Corrigé : Démontrer si une application est une distance
Nox
12 avril 2026
1. Le classique trompeur : d1 (x, y) = (x − y)2
Conclusion : Ce n’est pas une distance.
Preuve : Il suffit de trouver un contre-exemple pour l’inégalité triangulaire. Prenons
x = 0, z = 2, et y = 4.
d1 (0, 4) = (0 − 4)2 = 16
d1 (0, 2) + d1 (2, 4) = (0 − 2)2 + (2 − 4)2 = 4 + 4 = 8
Comme 16 ̸≤ 8, l’inégalité triangulaire d1 (x, y) ≤ d1 (x, z) + d1 (z, y) n’est pas vérifiée.
p
2. La valeur absolue transformée : d2 (x, y) = |x − y|
Conclusion : C’est une distance.
Preuve : Vérifionsp les 3 axiomes.
— Séparation p : |x − y| = p0 ⇐⇒ |x − y|p = 0 ⇐⇒ x = y.
— Symétrie : |x − y| = | − (y − x)| = |y − x| = d2 (y, x).
— Inégalité triangulaire : On p sait que |x −py| ≤ |x − z| + |z − y|. La fonction racine
carrée étant croissante,
√ on a : |x
√ − y| ≤
√ |x − z| + |z − y|. De plus, pour tous réels
positifs
p A etpB, on a p A + B ≤ A + B (se démontre en élevant au carré). Donc
|x − y| ≤ |x − z| + |z − y|, soit d2 (x, y) ≤ d2 (x, z) + d2 (z, y).
3. Le piège de la séparation : d3 (x, y) = |x2 − y 2 |
Conclusion : Ce n’est pas une distance.
Preuve : L’axiome de séparation stipule que d(x, y) = 0 =⇒ x = y. Prenons x = 1 et
y = −1. d3 (1, −1) = |12 − (−1)2 | = |1 − 1| = 0. Pourtant 1 ̸= −1. L’axiome n’est pas
vérifié (on appelle cela un écart ou une semi-distance).
4. Changement d’ensemble : d4 (x, y) = | ln(x) − ln(y)| sur R∗+
Conclusion : C’est une distance.
Preuve :
— Séparation : | ln(x) − ln(y)| = 0 ⇐⇒ ln(x) = ln(y). La fonction ln étant strictement
croissante (donc injective), cela implique x = y.
— Symétrie : La valeur absolue garantit que | ln(x) − ln(y)| = | ln(y) − ln(x)|.
— Inégalité triangulaire : Directement héritée de la valeur absolue dans R. | ln(x) −
ln(y)| = | ln(x) − ln(z) + ln(z) − ln(y)| ≤ | ln(x) − ln(z)| + | ln(z) − ln(y)|.
5. La fonction bornée : d5 (x, y) = ln(1 + |x − y|)
Conclusion : C’est une distance.
Preuve : La séparation et la symétrie sont trivialement vérifiées (car |x − y| vérifie ces
propriétés et ln(1 + 0) = 0). Pour l’inégalité triangulaire, considérons la fonction f (t) =
ln(1 + t) pour t ≥ 0. Elle est croissante et concave. Une propriété des fonctions concaves
s’annulant en 0 est la sous-additivité : f (a + b) ≤ f (a) + f (b). Comme |x − y| ≤
|x − z| + |z − y|, on a :
f (|x − y|) ≤ f (|x − z| + |z − y|) ≤ f (|x − z|) + f (|z − y|)
1
Soit d5 (x, y) ≤ d5 (x, z) + d5 (z, y).
6. Le faux positif : d6 (x, y) = |x1 − y1 | − |x2 − y2 |
Conclusion : Ce n’est pas une distance.
Preuve : Une distance doit toujours être à valeurs positives (R+ ). Prenons x = (0, 0) et
y = (0, 1).
d6 (x, y) = |0 − 0| − |0 − 1| = 0 − 1 = −1
De plus, elle ne vérifie pas la séparation : pour x = (0, 0) et y = (1, 1), on a d6 (x, y) =
1 − 1 = 0 avec x ̸= y.
7. La distance du point relais (Distance SNCF)
Conclusion : C’est une distance.
Preuve : Soit O(0, 0) l’origine.
— Séparation : Si d7 (x, y) = 0. Si alignés : ||x − y||2 = 0 =⇒ x = y. Si non alignés :
||x||2 + ||y||2 = 0 =⇒ x = 0 et y = 0 (donc ils seraient confondus à l’origine,
contradiction avec le fait qu’ils génèrent des droites non alignées).
— Symétrie : Évidente dans les deux cas.
— Inégalité triangulaire : Si x, y, z sont sur la même droite passant par O, c’est la
norme euclidienne classique (OK). Si x et y ne sont pas alignés, d7 (x, y) = ||x||2 +||y||2 .
Pour tout point z, par l’inégalité triangulaire euclidienne classique, la distance en
passant par O est le chemin minimal inter-branches, donc ||x||2 + ||y||2 ≤ d7 (x, z) +
d7 (z, y).
8. Combinaison de distances : d8 (x, y) = d(x, y) + (d(x, y))2
Conclusion : Ce n’est pas (toujours) une distance.
Preuve : Prenons la distance classique d(x, y) = |x − y| sur R. Considérons les points
x = 0, z = 2, y = 4. On a d(0, 2) = 2, d(2, 4) = 2, et d(0, 4) = 4. Calculons d8 :
d8 (x, y) = d8 (0, 4) = 4 + 42 = 20
d8 (x, z) + d8 (z, y) = (2 + 22 ) + (2 + 22 ) = 6 + 6 = 12
Ici, 20 ̸≤ 12. L’inégalité triangulaire est violée en raison de la fonction carrée qui ”punit”
disproportionnellement les grands écarts.
9. Distance sur des ensembles : d9 (A, B) = Card(A∆B)
Conclusion : C’est une distance.
Preuve : C’est la distance de Hamming sur les ensembles.
— Séparation : Card(A∆B) = 0 ⇐⇒ A∆B = ∅. Les éléments dans l’un mais pas
dans l’autre n’existent pas, donc A ⊂ B et B ⊂ A, d’où A = B.
— Symétrie : A∆B = B∆A (l’union et l’intersection sont commutatives).
— Inégalité triangulaire : On peut démontrer par théorie des ensembles que A∆B ⊂
(A∆C) ∪ (C∆B) pour tout C. En passant au cardinal, le nombre d’éléments dans le
membre de gauche est donc inférieur ou égal à la somme des cardinaux de la partie
de droite.
10. La fausse symétrie
Conclusion : Ce n’est pas une distance.
Preuve : Il suffit de tester la symétrie. Prenons x = 2 et y = 1. Puisque x ≥ y, on a :
d10 (2, 1) = 2 − 1 = 1. Maintenant, inversons les rôles. Pour d10 (1, 2), on a y > x (puisque
2 > 1). La formule donne : d10 (1, 2) = 2(2 − 1) = 2. Comme 1 ̸= 2, d10 (x, y) ̸= d10 (y, x).
La symétrie n’est pas respectée.