juifs et les dialectes berbères
parlés par chaque communauté berbère[74].
Bombardement d'Alger par une flotte anglo-hollandaise en 1816.
La ville fut plusieurs fois bombardée sous la Régence. La marine royale française, sous le
commandement de Abraham Duquesne, à la suite de la déclaration de guerre à la France du
Dey d'Alger, bombarde Alger en 1682 puis plusieurs autres fois durant ce conflit. En 1815, la
Seconde Guerre barbaresque s'achève par la défaite du dey Omar Agha, Américains et
Algériens signent alors dans la baie d'Alger un accord permettant la libre circulation des
navires américains en Méditerranée. Puis l'année suivante, en 1816, la ville est bombardée
lors d'une expédition punitive par une flotte anglo-hollandaise menée par Edward Pellew et
le dey doit à nouveau négocier.
Colonisation française
En 1830, après 3 ans d'un blocus qui commence le 16 juin 1827, le roi Charles X prétexte
l'aggravation d'un contentieux commercial entre la France et la régence d'Alger pour envoyer
un corps expéditionnaire commandé par le général de Bourmont, ministre de la guerre, afin
que celui-ci prenne possession de la ville, qui tombe le 5 juillet 1830, trois semaines après le
débarquement de Sidi-Ferruch situé à 30 km à l'ouest[75]. Les troupes du général de
Bourmont s'emparent du trésor d'Alger qui s'élève, selon Pierre Péan, à 500 millions de
francs de l’époque (soit 4 milliards d’euros) dont une bonne partie est détournée[76],[77].
Présenté comme simple raid militaire punitif à l'origine, l'occupation française se prolongea
pendant plus de 130 ans, et marqua profondément la cité qui comptait à peine 30 000
habitants à cette époque.
La ville, bâtie en amphithéâtre sur un rocher dont l'inclinaison est tournée vers l'est,
s'étendait alors, dans la partie comprise entre les actuels rue Benganif, boulevard Hahkad, la
casbah (la citadelle) et le port, soit 3 200 mètres de remparts avec cinq portes (Bab El Oued,
Bab Azzoun, Bab Dzira, Bab El Bhar et Bab Jedid) qui enfermaient environ 12 200 maisons de
grandeurs diverses contenant toutes une cour d'une plus ou moins grande étendue, 103
mosquées, une dizaine de synagogues, 7 grandes casernes de janissaires, 150 fontaines et 60
cafés maures.
Les faubourgs constituaient la campagne avec de belles villas enfouies dans un cadre de
verdure et de vastes jardins qui faisaient l'admiration des Européens. La ville haute, le Djebel,
constituait la vraie ville avec ses mosquées, ses zaouïas et ses rues étroites.
La colonisation française commença par le refoulement des indigènes, qui furent chassés de
tout le Sahel algérois, puis évolua vers leur cantonnement qui les obligea pour vivre à vendre
leur travail au colon voisin[78].
Puis dès 1848, Alger devint le siège de la préfecture du département du même nom,
permettant ainsi un développement rapide[79], grâce à l'arrivée d'émigrants européens au
cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, principalement d'origine française ou
méditerranéenne (Espagnols et Italiens), tandis que la population locale se concentre plutôt
dans une casbah en voie de taudification (?).
Afin d'investir la ville, deux ressources s'offrent aux colons: soit celle d'occuper les
habitations mauresques, en s'adaptant à leur architecture; soit celle d'en démolir quelques-
unes pour construire des voies carrossables et des places pouvant servir aux rassemblements
de troupes et aux marchés.
La topographie de la ville, accidentée dans sa partie ouest, n'offrant qu'une zone basse
légèrement plane dans sa partie est, et étant située en bordure de mer pouvait, grâce au
voisinage du port, avoir un plus grand intérêt économique. Ainsi, c'est dans cette dernière
zone qu'il y eut le plus de transformations.
On commença par quelques démolitions entre Bab-Azoun et la Marine, ainsi que dans la rue
des Souks pour permettre aux chariots de circuler librement. On continua le tracé des rues «
Bab-Azoun », «Bab El Oued» et «de la Marine» qui avaient été auparavant simplement
élargies. Pour les deux premières, on construisit des rues à arcades et on fit adopter
l'établissement de galeries, de façon à lutter contre les rayons du soleil. Aussi l'ouverture de
deux autres rues fut décidée : celles « de Chartres » et « des Consuls », afin d'établir une
communication entre les portes Nord et Sud, au cas où les rues Bab-Azoun et Bab El Oued
auraient été rendues inutilisables.
À partir de 1840, la ville sortant des limites des fortifications ottomanes et des logiques de
défense, le Génie élabora en 1841 un projet d’ensemble de fortifications modernes.
L’architecte Pierre Auguste Guiauchain rédigea en 1845 un schéma général de voirie et
d’alignements concernant les terrains à édifier à l’intérieur de la nouvelle enceinte. Il installa
les nouveaux bâtiments publics : hôtel de ville, palais du Gouverneur, théâtre, palais de
justice, hôtel des postes et du trésor, etc. dans les meilleurs emplacements dominant la mer
et projeta une série de percées transversales destinées à faciliter la liaison entre les
nouveaux quartiers du Nord et du Sud de la ville.
Ce plan qui sera publié en 1848 par Delaroche, esquisse les rampes et les escaliers destinés à
relier les quais à la ville, quelque 15 mètres plus haut, de même que les liaisons avec la «
place du Gouvernement » au sud.
Par étapes cette idée aboutira, en 1860, au projet du baron Charles-Frédéric Chassériau,
architecte en chef de la ville, qui dessina l’ensemble de la structure soutenant le boulevard et
les rampes entre les quais et la ville. Il prit le nom de boulevard de l’Impératrice en honneur
d'Eugénie de Montijo, l’épouse de Napoléon III, qui l’inaugura en 1865 (avant son
achèvement) et accueillit, au fil du temps, d’importants édifices publics : la Préfecture, le
palais des Assemblées, le Casino, l’hôtel de ville, le grand lycée d'Alger (futur lycée Bugeaud),
etc.
Les Français s'installaient principalement dans les faubourgs, dans des maisons qui se
trouvaient le long des remparts, comme le quartier populaire de Bab El Oued au nord, tandis
que l'on poursuivait également l'européanisation de la ville musulmane ; aménager les
constructions mauresques semblait être le meilleur programme d'utilisation de la cité. Ainsi,
dès 1839, la partie basse de la ville commença à disparaître, démolitions et expropriations
contribuèrent à donner un aspect nouveau à ce quartier. L'immigration d'Européens était
importante. Tous les nouveaux venus commençaient d'abord par occuper les maisons
mauresques qui sont transformées pour répondre à des exigences nouvelles. Celles-ci
devenaient bientôt des bâtisses insalubres et mal aérées. Au cours de son voyage, Napoléon
III fit une enquête personnelle qui eut pour résultat d'arrêter les démolitions de la vieille
ville. Le rapport dit que la haute ville devait rester telle quelle. On commença à s'apercevoir
qu'il était difficile de greffer une ville européenne sur une ville musulmane. Le temps seul se
chargea alors de modifier l'aspect de la cité.
Lors de la visite de 1860, le couple impérial pose la première pierre du boulevard du Front de
mer, Boulevard de l'Impératrice (devenu Boulevard Che-Guevara). Les analogies sont assez
grandes avec Marseille et son port qui se construit au-devant de la rue Impériale (devenue
Rue de la République). Désormais, la ville française s’organise autour de ce boulevard, large
artère de 2 km de long surplombant la mer d'une hauteur de 18 mètres. Dans le même
temps, Napoléon III inaugure la première ligne de chemins de fer entre Alger et Blida. Pour
effectuer ces aménagements, la maire rétrocède, comme la loi l'y autorise, la construction de
ce boulevard, de l'établissement des magasins et des rampes d'accès vers les quais, à une
société anglaise pour 99 ans, afin de financer les travaux et l'entretien de ce nouvel axe.
Ainsi, les quartiers d’Alger ressemblèrent peu à peu à des quartiers parisiens, dignes des
travaux haussmanniens, avec les lieux nécessaires à la vie publique (jardins, églises, mairies,
écoles). Les anciennes somptueuses villas ottomanes réquisitionnées, furent utilisées comme
maisons secondaires par les grandes familles françaises.
Le travail dans le secteur de la construction était souvent précaire et mal rémunéré pour les
ouvriers algériens. Ils étaient souvent soumis à des conditions de travail difficiles et à des
inégalités de traitement par rapport aux travailleurs européens. Les ouvriers locaux étaient
généralement chargés des tâches manuelles, tandis que les postes de supervision et
d'ingénierie étaient occupés par des Européens.
La colonisation fit d'Alger une ville à majorité européenne, ceci bien que la population
musulmane indigène commençât à s'accroître de façon exponentielle à partir de la Première
Guerre mondiale, du fait tant de l'accroissement naturel que de l'exode rural.
En 1871, la ville se proclame Commune d’Alger, avant celle de Paris[83]. En effet, la politique
arabophile de Napoléon III ne fait pas l’unanimité parmi les Français d’Alger. Sous la bannière
de Charles Lavigerie, ils s’élèvent pour dénoncer l’administration militaire et la politique
impériale, « des civils partout » demeure la phrase emblématique de 1870. La chute du
Second Empire y est accueillie avec enthousiasme. Autour de l’avocat Romuald Vuillermoz,
Alexis Lambert, Ferdinand Lelièvre et Jourdan fondent le Comité républicain de défense de la
ville d’Alger. Des centaines de Français descendent dans la rue pour demander le départ du
préfet Warnier ainsi que celui de tous les fonctionnaires bonapartistes. La ville a sa
commune, début octobre, Vuillermoz est élu maire d’Alger. Ce dernier écrit à Gambetta le 7
novembre pour lui demander le remplacement du pouvoir militaire par le pouvoir civil en
Algérie, en cas d’absence de réponse, précise-t-il, « l’Algérie se fera d’elle-même ». La
réponse est ferme : « Nous apprenons que vous faites le dictateur et que vous constituez une
commission pour prépare l’organisation du conseil communal. Le gouvernement annule cet
acte d’usurpation. Il vous engage et vous ordonne de cesser toutes ces violences de la loi
qu’il ne peut tolérer plus longtemps… Prouvez nous votre patriotisme et vous aurez avant dix
jours un gouvernement civil. » Lors des élections municipales du 5 février 1871, la liste de
Vuillermoz l’emporte, le gouvernement civil est mis en place[84].
Les transports modernes furent également installés. Ainsi, en 1892 le chemin de fer fit son
apparition par la fondation de la Compagnie des Chemins de fer sur routes d'Algérie (CFRA),
dont une partie du réseau est centré sur Alger. Il se composait d'une ligne côtière traversant
la ville par les boulevards le long du port. La même année, la Société des tramways algériens
(TA) fut créée afin de constituer un réseau purement urbain dans Alger. Une longue ligne fut
construite, parallèle à celle des CFRA, mais à l'intérieur de la ville. En complément de la ligne
de tramways des TA, une nouvelle ligne de trolleybus fut mise en service.
Attaque aérienne d'Alger par la Luftwaffe durant la Seconde Guerre mondiale vers 1943.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Afrique du Nord française, dont Alger, resta sous les
ordres de la métropole, donc à compter de juin 1940 du gouvernement de Vichy. Le 8
novembre 1942 seulement, Alger vit débarquer les forces alliées, dans le cadre de l'opération
Torch. À Alger, le succès du débarquement est lié à une opération de résistance de grande
ampleur. Quatre cents combattants, dont de nombreux membres de la communauté juive
d'Alger[85], occupèrent les principaux points stratégiques de la ville la nuit précédant le
débarquement, emmenés par Henri d'Astier de La Vigerie et José Aboulker. Ce putsch permit
d'éviter toute résistance du 19e corps d'armée vichyste, stationné dans la ville sous le
commandement du général Juin.
La ville d'Alger fut décorée, le 29 mai 1949, de la croix de guerre 1939-1945[87] avec palme
de bronze[88].
Guerre d'indépendance
Articles détaillés : Bataille d'Alger, Zone Autonome d'Alger, Je vous ai compris et Crise de l’été
1962.
Alger se constitua en Zone autonome d'Alger, fin de l'année 1956 sous le commandement de
Ramdane Abane et ensuite de Yacef Saâdi en 1957, joua aussi un rôle décisif durant la guerre
d'Algérie (1954-1962), notamment pendant la bataille d'Alger, durant laquelle la 10e division
parachutiste de l'armée française, à partir du 7 janvier 1957, mena la chasse aux
indépendantistes algériens, sur ordre du garde des Sceaux François Mitterrand, qui lui donne
tout pouvoir pour « éliminer les insurgés ». La ville comptait alors 884 000 habitants. Un an
plus tard, les manifestations du 13 mai lors de la crise de mai 1958 y consacrèrent la chute de
la Quatrième République en France, ainsi que le retour du général De Gaulle aux affaires.
Alger reste marquée par cet épisode caractérisé par une lutte sans quartier entre les
indépendantistes et l'Armée française menant des opérations de police et pratiquant la
torture. Des opposants à l'ordre colonial, comme le jeune professeur de mathématiques
Maurice Audin ou le leader nationaliste Larbi Ben M'hidi sont maintenant honorés depuis par
la municipalité : des artères principales de la ville portent désormais leurs noms. La bataille
d'Alger, remportée par le général Massu, reste cependant une réussite mitigée car si sur le
plan militaire, en quelques mois, les principaux dirigeants du FLN sont arrêtés, l'action de ces
derniers ainsi que les aspirations du peuple algérien apparaissent sous un jour nouveau aux
yeux de l'opinion internationale. Le 11 décembre 1960, des cortèges formés d’habitants des
bidonvilles envahissent les rues des quartiers européens afin de réclamer la fin de la guerre.
Charles de Gaulle autorise l’armée à ouvrir le feu sur les manifestants, tuant au moins 260
personnes[89].
Principaux attentats du FLN, attentats des ultras européens et opérations répressives par
l'armée française avant et pendant la bataille d'Alger.
Principaux attentats du FLN, attentats des ultras européens et opérations répressives par
l'armée française avant et pendant la bataille d'Alger.
Semaine des barricades à Alger en 1960.
Par les décrets no 59-321 du 24 février 1959 et no 60-163 du 24 février 1960, l'organisation
de la commune d'Alger sera réorganisée : le « Grand Alger » est formée en agglomérant au
centre-ville douze anciennes communes de la périphérie. L'ensemble est divisé en dix
arrondissements, dont la gestion est assurée par un administrateur général, par un conseil
municipal élu et par des maires et adjoints d'arrondissement.
Mais en avril 1961, Alger revint de nouveau sur le devant de la scène lorsque les généraux
Salan, Challe, Zeller et Jouhaud échouèrent dans leur tentative de soulèvement de l'Armée
française contre la politique algérienne du général de Gaulle.
Lors de l'exode de 1962 (appelée aussi l'exode des pieds-noirs), Alger vit partir sa population
d'origine européenne et juive (350 000 personnes).
Après l'indépendance
La baie d'Alger depuis le balcon Saint-Raphaël.
Le 5 juillet 1962, les Algérois célèbrent dans une grande liesse populaire l'indépendance de
l'Algérie. Le 19 juin 1965, à minuit, les chars de l’armée prennent position autour de la
capitale, le président Ben Bella est renversé[90]. Accueillant la plupart des révolutionnaires
du monde entier et autres figures du tiers monde, ce qui fait dire au chef indépendantiste de
Guinée-Bissau Amilcar Cabral : « Les chrétiens vont au Vatican, les musulmans à La Mecque
et les révolutionnaires à Alger », Alger devient une capitale du tiers monde ainsi qu'une ville
phare du Mouvement des non-alignés pendant la guerre froide[91]. Elle accueille le Festival
panafricain en 1969.
En octobre 1988, Alger est le théâtre de manifestations réclamant la fin du système de parti
unique et une véritable démocratie, baptisées « le printemps d'Alger ». Elles sont durement
réprimées par les autorités (plus de 300 morts), mais constituent un tournant dans l'histoire
politique de l'Algérie moderne. En 1989, une nouvelle constitution est adoptée qui met fin
au règne du parti unique et permet la création de plus de cinquante partis politiques, ainsi
qu'officiellement une libération totale de la presse écrite.
Place des Martyrs, cette place fut le théâtre d'affrontement entre les services de l'ordre et les
partisans du FIS en 1990. Photo prise vers 1899, à l'époque de l'Algérie française, l'endroit
était nommé place du Gouvernement. Au centre la statue équestre du duc d'Orléans
(rapatriée à Neuilly-sur-Seine), à droite la mosquée Djemâa Djedid.
XXIe siècle
De nos jours, Alger veut redevenir une grande capitale africaine et méditerranéenne, elle
entreprend une ouverture vers le monde en organisant de nombreuses manifestations et
colloques internationaux.
Alger attire ainsi depuis quelques années de grandes multinationales telles que la Société
générale ou Siemens. De nombreux grands projets de réalisation d'infrastructures tels que le
métro, le tramway ainsi que divers projets de restructuration urbaine, de création de
nouveaux centres urbains satellites, peinent à voir le jour, quoiqu'ils auraient dû être achevés
il y a plus de 15 ans : Alger est en pleine expansion urbaine, motivée par un besoin
d'affirmation au niveau régional dans sa lutte pour concurrencer les autres villes nord-
africaines de Tunisie et du Maroc.
Dans les années 2020, la ville d'Alger fait l'objet d'un programme de modernisation urbaine,
articulé autour de quatre axes baptisés plans blanc, vert, bleu et jaune, chacun répondant à
des enjeux spécifiques[95].
Administration et politique
L'organisation municipale de la ville d'Alger a souvent évolué à travers le temps, aussi bien à
l'époque française, qu'après l'indépendance. Elle a d'abord été une simple commune à partir
de 1832 avant de devenir une ville en 1959, divisée en 10 arrondissements. À la suite d'une
réforme de 1977, les arrondissements deviennent des communes et la ville est gérée par un
Conseil Intercommunal appelé le CPVA. Depuis 2000, la ville composée de 28 communes
urbaines n'existe plus juridiquement, c'est la wilaya d'Alger et chacune de ses 57 communes
qui ont repris les prérogatives de la ville[96].
Découpages de la ville d'Alger (en rouge) au fil du temps au sein de la Wilaya d'Alger (en
blanc).
La ville d'Alger
À l'arrivée des Français en 1830, la médina d'Alger était une ville fortifiée qui correspond au
territoire de l'actuelle commune de la casbah. Après quelques années sous régime militaire,
la vieille ville et la ville européenne constituèrent la Ville d'Alger. En 1832, la commune
d'Alger fut créée. En 1835, 14 communes rurales autour d'Alger furent créées[97]. En 1848,
les communes d'El Biar et Mustapha (actuellement Sidi M'Hamed) y furent rattachées avant
d'en être détachées en 1870. En 1904, la commune de Mustapha fut définitivement intégrée
à la ville d'Alger qui fut divisée en 12 arrondissements pour une superficie totale de 15,64
km2.
Le Grand Alger
En 1959, le Grand Alger est créé avec le regroupement de 9 communes (Alger, Saint-Eugène,
Bouzareah, El Biar, Dely Brahim, Birmendreis, Kouba, Hussein-Dey et Maison-Carrée). Cet
ensemble était découpé en 10 arrondissements et un territoire de 186 km2, il était dirigé par
un administrateur général nommé par décret et un conseil municipal de 75 membres,
chaque arrondissement étant dirigé par un maire-adjoint[98],[99]. Après l'indépendance,
l'organisation de ville d'Alger fut maintenue en 1967[100], mais il n'y eut plus
d'administrateur général. En 1974, deux arrondissements furent ajoutés (Bouzareah et Bir
Mourad Raïs)[101].
En 1977, les arrondissements devinrent des communes de plein exercice, mais il fut créé le
Conseil populaire de la Ville d'Alger (CPVA) regroupant les anciens arrondissements afin de
poursuivre les prérogatives de l'ex-commune d'Alger. Une nouvelle entité vint s'ajouter au
CPVA, il s'agit de Baraki, portant l'ensemble à 13 communes[102]. À la suite du découpage
administratif de 1984, la ville fut une nouvelle fois réorganisée en 1985 en passant à 15
communes mais la superficie fut divisée par trois, passant à 58,5 km2, en se délestant des
territoires périphériques, à l'est autour d'El Harrach, à l'ouest (Bouzareah) et au sud (Bir
Mourad Raïs). Elle continua à être gérée conjointement par les communes et le CPVA mais ce
dernier est placé sous la tutelle de la wilaya[103].
Depuis le report des élections municipales de 1989[104], le CPVA n'existe plus. Il fut d'abord
remplacé par un Conseil communal provisoire de l'agglomération urbaine d'Alger (CCPAUA)
[105]. Quelques mois plus tard, en avril 1990, deux nouvelles lois relatives à la commune et
la wilaya furent adoptées[106], et les Conseils urbains coordination de la wilaya d'Alger (CUC)
furent créés[107], les anciennes communes formant la ville d'Alger ayant été regroupées
sous l’appellation Conseil intercommunal d'Alger. À partir de ce moment-là, l'administration
de la wilaya se substitue définitivement à celle de la ville. Ainsi, les directions et services
techniques liées au CPVA furent mis sous la tutelle de la wilaya avant de devenir des EPIC.
En 1997, après s'être agrandie de 24 nouvelles communes, la wilaya d'Alger fut dotée d'un
statut particulier et devient le Gouvernorat du Grand Alger (GGA), elle serait dirigée un
ministre gouverneur, en l’occurrence Cherif Rahmani. Elle serait organisée en 28 communes
urbaines, dénommées arrondissements urbains et en 29 communes simples[108]. Ce
nouveau statut ne dura pas longtemps, puisqu'en 2000, le Gouvernorat du Grand Alger fut
dissous, ayant été jugé inconstitutionnel[109].